30/10/2016

LES COUPEURS DE TÊTES À L'ONU

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Mais pourquoi diantre les Russes posent-ils leur candidature à ce Machin ?

 

 

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LES COUPEURS DE TÊTES À L'ONU !

Bruno Guigue – Oumma.com 30 octobre 2016

 

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Élire l'Arabie saoudite au conseil des droits de l'homme, c'est comme nommer un pédophile directeur d'école. Mais ça y est, c'est fait. Cette monarchie est esclavagiste et corrompue. Pudibonde et obscène, elle se prosterne devant le dieu-dollar et vomit tout ce qui n'est pas wahhabite. Elle diffuse à l'échelle planétaire une idéologie débile et sectaire. Elle invoque le Créateur à chaque virement bancaire, mais elle décapite comme d'autres font un barbecue. Seulement voilà, elle a beaucoup d'amis. Et ils trouvent qu'elle a un excellent pedigree pour se voir confier la promotion des droits de l'homme. Remarquez, on a échappé au pire. On a failli lui confier les droits de la femme.

Voilà donc l'Arabie saoudite chargée, avec notre bénédiction, de soutenir les droits de l'homme comme la corde soutient le pendu. Car les Occidentaux ont voté comme un seul homme pour la candidature de Riyad. Avec une bienveillance de marchands de canons soucieux de la réputation du client, ils ont arrosé d'eau bénite cette fosse à purin. Vus de Paris, les dix milliards de contrats d'armements valent bien cette petite mascarade dont personne ne parlera plus dans 48 heures. On leur a vendu des armes, distribué des médailles, bradé l'honneur national. Tant qu'on y est, on peut aussi leur permettre de parader au sein de ce conseil qui de toutes façons ne sert à rien. Puisqu'ils y tiennent !

On pourrait craindre, bien sûr, que l'ONU y perde de sa crédibilité. L'organisation internationale s'en remettra-t-elle ? En réalité, aucun risque. L'ONU est une avaleuse de couleuvres professionnelle. Elle n'est pas à un paradoxe près. Elle tente de donner une apparence de réalité à cette fiction qu'est la communauté internationale, mais personne n'est dupe. Le conseil des droits de l'homme a des attributions ronflantes, mais ce machin onusien est devenu la bonne-à-tout-faire des ploutocrates. L'arène internationale est un champ de forces où les alliances se font et se défont. Richissime, la monarchie wahhabite a des moyens de persuasion que n'a pas le Burkina Faso.

Que cette élection au CDH (28 octobre) ait eu lieu trois semaines après le massacre perpétré à Sanaa par l'aviation saoudienne (8 octobre) ne manque pas de sel. Quel symbole ! L'admission en grande pompe au conseil des droits de l'homme, c'est la prime à l'assassin. On a heureusement échappé au Prix Nobel de Laurent Fabius, l'apologiste alcoolique des psychopathes d'Al-Nosra. On a frôlé celui des Casques blancs "auto-reverse", brancardiers le jour et tortionnaires la nuit. Mais c'était plus fort que tout. On n'a pas pu éviter l'élection des coupeurs de tête saoudiens au conseil des droits de l'homme de l'ONU.

On aurait dû surtout demander ce qu'il en pense au peuple yéménite. Il subit tous les jours des bombardements qui ont fait 10 000 morts et provoqué une crise humanitaire sans précédent. Mais on s'est bien gardé de lui demander son avis, à ce peuple arabe martyr, avant de coller ce nouveau fion de hamster au revers du veston wahhabite. Car les droits de l'homme, en fait, c'est bon pour justifier les bombardements, pas pour les interdire. Sauf s'ils sont russes. Et même lorsqu'il n'y a pas de bombardement !

Comme par hasard, deux jours avant le scrutin onusien, une école a été attaquée à Idlib (Syrie). Selon l'ONU, il y a eu 28 morts dont 22 enfants. L'ONU n'a accusé personne, faute de preuves. Mais les officines de propagande et les médias occidentaux ont accusé la Russie. Niant toute implication, le ministère russe de la Défense a fourni les preuves qu'il n'y avait pas eu de bombardement aérien. Aucune importance ! L'essentiel, c'est le vacarme organisé contre Moscou avant l'élection des membres du conseil des droits de l'homme. Résultat : la Russie a obtenu moins de voix que la Croatie. Contrairement à l'Arabie saoudite, elle ne fait plus partie du CDH. Mission accomplie.

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Bruno Guigue : Normalien, énarque, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, l'invisible remords de l'Occident (L'Harmattan, 2002).

Source : http://oumma.com/223856/coupeurs-de-tete-a-l-onu

 

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Retour sur le putsch turc

Israël Shamir rentre de Turquie et Thierry Meyssan a reçu des informations nouvelles.

 

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Erdogan consolide son emprise

Israël Adam Shamir – Entre la plume et l’enclume 30.10.2016

Traduction : Maria Poumier

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La Turquie est infatigable. Le président Erdogan consolide son pouvoir, en essayant de se débarrasser des interférences irritantes du Parlement. Il tente de réformer la Turquie dans le sens d’une république présidentielle, en assumant les pouvoirs d’un président américain. Il se voit calife, plaisante le peuple à Istanbu, et on l’appelle le sultan Erdogan. Et le putsch éventé de juillet a été mis à profit comme mettre en route une grande purge dans la structure du pouvoir. Cependant, le résultat pourrait s’avérer encore plus positif que ce qu’en attendent de nombreux observateurs.

Voilà ce que j’ai appris pendant ma visite en Turquie, où j’ai eu l’occasion de rencontrer des membres turcs du Parlement, des ministres et des chefs de rédaction des plus grands médias. Je m’attendais à ce que le putsch raté appartienne  déjà à l’histoire, mais je me trompais.

L’ombre du putsch pèse lourdement sur les évènements quotidiens, dans le pays. On m’en a montré des traces au siège du Parlement, où une bombe lancée par les putchistes était tombée. Il y a aussi une exposition de photos montrant d’autres  coups d’Etat militaires victorieux, avec un horrible portrait président Adnan Menderes pendu en 1960. Les putschs turcs, ce n’est pas de la petite bière. L’armée voulait prendre le pouvoir et le garder, pour elle, et pour ses alliés de l’Otan.

Le putsch de juillet a causé la mort de 240 personnes, pour moitié tués sur le pont du Bosphore dans une confrontation avec l’armée. Ce n’est pas grand-chose par rapport au putsch égyptien, où les victimes se sont comptées par milliers, et où l’armée a éjecté le président Morsi, modérément islamiste, et élu en toute légitimité.

Après le putsch, Erdogan a entrepris la purge des Gulenistes ou Fethullistes comme on appelle les partisans de Fethullah Gülen, le père de l’islam politique turc modéré et le créateur d’un vaste réseau d’écoles qui s’étend sur 160 pays. Ils étaient censés être les initiateurs du coup d’Etat. Ce n’est en fait pas très clair, si Gülen et ses partisans étaient bien derrière l’opération, mais il ne fait pas de doute que ce sont des ennemis d’Erdogan.

La purge n’est pas sanglante, mais douloureuse : les proscrits ne sont pas abattus, mais perdent leur travail et atterrissent souvent en prison. Quelque soixante-dix ou quatre-vingt mille personnages sont passées à la trappe, 35 000 sont à l’ombre. Ils sont juges, officiers de l’armée, fonctionnaires, et souvent enseignants. 500 personnes ont été chassées du ministère des Affaires étrangères, certains avaient refusé de rentrer chez eux quand l’ordre de se replier avait été donné. L’état d’urgence a été déclaré juste après le putsch, et vient d’être prolongé pour trois mois de plus.

Une telle justice d’exception est notoirement aveugle : un juge est mort trois mois avant les évènements, mais était toujours sur les listes des proscrits pour sa participation au putsch. Certaines sociétés appartenant à des gülenistes ont vu leurs biens confisqués, tandis que leurs obligations et dettes restaient bien à la charge des propriétaires dépossédés. Il est difficile de se défendre contre des accusations quelque peu rhétoriques de gulenisme..

Les Turcs répondent par une saine plaisanterie, aux tâtonnements de cette “justice aveugle” : « un aveugle, ça s’agrippe à tout ce qu’il peut attraper”.

Le gouvernement argue que lesgulenistes constituaient une organisation de comploteurs, appelée FETO, et la décrivent comme « organisation terroriste ». Ils la comparent à Daesch, au Cartel de Medellín, et, plus surprenant, aux jésuites.

Mais il reste difficile de comprendre en quel sens les gulenistes étaient des terroristes. La pire chose dont ils sont accusés, c’est d’avoir fraudé pour obtenir des certificats permettant à leurs  membres d’accomplir un service civil, et ce faisant, de leur avoir assuré des positions confortables. Ce n’est pas conforme aux principes des joueurs de cricket, mais peut difficilement être qualifié d’opération terroriste.

Comment fait-on pour démasquer un guleniste ? La tâche n’est pas simple, mais il y a certains marqueurs qui révèlent le crypto-guleniste.

Les gens qui utilisent la messagerie ByLock sont suspects. Cette messagerie d’amateurs avait été populaire parmi les gens de Gülen et certaines personnes impliquées dans le putsch. 150 000 utilisateurs de ByLock ont fait l’objet d’une enquête. Le système avait été piraté par les services de sécurité de l’Etat il y a quelque temps, parce que c’était très léger du point de vue sécurité. Après quoi, les conspirateurs s’étaient reportés sur le système de messagerie professionnelle WhatsApp. Il offrait une bonne sécurité, mais il suffisait de mettre la main sur le smartphone d’un seul comploteur pour avoir accès à tous les autres.

Autre moyen pour débusquer un crypto-guleniste : localiser le billet d’un dollar que les gulenistes reçoivent de leur gourou. Un membre du Parlement m’a dit qu’un vrai guleniste coud souvent ce billet sur l’envers d’un sous-vêtement, au contact de sa peau.

Cette idée avait été mise en service par le rabbin fondateur des Loubavitch : en effet, feu Menachem Mendel Schneersohn répandait aussi des billets d’un dollar et bénissait même de la vodka pour la consommation des juifs hassidiques. Il conversait avec Dieu, et Gülen de même, selon ses troupes, et selon ses adversaires également. Les juifs ultra-orthodoxes essayaient eux aussi d’accroître leur influence, avec un succès considérable.., mais ils n’avaient jamais été qualifiés de terroristes.

Gülen avait été - et il le reste – un personnage très puissant dans le monde turcophone, particulièrement en ex-URSS et en Chine, depuis le Tatarstan et la Yakoutie jusqu’au Xinjiang. Les jeunes du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan sont passés par ses écoles. Le mouvement Gülen était considéré comme la branche dominante dans l’islam politique modéré pro-occidental. Pratiquement tous les islamistes modernes de la Turquie sont passés par ses écoles. Il était l’allié le plus important d’Erdogan dans son combat ascendant contre les kémalistes violemment laïques qui gouvernaient la Turquie jusqu’en 2002.

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Source : http://plumenclume.org/blog/173-erdogan-consolide-son-emp...

 

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Journal du changement d’ordre mondial #12

À la recherche du bouc émissaire

Thierry Meyssan – Réseau Voltaire 20 ctobre 2016

Damas (Syrie)

 

À Berlin, l’Allemagne, la France, la Russie et l’Ukraine ont tenté de débloquer les conflits ukrainien et syrien. Cependant, d’un point de vue russe, ces blocages n’existent que parce que l’objectif des États-Unis n’est pas la défense de la démocratie dont ils se prévalent, mais la prévention du développement de la Russie et de la Chine à travers l’interruption des routes de la soie. Disposant de la supériorité conventionnelle, Moscou a donc tout fait pour lier le Moyen-Orient et l’Europe orientale. Ce à quoi il est parvenu en échangeant l’allongement de la trêve en Syrie contre l’arrêt du blocage des accords de Minsk. De son côté, Washington cherche toujours à se décharger de sa culpabilité sur un de ses alliés. Après avoir échoué en Turquie, la CIA se tourne vers l’Arabie saoudite.

 

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Le conflit opposant les États-Unis à la Russie et à la Chine évolue sur deux fronts : d’un côté, Washington cherche un éventuel bouc émissaire à qui faire porter la responsabilité de la guerre contre la Syrie, de l’autre Moscou qui a déjà relié les dossiers syrien et yéménite, tente de les lier à la question ukrainienne.

Washington à la recherche du bouc émissaire

Pour se désengager la tête haute, les États-Unis doivent faire porter la responsabilité de leurs crimes à un de leurs alliés. Ils ont trois possibilités : soit faire porter le chapeau à la Turquie, soit à l’Arabie saoudite, soit aux deux. La Turquie est présente en Syrie et en Ukraine, mais pas au Yémen, tandis que l’Arabie est présente en Syrie et au Yémen, mais pas en Ukraine.

La Turquie

Nous disposons désormais d’informations vérifiées sur ce qui s’est réellement passé le 15 juillet dernier en Turquie ; des informations qui nous contraignent à réviser notre jugement initial.

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Source : http://www.voltairenet.org/article193805.html

 

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Chats

« Faites pas attention quand mon humaine pète les plombs. »

Mimi Makhno

 

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L’assassinat d’Arsen Pavlov, dit « Motorola », un des chefs militaires de la Résistance du Donbass, venant après plusieurs autres non élucidés, nous avait incités à consacrer, à ces dérangeantes morts en série, un  post assez conséquent, dans lequel nous nous efforcions de faire entendre le plus possible des voix qui comptent.

C’était un travail long et ardu, parce que presque tous s’expriment en russe, sont traduits en anglais mais pas en français.

Nous terminions par celui du Chat Mathieu (Kat Motja) parce qu’à tort ou à raison, il allait à contre-courant des autres, l’opinion d’un Russe sous les armes, dans un pays assailli de toutes parts, fût-elle erronée, délirante ou bourrée de préjugés, n’étant pas à nos yeux à écarter d’une pichenette par ceux qui ne sont que spectateurs.

C’est malheureusement ce qui s’est produit, puisque le Saker – sur le blog duquel la prise de position du Chat avait paru en anglais – l’a supprimé purement et simplement, avec, bien entendu, les commentaires de lecteurs qu’il avait générés, alors que nous étions occupés à le traduire en français.

Bâillonner quelqu’un – même quelqu’un qui a tort – est un acte arbitraire inexcusable. Pas seulement d’un  point de vue moral : les actes arbitraires sont des raccourcis. Mais tous les raccourcis finissent dans des culs-de-sac et, donc, ne servent en définitive jamais à rien. Ce sont des actes essentiellement inintelligents.

Nous n’aimons pas faire preuve d’inintelligence ni nous laisser censurer, fût-ce indirectement. Nous avons donc décidé de ne rien publier de ce qui était prêt à l’être sur cette affaire et à nous tenir à l’écart désormais du blog du Saker, jusqu’à ce que nous soyons sur une longueur d’ondes moins éloignée du point de vue des principes.

Nous ne revenons pas sur cette décision, mais nous mettons en ligne le Nouvelleaks paru aujourd’hui sur ANTIPRESSE parce que Slobodan Despot y résume de façon exemplaire les faits relatifs à cette mort, pour l’information de ceux qui ne sont pas au courant des derniers assassinats ciblés en cours dans cette partie du globe. LGO.

 

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Zakhar et ses chats

NOUVELLEAKS par Slobodan Despot

ANTIPRESSE30 octobre 2016

 

Zakhar Prilepine est l’auteur le plus célèbre et le plus lu parmi les «enragés de la jeune littérature russe». Il a été officier dans les OMON, les troupes spéciales, dans l’épouvantable guerre de Tchétchénie. Il est membre du Parti National-Bolchevique d’Edouard Limonov. Il ne s’en cache pas, loin de là. À rebours de la plupart des écrivains en vogue, il ne se prétend pas apolitique, ni ne revendique le point de vue de Sirius. Il relève que la grande majorité des œuvres importantes de sa propre tradition traitent d’événements politiques et/ou sont l’œuvre de militaires.

 

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Zakhar et le chat

 

Cela ne l’empêche pas d’être lu, traduit et adulé dans le monde entier comme une grande voix littéraire de notre temps. C’est le miracle de la littérature et la force pacificatrice du vrai talent. À l’heure actuelle, la prose de Zakhar Prilepine est l’une des rares denrées russes qui échappent au boycott occidental, particulièrement en France, où l’essentiel son œuvre est traduite aux éditions Actes Sud, à la Différence ou aux Syrtes.

Le lundi 24 octobre, Zakhar Prilepine était à Belgrade pour le lancement de son nouveau livre. Ses Lettres du Donbass, datant de juillet dernier, sont déjà traduites en serbe, avant même d’être parues en langue originale. C’est d’elles qu’il est venu parler en un lieu adorable, la maison-musée d’un vieux poète bohême sise au beau milieu de la Skadarlija, la rue joyeuse des tavernes, des orchestres tziganes et des pavés assassins qui brisent les talons des dames élégantes et les chevilles des messieurs éméchés.

Je me trouvais là, au premier rang du public, tandis que mon ami Dragoslav Bokan devait animer la soirée en compagnie de Zakhar et de sa traductrice. Derrière moi, assis ou debout, attendaient cent ou cent cinquante spectateurs fervents et inclassables. Retraités, étudiants, jeunes militants nationalistes, professeurs de littérature, starlettes, poivrots, provocateurs, philosophes de rue. L’apparition de Zakhar en hoodie noir — silhouette de moine rappeur — a été bruyamment saluée, et suivie immédiatement d’une minute de silence. C’est cette minute d’un silence lourd et pénétrant, incrustée comme une bille de plomb dans le brouhaha d’un quartier de fêtards, qui m’a décidé à relater cette rencontre.

 

Arsen

Zakhar venait d’enterrer un camarade de combat et un ami proche.

Arsen Pavlov dit Motorola, le commandant légendaire de la défense du Donbass, était tué huit jours plus tôt par une bombe placée dans l’ascenseur de son immeuble à Donetsk alors qu’il rentrait dans son petit appartement où l’attendait sa femme avec ses deux enfants, dont un bébé nouveau-né. La première des Lettres du Donbass, du 6 juillet 2016, lui était justement consacrée. A ses côtés dans l’ascenseur se trouvait son garde du corps, le tranquille géant géorgien Taïmouraz, dont le portrait nuancé fait l’objet de la troisième lettre, datée du 12 juillet.

Par-delà le chagrin récent, qui chez lui semblait se traduire par un surplus de colère froide et résolue, j’ai cru sentir chez Prilepine l’ombre d’une appréhension. Lui-même pouvait à tout moment être le prochain sur la liste d’exécution des commandos ukrainiens. Comme il nous l’a expliqué, il vit désormais dans le Donbass, parmi les insurgés, et ne retourne en Russie que pour chercher de l’argent et revoir sa famille. Il est heureusement marié depuis vingt ans et il a quatre enfants.

Qu’avait-il besoin de cela? Il a survécu par miracle à sa première guerre, en Tchétchénie, et en a tiré des récits à vous couper le souffle. Un côté baroudeur, à la Hemingway ? Ce serait encore trop simple. Comme beaucoup d’écrivains et de poètes russes, Prilepine identifie son destin à celui de sa nation. Or c’est là qu’il se joue, selon lui, dans les provinces rebelles de l’est de l’Ukraine. C’est là, autant et peut-être plus qu’en Syrie, que les deux superpuissances se livrent une guerre par procuration.

A l’ouest, l’Ukraine de l’Euromaïdan, issue du putsch de février 2014 à Kiev. Derrière elle, sans dissimulation, le pouvoir américain. Qui nomme les ministres, fait les lois, accapare les ressources. Le fils du vice-président américain Joe Biden préside la principale compagnie énergétique du pays. Avocat de formation, Hunter Biden est surtout un crétin cocaïnomane que même l’U. S. Navy a viré de ses rangs malgré ses hautes protections. Son sourire vide et exorbité s’intègre harmonieusement à la galerie tim-burtonienne de sycophantes loufoques qui incarnent désormais l’Ukraine « européenne » à la suite du chocolatier inepte Petro Porochenko. Leur propre peuple, désormais, les abhorre.

A l’est, des régions ouvrières de culture et de langue russes dont le crime est d’avoir rejeté le putsch de 2014 contre un président élu. Avec la bénédiction de l’UE, le nouveau pouvoir de Kiev a lancé au printemps 2014 une « opération antiterroriste » pour balayer en quelques semaines cette méprisable agitation. Mal lui en a pris. Son armée sans motivation s’est enlisée et a été remplacée en première ligne par des troupes ouvertement nazies. Et Kiev — relayé aveuglément par les médias occidentaux — n’a trouvé d’autre alibi à son fiasco que d’incriminer depuis deux ans une introuvable présence militaire russe sur son territoire.

On comprend beaucoup mieux ce mystère en découvrant des figures comme « Motorola » et son entourage. Laveur de voitures, tailleur de stèles funéraires, vétéran de Tchétchénie, Arsen Pavlov était retourné se battre dans le Donbass par vocation, comme nombre de volontaires russes. Il y est rapidement devenu légendaire, notamment en chassant les forces ukrainiennes de l’aéroport de Donetsk avec un effectif incomparablement moindre et des pertes négligeables. Le régiment qu’il commandait porte le nom de Sparte. Son insigne combine les couleurs traditionnelles avec les symboles de l’heroic fantasy à la russe.

Prilepine livre un instantané saisissant de « Motorola » dans son environnement domestique. Son appartement exigu, modeste, de deux pièces. Son refus de vivre dans une résidence protégée. Ses multiples blessures. Ses digressions soudaines sur la langue ukrainienne et russe, sur les gens qu’il a connus, sur la fabrication de la haine. Sa confiance en la vie… et même en la mort. Et toujours ce batifolage surprenant des Russes entre le pathos et la dérision, entre les zakouskis, les détails domestiques et la grande histoire…

« Il y a des gens qui ne comprennent absolument pas ce que je fais ici, dit-il. J’ai toujours la possibilité de m’en aller. Moi, je n’ai pas besoin de “comm”. Je tricoterais des chaussettes — parce que je sais tricoter les chaussettes — et je les vendrais pour de l’argent normal. “Les chaussettes Motorola”. Et puis je vivrais normalement… »

Les obsèques d’Arsen Pavlov ont drainé des dizaines de milliers de personnes à Donetsk. En Russie, seul le grand barde Vladimir Vissotsky avait eu droit à un aussi imposant cortège funéraire. Des milliers de jeunes gens du cru, mais également venus de Russie, d’Ossétie, de Serbie ou de France, sont prêts à prendre sa place. Cette guerre a même resserré les liens avec les Tchétchènes, qui fournissent le troisième contingent de volontaires par ordre d’importance. Aux yeux de toute la Russie, mais aussi d’une certaine Europe, le Donbass est une nouvelle guerre d’Espagne.

Dans l’autre camp, celui de l’Euromaïdan, les tentatives de recrutement et de mobilisation pour l’armée se soldent par des rébellions populaires, voire par le lynchage des recruteurs. Au Donbass, plus que le soutien de la Russie, c’est la motivation passionnelle qui est la clef de voûte. Le sens du sacrifice et l’acceptation, si peu «moderne», de la mort comme prix d’une vraie vie.

 

Anna

Prilepine est porté lui aussi par cet élan. La conscience d’une destinée se lit sur son visage, dans ses gestes, dans ses absences même. Durant la soirée, il a été tour à tour sarcastique, cordial, exalté, arrogant. Il a tourné en dérision des questions bienveillantes et répondu avec patience à des interventions imbéciles. Il a parlé d’empire et de géopolitique, de cuisine, de la nécessité de jeter les téléviseurs par la fenêtre pour protéger les enfants. Tout comme « Motorola », lui aussi a des portes de sortie. Il n’aurait pas besoin d’être là-bas, ni de faire de la politique. Il est, dit-on, l’écrivain préféré du président Poutine. Ses tirages atteignent le demi-million. Et pourtant…

La deuxième lettre du Donbass, datée du 8 juillet 2016, nous conte le personnage d’Anna Dolgareva, très jeune poétesse toute de noir vêtue. Anna est née en Ukraine. Son frère est un ardent militant ukrainien (il milite surtout sur Instagram, précise-t-elle). Elle, elle venait du milieu des jeux de rôle « grandeur nature », du monde de Tolkien et des chevaliers. Son fiancé aussi, qui était ingénieur. Un jour, il a quitté son travail et il est parti combattre dans le Donbass. Elle l’a perdu. Depuis lors, elle a renoncé à la vie. Cette renonciation, elle l’a écrite en des vers arrimés au sol et déchirants.

Ici c’est un pays de renégats, nous n’avons déjà plus d’autre retraite / le vent de steppe sent la mort, la menthe et le miel. / Nous buvons pour l’amour, la vérité, pour l’enfance heureuse, / nous buvons, sans trinquer, dans des douilles d’obus.

Après la mort de « son Liochka », Anna était tombée en dépression. En sortant de l’hôpital, elle a couru à la SPA récupérer un chaton du nom de Félix. « Pourquoi êtes-vous si pressée », lui a-t-on demandé, « c’est pour un cadeau ? ». « Non, c’est pour moi. Vite ! » Félix est aujourd’hui l’être le plus important de sa vie. A part lui et ses vers, elle n’a rien. Elle vit dans un petit appartement, à Donetsk, et travaille comme journaliste. Elle ne croit en rien, mais reste trop orthodoxe pour se suicider. Aussi monte-t-elle chaque jour vers les villages de la première ligne.

« Il ne peut m’arriver rien de pire que ce que j’ai déjà vécu. En principe, je suis agnostique. Mais tout le monde me dit que le suicide n’amène rien de bon. Or je veux retrouver mon Liochka. »

En attendant les retrouvailles avec Liochka, c’est le chat Félix qui lui sert de compagnon dans cette vallée de larmes.

 

Félix

Aux pieds de Zakhar, pendant toute la soirée, veillait un chat. Un simple rôdeur tigré. Peut-être celui de la maison ou d’un voisin. Il allait et venait comme une sentinelle, s’immobilisait en sphinx ou en cariatide, indifférent au public, aux exclamations et aux flots d’émotion. Dans ce dandy de gouttière balkanique, j’ai vu soudain le porte-drapeau de tous les chats de la littérature russe. Des chats de Gogol au compagnon madré du Diable dans Le Maître et Marguerite, ils sont là pour rappeler l’étrangeté impénétrable et la permanence de la vie, de la simple vie animale qui nous observe avec une tranquille ironie quand nous croyons, nous humains, tenir l’univers entier sous nos microscopes, en fronçant le sourcil.

Il y avait en Zakhar, comme dans tous ces chats, comme dans la goguenardise du « tsar » Poutine, une distante sérénité comme venue de l’au-delà ou de l’inconscient collectif. S’il fallait décoder le message inscrit en filigrane dans cette humeur si particulière, dans cet humour si noir qu’il en est imperceptible, il donnerait à peu près ceci : « Advienne que pourra ! Il ne peut rien nous arriver de pire que la mort, or nous l’avons traversée et nous savons qu’elle n’est rien. Nous luttons non pour la survie, ni même pour la victoire, mais pour le salut de notre âme en attendant la résurrection. » Aucune arme n’est assez pénétrante pour percer cette assurance-là.

 

Zurich Airport

Après la soirée, Zakhar est allé rencontrer Emir Kusturica, qu’il admire. Ils sont revenus tous deux dans la rue bohême et nous avons fait la fermeture d’un vieux café. Je suis rentré chez moi à trois heures du matin. A six heures, je montais dans un avion pour la Suisse. Dans le couloir du débarquement, après l’enfilade des publicités géantes pour les montres, m’attendait Roger Federer. Non pas lui, mais son hologramme. Qui, toutes les minutes, s’adressait aux voyageurs dans son petit pull cachemire, avec un geste d’invitation très poli.

« You, yes you! Comme here with me… » disait-il en anglais. Ou en allemand. Je ne sais plus. Le savait-il d’ailleurs lui-même? Pour le compte d’une assurance, ou d’une banque, le grand tennisman proposait aux consommateurs de faire un selfie avec lui. Enfin, avec son hologramme. Ou était-ce vraiment lui? Des enfants arrêtaient leurs parents, intrigués.

« A-t-il besoin de ça ? » me suis-je demandé. « N’a-t-il pas de moyen plus élégant de justifier sa vie ? » Puis je n’y ai plus pensé.

PS Les lettres du Donbass de Zakhar Prilepine seraient en cours de traduction aux éditions des Syrtes. Nous attendons avec impatience la traduction de son immense roman Обитель (La Communauté), au souffle tolstoïen, une saga consacrée au camp de concentration des Solovki.

 

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Mis en ligne le 30 octobre 2016.

 

 

 

 

22:56 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

28/10/2016

IL Y A 51 ANS

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Il y a 51 ans

 

À la fin des années 1960, la mal nommée guerre froide battait son plein. En toile de fond, les luttes de libération nationale au Viêt Nam et au Mozambique, la résistance à l’apartheid en Afrique du Sud, le coup d’Etat au Brésil puis en Indonésie… Pour renverser la tendance favorable à l’ordre néocolonial, trois grands leaders, Che Guevara, Mehdi Ben Barka et Amilcar Cabral imaginèrent une convergence de luttes à l’échelle  tricontinentale. Des mouvements, des partis politiques ou encore des guérillas d’Amérique Latine, d’Afrique et d’Asie devaient échanger sur leurs expériences et leurs stratégies de résistance face à l’impérialisme. Ces trois révolutionnaires, penseurs et hommes d’action, payèrent de leur vie l’un après l’autre, leur lutte aux côtés des « damnés de la terre ». Un demi-siècle après leur disparition, leurs idées en faveur d’un monde moins inégalitaire restent plus que jamais d’actualité. 

 

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« Affaire Ben Barka » : 51 années après les faits, la vérité fait toujours peur

Alex Anfruns, Philippe Stroot –Investig’Action

 28 octobre 2016

 

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Pour mieux comprendre quelle était la lutte de son père, nous avons interviewé Bachir Ben Barka qui œuvre pour que la lumière soit faite sur toutes les responsabilités dans « l’affaire Ben Barka ».

 

Monsieur Ben Barka, 51 ans après, que sait-on exactement de l’enlèvement de votre père, Medhi Ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris ?

Peu de choses. On sait qu’il a été interpelé par deux policiers devant la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain à Paris, qu’il est monté dans une voiture de service, que dans cette voiture il y avait un agent des services français et un truand qui accompagnaient les deux policiers. Il a été amené dans une villa aux environs de Paris, à côté d’Orly, à Fontenay-le-Vicomte, qui appartient à un gangster notoire et là sa trace disparaît, on ne sait pas ce qui lui est arrivé.

Beaucoup d’histoires ont été racontées, beaucoup d’hypothèses avancées, mais pour nous il a disparu le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à midi trente. Bien sûr on ne peut pas douter de sa mort, de son assassinat, mais il y a des questions qui restent sans réponse depuis 50 ans. Comment a-t-il été assassiné ? Qui sont ses assassins ? Où est son corps ?

Nous n’avons pas de lieu où aller nous recueillir. Et puis aussi il y a la question qui nous intéresse et qui nous interpelle en tant que citoyens : toutes les responsabilités ont-elles été établies ? Certaines l’ont été. Mais toutes les responsabilités pénales – et même politiques – sont encore loin de l’être. Au bout de 51 ans, le but de nos recherches, ma famille avec son avocat Me Butin, est toujours de connaître la vérité sur le sort de mon père.

 

Qui avait intérêt à faire taire le militant internationaliste marocain qu’il était ?

Votre question contient sa réponse. Parce qu’il était militant internationaliste, il gênait un certain nombre d’intérêts. Ce que nous savons c’est que la décision politique première d’organiser sa disparition émane du sommet de l’État marocain, au plus haut niveau. L’exécution de cette besogne a été confiée au ministre de l’intérieur Oufkir, au chef de la sûreté nationale Dlimi et à leurs agents.

Des complicités qui éclairent les convergences d’intérêts de ceux qui voulaient faire disparaître Mehdi Ben Barka ont été sollicitées. Les services secrets français, les services secrets israéliens et aussi, sans aucun doute, les services secrets des États-Unis d’Amérique, ont d’une manière ou une autre contribué à organiser le piège dans lequel est tombé mon père puis et qui a causé son enlèvement et sa disparition.

 

Commentant l’enlèvement de Ben Barka, le Général de Gaulle a dit : « Rien, absolument rien, n’indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l’opération, a fortiori qu’ils l’aient couverte ». S’agit-il de mauvaise foi de la part du Général ?

Il y a dans ces propos beaucoup de mauvaise foi, beaucoup de comédie, mais surtout la volonté de protéger l’État. Le Général s’est rendu compte de l’ampleur du scandale, de l’ampleur des dysfonctionnements qui gangrénaient les services secrets et certains rouages de l’État français qui ont permis à des services secrets étrangers, en l’occurrence marocains, de commettre un crime sur le sol français.

Ces mêmes dysfonctionnements ont favorisé la protection et la fuite des criminels. Nous sommes certains que De Gaulle a été mis devant le fait accompli. Il était prévu qu’une rencontre ait lieu ce week-end de fin octobre 1965 entre mon père et des proches du général de Gaulle, sinon le général lui-même, intéressé par cette Tricontinentale qui était en train de se mettre en place, lui qui voulait avoir une certaine autonomie vis-à-vis des États-Unis d’Amérique.

Il a donc été mis devant le fait accompli et l’enlèvement de mon père a montré l’ampleur des problèmes que lui-même rencontrait au sein de son régime, aussi bien au sein de ses services secrets, que de sa police et même de ses proches collaborateurs politiques. Il a été dit à un moment donné que le ministre de l’intérieur français de l’époque, Roger Frey, aurait été au courant des préparatifs de la disparition de mon père ; il était très proche du général Oufkir avec qui il passait ses vacances en famille au Maroc.

Mais toutes les enquêtes et les recherches qui ont été menées depuis, aussi bien les enquêtes journalistiques que celles des historiens, et même l’enquête judiciaire, a montré que cette affaire était tout sauf « vulgaire et subalterne ». Les implications et responsabilités, aussi bien françaises que marocaines, israéliennes ou étasuniennes étaient d’un haut niveau, contrairement à ce que le Général de Gaulle a voulu faire croire. Malheureusement, depuis cette phrase, la chape de la raison d’Etat s’est posée sur le dossier judiciaire.

Aujourd’hui, 51 ans après, il y a encore une instruction qui reste ouverte en France et le dossier de l’« affaire Ben Barka » est le plus vieux dossier instruit devant le Tribunal de grande instance à Paris ; on en est au dixième juge d’instruction qui planche sur le dossier. L’impossibilité d’établir à la vérité provient essentiellement de la raison d’État ; « raisons » devant être mis au pluriel car ce sont les raisons de l’État marocain, de l’État français, de l’État américain, de l’État israélien qui empêchent l’action de la justice d’aller jusqu’au bout.

Des éléments matériels existent pour connaître la vérité sur la disparition de mon père, des témoins sont encore vivants. Quand je dis témoins, c’est gentil, car ce sont des acteurs, essentiellement des agents marocains, dont l’identité est connue et qui étaient présents à Paris. Certains ont été condamnés par un tribunal français pour enlèvement. Ils connaissent une grande part de la vérité.
Les dossiers des services secrets existent, mais qui sont toujours couverts par le « secret-défense ». Cela concerne aussi bien les documents des services secrets français, qu’israéliens, qu’américains.

On parle aussi d’un lieu où serait enterré au moins une partie du corps de mon père, dans la banlieue de Rabat, à quelques dizaines de mètres de la nouvelle ambassade des États Unis. Seulement, les autorités marocaines refusent d’aller creuser et de faire des fouilles à cet endroit-là.

Donc les éléments pour arriver à la vérité existent, qu’ils soient matériels ou sous forme de documents ; il est donc possible de savoir ce qui s’est passé. Mais cinquante années après les faits, la vérité fait toujours peur. Aucun de ces États ne veut assumer ses responsabilités, ni assumer les dérapages de ses services dans cet assassinat qui est un crime d’État.

 

Vous avez dit tout à l’heure que la procédure se poursuivait, mais se poursuit-elle activement ou est-elle purement formelle ?

Cela dépend des juges et des périodes. Il y a des juges qui sont plus actifs que d’autres, qui font vraiment progresser l’instruction et d’autres qui n’ont rien fait. Le juge actuel s’active mais il est confronté au blocage dû à la mauvaise volonté des États. Par exemple, quand le juge français envoie une commission rogatoire au Maroc pour interroger les témoins marocains, on lui répond que les autorités ne connaissent pas l’adresse du chef de la gendarmerie marocaine…

Quand le juge demande que des fouilles soient entreprises à un certain endroit, les autorités marocaines répondent qu’elles ne connaissent pas cet endroit, alors qu’il a été filmé. A la suite de quoi le mur d’enceinte a été surélevé de deux mètres pour que plus personne ne puisse le filmer à nouveau mais les images satellite sont encore là… Ce lieu est toujours dans l’état où il a été laissé il y a 10, 20 ou 30 ans. C’était un lieu de détention secret qui s’appelle le PF3 (point fixe 3) et où des opposants au régime ont été séquestrés et certains même assassinés d’après des témoins oculaires. Les autorités marocaines refusent d’aller y faire des fouilles.

Le ministère français de la défense refuse encore aujourd’hui de lever le secret sur des dizaines de documents concernant mon père et l’affaire. Donc, malgré la bonne volonté des juges, il y a à un moment donné un blocage matériel qui est dû à des décisions politiques, ou plutôt à un manque de courage pour prendre la décision politique de débloquer le dossier. Et nous nous demandons ce qui fait encore peur dans ce dossier pour que la vérité reste occultée.

 

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Photo de la Brasserie Lipp, avec une plaque en souvenir de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka

 

Vous avez évoqué l’enquête médiatique. Pensez-vous que la presse a réellement contribué à faire avancer la recherche de la vérité dans cette affaire ?

Oui et non. Oui, car il y a toujours de l’intérêt pour l’affaire, pour le mystère d’une affaire non résolue depuis 50 ans, le mystère d’un crime sans cadavre. Chaque fois qu’un élément nouveau apparaît, la presse l’amplifie et essaie d’aller plus loin.

Mais en même temps, la presse a été souvent un moyen d’enfumage. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est le grand titre en première page de l’hebdomadaire l’Express, en 1966, qui disait en gros caractères « J’ai vu tuer Ben Barka, un témoin parle ». Et en fait, quand on lit l’article, on s’aperçoit que le prétendu témoin qui a parlé n’est pas celui qui a donné l’interview et que la personne censée avoir vu quelque chose ne pouvait pas se trouver là où les faits se sont passés. Et ce fameux témoin c’était Georges Figon, l’un des truands impliqués dans l’enlèvement de mon père, qui a été trouvé « suicidé », d’après la thèse officielle, juste au moment où la police allait l’arrêter trois mois après les faits.

On sait maintenant que ce titre qui ne correspondait en rien au contenu de l’article a été totalement fabriqué par le responsable de l’Express de l’époque, Jean-Jacques Servan-Schreiber, ce qui a « boosté » ses ventes. Et malheureusement cette thèse développée par ce soi-disant interview a été à la base de beaucoup d’hypothèses sur la disparition de mon père.

C’est pour cela que je dis que la presse nous a beaucoup aidés, car grâce à la presse l’affaire n’est pas enterrée et on en reparle régulièrement, mais aussi parfois la presse a été utilisée, je ne dirais pas manipulée mais instrumentalisée pour faire passer de fausses pistes.

L’autre exemple qui me vient à l’esprit ce sont les déclarations d’un ancien agent marocain Boukhari qui, il y a une quinzaine d’années, a lui aussi fait des « révélations fracassantes » au journal Le Monde et à un hebdomadaire marocain, Le Journal de Casablanca, où il racontait comment le corps de mon père aurait été rapatrié au Maroc et aurait été dissout dans une cuve d’acide, tout en mettant toute la responsabilité sur le dos d’Oufkir et de Dlimi, en oubliant totalement le commanditaire, à savoir le roi du Maroc.

Là aussi, ces fameuses « révélations » de Boukhari, dont par la suite on a montré qu’il avait lui-même été instrumentalisé et qui a toujours refusé de venir témoigner devant un juge français, ont contribué à orienter le public vers des fausses pistes. Les conclusions voulues aussi bien du témoignage de Figon que de celui de Boukhari sont : d’abord que les responsables de la mort de mon père sont Oufkir et Dlimi ; ensuite que le corps a disparu.

Ce qui veut dire qu’il n’y a plus rien à chercher. Oufkir et Dlimi sont morts dans des circonstances très troublantes, le premier de deux balles dans le dos après la tentative de coup d’État contre Hassan II et le second dans un accident de la circulation avec un camion militaire juste après avoir quitté le palais royal. Les deux personnages clés sécuritaires marocains ayant disparu, il ne reste plus qu’à clore le dossier…

 

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Bachir Ben Barka

 

Vous êtes manifestement très actif pour contribuer à chercher la vérité sur ce qui est arrivé à votre père. Sur un plan plus personnel, qu’avez-vous hérité de Mehdi Ben Barka ? Avez-vous le sentiment de poursuivre son combat politique ?

Je pense que personne n’a actuellement l’envergure pour poursuivre son combat politique. Ce que j’essaie de faire c’est de mener le combat pour sa mémoire, pour qu’elle ne disparaisse pas avec lui. On l’a fait disparaître physiquement et, pendant de longues années, on a essayé de faire disparaître jusqu’à son nom de la mémoire collective marocaine ; mais en vain. Son nom est toujours présent. Ses idées sont toujours présentes même pour la jeunesse marocaine qui ne l’a pas connu. Tout ce qu’il a pu ou voulu proposer pour le Maroc et au-delà reste encore d’actualité.

Bien sûr, 51 ans ont passé, il y a des idées à actualiser, mais tous ceux qui ont lu ses écrits sur la période des années 60, la période de la décolonisation de la reconstruction des pays nouvellement indépendants, les risques et les dangers du néo-colonialisme, le combat pour la fraternité internationale, l’édification de sociétés nouvelles, la démocratie de base …, tous indiquent que ses propositions restent des pistes pour la jeunesse d’aujourd’hui, qui se réfère beaucoup à lui. Si j’arrive déjà à perpétuer cette mémoire et à la rendre disponible pour les nouvelles générations, cela serait déjà un grand travail accompli pour défendre cette mémoire et faire en sorte que ses idées soient reprises par d’autres.

 

Pour revenir brièvement au contexte géopolitique de l’époque, on se rappelle qu’en octobre 1963, le roi Hassan II avait déclenché la « guerre des sables » contre l’Algérie. Mehdi Ben Barka soutenait l’Algérie contre son pays le Maroc, disait-on. Est-il vrai que jusqu’aujourd’hui, certains assimilent encore cet acte à de la trahison ?

Permettez-moi d’apporter une correction : vous avez dit qu’il avait soutenu l’Algérie contre son pays ; or ce qu’il a fait fut de condamner la guerre. Il était contre cette guerre qu’il a qualifié d’agression contre la jeune Révolution algérienne qui était devenue une référence pour les mouvements de libération africains et latino-américains. Il est vrai que c’était un soutien à l’Algérie et une condamnation non pas de son pays mais du régime qui menait cette agression pour affaiblir l’Algérie.

Il est vrai qu’aujourd’hui encore, beaucoup n’ont pas compris cette position, mais pour lui elle allait dans le sens de tout son combat. Un combat qui allait au-delà des frontières. Car il avait eu la chance très tôt d’élargir sa vision politique. Il avait fait des études universitaires en Algérie : sa licence de mathématiques à l’Université d’Alger entre 1940 et 1942. Au moment où il aurait dû aller en France pour faire ses études universitaires, la France était occupée. Il a donc fait ses études à Alger ; ensuite il est rentré au Maroc en 1943 pour poursuivre sur le sol marocain son combat pour l’indépendance du Maroc.

Durant son séjour algérien, il a pu prendre contact avec les futurs dirigeants maghrébins – tunisiens et algériens – mais aussi participer aux débats qu’il y avait à Alger, notamment sur la lutte antifasciste. Cette question a fait débat à un moment donné parmi les peuples colonisés par la France : fallait-il soutenir l’Allemagne nazie, qui combattait la France, ou fallait-il se battre contre le nazisme ?

Pour la majorité des intellectuels et des militants politique de l’époque à Alger le combat contre le fascisme et le nazisme était prioritaire. Il ne s’agissait pas de dire que les ennemis de nos ennemis étaient nos amis… La logique politique et militante n’est pas exactement la logique mathématique. Il a participé à ce débat qui a conclu qu’il s’agissait donc de lutter contre le fascisme mais sans oublier, bien sûr, le combat pour l’indépendance des trois peuples du Maghreb.

Les liens noués par mon père en 1942-43 se sont développés par la suite entre les dirigeants du FNL en Algérie, du Néo-Destour en Tunisie et l’Istiqlal au Maroc. Cette vision internationaliste a ensuite toujours guidé sa vision politique. Bien sûr, chaque peuple a sa spécificité, chaque pays a son évolution à mener, mais c’est grâce à la solidarité entre eux que les peuples vont pouvoir progresser ensemble. Et mon père n’a jamais abandonné l’idée de rendre effective une solidarité, aussi bien au niveau du Maghreb, qu’au niveau de l’Afrique, et beaucoup plus tard, de la Tricontinentale.

 

Depuis l’indépendance du Maroc les rois se sont succédé. Tous se sont caractérisés par une « ouverture fermée » ou une « fermeture ouverte » du Royaume, comme il a pu être dit. L’assassinat de Mehdi Ben Barka a-t-il scellé le sort de l’ouverture démocratique du Maroc ? 

Je crois que l’espoir était mort bien avant. C’est vrai qu’au lendemain de l’indépendance, avec l’euphorie qui s’en est suivie, il y avait une dynamique alimentée par cette jeune génération de militants qu’étaient Mehdi Ben Barka, Bouabid, Basri, qui était issue des classes populaires et qui avait milité au sein du parti de l’Istiqlal et parfois également dans la résistance armée contre la France…

Au lendemain de l’indépendance cette génération avait voulu construire un Maroc nouveau, avec la revendication de l’Assemblée Constituante, avec la mobilisation des énergies populaires, tout en essayant de ne pas tomber dans le piège du néo-colonialisme. Pour que l’indépendance ait un contenu social et progressiste, cette génération s’est lancée dans ce combat.

 

Justement, comment le rapport de forces a-t-il évolué ?

Au moment de l’indépendance, le rapport de forces était tel, qu’il était possible d’arriver à un compromis avec le Palais Royal, et d’arriver à imposer un certain nombre de réformes et d’actions qui allaient dans le sens de la construction de cette nouvelle société. Mais petit à petit, les rapports de forces se sont inversés, et à la fin des années 50, il y a eu l’affaiblissement de cette nouvelle force qui émergeait et une reprise en main totale par le Palais, grâce aux alliances politiques et stratégiques entre la féodalité marocaine et les intérêts néocoloniaux et impérialistes, plus particulièrement français.

L’affaiblissement du mouvement populaire a été rendu possible par la répression, mais aussi par un certain nombre de problèmes internes, un manque d’organisation, qui ont fait que dès la fin des années 50, et principalement depuis le règne de Hassan II en 1961, on assiste à une rupture totale entre le Palais Royal et les forces politiques progressistes au Maroc. Et, plus qu’une rupture, on a assisté à un combat acharné pour éliminer ces forces progressistes par tous les moyens et essentiellement par la répression.

Quand on parle des années de plomb au Maroc, elles n’ont pas commencé en 1970, mais bien dans les années 60. A ce moment-là, l’espoir de l’Assemblée Constituante a disparu. Mohamed V s’était engagé à ce qu’une Constituante soit mise en place pour élaborer la constitution d’une monarchie constitutionnelle et démocratique, mais en 1962 Hassan II a imposé une Constitution à sa taille, sur mesure, qui n’allait pas du tout dans ce sens-là.

Les années de plomb ont vraiment commencé dès ce moment-là, avec des vagues de répression, des enlèvements, des procès politiques, des éliminations, et bien sûr l’assassinat de mon père en est l’exemple le plus symbolique, le plus symptomatique.

 

Est-ce que vous avez saisi des instruments internationaux par rapport à la disparition ?

Pas encore, car le l’instruction du dossier est toujours en cours en France. On nous a souvent encouragés à saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme, mais nous sommes toujours en attente. Comme le dossier est encore ouvert en France, cela veut dire que nous n’avons pas épuisé tous les recours judiciaires français. Par contre, nous sommes en train de réfléchir pour saisir le groupe des disparus des Nations Unies qui est très qualifié pour discuter de ces problèmes-là. A l’occasion du 50ème anniversaire, un nouveau Comité pour la vérité s’est créé en 2015, après le premier Comité qui s’était créé en 1965. Il est présidé par Louis Joinet, un juriste qui est également le rédacteur de la Charte du groupe de travail des disparitions forcées.

 

Qu’aurait-il pensé, selon vous, de ce qui se passe actuellement au Maghreb et au proche Orient?

Le contexte n’est pas le même. L’espoir a existé en 1954-55 et duré jusqu’en 1958 par la fameuse conférence de Tanger qui regroupait les trois partis leader du Maghreb, le Néo-Destour, le FLN et l’Istiqlal qui avaient une vision maghrébine, oeuvraient dans cette perspective-là, étaient conscients du problème du néocolonialisme, et étaient dans une perspective de construction d’un Maghreb des peuples.

Cette perspective n’est plus à l’ordre du jour aujourd’hui. Dès la fin des années 60, c’est le Maghreb des états qui s’est imposé, le Maghreb des polices avec un certain nombre d’opérations où il y avait beaucoup plus de solidarité policière et sécuritaire entre les trois, quatre ou cinq états du Maghreb, qu’une volonté politique de libération et de progrès.

C’est pourquoi aujourd’hui c’est très délicat de faire un parallèle. Le problème qui existe aujourd’hui n’est pas le même que celui qui existait dans les années 60. Il était admis que tous les différends soient réglés sur une base de coopération politique et économique entre les pays du Maghreb. Le problème est totalement différent. C’est pourquoi il est très difficile de dire ce qu’il aurait pensé aujourd’hui.

Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cinquante ans après, l’état du Maghreb, du Moyen Orient et de l’Afrique, aurait été différent si les personnalités comme Mehdi Ben Barka, Lumumba, Amilcar Cabral, Che Guevara, étaient encore vivants. Ces assassinats n’ont pas été le fruit du hasard. Je ne vais pas dans le sens de la « complotite », mais il est indéniable qu’un certain nombre d’assassinats ciblés ont visé les figures qui étaient des catalyseurs de l’action de leurs peuples et de leurs régions.

Avec ces disparitions, un certain nombre de projets n’ont pas abouti. Par exemple, la perspective de la Tricontinentale était un grand espoir pour les peuples des trois continents. Il est indéniable que par la disparition de Mehdi Ben Barka, par l’isolement du Che Guevara en Afrique, par le coup d’État qui a renversé Ahmed Ben Bella en Algérie, les perspectives de cette Tricontinentale ont complètement changé, et ce qui était prévu n’a pas pu se réaliser totalement.

Sans oublier le coup d’État en Indonésie et ses millions de morts. Un certain nombre de leaders ont été éliminés à des moments-clé où il était possible que le rapport de forces se renverse en faveur des forces progressistes.

 

Parmi les nombreuses et variées origines des membres de Daech, il semblerait qu’il y ait également pas mal de Marocains. Quelle est votre réaction face à ce constat ? 

La situation au Maroc est particulière, c’est une situation de dérive sécuritaire. L’un des effets de cette présence sécuritaire est qu’elle empêche l’information de sortir. On ne sait pas tout ce qui se passe au Maroc : les mouvements de droits de l’homme se font l’écho d’un certain nombre de violations de plus en plus importantes et graves qui touchent le milieu de l’information, mais aussi le monde des avocats, le mouvement social.

Ce n’est pas un secret que les mouvements sociaux sont opprimés, mais on n’en parle pas. Il y a une certaine complaisance d’une certaine presse occidentale à l’égard du régime marocain, ce qui explique pourquoi les informations ne circulent pas. Et dans le rapport de forces actuel, peut être que le régime marocain joue un rôle clé dans cette stratégie contre le développement de forces islamistes dans la région, en liaison avec ce qui se passe en Europe.

Mais je crois que le Maroc, comme c’est le cas d’autres états méditerranéens, est parcouru par des tentations « criminalo-islamistes » – le mot jihadiste n’est pas exact. Et malheureusement, la jeunesse au Maroc n’échappe pas à cette réalité. Il faut mettre en parallèle l’état auquel est arrivée la situation économique et démocratique du Maroc avec l’état du développement d’une idéologie rétrograde, réactionnaire, obscurantiste…

Il y a un parallèle à faire et le Maroc n’échappe pas à ce parallèle. 60 ans après son indépendance, d’après mêmes les statistiques officielles, le Maroc se trouve encore à construire un système de santé, un système de scolarité et de sécurité sociale digne de ce nom. Le Maroc est à la queue du peloton des pays dans l’indice du développement humain. Et je crois que cette situation-là explique aussi que le Maroc n’ait pas échappé au développement des mouvements intégristes.

 

Pourriez-vous nous parler des activités que déroule l’Institut Mehdi Ben Barka ?

Il y a une quinzaine d’années nous avons fondé cette Institut Mehdi Ben Barka – Mémoire vivante, qui a un statut d’association 1901 en France, dont le but est d’oeuvrer précisément à faire connaître la pensée de mon père par tous les moyens : par des activités culturelles, des éditions, des conférences… La première action de l’Institut a été de rééditer ses écrits, en regroupant tous ceux qui avaient été édités de manière éparpillée : une partie en 1966 par François Maspero ; d’autres en arabe…

On a donc tout regroupé dans un livre paru aux éditions Syllepse : « Écrits de Mehdi Ben Barka ». L’action de l’Institut s’est poursuivie dans cette optique de travail de mémoire, mais aussi un travail d’histoire et de recherche, par l’organisation et la participation à des colloques et conférences.

Il y a eu par exemple un colloque à Paris, en 2005, sur la transition entre la tricontinentale et l’altermondialisme, dont les travaux ont donné lieu à publication chez Syllepse : « Mehdi Ben Barka en héritage – De la Tricontinentale à l’altermondialisme ». Il y a eu ensuite le livre consacré à « Mehdi Ben Barka », dans la collection « Pensée d’hier pour demain » paru au CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) ; enfin, aux Éditions Les petits matins, dans la collection « sortir du colonialisme », un ouvrage intitulé « Mehdi Ben Barka, cinquante ans après ».

Mais défendre la mémoire de Mehdi Ben Barka ne réside pas uniquement dans la publication de ses écrits. On a organisé aussi des manifestations d’ordre culturel : il y a eu 2 grandes expositions qui ont eu lieu, une en France et l’autre au Maroc, à l’occasion du 40ème anniversaire de sa disparition en 2007 et 2008. A Paris, avec 41 artistes de différentes nationalités, où chacun a contribué avec une œuvre. Ensuite, à Rabat, des artistes marocains, espagnols, palestiniens, français, ont participé à une autre exposition-hommage qui a duré près d’un mois.

L’action de l’Institut consiste également à collaborer avec d’autres structures à des manifestations autour de la pensée et de l’action de Mehdi Ben Barka, comme nous l’avons fait lors de la semaine consacrée à la Tricontinentale à Genève.

 

Selon vous, qu’est-ce qu’il faudrait garder de sa pensée pour comprendre les événements actuels, 51 ans après ?

Sur la question du développement au Maroc, il avait essayé de mobiliser les potentialités populaires qui existaient dans le pays. A plusieurs occasions il a montré qu’il était possible d’organiser et de faire des actions d’ampleur dans le cadre local, régional marocain.

Et c’est aussi la tâche qu’il s’est donnée dans le cadre de son action internationale : quand il parle de solidarité, elle ne peut se faire que par la mise en commun des potentialités populaires de chaque pays ; surtout dans la perspective d’éparpiller les forces de l’adversaire : quand Che Guevara écrivait « il faut créer deux, trois Vietnam », c’est dans cet esprit-là.

Créer une organisation de solidarité des trois continents, cela veut dire organiser partout des luttes pour affaiblir l’adversaire principal. Ce qu’il a fait c’est mobiliser la jeunesse, mais en même temps mettre en commun les potentialités de chaque pays pour modifier le rapport de forces en leur faveur.

 

Source: Investig’Action

Pour aller plus loin : La Tricontinentale. Les peuples du tiers-monde à l’assaut du ciel, par Said Bouamama (octobre 2016, Editions CETIM)

 

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COMMÉMORATION DU 51ème ANNIVERSAIRE
DE L’ENLÈVEMENT ET DE LA DISPARITION DE MEHDI BEN BARKA

 

POUR LA VÉRITE ET LA JUSTICE

RASSEMBLEMENT LE 29 OCTOBRE 2016

À L’APPEL DE L’INSTITUT MEHDI BEN BARKA ET DU SNES-FSU

 

SAMEDI 29 OCTOBRE - À PARTIR DE 18 H
DEVANT LA BRASSERIE LIPP
BD SAINT-GERMAIN – PARIS

 

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Contact : institut.benbarka@aliceadsl.fr

 

 

 

Mis en ligne le 28 octobre 2016.

 

 

 

 

 

 

22:54 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/10/2016

LE LOBBY BELGO-FRANCO-SUISSE

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Le lobby belgo-franco-suisse des qui ne pensent pas en file indienne

 

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Le dernier qui dit la vérité !

Jean Bricmont – Arrêt sur Info 24 octobre 2016

 

« Où sont les intellectuels qui se “mobilisent” pour toutes les causes possibles et imaginables, pourvu qu’elles concernent des droits autres que ceux de leur propre peuple ? Où sont les Onfray, Debray, Polony, Badiou, Plenel, Sapir, Todd, Lordon, Ruffin ? Comment les Zemmour, Finkielkraut, E. Lévy, Fourest, Causeur, Valeurs actuelles, Marianne, osent-ils encore prétendre que ce sont les islamistes qui limitent nos libertés ? » [Jean Bricmont]

 

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Interventions de Jean-Frédéric Poisson à l’Assemblée

 

Jean-François Poisson a dit des choses évidentes : Hillary Clinton est liée à Wall Street et aux groupes de pressions (aussi connus sous le nom de lobby) pro-israéliens. Et face à des groupes aussi puissants, la différence entre lié et soumis n’est pas très grande. Plus juste encore, M. Poisson a souligné que cette situation était mauvaise pour la France.

Pour se convaincre de la justesse des propos de M. Poisson, il suffit de lire les révélations de Wikileaks, ou d’écouter les discours de Mme Clinton devant l’AIPAC, ou de lire Hillary Clinton, la reine du chaos de Diana Johnstone (qui cite entre autre Haim Saban, un milliardaire sioniste, disant qu’il donnera tout l’argent nécessaire pour qu’Hillary Clinton soit élue) ou le livre de J. Mearsheimer et S Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine  qui démontre l’influence déterminante de ce lobby sur la politique américaine au Moyen-Orient.

Immédiatement, comme dans toutes les « affaires » précédentes (en vrac : Faurisson, Chomsky, Le Pen, Gollnish, Mermet, Morin, Siné, Garaudy, l’abbé Pierre, Dieudonné, Soral,…)[1] c’est l’hallali : le coupable est cloué au pilori, mis dans l’incapacité de se défendre, et sommé de s’excuser. Et ses excuses ne serviront à rien. En matière de délit d’opinion en France, c’est « ni oubli, ni pardon ».

Lire la suite…

Source : http://arretsurinfo.ch/le-dernier-qui-dit-la-verite/

 

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Jean Bricmont est un physicien et essayiste belge qui enseigne la physique théorique à l’Université Catholique de Louvain.

Il a codirigé le Cahier Noam Chomsky aux Éditions de L’Herne. Il est aussi l’auteur d’Impostures intellectuelles, en collaboration avec Alan Sokal.

 

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Hillary et les lobbies : Monsieur Poisson, taisez-vous !

Bruno Guigue – Arrêt sur Info 23 octobre 2016

 

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Jean-Frédéric Poisson (PCD), candidat à la primaire à droite, à Ajaccio, le 21 octobre.

 

« Complotisme, antisémitisme, propos abjects ». Pour condamner les récentes déclarations de Jean-Frédéric Poisson, on n’y va pas avec le dos de la cuillère. Quelles horreurs le député français a-t-il bien pu proférer pour susciter une telle avalanche d’insultes ? Incitation à la haine raciale ? Accusation de meurtre rituel ? Apologie des SS ? Heureusement, rien de tout cela. En fait, il a déclaré que « la soumission de Mme Clinton aux super-financiers de Wall Street et aux lobbies sionistes représentent un danger pour la France et l’Europe ». Bigre. On frémit.

Les super-financiers de Wall Street ? Mme Clinton les aime et ils le lui rendent bien. Lors d’une conférence à 650.000 dollars rémunérée par Goldman Sachs, elle avouait qu’elle se sentait plus proche de son auditoire de banquiers que de la classe moyenne américaine. Il est vrai, confessait-elle ingénument, qu’elle et son mari ont amassé une fortune de plusieurs millions de dollars. Les péquenots qui se lèvent tôt le matin et bossent dur pour rembourser leurs prêts et payer les études de leurs enfants apprécieront.

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Source : http://arretsurinfo.ch/hillary-et-les-lobbies-m-poisson-t...

 

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Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

 

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Michel Raimbaud manie la schlague avec énergie et talent. On regrettera seulement que les clavistes (ou le web-master) d’Afrique-Asie ne se relisent pas pour éditer ce genre de texte aussi impeccablment qu’il le mérite. [L.G.O.]

 

Panne de courant au pays des lumières ! Sont-ils tombés sur la tête ?

Michel Raimbaud – Afrique-Asie 23 octobre 2016

 

En ces temps troublés, la « communauté internationale » - nom de scène des trois Occidentaux qui se piquent d’être les maîtres de droit divin de notre planète - semble perdre les pédales. Voilà donc nos larrons en quête de nouvelles aventures. 

 

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François Hollande remettant la légion d’honneur au prince-héritier saoudien

 

Comme d’habitude, l’Amérique, cette nation qui se croit indispensable et dispense aux quatre coins de l’univers ses leçons de morale, de démocratie et de droits de l’homme en faisant oublier qu’elle doit son existence au génocide des Amérindiens et sa prospérité actuelle au pillage du monde considéré comme une arrière-cour, donne le ton. Ses sbires, les ci-devant « grandes puissances européennes », qui se plaisent à jouer aux gros poissons dans les petites mares, ne sont pas en reste… Ayant remis les pendules à l’heure avec son Brexit et lancée dans le compte à rebours d’un Scotxit, la perfide Albion peut s’investir à fond dans son rôle traditionnel de cheval de Troie de l’Amérique. Pour sa part, notre « grande nation », qui fait tout pour ne plus l’être, se distingue par son arrogance ordinaire, sa prétention anachronique et le naufrage de sa diplomatie.

Nos fanfan-la-tulipe, nos malbroughs-mironton-mirontaine, nos lafayette-nous-voilà, prennent de grands airs de chefs de guerre qui nous feraient rire si leurs desseins n’étaient pas aussi sinistres : appeler à envoyer « à six pieds sous terre » Bachar Al Assad, s’acharner à peaufiner la mise à mort du peuple syrien et à détruire la vieille terre qui fut la matrice de notre civilisation, de nos religions et de notre alphabet ne sont pas des objectifs dignes d’un pays à l’histoire prestigieuse, qui se réclame si volontiers des « lumières ». Enchaîner les provocations et les incidents diplomatiques en pensant humilier ou braver ce Vladimir Poutine qui tient tête à l’Amérique, divinité révérée par nos élites, est du plus haut ridicule.

 

La diplomatie française est disqualifiée, marginalisée, ignorée, y compris par ses maîtres de Washington

Dans la posture qui est la sienne depuis son retour au « bercail atlantique », la France a perdu sa crédibilité, son prestige et le respect des pays qui jadis la trouvaient « juste même lorsqu’elle est injuste ». La diplomatie française est disqualifiée, marginalisée, ignorée, y compris par ses maîtres de Washington, au point d’être tenue à l’écart des grands dossiers et évincée des négociations décisives, tant est évidente sa capacité de nuisance. 

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Source : http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a...

 

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Michel Raimbaud est un ancien ambassadeur français, écrivain et essayiste.  Son dernier livre paru : Tempête sur le Grand Moyen-Orient, chez Ellipse, Paris

 

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La spirale de l’impuissance

Slobodan Despot – ANTIPRESSE 23 octobre 2016

« Nouvelleaks »

 

L’Europe s’est anesthésiée dans sa procrastination. Elle est devenue la Belle au Bois dormant. Elle se réveillera comme Euramérique ou Eurasie, à moins qu’elle devienne Eurabie.

 

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Les travaux inutiles

 

C’est un roman de Georges Simenon, La fuite de monsieur Monde, qui dépeint le plus profondément la situation de l’Européen moderne. Arrivé au bord de la cinquantaine, M. Monde, petit industriel prospère, disparaît un matin sans crier gare. Alors que sa femme, personne froide et sans États-Unis, envoie la police à ses trousses, il prend un faux nom et se refait une vie au bas de l’échelle sociale, dans le Midi, avec une entraîneuse qu’il a sauvée du suicide. Dans un lieu sordide, il rencontrera la femme avec qui il était marié dans une vie antérieure, épave humaine ravagée par la drogue. Il remonte à Paris avec elle et la fait soigner à ses frais. Puis, tout aussi soudainement, il rentre chez lui et reprend son ancienne vie comme si rien ne s’était passé. Ne lui reste de son escapade qu’une énigmatique sérénité qui ressemble à de la résignation.

Norbert Monde avait explosé. Ou implosé. Son quotidien sans élans, sans tragédie, sans destinée, lui était devenu insupportable. En sortir était devenu une question de vie et de mort. M. Monde était un homme bon, voire héroïque, mais son univers ne laissait aucune place à la bonté et à l’héroïsme. Bien pire : de telles vertus y étaient vues comme des tares. Toute son éducation lui enjoignait de lutter contre elles. Retourné — socialement — à l’« état sauvage », il était comme un animal de zoo rendu à la nature. La laisse qu’il traînait encore derrière lui s’accrochait aux ronces, s’entortillait autour de ses pieds et le faisait trébucher. Il n’a pas eu la force de s’en défaire.

Je me suis reconnu dans cet homme entravé. Son gâchis, je l’ai pris à mon compte. Jeter tous ses acquis par-dessus bord dans l’espoir d’accomplir sa vie, arriver au seuil de cet accomplissement, et rater pour une vétille, un instant de gêne. Pour avoir été trop éduqué. Par crainte de causer du tort à quelqu’un. Par peur d’être mal vu…

Il m’arrive de faire un rêve, que j’appelle « le cauchemar de M. Monde ». La scène figure peut-être telle quelle dans le roman, je ne m’en souviens plus — à moins que ce soit dans le Docteur Jivago. Assis à la terrasse d’un café, je vois passer de l’autre côté de la rue une personne que j’aime et que je n’espérais plus retrouver. Elle avance sans me voir, elle va bientôt se fondre dans la foule. Je voudrais la héler, mais n’arrive pas à émettre le moindre son. Crier d’un trottoir à l’autre, cela ne se fait pas. Je devrais bondir pour la prendre par le bras mais je ne peux pas : je n’ai pas réglé ma consommation. Je me retourne, me tâte les poches, cherche le garçon des yeux, mais entretemps la silhouette a disparu…

La question du prix

Nous sommes sur le point de payer cher, très cher, le prix de notre hyper-civilisation. Cette idée m’a envahi l’esprit comme un refrain voici quelques années, lorsqu’un ami m’a demandé de l’aider à tuer un canard. Il n’était pas paysan, il en était très loin, mais il tenait quelques animaux dans sa propriété. Il n’avait pas la main assez sûre pour décapiter le volatile sans le faire souffrir. Personne dans son entourage n’avait le cœur de l’assister, même s’ils avaient tous l’appétit de goûter au rôti. J’ai donc tué le canard avec lui. Mes grands-mères le faisaient toutes seules, sans histoires.

Même si le véganisme est très à la mode, la grande majorité des Occidentaux mangent de la viande. Bien plus de viande que leurs ancêtres, qui étaient bien moins nombreux. Pour remplir tous ces ventres, il faut des montagnes de viande. L’élevage n’a plus rien de pastoral. C’est une industrie du gavage et de l’extermination. Périodiquement, des vidéos qui « fuitent » des abattoirs mettent en émoi les réseaux sociaux.

On pointe du doigt des entreprises « inhumaines » qui ne respectent pas les normes, qui écorchent des bêtes à peine étourdies. Mais que dire de celles qui sont « en règle » ? À l’occasion de l’Aïd, avec un humour satanique, Daech a mis en scène l’exécution de « traîtres » en les suspendant à une chaîne d’équarrissage. Clameurs universelles ! La mécanisation du rituel en décuple l’horreur, les camps du XXe siècle nous l’ont suffisamment montré. La trajectoire d’un cochon ou d’un poulet d’élevage industriel, depuis sa naissance — sa fabrication, devrait-on dire — à sa mort, n’est qu’une chaîne de torture optimisée dont l’ingénierie concentrationnaire de l’ère ouvertement anti-humaine qui nous attend s’inspirera sans doute.

Je ne suis pas végétarien ni un enragé de la cause animale. Je me rappelle seulement que notre alimentation et notre survie impliquent une quantité inévitable de souffrance animale et que la souffrance, par ailleurs, est à la conscience ce que l’embryon est au bébé. Coupez la souffrance de la conscience, l’embryon du bébé, et vous pourrez disposer de tout ce qui n’est pas nous, autrement dit moi, comme d’une chose, sans plus y penser qu’à la coquille de noix que vous venez d’écraser. Le sort épouvantable que notre civilisation de mort réserve au règne animal est le produit direct de cet araisonnement de l’ensemble du monde créé (le Gestell de Heidegger) qui est à la base de notre philosophie scientiste et athée. Le crime est si massif que nous avons dû échafauder des murs de faux-semblants pour ne pas le voir.

Encore une fois : je ne milite pas pour la soupe d’orties (d’ailleurs les orties souffrent aussi !) et je ne cotise pas à une milice anti-avortement. Je m’efforce de garder toujours à l’esprit que notre bien-être implique la souffrance et la mort. Si je mange du canard ou de l’agneau, je dois savoir ce que cela coûte, et donc être à même de tuer ma proie de mes mains. Leur souffrance et leur mort sont le prix à payer pour mon contentement. Une conscience éveillée et réaliste négociera le montant de ce prix en essayant de ne pas susciter plus de mal qu’il n’est nécessaire : c’est un des principes fondateurs du Dharma, de la Voie, qui fonde la morale de toute civilisation. Une conscience abstraite, idéologisée, niera l’existence même de la transaction ou décidera qu’elle doit être abolie.

Notre problème est que c’est cette conscience-là, une conscience de pharisiens, qui nous éduque depuis une ou deux générations, qui élabore nos lois et guide nos politiques. Sous son empire, le mal nécessaire est nié. On le revêt d’une cape d’invisibilité : il aura donc carte blanche !

Les nouvelles Antigones

Cette perversion est commune à toutes les sociétés avancées, mais elle n’a pas atteint partout la même emprise. Les États-Unis d’Amérique ont plusieurs longueurs de « retard » sur notre évolution et c’est pourquoi ils nous dominent et nous fascinent. Lorsqu’on a fait valoir à Mme Albright, la secrétaire d’État de M. Clinton, que la destitution de Saddam Hussein avait entraîné la mort d’un demi-million de personnes en Irak, elle a répondu que « cela en valait la peine ». Un tel cynisme serait impensable de la part d’un ministre européen.

Si monstrueuse qu’elle soit, cette appréciation montre que les Américains ne sont pas sortis de l’univers du Dharma. Ils ne nient pas que leur domination a un prix, ils estiment seulement que ce prix n’a pas de plafond. Leur échelle de valeurs est exactement l’inverse de celle des Européens, pour qui toute concession est bonne pourvu qu’ils ne fassent de tort à personne (sauf sur dérogation de leurs maîtres). C’est pourquoi les garde-côtes américains mitraillent les radeaux de migrants quand les européens font tout pour les sauver.

Dans toute son horreur, cette confiance en soi mégalomaniaque a un avantage. Elle laisse une place aux vertus individuelles et à la foi dans une destinée. Elle permet encore, au XXIe siècle, l’éclosion de véritables héros, sacrificiels et désintéressés, qui laisseront leur nom dans l’histoire. Ainsi les sonneurs d’alerte issus du système militaro-industriel sont les vrais héritiers des résistants antinazis et des dissidents soviétiques.

« Pensez-vous que les États-Unis sont la plus grande nation du monde ? » : c’est l’une des questions que l’on pose, sous détecteur de mensonges, lors du test d’embauche à la CIA. Elle est évidemment éliminatoire. Le jeune Edward Snowden y avait répondu « oui » sans ciller lors de son recrutement. Il était conservateur de conviction et croyait sincèrement à la mission de son pays. Lors de son deuxième test sous polygraphe, il a également répondu « oui » — mais il mentait. Entre deux, il avait découvert l’immense manipulation de la « guerre contre le terrorisme » et l’étendue de l’espionnage auquel se livraient les agences américaines, y compris sur leur propre population. Sans son patriotisme ardent, Snowden n’aurait jamais eu le courage de mettre sa carrière et sa vie en jeu pour révéler au monde le vrai visage du système qu’il servait. Son pays, ses valeurs, sa démocratie, ce n’étaient pas les assassinats ciblés, les tribunaux secrets et l’abolition de toute vie privée. Son pays était un État, non un régime.

Le film qu’Oliver Stone vient de consacrer à Snowden est remarquable et factuel. Il s’attaque directement au cas de conscience qu’il nous pose. On y apprend (mais on s’en doutait) que la guerre au terrorisme n’est qu’une « affaire de domination économique et sociale de tout ». Face à l’ampleur du mal, le jeune Ed finit par s’interroger sur son propre rôle dans les rouages, même s’il n’est qu’un technicien. À la consternation de ses collègues geeks, il rappelle qu’à Nuremberg on n’avait pas jugé que les chefs nazis, mais également des exécutants. Que chacun, à son niveau, est comptable des conséquences de ses actes.

Le cinéma engagé américain a un rôle semblable à celui du confessionnal dans le catholicisme baroque. À bonne confession, bonne absolution — et la vie continue ! Il n’empêche. Dans un contexte technologique très difficile à faire vibrer au cinéma, Stone et Snowden réussissent à reposer, dans toute son actualité, l’éternelle question d’Antigone. Ils éveillent les consciences et rendent aux actes leur vrai nom en rappelant que le système américain, malgré tous les alibis qu’on lui prête, reste le criminel majeur de notre temps. Loin au-delà de tous les « États voyous » et de toutes les organisations terroristes qu’il fait mine de combattre.

Europurgatoire

Une épopée de cette envergure peut être américaine. Ou russe. Mais on ne l’imagine pas un instant prendre place dans l’Europe d’aujourd’hui. L’Europe, c’est le domaine de monsieur Monde : le lieu des destinées inabouties, des vertus réprimées et des loyautés sans objet. Un entre-deux. Un théâtre de l’absurde où l’on ferme les yeux sur la violence déchaînée et l’impudeur mais où les simples infractions sont férocement réprimées. Un lieu où l’on n’ose même pas reconnaître au Mal sa qualité première : d’être mauvais. Bref, un véritable purgatoire, salle de transit entre le ciel et l’enfer.

Par sa révolte aux bras trop courts, monsieur Monde a tout de même fait du chemin. De l’anesthésie, il est passé à la résignation. Il a ouvert les yeux sur le monde (sur lui-même, donc !), pour comprendre qu’il n’y pouvait rien. Ainsi l’Europe s’indigne, s’agite et se « mobilise », par réseaux sociaux interposés, comme s’agitent et s’indignent les spectateurs d’un combat, mais elle n’a pas la force de descendre dans l’arène. Elle n’a même pas la force de faire barrage à la violence, au mensonge et au chaos dans leur expression la plus brute. Elle attend que quelqu’un, ou quelque chose, le fasse à sa place. Ou alors, demain…

Dans sa phase procrastinante, celle que nous vivons aujourd’hui, monsieur Monde s’est dépouillé de son entreprise, de son statut social, de son chapeau et de ses projets. Il s’est dépouillé de tout, sauf de son attente. Il est devenu Vladimir ou Estragon, l’un ou l’autre des clochards de Beckett. Ou les deux, vu l’habitude qu’il a prise de se parler et de se convaincre lui-même. Tout le temps qu’il lui reste à vivre, il l’a voué à l’attente de Godot. Ce Godot est peut-être l’Amérique, peut-être la sharia, peut-être l’effondrement économique ou la nouvelle peste qu’il appelle secrètement de ses vœux. Ou tout simplement, la mort, à laquelle nous ne proposons plus d’alternatives crédibles.

 

10. Slobodan Despot.JPGSlobodan Despot est un éditeur et un auteur suisse natif de Yougoslavie. Il a collaboreé pendant des années aux éditions de l’Âge d’homme et dirige désormais sa propre maison : Xénia.

Site des éditions Xénia : http://www.editions-xenia.com/

Il a fondé, le 6 décembre 2015, ANTIPRESSE, une lettre de réflexion en ligne, accessible uniquement par abonnement (gratuit) : http://www.antipresse.net/

Son blog, Despotica : http://blog.despot.ch/

 

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Réflexion oiseuse

Pour mesurer la profondeur et la pérennité de l’infranchissable fossé qui sépare le vulgum pecus des zélites, il faut lire, du même Simenon-Shéhérazade, L’oranger des îles Marquises, petit chef d’œuvre de six pages qui a paru, en février 1936, dans le magazine Marianne (rééditions Omnibus, 1992 et 2014). Les faits qu’il y rapporte dataient de 1916. Rien n’a changé en cent ans. Rien. [N.d.GO]

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Principaux ouvrages de ces auteurs

Jean Bricmont

Avec Alan Sokal, Impostures intellectuelles, [ voir le détail des éditions], 1997.

Avec Régis Debray, À l'ombre des lumières : Débat entre un philosophe et un scientifique, Paris, Odile Jacob, coll. « Sciences », 2003.

Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?, Bruxelles, Aden, 2005, 2009 (2e édition), 304 p.

Avec Julie Franck, Chomsky, Paris, dans « les cahiers de l'Herne », 2007.

Avec Hervé Zwirn, Philosophie de la mécanique quantique, Vuibert, 2009

Avec Noam Chomsky, Raison contre pouvoir. Le pari de Pascal, Paris, L’Herne, Carnets, 2010.

La République des censeurs, Paris, L'Herne, 2014.

Noam Chomsky, activiste, Paris, Aux forges de Vulcain, 2014, 128 p.

Making Sense of Quantum Mechanics, Springer, 2016.

Avec Diana Johnstone, « Les deux faces de la politique américaine », in : L'empire en guerre, Paris, le Temps des Cerises, 2001.

« La fin de “La fin de l’histoire” » et « Questions aux “défenseurs des droits de l'homme” » in 11 septembre 2001, La fin de la « fin de l'histoire, Bruxelles, Aden, 2001, 65 p.

« L'espoir change-t-il de camp ? » in Mourir pour McDo en Irak, Bruxelles, Aden, 2004, 148 p.

Du bon usage de la laïcité, sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa-Rosso, Bruxelles, Aden, 2008, 240 p.

« Déterminisme, chaos et mécaniques quantiques », in Les Matérialismes (et leurs détracteurs), Paris, Syllepses, coll. "Métériologiques", 2004, 86 p.

 

Bruno Guigue

Aux origines du conflit israélo-arabe : l'invisible remords de l'Occident, L'Harmattan, coll. « Questions contemporaines », Paris et Montréal, 1999, 145 p.,– Réédition, revue et augmentée : L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », Paris, Budapest et Turin, 2002, 190 p.

Faut-il brûler Lénine ?, L'Harmattan, Paris, Montréal et Budapest, 2001, 144 p.

Économie solidaire : alternative ou palliatif  ?, L'Harmattan, coll. « Économie et innovation », Paris et Montréal, 2002, 79 p.

Les raisons de l'esclavage, L'Harmattan, coll. « Économie et innovation. Krisis », Paris, Budapest et Turin, 2002, 125 p.

Proche-Orient : la guerre des mots, L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », Paris, Budapest et Turin, 2003, 110 p.

 

Michel Raimbaud

Le Soudan dans tous ses états, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », 2012, 396 p.

Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Paris, Ellipses Marketing, 2015, 576 p.

Les relations internationales en 80 fiches, Ellipses Marketing, coll. « Optimum », 2015, 320 p.

 

Slobodan Despot

Avec Pavie Ivic, Nikola Samardzic, Anne Yelen et Pierre Maurer, De l'imprécision à la falsification : Analyses de Vie et mort de la Yougoslavie de Paul Garde, Lausanne, L’Âge d’homme et Institut serbe de Lausanne, 1992.

La Signification du Kosovo dans l’histoire du peuple serbe, Lausanne, L’Âge d’homme, coll. « Atlantide-Europe » (no 1), 1999, 22 p.

Balles perdues : interventions, 1990-2002, Lausanne, L’Âge d’homme, coll. « Mobiles. Essais », 2002, 119 p.

Valais mystique, Vevey, Xenia, 2009, 112 p.

Valais mystique, Vevey, Xénia, 2014   

Version audio, lue par l'auteur, comportant des textes inédits dans la précédente édition imprimée. Durée non connue. La couverture comporte la mention « 24 itinéraires spirituels ».

Oskar et les Minarets, Lausanne et Paris, Favre, 2010, 187 p.

Despotica : Modes d'emploi, (préf. Michel Maffesoli), Vevey, Xénia, coll. « Franchises » 2010, 174 p.

i-Mages [Slobodan Despot (« iPhonages ») et Oskar Freysinger (poèmes) (préf. Pierre Toutain-Dorbec)] Vevey, Xénia, 2011, 123 p.

Nouvelleaks : les chroniques du nouvelliste : 2010-2013, (préf. Bernie Constantin), Sion, Xénia, 2014, 141 p.

Le Miel : roman, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 2014, 126 p.

 

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Le 5e n’est pas de la bande, puisqu’il est palestinien et habite à Cambridge. Mais il répond à tous les autres critères. Lobbyiste d’honneur, donc…

 

La guerre en Syrie et la dislocation du monde arabe

Makram Khoury-Machool Arrêt sur Info 24 octobre 2012

 

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« Israël a la Syrie en ligne de mire. C’est donc elle, la Syrie, qui est actuellement punie, jusqu’à ce que dislocation s’ensuive. »

Le texte que nous vous présentons ici, rédigé en 2012 par l’éminent intellectuel Makram Khoury-Machool, demeure très utile. Nous avons décidé de le traduire. Khoury-Machool indique clairement, dès cette époque, les véritables raisons qui sont à l’origine de la guerre en Syrie. Il désigne, parmi les initiateurs, des agents d’influence œuvrant pour les intérêts d’Israël, comme Bernard-Henri Levy. Il désigne la France, qui a assumé cette politique pro israélienne agressive en s’alliant avec les monarchies du Golfe pour financer les groupes terroristes les plus hostiles à Damas. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, la position de la France demeure inchangée. Sa diplomatie se répand en appels incessants au renversement d’Assad tout en sachant que sa chute reviendrait à porter au pouvoir les coupeurs de têtes. [Silvia Cattori]

 

Les agissements du bloc anti-syrien aligné sur l’OTAN sont maintenant assez parlants pour nous permettre d’y voir plus clair dans ce qui se joue en Syrie. Nous avons d’un côté les acteurs politiques tels que le groupe « Friends of Syria ». (Amis de la Syrie) et, de l’autre, deux personnalités arabes, toutes deux ministres d’émirats du Golfe.

 

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BHL, Laurent Fabius, Bernard Kouchner.

 

Le premier groupe comprend les chefs d’État des pays de l’OTAN, avec un projet israélien à peine déguisé porté par des personnalités telles que Bernard Henri-Lévy. Ce sont des gens qui, plutôt que d’être des amis de la Syrie, travaillent incontestablement à la consolidation de leurs propres intérêts financiers en Syrie, autour d’elle, et à travers elle. Les deux politiciens arabes sont tous deux ministres des affaires étrangères, respectivement de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Ils ont déclaré que les groupes radicaux qui combattent l’État syrien doivent être armés et financés. En résumé, ces réunions rassemblant des soi-disant « amis de la Syrie » ne sont sans doute pas autre chose qu’une « version moderne » des rassemblements organisés par le vice-roi Lord Curzon qui, en 1903, depuis son navire de la flotte royale anglaise, s’adressait aux « Chefs de la Côte arabe » à Sharjah.

 

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Le président Nicolas Sarkozy reçoit l’émir du Qatar, Hamad Ben Khalifa Al-Thani, le 1er septembre 2011 à l’Elysée. 

 

L’aide apportée aux « rebelles » par les Qataris et les Saoudiens consiste en armement, en argent utilisé pour payer soldats et mercenaires, et en une supervision logistique des attaques menées en Syrie. S’y ajoutent des services de télécommunications et des conseils militaires en tactique de combat et en stratégie. Bien entendu, les consultants militaires occidentaux qui opèrent en sous-main pour les groupes armés ne sont pas mentionnés par les médias. Des États voisins fournissent également une assistance géographique aux groupes armés : c’est le cas de la Jordanie, qui laisse passer les mercenaires arrivant de Libye, et de la Turquie qui sert de base d’opérations militaires au nord.

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Source : http://arretsurinfo.ch/la-guerre-en-syrie-et-la-dislocati...

15. Makram-Khoury-Machool.jpgLe Dr Makram Khoury-Machool, est né et a grandi dans l’ancienne ville portuaire de Jaffa, où il a vécu jusqu’en septembre 1999, date à laquelle il a émigré vers le Royaume Uni. En Angleterre, il a enseigné à la School of Oriental and African Studies (SOAS) à l’Université de Londres, à l’Université du Bedfordshire et à l’Université Anglia-Ruskin, de Cambridge. Il est professeur et  directeur de thèses  à l’Université de Cambridge (Churchill College) depuis 2003. Ceci n’est pas exhaustif. Wikipedia, qui est très loin d’être neutre, l’ignore totalement.

 

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Mis en ligne le 26 octobre 2016

 

 

 

 

18:31 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

24/10/2016

BELGIQUE ENCORE... ET SUISSE

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Belgique encore… et Suisse

 

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Ghislain Dubois : Le premier procès contre l’OTAN affole la justice belge

 

Sur l’ANTIPRESSE n°47 de ce dimanche 23 octobre

 

En juin 2011, une frappe de l’OTAN vise la propriété du général El Hamidi, un allié de la première heure du colonel Kadhafi. Les huit missiles tirés ne parviennent pas à tuer le militaire retraité, mais massacrent sa famille. 17 personnes, dont trois enfants, sont tuées dans le raid. S’ensuivra une cascade de dénégations et de justifications plus invraisemblables les unes que les autres.

 

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Me Ghislain Dubois, à Bruxelles, est l’avocat des victimes de cette attaque criminelle et délibérée contre des civils. Il mène aujourd’hui le seul procès en cours visant l’OTAN en tant qu’institution. S’il existe des crimes de guerre caractérisés, cet assassinat politique ciblé en est indiscutablement un. Cela ne veut pas dire pour autant que la justice belge soit prête à le reconnaître. Me Dubois nous livre le récit d’un combat révoltant contre le déni de justice et de ses implications. Il rappelle aussi l’ignorance dans laquelle ont été tenues les opinions sur les motifs et les circonstances de l’élimination du leader libyen.

 

 

 

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Pour rappel :

Libye : « J’ai tout perdu. Ma femme. Mes enfants. Mon pays »

Christophe Lamfalussy – Mondialisation.ca 7 novembre 2011

 

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Le Libyen Khaled Hamidi a déposé plainte en Belgique contre l’Otan. Désormais recherché par Interpol, il s’explique dans une interview au Caire.

C’est un homme en état de choc que “La Libre” a longuement rencontré dans un hôtel du Caire. Un homme dont le destin a basculé en quelques minutes en juin dernier et qui se raccroche à quelques photos de famille. Un homme que le nouveau pouvoir libyen recherche à travers une notice rouge d’Interpol, et qui accuse, dans le même temps, l’Otan d’avoir décimé sa famille.

Khaled El Hamidi, 37 ans, fils d’un général libyen à la retraite, a perdu sa femme enceinte et ses deux enfants dans une frappe de l’Otan. Il a déposé plainte dans les mains de la justice belge.

Lire la suite…

Source : http://www.mondialisation.ca/libye-j-ai-tout-perdu-ma-fem...

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Ne perdons jamais de vue la lutte que poursuit, en Italie, contre l’Organisation Terroriste, Manlio Dinucci :

 

IL COMITATO NO GUERRA NO NATO RIPRENDE IL SUO PERCORSO DA FIRENZE

3. freccia nera piccola.gif

https://www.change.org/p/3169656/u/18240284?recruiter=265...

 

dont les articles paraissent régulièrement, en traduction française, sur le Réseau Voltaire.

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Ni celle que mène, en France, le Comité Valmy :

Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré
Appel pluraliste (pétition)

3. freccia nera piccola.gif

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6031

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Ce n’est pas pour dire, mais, il a bien de la patience, le président Assad

(à sa place, il y a longtemps qu’on aurait cogné)

 

Assad à une télévision suisse allemande : « Je n'attaque pas le peuple, je le défends ».

 

L’entretien du président Assad par la télévision suisse allemande SRF1 s’est déroulé le 19 octobre à Damas. Le ministère syrien de l’information a exigé qu’il soit diffusé en Suisse dans son intégralité. [ASI] 

 

5. Assad-tv-suisse.jpg

 

Interview du Président syrien Bachar al-Assad par la télévision suisse SRF1 – 19 octobre 2016

Journaliste : Monsieur le Président, nous vous sommes très reconnaissants d’avoir accueilli la télévision suisse et notre émission Rundschau ici à Damas.

Président Assad : Vous êtes les bienvenus en Syrie.

Question : Tout d’abord, permettez-moi de clarifier une chose : je peux vous poser n’importe quelle question ?

Président Assad : N’importe laquelle, sans exception.

Question : Je vous le demande parce que l’une de vos conditions était que cette interview soit diffusée dans son intégralité. Avez-vous peur que nous manipulions vos déclarations ?

Président Assad : Vous devriez répondre vous-même à cette question, mais je pense que nous devons construire cette relation sur la confiance, et je présume que vous vous préoccupez de la confiance de votre audience, donc je ne pense pas. Il me semble que vous avez la réputation d’être honnêtes dans tous les sujets que vous essayez de couvrir.

Question : Le monde vous considère comme un criminel de guerre. Considérez-vous que ce soit une accusation mensongère ?

Lire la suite…

Source : http://arretsurinfo.ch/video-assad-a-une-television-suiss...

 

Question : Ce journaliste se fait-il l’avocat du diable ou est-il con à bouffer du foin ?

 

10. AL KI NDI HOSPITAL.JPG

Source du document : le très remarquable (2e) site de Ziad Fadel : https://syrianfreepress.wordpress.com/ hélas réservé aux anglophones.

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Ajoutons-y un commentaire du trop rare entrefilets.com :

 

Un aberrant désir de guerre

 

0. dark-vador.jpg

 

Le pire n’est jamais garanti dit-on. Certes. Sauf que c’est exactement ce que l’on devait dire avant le déclenchement de la Première, puis de la Deuxième guerre mondiale. Et persiste pourtant cette sorte de naïveté qui fait penser à beaucoup que non, finalement non, «plus jamais ça», plus jamais 20 puis 60 millions de morts au nom de la Patrie, c’est-à-dire pour le profit des industriels et des banksters. Or depuis le coup d’Etat perpétré en Ukraine par les barbouzes de l’OTAN, l’Empire US et ses laquais européens n’ont eu de cesse de créer toutes les conditions d’une guerre majeure contre la Russie (et donc la Chine), utilisant parallèlement toute la vermine médiatique aux ordres de part et d’autre de l’Atlantique pour préparer les peuples à l’inéluctable, à l’indicible, en leur assénant quotidiennement leur dose de haine antirusse. Et les menaces ne cessent de gagner en intensité. Sans parler de l'épisode dérisoire d'un Flanby voulant traîner le Président russe devant la CPI, le Général Mark Milley, chef d’état-major de l’US Army, vient ainsi de déclarer à l'adresse de Moscou: « Je veux être clair pour ceux qui, dans le monde entier, veulent détruire notre façon de vivre, nous vous détruirons » [“We will beat you harder than you have ever been beaten before”] (1). Plus que jamais, le Bloc atlantiste sous commandement US est ainsi saturé d’un aberrant désir de guerre que renforce en lui l’évidence de son déclin.

Lire la suite…

3. freccia nera piccola.gif

http://www.entrefilets.com/un_aberrant_desir_de_guerre.html

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Et même France

 

400 manifestants se sont rassemblés pour Georges Ibrahim Abdallah

 

Quelques 400 manifestants ont défilé comme chaque année de la gare à la prison de Lannemezan en solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah. Cette manifestation marque le début de sa 33eme année de détention. Notre section belge du Secours Rouge International a décidé cette année de manifester sur place aux côtes de l’OCML Voie Prolétarienne dans un bloc commun "De la Palestine au Kurdistan, Vive la Résistance des peuples", en soutien au Bataillon International de Libération au Rojava, ainsi qu’à Georges. Les sections italienne et turque du SRI étaient également présentes ainsi que Coup pour Coup 31 et le Secours Rouge Arabe. Plusieurs bus de manifestants sont venus de toute la France : Toulouse, Paris, Grenay, Saint-Denis, Bordeaux.

 

7. Manig Georges.jpg

 

Quatre cents. Sur 77,2 millions. Bonne moyenne.

Rojava ? Ils en pensent quoi les Syriens de cette base américaine sur leur sol, cadeau des Kurdes ? Ou alors, on n’a pas bien suivi tout.

Jamais contents !

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Voire Canada…

 

Puisqu’on était chez les autres francophones, restons-y, et relayons, de l’excellent site jbl1960blog (on ne sait même pas s’il est canadien ou français), les dernières nouvelles des licenciements en cours tous azimuts :

 

 

8. Taxes.gif

 

L’indécence programmée…

Elle est partout !

Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Ici

L’indécence des pouvoirs politiques d’abord parce qu’elle est partout aujourd’hui :

Le blog de Jbl1960 24 octobre 2016

 

La majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir.

Pour maintenir ce pouvoir il est essentiel que les gens demeurent dans l’ignorance, qu’ils vivent dans l’ignorance de la vérité, jusqu’à la vérité de leur propre vie.

Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges, dont nous nous nourrissons.

– Harold Pinter

 

Et moi ce qui m’intéresse c’est la vérité car je pense qu’elle seule nous libèrera, nous les peuples, et à tout jamais…

Les pouvoirs politiques aujourd’hui, comme hier, commandent nos vies, et notre façon de penser, surtout notre façon de penser… Comme eux !

Et pour nous rendre obéissants, notre mise en esclavage passe par notre soumission totale et c’est en cela que la liste des licenciements mondiaux tenue à jour dans la RDPI par Pierre Jovanovic est intéressante, car elle nous démontre la volonté des pouvoirs politiques de nous asservir, totalement, et pour le seul profit du 0.0001% qui lui s’en met plein les fouilles !

 

LA LISTE DES LICENCIEMENTS DE LA MI-OCTOBRE 2016 du 24 au 28 octobre 2016 :

Le bombardement de chômeurs continue sans interruption… Un tapis de chômeurs comme si des B-52 spécialisés ne cessaient de parcourir les cieux et justement, c’est le Canadien Bombardier qui a déversé, A NOUVEAU, 7.500 bombes à retardement, ie, chômeurs qui ne rembourseront pas l’emprunt à leur banque. Coca-Cola continue à dégraisser en toute discrétion. Très belles pointes à 600 salariés dans la liste, merci à Myriam, à Aurélie, et à tous les lecteurs et lectrices qui m’envoient ce qu’ils ont repéré. Partagez, envoyez cette liste à tous vos contacts.

PS : Mr Le Flem nous signale que l’activité d’IBM a continué à se contracter pour le 18e trimestre consécutif !!!!

  • Allia France, sanitaire en céramique lavabos et wc va délocaliser en Pologne et au Portugal et du coup jette à la rue 275 salariés en France, merci à Mr Fertelle.

 

  • AIG a vendu toutes ses opérations en Europe et en Amérique Latine : licenciements massifs en préparation, merci à Michel

 

  • AFPA cette association de formation pour adultes à Fort de France est en faillite avec une dette de 10 millions d’euros, 130 salariés risquent d’aller à Paul Emploi, merci à Joël

 

  • Apple arrête sa voiture sans conducteur et licencie 100 ingénieurs, merci aux lecteurs.

 

  • Banco Popular Espagne vire 1.000 personnes entre 50 et 54 ans et licencie 2.000 personnes de plus : total 3.000 personnes, merci à Yvan.

 

  • Bombardier licencie encore et encore ( au moins le 8e licenciement ), la semaine passée ce sont 7.500 salariés DE PLUS qui sont jetés à la rue, merci aux lecteurs canadiens.L

 

  • Coca-Cola Belgique la firme américaine jette à la rue 30 cadres supérieurs, les ventes sont en berne, merci à Mme Rennerson.

 

  • Coca-Cola Europe en plus de la Belgique 120 autres emplois sont supprimés en Europe, merci à Thomas.

 

  • Courlancy Santé France> envoie 20 salariés chez Paul Emploi, merci à mon lecteur.

 

  • Darmouth Hitchcock jette à la rue 90 salariés de plus, merci à DJC.

 

  • DB Cargo UK transport de marchandises sur rails jette à la rue 900 ouvriers (il n’y a plus de charbon et d’acier à transporter) merci à Cédric.

 

  • Delmas France 17 salariés ont étés envoyés chez Paul Emploi, merci à Alexandre.

 

  • Enbridge Canada fabricant de pipelines jette à la rue 530 salariés (370 au Canada, 160 aux USA) merci à Mr Kerzabi et aux lecteurs canadiens.

 

  • Equatorial Congo Airlines la compagnie aérienne est en faillite, et a été immobilisée pour dettes par un créancier, au moins 200 pilotes, hôtesses et POS seront virés merci à Goyave.

 

  • Ford USA a mis au chômage technique 27.000 ouvriers et ingénieurs, merci à Myriam.

 

  • Godefroy Textile France à Beaucamps-le-Vieux, a fermé sa filature 31 salariés ont filé chez Pôle Emploi, merci à Mr Dufrenoy.

 

  • Harley – Davidson US jette à la rue 225 mécaniciens de plus, merci à John.

 

  • Honeywell Aerospace licencie pour la 3e fois de l’année : au mois 100 ingénieurs, merci à DJC.

 

  • Hôtel Crans-Embassador en Suisse établissement 5 étoiles a fait faillite: les 40 salariés ont été sacrifiés, merci aux lecteurs suisses.

 

  • Hsinchu Science Park le centre taiwanais high-tech a licencié 611 ingénieurs au 3e trimestre 2016, merci à Mme Lefumeux.

 

  • International Automotive Components a jeté à la rue 500 ouvriers (ils vont tous voter pour Trump) merci à DJC/

 

  • Kaiser France basée en Lorraine a été liquidée : 100 salariés chez Paul Emploi, merci à Mme De Lavadan.

 

  • Keppel, pétrole, jette à la rue 3.000 ingénieurs et salariés, merci à Mr Ballerand.

 

  • Luminant a licencié 132 mineurs de charbon, merci à Mme Lefumeux.

 

  • Manitowoc qui fabrique des grues a licencié 85 salariés DE PLUS, merci à DJC.

 

  • PSA la direction de Peugeot a rajouté 2.000 ouvriers de plus, merci aux lecteurs.

 

  • Redhook Brewery le brasseur licencie 20 buveurs de bières, merci à Mme Lefumeux.

 

  • Rexnord Electronics ferme une usine aux US et délocalise 300 emplois au Mexique, les licenciés vont tous voter Trump, merci à DJC.

 

  • Samsung a déjà licencié 5.000 ingénieurs au premier semestre 2016 et Samsung SDI envisage de virer 12.000 salariés de plus, merci à Myriam.

 

  • Siemens France verdict final : 106 ouvriers seront jetés à la rue, merci aux lecteurs.

 

  • Suez France la société va envoyer 600 salariés chez Paul Emploi (annonce faite la veille des vacances !!), merci à tous les lecteurs.

 

  • Technip jette à la rue 110 salariés de plus !!!! En Finlande 476 salariés ont été licenciés, merci à Ed.

 

  • Travis Perkins UK la grande chaîne de distribution de bois et charpentes anglaise ferme 30 centres et vire 600 salariés, merci à Myriam.

 

  • UFC l’organisateur de combats sportifs pour les chaînes de télés vire 60 salariés, merci à Mme Lefumeux.

 

  • United Methodist Publishing House même les bibles ne se vendent plus chez les protestants : l’éditeur a licencié 40 salariés !!! merci à Myriam.

 

 Vous pouvez aider Jo à la tenir à jour.

 

*

Alors que même les bibles ne se vendent plus chez les protestants, là on va pas pleurer. Car ici on sait que l’indécence est programmée dans nos cortex, depuis au moins 2000 ans avec ce dernier billet → Au pied du Mur…  qui essaie de mettre au jour une vérité bien cachée et que Benjamin Netanyahou ne veut absolument pas voir révélée. Tout comme cette vérité qui n’est pas bonne à dire → Ni Terre promise, ni Peuple élu… non plus et que l’Empire sioniste et l’Empire Américain s’efforcent de cacher au reste du monde c’est à dire, nous tous, les Superflus notoires.

Et en cela je vous recommande le dernier billet de Georges Stanechy sur son blog « À contre-courant » et précisément parce qu’il décortique une société, un pays, la Corée du Nord [« Corée du Nord : Surf sur la désinformation » NdE], que l’Exceptionnalistan a dans sa ligne de mire nous ordonnant d’en faire autant. Et parce que ce billet est vraiment à contre courant du flot ininterrompu d’injonctions à haïr, à avoir peur, à mépriser, à vouloir éliminer et surtout à se sentir supérieur à ceux qu’on vous désignera comme inférieur… Ici et .

http://stanechy.over-blog.com/2016/10/coree-du-nord-surf-...

Aujourd’hui, ordre est donné aux Zuniens de papier de choisir entre la peste et le choléra. En fait ordre leur est donné de désigner la peste Killary ou le choléra Killary… Et là il faut bien reconnaitre que les Zélites mettent le paquet :

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2016/10/22/hill...

 

*

Alors contrairement à Pierre Jovanovic, qui souvent affirme que les nouveaux virés ne pourront plus consommer et acheter des produits de luxe (quand ce sont des banquiers par exemple) et donc entretenir ce cycle infernal, consumériste et mortifère.

J’appelle a profiter de cette infortune pour se remettre sérieusement en cause et réfléchir à quelle société nous voulons vraiment appartenir.

Parce qu’il n’y a pas de solution au sein du Système actuel. Ce système pyramidal doit être déconstruit pierre par pierre et puisque la majorité n’est pas à convaincre, tant elle moutonne, pire elle mougeonne. À nous d’organiser la minorité en associations libres œuvrant solidairement, lorsqu’une société organique parallèle fonctionnera, la masse suivra, comme elle suit le système institutionnalisé maintenant, cette masse allant toujours dans le sens du meilleur courant comme un banc de poissons…

Ces associations libres et volontaires pourraient passer par la Commune par exemple : Tous pour La Commune !

Et en dépossession volontaireDÉPOSSESSION VOLONTAIRE

Parce que chaque lundi, ou presque depuis 2008 au moins, les gens qui sont giclés du Système, au lieu d’y revenir ou de rêver d’y revenir, pourraient s’unir et s’organiser, prendre la tangente et créer la société la plus égalitaire qui soit dans un futur proche et simple !

Parce que ça urge, un peu, quand même, non ?

JBL1960

*

Lisez aussi, sur ce blog, pendant que vous y serez :

 

9. lunesurgizeh.jpg

Le Syndrome Messianique

L’impossible retour d’un Messie inventé

Et donc jamais venu !

3. freccia nera piccola.gif

https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/10/22/le-syndrome-...

 

2. OTAN MORT x.gif

 

Post Scriptum

Quand l’un au moins des 77,2 millions de francophones qui nous entourent aura trouvé le temps de la sous-titrer en français, nous nous ferons un plaisir de publier la vidéo de l’interview accordée le 17 octobre dernier par Mme Asma al-Assad à Rossiya 24 (la première en huit ans). En attendant, la voici en anglais, sous-titrée en arabe.

 


 

2. OTAN MORT x.gif

 

 

 

Mis en ligne le 24 octobre 2016.

 

 

 

 

15:45 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

22/10/2016

OUHH ! LES BELGES MENTENT.

1. La Belgique en 2050.jpg

 

Ouhh ! Les Belges mentent.

2. Pinocchio Vandeput.gif

La Russie dévoile les détails de la frappe belge contre le village d'Hassadjek
Sputnik International en français 20 octobre 2016

 

3. Jet belge.jpg

 

Disposant de moyens efficaces de défense aérienne, Moscou s'apprête à fournir à la Belgique les informations sur le trajet de vol et sur les actions des avions belges et américains dans le ciel syrien le jour où la frappe contre Hassadjek a eu lieu.

Les données radar russes et syriennes confirment la frappe belge contre le village d'Hassadjek dans la province d'Alep, a affirmé le porte-parole du ministère russe de la Défense, général Igor Konachenkov lors d'un point de presse.

« La Russie dispose de moyens efficaces de défense aérienne permettant d'effectuer le contrôle de l'espace aérien au-dessus de presque tout le territoire syrien 24 heures sur 24. Outre nous, le contrôle de l'espace aérien est réalisé par des systèmes de défense aérienne syriens, restaurés l'année dernière », a affirmé aux journalistes le général.

Afin d'étayer ses dires, la Russie est prête à fournir à ses collègues belges les informations sur le trajet de vol et sur les actions des avions belges et américains dans le ciel syrien le 18 octobre.

Deux chasseurs belges F-16, qui ont porté une frappe contre le village syrien, ont décollé depuis un aérodrome en Jordanie et se sont ravitaillés deux fois en vol à l'aide d'un avion-ravitailleur américain.

« Le 18 octobre à 1h34 (heure de Damas), nos moyens de contrôle aérien ont enregistré le décollage de deux avions militaires de la coalition internationale depuis l'aérodrome As-Salti en Jordanie », a précisé le porte-parole. Maria Zakharova.

Les chasseurs belges se sont ravitaillés en vol à 2h52 au-dessus de Deir ez-Zor grâce à l'avion-ravitailleur américain KS-135 pour ensuite reprendre leur trajet dans la direction du nord-ouest. À 4h19, les chasseurs se sont ravitaillés pour la deuxième fois.

Entre-temps, soit le ministre belge de la Défense Steven Vandeput induit délibérément le public en erreur, soit le ministère belge de la Défense avec les États-Unis mentent aux autorités du pays, a pointé M. Konachenkov, commentant la déclaration du ministre belge qui réfute les accusations d'avoir frappé le village d'Hassadjek et fait des victimes parmi les civils.

« Soit Steven Vandeput induit délibérément en erreur le public belge et international, soit ses personnels, avec le concours de leurs collègues américains, mentent au gouvernement de la Belgique ».

La frappe est survenue mardi dans la zone où opéraient les avions de la coopération. Les radars ont détecté la présence dans la zone donnée de deux F-16 appartenant à la Belgique. Six personnes ont été tuées et quatre autres blessées.

Source : https://fr.sputniknews.com/international/2016102010282890...

 

2. Pinocchio Vandeput.gif

 

La Belgique ment

Et accuse la Russie de mentir, comme font tous les fantoches des USA

Komsomolskaia Pravda – 21 octobre 2016

 

4. AVION BELGE Mensonges 2.jpeg

 

En dépit du fait que le ministère belge de la Défense ait reçu, de Moscou, les documents confirmant la participation de la « Royal Air Force belge » [« Composante air » en jargon belgeois, NdT] dans le bombardement du village syrien de Hassadjek près d’Alep, Bruxelles continue à nier son implication dans la frappe aérienne, prétendant que la Russie a fabriqué les preuves.

Les documents du ministère de la Défense russe donnent même les numéros de l’avion qui a pris part à l’attaque. Ils décrivent en outre son itinéraire, minute par minute. Cependant, le chef du ministère belge de la Défense a exigé que Moscou les refuse comme « des accusations infondées ».

Le ministère russe des Affaires étrangères a présenté les preuves  démontrant l’implication de la Force aérienne belge dans le bombardement à l’ambassadeur de Belgique à Moscou Alex van Meuwen. La persistance de la Belgique à nier le fait d’un raid aérien belge sur un village voisin d’Alep est curieux, a dit le Vice-ministre des Affaires étrangères Vladimir Titov à l’ambassadeur belge.

Pravda-ru a demandé son opinion d’expert au Sous-directeur de l’Institut d’Études Stratégiques des pays de la CEI.

« En fait, Bruxelles ment en accusant la Russie de mentir. Comment la Russie devrait-elle réagir à cela ? »

 « Je pense que la Russie devrait réagir calmement. Nous sommes en état de guerre de l’information, état où chacune des parties va essayer de toutes les manières possibles de nier son implication dans divers types d’événements et d’en accuser une autre à sa place. Quand le Boeing de la Malaysian Airlines a été abattu au-dessus de l’Ukraine, les États-Unis n’ont même pas essayé de savoir ce qui s’était passé, ils ont immédiatement accusé la Russie sans se livrer à la moindre enquête.

« Dans la situation du bombardement d’Hassadjek, la Russie a présenté pour preuves des faits réels. Nous sommes très préoccupés par les actions que commet en Syrie la coalition conduite par les USA. Par exemple, les faits prouvent qu’il y a eu massacre de civils dans les bombardements de la province de Deir-ez-Zor

 « Si la Belgique est si nerveuse, c’est parce que sa Force aérienne en Syrie n’agit pas en défense de ses propres intérêts. Elle sert les intérêts des États-Unis, montrant ainsi l’absolue faiblesse politique des pays de l’Union Européenne.

 « Quand les États-Unis annoncent leur intention de mener à bien la stabilisation dans certains pays, je ne vois nulle part se concrétiser ces paroles. Il est clair que les États-Unis ne sont tout simplement pas capables de résoudre le moindre conflit armé. En conséquence de quoi ils mènent des activités subversives contre tout pays [qu’ils jugent, NdT] déloyal. Il est impossible de mettre fin à aucune crise dans de telles conditions.

 « La Russie propose d’agir à la fois par voie militaire et par voie diplomatique. Une partie significative des militants est en train de se diriger vers Idleb, et cela aussi montre le succès de la Russie dans la lutte contre les terroristes en Syrie.

 « Partant de tout ceci, je pense que cela n’a guère de sens de prendre au sérieux les déclarations de Bruxelles. Ils ont falsifié l’information d’une manière si criante pendant l’enquête sur le désastre du Boeing malaisien en Ukraine qu’il est clairement apparu que leur seul but était d’en rendre la Russie responsable, sans même faire semblant d’enquêter sur les circonstances de ce terrible événement. De même ici, la réaction du ministère belge de la Défense était prévisible, puisque l’Europe suit pas à pas la politique étrangère US.

 « Pensez-vous qu’ils vont s’en tirer ainsi ? »

 « C’est l’attitude typique des Américains : ils sont toujours sûrs qu’ils ne font jamais d’erreurs, et sûrs qu’ils peuvent s’en tirer sans dommages. Ils croient que, parce qu’ils contrôlent l’ensemble des médias du monde, cela les immunise absolument contre toutes les conséquences de leurs actes. Ils peuvent par exemple frapper l’Armée Nationale Syrienne sur son propre territoire à Deir ez –Zor ou laisser s’échapper des talibans afghans. Ils croient vraiment qu’ils ont le droit de s’en prendre aux civils de Mossoul.

 « Je suis persuadé que les USA vont continuer à se conduire ainsi, surtout si Hillary Clinton arrive à la présidence. Rappelez-vous avec quelle horrible joie elle a accueilli les détails de la mort de Muammar Kadhafi. Et ce n’était là qu’un épisode de son anomalie psychique. Je n’arrive pas à comprendre comment cette femme puisse accéder à la présidence. »

Source : http://www.pravdareport.com/world/asia/syria/21-10-2016/1...

Source originale : http://www.pravda.ru/news/world/21-10-2016/1316397-evseev...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades.

 

2. Pinocchio Vandeput.gif


Les USA ne sont pas « toujours sûrs de ne jamais faire d’erreurs ». Ils sont « toujours sûrs que, venant d’eux, les autres n’ont qu’à avaler les couleuvres qu’on leur sert et fermer leur g… ».  Ce qui est piquant, c’est de voir la Belgique les imiter.

 

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La coalition internationale bombarde la Syrie

 


« Conscience », vous avez dit « conscience » ? C’est quoi, ça ? Rétamer quelques paysans, leurs chèvres et leurs enfants… Bof ! Font ch… les Russes ! Un de nos amis nous a dit : « Si c’est prouvé, sûrement les Belges vont descendre par millions dans les rues pour protester. » Mais c’est un nihiliste qui ne croit en rien.

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Greenpeace salue le vote du Parlement Wallon contre l’accord CETA

Sputniknews14 octobre 2016

 

6. Contre CETA.jpg

Bon. Vous ne le savez pas qu’une partie de la Wallonie est germanophone ? Ce petit bout de Belgique s’appelle « les pays rédimés ».

 

Vendredi, Greenpeace a salué le vote du Parlement Wallon contre l’accord commercial polyvalent CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) entre l’Union Européenne et le Canada.

MOSCOU (Sputnik) – Plus tôt dans la journée, le parlement de la région francophone belge de Wallonie a bloqué la ratification de l’accord de libre-échange CETA, le Premier ministre de la région, Paul Magnette, précisant qu’il n’accorderait pas au gouvernement fédéral l’autorisation de signer cet accord.

 « Greenpeace salue la décision du Parlement Wallon de maintenir son opposition au CETA. Ce Parlement défend réellement les intérêts de ses citoyens et non les intérêts des lobbyistes et des grands groupes d’affaires (corporations). Ceci est un message fondamental envoyé aux institutions européennes » a déclaré Vincent De Brouwer, directeur de Greenpeace-Belgium.

Ce contrat menace les normes sanitaires et environnementales et il est contraire à l’Accord de Paris sur le changement climatique, a-t-il ajouté, exprimant l’espoir que l’Union Européenne tiendra compte du vote wallon.

 « Il appartient maintenant aux Institutions européennes d’écouter ce signal et d’enterrer ces dangereux traités », a encore dit De Brouwer.

 

 7. CETA 2.jpg

Des milliers de personnes ont manifesté contre le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) et le traité euro-canadien CETA (Comprensive Economic and Trade Agreement) dans le centre de Bruxelles, le 20 septembre 2016.

 

Les accords commerciaux « CETA » ont pour but d’établir une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. En 2013, Ottawa et Bruxelles se sont accordés sur les éléments-clés de l’accord. Les opposants européens à l’accord CETA insistent sur le fait que cet accord sape les normes et les règlements de la protection environnementale,

L’accord devrait être signé au cours du prochain sommet Union Européenne-Canada, les 27-28 octobre qui viennent, après quoi, il devra être ratifié par le Parlement européen et par le Conseil de l’Europe. La Commission européenne, sous la pression de la France et de l’Allemagne, a précisé que l’accord devra aussi être ratifié par les 28 états membres.

Source : https://sputniknews.com/environment/201610141046340362-gr...

 Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

2. Pinocchio Vandeput.gif

 

Précisons quand même que le TTIP, s’il n’est toujours pas ratifié, est néanmoins largement opérationnel en Belgique.

 

 

 

Mis en ligne le 22 octobre 2016.

Notre bateau d’aujourd’hui :

La Belgique en 2050, collage d’André Stas.

 

 

 

 

22:26 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/10/2016

BACHAR - LA PRAVDA : INTERVIEW

1. Souviens-toi que chaque souffrance.gif

 

Syrie

Ils ne font rien pour être au premier rang de l’actualité. C’est nous qui …

 

2. Syrian Free Press.gif

 

Texte intégral de l’entretien accordé par le Président Al-Assad au quotidien russe Komsomolskaïa Pravda

 

Dr Bachar al-Assad et Pravda.ru 19 octobre 2016

Syrian Free Press  Mondialisation.ca

Traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal

 

3. Assad-Pravda-2-400x266.jpg

 

À de vraies questions, des réponses sincères, quoique douloureuses pour les Syriens et, sans doute, pour leur Président [NdT].

 

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Mme Darya Aslamova : Merci beaucoup Monsieur le Président. C’est un grand bonheur pour moi, et je suis très fière. Je vais commencer par poser mes questions.

QUESTION 1 : La situation en Syrie est devenue plus dangereuse et moins prévisible. Pourquoi ? Parce que ce conflit attire désormais plus de participants et plus de joueurs. Par exemple, qui voyons-nous maintenant participer à cette guerre en Syrie ? L’Iran, le Liban – je veux dire le Hezbollah- la Russie, la Turquie, l’énorme coalition du côté des États-Unis, la Chine qui montre de l’intérêt. Avez-vous quelque inquiétude que ce conflit ne se transforme en une troisième guerre mondiale à moins qu’elle ne soit, peut-être, déjà commencé ?

Le Président Al-Assad : Parler de ce problème implique de parler du fond et de la source, et c’est le terrorisme. Peu importe qui intervient, le plus important est qui soutient ces terroristes quotidiennement et heure après heure. Tel est le principal problème. Si nous le résolvons, cette image compliquée que vous venez de décrire ne sera plus un gros problème, nous pouvons le résoudre. La question ne dépend donc pas du nombre de pays qui interfèrent actuellement, mais du nombre de pays qui soutiennent les terroristes, parce que les Russes, l’Iran et le Hezbollah sont des alliés qui sont venus ici légalement. Ils nous soutiennent contre les terroristes, tandis que les autres pays que vous avez cités soutiennent les terroristes. C’est là un premier point : c’est un problème de terrorisme et non un problème de nombre.

Deuxièmement, concernant l’éventuelle « troisième guerre mondiale », terme dernièrement souvent utilisé, notamment depuis la récente escalade en Syrie, je dirais que ce que nous observons actuellement, et depuis quelques semaines ou peut-être quelques mois, est plus qu’une guerre froide et moins qu’une guerre totale. Je ne sais comment la qualifier, mais c’est quelque chose qui n’est pas né d’aujourd’hui, car je ne crois pas que l’Occident et, particulièrement, les États-Unis, aient mis fin à leur guerre froide, même après l’effondrement de l’Union soviétique.

 

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Mme Aslamova : Oui, elle se poursuit toujours.

Le Président Al-Assad : Cet état de fait se déroule en plusieurs étapes, la Syrie étant l’une des étapes importantes. Vous assistez à plus d’escalades qu’auparavant, mais toute la question consiste à préserver l’hégémonie des Américains sur le monde entier, avec interdiction à quiconque d’être un partenaire sur la scène politique internationale, que ce soit la Russie ou leurs alliés en Occident. Donc, cela est l’essence même de ce que vous avez décrit comme une troisième guerre mondiale. C’est une guerre mondiale, mais ce n’est pas qu’une guerre militaire : une partie est militaire, une partie est le terrorisme et en rapport avec la sécurité, une autre partie est politique. D’une certaine manière, vous avez donc raison, mais il ne s’agit pas seulement de la Syrie; la Syrie fait partie de cette guerre.

QUESTION 2 : Mais vous avez dit : la Syrie est devenue une étape de cette guerre. Pourquoi la Syrie ? Je veux dire, d’accord, vous êtes un grand pays, vous avez du pétrole, mais pas autant que l’Arabie Saoudite. Pourquoi exactement la Syrie ?

Le Président Al-Assad : À cela, plusieurs aspects. Premièrement, si vous parlez du conflit régional, la Syrie a de bonnes relations avec l’Iran tandis que, pour diverses raisons, l’Arabie saoudite voulait sa destruction totale au niveau politique et, peut-être, au niveau matériel et factuel. Ils ont donc voulu que la Syrie s’en désolidarise et sinon, la détruire, parce que cela pourrait affecter l’Iran négativement. C’est ainsi que je le vois. Pour les Occidentaux, la Syrie et la Russie sont des alliés depuis des décennies et, là aussi, saper le positionnement syrien influerait négativement sur les Russes. Mais il y a autre chose en rapport avec le rôle historique de la Syrie, un rôle régional en tant que centre de la dynamique géopolitique au Moyen-Orient depuis des siècles. Par conséquent, ce rôle plus sa situation géographique sur la Méditerranée ont fait que bien avant la naissance du Christ, les Pharaons et les Hittites se sont battus pour la contrôler. De plus, étant socialement parlant située sur la ligne de faille entre les différentes cultures de la région, tout événement positif ou négatif qui la touche, affecte toute la région. Par conséquent, bien qu’il s’agisse d’un petit pays, contrôler la Syrie est très important pour contrôler le reste de la région.

Deuxièmement, la Syrie est un pays indépendant, et l’Occident n’accepte pas les pays indépendants, que ce soit un petit pays comme la Syrie ou une grande puissance comme la Russie. Quel est leur problème avec la Russie ? Vous dites «oui» et «non », alors que vous devriez toujours dire « oui ». Voilà le problème avec l’Occident. Telle est ma réponse à votre question : «  Pourquoi la Syrie ? ».

QUESTION 3 : Certains médias occidentaux considèrent que la guerre en Syrie est devenue un conflit direct entre la Russie et les USA. Etes-vous d’accord ?

Le Président Al-Assad : Oui, pour une raison simple en rapport avec ce j’ai commencé par dire à propos du terrorisme. La Russie a voulu combattre le terrorisme non seulement pour elle-même, ou pour la Syrie, mais aussi pour le reste de la région, pour l’Europe et le reste du Monde. Les Russes comprennent ce que signifie la propagation du terrorisme, tandis que les États-Unis, depuis l’Afghanistan au début des années quatre-vingt et jusqu’à ce jour, pensent : « Le terrorisme est une carte que nous pouvons jouer, une carte que nous pouvons mettre sur la table ».

Mme Aslamova : Oui.

Le Président Al-Assad : Une carte que vous pouvez garder dans votre poche et mettre sur la table à tout moment. Vous parlez donc de deux entités différentes, de deux idéologies différentes, de deux comportements différents, de deux approches différentes. Il est normal d’aboutir à ce conflit ; même s’il y a dialogue entre eux, ils ne sont pas sur la même page.

QUESTION 4 : Nous avons maintenant un nouveau joueur dans cette région. D’accord ? Je veux parler de l’intervention turque dont personne ne parle, comme si rien ne s’était passé. Quelle est votre opinion sur le rôle de la Turquie dans cette guerre et sur son intervention ?

Le Président Al-Assad : Si nous commençons par ce qui se passe aujourd’hui, c’est une invasion.

Mme Aslamova : Invasion !

Le Président Al-Assad : Cette incursion est une invasion. Qu’il s’agisse d’une petite partie ou d’une grande partie du territoire syrien, c’est une invasion en contradiction avec le droit international, la morale et la souveraineté de la Syrie. Que veulent les Turcs par cette invasion, abstraction faite du masque qu’ils portent pour cacher leurs véritables intentions ? Ils veulent se blanchir du fait qu’ils n’ont cessé de soutenir l’EIIL et le Front al-Nosra.

Mme Aslamova : Vous pensez qu’ils ne les soutiennent plus maintenant ?

Le Président Al-Assad : Non, ils les soutiennent toujours, mais ils sont entrés [en Syrie] en disant : « nous combattons l’EIIL et nous l’aurons ».

Mme Aslamova : C’est ridicule. Ils ont fabriqué l’EIIL.

Le Président Al-Assad : Bien sûr. Ils ont fabriqué l’EIIL. Ils ont soutenu l’EIIL. Ils lui fournissent tout le soutien logistique, lui permettent de vendre notre pétrole après avoir traversé nos frontières et leur territoire, avec la participation du fils d’Erdogan et de sa clique. Tous sont impliqués dans la relation avec l’EIIL. Tout le monde sait cela. Mais, par cette invasion, ils ont voulu changer l’emballage de l’EIIL, en parlant de « nouvelles forces modérées » fondées sur les mêmes bases que l’EIIL qu’elles n’ont fait que le remplacer pour que les Turcs puissent dire qu’ils les ont vaincus dans certaines régions, grâce à leurs bombardements, leurs troupes et leurs agents en Syrie. Un jeu, c’est juste un jeu devant le reste du monde ; le deuxième jeu étant la poursuite de leur soutien au Front al-Nosra.

Mme Aslamova : Il [Erdogan] voulait soutenir le Front al-Nosra ?

Le Président Al-Assad : Erdogan, en particulier, voulait jouer un rôle dans la solution syrienne, peu importe quel rôle. Il s’est senti isolé cette dernière année en raison de son soutien à l’EIIL.

Mme Aslamova : Mais il pense toujours que la Syrie fait partie de l’Empire ottoman. Pour lui, c’est son territoire.

Le Président Al-Assad : Exactement. Son idéologie est un mélange entre celle des Frères Musulmans, violente et extrémiste, et celle de l’Empire ou du Sultanat ottoman.

Mme Aslamova : Ambitions, oui.

Président Assad : Et il pense qu’avec ces deux idéologies, il peut fabriquer un mélange pour contrôler cette région. Voilà pourquoi il a soutenu les Frères Musulmans dans tous les pays, y compris en Syrie. Vous avez raison.

QUESTION 5 : Après qu’un avion russe ait été abattu par les Turcs, la Russie a rompu ses relations avec la Turquie. Maintenant qu’Erdogan s’est excusé, il semble que l’amitié soit rétablie, ainsi que le tourisme, les relations diplomatiques et tout le reste. Poutine avait parlé de « couteau dans le dos ». Pensez-vous que nous, les Russes, faisons peut-être une erreur en lui accordant de nouveau notre confiance, malgré sa trahison ?

Le Président Al-Assad : Non. En fait, je considère que cette relation est positive.

Mme Aslamova : Vous la considérez positive ?

Le Président Al-Assad : Oui, positive. Pourquoi?

Mme Aslamova : Pourquoi ?

Le Président Al-Assad : Nous parlons de deux parties différentes, lesquelles, encore une fois, n’ont pas les mêmes points de vue. La Russie fonde sa politique sur le droit international, respecte la souveraineté des États et mesure les répercussions du terrorisme partout dans le monde, tandis que la Turquie ne respecte pas la souveraineté de la Syrie et fonde sa politique sur l’idéologie de Frères Musulmans tout en soutenant les terroristes. D’où une sorte de polarisation à laquelle nous assistons, chacune des parties se trouvant complètement à l’opposé de l’autre. Disons, que grâce à ce rapprochement entre la Russie et la Turquie, notre seul espoir est que la Russie puisse modifier un tant soit peu la politique turque. C’est notre espoir en tant que Syriens et je suis sûr que c’est actuellement le but premier de la diplomatie russe envers la Turquie, afin de diminuer les dégâts des abus du gouvernement turc en territoire syrien. J’espère qu’ils pourront le convaincre de mettre fin au soutien ainsi qu’au financement des terroristes et de stopper leur afflux à travers leur frontière.

Mme Aslamova : Mais pour Erdogan, ces terroristes sont un outil d’influence. Il ne leur refusera jamais rien car ce sont ses gens. Il va tenter de se battre avec eux et ils vont commencer à se battre avec lui. Je veux dire que c’est un grand risque qu’il prendrait en leur refusant son parrainage, c’est un grand risque pour son pouvoir.

Le Président Al-Assad : Oui. Voilà pourquoi je n’ai pas dit que les Russes allaient changer sa politique, mais qu’ils tentaient d’en diminuer les dégâts. Pour rester franc et réaliste, je dirais qu’en tant qu’individu affilié à l’idéologie violente, extrémiste et fanatique des Frères musulmans, il ne peut être droit. Ce dont vous parlez est donc très réaliste et je suis d’accord avec vous à 100%. Il n’empêche que vous devez essayer de le changer. S’il change de 1%, ce serait bon. S’il change de 10%, ce serait encore mieux. Vous ne pouvez espérer un changement complet. Nous n’en espérons pas tant, notamment avec quelqu’un comme Erdogan et sa clique. Mais, actuellement, le moindre changement dans la bonne direction serait bénéfique. Un espoir que je crois partagé par les diplomates russes, et je pense que leur dernière approche du gouvernement turc témoigne de leur sagesse, parce qu’ils ont besoin de garder de bonnes relations avec le peuple, non parce qu’ils ont confiance en lui, ce qui me semble judicieux.

QUESTION 6 : Pour moi, vu l’idéologie de L’EIIL, ou Daech, il est très étrange qu’il n’ait jamais menacé Israël et inversement. C’est comme s’il existait une sorte d’accord fondé sur la neutralité, pas forcément sur la sympathie. Pourquoi pensez-vous qu’il en est ainsi ? Et quel est le rôle d’Israël dans cette guerre?

Le Président Al-Assad : Non seulement Daech, non seulement le Front al-Nosra, mais toute personne ou tout terroriste qui a porté une arme et entrepris de tuer et de détruire en Syrie a été soutenu par Israël, indirectement, par le soutien logistique à la frontière ou, parfois, par intervention directe sur tous les fronts. Pourquoi ? Parce qu’Israël est notre ennemi, parce qu’il occupe nos terres et, bien sûr, nous voit comme un ennemi. Le concept est que saper la position de la Syrie en affaiblissant sa société, son armée et son État, évitera qu’Israël ne prenne le chemin de la paix, le prix de cette paix étant la restitution des hauteurs du Golan. Donc, pour les Israéliens, mieux vaut que la Syrie reste occupée ailleurs et dans l’impossibilité de s’occuper du Golan, du processus de paix, ou de quoi que ce soit pour récupérer ses terres. Voilà pourquoi Israël soutient tous les terroristes. Il n’y a pas de contradiction entre Israël et des organisations comme Daech, le Front al-Nosra et celles liées à Al-Qaïda.

QUESTION 7 : Il est évident que votre armée a subi une terrible hémorragie. Cependant, lors de mes séjours à Damas j’ai vu nombre de jeunes gens attablés dans les cafés dès le matin. Quand j’ai demandé « Qui sont ces jeunes hommes, pourquoi ne sont-ils pas sur le front ? », il m’a été répondu : « Ce sont des étudiants ! ». Ensuite, j’en ai vu d’autres, bien musclés, dans les centres de Fitness. Envoyez-les tous au front ! Je veux dire que je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas décrété la mobilisation générale, comme nous l’avons fait pour chacune de nos guerres patriotiques. Quand nous nous sommes trouvés face à une grande guerre, nous avons envoyé tous les hommes au front !

Le Président Al-Assad : Disons qu’actuellement la mobilisation n’est que partielle. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’elle n’est pas au plus haut niveau, car si tous se battaient sur tous les fronts militaires, les universités seraient vides, les écoles manqueraient d’enseignants, les institutions ne fonctionneraient plus faute de cadres et de personnel, même les camions et voitures seraient réquisitionnés par le gouvernement et absolument tout dans le pays participerait à cette guerre. Ce serait bien, si cette guerre devait durer quelques semaines ou quelques mois, mais quand il s’agit d’une guerre qui dure depuis bientôt six années, cela signifie la paralysie de la société et de l’Etat, auquel cas vous ne gagnerez pas la guerre. Vous avez donc besoin d’établir un équilibre entre la guerre et l’ensemble des besoins fondamentaux que vous devez offrir à la population. Assurer cet équilibre est crucial. Tel est notre point de vue sur la question.

QUESTION 8 : Je ne comprends pas l’arabe, mais quand je regarde vos programmes à la Télévision, j’ai l’impression d’être dans un pays en paix : un petit peu de guerre avant d’enchaîner sur le sport, les enfants, l’école… Je regarde et je me dis « Oh mon Dieu ! », alors que j’entends les mines exploser dans la ville. Comme si de rien n’était. C’est peut-être un peu trop ? Si vous voulez réveiller le patriotisme des gens, vous devriez leur expliquer tous les jours : « Les gars, nous sommes face à une grande guerre ! », ce que font tous les pays en pareil cas. Je n’aime pas cette image d’une vie paisible. Elle n’existe pas ici !

Le Président Al-Assad : Nos médias ne sont pas déconnectés de ce qui se passe. Mais, encore une fois, vous devez établir un certain équilibre entre la guerre et le besoin de vivre une vie quasi-normale, non tout à fait normale. Cet équilibre est donc nécessaire. Concernant les médias, il est certain que vous avez différentes opinions, puisqu’il s’agit d’une perception personnelle de ce que vous entendez et de ce que vous vivez. Ce que vous venez de dire, nous l’entendons en Syrie : « Mais comment font-ils pour se comporter ainsi ? ». En revanche, si les médias parlent trop de guerre, vous les entendez dire : « La guerre n’est pas tout, nous avons besoin d’une vie normale ou que la vie continue ». C’est donc un équilibre difficile à trouver et, finalement, le principal défi ne concerne pas exclusivement la guerre, mais comment vivre au quotidien. Si vous ne tentez pas de vivre cette vie, les terroristes vous vaincront, parce que c’est leur but.

Mme Aslamova : Nous avons vécu cela pendant la Grande Guerre patriotique. Toutes les villes étaient vides, restaient seulement les femmes, quelques médecins et enseignants, mais tout le monde était au front. Je vous donnerais l’exemple de ma famille avec quatre frères au front et mon père, ayant quitté l’école à treize ans, rendu dans une usine qui fabriquait des bombes. C’était normal ! Nous n’aurions jamais gagné cette guerre si nous n’avions pas mis tous nos hommes sur le front.

Le Président Al-Assad : Oui. Mais la guerre n’est pas seulement militaire, c’est un tout. Le plus important de notre guerre n’est pas seulement le combat contre des terroristes car, en parallèle, se déroule un autre combat aussi important en ce qui concerne notre économie. Nous sommes sous embargo et nous devons donc faire de notre mieux pour que la roue de l’économie continue à avancer.

Mme Aslamova : Je comprends.

Le Président Al-Assad : D’où la nécessité d’efforts permanents pour vivre malgré tout. Sans une vie normale, vous ne pouvez pas garantir l’économie, car si tout le monde restait chez soi pour mener une vie de guerre, vous ne produiriez plus rien.

QUESTION 9 : Pourquoi n’avez-vous demandé l’aide de la Russie qu’au moment le plus de critique, quand presque tout a failli s’écrouler et que même votre vie était en danger ?

Le Président Al-Assad : Tout d’Abord, il y a une relation traditionnelle entre la Syrie et la Russie, et même pendant les pires moments de cette relation, suite à l’effondrement de l’Union Soviétique, cette relation est restée bonne et n’a jamais été mauvaise.

Mme Aslamova : C’est pourquoi vous auriez pu demander son aide beaucoup plus tôt.

Le Président Al-Assad : Nous avons demandé leur aide dès le début, mais l’escalade n’avait pas atteint le niveau observé l’année dernière. Avant cela, l’Armée syrienne avançait, et nos ennemis, désignons-les ainsi, constatant notre progression, ont commencé à envoyer un nombre croissant de terroristes étrangers à partir de plus d’une centaine de pays. La Syrie étant un petit pays, nous avons eu besoin de l’aide de nos amis. L’Iran et le Hezbollah sont intervenus, mais l’intervention d’une grande puissance telle que la Russie était devenue cruciale pour modifier les équilibres sur le terrain. Voilà pourquoi il était naturel de demander son aide.

Mais avant son intervention directe, la Russie nous aidait déjà en nous fournissant tout le soutien logistique dont nous avions besoin pour faire face à cette guerre. Les russes vivent parmi nous et les experts russes, présents en Syrie depuis quatre décennies, ont constaté courant 2014 que l’équilibre commençait à pencher en faveur des terroristes, soutenus par l’Occident et d’autres pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar.

Les Russes étaient prêts à intervenir directement. Nous les avons alors invités, assurément, parce que nous leur faisons confiance. Nous leur faisons confiance parce que leur politique est fondée sur la morale, avant les intérêts. Nous leur faisons confiance parce que nous savons qu’ils nous ont soutenus pour se débarrasser des terroristes et non pas parce qu’ils voulaient nous demander quoi que ce soit en retour. D’ailleurs, ils n’ont jamais rien demandé jusqu’à ce jour. Tous ces facteurs réunis nous ont encouragés, gouvernement et institutions, à demander l’aide de la Russie.

QUESTION 10 : Avant cette soi-disant révolution, je suis sure que vous avez reçu certains types d’offres ou de contrats de vos ennemis actuels. Que vous voulaient-ils ? Par exemple, j’ai entendu dire que le Qatar a voulu faire passer un « tube » à travers la Syrie. Est-ce vrai ? Avez-vous reçu cette sorte d’offre avant [la guerre] ?

Le Président Al-Assad : Les offres sont arrivées après la crise.

Mme Aslamova : Ah ! D’accord.

Le Président Al-Assad : Parce qu’ils voulaient exploiter la crise : « Si vous faites cela, nous vous aiderons ».

Mme Aslamova : Mais que voulaient-ils obtenir de vous ?

Le Président Al-Assad : Avant la crise, il n’y a pas eu d’offre, juste des velléités d’utilisation indirecte de la Syrie contre l’Iran. À l’époque, le dossier du nucléaire iranien était le principal problème du monde et la Syrie devait convaincre l’Iran d’aller contre ses intérêts. La France a essayé et l’Arabie saoudite a tenté de nous en éloigner sans aucune raison, sinon sa haine de l’Iran.

Mme Aslamova : Et qu’en est-il du gazoduc qu’ils voulaient faire passer à travers la Syrie ?

Le Président Al-Assad : Non, il n’en a pas été question, parce que la Syrie était censée devenir une plaque tournante dans le domaine énergétique, en général. Il était prévu qu’un « tube » vienne de l’est selon le trajet Iran-Irak-Syrie- Méditerranée, et qu’un autre arrive du Golfe pour continuer vers l’Europe. Je ne pense pas que l’Occident accepte que cette Syrie, qui refuse d’être sa marionnette, puisse bénéficier d’un tel privilège ou d’un tel effet de levier. Ce n’est pas permis. Par conséquent, nous pensons que ce gazoduc est l’un des facteurs dont ils n’ont pas franchement parlé. Après la guerre, l’offre est venue directement des Saoudiens, « si vous…

Mme Aslamova : Directement de qui ?

Le Président Al-Assad : Des Saoudiens : « Si vous vous éloignez de l’Iran et si vous annoncez publiquement que vous interrompez toutes sortes de relations avec ce pays, nous vous aiderons ». Très simple et droit au but.

QUESTION 11 : Dans l’un de vos entretiens, vous aviez dit que cette guerre était difficile, car « il est facile de tuer des terroristes, mais très difficile de tuer leur idéologie ». Quand j’ai discuté avec vos officiers sur le front, ils m’ont dit : « Comment battre un homme qui n’a pas peur de mourir ? ». Dans ce cas, mourir serait tout simplement un plaisir puisque que 72 vierges attendent cet homme au Paradis, alors que les gens normaux ont peur de mourir. D’autant plus que ceci fait que les terroristes ont le moral au plus haut. Comment tuer cette idéologie ?

Le Président Al-Assad : Vous avez raison d’évoquer ces « combattants idéologiques » et disons le, ces terroristes qui combattent notre Armée. Le seul moyen de les combattre est de les tuer. Il n’y a pas moyen de faire autrement. Ils ne sont disposés à aucun dialogue et vous n’avez pas le temps de dialoguer. Vous voulez protéger vos citoyens, vous devez donc les tuer. Mais cela ne suffit pas, car ils se régénèrent comme dans les jeux vidéo. Vous en tuez un, dix autres apparaissent. C’est donc un problème sans fin. Le plus important devient alors de les combattre par une idéologie similaire, mais modérée.

Je veux dire que vous ne pouvez lutter contre l’extrémisme dans l’islam avec une autre idéologie que l’Islam modéré. C’est le seul moyen, mais il exige du temps. Vous devez travailler sur les jeunes générations et, en parallèle, travailler sur les moyens d’empêcher le financement du gouvernement saoudien, des ONG et des institutions saoudiennes, destiné à la promotion de l’idéologie wahhabite dans le monde entier.

Vous ne pouvez pas dire : « Je vais me battre contre cette idéologie » et, en même temps, permettre à leurs cheikhs ou imams et à leurs madrasas de faire la promotion de cette sombre idéologie. C’est impossible. Et c’est ce qui se passe en Europe. Vous parlez ici de la troisième ou quatrième génération vivant en Europe, qui nous les envoie aujourd’hui. Ils n’ont jamais vécu dans nos régions, ils ne parlent pas l’arabe et peut-être qu’ils ne lisent même pas le Coran, mais ils sont des extrémistes, car ils ont permis à l’idéologie wahhabite d’infiltrer l’Europe.

Donc, nous devons traiter parallèlement plusieurs problèmes en plus de traiter avec les médias et de faire face aux puissants médias financés par les pétrodollars saoudiens et d’autres États du Golfe dans le but de continuer à promouvoir cet extrémisme. C’est la seule façon de les vaincre. Traiter avec les terroristes est obligatoire, mais ce n’est pas la solution.

QUESTION 12 : Oui. Mais j’ai toujours senti quelque chose de mystique dans ce combat pour Damas, puis j’ai compris pourquoi il y a tant de mercenaires à venir ici. Un professeur de théologie de l’Islam m’a expliqué qu’ils croient vraiment en certains textes coraniques concernant la ville de « Dabek » où se dérouleraient l’Apocalypse et la bataille finale entre le bien et le mal. C’est pourquoi ils sont maintenant prêts. Pour exemple, quand j’étais en Bosnie, j’ai entendu nombre de mercenaires étrangers clamer : « Nous allons à Dabek ! ». Pour eux, cela a bien un sens mystique. Comment tuer cela ? Je ne peux l’imaginer.

Le Président Al-Assad : C’est exact.

Mme Aslamova : Parce que c’est une énorme propagande que de faire croire : « Allez à Dabek, allez en Syrie, car c’est le lieu principal de l’Apocalypse ! ».

Le Président Al-Assad : Aujourd’hui le lieu saint pour combattre.

Mme Aslamova : Oui, c’est comme un lieu saint.

Le Président Al-Assad : Dans le sens où si vous voulez aller au Paradis, vous devez passer par la Syrie. Peut-être que si vous mouriez quelque part ailleurs, vous n’iriez pas au Paradis. Cela fait partie de l’idéologie. Voilà pourquoi ils…

Mme Aslamova : Ils sont sûrs que mourir en Syrie les amènera directement au Paradis ?

Le Président Al-Assad : C’est ainsi qu’ils raisonnent. Par exemple, certains pensent qu’en tuant plus d’innocents, ils pourraient avoir droit à un repas de rupture du jeûne [Iftar] avec le Prophète. Ils leur lavent le cerveau complètement, de sorte que vous ne pouvez pas les blâmer. Ils sont ignorants, la plupart d’entre eux sont des adolescents instrumentalisés.

Mme Aslamova : Oui, et ce sont parfois des enfants.

Président Assad : Exactement. Mais c’est en rapport avec la machine qui a travaillé depuis des décennies à laver ces cerveaux et à répandre cet extrémisme dans le monde musulman et les communautés musulmanes en dehors du monde musulman.

QUESTION 13 : Êtes-vous satisfait des résultats de l’intervention russe cette dernière année ? Les Russes ont-ils vraiment accompli quelque chose ici ?

Le Président Al-Assad : En bref, avant cette intervention et malgré celles de la soi-disant « Coalition américaine » qui, pour moi, est une alliance trompeuse, l’EIIL et le Front al-Nosra étaient en expansion, recevant plus de recrues et d’armements, transportant notre pétrole vers la Turquie, etc. Après l’intervention russe, les territoires sous contrôle des terroristes se sont rétrécis. Par conséquent, les réalités du terrain parlent d’elles-mêmes. L’effet principal de l’intervention russe fut le changement de l’équilibre au détriment des terroristes. Tout autre effet est sans importance.

QUESTION 14 : Concernant la question kurde, je me suis rendue à Qamishli où ils m’ont dit qu’ils voulaient une fédération : « Notre modèle de l’État idéal est la Russie. La Russie regroupe de nombreuses nationalités et c’est une fédération. Pourquoi la Syrie ne peut-elle pas être une fédération ? ». Et, honnêtement, nul parmi les Syriens kurdes ne m’a parlé de séparation ou d’État indépendant. Non, ils m’ont dit : « Nous voulons rester en Syrie, mais nous voulons l’autonomie ». Êtes-vous d’accord avec cela ? Parce que ce sont vraiment de bons combattants contre l’EIIL.

Le Président Al-Assad : Permettez-moi de clarifier les différents aspects de cette question. Pour commencer, en Syrie, nous ne parlons pas de communauté qui voudrait ceci ou cela, qu’il s’agisse des Kurdes, des Turcs, des Arabes, des Tchétchènes, des Arméniens, ou de n’importe quelle autre communauté composante de notre peuple. Dans ce cas particulier, nous parlons d’une partie des Kurdes, et seulement une partie, qui demande cela, la majorité d’entre eux n’exprimant pas cette demande. Ils n’ont jamais…

Mme Aslamova : Je ne parle évidemment pas des Kurdes à Damas, ils vivent ici.

Le Président Al-Assad : Oui, je veux dire que même dans le nord, seule une partie d’entre eux en parle. Ceci est le premier point. Deuxièmement, quand vous parlez de fédéralisme ou de tout autre système similaire, il devrait être inscrit dans la Constitution, laquelle n’est pas la propriété du gouvernement mai reflète la volonté du peuple syrien. Par conséquent, s’ils ont besoin d’un certain système politique en Syrie, ils doivent le promouvoir parmi les Syriens. Ils ne peuvent pas en discuter avec moi. En tant que Président, gouvernement ou fonctionnaire, même si je disais « oui, c’est une bonne idée, je n’y vois pas d’inconvénient », je ne peux pas leur donner satisfaction, car je ne possède pas le système politique de la Syrie. Tout devrait être…

Mme Aslamova : Passer par un référendum ?

Le Président Al-Assad : Exactement. Un référendum soumis au peuple syrien qui dirait « oui » ou « non ». Ensuite, en faisant abstraction du fait que la majorité des Kurdes de Syrie ne demande pas une fédération, la majorité de la population du nord de la Syrie est d’origine arabe. Donc, même si certains Kurdes souhaitent un système fédéral dans le nord, comment envisagent-ils un fédéralisme kurde dans une région où vous avez une majorité d’arabes ?

Mme Aslamova : Mais avez-vous des contacts avec eux ?

Le Président Al-Assad : Oui, bien sûr. Nous discutons et négocions avec eux. Nous avons toujours…

Mme Aslamova : Vous menez des négociations avec eux ?

Le Président Al-Assad : Bien sûr et en permanence. D’ailleurs, nous les avons soutenus contre l’EIIL, nous leur avons expédié des armes. Votre armée est au courant de tous les détails.

QUESTION 15 : Honnêtement, lors de mes déplacements dans votre pays, je n’ai pas vu d’opposition non armée. Je veux dire, avec qui pouvez-vous dialoguer ? Avez-vous de véritables partenaires pour mener des négociations, ou s’agit-il d’une mission impossible ?

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante, mais vous devriez définir le terme « opposition » actuellement utilisé partout dans le monde pour parler de gens qui portent des armes et tuent le peuple. Vous ne pouvez en parler comme d’une opposition, puisque ce terme est politique et non militaire.

Mme Aslamova : Oui, c’est le problème et tout le monde est armé. Avec qui parler ?

Le Président Al-Assad : Exactement. Maintenant, si vous voulez parler de l’opposition politique, il faut citer des noms, des courants ou des mouvements politiques.

Mme Aslamova : Quels courants ? Quels noms ?

Le Président Al-Assad : Vous avez de nombreux partis politiques, constitués avant ou après la crise, dont les représentants ne siègent pas nécessairement au Parlement. Si je ne peux pas citer leur nom, nous pouvons vous en fournir la liste complète, y compris les partis d’opposition les plus récents. S’agissant de négociations, le problème crucial de votre question n’est pas de savoir avec qui négocier, mais qui détient une influence susceptible de changer la situation sur le terrain.

En effet, si je m’installais pour discuter avec toutes ces oppositions, qu’elles soient intérieures, extérieures ou liées à d’autres pays et non au peuple syrien, et que je tombais d’accord avec eux jusqu’à convenir que « c’est bon pour l’avenir de la Syrie », lesquelles d’entre elles pourraient influencer les terroristes sévissant sur le terrain ?

Nous savons tous que la majorité de ces terroristes est affiliée à Al-Qaïda, à l’EIIL, au Front al-Nosra, à Ahrar al-Cham ou d’autres organisations, lesquels terroristes ne font partie d’aucun mouvement politique, ne se soucient que de leur propre idéologie, l’idéologie wahhabite. Par conséquent, même si nous négocions avec l’opposition politique, nous ne pouvons pas changer la situation sur le terrain. Vous avez donc raison : avec qui vais-je pouvoir négocier ?

Mme Aslamova : Oui. Avec qui ?

Le Président Al-Assad : Le plus important est qui peut changer la situation. Étant à la tête du gouvernement, j’ai mes moyens. Nous pouvons agir. Nous combattons les terroristes. La question est : « que peuvent faire ces oppositions ? ». Je ne peux pas y répondre. C’est à eux d’y répondre. Ils doivent dire : «  Nous pouvons faire ceci, nous ne pouvons pas faire cela ».

QUESTION 16 : Tous les médias occidentaux prennent leurs informations sur la situation en Syrie de cette étrange organisation nommée « Observatoire syrien des droits de l’homme », mais si j’ai bien compris il s’agit d’un seul homme ?

Le Président Al-Assad : Un homme qui vit à Londres.

Mme Aslamova : Ce qui est incompréhensible pour moi. J’ai été choquée quand je l’ai su. Comment peuvent-ils l’utiliser comme unique source d’information ?

Le Président Al-Assad : Oui. C’est ce que veulent les Occidentaux. Ils n’ont besoin d’aucune réalité. Ils ont juste besoin de quelqu’un qui diffuse des informations compatibles avec leur agenda et dont ils assureront la promotion en tant que faits réels. Comme vous le savez, la plupart en Occident ont subi un lavage de cerveau au sujet de ce qui se passe en Syrie et probablement en Ukraine. Je veux dire qu’ils font de même avec la Russie. Ils ont essayé, et ont réussi, un lavage de cerveau de leur opinion publique. Et ce n’est pas leur seul outil, ils en ont toute une panoplie, comme les « Casques blancs » récemment.

Mme Aslamova : Qu’est-ce que c’est ? Qui sont-ils ?

Le Président Al-Assad : En fait, ils travaillent avec le Front al-Nosra dans la zone qu’il contrôle. Comment pouvez-vous travailler dans cette zone si vous n’êtes pas sous le contrôle du Front al-Nosra ? Et plus important encore, nombre de leurs membres apparaissent sur leurs photos et leurs vidéos en train de piétiner les corps de soldats syriens pour célébrer leur mort…

Mme Aslamova : C’est arrivé il n’y a pas si longtemps. Parlez-vous du cas récent qui a suivi le bombardement de l’Armée syrienne par les Américains ?

Le Président Al-Assad : Non, pas seulement, mais de cas dans différentes zones d’Alep.

Mme Aslamova : Dans différentes zones ?

Le Président Al-Assad : À Alep, les Casques blancs, en compagnie d’Al-Nosra, se sont photographiés piétinant des soldats syriens dans différents combats. Al Nosra a donc pour nouveau déguisement les Casques Blancs, lesquels sacrifieraient leur vie pour aider les autres et surtout les enfants : image émotionnelle destinée à l’affect de l’opinion publique occidentale.

Mme Aslamova : Et vous ne savez même où ces photos ont été prises ?

Le Président Al-Assad : Pardon ?

Mme Aslamova : Personne ne sait où ces photos ont été prises ?

Le Président Al-Assad : Non, ils ne vérifient rien, ce n’est pas important pour eux. D’ailleurs, vous pouvez tout trouver sur internet, sans toujours pouvoir vérifier ce qu’il en est. Vous devez juste voir et ressentir l’émotion dégagée, parce qu’en Syrie l’image doit rester noire ou blanche : les bons contre la mauvaise Armée syrienne, le mauvais président, le mauvais gouvernement ou les mauvais fonctionnaires, disons-le ainsi. C’est la seule image qu’ils veulent montrer pour convaincre l’opinion publique qu’ils doivent maintenir la pression et qu’ils soutiennent le bon peuple syrien contre son mauvais gouvernement, et ainsi de suite. Vous connaissez cette propagande.

QUESTION 17 : Que vous donnera la libération d’Alep, du point de vue stratégique?

Le Président Al-Assad : Pour nous,  Alep est la jumelle de Damas. C’est la deuxième grande ville de Syrie, et si Damas est sa capitale politique, Alep est réellement sa capitale industrielle.

Mme Aslamova : Mais actuellement il n’y a plus d’industrie. J’ai été là-bas, tout est détruit.

Le Président Al-Assad : C’est exact. La plupart des usines d’Alep ne fonctionnent plus ; elles ont été dévalisées et tout a été emmené en Turquie.

Mme Aslamova : Si vous reprenez Alep, qu’est ce que cela changera à la guerre ?

Le Président Al-Assad : Parce qu’elle est la deuxième …

Mme Aslamova : La deuxième ville, mais vous ne pouvez séparer le Front al-Nosra de…

Le Président Al-Assad : Premièrement et avant tout, ce sera un gain sur les plans politique, stratégique et national. Ensuite, il ne s’agit pas simplement d’isoler le Front al-Nosra : étant donné qu’Alep est une grande ville, ce sera du point de vue stratégique et militaire un tremplin pour la libération d’autres zones envahies par des terroristes. C’est en ça que la libération d’Alep est importante actuellement.

Mme Aslamova : D’accord, c’est une opération de libération. Mais quelle est votre prochaine étape ? Comment allez-vous couper le lien entre la Turquie et Idleb ? Parce que Idleb est la principale source de tout, de l’argent, des combattants, etc.

Le Président Al-Assad : Vous ne le pouvez pas, parce que Idleb est située pratiquement à la frontière syro-turque. Vous devez donc nettoyer et continuer le nettoyage afin de repousser les terroristes vers la Turquie pour qu’ils retournent là d’où ils sont venus ; et sinon, les tuer. Il n’y a pas d’autre option. Mais Alep sera un tremplin très important pour mener cette action.

QUESTION 18 : Approximativement, combien de mercenaires étrangers sont passés par votre pays ces cinq dernières années ?

Le Président Al-Assad : Personne ne peut compter, parce qu’évidemment qu’ils ne franchissent pas nos frontières de manière régulière. Une estimation d’un centre de recherche allemand, publiée il y a quelques semaines, a parlé de centaines de milliers de terroristes.

Mme Aslamova : Des centaines de milliers ?

Le Président Al-Assad : Des centaines de milliers. Ils parlent de plus de 300 000, ce qui est, je ne sais pas si …

Mme Aslamova : De plus de 300 000 ?

Le Président Al-Assad : Oui. Je ne sais pas si cette estimation est correcte ou non. Mais même s’il s’agissait d’une centaine de milliers, ce serait une armée, une armée entière.

Mme Aslamova : C’est une armée, une armée entière.

Le Président Al-Assad : Exactement. Voilà pourquoi même si vous continuez à les éliminer, leur recrutement à partir de l’étranger ne cesse pas pour autant. Par conséquent, parler de centaines de milliers provenant de différents pays du monde est très réaliste, puisque vous avez des centaines de milliers de terroristes à travers le monde ayant adopté la même idéologie, l’idéologie wahhabite. C’est très réaliste. Ce n’est pas une exagération.

QUESTION 19 : À Istanbul, en 2012, j’ai eu à discuter avec des jeunes gens de votre opposition. Ils me disaient : « Nous voulons les droits de l’homme, nous voulons les droits de l’homme ». Ils étaient laïcs, normaux, sans barbe et, soit dit en passant, buvaient de la bière en plein Ramadan. Mais, en seulement quelques années, ils sont devenus des fanatiques. Ce qui me paraît étrange, vu qu’ils étaient laïcs. De plus, qui dirige l’EIIL ? Des ex-colonels et des ex-commandants de l’armée de Saddam Hussein, laïcs aussi. Comment sont-ils devenus une armée de fanatiques ? Je ne comprends pas.

Le Président Al-Assad : C’est en partie lié à ce qui est arrivé en Irak après l’invasion de 2003, où l’Armée américaine et les Américains en général contrôlaient tout le pays, y compris les prisons. Le chef de l’EIIL et la plupart de son entourage étaient dans la même prison. L’EIIL a été créé en Irak sous supervision américaine.

Mme Aslamova : Ce n’était peut-être pas l’EIIL à l’époque, mais Al-Qaïda ?

Le Président Al-Assad : Non, ce n’était pas déjà l’EIIL, mais c’était déjà l’EI : « État Islamique d’Irak ».

Mme Aslamova : État islamique ?

Le Président Al-Assad : Parce qu’il n’était pas présent éen Syrie à l’époque, d’où l’EI. C’était en 2006.

Mme Aslamova : 2006 ?

Le Président Al-Assad : 2006, bien sûr.

Mme Aslamova : Déjà, un État islamique en 2006 ?

Le Président Al-Assad : Bien sûr en 2006 et, bien sûr, avant le retrait des Américains. Voilà pourquoi ils ont joué un rôle direct ou indirect dans la création de l’EIIL.

S’agissant de la Syrie, ils sont entrés avant même que quiconque n’ait entendu parler du Front al-Nosra ou de l’EIIL. Ils ont été baptisés « Armée libre », une force séculière luttant contre le gouvernement syrien et l’Armée syrienne. En fait, si vous cherchez sur internet vous constaterez, par leurs vidéos et leurs photos, que c’est dès les premières semaines [de la crise] que les décapitations ont commencé. Autrement dit, c’est dès le tout début que ce mouvement s’est révélé extrémiste, mais ils ont choisi de l’appeler : Armée Syrienne Libre [ASL] !

Quand la ficelle est devenue trop grosse et qu’il est devenu impossible de dissimuler les décapitations à tout va, ils ont dû avouer qu’il s’agissait du Front al-Nosra. Mais, en réalité, l’ASL, le Front al-Nosra et l’EIIL ont la même base. Ce sont les mêmes qui se déplacent d’une région à l’autre pour diverses raisons. L’une d’elles est l’idéologie ; la deuxième est la peur de se faire tuer en restant sur place ; la troisième est financière étant donné que l’EIIL offrait les plus hauts salaires, il y a un ou deux ans et pendant un certain temps. Et, avant même cette période, nombre d’éléments du Front al-Nosra et de l’ASL avaient rejoint l’EIIL pour l’argent. Donc, vous avez différents facteurs, mais la base…

Mme Aslamova : Et, le fanatisme ?

Le Président Al-Assad : C’est toujours la même base. La base extrémiste étant chose commune à toutes ces différentes appellations et organisations.

QUESTION 20 : Puis-je vous poser une question personnelle?

Le Président Al-Assad : Oui, bien sûr.

Mme Aslamova : En 2013, alors que votre vie était en grand danger et que l’Amérique était sur le point de bombarder la Syrie, pourquoi n’avez-vous pas envoyé votre famille dans un endroit sûr ?

Le Président Al-Assad : Comment pourriez-vous convaincre les Syriens de rester dans leur pays alors que vous demandez à votre famille de quitter votre pays ? Vous ne pouvez pas. En tant que Président, vous devez être le premier lorsqu’il s’agit de la patrie. Vous devez être au premier rang, vous, votre famille, votre personnel et tous les membres de votre gouvernement. Vous ne pouvez pas convaincre les gens qu’ils doivent défendre le pays alors que vous ne faites pas confiance à votre Armée pour défendre votre famille. Donc, c’est…

Mme Aslamova : Je comprends.

Le Président Al-Assad : C’était naturel. En réalité, nous n’avons jamais eu à réfléchir sur ce sujet.

Mme Aslamova : Je vous remercie beaucoup pour cette entrevue.

Le Président Al-Assad : Je vous remercie d’être venue en Syrie.

 

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

14/10/2016

 

Texte traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Real Syrian Free Press / 14 octobre 2016

https://syrianfreepress.wordpress.com/2016/10/14/al-assad...

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La source originale de cet article est Komsomolskaya Pravda

Copyright © DR Bachar al-Assad et Pravda.ru, Komsomolskaya Pravda, 2016

Notre source : http://www.mondialisation.ca/syrie-texte-integral-de-lent...

 

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Belgique

Samedi, à la Pie Borgne

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(c’est La Borgne Agasse)

 

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Fanchon Daemers

 

Est venue chanter, dans la rue, contre la résignation.

Raoul Vaneigem était monté de sa province et Le Gloupier de la sienne pour venir l’écouter.

Petit événement local. La province belge n’est jamais loin.

Un « reu-porter » de la radio-télévion-nationale-ou–à-peu-près avait annoncé sa venue. C’eût été en effet une bonne idée d’enregistrer et même de filmer ce mini-concert en plein cœur d’un quartier Africain, où les Pakistanais et autres Maghrébins ne sont pas rares.

Mais quelques minutes avant le début des festivités, l’homme des médias a téléphoné pour s’excuser. Il avait d’autres engagements à honorer par ailleurs. Peut-être avait-il même vraiment cru qu’on le laisserait faire…

Juste pour rappeler que, les merdias, ça ment aussi par omission.

 

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Un film

Dont on ne sait que ce qu’en dit le cinéma qui le programme (mais puisque nous étions dans les moyens de communication…).

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Idriss Gabel connaît bien le Congo pour y avoir, entre autres, travaillé avec Thierry Michel sur plusieurs de ses films. Aux quatre coins de cet immense pays, on trouve de petites radio-télévisions locales. Indépendantes du pouvoir, proches des habitants et de leurs difficultés de vie, elles connaissent une large audience. Au Katanga, la chaîne RTM@ est l'une des plus regardées.  Ce sont les journalistes de cette chaîne qu'Idriss Gabel suit sur le terrain et sur plateau. 

 

Mardi 25 octobre à 20h au cinéma le Parc, projection unique :

Kolwezi On Air

La projection sera suivie d'une rencontre
avec Idriss Gabel, réalisateur

 

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Plongée inédite dans la fabrication de l'information au Congo, via le quotidien d'une télévision locale et indépendante. Édifiant. 

À Kolwezi, ville minière de 500 000 habitants au Sud-Est de la République Démocratique du Congo, il n'existe pas de presse locale mais une petite chaîne de télévision, menée à bras d'hommes, pour informer des faits divers, confronter les politiques, présenter… des magiciens. Cette petite chaîne TV sans le sou ne manque pas de surréalisme et se transforme souvent en « justicier » sur le terrain du quotidien congolais.

Cliquez ici pour découvrir la fiche du film

 

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Dernière minute :

Frappe à Hassadjek : la Belgique crie à la « désinformation russe »

Sputnik International – 19 octobre 2016

 

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Plusieurs personnes ont été tuées hier dans une frappe effectuée dans la province d’Alep où opérait l’aviation belge. Le ministre belge de la Défense a pourtant balayé toutes les accusations et les a qualifiées de « désinformation russe ».

Alors que Moscou appelle la coalition à condamner la frappe meurtrière réalisée dans la province d'Alep, Bruxelles nie l'implication de son aviation dans le pilonnage et accuse la Russie de diffuser de fausses informations. « La Belgique n'a pas participé à la frappe sur Alep. C'est de la désinformation russe. » a indiqué sur son compte Twitter le ministre belge de la Défense Steven Vandeput.


Source : https://fr.sputniknews.com/international/2016101910282627...

 

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Malheureusement pour les ministres fils de quelque chose qui mentent, les Russes ont les moyens de surveillance du ciel les plus performants du monde.

On peut se faire débaptiser ?

 

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Mis en ligne le 19 octobre 2016.

 

 

 

 

 

 

20:13 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/10/2016

LIVRES ENCORE... ET POURQUOI PAS

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Livres encore… et pourquoi pas.

ou

Du bon usage des personnages historiques dans la littérature policière

1/4

par Théroigne

 

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Doit-on se justifier de consacrer un post – plusieurs, au train où vont les choses… – à des livres, quand tout va si mal dans le monde ? Question oiseuse : cela fait partie de nos obligations. Voyez notre en-tête et « Qui nous sommes ».

Mais surtout…

Essayez d’imaginer un monde sans livres. Cela vaudrait-il encore la peine de se battre pour l’aménager ? De temps en temps, nous avons besoin de nous en persuader, voilà.

 

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« …que de livres il a cessé de lire voire jetés au loin, parce qu’il y avait trouvé des noms trop vrais ou trop faux… »

Alberto Ongaro 

La taverne du doge Loredan

 

 

Où les Grands-Bretons, malgré le Brexit, la décadence de l’empire, la crise et le carnaval de Notting Hill, trouvent le moyen de se payer une mini-bataille d’Hernani

 

Peut-on faire parler un personnage historique dans une œuvre de fiction ? Shakespeare a, pour sa part, depuis longtemps tranché la question. Il a même abusé de cette liberté en en faisant mentir certains dans des œuvres de propagande. Après lui les mouches, Alexandre Dumas et beaucoup d’autres.

Pourtant, la question a été récemment re-posée et débattue en Angleterre, avec des conclusions antagoniques et des adversaires qui ne se sont pas réconciliés. Disons que les « contre » étaient surtout historiens et les « pour » surtout auteurs de fiction. Dans l’ensemble.

À propos de quoi ?

À propos de Mrs. Hilary Mantel et de ses récents romans historiques tournant autour de la personne du roi Henry VIII. D’aucuns ont estimé qu’elle avait pris, avec le Barbe-Bleue roux des Tudors, des libertés qui ont choqué.

Paraphrasant sans le savoir Coluche (« Comment veux-tu qu’un con sache qu’il est con, puisque c’ est avec son esprit qu’il juge »), leur argument principal, pas si faux que cela, est qu’on ne peut pas faire parler juste quelqu’un qu’on n’est pas, qu’on n’a pas inventé puisqu’il a existé, et qu’on n’est probablement même pas capable de comprendre, car si on l’était, on ferait comme lui (ou elle) une grande carrière au sommet – politique, artistique, philosophique ou autre – au lieu de scribouiller des romans pour distraire ses contemporains.

C’est déjà le reproche que faisait Robert Graves à ceux qui ont usé de la matière sacrée de nos ancêtres comme d’un matériau anodin – prosaïque - pour en faire, au Moyen-Âge, les tout premiers romans de notre littérature.

Et le nœud de l’affaire est bien là : par « personnages historiques », on sous-entend « personnages sacrés ». Mais le sont-ils tous ? Dans quelle mesure ? À quel titre ? Aux yeux de qui ? C’est dire si la question est loin d’être vidée.

Il n’en fallait pas plus pour nous persuader qu’il n’était peut-être pas inutile, et, qui sait, peut-être même opportun, de jeter un coup d’œil sur ceux qui n’ont pas craint de relever le défi. Et de les chercher plus particulièrement dans le roman à énigme, dit « policier » ou polar.

Pourquoi ?

Parce qu’il sera impossible à notre descendance (à supposer que nous en ayons une) de connaître l’histoire des XXe et XXIe siècles sans passer par cette frange de la littérature, et parce qu’en se jetant avec un tel enthousiasme sur ce matériau – l’Histoire – les auteurs de polars se sont volontairement ou non donné pour tâche de combler le vide énorme provoqué par les (dés)éducations nationales, quand elles ont supprimé l’enseignement, si biaisé fût-il, de l’Histoire aux jeunes couches ignorantes de tout ce qui les a précédées Que les imposteurs se faisant passer pour des responsables de l’enseignement public voient leurs efforts de lobotomisation des masses battues en brèche par ce qui se vend le mieux en matière de chose écrite nous paraît relever d’une justice immanente particulièrement morale. Ce post en quatre parties va donc se vautrer sans vergogne dans le « polar historique ».

La pomme de discorde

 Et seulement au titre d’objets du litige, puisque simples romans historiques sans assassins ni voleurs particuliers qu’un limier rechercherait pour les punir.

Hilary Mantel

Vie et autres œuvres

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 Hilary Mantel

Dans l’ombre des Tudors – Le conseiller

Paris – Sonatine – 2013

816 pages

 

 

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 Hilary Mantel

Dans l’ombre des Tudors – Le pouvoir

Paris – Sonatine – 2014

480 pages

 

 


Un 3e tome est prévu.

À noter que l’auteur est la seule femme à avoir reçu deux fois le Booker Prize : précisément pour ces deux livres.

 

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Curieuse, d’ailleurs, cette levée de boucliers contre Mrs. Mantel, parce que, des années avant elle, un autre écrivain anglais avait mis les pieds dans le plat non pas à propos de la vie du monarque en général mais de ses principaux crimes, qui ne furent pas quelques épouses décapitées.

Il avait même fait observer en outre qu’il ne s’était pas trouvé, jusqu’à lui, un seul historien pour aborder ce sujet (en gros depuis la fin de la dernière guerre, soit pendant un bon demi-siècle). Se sentant morveux sans doute, les doctes n’avaient pas relevé. Ils se sont rattrapé sur Mrs. Mantel.

Je ne vais pas m’étendre ici sur ses deux best sellers – c’est peut-être aussi cela qu’« on » ne lui pardonne pas – puisqu’ils ne relèvent pas du genre policier, étant bien entendu que, comme l’a écrit Simenon, il n’existe pas à proprement parler de « romans policiers », de « romans à énigme », de « thrillers » ou de « romans populaires », mais des  bons et des mauvais romans.

Qu’est-ce alors que j’appelle « polar » ? Cette sorte de livre où un auteur, en se servant du parti pris d’un ou de plusieurs crimes à élucider et d’un ou de plusieurs coupables à identifier et quelquefois même à mettre hors d’état de nuire, parle de son époque ou d’une autre qui l’intéresse et de ce qui s’y passe ou s’y est passé, bref, de tout sujet qui lui tient à cœur. Le genre est vaste et les variantes infinies.

 

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C.J. SANSOM 

et le XVIe siècle anglais

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C.J. Sansom, puisque c’est de lui qu’il était question plus haut, est le tout premier, en Angleterre, qui se soit servi d’un roman policier pour mettre sous une lumière crue les énormes crimes du roi Henry VIII. C’était son coup d’essai. Ce fut un coup de maître. Le titre de cette première oeuvre : Dissolution.

Le sujet apparent de son livre, bien entendu, est un crime, commis dans un monastère de province, crime de sang dont il faut découvrir et faire châtier l’auteur. Le sujet réel est un crime de masse commis sur tout le territoire du pays, dont l’auteur ne sera ni recherché ni puni.

L’enquêteur de génie (ils le sont tous) de M. Sansom s’appelle Matthew Shardlake. C’est un avocat londonien, plus ou moins du camp des réformés, et bossu. Il est ici envoyé par le vicaire-général du Royaume et bras droit d’Henry VIII, Thomas Cromwell (l’évêque, pas le chef des Têtes Rondes), au monastère de Scarnsea, pour tenter de découvrir qui y a décapité son prédécesseur et pourquoi. Toutes choses qu’il sait déjà, probablement, et que découvrira Shardlake en même temps que nous.

Ce que découvrira en outre cet avocat intègre, et contre quoi il ne pourra rien, sera l’étendue du crime en train de se commettre à l’encontre de l’Église catholique d’une part, et de la population laborieuse anglaise par ricochet, crime connu sous le nom de « Dissolution des monastères ».

Vais-je vous résumer en trois lignes ce que même Wikipedia ne fait pas ? Essayons :

Les guerres coûtent cher. Elles furent pendant des siècles l’occupation des têtes couronnées d’Europe et le resteront jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus (de têtes à couronnes ou d’équivalentes). Au cours des siècles, l’Église a accumulé de fabuleuses richesses, rien qu’en prélevant l’impôt sur toutes les populations productives de la chrétienté, déjà saignées à blanc par leurs bergers autoproclamés.

Or, quoi de plus naturel, quand on n’a pas de quoi se payer des troupes et des canons pour étendre sa puissance et sa richesse, que de lorgner vers les coffres ruisselants d’or du Vatican et de se demander comment faire pour mettre la main dessus ? C’est humain.

Au XVIIIe siècle par exemple, TOUS les monarques d’Europe en rêvaient. Seule, la République française l’a fait, hélas contrainte et forcée et dans des conditions catastrophiques, parce qu’en prenant le relais de la royauté à la tête de la France, elle s’était (bien inconsidérément) engagée à honorer les dettes de la couronne. Qui étaient immenses. Exorbitantes. Qui ne pouvaient PAS être remboursées.

Ces amateurs (avocats, oui, eux aussi) pensèrent qu’en nationalisant les biens de l’Église, ceux–ci permettraient à « la France » de rembourser les emprunts pharamineux qu’avait faits la famille de Bourbon, pour – entre autres – aller tailler des croupières aux Anglais dans leurs colonies, en soutenant les indépendantistes yankees. Passons.

Pour que les « biens du clergé » remplissent la fonction qu’on entendait leur assigner, il eût fallu pouvoir les exploiter comme lui-même l’avait fait, c’est-à-dire, en faisant par cette voie cracher le peuple au bassinet, chose hélas contraire aux très transitoires principes de ces inconséquents disciples de Rousseau. Paniqués, les nouveaux timoniers du navire les vendirent, et qui plus est dans l’urgence, nourrissant le fol espoir que le produit de la vente calmerait les appétits du FMI d’époque. (en gros : les banques, qui avaient mis le bon Louis XVI en faillite en refusant de lui prêter un sou de plus).

Vendre des propriétés dans l’urgence, c’est les vendre à perte et à n’importe qui. Tout ce qui avait les dents longues et peu de scrupules se jeta sur l’aubaine et s’enrichit en quelques mois de la plus honteuse manière, mais les actes honteux sont ceux qui ont les conséquences les plus durables. De cette horde d’acquéreurs à bon compte, dont allait sortie la grande bourgeoisie française du XIXe siècle, fut Georges Danton, qui, certes ne conserva pas longtemps ses biens mal acquis, mais sa famille oui, merci. Petit exemple entre tant d’autres. Fermons la parenthèse.

Tous les couronnés d’Europe regardèrent avec envie cette jeune république qui venait d’oser. Pourtant, deux siècles et demi avant elle, un des leurs l’avait fait, bien plus efficacement et plus brutalement qu’elle. Vous l’avez deviné : Henry VIII

On a, pendant des siècles, enseigné aux enfants des écoles (et pas qu’en Angleterre) que le pauvre roi était marié à une sœur du roi d’Espagne, laquelle, hélas pour lui, n’avait pas été capable de lui donner d’enfant mâle, dont il lui fallait absolument un pour lui succéder sur le trône. Las, la reine, et surtout son puissant frère, étaient catholiques (Henry VIII aussi, remarquez) et l’Église catholique n’admettait pas qu’on divorce. Si votre épouse ne pondait que des filles, c’est que Dieu l’avait voulu et il vous fallait la garder. Henry, indigné (nous apprit-on) avait préféré sortir de l’Église et la remplacer par une à lui : l’anglicane, répudier sa reine espagnole et en épouser d’autres, qu’il se mit à décapiter jusqu’à ce qu’il y en eût une qui réussît à lui donner un fils.

Mais tout cela bien sûr n’était que fariboles de forme. La preuve, c’est que ses deux filles lui ont succédé et que la seconde a gouverné l’Angleterre pendant presque un demi-siècle.

Alors, pourquoi ?

Henry VIII voulait faire la guerre. À son beau-frère d’abord, qui croulait sous les richesses venues du continent sud-américain, si riche que le pillage n’en est même pas terminé comme on va le voir dans les mois qui viennent. À la France ensuite, s’il pouvait, et à n’importe qui d’autre qui lui eût permis d’accroître sa puissance et ses richesses. Mais comment faire pour solder ses soudards ? En mettant la main sur les biens de l’Église dans son pays, certes, mais comment ? À ces choses-là, il faut des prétextes. Il en trouva. Comme cela se fait encore couramment de nos jours, il lança une campagne de calomnies contre les membres du clergé rétifs à ses racketteurs. Les abbés, prêtres, évêques et moines-en-chef furent accusés de tout et de n’importe quoi : de sodomie, de pédérastie, de simonie, de sorcellerie, de pactes avec le diable, etc. La condamnation était toujours à mort et les biens des condamnés évidemment saisis par la couronne. Thomas Cromwell, nommé « justicier » suprême, fut chargé de débarrasser son maître de tout ce qui faisait obstacle à ses besoins. L’Église d’Angleterre fut décimée, ses biens séquestrés jusqu’au dernier penny et ses immeubles – églises, monastères, abbayes – rasés jusqu’au sol. C’est une des plus grandes catastrophes architecturales de l’Histoire.

Cependant, il y avait, autour de ces gras établissements qui rapportaient tant à Rome, un nombre infini de villages remplis de paysans et d’artisans qui, certes, payaient la dîme au clergé, mais que celui-ci, en retour, faisait vivre en leur procurant du travail. Ces populations – on peut employer le mot au pluriel – se retrouvèrent, du jour au lendemain, non seulement ruinées mais sans la moindre possibilité de gagner leur vie. Taux de chômage : 100%. Des centaines de milliers de paysans, d’ouvriers agricoles et d’artisans furent sans pitié jetés sur les routes avec la chemise qu’ils avaient sur le dos et affluèrent naturellement dans les grands centres urbains – pas nombreux - où, justement, on allait avoir besoin de main d’œuvre à bon marché, gratuite si possible, pour s’enrichir.

L’Angleterre bourgeoise et commerçante - qui avait, en 1400, rayé de la carte l’Angleterre agricole, lorsque Henry IV Bolingbroke avait fait assassiner Richard II pour lui ravir sa couronne et changer le cours des choses – passait tout simplement, avec Henry VIII, à la vitesse supérieure. Avec une brutalité inouïe mais souvent égalée par la suite et ce n’est pas fini. Ce sont ces populations « déplacées » par la dissolution, qui allaient faire de Londres la ville terrible que décriraient au XIXe siècle Charles Dickens et Gustave Doré.

Le roi Henry VIII remercierait son complice Thomas Cromwell des crimes commis à son bénéfice en lui faisant couper la tête, comme il est de règle dans ces milieux.

C’est ce que rappelle, sans en avoir l'air, le « petit polar » de M. Sansom. Et c’est sur cette infamie que les historiens patentés font si complaisamment silence depuis si longtemps. On ne perd donc pas toujours son temps à lire des romans policiers historiques.

 

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C.J. Sansom

Dissolution

Belfond, 2004   Pocket, 2005.

544 pages

 

 

 

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Autres titres du même auteur :

Les larmes du diable, Belfond, 2005

Sang royal, Belfond, 2007

Prophétie, Belfond, 2009

Corruption, Belfond, 20011

Lamentation, Belfond, 2016

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Site officiel de C.J. Sansom (en anglais)

http://www.cjsansom.com/Homepage

 

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Fred VARGAS

Telle qu’en elle-même

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10. Temps glaciairtes Couv..jpg 

 

 

Fred Vargas

Temps glaciaires

Editions 84 – 2016-08-14

475 pages

 

 

 

À l’inverse, Temps glaciaires de Fred Vargas est loin d’être un coup d’essai, et plus loin encore d’être un coup de maître. Disons-le tout net : c’est un coup raté. Mais raté pourquoi et comment ?

 

Commençons par le « comment ».

Ce livre ni fait ni à faire (mais presque aussi massivement marchandisé que le Da Vinci Code, pas de souci à se faire pour l’auteur) n’a pas de véritable sujet, pas de véritable intrigue, pas d’énigme, pas de suspense et aucun personnage consistant, en ce compris les membres récurrents de la pittoresque brigade criminelle du XVIIIe arrondissement, auxquels on s’était pourtant habitués, contents de retrouver en eux le sentiment de sécurité que procurent à tout aficionado les moustaches et la manie du rangement d’Hercule Poirot ou le pardessus à col de velours et les pipes de Maigret, voire le fricandeau à l’oseille de Madame. Cette fois, les absences d’Adamsberg, la marmaille et le QI de Danglard et la grâce mastodontique du lieutenant Violette sonnent creux. Pire : ils pédalent dans le vide.

 

 « Pourquoi » ?

C’est que Fred Vargas a voulu se mêler de quelque chose qui n’était pas à sa portée et qu’elle a ainsi imprudemment révélé ses limites. C’est que s’attaquer à un personnage réel, historique, c’est s’attaquer à l’Histoire et que, dans ces matières, l’aplomb décomplexé de l’ignorance ne remplace pas tout.

Fred Vargas, polardeuse historique sans expérience et ne doutant de rien a tout de suite visé à la tête : Robespierre. Pas au point d’oser en faire un personnage actif – l’action est contemporaine – mais en y allant par la bande, en crabe, par un tour de passe-passe qui, justement, ne passe pas. En outre, Temps glaciaires, hélas, se prend au sérieux – pas la peine d’y chercher la joyeuse iconoclastie de Liberté, Égalité, Choucroute…– et c’est le plantage en beauté. Car si c’est raté du point de vue historique, ce l’est aussi du point de vue « roman policier » qui aurait pu être dissocié.

Excès d’ambition ? Elle nous vend même deux « intrigues » pour le prix d’une, les deux étant inexistantes et leur addition ne faisant quand même que zéro.

L’« action », commencée à Paris par une mort suspecte, se poursuit en Islande, avec un tueur en série (dont on ne connaîtra jamais ni les motivations ni l’hypothétique trauma) qui fait des témoins forcés de ses forfaits des cannibales pour les empêcher de le dénoncer, et continue, rentré à Paris, de les tenir à sa merci pendant 25 ans au moyen d’une secte de son invention, à laquelle il les force d’appartenir. Secte qui communie dans le culte (version Vargas) de Robespierre, c’est-à-dire qui passe son temps à rejouer, régulièrement, les moindres événements de la Révolution, chacun incarnant, costumé et maquillé, l’un ou l’autre de ses nombreux participants. Jeu de rôles à durée illimitée en somme.

Ainsi, le mystérieux tueur du froid a dû, pour continuer à couvrir ses crimes, recruter quelque six cents personnes, les réunir ad vitam aeternam à dates fixes, les persuader de se ruiner en costumes d’époque pointilleusement reconstitués, et d’apprendre par cœur les tirades, généralement longues, de ceux qu’ils sont censés réincarner – La Fayette, Mirabeau, Pétion, Louvet, Roland, Brissot, Louis XVI, etc. – tous y passent, y compris les presque lampistes. Astuce suprême : le suspect n°1 est celui qui se prend pour Robespierre et qui, même, en descend peut-être, car Fred Vargas, à l’instar des plus atteints de ses prédécesseurs, fait de l’Incorruptible un impuissant qui sème des bâtards partout, n’ayant pas réussi à se décider entre les deux vices, duquel était le plus infamant.

Qu’est-ce qui a poussé un honnête – jusqu’à présent – auteur de romans policiers à se lancer dans cette bizarre entreprise ? On dirait qu’elle a commencé une histoire – le voyage en Islande – qu’elle n’a pas su comment la continuer, qu’à ce moment, l’actualité merdiatique (des particuliers se cotisant pour racheter des documents historiques d’importance nationale à la place de l’État français déficient) lui a donné l’idée – eurêka ! - de sauter à pieds joints dans une autre histoire, au prix de faire admettre par ses enquêteurs qu’ils se sont plantés et qu’ils ont tout faux – retour à la case départ – sans toutefois se résigner à flanquer à la poubelle ce qu’elle avait déjà écrit. Raccrocher ensuite les wagons des deux trains exigeait, c’est évident, quelque virtuosité dans la cabriole qui a fait défaut. Car essayer de fondre, en fin de parcours, deux histoires qui, déjà séparément, n’ont ni queue ni tête, est mission carrément impossible. Personne n’aurait pu la mener à bien. Personne d’ailleurs ne s’y est essayé. Si : Vargas.

Il est clair que l’(absence d’)intrigue policière n’est là que pour la frime et que le but réel de l’entreprise était de flinguer Robespierre, qu’il s’agit ici non pas même d’un règlement de comptes idéologiques qu’aurait pu assumer un honnête pamphlet osant dire son nom, mais d’un lynchage. On dirait du Michel Onfray, mâtiné de BHL.

C’en est. La dame est de la bande. On se rend compte alors – bon sang, mais c’est bien sûr ! – que Temps glaciaires est une caricature. À la Charlie. Avec Robespierre dans le rôle du Prophète et la guillotine en sautoir en guise de bombe dans le turban.

Seulement… un crobar de 580 pages, c’est un peu lourd à digérer.

Impossible de croire une seconde, même en y mettant du sien, à cette histoire-qui-n’en-est-pas-une, car la forme littéraire, outrée d’être ainsi utilisée comme faire-valoir, se venge. On doit relire plusieurs fois les mêmes passages pour essayer de s’y retrouver, d’avancer un peu… Quand Adamsberg retire de sa poche de poitrine, pour la sixième fois en quelques pages, une cigarette pliée fauchée à son fils, on fatigue. Et tout le reste est à l’avenant. Le dernier personnage intéressant imaginé par Vargas était un pigeon. Elle retente le coup avec, cette fois, un sanglier, qu’elle fait sauver, lui aussi, in extremis par sa fine équipe, mais c’est raté. Marc le sanglier couineur ne passe pas. Il n’arrive pas à exister.

Ceux qui ont lu quelques-uns des centaines de livres de tous bords consacrés au Conventionnel croiront reconnaître, dans les évocations fantasmées de Vargas, des copié-collé de Ratineau. Banzaï ! C’est lui qu’elle cite en tête de ses (très peu nombreuses) sources. Bref, le lynchage dont bénéficie actuellement Vladimir Poutine est pipi de sansonnet comparé à ce qu’il promet d’être dans deux siècles, pour peu qu’il suive les traces de Robespierre.

Pourquoi tant de haine ?

N’est-ce pas déjà la question qui se posait à propos des caricatures de naguère ?

Un des personnages de Vargas dit d’un autre « il est schizophrène ». Hélas, non. C’est l’auteur qui l’est. Comment cela se soigne-t-il ? De plus savants que moi le savent peut-être. Une chose dont je suis sûre, c’est que schizophrènes aussi sont ceux qui gavent de force le bon peuple à Dan Brown et à Vargas par matraquage commercial jusque dans les épiceries.

Bref, si vous tenez absolument à lire du Vargas, lisez des vieux.

Pauvre Ava Gardner si belle ! Finir comme ça…

 

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Autres titres de cet auteur :

Série Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg :

L’Homme aux cercles bleus, Hermé, 1991

L’Homme à l’envers, Viviane Hamy, 1999

Pars vite et reviens tard, Viviane Hamy, 2001

Sous les vents de Neptune, Viviane Hamy, 2004

Dans les bois éternels, Viviane Hamy, 2006

Un lieu incertain, Viviane Hamy, 2008

L’Armée furieuse, Viviane Hamy, 2011

Série Les Évangélistes

Debout les morts, Viviane Hamy, 1995

Un peu plus loin sur la droite, Viviane Hamy, 1996

Sans feu ni lieu, Viviane Hamy, 1997

 

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Nicholas MEYER

Présentation

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M. Meyer se donne beaucoup de mal pour nous convaincre de l’existence de manuscrits inconnus du Dr. Watson et nous apprendre comment il se fait qu’ils soient demeurés cachés pendant si longtemps. Témoignage écrit de Watson… Témoignages écrits de ses héritiers… etc. C’est la seule partie un peu laborieuse de ses livres : quelques pages d’avant-propos qu’on peut parfaitement sauter.

Il nous offre ensuite trois aventures de Sherlock Holmes et Watson, qu’il aurait pu prétendre sorties de la plume de Conan Doyle sans que personne s’enhardisse à le contredire.

Il a la coquetterie, cependant, de mêler aux personnages littéraires, quelques personnages historiques, peut-être croisés dans la vie réelle par Doyle, qu’il met, lui, en présence de Holmes et Watson.

 

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Nicholas MEYER

L’horreur du West End

Archipoche 2015

240 pages

 

 

À Londres, en mars 1895, des événements plus étranges les uns que les autres se succèdent : le critique théâtral Jonathan McCarthy est assassiné ; on intente un procès pour diffamation à la marquise de Queensberry ; une jeune ingénue est découverte la gorge tranchée ; enfin, un médecin de la police disparaît, emportant deux corps avec lui. Plusieurs personnalités influentes du milieu dramatique se trouvent impliquées : les auteurs d’opérettes à succès Gilbert & Sullivan, un écrivain-critique sans le sou et végétarien nommé George Bernard Shaw ; Ellen Terry, célèbre actrice admirée tant pour sa beauté que pour son talent ; un guichetier suspect du nom de Bram Stoker, qui se cache dans une mansarde pour écrire des choses bizarres ; le grand acteur Sir Henry Irving; un éditeur sans scrupule qui se fait appeler Frank Harris ; ainsi qu’un homme d’esprit, provocateur et controversé : Oscar Wilde.

Scotland Yard, dérouté, ne sait à quel saint se vouer. Pour Sherlock Holmes, c’est élémentaire : un maniaque rôde. Et son nom est Jack.

 

Contrairement à Fred Vargas, Meyer connaît admirablement et même intimement l’œuvre du personnage historique qu’il a choisi de ressusciter. Il n’est pas exagéré de parler d’identification. On pourrait presque dire d’osmose. Mais il ne s’en tient pas là, car le lecteur un peu averti s’aperçoit vite qu’il connaît aussi profondément la vie et l’œuvre des autres… ceux, contemporains de l’auteur, qu’il introduit dans le canon des aventures Watson-Holmes. Les esquisses de Shaw et Wilde pour être brèves, n’en sont pas moins frappantes. Ils ne font que passer, mais tout entiers.

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Extrait. C’est évidemment Watson qui raconte :

Holmes resta un moment à contempler Wilde, le visage dépourvu de toute expression, puis se leva brusquement. Je l’imitai.

– Merci de nous avoir accordé votre temps, monsieur Wilde, dit-il. Vous êtes assurément une mine de renseignements.

Le poète leva les yeux vers lui. Il y avait quelque chose de si ingénu, de si plaisant dans son expression, que je me sentis charmé malgré tout ce qu’il venait de dire.

– Nous sommes ce que Dieu nous a faits, monsieur Holmes, et, pour beaucoup, pires que cela.

­– Est-ce de vous ? demandai-je.

– Non, docteur…

Il eut un léger sourire.

– … Mais ce le sera.

Il se retourna vers le détective.

– Je crains de ne pas avoir gagné votre estime.

– Pas entièrement.

Wilde riva son regard dans celui du détective.

– Je le regrette… Profondément.

– Un jour peut-être, monsieur Wilde. » (p. 80)

Facile, quand on connaît la suite…

 

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Nicholas MEYER

Sherlock Holmes et le Fantôme de l’Opéra

Archipoche, 2010

248 pages

 

 

 

1891. Alors que toute l'Angleterre le croit mort à Reichenbach, Sherlock Holmes, fin mélomane, vivote à Paris en donnant des cours de musique sous un nom d'emprunt. Apprenant que le prestigieux orchestre de l'Opéra recrute un violoniste, il parvient à se faire engager. Or, qui est le directeur de l’Opéra ? Un certain Gaston Leroux. Et Sherlock ne tarde pas à découvrir que le Palais Garnier abrite un fantôme qui lui donne du fil à retordre.

Ce ne sont pas des personnages historiques qui sont ici ranimés, ce sont des personnages littéraires non moins historiques : Christine Daaé, Raoul de Chagny, Mme Giry et le compositeur fantôme reprennent du service. Meyer, lui, s’amuse beaucoup à conjuguer deux auteurs mythiques

 

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Nicholas MEYER

La solution à 7%

Archipoche 2014

300 pages

 

 

Un beau jour, l’agitation de Holmes, ses propos incohérents font redouter le pire à Watson : le détective s’est drogué au-delà de toute mesure. Sa vie est en danger. Avec le concours de Mycroft Holmes - le frère - Watson décide d’emmener Sherlock se faire soigner à Vienne par un certain Sigmund Freud, qui s’y connaît en drogues… Ils devront se faire aider par le Pr. Moriarty.

Ce « manuscrit retrouvé du Dr Watson », La Solution à 7 % (adapté au cinéma en 1976, avec Laurence Olivier dans le rôle de Freud) présente la théorie d’un « Napoléon du crime » inexistant, pur produit du cerveau drogué de Holmes, cause de sa névrose, et d’un Pr. Moriarty, bénin professeur de Sherlock et Mycroft enfants…

 

Dans La solution à 7%, l’auteur enrichit donc d’une autre enquête l’opus de Conan Doyle, et bien malin serait celui qui pourrait prouver qu’elle n’est pas de sa plume. Meyer y ajoute cependant sa marque en donnant à Holmes d’excellentes raisons de rencontrer un ou plusieurs de ses contemporains célèbres… qu’il s’agit de faire vivre de façon crédible sans altérer le caractère du personnage littéraire. Et ce n’est ici rien moins que Sigmund Freud.

La « trouvaille » de Meyer, c’est que Moriarty… n’existe pas. Ou plutôt qu’il existe mais n’est autre qu’un paisible enseignant que les deux frères Holmes ont eu pour prof de maths dans leur enfance. C’est la cocaïne, que Sherlock s’injecte à la dose mortelle de solution à 7% et dont il est devenu dépendant, qui fait de leur ancien tuteur « le Napoléon du crime » (pléonasme s’il en fut).

Sur les traces de son implacable ennemi, à qui on a demandé son aide pour l’amener jusque là, Holmes arrive à Vienne, où l’attend un jeune médecin, lui-même ex-cocaïnomane, qui l’admire et a accepté de le soigner.

Mais la psychanalyse mise en roman se double évidemment d’une véritable enquête de Sherlock, le cahier des charges l’exige, et M. Meyer de plonger son lecteur dans une sombre histoire austro-allemande, avec secret de famille à implications politiques, détournement d’héritage, enlèvement, séquestration à rebondissements et haletante course-poursuite entre deux trains (sur la même voie !) dans la plus pure tradition 1900, Holmes et Freud pelletant à tour de bras le charbon dans la locomotive, à la suite de quoi Holmes prédira la Grande Guerre mais ne pourra l’éviter, car à l’impossible nul n’est tenu et même les plus fiers génies parfois…

 

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Extrait (Watson encore, comme il se doit) :

– Je vais vous dire ce que j’aimerais, dit enfin le docteur Freud en posant son cigare et en regardant Holmes droit dans les yeux. J’aimerais vous hypnotiser une fois de plus.

Je n’avais aucune idée de ce qu’il souhaitait demander (j’avais plus ou moins cru qu’il repousserait entièrement la proposition de Holmes), mais je ne m’attendais certes pas à cela. Non plus que Holmes, qui cligna des yeux sous l’effet de la surprise et qui toussota avant de répondre :

– Vous souhaitez m’hypnotiser ? Dans quel but ?

Freud haussa les épaules et continua de le regarder avec un sourire tranquille :

– Vous venez de parler de l’affliction humaine, dit-il. J’avoue que c’est pour moi un sujet d’intérêt primordial. Et comme on a remarqué que la meilleure façon d’étudier l’humanité consiste à étudier l’homme, j’ai pensé que vous m’autoriseriez peut-être à examiner une fois encore votre cerveau.

Holmes réfléchit un instant à cette requête.

– Très bien. Je suis à votre disposition.

– Voulez-vous que je sorte ? demandai-je en me levant, prêt à quitter la pièce si Freud estimait que ma présence risquait d’entraver le déroulement de l’expérience.

– Je préférerais que vous restiez, dit-il en allant fermer les rideaux, puis en sortant sa chaîne de montre.

Il était plus facile d’hypnotiser le détective à présent que par le passé où nous avions placé nos derniers espoirs dans le système de Freud pour l’amener à se délivrer de la cocaïne. Maintenant que des rapports normaux s’étaient établis entre eux, il n’y avait plus rien pour troubler leur esprit, plus rien pour nous presser. Holmes ferma les yeux en moins de trois minutes et resta immobile en attendant les instructions du docteur Freud.

– Je vais vous poser des questions, déclara celui-ci d’une voix basse et douce, et vous y répondrez. Quand nous aurons terminé, je ferai claquer mes doigts et vous vous réveillerez. À ce moment-là, vous ne vous rappellerez rien de ce qui s’est passé pendant que vous dormiez. Vous comprenez ?

– Parfaitement.

– Très bien. (Freud respira profondément.) À quand remonte votre première prise de cocaïne ?

– À l’âge de vingt ans.

– Où l’avez-vous fait ?

– À l’université.

– Pourquoi ?

– Parce que j’étais malheureux.

– Pourquoi êtes-vous devenu détective ?

– Pour punir les méchants et m’assurer que justice était faite.

– Avez-vous été témoin d’une injustice ?

Il y eut un silence.

– Avez-vous été témoin d’une injustice ? répéta Freud en humectant ses lèvres avec sa langue et en me jetant un rapide coup d’œil.

– Oui.

Je m’étais rassi et j’écoutais cette conversation avec une fascination et une attention extrêmes, les mains posées sur les genoux, le buste penché en avant pour ne rien perdre des réponses faites d’une voix faible.

– Avez-vous personnellement connu la méchanceté ?

– Oui.

– En quoi consistait cette méchanceté ?

À nouveau, le sujet de l’interrogatoire hésita et, à nouveau, il fut encouragé à répondre.

– En quoi consistai(t cette méchanceté ?

– Ma mère trompait mon père.

– Elle avait un amant ?

– Oui.

– Et en quoi consistait l’injustice ?

– Mon père l’a tuée.

Sigmund Freud sursauta et se redressa ; un instant, son regard égaré parcourut la pièce ; il était tout aussi bouleversé que moi qui avais automatiquement réagi en me mettant debout, puis m’étais pétrifié, les membres paralysés, bien que mes yeux et mes oreilles continuassent à fonctionner. Freud se remit cependant plus vite que moi et se pencha de nouveau vers Holmes.

– Votre père a assassiné votre mère ?

– Oui.

La voix refoula un sanglot qui me fendit le cœur. Freud insista, mais ses yeux s’étaient mis à ciller.

– Et son amant ? demanda-t-il.

– Oui.

Freud marqua une pause afin de se ressaisir avant de poursuivre.

– Qui était…

Je lui coupai la parole :

– Docteur !

Il me regarda.

– Qu’y a-t-il ?

– Ne le… ne lui demandez pas de révéler le nom de cet homme, je vous en supplie. Cela n’a désormais plus de sens pour quiconque.

Freud hésita un instant, puis il hocha la tête.

– Merci.

À nouveau, il hocha la tête, puis il reporta son attention sur Holmes qui était resté assis là, immobile, les yeux fermés, pendant toute la durée de cette digression. Seule l’apparition de gouttes de transpiration sur son front indiquait son tourment intérieur.

– Dites-moi, reprit Freud, comment avez-vous appris ce que votre père avait fait ?

– Mon tuteur m’en a informé.

– Le professeur Moriarty ?

– Oui.

– Je vois. (Freud sortit sa chaîne de montre, la regarda un instant fixement, puis la remit en place.) Très bien, dormez maintenant, Herr Holmes. Dormez. Dormez. Je vous réveillerai dans un moment et vous ne vous rappellerez rien, rien de cet interrogatoire. Avez-vous compris ?

– Je vous ai déjà dit que oui.

Très bien. Dormez maintenant.

Après avoir surveillé Holmes et s’être assuré qu’il ne bougeait pas, Freud à nouveau se leva, traversa la pièce et attira un siège près du mien. Son regard était encore plus triste que d’habitude. Il ne dit rien pendant qu’il coupait, puis allumait, un autre cigare. Je m’étais quant à moi rencogné dans mon fauteuil car j’avais reçu un tel choc que la tête me tournait et mes oreilles bourdonnaient.

– Un homme ne s’adonne pas aux stupéfiants sous prétexte que c’est la mode ou qu’il aime ça, déclara-t-il enfin en plissant les yeux pour me regarder à travers la fumée de son cigare. Souvenez-vous : je vous ai un jour demandé si vous saviez comment il en était venu à user de la cocaïne et, non content d’être incapable de me fournir une réponse, vous n’avez pas compris l’importance de ma question. Pourtant, dès le début, j’ai compris que quelque chose avait provoqué cette dangereuse manie.

– Mais… (Je tournai les yeux vers Holmes.)… auriez-vous pu imaginer… ?

– Non, certes pas. Je n’aurais jamais pu imaginer ce que nous venons d’entendre. Cependant, comme il le ferait lui-même remarquer, voyez tous ce que ces faits expliquent. Maintenant, nous connaissons l’origine de sa toxicomanie et la raison pour laquelle il a choisi sa profession ; nous savons d’où vient son antipathie pour les femmes et la difficulté qu’il a de communiquer avec elles. Cela explique en outre son aversion pour Moriarty. Comme les messagers perses qui, jadis, apportaient les mauvaises nouvelles, Moriarty est puni pour son rôle dans cette affaire, bien que ce rôle paraisse avoir été insignifiant. Dans l’esprit de votre ami, sous l’influence enivrante de la cocaïne, Moriarty devient un participant à cette liaison illicite, et coupable par association. Non seulement coupable (là, il se pencha en avant et brandit son cigare pour souligner ses paroles), mais suprêmement coupable ! Ne disposant pas d’un véritable bouc émissaire sur qui décharger sa douleur, Herr Holmes attribue le forfait à l’homme qui l’a révélé. Bien sûr, il enfouit toutes ces conclusions dans le plus profond de son âme – dans une zone que j’ai, pour le moment, appelée « inconscient » – sans jamais s’avouer à lui-même ces pensées, qu’il extériorise néanmoins par le choix de sa profession, par son indifférence envers les femmes (que vous avez si bien relatée, docteur !) et, finalement, par ses recours à la drogue sous l’influence de laquelle ses sentiments profonds et véritables sur le sujet sont enfin révélés.

En moins de temps qu’il ne faut pour le rapporter, je compris la justesse stupéfiante de l’affirmation de Freud. Son raisonnement expliquait également le comportement tout aussi excentrique de Mycroft Holmes, qui se retirait du monde en un lieu où même la parole était interdite, et le fait que les deux frères s’étaient définitivement voués au célibat. De toute évidence, le professeur Moriarty avait, dans cette affaire, joué un rôle plus important que celui que lui attribuait Holmes (ce qui expliquait que Mycroft Holmes eût prise sur lui), mais je savais que, dans l’ensemble, le docteur Freud avait raison.

– Vous êtes le plus grand de tous les détectives.

Ce fut tout ce que je trouvai à lui dire.

– Je ne suis pas un détective, dit Freud en secouant la tête et en souriant de son air sage et triste. Je suis un médecin spécialiste des esprits tourmentés.

Je songeai qu’il n’y avait pas beaucoup de différence.

– Et que pourrons-nous faire pour mon ami ?

Il soupira et à nouveau secoua la tête :

– Rien.

– Rien ?

J’étais abasourdi. M’avait-il fait parcourir tout ce chemin pour refuser d’aller plus loin ?

– Rien. Je ne sais comment atteindre ces sentiments autrement que par le moyen maladroit et inefficace de l’hypnose.

Je protestai en le saisissant par la manche.

– Pourquoi dites-vous qui’il est inefficace ? Il est sûr que…

– Parce que, dans le cas présent, le malade à l’état conscient ne voudrait pas – ne pourrait pas – accepter le témoignage fourni sous hypnose. Il refuserait de me croire. Il refuserait de nous croire. Il nous accuserait de mentir.

– Mais…

– Voyons, Docteur. Si vous n’aviez pas été là et si vous ne l’aviez pas entendu de vos propres oreilles, est-ce que vous l’auriez cru ?

Je lui avouai que je ne l’aurais pas cru.

– Eh bien, tout le problème est là. De toute façon, il n’est guère probable qu’il accepterait de rester ici le temps qu’il nous faudrait pour nous frayer, autrement, un chemin jusqu’au tréfonds de son être.

Nous discutâmes ainsi pendant plusieurs minutes mais, dès l’abord, je savais qu’il avait raison. Quels que fussent les procédés qui permettraient de secourir Holmes, ils n’avaient pas encore été inventés.

– Prenez courage, m’enjoignit Freud. Après tout, votre ami est un être humain qui accomplit de nobles tâches et les accomplit à merveille. Son malheur ne l’empêche pas de réussir et même d’être aimé.

- Un jour, peut-être, la science parviendra-t-elle à pénétrer les mystères de l’esprit humain, conclut-il, et quand ce jour viendra, je ne doute point que Sherlock Holmes aura contribué à le faire arriver – même si son propre esprit n’est jamais soulagé de son fardeau terrible.» (pp. 257-263).

 

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Mis en ligne le 18 octobre 2016.

 

 

 

 

 

14:35 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |