06/12/2014

C'EST AUJOURD'HUI LA FÊTE DE SAINT-NICOLAS

1. Boy in boat.jpeg

C’est aujourd’hui la fête de Saint Nicolas, patron des écoliers…

(Pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. Passez votre chemin les autres !)

 

Petit rappel de son histoire, et de pourquoi il l’est devenu :

          

 

2. bande fleurie.gif

 

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

Tant sont allés, tant sont venus,
Que sur le soir se sont perdus;
S'en sont allés chez le boucher :
« Boucher, voudrais-tu nous loger ? »

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

 

« Allez-vous en les garnements,
Nous avons trop d'emp
êchements. »
Mais sa femm’ qu'était derriér’ lui
Bien vite elle le gourmandit.

 

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

 

« Pour sûr, dit-ell’, qu'ils ont d’l’argent.
Nous en serons riches d'autant !
Entrez, entrez, mes beaux enfants,
Y a d'la place assurémment ! »


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

Ils n'étaient pas sitôt entrés,
Que le boucher les a tués !
Les a coupés en p’tits morceaux,
Mis au saloir comme pourceaux.

Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.


Saint Nicolas, au bout d’sept ans,
Vint à passer dedans ce champs.
Alla frapper chez le boucher :
« Boucher, voudrais-tu me loger ? »


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.


« Entrez, entrez, Saint Nicolas,
Y a d'la place, y n’en manque pas ! »
Il n'était pas sit
ôt entré,
Qu'il a demandé à souper.


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.


« Voulez-vous un morceau d’ jambon ?
Je n'en veux point, il n'est point bon...
Voulez-vous mieux un’ tranche de veau ?
Tu ris de moi, il n'est point beau ! »


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
.


« Du p’tit salé je veux avoir,
Qu’y a sept ans qu'est au saloir. »
Quand le boucher entendit
ça,
Hors de sa porte il s'enfuya.


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
.


« Boucher, boucher, ne t’enfuis pas
Repens-toi, Dieu t’pardonnera. »
Saint Nicolas alla s’asseoir
Dessus le bord de ce saloir.


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.


« Petits enfants qui dormez là,
Je suis le grand Saint Nicolas ! »
Et le saint étendit trois doigts...
Les p’tits se lèvent tous les trois !


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.


Le premier dit : « J'ai bien dormi ! »
Le second dit : « Et moi aussi ! »
A ajouté le plus petit :
« Je croyais
être en Paradis ! »


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

 

2. bande fleurie.gif

Pour les pédants…

Le culte de Saint Nicolas serait passé de la Grèce, en Occident.

Le culte de saint Nicolas, d’abord spécial aux Grecs, passa en Occident à l’époque des Croisades. Sur la fin du XIe siècle, les gens de Bari en Sicile feignirent de posséder son corps, premièrement enseveli au mont Sion près de Myre, et dont ils alléguaient une prétendue translation. De Bari, en 1098, un croisé lorrain, seigneur de Varangeville, rapporta chez lui une phalange d’un doigt du corps saint : la relique, déposée dans une chapelle qui devint le sanctuaire de Saint-Nicolas-de-Port, attira un grand concours de pèlerins, et c’est ainsi que le culte du saint se propagea en France, dans les Pays-Bas et dans l’Allemagne.

 

Pour les grandes personnes (catholiques et orthodoxes),

Saint Nicolas, né à Patara, en Asie Mineure, à la fin du IIIe siècle de notre ère, fut archevêque de Myre, en Lycie. C’est là :

 

3. Lycie Carte.png
Il est le patron des écoliers et de la ville de Nancy ; le protecteur des bateliers, des pêcheurs, des marins et mariniers, déchireurs de bateaux et débardeurs, des voyageurs et des pèlerins, des brasseurs, tonneliers, ciriers, etc., et des mal jugés. C’est dire s’il a du travail.

La légende des enfants au saloir

est née de vieux manuscrits datant des XIIe et XIIIe siècle qui relataient un miracle qui aurait concerné non pas des écoliers mais trois clercs qui voyageaient pour leurs études et qui, surpris par la nuit, demandèrent l'hospitalité à un couple de vieillards, contre la promesse que Dieu leur accorderait la naissance d'un fils. La suite est la même : ils sont tués, découpés en morceaux et mis dans un saloir...

Saint Nicolas patron des écoliers.

Depuis le XIIe siècle, Saint Nicolas, en grand costume d’archevêque, avec sa mitre, sa crosse de pasteur et tout, va de maison en maison dans la nuit du 5 au 6 décembre. Les enfants qui ont été sages reçoivent des cadeaux et des friandises, et les méchants reçoivent des coups de martinet, administrés par le compagnon de Saint Nicolas, qu’on appelle par endroits Père Fouettard, dans ces coins-ci Hans Krouft, en Allemagne Knecht Ruprecht, et qui, partout, a la peau noire, qu’il soit habillé en moine à capuchon ou déguisé en page. Saint Nicolas transporte toujours ses cadeaux dans une hotte, et la hotte est coltinée par son petit âne.

4. St. nicolas et l'âne en tournée.JPG

Le 5 décembre au soir, avant d’aller dormir, les enfants déposent, sur l’appui extérieur d’une fenêtre, leur lettre annuelle au saint (liste des cadeaux qu’ils souhaitent et confession des méfaits commis dans l’année) avec un morceau de pain et de l’eau qui seront bénis par le saint, et une carotte pour son âne.

5. Vive S. Nicolas GIF.gif

On vous parle là des traditions de l’Allemagne, des Ardennes (allemande, belge et française), des Flandres (belge et française), de la Hollande, de la Lorraine, de la Picardie et de l’Alsace. Ailleurs, on ne sait pas, mais, à Istanboul, c’est sûr qu’il y en a aussi, car son bateau (ou un que ses fidèles turcs lui ont offert), est même suspendu dans l’exonarthex de l’église patriarcale de Galata (à moins qu’on se trompe de quartier).

6. patriarcat2.jpg

Non contents de lui écrire, les enfants lui chantent (en chœur pour être sûrs qu’il entende) :

 

 

2. bande fleurie.gif

Fait-divers

 

7. Tout va bien, Excellence !.JPG

- Merci, mon ami.

- Ne prenez pas froid, surtout, en faisant votre tournée.

- Ne craignez rien, j’ai l’habitude… Si vous saviez depuis combien de temps… Ils disent que j’ai été archevêque de Myre, mais s’ils savaient… J’ai commencé bien longtemps avant que le christianisme existe…

- Sans charre ?

- Oui, oui. Avant de m’appeler Nicolas, ils m’avaient appelé Zeus Lycaon, figurez-vous, et j’étais dieu alors… C’étaient des gens du pays des loups … la Lycie…  et des éleveurs de moutons, en plus. Pour eux, j’étais tantôt loup, tantôt bélier. Et ils me priaient sous mes deux aspects. Parfois amalgamés en un seul… Vous auriez-vu les statues qu’ils m’élevaient…

- Ah, bah ?

- Oh, oui, et ils m’offraient des sacrifices… en imitant ma façon de tuer leurs moutons quand j’avais faim… et pour être plus sûrs de m’être agréables, ils sont allés jusqu’à m’offrir leurs enfants. Car ils étaient encore un peu cannibales en ce temps-là. Oui, mon cher, j’ai mangé les petits enfants avant de les ressusciter. Mais, attention : aux grandes occasions seulement ! Je me rappelle, il y en a même eu un qui me les a offerts en pâtés, mais c’étaient ceux de son frère. Il s’appelait Tyeste. Il y en a toujours qui trichent…

- Vous me faites marcher ?

- Non, non, pas du tout. C’est que j’étais aussi, figurez-vous, le dieu des morts et des richesses. Pour eux et pour d’autres. Les Grecs m’ont appelé Hermès Trois Fois Grand. Je transportais pour eux les âmes de leurs morts vers l’Autre Monde, celui qui est sous la terre, et j’en ramenais les âmes de leurs enfants encore à naître… Mon assistant noir, c’est moi aussi, évidemment. Et je suis sûr que vous ne savez pas pourquoi je me déplace avec un âne ?

- Ça non, en effet.

- Eh bien, c’est qu’avant d’être tous ces gens-là,  j’avais été un dieu-âne, et que c’est sous cette forme que j’avais, il y a de nombreux milliers d’années, commencé à transporter les âmes, du moins en étaient-ils sûrs. Vous savez pourquoi ?

- Non…

- Parce que les ânes mangent du foin et que le foin les fait péter.

- Et alors ?

- Les pets sont des vents, et pour eux, les vents étaient des âmes. Voilà.

- ………..

- Je vous fais rire ? Croyez-moi, ce n’était pas si drôle… Car la dernière nuit de l’année – celle d’avant ma fête – ils pensaient que l’Autre Monde s’ouvrait et que les âmes des morts essayaient de revenir parmi nous. Or, ils n’aimaient pas ça du tout. Alors, ils me promenaient en grande pompe, pour m’honorer certes, mais en me soufflant dans le derrière avec un instrument qu’ils avaient inventé et qu’ils appelaient souffle-à-cul, pour empêcher les âmes de leurs défunts de sortir si je pétais. Oui, mon cher. Si vous croyez que c’était drôle d’être dieu dans ces temps-là.

- Et ainsi, de loup-bélier, vous êtes devenu âne ?

- Non, âne c’était avant. Et après aussi, mais ailleurs.

- C’est compliqué.

- Humain. Après, ils m’ont vu en homme.

- En archevêque de Myre.

- Oh, non, pas encore. Ils ont voyagé, n’est-ce pas. Migré, si vous voulez. Généralement vers l’Ouest. Certains d’entre eux se sont mis à m’appeler Hell König, et on ne le disait pas trop, mais j’avais la peau noire, parce que mon royaume, Hell - pour vous l’Enfer – était sous la terre. J’étais le plus riche des dieux, en sujets d’abord, car il y avait déjà infiniment plus de morts que de vivants, et en toutes les matières précieuses qui s’y trouvaient, dont j’étais le dispensateur. M’ont-ils prié pour devenir riches ! Vous n’avez pas idée…

- J’imagine.

- En ma qualité de Hell König, j’étais censé faire la chasse aux âmes de ceux qui mouraient, et ils m’entendaient disaient-ils, passer dans le ciel avec ma chevauchée sauvage et ma meute de chiens à oreilles rouges… On nous appelait Mesnie Hellequin. En France. En Italie, avant de devenir Arlequin, je fus connu sous le nom de Phersu. C’est quelqu’un, chez les Étrusques – vous les appelez Toscans aujourd’hui – qui était vêtu d’un vêtement fait de petits losanges multicolores, allez sa voir pourquoi… Remarquez qu’ils venaient, eux aussi, d’Asie Mineure, ces Étrusques. Et ne manquaient pas d’imagination non plus pour s’inventer des dieux ou en inventer aux autres, mais là, je parle trop. Toujours est-il qu’ils se sont mis dans la tête que les âmes de leurs défunts avaient besoin de sang pour voyager, se désaltérer en route, que sais-je. Ils ont organisé, en leur honneur, des jeux funèbres. En l’honneur des riches, s’entend. Et plus leur mort était riche, plus il lui fallait de sang pour partir. Le jeu consistait à faire s’affronter un dogue mangeur d’hommes et un homme armé d’un bâton, la tête entièrement recouverte d’un sac de cuir, c’est-à-dire aveuglé. Et c’est moi, dans mon habit de presque Arlequin, qui devais présider à l’affaire, en les tenant tous les deux en laisse, l’homme et le chien, et en veillant à ce qu’aucun des deux ne puisse prendre l’avantage, car il fallait que le sang des deux coule entièrement pour que le mort soit rassasié.

- Horrible.

- Oh, pas plus qu’Abou Ghraib, mais pas gai, c'est vrai. Comment je suis devenu Arlequin, seul l’esprit des humains… Cela dit, je ne suis pas fâché de m’être un jour retrouvé dans la Commedia dell’Arte. Avec Colombine… Cependant, quand vous verrez Arlequin représenté dans son célèbre costume, avec une hotte sur le dos, vous saurez que c’est ce qu’il a conservé de moi, transporteur et résurrecteur. Ce ne sont pas des petits enfants qu’il y a dans sa hotte, ni d’ailleurs dans les baquets du saloir, ce sont des âmes mortes ou pas encore nées, en forme de petits humains.

- Ce n’est pas pour dire, mais ils vous en ont fait voir !

- Oh, vous ne savez pas tout. Vous ne saurez jamais tout. Ils m’ont même transformé en colonne des fois. Les Ukrainiens, tiens, les Allemands et les Polonais. Ils m’ont sculpté sur les quatre côtés, en chasseur des âmes, avec un chien à mes pieds. J’étais leur dieu de la médecine, en plus des morts, et, chez eux, j’avais des tas de noms, qui se terminaient tous en vit.

- Le… ?

- Oui. Alors, vous comprendrez que plus rien ne m’étonne. Même qu’un imposteur veuille prendre ma place.

- Au fait, heu… Excellence… que doit-on faire de lui ?

- Ma foi… Écoutez… Un jour, au Ciel, Herr Otto von Bismarck m’a dit « Dieu a une Providence particulière pour les fous, les ivrognes et les États-Unis d’Amérique ». Il avait l’air de savoir de quoi il parlait… Ne pourriez-vous le mettre dans un avion pour l’Amérique ? Ils paraît qu'ils ont des églises, là-bas, qu’ils appellent « Grandes Surfaces ». Il pourrait y opérer sans que Dieu s’en formalise, puisque ce sont ses protégés… Il sera peut-être mon dernier avatar. Quel soulagement ce serait pour moi…

- Vendu ! Et… euh… Grand Saint, est-ce que… est-ce qu’on peut vous poser une question ?

- Posez, mon ami.

- C’est comment, le Paradis ?

- Plein de gens devenus inoffensifs. Hue, Cadichon !

 

2. bande fleurie.gif

 

Brève

 

À propos des protégés de la Providence spéciale…

 

Il paraît qu’un jeu US débile, appelé «Assassin's Creed» ou quelque chose d’approchant, a pris pour thème la Révolution Française. Starring : Robespierre, of course.

Pourquoi ? Ils n’ont pas assez d’assassins chez eux ? Ils veulent une liste ?

Suffit de demander (les morts et les en activités mélangés ou séparés ?).

 

2. bande fleurie.gif

 

Digne de la hotte de saint Nicolas

 

Ceux qui connaissent l’exceptionnelle Fanchon Daemers savent avec quel art consommé elle enchaîne, à du médiéval a capella, toutes sortes de musiciens raffinés de plusieurs époques. Qui ne l’a pas vue et entendue chanter les chansons d’UBU accompagnée en chœur par un parterre de pataphysiciens – car ils en savent toutes les paroles - n’a rien vu. Vous aurez compris que nous sommes des inconditionnels de la dame.

 

Depuis 1974 et le mythique « Pour en finir avec le travail », un vinyle produit par Jacques Le Glou qui nous avait offert un inoubliable recueil de « chansons du prolétariat révolutionnaire », on eut beau attendre un cd qui soit de la même trempe mais, à l’instar de sœur Anne, on ne vit rien venir pendant huit lustres. Réjouissons-nous, notre patience est aujourd’hui récompensée grâce à « Contre la résignation » dont nous gratifie l’inimitable Fanchon Daemers, pasionaria de la révolte. Une paire de chansons (La Makhnovstchina et La vie s’écoule) figurent d’ailleurs sur les deux disques. Rien n’est innocent dans cet album assez sublime, dans lequel Jules Jouy « le poète chourineur », Sébastien Faure (à l’initiative duquel on doit l’Encyclopédie anarchiste) ou Zo d’Axa, le splendide individualiste libertaire, voisinent avec Georges Moustaki et sa déclaration d’amour à la « révolution permanente » ou Raoul Vaneigem qui signe ici une Rengaine des résignés inédite qui fait grandement du bien par où elle passe. Je ne pourrais trop vous conseiller d’acquérir cette merveille et de l’écouter en boucle, peu d’enregistrements contemporains me semblant à ce point « nécessaires ». Tout au long de ces douze titres, les ailes rouges et noires de la sédition se déploient avec superbe, les insurrections du passé s’avérant éclairantes pour nous conforter dans la détermination d’être, et plus que jamais, résistants et subversifs. Pour se libérer mentalement de toutes les « pourritures » qui nous oppriment et prétendraient nous museler, à défaut de passer radicalement à l’acte… « Brûlez repaires de curés, nids de marchands, de policiers. Au vent qui sème la tempête, se récoltent les jours de fête. (…) Plus de dirigeants, plus d’État pour profiter de nos combats. »

André Stas, R.

 

8. Fanchon 1.jpg

9. Fanchon 2.jpg

Nouveau disque (autoproduit) de Fanchon DAEMERS !

 

CONTRE LA RÉSIGNATION

CHANTS D'AMOUR ET DE RÉVOLTE

 

Avant-propos de Raoul VANEIGEM dans le livret : 

« PARFOIS TOUT COMMENCE PAR DES CHANSONS »

 

Prix 20 € (frais de port non inclus)

 

Pour commander :

chantlibre.asbl@gmail.com

Tel : 00 32 (0) 479 329 600

 

Saint-Nicolas est l’occasion rêvée de faire intelligemment plaisir à vous-mêmes et aux vôtres ! À vos Phynances, messeigneurs !

 

2. bande fleurie.gif

 

 

Mis en ligne le 6 décembre 2014.

Demain : retour chez les humains offensifs.

 

 

 

 

 

23:41 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/12/2014

COPIÉ-COLLÉ

430888858_1.gif

Copié-Collé

PARIS-MATCH et BACHAR AL-ASSAD

Une interview comme Paris les aime

On est toujours émerveillés et, malgré soi, malgré tout, incrédules, quand on constate de visu (ou « des aureilles ») la persistance dans l’autisme, dans la condescendance et dans l’inconsciente arrogance des merdias parisiens (qui ont beaucoup d’homologues hors Hexagone, reconnaissons-le). La persistance aussi de leur servilité volontaire dans l’auto-aveuglement.

Au lieu de leur botter les fesses, les chefs d’État les plus éprouvés prennent pourtant la peine de leur répondre, avec patience et civilité (mais où vont-ils les chercher ?)

Bref, Paris-Match a obtenu, d’un  Bachar al-Assad en guerre avec ce qu’il y a de pire au monde (l’État Islamique et ses sponsors anglosionistes), une interview. Que voilà, intégralement rapportée en français par SANA, l’Agence Syrienne d’Information. (Merci au Comité Valmy, qui nous l’a communiqué)


4 novembre 2014

« Les Syriens n’accepteront jamais que leur pays devienne un jouet entre les mains de l’Occident ! »

 

2. ASSAD.jpg

 

Le président Bachar al-Assad a affirmé que la Syrie attaque le terrorisme là où il se trouve, sans prendre en considération ce que font les États-Unis ou la coalition, précisant que les Syriens n’accepteront pas que leur pays devienne un jouet entre les mains de l’Occident. « C’est un principe fondamental pour nous », a-t-il insisté.

Dans une interview accordée au magazine français Paris Match, le président al-Assad a précisé qu’on ne peut pas mettre fin au terrorisme par des frappes aériennes. Des forces terrestres qui connaissent la géographie et agissent en même temps sont indispensables. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas eu de résultats réels. « Ce n’est donc pas vrai que les frappes de la coalition nous aident », a-t-il affirmé.

Et le président al-Assad d’ajouter : « Le terrorisme est une idéologie qui ne connaît pas de frontières et non pas des organisations ou des structures. Il y a vingt ans, le terrorisme s’exportait depuis notre région, en particulier depuis les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite. À présent, il nous vient d’Europe, et notamment de France », a-t-il indiqué, précisant que le plus gros contingent de terroristes occidentaux venus en Syrie est français.

Paris Match – Monsieur le président, après trois ans de guerre, au point où nous en sommes aujourd’hui, regrettez-vous de ne pas avoir géré les choses différemment au début, lorsque les premiers signes de révolte sont apparus en mars 2011 ? Vous sentez-vous responsable ?

Le président Al-Assad – Dès les premiers jours, il y avait des martyrs de l’armée et de la police. Nous avons donc, dès cette époque, fait face au terrorisme. Il y avait certe des manifestations, mais pas en grand nombre. Notre seul choix était de défendre le peuple contre les terroristes. Il n’y en avait pas d’autre. Nous ne pouvons pas dire que nous le regrettons car nous luttions contre le terrorisme dès les premiers jours. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’erreurs commises dans la pratique. Il y a toujours des erreurs. Parlons aussi franchement : si le Qatar n’avait pas financé dès le début ces terroristes, si la Turquie ne leur avait pas apporté un soutien logistique et l’Occident un soutien politique, les choses auraient été différentes. La Syrie connaissait des problèmes avant la crise, ce qui est normal, mais cela ne signifie pas qu’il faille trouver aux événements une origine intérieure.

- Durant cette guerre, on reproche à votre armée d’avoir utilisé massivement la force. Pourquoi bombarder des civils ?

3 - ASSAD.jpg

- Lorsqu’un terroriste vous attaque, croyez-vous que vous pouvez vous défendre par le dialogue ? L’armée a eu recours aux armes lorsque l’autre partie en a fait usage. Notre but ne saurait être de frapper les civils. Comment peut-on résister pendant quatre ans en tuant des civils, c’est-à-dire son propre peuple, et en même temps combattre les terroristes et les pays hostiles qui les soutiennent, à savoir ceux du Golfe, la Turquie et l’Occident ? Si nous ne défendions pas notre peuple, nous serions incapables de résister. Par conséquent, il n’est pas logique de dire que nous bombardons les civils.

- Des images satellites de Homs ou de Hama montrent des quartiers oblitérés. L’ONU, une organisation à laquelle adhère votre pays, parle de 190.000 morts au cours de cette guerre. Les habitants de ces quartiers étaient-ils tous des terroristes ?

4 ASSAD.jpg

- D’abord, il faudrait vérifier les statistiques des Nations Unies. Quelles en sont les sources ? Les chiffres qui circulent aujourd’hui dans le monde, notamment dans les médias, sont exagérés. Ils sont faux. Ensuite les images de destruction ne sont pas seulement des photos satellites, mais des photos prises sur le terrain. Ces destructions sont réelles. Lorsque des terroristes pénètrent dans une région et l’occupent, l’armée doit la libérer. Des combats sont alors engagés. Il est donc normal qu’il y ait destruction. Dans la plupart des cas, lorsque les terroristes s’installent, les civils prennent la fuite. En vérité, le plus grand nombre de victimes en Syrie se compte parmi les partisans de l’État, et non l’inverse. Beaucoup ont été tués lors d’attentats. Quand vous avez la guerre et le terrorisme, il y a hélas des victimes innocentes. Ça arrive n’importe où, d’ailleurs. Mais il n’est pas concevable qu’un État vise ses propres citoyens.

- Toujours selon l’ONU, trois millions de Syriens sont réfugiés dans les pays limitrophes, soit un huitième de la population syrienne. Est-ce que ce sont tous des alliés des terroristes ?

- Non, non. La plupart de ceux qui ont quitté la Syrie l’ont fait à cause du terrorisme. Parmi ces réfugiés, certains soutiennent les terroristes, d’autres l’État. Ces derniers ont quitté le pays pour des raisons de sécurité. Une grande partie des réfugiés ne soutient personne.

- D’un point de vue militaire, avez-vous les moyens de gagner la guerre ?

- A présent, nous combattons des États, pas seulement des bandes. Des milliards de dollars leur sont versés. Des armes leur ont été fournies par des pays comme la Turquie. Il ne s’agit pas d’une guerre facile d’un point de vue militaire. Pourtant, l’armée syrienne progresse dans beaucoup de régions. Personne ne peut encore prévoir quand cette guerre prendra fin, ni comment. Nos adversaires pensaient, au début, gagner le cœur des Syriens. Ils n’y sont pas parvenus. Ils ont perdu le soutien de la population locale. C’est précisément ce qui a permis à l’armée de progresser. Nous devons envisager la guerre d’un point de vue militaire, social et politique.

- Mais ils n’ont pas encore perdu, puisque la moitié de votre pays vous échappe ?

5. ASSAD.jpg

- L’armée syrienne ne peut être partout à la fois. Là où elle n’est pas présente, les terroristes en profitent pour franchir les frontières et s’infiltrer dans telle ou telle zone. Mais à chaque fois que l’armée décide de reprendre une région, elle y parvient. Il ne s’agit pas d’une guerre entre deux armées, où l’une occupe un territoire et l’autre un autre. Il s’agit d’un autre type de guerre. Nous avons affaire à des groupes terroristes qui s’infiltrent dans une ville ou dans un village. Cette guerre sera donc longue et difficile.

- Beaucoup disent que la solution c’est votre départ. Avez-vous vous-même envisagé que votre départ soit la solution ?

- Partout dans le monde, un chef d’État arrive au pouvoir par un mécanisme constitutionnel, et il le quitte par le même mécanisme. Un président ne peut ni s’imposer ni quitter le pouvoir par le chaos. La preuve tangible, ce sont les conséquences de la politique française en Libye avec la décision d’attaquer Kadhafi. Quel en a été le résultat ? Après son départ, il y a eu le chaos. Son départ était-il la solution ? La situation s’est-elle améliorée ? La Lybie est-elle devenue démocratique ? L’État est comme un navire : dans la tempête, le capitaine ne prend pas la fuite. Il ne quitte pas le bord. Si les passagers doivent s’en aller, alors il sera le dernier à partir.

- Cela veut dire que le capitaine est prêt à mourir. Vous avez évoqué Mouammar Kadhafi, est-ce que vous avez peur de mourir de la même façon que Saddam Hussein ou que Kadhafi ?

- Le capitaine ne pense pas à la mort, ni à la vie, il pense à sauver son navire. S’il fait naufrage, tout le monde mourra. Il vaut donc mieux tout faire pour sauver son pays. Mais je voudrais souligner une chose importante. Mon but n’est pas de rester président, ni avant, ni pendant, ni après la crise. Mais quoiqu’il arrive, nous autres Syriens, n’accepterons jamais que notre pays devienne un jouet entre les mains de l’Occident. C’est un principe fondamental pour nous.

- Parlons du groupe État Islamique. On entend dire parfois qu’au départ, le régime syrien a encouragé la montée des radicaux islamistes pour diviser l’opposition. Que répondez-vous?

6. ASSAD.jpg

- D’abord, en Syrie, nous avons un État, pas un régime. Soyons clair sur la terminologie. Si nous supposons que cela est vrai, et donc que nous avons soutenu l’État Islamique, cela revient à dire que nous leur avons demandé de nous attaquer, d’attaquer nos aéroports militaires, de tuer des centaines de nos militaires, d’occuper nos villes et nos villages. Où est la logique là-dedans ? Qu’avions-nous à gagner dans tout cela ? Diviser et affaiblir l’opposition, comme vous le dites ? Nous n’avions pas besoin de le faire. L’Occident lui-même reconnaît que cette opposition était fantoche. C’est ce qu’Obama lui-même a dit. L’hypothèse est donc fausse. Mais alors, où est la vérité ? En réalité, l’État Islamique a été créé en Irak en 2006. Ce sont bien les États Unis et non la Syrie qui occupaient l’Irak. Abou Baker al Baghdadi était dans les geôles américaines et non dans les prisons syriennes. Qui a donc créé l’État Islamique ? La Syrie ou les États-Unis ?

- Les Syriens que nous rencontrons à Damas font plus allusion aux cellules dormantes djihadistes en Occident qu’à la guerre contre l’État Islamique. C’est étonnant, non ?

- Le terrorisme est une idéologie et non des organisations ou des structures. Or, l’idéologie ne connaît pas de frontières. Il y a vingt ans, le terrorisme s’exportait depuis notre région, en particulier depuis les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite. A présent, il nous vient d’Europe, et notamment de France. Le plus gros contingent de terroristes occidentaux venus en Syrie est français. Ils commettent des attentats en France. En Belgique, ils ont attaqué le musée juif. Le terrorisme en Europe n’est plus dormant, il s’est réveillé. 

- Les Américains sont aujourd’hui, contre l’État Islamique, des alliés tactiques. Considérez-vous toujours leur intervention comme une violation du territoire syrien ?

7. ASSAD.jpg

- Vous avez utilisé le mot tactique, et c’est là un point important. Vous savez bien qu’une tactique n’a aucun sens sans une stratégie. Car elle seule n’arrivera pas à venir à bout du terrorisme. Il s’agit d’une intervention illégale, d’abord parce qu’elle n’a pas reçu l’approbation du Conseil de sécurité, ensuite parce qu’elle n’a pas tenu compte de la souveraineté d’un État qui est la Syrie. La réponse est « oui », c’est une intervention illégale, et donc une violation de la souveraineté nationale.

- L’AFP rapporte que votre aviation a effectué 2000 sorties aériennes en moins de 40 jours, ce qui est énorme. Quand vos avions croisent leurs avions, par exemple en allant bombarder Raqqa, existe-t-il un protocole de non agression ?

- Il n’y a pas de coordination directe. Nous attaquons le terrorisme là où il se trouve, sans prendre en considération ce que font les États Unis ou la coalition. Vous seriez sans doute surpris d’apprendre que le nombre quotidien de sorties de l’aviation syrienne pour frapper les terroristes est supérieur à celui de la coalition. Donc, d’abord, il n’y a pas de coordination. Ensuite, les frappes de la coalition ne sont que cosmétiques. 

- Mais ces frappes-là vous aident. La démission du Secrétaire Américain à la Défense Chuck Hagel s’explique en partie parce qu’il pensait qu’elles renforçaient votre gouvernement et vos positions.

- Notez que votre question contredit celle dans laquelle nous sommes accusés de soutenir Daech. Ça veut dire plutôt que nous sommes des ennemis de Daech.

- J’ai dit  qu’on entend qu’au départ, vous avez soutenu Daech pour diviser l’opposition.

- Je ne vous accuse pas, je fais plutôt allusion à ceux qui le pensent. 

- Maintenant, une des conséquences était cette démission, du point de vue américain. Estimez-vous quand même que les frappes de la coalition vous aident ?

- On ne peut pas mettre fin au terrorisme par des frappes aériennes. Des forces terrestres qui connaissent la géographie et agissent en même temps sont indispensables. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas eu de résultats réels après deux mois des campagnes menées par la coalition. Ce n’est donc pas vrai que les frappes de la coalition nous aident. Elles nous auraient certainement aidés si elles étaient sérieuses et efficaces. C’est nous qui menons les combats terrestres contre Daech, et nous n’avons constaté aucun changement, surtout que la Turquie apporte toujours un soutien direct dans ces régions.

- Le 14 juillet 2008, vous étiez à la tribune sur les Champs-Élysées, en marge du sommet de la Méditerranée. Aujourd’hui, le gouvernement français vous considère comme un paria, comment vivez-vous cette situation ?

- Les bonnes relations entre 2008 et 2011 n’étaient pas le résultat d’une initiative française. Il y a eu d’abord les Américains qui ont chargé l’administration française, à l’époque, de faire pression sur la Syrie au sujet de l’Iran. Il y a eu ensuite le Qatar, qui poussait la France à améliorer ses relations avec la Syrie. Entretenir de bonnes relations avec nous n’émanait donc pas d’une volonté indépendante de la France. Aujourd’hui,  les choses n’ont pas changé. Hollande, comme Sarkozy, n’agit pas de son propre gré.

- François Hollande continue de vous considérer comme un adversaire, est-ce que vous pensez qu’à un moment le contact pourra être renoué ?

- Ce n’est pas une question de relations personnelles. D’ailleurs je ne le connais même pas. Il s’agit de relations entre États et institutions, et dans l’intérêt des deux peuples. Nous traiterons avec tout responsable ou gouvernement français dans l’intérêt commun. Mais l’administration actuelle œuvre à l’encontre des intérêts de notre peuple et de ceux du peuple français. Je ne suis ni l’ennemi personnel ni le rival de Hollande. Je pense que c’est plutôt Daech qui est son rival, puisque leurs cotes de popularité sont très proches. 

- Oui ou non, y a-t-il aujourd’hui en Syrie des armes chimiques ?

- Non, nous l’avons très clairement déclaré, et lorsque nous avons décidé de renoncer aux armes chimiques, c’était de manière définitive et totale.

- Pourtant le secrétaire d’État américain John Kerry vous accuse d’avoir violé le traité en faisant usage de chlore. Est-ce vrai ?

- Vous pouvez trouver du chlore dans n’importe quel foyer syrien. N’importe quelle faction peut l’utiliser. Mais nous, nous ne l’avons pas utilisé, car nous avons des armes conventionnelles plus efficaces, que nous employons dans notre guerre contre les terroristes. Nous ne le cachons pas, car c’est notre droit. Ces accusations ne nous surprennent pas. D’ailleurs, depuis quand les Américains disent-ils la vérité à propos de la crise syrienne ?!

- Avez vous utilisé des armes chimiques ?

- Nous n’avons pas utilisé ce genre d’armes, autrement il y aurait eu des dizaines, voire des centaines de milliers de morts, pas simplement 100 ou 200 personnes, comme on l’a dit l’année dernière, surtout dans des régions peuplées de centaines de milliers, voire de millions de Syriens.

- A l’occasion de votre dernier séjour à Paris en novembre 2010, j’avais interviewé votre femme Asma. Est ce que ça vous manque de ne plus pouvoir voyager hors de vos frontières ?

- Je ne suis pas un amateur de voyage, et mes visites n’étaient pas pour faire du tourisme.  Ce qui me manque vraiment c’est la Syrie  telle quelle était. Ce qui nous manque, bien sûr, c’est un monde différent où règnent des relations logiques et morales. Nous avions, à l’époque, de grands espoirs de développer notre région, de lui assurer une plus grande ouverture intellectuellement. Nous pensions que la France était, par son patrimoine culturel, la mieux placée pour jouer ce rôle avec la Syrie au Moyen-Orient. 

- Votre femme se voyait comme une ambassadrice de la modernité, comment vit-elle cette situation, maintenant qu’elle est recluse en Syrie ?

- Comme tous les Syriens, comme moi, elle éprouve de la douleur en voyant la destruction et le sang versé. Nous avons de la peine de voir notre pays revenir des décennies en arrière, et devenir un foyer de terrorisme après avoir été parmi les cinq premiers pays sur le plan de la sécurité. Tous les deux, nous sommes navrés de voir l’Occident, qu’on croyait capable d’aider à l’ouverture et au développement, prendre la direction inverse. Pire encore, que ses alliés soient des pays moyenâgeux du Golfe, comme l’Arabie Saoudite et le Qatar.

- On vous décrit comme quelqu’un d’extrêmement proche de ses enfants, comment leur expliquez-vous ce qui se passe dans votre pays le soir en rentrant chez vous ?

- Ce dialogue se déroule dans chaque foyer syrien. Le plus difficile est lorsqu’on a affaire avec des enfants dont la conscience sociale s’est formée durant la crise. Les deux principales questions qu’ils posent sont les suivantes : Comment des gens qui croient ou disent défendre Dieu et l’Islam peuvent-ils tuer et décapiter ?  C’est une contradiction difficile à expliquer. Les enfants demandent aussi si ces gens-là savent qu’ils se trompent. La réponse est que certains le savent et exploitent la religion à des fins particulières, d’autres sont des ignorants qui ne savent pas que la religion c’est le bien, et non le meurtre. Ils nous posent une dernière question : « Pourquoi l’Occident nous attaque et soutient les terroristes ? ». Ils ne parlent évidemment pas de l’Occident en tant que tel, mais évoquent des pays précis comme les États-Unis, la France, la Grande Bretagne. « Pourquoi agissent-ils de la sorte ? Est-ce qu’on leur a fait du mal ? ».  Nous leur expliquons alors que les peuples c’est une chose, et les États, c’en est une autre.

Source : http://www.sana.sy/fr/?p=18018

 

٭

Avec raison, Bachar Al-Assad parle, dans cette interview, de la Turquie comme d’un ennemi de son pays.

Mais que va-t-il se passer, maintenant qu’Ankara vient de se livrer à un aussi spectaculaire renversement d’alliances avec l’affaire du South Stream ? Quelle attitude MM. Erdogan et Davutoğlu vont-ils adopter à l’égard de leur voisin ? De l’Iran ?...

Ces questions, et quelques autres, Nebojsa Malic (Antiwar.com) vient de se les poser au bénéfice de Russia Today (RT). 

C’est en anglais (sorry). Si nous trouvons le temps de vous les traduire, nous les mettrons demain ici-même. Sinon, vous devrez demander à vos traducteurs personnels.

Severed Streams

Nebojsa Malicpour RT4 décembre 2014

8. pipeline-south-stream-balkans-turkey.si.jpg

 

Russia's decision to cancel South Stream came as a surprise, though it should not have been. Yet the pipeline's demise creates more questions than it answers – for Turkey and the Balkans more so than Europe and Russia.

A year after the ground-breaking ceremonies in Serbia and Bulgaria, the South Stream gas pipeline is no more. Monday's announcement by President Vladimir Putin – on a state visit to Turkey – that Russia was abandoning the project due to continued obstruction by the EU came as a shock and surprise to many. It shouldn't have been: Brussels has been against the pipeline from the very beginning, and Washington even more so.

Read more…

En français :

Alimentations coupées

par Nebojsa Malic – RT4 décembre 2014

La décision  de la Russie d’annuler la construction du South Stream a été une surprise, bien qu’elle n’eût pas dû en être une. Cela dit, la suppression du pipeline suscite plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, pour la Turquie et les Balkans davantage encore que pour l’Europe et la Russie.

Un an après les cérémonies d’inauguration en Serbie et en Bulgarie, le pipeline South Stream n’est plus. L’annonce qu’a faite lundi le président Vladimir Poutine, en visite officielle en Turquie, que la Russie abandonnait le projet à cause de l’obstruction continue de l’Union Européenne, a été un choc et une surprise pour beaucoup. Cela n’aurait pas dû : Bruxelles a été hostile au projet depuis le début, et Washington plus encore.

South Stream avait été envisagé pour pouvoir approvisionner l’Europe Centrale et Occidentale en gaz, sans courir le risque d’une obstruction ukrainienne. En plusieurs occasions – la dernière date de 2009 – le refus de Kiev de payer son gaz avait provoqué une interruption dans les livraisons à l’Europe. Plutôt que de, mettons, provoquer un « changement de régime » à Kiev ou d’y installer un gouvernement fantoche – solutions préférées de ses « partenaires » occidentaux - Moscou avait décidé de construire des pipelines qui contourneraient ce pays. Le premier, Nord Stream, est devenu opérationnel en septembre 2011, reliant la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. South Stream était supposé traverser la Mer Noire, la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie, et continuer vers l’ouest à travers l’Autriche.

Washington a tenté de contrer South Stream en proposant un autre pipeline appelé « Nabucco », qui aurait relié l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie à l’Azerbaïdjan via la Turquie. Mais les fonds nécessaires n’ayant pu être réunis, non plus que – détail ennuyeux – une autre source de gaz trouvée, le projet Nabucco fut abandonné à la mi-2013. C’est alors que les officiels US et UE ont commencé à faire pression sur la Hongrie, la Serbie et la Bulgarie, pour que ces pays concourent à faire avorter le projet South Stream. Officiellement, le fait que Gazprom, propriétaire du gaz, allait être aussi celui de South Stream, était contraire aux lois de l’UE, lois passées, figurez-vous, après les accords sur la construction du pipeline.

Les trois pays ont répondu de manières différentes : la Hongrie a refusé de se laisser intimider. La Serbie, qui n’est pas membre de l’UE mais qui est gouvernée par des loyalistes à l’Union, prêts à sauter avec empressement au moindre aboiement de Bruxelles, a eu recours à la langue de bois et s’est mise à traîner les pieds. Après quelques asticotages de Washington, sous les espèces du sénateur John McCain, la Bulgarie s’est couchée et a dit qu’il fallait que le contrat soit modifié pour être mis en conformité avec les lois de l’UE.

Là, Moscou en a eu assez. Lorsqu’il a annoncé l’abandon du projet South Stream, Vladimir Poutine a dit que la Bulgarie « avait été privée de l’opportunité de se conduire en nation souveraine », rendant par là, nettement, Washington et Bruxelles responsables du fiasco.  La Russie allait donc, en conséquence, passer au contrat avec la Turquie. Oui, la Turquie. L’ennemi historique de la Russie et le pays même où la Guerre froide a sans doute commencé, en 1947, avec  l’inauguration de la « Doctrine Truman ».

On ne peut que conjecturer pourquoi la Turquie a choisi de déserter. Peut-être est-ce pour avoir été considérée comme allant de soi par Washington et Bruxelles, ou peut-être à cause des pourparlers d’accession à l’UE, qui traînent depuis des dizaines d’années, visiblement destinées à durer toujours sans issue concrète, ou alors parce que les desseins de Washington laissaient peu de place à ceux d’Ankara en vue d’une domination turque de la région. Quelle qu’en soit la raison, les Turcs ont opté pour un accord avec leurs anciens ennemis, plutôt que continuer à soutenir les diktats de Bruxelles et de Washington.

South Stream 2..jpg

Considérant le fait que la Turquie n’a pas été qu’un allié-clé de l’OTAN mais aussi le pivot de tous les efforts américains pour contourner la Russie par des pipelines de rechange tant pour le pétrole que pour le gaz (Nabucco, Bakou-Tbilissi-Ceyhan), le contrat signé par Ankara avec la Russie fait, de la renonciation au South Stream, une défaite cuisante pour Washington. Bruxelles aurait perdu de toutes les façons : l’Europe n’a aucune alternative au gaz russe ; son opposition à South Stream n’a donc jamais été que de la politique d’extorsion sans rapport avec aucune logique économique. La Serbie et la Bulgarie vont avoir à affronter les amères conséquences de leur comportement de républiques bananières ; la Hongrie souffrira aussi, mais la faute en reviendra à l’UE plutôt qu’à Moscou.

La défection de la Turquie pourrait également rebattre les cartes en ce qui concerne la crise syrienne : alors que Moscou a été le soutien principal du gouvernement de Damas, Ankara n’a cessé de seconder les efforts US pour le renverser. Mais, tandis que la rébellion syrienne se métamorphosait en « califat islamique », utilisé comme prétexte par Washington pour lancer une campagne aérienne illégale en territoire syrien, la Turquie s’est montrée réticente à se joindre à l’action, une de ses raisons étant que l’ISIS combattait auparavant les Kurdes, en révolte depuis des dizaines d’années pour obtenir leur autonomie et même l’indépendance pour plusieurs provinces du Sud-Est sous contrôle turc.

Une alliance russo-turque, même si elle n’est qu’économique, pose aussi de nouvelles questions pour les Balkans. Déjà très appauvries et déstabilisées par les intrusions constantes des USA et de l’UE, la Serbie et la Bulgarie vont avoir à affronter la possibilité que la Turquie se mette en tête de faire un come-back dans les Balkans, un siècle après qu’une alliance de la Serbie, du Montenegro, de la Bulgarie et de la Grèce, soutenue par la Russie, y ait mis en pièces les armées de l’Empire ottoman et libéré presque tous les leurs de la domination turque. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, ne cachait pas*, il y a seulement quelques années, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, sa nostalgie ottomane.

De plus, la possibilité que le nouveau pipeline russo-turc bifurque vers l’Europe du Sud via la Grèce ne résoud pas la question de savoir comment il pourra y arriver, les routes vers l’Italie et la Serbie étant bloquées au passage par les Albanais, clients frénétiques de Washington comme on sait.

Quand la poussière soulevée par l’annonce de l’abandon de South Stream sera retombée, toutes ces questions et bien d’autres seront là, en attente de solutions.

______________________   

* Voir Israël Shamir : « Vue sur le Bosphore » et « Cessez le feu les Turcs ! » dans notre post du 26 décembre 2012

 

Source : http://rt.com/op-edge/211539-pipeline-south-stream-balkan...

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

9. Nebojsa Malic outdoors in Washington, D.C..jpg

 

 

Nebojsa Malic est un analyste en politique étrangère et un blogueur, qui travaille à Washington DC. Il est chroniqueur pour Antiwar.com et pour  Strategic Culture Foundation. Il apparaît quelquefois sur RT-télévision (qui émet de Washington).

 

 

 

Un lecteur serbe n’a pas aimé qu’on traite son pays de république bananière :

Commentaire de :

Tomislav Jelnic

-         Qu’est-ce qu’il raconte ce type ? Il est saoûl ou seulement si arrogant qu’il n’a aucune idée de ce que sont l’honnêteté, la vérité et les autres valeurs qu’un homme civilisé doit avoir ? La Serbie a toujours voulu la réalisation du projet South Stream et en a même commencé la construction et l’expropriation des terrains nécessaires au placement du pipeline. Oui, il y a eu des pressions de l’UE et des USA, mais la position est restée fermement qu’il était dans l’intérêt national que le South Stream soit construit.  Et non seulement cela, mais la Serbie a aussi vendu 51% de sa Société Nationale d’Essence à Gazprom pour pouvoir accepter le projet au prix très sous-évalué de 400 millions au lieu d’un milliard, et maintenant quoi ? Ce sont justement ces types louches comme l’auteur de l’article, si on peut l’appeler comme ça, qui ont pris position pour l’UE et qui essayent maintenant d’inverser la vérité. C’est insensé, et pourtant, ce type est serbe, pour autant qu’on puisse le savoir, mais c’est le genre de gens qui, il y a très très longtemps, se sont embarqués dans toutes sortes d’ONG, et c’est évident : on peut voir d’où il opère maintenant. Ce qu’un homme peut faire pour une poignée de dollars !

 

Qui a raison ? Qui a tort ? Ce qui est sûr, c’est que les petits pays comme la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et la Hongrie sont trop faibles et trop vulnérables pour pouvoir tenir tête efficacement aux abus de pouvoir de l’Empire et de son appendice européen. Même en s’opposant courageusement et en prenant des risques, ils ne font pas le poids. Il suffit que saute le maillon le plus faible de la chaîne…

Dans cette affaire, le sénateur McCain n’a pas ménagé ses efforts pour intimider les uns et les autres. Il faut dire qu’il a le plus grand grand intérêt à faire suivre à son pays sa détestable politique d’ingérence tous azimuts et de guerres sans fin : à l’instar des Rothschild, il est un des cinq hommes les plus influents de la planète et à la tête d’une partie non révélée du lobby des armes.

 

٭

Pendant ce temps-là, à New York, autre manif monstre (hier), à propos d’un autre noir, Eric Garner (qui vendait des cigarettes à la sauvette) étranglé par un autre policier, que le Grand Jury a décidé de ne pas poursuivre non plus.

Vidéo

http://rt.com/in-motion/211371-us-protest-jury-chokehold/

 

٭

Peut-être à demain…

 

 

Mis en ligne le 4 décembre 2014.

 

 

 

 

23:48 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/12/2014

ALLELUIA !

1. Battling the crisis.gif

 

Alléluia !

Sud-Stream est mort. Vive Turc-Stream !

The Red Pill Times2 décembre 2014

L’Europe l’a vraiment fait péter, celle-là ! Suite à ce qui est sûr de rester comme la plus retentissante connerie de l’histoire politique européenne, la Russie se retire du projet South-Stream (« Sud-Alimentation ») et se réoriente vers la Turquie.

C’est une  énorme nouvelle !

D’abord, la Russie se retire de South Stream, comme le rapporte RT :

La Russie est forcée de se retirer du projet South Stream, en conséquence de la volonté de l’Union Européenne de ne pas s’associer à l’entreprise, et le flux de gaz sera redirigé vers d’autres clients, a déclaré Vladimir Poutine, à l’issue des entretiens qu’il a eus avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

« Nous pensons que la position de la Commission européenne a été contre-productive.

En fait, non seulement la Commission européenne n’a en rien contribué à la mise en œuvre [du pipeline South Stream], mais nous avons constaté que des obstacles étaient créés pour l’empêcher.

Eh bien, si l’Europe ne veut pas qu’il soit mis en œuvre, il ne le sera pas. » a dit le Président russe.

« Nous nous tournerons vers d’autres marchés et l’Europe ne sera pas fournie en gaz. Du moins pas en gaz russe. 

Nous estimons que ceci est contraire aux intérêts européens et que cela fait du tort à notre coopération » a-t-il conclu.

Le projet South Stream en est au point où « la construction dans la Mer Noire doit commencer », mais la Russie n’a toujours pas reçu l’accord de la Bulgarie.

Investir des centaines de millions de dollars dans un pipeline qu’il faudrait arrêter en arrivant dans les eaux bulgares serait une complète absurdité, j’espère que tout le monde le comprend, a-t-il encore dit.

Poutine croit que la Bulgarie « n’agit pas en état indépendant » en faisant tout ce qu’elle peut pour retarder le projet South Stream qui lui aurait été si profitable.

Il a conseillé aux dirigeants bulgares de « réclamer des dommages et intérêts à la Commission européenne » puisque leur pays aurait pu recevoir aux alentours de 400 millions d’euros annuels, générés par le transit du gaz sur leur territoire.

2. Fous UE.jpeg

L’Europe vient de se tirer une balle dans la tête… une balle de très fort calibre, et les choses vont encore s’améliorer (c’est-à-dire empirer, pour l’Europe).

Rappelez-vous à quel point la Turquie, ce grand pays musulman, se faisait lanterner, depuis trente ans qu’elle essayait de devenir membre de l’Union européenne… Eh bien, on dirait qu’elle ne fait pas que se réorienter par rapport à l’Europe, mais qu’elle lui enfonce (pardon) bien profond la balayette, parce qu’à dater d’aujourd’hui, étant donnée la débâcle totale de l’Ukraine, le Sud de l’Europe va dépendre de la Turquie pour une très grande partie de son énergie.

Et RT de rapporter la deuxième grande nouvelle :

Le directeur-général de Gazprom, Aleksei Miller, a fait savoir que le géant qu’il représente allait construire un  pipeline qui traversera la Russie, transitera par la Turquie et s’arrêtera à la frontière grecque, donnant ainsi à la Russie accès au marché sud-européen.

Ce pipeline aura une capacité annuelle de 63 milliards de mètres cubes. Un total de 14 milliards de mètres cubes sera fourni à la Turquie, qui deviendra ainsi le deuxième plus gros client de la Russie dans la région, derrière l’Allemagne.

Le nouveau projet comprendra une plateforme de correspondance spéciale, à la frontière turco-grecque, pour les clients du Sud de l’Europe.

Certes, le pipeline sera inscrit au registre du commerce comme entreprise russe, mais Miller a annoncé que Gazprom « prendrait en considération les offres de ses partenaires turcs, s’ils souhaitaient se porter acquéreurs d’une partie du projet ».

«Dans l’immédiat, le volume de gaz russe fourni à la Turquie sera augmenté de 3 milliards de mètres cubes, via le pipeline Blue Stream déjà existant», avait fait savoir un peu plus tôt Vladimir Poutine, au cours d’une conférence de presse commune donnée avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Selon Reuters, 13,7 milliards de mètres cubes de gaz ont été fournis l’an dernier à la Turquie via Blue Stream.

Moscou va également, à partir du 1er janvier 2015, réduire de 6% le prix du gaz vendu à ses clients turcs.

 

Les gagnants de cette mirobolante affaire :

  • L’Amérique : South Stream a vécu. L’Europe va perdre la fourniture du gaz russe et se retrouver à la totale merci des USA pour son énergie. Les citoyens d’Europe vont, bien entendu, payer beaucoup plus cher leur gaz et leur essence aux grosses compagnies américaines ou assimilées.

 

  • La Russie : Les Russes peuvent maintenant foncer, et ils le font déjà. Les contrats chinois sont bouclés. Et à présent, le contrat turc. La Russie peut désormais s’abstenir de traiter avec les perdants qui composent l’Union européenne.

 

  • La Turquie : Snobée et menée en bateau depuis des décennies par l’U.E., elle va devenir une plateforme de transit incontournable vers l’Europe et au-delà. Si le sud de l’Europe a besoin de gaz, il devra traiter avec la Turquie. Avale, Bruxelles !

 

Les perdants :

  • L’Ukraine : On va voir l’Ukraine se transformer en état-croupion. Une fois que le gaz cessera de passer par les pipelines ukrainiens, le pays ne tardera pas à devenir un terrain-vague de néant. Ils ont mordu à l’hameçon du conte de fées US/UE, gobé la ligne et le bouchon. Avec le Turc-Stream deven u réalité, l’Ukraine a perdu toute signification stratégique, et le conte de fées se transforme pour elle en Freak Show de cauchemar.

 

  • La Bulgarie, la Serbie, l’Autriche, l’Italie : Tous ces pays de l’Union européenne auraient retiré, de la chaîne South Stream, d’énormes revenus et fourni du travail à des quantités de gens au chômage. Au lieu de quoi ils vont maintenant devoir payer des droits de douane à la Turquie pour pouvoir assurer leurs propres besoins énergétiques.

 

  • La Grèce : La Turquie et la Grèce ne sont pas exactement sur un pied d’étroite amitié. Mettez en jeu le problème de Chypre et vous pouvez voir comment, dépendre de la Turquie pour votre énergie peut être considéré comme un réel problème de sécurité. Après lui avoir infligé huit ans d’austérité, Bruxelles vient de sodomiser vraiment très profondément la Grèce.

 

  • Bruxelles : Ils ont vendu la prospérité et la sécurité de l’Europe du Sud pour complaire à leurs maîtres US, pour se laisser graisser les pattes et, très probablement, éviter quelques scandales en provenance de la NSA. L’Europe vient de bazarder sa sécurité énergétique, d’importants revenus, des paquets d’emplois et bien d’autres choses encore, pour une Ukraine infestée de nazis. Les dirigeants de Bruxelles devraient avoir à rendre compte de cette trahison.

3. UE -RUSSIE.JPG

 

*

C’est 600 millions de dollars au bas mot que la Bulgarie va perdre par l’annulation du projet South Stream, estime l’ex-ministre bulgare de l’énergie Rumen Ovcharov.

Novinite News Agency à Sofia…

 

Car il n’y aura pas que la perte des revenus du transit, estimés par Vladimir Poutine à 400 millions de $, mais aussi perte du capital initialement investi, perte des investissements futurs en provenance de l’étranger, pertes d’emplois, dommages infligés à l’industrie de la construction, etc. Voilà ce que coûteront à la Bulgarie ses virevoltes et sa faiblesse envers Bruxelles.

4. rumen-ovcharov.jpg

Dans une interview acordée ce matin à Nova TV, Ovcharov a commenté l’annonce que 63 milliards de mètres cubes de gaz allaient être redirigés sur la Turquie au lieu de la Bulgarie, suite à la décision de Moscou d’abandonner le projet South Stream.

 

5. south-stream-map-en.jpg

 

Il a souligné que la Bulgarie n’allait pas seulement perdre de l’argent mais également subir des pertes géostratégiques et politiques.

Ovcharov, qui fut ministre de l’énergie dans le gouvernement de coalition tri-partite à dominante socialiste, au pouvoir de 2005 à 2007, soutient que ce n’est qu’une question de temps pour que la Bulgarie soit privée du volume de gaz qui transite actuellement par son territoire.

« Le gouvernement de Boris Borisov entrera dans l’histoire comme celui qui aura fait capoter trois projets infrastructurels d’envergure, qui auraient pu aider la Bulgarie à émerger de la crise économique » a-t-il ajouté, insistant sur le fait que la Bulgarie aurait été un pays très différent, si ces trois projets avaient pu voir le jour.

Bienvenue en Europe !

Pendant ce temps-là, North Stream fonctionne très bien en direction des pays du Nord de l’Europe, fournissant à leurs citoyens du gaz bon marché et sûr en provenance de Russie.

Sources :  http://russia-insider.com/en/politics_business/2014/12/02...

http://redpilltimes.com/600-million-thats-much-bulgaria-j...

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

 

Mis en ligne le 3 décembre 2014.

 

 

 

 

15:05 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/12/2014

TAPROBANA A VEU LAPPIA

1. Basmalah-in-Boat-Shape-600x450.jpg

 

« Icelle moyenant, par la rétention des flotz aërez, sont les grosses orchades, les amples thalamèges, les fors guallions, les naufs chiliandres et myriandres de leurs stations enlevées et poussées à l’arbitre de leurs gouverneurs.

Icelle moyenant, sont les Nations, que Nature sembloit tenir absconces, imperméables et incongneues, à nous venues, nous à elles : chose que ne feroient les oyseaulx, quelque légièreté de pennaige qu’ils ayent et quelque liberté de nager en l’aër que leurs soit baillée par Nature. Taprobana a veu Lappia, Java a veu les mons Riphée ; Phebol voyra Thélème ; les Islandoys et Engronelands boyront Euphrates. Par elle Boréas a veu le manoir de Auster ; Eurus a visité Zéphire. De mode que les Intelligences célestes, les Dieux tant marins que terrestres en ont esté tous effrayez, voyans par l’usaige de cestuy benedict Pantagruelion les peuples arctiques en plein aspect des antarcticques, franchir la mer Athlanticque, passer les deux Tropicques, volter soubs la zone torride, mesurer tout le Zodiacque, s’esbattre soubs l’Æquinoxial, avoir l’un et l’aultre pôle en veue à fleur de leur orizon. » 

RABELAIS, TIERS LIVRE, Chapitre 51.

 

 

Prenant au mot S.S. François I et Vladimir Vladimirovitch,

soyons multipolaires et transversaux

 

*

Essayons de connaître ceux avec qui nous allons passer les siècles à venir s’il en reste, et donnons aujourd’hui la parole à un représentant de l’Islam (chi’ite) et à un juif israélien redevenu russe et converti à l’orthodoxie byzantine.



De Karbala à l’État Islamique

A propos du plus grand pèlerinage au monde, qui a lieu actuellement, et des raisons pour lesquelles vous n’en avez jamais entendu parler

Par Sayed Mahdi al-Modarresi

Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

 

Ce n’est pas le Hajj musulman, ou la Kumbh Mela indou. Désigné comme le « Arbaeen » [le quarantième jour], c’est le plus grand rassemblement au monde et vous n’en avez probablement jamais entendu parler ! Non seulement cette congrégation dépasse-t-elle le nombre de visiteurs à la Mecque (par un facteur de cinq, en fait), mais elle est encore plus importante que la Kumbh Mela, puisque cette dernière n’est commémorée que tous les trois ans. En bref, Arbaeen éclipse tous les autres rallyes de la planète, atteignant les vingt millions de participants l’an dernier. Cela représente une proportion impressionnante de 60% de toute la population d’Irak, et leur nombre est en augmentation année après année.

 

2. maseera.jpg

Procession des pèlerins en direction de Karbala

Surtout, Arbaeen est unique parce qu’il se déroule contre un arrière-fond de scènes géopolitiques chaotiques et dangereuses. Daech – alias « État islamique » – considère les chiites comme des ennemis mortels, si bien que rien n’exaspère le groupe terroriste plus que la vue des pèlerins chiites rassemblés pour leur plus grande démonstration de foi.

Il y a une autre particularité de Arbaeen. Bien que ce soit un exercice spirituel typiquement chiite, des sunnites, et même des chrétiens, des Yézidis, des Zoroastriens et des Sabéens prennent part à la fois au pèlerinage et au service des dévots. Cela est remarquable compte tenu de la nature exclusive des rituels religieux, et cela ne peut signifier qu’une chose : les peuples, indépendamment de leur couleur ou de leur croyance, considèrent Hussein comme un symbole universel de la liberté et de la compassion, sans frontières et méta-religieux.

La raison pour laquelle vous n’en ayez jamais entendu parler est probablement liée au fait que la presse s’intéresse plus aux tabloïds négatifs, sanglants et sensationnalistes qu’aux récits positifs et inspirants, surtout lorsqu’il s’agit de l’Islam. Si quelques centaines de manifestants opposés à l’immigration défilent dans les rues de Londres, ils feront les gros titres. Un même niveau de temps d’antenne est accordé à une marche en faveur de la démocratie à Hong Kong ou à un rassemblement anti-Poutine en Russie. Mais un rassemblement de vingt millions de personnes, s’élevant en défi manifeste contre la terreur et l’injustice, ne parvient pas même à apparaître sur le bandeau défilant au bas des chaînes d’informations télévisées ! Un embargo médiatique non officiel est imposé sur cet événement gigantesque, bien que cette histoire possède tous les éléments critiques d’un reportage à succès : les chiffres effarants, la signification politique, le message révolutionnaire, le contexte tendu, ainsi que l’originalité. Mais quand une telle histoire parvient à franchir la hache éditoriale des grands médias, elle crée une onde de choc et touche toutes les catégories de populations.

Parmi les innombrables personnes inspirées par cet événement, il y a un jeune homme australien que j’ai rencontré il y a plusieurs années, et qui s’était converti à l’Islam. Évidemment, personne ne prend à la légère une telle décision qui change notre vie, et en réponse à ma demande, il m’a informé que tout avait commencé en 2003. Un soir, alors qu’il regardait les informations, son attention a été attirée par des scènes de millions de personnes affluant vers une ville sainte appelée Karbala, et entonnant le nom d’un homme dont il n’avait jamais entendu parler : « Hussein ». Pour la première fois depuis des décennies, dans un événement télévisé à l’échelle mondiale, le monde a pu avoir un aperçu de la ferveur religieuse auparavant interdite en Irak.

Une fois le régime baas sunnite renversé, les téléspectateurs occidentaux étaient impatients de voir comment les Irakiens allaient répondre à une nouvelle ère libérée de la persécution dictatoriale. La « République de la peur » s’était écroulée et le génie s’était échappé de la bouteille de façon irréversible. Ce jeune homme se souvient de s’être alors demandé : « Où se trouve Karbala, et pourquoi tout le monde va dans cette direction ? Qui est donc ce Hussein qui pousse ainsi les gens à défier tous les obstacles et les probabilités [d’attentat] et à sortir pour pleurer sa mort quatorze siècles après qu’elle soit survenue ? »

Ce qu’il vit dans ce reportage de 60 secondes lui parut tout particulièrement émouvant car les images étaient telles qu’il n’en avait jamais vues. Un sentiment fervent de communauté transformait les pèlerins humains en limaille de fer, s’essaimant en une masse de plus en plus compacte à mesure qu’ils se rapprochaient de ce qui pourrait être décrit comme le champ magnétique irrésistible de Hussein. « Si vous voulez voir une religion vivante, qui respire, pleine de ferveur et de vitalité, venez à Karbala » conclut-il.

 

 

Comment un homme qui a été tué il y a 1334 ans pourrait-il être si vivant et avoir une présence si palpable aujourd’hui, au point de pousser des millions de personnes à soutenir sa cause, et à considérer son sort comme le leur ? Les gens sont peu susceptibles de se laisser entraîner dans un différend (surtout s’il a eu lieu dans des temps anciens), à moins d’avoir un intérêt personnel dans l’affaire. Mais d’un autre côté, si vous avez le sentiment qu’une personne s’est engagée dans un combat pour votre droit à la liberté, votre droit à être traité avec justice et votre droit à une vie digne, vous pourrez considérer que vous avez un intérêt direct dans sa cause, et ressentir de l’empathie avec elle au point où la conversion à ses croyances ne serait pas une possibilité très lointaine.

3. maqam.jpg

Procession des pèlerins devant le mausolée de l'Imam Hussein à Karbala

 

La tragédie ultime

Hussein, le petit-fils du prophète Mohamed, est vénéré par les musulmans comme le « Prince des Martyrs ». Il a été tué à Karbala en un jour qui a été désigné comme ‘Achoura – le dixième jour du mois islamique de Muharram – car il refusait de prêter serment d’allégeance au calife corrompu et tyrannique, Yazid.

Avec sa famille et ses compagnons [72 personnes], il fut encerclé dans le désert par une armée de 30 000 hommes, assiégé jusqu’à ce qu’il manque cruellement de nourriture et d’eau, puis décapité de la manière la plus macabre, un récit épique et captivant rapporté sur les chaires chaque année depuis le jour où il a été tué. Leurs corps ont été mutilés. Dans les mots de l’historien anglais Edward Gibbon, « [Même] dans une époque et un climat lointains, la scène tragique de la mort de Hussein réveillera la sympathie du lecteur le plus froid. »

Les musulmans chiites ont depuis ce jour pleuré la mort de Hussein, en particulier durant le jour de ‘Achoura, puis, 40 jours plus tard, durant le Arbaeen. Quarante jours est la durée habituelle du deuil dans beaucoup de traditions musulmanes. Cette année, Arbaeen tombe le vendredi 12 Décembre [2014].

 

4. karbala c evening_of_ashoora.jpg

Ce tableau magnifique est une fresque des derniers instants de la tragédie de Karbala, à la mort des derniers combattants. On y voit le deuil des rescapées de la famille de Hussein, après le massacre et la décapitation de tous leurs proches (dont des enfants et un nouveau-né, et l'Imam Hussein lui-même, atrocement mutilé) et juste avant leur captivité et leur marche forcée à Damas. Seules les femmes ont été épargnées, dont Zaynab, la sœur de Hussein, ainsi que le fils de Hussein, l’Imam Ali « Zayn al Abidine » (qui était gravement malade), le 4e Imam du chi’isme. Tous deux prononceront des discours fameux face au tyran Yazid, à Damas. Pour rappel, l'intervention du Hezbollah en Syrie avait initialement été cantonnée à la protection du mausolée de Zaynab à Damas, que les terroristes de l'État Islamique menaçaient de détruire, ce qui aurait pu entraîner une guerre sectaire sunnites-chiites.

 

Longue marche

J’ai voyagé à Karbala, mon propre foyer ancestral, afin de pouvoir découvrir par moi-même pourquoi cette ville est si enivrante. Ce que j’ai vu m’a prouvé que même l’angle le plus large de l’objectif de la meilleure caméra reste trop étroit pour capturer l’esprit de ce rassemblement tumultueux, mais paisible.

Une avalanche d’hommes, de femmes et d’enfants, mais plus visiblement de femmes voilées de noir, remplit l’œil d’un bout de l’horizon à l’autre. Les foules étaient tellement énormes qu’elles causaient un encombrement sur des centaines de kilomètres.

Les 500 kilomètres de distance entre la ville portuaire méridionale de Bassora et Karbala constituent déjà un long voyage en voiture, mais c’est un périple incroyablement difficile à pied. Il faut deux semaines complètes aux pèlerins pour réaliser ce parcours. Des gens de tous les groupes d’âge crapahutent sous le soleil brûlant pendant la journée, et dans un froid glacial durant la nuit. Ils voyagent à travers un terrain accidenté, sur des routes inégales, à travers des bastions terroristes et des marais dangereux, et sans même l’équipement de voyage ou les commodités les plus élémentaires, les pèlerins emportant peu de choses à part leur amour ardent pour « le Maître » Hussein. Drapeaux et bannières leur rappellent, à eux et au monde entier, l’objet de leur voyage :

Ô mon âme, tu es sans valeur après Hussein.

Ma vie et ma mort sont une seule et même chose,
S’ils me prennent pour un fou, peu importe !

Ce message reprend des vers récités par Abbas, le demi-frère de Hussein et son fidèle lieutenant – également tué durant la bataille de Karbala* en l’an 680 de notre ère –, alors qu’il essayait d’aller chercher de l’eau pour ses neveux et nièces qui souffraient terriblement de la soif. Les conditions de sécurité actuelles étant dans l’état catastrophique qui fait de l’Irak le premier titre des informations dans le monde, personne ne doute que cette affirmation est authentique dans toutes les significations.

5. Karbala d food 2.jpg

Un « mawkeb » sur le chemin de la procession (ici, servant du thé aux pèlerins)


Déjeuner gratuit… et même dîner et petit déjeuner !

Une des parties du pèlerinage qui laissera chaque visiteur perplexe est la vue de milliers de tentes avec des cuisines de fortune mises en place par les villageois qui avoisinent le parcours des pèlerins. Les tentes (appelées « mawkeb ») sont des lieux où les pèlerins reçoivent pratiquement tout ce dont ils ont besoin. Repas chauds, espaces pour se reposer, appels internationaux gratuits pour rassurer des parents anxieux, couches pour bébés, etc., pratiquement tous les équipements dont peuvent avoir besoin les pèlerins sont fournis gratuitement. De fait, les pèlerins n’ont pas besoin de transporter quoi que ce soit sur ce parcours de 500 kilomètres, sauf les vêtements qu’ils portent.

Plus intrigante est la façon dont les pèlerins sont invités à manger et à boire. Les personnes qui organisent les « mawkeb » interceptent les pèlerins sur leur chemin et les prient instamment d’accepter leurs offres, qui incluent souvent une suite complète de services dignes de rois : on vous propose d’abord un massage des pieds, puis on vous offre un délicieux repas chaud, et vous êtes invités à vous reposer tandis que vos vêtements sont lavés et repassés, puis vous sont restitués après votre sieste. Tout cela gratuitement, bien entendu.

À titre de comparaison, considérez ceci : à la suite du tremblement de terre en Haïti, et avec la sympathie et le soutien du monde entier, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a annoncé la livraison d’un demi-million de repas au plus haut degré de ses efforts de secours. L’armée des États-Unis a lancé l’opération Réponse unifiée, réunissant les ressources massives de divers organismes fédéraux et annonçant que dans les cinq mois suivants la catastrophe humanitaire, 4,9 millions de repas avaient été livrés aux Haïtiens. Maintenant, comparez cela avec plus de 50 millions de repas par jour pendant Arbaeen, ce qui équivaut à environ 700 millions de repas pour la durée du pèlerinage, le tout financé non pas par l’Organisation des Nations Unies ou des organisations caritatives internationales, mais par des travailleurs et des agriculteurs pauvres qui se serrent la ceinture pour pouvoir nourrir les pèlerins et peuvent économiser durant toute l’année afin que les besoins des visiteurs soient satisfaits. Tout, y compris la sécurité, est assuré principalement par des volontaires, dont les combattants ont un œil sur Daech et un autre sur la protection du parcours des pèlerins. « Pour savoir ce que l’Islam enseigne, dit un organisateur de mawkeb, ne regardez pas les actions de quelques centaines de terroristes barbares, mais les sacrifices altruistes dont font preuve des millions de pèlerins pour Arbaeen. »

De fait, Arbaeen devrait être répertorié dans le Livre Guinness des records dans plusieurs catégories : le plus grand rassemblement annuel, la plus longue table à manger en continu, le plus grand nombre de personnes nourries gratuitement, le plus grand groupe de bénévoles participant à un seul événement, le tout sous la menace imminente des attentats-suicides.

 

6. Karbala e - devotion.jpg
Un « mawkeb » sur le chemin de la procession (ici, servant de la nourriture aux pèlerins)

Dévotion inégalée

Le seul fait de contempler ces multitudes est à couper le souffle. Ce qui rend cette scène plus spectaculaire encore est que tandis que les conditions de sécurité se détériorent, de plus en plus de personnes sont prêtes à défier les menaces terroristes et à participer à cette marche en guise de protestation. Ainsi, le pèlerinage n’est pas un simple exercice religieux, mais une affirmation courageuse de résistance. Des vidéos mises en ligne montrent des kamikazes se faire exploser au milieu des pèlerins, avec pour seule conséquence des foules qui se font toujours plus nombreuses, et chantent à l’unisson :

S’ils nous coupent les jambes et les mains,
Nous ramperons jusques aux terres saintes !

Les horribles attentats à la bombe qui se produisent toute l’année, en ciblant principalement des pèlerins chiites et en prenant d’innombrables vies, illustrent les dangers auxquels sont confrontés les chiites vivant en Irak, et l’insécurité qui continue de gangréner le pays. Pourtant, la menace imminente de mort ne semble pas dissuader les gens – jeunes et vieux, Irakiens et étrangers – d’entreprendre le voyage dangereux vers la ville sainte.

Il n’est pas facile pour un étranger de comprendre ce qui inspire les pèlerins. On voit des femmes transportant des enfants dans leurs bras, des vieillards en fauteuil roulant, des gens sur des béquilles, et des personnes âgées aveugles tenant des bâtons de marche. J’ai rencontré un père qui avait parcouru tout le chemin depuis Bassora avec son garçon handicapé. Cet enfant de 12 ans avait une paralysie cérébrale et ne pouvait pas marcher sans aide. Ainsi, durant une partie de la marche, le père avait placé les pieds du garçon sur les siens et marchait avec lui en le tenant par les aisselles. C’est le genre d’histoire à partir desquelles des films oscarisés sont réalisés, mais il semble que Hollywood soit plus intéressé par les héros de comics que par ceux de la vie réelle dont les super-pouvoirs sont le courage et le dévouement.

7. Karbala f -shia-pilgrims-on-foot-to-attend-arbaeen-karbala-dec-2013-r.jpg

Un fidèle handicapé sur le chemin du pèlerinage

 

Le Dôme d’or de Hussein

Les visiteurs du sanctuaire de Hussein et de son frère Abbas ne sont pas motivées par la seule émotion. Ils pleurent au souvenir de sa mort atroce, et, ce faisant, réaffirment leur engagement en faveur de ses idéaux.

La première chose que les pèlerins font après avoir atteint son sanctuaire est de réciter la Ziyara, un texte sacré qui rappelle le statut de Hussein. Ils commencent cette récitation en appelant Hussein l’ « héritier » d’Adam, de Noé, d’Abraham, de Moïse et de Jésus. Il y a quelque chose de profond dans cette proclamation. Elle montre que le message de Hussein, un message de vérité, de justice et d’amour pour l’opprimé, est considéré comme une extension inséparable de tous les prophètes divinement nommés.

Les gens ne vont pas à Karbala pour s’émerveiller devant le paysage de la ville – luxuriant de palmiers-dattiers –, pour admirer la beauté architecturale du mausolée, pour faire des achats, se divertir, ou visiter des sites historiques anciens. Ils y vont pour pleurer. Pour faire leur deuil et ressentir l’aura angélique de Hussein. Ils entrent dans le sanctuaire sacré en pleurant et en se lamentant sur le plus grand acte de sacrifice de l’histoire.

 

8. devotees.jpg

Fidèles autour du tombeau de l'Imam Hussein, à l'intérieur du mausolée


C’est comme si chaque individu avait établi une relation personnelle avec cet homme qu’il n’a jamais vu. Ils lui parlent et l’appellent par son nom ; ils saisissent les cloisons de son tombeau ; ils embrassent le sol conduisant au sanctuaire ; ils touchent ses murs et ses portes de la même manière qu’on touche le visage d’un ami perdu depuis longtemps. C’est une vision pittoresque aux proportions épiques. Ce qui motive ces gens est quelque chose qui nécessite une compréhension de la nature et du statut de l’Imam Hussein et de la relation spirituelle que ceux qui ont appris à le connaître ont développée avec sa légende vivante.

Si le monde comprenait Hussein, son message et son sacrifice, il commencerait à comprendre les racines anciennes de Daech [l’Etat Islamique] et son credo de mort et de destruction. C’est il y a des siècles, à Karbala, que l’humanité a assisté à la genèse de monstruosités insensées, incarnées dans les assassins de Hussein. Ce fut le combat des ténèbres les plus obscures contre la lumière brillante et absolue, de l’exhibition de vice contre l’archétype de vertu, ce qui explique la puissance du spectre de Hussein aujourd’hui. Sa présence est primordialement tissée dans toutes les facettes de la vie des pèlerins. Sa légende encourage, inspire, et se fait le champion du changement pour un monde meilleur, et aucune black-out médiatique ne pourra éteindre sa lumière.

« Qui est donc ce Hussein ? » Pour des centaines de millions de ses partisans, une question si profonde, qui peut inciter les gens à renoncer à leur religion pour une autre, ne peut recevoir de réponse qu’après un pèlerinage à pied au sanctuaire de Hussein.

 

9. golden dome.jpg

Le « Dôme d'or », mausolée de l'Imam Hussein

______________________

* Il y a eu, en fait, deux batailles de Karbala : celle de 680, que commémorent les Chiites, au cours de laquelle l’imam Hussein, petit-fils du Prophète, a trouvé la mort, et celle de 2003, qui a opposé les forces de la « Coalition » (USA & C°) aux forces de défense irakiennes (principalement composées de Fedayin), qui s’est déroulée du 31 mars au 6 avril et a précédé la prise de Bagdad. [NdGO].

Voir également :

Discours de Sayed Hassan Nasrallah durant la cérémonie commémorant le 40e jour après ‘Ashura (03/01/2013)

On peut consulter (en anglais) : Histoire de la tragédie de Karbala

Et : Une « latmiya », commémoration type du martyre de Hussein chez les chi'ites (persan)

 

*

 

Hassan Nasrallah : L'État Islamique est la plus grande distorsion de l'Islam dans l'Histoire (VOSTFR)


Voir également :

Discours de Sayed Hassan Nasrallah durant la cérémonie commémorant le 40e jour après ‘Ashura (03/01/2013)

 

*

Vous souvenez-vous de l’article d’Israël Shamir, intitulé « Août 14 », que nous vous avions signalé le 3 septembre ?  (C’est ici tout à la fin. )

Eh bien, il y avait une suite et nous l’avons ratée ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. D’ailleurs, le propre des articles de Shamir, c’est qu’ils vieillissent comme le bon vin, peu importe quand on les boit. Le voici donc :

 

Août 14 – (Deuxième partie)

par Israël Adam Shamir – Septembre 2014

 

10. Aout 14.jpg

 

« La Syrie et l’Ukraine sont deux champs de bataille en perspective...»

 

Les raisons du cessez-le-feu

La phase aigüe de la crise ukrainienne est passée à partir de la signature du cessez-le-feu de Minsk. On ne saurait prédire combien de temps il va être effectif, et s’il va évoluer vers une paix stable; mais déjà cette pause offre une occasion de revenir sur les politiques et stratégies des deux côtés. La première partie de cet essai traitait de la crise ukrainienne jusqu’à l’incident du Boeing. J’écrivais que les résultats obtenus par les rebelles étaient bien ternes et je concluais que « sans engagement russe franc, un mouvement séparatiste en Novorussie était voué à l’échec. »

Après la catastrophe aérienne, les Russes ont fait de la paix en Ukraine leur priorité. Paradoxalement, ceci exigeait un engagement plus grand de la part des Russes. Depuis le début, le Département d’État a eu beau prétendre le contraire, Poutine ne voulait pas la guerre en Ukraine, et encore moins contre l’Ukraine. Il aurait préféré que l‘Ukraine reste neutre et amicale. L’intervention n’était pas prévue au menu, de son point de vue, lorsque les US ont entrepris d’attaquer la Russie par le biais de l’Ukraine, ou du moins, de renforcer leur emprise sur l’Europe en utilisant l’épouvantail russe. Et Poutine a continué à traîner des pieds, en espérant que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes.

Mais il avait mal fait son calcul. Il n’avait pas compté avec les ardeurs belliqueuses de Porochenko, sur la disposition du nouveau gouverneur de Kiev pour infliger de grands carnages aux civils et pour y sacrifier sa propre armée. C’était la surprise, après la transition pacifique qui avait eu lieu en Crimée, car Poutine avait des raisons d’espérer que Kiev écouterait les revendications du Donbass. Poutine ne pouvait pas abandonner le Donbass en flammes et oublier toute l’affaire.
Un million de réfugiés sont déjà passés d’Ukraine en Russie; la poursuite de la guerre de Kiev au Donbass aurait pu provoquer un afflux de réfugiés de l’ordre de cinq millions, trop pour que la Russie puisse les absorber.

Poutine était prêt à négocier avec Porochenko et à s’entendre sur des bases pacifiques; mais Porochenko a refusé. Le soutien aux rebelles du Donbass, de basse intensité, ne suffisait pas pour changer les règles du jeu et pour forcer Porochenko à négocier. Cela exigeait une victoire limitée, au prix d’un relatif engagement russe.
Mais cet engagement a suffi pour modifier rapidement la situation. Devant sa défaite dans la ville portuaire de Marioupol, Kiev a accepté les propositions de Poutine. L’engagement pouvait-il aller jusqu’à l’invasion ? Je n’ai pas accès aux secrets d’État, mais je vais partager avec vous ce que j’ai entendu dire, vu et compris.
Premièrement, comparons la Russie au Vietnam d’il y a cinquante ans.

• Le Vietnam était divisé entre le Sud et le Nord, par l’œuvre de l’Occident, de même que l’URSS a été divisée entre Ukraine et Russie par l’Occident.

• Le Nord Vietnam est devenu indépendant, tout comme la Russie.

• Le Sud Vietnam est resté sous occupation, et l’Ukraine est restée sous occupation occidentale.

• Les habitants du Sud Vietnam se sont dressés contre leur gouvernement mis en place par les USA, et le Vietnam du Nord a soutenu leur lutte.

• Les USA ont présenté la guerre comme une « agression par le Nord Vietnam », mais le Nord et le Sud ne constituaient pas deux États indépendants; il s’agissait d’un seul État, artificiellement scindé par l’Occident.

• De la même façon, les USA présentent maintenant la guerre en Ukraine en termes d’« intervention russe » mais ni la Russie ni l’Ukraine ne constituent deux pays pleinement indépendants; ce sont plutôt deux moitiés d’un seul pays, au regard des Russes comme des Ukrainiens. De leur point de vue, les habitants de l’Ukraine se sont soulevés contre le gouvernement mis en place par les USA, et la Russie indépendante a été forcée de soutenir leur combat.

• Les gens de ma génération se souviennent que les USA ont tué des millions de Vietnamiens, ont bombardé leurs villes et saccagé leur terre sous la bannière de la « résistance à l’agression du Nord Vietnam », mais cela s’est terminé par la réunification du Vietnam. Porochenko est le Ngo Dinh diem de l’Ukraine, Poutine est un improbable Ho Chi Minh de la Russie.

L’engagement russe a consisté tout d’abord à équiper et à entraîner des forces de Novorussie de la même façon que les USA ont entraîné les rebelles syriens en Jordanie, et ensuite il a été permis à certains officiers russes de quitter leur poste pour rejoindre les forces rebelles sur la base du volontariat. Les unités rebelles, entraînées et équipées par la Russie, renforcées par quelques officiers russes, n’étaient pas capables de faire autant de dégâts qu’une armée régulière; leur enthousiasme remplaçait le manque de savoir-faire. Le régime de Kiev a estimé l’ensemble de la présence militaire russe en Ukraine à un millier de personnes; quantité négligeable en comparaison des 50.000 hommes de troupe ukrainiens et des 30.000 rebelles en armes, mais ce sont eux qui ont fait la différence. Encore plus important : le commandement stratégique et le renseignement, fournis par des stratèges à la retraite de l’État-major russe.

Des gens présents sur le terrain m’ont dit que le chef militaire en Novorussie, le colonel Strelkov (dont j’ai parlé dans la première partie de cet article) n’avait pas d’expérience du commandement dans des opérations à grande échelle, et que malgré son courage personnel il n’a pas pu mener à la victoire une force de 30.000 hommes. Apparemment, on lui a demandé de laisser le commandement à des professionnels plus expérimentés. Ce sont eux qui ont rapidement amélioré la situation en stabilisant le lien entre la Russie et l’enclave tenue par les rebelles. L’armée de Kiev a été chassée des villes de Donetsk et de Lougansk.

Une force rebelle supplémentaire a franchi la vieille frontière entre Russie et Ukraine, s’enfonçant loin au sud de Donetsk et tout près de Marioupol, importante ville portuaire sur la mer d’Azov. La vitesse éclair de l’attaque de Marioupol a modifié l’équilibre sur le terrain. Après cela les rebelles ont pu avancer vers Melitopol, et viser même Kakhovka, site de batailles féroces lors de la guerre civile en 1919. S’ils devaient prendre Kakhova, ils pourraient parfaitement sécuriser toute la Novorussie ou même reprendre Kiev. Ces développements ont prouvé à Porochenko qu’il avait besoin d’un cessez-le-feu. Il a accepté la formule de Minsk et l’armistice s’est mis en place. Les rebelles étaient outrés par l’armistice, parce qu’ils ont eu l’impression qu’on leur volait la victoire, mais ils ont été convaincus par les Russes qu’il valait mieux préserver le Donbass.

 

Les sanctions

Pour le principal antagoniste de la Russie, les USA, le cessez-le-feu était un recul mineur. Washington aurait préféré que les Russes de Russie et d’Ukraine s’entretuent, mais il fallait tenir compte de la faiblesse des forces de Kiev. En 1991, lors de l’implosion de l’URSS, l’Ukraine avait hérité d’une armée bien mieux équipée et plus forte que celle de la Russie, mais vingt ans de détournements en ont fait un organe affaibli. Lorsque l’armée de Kiev aura été vitaminée par les mercenaires occidentaux et par les soldats de l’Otan, la guerre pourra toujours se rallumer, à moins qu’un règlement politique intervienne d’ici là.

Pendant ce temps-là, les USA ont appliqué plusieurs mesures de guerre économique contre la Russie. Le terme de sanctions nous égare. Des sanctions, à proprement parler, ce sont des actes d’une autorité légitime envers ses sujets; ainsi les sanctions du Conseil de Sécurité. Mais les mesures des USA et de l’UE contre la Russie ne sont que des actes de guerre contre la Russie, menés par le biais économique

Certaines « sanctions » visaient les plus puissants des Russes de l’entourage de Poutine. L’idée était d’amener ces hommes puissants à comploter et à se débarrasser du ce président populaire. Ce cercle de personnalités sanctionnées a ensuite été élargi jusqu’à inclure de nombreux parlementaires et hommes d’affaires, tandis que les Russes ordinaires prenaient les sanctions à la légère, se réjouissant même des désagréments qu’elles causent aux richards de ce pays. Poutine a plaisanté, soulignant que les interdictions de voyager, contre des législateurs au sommet, leur laisseraient plus de temps pour s’occuper de leurs administrés.

D’autres sanctions visaient l’économie russe : les banques, le crédit ont été touchés; les alliés des USA se sont vu interdire de transférer leur technologie de pointe vers la Russie. Les Russes sont habitués à ce traitement : en fait, à l’époque soviétique, cela s’appelait le CoCom (le comité de coordination pour le contrôle multilatéral des exportations), un embargo sur l’approvisionnement en technologie de pointe pour les pays socialistes. C’était un obstacle puissant à leur développement; si d’autres pays pouvaient acheter de la technologie de pointe ailleurs, par exemple au Japon, les Russes et les Chinois devaient la détourner ou la réinventer. Le CoCom est l’une des raisons pour lesquelles les soviétiques ont pris du retard, après la Deuxième Guerre mondiale, en comparaison des années 1930, quand les soviétiques pouvaient acquérir la technologie la plus pointue de l’époque, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire. Apparemment, Obama a ressuscité le CoCom; et c’est là la menace la plus sérieuse contre la Russie jusqu’à maintenant.

Tout cela aura un effet puissant, de différentes manières, non seulement quant aux bénéfices pour la Russie mais aussi au niveau de leur façon de penser. Après 1991, la Russie a bradé plusieurs de ses propres industries, en particulier en matière d’aviation, et s’est mise à acheter des Boeings ou des Airbus. Maintenant, il va falloir qu’ils fabriquent leurs propres avions. La Russie est pleinement intégrée au système bancaire occidental et a placé des milliards en titres US. La Russie a utilisé ses bénéfices pétroliers pour acheter du fromage de Hollande, des pommes polonaises, du vin italien, tout en négligeant sa propre production d’aliments. Sous les sanctions occidentales, les Russes vont probablement renoncer à bien des actions de coopération internationale, et commencer ou recommencer à développer leurs propres industries et agriculture. Cela coûtera cher, les projets sociaux en souffriront. La prospérité des dix dernières années pourrait bien s’évanouir

La Russie a appliqué des contre-sanctions et l’a fait avec modération. Elle a cessé d’importer des aliments des pays qui la sanctionnent, ce qui fait pression sur les producteurs agricoles européens. Cette mesure pourrait avoir du poids en Europe. En France, pour la première fois, cela peut amener Mme Le Pen, du Front national, à l’Élysée, dans la mesure où les deux partis officiels sont également liés aux USA. La Finlande, la Slovaquie, la Grèce vont soupeser la possibilité de quitter l’UE aussi. En Russie, la classe pro-occidentale, toute clinquante et caquetante, a été absolument scandalisée de la disparition des huîtres et du parmesan; les prix alimentaires ont grimpé partout, mais graduellement.


Les sanctions après le cessez-le-feu

Les Russes ont été sidérés par la réponse occidentale, qui a consisté à élargir encore les sanctions, malgré le cessez-le-feu en Ukraine. Apparemment, ils pensaient et espéraient que la coexistence amicale antérieure avec les USA allait reprendre dès qu’ils lâcheraient le fardeau de la Novorussie. Les élites au pouvoir en Russie étaient prêtes à accepter leurs lourdes pertes stratégiques en Ukraine et à vivre avec. Mais c’était compter sans les USA. Parce que Washington exigeait encore plus de sanctions.

Lentement, ce qui qui transpire, c’est que pour l’administration US, la crise ukrainienne ne constituait guère qu’une explication plausible et un prétexte pour attaquer la Russie. Pour se trouver à couvert, Obama a ouvert le Second Front contre la Russie au Moyen Orient; ostensiblement, contre la chimère du Califat, mais en fait avec un tout autre objectif.

L’ISIS (ou ISIL, IS, Daish ou Califat) est un projet de néo-colonisation de la Syrie et de l’Irak. La technique nous est familière : les Anglo-américains créent un démon, le nourrissent jusqu’à ce qu’il atteigne son plein épanouissement, puis le détruisent et s’emparent du territoire. Ils avaient créé Hitler, ils l’ont soutenu, pour ensuite le démoniser et l’ont fait démolir par l’intermédiaire des Russes*. L’Allemagne reste un pays occupé jusqu’à aujourd’hui. Al-Qaida a été créé dans les années 1980 pour combattre les Russes en Afghanistan, puis a été utilisé pour créer le casus belli en 2001. Et l’Afghanistan est toujours occupé. L’ISIS a été mis en place pour combattre les Russes en Syrie, et maintenant, ils s’en servent pour bombarder l’Irak et la Syrie. Au final, les USA vont contrôler et occuper tout le Croissant Fertile, avec Israël comme pièce maîtresse. Certaines personnes tournées vers la religion pourront y voir l’accomplissement de la prophétie du Grand Israël du Nil jusqu’à l’Euphrate.

Les Russes, comme les gens du Moyen Orient, ne croient pas à l’histoire officielle du sauvetage d’un monde menacé par l’ISIS. Ils se rappellent que, tout récemment encore, l’ISIS était censé être une force modérée qui se battait en Syrie pour la démocratie, contre un tyran sanguinaire. Ils pensent que les USA utilisent leur joujou monstrueux pour briser l’Irak, créer un Kurdistan « indépendant », bombarder la Syrie, chasser Bachar al Assad du pouvoir et dérouler un nouvel oléoduc depuis le Qatar via le Kurdistan et la Syrie, jusqu’en Turquie et en Europe, rejetant la Russie hors du marché du gaz européen, de façon à assurer la chute des revenus russes et la fin des liaisons dangereuses entre Européens et Russes.

Les Russes n’aiment pas plus les extrémistes islamiques takfiristes que quiconque, de sorte qu’ils ont été surpris que dans l’esprit des mandarins US, il y ait une connexion entre ISIS et Russie. Robert Whitcomb, éditorialiste du Wall Street Journal dit dans un essai intitulé « Quelques vœux pieux à propos de Poutine et de l’État islamique » que tous deux sont en quelque sorte semblables dans leur pure perversité. « Nous pourrions sourire devant ces fresques de la Renaissance où de petits diables s’agitent. Nous ne voulons pas admettre qu’il y ait du diabolique dans notre univers. Mais si on regarde du côté de l’État islamique et du régime de Poutine, on réalise qu’en 1500 ces gens-là mijotaient déjà quelque chose » (vous ne serez pas étonnés d’apprendre que Whitcomb déteste l’Islam et adore Israël, n’est-ce-pas ?)

Anne-Marie Slaughter, ancien membre du Département d’État et professeur à Princeton, a appelé à l’intervention en Syrie pour donner aux Russes une leçon : « La solution à la crise en Ukraine se trouve en partie en Syrie. C’est la reculade d’Obama sur la question du lancement de missiles sur la Syrie, en août de l’année dernière, qui a donné des ailes à Poutine pour annexer la Crimée. Il est temps de réorienter les calculs de Poutine, et la Syrie est le lieu indiqué pour cela. Une frappe US contre le gouvernement syrien, maintenant, modifierait la dynamique tout entière. Après la frappe US, France, et Grande Bretagne demanderaient au Conseil de Sécurité un accord rétrospectif pour la décision prise, comme ils l’avaient fait pour le l’intervention de l’Otan au Kosovo en 1999. Et, ce qui est aussi important, les tirs US en Syrie résonneront puissamment en Russie »**.

En Russie, il y a quelques voix pour appeler au soutien des frappes US en Syrie. D’importants politiciens et parlementaires proposent de refaire le coup de 2001, quand les Russes ont soutenu la guerre US contre le terrorisme, malgré des conséquences fâcheuses. (Rappel : depuis 2001, l’Afghanistan est occupé par les USA et le trafic de drogues en direction de la Russie et de l’Europe s’est trouvé multiplié par vingt). En fait, il y a beaucoup de politiciens pro-occidentaux au pouvoir en Russie, et particulièrement dans les médias russes. Jadis, l’Occident avait la liberté d’expression, tandis que la Russie soviétique parlait d’une seule voix. Maintenant, les choses se sont inversées : la Russie jouit du pluralisme des points de vue et de la liberté d’expression, tandis qu’à l’Ouest, les points de vue alternatifs n’existent que dans les marges du discours public.

Pourquoi les USA veulent-ils tellement soumettre la Russie, alors que la Russie n’a pas d’ambitions disproportionnées et qu’elle est généralement accommodante face aux exigences US ? Les USA, c’est quelque chose de spécial, car ces héritiers de l’empire britannique guidés par l’esprit juif sont le seul pays qui ait jamais été mu par le désir unique, ruineux et pesant de commander l’ensemble de la planète Terre. Ils envisagent toute force indépendante dans l’univers comme un défi intolérable. Ils pensent que la Russie, avec ses armes nucléaires et sa population éduquée, peut devenir trop forte et désobéissante. La Russie est un mauvais exemple pour l’Europe, le Japon, la Chine, l’Inde aussi, car ces pays pourraient basculer vers l’indépendance. La Russie, avec son pétrole et son gaz, peut miner le statut du dollar en tant que monnaie internationale. Les armes russes pourraient protéger l’Iran et la Syrie de l’agressivité américaine.

Pour toutes ces raisons, une guerre entre les USA et ses relais contre la Russie semble très probable. La Syrie et l’Ukraine sont deux champs de bataille en perspective, où l’affrontement des volontés précède la bataille d’acier. La guerre peut être conventionnelle ou nucléaire, régionale ou à l’échelle mondiale. L’enjeu, c’est la domination globale des USA sur tous les plans. Nombreux sont les Russes qui préfèreront une guerre à ce projet sinistre.

__________________

* Nous pensons qu’ils ne l’ont démonisé que lorsqu’il a été irrémédiablement battu par l’Union Soviétique, afin de pouvoir intervenir sur le terrain et arrêter la marche de l’Armée Rouge, à laquelle rien ne se serait opposé jusqu’au mur de l’Atlantique. La preuve en est que Winston Churchill a voulu attaquer l’URSS aussitôt le Reich vaincu. [NdGO]

** Il a bonne mine, Raimondo, avec ses « trois mégères de l’Apocalypse ». Elles sont au moins douze. ! [ NdGO]

Les passages soulignés le sont par nous.

Traduction: Maria Poumier - http://www.plumenclume.net/

Contact: adam@israelshamir.net

0. israel_shamir2.jpg

11. l'autre visage d'israel.jpeg

 

 

AlQalam – 2004 – 416 pages

Préface de Silvia Cattori

 

Pour plus d’informations :

http://www.israelshamir.net/French/Fr12.htm

http://www.israelshamir.net/French/Fr14.htm

 

 

 

 

12. bataille du discours.jpeg

 

 

 

 

 

 

Booksurge – éd. illustrée – 2008

493 pages

 

 

 

 

 

 

 

*

Addendum

Encore un qu’on avait sauté. Sans rapport avec religions ou philosophies. Il s’agit de technologie. Mais de technologie chez les ayatollahs…

Vous vous souvenez du drone US supersophistiqué descendu et capturé intact par les Iraniens ? Suite de l’histoire :

 

Ingénierie Aéronautique Iranienne : L’Exploit !

par Georges Stanechy – À contre-courant

18 novembre 2014

[ N.B. : Texte publié le 15 novembre 2014, sur le Blog : Iran : Analyses et Perspectives ]

« D’un point de vue du secret, c’est comme si on avait fait tomber une Ferrari dans une culture technologique du char à bœuf »… Métaphore méprisante de Richard Aboulafia, analyste au Teal Group (expertise en aéronautique et spatial),(1).

Emblématique de  l'arrogance indécrottable des responsables US et de leurs « experts militaires ». Face à la magistrale opération de contrôle, le 4 décembre 2011, par la Division « Guerre Electronique » des forces armées Iraniennes de leur drone le plus sophitiqué : le RQ-170 Sentinel.

L’appareil avait pénétré l’espace aérien Iranien, se croyant indétectable pour l’avoir effectué précédemment à plusieurs reprises, sur une profondeur de 225 km au nord-est du pays. Survolant Kāshmar, capitale de la province de Razavi Khorasan, à 926 km de Téhéran.

Nuance de taille : la « Ferrari » n'est pas tombée du ciel...

Les Iraniens s'en sont emparés !...

 

13. Drone Iran.JPG

Lire la suite…

 

Source : http://stanechy.over-blog.com/2014/11/ingenierie-aeronautique-iranienne-l-exploit.html

 

 

*

Le pape a parlé d’esclaves en Europe ?

Le Home Office confirme : 13.000 en Angleterre

(Les brèves de RT sont en  anglais)

14. UK modern slavery.jpg

L’an dernier, on les avait estimés à 2744, dont 600 enfants. Mais on était loin de compte. Cette année, le chiffre a quadruplé.

Sources : Forces de police et œuvres charitables.

http://rt.com/uk/209939-uk-modern-slavery-statistics/

 

15. marriage-scandal.si.jpg

Une Slovaque de 20 ans, enceinte, vendue par un simulacre de mariage. La police de Manchester arrête dix hommes et deux femmes.

http://rt.com/uk/205123-trafficking-abortion-marriage-scandal/

 

16. human-trafficking-uk-report2.si.jpg

Marqués comme du bétail – Le rapport fait état de « hordes » de victimes, y compris des enfants, vendues au Royaume Uni.

http://rt.com/uk/191864-human-trafficking-uk-report/

 

00. doctor.si.jpg

Vingt-deux ans de prison à un médecin de Cambridge, pour avoir abusé sexuellement de 18 de ses petits patients atteints de cancer. 

http://rt.com/uk/210399-pedophile-doctor-jailed-abuse/

 

 

Pourtant Dutroux-prédateur-isolé, est derrière les barreaux.

 

 *

Dernière minute :

Thierry Meyssan sur le limogeage de Chuck Hagel

« ... En premier lieu, il a coupé bien des passerelles entre les Forces US et Tsahal. Puis, il a procédé à de colossales coupes budgétaires, sauf dans le domaine nucléaire. Durant son mandat, il n’a cessé d’être attaqué par les pro-Israéliens, les néo-conservateurs et les organisations gays (financées par les précédents)... »

Obama a-t-il encore une politique militaire ?

http://www.voltairenet.org/article186084.html

 

 

*

Mis en ligne le 1er décembre 2014.

 

 

 

 

17:48 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/11/2014

DES NOUVELLES DE LA FIN DU MONDE

1. Titanic-Cameron.JPG

Des nouvelles de la fin du monde

*

« Ils combattront la Russie jusqu’au dernier Ukrainien »

Le Saker

Projet Ukraine bouclé

Par Babeuf79 – Slavyangrad.org24 novembre 2014

 

2. Project 1.jpg

 

Poutine a quitté le sommet du G20 sans attendre la fin du programme. Il est certain que le Président de Russie avait le droit de dormir à son arrivée à Moscou, surtout si « du travail l’attendait lundi ».

Il est possible que Poutine soit incapable de dormir dans un avion, qui met huit heures à atteindre notre Extrême-Orient, et encore huit heures de là à Moscou. Il est difficilement croyable que l’avion du dirigeant d’une super-puissance ne soit pas équipé d’une chambre à coucher : ce genre d’option se trouve dans n’importe quel jet d’affaires modèle courant. Pour les gens qui passent une grande partie de leur vie en l’air (souvent pendant des heures d’affilée) et qui traversent des fuseaux horaires, ce genre d’équipement n’est pas un luxe mais une nécessité. Et il est impossible de supposer que le Ministère des Affaires étrangères et le Chef du protocole ne l’aient pas informé à l’avance du programme total et détaillé du Sommet.

Par conséquent, Poutine savait très bien quand le Sommet devait se terminer. Dans des occasions de ce genre, on reste jusqu’à la fin. Il n’est pas admissible que les hôtes préparent, planifient, et coordonnent l’événement et que les invités s’en aillent simplement quand ils en ont envie. Et cela, d’autant qu’événements culturels et dîners sont également utilisés pour servir aux négociations.

Ceci revient à dire que le Président russe a délibérément et ostensiblement quitté le Sommet, sans même se donner la peine de donner une explication polie de ses actes. On aurait, après tout, pu dire qu’il était malade, mais le désir de dormir après seize heures de vol était une explication insultante pour les Australiens, et l’insulte a été délibérée.

Qu’est-ce qui a causé cette réaction de Vladimir Vladimirovitch ? Même si le Premier ministre australien n’avait pas passé la semaine entière à annoncer son intention de réclamer agressivement des comptes à Poutine à propos de l’avion malaisien ; même si le service de presse du Premier ministre canadien n’avait pas fait « fuiter » en direction des médias sa « redoutable » exigence de retrait russe de l’Ukraine ; même si les médias russes, juste à temps pour le Sommet, n’avaient pas miraculeusement « trouvé » une photo d’un fighter jet mitraillant l’avion en vol, même alors, il était évident que le principal sujet des négociations entre le Président russe et les dirigeants occidentaux devait être la crise ukrainienne. En fait, la seule chose qui présente un intérêt pour la Russie dans cette affaire, c’est la position des États-Unis. Le reste des Occidentaux ne respire et ne bouge que de la façon définie par Washington.

Si on considère l’accumulation d’énergie sociale explosive, dans une Union Européenne en voie de déstabilisation rapide, celle-ci ne durera plus très longtemps, bien qu’elle soit encore là pour l’instant. Puisque les USA ne donnent à l’Ukraine ni de l’argent ni des armes, ne lui permettant même pas d’essayer de stabiliser la situation dans le pays en laissant se concentrer le pouvoir dans une seule main (premièrement, ils n’ont pas permis que Yatseniouk soit élu président ; puis Porochenko n’a pas pu avoir la majorité à la RADA, donc aucune possibilité de pouvoir nommer son candidat Premier ministre), il est clair, depuis des mois, qu’ils ont fait une croix sur l’Ukraine. C’est-à-dire qu’il serait dès lors logique de discuter avec Washington de la situation « post-Ukraine », en même temps que du problème de financer mutuellement le redressement économique du pays et le désarmement des bandes nazies.

Que peut offrir la Russie ? Poutine laisse toujours à un adversaire la possibilité de sauver la face. Par conséquent, les propositions russes devaient s’aligner sur les thèses de Poutine de février-mars. L’Ukraine devrait être préservée en tant qu’état mais réorganisée sur une base fédérale (ou confédérale). L’Occident et la Russie devraient conjointement garantir sa totale neutralité. Les droits de la population russe du pays devraient être respectés, notamment par un amendement de la Constitution garantissant officiellement le bilinguisme.

 

3. Project 2.jpg

 

Le problème de la Crimée sera résolu en rétablissant un état ukrainien qui en est déjà séparé. La Russie et l’Occident partageraient le fardeau de restaurer l’économie ukrainienne, y compris par l’annulation d’anciennes mauvaises dettes, d’ouvrir leurs marchés aux produits de l’Ukraine tout en réduisant les prix de ses importations les plus critiques, ceux de l’énergie y compris, et en lui garantissant une assistance financière sous forme de prêts soit directs soit à tarifs très réduits.

Il est clair que ce ne serait là qu’un moyen soft de réintégrer l’Ukraine dans la sphère d’influence russe, mais les USA et l’UE sauveraient la face en pouvant mettre l’accent sur le fait qu’ils auraient « sauvé » l’état ukrainien d’une perte de souveraineté, en même temps que « confirmé » le statut de neutralité de l’Ukraine.

Puisque Poutine a ostensiblement quitté le Sommet avant la fin, on peut dire avec certitude que les USA ont rejeté toute forme de compromis sur l’Ukraine. Conséquence : dans les jours qui viennent, une semaine au plus, commencera une guerre totale sur tout le territoire de l’état en voie de disparition. Cette guerre se déroulera sous deux formes.

Ce n’est pas pour rien que la Milice, pendant les mois de trêve, n’a pas cessé de chercher (et a trouvé) des véhicules lourdement blindés dans les steppe du Donetsk, a recruté et entraîné des milliers de volontaires, y compris des gens possédant le savoir spécifique et les compétences nécessaires à l’utilisation effective de la technologie moderne. Tous les témoins oculaires confirment que la densité des troupes dans les DPR/LPR (Républiques Populaires du Donetsk et de Lougansk) doit se lire « hors échelle » et que ces troupes sont concentrées sous forme de quelques groupes en formation d’offensive très prononcée. Et ces troupes ont été chouchoutées : elles n’ont pas été envoyées au front. Ceci est la première forme que prendra la guerre : effondrement du front, suivi d’une occupation graduelle du territoire, pas seulement de la Novorossia mais de la totalité de l’Ukraine. Ce sera un processus lent, qui dépendra de l’empressement (de l’état de préparation, aussi) de la Milice et des régions.

La seconde forme devrait amener les régions Centrale et Occidentale au degré d’empressement/préparation souhaité (la Novorossia est déjà prête). Cela, c’est une guerre civile entre autorités ukrainiennes (Yatseniouk contre Porochenko, Kolomoïsky contre tous, les nazis contre les oligarques, l’Armée contre la Garde Nationale, les groupes d’« auto-défense » paysans contre les expropriateurs de denrées alimentaires, les « détachements d’approvisionnement », etc.) C’est le conflit le plus terrible, capable de décimer rapidement la population ukrainienne dans la proportion de vingt-cinq à trente pour cent et de pousser les survivants à accepter n’importe quoi, juste pour que l’horreur s’arrête.

C’est cette horreur que Poutine a essayé d’éviter en offrant à l’Occident la préservation (inutile à la Russie) de l’Ukraine, à condition qu’elle soit fédérale et neutre. C’est cette horreur que les USA, délibérément, provoquent. En fait, ils ne la provoquent pas, ils l’ont provoquée : le coup d’état et la guerre civile sont devenus inévitables en Ukraine deux mois avant les élections parlementaires, lorsqu’il a été évident que Turchinov, Yatseniouk et Avakov n’allaient pas aller aux urnes avec Porochenko, mais contre lui. Les États-Unis attendent depuis longtemps que les dirigeants de Kiev et leurs hommes de main nazis commencent à s’entretuer.

Le studieux Yatseniouk, l’obéissant Avakov et Turchinov, définitivement privés de toute pertinence, sont prêts à appuyer sur la gâchette. Mais le second étage de leurs hommes de main a toujours peur. L’Armée soutient toujours Porochenko. Pour dire les choses modérément, elle n’éprouve pas de sentiments amicaux pour les bataillons de volontaires nazis. L’effondrement du front qui, après l’échec des négociations d’Australie est devenu inévitable, élimine ce point d’appui. De plus, Porochenko, étant leur commandant suprême à tous, perdra de sa crédibilité auprès des agences sociales (NGO) et sécuritaires (mercenaires).

Les USA obtiennent ce qu’ils veulent : une guerre civile sanglante à grande échelle en Ukraine, avec la liquidation de ce qui reste de l’économie et de l’état, plus l’effondrement de tous les services communaux et sociaux. [Comme en Yougoslavie. NdT] Le territoire entier sera, en l’espace de quelques jours, replongé dans l’Âge de pierre.

Les USA espèrent qu’ayant finalement formé le « peuple ukrainien », ils auront, par là, réussi à séparer définitivement l’Ukraine de la Russie. En outre, ils savent que la restauration de conditions de vie normales pour les survivants devra être assumée par la Russie et l’UE, ce qui devrait bloquer les ressources de Moscou et de Bruxelles, créant ainsi un avantage compétitif pour Washington.

Ces calculs sont aussi faux que le fut la tentative de février-mars de faire de l’Ukraine un formidable bélier nazi anti-russe. La plupart des gens censés former un  « peuple ukrainien » périront passivement ou iront s’abîmer sur les différents fronts de la guerre civile. Quant à ces « leaders de l’opinion publique », ceux qui ont façonné par leurs discours la russophobie en Ukraine au cours des vingt dernières années, les plus chanceux réussiront à émigrer à l’Ouest et passeront tranquillement le reste de leurs jours dans l’obscurité ; la majorité mourra d’autant plus facilement que les USA  n’ont nul besoin de laisser derrière eux des témoins de leurs crimes. Même la partie des gens qui commencent leur matinée en crachant en direction de Moscou et en se prosternant devant l’Occident, après un bref mais efficace bain  de sang organisé par les politiciens pro-Occidentaux à coups de slogans pro-Occidentaux, et surtout une fois que l’Occident se sera dissocié du sort de l’Ukraine (ce qui sera bientôt évident aux yeux des plus euphoriques pro-Maidan eux-mêmes), elle haïra l’Occident pour sa trahison (des articles et des blogs allant dans ce sens, écrits par les moins aveugles des partisans de l’intégration à l’UE, commencent déjà à faire leur apparition dans les mass media ukrainiens).

 

4. Project 3.jpg

 

Le reste de la population ukrainienne rencontrera les troupes (novorossiennes ou russes) comme les Allemands ont rencontré l’Armée Rouge en  1945 : en faisant la queue devant les cuisines de campagne, et en absorbant la nouvelle idéologie avec leur bouillie. N’oublions pas qu’un état totalitaire a été fabriqué de toutes pièces en Ukraine et que la propagande totalitaire a une grande particularité : les gens commencent à aimer ce qu’ils exécraient la veille, aussitôt qu'est déplacé le centre des préoccupations.

Permettez-moi de rappeler que l’Ukraine a été la république la plus loyale de l’URSS, plus loyale même que la RSFSR (République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie) et que, d’un seul coup, après la déclaration d’indépendance, la grande majorité des membres du PCUS (y compris Koutchma, Kravchuk et Iouchtchenko) sont soudain devenus des « patriotes ukrainiens » et presque des combattants anti-communistes clandestins. L’attitude de la population a changé tout aussi vite. Les « constructeurs conséquents du communisme » d’hier sont devenus les transporteurs non moins conscients des idées de l’ukrainisation : Russes, Juifs, et même Tadjiks sont devenus des Ukrainiens plus purs et plus durs que les Ukrainiens de souche.

Par ailleurs, l’idée de retenir ne fût-ce qu’une souveraineté formelle a complètement disparu. Il n’y aucune logique de principe à partager des territoires entre les membres environnants de l’Union Européenne (Pologne, Roumanie, Hongrie). Donner la Galicie banderiste à la Pologne ne pourrait tout au plus servir que de subtile vengeance. Mais ce serait dommage de perdre ce territoire, alors que les banderistes peuvent être, de toute façon, éjectés vers la Pologne.

Espérons, pour des raisons objectives, que la Milice avancera lentement vers l’Ouest, de façon à ce que quiconque le souhaite ait le temps de s’enfuir en Europe et d’entrer ainsi dans l’U.E. à titre personnel.

En règle générale, plus la période de liquidation sera brève, plus de vies pourront être sauvées, mais que la facture en cadavres, qui dépasse déjà les trente mille, doive s’élever à des centaines de mille, c’est déjà inévitable. Aussi inévitable que deux à trois millions d’émigrants vers l’Europe. Et ceci, dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, l’Ukraine pourra perdre jusqu’à un quart de sa population d’avant cette guerre (et toutes les pertes ne se feront pas par émigration).

Eh, oui. Tout devra se payer. L’immaturité, la stupidité les cookies de Nuland, les enveloppes des ambassades US, les subventions, les voyages payés, les années de mensonges, l’inaptitude des élites politiques et l’incapacité du peuple à se donner une élite différente : le paiement se fera en sang. Parce que les USA l’ont décidé. Projet Ukraine bouclé.

 

5. Project 4.jpg

 

Traduction (angl.) d’Alexander Fedotov  pour Slavyansk.org

Traduction (fr.) de c.l. pour Les Grosses Orchades.

Source : http://slavyangrad.org/2014/11/24/project-ukraine-complete/

 

0. La grand-mère de Nuland offre des biscuits au Premier Maidan américain.jpg

La grand-mère de Nuland offrant des biscuits au premier Maidan de l’histoire américaine.

 

*

Ils en veulent plus. Il traînait les pieds. Chuck Hagel viré.

Par Stephen Lendman – The Peoples Voice25 novembre 2014

 

6. Scapegoat Hagel.jpg

Lundi, le Stars & Stripes, sous contrôle du Pentagone, annonçait que le Secrétaire d’État à la Défense, Chuck Hagel, démissionnait « sous diverses pressions ». Langage codé pour dire sacqué.

« Après d’éprouvantes élections de mi-mandat. Au milieu des critiques croissantes contre la politique d’Obama en matière de Sécurité et d’Affaires étrangères ».

Les faucons veulent plus de guerres qu’ils n’en ont déjà. Et une intensification de la belligérence dans celles en cours. En février 2013, Hagel avait succédé à Leon Panetta.

L’ex- Directeur de la CIA d’Obama et Chef de la Maison Blanche de Clinton [Panetta] voit venir « une guerre de trente ans ». Au-delà des théâtres d’opération actuels.

« Obama s’est trompé » dit-il. Il s’est « perdu en route ». « En ne maintenant pas davantage de troupes en Irak, une force résiduelle capable de contenir l’opposition intérieure ».

« En rejetant l’avis de ses principaux conseillers. » (À commencer par lui-même.) « En échouant à armer suffisamment et assez tôt les forces anti-Assad. D’armes plus lourdes. »

« En n’agissant pas contre (selon les Gros Mensonges) les armes chimiques d’Assad. »

Panetta n’est pas allé tout à fait jusqu’à réclamer l’envoi d’urgence de troupes en Syrie, mais presque. Il a mis lourdement en doute la crédibilité de Washington.

Surtout avec Obama aux manettes… Exige sa détermination d’« aller jusqu’au bout »  quoi qu’il arrive.

Il doit « sauter dans l’arène et en découdre les deux années qui viennent ».

Comme d’autres officiels passés et présents de Washington, Panetta croit que les priorités impériales US sont ce qui compte le plus. Que la fin  justifie les moyens. Que la force prime le droit. Sans égards pour le mal fait aux autres. Peu importent les conséquences. Hagel, apparemment, n’était pas assez über-faucon.

Reste à voir qui va le remplacer. Des sources de l’Administration ont révélé que son renvoi a été décidé « après des semaines de discussions ».

Selon le New York Times, il « luttait souvent pour articuler un point de vue clair » et « était largement perçu comme… passif ».

Sceptique sur la guerre d’Irak d’Obama. Placé à ce poste pour « gérer la fin des combats en Afghanistan et les restrictions de budget du Pentagone, à cette époque  de séquestrations budgétaires ».

Mal à l’aise sur le renforcement de la guerre ? Peut-être bien. Un haut fonctionnaire anonyme de l’Administration a dit que « les deux ans qui viennent exigeront un autre genre de point de vue ».

Langage codé pour « plus de guerre ». En Irak et en Syrie. Peut-être en Iran. Peut-être aussi avec la Russie sur l’Ukraine. En équipant le gouvernement-polichinelle de ce pays d’armement lourd. Secrètement et ouvertement.

En violant les accords de Genève et de Minsk. En risquant un embrasement total de la région. Peut-être une guerre planétaire, si on ne les arrête pas à temps.

Ont-ils viré Hagel pour pouvoir poursuivre l’impensable ? Qui acceptera de s’engager à satisfaire ces exigences ? D’après le Times, les remplaçants éventuels pourraient être :

(Nous sautons la liste des candidats, dont une femme. Ceux qui s’intéressent de près à ces choses les trouveront dans l’article d’origine).

Le Times dit que « Hagel s’est donné du mal pendant des années pour s’intégrer au cercle des proches d’Obama » et « a été considéré comme n’y arrivant pas ».

« Après une lutte éprouvante avec d’ex-collègues du Sénat »… « Dans une tentative apparente de répondre à des questions tranchées »

« A largement joué le rôle de n°2 auprès du général Martin Dempsey. Des critiques disent qu’il n’a pas réussi à inspirer confiance aux commandants du Pentagone. »

Il aurait eu aussi « une propension à commettre des gaffes, comme d’appeler les combattants de l’État Islamique “une menace pas seulement pour les États-Unis mais pour tout le monde civilisé” ».

Les combattre est pour lui « une question humanitaire de grande conséquence pour le monde entier ». Il aurait même dit : « Et je pense que les grandes puissances comprennent qu’elles ont une responsabilité dans cette région ».

En octobre, Hagel a écrit une lettre critique à la Conseillère en Sécurité Nationale Suzan Rice. Sur la politique syrienne de l’Administration.

Avertissant qu’elle était en danger, « en danger de détérioration », pour avoir failli à marquer clairement ses intentions envers Assad.

Hagel est resté bouche cousue sur ses commentaires. Il s’est contenté de dire :

« Nous devons au Président et nous devons au Conseil National de Sécurité nos meilleurs avis. Et il faut qu’ils soient honnêtes et il faut qu’ils soient directs. »

« Les combats en Syrie peuvent se poursuivre pendant des années et des années. À quelles fins ? »  Il a même ajouté : « Il est de notre intérêt de ne pas avoir un Moyen-Orient instable ». Les menaces actuelles doivent être gérées, d’après lui, en se concentrant « sur des stratégies et des objectifs à plus long terme ».

Hagel était « exactement le Secrétaire à la Défense qu’Obama souhaitait », commente le Times. « Quelqu’un qui n’allait pas écrire un livre contre l’Administration quand il quitterait son poste ».

Il « a passé son temps à exécuter tout ce que voulait Obama , y compris en réduisant les effectifs des forces US en Afghanistan, en faisant la IIIe guerre d’Irak et en bombardant la Syrie ».

Ses assistants révèlent qu’il avait compté servir jusqu’à la fin du second mandat d’Obama. La question qui se pose est de savoir quel programme va suivre son successeur.

Hagel a centré ses efforts sur la politique Asie-Pacifique de l’Administration. Sur les plans de réduction des effectifs militaires. Il s’est opposé aux guerres d’Irak et d’Afghanistan.

En tant que sénateur, il s’est opposé à l’endiguement de l’Iran. A dit que les sanctions étaient inefficaces.

En même temps, il disait que sa « priorité majeure » était de planifier d’éventuelles actions militaires contre l’Iran. Qu’il était prêt à faire « ce qu’il fallait » pour l’empêcher de se doter d’armes nucléaires.

Fin août 2002, il a attaqué le Secrétaire d’État de l’époque, Colin Powell, en demandant :

« Qu’est-ce qui se passe, ici ? Vous, les gars, vous dites que vous ne partez pas en guerre. Vous partez en guerre ! Vous allez devoir occuper l’Irak pendant des années. »

« Pourquoi donc avons-nous envahi l’Irak ? » a-t-il un jour demandé. « Je crois que cela a été le triomphe de ce qu’on appelle l’idéologie néo-conservatrice, autant que l’arrogance et l’incompétence de l’administration Bush, qui ont embarqué l’Amérique dans cette guerre de choix. »

« Cette idéologie présentait la vision myope d’un Moyen-Orient démocratique, où serait injectée une large force américaine permanente, pour en garantir le réalignement. »

« Ils croyaient qu’en prenant la mesure relativement facile de renverser Saddam, ils pourraient commencer à réaliser leur vision, grâce au pouvoir militaire inégalé de l’Amérique, établissant ainsi la prééminence de l’Amérique au Moyen Orient et apportant leur soutien à la défense d’Israël. »

« Ils ont évidemment réussi à convaincre un président à l’expérience très limitée en matière de Sécurité et d’Affaires étrangères, sur qui a pesé le lourd fardeau de conduire la nation, dans la foulée de la plus mortelle attaque terroriste qui ait jamais frappé le sol américain. »

« Il est choquant de voir combien peu le Congrès et les médias se sont opposés à l’Administration Bush. »

Il était en faveur de relations avec l’Iran et la Syrie. « Que leurs peuples décident de leur avenir. »

Les responsables politiques « ont perdu leur objectif de vue en Afghanistan » a-t-il encore dit. « Ils y ont excessivement déployé la présence militaire américaine. »

Il a voté non quand il s’est agi de désigner comme terroristes les Gardes de la Révolution iranienne… Il a dit que l’Irak, sous Saddam, ne développait pas d’armes nucléaires, ni chimiques, ni biologique… Qu’il n’avait aucun lien avec Al Qaeda. Qu’il développait des missiles, « mais pas pour atteindre les États-Unis »…

Il s’est opposé à l’escalade militaire en Irak. Il pensait qu’on lui avait confié la mission de mettre un terme aux guerres en cours, pas de les envenimer. Ni d’en déclencher de nouvelles. Peut-être est-ce ce qui explique le mieux son limogeage.

Obama, quant à lui, continue à poursuivre des guerres directes et des guerres par procuration. Après s’être déclaré d’accord (avec ses alliés et avec Kaboul) pour que soit mis un terme à notre mission de combat en Afghanistan, il a autorisé les affaires à continuer comme de coutume. Au moins jusqu’à la fin de 2015. Vraisemblablement jusqu’à la fin de son second mandat. Peut-être pour les treize ans à venir. Sous les présidents qui lui succéderont.

La guerre la plus longue de l’Amérique a bien l’air d’être sa guerre pour toujours. D’autres conflits régionaux n’en finissent plus de faire rage. Peut-être Hagel ne voulait-il rien de tout cela.

(…)  Reste à savoir qui va le remplacer. (…) Quel programme sera suivi. Si la rhétorique sera suivie d’effet.

Il y a de très fortes chances pour qu’on aille vers plus de guerres, et non pas moins.

En un moment où la plupart des Américains veulent qu’elles finissent. Que ce soit avec Obama aux commandes ou avec quiconque lui succédera.

La guerre permanente est, depuis très longtemps, la politique des États-Unis, et aucune fin des conflits ne paraît imminente.

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

Source : http://www.thepeoplesvoice.org/TPV3/Voices.php/2014/11/25...

 

[ Résumons le morse de Lendman : Chuck Hagel avait été nommé pour gérer le retrait US d’Irak et d’Afghanistan, et pour faire passer une drastique diminution des budgets du Pentagone. Les faucons ont gagné les récentes élections. Ils veulent plus d’argent, plus de guerres et pour plus longtemps. On va voir ce qu’on va voir. Des mouches à deux culs ? Beaucoup de sang en tout cas. En Ukraine. Et ailleurs. Attendons Meyssan, mais c’est tout vu. NdGO.]

7. Stephen-Lendman-.jpg

Diplomé de Harvard et de Wharton, Stephen Lendman est un écrivain et un animateur de radio qui vit à Chicago.

En 2011, le Club Mexicain de la Presse lui a décerné le prix de  « Meilleur journaliste d’investigation international ». La cérémonie de remise de ce prix a été diffusée dans toute l’Amérique Latine. Ses livres : How Wall Street Fleeces America (2011) et Banker Occupation (2013) sont publiés en Chine, mais ne le sont pas dans les pays francophones.

On peut le joindre à cette adresse : lendmanstephen@sbcglobal.net.

Et visiter son blog : sjlendman.blogspot.com.

Son dernier livre, dont il est à la fois le rédacteur et un des 22 contributeurs :

8. flashpoint_in_ukraine_corrected-291x443.jpg 

 

 

Flashpoint in Ukraine – How the US Drive for Hegemony Risks World War III

22 Geopolitical Analysts Counter the Fraudulent Western Narrative on Ukraine
AND WHY IT MATTERS SO MUCH

Clarity Press 2014 - Edited by Stephen Lendman

Pour plus d’informations : http://www.claritypress.com/LendmanIII.html

 

 

On peut aussi, si on est anglophone et en Amérique, écouter ses entretiens avec des invités de marque, sur le programme  « Progressive Radio News Hour » du Réseau Progressive Network. Cette émission est diffusée trois fois par semaine, en direct le dimanche à 13 heures, et deux pré-enregistrements.

 

*

Cependant…

9. revol color..jpg

- Quoi, une révolution colorée ? Ici ? Chez nous ?

- Non, Sire, une guerre civile.

  

« Justice bafouée ! »

La décision du Grand Jury de ne pas poursuivre le policier qui a tué l’adolescent noir Mike Brown de six balles dans le dos déclenche des émeutes dans des douzaines de villes des États-Unis

 

Certaines des plus violentes à New York (impliquant autant de blancs que de noirs désormais)

 

à Ferguson

A l’aéroport de Ferguson : Bombes au poivre

On vous fait grâce des autres.

Et, bien entendu, en prévision de ce genre de développements, la moindre des villes des États-Unis a doté sa police d’équipements militaires lourds.

 

The New York Times :

US War Gear Flows to Police Departments

(C’est en anglais, mais il y a des images)

http://www.nytimes.com/2014/06/09/us/war-gear-flows-to-police-departments.html

10. WAR GEAR.jpg

Pour agrémenter l’horreur qui vient, comme en Ukraine en somme :

11. Anonymous - KKK infiltrate Ferguson cop support groups.jpg

Le KKK infiltre les groupes de soutien au policier assassin (Anonymous)

Et :

12. Missouri KKK- We will use lethal force against Ferguson protesters.jpg

Le KKK du Missouri : « Nous utiliserons la « force létale » contre les manifestants de Ferguson ».

 

Que de la joie en perspective.

 

*

« …et de finir par confondre la réalité de la démocratie avec un nouveau nominalisme politique. »

 

Le pape François à Strasbourg

 

Donc, le pape François a fait une visite-éclair à Strasbourg. Non pas à Strasbourg (France) mais à Strasbourg (siège du Parlement européen). Le temps d’y prononcer deux discours. Raison pour laquelle il n’a pas été accueilli par son homologue chef d’État (le Président), mais par Ségolène Royal et Harlem Désir pour la France et par Martin Schulz pour l’Europe.

13. Le Pape et Ségolène.jpg

Allez, pour une fois, on va piquer ses images au Parisien.

Diapo :

http://www.leparisien.fr/pape-vatican/en-images-visite-ex...

 

L’Europe étant ce qu’elle est et les merdias ce qu’ils sont, il nous a fallu aller sur le site du Vatican pour savoir ce qu’il était venu dire au juste.

 

 VISITE DU SAINT-PÈRE
AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL DE L'EUROPE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AU PARLEMENT EUROPÉEN

Strasbourg
Mardi 25 novembre 2014

Multimédia

  

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Vice-présidents,
Honorables Députés Européens,
Personnes qui travaillent à des titres divers dans cet hémicycle,
Chers amis,

Je vous remercie pour l’invitation à prendre la parole devant cette institution fondamentale de la vie de l’Union Européenne, et pour l’opportunité qui m’est offerte de m’adresser, à travers vous, à plus de cinq cents millions de citoyens des 28 pays membres que vous représentez. Je désire exprimer une gratitude particulière à vous, Monsieur le Président du Parlement, pour les paroles cordiales de bienvenue que vous m’avez adressées, au nom de tous les membres de l’Assemblée.

Ma visite a lieu plus d’un quart de siècle après celle accomplie par le Pape Jean Paul II. Beaucoup de choses ont changé depuis lors, en Europe et dans le monde entier. Les blocs opposés qui divisaient alors le continent en deux n’existent plus, et le désir que « l’Europe, se donnant souverainement des institutions libres, puisse un jour se déployer aux dimensions que lui ont données la géographie et plus encore l’histoire »[1], se réalise lentement.

À côté d’une Union Européenne plus grande, il y a aussi un monde plus complexe, et en fort mouvement. Un monde toujours plus interconnecté et globalisé, et donc de moins en moins « eurocentrique ». À une Union plus étendue, plus influente, semble cependant s’adjoindre l’image d’une Europe un peu vieillie et comprimée, qui tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion.

En m’adressant à vous aujourd’hui, à partir de ma vocation de pasteur, je désire adresser à tous les citoyens européens un message d’espérance et d’encouragement.

Lire la suite…

Source : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2014/n...

 

*

Pour qui sait lire entre les lignes, François I n’accuse personne mais suivez son regard. Il rappelle avec la plus grande urbanité quelques vérités élémentaires, dont plus grand monde ne se soucie (en Europe notamment). Et tire la sonnette d’alarme sur quelques dérives que les athées ne déplorent pas moins que les croyants, de quelque religion qu’ils soient, tant il est évident que les Léviathans responsables s’appellent, depuis toujours et sous toutes les latitudes, « Volonté de puissance » et « Rapacité ».

A-t-il été entendu ?  Ooouuuhhh…

Sera-t-il écouté ?  Ooooouuuuuhhhhh…

Cela dit : « …et des enfants tués avant de naître » :

Si, déjà, on s’abstenait de les tuer quand ils sont nés, soit tout de suite, soit après que leur mère et leur père les aient élevés, parfois jusqu’à l’âge adulte, au prix de mille soins… Si, déjà, « on » assurait aux mères pauvres que le fruit potentiel de leurs entrailles aura une petite chance de subsister et d’accomplir un destin qui ne soit pas de la quintessence d’enfer… Si, déjà, on apprenait aux géniteurs (futurs patriarches) qu’imposer la vie est un crime quand on n’est pas en mesure de l’assurer, et que l’abstention peut être un moindre mal auquel, peut-être, ils ne pensent pas assez…En amont, plutôt qu’en aval…

La visite du pontife n’a pas plu à tout le monde. À commencer par des catholiques déçus, qui ont trouvé anormal qu’il visite Strasbourg et snobe sa cathédrale. D’autres – pas les mêmes sûrement – ont trouvé à redire à une visite qu’ils qualifient de « politique » et de « pas religieuse ». (Faut-il dire que c’est parce qu’elle est politique, justement, qu’elle nous intéresse ?). D’autres encore, ou plutôt « une autre » a marqué sa désapprobation en se précipitant, la veille, à moitié nue, sur l’autel de la cathédrale non visitée, pour y brandir un drapeau européen (beurk) et y afficher, super pectus, des slogans chers à MM. Soros, CIA, NED & C°, aussi subtils que d’habitude.

Le phénomène des petites prostituées que leurs clients envoient officier dans la rue (à l’ULB ou à l’église) plutôt qu’au bordel ne serait, depuis, longtemps, plus qu’un souvenir vague (qui se souvient des Pussy Riots, condamnées en Russie et achevées par une grâce présidentielle ?), si les badauds imbéciles, sur les talons des merdias, ne se précipitaient, langue pendante et téléphones brandis pour se payer des selfies, et nous disons bien des selfie, car ce qu’ils photographient, c’est eux-mêmes. Détournez-vous de leurs simagrées, passez sans les voir, et le phénomène, qui ne sera plus payant pour leurs clients, cessera aussitôt, ces gens n’ayant pas pour habitude de dépenser de l’argent qui ne sert à rien. C’est pourquoi vous ne la verrez pas ici.

Reste M. Mélenchon, et sans doute quelques autres, qui, au nom de la laïcité… Que ne l’ont-ils invoquée quand SS Jean-Paul II jouait les femen pour le compte des mêmes clients et jetait sur les routes de sa sacrosainte Europe, qui n’a été f….. de rien empêcher, des centaines de milliers d’enfants, de jeunes femmes et de jeunes gens de l’ex-URSS et des pays de l’Est, enlevés, drogués, battus, torturés et prostitués, voire barbaque à snuff movies ? On ne les a guère entendus, alors, les champions de la laïcité.

Faut-il que ce soit nous, obscurs et sans-grades qui lui expliquions, à Jean-Luc Mélenchon, ce que c’est qu’un homme d’État ? Qu’un homme - comme Vladimir Poutine, tiens, pourquoi pas – qui, dans les premières années de son premier mandat, s’est baladé partout une croix en sautoir. Parce qu’il était croyant ? Possible, nous n’en savons rien, et cela le regarde, mais surtout parce qu’il avait un besoin urgent et absolu de l’Église orthodoxe pour l’aider à recimenter la nation qu’« on » avait voulu – et presque réussi - à désagréger. Faut-il que nous lui expliquions pourquoi, Président, il ne la porte plus aujourd’hui, pas plus que ne le ferait n’importe quel homme d’État conséquent, qui se voudrait le président d’une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs et de sans dieu, le président de tous ?

Croit-il, M. Mélenchon, qu’il peut empêcher l’atomisation planifiée de l’Europe sans l’aide du pape ? Sans le soutien de Hassan Nasrallah (pourtant pas européen) et d’un certain nombre de rabbins hassidiques ? Il se prend pour Popeye ou quoi ? Il rêve ? Ou c’est juste de la démagogie ?

Enfin, laïcité mise à part et Mélenchon n’y est pour rien, que Jean XXIII et Jean-Paul II aient été béatifiés ensemble, nous paraît une insulte carabinée à la mémoire du premier. Mais qui sommes-nous, mécréants, pour donner notre avis sur ces choses ?

 

*

Dernière minute :

Nos plates excuses au Réseau Voltaire, qui a mis en ligne le texte intégral des deux discours. Voici celui au Conseil de l’Europe :

Discours du pape François au Conseil de l’Europe

par Pape François

Réseau Voltaire International | Strasbourg (France) | 25 novembre 2014 

 

14. Pape Conseil Europe.jpg

Monsieur le Secrétaire Général,
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de pouvoir prendre la parole en cette Assemblée qui voit réunie une représentation significative de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, les Représentants des pays membres, les Juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, et aussi les diverses Institutions qui composent le Conseil de l’Europe. De fait, presque toute l’Europe est présente en cette enceinte, avec ses peuples, ses langues, ses expressions culturelles et religieuses, qui constituent la richesse de ce continent. Je suis particulièrement reconnaissant à Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Monsieur Thorbjørn Jagland, pour la courtoise invitation et pour les aimables paroles de bienvenue qu’il m’a adressées. Je salue Madame Anne Brasseur, Présidente de l’Assemblée parlementaire, ainsi que les représentants des diverses institutions qui composent le Conseil de l’Europe. Je vous remercie tous de tout cœur pour l’engagement que vous prodiguez et pour la contribution que vous offrez à la paix en Europe, par la promotion de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit.

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article186047.html

*

Oups !

(Sous réserve de confirmation)

[Mistral] L’Inde annule un contrat de 20 milliards si Hollande ne livre pas…

Lire ici :

Source : http://lesmoutonsenrages.fr/2014/11/26/mistral-linde-annu...

 

*

Et, vite, avant que le ciel nous tombe sur la tête, pourquoi n’irions-nous pas nous éclater en boîte ?

 


Excuses hypocrites aux anthropocentristes.

 

*

 

Mis en ligne par Cassandre, le 28 novembre 2014

Ne craignez pas qu’on vous en balance autant tous les deux jours. On va se calmer, rassurez-vous.

 

 

 

 

15:33 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/11/2014

DEUX ANNIVERSAIRES

1. bateau-en-marbre-palais-dété-pékin-Chine.jpg

Deux anniversaires !

Un en France,  l’autre en Chine.

Non, on ne vous parlera pas du mur de Berlin – les meilleures choses ont une fin.

2. lautrec crosseyed.jpg

Ce 24 novembre, il aurait eu 150 ans

 

Toulouse Lautrec, Jean Jaurès, Thierry Carcenac, Christine Bouttin : cherchez l’intrus et l’intruse.

 

 

3. Toulouse Lautrec.jpgUne maladie des os, la pycnodysostose, l’empêcha de dépasser la taille de 1,52 m. Il marchait difficilement sans canne. L’absence de fermeture de sa fontanelle l’obligeait à toujours porter un chapeau rigide. Sa barbe dissimulait sa mandibule fuyante. Il bavait et zézayait. Sa bouche était lippue et son nez protubérant.

Et c’était un grand !

Pour commémorer le 150 ème anniversaire de la naissance (24 novembre 1864) de cet illustre tarnais, Thierry Carcenac, président PS du Conseil général du Tarn, aurait (conditionnel) eu ce mot : « Mourir d’alcoolisme et de syphilis, à près de 37 ans, c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête ».

Christine Bouttin aurait déclaré : « Je me demande comment le pape a pu autoriser le mariage de ses parents alors qu’ils étaient cousins germains ».

Heureusement, cette Mère la vertu ignore qu’il passa sa vie dans des lieux de perdition où il se livrait à l’acte de chair en dehors des sacrements du mariage.

Quant aux médias, ils évoqueront la célèbre affiche à l’écharpe rouge sans signaler qu’Aristide Bruant, ainsi peint, était un olibrius « ennemi de la féodalité capitaliste », des « fils-à-papa, des fainéants, des incapables ».

Théophraste R. (Tarnais de cœur, jauressien d’esprit, votutilophobe).

Source :
http://www.legrandsoir.info/toulouse-lautrec-jean-jaures-...

Commentaires

24/11/2014 à 10:15 par Fald

Et surtout, ne dites pas à Christine Boutin ce qui lui a valu son surnom de « la cafetière »...

24/11/2014 à 12:48 legrandsoir

Ces dames l’appelaient aussi : « Scout » (toujours prêt).

 

0. chat clignant des yeux.gif


On aurait dû vous en parler le 4 juin…

…de l’anniversaire de Tian’Anmen

Vos merdias préférés l’ont sûrement fait, mais comme on ne les lit pas… En revanche, on lit COMAGUER, qui nous a envoyé quelques considérations et révélations bien intéressantes. Les voilà quasiment telles qu’on les a reçues.

 

0. LOGO COMAGUER.jpg

Les deux événements les plus importants de l’année 1989

Les actuelles célébrations de la chute du mur de Berlin tentent de faire passer cette  chute à fort contenu symbolique  comme l’évènement majeur de l’année 1989. Il s’agit d’une célébration typiquement « occidentale » à visée anticommuniste. La chute de ce mur là fait oublier d’autres murs toujours existants contre  lesquels les médias occidentaux ne mènent pas campagne et pour cause : ces murs sont presque tous des constructions  de puissances capitalistes ou d’alliés de pays capitalistes  dominants : mur séparant les Etats unis du Mexique, mur séparant la République de Chypre du territoire envahi en 1974 par la Turquie, mur  israélien incarcérant la population palestinienne, mur enfermant  les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sur le sol africain, mur marocain emprisonnant le Sahara Occidental  et d’autres. Mais la chute du mur de Berlin qui ouvrait la voie à la réunification de l’Allemagne et annonçait la disparition de l’URSS a, pour le camp de la guerre froide, une valeur symbolique d’avant-goût de triomphe par effondrement de l’adversaire.

En vérité un autre évènement d’aussi grande importance n’a pas été un succès pour l’Occident capitaliste qui a du le réduire à la critique de l’autre adversaire, en l’occurrence la République populaire de Chine, mais sans avoir atteint l’objectif ultime à savoir le renversement du régime communiste. La critique a été baptisée « TIAN AN MEN » et l’image bien connue qui l’accompagne est un stéréotype très présent dans la fabrication de l’opinion occidentale. Stéréotype d’ailleurs ambivalent puisque ce face à face d’un jeune homme sans armes face à un char d’assaut ne se termine pas comme il s’est trop de fois terminé en Palestine : sur la vidéo qui a fait le tour du monde le char ne tire pas et il n’a effectivement pas tiré.

 

7. tien an men 89 xx.jpg

 

L’immense esplanade qui fait face à la Cité interdite en plein cœur de Pékin a constitué au printemps 1989 le centre symbolique et médiatique d’une tentative de coup d’Etat. L’image qui en a été fabriquée par la propagande occidentale est celle d’un face à face tragique entre des démocrates chinois sincères et aux mains nues et un appareil d’Etat incorrigible et brutal.

Image évidemment réductrice et que la lecture d’un ouvrage permet de dépasser. Les éditions du Félin ont publié voici dix ans sous le titre « LES ARCHIVES DE TIAN AN MEN » la traduction française d’un livre publié en 2001 aux Etats-Unis, en anglais et en chinois, sous le titre « TIAN AN MEN PAPERS ». Livre à la fois étrange et exceptionnel.

Un dissident chinois, ZHANG LIANG, le publie avec deux intellectuels étatsuniens PERRY LINK et ANDREW J. NATHAN, bon connaisseurs de la Chine, parlant et lisant le chinois des documents qu’ils commentent. Il s’agit de  transcriptions de comptes-rendus internes des débats tenus au plus haut niveau de l’appareil d’Etat et du PC chinois. L’événement est d’importance : une « fuite » magistrale, sans précédent, de textes dans lesquels s’expriment sans fard les plus hauts dirigeants chinois, membres du Bureau permanent du Comité Central, soit 7 personnes et quelques anciens de poids dont Deng Xiao Ping, la plus fine pointe de l’appareil de gouvernement chinois. Il y aurait donc eu dans ces cercles les mieux protégés de la RPC une « taupe ». S’agit-il de faux ?  Sont-ils victimes d’une opération d’intoxication ? Une  lecture  scrupuleuse des textes, qui leur fait bien reconnaitre le vocabulaire des dirigeants chinois, leur style, leurs références, les conduit à les considérer comme authentiques et c’est forts de cette conviction assumée qu’ils décident de les traduire en anglais et de les faire publier. Les traducteurs et adaptateurs français, eux-mêmes professeurs de chinois, prennent le soin de repartir des documents originaux en chinois, pour éviter toute déformation liée à une double traduction. Ils ne sont pas des thuriféraires du régime chinois, mais ils  partagent la même conviction sur l’authenticité des documents.

Les Archives de Tiananmen  paraissent donc en français en 2004, quinze ans après les faits, et il ne semble pas qu’elles aient été un grand succès de librairie. L’image d’Épinal officielle suffisait.

Leur lecture, dix ans plus tard, est très enrichissante. Que ce soit dans les commentaires des auteurs sur les évènements perceptibles par des témoins avisés ou dans les documents émanant des instances officielles, tout confirme que ce qui s’est passé entre avril et juin 1989 ne s’est pas passé que sur la grande place de Pékin mais dans toute la République populaire et qu’il s’est agi en réalité de la première des « révolutions de couleur »* qui seront de mise par la suite en Yougoslavie et dans l’ex-espace soviétique. Ce que le livre met en lumière est que le débat sur la nature du mouvement qui se déroule sous nos yeux de lecteurs est finalement tranché en faveur de ceux, Deng Xiao Ping en tête, qui ont bien compris qu’il s’agissait d’une tentative de renversement du régime, largement soutenue par l’Occident. L’extrait qui suit en témoigne.

Nous sommes le 2 Juin 1989, l’occupation de la place Tien an Men dure depuis Avril, le régime a pris toutes les dispositions nécessaires pour la faire cesser et elles sont d’importance : proclamation de la loi martiale, sélection et formation politique et tactique des unités militaires qui vont être engagées dans la reprise en mains de Pékin et de la place, limogeage du secrétaire général du Parti Zhao Ziyang, en poste depuis deux ans après avoir été premier ministre, qui a tenté de maintenir le dialogue avec les occupants de la place et leurs représentants, et à qui il sera reproché sa faiblesse idéologique. Dans l’extrait joint, Deng Xiao Ping y fait allusion sans  le nommer.

Zhao Ziyang avait en effet, comme premier ministre, de 1985 à 1987, accordé tous ses soins à la réforme économique, en négligeant ses incidences politiques, et s’il avait été désigné en 1987 secrétaire général du Parti Communiste, c’était une sorte de mise à l’épreuve pour remettre la politique au poste de commande, selon l’expression consacrée. Sa prise de position en faveur des positions des étudiants, sans prendre en compte la dimension internationale stratégique de la crise, a été clairement perçue, par les dirigeants qui s’expriment dans le texte qui suit, comme une sorte de Gorbatchévisme, analysé par la majorité des dirigeants du PCC comme un abandon volontaire du socialisme, ce que la suite des évènements a amplement confirmé :,chute du mur de Berlin, départ des troupes soviétiques   des pays du Comecon en échange d’une promesse étatsunienne verbale jamais tenue de ne pas élargir l’OTAN, et dissolution autoritaire et anti constitutionnelle de l’URSS en 1991. Zhao Ziyang a été limogé, remplacé à chaud et dans l’urgence au poste de Secrétaire général du Parti Communiste par Jiang Zemin et assigné à résidence jusqu’à sa mort en 2005.

___________________  

* Tian’Anmen n’a pas été « la première des révolutions de couleur ». Avant elle, il y avait eu Mai 68 en France. Et, avant la France, il y avait eu Budapest. On peut, à l’inverse, difficilement prendre l’invasion-démembrement de la Yougoslavie pour une révolution de couleur… (C'est juste pour chicaner. NdGO).

 

*

Les Archives de Tiananmen

p. 482 et suivantes

(En bleu les commentaires des auteurs, en noir les documents officiels)

 

2 JUIN

Les Anciens du Parti décident de nettoyer la Place.

Dans la matinée du 2 juin, les Anciens du Parti Deng Xiaoping, Li Xiannian, Peng Zhen, Yang Shangkun, Bo Yibo et Wang Zhen tinrent une réunion avec le Comité permanent du Bureau politique qui n'était alors plus composé que de Li Peng, Qiao Shi et Yao Yilin. La réunion, dont le thème était : «Comment mettre au plus vite un terme aux troubles et rétablir l'ordre dans la capitale ? », conduisit à la décision de faire évacuer la Place.

Li Peng ouvrit la réunion en faisant un rapport sur l'évolution du mouvement où il cita et paraphrasa les rapports du comité du Parti de Pékin et du ministère de la Sécurité d'État, dont des extraits figurent ci-dessus. Après que Li eut terminé son rapport, les Anciens exprimèrent leur colère contre les ennemis étrangers et chinois qui manipulaient les étudiants, ainsi que leur conviction qu'il n'existait plus d'autre choix que de faire évacuer la Place par la force. Toutefois, la plupart des Anciens espéraient que cela pourrait être fait sans causer de morts, et Deng Xiaoping répéta avec insistance que rien ne devait contrecarrer l'élan des réformes et de l'ouverture. Après que les Anciens eurent fini de parler, les membres du Comité permanent du Bureau politique passèrent à l'action : Li Peng proposa formellement le nettoyage de la Place, Qiao Shi et Yao Yilin votèrent pour cette décision. Deng conclut la réunion en ordonnant à Yang Shangkun de transmettre la décision à la Commission militaire centrale pour exécution.

Extraits de : Secrétariat du Bureau des affaires générales du Comité central du Parti, «Minutes de l'importante réunion du 2 juin », document fourni par le bureau de Deng Xiaoping au Secrétariat du Bureau des affaires générales du Comité central du Parti pour ses archives.

Li Peng : Hier, le comité du Parti de Pékin et le ministère de la Sécurité d'État ont remis des rapports au Bureau politique. Ces deux rapports prouvent amplement qu'après la déclaration de la loi martiale, la principale stratégie de ceux qui ont organisé et planifié les troubles a été d'occuper la Place pour en faire un centre de commandement en vue de la confrontation finale avec le Parti et le gouvernement. La Place est devenue le « centre du mouvement étudiant et même de la nation tout entière ». Quelles que soient les décisions que prendra le gouvernement, les réactions sur la Place s'annoncent fortes. L'enquête a révélé que, après la déclaration de la loi martiale, la mise en place d'une brigade de Brave-la-mort pour bloquer les troupes de la loi martiale, la réunion et la coordination de brigands et autres vagabonds pour attaquer le Bureau de la Sécurité publique de Pékin, la tenue de conférences de presse, le recrutement de la brigade des Tigres volants pour prendre des contacts aux quatre coins de la ville, tout cela a été planifié et dirigé depuis la place Tiananmen. En même temps, les éléments réactionnaires ont continué à faire de la Place un centre de fabrication de rumeurs et d'opinions contre-révolutionnaires. Des organisations illégales comme la FAE et la FAO ont installé sur la Place des haut-parleurs qui diffusent presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre des messages attaquant les dirigeants du Parti et du gouvernement, incitant à renverser le gouvernement, et ne cessent de rediffuser les rapports biaisés hostiles à la Chine et au Parti, de la Voix de l'Amérique et des médias hongkongais et taïwanais.

8. déjà en anglais.jpeg

Déjà en anglais, comme partout ensuite…

 

9. remember.jpg

(Finalement, ils ne sont pas très subtils, les fabricants de révolutions US)

 

Ces éléments réactionnaires sont convaincus que, s'ils ne quittent pas la Place, le gouvernement finira bien par avoir recours à la répression. Ils tentent de provoquer un conflit et une effusion de sang sur la Place et clament que « le sang réveillera la conscience du peuple et conduira à la division et à la chute du gouvernement ». Il y a deux jours, ces éléments réactionnaires ont ouvertement érigé une statue de je ne sais quelle «déesse» devant le Monument aux héros du peuple. Aujourd'hui, ils se préparent à lancer une nouvelle grève de la faim à Tiananmen. En un mot, la très sacrée et solennelle place Tiananmen a été transformée par ces éléments contre-­révolutionnaires en un centre de commandement de première ligne pour attiser les troubles, un centre de propagande national de fabrication d'opinions contre-révolutionnaires, un lieu de rassemblement des forces hostiles chinoises et étrangères et une base contre-révolutionnaire destinée à lancer de furieuses attaques contre le Parti et le gouvernement.

 

10. monument héros révol.JPG

Le monument aux héros du peuple (sans la « déesse »).

 

À présent, un certain nombre d'organisations illégales se sont révélées au grand jour : la Fédération autonome des étudiants, la Fédération autonome des ouvriers, le Quartier général de la grève de la faim, l'Association des intellectuels de Pékin, la Conférence unie des organisations patriotiques de la capitale pour le soutien à la Constitution, l'Association autonome des résidents de Pékin, etc. Ils ont créé des équipes spéciales pour façonner l'opinion publique, préparé la publication de journaux clandestins, entrepris des activités clandestines pour renverser le gouvernement. Ils ont aussi formé un groupe de fanatiques qui, en secret, ont collectivement prêté serment et essaient de fomenter une mutinerie au sein des troupes de la loi martiale. Leur arrogance est sans bornes.

De nombreux documents prouvent que des forces, des organisations et des individus hostiles, en Chine comme à l'étranger, interviennent directement ou indirectement en fournissant aux fauteurs de troubles un large soutien moral et une aide matérielle. La VOA (note comaguer : Voix de l’Amérique,  radio propagandiste du gouvernement des États-Unis) (à Budapest, c’était Radio Free Europe, NdGO) diffuse chaque jour trois programmes totalisant plus de dix heures d'antenne, qui s'emploient à créer des rumeurs et à attiser les troubles. Des journaux et des radios occidentaux, hongkongais et taïwanais multiplient les rapports biaisés. Après le début des troubles, des employés de l'ambassade des États-Unis en Chine, dont certains sont des agents de la CIA, ont commencé à réunir sans vergogne des renseignements. Presque tous les jours, et surtout la nuit, ils se rendent à Tiananmen ou dans des établissements d'enseignement supérieur comme l'université de Pékin ou l'École normale supérieure de Pékin où ils rencontrent les chefs de la F.A.E. (Fédération autonome des étudiants) et leur donnent des conseils. L'Alliance chinoise pour la démocratie, qui est directement impliquée dans ces troubles, est un instrument utilisé par les États-Unis contre la Chine. Ce rebut de notre nation, qui est situé à New York, a collaboré avec la Chinese Benevolent Association proche du KMT  (note comaguer : Kuo Min Tang ou Guo Min Tang, parti nationaliste anticommuniste soutenu par les États-Unis, au pouvoir à Taiwan) pour mettre sur pied un prétendu Comité de soutien au mouvement démocratique chinois, qui a également donné de l'argent aux dirigeants de la FAE.

Dès le début des troubles, les agences de renseignements de Taïwan ainsi que d'autres forces hostiles installées à l'étranger se sont précipitées pour envoyer des agents déguisés en visiteurs, en touristes, en hommes d'affaires, etc. Ils ont tenté d'intervenir directement afin d'étendre le prétendu mouvement démocratique à un « mouvement contre le communisme et la tyrannie» à l'échelle nationale. Ils ont également donné l'ordre à leurs agents secrets de suivre de près l'évolution des événements et de réunir toutes sortes d'informations. Nous possédons des preuves attestant que des agents du KMT venus de Taïwan ont participé aux troubles à Pékin, à Shanghai, au Fujian et ailleurs. Nous avons déjà débusqué et arrêté certains d'entre eux et nous en poursuivons d'autres. Le KMT de Taïwan a fourni toutes sortes de fonds et a créé une Fondation de soutien au mouvement démocratique sur le continent. Hong Kong a également réuni près de trente millions de dollars de Hong Kong et apparemment aurait déjà commencé à transférer ces fonds en Chine. Ces organisations réactionnaires ont non seulement fourni d'importantes sommes d'argent liquide mais également toutes sortes d'équipements modernes ayant été utilisés pendant les troubles, comme des jumelles super-puissantes, des talkies-walkies et des tentes. Il est de plus en plus clair que ces troubles sont le résultat de la collusion entre des forces réactionnaires, à l'étranger et en Chine, et que leur objectif est de renverser le Parti communiste et de subvertir le système socialiste.

Wang Zhen : Nom de Dieu ! Les salopards ! Pour qui se prennent-ils pour oser piétiner pendant si longtemps un lieu sacré comme Tiananmen ? Ils cherchent la mort ou quoi ? Camarade Xiaoping, nous devons immédiatement envoyer les troupes pour qu'elles s'emparent de ces contre-révolutionnaires. Qu'attend l'Armée populaire de libération ? Qu'attendent les soldats de la loi martiale ? On ne va pas les nourrir à ne rien faire ! Qu'ils cessent de manger et aillent s'emparer des contre-révolutionnaires ! Si nous ne le faisons pas, nous en garderons des regrets éternels ! Si nous ne le faisons pas, le peuple se rebellera ! Quiconque veut renverser le Parti communiste mérite de mourir sans sépulture!

Li Xiannian : Le rapport que vient de nous faire le camarade Li Peng montre de manière tout à fait claire que le capitalisme occidental espère effectivement voir la Chine plonger dans le chaos. Et pas seulement la Chine, mais aussi l'URSS et tous les pays socialistes de l'Europe de l'Est. Les États-Unis, l'Angleterre, la France, le Japon et d'autres pays occidentaux ne laissent rien au hasard lorsqu'il s'agit de promouvoir l'évolution pacifique des pays socialistes. Ils ont inventé une nouvelle expression: «combattre (dans) une guerre mondiale qui ne produit pas de fumée». Nous devons faire preuve de vigilance. Le but ultime du capitalisme est de remporter la victoire contre le socialisme. Dans le passé, tous leurs plans - recours aux armes, à la bombe A ou à la bombe H - ont échoué. Maintenant ils essaient le truc de Dulles. (1)

(1)C'est-à-dire «l'évolution pacifique », cf. p. 297, n. 19.

« John Foster Dulles, secrétaire d’état américain de 1953 à 1959 est connu en Chine pour sa politique visant à promouvoir « l’évolution pacifique dans les pays socialistes »

Pour ce qui est des autres pays, nous ne pouvons rien faire, mais pour ce qui est de la Chine, nous devons nous en occuper. La Chine ne peut pas ne pas être socialiste. Sans le socialisme, le peuple chinois pourrait-il se redresser pour parler avec dignité ? Sans la direction du Parti communiste, sans le socialisme, sans la réforme et l'ouverture, la Chine d'aujourd'hui existerait-elle ? Notre République populaire a été édifiée avec le sang de plus de vingt millions de martyrs révolutionnaires. Les succès de la construction du socialisme ont exigé des décennies de lutte acharnée, tout particulièrement en ce qui concerne la dernière décennie de réforme et d'ouverture. Nous ne pouvons accepter que tout cela soit détruit du jour au lendemain par les troubles. Le peuple ne le permettra jamais. Si nous laissons libre cours aux troubles et ouvrons notre porte au capitalisme, il n'y aura plus aucun espoir pour la Chine. La nature de ces troubles est extrêmement claire : au fond, il s'agit de la mort de notre Parti et de notre État.

Deng Xiaoping : Le camarade Xiannian a raison. Les causes de cet incident s'expliquent aussi par le contexte international. Le monde occidental, et en particulier les États-Unis, a mis en branle toute sa machine de propagande pour attiser les troubles et a grandement encouragé et aidé les prétendus démocrates ou opposants chinois, qui ne sont en réalité que la lie de notre nation. Telles sont les racines du grand désordre auquel nous devons faire face aujourd'hui. En attisant les troubles dans d'autres pays, l'Occident mène en réalité une politique de force. II s'agit de l'hégémonisme pour contrôler ces pays qui échappaient autrefois à son contrôle et les inclure dans sa sphère d'influence. Une fois que nous avons compris ce point, il est plus facile de se rendre compte de la véritable nature du problème et de tirer des leçons de l'expérience. Ces troubles ont été une dure leçon : la souveraineté et la sécurité de l'État doivent toujours rester notre priorité, cela nous le comprenons mieux que par le passé. Certains pays occidentaux s'emparent de la question des droits de l'homme ou disent que le système socialiste est irrationnel et illégal. En fait, ils en veulent à notre souveraineté. Ces pays occidentaux, qui mènent une politique de force, n'ont absolument aucune qualité pour parler de droits de l'homme ! Combien de personnes dans le monde ont-ils privées des droits de l'homme ? De combien de Chinois ont-ils violé les droits de l'homme depuis qu'ils ont pour la première fois envahi la Chine, lors de la guerre de l'Opium !

Bo Yibo : Les pays capitalistes occidentaux ont fait de l'évolution pacifique dans les pays socialistes leur stratégie à long terme. Ils ne sont pas les Nations Unies et pourtant ils veulent réaliser des choses que même les Nations Unies ne peuvent faire, comme intervenir dans la politique intérieure des autres pays, imposer des sanctions pour un oui ou pour un non ou encore lancer des invasions armées. Ils se prennent pour le pouvoir suprême et pour les gendarmes du monde. Au nom de quoi se mêlent-ils des affaires intérieures de la Chine ? Qui leur a conféré ce droit ? Nous n'accepterons jamais quelque action que ce soit en violation des principes régissant les relations internationales ! Et nous ne nous soumettrons jamais à aucune pression : c'était vrai dans le passé, ça l'est dans le présent et ça le restera dans le futur !

Peng Zhen : Plus d'un mois de troubles nous a fait mieux comprendre l'importance de la stabilité. La stabilité est la question cruciale si la Chine veut se débarrasser de la pauvreté et mettre en œuvre les Quatre modernisations. Les camarades Xiaoping, Xiannian, Chen Yun l'ont répété plus d'une fois et bien avant que ne survienne cet incident : la Chine ne pourra rien accomplir sans un environnement stable. Notre décision de proclamer la loi martiale était absolument nécessaire. Les camarades Xiaoping, Xiannian, Chen Yun et moi-même estimons qu'à partir de maintenant, si cela se révèle nécessaire, nous prendrons des mesures décisives pour anéantir immédiatement tout signe annonciateur de troubles dès son apparition. Nous devons étouffer les problèmes dans l'œuf, nous prémunir contre toute intervention étrangère et défendre la souveraineté de l'État.

Deng Xiaoping : Les deux conditions indispensables à la réalisation de nos objectifs de développement sont une situation interne stable et un environnement international pacifique. Nous n'avons que faire de ce que les autres disent de nous. La seule chose qui nous importe est de bénéficier d'un environnement favorable à notre développement. Aussi longtemps que l'histoire atteste la supériorité du régime socialiste chinois, c'est suffisant. Le système social des autres pays socialistes, nous n'y pouvons rien. Imaginons un peu ce qui se passerait si la Chine plongeait dans le chaos. Si cela se passait maintenant, ce serait bien pire que la Révolution culturelle. À l'époque, on pouvait encore compter sur le prestige de l'ancienne génération de dirigeants comme le président Mao ou le premier ministre Zhou. Nous avons parlé d'une «guerre civile généralisée », mais en réalité il n'y a pas eu de combat à grande échelle, il n'y a pas eu de véritable guerre civile. Aujourd'hui, c'est différent. Si les troubles se poursuivent, il arrivera un moment où le Parti et le pouvoir de l'État ne serviront plus à rien ; qu'une faction contrôle une partie de l'armée, qu'une autre en contrôle une autre, alors on arrivera à une situation de guerre civile. Si des prétendus combattants de la démocratie venaient à prendre le pouvoir, ils finiraient par se battre entre eux. Dès que la guerre civile éclaterait, des flots de sang se mettraient à couler et alors qu'en serait-il des «droits de l'homme» ? Dès que la guerre civile éclaterait, des pouvoirs locaux se mettraient en place, la production s'effondrerait, les voies de communication seraient coupées, des flots de réfugiés se comptant non pas en millions ou en dizaines de millions mais en centaines de millions fuiraient la Chine. La première à être touchée par ce flot serait l'Asie-Pacifique, qui est aujour­d'hui la région la plus prometteuse du monde. Ce serait une catastrophe d'envergure internationale. C'est pourquoi la Chine ne peut pas se laisser sombrer dans le chaos, il s'agit d'être responsable envers soi-même mais aussi envers le monde entier et toute l'humanité.

Pour ce qui est des erreurs, nous en avons effectivement commis. Il y a deux ans, j'avais dit que notre plus grande erreur concernait l'éducation. Nous n'avons pas assez éduqué nos enfants et nos étudiants. Il y a beaucoup de travail idéologique que nous n'avons pas fait, il y a beaucoup de choses que nous n'avons pas expliquées clairement. Que certaines personnes, comme Zhao Ziyang, se soient rangées du côté de ceux qui organisent les troubles et les aient soutenus, nous ne pouvons que nous en prendre à nous-­mêmes. Nous devons mener une réflexion avec sang-froid, nous tourner vers le passé tout en fixant l'avenir et tirer des leçons de l'expérience pour résoudre avec sérieux les problèmes auxquels nous sommes confrontés. En faisant cela, nous pourrons faire d'un malheur un événement positif et tirer profit de cet incident. La majorité des gens va se ressaisir et la pensée des étudiants s'éclaircira aussi. Aussi, une fois les troubles apaisés, nous devrons travailler dur pour rattraper tous les cours qui ont été manqués en matière d'éducation, et cela ne sera vraiment pas facile. Il faudra non pas un ou deux mois, mais bien des années de cours de rattrapage pour que les personnes qui ont participé aux manifestations et à la grève de la faim changent d'avis. Nous ne pouvons blâmer les personnes qui ont participé à la grève de la faim, aux manifestations, aux pétitions. Nous devons poursuivre uniquement ceux qui ont eu de mauvaises intentions ou qui ont dirigé des actes criminels. Envers les étudiants, y compris ceux qui ont participé à la grève de la faim, nous devons recourir à l'éducation. Ce principe est intangible. Nous devons libérer les étudiants de leurs craintes. Nous devons pardonner aux étudiants qui ont participé aux manifestations et aux pétitions, et ne pas les tenir pour responsables. Nous n'infligerons des châtiments nécessaires et adaptés qu'à la petite minorité d'individus ambitieux qui ont tenté de renverser le gouvernement de la République populaire de Chine. Nous ne pouvons tolérer les troubles. Si à l'avenir nous sommes à nouveau confrontés à des troubles, nous proclamerons encore la loi martiale. Cette décision ne portera atteinte à personne ni à aucun pays, c'est une affaire intérieure chinoise. Notre objectif est de maintenir la stabilité, c'est le seul moyen de pouvoir nous consacrer à l'édification. Notre logique est simple: avec une population si nombreuse et des ressources si maigres, la Chine ne pourra rien accomplir sans un environnement politique de stabilité et d'unité et un ordre social stable. La stabilité l'emporte sur tout.

 

11. Tian'Anmen jet d'eau.jpg

La Place Tian’Anmen aujourd’hui

 

12. Tian-Anmen-panneau.JPG

Un des deux panneaux lumineux que l’on voit (photo ci-dessus) tout au fond de l’immense place, qui diffusent, de jour comme de nuit, l’hymne national et des messages tels que celui-ci :

« Il faut suivre la voie du Marxisme et du Léninisme, les pensées de Mao Zedong, la théorie de Deng Xiaoping et les idées des 3 représentations pour mener à bien le concept de développement scientifique »

 

A la lumière de ce qu’est aujourd’hui la Chine, vingt cinq ans plus tard, on ne peut qu’admirer la clairvoyance des dirigeants chinois qui font bloc autour de DENG XIAO PING. Après TIAN AN MEN la Chine se retrouve, fin 1991, seule puissance socialiste, le camp socialiste se réduisant alors à trois pays : Cuba, la Corée du Nord et la Chine. Celle-ci va continuer sa marche vers un développement économique rapide et planifié, qui passe par la poursuite de  l’ouverture maitrisée au capital et à la technologie étrangère initiée au début des années 80, et qui prend la forme, dans les années 90, de la marche vers l’entrée dans l’OMC. Pari audacieux, puisqu’il s’agissait de retourner au profit de la Chine la stratégie capitaliste occidentale visant à imposer, grâce à la suppression de toute barrière commerciale, les produits des firmes transnationales de souche occidentale sur tous les marchés de la planète. La Chine populaire, bien préparée à ce choc frontal, a renversé la situation et ce sont les produits fabriqués en Chine qui ont envahi les marchés occidentaux. Sans la stabilité et sans une direction politique forte, ce qui est tout l’héritage de DENG XIAO PING,  la Chine n’aurait jamais pu y parvenir.

Face à des événements d’une telle portée historique la publication des TIAN AN MEN PAPERS est un détail. Aussi quand les préfaciers français observent que cette publication en anglais et en chinois n’a guère ému les dirigeants chinois, qu’aucune poursuite n’a jamais été entreprise contre quiconque pour cette fuite magistrale, la question de la « taupe » se trouve posée dans des termes très différents. Car ce que démontre le livre,  c’est que la direction chinoise exprime qu’elle a bien vu la tentative de coup d’État orchestré  de l’extérieur, qu’elle a surmonté l’obstacle  avec succès, qu’elle a symboliquement réintégré Hong-Kong et Macao dans la République selon le calendrier prévu, et qu’elle entre dans l’OMC en position de force. Nul besoin d’une « taupe » pour faire savoir à l’adversaire que sa manœuvre a été connue, comprise, et magistralement déjouée. La diffusion, par le truchement d’un prête-nom, des documents secrets, a été le fait de ceux qui les détenaient légalement.

Les chiens capitalistes aboient, la caravane chinoise passe !

 

6. COMAGUER.jpg

Nous reproduisons ci-après un de nos bulletins publié en Juillet 2011 et qui abordait déjà la question de TIAN AN MEN, sans référence aux « ARCHIVES DE TIAN AN MEN », mais où se retrouvent nombre de données de ce livre. Il y a donc concordance entre les documents WIKILEAKS mentionnés ici et les documents secrets mis malicieusement en circulation, après la bataille, par le gouvernement chinois.

Le « massacre » de Tienanmen était un mythe !

L’hebdomadaire People’s World a publié récemment sous ce titre un article qui met à mal la version occidentale du « massacre » de la place Tien An Men.

People’s World est l’organe du parti politique étatsunien WORKER’S WORLD. Celui-ci est issu d’une scission avec le SWP (Socialist Worker’s Party) intervenue en 1956, dont l’origine est la divergence d’appréciation sur la Révolution chinoise. Depuis cette date le WORKER’S WORLD PARTY peut être considéré, même si toute classification de ce genre est simplificatrice, comme un parti marxiste-léniniste prochinois.

Qu’il publie un article documenté sur le pseudo massacre de la place TIEN AN MEN n’est donc pas surprenant. Mais l’intérêt de cet article est qu’il s’appuie sur des sources occidentales, évélées par WIKILEAKS. La traduction qui suit a été faite par COMAGUER à partir du texte anglais originel.

Un autre article publié récemment par le JAPAN TIMES confirme que des combats de rue ont eu lieu hors la place, qu’il y a eu des pertes des deux côtés, que des soldats ont été brûlés vifs dans leur véhicule et confirme également que les 3000 étudiants restant sur la place le 4 Juin au matin en sont sortis sains et saufs.

Le document le plus synthétique sur ces manipulations médiatiques a été réalisé en 1998 par l’école  de journalisme de l’Université Columbia de New-York (voir le résumé en anglais sur www.alternativeinsight.com/Tiananmen.html) qui explique bien que le « massacre » était un faux et que ce qui s’est passé hors la place était un début de soulèvement populaire contre le régime, qu’il fallait à tout prix passer sous silence.

Pour éclairer cet aspect le plus caché des événements l’article de PEOPLE’S WORLD insiste sur les espoirs entretenus à l’époque par Washington, de réaliser en Chine la même opération qu’en URSS, c’est-à-dire faire tomber le Parti Communiste et l’économie planifiée et livrer la Chine aux appétits capitalistes étrangers.

L’accueil de Gorbatchev à Beijing (17 Mai 1989) par le gouvernement chinois, alors que les manifestations étaient commencées depuis Avril, pouvait en effet être considéré comme le résultat de la victoire au sein des organes dirigeants chinois d’un courant s’inspirant de la Glasnost et de la Perestroïka soviétiques, politique dont on sait qu’elle était le préalable, un préalable conscient pour des dirigeants comme Eltsine, à la disparition de l’URSS et de toute référence au socialisme.

Cette politique était perçue et encouragée par l’Occident comme facteur de destruction de l’URSS, mais considérée par une autre fraction du Parti Communiste Chinois comme le point d’arrivée d’un processus d’abandon du socialisme, initié dès 1956 en URSS et fermement critiqué dès l’origine par le PCC, Mao en tête, fraction qui fut très certainement à l’origine des manifestations qui perturbèrent gravement la visite de Gorbatchev. La répression du mouvement va donc marquer la défaite de la ligne « gorbatchévienne » au sein du PCC, confirmer le poids politique de l’armée et ouvrir la voie à la politique d’ouverture et de développement économique préconisée par Den Xiaoping et conduite fermement par le PCC depuis lors.

Ainsi l’année 1989 est-elle une année charnière, au cours de laquelle se met en place une nouvelle situation globale. L’Occident va y voir, avec la chute du mur de Berlin et la dissolution du bloc soviétique, une avancée triomphale voire définitive du capitalisme sans frontières, et il va écrire l’épisode Tien An men pour faire croire que la chute du régime communiste chinois est proche.

En réalité il sait que le PCC a résisté, que l’attaque conduite par l’URSS finissante a échoué, et que le pays le plus peuplé du monde, ayant préservé son indépendance stratégique, va continuer sa marche en avant.

La résistance du PCC à la manœuvre occidentalo-gorbatchévienne n’est en aucune manière une surprise. Elle est très directement issue de l’application de la théorie du PCC des trois mondes, qui, dès l’époque Brejnev, regroupait dans le premier monde les deux impérialismes : l’occidental et le social-impérialisme soviétique, et, donc, les considérait l’un et l’autre comme des adversaires des pays moins développés, à commencer par la Chine Populaire. L’équipe dirigeante chinoise de l’époque avec, à sa tête, jusqu’aux événements de Tien An Men, Zhao Ziyang, était elle-même bien consciente de cette réalité puisqu’elle avait posé comme condition à un rétablissement des relations amicales avec l’URSS l’évacuation des troupes soviétiques d’Afghanistan et de Mongolie.

Il ne reste alors à l’Occident qu’à mettre en scène le dispositif classique de harcèlement psycho-politique droitdelhommiste pour embarrasser cette Chine communiste, qui vient à nouveau de lui échapper : la fiction du « massacre » des étudiants de Tien An Men en constitue le socle.

• A ce propos il ne faut jamais oublier qu’un des organes clés du système politique chinois, et probablement le plus influent est la Commission Militaire Centrale, dont la direction a été assurée successivement par Mao Zedong et Deng Xiaoping, et qui l’est aujourd’hui par Hu Jintao.

 

6. COMAGUER.jpg

Le « massacre » de Tienanmen était un mythe

Publié par PEOPLE’S WORLD le 29 juin 2011

Auteur : Deirdre Grisworld

Combien de fois ne nous a-t-on pas dit que les États-Unis sont une société « ouverte » et que les médias sont « libres » ?

Habituellement, de telles proclamations sont faites en critiquant d’autres pays qui ne sont pas « ouverts », surtout les pays qui ne suivent pas le programme de Washington.

Si vous habitez aux États-Unis et dépendez des médias commerciaux soi-disant « libres » et « ouverts » pour votre information, vous devriez sans aucun doute croire que le gouvernement chinois a massacré « des centaines, voire des milliers » d’étudiants sur la place Tiananmen le 4 juin 1989. Cette phrase a été répétée des dizaines de milliers de fois par les médias de ce pays.

Mais c’est un mythe. En outre, le gouvernement américain sait que c’est un mythe. Et tous les grands médias le savent aussi. Mais ils refusent de corriger le récit, en raison de l’hostilité fondamentale de la classe dirigeante impérialiste U.S. envers la Chine.

Sur quoi basons-nous cette affirmation ? Sur plusieurs sources. La plus récente est une diffusion, par Wikileaks, de câbles envoyés de l’ambassade des États-Unis à Pékin au département d’État, en juin 1989, quelques jours après les événements en Chine.

Vient en second lieu une déclaration, en novembre 1989, du chef du bureau de Beijing du New York Times, déclaration qui n’a plus jamais été évoquée par ce journal.

Vient en troisième lieu le rapport du gouvernement chinois lui-même sur les évènements, qui est corroboré par les deux premiers. Un seul grand journal occidental a publié les câbles Wikileaks. C’est le Telegraph de Londres, le 4 juin de cette année, 22 ans exactement après que le gouvernement chinois ait retiré les troupes de Pékin. Deux câbles en date du 7 juillet 1989 — plus d’un mois après les combats — ont rapporté ce qui suit :

« Un diplomate chilien fournit un témoignage oculaire sur les soldats entrant sur la place Tienanmen : il a regardé les militaires entrer sur la place et n’a observé aucune tir massif d’armes sur la foule, bien que des tirs sporadiques aient été entendus. Il a dit que la plupart des troupes qui sont entrées sur la place étaient effectivement armées, mais seulement avec des engins anti-émeute — matraques et bâtons en bois ; ils étaient appuyés par des soldats armés. » [NDT : en langage militaire des soldats « en appui » ne sont appelés à intervenir que si ceux chargés de l’opération principale rencontrent des difficultés inattendues]

Un autre câble rapporte : « un diplomate chilien fournit un témoignage oculaire des soldats entrant sur la place Tienanmen : bien que les coups de feu aient pu être entendus, il a dit qu’en dehors de quelques coups donnés aux d’étudiants, il n’y a eu aucun tir de masse dans la foule des étudiants sur la place ».

Il faut se rappeler que le Chili était à l’époque dirigé par le général Augusto Pinochet, arrivé au pouvoir par un coup d’État de droite violent, antisocialiste, appuyé par les États-Unis et que des milliers d’hommes de gauche, y compris le président Salvador Allende, avaient été tués. Le « diplomate chilien » mentionné n’était pas un ami de la Chine. Pas un seul journal U.S., pas une station de télévision ou de radio US n’a signalé ou commenté ces câbles révélés par Wikileaks, ni l’article du Telegraph à leur sujet. C’est comme s’ils étaient été tombés dans un gouffre sans fond. Est-ce parce que les médias, ici, ne croient pas que le rapport soit crédible ? Pas vraiment. Ils connaissaient déjà la vérité en 1989. Le New York Times sait que c’est crédible. Leur propre chef du bureau de Beijing à l’époque, Nicholas Kristof, l’a confirmé dans un vaste article intitulé (traduction COMAGUER) « Mise à jour sur la Chine : Comment les durs ont gagné » publié dans le Sunday Times Magazine le 12 novembre 1989, cinq mois après le supposé massacre dans le square.

À la fin de cet article long, qui était censé donner un éclairage sur un débat au sein de la direction du Parti communiste chinois, Kristof a catégoriquement déclaré : « Sur la base de mes observations dans les rues, ni le compte-rendu officiel, ni la plupart des versions étrangères ne sont très exacts. Par exemple, Il n’y a eu aucun massacre sur la place Tienanmen, bien qu’il y ait eu plein de meurtres ailleurs. »

Même si l’article de Kristof est une critique sévère de la Chine, son affirmation qu’il n’y avait « aucun massacre à Tienanmen » a immédiatement suscité des hurlements de protestation des détracteurs de la Chine aux États-Unis, comme cela est apparu dans le courrier des lecteurs du Times.

Y a-t-il eu des combats à Pékin ? Absolument. Mais il n’y a eu aucun massacre d’étudiants non armés sur la place. C’est une invention de l’Occident, destinée à diaboliser le gouvernement chinois et à gagner la sympathie du public pour une contre-révolution.

Le virage vers une économie de marché sous Deng Xiaoping avait suscité l’opposition de nombreux travailleurs. Il y avait aussi un élément contre-révolutionnaire essayant de tirer profit des griefs populaires contre la restauration complète du capitalisme.

Les impérialistes espéraient que les luttes à Pékin feraient tomber le Parti communiste chinois et détruiraient l’économie planifiée — comme ce qui devait arriver deux ans plus tard en Union soviétique. Ils voulaient « ouvrir » la Chine, pas à la vérité, mais au pillage des biens du peuple par les banques et les entreprises impérialistes.

Après beaucoup de débats au sommet, l’armée a été appelée et le soulèvement écrasé. La Chine n’a pas été détruite comme l’Union soviétique ; son économie n’a pas implosé, pas plus que le niveau de vie n’a diminué. Bien au contraire. Les salaires et les conditions sociales ont été améliorés alors qu’ailleurs les travailleurs sont condamnés à la régression par une grave crise économique capitaliste.

En dépit de profondes concessions au capitalisme, étranger et national, la Chine continue d’avoir une économie planifiée, basée sur une solide infrastructure appartenant à l’État.

 

Source :

6. COMAGUER.jpg

http://comager.over-blog.com

Bulletin n° 279- semaine 47 – 2014

Qui émet aussi, de Marseille, sur Radio Galère 88.4 FM

http://www.radiogalere.org/

 

 

*

Post Scriptum

Sous nos latitudes,

Il semble que l’offensve des gens de biens contre Étienne Chouard se poursuive. C’est encore Raphaël Berland qui sonne le tocsin. Si Chouard doutait de constituer un danger pour le désordre établi, voilà qui devrait le rassurer.

Mathieu Dejean, des Inrockuptibles, calomnie à son tour Étienne Chouard et les Gentils Virus

 

13. etienne-chouard - Inrock.jpg

Quand je vous disais que les grandes manœuvres avaient commencé… Après Adrien Sénécat de l’Express, c’est donc au tour de Mathieu Dejean de diffamer Etienne Chouard en mode « service commandé », cette fois pour les Inrocks. L’auteur a choisi de mettre l’accent sur les Gentils Virus, ce collectif informel de citoyens très intéressés par les idées d’Etienne Chouard et d’autres : une Constitution écrite par et pour le peuple, donc écrite par des Citoyens Constituants désignés de manière originale (par tirage au sort par exemple).

Lire la suite…

Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/11/24/mathieu-dej...

 

*

Nous ne vous disons rien de la campagne parallèle qui salue la naissance d’un nouveau parti politique avec l’élégance et le panache qui sont désormais de règle, parce que trop c’est trop et qu’on sait les cibles capables de rendre les coups. Mais c’est peut-être le moment de relire Oscar Wilde et de méditer ce qu’il écrivait de la presse de son pays (avant 1900 !)*. Elle n’a pas cessé, depuis, de descendre sous les caniveaux, et il semble que les nôtres mettent les bouchées doubles pour la rejoindre. Nous disons « les nôtres » parce que la – euh – presse belge voudrait bien ne pas être en reste, même si elle se prend encore un peu les pieds dans ses « au loup ! au loup ! ». On compte sur elle pour faire bientôt des progrès. Voir ici.)

_____________________  

* Oscar Wilde, L’Âme de l’homme sous le socialisme, Fayard, 2013.


 

*

 

14. Livre Zemmour.JPG

C’est ici qu’on aurait dû vous parler du plus grand roman chinois de ces dernières années et un des plus grands du monde. Trop important pour qu’on le fasse à la va-vite : partie remise, mais comptez sur nous !

 

15. Couverture Zemmour.jpeg

 

 

 Eric Zemmour

Le suicide français

Albin Michel – 1er octobre 2014 – 544 pages

 

 

 

Nous sommes des dinosaures : nous n’avons pas la télévision, nous ne lisons pas Le Figaro, nous ne savions même pas qui était Eric Zemmour…

Alors que son livre a récemment fait l’actualité  – ça n’arrive plus si souvent – nous ne vous en avons rien dit et pour cause. Battons notre coulpe : nous ne l’avons pas (encore) lu. Heureusement qu’il y a Maria Poumier… entre la plume et l’enclume.

Car non seulement elle l’a lu, elle, mais elle en a publié des extraits, que nous lui fauchons sans vergogne. Peut-être, si nous en avions pris le temps, en aurions-nous trouvé d’autres à vous recommander ou à critiquer. Voici les siens, avec les carabiniers.

16. i carabinieri.jpg

Eric Zemmour : Le suicide français

(Extraits brûlants)

p. 451-456

[Chapitre plein de subtilités. Il déstabilisera judicieusement les juifs comme les antisémites. Après cela, le culte à Jeanne d'Arc va devenir franchement subversif, et c'est très bien ! Merci Eric Zemmour, et un cierge à sainte Jeanne d'Arc dans chaque église, elle a bien travaillé en l'inspirant...]

 

***

 

7 Octobre 1987
Au revoir les enfants

p. 448

Une salle de classe. Des enfants en blouse grise. Desbons pères. Un pensionnat catholique en janvier 1944. Soudain la Gestapo fait irruption et embarque trois enfants juifs et leur maître, le père Jean, résistant ; déportés à Auschwitz et Mathausen, ils ne reviendront jamais.

On a aujourd’hui l’impression d’une scène banalisée à force de l’avoir vue, revue, jusqu’à entamer une partie de sa puissance émotionnelle. En cette année 1987, le public se presse (trois millions d’entrées) et s’émeut sans compter. Il n’a pas l’habitude. Les innombrables films sur la Seconde Guerre mondiale ont depuis les années 1950 évoqué les affrontements militaires, les personnalités de Churchill, de Gaulle, Roosevelt, Staline, la guerre civile entre résistants et collabos, l’ignominie de la Gestapo. Les Juifs sont un élément du décor, un personnage secondaire d’une tragédie homérique ; leur persécution n’est nullement ignorée ou dissimulée, mais satellisée. Un détail, diront certains.

Un des rares films de l’époque sur les camps deconcentration, l’italien Kapo de 1960, ne traitait que des prisonniers de droit commun et des politiques, et choisit de mettre l’accent sur une prisonnière abjecte qui collaborait avec ses bourreaux, avant de se sacrifier pour se racheter.

En 1975, avec Le Sac de billes, tiré du roman de Joffo1, on met pour la première fois en scène un enfant juif, qui est le narrateur ; il fuit, se cache, s’échappe ; il tombe amoureux pour la première fois ; échange son étoile jaune contre un sac de billes. Comme un roman d’apprentissage pendant une période particulière. Dans Au revoir les enfants, le narrateur est l’enfant non juif, Julien ; sa culpabilité écrase le film ; elle est exacerbée par l’auteur ; c’est tout le peuple français qui est sommé de se sentir responsable et coupable. Dans une interview accordée à un journal de cinéma, le metteur en scène Louis Malle, qui revendique pourtant une œuvre autobiographique, ne le cache pas : « L’idée [est] que ce qui s’est passé était profondément injuste, que ça n’aurait pas dû se passer, et qu’après tout on était tous responsables. J’ai un peu chargé Julien. En particulier il a l’impression que c’est lui qui donne Bonnet [son copain juif…] quand il se tourne vers lui dans la classe ; ça, je l’ai probablement rajouté. Mais c’est ma mémoire aussi, parce que, dans ma mémoire, je suis un peu responsable de la mort de Bonnet… ».

Dans le film, les enfants juifs et leur professeur sont dénoncés par Joseph, un pauvre type handicapé, homme à tout faire de l’école et souffre-douleur des écoliers, qui commet son forfait parce qu’il a été renvoyé pour marché noir. Encore une trouvaille de Louis Malle ! Une autre scène montre en revanche Julien, sa mère, son frère et Bonnet dans un restaurant huppé de la ville : la milice débarque brutalement pour expulser un notable juif ; de nombreux clients attablés protestent avec véhémence et c’est un couple de riches aviateurs… allemands qui chasse les miliciens.

Depuis la fin de la guerre, communistes et gaullistes avaient exalté le peuple en armes (cheminots, ouvriers, etc.) et dénoncé de conserve une bourgeoisie affairiste et collaboratrice. De Gaulle avait lancé aux patrons qu’il recevait à la Libération une flèche courroucée : « Messieurs, je n’ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres. » Le film sonne comme une revanche de classe. Bientôt, le peuple français sera enseveli sous l’accusation de Collaboration. Et on laissera entendre que les seuls résistants furent des étrangers au nom imprononçable : la fameuse « Affiche rouge » du groupe Manouchian…

En cette année 1987, on se croirait revenu en 1944. En mai, a eu lieu le procès de Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon et tortionnaire de Jean Moulin, pour «crime contre l’humanité ». Mais la leçon d’Histoire promise a tourné court ; son brillant et sulfureux avocat, Jacques Vergès, avait juré qu’il livrerait les noms des résistants qui avaient « donné » Jean Moulin ; il resta coi, se contentant selon son habitude de dénoncer les crimes coloniaux de l’armée française.

Cette même année, le film Shoah de Claude Lanzmann fut diffusé pour la première fois à la télévision.

Et en septembre 1987, Jean-Marie Le Pen était invité à RTL et interrogé sur les chambres à gaz. Curieusement, il acceptait de répondre. L’échange fut vif :


JMLP : Je suis passionné par l’histoire de la deuxième guerre mondiale. Je me pose un certainnombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pu moi-même en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale.

PAUL-JACQUES TRUFFAUT : Six millions de morts, c’est un point de détail ?
JMLP : Six millions de morts ? Comment ?

PJT : Six millions de Juifs morts pendant la Seconde Guerre mondiale, vous considérez que c’est un point de détail ?

JMLP : La question qui a été posée est de savoir comment ces gens ont été tués ou non.

PJT : Ce n’est pas un point de détail.

JMLP : Si, c’est un point de détail de la guerre ! Voulez-vous me dire que c’est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire, que c’est une obligation morale ? Je dis qu’il y a des historiens qui débattent de ces questions.

Dans les jours qui suivirent, le tourbillon médiatique orchestré ébranla jusqu’à certains cadres du Front national ; la laborieuse explication donnée par Le Pen – «à destination de ses coreligionnaires juifs qu’il avait pu blesser » – n’empêcha pas le député européen Olivier d’Ormesson de démissionner et d’abandonner le parti. Jean-Marie Le Pen sera accusé d’antisémitisme. En 1991, il sera condamné par la justice pour « banalisation du crime contre l’humanité » et « consentement à l’horrible ». Le Pen traînera ce « détail » tout le reste de sa carrière politique ; il ne sera jamais lavé de l’accusation d’« antisémitisme ».

Contrairement à ce qu’on a beaucoup écrit, cette « pétainisation » de Le Pen n’était pas inéluctable. Les maurrassiens avaient beaucoup évolué depuis la fin de la guerre ; l’héritier le plus brillant du vieux maître, Pierre Boutang, avait pris position contre l’antisémitisme et en faveur d’Israël lors de la guerre des Six Jours. Le Pen lui-même, en souvenir de la guerre d’Algérie, fut alors favorable aux sionistes contre les anciens alliés égyptiens du FLN. Quelque temps avant le « détail », Olivier d’Ormesson avait préparé un voyage de Le Pen en Israël. Tout fut détruit par cette émission.

Peu importent les pensées et arrière-pensées de Jean-Marie Le Pen, son amour ou sa détestation des Juifs, ses rapports à tout le moins ambigus entre admiration et aversion, dans la tradition d’un antisémitisme « vieille France ». Politiquement, il tente alors maladroitement de contenir la montée en puissance d’un « lobby juif », comme dira quelques années plus tard le président Mitterrand à un autre d’Ormesson qui, selon Mitterrand et Le Pen, se sert de la Shoah d’hier pour affermir son pouvoir d’aujourd’hui. Cette conjonction d’opinions choquera et isolera les deux hommes au sein de la classe politique et médiatique. Et ce n’est pas un hasard. Le Pen et Mitterrand sont de la même génération ; ils appartiennent tous deux à cette tradition française qui remonte à Richelieu et rejette « tout État dans l’État ». On peut ajouter pour Le Pen un clin d’oeil de boutiquier partisan – qu’aurait compris Mitterrand, un autre ancien de la IVe ! – envoyé à certains des membres de son parti qui considèrent que l’unique projecteur mis sur les crimes des nazis permet d’occulter les crimes communistes. On peut aussi y ajouter une part de bêtise : il prétend qu’il n’a pu voir de chambres à gaz pour douter de leur existence ; mais il n’a jamais vu Jeanne d’Arc et lui célèbre pourtant un culte chaque année au 1er mai !

Mais Jean-Marie Le Pen est avant tout coupable dans cette histoire d’anachronisme. Il n’a pas tort quand il rappelle que Winston Churchill ne parle pas de l’extermination des Juifs dans ses Mémoires de guerre ; il aurait pu ajouter que le général de Gaulle ne l’évoquait pas non plus.

Pour ce dernier, la Seconde Guerre mondiale n’était que la suite de celle de 1914-1918, avec le même enjeu : la domination de l’Europe. L’homme du 18 Juin parle d’une nouvelle « guerre de Trente Ans » afin que les victoires et les défaites de notre pays, ses héros et ses traîtres, s’équilibrent et soient confondus dans l’Histoire de France ; que l’effondrement de mai 1940 soit englouti dans les mémoires par la gloire de 1918 et la renaissance inespérée de 1944.

Dans cette architecture grandiose, l’extermination des Juifs n’est ni négligée ni méprisée ; mais si elle est davantage qu’un « détail », elle n’occupe pas le cœur stratégique de la guerre. La Shoah a changé la face des Juifs et de l’humanité ; mais elle n’a en rien modifié l’issue du conflit mondial. Les Allemands auraient perdu même s’ils n’avaient pas massacré les Juifs ; les Alliés n’ont pas levé le petit doigt pour les sauver.

Cette conception traditionnelle de la guerre et de l’Histoire est devenue, en 1987, inaudible. C’est le fameux « retour du refoulé » tant évoqué dans tous les médias et tous les livres, après le silence gêné des années d’aprèsguerre. Dans la culture collective – ou plutôt l’inculture collective, car ceci est lié à cela – Au revoir les enfants signe le moment où tout bascule : l’histoire de la Seconde Guerre mondiale se réduit peu à peu à l’extermination des Juifs, tandis que cette « Shoah » ainsi rebaptisée et sacralisée, devenue élément central voire exclusif d’une guerre dont on ne connaît plus rien d’autre, se résume à son tour au meurtre des enfants juifs. Quelques années plus tôt, Jean-Jacques Goldmann avait déjà composé une très jolie chanson, intitulée « Comme toi », sur une petite Juive polonaise :

 

Elle s’appelait Sarah, elle n’avait pas huit ans.
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs.
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement.
Elle avait les yeux clairs et elle avait ton âge.
C’était une petite fille sans histoires et très sage.
Mais elle n’est pas née comme toi, ici et maintenant
2.

Bientôt, les historiens prendront la suite des artistes ; ils rationaliseront l’émotion collective. Ils rejetteront le découpage chronologique du général de Gaulle ; ils feront de la Seconde Guerre mondiale un moment paroxystique de l’affrontement entre le Bien et le Mal ; et de la « Shoah » le coeur de cette métaphysique apocalyptique ; on conduira les enfants à Auschwitz comme on les
emmenait après 1914-1918 à Verdun ; dans certaines classes de banlieue, des enfants de l’immigration arabe et africaine refuseront avec véhémence que leur soit enseignée cette partie du programme au nom de la « souffrance des enfants palestiniens ». Enfants contre enfants, souffrance contre souffrance ; une Histoire contre l’autre. Au revoir les enfants…

________________________________

1. Jean-Claude Lattès, 1973.

2.         Jean-Jacques Goldman, « Comme toi », dans l’album Minoritaire, 1982.

 

***

Autres sujets : De Gaulle

p. 29

[…] De Gaulle choisit donc le progrès économique et social contre la grandeur impériale et la profondeur géostratégique ; la croissance contre la perspective caressée par un Debré d’une France de cent millions d’âmes ; les douceurs de la société de consommation à l’américaine contre les rigueurs d’une guérilla interminable – alors que, contrairement à l’Indochine, l’armée française avait gagné la bataille d’Alger. Il privilégia la jouissance hédoniste pour enterrer l’héroïsme chevaleresque ; le matérialisme consumériste à rebours d’une vision sacrificielle de l’existence, que lui avait rappelée l’armée, au nom de la geste gaullienne de 1940 : il y a des valeurs suprêmes au-dessus de tout. À l’opposé de tout ce qu’il était, au nom de ce qu’il pensait être l’intérêt supérieur de la France.


***


Les femmes

p. 37

[…] L’aspiration mimétique des féministes de la bourgeoisie française (Simone de Beauvoir) à se parer des plumes de paon de la lutte des classes en associant le mari au patron fit le reste.



***

1er juillet1972

La loi Pleven : la fin de la liberté d’expression en France

p. 88

[…] La loi du 1er juillet 1972 s’inscrit dans le cadre de la grande loi du 29 juillet1881 sur la liberté de la presse. Elle paraît modestement ajouter de nouveaux délits à ceux qu’énumérait déjà le Code pénal ; mais la loi Pleven est à sa grande sœur de 1881, ce que le cheval de Troie fut aux adversaires des Grecs : une offrande funeste.

p.89

[…] En dépit de la pureté de ses intentions, la loi Pleven est une régression. Elle introduit la subjectivité là où régnait l’objectivité ; elle condamne l’intention et non les faits ; elle donne au juge le droit et le devoir de sonder les cœurs et les âmes ; de faire l’archéologie des pensées et des arrière-pensées. Elle contraint le magistrat à transgresser ce principe général du droit fort protecteur selon lequel «la loi pénale est d’interprétation strictement restrictive ». Le droit à la diffamation prévoyait une exception de vérité ; désormais, non seulement la vérité ne rend plus libre, mais elle peut conduire en prison.

 

*** 

16 novembre 1972

Comme ils disent et ne devront plus dire

p. 100

[…] Au fil des années, le lobby homosexuel s’organise et s’enrichit. Dans la stratégie de victimisation de ses porte-drapeaux les plus achanrnés, il ira jusqu’à réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, s’inventant des persécutions de la part de Vichy, qui aurait envoyé des homosexuels dans les camps de concentration.Le gay veut être un juif comme les autres.

p. 102-103

[…] La rencontre entre l’homosexualité et le capitalisme est le non-dit des années 1970. Entre un mouvement gay qui arbore un drapeau arc-en-ciel et un capitalisme qui découvre les joies et les profits de l’internationalisme, il y a un commun mépris des frontières et des limites. Entre la fascination homosexuelle pour l’éphèbe et une société capitaliste qui promet la jeunesse éternelle, l’entente est parfaite. Le rejet haineux du père est sans doute le point commun fondamental entre une homosexualité narcissique qui transgresse sexuellement la loi du père et un capitalisme qui détruit toutes les limites et les contraintes érigées par le nom du père autour de la cellule familiale, pour mieux enchaîner les femmes et les enfants – et les hommes transformés à la fois en enfants et en femmes – à sa machine consumériste.

L’alliance improbable entre l’extrême gauche libertaire et le marché se fera à travers la geste homosexuelle et au nom de la « transformation des mentalités ».

Dominants dans la mode, les médias et l’univers artistique, de nombreux homosexuels, plus ou moins militants, imposent leur vision de l’homme-objet à une société patriarcale qui a inventé la femme-objet pour protéger son désir sexuel. En 1971, Yves Saint Laurent fait scandale en posant nu pour la publicité de son parfum « Pour homme ».

Le lobby gay gagnera au fil des années en visibilité. Il mènera victorieusement la bataille sémantique ; Aznavour avait contribué à la substitution de pédéraste par homo, moins insultant ; mais homo, encore trop « discriminant », sera lui-même remplacé par gay, plus flatteur : « Good As You ». La revendication d’égalité est ici une manifestation éclatante de puissance. Les maîtres imposent toujours leurs mots. Le lobby gay aux États-Unis est aujourd’hui financé par les plus grands capitalistes américains, Bill Gates et Steve Ballmer, Google, Facebook, eBay, ou un magnat des hedge funds comme Peter Singer. En France, Pierre Bergé, le patron d’Yves Saint Laurent, créera le journal Têtu dans les années 1970 avant de financer dans les années 1980 SOS Racisme. Le mélange sexuel et ethnique – le « métissage » – deviendra la religion d’une société qui se veut sans tabou, et ne supporte plus les limites de la différenciation des peuples comme des sexes. Cette babélisation généralisée est encouragée par un capitalisme qui y voit une source de profits.

[Oh, et de pouvoir aussi, par destruction de la psyché humaine… NdGO, Pardon, Maria, on sait que vous n’aimez pas les NdE.]

Source : http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1638

 

17. Yabiss_evolussion-407f2-04e70.jpg

 

 

*

Mis en ligne le 25 novembre 2014

 

 

 

 

 

21:14 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2014

LISTES – VOTES – TIRAGES AU SORT ET COETERA

1. King of the World.JPG

LISTES – VOTES – TIRAGES AU SORT ET COETERA

 

*

 

Vers un Nouvel Ordre Mondial ? Mais, il est déjà là !

Bryan MacDonald – Russia Today –1er novembre 2014

2. bryan-macdonald-.bn.jpg

 

 

Bryan MacDonald est journaliste, écrivain, homme de radio-télévision et enseignant (de nos jours, il n’en faut pas moins pour gagner sa vie). Il a écrit jusqu’ici pour l’Irish Independant et pour le Daily Mail. En Irlande, on le voit fréquemment sur RTE (la Radio-Télévision Irlandaise) et Newstalk, et, internationalement, sur RT.

Ceci est déjà vieux – 1er novembre – mais on n’est pas aux pièces, n’est-ce pas.

 

3. time-new-world-order.si.si.jpg

 

 Poutine a exprimé le souhait d’un « nouvel ordre du monde » capable d’assurer la stabilité de la planète. Il trouve que les États-Unis abusent de leur rôle de leader mondial. Ce qui n’a pas été suffisamment signalé nulle part, c’est que les piliers de « l’ancien régime » s’écroulent depuis des années.

Tout était pourtant si simple. Le monde était partagé en deux camps – l’Occident et le reste. Et « l’Ouest » était vraiment « the best ». Il y a 20 ans, six des économies les plus puissantes faisaient partie du camp pro-Washington.

Le leader – les USA eux-mêmes – était si loin  en tête, que son Produit Intérieur Brut (PIB) était quatre fois plus grand que celui de la Chine et valait neuf fois celui de la Russie.

Le pays le plus peuplé du monde – l’Inde – avait presque le même revenu que la comparativement minuscule Italie et que le Royaume Uni. L’idée que cet ordre de choses allait changer aussi dramatiquement en à peine deux décennies aurait fait rire n’importe qui.

Aux yeux des Occidentaux, la Chine et l’Inde étaient des pays arriérés, et il leur faudrait un siècle au bas mot pour devenir des rivales potentielles. La Russie, elle, était perçue comme un cas désespéré, un pays à genoux, en proie au chaos. De telles notions, dans les années 90 étaient parfaitement justifiées.

L’économie mondiale dans les années 1990 et aujourd’hui.

Tableau des dix économies mondiales les plus importantes, ajustées selon la Parité en Pouvoir d’Achat (PPA).

 

1995 ( en milliards d’US$)                  2015 (Prévisions du FMI)

1.     USA                7.664               1.     Chine              19.230

2.     Japon              2.880               2.     USA                18.287

3.     Chine              1.838               3.     Inde                   7.883

4.     Allemagne      1.804               4.     Japon                4.917

5.     France             1.236               5.     Allemagne        3.742

6.     Italie               1.178               6.     Russie               3.643

7.     Royaume-Uni 1.161               7.     Brésil                3.173

8.     Inde                1.105               8.     Indonésie           2.744

9.     Brésil              1.031               9.     France               2.659

10.   Russie                955               10.   Royaume-Uni   2.547

 

Le soleil couchant US

Maintenant, c’est l’Occident qui fait les frais de la plaisanterie. Le Fonds Monétaire International (FMI) estime que, dès 2015, les quatre plus puissantes économies du monde seront des membres du club connu par son acronyme, BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et la Chine sera tête de file à la place des USA. C’est même probablement déjà le cas, les chiffres, en économie, ayant tendance à traîner derrière les faits.

L’Italie, homme malade de l’Europe, ne fait plus partie des dix du peloton de tête, et le Royaume-Uni, lanterne rouge, peine à s’y accrocher. Londres prétend toujours au titre de place financière centrale. Les seuls qui le croient encore sont les petits Anglais (« the little Englanders »). Le Royaume Uni est devenu la Julie Andrews de la géopolitique : une étoile en voie d’extinction, qui fut jadis brillante. La France est impuissante, se traînant de crise en infortune et d’infortune en crise.

 

4. obama-merkel.jpg

Le Président US Barak Obama et la Chancelière allemande Angela Merkel

 

Il est trop tôt pour mettre les États-Unis au rebut. L’Empire ne va pas disparaître d’un jour à l’autre, mais son soleil est déjà bien bas dans le ciel. C’est moins la faute des États-Unis que celle de la déchéance croissante de ses alliés traditionnels.

Les deux seuls qui tiennent encore debout sont l’Allemagne et le Japon, aucun des deux n’étant cependant des acteurs militaires sérieux. La Grande Bretagne et la France ont longtemps été le fer de lance des aventures martiales. En réalité, l’Allemagne n’est pas un partenaire follement enthousiaste, parce qu’une large frange de la classe politique de Berlin est extrêmement sceptique à l’égard du pouvoir US. Pour une partie très significative de l’intelligentsia allemande, c’est Moscou le partenaire naturel, pas les États-Unis.

La montée en puissance des BRICS et d’autres économies émergentes joue un rôle majeur dans la consommation mondiale, dans le commerce mondial et dans les investissements mondiaux. D’ici 2020, le FMI estime que la Russie aura dépassé l’Allemagne et que l’Inde aura surclassé le Japon. Il prévoit également une dégringolade de l’importance mondiale des USA, de 23,7% en 2000 à 16% en 2020. En 1960, les USA représentaient 38,7% de l’économie mondiale.  À l’opposé, en 1987, la Chine ne représentait que 1,6%, mais à la fin de cette décennie, elle pourra en revendiquer 20%. C’est un changement de donne sans précédent en un laps de temps aussi court.

 

Importance de la stabilité

Le discours de Poutine à Valdai n’a pas été un coup donné au pif ni à l’aveuglette, mais une évaluation très nuancée de ce qu’est actuellement l’équilibre du monde et de ce vers quoi on se dirige dans les années qui viennent.

 

5. putin - valdai.jpg

Le Président russe Vladimir Poutine, pendant la rencontre plénière finale de la 11e session du Club de Discussion International de Valdai, à Sotchi

 

Plutôt que de se préoccuper des questions soulevées par Poutine, les médias occidentaux ont préféré shooter dans l’homme et se désintéresser de la balle. Les éditoriaux ont qualifié son discours de « diatribe » et décrété que Poutine s’en est surtout pris à la politique étrangère des États-Unis, jugée par lui anti-russe. Ils sont passés en masse à côté de la question réelle.

Le souci principal de Poutine, c’est la stabilité et sa prévisibilité, c’est-à-dire l’exacte antithèse du libéralisme occidental moderne. En fait, la position de Poutine est plus proche de celle qu’ont eue, dans le passé, des formations comme la CDU de Konrad Adenauer en Allemagne et les Tories de Harold MacMillan en Angleterre, conservateurs européens classiques s’il en fut.

Poutine est souvent très mal entendu en Occident. Ses déclarations publiques, destinées à une audience intérieure plutôt qu’internationale (? NdT) sont perçues comme agressives, voire chauvines. Mais les observateurs feraient bien de se rappeler qu’il est un maître de judo, dont les mouvements sont calculés pour déstabiliser l’adversaire. Si on le lit entre les lignes, Vladimir Poutine cherche le mariage, pas l’isolement.

Le Président russe considère son pays comme faisant partie d’une nouvelle alternative internationale, en union étroite avec les autres nations du BRICS, pour mettre un frein  aux agressions US là où c’est possible. Poutine voit cela comme un chemin vers la stabilité. Adenauer et MacMillan l’auraient parfaitement compris. Mais les dirigeants européens actuels et les Nord-Américains ne le comprennent pas. Enivrés par la domination dont ils ont joui ces vingt dernières années, l’idée que l’ordre mondial est en train de changer à toute allure n’a pas encore fait tilt dans leurs têtes.

La réaction  des États-Unis à cette nouvelle réalité constituera une question de vie ou de mort. Presque à la manière d’un dessin animé, Washington se cramponne désespérément à sa NSA, à ses gouvernements-fantômes, à son Quatrième Pouvoir pathétique à force de nullité, à sa puissance militaire dilapidée et à son terrifiant chauvinisme rampant. Son infantilisme a besoin d’un « méchant ». En une dizaine d’années ce traître de mélodrame est passé de Ben Laden, de Saddam Hussein et des « Frites de la Liberté » à la russophobie. Si la classe dirigeante américaine ne change pas de comportement, la transition vers un monde multipolaire pourrait bien ne pas se passer en douceur. C’est une crainte sérieuse, et elle est fondée.

Traduction c.l. pour Les Grosses Orchades

Source : http://rt.com/op-edge/201563-time-new-world-order/

 

[ On n’a pas l’habitude, ici, de corriger les gens qu’on publie, mais, quand Bryan MacDonald assimile Vladimir Poutine à Harold MacMillan, il oublie que ce dernier a gouverné un empire colonial, et même un des pires qui soient, ce qui n’est pas, jusqu’à présent, le cas de Poutine et que rien, dans son parcours ne laisse présager. ]

 

*

Pour détendre l’atmosphère :

 

Couverture de Nesweek, version polonaise.

 

6. Newsweek en Polonais.jpg

*

Les Moscovites fâchés ne font pas dans la dentelle

 

7. Garage Moscou.JPG

 

Douze voitures de luxe incendiées dans un garage : six Rolls Royce toutes neuves, deux Bentleys, deux Mercedes, une Ferrari et une Porsche Panamera, d’une valeur totale de 3.3 millions de dollars US.

Détail : elles appartenaient toutes à un seul  propriétaire.

Les pompiers sont arrivés vite mais trop tard quand même.

Ce sont les assureurs qui vont être contents.

 

Diapo

http://rt.com/in-motion/207679-luxuly-cars-fire-moscow/

 

*

Reconnaissance de la Palestine…

 

8. colons.jpg

 

Quand le dernier Palestinien aura expiré, noyé dans son sang, on pourra enfin s’arrêter de voter et partir à la pêche. On aura sa conscience pour soi. En attendant, voici la liste des pays qui ont reconnu l’État palestinien (à qui ça fait une belle jambe), avec les dates correspondantes. Pourquoi les premiers ont attendu 1988 (quarante ans !) pour le faire est un des mystères de l’Histoire qui bat celui du Masque de Fer.

La liste des pays qui ont reconnu l'État Palestinien

Diversity TV Belgium -19 novembre 2014

Lire ici…

Source : http://observatoire.skynetblogs.be/archive/2014/11/19/rec...

 

8 bis. Veto.JPG

 

*

 

Il y a quelques jours, c’était Rosa Llorens qui s’y collait ici-même. Aujourd’hui, c’est Patrick Rödel, qui revient sur le sujet, à propos de la réédition d’un livre d’Henri Guillemin sur Jean-Jacques Rousseau.

 

Ne pas se tromper d'ennemis, à propos d'articles inédits d'Henri Guillemin sur Rousseau

Par Patrick Rödel – Médiapart –18 novembre 2014

 

9. HG - Rousseau.jpeg

 

10. Rousseau.jpg

 

                                  Les éditions Utovie continuent de republier les oeuvres de Henri Guillemin que ses éditeurs avaient abandonnées - ils doivent s'en mordre les doigts ! - et de publier aussi quelques inédits. C'est ainsi que viennent de sortir trois articles, passionnants, sur Rousseau que Guillemin avait donnés en 1936/37 à la revue dominicaine La Vie intellectuelle. Nous en devons l'édition à Patrick Berthier, le spécialiste du travail de Guillemin, qui ajoute une préface éclairante à ce Jean-Jacques Rousseau ou « la méprise extraordinaire ». Ces articles sont le prélude aux deux ouvrages que Guillemin consacrera à Rousseau : Un homme, deux ombres et « Cette affaire infernale » (également chez Utovie). La thèse défendue par Guillemin est que le divorce accompli entre Rousseau et les Encyclopédistes vient de ce que celui qu'on pensait pouvoir manipuler facilement et embrigader dans le combat mené contre le christianisme, après avoir, pendant un moment, semblé obéir, affirme deux positions qui vont le vouer à la détestation de ses anciens amis : d'abord, une critique radicale de l'idéologie bourgeoise dont les Encyclopédistes sont les tenants (il comprend très bien que les bourgeois n'ont d'autre but que de détenir le pouvoir afin de donner à leurs affaires toute l'ampleur souhaitable, ce sont des propriétaires pour qui le peuple ne peut servir que de force de travail ou d'appoint dans les combats qu'ils mènent contre la féodalité) et ensuite l'affirmation de sa foi, « une foi qui lui reste,écourtée, mais brûlante, cette confiance non plus, certes, en une Église à laquelle il ne peut plus croire, mais du moins, de toute son âme, en Dieu ». Pour cette raison, on le fit passer pour un ennemi du genre humain, on le fit passer pour fou - et il faillit bien le devenir -, on colporta sur lui toute sorte de légendes dont Guillemin entreprendra de le débarrasser.

                                 Guillemin a toujours soutenu que l'anticléricalisme, auquel il pouvait lui-même apporter des arguments, et l'antichristianisme, qu'il ne partageait évidemment pas, servaient à détourner le peuple des vrais combats qu'il aurait eu à mener. Dans ses conférences sur Les deux révolutions françaises (Utovie, 2014), il montre que les attaques contre la religion sont une manière d'éviter que l'on s'attaque aux banquiers et aux spéculations que va entraîner pour le plus grand profit des bourgeois voltairiens la confiscation des biens du clergé (Danton est ici emblématique). Il voit, non sans raison, l'alliance entre les Girondins et ce centre d'affairistes qu'est le palais de Philippe Egalité aboutir à sauver l'essentiel : la propriété, la banque et le commerce. Et le cynisme absolu de Talleyrand et consorts, lors de la promulgation de la Constitution civile du clergé, qui vise à séparer le peuple de ceux qui sont ses alliés naturels, les petits curés de campagne.

                                L'idée-force de Guillemin est qu'il ne faut pas se tromper d'ennemis et qu'il conviendrait de concentrer ses énergies sur ce qui est absolument primordial et déterminant : la domination des puissances d'argent. Le reste, ce que l'on appelle maintenant les questions sociétales, pour importantes qu'elles soient passent au second plan. On éviterait ainsi des anachronismes pénibles qui consistent à torpiller tel ou tel penseur, homme politique ou expérience politique au prétexte qu'ils n'ont pas pris en compte dans leurs revendications le problème des femmes ou celui des homosexuels etc. On éviterait bien des discussions absolument stériles, bien des oukases, bien des mouvements purement rhétoriques d'indignation de la part de gens qui restent confortablement installés devant leur écran mais qui se souviennent avoir, dans une autre vie, dans un autre siècle, lutté pour la liberté. Mourir pour la prise de la Bastille, ce symbole vide de l'absolutisme, n'était peut-être pas utile - il y avait plus urgent à faire, qui fut remis à plus tard et c'était malheureusement trop tard - ce qu'ont tenté de faire Robespierre et la Montagne mais Thermidor déjà était en route.

                               Sur ce point aussi, Étienne Chouard se révèle un disciple conséquent de Guillemin.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-rodel/181114/ne-pa...

 

 11. couv-Rousseau méprise.jpg

 

 

Henri GUILLEMIN

Jean-Jacques Rousseau ou « la méprise extraordinaire »

Edition établie par Patrick Berthier

Bats - Utovie – Octobre 2014 – 104 pages

 

 

 

 

12. Couv-Rousseau-Un-hommedeux ombres.jpg

 

 

 

Henri GUILLEMIN

Un homme, deux ombres : Jean-Jacques Rousseau, Sophie, Julie.

Bats – Utovie – 2003

330 pages

 

 

 

 

 

13. Couv-Rousseau-Cette-affaire infernale.jpg

 

 

 

Henri GUILLEMIN

« Cette affaire infernale » - L’affaire J.-J. Rousseau- David Hume, 1776

Bats – Utovie – 2003

358 pages

 

 

 

 

14. Deux rév. Marat.jpeg

 

 

Henri GUILLEMIN

1789-1792 / 1792-1794 : Les deux révolutions françaises 

Bats – Utovie – 2013

280 pages

 

 

 

 

Et pendant qu’on y est :

15. Napoléon.jpeg

 

 

 

Henri GUILLEMIN

Napoléon : légende et vérité

Bats - Utovie – 2005

160 pages

 

 

 

 

(Réédition du Napoléon tel quel de 1969, des éditions Trévise)

16. Tel Quel.jpeg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*

Mais puisque Patrick Rödel parle d’Étienne Chouard, allons-y nous aussi,  c’est le moment :

 

Article diffamatoire d’Adrien Sénécat, de L’Express, à l’encontre d’Étienne Chouard…

Raphaël Berland – Cercle des Volontaires – 18 novembre 2014

 

17. Etienne-Chouard-300.jpg

 

Si vous ne pouvez pas attaquer le-message(.org), alors attaquez le messager ! Décidément, la manipulation, le mensonge, la calomnie et les coups bas sont des pratiques bien répandues dans les rédactions des médias « main-stream ». Loin de moi le « tous pourris », mais force est de reconnaître qu’Albert Londres ne se reconnaîtrait pas dans les us et coutumes actuels de la profession. En l’occurrence, la cible de ma tribune est Adrien Sénécat, non pas pour sa personne, mais pour son article publié par l’Express intitulé « Le discours trouble d’Étienne Chouard contre les “1% qui se gavent” », et dans lequel il tente de salir Étienne Chouard (cliquez ici pour lire cet article).

Il n’est pas le premier. Depuis la rentrée, c’est d’abord Jacques Attali, sur le plateau de Frédéric Taddéï, qui s’y est collé, sans grand succès. Puis vint le tour de Clément Sénéchal, d’abord tout seul sur son blog, puis en groupe et publié par Libération. Hier, c’est un journaliste plutôt inconnu, Adrien Sénécat, qui a été appelé (ou qui a peut-être eu l’idée tout seul) pour faire le sale boulot de calomnie et d’amalgame contre la personne de M. Chouard.

Je rêverais d’un débat entre Étienne Chouard (ou tout autre citoyen ouvert à l’introduction d’une dose de Tirage au Sort dans notre système dit Démocratique) et une personne comme Clément Sénéchal ou Adrien Sénécat. Malheureusement, les calomniateurs de salon sont bizarrement les moins courageux, les moins républicains et démocrates lorsqu’il s’agit de débattre en public, face caméra, et à armes égales.

Donc, en quoi Adrien Sénécat serait-il un menteur et un calomniateur ? Je vous fais grâce de l’exégèse complète de son article, je vous laisse vous faire votre propre avis (revoici le lien pour lire l’article que j’incrimine). J’attire simplement votre attention sur ce paragraphe :

18. Adrien-Senecat.jpg

Adrien Sénécat, jeune journaliste

Lire la suite…

Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/11/18/article-dif...

 

 *

Diantre, cher Raphaël, pourquoi voulez-vous que Chouard débatte avec des canards - et non des oisons - dont on ne voudrait pas pour torche-culs, alors qu’il a fait le tour de la question avec Florence Gauthier et sans doute ailleurs ?! Ceux qui ont fait choix d’œuvrer dans les merdias en adoptent les déhanchements. Quoi de plus normal, mais qui s’en soucie ? Leurs clients ? Eh bien, ils reçoivent ce qu’ils méritent, c’est parfait.

Cela dit, qui a raison, qui a tort, avec cette idée de refondation par tirage au sort ? À nos lecteurs d’en juger s’ils ne l’ont déjà fait.

 

 

 

Ils peuvent aussi s’en informer davantage ici :

http://www.le-message.org/?lang=fr

 

Mais malgré toute la sympathie qu’on a pour le messager, il est bien difficile de croire à la concrétisation de quelque chose par cette voie. Chouard est, comme vous dites, « trop gentil ». Il oublie que nous vivons entourés de squales et on ne donne pas quinze jours à son tirage au sort, avant que les squales ne le détournent à leur profit, comme ils ont fait pour celui de la conscription. En outre, si ses citoyens sont nuls, tireurs ou tirés, aucun tirage au sort ne les rendra différents et sa refondation sera sans lendemain.

À notre avis, soit dit surtout sans vouloir donner de leçons à quiconque, la seule refondation possible (et malheureusement, nous n’avons jamais été aussi loin de pouvoir même l’envisager, que ce soit en France ou ailleurs) passe par la voie longue et ardue de Robespierre : une éducation politique du peuple en profondeur (il vaut mieux qu’Ét.Chouard ne compte pas sur l’Éducation Nationale) et l’émancipation intérieure préalable de tous, individu par individu. Sortir d’enfance et grandir, ou la mort.

Et il ne faut pas nous dire que c’est impossible, puisqu’un pays, sous nos yeux, l’a fait. Ce pays, c’est Cuba. Non que les Cubains aient agi tout à fait délibérément – même si Fidel Castro a eu de fameux principes et s’y est tenu mordicus – mais parce que « la force des choses » les a contraints de prendre ce chemin difficile à l’exclusion de tous les autres, bref leur a fait découvrir que le bonheur était « une idée neuve », pas du tout celle qu’on s’en faisait, qu’on s’en fait plus que jamais en Europe. Le terrible embargo qui les enferme aussi sadiquement qu’une vierge de Nuremberg a été, en même temps, un don miraculeux des dieux s’ils existent. Il leur a interdit de se fourvoyer comme tout le monde.

Certes nous sommes mal partis, nous n’avons jamais été aussi bas, aussi politiquement incultes, pires qu’analphabètes, aussi invertébrés et moralement à la baille. Mais puisqu’il n’est d’éducation véritable que par l’exemple et que Cuba existe, il n’y a qu’à aller regarder les Cubains sous le nez et faire pareil, ce n’est pas sorcier. Qu’est-ce qu’ils font les autres (les Latinos en tout cas) ?

Le seul problème à résoudre est de transformer ça :

19. moutons-iphone-6.jpg

en ça :

 20. médicos-755x490.jpg

Tous volontaires. Une chance sur deux de rentrer vivants. Leur conception du bonheur.

La vôtre ?

On est en désaccord avec Chouard sur autre chose encore : nous ne prenons pas Alain Soral pour un « homme de gauche », même si nous ne sous-estimons pas le travail qu’il fait. Les seuls hommes de gauche véritables sont ceux qui n’ont pas été autorisés à s’asseoir ailleurs qu’à la gauche du roi, parce que s’asseoir à sa droite était un honneur dont on les jugeait indignes, et pas au même niveau non plus, le plus loin possible, en haut des gradins, sur « La Montagne » en somme. Ces « Montagnards du côté gauche » sont presque tous morts, en trois jours, place de la Concorde. Il n’y a plus jamais eu, depuis, de classe politique de gauche, ni en France ni ailleurs en Europe, quoi que des théories d’apparatchiks de toutes les nuances de la politicaillerie aient essayé de faire croire à leurs dupes. Oui, il y a eu des individus qui ont mérité de s’appeler ainsi à titre personnel, surtout au XIXe siècle – les Louise Michel, les Vallès, Varlin, Blanqui, Delescluze et autres, qui ont presque tous mal fini aussi et qui n’ont été suivis, par ceux qui s’en réclament après coup, qu’en paroles verbales, rarement en actes.

On nous parle de « réconciliation ». Chic ! Mais avec qui ? Le Pen et l’OAS mais pas les sans-culottes, c’est ça ?

« Si Dieudonné est lié à la fois à Alain Soral et, d’une certaine manière, à moi, je ne le suis pas à Soral, dont j’apprécie le travail de réconciliation mais dont je dénonce la critique contre-révolutionnaire de 1789. »

(C’est là : http://www.voltairenet.org/article181952.html )

Il nous a ôté les mots de la bouche, Meyssan.

Et ajoutons quelque chose : quiconque a traversé, même de loin, la guerre d’Algérie, n’oubliera et ne pardonnera jamais, et n’a pas à le faire.

Des fois, on rêve : peut-être qu’un jour Soral tombera de son cheval, verra la lumière, s’écriera « Flûte, j’ai merdé ! », cessera de tenir les manteaux à ceux qui lapident saint Étienne, et se mettra à essayer de comprendre en quoi a consisté la Révolution Française (celle de 93, pendant qu’il y sera, car lésiner ne sert à rien).

On ne dit pas ça pour faire joli ou de l’esbroufe : la Révolution Française en général (une des deux de Guillemin) et Robespierre en particulier, sont des pierres de touche. Quiconque en parle se définit : on sait ce qu’il (ou elle) a dans le ventre et à quoi il sert.

 

 

*

21. bar à bouquins.JPG

 

« - Les boules à oiseaux, ils y touchent pas.

-  Faudra les envoyer en Afrique, qu’ils comprennent ce que c’est la faim, les oiseaux ! »

 

22. Grand Café.jpeg

 

 

 

Jean-Marie Gourio

Le Grand Café des brèves de comptoir

Robert Laffont – 2013

925 pages

 

 

 

 

 

Pas une seule méchanceté sur près de 1.000 pages !  (Une forme de racisme enfantin et une fixation sur « les pédés qui se marient » ne sont pas de la vraie méchanceté.)  Il note les brèves de la France qu’il aime, Gourio. Les autres, il évite. Il a raison.

 

Pour les fauchés :

23. Poche.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Il vient de sortir en Poche

 

 

 

 

 

Et, en plus, il fait des émules

24. couverture-oubrecpo-1-.jpg

 

 

 

 

Collectif OuBreCPo

Ouvroir de Brèves de Comptoir Potentielles

Cactus Inébranlable Éditions – Juin 2014.

72 pages

 

 

 

 

 

 

 Oui, l’OULIPO s’y est mis !

À partir d’un seul bistrot (bruxellois), imprimé à La Louvière (Belgique), pour un éditeur de Roubaix (France).

Les Oulipiens n’en font jamais d’autres.

 

Et pourquoi diable n’iriez-vous pas faire un tour sur leur site :

http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

 

*

 

 

 

Mis en ligne le 23 novembre 2014.

 

 

 

 

15:40 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |