24/04/2017

CIRQUE ÉLECTORAL HEXAGONAL - III

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Cirque électoral hexagonal – III

 

« Puisque les bourgeois sont féroces, les ouvriers jaloux, les prêtres serviles et que le peuple enfin accepte tous les tyrans pourvu qu’on lui laisse le museau dans sa gamelle, Napoléon a bien fait ! Qu’il le bâillonne, le foule et l’extermine. Ce ne sera jamais trop pour sa haine du droit, sa lâcheté, son ineptie, son aveuglement ! »

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, vi.

 

A-t-on bien le droit de parler des élections d’un pays qui n’est pas le vôtre, surtout quand on ne vote pas ? Surtout quand on n’a pas envie de s’en mêler et qu’on sait que tout ce qu’on pourrait dire ne servirait à rien ?

Manière de ne pas avoir l’air de se désintéresser des voisins, alors ?

C’est pourquoi nous allons – ce n‘est pas la première fois – emprunter son Nouvelleaks à Slobodan Despot. Qui n’est pas français non plus. Dont les convictions sont aux antipodes de celles de notre précédent invité. Mais avec qui on ne peut qu’être ici d’accord.

 

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Qui aime encore la France ?

Slobodan Despot – ANTIPRESSE 73 23 avril 2017

 

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Pouvais-je, dans l’Antipresse, m’abstenir de tout commentaire, de toute analyse sur la présidentielle française ? Parfaitement ! La France n’est pas mon pays. Je n’y vis pas. Je suis étranger même à l’Union européenne. J’ai décliné plusieurs invitations à en débattre, jugeant inutile d’ajouter mon coup de klaxon à une bronca obsessionnelle qui occupe déjà tout l’univers mental des Français.

Grâce aux réseaux sociaux, la politique électorale a fini par pénétrer tous les pores de la vie publique. L’extrême personnalisation du débat (scandales, petites phrases, vices et compromissions) masque une profonde réticence à aborder les problèmes de fond. Les paramètres qui détermineront la vie des Français demain sont ceux-là mêmes que le barnum préélectoral jette dans l’ombre.

Je considère par ailleurs que la France n’a rien d’une démocratie. Comment peut-on parler de démocratie depuis le jour où son parlement s’est substitué au peuple en annihilant le résultat du référendum sur la Constitution européenne? Le fait que les instances responsables n’aient pas immédiatement arrêté le président et les élus complices de ce coup d’État officialisait la transformation d’un gouvernement en régime.

Le putsch parlementaire permanent est du coup devenu le mode de gestion ordinaire des démocraties ouest-européennes, y compris de la Suisse. Des décisions de la plus haute importance pour l’avenir d’une communauté, prises dans les conditions de représentativité optimale, sont simplement balayées. Perpétuer une vie politique ordinaire dans ces conditions ne revient qu’à légitimer le simulacre. Les partis et leurs leaders s’emparent du manche à balai et font « vroum-vroum » en faisant mine d’ignorer que l’avion est passé sur autopilotage.

L’oligarchie aux commandes ne considère l’apparat démocratique que comme un costume suranné mais de rigueur, comme l’est la perruque pour les juges anglais. Elle s’amuse à le transformer en tenue de polichinelle en faisant jaillir de nulle part des pseudo-adversaires montés sur ressorts comme Tsipras, Grillo ou Mélenchon. Plus les ficelles sont grossières, et plus le public y croit. Des bouffées de franchise cynique qui «fuitent» de temps à autre — comme la remarque hideuse sur les « sans-dents » du président socialiste sortant — révèlent l’odeur réelle des cercles intérieurs du pouvoir : une vapeur émétique d’orgie de fin d’empire. Sous leurs complets étriqués de petits comptables et leurs cravates tristes transparaissent les coulées de fards du Satyricon.

On n’interrompt pas une partouze aussi déchaînée par l’austère rituel des urnes, pas plus qu’on ne calme un forcené avec de la camomille. Si d’aventure un véritable outsider était élu, il découvrirait tout le pouvoir d’obstruction des institutions noyautées, alliées à la médiacratie et si besoin à la racaille des rues. Les débauchés tuent plus facilement que les autocrates, car ils n’ont cure des conséquences. Il a suffi de trois mois à l’orgie pour transformer le taureau Trump en giton. Périsse l’État pourvu que la fête continue !

En l’occurrence, ils ont verrouillé le donjon à double tour en introduisant le système américain des primaires qui dissout les blocs politiques traditionnels susceptibles d’assurer une majorité législative cohérente incarnant un projet de société identifiable. Le produit de synthèse nommé Macron® est le fruit de cette dissolution faisant de ce qu’on appelait le «centre» un marécage sans idées où ne surnage plus que la loi de l’argent. Quel que soit le futur président, il devra se fabriquer une majorité de fortune dont le seul dénominateur commun sera la détermination à s’accrocher au train du pouvoir à tout prix. Installé à demeure sur une corde raide, il ou elle n’aura d’autre choix que de multiplier les concessions au système contre lequel il ou elle aura été élu. L’accession d’un «antisystème» au pouvoir, dans un tel contexte, ne servirait que d’alibi à la perpétuation du système. Mon seul commentaire sur la présidentielle, dès lors, se résumerait à prôner son abolition et son remplacement par la solution d’Hubert Monteilhet: une monarchie absolue tempérée par l’assassinat.

*

Tout cela étant dit, la France est quand même aussi mon pays. Elle m’a donné la langue dans laquelle j’écris et l’immense civilisation qui va avec. Jusqu’il y a une génération ou deux, on disait encore que la France était la deuxième patrie de tout honnête homme. J’ai bien connu la France. En particulier cette « France périphérique » dont parle Christophe Guilluy. Trottant derrière mon premier roman, j’ai parcouru ses petites villes et ses campagnes, de soirée littéraire en séance de dédicaces. J’ai été logé chez l’habitant, royalement accueilli par des gens qui étaient aux antipodes de ma « sensibilité » et de mes idées, juste parce qu’ils avaient encore le culte de la littérature. J’ai découvert des municipalités qui n’avaient plus de quoi se payer l’éclairage nocturne, mais qui entretenaient leur médiathèque comme un haut (et ultime) lieu d’échange et de civilité. Personne ne parle de cet héroïsme ordinaire. Personne ne salue la guerre épique que livre la France ordinaire, en marge de toute idée politique, pour préserver la survie de sa propre culture (au sens lettré comme au sens matériel) sur son propre sol.

En repensant à ce pays-là, qui passe sous les radars de l’énarchie et du spectacle médiatique, j’ai découvert ce qui rendait cette campagne électorale encore plus absurde que son inanité politique et structurelle. C’est que j’y ai entendu toutes les raisons de la peur et de la méfiance, de l’intérêt et du repli. Mais en tant que Français de cœur, je n’ai entendu personne énumérer les mille bonnes et uniques raisons d’aimer ce pays de toute son âme. A quoi bon parler du reste ?

 

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Hors hexagone

(chez les diabolisés)

 

Car le monde continue de tourner et les méfaits de nos « éluites », comme disait Gustave, de s’accumuler, avec notre complicité au moins passive.

 

C’est du 19 avril et on est le 23. Et alors ?

Briefing du ministère russe de la Défense

 


 

Source : http://preview.mailerlite.com/u7k4s8/608275192950556616/e...

 

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Bachar al-Assad : Les attentats en France n'auraient pas pu être empêchés

 

Interview du Président de la République Arabe Syrienne Bachar al-Assad par le journal croate Vecernji List, le 6 avril 2017 (Extrait)

Source : http://sana.sy/en/?p=103658

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

 

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Transcription :


[...]

Journaliste : Monsieur le Président, je dois vous poser une question : s'il y avait eu une coopération en matière de sécurité entre le gouvernement syrien et les États européens, auraions-nous évité les opérations terroristes qui ont frappé la France, la Belgique, etc. ? Je pose cette question parce qu’après les opérations terroristes à Paris, l'ancien chef des services secrets français a déclaré que vous leur aviez fourni des noms et des documents sur les terroristes, et qu’ils ont refusé de les accepter. Ont-ils vraiment refusé de les accepter ? Et s'il y avait eu une coopération, aurait-on pu éviter ces opérations terroristes ?

Président Assad : Non, il parlait probablement de la coopération avant la guerre, car après le commencement de la guerre et la position française de soutien aux terroristes, la Syrie a cessé la coopération en matière de sécurité avec ces pays, car il ne peut pas y avoir de coopération en matière de sécurité et d'hostilité politique en même temps. Il devrait y avoir un accord politique, d'une part, et un accord dans d'autres domaines, y compris la sécurité, d'autre part.

Quant à savoir s'il aurait été possible d'éviter de telles attaques en Europe grâce à cette coopération en matière de sécurité, dans des circonstances normales, la réponse serait oui. Mais dans les circonstances actuelles, la réponse est non, parce que l'Europe ou un certain nombre de pays européens soutiennent les terroristes à grande échelle, envoient en Syrie des dizaines de milliers de terroristes ou les soutiennent directement et indirectement, logistiquement, avec des armes, de l'argent, une couverture politique, et absolument tout. Lorsque vous atteignez ce degré de soutien aux terroristes – et ici, nous parlons de dizaines de milliers et peut-être de centaines de milliers en Syrie et dans les régions avoisinantes –, la coopération en matière de sécurité devient d'une efficacité limitée dans un tel cas. La coopération en matière de sécurité se concentre sur des dizaines ou des centaines d'individus, mais ne peut pas être efficace lorsqu'il y a des dizaines de milliers et des centaines de milliers de terroristes.

Si l'Europe veut se protéger à ce stade, elle devrait d'abord cesser de soutenir les terroristes en Syrie. En supposant que nous voulions coopérer avec eux, aucun résultat ne peut être obtenu dans ces circonstances. Nous ne le ferons pas, bien sûr, tant qu’ils soutiennent le terrorisme. Ils devraient cesser de soutenir les terroristes immédiatement de toute forme ou manière.

[...] 

Source : http://sayed7asan.blogspot.be/2017/04/bachar-al-assad-les...

 

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Et deux Dinucci d’un seul coup parce qu’on a pris du retard :

De Camp Darby, des armes US pour la guerre contre la Syrie et le Yémen

Manlio Dinucci – Réseau Voltaire 18 avril 2017

Traduction : Marie-Ange Patrizio

 

Officiellement les États-Unis ne participent plus à l’opération de destruction de la Syrie et du Yémen. Ils se battraient contre les jihadistes. Pourtant, le département de la Défense continue à acheminer des armes aux jihadistes. Une ligne régulière d’approvisionnement vient d’être installée.

 

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Il s’appelle Liberty Passion (Passion pour la liberté). C’est un très moderne et énorme navire états-unien de type Ro/Ro (projetée pour transporter des véhicules et des charges sur roues) : long de 200 mètres, il a 12 ponts avec une superficie totale de plus de 50 000 m2, permettant le transport d’une charge équivalente à 6 500 automobiles.

Le navire, appartenant à la compagnie états-unienne « Liberty Global Logistics », a fait sa première escale le 24 mars dans le port de Livourne. Ainsi est lancée officiellement une liaison régulière entre Livourne et les ports d’Aqaba en Jordanie et Djeddah en Arabie saoudite, effectuée mensuellement par le « Liberty Passion » et par ses deux confrères Liberty Pride (Orgueil de Liberté) et Liberty Promise (Promesse de liberté). L’ouverture de ce service a été célébrée comme « une fête pour le port de Livourne ».

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Source : http://www.voltairenet.org/article196028.html

 

 

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Escalade nucléaire en Europe : la bombe B61-12 est testée

Manlio DinucciRéseau Voltaire 18 avril 2017

Traduction : Marie-Ange Patrizio

 

Les États-Unis viennent de tester chez eux les composantes non-nucléaires de la super-bombe atomique B61-12. Celle-ci peut donc désormais être fabriquée en série. Au sein de l’Union européenne, prétendument facteur de paix, elle équipera l’armée de l’Air italienne, en violation à la fois du Traité de non-prolifération nucléaire et de la Constitution italienne.

 

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Les réflecteurs politico-médiatiques, pointés sur l’escalade nucléaire dans la péninsule coréenne, laissent dans l’ombre celle qui est en train de se préparer dans la péninsule italienne. L’Air Force Nuclear Weapons Center communique le 13 avril 2017 que, dans le polygone de Nellis au Nevada, « un chasseur F-16 de l’U.S. Air Force a largué une bombe nucléaire B61-12 inerte, démontrant la capacité de l’avion d’utiliser cette arme et testant le fonctionnement des composants non-nucléaires de la bombe, y compris l’armement et activation du système de contrôle, le radar altimétrique, les moteurs des fusées de rotation et l’ordinateur de contrôle ».

Cela indique que la B61-12, la nouvelle bombe nucléaire états-unienne destinée à remplacer la B61 stockée en Italie et dans d’autres pays européens, est désormais dans la phase d’ingéniérisation qui prépare la production en série. Les nombreux composants de la B61-12 sont projetés et testés dans les laboratoires nationaux de Los Alamos et Albuquerque (Nouveau Mexique), de Livermore (Californie), et produits dans une série de sites au Missouri, Texas, Caroline du sud, Tennessee. S’ajoutent à ceux-ci la section de queue pour le guidage de précision, fournie par Boeing.

La B61-12 n’est pas une simple mise à jour de la version précédente, mais une nouvelle arme : elle a une tête nucléaire à quatre options de puissance sélectionnables en fonction de l’objectif à frapper ; un système de guidage qui permet de la larguer non pas à la verticale, mais à distance de l’objectif ; la capacité de pénétrer dans le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement dans une première frappe nucléaire.

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Source : http://www.voltairenet.org/article196050.html

 

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Commedia dell’Arte

Observatus geopoliticus – Chroniques du Grand jeu

20 avril 2017

 

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Si les temps que nous vivons sont exaltants et dangereux, ils comprennent aussi leur lot d'invraisemblables pitreries et de retournements saugrenus.

A tout seigneur (saigneur ?) tout honneur, Trump semble véritablement avoir appris l'art de la pirouette chez le sultan. Plutôt que d'enquêter sur de supposées relations avec le Kremlin, il faudrait vérifier si le Donald n'a pas fait un petit séjour du côté d'Ankara avant son élection... Quel tournis, mes aïeux ! Dans la continuité de ses déjà nombreuses trahisons de promesses électorales, le blond occupant de la Maison blanche nous a sorti deux as, pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs.

Rappelez-vous, il s'était lâché pendant des mois contre l'Iran diabolique et le "désastreux" accord sur le nucléaire ("le plus mauvais jamais signé"). Et hop, je retourne ma veste. Dans une note au Congrès, la nouvelle administration a précisé que Téhéran respectait les clauses de l'accord et qu'un nouvel allègement des sanctions avait été décidé. C'est Bibi qui doit l'avoir mauvaise...

Moins encourageant, un ponte Républicain (Ryan pour ne pas le nommer) a déclaré que le TTIP, l'accord de libre-échange trans-atlantique, était "bon pour l'ordre mondial". On imagine l'intense pression de la libéralo-démente Frau Milka et de la clique otanienne. Certes, Donaldinho n'a encore rien dit mais l'histoire récente de ses volte-faces ne plaide pas en sa faveur.

L'administration Trump semble être complètement à la rue, se berçant d'illusions puériles sur un fantasmé refroidissement sino-russe en Syrie - y croient-ils seulement ? Pire, la fameuse flotte aéronavale se dirigeant à toute vapeur vers la Corée du Nord n'est en réalité jamais partie :

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Source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/04/commedia-dell...

 

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Vous pouvez lire encore, sur ce site pointu et bien informé :

 

Poudre aux yeux, fermeté, trahisons, surprises... : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/04/poudre-aux-yeux-fermete-trahisons-surprises.html 14 avril 2017

Dernières nouvelles syriennes : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/04/dernieres-nou...  – 17 avril 2017

Or, gaz et soie : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/04/or-gaz-soie.h...  –  18 avril 2017

Les barbus perdent leurs poils : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/04/les-barbus-pe...  – 21 avril 2017

 

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Magna est veritas et praevalebit...

Ce genre de réserves sur les convictions personnelles du Pr. Chomsky, la ou les politiques qu’il défend réellement, circule depuis assez longtemps. Nous publions aujourd’hui ce qu’en dit le Pr. Azagdan parce que son sentiment est celui d’un confrère hautement qualifié qui fut son jeune admirateur.

 

Chomsky appartient-il à l’opposition contrôlée ?

Alexander Azagdan – Réseau International 21 avril 2017

 

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À l’époque où j’étais un jeune militant pacifiste, contestataire, j’avais le plus grand respect et admiration pour le Professeur Noam Chomsky du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Pour moi, il était un pilier solide et un des penseurs les plus brillants du MIT : toujours mesuré, posé, clair et juste sur bien des problèmes, notamment ceux ayant trait au conflit Israélo-Palestinien.

Des années plus tard et plus avisé, je constate que j’ai des divergences d’opinions considérables avec ce prestigieux confrère octogénaire. Pour commencer, il y a aujourd’hui beaucoup d’hypocrisie dans son comportement et ses affirmations. Par exemple, il ne semble s’opposer au système oligarchique corporatif seulement tous les deux ou quatre ans lorsque les élections approchent durant lesquelles il répète comme un perroquet le mantra : c’est un « moindre mal » ad nauseam.

Et qu’en est-il du fait que Chomsky ait réussi à conserver son emploi auprès du MIT durant tout ce temps, d’abord titulaire et maintenant professeur émérite ? Il est bien connu que le MIT est une des universités de recherche la plus étroitement liée au complexe militaro-industriel. Si une personne est un véritable universitaire pacifiste et de surcroît un militant célèbre, peut-elle obtenir sa titularisation dans une telle université, notamment au plus fort de la guerre du Vietnam, époque à laquelle la carrière de Chomsky décollait au MIT ?

Voici une liste d’autres prises de position scandaleuses du professeur Chomsky :

Lire la suite…

Source : http://reseauinternational.net/chomsky-appartient-il-a-lo...

 

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Alexander Azagdan est un scientifique Américain de descendance iranienne qui vit à Laguna Beach, Californie. Il est professeur en « Strategic Global Management & International Political Economy ». C’est aussi un analyste politique qui s’exprime régulièrement, dans plusieurs langues, notamment sur Press TV (Iran), Sputnik Radio (Russie), Tsargrad TV (Russie) et Katehon .

 

Courage, il nous reste Norman G. Finkelstein !

 

 

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Mise en ligne – du 23 avril 2017 – différée de 24 h pour cause d’incident technique.

 

Dernière minute :

 

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Mise en ligne définitive le 24 avril 2017.

 

 

 

 

 

16:21 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/04/2017

AMEN - 2/4

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AMEN

(2/4)

 

                                                par Théroigne

Oui, l’aède a encore frappé

232 pages grand format chez Miroir Sphérique, pour tenter de sortir de l’abîme une passive planète et la hisser sur ses épaules coléreuses.

 

« La réforme de la conscience consiste uniquement à rendre le monde conscient de lui-même, à le réveiller du sommeil où il se rêve lui-même, à lui expliquer ses propres actions (…) La conscience est une chose que le monde doit faire sienne, même contre son gré (…) On verra alors que, depuis longtemps, le monde possède le rêve d’une chose dont il suffirait de prendre conscience pour la posséder réellement ».

Karl Marx, 1843

 

 

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Informations pratiques

Le livre est disponible à Tropismes libraires
11 Galerie des Princes à Bruxelles - Téléphone 02 512 88 52

disponible également à la librairie À Livre Ouvert
116 rue Saint-Lambert 1200 Bruxelles - Téléphone 02 762 98 76

On peut aussi le commander en versant 20 € sur le compte
BE87 0630 2994 9894 de Michèle Vingerhoets en mentionnant Amen
Confirmer la commande par email à sphere.convulsiste@spherisme.be
en récapitulant les données de versement, le nom et l'adresse de livraison

 

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On ne voudrait pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais notre conscience d’internautes blogueurs nous impose de donner quelques éclaircissements sur l’auteur à ceux qui n’étaient pas là la dernière fois.

Qui est Anatole Atlas (alias Jean-Louis Lippert, alias Juan Luis de Loyola, etc.) ? Un écrivain belge. Malédiction s’il en fut.

Membre de l’Internationale Situationniste mais qui passa outre (voir Confession de Guy Debord ).

Fauteur de troubles et de happenings qui lui firent à l’occasion interrompre des péroraisons qui se fussent sans lui déroulées dans un consensuel ronron (Lacan, Tapie, Minc, etc.)

Mais pas seulement.

Donc, voici qu’Atlas (etc. etc.) sort son 24e livre. À compte d’auteur. Comme le précédent, Berlue d’Hurluberlu, dont il a été ici question en juin de l’année dernière.

Queneau et Blavier vont devoir, où qu’ils soient, réviser leurs critères d’admission à la folie littéraire, car s’auto-éditer n’est plus aujourd’hui signe de l’aliénation mentale de celui qui s’auto-édite, mais de celle de la société décérébrée qui ne veut pas de lui. C’est juste un signe d’exclusion. Comme l’a dit quelqu’un « les cinglés nous ont enfermés dans l’asile et ils sont partis avec la clé ». On voit ces jours-ci à quoi ils s’occupent.

Mais Atlas n’est pas qu’un auteur qui fait peur aux conformistes et autres larbins volontaires, il est aussi poète, penseur, politique aigu et romancier fantasmagorique, davantage comparable, dans l’art de son pays, à des peintres – Bosch, les Breughel et Somville par exemple – qu’à d’autres écrivains. Encore que sa vision des choses l’apparente aussi à Scutenaire (que les éditions Allia republient justement – bravo ! – mais pourquoi pas Atlas ? Peur de quoi ?).

Atlas est aussi à mes yeux, en littérature, l’héritier et le continuateur de deux auteurs que peut-être il ne connaît pas car on ne peut pas TOUT savoir. Je ne crois pas superflu de vous en dire ou redire deux mots au passage, pour soutenir ma comparaison.

Le premier écrivain de stature internationale à s’être auto-édité, tant par nécessité que par principe, fut Robert Graves. C’était en 1928. En 1929, il s’exilait à Deià (Majorque), avec presse, femme et enfants. Le mot qui convient à ce genre de comportement est « résistance ». Résistance à un avenir que, seul en France, Louis-Ferdinand Céline voyait se profiler à l’horizon, et dont nous connaissons aujourd’hui la sinistre réalité.

Quand, après la guerre (IIe mondiale) il retourna vivre sur l’île, à ceux qui lui reprochaient d’envoyer ses enfants à l’école des sœurs sous Franco, il répondait qu’ils y couraient moins de risques qu’à Oxford ou à Cambridge.

Graves fut avant tout poète – un des plus grands – mais aussi savant, historien, romancier, penseur, mythologue de haute volée. Lui non plus ne fut pas d’emblée reconnu pour ce qu’il était par la société de son pays d’origine, qui ne l’admit, bon gré mal gré, qu’après que le reste du monde l’y eût quasiment forcée.

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Graves est aussi le premier à avoir donné un langage cohérent à « l’homme des cavernes » (qui fut peut-être une femme), en décryptant une peinture rupestre vieille de 25 à 30.000 ans, c’est-à-dire en expliquant aux ignorants analphabètes ou éduqués que nous sommes ce que signifiait la danse des neuf femmes de la grotte aurignacienne de Cogul et en précisant qu’il s’agissait à la fois d’une représentation symbolique de la lune et d’un sacrifice humain sanglant, donnant ainsi d’avance raison à ce que soutient Atlas dans Amen.

 

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Atlas, dans ce dernier opus, nous parle, lui, d’une autre caverne : celle de Lascaux, vieille seulement il est vrai de 17 ou 18.000 ans, dont il s’approprie l’homme ithyphallique à tête d’oiseau pour en faire un Phénix, car à quoi diantre auraient servi, sinon, tant de millénaires de tribulations et son sang qui coule – forcément – dans nos veines ?

 

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Bon, d’accord, il triche un peu en logeant une main dessinée au pochoir dans la panse de son mammouth, ce sont là licences poétiques permises dans les romans.

Par sa vaste culture et son contact intime avec ce qu’il y a de plus profondément enraciné dans le populaire, Atlas s’apparente aussi à John Cowper Powys, qui présentait – ô combien – cette dichotomie ou si on veut cette ambivalence, puisqu’il fut à la fois conférencier philosophico-littéraire, poète, romancier, étourdissant épistolier et authentique chaman, car comment appeler autrement quelqu’un capable non seulement de tomber en extase volontaire en contemplant un lichen sur un vieux mur et de se projeter à distance aux yeux de qui pouvait le reconnaître (le fait a été attesté par Théodore Dreiser), mais également de transposer ces expériences mystico-matérialistes en littérature, comme il l’a fait notamment dans Owen Glendower et dans Porius.

Porius (« je viens de terminer un roman plus long que Guerre et paix ! »), chef d’œuvre absolu mutilé par son auteur même, qui dut en retrancher plus de la moitié – « Trop de pages, monsieur Powys ! » – pour que des MacDonald qui n’étaient même pas empereurs condescendent à publier le reste. Il n’est donc pas question, chez lui, d’auto-édition mais de massacre par l’édition mercantile.

Je ne rappellerai pas – à quoi bon - les démêlés de Céline avec « Gaston ». Toute une époque. La nôtre.

Où le philosophe Manuel de Diéguez est le seul en France, à ma connaissance, qui ait décidé – en mars 2001 – de rompre tous liens avec l’édition marchande et de s’auto-éditer désormais sur Internet.

 

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Une autre caractéristique de l’auteur d’Amen est sa véhémence. À l’âge d’être grand-père, il a gardé celle de ses vingt ans. Faut-il dire que c’est ce qui fait le plus trembler ses pleutres compatriotes ?

Un auteur doté d’une telle énergie en exige autant de son lecteur. Pas question de lire passivement Atlas. Mais peut-on lire passivement, indolemment Rabelais ? Ou Rimbaud ?

Détail pour finir : Amen fourmille de citations. Ce n’est pas du name dropping ni un étalage de savoir : aucune citation n’est superflue, chacune est éclairante et nécessaire, elles résultent toutes d’un commerce familier avec les plus beaux génies de plusieurs civilisations.

 

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De quoi est-il question dans Amen ?

 

De tout. De la vie, de la mort, de l’histoire, de l’art, de sensations (ou de perceptions ?), de sentiments, d’un diagnostic politique hautement autorisé sur les maux qui nous affligent et d’un futur qui pourrait être si différent si nous étions moins nuls, bref de pourquoi nous sommes venus sur la terre et de ce que nous sommes censés y faire. C’est une promenade à la fois dans l’espace et dans le temps (l’espace-temps soi-même, hommage à Einstein en passant) grâce à un « Oeil imaginal », qui donne raison à Powys, pour qui deux plus deux faisaient cinq, « puisque l’imagination est un fait ». Oui, je sais que je me répète, mais j’aime bien.

L’auteur, non content de s’y exprimer à la première personne y rencontre son double, ou plutôt, lui-même à la moitié de son âge, et ses deux moitiés ne font pas que se croiser mais discutent (on trouve rarement aussi bon interlocuteur que soi-même). Et, bien sûr, ils y sont aux prises, comme dans Berlue d’Hurluberlu, avec Kapitotal et sa tour Panoptic, ces deux Léviathans post-modernes.

Au premier rang des autres personnages, la sublime Shéhérazade joue à la fois les initiatrices et les dea ex-machina sans cesser jamais d’être la femme de l’auteur, dont elle emprunte l’allure et les traits y compris de caractère, car Amen est aussi un beau chant d’amour sur le tard à la compagne de toute une vie.

L’action se situe quelque part en Atlantide, entre les colonnes d’Hercule, à l’extrême pointe du Maghreb, « face au rocher des Djinns ».

Bien sûr, on retrouvera, « sur le divan de Shéhérazade » des personnages chers à l’auteur, Thomas More notamment, qui fut la star de Berlue, Jules Maigret, son acolyte, et un nouveau venu : Thyl Ulenspiegel. Mais on voit aussi se pointer – à dos d’ânes – Bill Gates et son secrétaire, qui n’est autre qu’Ibn Sīnā – Avicenne – incognito, car Bill Gates est très malade, si malade qu’il ne faut rien moins pour le soigner que le Prince des Médecins d’il y a mille ans, convoqué du fond des âges, que tout ce qui se déroule sous ses yeux intéresse beaucoup et qui s’amusera à provoquer chez les malfaisants un chaos estimé créateur (chacun son tour).

Au milieu des allers-retours fantasmagoriques (espace-temps on vous dit) se déroule une bien intéressante partie de poker à laquelle se livre la « bande des quatre », entendez le roi, l’émir, le sultan et le parrain. Le roi est évidemment celui d’Arabie Saoudite, l’émir, celui du Qatar, le sultan, frère Erdogan de Turquie soi-même et le parrain, Netanyahou d’Israël en Palestine. Ai-je dit « poker menteur » ? Cela va de soi. Shéhérazade à la baguette : « Vous serez Hamlet et Don Quichote, Faust et Don Juan ». À l’émir du Qatar l’honneur d’incarner le prince Hamlet; c’est le roi Saoud qui sera Faust (on devine assez pourquoi), Erdogan sera Quichote, son absolu contraire (« Vous avez vu mon putsch ? ») et à Bibi reviendra comme de juste le rôle du Séducteur. La partie se déroulera, pour faire bonne mesure, sous les yeux d’un ex-Premier ministre belge à nœud pap et d’un ex-ministre de la Culture, belge aussi, qui fut jadis philosophe. Comme le temps passe…

On s’en voudrait d’oublier le couple de tourtereaux devant qui s’ouvrent des horizons insoupçonnés : Hillary Bomb et Killer Donald dont l’idylle à venir nous est contée par l’aède en ce beau mois de décembre 2016.

Vous en révéler davantage serait déflorer. Laissons la parole à l’auteur-éditeur :

 

Toute écriture est tentative de vision globale par l'OEil imaginal. Aussi le couple de l'aède et de Shéhérazade a-t-il réuni, sur la scène triangulaire de l'Atlantide - entre Afrique, Europe et Amérique - trois singulièrement universels personnages de la littérature belge : Thyl, Jules et Anatole... Qu'en est-il de la Parole quand elle est soumise à la Valeur, l'une et l'autre aux ordres de la finance et du crime organisé ? Quand les jeux d'intrigues et les trafics d'influence imposent la logique du calcul et des chiffres à la dialectique des lettres et des idées, qu'est-ce encore qu'une idée ? Quand le marché ne se différencie plus de sa représentation, qu'en est-il d'une représentation nommant crimes contre l'humanité ses promesses d'accès à la totalité ; et  psychocide, sa prétention d'englober l'espace imaginal où naquirent idées et divinités

 

Qu'est-ce qui se passe ?

Pour la première fois, depuis les temps immémoriaux de sa damnation par l'Olympe, Atlas pris de vertige oscilla sur son axe aux Colonnes d'Hercule et s'écroula dans l'océan portant son nom.

L'âge des titans remontait à celui du silex.

Un seul pas lui fit franchir tous les millénaires jusqu'à la Silicon Valley.

Qu'est-ce qui se passe, en l'ère très libérale du laisser-faire laisser-passer  ?

Qu'est-ce qui se passe, quand poser des limites au marché est la pire des fautes selon Christine Lagarde, chef du FMI ? Quand la criminalité financière est infiniment plus meurtrière que les diversions complices du terrorisme ? Quand une concurrence féroce pour l'accumulation des richesses impose fractures et désastres sans nombre ? Quand, sur ces abîmes, flotte l'image fallacieuse d'une harmonieuse globalisation ? Quand une logique tribale propre à la mafia gouverne tous les États ?

Qu'est-ce qui se passe pour cet être de passage qu'est anthropos, le seul être qui trépasse ? Quelle communauté nécessaire par-delà les identités contingentes ? Qu'est-ce qui se passe quand prospèrent les passeurs de clandestins dans un tour de passe-passe pour la gloire des assassins ?

Quand une économie de charognards prédateurs et déprédateurs se masque d'idéologies humanitaires ; quand la politique, de part et d’autre de l’Atlantique, ne se fonde plus sur le sens d’une parole publique mais sur les performances de showmen sponsorisés par des banquiers ; quand un vitalisme d'artifice farde la dévoration du vivant par ce travail mort qu'est le capital ?

Salle des pas perdus que ce labyrinthe aux miroirs de l'histoire humaine pour un descendant de Chronos condamné par les dieux. Mais aussi, comme disait Rimbaud: Tenir le pas gagné ! Tel est le mot de passe...

Ciel-Terre-Homme : relation de continuité entre anthropos et le cosmos.

*

On croit penser, on pense croire : quelle part de croire et de penser ? Comment relier terre et ciel sans l’Œil imaginal ? Faute qu’un rêve ne médiatise idéalisme et matérialisme, la querelle d’ivrognes entre profane et sacré, foi et raison, science et religion, se résout en la double démence d’une religion de la science et d’une prétendue science de la religion.

Blanche colombe de Jérusalem et chouette noire d’Athéna : votre conflit promet l’hécatombe d’un holocauste qui ridiculisera tous les massacres industriels du siècle XXe !

L’Homme-Oiseau de Lascaux propose donc ici le Phénix comme image dialectique réconciliant ces modalités complémentaires du psychisme : entre révélation prophétique et réflexion philosophique – l’intuition poétique. Entre l’angélie et l’exégèse – le

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La Phénicie reliant les aires hellénique et sémitique, n’est-on pas sur les terres natales de l’aède ? Sa vision globale, depuis Homère, envisagea toujours un autre monde possible, parce qu’elle n’occultait pas ce qui était autre en ce monde-ci ; non sans assumer le point de vue des vaincus. Grâce à l’Œil imaginal, Thyl Ulenspiegel revit donc en ces pages pour y lancer un cri de guerre toujours en surplomb de la littérature universelle : Vive le Gueux !

 

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Lire la suite ici…

Source : http://www.spherisme.be/Texte/Amen.htm

 

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Ai-je dit qu’Anatole Atlas joue de sa langue comme Nigel Kennedy de son violon ? Voilà qui est fait et démontré.

Petit extrait, choisi par moi :

 

Une fumée bleue chargée des effluves de la lune et de la mer, du kif et du méchoui, pousse à la frénésie les chants berbères sur le rocher des djinns. « C’est l’existence d’un axe reliant ciel et terre à l’essence de l’humanité qui est niée par le capitalisme. » affirme une voix d’outre-miroir, dans la caverne obscure de cette capitale des Lumières. « La critique du racisme, du colonialisme et de l’impérialisme est intrinsèque à toute conscience, comme celles du sionisme et du pangermanisme furent indissociables des génies juif et allemand. Ces zones aveugles de la culture occidentale, où s’effacent les horizons de la démocratie, des Lumières et de la tradition chrétienne, éclairent l’antre d’un universel Moloch. La confusion entre « Juifs » et idéologies prétendant les représenter, comme entre critiques de celles-ci et « antisémitisme » ressemble trop à la confusion de jadis entre critique du nazisme et germanophobie, pour que l’on ne s’avise du fait que Bertold Brecht et Walter Benjamin appartenaient au Parti qui combattit ensemble Hitler et Rothschild, ces deux modalités rivales d’un principe supérieur conférant légitimité morale à la domination. Ce fut vrai pour Israël en Canaan comme pour la Drang nach Osten en terre slave. Sous le postulat d’une espèce humaine ontologiquement scindée, furent menées toutes les entreprises coloniales, inspirées par le judéo-christianisme ou par un paganisme archaïque. Au cœur des mythologies européennes, le panthéon germanique exalté par les nazis manifeste une concurrence avec les fables bibliques. L’un et l’autre systèmes opposent une race d’élection divine aux engeances inférieures. Si le peuple juif est ravalé par le Führer au rang des Niebelungen, la Kommandantur d’Israël ne traite pas autrement les Palestiniens. Lors de la première guerre mondiale, c’est en invoquant le Deutéronome (et l’histoire d’un roi dont le territoire fut réduit à néant pour ne s’être pas laissé traverser par les Israélites) que les troupes du Reich justifièrent leur invasion de la Belgique. Avatar du pangermanisme. George Bush n’a-t-il pas tenté d’associer la France à son agression de l’Irak, en lui faisant miroiter le combat biblique opposant les tribus d’Israël à Gog et Magog ? Mais si l’identité juive était son ennemi substantiel pour le IIIe Reich, car un totale Staat fondé sur la scission radicale entre élus et damnés ne pouvait coexister avec une idéologie similaire, l’ennemi principiel, celui dont la haute finance et la grande industrie confièrent à Hitler une mission de radicale Vernichtung, était le communisme en Allemagne et en Europe, l’Union soviétique à l’Est, et tout l’espace vital que les Slaves devaient céder à la race élue. Ce qui s’opère aujourd’hui par d’autres méthodes. » (Page 40)


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Et deux dernières pages pour la route :

 

Shéhérazade parle. Anatole, frère du Titan Prométhée, et son double d’il y a 30 ans conversent. Mais les figurants « pipole » ne manquent pas, dans ce fantasmagorique Théâtre de l’Atlantide …

 

« […] Combien de fois désespérée ! Seule comptait à mes yeux ton œuvre dont nul ne voulait. Toi quelquefois qui m’insultais ! Mais tu étais Atlas et j’étais ta Pléione, et malgré tout rayonnent à jamais nos deux Pléiades. » Comment transcrire ce qui par aucun mot, en aucun lieu ni temps, émane de celle dont je partage la vie depuis trente-trois ans. La lumière aurorale nimbait d’une aura surnaturelle, en ce crépuscule du monde, une essence d’amour pur, que des yeux vieillis par l’existence avaient fini par ne plus reconnaître, au fil des jours et des nuits de la vie quotidienne. Et pourtant c’était elle, rayonnante et belle, comme lors du premier échange de regards, lorsqu’elle avait seize ans, dans le bus 30 menant au Baneik. « Je t’apparais sous cette forme – ou plutôt Shéhérazade emprunte mon apparence – pour que tu n’aies nul doute sur la nécessité de poursuivre une élucidation du monde actuel par ce Théâtre de l’Atlantide. L’heure n’est pas encore venue de te présenter deux assesseurs pour me seconder sur ce Divan. Je te laisse retrouver d’abord une vieille connaissance à toi. Puis se poursuivra l’aventure entamée avec Bill Gates et Ibn Sīnā. » L’ensemble des visions que j’avais de la scène empêchait d’en discerner les détails. Mais à mesure que se précisaient les contours du Divan, j’y reconnaissais une silhouette assise aux côtés de ma belle. Veste de cuir à tête de mort, maillot de foot aux bandes verticales, sandales mexicaines : celui que j’étais avant ma rencontre avec elle, au retour de Leningrad ! Mon double dans une existence alternative, qui m’avait ouvert le chemin vers le rocher des Djinns, semblait à l’aise comme chez lui sur ce Divan. « Pourquoi ne m’as-tu pas écouté mon pauvre vieux, tu n’en serais pas là. C’était difficile, mais comment t’es-tu laissé prendre à leurs pièges ? Aujourd’hui, ce n’est pas que tu sois battu, tu n’existes pas. Les officiels n’homologuent pas tes records, puisqu’ils ne sont même pas enregistrés. Rayé des tablettes ! Effacé ! Gommé ! Le seul roman belge évoquant la colonisation du Congo, passé à la trappe ! Mais pourquoi es-tu encore dans leur jeu ? Je t’avais pourtant dit de n’utiliser aucun nom d’auteur. Anonymat complet ! L’œuvre littéraire majeure d’un  pays, sans aucune signature. Mon nom est personne. Ah, cette vanité d’artiste ! Quant à ton double, dans une existence alternative, il s’est engagé à ne pas s’engager du tout dans les secteurs visibles de la société, poursuivant d’humbles boulots de prolétaire, ce que tu étais toi-même avant d’entrer dans leur grand cirque aux illusions. Dévoiler la mascarade : je n’ai rien fait d’autre, et je me réjouis du fait que tu aies parfois suivi mon inspiration. Qu’est-ce que ce monde ? Quel est son but ? Pourquoi vivre comme ça ? Telles étaient les questions que je te suggérais d’approfondir, au lieu de rechercher une place d’honneur dans les journaux. Tu as vu le résultat ? Cette époque se caractérise par l’exclusion de toute instance posant les questions essentielles depuis Socrate : qu’est-ce que le Vrai et le Bien ? Comment pourrait-il en être autrement sur un marché régi par l’injustice et le mensonge. Le seul devoir pour ce marché n’est-il pas le service de la dette ? Celle-ci ne transcende-t-elle pas les devoirs de la philosophie, qui exige avant tout Justice et Vérité ? D’où la nécessité d’interroger ce qui paraît aller de soi. Mais aujourd’hui tous les discours publics de la tour Panoptic n’affirment-ils pas comme allant de soi Kapitotal ? Qu’est d’autre ce système dans sa forme pure, qu’un rapport mécanique entre des marchandises et de l’argent, par l’intermédiaire d’humains réduits à l’état d’objets ? Ce qui ne peut se dire. D’où la nocivité/facticité de ce qui se vend sur ce marché comme de la pensée. Sollers, dans son dernier bouquin, cite Heidegger : “La véritable pensée de l’Histoire ne sera reconnaissable qu’au petit nombre.” Le noyau doctrinal de la race élue synthétisant les idéologies du nazisme, du judaïsme et du néolibéralisme, tient en cette formule algébrique. Il faut l’inverser pour véritablement penser, donc affirmer que Justice et Vérité sont les tâches historiques du plus grand nombre. BHL quant à lui le dépasse en jésuitisme quand il se réfère au Talmud pour pérorer sur l’amour à l’égard de son ennemi, lui qui ne se lave l’âme que dans des bains de sang ! Vois encore le sinistre Attali : “Notre statut d’avenir est celui de l’intermittent du spectacle. Chacun de nous sera appelé à être de plus en plus flexible et mobile”. Houellebecq se glorifie du fait qu’il n’y a pas de “Pourquoi” dans ses romans : “Es gibt kein Warum” était la devise des camps nazis. Minc depuis trente ans prêche “Vive la crise”, qu’il faut comprendre comme “À mort toute critique”. Et Onfray fait fortune contre le communisme. Leurs initiales, je te l’ai dit, forment significativement le mot SHALOM. Quoi d’étonnant si tout cela se déverse d’un container ? Pas de jour sans que le personnel de la tour Panoptic ne batte le rappel des “valeurs” qui fonderaient Kapitotal. C’est pourquoi doit être bannie la pensée de Marx, elle qui analyse en ces simulacres l’exclusive loi de la Valeur. Comment un étage plus bas, les Finkielkraut et les Bruckner jouiraient-ils du prestige dû à des penseurs, s’ils n’oeuvraient à scotomiser toute pensée ? N’entamèrent-ils pas leurs carrières en fouillant les poubelles situationnistes ! Le monde n’est plus qu’une structure instrumentale sans autre finalité que le profit matériel. Or, un instrument n’a pas de tête… » Je suis resté sonné par une diatribe où se trouvait le concentré de ce que je croyais avoir injecté dans mes écrits, sans en connaître la provenance. L’autre de moi-même était toujours là, qui m’inspirait dans l’ombre, et que je décevais. Comme je n’avais peut-être jamais été à la hauteur de Pléione et de Shéhérazade. Elle me congédiait pourtant avec indulgence. « Ne t’en fais pas pour la représentation de cette scène. Un simple divan surmonté de l’inscription Sphère des sphères éclairé par une lanterne, suffira. Les spectateurs comprendront. Tu retrouveras ton chemin grâce à l’homme-oiseau, qui est le plus fiable angelos entre les deux mondes. » La grandiose illumination disparut à ma vue. (Pages 66-67)

 

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Les champs de la littérature sont vastes. D’une part, vous avez ceux qui exploitent longuement leur faible talent pour ne rien dire. De l’autre ceux qui prétendent mordicus vouloir dire des choses qui dérangent la digestion des repus.

Mais qu’importe après tout que tel auteur mondain amuse des parterres de petits marquis en leur confiant qu’il a pendu l’effigie de son illustre ancêtre « dans ses chiottes », si la Caraïbe a recueilli l’héritage de l’illustre ancêtre et su en faire usage avec les résultats qu’on sait ? Qu’importe que telle « baronne belge ayant manifesté sa singularité créative principalement par l’excentricité de ses couvre-chefs » ait été reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ouf !) et en ait profité pour fustiger, dans son discours de réception, les « élucubrations obscures qui ont accouché de livres indigestes et d’idéologies monstrueuses » dont l’aède a bien senti qu’elles le visaient.

Qu’il se souvienne plutôt du jour où celui qui a écrit les Maigret et L’oranger des Maldives a fait ses bagages au fin fond de l’Amérique pour s'en retourner dans le trou du cul du monde où il était né, parce qu’on venait de l’y élire à cette académie provinciale. (Pour y faire quoi grands dieux ?!). Qu’une telle puissance créatrice ait pu cohabiter dans un même homme avec une pareille humilité, cela ne retombe-t-il pas sur nous tous comme Zeus en pluie d’or sur Danaé ?

Ah, laissons les pâles d’Ormesson et les baronnes à chapeaux se vendre avec brio dans les talk shows ! Notre richesse n’est pas de leur monde.

 

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Et à propos de richesses

L’illustration de couverture d’Amen est un détail emprunté à La Terrasse, une tapisserie de Roger Somville.

Somville, peintre belge né en 1923, mort le 31 mars 2014, qui a laissé derrière lui une œuvre considérable et deux générations d’apprentis auxquels il a enseigné son art.

La curiosité m’a fait surfer sur le net à la recherche de tableaux que je ne connaîtrais pas et je suis tombée sur ceci :

 

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me demandant qui ou quoi cela représentait. Et voici ce que j’ai trouvé :

« Roger Somville – Dessin à l’encre sur papier – mis en vente aux enchères par

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au Cercle de Lorraine, 6 Place Poelaerts, 1000 Bruxelles – le 5 juin 2014 ». (Deux mois juste après la mort de l’artiste.)

Somville était communiste.

C’est donc un peintre mineur.

Disons plus justement que c’est, pour cette raison, un peintre qui rapporte actuellement beaucoup moins à MM. « Pierre Bergé et associés » que, par exemple, Magritte.

Valeur d’échange contre valeur d’usage, vous savez…

Vieille histoire.

 

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Mis en ligne le 15 avril 2017.

 

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22:35 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

AMEN - 3/4

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AMEN

3/4

 

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Baudelaire n’avait rien vu

 

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« Barricade », dessin de Courbet, pour Le Salut public, journal républicain fondé en 1848 par Baudelaire, qui n’eut que deux numéros.

 

On sait ce que le poète pensait des Belges de son temps. On sait aussi que ce qu’il fuyait lorsqu’il fit leur connaissance – l’incompréhension active de son œuvre (de son talent, de son génie, rayez la mention inutile) – n’était propre ni à la France ni à son temps. Et les Belges qu’il a connus n’ont aucune raison d’avoir changé. La société en général s’est-elle améliorée ?

En ajoutant, à la fin d’Amen, quelques documents précisément datés, Anatole Atlas règle ses comptes avec elle. Il le fait là parce qu’il n’a aucun moyen de le faire ailleurs. Imaginez un prévenu plaidant pour sa vie les mains attachées dans le dos, les pieds entravés et un bâillon sur la bouche…

On y trouve en particulier deux articles du critique belge (francophone) le plus brillant. Disons un des trois qui sachent lire. Cette republication à postériori n’est pas, comme le lecteur mal informé pourrait le penser, manifestation de narcissisme, voire de nombrilisme d’un auteur frustré, ni élucubrations d’un fou littéraire dont la dinguerie dérangerait ou ferait sourire les gens raisonnables. Il s’agit de tout autre chose. Car l’une de ces deux critiques se rapporte à Mamiwata, source de tout le mal.

 

La conjuration des Culs-Pelés

 

Mamiwata, ce sont ses Fleurs du Mal à lui. Or, quand la société belge qui détient du pouvoir ne veut pas qu’un livre soit lu, elle ne l’interdit pas, ne lui fait pas de procès, ne le brûle pas : elle empêche qu’il existe. Pas question qu’elle l’attaque ouvertement non plus, car nul ne doit savoir qu’il y a eu matière à censure.

La machine à écrabouiller fonctionne très bien. Qui peut le plus peut le moins : la société qui a réussi à liquider impunément le Premier ministre d’un État souverain n’a aucune difficulté à liquider un livre qui en parle. C’est l’enfance de l’art.

Mais on sait, depuis au moins Le roman de Renart, qu’il est beaucoup plus difficile de venir à bout de l’esprit que de n’importe quoi d’autre. Et comme le renard du Roman, Atlas-Lippert ne se résigne pas à laisser les malfaisants qui veulent se défaire de lui jouir en paix de leurs crimes. Il s’obstine, il veut qu’on sache que, non contents d’avoir assassiné Lumumba, d’avoir empêché que reçût un prix un roman qui osait en témoigner, d’en avoir organisé même la disparition totale, « ils » ont aussi interdit que soient reprises, vingt ans plus tard, dans une anthologie des lettres belges contemporaines, les élogieuses critiques dont il avait fait l’objet pendant ses deux mois de vie. Le critique, célèbre, courageux, mais pas téméraire, a laissé faire.

En persistant à cracher dans leur « marmite infâme », Atlas ne fait que son devoir. Et le moins qu’on puisse faire après lui est de reproduire et de diffuser le plus souvent et le plus loin possible les passages, extraits de cet autre roman fantasmagorique, où quelqu’un a dit « le roi est nu ».

NB : « Le Satan de Stan » est le nom donné alors par les Belges à Patrice Lumumba. « Stan » est Stanleyville, aujourd’hui Kisangani.

 

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Notes de White Star
(Samedi saint)

 

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        (...) Charlemagne vient de déclencher l’hilarité en tonnant la phrase du roi Baudouin.

         « Le roi est resté trois jours. Il était arrivé vers 15 heures. À 17 heures, il se rend à la prison centrale où il rencontre le Satan de Stan. Toute la prison était encerclée par la Force Publique comme une garnison militaire. Le Roi propose à Lumumba de lancer un message de rétractation radiodiffusé. Le Satan refuse. Deux jours plus tard, le Roi repart. Le lendemain, Lumumba est embarqué dans une fourgonnette, les yeux bandés, pour une destination inconnue. Vêtu d’une culotte, d’un singlet, pieds nus, il est mis dans un avion, bien ligoté, et on le jette à Jadotville, au Katanga, dans une forteresse souterraine. Le bruit se répand qu’il est parti on ne sait où, qu’il a été mangé par les Blancs, et les émeutes reprennent.

         À ce moment, l’homme blanc ne peut plus se rendre tranquillement à son travail, les femmes sont agressées, ne peuvent plus venir acheter des films, des appareils photographiques, des caméras au magasin Panoptic. Les jeunes M.N.C. deviennent agressifs. Il faut savoir où est le Satan. Le Roi nous a menti.

         En février, le Roi et son ministre des Colonies programment une Table Ronde politique à Bruxelles, où tous les partis seraient invités, ainsi que les chefs coutumiers les plus influents, et les grands commis de l’État. Tous ceux-ci sont contre le Satan. Ils ne veulent pas de réel changement, ces immatriculés, ces évolués… »

         (…)

         « À l’ouverture de la Table Ronde, Charles Van De Woestijn se montre d’emblée très brillant. Mais le M.N.C. dépose un mémorandum auprès du Roi. Si Lumumba n‘est pas libéré, son parti se retire de toutes les discussions et rentre au pays. Les autorités belges voient le danger, et le Roi signe l’ordre de libérer immédiatement le Satan. Celui-ci quitte Jadotville pour Elisabethville, où il s’achète des vêtements et tient un discours ferme signifiant qu’il se rend à Bruxelles pour exiger l’indépendance.

 

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         Celle-ci sera immédiate et inconditionnelle. Et il écarte les bras pour montrer les blessures à ses poignets. Arrivé à Zaventem, il répète le même geste, exhibe les stigmates de sa détention. De la passerelle de l’avion, il lance un nouvel appel à l’indépendance. Le soir même, il entre à la Table Ronde. Là, il est le premier Noir qui tient tête aux arguties juridiques de Charles Van De Woestijn. Sans formation particulière, un Nègre autodidacte répond aux questions les plus difficiles qui lui sont posées, au point que le Roi lui-même s’en étonne. Les Belges tentent de retarder l’indépendance. Il refuse. On se met d’accord sur le 30 juin. Avant son retour au Congo, il fait une conférence devant les étudiants de l’Université de Bruxelles. Qui l’accompagne à la tribune ? Le caporal noir protégé par votre ministre des Colonies, et qui deviendra Maréchal… »

         Je capte à cet instant dans l’expression de son visage livré au plaisir, cette violence de la réalité qui semble rendre tout art superflu. C’est bien là le débordement même de la vie, n’est-ce pas ? L’idéologie mise au point par Alcibiade Théokratidès [Oui, c’est Guy Debord, nde] s’était servie du paradoxe même de l’art : scruter cet instant d’absolue perfection qui nimbe le présent d’une aura miraculeuse, dans l’inquiétude de sa prochaine disparition, afin d’en retourner le sens. Mon crayon flagelle avec rage la silhouette mouvante.

         Le même Alcibiade n’avait-il pas fait appel aux Affreux du Katanga, pour assurer l’appui balistique des barricades, donc le dépassement de l’art dans la poésie vécue de chaque instant, lors de la fameuse Commune bruxelloise de Mai 68 ? Naturellement, les allées rectilignes de la culture officielle offraient en ce temps-là l’architecture entière d’un monde aux dépaveurs des boulevards esthétiques, aux émeutiers de l’esprit, aux incendiaires intellectuels que nous croyions être. Toujours les ruines d’anciens royaumes font le chantier des Empires.

         (…)

         « Ce jour d’avril 1960, tu venais de quitter l’Afrique sur le bateau de l’OTRACO avec ta mère. Charles Van De Woestijn, qui était revenu régler des questions politiques et commerciales, ainsi que sa jeune épouse Ishtar, vous accompagnaient. On ne voyait plus un homme blanc dans la ville. C’était l’arrivée du Christ à Jérusalem. Toute la population noire était dans la rue. Coiffé d’un chapeau noir avec de grandes plumes d’oiseaux de toutes les couleurs, le Satan de Stan traverse sa ville debout dans une Impala blanche décapotable. Nous étions des milliers à suivre le cortège en courant depuis l’aéroport. Les femmes dansaient, levaient leurs pagnes, lançaient des fleurs. Les enfants chantaient. Il pleurait. Puis il a expliqué les travaux de la Table Ronde. « Je vous pose la question, mes frères. Voulez-vous l’argent ou la terre ? » Les gens répondent : « Nous ne voulons pas l’argent, nous voulons la terre. » On prépare aussitôt les élections, où le M.N.C. recueille plus de nonante pour cent des voix. Des consultations ont lieu, pour former le gouvernement. Votre ministre des Colonies fait un nouveau voyage. Il se présente en avocat de l’Indépendance et de l’émancipation africaine. Il suggère que la Constitution du nouveau pays souverain s’inspire des principes de la monarchie constitutionnelle. Le roi règne mais ne gouverne pas. Charles Van De Woestijn fait valoir l’avantage, dans un tel système, d’occuper le poste de premier ministre plutôt que la magistrature suprême de l’État. Le Satan de Stan venait d’être élu Président mais il ne voulait pas d’une dictature. Il cède aux arguments de l’avocat populiste et libère son poste. Le 30 juin, jour de l’Indépendance, en présence du roi des Belges, il est surpris d’entendre le discours qu’il avait lui-même rédigé pour le nouveau Président, modifié au point d’avoir perdu tout son sens. À son tour, le Roi des Belges fait son discours. Sur place, à la tribune du défilé militaire, le Satan de Stan demande qu’on lui apporte de quoi écrire. Contre le protocole, il décide alors de prendre la parole. Il appelle le Roi Monsieur. Il rappelle au Roi les crimes commis par les Belges. Le discours qu’il vient d’écrire est accueilli avec indignation et colère par les Blancs. Il reste 200 jours à vivre au Satan de Stan… »

       (…)


       « En juillet éclate la sécession katangaise, orchestrée par le royaume de Belgique, Charles Van De Woestijn, les pays de l'Alliance atlantique. Le Satan de Stan se rend en Amérique, où Eisenhower le reçoit à la Maison-Blanche par vingt et un coups de canon. Il est logé dans l'appartement réservé aux grands de ce monde, et Charles Van De Woestijn envoie un message ainsi libellé au gouvernement américain : « Vous ne pouvez pas inviter un macaque, un singe, un nègre là où S. M. le roi Baudouin est logé lors de ses visites officielles aux États-Unis d'Amérique. Nous rompons les relations diplomatiques entre nos deux pays. »

      Eisenhower montre le télégramme au Satan de Stan. Le soir même, il passe au Sénat, où il expose le plan d'action de son gouvernement. La réunion se tient à huis clos, en présence des principaux responsables de la C.I.A. et du F.B.I. Ceux-ci lui enjoignent d'être leur homme au coeur du continent africain. En échange, ils feraient de lui un chef d'État d'une stature inégalée. L'homme de l'Agence en Afrique était à l'époque l'Empereur éthiopien Haïlé Sélassié. On lui propose un plan-contrat, en tant que Premier ministre pour commencer. Les Américains exigent la base de Kamina, les mines d'uranium, et la concession de toutes les richesses du pays. « Les Belges ne vous feront rien si nous sommes derrière vous ». Il répond à Eisenhower : « Je ne veux pas vendre mon pays ». Après son départ, les services spéciaux mettent en jeu des sommes énormes pour appuyer la sécession katangaise, déstabiliser le Satan de Stan et le faire assassiner. La Belgique envoie ses troupes pour récupérer le port de Matadi. Il se tourne vers les Russes, Krouchtchev se répond prêt à envoyer des experts dans tous les domaines au Congo, mais à des conditions inacceptables. Il enjoint alors à tous les Russes de quitter le territoire congolais dans les 48 heures. Et commence la guerre contre la sécession. L'armée katangaise, composée de mercenaires, est supérieure. Pour lui, le cercle se referme déjà. »

        (...)

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       Les menaces de toutes natures affluent. En septembre, le Satan de Stan envoie ses proches se réfugier à l'ambassade du Ghana. Il s'y abrite lui-même, après que le Président ait donné l'ordre au caporal, entre-temps promu colonel, de l'arrêter. Celui-ci trouve l'ambassade protégée par une barrière, et par des armes lourdes. Toute la nuit éclatent les tirs de mitrailleuses, de bazookas et de mortiers. Au matin, le Satan se livre. Il est placé en résidence surveillée, mais le Gouverneur de Léopoldville organise son évasion et lui donne les moyens de fuir vers Stan avec deux voitures, en traversant le Bandundu, le Kasaï et le Manyema. Partout sur son passage il est reconnu, acclamé, fêté, pressé d'improviser des meetings qui retardent sa progression. Des hélicoptères de l'armée repèrent les fuyards. Un convoi militaire les rejoint alors qu'ils viennent de franchir une rivière par le bac. Sa femme est encore sur l'autre rive, dans la seconde voiture, avec leur fils cadet. Ceux qui l'accompagnent le supplient de ne pas se retourner, de poursuivre au plus vite vers Stan, hors de contrôle de l'armée régulière. Il décide de rejoindre sa femme, déjà aux mains des soldats qui la violent sous ses yeux. Ligoté, menotté, battu, on lui arrache barbe et cheveux qu'on lui fait manger sur place. Boxé à mort durant le transfert en jeep vers Thysville, il est ensuite remis aux militaires blancs qui attendaient la livraison du colis et le placent dans un avion pour É'ville, capitale de la sécession. Tous les journalistes de la presse belge ont assisté à cette scène, en particulier l'envoyé spécial de la Gazette Royale. Aucun n'a dit ce qu'il a vu. Tous ont accrédité la thèse ultérieure du Maréchal.

 

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      Oeil crevé, jambes et côtes brisées, c'est un moribond qui est jeté sur le tarmac de l'aéroport, où les mercenaires pointent leurs mitrailleuses sur les soldats de l'ONU pour les tenir en respect. À ce moment, le leader katangais est en réunion secrète avec Jesus Evangelista dans un cinéma de la ville. À l'écart de celle-ci, devant une maison réquisitionnée en bordure de savane, où lui furent infligées les dernières tortures, un militaire katangais perce le coeur du Satan de Stan à la baïonnette, avec cette parole :

            « Fais donc un miracle, toi qui te prétends invulnérable ! »

         Il n'était pas mort et répond :

         « Ce n'est pas moi seul, c'est toute l'Afrique que tu as tuée. »

        Un centurion belge eut pitié de ses souffrances, qu'il abrégea en lui tirant le coup de grâce en pleine tête. On embarqua le cadavre vers les installations de l'Union Minière, où les intérêts du patron de la Panoptic étaient toujours majoritaires. Il fut jeté dans un bac de coagulation de matière, et la séparation chimique de son âme et de sa chair se fit dans un bain d'acide sulfurique.
         — Lumumba est toujours vivant, il marche sur les eaux ! », hurle le poivrot du comptoir à l'adresse du légionnaire, qui s'écarte de la fille en robe noire.

 

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Le calvaire de Pauline Lumumba.

 

(…)
         Stella plonge son regard dans le mien, le même regard interrogatif qui, sur la poitrine de la jeune femme noire à l’entrée du bar, écoutant les divulgations de Charlemagne alors que l’écran de comptoir vient d’élever la voix :

         « L’avion d’Hammarskjöld aurait été abattu. »

         Guidés par le mouvement de torse de la négresse qui se retourne en riant, les yeux de la chanteuse, déformés par les plis du tee-shirt, m’adressent une œillade équivoque de petite délurée prenant l’initiative, osant murmurer à l’oreille du premier venu des invites provocantes.

        L’information, annoncée avec sérieux par un présentateur de télévision vêtu à la dernière mode européenne, soulève l’hilarité dans le petit bar de Kisangani…

         « Ce seraient des mercenaires au service d’intérêts miniers belges, qui, le 17 septembre 1961, auraient abattu l’avion dans lequel se trouvait le secrétaire général des Nations Unies, le suédois Dag Hammarskjöld. Ils n’auraient pas eu l’intention d’abattre l’avion, mais voulaient l’obliger à se poser sur la base de Kamina. Les rédacteurs anonymes d’un rapport, documenté de première main, adressé à la Gazette Impériale de Bruxelles, rappellent qu’à l’époque, c’est avec l’appui de l’Union Minière que le leader katangais avait proclamé l’indépendance de la province du cuivre et de l’uranium, en rébellion contre l’État central. Pour les Nations unies, censées réduire la sécession et neutraliser les mercenaires, cet épisode représente une page sombre. L’échec de leurs troupes avait décidé Hammarskjöld à rencontrer lui-même le leader katangais pour discuter d’un éventuel cessez-le-feu. Dag Hammarskjöld s’envola en direction de la Zambie le 17 septembre 1961, à 17 heures, à bord d’un vieux DC6 de l’ONU, en compagnie de 16 personnes. À minuit, l’avion s’écrasa sur une colline à proximité de N’Dola, où le leader katangais était déjà arrivé. La version officielle fut celle de l’accident. Le pilote aurait interverti ses cartes aériennes et, le brouillard aidant, confondu l’atterrissage sur N’Dola avec l’approche de Léopoldville. D’autre part, on nous prie d’annoncer que M. Godefroid Munongo, qui fut ministre de l’Intérieur de la sécession katangaise et avait l’intention, devant la Grande Conférence Souveraine, de dire ce qu’il savait à propos des morts de Lumumba et d’Hammarskjöld, vient de succomber à une crise cardiaque. Il n’y a toutefois lieu d’établir aucun lien entre ces deux informations. Les conclusions du rapport font peser les plus lourdes présomptions de responsabilité sur la personne du financier international Jesus Evangelista, actionnaire majoritaire de l’Union Minière, dont on sait qu’il fut victime de la révolution muléliste en novembre 1964.

        – Eh bien, muzungu, tu es le seul qui ne ris pas. C’est comme si on annonçait, au terme d’une enquête minutieuse, que Kennedy pourrait avoir été abattu.

        – Quel rapport avec Kennedy ? »

 

Extrait de

MAMIWATA

de Jean-Louis Lippert

ISBN 2-87246-019-5

 

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En Belgique, un homme s’est vanté publiquement – par écrit, dans les gazettes – d’avoir transporté les fonds destinés à payer les hommes de main qui devaient assassiner Lumumba.

À l’heure qu’il est, les « livres » de Jo Gérard, faux historien, faux journaliste et authentique exécuteur de basses-oeuvres, s’étalent dans les rayons « Histoire » en libre accès des bibliothèques publiques. À portée des enfants.

Il paraît qu’on vend aussi du crack à la porte des écoles.

Bonnes gens, ayez donc peur de Molenbeek, c’est plus sûr et c'est autorisé.

 

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En clair :

 

Le Soir – Mercredi 19 octobre 1994 – Livres

Le Roman du Chaman. Les auteurs belges frappent fort en cette rentrée, Jean-Louis Lippert en tête.

Pouvez-vous prélever dix heures de votre précieux temps pour juger dix mille heures de mon travail ? C’est ainsi que, dans le nouveau roman de Jean-Louis Lippert, un écrivain, Virgil Negrangelu, s’est fait connaître des éditeurs. Bien lui en prit, probablement, puisqu’il remporta le prix Nobel. Il n’en opta pas pour autant pour la carrière des lettres, puisqu’il se retrouva wattman à Bruxelles, sillonnant la ville à la commande de trams qu’il compare à des voiliers ou yachts de plaisance dans certains quartiers aux demeures seigneuriales, cargos pour viande humaine à fond de cale dans la plupart des autres. Virgil Negrangelu n’est qu’une des figures de ce roman à la fois torrentueux et fluvial, d’une vigueur de style qui impose d’emblée sa puissance et son rythme, ce livre hors  norme et hors format dont on se demande, effectivement, si les heures de lecture tour à tour passionnées et irritées, captivées et effarées qu’il propose sont de taille à cerner l’immense investissement créatif qu’il laisse deviner.

« Mamiwata », du nom des sirènes qui enchantent le fleuve Congo, est un roman qui s’inscrit dans une autre durée que celle de la rotation rapide du commerce livresque. Gageons pourtant qu’on le lira dans très longtemps encore, qu’on le sondera, l’analysera de fond en comble, reconstituera son étrange chronologie, détaillera ses références historiques, débusquera les modèles de ses protagonistes. Car il y a matière, dans une telle masse romanesque, à déceler des pépites, des vérités fulgurantes, des développements sans précédent. Lippert est quelqu’un qui croit au roman comme genre rhapsodique, comme vaste matrice englobant visions du monde et plaisanteries, coups de gueule et coups de génie, élucidations, hallucinations et élucubrations.

On peut aborder de plusieurs façons ce monstre littéraire, qui se présente en six chants dont il nous est dit d’emblée que l’ordre est aléatoire : c’est dire les combinatoires qu’il permet.

L’une des pistes est de partir des voix qui s’y répondent, des personnages qui y tressent leurs discours : il y a White Star, du nom du club où il se distingua, et qui s’en va en Afrique en quête de l’aïeule portugaise qui, chanteuse de fados, y répondait elle aussi au nom de Mamiwata ; il y a Lucifer, le fils d’Ulysse Levine, auteur d’une fresque décorant la station Montgomery, et qui, d’une cage de verre, suit le parcours des transports en commun dans la ville et scrute les retours de Virgil, l’écrivain wattman évoqué plus haut, qui assume lui aussi sa part de récit. Leur approche est lyrique, imaginative, visionnaire.

Mais l’immense matériel que traite le récit, et qui va des événements qui précédèrent immédiatement l’indépendance congolaise à un avenir non précisé, qui verrait la résurgence de la Lotharingie, le contrôle de toute la communication planétaire par un seul groupe, la Panoptic, ainsi que la concrétisation des plans d’un forban idéologique, Alcibiade Théokratidès, qui préconisait la fondation d’un Empire d’Hypnos et que les faits ont exaucé jusqu’à l’épouvante, passe aussi par le truchement d’autres témoignages comme celui d’Orfelia, épouse d’un ancien dissident soviétique, Alexandre Bielinski, devenu, les dérives politiques aidant, John Northpole, un magnat des nouveaux empires, car si les sauriens relèvent d’une espèce en voie d’extinction, à présent que ceux-ci ont presque disparu, ce sont les crocodiles humains qui les remplacent.

En plus de quatre cents pages serrées, bourrées jusqu’à la gueule de scènes carnavalesques et d’étranges métissages, où tout se mêle sans cesse, au point que l’on ne s’étonne pas d’y entendre retentir les cloches d’un tramway bruxellois dans la brousse africaine, ainsi que le chant des pirogues pygmées au cœur d’une capitale d’Europe, Jean-Louis Lippert, à l’instar de son double Anatole Atlas, se fait le géographe voyant de nouveaux territoires, ceux de notre petite planète rendue plus menue encore par les prodiges de la technologie, et par le nivellement doctrinal qui la résume aujourd’hui, mais où l’on peut voir sans sourciller des populations entières être broyées par la violence, tout simplement parce qu’elle n’ont pas la même teinte de peau et qu’elle ne pèsent plus dans la balance des paiements totalitaire.

Ce roman plein de poésie et de colère est, à ce titre, terriblement contemporain, au point même qu’on n’y croit pas toujours ses yeux. Dans un monde où l’âme, l’esprit et le désir sont devenus eux aussi des marchandises, que peut encore un raconteur d’histoires qui se veut un chaman pour nos sociétés en perdition ? Répondre au vœu de la providence qui, comme l’écrivait Ozanam, met des poètes et des artistes dans les sociétés qui tombent, comme elle met des nids d’oiseaux dans les ruines, pour les consoler. « Mamiwata », en ce sens, est un livre providentiel.

JACQUES DE DECKER

Jean-Louis Lippert, « MAMIWATA », Talus d’approche, 440 pp., 1370 F.

 

Mais qui republiera Mamiwata ?

 

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Mis en ligne le – samedi saint – 15 avril 2017.


 

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21:21 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

AMEN - 4/4

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AMEN

4/4

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Pages d’histoire mal connues

 

« Ce qui m’intéresse, ce sont les faits, la manière dont les choses se sont réellement passées »

Leopold von Ranke

 

On sait que, dans le roman de Lippert, l’organisateur principal de l’élimination de Lumumba et de la montée au pouvoir du sinistre caporal Mobutu fut un politicien belge, que l’auteur personnifie en Charles Van De Woestijn.

Ce Van De Woestijn, dans la réalité, se nommait Paul-Henri Spaak, ministre (socialiste) des Colonies, secrétaire général de l’OTAN et un des pères de l’Union européenne.

Bribes d’Histoire méconnues…

 

 

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L’historien Marcel Liebman (1929-1986) fut de ces juifs belges qui, dans les années 60 et 70 soutinrent avec force le droit des Palestiniens, dans l’indifférence générale du reste de la Belgique, dont nous-mêmes qui ne prîmes conscience de la « question palestinienne » que longtemps après.

Il a dressé de Paul-Henri Spaak un portrait que vous ne trouverez pas dans la doxa hagiographiqe atlantiste mais qui mérite, ô combien, d’être connu.

Le voici, avec nos vifs remerciements à l’Institut Marcel Liebman

 

1972

Source :  Mai

N° 26 – novembre-décembre

 

P.-H. Spaak ou la politique du cynisme

Eléments pour une étude biographique

Marcel Liebman

 

« Un des plus néfastes personnages de l’histoire contemporaine de la Belgique ». C’est ainsi que je qualifiais Paul-Henri Spaak au début de l’année dans un commentaire du livre L’An 401. Je ne croyais alors pas que l’actualité nécrologique me mettrait aussi rapidement en demeure de démontrer mon propos. La mort de l’illustre personnage m’y contraint et l’avalanche d’éloges qui a suivi sa disparition rend plus nécessaire que jamais le travail de l’observateur critique.

Les 31 janvier et 1er février 1970, l’Institut belge de Science politique organisait à Bruxelles un colloque consacré au fédéralisme ainsi qu’au statut de l’agglomération bruxelloise. Introduit par un rapport du professeur Goriely, la discussion fut longue et animée. Paul-Henri Spaak ne manqua pas de s’y distinguer. Il y proposa la création d’un « État bilingue » bruxellois, « gouverné à égalité avec les Flamands » et ajoutait que cette parité était selon lui la « garantie de la protection des droits de la minorité flamande »2. En échange, il demandait aux Flamands de rétablir la liberté du père de famille et, éventuellement de revoir les limites de l’agglomération, étant bien entendu que cette révision ne devait pas procéder d’une consultation de la population. Il paraissait d’ailleurs à Spaak que les Flamands pourraient se montrer d’autant plus souples qu’ils « font […] des concessions importantes dans l’ensemble du pays en

acceptant qu’au niveau national ou au niveau fédéral il y ait une égalité et que leur supériorité numérique soit contrebalancée »3. Quant aux francophones, ils se voyaient reprochés par le ministre d’État de n’être « pas à une contradiction près » et de refuser aux Flamands « un principe d’équité », cette « représentation paritaire à Bruxelles où ils sont majoritaires alors qu’ils la réclament au niveau national où ils sont minoritaires»4. Spaak estimait que l’adoption de son plan s’imposait de toute urgence si on voulait éviter le risque d’« un succès des extrémistes francophones » aux élections communales bruxelloises. Et d’insister lourdement : « J’ai peur des extrémistes francophones »5

Faut-il dès lors s’étonner qu’au cours de ce colloque Spaak dut continuellement affronter l’opposition de Marcel Grégoire, défenseur attitré de la francophonie bruxelloise et qu’il ait pu compter sur l’approbation de Daniel Deconinck, démocrate flamand (ou faut-il dire flamingant ? L’intéressé ne refuserait sans doute pas cette étiquette) et de Lode Claes, sénateur Volksunie qui jugea le plan de Spaak «clairvoyant», « généreux » et « cohérent »6. Un des participants du colloque, M.P. Herremans, fit d’ailleurs remarquer que les idées de Spaak avaient suscité une « adhésion […] totale de la Volksunie »7

Lorsque se produisit l’échéance que craignait l’illustre personnage, ces élections communales si riches de périls selon lui, il s’engagea, comme chacun sait, dans la bataille en manifestant son « adhésion totale » aux francophones intransigeants du Rassemblement bruxellois. Cette volte-face sur laquelle se termina sa glorieuse carrière politique, Spaak ne prit pas la peine de l’expliquer. Sans jamais renier ou expressément rectifier ses jugements antérieurs, il affirma seulement que la lecture d’un article de Manu Ruys dans De Standaard – qu’il ne prit pas la peine de citer – l’avait convaincu de la réalité de l’« impérialisme flamand ». Et la francophonie d’applaudir à ce grand trait de lucidité et d’honnêteté politique.

 

Le révolutionnaire et le ministre

II y a quelque paradoxe à commencer une évocation biographique par l’épisode final d’une carrière. Mais il y a dans cette dernière pirouette spaakienne un trait du personnage qui l’illustre parfaitement et qui, au surplus, ramène à des débuts qui, eux non plus, ne manquèrent pas de panache. Également révélateurs, ils jettent une lumière éclairante sur le personnage que le monde est censé nous avoir envié.

« C’est à la fin d’un après-midi de printemps, en 1936, que l’aventure a commencé »8. C’est ainsi que Spaak commence ses Mémoires. L’« aventure », c’est sa nomination aux fonctions de ministre des Affaires étrangères. En fait, l’« aventure » avait commencé beaucoup plus tôt mais il est assez compréhensible que le mémorialiste ait préféré n’en rien dire. C’est que Paul-Henri Spaak, après avoir travaillé dans les cabinets d’un ministre socialiste, s’était, dès 1926 – dix ans avant le début supposé de son « aventure » – lancé dans une campagne systématique dirigée contre le réformisme social-démocrate. L’énergie et le talent qu’il y déploya lui valurent d’être élu comme conseiller communal de Saint-Gilles en 1928 et député de Bruxelles aux élections législatives de 1932. Encore et surtout, ils lui valurent d’apparaître pendant près d’une dizaine d’années comme le principal opposant de gauche – voire « gauchiste » – à la politique de pusillanimité et de collaboration de classe menée par la direction droitière du Parti ouvrier belge. Dans les organes de tendance qu’il dirigea successivement (La Bataille socialiste de décembre 1926 à mars 1928 et L’Action socialiste de janvier 1933 à mars 1935), il lutta pour rendre au socialisme belge sa vocation révolutionnaire : « Le réformisme, voilà l’ennemi » s’écriait-il presque d’entrée de jeu9; « il faut extirper l’esprit du réformisme intégral qui empoisonne le parti »10. Et encore : « Notre action ne sera un tremplin pour quiconque »11 ; « La lutte des classes est le phénomène le plus ardent des temps présents. »12

L’action oppositionnelle de Spaak connut ses heures les plus chaudes de 1933 à 1935, alors qu’il faisait figure de chef de file et de maître à penser de l’hebdomadaire L’Action socialiste. Les nécessités de l’époque justifiaient un engagement radical : la Belgique connaissait les effets les plus sombres de la crise économique mondiale et sa classe dominante ne prétendait y trouver de remède que dans une politique de déflation qui rendait la condition salariale moins supportable que jamais. Quant au Parti ouvrier, tout en fulminant contre la bourgeoisie, il s’employait à calmer la colère ouvrière et à entraver les actions spontanées qui traduisaient son impatience et sa volonté de lutte. Au-delà des frontières, enfin, le fascisme, après avoir conquis l’Italie, connaissait des triomphes en Autriche et surtout en Allemagne, achevant ainsi de préciser la menace qui pesait sur le mouvement socialiste et sur la démocratie.

À l’offensive réactionnaire et à la passivité réformiste, Spaak répliqua avec ardeur. Son Action socialiste se prononça, dès son premier numéro, pour la dictature du prolétariat. Pour l’instaurer, il ne fallait pas hésiter à sortir d’une légalité que l’ennemi de classe ne respectait d’ailleurs pas. Spaak appelait à l’action anti-militariste : il titrait « Conquérir l’Armée; Soldats n’obéissez pas, ne tirez pas »13; il s’en prenait à la monarchie et au respect que lui manifestait le Parti ouvrier, notamment lors de la mort d’Albert Ier14, et prônait l’unité entre socialistes et communistes que les réformistes, dirigés par Vandervelde, s’obstinaient à refuser15. Enfin et surtout, Paul-Henri Spaak poussait le parti et les syndicats à surmonter leurs craintes et à organiser une riposte efficace à l’action du « gouvernement des banquiers » que dirigeait depuis novembre 1934 le catholique Theunis. En décembre de cette même année, il écrivait dans son journal : « Les dirigeants (du P.O.B., M.L.) ne savent pas ce qu’il faut faire. Nous savons bien ce que nous ferions si nous étions les chefs. Nous préparerions par une vaste campagne de propagande une grève générale de propagande, prélude à une grande grève ». Malheureusement, « les hommes qui nous dirigent n’auront (jamais) l’audace de recourir à la grève générale »16.

Il est vrai que L’Action socialiste avait accordé son appui au « Plan du Travail » préconisé par Henri de Man et dont les ambiguïtés réformistes étaient nombreuses. Mais au moins fallait-il que ce plan fût intégralement adopté et appliqué par le gouvernement pour que la participation ministérielle socialiste pût se justifier. C’est ce que proclamait encore Spaak en février 1935.

Un mois plus tard, cependant, Spaak l’opposant, le révolutionnaire, le partisan de la grève générale et de l’action offensive socialo-communiste, Spaak qui, pendant des années avait alimenté le radicalisme quasi insurrectionnel de milliers de militants, Spaak était ministre du cabinet Van Zeeland. Il accepta ce poste et mit fin à une action de gauche poursuivie pendant une dizaine d’années sans même en avertir ses camarades de L’Action socialiste avec qui il collaborait quotidiennement. Dérouté, l’organe de tendance dut titrer dans son numéro du 30 mars 1935 : « L’homme passe. L’idée reste ». Sans doute, l’idée restait-t-elle, mais l’instrument qui s’en était fait le véhicule ne résista pas à un choc aussi brutal. Après une scission entre deux organes, l’un socialiste de gauche, l’autre trotskysant, L’Action socialiste cessera de paraître abandonnant le Parti ouvrier à une direction conservatrice enfin débarrassée de ses critiques de gauche.

Reste l’explication offerte par Spaak de sa décision. La lettre qu’il consentit à écrire aux rédacteurs et militants de L’Action socialiste est, à cet égard, un modèle de cynisme. Reconnaissant que « nombreux sont les amis – parmi les meilleurs – qui ne comprennent pas ce qui vient de se passer et qui protestent énergiquement », il ajoutait : « Leur attitude ne me surprend pas ». « Les seules explications que je peux leur donner ici ne sauraient être ni précises ni complètes : cent raisons me recommandent une discrétion absolue. Qu’il me soit seulement permis de dire qu’après avoir bien réfléchi, soigneusement pesé le pour et le contre, j’ai agi en conscience… Je suis sûr que si chacun de nos lecteurs connaissait tous les faits, pouvait reconstituer exactement toutes les circonstances politiques, rares seraient ceux qui n’apprécieraient pas comme moi les réalités peut-être décevantes, mais trop certaines pour être négligées ». Et il conclut : « Je ferai donc demain, de mon côté, ce que je crois être mon devoir. Que chacun fasse de même. Que personne ne se décourage. Même si vous avez l’impression qu’un homme vous a quittés, continuez à garder l’espérance et la foi… »17. Pas une phrase d’explication, pas un mot d’éclaircissement. Rien n’est plus propice à la défaite de l’action socialiste, à la démoralisation de toute activité militante et plus généralement à la dégénérescence de la vie politique qu’un tel cynisme. Et s’il est vrai que le terme de « trahison » est, en politique, d’un usage trop fréquent et trop facile, il est des circonstances qui l’imposent sans conteste. Le lâchage par P.H. Spaak de la gauche socialiste belge en 1935 est parmi elles.

 

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Paul-Henri Spaak & Paul Van Zeeland, 1937

 

Le réalisme spaakien

« Continuez à garder l’espérance et la foi » demandait Spaak à ses anciens camarades de la gauche socialiste. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne contribua guère à la réalisation de ce voeu. De 1935 à 1940, il fit tout, au contraire, pour précipiter la ruine de telles espérances et pour vider pareille foi de son contenu. Ayant acculé à la défaite le courant politique qu’il avait personnellement dirigé, il se crut également en droit de tourner entièrement le dos aux principes qu’il avait jusqu’alors défendus, pour prôner, sans autre explication ni justification, des idées exactement contraires.

Républicain à la mort du roi Albert, il étonnait, deux ans plus tard, son ami M.H. Jaspar en lui faisant un « vibrant éloge » de la royauté18. Ce monarchisme allait désormais être un de ses credo politiques les plus durables. Il prit, pour la personne de Léopold III, l’aspect d’une véritable affection et c’est la raison pour laquelle la rupture de mai 1940 fut pour Spaak une « tragédie politique et humaine »19. Cet attachement profond à la personne d’un monarque qui, après tout, méritait moins l’indulgence des républicains que son prédécesseur, faillit d’ailleurs définitivement compromettre la carrière de Spaak. Lors de l’entrevue de Wynendaele de mai 1940, alors que le souverain demandait à ses ministres de rester auprès de lui et de se constituer, avec lui, prisonniers des Allemands, Spaak, selon les souvenirs de Léopold III, eut ces paroles : « Par fidélité pour le Roi, je ne veux pas l’abandonner… »20. Et Spaak lui-même de confirmer ce témoignage : « J’ai montré dans deux ou trois interventions que, après tout, j’allais peut-être rester avec le Roi et c’est alors que M. Pierlot et le général Denis (ministre de la Défense nationale, M.L.) m’ont fait comprendre que j’allais commettre une sottise… Je dois bien reconnaître qu’ils m’ont sauvé »21. Il n’est pas tout à fait surprenant que beaucoup de parlementaires belges réfugiés en France l’aient accueilli peu après sans enthousiasme, le considérant comme un « complice du Roi »22. Et s’il est vrai qu’il prit part, après la guerre, à la lutte contre le retour de Léopold III en Belgique, il n’en est pas moins significatif que dans les deux gros volumes de ses Mémoires, il prend bien soin de taire un épisode d’autant plus compromettant qu’il en était venu à attribuer aux rois constitutionnels plus encore qu’une fonction d’arbitre : celle de « guide écouté »23.

Partisan jusqu’en 1935 de la lutte des classes dans une de ses formes les plus exacerbées, la grève générale, il en vint, dès 1938, à affirmer que, bien que socialiste, il ne croyait pas dans la réalité de cette même lutte de classes24. Adversaire acharné, jusqu’en 1935, du « gouvernement des banquiers », il fit d’un représentant des banques, Max-Léo Gérard, son ministre des Finances lorsqu’il put trois ans plus tard constituer son premier gouvernement.

La politique déflationniste du banquier libéral déplut même à Henri de Man. Spaak, cependant, dut apprécier cette collaboration avec le représentant de la haute finance. N’est-ce pas lui qui, à la veille de quitter Bruxelles en mai 1940, confia au « consortium des banquiers » ce qu’il appela lui-même une mission de « haute confiance » et qui n’était guère différente d’une délégation des plus hauts pouvoirs économiques et même politiques25. Marxiste jusqu’en 1935 ou prétendument tel26, il ne cacha pas, un an plus tard, ses convictions colonialistes, affirmant qu’« au-delà de nos frontières mêmes, nous n’avons pas de grands intérêts politiques à faire valoir ou à défendre, sauf, bien entendu, ceux de notre colonie auxquels nous ne permettrons pas qu’on touche »27. Défenseur, jusqu’en 1935 toujours, d’un socialisme internationaliste, il se prononça dans les années qui suivirent pour un « socialisme national » attaché à la poursuite de ce qu’il appelait le « bien commun »28. Partisan d’un accord entre socialistes et communistes pour lutter contre le danger fasciste, il devint rapidement – une année suffit à produire cette funeste conversion – l’apôtre trop heureux d’une attitude d’«appeasement » envers les dictatures fascistes.

Ce fut bien là, en effet, le sens profond de la politique de neutralité que, de commun accord avec Léopold III, il initia en 1936. Avant même que le souverain ait, dans son discours du 14 octobre, officiellement proclamé cette révision de la diplomatie belge, P.H. Spaak s’était chargé, le 20 juillet de la même année d’annoncer et de glorifier les mérites de cette nouvelle politique. « Je ne veux qu’une chose, avait-il alors déclaré : une politique étrangère intégralement et exclusivement belge ». On sait où cette politique nous conduisit. En fait, l’attitude adoptée par le roi Léopold à Wynendael et qui se trouve à la source de la question royale ne fut rien d’autre qu’une application rigoureuse et logique de cette politique exclusivement belge réclamée et introduite par Spaak29. Or, malgré ses déplorables conséquences, cette neutralité fut toujours présentée par son protagoniste comme une preuve de réalisme et de sagesse. Lors des débats qui suivirent la publication de L’An 40, Spaak s’en prit encore à ceux qui, comme Isabelle Blume et Henri Rolin, avaient attaqué cette politique et les taxa d’« irréalistes » et de « romantiques ». Mais le réalisme consistait-il vraiment à affaiblir la résistance déjà débile des occidentaux aux prétentions hitlériennes et à miser sur un impossible miracle qui mettrait la Belgique à l’abri des appétits allemands ?

Cette politique qui se voulait réaliste n’était en définitive qu’une volonté d’apaisement à l’égard des puissances fascistes et une preuve de grande indulgence envers leurs ambitions et leur philosophie. Comme Spaak le rappelle candidement dans ses Mémoires, il entra alors « en lutte avec ceux qui, à l’occasion de la guerre d’Éthiopie, prônaient des sanctions, au besoin militaires, contre l’Italie »30 : notre ministre des Affaires étrangères se rangea ainsi sur la position prise à l’époque par Pierre Laval. Envers l’Allemagne nazie, il fit montre de dispositions tout aussi conciliantes. Devant le Conseil général du P.O.B., il reprocha le 23 février 1938, au journal Le Peuple de donner à ses lecteurs des comptes rendus trop critiques des discours d’Hitler et ajouta qu’il refusait pour sa part de voir dans la conjoncture politique internationale, la confrontation entre un bloc démocratique et le fascisme31. Devant la Chambre des représentants, il déclara, le 16 mars 1936, à propos de l’annexion de l’Autriche que venait d’opérer Hitler, qu’il s’agissait là d’« un fait accompli qui est depuis longtemps dans la logique des choses »32. Au printemps de 1938, il justifia d’ailleurs implicitement, les tentatives nazies de revenir sur les décisions du Traité de Versailles33. Faut-il rappeler à ce même propos l’attitude de P.H. Spaak dans la guerre d’Espagne ? Contre l’avis de la majorité de son parti et pour satisfaire les exigences de la droite, il précipita la reconnaissance de l’Espagne franquiste avant même qu’elle ait triomphé de la résistance républicaine34. Lorsque, dans le courant de l’année 1938, quelque deux cent cinquante volontaires belges des Brigades internationales, rentrèrent à Bruxelles, ce fut aux cris de « Franco au poteau ! » et de « À bas Spaak ! » qu’ils défilèrent sur les grands boulevards35.

Voilà ce qui se trouvait impliqué dans le « réalisme » de la politique de neutralité. Il n’est guère surprenant que Léon Degrelle ait accueilli le discours de Spaak annonçant l’orientation nouvelle de notre politique étrangère par un télégramme de félicitations dont le texte se passe de commentaires : « Nous vous envoyons, au nom de Rex, nos plus sincères félicitations pour votre discours national, humain et réaliste que tout le pays, à part les politiciens, approuve totalement »36. Le malheur, c’est que, contrairement aux affirmations de Degrelle, la plupart des « politiciens » l’approuvèrent également.

 

La débâcle

La guerre est la continuation d’une politique avec d’autres moyens. Vérité générale, l’aphorisme de Clausewitz s’applique aussi à la « drôle de guerre » et à la politique pratiquée alors par Spaak, toujours à la tête du ministère des Affaires étrangères. Jusqu’au bout, et toujours au nom du réalisme, il s’accrocha à l’illusion que la Belgique pourrait rester étrangère au conflit. À cette première illusion s’en ajoutait une seconde, non moins sotte : il était possible d’apaiser Hitler et de détourner de notre pays ses désirs de conquête en observant une stricte neutralité et en limitant l’expression d’opinions favorables aux démocraties occidentales. Spaak livra donc quelques batailles contre la presse coupable de sympathies pro-alliées et d’hostilité envers les nazis. Il estimait d’ailleurs et le déclara au conseil des ministres en octobre 1939 qu’il n’existait aucun symptôme d’attaque allemande, mais que, par contre, l’Angleterre et la France tentaient de compromettre la Belgique et de l’entraîner dans la guerre. Lorsque fut publié un manifeste neutraliste d’allure incontestablement pro-allemande, certains de ses signataires; purent se prévaloir des encouragements que leur avaient prodigués le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères37.

Que Paul-Henri Spaak ait entretenu, à la même époque, des rapports étroits et confiants avec Raymond De Becker, futur rédacteur en chef du Soir volé en dit long sur ses dispositions d’esprit à la veille de l’invasion de la Belgique. Dès avant la guerre, Spaak, bien que ministre, avait tenu à présenter le premier numéro des Cahiers politiques, dont Raymond De Becker, homme connu pour ses opinions nettement de droite et vaguement pro-allemandes, était le rédacteur en chef. Dans son texte de présentation, Spaak avait jugé l’initiative qu’il patronnait « généreuse » et « utile » notamment en ce qu’elle favoriserait la création d’un « État fort » qu’il appelait de ses voeux38. Pendant la drôle de guerre, le ministre des Affaires étrangères revit De Becker à plusieurs reprises, mais préféra le rencontrer dans l’intimité de son domicile privé plutôt que dans son cabinet ministériel. Certes, De Becker, dans son ouvrage autobiographique, prétend que Spaak croyait à la victoire des Anglais et des Français et la souhaitait, mais il ne lui attribue pas moins le désir de faire « un bout de chemin » avec les milieux neutralistes pro-allemands39. Cette coopération alla-t-elle, comme le prétendit Robert Poulet, future vedette de la presse collaborationniste, jusqu’à amener Spaak à proposer la création d’un journal neutraliste dont les sympathies ne seraient certainement pas du côté de l’Angleterre et la France40 ?

Laissons à Spaak le bénéfice du doute, fût-il léger. Mais que penser, par contre, de la présence du ministre des Affaires étrangères de Belgique, dans le « salon Didier », tenu par des pronazis convaincus et fréquenté par le gratin de cette engeance41 ? Que penser, sinon que les défaillances humaines et surtout politiques de Paul-Henri Spaak en juin, juillet et août 1940 furent, elles aussi, la suite d’une certaine politique. Est-ce le hasard, en effet, si parmi les premières personnalités politiques belges arrivées à Londres, celles qui avaient été les plus hostiles au neutralisme spaakien étaient nombreuses ? Et si, de leur côté, Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak furent si réticents à rejoindre l’Angleterre, et se montrèrent au contraire disposés à mettre fin à une guerre que, dans une lettre adressée le 10 juillet 1940 à l’ambassadeur de l’Espagne franquiste à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères jugeait, pour sa part, « évitable, bête et mal engagée »42. Mal engagée, incontestablement. Mais évitable et bête ?… Il y avait là le type de raisonnement et le langage des partisans de la collaboration pro-allemande, pour qui l’accord avec le régime hitlérien était et restait possible après une péripétie guerrière inutile (mourir pour Dantzig !) et heureusement close. C’est pourquoi les ministres belges, dont P.H. Spaak, suggérèrent au roi Léopold, à la fin du mois de juin, de « négocier avec les. Allemands les conditions d’un armistice ou d’une convention concernant la Belgique »43. C’est à peu près à la même époque que Paul-Henri Spaak se déclara « vraiment reconnaissant » au gouvernement  franquiste et exprima l’espoir que l’Espagne (franquiste) « pourra faire entendre sa voix lors du règlement définitif »44. Tout cela ne forme-t-il pas un tout où il entre moins de désarroi qu’on pourrait penser ?

Dans ses Mémoires, Spaak n’a pas caché que cette « période […] est l’une de celles où j’ai commis quelques erreurs et où des erreurs plus grandes m’ont été épargnées, plus par chance que par sagesse »45. Cette modeste franchise a de quoi séduire. On regrette seulement que Paul-Henri Spaak n’ait pas fait montre d’autant de modestie à l’époque même de la débâcle. Car s’il prétend que c’est aux environs du 1er août 1940 que, sous l’influence de Camille Gutt qui avait déjà choisi de rejoindre Londres, il se décida lui aussi à continuer la lutte en Angleterre46, une lettre inédite dont nous publions ci-contre le fac-similé prouve, au contraire, que le 15 août encore il invitait son correspondant – un socialiste belge réfugié en France – à reprendre le chemin de la Belgique et, surtout, qu’il manifestait à l’égard de Gutt – qui, lui, voulait poursuivre la guerre – une feinte indulgence qui en dit long sur ses véritables dispositions d’esprit.

 

Au coeur de la guerre froide

Ainsi commença pour Paul-Henri Spaak une nouvelle carrière où les servitudes de l’exil londonien n’allèrent pas sans quelque avantage : l’homme du « socialisme national » et de la politique « exclusivement belge » élargit son horizon diplomatique et se prépara des lendemains pleins de lustre. Qu’un homme aussi compromis dans la politique d’« appeasement » envers Hitler et les régimes dictatoriaux de droite ait réussi à faire oublier son passé et à accéder aux fonctions les plus influentes et les plus prestigieuses tient en tout cas d’une chance exceptionnelle et presque du miracle. Parlant des perspectives que lui ouvrait, à l’automne 1944, la libération de la Belgique, il reconnaît dans ses Mémoires : « Je croyais pourtant ma carrière, non pas terminée, mais devant subir une éclipse. Il me paraissait improbable qu’elle continuât sans interruption en Belgique libérée alors que j’allais devoir m’expliquer sur ce que j’avais fait avant la guerre et plus encore sur ce que j’avais fait pendant la guerre »47. En débarquant à Bruxelles, il avoue n’avoir pas su s’il allait « célébrer une victoire » ou si, lui et ses collègues étaient en marche « vers la Haute Cour ». Il fut vite rassuré : « Quelques heures plus tard, nous étions replongés dans les discussions et dans les intrigues de la politique intérieure. Elle n’avait pas changé »48.         

Tout le drame d’une demi libération est là. Le rétablissement de la bourgeoisie occidentale, compromise par ses complaisances avec le fascisme et menacée par les progrès de la gauche et les victoires de l’Union soviétique, trouva en Belgique son correspondant dans le rétablissement de Spaak. En peu d’années, il cumula les charges et les honneurs. Ministre des affaires étrangères et Premier ministre en Belgique, président de l’Assemblée générale des1 Nations Unies, ce qui ne manque pas de piquant quand on songe à son rejet de tout internationalisme et de toute idée de sécurité collective en quoi se résumait une politique de neutralité qu’il ne renia jamais. Sa participation à la construction européenne et sa nomination comme secrétaire général de l’OTAN furent les fleurons de sa carrière. Cette dernière fonction, en tout cas, il ne l’avait pas usurpée. À la tête de l’organisation qui, sous le couvert de la défense de la liberté, lutta pour le maintien de la puissance capitaliste, Paul-Henri Spaak s’avéra un leader idéal. N’avait-il pas, en effet, le triple avantage d’une fidélité inconditionnelle au leadership américain, d’une hostilité haineuse à l’égard du communisme et des mouvements révolutionnaires et d’une étiquette progressiste et même socialiste qui servait de caution démocratique à l’Alliance atlantique, version moderne et améliorée de la sainte Alliance ?

Une fois de plus, en tout cas, il mena et incarna plus que quiconque une politique néfaste au socialisme. Dans les années qui avaient précédé la guerre, il avait tout fait pour émousser ses velléités d’action anti-fasciste et pour précipiter son intégration dans un système capitaliste pourtant vulnérable. Au lendemain du conflit mondial, Paul-Henri Spaak, champion de la lutte anti-communiste et de l’alliance américaine, contribua à déforcer la gauche et à rétablir une coalition entre les partis socialistes et la droite dont la guerre et ses séquelles avaient entraîné la disparition. Ce fut, fondamentalement, le sens et l’utilité de la guerre froide. Spaak n’en fut pas à proprement parler un précurseur, encore qu’il prît soin, en 1944, de négocier avec les Américains un accord qui les mit en possession, du précieux uranium congolais. La conjoncture politique belge et la présence de ministres communistes au gouvernement l’obligeaient à une certaine retenue et même à quelques gestes de conciliation envers l’Union soviétique. Mais il n’en déclarait pas moins le 6 décembre 1944 à la Chambre: « Nous devons apporter aux États-Unis, à la Chine [de Tchang Kaï-chek naturellement, ndlr], à l’Empire britannique, à la Hollande, tout notre appui »49. Et à l’U.R.S.S. qui continuait à fournir la part la plus considérable à la lutte contre l’hitlérisme ? Et à la France ? Il est vrai que celle-ci négociait et signait à l’époque un traité avec les soviétiques…

Avec la détérioration des rapporte entre l’Est et l’Ouest, Spaak trouva enfin une cause à la mesure de son éloquence et de sa philosophie politique. Résumant rétrospectivement dans ses Mémoires, son attitude de l’époque, il dit n’avoir « jamais compris l’objectif poursuivi par l’U.R.S.S. »50. N’est-il pas incompréhensible en effet qu’elle ait, comme le prétend Spaak, « refusé l’amitié et la collaboration offertes»51? Et comment comprendre qu’elle ait pu user systématiquement du droit de veto que la Charte des Nations unies lui conférait ? Spaak, pour sa part, ne semble l’avoir jamais ompris52. L’idée que la composition de l’Assemblée générale de l’O.N.U. assurait une majorité écrasante aux Américains et leur permettait de dominer de tout leur poids l’organisation internationale53 n’effleura jamais l’esprit du ministre des Affaires étrangères. II semble avoir également ignoré que l’U.R.S.S. se vit supprimer du jour au lendemain le bénéfice des accords de prêt et bail par le gouvernement de Truman. Cela se passa le jour même de la Victoire, le 8 mai 1945 et les navires américains en route ce jour-là pour les ports dévastés de l’Union soviétique durent rebrousser chemin. Une amitié offerte !

Champion du monde libre dressé contre la menace militaire soviétique, et particulièrement à l’aise dans ce rôle de composition, Spaak a-t-il jamais pris connaissance de la déclaration faite par George Kennan, ancien ambassadeur américain à Moscou et grand expert des relations Ouest-Est, selon que « l’OTAN […] a créé en Europe une ligne arbitraire dont la fonction est de protéger contre une attaque que personne n’avait envisagée de lancer »54. A-t-il jamais pris la peine de réfuter l’affirmation de l’historien britannique A.J.P. Taylor qui affirme que « l’analyse historique […] détruit complètement la légende et prouve avec une totale évidence que la guerre froide fut délibérément déclenchée par Truman et par ses conseillers »55 ? Et surtout : a-t-il jamais songé que la Russie qui venait de perdre vingt millions d’hommes et qui, selon les témoignages unanimes se trouvait transformée en un désert industriel était parfaitement incapable, dans les années qui suivirent le retour à la paix, de préparer l’aventure militaire – et suicidaire – que l’on prêtait à ses dirigeants ? Pour Spaak, les choses sont simples : « De toute évidence, écrit-il à propos de cette période, l’U.R.S.S. misait sur la révolution mondiale »56. Contre-vérité criante dont il était .le témoin privilégié puisqu’il collaborait avec des ministres communistes dont le principal objectif était le rétablissement de l’économie et que cette politique fut commune à tous les partis communistes occidentaux. Est-ce donc ainsi que les amis de l’U.R.S.S. dans le monde préparaient cette « révolution mondiale » dont Staline aurait été le protagoniste ? Est-ce en conseillant à Tito de s’entendre avec les monarchistes yougoslaves, aux communistes chinois de reconnaître le pouvoir pourtant chancelant de Tchang Kaï chek et aux résistants grecs de rendre leurs armes aux forces conservatrices que Staline préparait cette révolution mondiale, ou « misait » sur elle ? La mystification est aujourd’hui patente, ou devrait l’être. 

Pour Paul-Henri Spaak, elle conduisit à la gloire qu’il conquit à force d’éloquence lors de son célèbre discours sur la peur, le 28 septembre 1948, morceau de bravoure que la R.T.B., le jour de sa mort, a cru utile de faire surgir de ses archives. Que la détestable politique stalinienne ait prêté le flanc à des attaques, voilà qui est évident. Mais pourquoi présenter le « coup de Prague » de février 1948 comme le noeud de la guerre froide et ignorer que la « doctrine Truman » par laquelle les États-Unis annonçaient leur intention d’installer des bases militaires en Turquie, aux portes mêmes de l’U.R.S.S., lui est d’un an antérieur ? Dans le même discours, Spaak présenta les communistes occidentaux, ceux-là mêmes qui avaient très et trop loyalement contribué au rétablissement économique et social de l’Occident, comme  « une cinquième colonne auprès de laquelle la cinquième colonne hitlérienne n’était qu’une organisation de boy-scouts » composée d’hommes « qui ne manque pas une occasion d’affaiblir l’État dans lequel ils vivent, politiquement, moralement et socialement »57. Enfin et surtout, Spaak, ministre et représentant socialiste, se fit en cette circonstance l’apologiste inconditionnel du monde et de la civilisation occidentales, confondus avec le système démocratique lui-même. Dans une rhétorique qui paraît presque amusante aujourd’hui, il fit l’éloge d’une démocratie libérale fondée sur « la nécessité de bâtir une société politique sur la liberté de penser, d’écrire, de se réunir librement, de s’associer librement » et inconditionnellement attachée à « des élections libres, un gouvernement responsable devant le peuple, le respect de la dignité de l’homme et un État qui sert l’homme et non pas l’homme au service d’un État ». Que dire de ce grotesque éloge d’un « régime qui a d’immense avantages », qui « permet tous les progrès économiques et sociaux », qui « répudie l’intolérance et l’emploi de la force et de la violence », qui « fait confiance au bon sens et à la sagesse de l’homme » et qui, « à la propagande qui répand l’erreur » répond par « la propagande qui contient la vérité »58 ?

Ce discours d’un « socialiste » rallié aux positions les plus manichéennes et identifiant sans réserve ni nuances le monde occidental avec celui de la liberté, du progrès et de la civilisation fut accueilli avec le ravissement qu’on imagine par les Américains et les libéraux, les conservateurs et les défenseurs du capitalisme. Il est plus surprenant que cette extase euphorique fut partagée par les socialistes eux-mêmes. À son retour au pays, Spaak fut accueilli en héros, comme si, David bardé d’intrépidité il venait d’affronter, au péril de sa vie, le Goliath communiste. Le Parti socialiste belge, pour sa part, organisa un gigantesque meeting en son honneur. Soucieux de donner au prestige de son leader un rendement électoraliste maximum, le P.S.B. avalisait ainsi toute la logomachie capitaliste sur les vertus sans limites de la démocratie libérale et, au lendemain d’une guerre qui avait affaibli la bourgeoisie, opérait un ralliement irréversible à son idéologie mystificatrice.

 

Plus de trace de socialisme

N’accordons pas à Spaak plus d’importance qu’il ne mérite. Mais ne négligeons pas non plus la signification de sa carrière. À l’époque de la guerre froide, il illustra et précipita l’affadissement des velléités anti-capitalistes de la social-démocratie et soumit celle-ci au leadership du conservatisme européen et américain. Les conséquences d’un tel alignement n’ont pas, jusqu’à ce jour, cessé d’épuiser leurs effets. Mais c’est chez Paul-Henri Spaak lui-même que ces effets ont pris la coloration la plus nette. Sans même le suivre jusqu’aux derniers épisodes de sa vie, lorsque sa demi retraite politique en fit un administrateur d’un des plus grands trusts mondiaux américains, il est utile d’en dresser le portrait, tel qu’il se dessina pendant les dernières années de sa présence à la direction du P.S.B. Il y fit figure de « modéré » et de « droitier », mais sous ces étiquettes banales se dissimulait un personnage qui n’avait plus rien en commun avec le socialisme, fût-il modéré et droitier. Examinez les jugements que, dans ses Mémoires, il porte sur les grandes et moins grandes figures politiques de notre temps. De la pléiade de politiciens conservateurs qu’il passe en revue, pas un seul qui appelle chez lui la moindre réserve. Churchill mérite l’admiration la plus béate, Eden l’amitié la plus chaleureuse, Pierlot, catholique de droite pourtant, l’approbation sans réserve, tout comme Adenauer et même Bidault, « personnalité sympathique » qui n’a pas mérité « le sort injuste qui lui a été réservé »59. Les engagements les plus conservateurs et les plus réactionnaires ne sont même pas signalés. Il suffit aux yeux  « bon atlantiste » et « bon européen ».

Plus de trace de socialisme chez le premier candidat de la liste socialiste à Bruxelles – le Hors-poll Henri éraflé par nos « confrères » de Pan. Que l’on en juge : depuis 1951 s’est reconstituée à Francfort l’Internationale socialiste. Certes, elle n’est plus que l’ombre falote de ce qu’elle fut dans le passé, mais elle s’emploie à coordonner l’action et à concilier les intérêts des partis sociaux-démocrates. Spaak participa à ses travaux, ou plutôt à ses débats. Il en fut une des vedettes. Mais voyez ce qu’écrit en 1955 dans une note confidentielle notre ministre « socialiste » des Affaires étrangères, délégué belge, lorsque l’occasion s’en présente, à l’Internationale socialiste : « Adenauer est vraiment très bien. C’est une chance de l’avoir »60. On eût aimé avoir à ce sujet l’avis des camarades Schumacher, Ollenbauer et Brand qui cherchaient désespérément à mettre un terme au règne du vieux renard conservateur. En 1955 toujours, tandis que se forge le destin de l’Europe, les ministres occidentaux des Affaires étrangères parmi lesquels figurent le « socialiste » Spaak décidèrent de tenir une conférence à Messine. Le choix de cette petite ville italienne put paraître arbitraire. Il ne l’était pas. Spaak nous explique en effet que la sélection fut décidée pour « faire plaisir à notre collègue Martino », une des vedettes de la démocratie chrétienne italienne. Et plus précisément encore : « Des élections se déroulaient dans l’île dont il était originaire et député. Il n’était pas mécontent de donner quelque éclat à sa campagne électorale en se montrant entouré de ses collègues européens. De notre côté, nous étions heureux de lui rendre ce service et nous trouvions notre propre plaisir à travailler dans un si bel endroit »61. Attendrissant. Mais qu’en auraient pensé les collègues socialistes italiens de Spaak qui siégeaient comme lui à l’Internationale mais avaient moins de raison d’apprécier le politicien conservateur ?…

 

Chantre et apologiste de l’Occident

S’adressant, en petit comité, à quelques spécialistes de la science politique, Paul-Henri Spaak déclarait au début de l’année 1970, « tout le monde sait que je suis au fond un vrai libéral ». Et de préciser sa pensée : « pas P.L.P., mais libéral »62. Libéral, Spaak le fut certainement si l’on entend par là qu’il était devenu un défenseur du système économique libéral. Mais on a parfois l’impression que son libéralisme s’arrêtait là et que, à maints égards, sa philosophie politique tenait de plus en plus d’un conservatisme très peu éclairé où il entrait un mélange désuet de colonialisme hargneux, de nationalisme vulgaire et de réflexes racistes. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner le bilan de l’action qu’il mena, au nom de la Belgique, au sein de l’ONU Alors que Spaak dirigeait le département des Affaires étrangères, notre pays offrit en effet un soutien constant aux thèses sud-africaines. Certes, nos délégués et porte-parole exprimèrent à plusieurs reprises leur « opposition au principe de la discrimination raciale », mais ils joignirent presque systématiquement leurs voix à celles de l’Afrique du Sud, affirmant que la pratique de l’apartheid était de la compétence interne de cet État et ne devait donc être ni sanctionnée ni même débattue63. La Belgique s’opposa par exemple à l’audition de personnalités qui désiraient témoigner à l’ONU sur la condition imposée aux noirs d’Afrique du Sud et sur les ravages de l’apartheid64. P.H. Spaak prit également la responsabilité de soutenir le refus de l’Afrique du Sud de soumettre ses territoires sous tutelle au contrôle des Nations unies, il contribua ainsi à établir sa domination dans le Sud-Ouest africain65.

L’attitude de la Belgique officielle et particulièrement du chef de sa diplomatie ne fut guère moins favorable au colonialisme français. Ses délégués à l’ONU et Paul-Henri Spaak en personne se firent les défenseurs souvent enthousiastes de la politique française en Algérie et, au cours de sa guerre d’indépendance, apparurent à leur manière, comme les champions de l’Algérie française. Le 30 octobre 1955, alors que la France était l’objet de critiques de plus en plus vigoureuses pour la sale guerre qu’elle menait en Afrique du Nord, Paul-Henri Spaak intervint à New York pour « apporter publiquement à la France un témoignage d’amitié devant les attaques féroces dont elle était l’objet »66. Dans un grand mouvement d’éloquence, le ministre s’écria : « Je dis qu’il faut faire confiance à la France à cause de son passé, à cause de ce qu’elle est, mais j’ajoute qu’il faut faire confiance à cause de ce qu’elle fait »67. Et les bicots de crever, sous la violence de leurs tortionnaires.

On ne s’étonnera pas, dès lors, que, lorsque se produisit la nationalisation du canal de Suez, Spaak se fit l’avocat de l’emploi par les Occidentaux de la violence. Dans un document envoyé le 21 août 1956 au gouvernement (conservateur) de Londres, il le mit en garde non pas contre les séductions d’une politique impérialiste, mais contre la tentation, d’ailleurs imaginaire, de « faire à Nasser des concessions trop importantes ». Il préconisa au contraire « de la part des grandes puissances occidentales une politique de fermeté absolue ». Et d’expliquer dans cette note diplomatique que « si le coup de force de Nasser doit rester sans sanction, le prestige de ce nouveau dictateur va formidablement grandir en même temps que ses ambitions et ses audaces. C’est toute la situation en Afrique du Nord et même en Afrique centrale qui risque d’en être affectée et cela à notre détriment »68. C’est-àdire, somme toute, au détriment de l’Angleterre impériale dirigée par des ministres conservateurs et de la Belgique colonialiste elle-même. Il n’est pas tout à fait inutile d’observer que ce soutien fut offert aux conservateurs par un ministre socialiste, au moment où les travaillistes britanniques menaient une action vigoureuse contre la campagne impérialiste du gouvernement britannique. Il n’est jusqu’à la politique colonialiste du Portugal qui ne bénéficia du concours de Paul-Henri Spaak : dans sa lettre de démission comme secrétaire général de l’OTAN, il reprocha aux États occidentaux de ménager leur soutien à la présence et à l’action portugaises en Afrique69 !

La part que prit Spaak dans les affaires congolaises est assez connue pour qu’il ne faille pas ici la rappeler dans les détails. Il est pourtant utile de noter à quel point sa défense de l’entreprise belge en Afrique fut teintée de colonialisme et même, ce qui paraît plus surprenant pour le grand Européen qu’il fut, de nationalisme étriqué. Dès 1956, il avait rédigé, en tant que membre éminent du gouvernement socialiste libéral de Van Acker, une longue note consacrée au Congo où, sans la moindre réserve, il exaltait « les réalisations belges au Congo » qu’il jugeait « admirables » et où, reprenant les thèses classiques des colons, il mettait en garde contre les pouvoirs excessifs de la métropole et contre la « surenchère désastreuse » à laquelle se livraient, selon lui, les syndicats belges dans la colonie. Il n’y était naturellement question ni d’indépendance, fût-ce à long terme, ni d’autonomie70. Aussi s’opposa-t-il en 1960 à tout le processus qui devait conduire à l’indépendance congolaise et, notamment, à la réunion de la fameuse « table ronde ». Lors du conseil de la couronne réuni par le roi Baudouin, il fut le seul, avec le vieux conservateur Van Zeeland, à regretter la politique « libérale » à laquelle le gouvernement s’était résigné71. C’est un tel homme qui, dans ses attributions de ministre des Affaires étrangères, eut, de 1961 à 1965, la responsabilité des rapports entre la Belgique et son ancienne colonie.

Il eut, comme on sait un rôle prépondérant dans l’affaire de Stanleyville : en 1964, encore que toute l’action belge – dans sa conception, sa préparation et son exécution – procéda d’initiatives communes entre les autorités de Bruxelles et celles de Washington. L’idée même de l’opération naquit d’ailleurs d’une conversation que Spaak eut à Washington avec Paul Harriman72. Et lorsque l’intervention militaire belgo- américaine produisit à l’O.N.U., parmi les nations afro-asiatiques, la réaction à laquelle il fallait s’attendre, Spaak se rendit à New York pour y défendre sa politique. Selon son propre témoignage, « les quelques jours » qu’il y passa, « comptent parmi les plus désagréables de […] [sa]) vie »73. Cet homme, dont la spécialité était la diplomatie et dont le style tenait généralement de la plaidoirie persuasive, réserva alors aux représentants du Tiers-monde une hargne dont seule l’Union soviétique avait été jusqu’alors la cible. Représentant d’un pays occidental accusé de colonialisme, il affecta la pose de Dreyfus devant ses accusateurs ou de Jésus face à ses bourreaux : « J’ai vraiment souffert pendant quarante-huit heures », raconte-il. « Je me suis rendu compte de ce que peuvent être les sentiments d’un innocent devant des juges ». Spaak comprit bien qu’il s’agissait du « procès des pays hier colonialistes », procès instruit « avec une partialité et une méchanceté caractérisées ». Il en sortit « indigné, écoeuré, presque malade devant tant de mauvaise foi, d’agressivité… ». Dans sa riposte – « un des meilleurs discours de ma carrière » –, il mit en cause le racisme de ses critiques et, une fois de plus, adopta le calibre et le statut qui lui convenaient par excellence, ceux d’un représentant courageux de l’Occident attaqué et calomnié74.

La performance de Spaak à l’ONU lui valut une double récompense. La première prit la forme d’un télégramme que lui envoya le roi Baudouin qui le remerciait d’« avoir si bien défendu l’honneur et le droit de notre pays »75. Vint s’y ajouter une manifestation d’hommage que lui rendirent les congressistes du Parti socialiste belge en décembre 1964; ils venaient de voter une résolution qui devait entraîner le départ des rédacteurs principaux de La Gauche quand Spaak fit son apparition au congrès. Il fut accueilli en triomphateur et l’orateur qui se trouvait à la tribune poussa l’humilité jusqu’à la quitter pour la céder immédiatement au grand homme.

Mais le grand homme n’était plus à ce moment là que le chantre et l’apologiste de l’Occident. La banalité de ses propos est de ce point de vue patente : « Pour moi, ce qui est essentiel dans la civilisation occidentale, c’est le respect de la dignité de l’homme »76. L’amour que Spaak porte à l’Occident, c’est celui du blanc, voire du petit blanc envers le système qui a fait son confort et sa puissance. Que cet attachement soit teinté de racisme apparaît d’ailleurs clairement à la lecture de la préface par laquelle Spaak introduisit un livre paru en 1966 et consacré à L’Afrique de Pékin. L’homme qui allait jusqu’au bout défendre l’agression américaine au Vietnam77 s’y montrait sous son jour véritable : « nous autres blancs, écrivait-il, épris de liberté, de tolérance, amis de la paix, détestant la violence et pratiquant avec mesure une politique de progrès … »78 devons affronter l’« impérialisme jaune » qui constitue le grand péril de notre époque.

 

Un rôle néfaste

Ce texte date de 1966 et à l’époque Paul-Henri Spaak était toujours un des dirigeants les plus influents du Parti socialiste qu’il n’allait quitter que sur un différend somme toute mineur : la question non pas de l’adhésion de la Belgique à l’OTAN mais de l’implantation de son siège sur notre territoire.

C’est là le fond du problème. Les qualités de Spaak, que la grande presse a suffisamment chantées pour qu’il ne faille plus y revenir, et ses défauts ne nous intéressent que médiocrement. L’essentiel est ailleurs. Il tient au rôle néfaste que peut jouer un homme qui prend sur lui la responsabilité de diriger un courant minoritaire et oppositionnel au sein de la société capitaliste et qui, du jour au lendemain, abandonne la lutte, renonce à toutes les idées qu’il avait exprimées et défend des principes diamétralement opposés, démobilisant ainsi le mouvement auquel il était lié, semant le trouble, l’amertume et le découragement parmi les militants socialistes. Un tel cynisme ne peut conduire qu’à l’apolitisme et à la passivité et contribue à la consolidation de l’ordre établi.

Il est non moins cynique de diriger un Parti socialiste, d’en conserver soi-même l’étiquette et d’en infléchir l’évolution lorsque l’action que l’on mène, la philosophie que l’on assume et le système que l’on défend n’ont plus rien de commun avec le socialisme. Ce faisant, on contribue tout autant à semer le trouble dans les esprits, la confusion dans le débat politique et un scepticisme désabusé qui, une fois encore, ne peut profiter qu’au conservatisme. Le dégoût pour la politique est le fruit de ce cynisme politique ; le dégoût pour le socialisme le résultat de ce mépris du socialisme et des socialistes.

La carrière de Spaak pose, finalement, un dernier problème qui concerne le parti qui, presque jusqu’au bout, lui demeura fidèle et n’osa jamais engager la lutte contre lui, mais assuma au contraire et glorifia la plupart de ses initiatives. Tout jugement sur le P.S.B., toute analyse de sa nature, tout pronostic concernant son avenir passe nécessairement par cette interrogation : par quelle aberration a-t-il été possible qu’un mouvement qui se réclame du socialisme a pu pendant une trentaine d’années garder à sa tête un homme qui se mit tout à tour au service de l’appeasement pro-hitlérien, de l’autoritarisme léopoldien, de la guerre froide, du capitalisme américain et du colonialisme (belge, sud-africain, français et portugais) ? Comment a-t-il pu conserver à sa tête ce « libéral », convaincu, selon ses propres termes, que « le peuple aime l’autorité, qu’il aime se sentir conduit »79 ?

En 1968, deux ans après la retraite de Paul-Henri Spaak, une enquête sociologique révélait que c’est dans la catégorie des plus jeunes gens que le Parti socialiste belge recueille le moins d’adhésions et le moins de suffrages80. La cause de ce phénomène de désaffection est complexe. Mais il n’est pas étranger au fatal entraînement qui amena le P.S.B. à confier sa direction à un homme hostile à tout ce qui est socialiste et non moins profondément attaché aux intérêts les plus douteux et aux valeurs les plus désuètes du capitalisme et de la bourgeoisie.

_________________  

 

1 M. Liebman, Une autopsie de la société belge : à propos de « L’An 40 », in Mai, n° 22, février 1972, p. 9.

2 Res Publica, Bruxelles, 1971, no 3-4, p. 457.

3 Ibid., p. 459.

4 Souligné par nous, ibid., p. 486.

5 Ibid., p. 458.

6 Ibid., pp. 474-475.

7 Ibid., p. 502.

8 P.H. Spaak, Combats inachevés, I., Fayard, Paris, 1969, p. 25.

9 La bataille socialiste, 5-2-1928.

10 Ibid., 2-10-1927.

11 Ibid., 21-8-1927.

12Ibid., 10-7-1927.

13 L’action socialiste, 11-2-1933.

14 Ibid., 3-3-1934.

15 Ibid., 22-8-1933.

16Ibid., 29-12-1934.

17 Ibid., 30-3-1935.

18 M.H. Jaspar, Souvenirs sans retouches, Fayard, Paris, 1968, p. 224.

19 H.F. Van Aal, Télé-mémoires, CRISP, Bruxelles, 1971, p. 61.

20 Ibid., p.68.

21 Ibid., p.66.

22 J. Gérard-Libois et J. Gotovitch, L’An 40, Bruxelles, 1971, p. 238.

23 P.H. Spaak, op. cit., I, p. 65.

24 M. Claeys-Van Haegendoren, 25 Jaar Belgisch Socialisme, Anvers, 1967, p. 389.

25 J. Gérard-Libois et J. Gotovitch, op. cit.

26 Spaak dira plus tard de lui-même : « j’ai développé un certain nombre d’idées qui venaient de Marx, mais je ne crois pas qu’on puisse dire de moi, que j’aie été un marxiste ni sur le plan économique ni même philosophique » (J.F. Van Aal, op. cit., p. 23).

27 P.H. Spaak, op. cit., I, p. 44.

28 M. Claeys-Van Haegendoren, op. cité, p. 505.

29 Résumant fidèlement la position de Léopold III, Spaak écrit que « le roi […] estimait que nos engagementsinternationaux se limitaient à défendre notre territoire aussi bien et aussi longtemps que possible, mais, que cette tâche terminée, nous redevenions entièrement libres de fixer seuls notre destin». Rien d’autre somme toute que la politique « exclusivement belge » de Spaak lui-même. (P.H. Spaak, op. cit., I, p. 95).

30 Ibid., I, p. 43.

31 Le Peuple, 24 février 1938.

32 Le Soir, 17 mars 1938.

33 Les Cahiers politiques, mars-avril 1938, p. 81. Il s’agit d’une réponse à l’enquête organisée par cette revue et à laquelle Spaak, alors ministre des Affaires étrangères, répondit sous la signature de « Trois étoiles ».

34 M. Claeys-Van Haegendoren, op. cit., pp. 390-393.

35 Le Dossier du mois, mars 1963, p. 6.

36 Cité par M.-H. Jaspar, op. cit., p. 201. Comme l’écrit J.M. Etienne dans son livre consacré au rexisme : « Comme il se fait le champion de la politique de la neutralité, P.H. Spaak reçoit périodiquement les félicitations des rexistes ». Degrelle, par exemple, écrit dans « Le Pays réel

37 M.H. Jaspar, op. cit., p. 278; J. Gérard-Libois et J. Gotovitch, op. cit., p. 41.

38 Les Cahiers politiques, no 1, janvier 1938, pp. 3-5.

39 R. De Becker, Le livre des vivants et des morts, La Toison d’Or, Bruxelles, 1942, pp. 253-254.

40 J. Gérard-Libois et J. Gotovitch, op. cit., pp. 41-42.

41 Ibid., pp. 43 et sq.

42 Cité par M.H. Jaspar, op. cit., pp. 237-238.

43 Ibid., p. 434.

44 Ibid., p. 438.

45 P.H. Spaak, I., p. 57.

46 Ibid., I., p. 111.

47 Ibid., I., p. 178.

48 Ibid., I., p. 179.

49 Chambre, 6-12-1944.

50 P.H. Spaak, op. cit., I, p. 202.

51 Ibid., II, p. 321.

52 Voir Ibid., I, pp. 184 et 204.

53 De 1946 à 1953, sur les 800 résolutions soumises à l’Assemblée générale des Nations unies, plus de 97 % virent les États-Unis soutenus par la majorité des délégués. Ceux des dictatures d’Amérique centrale, protégées attitrées des U.S.A., les appuyèrent systématiquement.

54 Cité par I. Deutscher, « Myths of the Cold war », in Containment and Revolution, Londres, 1967, p. 14.

55 Cité par D. Horowitz, From Yalta (o Vietnam, Penguin, Londres, 1969, p. 21.

56 P.H. Spaak, op. cit., I, p 249.

57 Ibid., I, pp. 217-218.

58 Ibid., I, p. 215.

59 Ibid., I, p. 261.

60 Ibid., I, p. 289.

61 Ibid., II., p. 66.

62 Res Publica, Bruxelles 1971, no 2-3, p. 486.

63 Voir, par exemple, Revue des Nations unies, novembre 1955, pp. 30-31 et septembre 1957, p. 45.

64 Ibid., décembre 1956, p. 64.

65 Ibid., décembre 1955, pp. 92-93.

66 P.H. Spaak, op. cit., I, p. 221.

67 Ibid., I, pp. 222-223.

68 Ibid., pp. 227-228.

69 Ibid., II, p. 222.

70 Ibid., II, pp. 234-237.

71 Ibid., II, p. 238.

72 Ibid., II, p. 276.

73 Ibid., II, p. 286.

74 Ibid., II, pp. 287 et sq.

75 Ibid., II, p. 293.

76 Ibid., II, p. 319.

77 Dans Le Soir du 29-5-1968, Spaak comparait l’attitude des Vietnamiens à celle d’Hitler et attribuait la responsabilité de la guerre du Vietnam au « fanatisme agressif des communistes chinois ». L’opposition à la politique américaine s’inspirait, selon Spaak, de mobiles de « facilité » et d’« égoïsme » et rappelait l’«appeasement » pro-nazi des collabos de 1940.

78 Préface au livre de P. Mertens et P.F, Smets, L’Afrique de Pékin, éd. SN, Bruxelles, 1966, p. 8.

79 Res Publica, Bruxelles, 1971, n° 2-3, p. 488.

80 N. Delruelle, R. Evalenko et W. Fraeys, Le comportement politique des électeurs belges, Ed ; de l’Institut de Sociologie, Bruxelles, 1970, p. 56.

 

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En 1967, Marcel Liebman échangea, avec Ralph Milliband – le père des futurs ministres Ed et David Milliband – qui avait fui la Belgique pendant la guerre, une correspondance qui eut pour sujet l’existence d’un état juif en Palestine, où l’on voit Liebman mettre ses espoirs dans les révolutions arabes en cours. Cette étonnante correspondance n’existe malheureusement que dans sa traduction anglaise :

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Ralph Miliband and Marcel Liebman : The Israeli Dilemma

Review by Martin ThomasWorkers Liberty

Lire ici…

Source : https://shirazsocialist.wordpress.com/2013/10/19/ralph-mi...

 

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En 2015, Riton Liebman, acteur, dramaturge et metteur en scène, a consacré une pièce à son père. Nous ne l’avons pas vue et il n’en existe apparemment pas d’enregistrement vidéo.

 

Liebman renégat

 

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http://varia.be/liebman-renegat/

 

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Ceux qui s’opposèrent à l’Europe de Spaak :

 

Discours de Pierre-Mendès-France contre le Traité de Rome – 18 janvier 1957

Rédaction –Voxnr 25 mars 2017

 

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Au premier rang (extrême gauche) : Paul-Henri Spaak

 

En ce triste jour de l’anniversaire du traité de Rome de 1957, je souhaitais partager avec vous le discours du grand Pierre Mendès France à l’Assemblée qui avait voté contre. Son analyse est incroyable de pertinence et de lucidité.

Le discours étant long, je commence par vous en proposer un bref résumé, percutant. Pour bien montrer à quel point il y avait plein de gens tout à fait lucides à l’époque (sic), je le complète par un Manifeste du Comité exécutif du parti travailliste britannique de juin 1950…

 

Extraits de l’analyse de Pierre Mendès France sur l’Europe (19/01/1957)

 

« Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. Dix crises graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation. […] Dans le cas d’une crise économique, il se produira une baisse des salaires allemands, un dumping de l’industrie allemande contre la nôtre. […] L’harmonisation doit se faire dans le sens du progrès social, dans le sens du relèvement parallèle des avantages sociaux et non pas, comme les gouvernements français le redoutent depuis si longtemps, au profit des pays les plus conservateurs et au détriment des pays socialement les plus avancés.

En fait, ne nous ne le dissimulons pas, nos partenaires veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à consister, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière et, par contrecoup, au détriment des autres classes sociales qui vivent du pouvoir d’achat ouvrier. Il faut faire l’Europe dans l’expansion et dans le progrès social et non pas contre l’une et l’autre.

Si nos charges sont trop lourdes, comme il est certain, si notre balance des payements en est altérée, on nous invitera à dévaluer le franc, une ou plusieurs fois, autant qu’il le faudra, pour rétablir l’équilibre, en réduisant chez nous le niveau de vie et les salaires réels. […] Alors, la dévaluation ne sera plus une décision souveraine, nationale ; elle nous sera imposée du dehors, comme pour freiner nos initiatives sociales, jugées trop généreuses.

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Il est évident que le mouvement naturel des capitaux, surtout des capitaux privés, sera orienté vers les pays à faibles charges, c’est-à-dire vers les pays où la politique sociale est la moins coûteuse. Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée.

Il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre. Nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique. Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter […] car ensuite, les décisions seront prises à la majorité.

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » [Pierre Mendès France, votant contre le Traité de Rome]

 

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Manifeste du Comité exécutif du parti travailliste britannique (juin 1950)

 

Certaines personnes estiment que l’unité d’action requise ne peut pas être obtenue au moyen d’une coopération entre États souverains, mais qu’elle doit être imposée par une instance supranationale disposant de pouvoirs exécutifs. Ces personnes pensent que les pays européens devraient former une Union tant politique qu’économique, en abandonnant des pans entiers de gouvernement à une autorité supranationale.

Le Parti travailliste estime qu’il n’est ni possible ni désirable de former une Union complète, politique ou économique de cette façon. Au contraire, les politiques nationales doivent être progressivement harmonisées ou coordonnées par consentement au moyen d’une coopération entre gouvernements. Les peuples européens ne souhaitent pas une autorité supranationale capable d’imposer des accords. Ils ont besoin d’une machinerie internationale capable de mettre en place des accords qui sont obtenus sans coercition. […]

Plusieurs types d’Union peuvent être envisagés. Il y a eu récemment un très fort enthousiasme en faveur d’une Union économique fondée sur le démantèlement de toutes les barrières internes au commerce, telles que les droits de douane, le contrôle des changes et les quotas d’importations. La plupart des défenseurs de cette politique croient que le libre jeu des forces économiques à l’intérieur du marché continental ainsi créé aboutirait à une meilleure répartition de la force de travail et des ressources. Le Parti travailliste rejette catégoriquement cette théorie. Les forces du marché livrées à elles-mêmes ne peuvent fonctionner qu’au prix de graves perturbations économiques – des branches entières de l’industrie en Europe feraient faillite –, d’un développement du chômage et de graves tensions politiques […]

Le fait est qu’une Union économique fondée sur le laisser-faire exigerait un degré d’uniformité dans les politiques internes des Etats membres qui n’existe pas pour l’instant, et qui n’existera probablement pas dans un futur proche. […]

Le parti travailliste estime que sa politique de plein-emploi et de partage équitable des richesses est d’une importance primordiale pour la croissance économique en Grande-Bretagne. […] Le coût du libéralisme économique aujourd’hui est la lutte des classes et les troubles sociaux. […] Tous les syndicats non communistes des pays bénéficiaires du plan Marshall ont indiqué en avril 1950 que « la libéralisation des échanges ne doit pas conduire à diminuer les réussites sociales et économiques des gouvernements européens progressistes. » […]

Il est certain qu’aucune assemblée parlementaire ne pourrait assumer des pouvoirs supranationaux si elle n’était pas d’une certaine façon strictement représentative des peuples européens. Or une telle instance représentative en Europe de l’ouest serait nécessairement anti-socialiste ou non-socialiste. […] Aucun gouvernement socialiste en Europe ne pourrait se soumettre à l’autorité d’une instance dont les politiques seraient décidées par une majorité anti-socialiste. […] ni accepter un système dans lequel d’importants domaines de la politique nationale seraient abandonnés à une autorité représentative européenne supranationale, puisqu’une telle autorité disposerait en permanence d’une majorité anti-socialiste, et qu’elle causerait l’hostilité des travailleurs européens.

 

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Discours complet de Pierre Mendès France sur l’Europe (19/01/1957)

 

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Le 18 janvier 1957 à l’Assemblée nationale, lors du débat sur la ratification du traité de Rome créant le marché commun, Pierre Mendès France intervient contre ce texte, en particulier au nom de la démocratie. Nous reproduisons ci-dessous son intervention.

« Mesdames, messieurs, cet important débat porte sur deux séries de questions. Il y a d’abord un problème d’orientation générale — on pourrait dire un problème de politique générale — et puis se posent des problèmes d’exécution, qui sont plutôt de nature technique.

Sur le problème général, sur le problème proprement politique, je ne m’attarderai pas. J’ai toujours été partisan d’une construction organique de l’Europe. Je crois, comme beaucoup d’hommes dans cette Assemblée, que nos vieux pays européens sont devenus trop petits, trop étroits pour que puissent s’y développer les grandes activités du XXe siècle, pour que le progrès économique puisse y avancer à la vitesse qui nous est devenue nécessaire.

Un marché vaste est un élément de large circulation des progrès techniques et des échanges, et également un élément essentiel pour l’organisation et la consolidation de la paix entre les États européens, ce qui est tout aussi important.

Mais ce marché, nous devons l’aménager de telle sorte que nous puissions y obtenir les meilleurs résultats possibles, sans tomber dans un étroit égoïsme national, spécialement pour notre pays.

Lire la suite…

 

Source : https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article526

Et : http://www.voxnr.com/8883/discours-de-pierre-mendes-franc...

 

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En 1967, Pierre Mendes France s’est présenté aux élections législatives à Grenoble :

 

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« Quel candidat n’a jamais pu se prévaloir de cautions aussi éclatantes et diverses ? Quatre prix Nobel (François Jacob, Jacques Monod, André Lwoff et Alfred Kastler) et Jean Rostand, Jean Vilar, Daniel Mayer, Maurice Duverger, Jacques Brel, Serge Reggiani, Marie Dubois, Jacques Martin… Plusieurs d’entre eux viennent parler ou chanter à Grenoble : et Mendès, qui fréquente très peu l’Olympia, découvre Jacques Brel avec ravissement. »

Jean Lacouture, Pierre Mendès France, p.631 de la version poche (collections « Points », le Seuil).

Source : Institut Pierre Mendès France

 

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Auteur : COLLECTIF

Deux passions françaises : Pierre Mendès France et Charles de Gaulle

Éditeur : CNRS

ISBN : 9782271079954

Date de parution : 16/01/2014

 

 

 

Un officier hautain né de parents catholiques, républicain autoritaire habité par une conception monarchique de l'État et cultivant une méfiance instinctive à l'égard du parlementarisme. Un avocat de gauche d'origine juive, nourri au lait du radical-socialisme et passionnément attaché au système des partis. De Gaulle et Mendès France, ou l'avers et l'envers de la France d'après-guerre... Les divergences bien réelles entre les deux hommes ne doivent pourtant pas faire oublier ce qui les rapproche : refus des compromissions, passion de l'indépendance nationale, opposition aux dérives de l'argent fou, défi permanent lancé à la fatalité. Entrés en relation durant la Résistance, bêtes noires de l'extrême droite, patriotes sourcilleux attachés au progrès social, les deux hommes furent, chacun dans leur registre, des réformateurs et des modernisateurs. Pour la première fois, les contributeurs de ce livre confrontent leur pensée, leur action, leur mémoire. En étudiant leurs apports respectifs, et en suivant le fil historique de leurs relations, ils revisitent des questions qui n'ont rien perdu de leur actualité : la France, la République, le sens de la grandeur...

 

 

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Pour les curieux :

 

Mendès France pouvait-il sauver la IVe République ?

 



(D’accord, c’est Alexandre Adler. À vous de juger.)

 

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Souvenirs-souvenirs…

 

« Ne plus gouverner, c’est encore choisir »

En 1973, Jacques Chancel reçoit Pierre Mendès-France à Radioscopie. Pas encore de Youtube à l’époque ! Rien que la parole.

 


 

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Allez, ne soyons pas chiens…

 

Radioscopie de Jean-Paul Sartre

https://www.youtube.com/watch?v=By-kacAeKv4

De Pierre Dac (1969)

https://www.youtube.com/watch?v=By-kacAe

De l’abbé Pierre (on ne sait pas quand)

https://www.youtube.com/watch?v=LTkcmW3dg8U

De Michel Foucault

https://www.youtube.com/watch?v=Wt7dk3h9Ruw

D’Eugène Ionesco

https://www.youtube.com/watch?v=Fdl4AskFO3o

De Roland Barthes

https://www.youtube.com/watch?v=S7e257tlw7Y

De Jacques Brel (1973)

https://www.youtube.com/watch?v=w9lNBeyiYkc

De Gen Paul

https://www.youtube.com/watch?v=egYLNl6ha_c

 

Et il y en a des flopées d’autres. Elle a duré longtemps son émission.

 

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 Bémols…

De Gaulle : Mendès France pour la façade Jean Monnet pour la réalité 

Michel J. CunySon site 7 septembre 2015

 

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Nommé, par Charles de Gaulle, commissaire aux Finances du Comité Français de la Libération Nationale sis à Alger, en novembre 1943, Pierre Mendès France avait présenté sa démission le 15 mars 1944. Démission refusée par le Général, qui ne change rien dans la mise à l’écart des mesures économiques proposées par son commissaire aux Finances. Et puis, sans transition, dès le 9 septembre 1944, le président du tout nouveau Gouvernement provisoire installé à Paris, Charles de Gaulle, nomme Pierre Mendès France ministre de l’Économie nationale. Celui-ci se trouvera placé sous le contrôle du ministre des Finances, Aimé Lepercq qui, décédé le 9 novembre 1944, serait remplacé par René Pleven.

Lors du Conseil des ministres du 17 novembre 1944, Pierre Mendès France a eu l’occasion de dénombrer, de long en large, tous les éléments permettant de comprendre pourquoi il était, en réalité, démissionnaire depuis le 15 mars 1944, et en attente d’acceptation, par De Gaulle, de cette démission.

Or, l’essentiel des soucis dont le ministre de l’Économie nationale se faisait régulièrement l’interprète portait sur la stabilité monétaire, sur la récupération des profits tirés de la collaboration économique avec les Allemands ou du marché noir, et, enfin, sur la nécessité d’associer les organisations de résistance et les organisations ouvrières aux mesures audacieuses à prendre tout au long du mouvement de libération du territoire et dès les débuts de la reconstruction. Bel affichage que De Gaulle avait décidé de conserver aussi longtemps que cela serait nécessaire…

Il faut en convenir, ce rôle quoi qu’il en dise ne déplaisait pas à Pierre Mendès France dont il faut ici rappeler la formule qu’il énonçait dès avril 1929 :
« Pour nous, qui restons fidèles à la charte de la propriété privée et à l’initiative libre en matière économique, le programme doit tendre évidemment à organiser cette propriété et à réglementer cette activité économique, de telle sorte que l’intérêt général ne souffre jamais d’abus ou d’exactions égoïstes. » (Œuvres complètes, I, page 103)

Elle est bien bonne !... Et nous sommes occupé(e)s à en mesurer les effets en 1944… Grâce à Charles de Gaulle qui y aura mis du sien. En effet…

Six jours avant ce Conseil des ministres, Pierre Mendès France s’était adressé au pays à travers sa première émission radiophonique. Parlant du ministre de l’Économie nationale lui-même à la troisième personne, il présente l’objectif qu’il poursuit en utilisant ce moyen de communication :
« Il estime qu’il a pour premier devoir d’être véridique et sincère. » (Œuvres complètes, II, page 73)

Et encore :

« Oui, d’abord, nous devrons nous parler en toute franchise. » (page 73)

Et enfin :

« Désormais, chacun de nos efforts pourvu qu’il soit appliqué là où il doit l’être sert la France ; et chacune de nos défaillances nuit au pays, donc à nous-mêmes. » (page 74)

Est-ce si vrai ? Que vaut, alors, la défaillance permanente de Pierre Mendès France, alors qu’il occupe un poste dont, au moment où il pérore au micro, toutes les initiatives sont bloquées depuis un an ?

Elle vaut de pouvoir mettre en œuvre, sans le dire aux Françaises et aux Français dont la colère monte, cette "escroquerie" que lui-même dénonce hors micro, le 17 novembre 1944, devant De Gaulle et l’ensemble des ministres :
« Il ne faut pas que ce soit une escroquerie à l’égard de ceux que nous décevons. Ce serait une escroquerie que de leur imposer des privations au bénéfice des profiteurs de guerre et des trusts, sans même que cela évite des accidents monétaires et sociaux que je redoute. » (page 72)

"Accidents" contre quoi Mendès France sait très bien qu’il ne pourra rien faire, tout en restant présent dans la configuration politique entourant un De Gaulle de fiction.

Cependant, Pierre Mendès France s’est lui aussi forgé un personnage de fiction… Voilà en quoi cela consiste. Certains des textes qu’il rédige, pour y prendre appui durant ses émissions, comportent des passages qu’il omettra de dire à l’antenne.

Ainsi, lors de la deuxième émission (18 novembre 1944), il se garde bien de reprendre ceci avec quoi il n’est absolument pas d’accord, puisque c’est tout bonnement la ligne défendue par René Pleven, ministre des Finances, pour enfoncer celle du ministre de l’Économie nationale :
« Aujourd’hui, pour amorcer l’assainissement financier, condition préalable de la reconstruction et de la rénovation de la France, le gouvernement demande à tous les Français de souscrire à l’emprunt de Libération. Cet emprunt est une préface. » (page 75)

Quant à ce que lui-même propose, c’est ceci (même émission) :
« En vérité, s’agissant d’une bataille, d’une véritable bataille à livrer, c’est un Plan qu’il faut dresser et qu’il faut suivre pour la gagner. » (Souligné, de même que dans la citation suivante, par la transcription réalisée dans les œuvres complètes, page 76)

Mieux :
« Ensemble, nous allons élaborer ce Plan qui nous permettra de gagner la troisième bataille de France par la mobilisation des énergies françaises au service de la grandeur nationale et du rayonnement de la France. » (page 77)

Mais, comme, dans ces deux derniers petits paragraphes, le ministre de l’Économie nationale s’avançait sans doute un peu trop loin au-delà de la tranchée qui lui était assignée…

…il se gardera bien de les reprendre à l’antenne…

D’où, sans doute, par mesure de rétorsion, la censure mise par lui sur la partie du message qui faisait la part trop belle à l’emprunt Pleven.

Mais son plan à lui… Qu’en sera-t-il advenu ? Aura-t-il fini par l’imposer ?

Michel Margairaz, spécialiste de la politique économique de cette époque, nous rappelle, tout d’abord, de quoi il était fait :

« Réformes de structures (nationalisations) ; assainissement monétaire (taxation des accroissements de fortune, confiscation des profits illicites, donc recensement général des fortunes au moment de l’échange des billets et du blocage des comptes) ; blocage des prix ; orientation de la consommation (déblocage sélectif). »

Tout ce que De Gaulle ne voulait pas.

Le plan ? Mais, bien sûr, ce serait le plan… de Jean Monnet… C’est-à-dire un plan qui permettrait aux États-Uniens de pénétrer immédiatement dans l’économie de la France de la Libération.

Cf. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/3-janvier-19...

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-gaulle-me...

 

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Sans rapport direct avec de Gaulle et Mendès mais pas sans rapport avec l’Amen d’Anatole Atlas…

 

Sionisme et socialisme au temps de Lénine

Michel J. CunySon site 4 juin 2016

 

À la fin du XIXe siècle, ainsi que nous l’avons vu, il était devenu urgent, selon Theodor Herzl – le père fondateur du sionisme – de soustraire l’intelligentsia juive pauvre à la fascination que paraissait alors exercer sur elle le socialisme. L’initiative prise, dès 1896, de proposer la création, en Palestine éventuellement, d’un État des Juifs s’accorde avec la volonté d’offrir une alternative qui puisse rassembler le peuple juif sous la bannière, à la fois, d’une liberté d’entreprendre contrôlée peu ou prou par la haute finance juive de Londres, et d’une vigoureuse mise au travail des plus pauvres et tout spécialement de ceux venus de Roumanie et de Russie.

 

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Or, dès l’année suivante, en Russie justement, le socialisme est à l’ordre du jour dans la communauté juive, puisque, ainsi qu’Hélène Carrère d’Encausse le rapporte à propos de ce qui figurera désormais sous le nom de Bund :
« Ce mouvement socialiste juif a été créé en 1897 sous l’impulsion notamment de Martov et Kremer ; il s’intitule Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie. » (Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, Fayard 1998, page 86)

Soumis à une discrimination qui tient à leur identité juive et qui peut faire fondre sur eux la violence de pogroms qui sont autant de moyens de défoulement offerts, par le tsarisme, à une population elle-même condamnée à une vie difficile, les travailleurs juifs se répartissent, selon Hélène Carrère d’Encausse, en deux catégories :

« Les uns rêvent du retour en Palestine et le sionisme fait de nombreux adeptes. Mais, contre les sionistes, les partisans de l’intégration plaident avec passion que le socialisme fondé sur la solidarité de la classe ouvrière est la plus sûre riposte à l’ostracisme dont ils sont victimes. » (page 86)

Cependant, la communauté juive conserve, du fait de son histoire particulière, certaines spécificités relevées, elles aussi, par H. Carrère d’Encausse :
« Elle est avant tout urbaine, concentrée dans l’ouest de l’Empire, là où l’industrialisation s’accomplit le plus rapidement. La classe ouvrière juive qui se développe si vite est généralement dispersée dans de petites entreprises, moins soumises au contrôle policier que les grands ensembles industriels. » (page 86)

Mais au-delà du phénomène touchant la localisation géographique, il y a une marque plus importante sans doute pour le positionnement politique des militants socialistes issus de la communauté juive dont la même auteuse nous dit ceci :

« Si l’on y ajoute qu’elle est caractérisée par un haut degré de développement intellectuel qui la différencie des ouvriers russes du milieu rural, hâtivement urbanisés, encore mal adaptés à la ville et à l’usine - ce qui est le propre de la majorité de la classe ouvrière russe - on comprend la propension du prolétariat juif à se regrouper et à témoigner d’une réelle conscience de classe. » (page 87)

C’est-à-dire : d’une conscience de classe nettement différenciée de celle qui caractérisait le prolétariat russe dont il n’était alors pas de meilleur porte-parole que Lénine, s’il faut voir dans l’utilisation, qui était la sienne, des matérialismes dialectique et historique, les instruments d’analyse spécifiquement adaptés à la dénonciation de l’exploitation de l’être humain par l’être humain en mode capitaliste de production.

En y faisant donc figurer Lénine, nous pouvons reprendre cette formule d’Hélène Carrère d’Encausse :

« Les responsables du mouvement ouvrier travaillent alors au rapprochement entre ouvriers juifs et non juifs, assurant que ce qui leur est commun, c’est leur condition, et que ce qui les sépare, le judaïsme, ne pèse guère.  » (page 87)

Ce sur quoi le principal responsable juif n’est pas vraiment d’accord, à moins que de façon intermittente… Reprenons chez Hélène Carrère d’Encausse ce qu’elle nous dit de la position en question :

« Pourtant le premier intellectuel juif à constater les difficultés du projet assimilationniste est Martov, lui-même parfaitement assimilé. S’adressant le 1er mai 1894 à des Juifs de Vilno, il affirme que les intérêts des ouvriers russes et juifs ne sont pas toujours concordants. Que, certes, ils doivent lutter ensemble, mais que les Juifs ne peuvent se fier pleinement aux Russes. Il leur faut donc, conclut Martov, former leurs propres organisations. » (page 87)

Cependant, s’il faut en croire Hélène Carrère d’Encausse, la position de Martov ne serait, tout au plus, qu’à rattacher à une question de calendrier, c’est-à-dire d’évolution des esprits. Ainsi l’intitulé complet : Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie, ne vaudrait que comme produit d’appel… Peut-on vraiment le croire, alors que la formulation dit le contraire ? Aucun sionisme larvé là-dedans ? Pour sa part, Hélène Carrère d’Encausse est parfaitement disposée à s’y fier :

« C’est contre cette vision spécifique d’un mouvement ouvrier juif que le Bund sera fondé. Sans doute, à l’heure où il se constitue, est-ce une organisation de la classe ouvrière juive. Mais, dans l’esprit d’un Martov, ce n’est là qu’un sacrifice momentané aux conditions spécifiques de la Russie ; la finalité est l’internationalisation de la classe ouvrière. Il s’agit de la préparer. » (page 87)

Or, justement, le sionisme - section avancée de la haute finance et de son bras armé l’impérialisme - ne vise-t-il pas à soumettre, à ces deux-là, l’ensemble du système de production et d’extraction de la plus-value ?

(Cadre général du présent travail : https://unefrancearefaire.com/2016/05/01/le-sionisme-mais...)

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/sionisme-et-...

 

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Mis en ligne le 15 avril 2017

 

 

 

 

 

20:30 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2017

HALTE À L'AMÉRICANISATION DU MONDE !

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Halte à l'américanisation du monde !

 

1 - L'espèce humaine est-elle ingouvernable ?
2 - La démocratie et le pouvoir durable
3 - Talleyrand le civilisateur
4 - De la culture politique à la civilisation

 

1 - L'espèce humaine est-elle ingouvernable ?

Il avait suffi de quelques lignes à Cicéron pour démontrer l'impossibilité de jamais rendre le genre humain gouvernable. La royauté, écrivait-il, conduit au despotisme, l'oligarchie aux factions, la démocratie à la chienlit (turba et confusio). Mais Cicéron ne portait encore aucun regard d'anthropologue sur l'histoire et la politique des Romains. A ce titre, il n'était pas en mesure de comprendre le sens de la guerre entre les riches et les pauvres, c'est-à-dire la guerre entre les patriciens du Sénat et la plèbe.

Quelle était la signification à moyenne et à longue échéance de la désignation tardive d'un « tribun de la plèbe » ? Si Cicéron avait disposé d'un regard de l'extérieur sur l'histoire du genre humain, il aurait compris que les tribuns du peuple deviendraient des chefs de guerre. Il en fut ainsi de Jules César d'un côté, et de Pompée de l'autre. Le premier prit la tête des masses plébéiennes, le second de la foule des notables du moment. Ces deux chefs d'État major se sont livrés à une rivalité féroce afin de se porter à la tête de l'empire romain.

Depuis lors, la postérité de cette évidence est devenue flagrante, à savoir que tout pouvoir démocratique qui croit sceller une alliance avec la durée quitte l'arène de la démocratie et se change fatalement en un pouvoir personnel. C'est pourquoi l'année même de la mort de Franklin Delano Roosevelt, le Congrès américain, c'est-à-dire les membres du Sénat et ceux de la Chambre des représentants réunis, ont décidé de réduire à deux les mandats présidentiels et d'imposer au candidat à sa propre succession le dangereux devoir de repartir à zéro, c'est-à-dire d'entrer une seconde fois dans l'arène du corps électoral afin de conquérir à nouveaux frais le rang d'un Président pour quatre ans de la nation.

Mais que faire quand seul un pouvoir durable permet à une nation de franchir un cap difficile?

 

2 - La démocratie et le pouvoir durable

La postérité de Cicéron est une clé de l'histoire contemporaine: sans Vladimir Poutine, qui se trouve au pouvoir depuis dix-huit ans, il serait impossible à la Russie de jeter l'ancre suffisamment au grand large pour poser à l'histoire mondiale la question centrale de savoir si, après avoir détruit les Peaux-Rouges et la civilisation des Incas, qui se caractérisait par de gigantesques holocaustes au Dieu Soleil, le Nouveau Monde rebroussera chemin ? Pourra-t-on éviter que l'Amérique vassalise à jamais le Vieux Monde ?

Il est évident que tout l'avenir de notre astéroïde dépend de cette seule question et que, sans un homme capable d'arracher le destin du monde au cabotage à ras des côtes, nous nous retrouverons à l'âge de l'édit de Caracalla qui, en l'an 212, faisait du patchwork d'une démocratie universelle l'arbitre des dernières heures de l'empire romain.

Tel est l'abîme grand ouvert par l'incompatibilité entre le Charybde de la médiocrité durable et le Scylla de la durée suicidaire à long terme. Nul ne devra se laisser tromper par l'accord tout apparent et superficiel qui est intervenu momentanément les 6 et 7 avril 2017 entre les États-Unis et la Chine. Car il sera à nouveau démontré, s'il en était besoin, qu'aucun État souverain n'est en mesure de changer le cours de son histoire et de paraître quitter l'arène que son destin lui impose : les États-Unis d'Amérique continueront d'exploiter leur victoire planétaire de 1945 et de tenter de conduire jusqu'à son terme naturel la subordination de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre à l'écoute de leur aventure d'empire militaire mondial.

 

3 - Talleyrand le civilisateur

Dans ces conditions, un devoir s'impose à ces trois États, celui de penser l'avenir du monde. Car s'il est prouvé d'avance que la question focale sera de savoir si oui ou non ces trois nations peuvent encore se bâtir un avenir autonome ou si elles sont d'ores et déjà devenues des naufragées, perdues corps et biens. Pour tenter de répondre à cette question, le socle solide de la réflexion anthropologique sur la politique et sur l'histoire reviendra à se demander si une épopée souveraine demeure à leur portée. Malgré les apparences contraires d'aujourd'hui, la France forme encore ses élites dans de hautes écoles issues de la Révolution de 1789. L'Allemagne, de son côté, demeure armée de la ténacité dans laquelle Tacite fut le premier à prophétiser l'avenir de l'empire romain.

Or, tout récemment, Angela Merkel est allée montrer patte blanche à Washington où elle a cru judicieux de trahir Airbus et elle a acheté six C-130J Hercules, du constructeur américain Lockheed-Martin. Aucun dirigeant de l'Allemagne de demain ne pourra avaliser ce type d'américanisation de la nation des Germains. C'est également l'option choisie par la France, qui a commandé quatre appareils de ce type.

L'avenir des trois principales nations du Vieux Monde sera national ou ne sera pas. Certes, en temps de paix l'histoire de la planète semble s'arrêter. Mais dans les profondeurs, l'histoire à la fois réelle et visionnaire continue en secret de jeter l'ancre au grand large des côtes, tellement l'avenir ne s'est jamais écrit à l'école d'un cabotage au ras des rivages.

Comment, face à la montée en puissance de la Russie, de la Chine et de l'Inde, Berlin, Londres et Paris se bâtiront-ils encore une histoire à l'échelle du globe terrestre et cela sans passer de la tutelle du Pentagone à celle des trois chefs de file du monde de demain ? Par les retrouvailles de la réflexion géopolitique avec la solitude à la fois héroïque et tragique du genre humain.

Rien de tel avec les négociations que l'Angleterre ouvre en ce moment avec l'Europe: la question des relations de tout ce beau monde avec l'OTAN sera purement et simplement effacée des tablettes de Clio.

 

4 - De la culture politique à la civilisation

Qu'est-ce qu'une civilisation si, d'un côté, le simianthrope ressemble aux autres animaux, qui ne se soucient de leur progéniture que dans leur petite enfance, puis les abandonnent à eux-mêmes, tandis que les civilisations les éduquent leur vie durant.

C'est ainsi que même les tribus primitives disposent d'une culture politique, en ce sens qu'elles hiérarchisent des pouvoirs, précisent l'étendue et les limites des apanages des sorciers. C'est ainsi que Rome a passé très tôt d'une organisation politique fondée sur le droit coutumier à une législation écrite, parce que la vie politique précède la civilisation proprement dite. Rome précisait qu'on ne pouvait briguer le consulat avant l'âge de quarante ans pour ne prendre que cet exemple de la maturité précoce de la vie politique interne des Romains.

La civilisation romaine ne s'est elle-même baptisée une civilisation qu'à l'heure où les Grecs vaincus ont converti l'élite romaine, la civilisation grecque sur l'initiation des citoyens aux devoirs et aux pouvoirs de la pensée logique et de la dialectique. Quant à la civilisation chinoise, elle repose sur les liens de parenté. À son tour, la civilisation occidentale ne conservera son avance sur les autres continents que si elle assimile sa solitude dans une culture devenue consciente de son isolement sans remède dans l'immensité. Mais la vassalisation du Vieux Continent se trouve de nos jours tellement avancée que personne n'osera soulever la question de la nature de nos attaches avec le sceptre et le joug du Pentagone.

Telle est la question que Talleyrand poserait fermement et même rudement aux successeurs aveugles du Général De Gaulle, telle est la question qui se posera inévitablement à l'Europe, parce qu'il n'a jamais existé de politique réelle qui ne se trouve contrainte de préciser la nature et le statut des nations souveraines.

Le 14 avril 2017

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024...

 

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Une analyse des faits en cours qui ne manque pas de piquant, par quelqu’un qu’on ne connaissait pas :

 

Polyphonie syrienne

Observatus geopoliticus  – Chroniques du Grand jeu12 avril 2017

 

Dans la grande série Donald s'est-il converti à l'empire, véritable feuilleton du printemps, les signaux sont toujours contradictoires. Et la possibilité que les états d'âme de fifille aient eu une influence, si minime soit-elle, sur la décision de lancer les Tomahawks apporte une pointe de burlesque. La harpie de l'ONU dit une chose (Assad doit quand même partir finalement), le secrétaire d'État aux Affaires étrangères en dit une autre (Assad ne doit pas forcément partir), la Mad dog du Pentagone [Nous, on aurait dit Mad Bitch, nde] semble s'accorder sur ce dernier, le tout dans une cacophonie qui confine au vaudeville. Le pauvre Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, en est tout tourneboulé et se perd dans le labyrinthe freudien de sa conscience :

 


 

Notre but est de déstabiliser la Syrie... heu... (j'ai dit une bêtise, là)... déstabiliser... (mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer ?)... déstabiliser le conflit en Syrie (ça ne veut rien dire mais bon...)

Ces clowneries ne semblent guère amuser Moscou et Poutine ne rencontrera apparemment pas Tillerson qui arrive aujourd'hui dans la gueule de l'ours. Celui-ci se contentera de Lavrov et les deux se sont déjà envoyés des amabilités début avril, juste avant l'affaire syrienne :

Lire la suite…

Source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/polyphonie-syrienne

 

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Mis en ligne le 13 avril 2017

 

 

 

 

19:40 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/04/2017

ENTR'ACTE

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ENTR’ACTE

(On n’a pas de parole)

 

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Balle au canon : La Russie, l’Iran et leurs alliés riposteront militairement à toute nouvelle agression de la Syrie

Strategika 51 – 9 avril 2017

 

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Moscou et Téhéran ont commencé à réagir à l’attaque US contre la Syrie en fixant deux lignes rouges dont une aurait été franchie par Washington. Ne s’arrêtant pas à délimiter le territoire, les deux puissances alliées affirment dans un communiqué commun que toute nouvelle attaque visant le gouvernement légitime de Syrie, « quel qu’en soit l’auteur » fera l’objet d’une riposte militaire. C’est clair, net et …chaud!

« L’opération effectuée par les Etats-Unis d’Amérique est une agression contre la Syrie [l’attaque aux missiles de croisière Tomahawk contre une base aérienne de l’armée syrienne du 07 avril 2017-NDLR]:  une ligne rouge est franchie…Désormais, toute agression, quel qu’en soit l’auteur, fera l’objet d’une réponse par la force – et les Etats-Unis connaissent les moyens dont nous disposons pour cela » 

Extrait d’un Communiqué conjoint entre la Fédération de Russie et la République Islamique d’Iran, diffusé suite à une communication entre les présidents Vladimir Poutine et Hassan Rouhani le 09 avril 2017.

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Source : https://strategika51.wordpress.com/2017/04/09/balle-au-ca...

 

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Confirmation

 

Syrie : Russie et Iran riposteront à toute nouvelle attaque

RusRéinfo 10 avril 2017

 

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« En frappant une base aérienne syrienne, les États-Unis ont franchi la ligne rouge », a dit en substance le « Centre de Coordination de Combat contre le Terrorisme » composé de la Russie, de l’Iran et autres soutiens de la Syrie, en promettant de répondre par la force à tout nouvel acte d’agression contre la Syrie, d’où qu’il vienne. (« From now on, we will respond by force to any aggressor and to any violation of the red line, from whom it may emanate. »)

Ce dimanche 9 avril les présidents russe et  iranien se sont entretenus par téléphone: « Un échange de points de vue a eu lieu concernant la situation en Syrie. Les 2 parties ont affirmé que les actions agressives des Etats-Unis contre un état souverain, en violation des lois internationales, sont inadmissibles. Vladimir Putin et Hasan Roukhani appellent à une enquête objective et non biaisée sur les circonstances de l’attaque chimique du 4 avril en Syrie », indique le communiqué publié par la Russie. Le président iranien a par ailleurs réaffirmé le même jour par téléphone au président Assad que l’Iran ne cessera pas son soutien à la Syrie.

Les frappes américaines ont le soutien du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Arabie Saoudite… et de la Turquie, dont les revirements successifs n’étonnent plus au Kremlin! Le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a appellé la Russie à cesser de soutenir le Président Assad dont les Etats-Unis exigent le départ, et a lié la situation à l’introduction de nouvelles sanctions contre la Russie.

Aux Nations Unies ce 9 avril le représentant des États-Unis a indiqué que la priorité des américains est le départ du President Assad.

Selon certaines informations, Rex Tillerson qui sera à Moscou les 11 et 12 avril délivrera un ultimatum à Moscou pour que la Russie cesse tout soutien à la Syrie.

Source : https://rusreinfo.ru/fr/2017/04/syrie-russie-et-iran-ripo...

 

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Pas qu’en Syrie, au Venezuela aussi bien sûr…

 

Intervention de la Chancelière de la République Bolivarienne du Venezuela, Delcy Rodriguez, au Conseil Permanent de l’OEA le 27 mars 2017

Traduction Françoise LopezLe Grand Soir8 avril 2017

 

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Delcy Rodriguez, ministre des Affaires étrangères du Venezuela

 

Merci pour les paroles du Président de ce Conseil. Je dois préciser que le Venezuela a demandé avec succès un Conseil Permanent aujourd’hui. Justement pour éclaircir et dénoncer les graves actions d’ingérence que, à partir de cette Organisation, commettent aussi bien son Secrétaire Général qu’une faction minoritaire de quelques pays de notre Région.

Nous nous trouvons dans le Salon Simón Bolívar et nous honorons en eux l’antériorité historique du concept de Projet Bolivarien. Je l’avais dit l’année dernière dans ce même salon, il y a 2 modèles opposés, il y a 2 modèles antagoniques au sein de l’Organisation : le Projet Bolivarien, basé sur l’union de la Grande Patrie, lui-même basé, justement sur la défense et l’approfondissement de l’indépendance et de la souveraineté de nos pays et un projet expansionniste territorialement, culturellement, militairement et médiatiquement basé sur la puissance hégémonique du nord.

Je m’exprime au nom du Président de la République Bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros et du peuple vénézuélien, alertés par les graves actions qui sont commises contre notre pays depuis l’Organisation des Etats Américains.

Lire la suite…

Source : https://www.legrandsoir.info/intervention-de-la-chancelie...

 

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D’un ancien ambassadeur de France…

 

LA TRAGÉDIE SYRIENNE : DROIT INTERNATIONAL OU LOI DE LA JUNGLE ?

Michel Raimbaud – Afrique-Asie 10 avril 2017

 

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Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

 

La tragédie de Syrie est entrée dans sa septième année. Incrustée dans l’actualité, elle fait partie du paysage. Mais ses 400 000 morts, ses 2 millions de blessés ou d’handicapés, ses 14 ou 15 millions de réfugiés, déplacés ou exilés, son territoire dévasté à plus de 60% et son économie ruinée par les pillages, les sanctions, les embargos, ne suscitent pas d’émotion permanente.

En effet, vus de nos « grandes démocraties » dont les langues sont mondiales, les valeurs universelles, la vocation planétaire et les deuils transnationaux, et qui se considèrent comme l’essence de l’humanité ou le nec plus ultra de sa conscience, les conflits de l’Orient compliqué sont lassants quand ils ne sont pas franchement hermétiques.

Pour aviver la flamme de la compassion, il faut l’un de ces énormes mensonges dont se gavent intellectuels, médias et politiques de l’Occident bien-pensant. Quinze ans après l’Irak, le truc des gaz chimiques marche toujours très fort : Colin Powell, l’entubeur de 2003, doit être content…Le camp de la guerre et ses fourriers, y compris les escrocs de l’humanitaire, sont en tout cas ravis. Jamais deux sans trois : 2003, 2013, 2017. La manipulation, le « false flag » paraissent encore efficaces…

Nos « élites » délitées ont réussi ce tour de force d’ancrer notre pays en première ligne en Libye, puis en Syrie, aux côtés des islamistes, des terroristes et des faucons atlantistes du parti de la guerre, sans demander l’avis des Français, parvenant même, à force de matraquage médiatique, à recueillir l’adhésion de certains pans de l’opinion. La douce France est repartie de plus belle dans ses tristes épopées coloniales. Vive le Père Bugeaud, vive François Georges Picot et ses accords en douce, vive Jules Ferry et la foutue mission civilisatrice, vive le Mollet à la triste figure, et les va-t-en-guerre actuels. Nos intellectuels qui rêvent d’en découdre avec la Syrie légale, cet Etat rebelle qui ose tenir tête à l’Occident, nos médias qui dissertent jusqu’à plus soif sur l’urgence de bombarder Damas ou « Bachar », nos politiques suspendus comme des désespérés aux mamelles de l’atlantisme et de ses succursales, peuvent se rassurer. En se donnant un Président « imprévisible » qui se disait non-interventionniste, sinon pacifiste, leur maître américain leur avait donné des frayeurs. Elu du « pays profond », Trump n’aura pas résisté longtemps aux pulsions de « l’Etat profond » : voilà un président qui bombarde comme les autres…Ouf…

Lire la suite…

Source : http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a...

____________   

Michel Raimbaud, aujourd’hui à la retraite, a été ambassadeur de France dans plusieurs pays d’Afrique et au Brésil.

 

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Pendant qu’on y est

Interview de Michel Raimbaud sur le Yémen

par Raphaël Berland – Cercle des Volontaires 7 avril 2017

 


 

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En Syrie, agression impérialiste à visage découvert

Bruno Guigue – Le Grand Soir 7 avril 2017

 

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Des missiles Tomawhak, hier, ont frappé l’aéroport militaire syrien de Sharyat à une trentaine de kilomètres au sud-est de Homs. L’événement fait la Une des gazettes, mais cette agression militaire américaine contre la Syrie souveraine n’est pas la première. Le 17 septembre 2016, l’aviation US avait tué 80 soldats de l’armée arabe syrienne à Deir Ezzor. Loin d’être fortuite, cette attaque avait eu lieu au moment précis où l’armée nationale, loin de ses bases, affrontait une vigoureuse offensive de Daech.

Bis repetita ! Avec ce bombardement, la Maison-Blanche, pour la deuxième fois, vole au secours de ses “proxys” lobotomisés qui font la guerre pour son compte contre la Syrie souveraine. En frappant par les airs l’appareil militaire syrien, Donald Trump sait bien qu’il ne modifie pas le rapport de forces. Ce qu’il veut, c’est humilier Damas. Il veut montrer qu’il peut atteindre le sol syrien, où il veut et quand il veut, faisant ainsi la démonstration que cet Etat est vulnérable. L’armée syrienne et l’allié russe ont été pris par surprise. Il n’est pas sûr que ce soit le cas la prochaine fois.

Quasi providentiel, le massacre chimique de Khan Cheikhoun fournit à Trump un prétexte en or. Il lui permet de reprendre pied dans un conflit où Washington n’a essuyé que des revers depuis des mois. Obéissants, les médias dominants orchestrent la compassion sur commande destinée à justifier l’agression, et le tour est joué. Pour cette opération de propagande, Trump peut compter, comme d’habitude, sur l’impressionnante servilité des médias français, le torchon sioniste qui ose s’appeler “Libération” obtenant sans difficulté la palme de la manipulation émotionnelle.

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Source : https://www.legrandsoir.info/en-syrie-agression-imperiali...

 

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N’oublions pas les principaux protagonistes de toutes ces sympathiques interventions :

 

Ces banques et assurances françaises qui financent l’expansion coloniale israélienne

Warda MOHAMED – Le Grand Soir 8 avril 2017

 

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Une enquête menée par un collectif de syndicats et d’organisations de défense des droits humains françaises et palestiniennes, révèle comment les principales banques françaises soutiennent l’expansion coloniale israélienne aux dépens des territoires palestiniens, et de la construction de la paix. Pourtant, la France a officiellement condamné cette colonisation et soutenu les résolutions des Nations Unies en la matière. Les auteurs du rapport espèrent que ces banques hexagonales imiteront les grands fonds d’investissements européens et états-uniens qui excluent tout financement de la colonisation israélienne.

La colonisation israélienne de la Palestine dure depuis cinquante ans. Le blocus de la bande de Gaza depuis dix ans. « Les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé ne font pas partie d’Israël comme défini par les frontières de 1967 et sont illégales au regard du droit international », rappelle la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 décembre 2016. Une position soutenue officiellement par l’Union européenne et le gouvernement français. Pourtant, les gouvernements israéliens poursuivent et intensifient l’occupation et la colonisation, rendant ainsi impossible toute résolution du conflit. Et ce, avec l’appui de plusieurs banques françaises, comme le révèle un rapport intitulé "Les liaisons dangereuses des banques françaises avec la colonisation israélienne", réalisé par huit organisations françaises et palestiniennes, dont le CCFD, la Ligue des droits de l’homme, la CGT, Solidaires ou l’ONG palestinienne Al-Haq (1).

Rien que pour 2016, la construction de 1823 habita­tions supplémentaires a été programmée par le gouvernement israélien dans les colonies de Jérusalem-Est et de la zone C, une zone qui s’étend sur 60 % de la Cisjordanie placée sous contrôle militaire israélien. 6000 nouveaux logements de colons viennent d’être planifiés en janvier 2017. En parallèle, 986 maisons et autres structures palestiniennes – écoles, citernes, enclos d’éleveurs, installations sanitaires – ont été détruites. Ces démolitions se sont fortement intensifiées et « ont entraîné le déplacement forcé de nombreux civils palestiniens », précise le rapport.

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Source : https://www.legrandsoir.info/ces-banques-et-assurances-fr...

 

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Dernière minute !

 

Après un nouveau bombardement cette nuit sur Raqqa, fermeture de l’espace aérien syrien aux avions US :

 

Bombardement américain en Syrie : communiqué russo-syro-iranien

Raphaël Berland -  Cercle des Volontaires 11 avril 2017

 

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Le ton monte entre d’un côté, le gouvernement américain et ses alliés et de l’autre, la Russie et ses alliés, suite à l’agression américaine d’une base militaire syrienne ce vendredi 7 avril. D’intenses réunions diplomatiques au plus haut niveau se sont déroulées depuis 48 heures, mettant les nerfs des négociateurs à vive épreuve, car les deux positions semblent inconciliables ; les États-Unis souhaitent visiblement continuer à agir en dehors du cadre du droit international.

Hier samedi, la coalition militaire dirigée par les États-Unis a procédé à un bombardement à Raqqa, dans le nord de la Syrie. Suite à ce raid aérien, qui a provoqué la mort de 20 personnes, dont plusieurs enfants, la Russie aurait décidé de fermer l’espace aérien syrien aux avions de la coalition américaine. Pour mémoire, suite au bombardement de la base militaire syrienne, les russes avaient déjà annoncé vendredi qu’ils interrompaient leur coopération avec les américains dans leur lutte contre DAECH, et qu’ils ne communiquaient plus leurs plans de vol à l’armée américaine.

La situation reste très tendue au niveau international. Xi Jinping, le président chinois, était ce jeudi en Floride pour tenter de trouver un terrain d’entente avec Donald Trump sur le dossier nord-coréen. Chose rare, les deux présidents n’ont même pas tenu de conférence de presse commune à l’issue de cette rencontre. Cette nuit, un porte-avion américain et sa flotte ont pris la direction de la péninsule coréenne.

Dans ce contexte, nous relayons ici les principaux points du communiqué de presse russo-syro-iranien, diffusés sur la chaîne Al Mayadeen TV.

Raphaël Berland

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Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/04/09/bombardemen...

 

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Et tel qu’on le reçoit :

 

Lart de la guerre

Depuis l’Italie l’attaque contre la Syrie

Manlio Dinucci – Il Manifesto11 avril 2017

Traduction : Marie-Ange Patrizio

 

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L’amiral Michelle Howard

 

Après l’attaque de missiles des États-Unis contre la Syrie, le ministre des Affaires étrangères Alfano a déclaré que l’Italie est préoccupée par la « sécurité et stabilité de la région méditerranéenne ». La façon dont elle y contribue est démontrée par les faits.

  Les deux navires de guerre étasuniens, le USS Porter et le USS Ross, qui ont attaqué la base syrienne de Chayrat, font partie de la Sixième Flotte dont la base principale est à Gaète dans le Latium. La Sixième Flotte dépend du Commandement des forces navales USA en Europe, dont le quartier général est à Naples-Capodichino. Le Commandement, qui a dirigé depuis Naples l’attaque décidée par le président Trump, est sous les ordres de l’amirale Michelle Howard, laquelle commande en même temps la Force conjointe de l’Otan dont le quartier général est à Lago Patria (Naples). L’opération guerrière a été soutenue par les bases étasuniennes en Sicile : la base aéronavale de Sigonella et la station de Niscemi du système Muos de transmissions navales, flanquées par la base d’Augusta où les navires de la Sixième Flotte et ceux de l’Otan sont approvisionnés en carburant et munitions, y compris missiles de croisière Tomahawk, ceux-la même utilisés contre la Syrie.

  Le USS Porter et le USS Ross sont dotés de lanceurs verticaux Aegis avec missiles intercepteurs, installés aussi dans la base terrestre de Deveselu en Roumanie et dans une autre en construction en Pologne. Ils font partie du soi-disant « bouclier anti-missiles » déployé par les USA en Europe en fonction anti-Russie. Mais les lanceurs Aegis -documente leur propre constructeur Lockheed Martin- peuvent lancer des « missiles pour toutes les missions, dont des missiles de croisière Tomahawk ». Ceux-ci peuvent être armés aussi de têtes nucléaires. Les quatre navires lance-missiles Aegis, déployés dans la base espagnole de Rota sur l’Atlantique, sont envoyés, par roulement, par le Commandement de Naples en Baltique et Mer Noire, dans les zones adossées à la Russie. Le USS Porter avait participé à un exercice en Mer Noire, avant l’attaque contre la Syrie. Le ministre Alfano l’a qualifiée d’ « action militaire proportionnée dans ses délais et son mode d’action, comme dissuasion d’ultérieures utilisations d’armes chimiques par Assad ».

  Il a ainsi convoqué aujourd’hui à Lucques, de façon collatérale au G7 affaires étrangères, « une réunion spéciale pour relancer le processus politique sur la Syrie, élargie aux ministres des Affaires étrangères d’Arabie Saoudite, Émirats Arabes, Qatar, Turquie et Jordanie » : c’est-à-dire ces pays qui, dans le cadre d’un réseau international organisé par la CIA, ont fourni des milliards de dollars, des armes, bases d’entraînement et voies de transit aux groupes terroristes, y compris l’Isis (« Daesh »), qui depuis des années attaquent la Syrie de l’intérieur.

   Juste au moment où était en train d’échouer cette opération, à laquelle l’Italie participe via les « Amis de la Syrie », et où était sur le point de s’ouvrir une négociation pour mettre fin à la guerre, le gouvernement syrien, soutenu par la Russie, a été accusé d’avoir massacré des civils, dont de nombreux enfants, par une attaque chimique délibérée.

   Une ample documentation – rapportée par le Professeur Michel Chossudovsky dans le site Global Research (1) – démontre au contraire que c’est le Pentagone, à partir de 2012, qui a fourni par l’intermédiaire de contractors des armes chimiques et l’entraînement y afférent à des groupes terroristes en Syrie. Ceux-ci les ont utilisées, comme l’a prouvé en 2013 la Commission d’enquête ONU conduite par Carla Del Ponte.

   Preuves ignorées par l’Italie qui, pour « relancer le processus politique sur la Syrie », convoque ceux qui sont le plus impliqués dans la démolition de l’État syrien en l’attaquant de l’intérieur. Pendant que l’amirale Michelle Howard, après avoir dirigé depuis le quartier général de Naples – pont de commandement du porte-avions Italie – l’attaque de missiles contre la Syrie, la définit comme « exemple de notre force et capacité à projeter de la puissance dans le monde entier ».

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(1) Pentagon Trained Syria’s Al Qaeda “Rebels” in the Use of Chemical Weapons

The Western media refutes their own lies. http://www.globalresearch.ca/pentagon-trained-syrias-al-q...

 

Edition de mardi 11 avril 2017 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/dallitalia-lattacco-usa-alla-siria/  

 

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Confirmation de l’initiative Alfano : http://www.7sur7.be/7s7/fr/16921/Syrie/article/detail/312...

 

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Question de Béotiens : Que font les peuples d’Europe pour forcer leurs gouvernements à prendre une position claire et nette contre la guerre des États-Unis à la terre entière ?

 

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Nos bateaux d’aujourd’hui :

L’Iran envoie des navires de guerre en Méditerranée.

Mis en ligne le 11 avril 2017

 

 

 

 

10:53 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

09/04/2017

AMEN - 1/4

1. Les maquettes-girases-ont-fait-voguer-les-parisiens.JPG

 

AMEN

1/4

 

Depuis trois semaines qu’il est sorti, nous retardons le moment de vous parler d’un livre, plus important par ses seules 232 pages que tous les commentaires qui ont pu accompagner les événements récents. Important en lui-même et par les prolongements qu’il suscite.

Nous le regrettons, cela ne valait pas la peine.

La violence de notre dégoût est indicible.

 

*

Donald Trump n’est pas l’empereur Vespasien, capable de sauver les meubles pour un temps ; il n’est même pas le général De Gaulle et ne fera pas subir à Obama le sort de Bastien-Thiry ; il n’est pas non plus Vladimir Poutine, qui peut se permettre de ne pas le faire subir à Navalny, parce que Navalny, ne représentant que lui-même et un peu d’argent américain, ne constitue pas un réel danger pour la Russie.

Donald Trump n’est plus aujourd’hui qu’un otage, un nom plaqué en guise d’étiquette sur des crimes archi-évidents dont les auteurs sont connus de tous. S’il s’avise de remuer le petit doigt, lui et les siens, enfant compris, connaîtront le sort des Kennedy.

Donc, il a « cané » devant le deep state. En français : la clique de gangsters qui détient le pouvoir à Washington depuis de longues décennies dans l’assentiment général, en ce compris le nôtre.

Certes, il aurait mieux fait d’y penser avant. À ceux qui ne font rien il n’arrive jamais rien.

Et le choeur des vierges de vouer son « retournement de veste » aux gémonies. Haro sur le baudet !

 

Slobodan Despot (dans l’ANTIPRESSE de ce dimanche) :

 

« Là encore, on s’aperçoit par contraste du provincialisme extrême dont font preuve les médias d’Europe de l’ouest dans le traitement des affaires internationales. Tout est filtré à l’aune de notre système de valeurs, tout est implicitement affecté d’un jugement moral, et rien ne nous intéresse qui n’entre pas dans l’agenda globaliste que nous suivons sans nous autoriser la moindre déviance. »

 

Il est gentil Despot, posé, mesuré et bienveillant à l’excès. Pas nous. L’écoeurement qui nous saisit est tel que nous avons décidé d’arrêter de relayer tout ce qui se dit, s’écrit et ne se fait jamais, chez les vertueux contempteurs de Trump.

Mais avant d’arrêter nous tenons à dire clairement ceci :

Prononcer, à propos des dernières manifestations du gangstérisme US le nom du président syrien, fût-ce pour le défendre, c’est l’offenser gravement, insulter son peuple ET SE CONDUIRE EN PUTES.

Bachar al-Assad et les Syriens, sont parfaitement capables, avec leurs vrais alliés, d’affronter leurs ennemis. Ils n’ont besoin ni de spectateurs ni de défenseurs bidon. Les gaz toxiques qui viennent d’assassiner une centaine d’entre eux après tant d’autres ont été achetés et leurs utilisateurs payés avec l’argent de nos impôts et nous le savons. Ce que nous avons l’effronterie de penser d’eux, il est à souhaiter qu’ils s’en fassent des torche-culs, s’ils n’ont pas trop peur du contact.

Tous les caquètements bien-pensants qui parasitent depuis trop longtemps l’ensanglantement du Moyen Orient n’ont pour seul but que de nous cacher à nous-mêmes à quel point nous en sommes responsables actifs ou passifs, les vociférations à la lâcheté circonstancielle de Trump qu’à occulter la nôtre, énorme, massive et constitutive.

Ouak Beurk !

 

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Cherchez les vassaux cachés dans le dessin

 

Accorder ne fût-ce qu’une seconde d’attention aux glapissements des tueurs est indigne, rédhibitoirement déshonorant.

À ce propos, que les autorités russes prennent bien garde, à force de vouloir prouver à quel point elles sont elles-mêmes respectueuses des lois internationales, à ne pas être accommodantes au point de devenir des complices tant aux yeux de leur propre population qu’à ceux du monde entier.

Seuls en Europe, les gouvernements roumain, hongrois et serbe, qui ont sûrement leurs défauts mais ne sont ni des Tsipras ni des Varoufakis, essaient de se conduire avec décence. Si, comme on peut le craindre ils finissent par se faire battre, leur défaite sera honorable.

 

*

 

Une exception qui va de soi :

Ce n’est pas qu’au nom d’Evo Moralès et de ses compatriotes que le représentant de la Bolivie vient de s’exprimer à l’ONU, mais à celui de toute l’Amérique Latine agressée et en guerre, comme le sont la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et le Yémen.

 

Attaques chimiques en Syrie : la Bolivie dénonce les mensonges des États-Unis

 

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU après les frappes américaines contre la Syrie, 7 avril 2017

Intervention de la Bolivie

(Traduction et sous-titres : http ://sayed7asan.blogspot.fr)

 

 

Transcription :

Ambassadrice américaine aux Nations Unies, Nikky Haley  [Qui, durant son intervention, avait brandi des photos de l’attaque chimique attribuée au régime syrien] : Nous allons maintenant écouter les déclarations des membres du Conseil [de sécurité] et nous commençons avec le représentant de la Bolivie.

 

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Ambassadeur bolivien aux Nations Unies, Sacha Llorenti : Mme la Présidente, merci de me donner la parole et d’avoir convoqué cette rencontre publique du Conseil de Sécurité. Il est vital que non seulement les membres de notre organisation mais également le monde entier puissent voir (quelles sont) les positions des membres du Conseil de sécurité de manière totalement transparente, étant donnés les événements récents en Syrie.

La Bolivie a appelé à la convocation de cette réunion, préoccupée par les événements des dernières heures. Tandis que le Conseil de sécurité débattait les propositions quant à ce que serait le mécanisme d’enquête sur les horribles attaques chimiques dont toute l’humanité a pu témoigner, tandis que nous discutions des termes qui pourraient être utilisés dans la résolution, et tandis que les membres permanents et non-permanents avançaient des propositions pour le texte d’une telle résolution, les États-Unis, encore une fois, préparaient et lançaient une attaque unilatérale.

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Source : http ://sayed7asan.blogspot.be/2017/04/attaques-chim...

 

 

*

 

Mis en ligne le 9 avril 2017.

La suite (littéraire) sous peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

22:30 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |