16/11/2014

UBU EN SARRE

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La musique adoucit les mœurs ? Pas toujours…

Ubu en Sarre

 

12 juillet 2014 : Lorin Maazel casse sa baguette. Il avait 84 ans. Et dirigeait toujours la Philharmonique de Münich. Laquelle se met en quête d’un autre konzert meister pour lui succéder. Elle offre le poste à Valeri Guerguiev, qui accepte. Il prend ses fonctions le 1er janvier prochain, pour cinq ans.

Valeri Guerguiev, d’origine ossète, né à Moscou en 1953, a passé vingt ans de sa vie à la tête du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, non sans avoir été, parallèlement, pendant treize ans, le directeur musical de l’orchestre Philharmonique de Rotterdam, premier chef invité du Metropolitan Opera de New York et avoir, en 2007, remplacé sir Colin Davis à la tête de l’Orchestre symphonique de Londres. C’est un des plus grands chefs d’orchestre du monde. Ils ont de la chance à Munich de ne pas tomber de Maazel en Tartempion. S’ils ont fait un pont d’or à celui-ci, ce n’est quand même pas cher payé, car réputation oblige.

Donc, tout baigne. Théoriquement.

Cependant… du 21 au 30 mai 2015 doit se dérouler le Festival de Sarre (à deux pas des frontières française, belge et luxembourgeoise). Ce festival musical se tient tous les deux ans et le Münchner Philharmoniker y est naturellement invité. Mais ce sera, cette fois, sans son chef, qui vient d’être « désinvité » par les organisateurs, pour avoir refusé de critiquer le président Poutine.

Non, ce n’est pas pour rire, c’est vrai.

La décision « qui n’est pas politique », a été prise pour ne point contrister M. Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais et actuel président du Conseil européen, sous le patronage de qui doit se dérouler, cette fois, le dit festival. M. Tusk, on le sait, succède, non à Maazel mais à Herman Van Rompuy et Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères de Berlin, grands démocrates et droitsdelhommistes sous le soleil, qui soutiennent comme on  sait, de tout leur poids moral, les massacres perpétrés par Kiev et l'OTAN dans le Donbass.

Selon les organisateurs du Festival de Saar, il ne fallait pas froisser Donald Tusk car divers concerts venus de Pologne doivent s‘y dérouler. Les organisateurs ont donc fait appel, pour remplacer Valeri Guerguiev, à un chef d’orchestre polonais, M. Michal Nesterowicz. «Nous avons reçu une demande explicite de l'ambassade polonaise de Berlin nous disant qu’il n'était pas souhaitable d'inviter Guerguiev », a expliqué le directeur du festival Robert Leonardy, avant de préciser : « cela ne va pas qu'un Russe, et en plus un proche de Poutine, puisse participer au Festival. »

Mais qu’a-t-il donc fait Guerguiev, pour mériter ainsi la hart et l’opprobre ? Accrochez-vous : Il a « refusé de dénoncer clairement les violations des droits de l'homme que représentent les lois anti-homosexuelles de Poutine ». Et Courrier International (c’est un canard mainstream) de se poser gravement la question : « Munich peut-elle encore se permettre d'employer Guerguiev ? » Surtout s’il risque, étant sur place, d’aller boire un coup à la Hofbräuhaus… Sait-on jamais ?

 

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D’accord, il a de mauvaises fréquentations, mais qui prétend être parfait ?

 

L’abominable Guerguiev s’est donc abstenu de critiquer la politique de la Fédération de Russie à l’égard du lobby homosexuel (l’expression est du Saker). Car c’est évidemment le gouvernement russe, et non Vladimir Poutine, qui a légiféré pour interdire la propagande pédomaniaque dans les écoles. Bof, c’est pareil, pour nos « démocrates » à voile et à vapeur, depuis le temps qu’on ne fait plus ce genre de distingo par ici… C’est la ville de Moscou qui a interdit les gay prides pour les cent ans à venir, et Guerguiev fait de la musique à Saint-Pétersbourg ? Pfftt… tout ça, c’est russe et compagnie ! Chez nous, en Otanazie, est-ce que les couturiers ne dirigent pas l’Éducation Nationale ? (Avec le CRIF il est vrai, bien la preuve que nous ne sommes pas sectaires).


 

    Double grain de sel des Grosses Orchades 

              Au lobby sus-mentionné :

     Ce n’est pas votre homosexualité qui dérange, c’est votre exhibitionnisme. L’exhibitionnisme des hétéros est aussi intolérable que le vôtre. Étaler sa libido sur la voie publique n’est pas qu’un manque flagrant de savoir-vivre, c’est une agression envers quiconque a gardé quelque décence, respecte les autres et tient à conserver l’estime de soi. Tout le monde n’a pas envie de se promener dans les rues en string avec des plumes dans le cul ou de s’y enfoncer des crucifix. Pourquoi ne conviez-vous pas la presse à venir vous voir faire caca au milieu de la place de la Concorde aux heures de pointe, pendant que vous y êtes ? Ah, (en tout cas pipi) c’est fait ? Pardon.

               À Valeri Guerguiev :

              Maestro, on n’a pas de conseils à vous donner, mais si on était vous, on ferait tout de suite un saut, mettons, à New York, pour y engager une demi-douzaine d’avocats rompus à l’exercice banal en ces contrées d’arracher aux zozos sarrois à nez de Pinocchio une somme aussi pharamineuse que possible, à titre de dommages et intérêts pour atteinte à votre image, à votre réputation ou à n’importe quoi d’autre. Soyez sans crainte, ils trouveraient : ce sont des pros. Et si vous avez scrupule à vous enrichir sur le dos de la bêtise européenne, pourquoi ne pas en faire des bringues monstres les cinq « Rosenmontag » à venir avec vos musiciens, à la bière, à la vodka ou aux deux ? Prosit !

              Euh… si vous invitez Obélix, il faudra que vos baveux se défoncent.

 

 

 

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La Pologne étant, comme on sait, le royaume d’Ubu, les choses se présentent ainsi :

La philharmonie de Munich et son nouveau chef sont invités à jouer à Paris le 9 mars, avec la soliste de renommée mondiale Sol Gabetta. Concert d’hommage au chef décédé, né, on vous le rappelle, à Neuilly-sur-Seine.

Le 10 mars, le même concert devait se donner, pour le même motif, au Festival de Saar, en Allemagne, mais il le sera sans son directeur, et le Polonais Michal Nesterowicz, pas bégueule, prendra sa place.

Dans un entretien, l’ineffable Robert Leonardy a expliqué, en essayant de cacher son nez qui grandissait à vue d’oeil : « le refus d'inviter Valeri Guerguiev n'est pas le résultat d'une décision politique. Comme ce dernier a officiellement donné son soutien en août dernier à Vladimir Poutine et que le Festival se déroule sous le patronage de l'ancien Premier ministre polonais, Donald Tusk, nous n'avons pas voulu mettre en danger le bon déroulement du Festival.» Quel diplomate, cet homme !


Sources :

http://french.ruvr.ru/2014_11_13/Un-eminent-chef-dorchest...
http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/u...

En attendant la suite de ces péripéties

hautement culturelles :

 

Tous à la Philharmonie de Paris

(Grande salle)

Le 9 mars prochain à 20h30

(retenez vos places dès à présent)

Pour

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Saluer Maazel disparu

 

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Applaudir la belle soliste argentine Sol Gabetta.

 

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Et ovationner le nouveau chef du Münchner Philharmoniker !

 

Au programme

Dvořák, Antonín :  Concerto pour violoncelle

Strauss, Richard :  Ainsi parlait Zarathoustra, op. 30

Strauss, Richard :  Till Eulenspiegel, op. 28

(Programme sous réserve de modifications.)

 

Pour consoler ceux qui n’auront pas la chance de s’y trouver :


 

À quoi bon lésiner ?…

Notre bateau du jour « La bataille de Grunwaldski –Nef des Fous », d’après Jérôme Bosch, est une œuvre collective du groupe polonais Les Krasnals (les Nains), qui a récemment fait scandale, parce qu’on y voit feu le pape Jean-Paul II allaité au sein par le père Rydzyk, chef de la très controversée station de radio catholique « Radio Maryja », représenté en truie.

Ryszard Nowak, du Comité polonais de Défense contre les Sectes et la Violence (OKOS) a déposé une plainte contre le groupe des peintres. Nowak, qui avait, peu auparavant, intenté  une autre action en justice contre des musiciens, dont la pop star Doda, « pour blasphème », affirme que la peinture des Krasnals « offense les sentiments religieux de millions de gens » et est insultante à la fois pour le père Rydzyk et pour le feu pape.

À quoi les Krasnals ont répondu qu’ils regrettaient que le niveau d’éducation artistique soit aussi bas au Comité polonais contre les sectes et la violence, « qui devrait pourtant être le pré carré de l’intelligence dans notre pays » se demandant « pourquoi ces gens ne sont pas capables de faire la différence entre fiction et réalité ». « La bataille de Grunwalski/Nef des fous n’est qu’une œuvre d’art. Notre peinture est une création légère et accessible, qui représente les événements et les personnalités contemporaines de l’Histoire polonaise dans un contexte international ; ce ne sont rien d’autre que des caricatures dans la veine de “South Park”. Le concept de “Guerre Civile Polonaise” devrait être pris avec un grain de sel. Le message de notre œuvre est pourtant très positif, sans aucune intention d’offenser personne. Ce sont nos traditions polonaises qui nous poussent à voir le diable et le mal dans tout. »

 

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Détail de « La bataille de Grunwaldski/Nef des Fous »

 

Source :

http://sz-n.com/2014/04/painting-of-priest-breastfeeding-...

 P.S. L'Ubu est de Chanot.

 

 

Mis en ligne le 16 novembre 2014.

 

 

 

 

 

03:19 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2014

LA CARAVANE DES ROUTES DE LA SOIE ET LE CANARD BOÎTEUX

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La caravane des Routes de la Soie et le canard boîteux.

Pepe Escobar – 11 novembre 2014

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« Photo de famille » des principaux dirigeants mondiaux, prise à Pékin, au cours du sommet de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation), le 10 novembre 2014. À gauche, debout derrière le Président Vladimir Poutine, Tony Abbott, Premier ministre australien, et au premier rang, à leur droite, le Président Xi Jinping.

Rien ne pourrait illustrer plus crûment la destination que prend le monde multipolaire, que ce qui vient de se produire au sommet de l’APEC à Pékin.

Regardez bien les photos officielles : tout est dans le positionnement des participants, et, ceci étant la Chine, lourd de signification symbolique. Devinez qui est à la place d’honneur, juste à la droite du président Xi Jinping. Et devinez où a été relégué le canard boîteux, dirigeant de la « nation indispensable ». Les Chinois maîtrisent parfaitement, eux aussi, l’art d’envoyer des messages globaux.

Quand le président Xi a pressé l’APEC d’« ajouter du bois au  feu de l’économie de l’Asie-Pacifique et du monde », c’est ce qu’il voulait dire, ne tenant aucun compte de décisions peu concluantes prises en dehors du sommet.

1) Pour Pékin, tous les coups seront permis pour instaurer la Zone de Libre Échange de l’Asie-Pacifique (FTAAP) – vision chinoise d’un accord commercial « tout compris, gagnant-gagnant» – ayant pour vocation de réellement promouvoir la coopération en Asie-Pacifique, par opposition à la TransPacific Partnership (TPP) semeuse de divisions, rédigée par les multinationales US, qu’essaie d’imposer Washington.

2)  Les plans sont prêts pour une « connectivité totale »,  selon les mots de Xi, ce qui implique, de la part de Pékin, la mise sur pied de la Asia Infrastructure Investment Bank  (Banque  Asiatique Infrastructurelle d’Investissement); ce qui implique aussi que Pékin et Moscou s’engagent dans un second mega-contrat de gaz, celui-là à travers le gazoduc de l’Altai en Sibérie occidentale ; et que la Chine investisse (chose qu’elle est déjà en train de faire) pas moins de 40 milliards de dollars pour commencer à construire la ceinture économique de la Route de la Soie et la Route de la Soie Maritime du XXIe siècle.

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Les principaux dirigeants mondiaux s’installent, tandis que le président Xi Jinping (au centre) se prépare à prononcer son discours d’ouverture à l’APEC, au Centre de Conférences du Lac Yanqi, à Pékin, le 11 novembre 2014.

Une fois de plus, tout converge vers l’offensive infrastructurelle la plus spectaculaire, ambitieuse, étendue et plurinationale jamais entreprise – la multiple Route de la Soie – un réseau complexe de voies de chemins de fer rapides, de gazo et d’oléoducs, de ports, de câbles à fibres optiques et des télécommunications les plus récentes, que la Chine est déjà en train de construire à travers les « stans » d’Asie Centrale, qui toucheront la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Océan Indien, et s'étendront, en  Europe, jusqu’à Venise et Berlin.

C’est la Pékin du « Rêve Asiatique-Pacifique » de Xi, dont les liens s’étendent bien au-delà de l’Asie Orientale, l'esprit focalisé sur un commerce pan-Eurasien, avec, pour centre, bien sûr, l’Empire du milieu.

La campagne « Vers l’Ouest » a été lancée officiellement en Chine à la fin des années 1990. Les Nouvelles Routes de la Soie sont des moteurs « Go West »  et « Go South » à turbo-compresseurs, de marchés, de marchés et encore de marchés, toujours en expansion. Pensez à une très proche et massive Ceinture de la Soie Chinoise – par endroits en co-propriété avec la Russie.

Voulez-vous votre guerre chaude ou froide ?

Tandis que Pékin rêve, Noam Chomsky parle beaucoup de la possibilité de dérapages occidentaux susceptibles d’échapper à tout contrôle et de provoquer une catastrophique réaction en chaîne à la manière de 1914, alors que l’enjeu, une fois de plus, est nucléaire. Moscou abhorre absolument cette affreuse perspective et cela explique pourquoi la Russie, quoique confrontée aux incessantes provocations US en même temps qu’aux sanctions, observe une retenue titanesque. Cependant, non seulement les États-Unis ne peuvent pas « isoler » la Russie comme ils ont tenté d’«isoler» l’Iran, et Moscou a défié le bluff des néo-cons US en Ukraine.

Au Club Valdai de Sotchi, le Président Poutine, dans un discours mémorable (texte), évidemment passé sous silence par les médias occidentaux alignés, a tiré les conclusions qui s’imposaient. Les « élites » de Washington et de Wall Street n’ont aucunement l’intention de permettre un minimum de multi-polarité dans les relations internationales. Il ne reste donc que le chaos. C’est ce que j’ai soutenu à diverses reprises, tout au long des années de l’administration  Obama, et qui est le sujet central de mon livre « Empire of Chaos »¨*.

Moscou n’ignore rien de la complexité des liens entre l’Empire et l’Europe – particulièrement l’Allemagne – ni du pâlissant mais tenace consensus imposé par Washington. Cependant Moscou détient la carte maîtresse : la Russie est une puissance eurasienne qui, en cas de problème, peut toujours se tourner vers l’Asie.

Gorbatchev a été tout à fait pertinent, à Berlin, quand il a souligné comment, en violant la promesse qui lui avait été personnellement faite par Bush père, l’OTAN s’est embarqué dans une expansion éternelle vers l’Est, et comment l’Occident - les États-Unis plus quelques vassaux européens – semble souhaiter si ardemment déclencher une nouvelle guerre froide, avec un nouveau mur de Berlin métaphoriquement transplanté à Kiev.

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Les dirigeants participant au sommet de l’APEC posent pour une photo-souvenir au Centre International de Conférences du Lac Yanqi, à Pékin, le 11 novembre 2014

Le basculement de Moscou, de l’ouest vers l’Asie orientale est un processus qui se développe à plusieurs niveaux, et depuis des mois, sous les yeux de tous. On pourra dévaster encore bien des forêts pour imprimer cette évidence : que l’issue aura été directement influencée par la soi-disant doctrine politique de Barak Obama « Ne pas faire de conneries », ainsi baptisée à bord de Air Force One, au retour d’un autre voyage en Asie, au mois d’avril dernier.

Sur l’énergie, la manip du Financial Times, qualifiant le méga-contrat de gaz Russie–Chine de « Vengeance de Poutine » n’est qu’un enfumage de compétition. La Russie se tourne vers l’Est, parce que c’est là qu’est la plus forte demande. En matière de finance, la Russie vient juste de désarrimer le rouble du dollar US et de l’Euro, le dollar US a plongé instantanément par rapport au rouble. VTB (Vnechtorgbank), pour sa part, a annoncé qu’elle pourrait quitter la Bourse de Londres pour celle de Shanghaï – qui est sur le point d’être directement reliée à celle de Hong Kong. Et Hong Kong, de son côté, attire déjà très fort les géants russes de l’énergie.

Ajoutez à présent ces développements-clés au double contrat énergétique mastodonte conclu en Yuans/Roubles, et vous aurez un tableau assez fidèle de la Russie occupée à se protéger activement des attaques spéculatives occidentales à motivations politiques contre sa monnaie.

Le partenariat stratégique en symbiose Russie-Chine se développe dans les domaines de l’énergie, de la finance, mais aussi, inévitablement, sur le front de la technologie militaire. En ce compris, significativement, la vente par Moscou, à Pékin, de systèmes de défense aérienne S-400 et, ultérieurement, de S-500.

Les S-500 peuvent intercepter n’importe quels missiles américains ICBM ou de croisière, tandis que les ICBM russes, déployés à Mach 17, équipés de MIRVs, sont tout simplement imbattables. Pékin, de son côté, est déjà en train de développer ses propres missiles sol-mer, capables d’atteindre tout ce que l’US Navy peut rassembler : des transporteurs d’avions aux sous-marins, en passant par les systèmes de défense aérienne mobiles.

Joignez-vous à la caravane

Stratégiquement, Pékin et Washington ne pouvaient pas ne pas se retrouver aux antipodes l'une de l'autre, dans ce que j’ai appelé la naissance du siècle eurasien.

Pékin a clairement compris que Washington/Wall Street lutteraient jusqu’à la mort pour préserver leur - désormais bref - moment unipolaire. La Chine – et les BRICS –travaille en direction de ce que Xi a défini comme « un nouveau modèle de relations entre grandes puissances ». La mentalité de Washington/Wall Street, c’est « soit nous/soit vous », au lieu de « gagnant/gagnant » pour tout le monde ; les auto-proclamés « Maîtres de l’Univers » croient qu’ils peuvent continuer à monopoliser tout le butin, parce que la Russie – et la Chine – sont capables de reculer pour éviter une confrontation meurtrière. C’est ce qui fait ressembler quelque peu l’Asie-Pacifique d’aujourd’hui à l’Europe de 1914.

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Sommet de l’APEC : Le Président chinois Xi Jinping prononce son discours d’ouverture, au Centre International de Conférences du Lac Yanqi, à Pékin, le 11 novembre 2014.

Avec ce qui passe pour des « analyses » dans les cercles universitaires US et chez les « élites » de Washington/Wall Street, dans leurs Think Tanks de myopes, où on se gargarise d’ineptes platitudes sur le rôle « historique » de l’Amérique « arbitre et gage d’équilibre des pouvoirs » dans l’Asie moderne, pas étonnant que l’opinion publique occidentale ne soit pas capable d’imaginer l’impact des Nouvelles Routes de la Soie sur la géopolitique du jeune XXIe siècle.

Un quart de siècle après la chute du mur de Berlin, les États-Unis, à toutes fins pratiques, sont dirigés par une oligarchie, l’Europe est géopolitiquement hors jeu. La « démocratie » a été dégradée jusqu’à n’être plus que la parodie d’elle-même dans la plupart des pays occidentaux. L’impérialisme « humanitaire » des néo-cons en Irak, en Libye, en Syrie et au-delà, a provoqué désastre après désastre. Le turbo-capitalisme est une bombe à retardement.

La Russie et la Chine peuvent ne pas proposer un système alternatif – pour l’instant. Mais tandis qu’aboient les chiens de la guerre, de la haine et des inégalités, la caravane russo-chinoise passe. Elle vend à l’Eurasie une intégration économique, pas des bombes. Une véritable intégration Asie-Pacifique peut bien n’être encore qu’un rêve lointain.  Mais ce que l’APEC a montré –  crûment, je le répète – c’est la spectaculaire implosion, au ralenti, de la domination géopolitique de l’ex-nation indispensable.

_____________________  

* Sorti aujourd'hui en anglais.

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

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Pepe Escobar, le reporter volant de l’Asia Times de Hong Kong, est aussi analyste pour Russia Today et pour Tom Dispatch, ce qui ne l’empêche pas de collaborer à plusieurs sites web et de participer fréquemment à des émissions de radio, des USA à l’Asie de l’Est.

Source : http://rt.com/op-edge/204323-china-russia-partnership-ape...

 

*

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Nos bateaux d’aujourd’hui : Le navire-amiral et la flotte de Zheng He, l’amiral chinois musulman qui, entre 1405 et 1433, sous la dynastie des Ming, a ouvert sept routes d’explorations lointaines, à la tête de 70 navires.

 

 

Mis en ligne le 11 novembre 2014.

 

 

 

02:15 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/11/2014

PIC DE L'EMPIRE

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Le Hogfish de Dmitry Orlov

 

Alors, Christophe de Margerie, un nouveau Mattei ?

 

Les supputations vont bon train sur les causes de sa mort. Accidentelle ? Provoquée ? Nous n’en savons rien et n’avons même pa suivi, de près, cette affaire ; on ne peut pas être partout et il nous arrive d’être vraiment nuls. Au point que nous ne savons même pas au juste qui était Christophe de Margerie, ni à quoi il servait. N’est-ce pas pourtant ce qu’il faudrait se demander d’abord ?

Saïd Bouamama répond à la question qu’il semble que tout le monde ait oublié de poser :

 

TOTAL et de Margerie : du pétrole et du gaz couleur de sang

 

Saïd Bouamama – Investig’Action

5 novembre 2014

 

La mort de Christophe de Margerie, Président Directeur Général du groupe Total, survenue le 20 octobre 2014 dans un accident d’avion, a été l’occasion d’un concert quasi-unanime de louanges pour l’homme et pour la multinationale qu’il dirigeait. C’est l’occasion pour nous de nous arrêter sur les activités de ce groupe, avant et pendant la présidence de Monsieur de Margerie. C’est également le prétexte que nous saisissons pour revenir sur quelques concepts de base ignorés du discours journalistique : impérialisme, capital financier, etc. Au-delà de la désinformation médiatique mais nous basant sur ces concepts ainsi que sur quelques faits précis, le pétrole et le gaz de Total apparaissent singulièrement tachés du sang des victimes de l’impérialisme français.

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Lire la suite…

Source : http://michelcollon.info/Total-et-de-Margerie-du-petrole-...

 

P.S. On passe, dans cet article, de Margerie à Marjorie : c’est le même. Les petites mains de Michel Collon devraient se relire.

 

*

Dmitry Orlov, citoyen US d’origine russe comme son nom l’indique, a fait paraître sur son site avant la crise de 2008, un « Pic de l’Empire » qui nous avait alors échappé, honte sur nous. Il vient de répondre à la demande de beaucoup de lecteurs en mettant sa précédente analyse à jour en fonction des changements survenus depuis lors. C’est Gary, son proche collaborateur et webmaster, qui a rapiécé et mis en lignepour lui le texte qui suit. (Orlov vit sur un bateau).

 

3. clap 2.jpg

 

L’histoire nous enseigne que tous les empires finissent par tomber ; par conséquent, la probabilité que l’empire américain se casse la figure, peut être estimée à 100 %. La question est de savoir QUAND ? (Tout le monde pose sans arrêt cette ennuyeuse question.)

Évidemment, vous pouvez toujours quitter les États-Unis, et gagner un endroit qui ne soit pas branché sur l’économie US de façon obligatoire, et vous n’aurez pas trop à vous faire de souci.

Certains se sont livrés à des conjectures, mais pour autant que je sache, personne n’a fourni de méthodologie valable pour calculer la date d’échéance probable. Afin d’apporter un remède à cette sérieuse lacune ès théorie de l’effondrement, j’ai essayé de développer une méthode à moi - dans un article intitulé « Le pic de l’empire » - en me basant sur la théorie de Joseph Tainter appelée « Rendements décroissants de la complexité » ou «Rendements décroissants de l’Empire ». C’est un problème parfait pour les forts en calculs différentiels, et tous les étudiants en microéconomie, qui se défoncent sur les coûts marginaux et le revenu marginal pour savoir comment se chercher du boulot dans la très bientôt défunte industrie des gaz et huiles de schiste, pourront y employer utilement leurs talents mathématiques. En attendant, voici déjà une mise à jour et une estimation réévaluées.

 

Un empire de bases militaires

 

Comme le brillant analyste Chaimlers Johnston l’a expliqué, l’empire US est un « empire des bases militaires » pas un empire de colonies. De nos jours, il n’est plus considéré comme politiquement correct d’annexer d’autres pays. En témoignent les réactions suscitées par le rattachement de la Crimée à la Russie, même si la population du pays, qui avait le droit de s’autodéterminer, a voté à 98% pour ce rattachement. Mais, si les choses s’étaient passées différemment, y implanter une base de l’OTAN aurait été jugé très acceptable. Il existe aussi quelques « territoires » US (lisez « colonies ») repris sur la liste du Rapport du Pentagone sur les Bases (ou infrastructures militaires) : les îles Samoa américaines, Guam, l’atoll Johnston, les îles Marshall, les Mariannes du Nord, Porto Rico, les îles Vierges US et les Wake. On devrait sûrement y inclure Hawaï, depuis qu’en 1993, le Congrès s’est excusé d’en avoir kidnappé la reine et illégalement annexé le territoire. Ils n’ont pas l’intention de le rendre, n’est-ce pas, mais cela ne les dérange pas de dire qu’ils regrettent, étant bien entendu qu’ils l’ont bel et bien volé. On pourrait en dire autant du Texas, de la Californie et de tout le foutu continent, si on veut être objectif. Mais ce genre de choses ne se fait plus. Plus trop.. Bien sûr, il y a eu le vol du Kosovo à la Serbie, parce qu’ils en avaient besoin pour y implanter une énorme base de l’OTAN, mais on peut dire qu’il y a eu, en  général, un changement dans la manière, qui consiste à contrôler les autres pays au moyens d’institutions économiques : le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, etc. On a pu constater aussi d’autres subterfuges politiques tels qu’assassinats et coups d’état, comme l’a fort bien expliqué John Perkins dans ses Confessions d’un tueur à gages économique, ou comme l’a fait, dans ses travaux, Michael Hudson. William Blum  a écrit : « Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, les États-Unis d’Amérique ont :

1. Tenté de renverser plus de 50 gouvernements, dont la plupart avaient été légitimement élus.

2. Tenté de réprimer un mouvement populaire ou nationaliste dans plus de 20 pays.

3. Interféré massivement dans les élections démocratiques d’au moins 30 pays.

4. Largué des bombes sur les populations d’au moins 30 pays.

5. Tenté d’assassiner plus de 50 leaders politiques étrangers. »

Il n’y a qu’une pincée de ces ingérences – celle d’Iran en 1953, du Guatemala en 1954, du Nicaragua en 1980 et d’Ukraine en 2014 – qui soient connues du public américain.

Or, voici l’élément essentiel : toutes ces « constructions de démocraties » requièrent un grand nombre de bases militaires, éparpillées dans le monde. Et à présent que la majeure partie des forces armées est constituée de mercenaires, « ils » n’ont plus besoin de l’aval du gouvernement, juste de l’argent des contribuables. En 2003, des millions de gens ont manifesté contre la guerre d’Irak. Est-ce que ça y a fait quelque chose ?  Lors d’une marche pour la paix des années 80, le Secrétaire d’État Alexander Haig n’a-t-il pas dit « Laissez-les manifester tant qu’ils veulent, du moment qu’ils paient leurs impôts » ? Kissinger n’a-t-il pas expliqué que « Les soldats ne sont que des animaux stupides, quand il s’agit de politique étrangère » ? Et William Casey, directeur de la CIA, n’a-t-il pas avoué, par une formule restée célèbre « Nous saurons que notre programme de désinformation est au point, quand tout ce que croit le public américain sera faux. » (Propos pas du tout secrets, tenus lors de la première réunion de travail de son service en 1981.) Les USA ne cachent nullement leur volonté de dominer le monde entier, quand bien même leur comportement n’en serait pas une preuve éclatante.

 

Rapport du Pentagone sur les infrastructures militaires

C’est pourquoi maintenir l’hégémonie des États-Unis exige un « empire de bases ». Combien de bases ? Chaque année, le Pentagone publie un « Rapport sur les infrastructures militaires » où sont énumérées toutes les propriétés de l’armée US., comprenant les terrains, les bâtiments et les installations diverses. Le dernier rapport en date mentionne 4.169 bases militaires intérieures, 110 dans les « territoires » US et 576 dans des pays étrangers, ce qui fait au total 4.855. Mais le fait est qu’il en manque beaucoup. Nick Turse, du site Tom Dispatch, a calculé qu’en 2011, le nombre de bases US à l’étranger était beaucoup plus proche de 1075. Donc, beaucoup de choses n’apparaissent pas dans le Rapport du Pentagone, mais il est quand même intéressant à consulter, car, pour calculer notre estimation, nous avons surtout besoin de tendances plutôt que de chiffres précis.

L’étude des tendances exige des données stables d’année en année, et le Pentagone paraît très constant dans ce qu’il déclare dans ses rapports, comme dans ce qu’il garde secret. C’est donc une excellente source à consulter pour calculer des tendances.

Étant donné que les Américains naviguent dans l’obscurité la plus complète, zombifiés et terrifiés par les médias de masse et traumatisés par les opérations psychologiques du type 11 septembre, l’Empire devra s’effondrer tout seul sans leur aide. Mais quand va-t-il crouler de son propre chef ? Voulons-nous vraiment le savoir ? Très bien, on y va.

 

Point culminant de l’Empire (« pic » en pidgin)

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Point culminant de la superficie des infrastructures militaires US 1957-2014

 

La superficie des bases militaires US a atteint son point le plus haut (pic) en 2007, avec 129.633 km2 au total, et s’est mise à diminuer ensuite, avec une chute brutale en 2014. Cette courbe de la superficie des bases militaires suit d’assez près celle du pic pétrolier et celle de la puissance de l’empire. Je n’ai pas supersposé les courbes, mais celle-ci se rapproche assez fort de la courbe de (la théorie de) Hubbert sur le pic pétrolier. Le point essentiel est, d’après la superficie totale déclarée des bases US, que l’empire a désormais dépassé son point culminant et est actuellement en train de décliner. Notez que le pic conventionnellement admis de la production pétrolière a culminé simultanément. Libre à vous de considérer cela comme une coïncidence.

 

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Total et superficie des bases militaires US

 

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Nombre et superficie des bases militaires à l’étranger

 

Si on se réfère aux données de la période 2003-2004, on remarque un peu plus de détails, dont une chute brutale en 2014. La baisse du nombre total de bases en 2006 et 2007 a l’air d’une anomalie, mais la tendance en matière de superficie suit la théorie  du pic.

Ce qui est encore plus remarquable, c’est la diminution du nombre de bases à l’étranger et de leur superficie. Les USA ont conservé le contrôle de toutes leurs bases intérieures et de celles situées dans les « territoires » US, mais ont perdu le contrôle d’une énorme superficie, donc de bases, à l’étranger. Depuis le point culminant de leurs bases à l’étranger en 2004, les USA n’en ont plus à présent que 64% : une perte de plus d’un tiers en une décennie ! En matière de superficie, ils conservent 69% de leur superficie maximale de 2006. Ils ont donc perdu 31% de leur surface d’infrastructures militaires à l’étranger, proche, là aussi, d’un tiers. Si vous vous demandez ce qui se cache derrière ces chiffres désastreux, vous pouvez considérer qu’ils sont le résultat de notre désastreuse politique étrangère, telle que Dmitry l’a décrite dans son article « Comment déclencher une guerre et perdre un empire ». Peut-être les gens à qui nous apportons « la liberté et la démocratie » en ont-ils marre d’être occupés et assassinés. Mais, quelle que soit l’explication, la tendance est flagrante.

Mais nous n’avons toujours pas abordé la thèse pivotale de Tainter sur l’effondrement des empires. OK, faisons-le tout de suite.

 

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Pic de l’empire : Superficie/dépenses militaires $ 2008

J’ai déjà montré, en dollars constants de 2008, comment le rapport superficie militaire totale divisée par les dépenses militaires déclinait depuis 1991.

Après mise à jour en dollars constants de 2014, nous voyons que les recettes et les dépenses s’équilibrent en 2010, mais qu’en 2014, la tendance des recettes à décroître par rapport aux dépenses a recommencé.

 

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Budget militaire US et Superficie totale/dépenses militaires $ 2014

 

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Dette gouvernementale US et Superficie militaire.

Pendant ce temps, la dette nationale US, imputable pour beaucoup à ses dépenses militaires, continue de grimper à un rythme soutenu et le ratio de la surface militaire par rapport à la dette montre aujourd’hui un rendement négatif. Ce qui veut dire que l’empire a maintenant un rendement négatif de sa surface militarisée, par suite du poids de sa dette. À leurs débuts, les empires sont des entreprises massivement profitables, mais quand le bilan entre leurs revenus (retours sur investissements) et leurs dépenses gouvernementales + leurs dépenses militaires + leur dette devient négatif, cela signifie, selon la théorie de Tainter, qu’ils sont sur la voie de l’effondrement.

L’effondrement n’est pas forcément brutal. En théorie, il peut être graduel. Mais, dans le cas présent, l’économie US est fragile. Elle dépend de la finance internationale pour pouvoir continuer d’accroître sa gigantesque dette. Cela revient à dépendre de la bonne volonté des étrangers, qui, justement, n’ont pas l’air particulièrement bien disposés. Par exemple, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud (autrement dit les BRICS) montrent l’exemple en mettant sur pied un système bilatéral de paiement, visant à cesser d’opérer des transactions en dollars et, par là, de payer tribut aux USA. Comme jadis Rome, l’empire est attaqué sur tous les fronts par « les barbares », à ceci près que les barbares modernes sont équipés de serveurs Internet, d’ordinateurs portables et de smartphones. Et, exactement comme l’a fait jadis Rome, l’empire doit dépenser des milliards de dollars pour défendre ses frontières, en laissant se déliter son noyau intérieur, par négligence malivole.

Ajoutons que les USA ont tenté d’enrayer une panique financière par une série de mensonges et de coups tordus. La Réserve Fédérale a imprimé 1.000 milliards de (faux) $ par an, rien que pour permettre aux banques de rester solvables, tout en vendant sur l’or à découvert pour faire baisser le prix de ce métal et ainsi protéger la valeur de leur monnaie (voir Paul Craig Roberts pour les preuves). En outre, la situation de l’emploi aux USA ne s’est jamais remise de la crise financière de 2008 et les salaires n’en finissent pas de baisser depuis lors, mais le gouvernement continue à publier des statistiques économiques trafiquées pour camoufler cette réalité. Entretemps, des signes nettement visibles montrent que la police – fortement militarisée – se prépare à faire face à toute velléité de révolte ouverte.

Deux pentes savonneuses

Comme nous l’avons montré, les revenus de l’empire sont devenus négatifs : il suffit donc qu’il s’enfonce de plus en plus dans sa dette pour diminuer sa présence dans le monde d’un tiers par décennie. Il existe deux manières de sortir de cette situation : une rapide et douloureuse, une lente et encore plus douloureuse.

La voie rapide implique que les États-Unis reconnaissent la réalité de la situation et passent par pertes et profits leurs aspirations impériales, comme l’a fait l’URSS en 1989/90. Il faut bien comprendre que c’est la crainte d’une intervention militaire qui pousse la plupart des pays à plier le genou devant l’empire, c’est-à-dire à continuer de financer sa dette en achetant ses dollars bidon. Si ce mode de fonctionnement s’arrête, les impressions sauvages de la planche à billets de la FED déclencheront une hyper inflation qui fera s’écrouler le château de cartes financier sur lequel repose la faculté de dépenses US, et l’empire s’effondrera avec son économie, comme l’a fait l’URSS au début des années 1990.

La seconde option est cependant la plus vraisemblable, car elle n’implique aucun ajustement majeur (peu probables dans les deux cas). Voyez-vous, même dans son agonie, l’URSS a été un peu mieux gouvernée que ne le sont les USSA, incapables de prendre des décisions quelles qu’elles soient. Donc, cette option consiste simplement à garder le sourire, à continuer de gesticuler, à emprunter toujours plus et à dépenser jusqu’à ce que l’empire soit totalement dissout. Vu l’état actuel des choses, cela ne pourra pas prendre plus de deux décennies. Notez que cette prévision se base sur un scénario linéaire, qui ne prend pas en compte les réactions positives susceptibles d’accélérer le processus. Une réaction positive signifie que, dans un empire déjà réduit, davantage de pays pourraient oser s’émanciper de l’hégémonie du dollar et rendre ainsi d’autant plus difficile le financement de la dette impériale, et ceci à un rythme de plus en plus soutenu. Ces réactions positives n’étant pas linéaires, elles sont plus difficiles à évaluer.

Mais un moment pourrait arriver, bien avant que l’empire ait totalement disparu, où l’absence de scepticisme nécessaire pour empêcher les finances US de plonger dans l’abîme cessera d’être possible, quels que soient le volume et l’intensité des propagandes, des distorsions de marchés, des sourires de loup dans la bergerie des représentants US à l’étranger ou de leurs gesticulations devant les caméras des télévisions nationales. Nous avons donc deux hypothèses. La première est objective et se fonde sur les données fournies par le gouvernement US lui-même : deux décennies ou moins. Mais nous ne manquons pas de matière pour échafauder une seconde hypothèse, subjective, soit n’importe quand entre ce soir et dans deux décennies ou moins.

En vous basant sur les estimations présentes, il vous est loisible d’être aussi objectif ou subjectif que vous voulez. Mais, si votre faveur va à la « version longue » supposant la domination continuée du dollar et si votre horizon va au-delà de 2034 (ou moins), il y a une forte chance pour que vous soyez stupide. De même, si vous pensez que l’OTAN va venir à votre secours dans plus d’une décennie, reconsidérez tout de suite votre politique de « défense », parce que l’OTAN cessera d’être opérationnel en même temps que l’empire US. Récemment, le président Obama a dispensé ce qui, venant de lui, ressemblait à un ordre avisé : « Ne faites pas de conneries. » Vous pourriez essayer d’obéir à cet ordre et je suis là pour essayer de vous y aider.

Sources / http://cluborlov.blogspot.be/2014/10/peak-empire-take-two...

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades.

Voir aussi, du même auteur  :

http://www.les-crises.fr/les-cinq-stades-de-l-effondrement/

Un entretien avec D. Orlov sur Le Sauvage (3 septembre 2014)

http://www.lesauvage.org/2014/09/un-entretien-avec-dmitry...

 

10. dmitry orlov.jpgDmitry Orlov, né à Léningrad en 1962, émigré aux États-Unis à l’âge de 12 ans, est un ingénieur qui écrit sur le déclin économique, écologique et politique des États-Unis et sur leur effondrement potentiel. Par ses multiples visites dans son pays natal à la fin des années 1980 et au début des années 1990, il a été témoin de l'effondrement de l‘URSS. En 2005 et 2006, il a écrit plusieurs articles comparant l'effondrement non-préparé des États-Unis et de l'URSS, sur des sites internet liés au pic pétrolier. Il s’exprime couramment sur ses deux blogs, l’un en anglais, http://cluborlov.blogspot.com/, l’autre en français, http://www.orbite.info/traductions/dmitry_orlov/ .

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont un traduit en français.

Dmitry Orlov et son épouse ont bazardé leur maison, vivent désormais sur un bateau équipé de panneaux solaires, le Hogfish (c’est notre en-tête d’aujourd’hui), et ne se déplacent plus sur terre qu’à bicyclette.

(Pour les curieux : Un hogfish est un poisson-porc, qui s’appelle ainsi parce que la tête du mâle ressemble à un groin de cochon.)

 

*

Des histoires de « budget », de « dette » et de  « PIB », il y en a partout. En France, par exemple :

 Budget 2015 : Kollasmosoma Sentum…

Georges Stanechy – À contre courant

4 novembre 2014

« Le système économique ne s’autorégule pas et, s’il n’est pas orienté, il sera incapable de transformer notre pauvreté actuelle en abondance possible. »
J. M. Keynes (1
)

 

11. bankster-mamalinga.jpeg

Imprononçable !

"Kollasmosoma sentum"…

Nom d’une "nouvelle guêpe" dont l’envergure ne dépasse pas 2 millimètres. Découverte en 2010, en Espagne dans la province de Grenade, puis dans les environs de Madrid.

Dans leurs travaux quotidiens, les spécialistes la dénomment en abrégé : "K. Sentum". L’inscrivant en 2012, telle une nouvelle étoile, dans le classement officiel des 10 nouvelles espèces de notre planète par l’Institut International spécialisé dans la recherche d’espèces nouvelles de l’Université de l’Arizona (Arizona State UniversityInternational Institute for Species Exploration).

Lire la suite…

 

Source : http://stanechy.over-blog.com/2014/11/budget-2015-kollasm...

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Il paraît que cela porte bonheur…

 

 

 

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Où Voltaire en prend pour son  grade :

Offensive contre le Code du Travail : nous sommes en 1775...

Rosa LLORENS

Le Grand Soir – 4 novembre 2014

 

12. Braudel.jpgDans Le Monde Diplomatique de novembre, Gilles Balbastre, co-auteur des Nouveaux Chiens de garde, en 2012, revient sur les attaques contre "la rigidité du Code du Travail" et les initiatives, de droite comme de "gauche", pour le détricoter, qui se succèdent depuis 1980. Mais il faut remonter plus loin.

La France a déjà connu une période d’offensive massive, de la part des élites, économiques et médiatico-intellectuelles, contre toute forme de réglementation de l’économie et du travail : c’était au XVIIIème siècle, et les publicistes libéraux d’alors s’auto-proclamaient "Philosophes" (selon la logique bien connue du TINA :

la Raison veut qu’on déréglemente...). Ce terme mystificateur, les programmes de lettres de l’Education Nationale prennent bien garde de l’éclairer. Pourtant, cette "Philosophie" a, au XVIIIème siècle, un sens très précis : elle désigne la théorie libérale anglaise (cf cette œuvre de Voltaire au curieux titre double : Les Lettres Philosophiques OU Lettres Anglaises, de 1734), dont on aime à retenir le volet politique (attaques contre l’absolutisme, contre le pouvoir de l’Église), mais dont on oublie le volet principal, ou plutôt le socle, le libéralisme économique.

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Source : http://www.legrandsoir.info/offensive-contre-le-code-du-t...

 

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Et qui ne voudrait retrouver Jean Ziegler, en chair, en os et en verbe, sur un sujet pareil :

 

Malthus et Ricardo : l’origine du fantasme oligarchique de la dépopulation mondiale

Dalil Agar – Cercle des Volontaires

6 novembre 2014

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La chaîne ARTE diffuse, jusqu’à début novembre une série documentaire sur le capitalisme dont nous avions déjà évoqué les deux premiers épisodes dans un précédent article. Les épisodes 3 & 4 sont disponibles en replay jusqu’au 16 décembre 2014. Le troisième épisode est consacré à la pensée de deux économistes du 19ème siècle : Thomas Malthus et David Ricardo.

Lire la suite…

Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/11/06/malthus-ric...

 

 

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Dernière minute :

 

« Quand deux pauvres s’entraident, le Bon Dieu rit » dit un vieux proverbe liégeois. Ceux-là n’ont pas le même. Lequel rit ? Les deux ? Pour les humains, ça va, merci.

 

Le Venezuela accueille 119 étudiants palestiniens

Réseau International– 8 novembre 2014

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 119 étudiants palestiniens viennent d’arriver au Venezuela en tant que boursiers du “programme Yasser Arafat 2014” pour y suivre des études de Médecine Intégrale Communautaire à l’École Latino-américaine de Médecine “Dr. Salvador Allende”(ELAM). Pour l’heure près de 50 mille jeunes vénézuéliens et latino-américains se forment en médecine intégrale communautaire à l’ELAM, parmi lesquels 17 mille sont déjà diplômés, 20 mille sont en cours de formation et 18 mille en phase préparatoire.

Le président Maduro, qui a accueilli les étudiants durant la remise de 114 logements publics à des secteurs populaires de Petare (État de Miranda), a confirmé que les programmes de bourses d’études pour les jeunes palestiniens vont être multipliés dans tous les domaines de la connaissance, et que les divers ministères et institutions concernés travaillent en ce sens. “L’objectif du gouvernement bolivarien est d’offrir des bourses d’études à un millier de jeunes palestinien(ne)s. Ici se trouve le futur de la Palestine (…). La Palestine ne s’est pas laissée anéantir, elle a refusé de mourir, elle a résisté, elle vivra et elle vaincra, nous en sommes certains (…) Aujourd’hui, la Palestine s’est inscrite dans le coeur du Venezuela, nous avons beaucoup d’admiration pour le peuple palestinien et ceci est un modeste pas pour dire qu’il est possible de concrétiser la solidarité”.

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Le président bolivarien a reçu l’olivier de nacre réalisé par des artisans palestiniens de Bethléem. “Nous apportons la bénédiction de la Terre Sainte de Bethléem au Venezuéla de la part de notre président Mahmoud Abbas” a déclaré l’ambassadrice de Palestine au Venezuela, Linda Sobeh Ali (photo ci-dessus), qui a également remis à Nicolas Maduro le drapeau de l’État palestinien : “nous vous remettons le drapeau de notre pays parce que nous savons que vous en prendrez soin de la même manière que le fera le peuple vénézuélien.”

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Source: VenezuelaInfos

Via : http://reseauinternational.net/venezuela-accueille-119-et...

http://voiebolivarienne.wordpress.com/2014/11/07/le-venez...

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14. N.Y. in ruins LIVRES.JPG

 

15. positif.jpg

 

 

Dmitry ORLOV

Absolument positif

Format Kindle 400 KB

Version imprimée : 174 pages

 

 

Du même auteur, en anglais :

 

  • Reinventing Collapse : The Soviet Example and American Prospects, New Society Publishers,‎ 2008 
  • Absolutely Positive, Dmitry Orlov,‎ 2012, 138 p.
  • The Five Stages of Collapse : Survivors' Toolkit, New Society Publishers,‎ 2013, 288 p.

 

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 Edward GIBBON

Histoire du déclin et de la chute de l'empire romain -Tome I : Rome de 96 à 582

Paris, Robert Laffon, 2010

Collection Bouquins – 1187 pages

 

 

 

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Lucien JERPHAGNON

Histoire de la Rome antique: Les armes et les mots

Poche « Pluriel » - 2010

620 pages

 

 

 

 

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Saïd BOUAMAMA

Figures de la Révolution africaine – De Kenyatta à Sankara

Zones – 2014 – 224 pages

Format Kindle 962 KB

 

 

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Une fois n’est pas coutume :

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Musique

Un site que nous aimons et qui pourrait vous réserver d’agréables surprises :

20. bande Onkelinx.png

 

C’est là :

http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2014/11/05/thoma...

 

 

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Mis en ligne le 8 novembre 2014.

 

 

 

 

 

19:15 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/11/2014

Qui prétend que Nadine de Rothschild n’a jamais servi à rien ?

1. Bateau vert-éco.JPG

Qui prétend que Nadine de Rothschild n’a jamais servi à rien ?

Elle fait même des émules…

Vous souvenez-vous de quand le Palais Royal et l’Avenue de l’Opéra sont devenus japonais ? De quand Trafalgar Square et le West End sont passés aux mains des émirs du Golfe ? Eh bien, c’est le tour de Manhattan et de Miami de devenir propriété d’oligarques russes.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que ces milliardaires en biens mal acquis ont des filles, qui se lancent, elles, principalement, dans le business de l’art et s’achètent des pied-à-terre new-yorkais de 88 millions de dollars comme vous vous payez une toile aux Champs le samedi soir.

Ces oligarchettes parvenues, même pas trentenaires, ont presque toutes fait leurs études « à l’Ouest » et veulent aussi y jouer leur rôle d’« élite » (Eleanor Roosevelt n’est pas loin). Une d’entre elles s’est même mise à théoriser sur la manière de régenter ses domestiques, et ce n’est pas triste.

Visite guidée.

Baibakova (Maria), 29 ans, fille d’Oleg Baibakov, magnat du métal devenu milliardaire en deux (mettons trois) coups de cuillère à pot sous Eltsine, aujourd’hui « diversifié » dans l’immobilier international.

Elle a fait ses études supérieures à Harvard, à Barnard, et quand elle s’est mise à l’art (moderne !), elle a fait des stages chez Sotheby‘s, à la Mike Weiss Gallery de Chelsea et s’est même payé un master’s degree au Courtauld Institute of Art, toujours de Londres, qu’elle décrit comme « une académie de gauche très anti-marché ». Elle se défend d’être une fille-à-papa élevée au caviar et rappelle même volontiers avoir fait une fois, quand elle avait trois ans, la queue pour du pain avec sa mère. Les deux orphelines de La porteuse de pain, Merci pour ce moment ne sont rien en comparaison, c’était sous Gorbatchev. Heureusement, papa a su assez vite mettre la main sur Norilsk Nickel, un gigantesque complexe métallurgique du nord de la Sibérie, construit par les esclaves du goulag, et envoyer femme et fille – de dix ans – résider dans le New Jersey.

À peine terminées ses études d’art, Maria, par le biais d’une société qu’elle a fondée, « Baibakov Art Project », s’est acheté, fin 2008, une ancienne chocolaterie moscovite, dont elle a fait un « espace d’art à but non lucratif » (voir Arundhati Roy pour les explications techniques), et l’a baptisé Octobre rouge (où y’a de la gêne…). Elle y a aussitôt organisé quelques expositions tape-à-l’œil, qui ont fait écrire au New Yorker que si quelqu’un devait devenir un jour la Peggy Guggenheim de Russie, ce serait Baibakova.

De ce tremplin, l’héritière-mécène s’est diversifiée dans le business artistique, pour le coup plutôt lucratif, tous azimuts. C’est ainsi que c’est par une indiscrétion de http://baibakovartprojects.wordpress.com/ qu’on a su qu’à la FIAC de Moscou, qui s’appelle COSMOSCOW, a été vendu, fin septembre, par la galerie Michael Werner de New York et Londres, « à un collectionneur russe dont le nom n’a pas été divulgué », le Portemanteau aux coquilles d’oeufs, de l’artiste belge Marcel Broodthaers, pour la somme de 2 millions de dollars,  S’il n’était mort en 1976, Broodthaers serait épaté lui-même de la vogue post mortem de ses fines plaisanteries.

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Broodthaers : Portemanteau aux coquilles de moules.

 

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Son œuvre la plus célèbre : Casserole de moules rouge.

 

Ah oui : Maria siège aussi aux conseils d’administration du Lincoln Center, de la Tate, du Guggenheim et de son alma mater, Barnard. Elle a collecté des fonds pour contribuer à l'élection de Barak Obama et fait partie évidemment, dans son  pays d'origine, du peloton de tête des «résistants à la tyrannie de Vladimir Poutine». Elle est à la tête de cinq résidences (elle dit trois par modestie) - à New York, Londres, Moscou, Cannes et Miami – où elle s’escrime à diriger une « armée » de domestiques (entre 50 et 60), dont vous n’imaginez pas les soucis qu’elle lui donne. Altruiste, la nouvelle Peggy Gugenheim-Nadine de Rothschild a tenu à faire profiter les autres maîtresses de maison de son savoir-faire. Mais – attention ! - en s’adressant uniquement « aux femmes qui travaillent, pas aux ménagères lambda ».

 

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Elle a résumé tout cela dans un article de 2000 mots, qui a paru le 29 septembre dans le Tatlers en russe (oui, ça existe), article qui a fait et qui fait encore des vagues chez les légions d’aspirants milliardaires de l’Internet russe et qui commence, grâce à Buzzfeed, à en faire sur l’Internet U.S.

 

Treize tuyaux sur la manière de bien diriger sa domesticité.

par Maria Baibakova – The Tatler’s de Moscou29.9.2014

(Pour la manière de bien voler ses maîtres, la valetaille se reportera aux conseils de feu M. Jonathan Swift)

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    ● Ne leur permettez pas de s’asseoir à la table du dîner

● Pour les diriger, assurez-vous les services d’un maître d’hôtel hors de prix (200.000 $ par an minimum).

●  Ne les laissez pas porter des vêtements de couturiers.

●  Il vaut mieux qu’ils aient une porte d’entrée séparée.

●  N’engagez pas de Philippines.

● … pour résumer : faites en sorte qu’ils sachent se tenir à leur place.

 

1. – Procurez-vous une dizaine de catégories de domestiques.

6. team of servants.JPG

La bonne tenue d’une maison repose sur des administrateurs, des gouvernantes, des cuisiniers (ou cuisinières), des agents de sécurité, des jardiniers, des chauffeurs, des nounous, des préposé(e)s à l’entretien, des organisateurs de soirées, et des responsables de votre garde-robe. (Ma camériste gère ma garde-robe sur Pinterest, parce que je vis dans trois foyers différents).

 

2. – Engagez un maître d’hôtel à 200.000 $ par an pour les diriger tous.

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Si vous n’avez pas de maître d’hôtel, il vous faudra faire vous-même tout ce qu’ils font d’habitude. Quand vous aurez vécu cette expérience, vous ne vous demanderez plus pourquoi ce genre de spécialiste est si bien payé. Soit dit en passant, si vous avez une entrée principale et une entrée de service, comme c’est le cas dans toute maisonnée importante qui se respecte, les deux seuls membres de votre personnel qui aient le droit de passer par la porte principale sont le maître d’hôtel et la gouvernante.

 

3. – Instaurez un code déontologique pour diriger votre « armée » de serviteurs.

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La véritable direction d’une maisonnée doit toujours obéir à une étiquette, d’une part parce que c’est efficace et confortable, d’autre part parce qu’il ne faut pas que cela empiète sur vos prérogatives et qu’il ne faut pas non plus que cela rende les choses difficiles pour personne. L’étiquette est l’arme d’une maîtresse de maison expérimentée et la domesticité est son armée.

 

4. – N’engagez surtout pas de Philippines. Ce serait une grossière erreur.

9. No Philippinas.JPG

C’est, j’en suis sûre, la chose à ne pas faire. Nous avons tendance à oublier trop facilement que, bien qu’ils ne parlent pas russe, ils ne sont quand même ni sourds, ni sots ni aveugles. Ils comprennent tout et sont particulièrement à l’écoute de mes disputes avec mon mari ou mes amies. Et leur incapacité à s’exprimer dans votre langue veut dire que vous devrez leur servir de bonniche ou de traductrice. Par exemple, une Philippine n’ira pas,  elle-même, s’acheter des provisions de bouche au magasin. C’est votre chauffeur qui devra y aller pour elle et les mettre dans son frigo. Et c’est vous-même qui devrez décrire ses fréquentes migraines au docteur.

 

5. – Débarrassez-vous des domestiques indésirables de façon aussi expéditive que possible.

10. Dispose of - dans sa penthouse à miami.JPG

Puisqu’on parle de licencier : la chose doit être faite sans tarder, par une expression claire des raisons du renvoi, sans excuses ni larmes, en se conformant aux lois et contrats en vigueur (en payant deux semaines de salaire par exemple), et – ceci est important – en présence de témoins. Attention : le ou les témoins doivent être du même sexe que la personne licenciée. C’est ainsi que les connotations sexuelles sont légalement exclues du processus dans certains pays.

 

6. – Si vous licenciez différemment (de la mauvaise manière), assurez-vous que ceux que vous renvoyez ne sont pas sans papiers.

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Une famille arabe aisée de Londres a engagé une servante indonésienne. Elle a travaillé pour eux pendant quinze ans et les a volés tout le temps. Ils l’ont virée sur le champ mais pas de la bonne manière : sans témoins, par une conversation avec la maîtresse de maison. L’Indonésienne les a poursuivis en justice, ce qui a fort compliqué les choses pour eux, parce que l’ex-servante avait été engagée illégalement. La famille arabe a dû trouver des moyens de se justifier quand la Cour  a voulu savoir s’ils lui avaient bien pris son passeport et l’avaient gardée toutes ces années à Londres contre son gré, comme elle le prétendait. Comment pouvez-vous poursuivre – et commencer par trouver - une femme de chambre moldave qui vous a dérobé les boucles d’oreilles en diamants de votre grand-mère ? Comment pouvez-vous, en Amérique, poursuivre une nounou russe qui menace de vous dénoncer parce que vous engagez des illégaux ?

 

7 – Si vous avez accusé à tort une domestique de vous avoir volée, excusez-vous pour la forme.

12. Apologize insincerely.JPG

Si vous vous rendez compte que vous avez mal traité votre personnel, disons en accusant votre bonne de choses terribles (puis retrouvé les cuillères que vous croyiez qu’elle avait volées), vous pouvez et devez vous excuser.Mais ne versez pas de larmes de repentir sur son épaule - « Ah, Olenka, pardonnez-moi pour l’amour de Dieu ! » -. Dites plutôt : « Olga, il y a eu un malentendu. Je vous prie de m’en excuser. » Point barre.

 

8 – Ne traitez pas vos domestiques comme des membres de votre famille.

13. with margarita zimmerman.JPG

Maria ici en compagnie de la mezzo-soprano Margarita Zimmerman, aujourd'hui gouvernante chez les Vuitton.

Rien de bon n’en sortira jamais. En faisant cela, vous perdez une bonne servante et vous ne gagnez ni une sœur ni une amie. Et cela, bien que la tentation soit grande, parfois, de faire de votre soubrette une confidente ou une sorte de parente pauvre mais gentille.

 

9 – Vos domestiques ne sont pas dignes de votre colère.

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Ce n’est pas seulement parce que ce n’est pas éthique (bien que ce le soit, évidemment), c’est que nous ne devons exprimer nos plus fortes émotions qu’en présence de nos égaux. Si vous réagissez trop violemment à un grain de poussière sur le pied d’un verre en Baccara, bien sûr, un peu plus tard, votre conscience vous le reprochera. De là à capituler, il n’y a qu’un pas. Et vous voilà en train de pleurer dans les bras l’une de l’autre, et votre servante devient presque une amie, mais personne ne sait toujours comment bien essuyer la poussière sur les verres.

 

10 – Ne laissez pas vos domestiques s’asseoir avec vous à la table du dîner.

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La seule personne qui doive être autorisée à s’asseoir à table avec vous est le précepteur de votre fils. Un garçon doit être élevé par un homme et, à l’évidence, il faut qu’il le respecte, sinon il ne l’écoutera pas. Si votre fils ne sent pas que vous respectez son maître, il vous sera impossible de l’exiger de lui. Cette règle ne s’applique pas à la femme qui élève votre fille.

 

11 – Ne laissez pas votre servante porter vos toilettes de grands couturiers : elle oubliera qui est la patronne.

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Qu’y a-t-il de mal à cela ? penserez-vous. Vos pantalons Prada sont vieux de deux saisons et Lusya serait si contente de les avoir. À première vue, ceci paraît logique, mais en fait, vous avez franchi une ligne qu’il ne fallait pas franchir. Votre servante se déplace dans votre maison, seule, dans vos vêtements ? Il vous faudra faire un effort pour vous rappeler qui commande. Vous pouvez faire une exception pour une nounou qui a travaillé des années pour vous et qui a une fille. Si sa fille fait un malheur au bal de son collège avec vos vieilles Louboutin, pas de problème. L’essentiel est que ça ne se passe pas dans votre maison.

 

12 – Ne fréquentez pas vos domestiques. Il faut qu’ils sachent où est leur place.

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Le soir, vous éprouvez le désir insurmontable de partager les petits événements du jour avec votre servante… vous lui envoyez des textos de votre yacht pour lui dire à quel poin,t votre belle-mère vous tape sur les nerfs… ou quand vous revenez de la Semaine de la Mode, vous ne pouvez vous empêcher de lui raconter que Riccardo Tucci vient une fois de plus d’épater tout le monde… À force de recevoir tant de confidences à faire tourner la tête, votre servante finira par avoir l’impression qu’elle fait partie de votre monde et pas du sien. Dans ce monde, prendre les poussières et aspirer les tapis est impensable.

 

13 – Apprenez à tout faire vous-même. Ainsi, vos domestiques ne pourront pas vous soumettre au chantage en menaçant de vous quitter.

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Vous ne savez pas quoi utiliser pour nettoyer le four, comment faire le lit, comment servir à table. Pour que cela n’arrive pas, apprenez à tout faire vous-même. Ainsi, vous ne vous sentirez pas perdue, si une de vos servantes s’essaie au chantage en menaçant de s’en aller.

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

 

*

Moralité : Si vous envoyez vos enfants dans des écoles chic et chères où s’éduquent les milliardaires, vous risquez de ne pas en avoir pour votre argent.

*

Devant le tollé qu’elle a soulevé Outre-Atlantique, l’imprudente a dû s’excuser. Ce qu’elle a fait sans élégance excessive en chargeant la barque de ses traducteurs : « Je suis horrifiée de voir ce que sont devenus mes propos en anglais». Ceux qui les ont lus en russe disent que, dans la langue d’origine, c’est pire…

 Brèves de comptoir Internet à l’américaine :

1.  Pourquoi est-ce qu’en lisant ça, je pense à Robespierre ?

2. Il faudrait qu’on reprenne toute son éducation à zéro, qu’on lui fasse faire un stage comme servante.

3. Pour quoi faire ? Filez-lui 3 mètres de corde et une chaise. Pas besoin de l’éduquer pour ça !

4. Voilà un museau qui cherche une brique.

5. Une balle dans la tête à cette garce !

6. Quand elle se fera mitrailler au fond d’une cave, il y en aura encore qui se demanderont pourquoi.

7. Il est où, Lénine, quand on a besoin de lui ?!

8. Et les bolcheviques, où ils sont passés ?

9. Elle en a oublié un : 14. – S’ils se plaignent de ne pas avoir assez de pain, qu’ils bouffent du gâteau !

Etc. etc. Bien sûr, il y en a une aussi qui dit :

10. Je la comprends. C’est vrai que du personnel de maison, ça se dirige comme une société. Moi, si j’étais à leur place, j’aimerais être dirigée de cette façon-là. Au moins, on sait où on va.

On trouve de tout sur Internet.

 

*

Au club de l’élite spatiale

(suite en quelque sorte)

Il y a un mois d’ici, le New York Times a publié une caricature, qui tournait en dérision le programme spatial de l’Inde, dont la navette Mars Orbiter Mission, venait d’être capturée avec succès par la gravité de la planète rouge.

 

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Les habitants de ce troisième membre des BRICS ont estimé, non sans raison, que le petit mickey du New York Times était ouvertement raciste. Au point que le canard US a dû s’en excuser. (Sur sa page Facebook, il ne faut pas exagérer.)

Or, voici que le 30 octobre – mardi dernier – est arrivée, au décollage de la fusée US Antarès, la mésaventure que l’on sait.

Et l’Hindustani Times a pu déguster, même pas froid, le plat délicieux de la vengeance :

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Ce n’est pas très charitable de se moquer des malheurs des autres, mais personne ne prétend l’être :

NASA - Un petit pas avec l’Ukraine, un grand pas vers la catastrophe.

 

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Ce qui devait arriver est arrivé. Après des années de coopération dans les technologies de l’Espace, la NASA s’est retrouvée, à cause des sanctions, contrainte du jour au lendemain de se passer de la Fédération de Russie. L’heure est à la recherche de moyens de ne plus dépendre de « l’ennemi ». Or, pour ce qui concerne l’espace, plus que partout ailleurs, la dépendance est énorme, et apparemment, les décideurs de Wasgington n’en ont pas réellement conscience.

 

22. NASA trampoline.jpg

Lire la suite…

Source : http://reseauinternational.net/nasa-petit-pas-lukraine-gr...

*

À part ça…

5e colonnes

ou

Pendant les guerres, les petites magouilles de l’Empire continuent

En Russie

Nous sommes abonnés – personne n’est parfait – à une lettre d’information qui se dit anarchiste. Hier,  nous avons, de Pologne, reçu cet émile :

 

L’aube de la liberté ?

 

Le 30 octobre, Jour des Prisonniers Politiques en Russie, six personnes se sont rendues place Loubianka, à Moscou. Elles ont déroulé une grande banderole qui disait « Liberté pour les prisonniers politiques » et ont scandé des slogans tels que « Nous voulons une Russie sans Poutine ! », « Longue vie à Maidan ! », « Russie prison du Peuple ! » et «  À mort l’empire fasciste de Poutine ! ».

 

Personne n’a été arrêté. Peut-être est-ce la raison pour laquelle www.grani.ru a donné à la manifestation le titre d’Aube de la liberté. Je ne suis pas aussi optimiste, à moins que le visage  bouffi de Poutine, ces temps derniers, ne soit la conséquence d’un traitement contre le cancer qui ne lui laisserait plus que quelques années à vivre.

 

Vidéo de la manifestation : http://grani.ru/Politics/Russia/activism/m.234537.html
1er novembre 2014

Kuba Waskowski

 

Des anars à gages à c’t’heure ? On n’arrête pas le progrès.

Mais « six personnes » pour une manif… on dirait que les fonds baissent.

Quant aux deux pandores moscovites, ce n’est pas à Sivens qu’on verrait des mollassons pareils.

 

*

 Restons dans les parages :


Voici pourquoi les Russes veulent réglementer sévèrement les ONG étrangères

Jeudi 30 octobre 2014 – Vineyard of the Saker

Qu’est-ce que vous dites de cette « surveillance » des droits humains ?

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« Une nouvelle tyrannie s’installe. Signez pour prendre position contre la politique répressive de PoutineHuman Rights Watch.»

Le fait est que les organisations occidentales de droits de l’homme sont au-delà du mépris. Certaines ne sont rien d’autre que des instruments politiques aux mains de l’Empire (Human Rights Watch), certaines grouillent d’espions occidentaux (Médecins sans frontières, les contrôleurs de l’OSCE), certaines sont dirigées par de cyniques bureaucrates, qui se servent de jeunes délégués idéalistes comme chair à canon (La Croix Rouge), certaines sont utilisées, à ses propres fins, par le big business (Greenpeace), alors que d’autres ne sont que des instruments quasi officiels de la CIA (NED, Freedom House, Open Society Foundation, etc.).

Ce qu’il y a de drôle ici, c’est que la photo n’a pas été prise en Russie, mais en Ukraine, et que les flics anti-émeute qu’on y voit portent des insignes d’unités du régime de Kiev. Mais qui s’en préoccupe de toute façon ? Ce n’est pas comme si « la vérité » était un sujet qui intéresse Human Rights Watch.

Le Saker

Traduction cl, pour Les Grosses Orchades

Source : http://vineyardsaker.blogspot.be/2014/10/this-is-why-russ...

*

Au Brésil

Manifestation anti-Roussef à Sao Paulo

 

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Aux cris de « Dilma dehors », quelque 2.500 personnes ont manifesté samedi à Sao Paulo pour exiger le départ de la présidente Dilma Rousseff, réélue dimanche dernier pour un second mandat, a constaté l’AFP.

Les manifestants brandissaient de grandes pancartes contestant la transparence du scrutin, critiquant les politiques du gouvernement et jugeant « corrompu » et « voleur » le Parti des travailleurs (PT) au pouvoir ainsi que l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, auquel Mme Rousseff a succédé.

Munis de drapeaux brésiliens, certains d’entre eux criaient des slogans contre Cuba ou agitaient des pancartes « contre le communisme ». D’autres demandaient même une « intervention de l’armée maintenant ». « Ce n’est pas la même chose qu’un coup d’Etat. Avec une intervention, les militaires mettraient de l’ordre », déclarait Carlos Cabala, un entrepreneur âgé de 50 ans.

« Nous demandons l’impeachment (destitution) de Dilma, nous sommes ici pour montrer notre rejet du PT », a expliqué à l’AFP Maria Lucia Monteiro, 61 ans, professeur.

Lire la suite…

Vidéo :

 http://rt.com/in-motion/201643-brazil-election-protest-ro...

Sources :

http://reunion.orange.fr/news/monde/bresil-des-manifestan...

http://rt.com/in-motion/201643-brazil-election-protest-ro...

 

Comme pour Ahmadinejad et Poutine, comme pour Maduro.

Bref, que du courant.

Il est vrai que le Brésil maintenu dans les BRICS ne doit pas donner à Washington l’envie de beaucoup rire.

 

*

On n’ose pas s’en réjouir tant ils vont le payer cher :

La troisième Intifada a commencé

 

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Les médias occidentaux osent à peine prononcer le mot, les «Israéliens» le nient obstinément, les Arabes l’ignorent, mais les faits sont là : la troisième intifada palestinienne, celle d’al-Qods, a déjà commencé.

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Source : http://reseauinternational.net/troisieme-intifada-eclate-al-qods/

*

Les lanceurs de pierre palestiniens risquent d’encourir 20 ans de prison en Israël

 

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Un jeune Palestinien lance une pierre lors d’une manifestation de protestation contre le vol de terres palestiniennes du village d’An Nabi Saleh pour agrandir la colonie sioniste de Hallamish (en arrière-plan).

 

04.10.2014 – Dimanche, le cabinet israélien a approuvé un amendement au code pénal israélien pour permettre que des sanctions plus sévères soient prises contre les Palestiniens accusés d’être impliqués dans des jets de pierre contre des cibles israéliennes.

Les nouvelles sections, qui seront ajoutées au code pénal israélien, permettront d’imposer une condamnation allant jusqu’à 20 ans de prison pour ceux qui seront accusés de jets de pierre ou autres objets sur des véhicules israéliens.

Lire la suite…

Source : http://reseauinternational.net/les-lanceurs-pierre-palest...

*

À propos des récentes élections de Kiev, dont nous n’avons pas à nous gausser, elles valent bien les nôtres.

Coup de gueule

des Grosses Orchades

 

Vu que même les internautes US se mettent à invoquer Robespierre, parlons-en, tiens, puisqu’aussi bien M. Philippe Grasset vient de le faire sur dedefensa.org, avec un article intitulé « La nouvelle RADA de Kiev, une foule de petits Robespierre camouflés » sans que personne saute au plafond devant tant d’ignorance, d’inconscience et d’irresponsabilité (quand on se pique d’informer les foules en leur parlant politique, un minimum de connaissances de base et de probité intellectuelle s’impose).

Or, non seulement personne – nous voulons dire aucun site – n’a réagi avec indignation, mais nombreux – hélas très nombreux - sont ceux qui ont reproduit l’insanité la bouche en cœur, sans sourciller. Entre autres :

niooze.fr

seenthis.net

scoop.it  (c.àd. koter, la gazette des étudiants de Louvain-la- Neuve, nos futures élites belgeoises. Joie ! Joie ! Pleurs de Joie !)

gagarinetimes.ch

oulala.net

praxion.org

zorgol.fr

réseaudepresse altermondialiste

le citoyen.org (front de « gauche » ?)

le blogue noir de Brocéliande, etc. etc. etc.

plus, hélas, Le Saker francophone

Un jour, on leur rebalancera Mein Kampf, et ils le feront avaler, fiers comme des petits bancs.

C’est à eux que ce coup de gueule s’adresse.

Que vous soyez ignares au-delà du supportable ne vous autorise pas, Messieurs les censeurs bien-pensants à la file indienne, à vous essuyer les pieds sur la figure du plus grand homme d’État de l’histoire – resté seul jusqu’à Fidel Castro, et seulement rejoint, non dépassé, par lui. Qui êtes-vous pour ériger votre ignorance crasse en étalon-or de ce qu’il convient de penser de ceux qui ont donné leur vie pour que vous soyez moins nuls. Est-ce leur faute s’ils ont raté leur coup ? On ne fait pas ce genre de choses in vitro. On les fait au milieu d’une foule – là pour le coup – de cellules cancéreuses voraces, vos semblables, vos frères (ou sœurs, soyons transgenre, c’est la mode).

Que le lynchage actuel de Vladimir Poutine par la tourbe du monde ne soit rien, mais alors vraiment RIEN, comparé au lynchage de Robespierre, qui dure depuis plus de deux siècles, car il a commencé de son vivant, ne frappe en rien votre manque absolu d’imagination et de conscience. Non, Robespierre-Poutine-même-combat, l’histoire-qui-se-répète et de façon si hallucinante, ne vous dit absolument rien. Curieux, non ? Vous ne voyez pas le rapport…

Nous avons fait part aussi poliment que possible à M. Grasset de notre surprise d’un tel faux-pas venant de lui. Pour bien faire, il devrait s’excuser. (La petite Baibakova l’a bien fait, elle, même si uniquement pour la forme et du bout des dents.) Car la vérité historique n’est pas seulement révolutionnaire, elle EST. Il n’est tout simplement plus acceptable qu’elle soit, à notre époque, ignorée à ce point-là. Il l’est encore moins que quiconque se permette de la piétiner, car c’est une agression meurtrière envers tous les humiliés et les offensés, quels et où qu’ils soient.

Nous ne dirons rien des Vendéens d’opérette qui n’en finissent pas, ne sachant quoi faire de leur cerveau reptilien, de geindre sur leur Shoah bicentenaire. Quand Dieudonné en aura fini avec l’autre, peut-être voudra-t-il s’y coller. Après tout, il est breton. Même si naître à Fontenay vous rapproche plus de Léautaud que de Charrette.

Bravo en tout cas au Cercle des Volontaires, au Grand Soir, à Moadab, à Réseau International, à Sayed7Asan, à Serge Uleski et à ceux qui se sont abstenus de tremper dans cette mauvaise action, preuve qu’ils regardent où ils mettent les pieds et qu’ils réfléchissent à ce qu’ils font !

Pour ce qui est du Saker Francophone, il faut bien sûr continuer d’y lire les traductions du Saker… et trier sérieusement le reste. Après tout, le libre examen n’a pas été inventé pour les chiens. TRIER, donc, car il est inadmissible d’utiliser, derrière son dos, la caution morale du Saker, pour faire passer des notions indéfendables dont il n’a même pas connaissance, qui seraient pardonnables venant de lui, étant données les distances géographiques et autres, mais dont il se garde bien, justement.

En attendant que vous ayez les couilles de faire enfin à Robespierre le procès qu’il n’a jamais eu – pas une farce à la Hossein : en vrai ! – jetez un œil à votre portrait et essayez de nous étonner en faisant votre examen de conscience ou votre autocritique, selon vos goûts respectifs.

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En-dehors de ces deux camps, et les tenant tous deux en respect, se dressait un homme, Robespierre.

Au-dessous se courbaient l’épouvante, qui peut êre noble, et la peur, qui est basse. Sous les passions, sous les héroïsmes, sous les dévouements, sous les rages, la morne cohue des anonymes. Les bas-fonds de l’Assemblée s’appelaient la Plaine. Il y avait là tout ce qui flotte ; les hommes qui doutent, qui hésitent, qui reculent, qui ajournent, qui épient, chacun craignant quelqu’un. La Montagne, c’était une élite, la Gironde, c’était une élite ; la Plaine, c’était la foule. La Plaine se résumait et se condensait en Sieyès.

Sieyès, homme profond qui était devenu creux. Il s’était arrêté au tiers-état et n’avait pu monter jusqu’au peuple. De certains esprits sont faits pour monter à mi-côte. Sieyès appelait tigre Robespierre qui l’appelait taupe. Ce métaphysicien avait abouti, non à la sagesse, mais à la prudence. Il était courtisan et non serviteur de la Révolution. Il prenait une pelle et allait, avec le peuple, travailler au Champ de Mars, attelé à la même charrette qu’Alexandre de Beauharnais. Il conseillait l’énergie dont il n’usait point. Il disait aux Girondins : Mettez le canon de votre parti. Il y a les penseurs qui sont les lutteurs ; ceux-là étaient, comme Condorcet, avec Vergniaud, ou, comme Camille Desmoulins, avec Danton. Il y a les penseurs qui veulent vivre. Ceux-là étaient avec Sieyès.

Les cuves les plus généreuses ont leur lie. Au-dessous même de la Plaine, il y avait le Marais. Stagnation hideuse laissant voir les transparences de l’égoïsme. Là grelottait l’attente muette des trembleurs. Rien de plus misérable. Tous les opprobres, et aucune honte ; la colère latente ; la révolte sous la servitude. Ils étaient cyniquement effrayés ; ils avaient tous les courages de la lâcheté ; ils préféraient la Gironde et choisissaient la Montagne ; le dénoûment dépendait d’eux ; ils versaient du côté qui réussissait ; ils livraient Louis XVI à Vergniaud, Vergniaud à Danton, Danton à Robespierre, Robespierre à Tallien. Ils piloriaient Marat vivant et divinisaient Marat mort. Ils soutenaient tout jusqu’au jour où ils renversaient tout. Ils avaient l’instinct de la poussée décisive à donner à tout ce qui chancelle. À leurs yeux, comme ils s’étaient mis en service à la condition qu’on fût solide, chanceler c’était les trahir. Ils étaient le nombre, ils étaient la force, ils étaient la peur. De là l’audace des turpitudes.

De là le 31 mai, le 11 germinal, le 9 thermidor, tragédies nouées par les géants et dénouées par les nains.

Victor Hugo, Quatre-Vingt Treize

 

Peu importe qu’il se plante sur à peu près tous ceux qu’il nomme. C’était inévitable à son époque, et son tableau d’ensemble est juste.

Quelques rappels de jugements, non pas à l’intention de ceux qui se bousculent pour jeter avant les autres leur pierre au bouc-émissaire, mais pour les jeunes à qui l’Éducation Nationale (on sait ce qu’elle est devenue) n’apprend rien de ce qu’ils devraient savoir :

 

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« Vous lui reprochez d’avoir gouverné par la persuasion »

Saint-Just

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« On a tant calomnié cet illustre martyr de l'égalité, qu'il est du devoir de tout écrivain honnête de consacrer sa plume à en venger la mémoire. »

Philippe Buonarroti

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« Ils l'ont noyé dans le sang qu'ils avaient tiré pour le perdre. »

Lamartine

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« De tous les terroristes, Robespierre fut le plus humain, le plus ennemi par nature et par conviction des apparentes nécessités de la Terreur. Cela est assez prouvé aujourd'hui, et on ne peut pas récuser à cet égard le témoignage de M. de Lamartine. La réaction thermidorienne est une des plus lâches que l'histoire ait produites. À quelques exceptions près, les thermidoriens n'obéirent à aucune conviction, à aucun cri de la conscience, en immolant Robespierre. La plupart d'entre eux le trouvaient trop faible et trop miséricordieux. La veille de sa mort et le lendemain, ils lui attribuèrent leurs propres forfaits pour se rendre populaires. Soyons justes enfin, Robespierre est le plus grand homme de la Révolution et un des plus grands hommes de l'histoire. »

Georges Sand

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«Votre opinion sur Robespierre est au moins fort hasardée si elle n’est pas fausse ; les hommes d’État ne doivent pas être jugés d’après les règles ordinaires de morale. En 1793 et 1794, il s’agissait de sauver le corps social et s’il était prouvé que le chef des Jacobins n’eût fait dresser les échafauds de la Terreur que pour abattre les factions [et rétablir ensuite ce gouvernement royal que la France entière désirait], il serait injuste de regarder Robespierre comme un homme cruel et de l’appeler tyran ; il faudrait au contraire, voir en lui, comme dans Sylla, une forte tête, un grand homme d’État. Richelieu aurait fait plus que Robespierre s’il se fût trouvé dans une position semblable. »

Louis XVIII, en 1797 et en 1814.

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« Le plus grand homme de la Révolution n’a pas encore en France sa statue : c’est un monument expiatoire qu’il faudrait ! Il ne s’est pas trouvé un seul gouvernement républicain pour oser revendiquer sa mémoire. Plus clairvoyante, la haine des ennemis de la République n’a jamais désarmé. J’ai toujours pensé que la grandeur exceptionnelle est désignée à l’avenir par le flair acharné de l’ennemi, bien avant que les amis ne l’aient reconnue.»

Romain Rolland

[Les « amis » ?]

33. JeanJaures01.gif

« C’est une erreur de croire que Robespierre était une sorte de rhéteur épris d’idées générales et capable seulement de phrases et de théories. La forme de ses discours où il procède souvent par allusions, où il enveloppe volontiers de formules générales un exposé très substantiel et des indications ou des accusations très précises, a contribué à ce malentendu. En fait, il se tenait au courant de tous les détails de l’action révolutionnaire dans le pays tout entier et aux armées ; et avec une tension d’esprit incroyable, avec un souci minutieux du réel, il essayait de se représenter l’exacte valeur des hommes que la Révolution employait. Toujours aux Jacobins, il est prêt à redresser, par les renseignements les plus précis, les vagues allégations et accusations d’une démagogie querelleuse… Quelle âpre et dure vie d’aller presque tous les soirs, dans une assemblée populaire souvent houleuse et défiante, rendre compte du travail de la journée, dissiper les préventions, animer les courages, calmer les impatiences, désarmer les calomnies !... »

Jean Jaurès

 

« On ne sait si l'on doit rire ou pleurer de pitié en voyant ce concert universel de malédictions vomies par des vociférateurs à gages sur le cadavre d'un homme, dont ils font à leur manière et sans s'en douter, le plus bel éloge en le déchirant. Le plus plat gredin croit s'honorer aujourd'hui en lui donnant un coup de pied. Je connais tel de ces misérables qu'un regard seul de Robespierre vivant aurait replongé dans son élément : c'est-à-dire dans la boue... En général, c'est l'usage à Paris. Dès qu'on y tue un homme... on le calomnie après l'avoir assassiné.

Louis-François CASSAT

Tableau de la dernière quinzaine.

Lausanne, 16 août 1794.

 

Faut-il préciser que ces propos pourraient s’appliquer à Vladimir Poutine, qui se tient, nous semble-t-il, à mi-chemin entre Richelieu et Robespierre, à ceci près que Richelieu, pour le roi son maître, a envahi des pays et en a colonisé d’autres, ce que Robespierre n’eût jamais fait, c’était contraire à ses principes, et que Vladimir Poutine n’a pas fait non plus, quoi qu’en disent les clabaudeurs salariés. On peut dire en schématisant qu’il s’apparente au premier par sa politique intérieure et au second par sa politique étrangère, mais pas que.

Ces trois chefs d’état ont encore en commun leur amour des bêtes, qui n’est pas si courant, même ailleurs. Robespierre élevait des pigeons, Richelieu adorait les chats (il en avait 14 à sa mort, dont l’histoire a retenu les noms : Félimare, Lucifer, Ludovic-le-Cruel, Ludoviska, Mimi-Piaillon, Mounard-Le-Fougueux, Perruque, Rubis-sur-l'ongle, Serpolet, Pyrame, Thisbe, Racan, Soumise et Gazette). Outre fonder l’Académie, il a donné le goût des chats de compagnie aux Français. Vladimir Poutine aime les (très gros) chats, les chiens, les élans, les grues, les dauphins, les ours…  et les bébés-phoques. Au moins.

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Armand Duplessis, ses chats et le père Joseph

«  La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire. »

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« Je ne suis pas le défenseur du peuple. Je n'ai jamais prétendu à ce titre fastueux ; je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela, je ne veux être que cela; je méprise quiconque a la prétention d'être quelque chose de plus. »

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 « Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction de Dieu, nous ne devons pas oublier qu’il nous a créés tous égaux. »

 

Bref, quiconque essaie de regarder l’Histoire avec un peu de recul comprend que l’URSS a été le leg de Babeuf et Cuba celui de Robespierre. Il appartient à Vladimir Poutine, à Hassan Nasrallah, à Nicolas Maduro, à Evo Moralès, à Dilma Roussef, à Cristina Kirchner, à Rafael Correa et à d’autres, encore inconnus, de poursuivre dans cette voie, la seule qui ne soit pas de garage : aider leurs compatriotes et nous tous à sortir d’enfance avant qu’il soit trop tard.

 

*

 

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Livres

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Jonathan Swift

L’Art de voler ses maîtres

Bruxelles, Cosmopolis, 1946

123 pages

 

 

 

 

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Jonathan Swift

Instructions aux domestiques

Paris – Livre de Poche, 1959

287 pages

 

 

 

 

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Henri Guillemin

Silence aux pauvres

Paris – Arléa – 1989

119 pages

 

 

 

 

 

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Michèle Fogel

Marie de Gournay, itinéraires d’une femme savante

Paris - Fayard – 2004

420 pages

 

 

 

 

À propos de ce livre :

Comme François Furet, Shakespeare et Molière ont été des propagandistes à gages (et c’est Céline qu’on vitupère !) : ils ont calomnié pour des sous. Le premier : Macbeth, Richard III, Jeanne d’Arc. Le second : les femmes savantes et les précieuses, qu’il a décrétées ridicules pour amuser des puissants d’alors.

Marie de Gournay fut une de ces femmes savantes. Qui plus est : autodidacte.

À dix-sept ans, elle a lu les Essais de Montaigne et les a compris. Elle a aussi compris qu’elle préférait étudier, lire, écrire, traduire, éditer et rester célibataire (pour les femmes, on dit « vieille fille »). Montaigne fit d’elle sa « fille d’alliance », titre qu’elle porta toute sa vie avec fierté.

Elle ne fut pas seulement littéraire mais aussi politique. Elle soutint les jésuites, jusqu’au père Garasse, exclusivement, qui eut la mort de Cyrano de Bergerac et de Théophile de Viau sur la conscience. Car les poètes lui importaient davantage que les politiques, et elle fut fidèle à Théophile persécuté, comme à Ronsard dédaigné. Son amour des mots était si grand, qu’elle eut l’idée d’une assemblée d’hommes de lettres qui veilleraient à leur préservation et maintiendraient en vie les vieux mots, quelles que fussent les modes. C’est chez elle que l’Académie Française est née, même si c’est le Cardinal qui l’a fondée.

En 1626 – elle avait 61 ans - elle publia son dernier livre L’ombre de la damoiselle de Gournay, qu’elle envoya à Richelieu. Il la reçut :

 

Boisrobert la mena au cardinal de Richelieu, qui lui fit un compliment tout de vieux mots qu’il avait pris dans son Ombre. Elle vit bien que le Cardinal voulait rire : « Vous riez de la pauvre vieille », dit-elle, « Mais riez, grand génie ; il faut bien que tout le monde contribue à votre divertissement ». Le cardinal, surpris de la présence d’esprit de cette vieille fille, lui en demanda pardon, et dit à Boisrobert : « Il faut faire quelque chose pour Mademoiselle de Gournay. Je lui donne deux cents écus de pension. » - « Mais elle a des domestiques », dit Boisrobert. – « Et quels ? », reprit le cardinal. – « Mlle Jamin », répliqua Boisrobert, « bâtarde d’Amadis Jamin, page de Ronsard. » - « Je lui donne cinquante livres par an », dit le Cardinal. – « Il y a encore ma mie Piaillon », ajouta Boisrobert, « c’est sa chatte ». – « Je lui donne vingt livres de pension », répondit l’Éminentissime, « à condition qu’elle aurait des tripes ». – « Mais, Monseigneur, elle a chatonné »,  dit Boisrobert. Le cardinal ajouta une pistole pour les chatons.

Tallemant des Réaux, Historiettes

 

Ma mie Piaillon chez l’une, Mimi Piaillon chez l’autre… Allez savoir si la Mimi Piaillon du Cardinal n’est pas un des chatons à une pistole de la mie Piaillon de la demoiselle de Gournay, dont elle lui aurait fait cadeau en témoignage de sa gratitude ? L’énigme ne vaut-elle pas bien celle de Louis XVII au Temple, pauvre gosse chargé de nourrir les fantasmes de générations de zinzins ?

 

 

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Mis en ligne le 5 novembre 2014

 

 

 

 

14:10 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/10/2014

LA RUSSIE FAIT LA UNE

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C’est le plus vieux sauveteur de sous-marins du monde – Il a 102 ans – Toujours en service – Il s’appelle « La Commune »

 

La Russie fait la Une. Normal, non ?

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Affrontement - Strelkov

Khodorkovski

 (Il était temps !)

Tout le monde, depuis lurette, connaît Mikhail Khodorkovski, son  ascension vertigineuse de l’ère Eltsine et sa chute, son procès, son incarcératon, pour finir par la grâce lui accordée par le Président. Mais parions que vos merdias favoris ne vous ont guère parlé d’Igor Strelkov jusqu’ici. Or, si 87% des Russes en âge de voter apprécient Vladimir Poutine (instituts de sondage US dixeunt), ils idolâtrent Strelkov, rejoints en cela par la plupart des Ukrainiens anti-nazis. D’aucuns (en Occident) l’ont comparé à Lawrence d’Arabie. C’est l’insulter : il n’est au service d’aucun empire. Disons qu’il est quelque chose comme le Che Guevara des Slaves. Certes, avec des nuances…

Que l’empire anglo-sioniste rêve de renverser voire de tuer Poutine et de le remplacer par Khodorkovski est un secret de polichinelle.

 

Le Saker explique :

 Chers amis,

Aujourd’hui, je soumets à votre attention deux documents intéressants. Un discours de Mikhaïl Khodorkovski, « l’ex-oligarque et mafieux à présent devenu activiste démocratique », et une réponse d’Igor Strelkov à ce discours.

2. khodorkovsky-strelkov.jpg

Khodorkovsky et Strelkov

Ne vous méprenez pas : une guerre est en cours. Certes, elle ne s’est pas encore transformée en guerre ouverte, avec, de chaque côté, deux armées déchaînant leur puissance, mais c’est une guerre quand même. Cette guerre oppose, d’une part, les 1 % qui constituent les élites dirigeantes de l’Empire anglo-sioniste et leurs alliés en Russie – que nous pouvons appeler la « 5ème colonne » ou les « intégrationnistes atlantistes » – et, d’autre part, les « souverainistes eurasiens russes » et leurs alliés dans le reste du monde, y compris les nombreux partisans, en Occident, d’une Russie souveraine et indépendante. Cette guerre se livre sur de nombreux « fronts » : celui qui sépare la Novorossia du Banderastan, bien sûr, mais aussi bien d’autres fronts. Il y en a un en Syrie, en Iran et en Irak. Il en est un autre à l’intérieur même de l’Union européenne. Il en est un en Extrême-Orient, le long du détroit de Taiwan, et une autre encore en Amérique latine. Dans un passé récent, on trouvait également de tels fronts en Krajina serbe de Croatie, à la frontière entre Israël et le Liban, et en Tchétchénie. En fait, il s’agit là de la première véritable *guerre planétaire* et ses « fronts » sont partout. Même la « oumma » [1] musulmane est profondément divisée entre ceux qui soutiennent le wahhabisme saoudien (lequel a l’appui des USA) et ceux qui s’y opposent (ils sont dirigés par l’Iran).

À l’heure actuelle, le plus important de ces fronts traverse le Donbass, mais cela peut changer demain.

L’un de ces fronts traverse la société russe. Khodorkovski est le symbole emblématique et le porte-parole du camp « intégrationniste atlantiste », tandis que Strelkov est le symbole emblématique et le porte-parole du camp « souverainiste eurasien ». S’il vous plaît, lisez à la fois leurs deux manifestes et comparez-les : vous constaterez que les différences entre ces deux visions du monde ne sont pas seulement profondes, elles sont inconciliables.

Un grand « merci !! » à « A » qui a traduit (en anglais) le manifeste de Strelkov pour ce blog.

J’espère que vous apprécierez cette lecture fascinante.

Cordialement,

Le Saker

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Discours de M. Khodorkovski, prononcé à Washington, au dîner d’attribution des prix de « Freedom House »

Ce qui suit est le texte préparé du discours prononcé par Mikhaïl Khodorkovski le 1er octobre au dîner d’attribution des prix 2014 de la Maison de la liberté. L’original de ce texte a été publié ici.

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Mikhaïl Khodorkovski

Le choix europÉen, la justice sociale et la mobilisation nationale

1. Il est une légende sur la façon dont, il y a près de 200 ans, les émigrés politiques russes de l’époque demandèrent à Karamzine, historien de la cour de Russie, des nouvelles de ce qui se passait dans la mère patrie. Karamzine réfléchit un moment et répondit d’un seul mot : « Vol ». Peu de choses ont changé en Russie depuis cette époque. Sauf peut-être que le vol est devenu encore plus sophistiqué. Tout est volé en Russie, mais le principal – et c’est, je pense, unique –, c’est qu’en Russie, on vole même le temps.

Lire la suite…

Source : http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/23/lire-absolument-re...

 

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Réponse d’I. Strelkov à Khodorkovski

Avant-propos, par le colonel CASSAD : Après un long silence, Strelkov parle. Il parle avec une critique programmatique du manifeste de Khodorkovski. Cette transition vers une controverse publique, où Strelkov oppose, à la vision de cet éloquent oligarque, diffusée depuis les États-Unis, sa vision de l’avenir de la Russie, définit dans une large mesure la vision que Strelkov a de l’avenir du pays. En général, la réponse de Strelkov à Khodorkovski reflète son point de vue que le printemps de Crimée est le début d’une « révolution depuis le sommet », qui est l’œuvre de Poutine.

 

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Igor Strelkov

 

LA DÉCENNIE POUTINE A RENDU À LA RUSSIE L’ESPOIR D’UNE RENAISSANCE

Au début d’octobre, au siège de l’organisation internationale des droits de l’homme Freedom House (Maison de la liberté) à Washington, l’ancien patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, a prononcé un discours condamnant l’État russe et le président russe. Un discours qui a constitué la base du manifeste publié par la suite. Ayant obtenu le soutien de l’oligarchie financière mondiale, Khodorkovski a présenté quelques thèses théoriques, usant de la comparaison, de l’analogie et de l’association, lesquelles sont familières aux Russes, copiant même parfois les méthodes de la rhétorique patriotique. Avec un pathos enviable et la demande du statut d’instance ultime, l’ex-oligarque tente de combiner les incompatibles. Il « ajoute » des « valeurs » libérales, étrangères à la Russie et au peuple russe, aux notions de fierté et de justice nationales, chères au cœur russe, créant ainsi l’illusion dangereuse de leur compatibilité biologique. Khodorkovski essaie d’habituer la partie active de la société aux futures transformations libérales initiées par l’oligarchie mondiale et, plus encore, déclare qu’elles seules sont possibles et utiles. Malheureusement, il est tout simplement impossible d’ignorer cette combinaison de « chaud et de doux » et de la laisser sans réponse. Des discours par trop dangereux sont tombés déjà des lèvres de cet ennemi évident de la Russie, et la simple tentative de mettre en œuvre les scénarios qu’il propose peut s’avérer bien trop destructrice. Il nous faut donner la réponse patriotique russe au scénario libéral mondialiste imposé par Khodorkovski sous le couvert d’un nouveau cycle de « réformes ». Après tout, il ne s’agit pas simplement de raisonnements de loisirs émanant de ce criminel riche et peu commun, qui s’est enfui de la patrie, il s’agit du programme idéologique d’une nouvelle révolution en Russie, de la « feuille de route » de la révolte oligarchique dirigée, comme toujours dans l’histoire de la Russie, contre le gouvernant, contre le peuple et contre le pouvoir. Eh bien, nous allons faire le tri de tout cela point par point.

Le choix russe, la justice sociale et la mobilisation nationale

1. Il y a 100 ans, le dernier tsar-martyr de Russie, Nicolas II, a écrit : « Tout autour, trahison, lâcheté et tromperie ». Il ne parlait pas du tout du peuple, ni des « imbéciles ou gens des routes », mais de l’élite politique, militaire et économique qui l’entourait pendant cette période. La trahison de l’élite a fini en effondrement de ce qui était la plus grande puissance mondiale, l’Empire russe. Il y a 200 ans, l’élite politique a, sous la direction de l’envoyé britannique, participé au régicide de l’empereur Pavel, ce qui a conduit à l’invasion par Napoléon et à la guerre patriotique de 1812 qui s’en est suivie. Il y a 400 ans, pendant la Période des Troubles, l’élite politique de la Russie prêta serment à des imposteurs et au roi de Pologne, commettant une trahison, tant envers la patrie qu’envers la foi, et seule la révolte de la milice russe sauva à la fois la Russie et l’orthodoxie, au cours de cette période difficile, en jetant les bases d’une nouvelle dynastie de tsars de Russie. Depuis lors, en Russie, peu de choses ont changé. Les gouvernants de la Russie, avec le soutien du peuple russe, apportent leur vie sur l’autel de la patrie, tandis que les élites de compradores engraissés et corrompus ne dédaignent pas de trahir la patrie, d’aucune manière, se faisant lâchement traîtres au souverain, volant le peuple et le tenant en état de subordination, au nom de leur seul profit personnel instantané. C’est alors, toujours, qu’est venue la pacification, après de longues et pénibles années de désarroi : ayant laissé derrière elle la crise et des guerres sanglantes, la Russie a commencé à se développer progressivement à nouveau. L’histoire s’est répétée il y a 23 ans (sous nos yeux), une fois de plus. « L’empire rouge » avait rendu nécessaire une réforme sérieuse et extrêmement prudente. Au lieu de cela, il fut pillé, volé et détruit par le racket de hauts fonctionnaires du parti, simplement « repeints » pour l’occasion. Il fut vendu aux « ennemis idéologiques » récents, et avec eux à des nouveaux riches sans scrupules. L’histoire s’est accélérée… Ses cycles deviennent plus courts. Et, aujourd’hui encore (pour la deuxième fois au cours de notre petit siècle), il apparaît que le pays, qui commence à peine à connaître une restauration, après le dernier « désordre », est sous la menace d’une ruée cupide. Ceux qui, en fin de compte, n’avaient pas été autorisés à piller notre patrie en détresse dans les années 1990, sont aujourd’hui avides de revanche.

2. Dix ans d’emprisonnement pour vous, M. Khodorkovski, c’est une véritable tragédie. Après tout, combien vous aurait-il été possible de voler pendant cette période ! Votre seule tâche est maintenant de rattraper le temps perdu. Regardons les dix dernières années de votre activité. Depuis 1991, avant votre arrestation, vous, M. Khodorkovski, « en partant de rien » (sans investir un rouble, mais en vous étant approprié des dizaines de milliards de dollars de bien national), vous avez créé cet énorme empire financier et industriel, et vous êtes devenu l’un des hommes les plus riches du pays. De la même façon, vous avez, en outre, comme d’ailleurs tous les oligarques de l’époque, généreusement « marché sur des cadavres », vous ne vous êtes embarrassé d’aucune restriction morale, et vous avez pillé et ruiné le gigantesque patrimoine industriel soviétique. Vous vous êtes roulé dans l’argent et dans « l’élitisme », sans vous refuser quoi que ce soit. Pendant ces mêmes années, moi ainsi que beaucoup de mes amis et camarades, nous étions presque en permanence à la guerre, pour le peuple russe et pour la Russie, contre les ennemis de la patrie. Tout d’abord en Transnistrie, puis en Bosnie, puis en Tchétchénie. Tandis que nous subissions défaite sur défaite, à cause de la trahison de celle qui se disait la « nouvelle élite », que nous reculions, en serrant les dents, accompagnés de commentaires méprisants et pleins de haine de la part des prétendus médias « démocratiques », vous, M. Khodorkovski, et vos semblables, ne vous êtes pas même souvenu des besoins du pays et de ses habitants. Par conséquent, nos expériences sont de nature entièrement différente. Vous avez appris à voler, à piller et à mentir, et nous à protéger la Russie et le peuple. Alors même que nul ne l’exigeait de nous. La prison change toujours les gens, parfois en mieux. Vous, hélas, n’avez rien retenu de cette expérience. Après tout, vous n’avez pas plaidé coupable de quoi que ce soit, même après votre retour à la liberté. De surcroît, vous avez alors fait votre apparition immédiatement dans le camp des ennemis, à nouveau, confirmant par là même que c’était pour une bonne raison, que vous vous trouviez en prison.

3. De quoi parlez-vous donc lorsque vous utilisez le mot « volé » ? Vous, dont le credo était de « voler, voler et encore voler » ? Avez-vous jamais construit ou fabriqué quelque chose dans votre vie, quelque chose qu’il serait possible à un autre de vous voler personnellement à vous ? Non. Parce que vous n’étiez pas engagé dans quoi que ce soit, si ce n’est dans le vol, la fraude et le brigandage, avant qu’on ne vous mette en prison. De tous vos accomplissements, le seul que je sois personnellement prêt à reconnaître comme un résultat socialement utile, ce sont les « bottes » que vous avez « cousues » en prison. Du point de vue moral, c’est là également votre seule œuvre digne, dans cette vie passablement sale (pour user d’un euphémisme) de voleur hautement professionnel et d’escroc talentueux qui est la vôtre. Mais le pire de tout, c’est que cette activité manuelle ne vous a fait aucun bien du tout, à en juger par ceux en compagnie desquels vous agissez aujourd’hui ; elle ne vous a en rien conduit à la compréhension de vos erreurs et de vos crimes. Quand les vrais patriotes de la Russie et les Russes s’engageaient en Novorossia, vous, après avoir reçu le pardon du président Poutine, vous avez immédiatement pris le parti de ses ennemis et des ennemis de la Russie. Vous étiez sur place, au sein d’un Maïdan russophobe, et vous rassembliez sur le territoire de l’ennemi toutes les « couleurs » de traîtres russes, sur un forum destiné à lutter contre le Printemps russe. Vous dites que « la Russie a cessé de croître » ? C’est là le résultat direct de votre activité, de votre privatisation, de votre politique de comprador. Maintenant, vous appelez à des réformes capitales ? En vous associant avec qui ?? Avec d’évidents ennemis de tous les Russes ? Et cela pour des motifs patriotiques ?

4. De manière particulièrement brillante, vous démontrez votre « patriotisme », Mikhaïl Borissovitch, par votre répétition d’un véritable « film d’horreur » à propos de la Russie, que vous présentez comme une « menace pour l’Europe et pour le monde entier ». Jadis, Goebbels, et bien avant lui, Napoléon et les Britanniques Lord Palmerston et Disraeli, ont eux aussi vociféré haut et fort (et de manière bien plus talentueuse) à propos de cette « menace ». Puis ce fut le tour de Winston Churchill et du président américain Ronald Reagan, lequel, sans le moindre temps d’hésitation, donna à l’Union soviétique le nom d’« Empire du mal ». Ainsi, Mikhaïl Borissovitch, vous vous êtes engagé sur un chemin déjà largement frayé. Il semble que vous ayez cette pleine confiance d’être, vous seul, « le plus intelligent », et le seul à connaître l’histoire, tandis que tous les Russes seraient des crétins profonds et de complets ignares. Et, en vérité, des lâches aussi, qu’il serait facile de tromper et d’intimider en agitant un fantôme de « troisième guerre mondiale », pour leur faire accepter facilement de renoncer à la Patrie et de renoncer à aider leurs frères, qui périssent en Novorossia, au nom de ce fameux « tout sauf la guerre ». Cependant, le principal destinataire de cette adresse n’est pas du tout en Russie. Il s’agit bien plutôt, de votre part, d’une sorte de « serment » fait à ceux, qui, durant toute l’histoire de la Russie, ont rêvé de la liquider. À mon avis, il s’agit là d’un accueil « shulersky » typique, par lequel, lorsqu’il comprend qu’il est sur le point d’être démasqué, le joueur qui se sert lui-même de cartes marquées accuse immédiatement ses partenaires de tromperie. Le monde occidental, dirigé par l’oligarchie financière mondiale dont vous êtes partie intégrante, Mikhaïl Borissovitch, s’efforce de nous présenter, nous les Russes, comme nous apprêtant à détruire ou à conquérir nos voisins. Toujours et partout, c’est ainsi qu’on commence à accuser les futurs adversaires, en leur attribuant précisément ses propres intentions. Alors il est possible d’affirmer que la Russie constitue vraiment une menace de guerre. Dans l’espoir qu’elle en sera effrayée et capitulera, qu’elle se désarmera elle-même. Dans l’espoir d’en terminer une bonne fois pour toutes. Qu’y a-t-il à dire ici ? La tâche des vrais patriotes russes (mais pas des habitués de la « Maison de la liberté » de Washington) consiste à préparer la réflexion sur l’agression de l’Occident, parce que c’est seulement comme cela que la Russie pourra avoir l’occasion de prévenir ladite agression et de défendre sa souveraineté.

Le retour à la Russie

5. Lorsque vous parlez de « valeurs européennes », vous, M. Khodorkovski, soit vous ne comprenez pas, soit vous faites simplement semblant de ne pas comprendre qu’elles n’ont aucun rapport avec les véritables valeurs, les valeurs traditionnelles de l’Europe. Ces valeurs revivent aujourd’hui en Russie, grâce au président Poutine. Et ces « valeurs », qui sont imposées par l’oligarchie financière mondiale sous le nom d’« européennes », suscitent aujourd’hui des actions de protestation de la part de centaines de milliers de personnes en Europe. Il y a plus de vingt ans de cela, la dernière fois que la direction de l’URSS a décidé de « se tourner » vers ces prétendues « valeurs », cela n’a eu d’autre résultat que de diviser le pays, qui s’est trouvé pillé et humilié : le peuple russe est soudainement apparu comme étant la plus grande nation divisée du monde. Depuis le moment où il est arrivé au pouvoir, Poutine a commencé à corriger la catastrophe des années 1990, en maîtrisant le pouvoir absolu de l’oligarchie, en nationalisant les possessions de l’élite, en restaurant l’économie détruite. Tandis qu’il s’efforçait de rétablir un certain ordre, le président a jugé possible de montrer de la miséricorde, même à l’égard d’un salaud tel que vous, puisque c’est ainsi que vous vous montriez au monde, M. Khodorkovski, avant la prison. Mais vous n’avez pas su apprécier. Probablement parce que vous avez considéré la faveur qui vous était faite comme une manifestation de faiblesse. Après tout, vous, M. Khodorkovski, vous ne vous embarrasseriez pas bien sûr d’un semblable sentiment, n’est-ce pas ? Et maintenant, après avoir trompé le président par de faux remords, avez-vous l’intention de vous venger de tout ce qu’il a fait ? De ce qu’il se soit appuyé sur le renforcement de l’État et la protection des intérêts nationaux, au détriment de l’élite des compradores ? De ce qu’il n’ait pas permis de vendre pour une bouchée de pain les plus grands stocks de ressources naturelles à des « Rothschild », ce qui aurait voué la Russie à une gestion depuis l’extérieur ? De ce qu’il vous ait puni pour vos intentions ouvertement déclarées de le démettre de ses pouvoirs par des moyens inconstitutionnels ? D’après vos propres paroles : tandis que vous étiez en prison, vous avez « réévalué beaucoup de choses ». Pourtant, à peine aviez-vous été libéré que vous êtes apparu du côté opposé de ce front sur lequel le peuple russe se bat pour le monde russe, en opposition directe et inflexible sur la question du Donbass, à nouveau. Votre haine de Poutine vous a amené dans le camp des ennemis, non seulement du président personnellement, mais dans le camp des ennemis de l’État russe et de tous les Russes. Comment osez-vous reprocher à Poutine de s’être levé pour la défense du peuple de la Crimée et de la Novorossia, de n’avoir pas permis aux nazis ukrainiens soutenus par l’Occident de mettre en place sur la Crimée et le Donbass une dictature sanglante ? N’était-ce pas là, après tout, les Russes se protégeant eux-mêmes et protégeant leurs vies ? Vous accusez les victimes de ce qu’elles auraient eu le courage de se défendre. Une troisième guerre mondiale est exclue, tant que la Russie sera assez forte et assez puissante pour garantir une parité, certes asymétrique, mais en tout cas stratégique, et tant qu’il y aura aux responsabilités des gens qui ne sont pas prêts à troquer leur pays et le peuple contre la promesse de faire partie de l’élite financière supranationale. À votre aspiration à vendre ce qui ne vous appartient pas, aspiration persistante et qui ne s’est pas infléchie durant les années de votre emprisonnement, nous ne donnerons d’autre réponse que celle du dégoût mérité qu’elle nous inspire. Et nous ne nous laisserons pas emporter une fois de plus par les faux slogans, comme ce fut le cas il y a vingt-trois ans.

6. Ces choses dont vous nous parlez, telles que « les valeurs européennes et la civilisation euro-atlantique », non seulement sont sans relation avec la Russie, mais contredisent directement notre histoire, notre psychologie et notre destin, en tant que nation. L’Europe s’est détournée de ses propres valeurs chrétiennes depuis longtemps, après avoir plongé dans l’abîme des défauts les plus vils, et l’« euro-atlantisme » tant vanté n’est guère plus que la doctrine géopolitique de la domination mondiale des États-Unis, dirigée contre les peuples du monde entier qui gardent encore leur religion propre, leur souveraineté et leurs traditions nationales. À deux reprises déjà, ces derniers temps, la Russie a été touchée par la lèpre des « idées progressistes européennes », et sévèrement endommagée par les passe-temps insensés de ses propres élites et de ses intellectuels. Devant elle s’ouvrent aujourd’hui deux routes : soit revenir à elle-même, en retrouvant sa foi, sa tradition, ses valeurs, sa souveraineté, soit être dissoute dans l’Occident mondial, entrer en esclavage et disparaître en tant que civilisation, une fois qu’elle aura tout perdu. Je soulignerai une fois encore de quelle hypocrisie exceptionnelle vous êtes doté, M. Khodorkovski, quand vous déplorez la perte de l’art, de la littérature, de la science, de l’aventure spatiale et d’autres réalisations de notre « passé totalitaire » impérial et soviétique. En vérité, vous êtes comme « le loup qui se sent désolé pour un cheval à qui ne restent que la crinière et la queue » ! Mais, même en supposant que, dans ce que vous dites, quelque chose soit vrai, même de loin, je vous demanderais de bien vouloir apprendre un peu d’histoire : ce n’est pas de l’Occident catholique, mais de l’Orient orthodoxe que la Russie a reçu la foi chrétienne, directement de cet Empire romain d’Orient de Byzance, qui est resté le gardien du vrai christianisme tout au long du millénaire tout entier. Mais comment pourriez-vous débattre de la foi chrétienne ?

7. Tout ce que la Russie est aujourd’hui, tout cela a été créé par notre peuple et par notre État, au cours d’une lutte désespérée pour la préservation de notre originalité propre, de notre liberté et de notre souveraineté. Au cours d’une lutte, à la fois contre les ennemis de l’Occident et de l’Orient. La Russie s’est développée, d’abord comme un État national, qui a grandi jusqu’à devenir un grand empire, parce qu’il était suffisamment souple dans sa capacité à discerner les expériences positives de ses voisins. Rien là qui soit, ni honteux, ni outre-mesure honorable : c’est la façon de faire de toutes les nations qui ont des dirigeants sensés, des dirigeants qui bâtissent et développent leur propre État. Emprunter ne signifie pas copier aveuglément. Trop c’est trop, et copier à ce point… Seul le marxisme a importé d’Europe à l’identique, et à quel coût pour le pays ! Chaque nation et chaque État sont uniques. Comme une prairie herbeuse est belle des différentes herbes qui la composent et de l’éparpillement des diverses fleurs qui en parsèment l’étendue, ainsi l’humanité est belle dans la floraison de peuples dont chacun est unique, dans la lutte entre les uns et les autres, à celui qui aura « la meilleure place sous le soleil », mais pas dans ce qui rappelle cette « pelouse publique et plate », en laquelle « les hommes universels euro-atlantiques » veulent tout changer.

8. Les valeurs euro-atlantiques seraient les « valeurs d’un État fort et juste » ? Bien joué, Mikhaïl Borissovitch ! En ce moment même, ces valeurs conduisent cette grande Europe, dont nos libéraux brassés maison aiment tant à parler, à l’extinction de ces peuples de l’Europe qui les ont suivies, et qui jadis même les ont créées. Est-ce en cela que consiste votre prétendue « justice » ? Vous-même, cependant, pour des raisons évidentes, ne vous souciez en rien des destinées historiques d’aucun de ces Allemands, Français ou Britanniques. Non plus que des Russes, des Bachkirs, des Tatars, des Lezguiens et ainsi de suite. À moins que « l’État fort », puisque c’est ainsi que vous en parlez, ne signifie les États-Unis ? Après tout, il ne reste plus d’État « fort » (c’est-à-dire relativement souverain et indépendant) en Europe. Le dernier État souverain d’Europe, en dehors de l’ancienne URSS, qui ait osé défendre les intérêts de ses citoyens, était la Yougoslavie, qui a été écrasée et soumise il y a quinze ans de cela. Elle fut incitée à faire « le choix euro-atlantiste », par des bombes et des roquettes, par le blocus et la mutinerie de l’étranger. Maintenant, c’est le tour de la Biélorussie et de la Russie, n’est-ce pas ? La base en était déjà créée en Ukraine : il ne reste plus que la percée finale. Les valeurs propagées par l’oligarchie financière mondiale (« européenne », « euro-atlantiste », « universelle », etc.), ce sont des valeurs d’élimination des États nationaux et d’annulation radicale de tout ce qui ressemble un tant soit peu à la justice sociale. Ici, M. Khodorkovski, vous êtes, soit un ignorant, soit consciemment un menteur. Il va de soi que je ne fais mention d’« ignorance » que pour conserver à mon propos l’apparence d’une « boutade », n’ayant pas d’illusion sur la qualité de l’éducation que vous avez reçue. Le libéralisme que vous défendez a pour objectif ultime la mondialisation totale, le nivellement de toutes les personnes et de toutes les communautés religieuses, tous et toutes coiffés par le même « peigne » du consommateur, et tous assujettis à la déclaration de puissance de l’oligarchie financière mondiale, laquelle est en train de mener à bien l’abolition de tous les États historiquement développés (le projet de l’Union européenne, qui fut la première étape dans cette direction). Dans le domaine de l’économie, les politiques libérales nient de manière inflexible la justice sociale, non seulement en pratique, mais même en théorie. La liberté du marché, à propos de laquelle les libéraux sont intarissables, est incompatible avec la redistribution des bénéfices que réclament avec insistance les partisans de la justice sociale. Plus la Russie sera impliquée dans les processus de mondialisation, plus vite elle perdra sa souveraineté et la possibilité de poursuivre une politique sociale. Venons en maintenant à la « mobilisation ». Nous avons, bien sûr, besoin d’une puissante mobilisation nationale contre l’agression des « euro-atlantistes », qui ne visent que le pillage accéléré et définitif de la Russie, sous le prétexte de son « intégration dans la communauté internationale » et dans l’« économie mondiale ». Mobilisation à la fois de l’État et du public. Parce que la menace est suspendue, non seulement au-dessus de la souveraineté de l’État russe, mais également au-dessus de l’identité culturelle et morale de son peuple, identité décomposée sans relâche par ces tares de l’« euro-atlantisme », que la propagande nous assène et voudrait introduire chez nous : débauche sodomite, pédophilie, meurtre d’enfants et de personnes âgées (avortements et euthanasies), toxicomanie, terrorisme, etc., tous bienfaits de ce « nouvel ordre mondial humain ».

9. « Celui qui veut être fort ne peut pas se permettre de rester en arrière ». C’est là une thèse tout à fait exacte. Pour cette raison, la décision prise par le président Poutine d’entreprendre la modernisation complète de l’armée d’ici à 2020 est une réponse parfaitement appropriée à l’hystérie russophobe de l’Occident. L’armée russe, des chefs de complexes de l’industrie de la défense, des industriels et des hommes d’affaires régionaux doivent prendre la place de l’élite des compradores des années 1990, ceux que l’on dénomme « oligarques », dont vous êtes un représentant typique, M. Khodorkovski. Les oligarques sont étrangers à la Russie, leurs capitaux et leur famille sont à l’Ouest, alors même qu’ils ont bâti leur fortune en exploitant le peuple russe. Ils représentent les intérêts de l’oligarchie financière mondiale, pensent selon les catégories de l’ultra-libéralisme et, de fait, se considèrent eux-mêmes comme une sorte d’administration coloniale. Il est donc logique que ce soit depuis Washington D. C. qu’ils préfèrent faire part de leurs « révélations », par vos lèvres « prophétiques ».

10. Aujourd’hui, ce n’est pas l’Europe qui importe, mais la Russie. Notre voie est un retour à nous-mêmes. Il est nécessaire de revenir à la Russie, à notre histoire, à notre culture, à notre mission. Cette mission a toujours été, et reste de porter la lumière de la foi du Christ, les idéaux du bien et de la justice sociale pour les peuples du monde, d’être des « gardiens » contre le mal, comme a dit l’apôtre Paul. Nous avons eu un passé très lourd. La Russie a été secouée durant tout le 20ème siècle dans les fièvres de révolutions sanglantes et de guerres destructrices. Mais, grâce à ces lourds tests que nous avons passés, la Russie a réussi à sauver beaucoup de choses, que l’Europe a perdues de façon quasi irrévocable. Si l’Europe veut revenir à ses propres traditions et aux principes chrétiens, c’est avec nous que sera son chemin, pas avec l’oligarchie financière des États-Unis, qui amène aux peuples du monde une civilisation athée de la décadence morale, leur transformation en zombies idéologiques, leur mort spirituelle et physique.

La création d’une société juste

11. « La société russe moderne est structurée de façon injuste », dites-vous. Je suis entièrement d’accord avec cela. Mais je dois répéter ce que j’ai écrit précédemment : c’est par vous et par vos semblables que cela a été fait. Profitant de la crise que connaissait l’URSS, vous avez commencé à piller et à tuer, vous appropriant les biens nationaux. Vous et vos complices avez, par conséquent, posé les bases de la « société russe moderne », où la couche [sociale] la plus cynique et la plus vicieuse, qui œuvre d’après les plans et selon les instructions d’administrateurs d’outre-Atlantique, a entre les mains tous les leviers du développement économique, et pour partie le pouvoir politique. Juste après son arrivée au pouvoir, Poutine a commencé à corriger la situation, mais l’injustice, qui était devenue le principe dans les années 1990, a des racines profondes. C’est pourquoi un retour à notre société de justice sociale sera un long et difficile processus. Mais je crois que nous saurons y faire face sans les conseils d’un éloquent ex-oligarque, qui s’est constitué une fortune par le pillage de la richesse nationale, autrefois créée par le travail acharné de générations du peuple russe.

12. En lisant votre critique de la privatisation (soit dit en passant, tout à fait raisonnable), j’ai été surpris par votre cynisme : ce sont vous et vos semblables qui, par cet accaparement criminel de la propriété publique, avez acquis ces énormes capitaux. Et voici que vous tentez à présent d’en accuser celui-ci ou celle-là, en évitant soigneusement de viser ceux qui sont en fait les véritables coupables. La privatisation, du moins telle qu’elle s’est produite, n’était pas une « distorsion », mais un crime. Sa conséquence, c’est que les propriétés en question tombèrent aux mains, non de gens ordinaires, mais d’une minorité aussi prompte que sans scrupules. Et les plus gros « morceaux » furent acquis avec le soutien direct du capital financier étranger, qui a littéralement marché « sur des cadavres ». Qui sait cela mieux que vous ? Poutine a commencé à rétablir les bonnes proportions, rendant à l’État les domaines stratégiques les plus importants de l’économie. Ce faisant, il essaie simplement de corriger les conséquences catastrophiques d’une privatisation criminelle. Sans éradication de l’oligarchie qui s’est constituée à la suite de cette privatisation criminelle, il n’y aura ni justice sociale, ni plein développement de l’entreprise privée.

13. En affirmant que les ressources naturelles doivent appartenir au peuple, vous avez entièrement raison. J’ai déjà dit que, parfois (même si c’est rare), la prison corrige en bien. Sur ce point, le changement est sans aucun doute positif. C’est exactement ce qui vous est arrivé : les actifs de vos compagnies d’énergie, créés de façon criminelle, sont passés sous la gestion de l’État, donc de son peuple. Comment est-il possible, autrement, de faire des ressources naturelles un bien national, si ce n’est par leur nationalisation et par la redistribution des profits en faveur de tous les citoyens ? Cela exclut la propriété privée des grandes structures d’extraction des hydrocarbures. L’histoire de Ioukos est un exemple de la façon dont les ressources naturelles reviennent au peuple. L’efficacité de leur utilisation est une autre question. Pour commencer, il y a lieu de les soustraire aux gens tels que vous et vos semblables, et, alors seulement, il faudra les utiliser le plus efficacement possible. Il est difficile d’argumenter contre le fait que l’utilisation du revenu généré par une ressource donnée est loin d’être idéale. Le principal, cependant, est de ne pas laisser quelque ressource naturelle que ce soit à la propriété privée d’une oligarchie.

14. Un barème d’imposition proportionnel, c’est une façon de faire absolument correcte. C’est aussi aller dans le sens de la justice sociale. En revanche, il n’est pas correct pour vous, M. Khodorkovski, qui êtes devenu riche en spoliant la population, et qui avez emmené votre fortune à l’étranger, de faire valoir quoi que ce soit à ce sujet. Dans quel pays avez-vous payé vos impôts ? En Suisse ? En Angleterre ? Aux États-Unis ? Pourquoi ne pas rendre à ceux que vous avez volés ? Commencez par vous-même : payez des impôts en Russie. Ou vous faut-il pour ce faire devenir d’abord président ? Un oligarque qui vous ressemble a tout récemment prodigué à l’électorat du pays voisin le même genre de serment. Son nom est Petro Porochenko. Il a juré de donner à la population de l’Ukraine le produit de tout ce qu’elle avait semé par son labeur éreintant ! Mais il n’est pas pressé. Commencez donc par vous-même ! Montrez au monde une image de ce « contribuable responsable » ! Alors, peut-être quelqu’un (s’il est vraiment naïf) sera-t-il également porté à vous croire.

15. Le libéralisme comme vous le comprenez, M. Khodorkovski, est une illusion absolue. C’est une fausse doctrine, qui ignore complètement Dieu, l’esprit, la culture, l’humanité, la société, et, s’agissant de l’individu, n’attache d’importance qu’à ses intérêts privés matériels et au domaine financier, une importance primordiale. Le libéralisme, compris de cette manière, est absolument incompatible avec la liberté d’origine : comment quelqu’un peut-il être libre, si la société dans laquelle il vit est un esclavage du taux d’intérêt, une servitude de la dette à l’égard de l’oligarchie financière internationale et de ses superviseurs locaux ? Si toute vie humaine est subordonnée à la recherche et au renforcement de ses avantages matériels, et si le relevé du compte bancaire est seul un critère ? Aujourd’hui, le libéralisme est une idéologie totalitaire, et c’est par sa diffusion que les États-Unis construisent leur hégémonie mondiale. Il est inacceptable pour la Russie, sous quelque forme que ce soit : ni acceptable en politique, ni sur le plan économique, ni sur le plan juridique. Cela est extrêmement important. Pour vous, M. Khodorkovski, le libéralisme est la vérité ultime, et le développement national, comme la justice sociale, sont bons pour le populisme. Mais en Russie, le libéralisme est condamné, il n’est acceptable, ni pour la droite, ni pour la gauche. C’est une idéologie coloniale, qui va à l’encontre de notre identité russe. En essayant de détruire cette identité, au nom de la célébration de l’idéologie libérale, vous détruisez aussi la Russie. J’en suis venu à penser que c’est là votre but ultime.

16. Un État à orientation sociale, fondé sur des valeurs chrétiennes, c’est le but, un point de référence, et la stratégie des vrais patriotes russes. Dans la réalisation de cet objectif, la « droite » comme la « gauche », les partisans de la monarchie comme ceux du socialisme, peuvent s’unir en toute liberté. Et, bien sûr, cet État doit être fondé sur un strict respect des préceptes de la loi. Mais vous, quelle relation avez-vous avec tout cela ? Après tout, il ne vous est besoin que de tenter les gens pour qu’ils soient maintenant enclins à écouter des mots d’ordre tels que création « d’un État national à vocation sociale » (sans qu’ils comprennent comment il sera possible de construire cet État « national » à la place de l’Empire russe vieux de plusieurs siècles, au sein duquel des centaines de nations vivaient en paix et se développaient). Vous nous jetez cet os, à nous le peuple russe. Mais les Russes ne sont plus le troupeau confiant qui, au cours du siècle passé, a, par deux fois « tâté du bec » des promesses « de lait et de miel », et, pour résultat, n’a fait que répandre des océans de sang. J’espère sincèrement que nous avons appris quelque chose et que nous réussirons à distinguer le vrai de ce faux enveloppé dans un bel emballage. L’État national à vocation sociale, c’est tout sauf vous, les oligarques, valets de pied des Rothschild. Laissez cela, M. Khodorkovski, laissez les questions nationales et sociales : ce sont là des concepts qui exigent des mains propres et une biographie irréprochable.

La guerre est la tragédie qu’il est parfois impossible d’éviter

17. Les États-Unis et l’hégémonie américaine sont en guerre. Nous le voyons en Libye, en Syrie, en Irak et en Afghanistan, en Ukraine. Partout, les États-Unis contribuent à mener à bien des « révolutions de couleur ». Des fascistes, des extrémistes, des fondamentalistes arrivent au pouvoir. Être le défenseur des États-Unis, de l’Occident et de l’OTAN signifie se faire l’assistant des fascistes, l’avocat de la guerre. Cette guerre, c’est contre toute l’humanité qu’elle est menée, cette humanité qui ne souhaite pas vivre selon les règles américaines et servir docilement et servilement les intérêts de l’oligarchie financière mondiale.

18. Cette guerre est menée contre la Russie, contre l’Ukraine. Ces héros, qui se lèvent pour la défense du monde russe qui se bat en Novorossia, ils ne voulaient pas de cette guerre. Ils voulaient la paix. Mais la paix ne peut pas être acquise au prix de la liberté et de la dignité. Selon les conditions imposées par la junte néo-nazie portée au pouvoir à Kiev par vos maîtres, M. Khodorkovski, et que vous soutenez vous-même personnellement, la vie n’est pas une vie, et la paix n’est pas la paix. Des Russes, en Crimée comme en Novorossia, se sont levés pour la liberté et la justice, pour le droit à un développement national, pour la langue et la culture. C’était la guerre contre la guerre. Vos appels à la paix ne sont pas de la simple hypocrisie, ils sont de la traîtrise. Comme tout le reste, au demeurant. Nous sommes tout simplement d’un côté différent de la ligne de front, et, pour moi, qui ai pris une part active dans les opérations militaires en Novorossia, vos paroles sonnent comme des appels de l’autre côté : « Russe, abandonne. Il y aura une paix ! Tu as été trompé ! ». En conditions de combat, il ne peut y avoir qu’une seule réponse à un tel appel. Devinez laquelle. Le problème de la Russie d’aujourd’hui n’est pas qu’une guerre serait (comme vous dites) le « pilote » du régime. Au contraire, Poutine a fait tout son possible et fait tout son possible pour éviter une « grande » guerre (la petite, les USA l’ont déjà lancée par les mains de Kiev, et elle se poursuit en prélevant chaque jour son lot de vies humaines). Reprocher aux autorités de la Russie de ne pas laisser le monde russe à la merci du destin, c’est parler de manière blasphématoire. À défendre cette thèse, vous trouvez certes l’appui de l’élite compradore occidentalisée qui, régulièrement, convie à des « marches pour la paix » anti-russes, mais vous devez dire au revoir pour toujours à ceux qui se tiennent du côté de la Russie historique et de la justice sociale, ce qui est le cas d’une grande majorité des gens. S’agissant de la Crimée et de la Novorossia, vous êtes dans l’autre camp : l’une comme l’autre, maintenant plus que jamais, se rallient aux Russes, en soutenant inconditionnellement les pas décisifs que Poutine fait dans cette direction.

La mobilisation nationale

19. Les autorités agissantes ont amené la Russie au seuil d’une percée décisive vers l’indépendance, un pouvoir et une liberté qui sont capables de la faire sortir de la zone d’influence directe de l’hégémonie américaine. Malheureusement, c’est là mon jugement privé, la percée en question se trouve manifestement ralentie (je soupçonne vos partisans, secrets et manifestes, d’en être la cause, eux qui ont encore un énorme ascendant, grâce aux richesses volées et à l’influence dans les hautes sphères de la politique interne qu’ils ont achetée grâce à ces richesses). Certaines hésitations, quant à la nécessité d’avancer plus avant, sont visibles également. Mais les gens du pays, eux, y sont tout à fait prêts, et cela vous fait peur. C’est là qu’intervient cette hystérie concernant la menace d’un « protectorat chinois ». La « menace chinoise » n’est à ce jour qu’une théorie. À l’inverse d’un protectorat à visage découvert des États-Unis, tel qu’il a été établi sur la Russie en raison de la trahison de Gorbatchev et d’Eltsine. Ce protectorat est une réalité de la vie. La principale menace pour la souveraineté de la Russie, c’est l’impact agressif que pourrait avoir l’oligarchie financière mondiale, effrayée par la possibilité de perdre la Russie du fait d’un simple creux de décantation de « l’économie coloniale ». La menace pour la Russie est aussi dans sa cinquième colonne, dont vous êtes l’un des idéologues.

20. L’oligarchie financière mondiale se bat désespérément et frénétiquement contre une renaissance de la Russie. Si la Russie résiste, elle a de l’avenir, elle fera retour à l’histoire, et elle gagnera. Mais si l’agent commercial de l’oligarchie financière mondiale, qui hait tous les Russes (comme vous le faites), arrive au pouvoir en Russie, nous échouerons dans un gouffre, en comparaison duquel l’ère des gangsters des années 1990 semblera un jeu d’enfants. Ce sera la désintégration du pays, avec tout ce que cela implique, sous forme de guerres, de pauvreté généralisée, de faim, d’épidémies et de catastrophes d’origine technologique à grande échelle. Voilà ce qui nous attend dans cette boîte. Comment de telles choses se passent, à ce jour, j’ai eu l’occasion de l’observer personnellement sur une échelle beaucoup plus petite, plus d’une fois, et pas seulement deux. Tout récemment, en Ukraine, où les « cerises » sont encore à venir. Après tout, M. Khodorkovski, votre intention est d’aider l’Occident à détruire à nouveau ce que Poutine, dans les années 2000, a commencé à restaurer. Mais vous n’y parviendrez pas, parce que nous sommes russes, et que Dieu est avec nous ! L’oligarchie financière mondiale, les prêtres de Mammon, s’étant mis à la place de Dieu et entendant diriger pour leur propre compte les destinées du monde, sont allés trop loin. L’hégémonie américaine s’effondre, comme un colosse aux pieds d’argile. L’Occident s’effondre. Ses populations autochtones s’éteignent. Les pays européens deviendront musulmans d’ici vingt ans. La culture chrétienne y est reléguée à la périphérie de la vie publique. La Chine est devenue officiellement la plus grande économie du monde. Les États-Unis ne sont pas en mesure de payer leur énorme dette nationale, ils sont eux-mêmes secoués par des troubles sur les terrains racial et social. Dans son agonie, l’Ouest ne sème sur le monde que chaos et destructions, sang et souffrances. C’est dans un autre sens que nous devons aller, vers une renaissance de la Grande Russie, envers et contre toutes les menaces et tous les appels. Un gigantesque virage a déjà été opéré à cet égard : Poutine a de nouveau assemblé la Crimée et la Russie, et personne ne sera en mesure de nous la prendre !

21. Vous avez commencé à parler des exploits russes, mais vous les avez réduits à la sobriété et au travail. Probablement croyez-vous que le bonheur futur du peuple russe serait dans un travail d’esclave pour un bol de skilly [2], au seul profit de l’oligarchie financière mondiale que vous représentez. Pour un bol de skilly et pour le genre de « spectacles » de bas niveau que vous offrirez en plus d’une skilly, de ceux qui garantissent le retour de la personne à la condition d’un animal suivant ses instincts les plus simples. Eh bien, dans ce cas, ce sera « seulement en passant sur nos cadavres » ! Les Russes ont de tout autres horizons et de tout autres desseins qu’une soumission muette aux élites occidentales corrompues. Ici, je vais laisser de côté vos thèses, et je vais formuler brièvement notre réponse russe, laquelle est exprimée par une formule simple : « Pour la foi, le tsar et la patrie ». Pour ces concepts sacrés, depuis des temps immémoriaux, les Russes sont allés mourir, comprenant parfaitement que se battre pour ces concepts, c’est se battre pour eux-mêmes et pour l’avenir. Aujourd’hui, cela signifie une loyauté très concrète : à l’Église orthodoxe russe, et au commandant suprême de l’État russe, Vladimir Vladimirovitch Poutine.

22. Au cours des quinze dernières années, la Russie s’est préparée à une percée dans le grand avenir russe. À présent, il est temps de la faire.

Igor Strelkov

Traduit par Goklayeh pour vineyardsaker.fr

Notes de traduction

[1] La « oumma » (Ummat islamiyya, « la Nation Islamique ») est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent.

[2] Nourriture légère présentée sous forme de bouillie liquide, de gruau ou de soupe, communément fabriquée à partir de farine d’avoine, et traditionnellement servie dans les prisons et les hospices.

Sources : Igor Strelkov replies to Mikhail Khodorkovsky 

http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/23/lire-absolument-re...

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Un commentaire trouvé sur le site de Saker francophone :

kad

Merci Saker pour cet article, je veux juste vous dire que vous avez oublié le front le plus important et le plus courageux, celui qui combat pour toute l’humanité depuis 70 ans, à savoir la Palestine.

 

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Vous l’aurez vu sans doute ailleurs (les temps changent), mais le voici quand même pour le principe (merci à Salah, de http://sayed7asan.blogspot.fr qui l’a traduit) :

 

5. Valdai.jpg

Vladimir Poutine a pris part à la dernière séance plénière de la XIe session du Club International de Discussion Valdaï. Le thème de la réunion était : L’ordre mondial : de nouvelles règles ou un jeu sans règles ?

Cette année, 108 experts, historiens et analystes politiques originaires de 25 pays, dont 62 participants étrangers, ont pris part aux travaux du Club.

La réunion plénière a présenté une synthèse des travaux du Club au cours des trois journées précédentes, qui ont été consacrées à l’analyse des facteurs d’érosion du système actuel des institutions et des normes du droit international.

Discours du Président Vladimir Poutine durant la dernière séance plénière de la XIe session du Club Valdaï

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Source : http://sayed7asan.blogspot.fr/2014/10/vladimir-poutine-su...

 

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Journalistes achetés, journaux achetés : l’exemple de la campagne de dénigrement menée par George Soros contre la Russie.

Début octobre 2014, Udo Ulfkotte, ancien journaliste au sein du grand média allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, a publié un livre intitulé Journalistes achetés – Comment les politiciens, les services secrets et la haute finance dirigent les médias de masse allemands [1].

Dans ce livre, il révèle que pendant toute sa carrière de journaliste d’investigation, dont il ne renie pas par ailleurs l’essentiel (notamment des enquêtes sur le poids acquis par l’islamisme en Allemagne), il a publié, sous son nom et sans changements, des articles écrits par des agents de la CIA ou d’autres agences américaines. Ces articles visaient à soutenir les interventions des États-Unis sur la politique allemande ou européenne, et à discréditer toutes réactions politiques poussant l’Allemagne à s’affranchir de ces influences.

6. Ulfkotte.png

Lire la suite…

Source : http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/25/journalistes-achet... 

 

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Mais ne croyez pas qu’il n’y en ait que pour la Russie. La France aussi nous intéresse (barrage de Sivens : un mort) et il serait triste que vous ratiez ce délicieux « état des lieux fabiusiens » que vient de publier Jacques-Marie Bourget. Il n’y en a pas si souvent de cette qualité-là.

 

Pour l’instant Fabius a raté sa troisième Guerre mondiale.

Jacques-Marie Bourget – Le Grand Soir

24 octobre 2014

7. Fabius.jpeg

Heureusement que, dans le monde occidental, personne n’écoute Laurent Fabius, et guère plus son employeur, François Hollande. Sinon, en plus d’être en guerre au Mali, en Centrafrique et en Irak et en Syrie, nous aurions déjà bombardé Moscou, afin de punir Poutine pour son soutien à Assad et aux indépendantistes ukrainiens. Et bombardé aussi, en amuse-Bush, les villes de Téhéran et de Damas. Avouons que si le ministre des Affaires étrangères de la France était plus entendu, la planète aurait une autre gueule et nous serions au cœur d’une troisième guerre mondiale ce qui donnerait du travail à Dassault et aux correspondants de guerre.

Lire la suite…

Source : http://www.legrandsoir.info/pour-l-instant-fabius-a-rate-...

 

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Et, bien sûr, il y a la victoire de Dilma ! Qui ne s’en réjouirait ? Euh… les enfumeurs de service par exemple. Le Grand Soir nous met au parfum. Les commentaires sont bien aussi.

 

Brésil : les médias nous ont enfumés, nous enfument et nous enfumeront encore

Vladimir Marciac – Le Grand Soir

27 octobre 2014

 8. François-Dilma.jpgHier, dimanche 26 octobre 2014, Dilma Rousseff a été réélue présidente du Brésil avec avec 51,64% des suffrages contre 48,36% à son concurrent Aecio Neves (chiffres donnés ce matin, lundi 27 octobre, par nos « grands » médias en ligne. Ils peuvent varier à la marge dans la journée).

Les Echos : « Dilma Rousseff, réélue de justesse »… « score étriqué »…

Le Monde nous parle d’un « résultat serré ». « La candidate du Parti des travailleurs a battu d’une courte tête son adversaire de centre droit, Aecio Neve ».

La Dépêche : « Brésil : Dilma Rousseff réélue présidente de justesse avec une courte avance… ».

L’Obs : « La présidente sortante a devancé avec une courte avance… » (passons sur la beauté de la phrase où l’on apprend que si la candidate devance c’est qu’elle est devant).

L’Express : « Dilma Rousseff, réélue de peu… ».

La plupart ont repris une dépêche de l’AFP, qui donne l’information ET son avis.

Lire la suite…

Source : http://www.legrandsoir.info/bresil-les-medias-nous-ont-en...

 

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C’est Halloween. Les pensionnaires du Zoo de Saint-Pétersbourg ont eu droit à leurs citrouilles.

9. Ours Halloween.jpeg

Vidéo :

http://rt.com/in-motion/199624-russia-zoo-halloween-pumpk...

 

 

 

 

Mis en ligne le 28 octobre 2014.

 

 

 

 

 

13:21 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/10/2014

SANS COMMENTAIRE

1. navy seal stealth ship.jpg

 

Sans commentaire

 

2. jacob appelbaum.jpg

Jacob Appelbaum : le temps de la Révolution (Exberliner)

Nadja VANCAUWENBERGHE – Ex-berliner - LGS

 

Jacob Appelbaum : nouvellement berlinois, hacktiviste exilé, idéaliste passionné

Collaborateur de longue date de Julian Assange, ami proche des confidents d’Edward Snowden, Laura Poitras et Glenn Greenwald, et désormais lui-même un allié de confiance du dénonciateur de la NSA, c’est un homme d’une crédibilité sérieuse sur la scène Snowden.

Jacob Appelbaum est un dissident-né doté d’un esprit combatif et de compétences oratoires certaines. Débutant comme militant pour la marijuana médicale en Californie à 15 ans, Appelbaum a passé plus de temps à s’inquiéter de la planète Terre (plus tard avec Greenpeace et Rain Forest Action Network) et de l’écosystème de son ordinateur que de sa scolarité. Au début de la vingtaine, il était occupé à aider des amis à apporter la technologie à l’Irak (installation de satellites Internet au Kurdistan) ou la déconstruction du système de stockage sur disque chiffré d’Apple. Sa participation au projet Tor (depuis 2004) et WikiLeaks allaient bientôt suivre. En 2010, Rolling Stone l’a étiqueté "l’homme le plus dangereux du cyberespace", une étiquette qui l’agace encore aujourd’hui.

Il déteste l’idée, mais l’affaire Snowden a relancé sa carrière – en tant que pigiste avec un accès aux fichiers de la NSA, et comme un orateur public qui a été à la fois un expert sur et victime de la surveillance électronique. Appelbaum était parmi les rares cerveaux de la cyber-sécurité qui ont conçu le logiciel d’anonymat Tor. Ceci et ses liens avec WikiLeaks lui ont valu le harcèlement des agences de renseignement des États-Unis - une pression constante qui a abouti à l’espionnage de sa petite amie dans sa chambre. En juin de l’année dernière, il a décidé de vendre sa maison aux enchères et de faire ses adieux à ses amis et de rejoindre ses congénères Laura Poitras et Sarah Harrison de WikiLeaks auto-exilés à Berlin.

 

3. sarah-harrison-snowden.jpg

Sarah Harrison, ici avec Edward Snowden

 

Appelbaum – un homme avec plus de 76.000 abonnés Twitter - est discret au sujet de sa nouvelle célébrité sur la scène numérique. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de concevoir une conférence avec les mots "surveillance" ou "Snowden" dans le titre sans sa participation. Comme beaucoup de ses pairs techno, il chiffre son e-mail, et s’il possède un smartphone, la batterie voyage séparément dans son sac.

"Je suis un journaliste, un chercheur/programmeur de la sécurité informatique, ainsi qu’un artiste – toutes ces trois dénominations figurent sur mon visa," un visa allemand pour travailleur indépendant qui vient tout juste d’être renouvelé pour deux ans.

Il est aussi un peu agitateur – comme lorsque cette année, après avoir remporté le prix respecté Henri Nannen pour le journalisme, Appelbaum a publiquement exprimé sa honte d’avoir remporté un prix issu d’une époque nazie (le célèbre fondateur Stern était un propagandiste de la Waffen-SS en Italie), et s’est engagé à faire fondre son prix avec ceux des autres lauréats, pour créer une nouvelle œuvre d’art.

En personne, "Jake", comme l’appellent ses amis, apparaît comme quelqu’un de réservé, plutôt timide. Mais revenons au sujet et à ce trentenaire (31 ans) tatoué, produit de la « génération so-what » [et-alors ? – NDT] qui s’est métamorphosé en un idéaliste intransigeant mais attachant.

L’année dernière, vous avez décidé de vous installer à Berlin après des années de harcèlement par le gouvernement américain. Pourquoi ?

J’en avais assez. Pendant des années, j’ai eu de terribles expériences avec la police, le contrôle des frontières, avec le FBI. Toutes sortes de rencontres que ma famille avait vécues, que ma partenaire avait connues, et qui n’est plus ma partenaire aujourd’hui partiellement en raison de ce stress. Vraiment des choses incroyables.

Pouvez-vous en dire plus sur ces choses incroyables ?

Bien sûr. Il y a quelques années, ma mère a été arrêtée dans une petite ville de Californie. Ce qui n’est pas forcément inhabituel pour elle, car c’est une personne dérangée. Mais la police a défoncé la porte et l’a arrêtée alors qu’elle était aux toilettes et l’a traînée hors de l’appartement tout en enregistrant la totalité de l’événement sur un enregistreur audio. J’ai pris l’avion pour la Californie pour tenter de la faire sortir de prison en payant une caution. Je pensais que c’était tout à fait le genre de choses qui peut arriver à la mère de n’importe qui dans ce genre de circonstances.

Mais il est devenu de plus en plus clair pour moi qu’il y avait quelque chose d’autre en jeu par la façon dont ils l’ont traitée. Elle a été menottée et attachée ; ses poignets et ses chevilles et sa taille ont tous été enchaînés ensemble. A un moment, elle a été interrogée au sujet de mon rôle dans WikiLeaks. Je n’avais jamais parlé à ma mère de Julian Assange ou de WikiLeaks. Elle n’utilise pas Internet.

Pour finir, ils l’ont transférée dans un hôpital psychiatrique. Je l’ai rencontrée là-bas et elle m’a dit qu’ils l’ont droguée contre sa volonté. Ils avaient reçu un ordre du juge de la droguer de force. Ils l’ont interrogée à nouveau sur mon rôle dans WikiLeaks. Elle a passé 18 mois en prison sans procès. Elle a été en liberté surveillée pendant trois ans et parce que j’ai quitté les États-Unis, je ne l’ai pas vue pendant toute cette période. C’est une situation très triste.

Vous avez également été suivi, harcelé ...

Quand j’étais en Islande, j’ai reçu un message de panique. Ma désormais ex-fiancée s’était réveillée chez elle avec des hommes qui portaient des lunettes de vision nocturne et qui la regardaient dormir. Lorsque nous voyagions ensemble, je passais la douane avec elle et ils m’emmenaient littéralement devant ses yeux et lui niaient ensuite que j’existais. J’ai vécu ça pendant des années.

Quand cela a-t-il commencé ?

Cela a vraiment commencé en 2009, mais j’avais été très calme à ce sujet. Cela a vraiment commencé à s’intensifier en 2010 et 2011 et a progressivement empiré. En mai 2013, je dînais avec l’ex-petite amie que j’évoquais à l’instant, et à ce dîner nous étions physiquement suivis par au moins deux agents dont nous pensions qu’ils étaient du FBI. On avait réservé sur Internet dans un restaurant précis à une heure précise et elle est venue me chercher et on est partis. Le courriel avait été chiffré et nous avons utilisé toutes sortes de choses, mais il est clair que nos deux ordinateurs avaient probablement été piratiés et ils savaient tout. Ce qui est bizarre, c’est que nous ne sommes pas allés au restaurant où nous avions prévu d’aller dîner.

A la dernière seconde, j’ai eu une inspiration soudaine et je lui ai dit, prenons à gauche ici et allons dans ce restaurant. Moins de 10 minutes plus tard, un gars aux cheveux ras s’assoit à côté de nous, pose son portable sur la table, le micro de son téléphone directement pointé sur moi. Vingt minutes plus tard, une femme vient s’asseoir à côté de lui. Et elle met aussi son téléphone portable sur la table. Ils prétendaient avoir un premier rendez-vous, mais ils n’ont jamais parlé de ce qu’ils faisaient, de pourquoi elle était en retard ... À un moment donné, ma fiancée s’est vraiment effondrée en larmes à cause de la pression. La veille, Laura Poitras était venue nous rendre visite à Seattle. Il est donc clair que cette surveillance était liée, ils voulaient savoir ce qui s’était passé avec Laura. Et bien sûr, ce n’était pas le sujet de notre conversation au dîner.

 

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Laura Poitras, ici avec Glenn Greenwald

 

Était-ce au cours des révélations Snowden ?

Non, Laura me rendait simplement visite. Laura et moi sommes de bons amis depuis longtemps. Ce genre de harcèlement a commencé bien avant Snowden. Et ce qui m’a amené à réaliser que lorsque ces fuites ont commencé à sortir, il se produisait quelque chose de grand. Lorsque nous avons eu des informations sur Edward Snowden et Glenn Greenwald et Laura Poitras, je me trouvais à Munich – en route pour Seattle de retour d’un voyage en Inde. Un ami du Chaos Computer Club s’est approché de moi pendant que je dînais et m’a dit : "T’as entendu la source des fuites ?" Je voyageais avec le producteur de Laura, Caity, et nous filmions ensemble ... Je pense qu’elle m’a même filmé en train de télécharger la page du Guardian, en découvrant le nom d’Edward Snowden et apprenant pourquoi nous ne pouvions pas joindre Laura depuis tout ce temps. J’ai recoupé le tout et j’ai réalisé que si je rentrais, toutes ces années de harcèlement avec Wikileaks ne seraient rien comparées à ce qui allait suivre. J’ai donc annulé mon vol de retour et je ne suis jamais rentré au pays. C’était au début de juin 2013.

Toutes ces années de harcèlement - c’était en raison de votre participation à WikiLeaks ?

La piste des données que vous laissez derrière vous raconte une histoire sur vous, mais pas nécessairement la vérité. Même si elle est composée de faits. Pendant des années, le gouvernement américain m’a harcelé parce qu’ils pensaient que Bradley Manning, maintenant Chelsea Manning, m’avait donné des documents. Mais c’est faux.

Comment savez-vous qu’ils pensaient cela ?

Parce qu’ils ont traîné certains de mes amis devant un grand jury de Virginie et les ont menacés de détention illimitée s’ils ne témoignaient pas contre moi, s’ils ne renonçaient pas à leurs libertés constitutionnelles et s’ils ne parlaient pas de moi en particulier. Quand j’ai réalisé qu’ils avaient une théorie tout à fait fausse et qu’ils ont essayé de détruire ma vie pendant des années, je me suis dit qu’il n’y aura pas de fin leur harcèlement et tentative de destruction. Je sentais donc que je ne devais pas revenir.

Alors pourquoi Berlin ?

Berlin a une incroyable culture de la résistance. Je viens à Berlin depuis de nombreuses années en raison du Chaos Computer Club, et j’ai travaillé avec le Spiegel dans le cadre de WikiLeaks. J’ai beaucoup d’amis proches ici dans le monde de l’art, du piratage informatique et du journalisme. Je me trouve à l’intersection de ces trois mondes et Berlin me rend très heureux.

Nous plaisantons souvent qu’il s’agit d’une sorte de combat ultime pour la démocratie. Où les gens ont vraiment de véritables dialogues. Les gens au Chaos Computer Club, du Spiegel, Taz, Exberliner, etc, m’ont dit qu’ils étaient avec moi, et je suis donc ici depuis un an et j’ai demandé un visa de résident temporaire, comme tout le monde, et je l’ai reçu. Franchement, je me sens plus en sécurité à Berlin-Est comme immigrant que je ne l’ai jamais été comme citoyen des États-Unis.

Vous n’avez jamais eu envie de demander l’asile ?

Je ne me réjouis pas à l’idée d’être un réfugié. J’espère ne jamais en arriver là. D’autres pays m’ont offert l’asile politique. Je ne veux pas dire lesquels. Le gouvernement américain est déterminé et prêt à tout pour mettre la main sur tous ceux qui sont associés à WikiLeaks et à Snowden. C’est de la persécution politique. Je pense que l’Allemagne a bien fait de me laisser rester. Je veux la même chose pour tous ceux qui en ont besoin.

C’est une belle ironie d’être en exil ici. Berlin a une histoire folle de surveillance, de la guerre froide à nos jours. Nous savons à partir des fichiers de Snowden que l’Allemagne est la plus proche alliée de la NSA en Europe.

Même avec l’histoire de Berlin, même avec l’ironie profonde que Berlin-Est soit l’endroit où nous travaillons maintenant, cela ne signifie pas que nous pensons que Berlin est parfait. Il y a un niveau d’espionnage immense ici par le gouvernement allemand et la NSA. Nous savons maintenant à quel point ils travaillent ensemble. Par exemple, d’après ce que nous savons, tous les assassinats par drones étasuniens sont relayés via l’Allemagne ...

 

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Vous et Laura avez travaillé tous les deux avec le Spiegel – comment est-ce arrivé ?

Eh bien, Andy Müller-Maguhn et moi avions travaillé avec le Spiegel à divers titres au fil des ans et nous l’avons tous deux convaincue de venir travailler avec nous. Marcel Rosenbach et Holger Stark sont deux des plus grands journalistes vivants ; ils sont enjoués, ont une bonne éthique et j’ai confiance en eux.

Avez-vous déjà tenté de rejoindre Glenn Greenwald et le Guardian ?

Eh bien, je travaillais avec Glenn, et j’ai demandé au Guardian une lettre pour être couvert par leurs privilèges sur la confidentialité des sources, et ils ont refusé. Je pense que c’est parce qu’ils sont un petit journal de merde dirigé par des gens comme Luke Harding, Alan Rusbridger et David Leigh qui font une fixation sur WikiLeaks et Julian Assange, et ils ont décidé que c’était plus important que tout le reste y compris de me protéger. Lorsqu’en septembre 2013, Leigh et Harding sont venus ici à la librairie Hundt Hammer Stein pour une conférence sur leur livre sur WikiLeaks, ils n’ont pas cessé de mentir à propos de Julian. Savez-vous que lorsque Julian est allé à la ambassade [équatorienne], le Guardian lui a envoyé un panier avec des chaussettes propres et du savon ? Voilà l’attitude du Guardian a l’égard des journalistes sérieux !

Vous ne pensez pas qu’ils ont fait un bon travail avec les fuites de Snowden ? Ils ont sorti l’histoire en dépit de pressions considérables ...

Oui, si on fait abstraction du fait qu’ils ont dit qu’ils ne toucheraient à rien qui touche à l’Afghanistan ou à l’Irak, par exemple. Je veux dire, c’est incroyable ... Ils ont fait un bon travail dans certains reportages, mais pour moi, c’est très triste qu’ils considèrent ça comme une compétition entre les agences de presse ou entre egos, par opposition à une compréhension globale. Vous le constatez avec le livre de Harding sur les fichiers Snowden.

Que sait-il de Snowden ? Il n’a aucun contact avec Snowden, aucune idée de tout ce genre de choses, et il écrit ce livre totalement exploiteur pour essayer de nous présenter l’histoire complète et c’est complètement absurde - c’est le Guardian. Le fait qu’ils possèdent tous ces documents mais ont cessé tout reportage – pour moi c’est encore un exemple de leur incroyable irresponsabilité en tant que publication. Nous n’avons pas besoin d’organisations comme celles-ci qui servent l’État, nous en avons suffisamment. Nous avons besoin d’organisations qui servent l’intérêt public, et c’est ce que la presse est censée faire.

Pourquoi n’avez-vous pas suivi Laura et Glenn à The Intercept ?

J’aime vraiment The Intercept, et je pense que les gens qui y travaillent sont constauds. Je suis content que Pierre [Omidyar] le finance, mais il faut se demander pourquoi. C’est uniquement pour faire de l’argent. Mon intérêt à moi, c’est d’accroître la justice dans le monde, d’essayer d’améliorer les questions des droits de l’homme. Je m’intéresse donc beaucoup aux écrits de Jeremy Scahill dans The Intercept sur les frappes de drones. Je m’intéresse à ce que fait Glenn, je m’intéresse à ce que fait Laura. J’ai le plus grand respect pour les publications qui cherchent la vérité dans l’intérêt public. Mais chacun a des limites et des objectifs différents.

Vous maniez la langue de bois, maintenant.

Mais non ! Les gens qui travaillent efficacement comme journalistes aux États-Unis sont harcelés, ils sont gênés ... Ils sont arrêtés et ils vivent avec de sérieuses craintes de répercussions, même s’ils ne l’admettent pas.

Alors, diriez-vous que c’est la raison pour laquelle The Intercept n’a pas publié le fait que l’Afghanistan était sous surveillance totale de la NSA dans leur exposition de l’histoire dite des Bahamas – à cause de la pression ?

Je pense qu’il est tout à fait clair que des organisations comme The Intercept sont explicitement sous pression. Et le Washington Post est également explicitement sous pression – ils avaient l’histoire et n’ont pas publié les noms des pays ... Quand vous parlez à des gens qui travaillent dans ces organisations, ils ont tous très peur.

Mais regardez, Glenn et Laura sont deux héros du journalisme courageux. Ils ont prouvé leur intégrité à plusieurs reprises et à présent ils sont allés rejoindre un nouveau support... vous vous attendiez à ce que l’organisation soit plus « indépendante » ?

Et qu’est-ce que ça dit, sur les possibilités ?

Ça me dit que, apparemment, ce n’est pas possible.

Vous avez donc la réponse à la question. Qu’est-ce qui est possible pour The Intercept, le Washington Post ou le Guardian ? Chacun a des possibilités. The Intercept pourrait-il publier n’importe quoi ? En théorie, mais il y a des conséquences qui vont avec. Des conséquences politiques, juridiques et peut-être même techniques. La réalité de la situation est qu’il y a une raison pour laquelle WikiLeaks existe. WikiLeaks est l’éditeur du dernier recours.

Donc, sans WikiLeaks, le peuple afghan n’aurait pas été informé ...

Je suis heureux que WikiLeaks existe, car ils servent comme un facteur d’équilibre. D’accord ? Quand des publications comme The Intercept craignent de publier quelque chose comme ça ou craignent que cela puisse être préjudiciable, WikiLeaks est capable d’intervenir et d’en parler. Il appartient vraiment aux gouvernements de ne pas faire pression sur des journaux comme The Intercept ou le Washington Post, car cela crée un espace où Wikileaks devient une évidente nécessité, même maintenant. Je pense que c’est triste qu’il y ait un environnement dans lequel les nouvelles publications ne sont pas autorisées à vous révéler certaines choses, mais c’est aussi la réalité de la situation que nous vivons.

Par rapport aux fichiers de Snowden, qu’est-ce qui est le plus important, selon vous ?

Je pense qu’il est important de comprendre que Snowden sert d’exemple, que non seulement il est possible de résister, mais qu’il est possible de résister et de survivre. Ce que Snowden a fait est un acte de dénonciation courageux. Il a payé cher pour cela, et beaucoup de gens travaillent pour qu’il ne le paie pas de sa vie. Bien sûr, l’impact des documents est important, mais l’impact de survivre seul était tout aussi important dans un certain sens pour inspirer d’autres personnes. Je pense à [NSA dénonciateur William] Binney qui n’a plus de jambes. Il a subi une double amputation due au diabète et au stress de sa vie. La vie de Thomas Drake a été en quelque sorte complètement ruinée. Chelsea Manning a terminé avec une peine de 35 ans de prison.

 

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Berlin - William Binney, ancien agent de renseignement de l’Agence Nationale de Sécurité US (NSA) devenu lanceur d’alerte (à dr.) quitte le Bundestag le 3 juillet dernier, après y avoir témoigné devant la Commission chargée d’enquêter sur le rôle joué par la NSA en Allemagne. La commission a été convoquée suite aux révélations de l’année dernière, selon lesquelles la NSA a mis sur écoute, pendant des années, le téléphone portable de la chancelière allemande Angela Merkel et d’autres éminents politiciens d’Allemagne et d’Europe. Des documents récents, publiés par l’ex-employé de la NSA Edward Snowden, révèlent l'activité très importante de la NSA en Allemagne, ainsi qu’une étroite collaboration entre la même NSA et les services secrets allemands.


Mais être coincé en Russie sous la tutelle de Poutine, est-ce vraiment une option enviable ?

C’est une affirmation très biaisée ; comment savez-vous que Poutine a quoi que ce soit à voir avec Edward Snowden ? Permettez-moi de dire qu’il vaut mieux être en vie et coincé dans un des plus grands pays au monde que d’être emprisonné ou mort. Mais certaines personnes le nient et laissent entendre qu’il est un pion ou une marionnette. Ils critiquent le choix de son asile. Mais il a demandé l’asile dans autant de pays que possible, et presque tous ont refusé pour des questions de procédure. Sarah Harrison et Julian Assange lui ont sauvé la vie parce que WikiLeaks prend la protection des sources au sérieux. Imaginez, ces trois personnes ont réussi à embarrasser toute la communauté du renseignement. C’est très fort.

Ensuite, il y a ceux qui disent des choses comme : « Eh bien, qu’est-ce que nous apprenons de Snowden que nous ne savions pas déjà ? »

Il y a une différence entre soupçonner et savoir quelque chose, comme le fait que les Bahamas sont sous surveillance totale. Il y a une différence entre comprendre que les programmes de métadonnées sont utilisés pour tuer les gens avec les frappes de drones et spéculer à ce sujet. Il y a une différence entre supputer que la chancelière Merkel est espionnée comme chef d’État et de découvrir que c’est tout à fait le cas. En raison de mon expérience, j’en sais quelque chose sur de la différence entre une possibilité et une certitude, entre ce qui est légal et ce qui se passe. Pour le restant de mes jours, je ne me coucherai plus jamais dans un lit avec la certitude que ma maison n’est pas surveillée. Je ne serai plus jamais capable d’avoir une conversation libre dans ma maison aussi longtemps que je vivrai ...

Avant, on appelait ça de la paranoïa. Vous êtes donc en train de dire que tout ceci conforte ceux d’entre nous qui sont paranoïaques ?

 

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Julian Assange à l’ambassade d’Équateur à Londres

 

Quand Julian Assange et moi avons écrit Cypherpunks, beaucoup ont dit que nous étions fous, paranoïaques, etc. Eh bien désormais, grâce à Snowden, nous savons qu’il est plus raisonnable de penser que nos téléphones sont sur écoute ou que l’Internet est surveillé. C’est un fait. C’est peut-être oppressant dans un sens, mais on est encore dans une phase de libération, car la question ne se pose plus. Toute personne qui ne travaille pas pour changer les choses est complice. C’est ça la différence. Il y a un énorme clivage entre un tas de gens cyniques qui disent qu’ils savaient déjà et n’ont pas besoin de réfléchir davantage à ce sujet, et un certain nombre de personnes pas si cyniques qui disent que c’est ce que nous soupçonnions et ce que nous craignions, changeons les choses maintenant.

Avez-vous été personnellement choqué par ces révélations ?

J’étais au-delà du choc. Je suis horrifié et je veux que les choses changent. Une façon de changer les choses est de les faire connaître afin que les gens soient informés, et une autre façon est de construire des solutions alternatives. Et c’est ce que nous faisons avec le Projet Tor, par exemple, et de nombreuses autres personnes y travaillent.

Alors, comment faire passer les gens à l’étape suivante - de la sensibilisation à l’action ?

Il faut beaucoup plus que simplement des actions individuelles. Mon recyclage ne sauvera pas l’environnement. C’est un acte utile au sein d’un problème beaucoup plus vaste. Nous avons besoin d’une action collective à l’échelle planétaire. Par exemple, nous devons repenser la façon dont les systèmes de télécommunications fonctionnent. Pourquoi la NSA peut-elle mettre sur écoute des pays entiers ? Parce que l’infrastructure est conçue pour être sur écoute et ils l’exploitent. Il faut changer ça. La réalité est que la plupart des gens font confiance aux défauts de leurs appareils électroniques. Jusqu’à ce que l’architecture soit « privacy by design » [conçue pour assurer la confidentialité – ndt], la vie privée sera régulée par la politique. La confidentialité par la politique sera toujours violée par des gens qui ne se sentent pas concernées par les limites imposées par la politique. Nous devons travailler à changer la façon dont fonctionne notre infrastructure. Pour la rendre réellement sécurisée.

Mais beaucoup ne se sentent pas concernés – comme utilisateurs d’Internet, ils veulent seulement accomplir certaines tâches et ne sont pas gênés que des entreprises ou des politiques utilisent leurs données personnelles....

Se dire « Oh, ça ne m’intéresse pas, personne ne voudra me surveiller » comme un moyen de faire face à ce stress est compréhensible. Ce à quoi je répondrai ceci « les services de renseignement sont des gens normaux ». Les capacités nécessaires à l’exploitation d’un téléphone cellulaire coûtent 1000 € ou moins. Les méthodes sont disponibles pour tout le monde - un ex-amant, un journaliste concurrent ... C’est donc une question de choix, pas de savoir si oui ou non vous avez quelque chose à cacher. Il y a des entreprises qui exploitent le manque de connaissance des gens, et, oui, nous devrions remettre en cause la centralisation des entreprises comme Facebook et Twitter. Nous devons faire face à la surveillance des entreprises et celle des gouvernements et les liens entre eux. C’est un gros problème. Mais un problème que nous pouvons résoudre.

Vous avez appelé Facebook « Stasibook » ...

 

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Oui, en raison de son étroite collaboration avec l’État. Ils ont tout un département qui ne fait rien à part livrer les données à la police, aux gouvernements et aux autres parties requérantes. Je suis sûr que le FBI s’est rendu sur Facebook pour toutes les données qu’ils avaient sur moi. Le ministère de la Justice est allé sur Twitter et Google pour moi. Je pense que la grosse erreur est de penser que parce que les gens utilisent Facebook, ils ne se soucient pas de la vie privée. Mais quelle est l’alternative pour la plupart des gens ? La réalité est que si vous vivez à Londres, lorsque vous marchez dans la rue, vous subissez une violation constante de votre vie privée. Mais que pouvez-vous faire ? Vous ne pouvez pas vous enfermer chez vous, ce qui ne signifie pas que vous devez ignorez les caméras. Nous devons donc construire des alternatives afin que les gens puissent choisir. Et nous pouvons le faire.

Vous semblez étonnamment confiant, optimiste même.

Je ne pense plus qu’il y ait un fossé entre le monde physique et numérique, et l’histoire nous montre qu’il est possible de résister et qu’il est nécessaire de le faire. Avec les fichiers WikiLeaks et Snowden, nous sommes entrés dans des temps révolutionnaires, de grands changements sont à venir.

Pensez-vous que Snowden a provoqué une révolution ?

Oui. Je pense que Julian Assange, Edward Snowden, Laura Poitras, Chelsea Manning, Glenn Greenwald et d’autres ont tous beaucoup contribué à l’histoire. Nous vivons une époque d’extrêmes bouleversements. Je vois que nous avons déjà construit un début de structures alternatives, qui existent déjà. Comme le réseau Tor. Des millions de personnes l’utilisent tous les jours. Des lanceurs d’alerte, des journalistes, des médecins ... Ce n’est pas une promesse de l’avenir, c’est une réalité optimiste. Je dirais que la lutte sera longue, et nous sommes au milieu. Nous ne pouvons pas gagner tous les combats et nous ne pouvons pas arrêter la surveillance de masse, mais il la possibilité existe, et avec ces outils beaucoup de gens ne sont pas aussi vulnérables à la surveillance comme l’est le reste de la planète en ce moment.

Donc, il s’agit de nous responsabiliser nous-mêmes en tant que citoyens de l’ère numérique ?

La question est de savoir si vous voulez défendre les principes fondamentaux d’une société démocratique. Si oui, alors vous devriez utiliser ces types de programmes. Le plus important est de penser au contexte global afin de rétablir l’équilibre en faveur de beaucoup de choses qui ont été perdues. Nous devons fondamentalement réaffirmer des choses et repenser leur conception, il faut que nos politiques et nos technologies s’alignent, nous avons besoin de réaffirmer les principes fondamentaux des droits humains. Quand je suis allé à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, j’ai pleuré.

J’ai pensé que vous apparteniez à la «  génération so-what ». Vous êtes en passe de devenir très idéaliste !

La Cour de Strasbourg est l’une des visions les plus utopiques. Cette notion que toute personne peut déposer une plainte ou une réclamation, que toute personne a le droit d’obtenir réparation d’injustices commises par les Etats de cette manière, et pour les États d’avoir à répondre ... eh bien, pour moi c’est quelque chose de pratiquement incroyable. Mais du coup je pense à des gens comme Assange, Snowden et Poitras et je pense que, bien sûr, nous devons réaffirmer ces valeurs qui ont été durement acquises après la Seconde Guerre mondiale. Ce problème ne sera pas résolu avec du cynisme. Nous pouvons y mettre fin et nous devons le faire. Il n’y a jamais eu un moment de l’histoire où autant de gens pouvaient être surveillés. C’est nouveau et c’est inacceptable.

Des initiatives comme les cryptoparties font partie d’une riposte populaire au niveau individuel et c’est très bien. Il faut aussi des gens qui interviennent sur les lois, il faut des entreprises qui prennent une position ferme sur la sécurisation de ces types de communications, pour garder la possibilité de l’anonymat, d’une société libre de récoltes de données. Ce genre de choses est essentiel. Je pense que nous avons maintenant les connaissances pour y arriver. Nous pouvons utiliser une partie des appareils existants pour changer le monde. Et c’est déjà le cas. Chaque fois que vous anonymisez, chaque fois que vous cryptez, chaque fois que vous affirmez vos droits et refusez la soumission, nous gagnons.

Traduction : Romane

avec des corrections/ajustements par LGS

Sources : http://www.legrandsoir.info/jacob-appelbaum-le-temps-de-l... 

http://www.exberliner.com/features/people/jacob-appelbaum...

 

Naja Van Cauwenberghe est une journaliste française, rédacteur en chef du magazine EXBERLINER – Berlin en anglais, qui s’adresse aux expatriés de la capitale allemande.  

 

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On peut relire, à cette occasion :

 

Sur Les Grosses Orchades : « To leak or not to leak » 

I. Shamir : «Snowden à Moscou»

I. Shamir : «Wikileaks trace sa route à l’Est»

 

Voir aussi – c’est tout frais :

 

Guillaume ChampeauNumerama 16 octobre 2014

La police dira à Google les sites qu'il doit censurer ! http://www.numerama.com/magazine/30956-la-police-dira-a-google-les-sites-qu-il-doit-censurer.html

 

Mickael – News 360 – 24 octobre 2014

La censure de Google sur ordre de la police n’a même pas fait débat

http://croah.fr/revue-de-presse/la-censure-de-google-sur-ordre-de-la-police-na-meme-pas-fait-debat/

 

Guillaume Champeau – Numerama – 24 octobre 2014

Le rôle diplomatique secret de Google dénoncé par Julian Assange

http://www.numerama.com/magazine/31048-le-role-diplomatique-secret-de-google-denonce-par-julian-assange.html

 

 

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Livre

        

En anglais :

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Cypherpunks : Freedom and the Future of the Internet

OR Book, 2012

186 pages

 

 

 

 

 

En français :

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Julian ASSANGE (avec Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann).

Menace sur nos libertés : Comment Internet nous espionne. Comment résister

Robert Laffont,‎ 2013 – 245 pages

 

 

 

 

(Cyberpunks, c’était un trop bon titre pour l’édition française… elle n’aime pas la facilité.)

 

 

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Mis en ligne le 26 octobre 2014.

 

 

 

 

12:05 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/10/2014

PLUG !

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PLUG !

Voilà bien du bruit pour un suppositoire. Même vert.

Mais comment passer sous silence une illustration aussi parfaite de l’ère où nous sommes, tant il est vrai que les zartistes sont le miroir de la société où ils vivent, qui les adule ou leur fait manger de la vache enragée, c’est selon.

Une image, à ce propos, nous hante : Dans une édition des œuvres de Rabelais publiée sous le Consulat, Gargantua est à table. C’est un large bourgeois peu amène, gras plutôt que gigantesque, en chapeau claque évasé, serviette au cou, autour de qui s’affairent, pliés en deux, des larbins en gilets rayés. Le géant est censé manger des pèlerins en salade. Mais le saladier est un pot de chambre et, dans les assiettes, en guise de pieux homoncules, fument des étrons bien moulés. Jamais on n’a, par une seule image, rendu à ce point la quintessence d’une époque.

Jamais ? Bien sûr que si. Chacune a les siennes, qui la glorifient ou la dénoncent. La nôtre vient de télescoper celle qui restera peut-être pour l’immortaliser dans l’histoire. On a les obélisques et les Courbet qu’on peut.

Bref, nous arrachons une fois de plus Théroigne à ses drogues. Allez, quoi, le travail est déjà plus qu’à moitié mâché ! N’y a plus qu’à mettre en ligne. Rien que du piqué ailleurs : à Raphaël Berland, du Cercle des Volontaires et à Olivier Berruyer, des Crises. Merci à eux.

 

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Avez-vous suivi l’affaire du « plug-anal », cette sculpture gonflable énorme en forme de godemiché vert ? Il était exposé la semaine dernière place Vendôme, avant d’être vandalisé par quelques citoyens. Cet acte, que d’aucuns jugeront civique, d’utilité voire de salubrité publique, d’autres s’en sont scandalisés, au nom de la défense de l’Art (notamment l’ultra-bobo classe médiatico-politique parisienne). Mais en matière d’art, chacun ses goûts, vous me direz. M’enfin j’estime avoir tout-à-fait le droit de trouver ceux de l’artiste en question, Paul McCarthy, plutôt d’un goût douteux… Pour vous faire un avis éclairé, je vous recommande cet article d’Olivier Berruyer, exhaustif, pertinent et drôle. Mais jusque-là, je n’avais pas l’intention d’écrire une tribune sur le sujet.

Non, ce qui m’a donné envie de dégainer mon clavier, c’est la lecture de cet article du Nouvel Obs, où l’on apprend que notre président François Hollande s’est joint lui-aussi au chœur des vierges effarouchées par le « plug-anal » géant détruit : « La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle . [...] Nous devons toujours respecter le travail des artistes ». Trop, c’est trop !

Car c’est ce même président, aidé de son plus fidèle lieutenant (j’ai nommé Manuel Valls, alias « El Blancos »), qui a bel et bien pourri la vie d’un autre artiste, un vrai celui-là, et qui fait rire – volontairement ! - des millions de Français. Vous avez bien sûr deviné que je parle de Dieudonné. Rappelons que l’actuel premier ministre voulait interdire les spectacles de Dieudonné qu’il qualifiait de « réunions publiques » qui « n’appartiennent plus à la dimension créative mais contribuent à accroître les risques de troubles à l’ordre public ». Il avait également déclaré « Je sais faire la différence entre les génies de l’humour et les petits entrepreneurs de la haine ». Le président français avait totalement soutenu la position de son premier ministre sur cette affaire ; il avait notamment demandé aux préfets « d’être vigilants et inflexibles ».

Alors, résumons. Nous avons le Bon Dieudonné, qui essaie d’exercer son art dans une France qui exerce une justice d’exception à son encontre (voir le livre « Interdit de Rire », sorti aux éditions Xenia). Et puis en face, nous avons la Brute, le président Hollande. Je souris en écrivant ces lignes, en devinant que certains parmi vous se demanderont sûrement pourquoi je n’ai pas intitulé ma tribune « Le Bon, Le Mou… ». D’abord parce que ça sonne moins bien.

Mais surtout parce que je trouve brutal, violent mentalement et spirituellement, de prendre en pleine figure les déclarations et autres gesticulations de notre président et de son premier ministre sur des questions d’Art, alors que notre pays va mal. Très mal. Oh ! Bien sûr… Pas pour tout le monde !

Donc la France d’en bas souffre, et nous sommes obligés de regarder celui qui est censé nous représenter (et accessoirement résoudre certains de nos problèmes essentiels comme le chômage) faire la guerre totale à un humoriste, et défendre mordicus un godemiché géant gonflable. Une « oeuvre d’art » qui, ne lui en déplaise, ne restera pas dans les anales. :-)  Parce qu’il nous reste au moins l’humour. Enfin ça, c’était avant.

Raphaël Berland

Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/10/21/bon-brute-p...

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Quant à Berruyer…

Vous souvenez-vous de son dépiautage de l’interview de Vladimir Poutine charcutée par TF1 ? Eh bien, il vient de faire aussi fort en réunissant, pour les soumettre à vos regards de fins connaisseurs sinon de riches collectionneurs, à peu près toutes les œuvres connues de Paul McCarthy, en ce moment même exposées à la Monnaie de Paris, par les soins de MM. Pinault et LVMH réunis, grands mécènes.

Voyage au pays des fantasmes d’un brave homme avec qui on ne voudrait quand même pas se trouver coincés trop longtemps dans un ascenseur.

[Néolibéraux vs. Common Decency] “L’affaire” du Godemiché place Vendôme (+ Expo rien que pour vous, +18)

 

Billet en hommage à Orwell et à sa common decency – si quelqu’un peut faire suivre à Michéa, ça l’intéressera j’en suis sûr, je n’ai hélas pas son mail…

 

J’avais failli en dire un mot rapide samedi, et puis je suis passé à autre chose de moins insignifiant.

 

Mais vu les rebondissements, le jeu des médias et les réactions, je me dis que c’est finalement intéressant de développer…

 

C’est toujours éloquent de comparer ce qu’on nous sert dans les médias (avec des journalistes qui ont 30 min pour creuser le sujet) avec ce qu’on peut trouver après des heures de recherche…

 

Surtout qu’on ne parle pas beaucoup de culture ici en général – remontons donc le niveau ! :-)

 

ATTENTION, comme ce billet parle d’art contemporain, il est interdit aux mineurs…

 

La “sculpture”

À l’occasion de la Foire internationale d’art contemporain, ”l’artiste” d’art contemporain américain Paul McCarthy avait installé temporairement jeudi une statue gonflable de 24 mètres sur la place Vendôme :

 

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Sujet ? – euh, pas clair pour certains, comme L’Express, FranceTVinfo ou Libération :

Lire la suite…

Et surtout ne pas rater la visite guidée qui vient au bout. Véritable musée en ligne.

Source : http://www.les-crises.fr/godemiche-vendome/

 

4. Ananas_comosus.JPG

 

Post Scriptum

Les jours derniers, le (vrai) philosophe M. Manuel de Dieguez, qui n’a pas renoncé à faire entrer un peu de raison raisonnante dans le cerveau des foules, avait mis en ligne, sur son site, un ensemble de trois textes censément de la plume d’un ex-président de la République, supposé avoir, loin du pouvoir, pris conscience d’un certain nombre de choses et en avoir tiré des conclusions plutôt réconfortantes pour le cas où il « reviendrait aux affaires » à la faveur de la législature suivante.

 

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Cela s’appelait

Discours de campagne d'un revenant qui aurait changé de tête

et

Deuxième discours de campagne d'un revenant qui aurait changé de tête

Le troisième l’imaginait prononçant un discours final devant l’Académie des Sciences morales et politique pour, à la fois, annoncer sa prochaine candidature et s’expliquer sur ses intentions.

Séance extraordinaire de l'Académie des sciences morales et politiques

Intervention remarquée d'un revenant qui aurait changé de tête

Cela se trouve ici (cliquez sur « Sommaire ») :

http://www.dieguez-philosophe.com/

Comme d’habitude, les textes de Manuel de Dieguez avaient été repris par un certain nombre de sites ou blogs, qui témoignent, par leur constance, de l’intérêt que porte à la philosophie le « public » lambda (qu’il convient de ne pas confondre avec les zélites).

Et qu’arriva-t-il ?

M. de Dieguez reçut, du Secrétaire général de ladite Académie, le poulet qui suit :

 

« Monsieur,

Le 17 octobre dernier, vous avez publié sur votre site internet (http://www.dieguez-philosophe.com), un article intitulé "Séance extraordinaire de l'Académie des Sciences morales et politiques - Intervention remarquée d'un revenant qui aurait changé de tête".

Dans cet article, vous vous mettez en scène comme étant invité à vous exprimer devant l'Académie (?), ce qui n'a jamais été, à ma connaissance, le cas.

Vous êtes libre - jusqu'à un certain point - d'utiliser un tel procédé littéraire, à la condition toutefois qu'il n'y ait aucune ambiguïté concernant la réalité - ce qui rendrait votre texte mensonger - et que vous ne vous arrogiez pas le droit d'engager l'Académie dans le soutien apporté à telle ou telle prise de position, quelle que celle-ci puisse être.

Je vous demande donc

- soit de retirer ce billet de la Toile,

- soit de le modifier et de ne pas y mentionner l'Académie des Sciences morales et politiques,

- soit d'indiquer de la manière la plus claire possible (en gras et en début d'article) qu'il s'agit d'une fiction qui n'engage en rien l'Académie des Sciences morales et politiques.

Si vous choisissez la 3e solution, je vous demande de bien vouloir me soumettre au préalable le texte de l'Avertissement que vous placerez en tête de votre article.

Chacun de ces choix doit entraîner des modifications non seulement sur votre site, mais également sur les sites qui reprennent vos billets (voir la liste en PJ des sites ayant relayé à ce jour votre texte)

En espérant une réaction adéquate de votre part pour un règlement amiable de ce problème.

Pierre Kerbrat Secrétaire général Académie des Sciences morales et politiques »

 

Auquel il a répondu en ces termes :

 

« Monsieur le Secrétaire général de l’Académie des sciences morales et politiques,

Je croyais que l’Académie des sciences morales et politiques se trouvait tellement proche de l’Académie française qu’elle aurait connaissance du règne de la fiction littéraire de Rabelais ou Villon à nos jours.

Je me permets de vous signaler que le lion devenu vieux de La Fontaine ne se cache pas dans la brousse, que les moutons de Panurge pâturent dans toutes les têtes, que les Yahous de Swift sont plus réels que nature précisément de camper dans l’imaginaire et que si les âmes mortes de Gogol trottaient dans les rues de Paris, elles y perdraient toute leur réalité.

C’est pourquoi je fais dire à un ancien Président de la République transporté dans l’imaginaire que les vrais personnages sont mythologiques et que seul un Abraham imaginaire a voulu retirer un Isaac en chair et en os d’un ciel sacrificateur.

Je formule l’espoir qu’une Académie des sciences morales et politiques élevée par la plume dans le monde ascensionnel qu’elle devrait habiter et où je l’ai colloquée un instant, s’initie au double langage des signes et des symboles.

De toute façon le double personnage que l’Académie des sciences morales et politiques met en scène se révèle un acteur divisé entre son corps et son effigie, comme tout le monde. Cet Hamlet à la fois naturel et surnaturel est bien à l’image du réel, celui d’une République qui se demande où se cache son esprit.

En espérant que ma réponse représente une réaction adéquate à votre missive , je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Secrétaire général de l’Académie des sciences morales et politiques, l’expression de ma considération très distinguée.

Le 21 octobre 2014 »

 

Un suppositoire à la sauce verte au milieu de la place Vendôme et le retour de M. Homais, la même semaine vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup ?

On nous gâte.

 

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David de Stefano & Sanjay Mirabeau

Interdit de rire

Vevey - Éditions Xenia – Septembre 2014

160 pages

 

 

 

  Note de l’éditeur

Pour faire taire Dieudonné en février 2014, Manuel Valls, alors ministre de l Intérieur, a mobilisé tous les moyens de répression légale de la République. Le futur premier ministre a transformé sa lutte personnelle contre l humoriste en affaire d’État.

Ainsi, le jugement précipité du Conseil d’État interdisant le spectacle Le Mur a créé un précédent inquiétant dans la jurisprudence française, laissant magistrats et politiques dicter l’humour, le comique et le bon goût.

La patrie des droits de l homme et de la liberté de pensée va-t-elle basculer dans la censure à cause d’une quenelle ?

Dans cet ouvrage de témoignage et d’analyse, les avocats de Dieudonné reviennent sur cette ahurissante campagne et ses conséquences sur la loi, les libertés et le vivre-ensemble français en tant que tel.

Interdit de rire offre ainsi un récit circonstancié des persécutions dont Dieudonné et son entourage ont fait l’objet, mais également une analyse symbolique et historique du fameux geste de la quenelle, dont les conclusions ont de quoi surprendre !

On y évoque aussi la nature du rire, la fonction du comique dans une société, mais également des affaires plus concrètes et passées sous silence, tel l’incroyable et somptueux cadeau fiscal offert à Dieudonné par le ministre Cahuzac en février 2013.

Fortement argumenté, magnifiquement écrit, cet essai est un réquisitoire saisissant contre un pouvoir en proie à l’incohérence et à la dérive autoritaire.

Les auteurs :

Me David de Stefano, fiscaliste, et Me Sanjay Mirabeau, spécialiste de droit pénal, sont les avocats de Dieudonné M’Bala M’Bala

 

4. Ananas_comosus.JPG

 

 

 

Mis en ligne le 22 octobre 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

11:55 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |