25/08/2013

Porte-glaives, héros et esclaves volontaires

1. Bateau mécanique à remontoir.jpg

 

À propos

d’un article publié par le Réseau Voltaire, sous une audacieuse signature

2. Glaive.jpg

Porte-glaives

par Vernon Sullivan

Alors que nous poursuivons la publication en épisodes des Armées secrètes de l’Otan, Vernon Sullivan s’interroge sur l’ampleur du phénomène Gladio. Pour lui, les services secrets de l’Alliance atlantique ne faisaient pas que se préparer à une invasion soviétique ou que prévenir l’accès des communistes aux gouvernements européens. Au demeurant, si le Gladio n’existe plus aujourd’hui comme au temps de la Guerre froide, rien ne prouve qu’il ait totalement disparu.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 14 août 2013

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La paranoïa serait l’apanage des régimes dictatoriaux, que l’on dit « forts » par antiphrase car leur dureté est précisément fonction de leur faiblesse intrinsèque, un défaut d’assurance qui les force à user de fermeté pour se maintenir. On soupçonne à l’inverse les société civilisées de mollesse et de laxisme, si assurées qu’elles sont de la solidité de leurs fondements. Il n’en pas toujours été ainsi. À preuve, les formes sophistiquées qu’a pris la surveillance policière du temps de la Guerre froide.

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article179784.html

 

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Osez ! et votre révolution est faite.   

                                                                          Saint-Just


Il faudrait peut-être un jour parler des choses réelles et non des choses fictives.

Il faudrait peut-être un jour admettre qu’il n’a jamais été question que l’URSS attaque ou envahisse quiconque, et que ceux qui ont brandi cette prétendue menace le savaient. Que quand cette menace n’est plus crédible, ils la remplacent par d’autres, pas plus crédibles, mais que les jobards croient comme ils ont cru l’autre.

Il faudrait peut-être un jour reconnaître pour ce qu’elle fut et ce qu’elle reste LA TOTALE INVENTION du « danger » soviétique, au propre comme au figuré, par LA CLASSE PARASITE, dont l’existence et a fortiori les inventions N’ONT JAMAIS EU LA MOINDRE LÉGITIMITÉ.

La classe parasite en chef est occidentale. Il faut reconnaître une bonne fois pour toutes qu’elle est secondée dans ses méfaits - et continuera de l’être - par toutes les classes parasites d’où que ce soit dans le monde, y compris celles des états qui réussissent plus ou moins à la combattre, tels que Russie (bien sûr !), Chine et les autres pays du BRICS, Cuba, Venezuela, Equateur, Bolivie, Iran, Afghanistan, Syrie et feue la Libye.

Prétendant se défendre contre l’URSS, y compris quand l’URSS prenait la forme de curés latino-américains, la classe parasite – c’est-à-dire la classe dominante : les poux on les a sur la tête, pas aux pieds –  n’a jamais combattu, en réalité, que sa propre piétaille compatriote : les classes productrices dont elle entendait continuer à sucer le sang en ne payant jamais pour cela aucun prix. La perpétuation et si possible l’éternel enflement de ses privilèges, de son pouvoir et de ses rapines est le seul et unique but qu’elle ait jamais poursuivi.

Il en est ainsi partout, depuis toujours, y compris chez ceux qui prétendent se battre pour Allah, pour Jésus ou pour Yahweh.

GLADIO, STAY-BEHIND, NSA, CIA, ISRAËL, NED, BOUCLIERS ANTI-MISSILES, BASES MILITAIRES accrochées comme des tiques sur le vaste dos de la planète ne sont que les instruments de cette domination. La permanence de leur emprise et de leur malfaisance, en dépit de leur surpuissance serait NULLE, sans la castration par lavage de cerveau massif et constant de leurs victimes.

Qui y mettent du leur pour se laisser abuser et pour croire de vessies que sont lanternes.

Et si les victimes arrêtaient de se faire bourrer le mou avec tant d’enthousiasme UNIQUEMENT POUR POUVOIR RESTER PASSIVES PARCE QUE TOUTE ACTIVITÉ LEUR FAIT PEUR, la toute-puissance des parasites ne s’effondrerait-elle pas comme un petit tas de cendres ? Si.

Mais comment de simples individus peuvent-ils combattre cette hydre aux 200 têtes toujours repoussant ?

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Il suffirait qu’ils  le veuillent.

Mais à qui pourraient-ils se fier pour les conduire ?

À personne qu’à soi et aux faits.

À personne qu’à eux-mêmes, et certainement pas aux personnels (et non classes) politiques des pays alignés, qui ne sont rien que courroies de transmission interchangeables à l'infini, quelles que soient leurs idéologies affichées.

Certainement pas non plus à quelque forme de « syndicats » que ce soit, qui étaient déjà à vendre (et vendus) au début du Moyen-Age, quand ils s’appelaient encore corporations.

Comment ont fait les Manning et les Snowden, les Alleg et les Djamila Bouhired, les Rachel Corrie et les Abdallah (qui ne sont pas les seuls) ? Tout le monde n’est pas Jeanne d’Arc, certes, et l’héroïsme ne se commande pas. Mais qu’a-t-on jamais obtenu sans (au moins un peu de) peine ? Et ne serait-il pas temps d’admettre que la liberté (la dignité, le bonheur, etc. etc.), cela s’obtient en se retroussant les manches tous les matins et pas autrement ? Où a-t-on vu que l’héroïsme, ce luxe, était nécessaire ? Mais la détermination et un minimum de courage civil au jour le jour, oui.

On a les gouvernements qu’on mérite.

Qu’on arrête par grâce de geindre et de feindre de s’indigner sur les complots et les noirs desseins de ces malfaiteurs masqués - GLADIO ou autres – et de les étudier (rétrospectivement !) dans le détail comme s’ils étaient anormaux ou accidentels. Les PARASITES ne complotent même pas, ils agissent comme ils l’ont toujours fait en fonction de ce qu’ils sont, et rien de tout cela n’est difficile à voir ni à prévoir. Ni à combattre. Sauf si on est irrémédiable lavette.

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Le dilemme est aujourd’hui plus que jamais auparavant d’une simplicité biblique : c’est eux ou nous. Et… ah, oui : ils ont une avance considérable. Et… ah, oui : la troisième guerre mondiale qui fait rage de manière feutrée est sur le point d’éclater ouvertement. Le « système » en déroute, QUI N’A PLUS D’ALTERNATIVE, va entraîner la planète entière dans sa fuite en avant. S’il attaque plus ouvertement encore la Syrie, la Russie et la Chine ne pourront plus, cette fois, regarder ailleurs comme elles l’ont fait lors de la destruction de la Libye (de la Yougoslavie, de l’Afghanistan, de l’Irak, etc. etc.) Ce serait suicidaire. Ce l’était déjà, depuis le début.

C’est au Souverain à parler en maître aux BHL, aux Fabius, aux Hollande et aux Villepin (n’en déplaise à certains). Pas l’inverse. Qu’est-ce qu’il attend, le Souverain ? Qu’il pleuve ?

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4 La France contre la République.jpg

Le monde à l’envers ou :

Quand la droite défend la République reniée par la « gauche ».

 


Voir aussi :

http://la-dissidence.org/2013/08/02/mobilisation-estivale...

4 bis. les_gauches-bdd52-f090f.jpg

(Et nous n'avons pas le courage de parler de la gauche belge.)


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Ailleurs :


jeudi 22 août 2013

Une lettre de Manning - condamné pour avoir servi l'intérêt général - à Obama

Dernière nouvelles de Manning avant qu'il ne soit oublié derrière les barreaux.

par RAGEMAG

(Source : http://www.sergeadam.net/2013/08/lettre-de-manning-obama-condamne-pour.html )

Bradley Manning, 25 ans, ancien analyste militaire vient d’être condamné à 35 ans de prison pour avoir transmis plus de 700 000 documents secrets à Wikileaks, révélant au monde les bavures et fautes meurtrières de l’armée américaine en Afghanistan, ce qu’il appelait lui-même du porno guerrier. Motif de cette condamnation ? L’espionnage. Alors qu’il s’apprête à passer plus de temps qu’il n’a vécu jusqu’à présent derrière les barreaux d’une prison, Manning a adressé une lettre au président Obama.


Cette lettre met en évidence l’absurdité de la condamnation de ce que l’on appellera désormais les « lanceurs d’alerte », ou whistleblowers
en anglais. Au fond, la demande de grâce de Manning est une exhortation à se référer à des valeurs plus hautes que celles de la stricte loi militaire. Alors pertinente aujourd’hui, puisqu’elle est presque littéralement inscrite dans la condamnation et dans la réponse de Manning : les États-Unis condamnent en prétendant protéger l’État, Manning a dénoncé pour informer et protéger le peuple. « Je payerai ce prix avec fierté si cela signifie que nous pourrons avoir un pays qui soit vraiment conçu suivant le principe de liberté et dédié à la règle que toutes les femmes et tous les hommes sont créés égaux. » dit-il, rappelant au président que l’hymne américain clame haut et fort que le drapeau étoilé sera celui de « la terre des hommes libres et de la patrie des braves ». Pour l’ancien soldat, quelle que soit la loi, il estime avoir agi pour la justice, pour la liberté de l’information, pour l’égalité et pour faire progresser sa nation vers le bien. En refusant ces principes comme fondement d’une démocratie, les États-Unis se tournent un peu plus vers le modèle répressif et totalitaire des pays qu’ils se plaisent à pointer du doigt, en bons chevaliers blancs.certes, le soldat n’a pas été condamné pour collusion avec l’ennemi. Mais est-il un espion pour autant ? A-t-il servi les intérêts d’une autre nation en se faisant passer pour un soldat de l’armée américaine ? « Quand j’ai choisi de divulguer des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays et par sens du devoir envers les autres. » affirme-t-il dans cette lettre. Manning est resté un patriote qui a estimé que la divulgation des horreurs commises par son armée relevait de l’intérêt général. Et l’on se rappelle qu’un alinéa trop peu souvent respecté du droit français, aussi bien civil que militaire, estime que la désobéissance à un ordre illégal ou contraire aux règles du droit international est un devoir…


The Land of the Free and the Home of the Brave


Cette plus haute justice n’a pourtant rien de métaphysique. On pourrait rappeler que la rebelle archétype, Antigone, se référait aux lois non-écrites pour s’opposer au jugement de Créon, qui agissait au nom des lois de la cité. L’opposition est 
pertinente aujourd’hui, puisqu’elle est presque littéralement inscrite dans la condamnation et dans la réponse de Manning : les États-Unis condamnent en prétendant protéger l’État, Manning a dénoncé pour informer et protéger le peuple. « Je payerai ce prix avec fierté si cela signifie que nous pourrons avoir un pays qui soit vraiment conçu suivant le principe de liberté et dédié à la règle que toutes les femmes et tous les hommes sont créés égaux. » dit-il, rappelant au président que l’hymne américain clame haut et fort que le drapeau étoilé sera celui de « la terre des hommes libres et de la patrie des braves ». Pour l’ancien soldat, quelle que soit la loi, il estime avoir agi pour la justice, pour la liberté de l’information, pour l’égalité et pour faire progresser sa nation vers le bien. En refusant ces principes comme fondement d’une démocratie, les États-Unis se tournent un peu plus vers le modèle répressif et totalitaire des pays qu’ils se plaisent à pointer du doigt, en bons chevaliers blancs.


La condamnation est tout aussi tristement symbolique à l’heure où la presse subit de plus en plus de pression et d’intimidation, dans les pays qui revendiquent paradoxalement le plus de liberté. À Londres, Julian Assange est toujours réfugié à l’ambassade d’Équateur et sera arrêté et transféré à la justice américaine s’il en sort. Toujours de l’autre côté de la Manche, les journalistes du Guardian ont subi le zèle destructeur de la police qui cherchait vraisemblablement à effacer toute trace d’Edward Snowden des ordinateurs de la rédaction. En France, la presse n’est pas non plus épargnée : nous revenions au début de l’été sur l’affaire opposant la famille Bettencourt à Médiapart. À chaque fois, les modalités changent mais le problème reste le même : des individus ou des rédactions sont condamnés pour avoir cherché à défendre ce qu’ils estimaient relever de l’intérêt général.


Manning a prouvé qu’un gouvernement ne saurait rester parfaitement intouchable quand il commet les pires exactions. Il a souhaité, par son action, que les crimes d’une armée, même en temps de guerre, soient visibles et publics — parce que cette même armée prétend servir le peuple. Pour beaucoup, il restera un héros qui n’a pas su respecter les ordres de sa hiérarchie quand il a estimé qu’ils étaient contraires à toute éthique. Quelle que soit la décision finale du président Obama, sa lettre restera la preuve de son courage et de sa détermination à faire triompher ce qu’il estime juste.


jeudi 22 août 2013

« Il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre»

   Bradley Manning

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Le texte suivant est une retranscription par Common Dreams de la déclaration de Bradley Manning, telle qu’elle a été lue par David Coombs (son avocat) lors d’une conférence de presse, ce mercredi, suite à l’annonce de sa condamnation à 35 ans de prison par un tribunal militaire :

Cette déclaration est le texte de la lettre adressée à Obama pour demander sa grâce.

Les décisions que j’ai prises en 2010 étaient fondées sur une préoccupation pour mon pays et le monde dans lequel nous vivons. Depuis les événements tragiques du 11 septembre, notre pays est en guerre. Nous sommes en guerre avec un ennemi qui choisit de ne pas nous affronter sur tout champ de bataille traditionnel et, de ce fait, nous avons dû modifier nos méthodes de combat contre les risques pour nous et notre mode de vie.

Au départ, j’ai adhéré à ces méthodes et j’ai choisi de me porter volontaire pour aider à défendre mon pays. Ce n’est que lorsque j’ai été déployé en Irak et que je lise quotidiennement des documents militaires secrets que j’ai commencé à remettre en question la moralité de ce que nous faisions. Ce fut à cette époque que j’ai compris que dans les efforts que nous déployions pour répondre à ce risque que l’ennemi nous posait, nous perdions notre humanité. Nous avons sciemment choisi de dévaloriser la vie humaine à la fois en Irak et en Afghanistan. Lorsque nous engagions le combat contre ceux qui nous percevions comme des ennemis, nous tuions parfois des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d’accepter la responsabilité de nos actes, nous avons choisi de nous cacher derrière le voile de la sécurité nationale et des renseignements classifiés afin d’éviter toute responsabilité publique.

Dans notre zèle à tuer l’ennemi, nous avons débattu en interne de la définition de la torture. Nous avons détenu des individus à Guantanamo depuis des années sans procès. Nous avons inexplicablement fermé les yeux sur la torture et sur les exécutions par le gouvernement irakien. Et nous avons accepté d’innombrables autres actes au nom de notre guerre contre le terrorisme.

Le patriotisme est souvent le cri exalté lorsque ceux qui sont au pouvoir préconisent des actes moralement discutables. Quand ces cris patriotiques noient nos intentions basées logiquement [inaudible], c’ est généralement à un soldat américain qu’on donne l’ordre d’accomplir une mission mal conçue.

Notre nation a connu des moments sombres similaires au nom des vertus de la démocratie – la Piste des Larmes, l’arrêt Dred Scott, le McCarthysme, les camps d’internement japonais-américains - pour n’en citer que quelques uns. Je suis convaincu que nombre de nos actions depuis le 11/9 seront perçues un jour sous un jour semblable.

Comme le regretté Howard Zinn a dit un jour, « Il n’y a pas de drapeau assez grand pour couvrir la honte de tuer des innocents ».

Je comprends que mes actions ont violé la loi et je regrette si mes actions ont blessé quelqu’un ou ont nui aux Etats-Unis. Je n’ai jamais eu l’intention de blesser quelqu’un. Je voulais seulement aider les gens. Lorsque j’ai choisi de divulguer des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays et un sens du devoir envers les autres.

Si vous rejetez ma demande de grâce, j’effectuerai ma peine en sachant qu’il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serais heureux de payer ce prix si cela signifie que nous pourrons avoir un pays véritablement conçu sur la liberté et dévoué à l’idée que tous les femmes et hommes naissent égaux.

Bradley Manning

Source : http://www.commondreams.org/view/2013/08/21-7

EN COMPLÉMENT :

Note du Grand Soir : depuis la traduction, l’article du Guardian ci-dessous a été complété.

Le correspondant du Guardian à Washington, Paul Lewis a parlé à David Coombs, l’avocat de Bradley Manning. Coombs a décrit en détail la scène qui a suivi, juste après que Manning ait appris sa condamnation à 35 ans de prison :

La sécurité a escorté Manning dans une autre pièce, où ses avocats et sa famille l’attendaient. Plusieurs des personnes présentes – y compris Coombs - étaient en larmes.

« Quand nous sommes retournés dans la pièce, tous les avocats de la défense étaient émus, y compris moi-même », a déclaré Coombs. « La seule personne qui n’était pas émue était Brad. Il nous a regardés et nous a dit : « C’est bon » (« It is okay »). Il a regardé spécifiquement vers moi et a dit : « Je sais ce que vous avez fait. Vous avez fait tout votre possible, vous avez fait tout ce que vous pouviez faire pour moi. C’est bon. Je vais aller de l’avant et ça va aller ».

« Puis nous avons eu un moment plus léger, parce que, entre deux sanglots, je lui ai dit :  “Ce n’est pas comme çà que c’est censé fonctionner. Je suis supposé te réconforter – ce n’est pas toi qui dois me consoler ”. Et puis nous avons ri et c’était ok. Cela démontre une sorte de résilience chez ce jeune homme ».

J’ai demandé à Coombs si c’était aussi une indication que Manning s’était préparé à une longue peine d’emprisonnement. Il a répondu :

« Je pense qu’il était préparé, plus que son équipe d’avocats ne l’était, quel que soit le résultat. Alors, si elle [la juge, Colonelle Lind] avait dit “60 ans”, je pense qu’il aurait accueilli cette nouvelle de la même façon ».

Source : http://www.theguardian.com/world/2013/aug/21/bradley-mann...

Traduction : Romane

Pour : http://www.legrandsoir.info/il-faut-parfois-payer-un-lour...

 

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jeudi 22 août 2013

Déclaration de Julian Assange sur la condamnation de Bradley Manning (Wikileaks)

Julian ASSANGE

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Bradley Manning, le lanceur d’alerte bien connu, a été condamné par un tribunal militaire dans le Maryland à passer un minimum de 5,2 ans en prison avec un maximum de 32 ans (incluant le temps déjà passé en détention provisoire) pour avoir révélé au public des informations sur le comportement du gouvernement des États-Unis.

Cette durée minimale durement gagnée représente une victoire tactique significative pour la défense, l’équipe de campagne et les sympathisants de Bradley Manning. Au début de ces procédures, le gouvernement des États-Unis avait accusé Bradley Manning d’un crime capital et d’autres charges portant sur 136 ans d’incarcération. Son équipe de la défense en appelle à présent à la Cour pénale de l’armée américaine (US Army Court of Criminal Appeals) concernant sa sentence et également pour violations de procédure lors du procès.

Alors que la défense devrait être fière de sa victoire tactique, il faut se rappeler que le procès de M. Manning et sa condamnation sont un affront aux concepts fondamentaux de la justice occidentale. Lorsque M. Manning a été arrêté en mai 2010, il a été immédiatement soumis par le gouvernement des États-Unis à une incarcération punitive qualifiée de « cruelle, inhumaine et dégradante » par Juan Mendez, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, et même jugée illégale par les tribunaux militaires étasuniens.

La période que M. Manning a déjà passée en prison sera soustraite de la sentence et les réductions de peine pour bon comportement, la libération conditionnelle et d’autres facteurs signifient qu’il est probable qu’il passe désormais moins de dix ans en détention. L’équipe de défense de M. Manning cherche maintenant à réduire encore cette sentence en appel. La loi militaire étasunienne stipule que la sentence ne peut être que diminuée. Il est important que le soutien pour Bradley Manning se poursuive pendant cette période.

La seule issue juste dans le cas de M. Manning est sa libération inconditionnelle, une compensation pour le traitement illégal qu’il a subi et un engagement sérieux pour enquêter sur les actes répréhensibles que ses révélations présumées ont mis en lumière.

Le traitement de M. Manning a été destiné à envoyer un signal aux personnes de conscience dans le gouvernement des États-Unis qui pourraient chercher à mettre en lumière des actes répréhensibles. Cette stratégie s’est retournée contre eux de façon spectaculaire comme cela a été prouvé ces derniers mois. Au lieu de cela, l’administration Obama démontre qu’il n’y a aucune place pour les personnes de conscience et de principe. Par conséquent, il y aura mille autres Bradley Manning.

Source : http://wikileaks.org/Statement-by-Julian-Assange-on,267.html

Traduction : Romane

Pour : http://www.legrandsoir.info/declaration-de-julian-assange...

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UN SEUL LIVRE

 (précédé d’un rappel en cadeau : dans le dialecte d’ici on dit rawète)

 

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République française : colosse fragile repu de la sottise et de l’apathie du populaire ?

Par Hugo BremontAgoravox – 24.9.2011


9. la_boetie.jpg1549 : Etienne de La Boétie n'a pas encore 18 ans lorsqu'il écrit le Discours de la servitude volontaire ou Le Contr'Un, en réaction au sac de Bordeaux, consécutif à la révolte de sa population contre l'établissement d'une nouvelle taxe, mené par le connétable Anne de Montmorency qui outrepasse les souhaits du roi. Futur conseiller au parlement de Bordeaux, puis à la Cour, le jeune Etienne y voit l'un des stigmates d'un absolutisme qu'il entreprend de dénoncer et dont il accuse le peuple d'en être non seulement le complice, mais encore le véritable responsable.

Charles Lenient, relatant dans La satire en France ou la littérature militante au XVIe siècle (1866) les circonstances ayant présidé à la rédaction de ce Discours, explique que « ce hardi factum (on ne saurait lui contester ce titre), quoique étouffé dès sa naissance, n'en est pas moins une œuvre vivante, sortie des entrailles de la société, sous le coup des émotions contemporaines », ajoutant qu' « il faut se représenter La Boétie tel qu'il dut être alors, jeune homme rêveur et enthousiaste, avec son âme fière et généreuse, son imagination ardente, ayant vécu jusque-là de cette vie chaste et pleine d'illusions, que donne l'étude, en société des plus honnêtes gens de tous les siècles », bientôt révulsé par le sac sanglant dont il a été le témoin, des centaines de Bordelais ayant été pendus, décapités, roués, empalés, brûlés vifs, démembrés à quatre chevaux : « Il a entendu les cris des femmes et des enfants fuyant devant la soldatesque ; il a vu les confiscations, les emprisonnements, les pendaisons sans jugement, tout un peuple hébété de terreur, baisant la main de son bourreau : et le cœur navré, blessé dans sa dignité d'homme, de chrétien, de Français, il se demande quel pacte a livré ainsi à un seul tout ce troupeau de bétail humain ».

Étienne de La Boétie s'interroge sur l'origine de la servitude qu'il observe chez ses contemporains et, explique encore Lenient, « ce terrible problème assiège et tourmente l'imagination du jeune publiciste. Ira-t-il en chercher la source dans une sorte d'investiture divine, injurieuse pour la Providence ? Dans le droit d'usurpation ou de conquête ? Est-ce la force, la ruse ou le génie même qu'il faut maudire ? Non ; mais la sottise et l'apathie du populaire. C'est ce gros populas toujours soupçonneux à l'égard de ceux qui l'aiment, toujours crédule envers ceux qui le trompent, c'est lui qui s'est créé cette idole dont le poids l'écrase, ce Moloch auquel il faut des victimes humaines ».

Et La Boétie d'interpeller ainsi son lecteur : « Celui qui vous maîtrise tant, n'a que deux yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps, et n'a autre chose que ce qu'a le moindre homme du grand nombre infini de nos villes : sinon qu'il a plus que vous tous, c'est l'avantage que vous lui faites pour vous détruire. D'où a-t-il pris tant d'yeux ? D'où vous épie-t-il, si vous ne les lui donnez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d'où les a-t-il, s'ils ne sont les vôtres  ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous que par vous autres mêmes ? Comment vous oserait-il courir sus, s'il n'avait intelligence avec vous ! Que vous pourrait-il faire, si vous n'étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue, et traîtres de vous-mêmes ?

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre. »

Un esprit caustique pourrait bien y voir, aujourd'hui, le portrait saisissant de « l'électeur français moyen ». Gavé, jusqu'à en perdre son libre arbitre, de sermons culpabilisants lui promettant l'opprobre de ses congénères s'il s'avisait de manquer à son « devoir de citoyen » – celui qui lui enjoint de cracher au bassinet électoral, fût-ce pour un coquin qu'il méprise et qui le méprise au centuple – notre naïf, pourtant groggy par des désillusions en cascade, semble toujours fier de se donner pour chef un bourreau, celui-là même dont il aura dressé le piédestal de ses propres mains, et qu'il rendra responsable de ses maux, lesquels il ne devra pourtant qu'à sa propre inconséquence.

De nos jours, l'absolutisme est celui d'une démocratie d'apparence laissant accroire aux Français qu'ils plébiscitent par leur vote un régime respectueux de leurs libertés et soucieux de leur bien-être, cependant qu'ils se débattent au sein d'un État policier aux yeux duquel ils ne sont plus que contribuables à rançonner. Vaincre triomphalement bien que sans péril un régime républicain détruisant la France à petit feu suppose seulement d'en avoir pleinement conscience, et de, très logiquement, refuser d'accorder son obole électorale tant à la peste qu'au choléra... Un sursaut dérobant la base d'une République qui, rappelons-le, fut imposée à nos ancêtres dans la foulée du coup d'État révolutionnaire mené, non par le peuple, mais par cette bourgeoisie affairiste ayant enfanté les financiers mondialistes d'aujourd'hui.

H.B.

Inutile de dire que nous ne sommes pas d’accord avec la dernière phrase d’Hugo Bremond. La bourgeoisie affairiste d’alors n’est pas à l’origine de notre République : elle en fut la fossoyeuse. Celle d’aujourd’hui n’en est que l’usurpatrice. Avec notre complicité. Qui est le sujet, précisément, de ce livre.

 Source :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/republique-f...

 

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Discours de la servitude volontaire

Mille et une nuits – 1997 – 63 pages




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Le discours de la servitude volontaire

Suivi de La Boétie et la question politique

par Pierre Clastres et Claude Lefort

Petite bibliothèque Payot n° 134 – 2002

352 pages

 


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Discours de la servitude volontaire

FolioPlus Philosophie – 2008

192 pages

 




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Discours de la servitude volontaire

Présentation de Simone Goyard-Fabre

GF Flammarion – 1993

394 pages

 



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De la servitude volontaire ou Contr'un

suivi de Mémoire touchant l'édit de janvier 1562, suivi de sa réfutation par Henri de Mesmes

Édition critique de Nadia Gontarbert - Le  Mémoire est présenté par Annie Prassoloff

Collection Tel n° 226 - Gallimard – 1993 - 308 pages

 



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La servitude volontaire

suivi de Vingt-neuf sonnets

et d’une Lettre de Montaigne à son père sur la mort d’Étienne de la Boétie

Arléa – Poche – 2007 - 120 pages

 


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Discours de la servitude volontaire

William Blake And Co – 2011

Collection La pharmacie de Platon

Avant-propos de Jean-Paul Michel

88 pages


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De la servitude volontaire

Présenté par Miguel Benasayag

Suivi d’un entretien avec Cornelius Castoriadis

Le Passager Clandestin – 2010 - 96 pages

 



18. Discours.gif


De la Servitude Volontaire ou Le Contr’un

texte intégral transcrit par Charles Laisant et Élisée Reclus, repris et préfacé par Gibet

Gravures de Jacques Laudy

À l’Orient – 2007 – 93 pages

 


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Discours de la servitude volontaire

Les Éditions de Londres – 2011

[ Format Kindle ]

Taille du fichier 176 KB



20. discours-cd-audio.jpg 

Discours de la servitude volontaire

[CD audio] lu par Denys Podalydès

Éditions Thélème – 2009

 

 

 

 

Mis en ligne par Marie, le 25 août 2013

23:47 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/08/2013

Les damnés de la terre ont perdu leur défenseur

 

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« Pour ne parler que des colonies françaises, quelle clameur si les victimes pouvaient crier ! Quels rugissements, venus d’Algérie et de Tunisie, favorisés, quelquefois, de la carcasse du président de notre aimable République ! Quels sanglots de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie, de la Cochinchine et du Tonkin ! Pour si peu qu’on soit dans la tradition apostolique de Christophe Colomb, où est le moyen d’offrir autre chose qu’une volée de mitrailles aux équarisseurs d’indigènes, incapables, en France, de saigner le moindre cochon, mais qui, devenus magistrats ou sergents-majors dans des districts fort lointains, écartèlent tranquillement des hommes, les dépècent, les grillent vivants, les donnent en pâture aux fourmis rouges, leur infligent des tourments qui n’ont pas de nom, pour les punir d’avoir hésité à livrer leurs femmes ou leurs derniers sous ! Et cela, c’est archi-banal, connu de tout le monde, et les démons qui font cela  sont de fort honnêtes gens qu’on décore de la Légion d’honneur et qui n’ont même pas besoin d’hypocrisie. Revenus avec d’aimables profits, quelquefois avec une grosse fortune, accompagnés d’une longue rigole de sang noir qui coule derrière eux ou à côté d’eux, dans l’invisible – ils ont écrasé tout au plus quelques punaises dans de mauvais gîtes, comme il arrive à tout conquérant, et les belles-mamans, éblouies, leur mijoteront des vierges. J’ai devant moi des documents, c’est-à-dire tels ou tels cas. On pourrait en réunir des millions. L’histoire de nos colonies, surtout dans l’Extrême-Orient, n’est que douleur, férocité sans mesure et indicible turpitude. J’ai su des histoire à faire sangloter des pierres. »

Léon BLOY, Le sang du pauvre

 

Les damnés de la terre ont perdu leur défenseur

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Avocat de la terreur ou des condamnés d’avance ?

http://vod.canalplay.com/pages/movies/detail.aspx?aid=297...

 

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La mort de Jacques Vergès – Une vie dédiée à l’anticolonialisme

Par Gilles Munier

Mondialisation.ca, 17 août 2013

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Jacques Vergès est né le 5 mars 1925, au Siam (aujourd’hui Thaïlande). Il est le fils de Pham Thi Khang, institutrice vietnamienne, et du docteur Raymond Vergès, originaire de la Réunion, consul de France à Oubone. Suite à ce mariage, considéré comme une mésalliance par la société coloniale de l’époque, son père dut démissionner et reprendre ses activités de médecin. Après le décès de sa mère alors qu’il avait trois ans, son père s’installa à la Réunion où Jacques Vergès fut élevé par sa vieille tante.

A l’âge de 10 ans, il rencontra Abdelkrim al-Khattabi, assigné à résidence à la Réunion. La forte personnalité du résistant, héros légendaire de la guerre du Rif (1921-1926) contre les troupes espagnoles et françaises –commandée par le maréchal Pétain – eut très certainement une grande influence sur sa manière de pensée.

A Londres, avec le général de Gaulle

A 12 ans, il milite avec son père, fondateur du parti communiste réunionnais, et Paul – son frère jumeau – pour le Front populaire. En 1942, son bac en poche, obtenu brillamment au coude à coude avec le futur Premier ministre français Raymond Barre, Jacques Vergès et son frère Paul rejoignent le général de Gaulle et les Forces françaises libres (FFL) en Grande-Bretagne. Ils ont 17 ans et demi.

Sous-officier, Jacques Vergès participe aux combats en Afrique du Nord, en Italie, puis en France. Après la guerre, en 1946, il adhère au parti communiste français (PCF) – où son militantisme au sein du Comité des étudiants anticolonialistes passe mal – et entame des études d’histoire, puis de droit. C’est là qu’il fait la connaissance de la génération d’hommes politiques, africains et asiatiques, qui lutteront pour l’indépendance de leur pays, ainsi que du Cambodgien Saloth Sar, futur chef des Khmers rouges sous le nom de Pol Pot, et de Khieu Samphan dont il assure aujourd’hui la défense.

En 1950, Jacques Vergès est élu – contre l’avis du PCF – membre, puis secrétaire général du bureau de l’Union internationale des étudiants dont le siège est à Prague. En 1955, de retour en France, il obtient sa licence de droit, passe le Capa, et s’inscrit au barreau de Paris. La Conférence du stage, association d’avocats célèbre pour son concours d’éloquence, le sacre orateur de l’année.

Plus dangereux qu’une division 

En avril 1957, il propose ses services aux avocats qui défendent les militants du FLN et se jette, à corps perdu, dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle, dira que le collectif dont il est le leader, est « plus dangereux qu’une division ». Finalement, il est suspendu pendant un an. Il s’installe au Maroc où le docteur Khatib, ministre des Affaires africaines, en fait son conseiller et son agent de liaison avec les mouvements de libération à qui il fournissait des faux passeports, des vivres, de l’argent et des armes.

A Alger, après l’indépendance de l’Algérie, après avoir été directeur du département Afrique de Mohamed Khémisti – ministre des Affaires étrangères assassiné en avril 1963 – Jacques Vergès crée Révolution Africaine. Dans le n°2 de l’hebdomadaire, il rend un vibrant hommage à Abdelkrim al-Khattabi qui vient de décéder au Caire. Le « Lion du Rif »,écrit-il, a démontré « à nous, hommes de couleur, que l’impérialisme n’était pas invincible ». Il signe l’article de son nom de guerre : Mansour(Le Victorieux).

La vedette des barreaux

Suite à des dissensions idéologiques avec le président Ben Bella, il quitte l’Algérie et fonde à Paris, en septembre 1963, le mensuel Révolution avec l’aide de la Chine et l’entourage de Che Guevara. Après le renversement de Ben Bella, le 19 juin 1965, il revient en Algérie, épouse Djamila Bouhired, héroïne de la Bataille d’Alger qu’il a défendu au cours d’un procès retentissant, et s’inscrit au barreau d’Alger. A la demande d’Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères  du président Boumédiène, il assure la défense de fédayine palestiniens du FPLP ayant attaqué des avions d’El Al à Athènes et Zurich et de Mahmoud Hedjazi, condamné à mort pour avoir tiré sur des gardes-frontière. Les Israéliens le bloquent à l’aéroport de Tel-Aviv et l’expulsent.

Jacques Vergès « disparaît » de 1970 à 1978. Qu’on ne compte pas sur lui pour dire où il était et ce qu’il faisait ! Les brides de réponses qu’il distille dans Agenda, roman clé paru en 1979, aboutissent à des impasses. Selon la DST (service français de contre-espionnage), il aurait séjourné à Cuba, en Allemagne de l’Est, au Viet Nam du Nord, et serait un des pères de la Constitution algérienne de 1975. Mais ces informations sont à prendre avec des pincettes.

De retour en France, il reprend ses activités comme si de rien n’était. Suivront les procès qui feront de lui un des avocats les plus talentueux et les plus controversés du monde judiciaire contemporain. Aujourd’hui respecté par la majorité de ses confrères, y compris par ceux qui ne partagent pas ses engagements, il est l’invité vedette des rentrées solennelles des barreaux français et des colloques internationaux consacrés au droit pénal. Son triomphe au théâtre, avec sa pièce Serial plaideur, témoigne de sa popularité hors des prétoires.

Source :

http://www.mondialisation.ca/la-mort-de-jacques-verges-une-vie-dediee-a-lanticolonialisme/5346094

A propos de  Jacques Vergès, lire aussi :

Jacques Vergès et la défense de Saddam Hussein et de Tarek Aziz

http://0z.fr/w7TP2

Jacques Vergès réclame la libération de Georges Ibrahim Abdallah

http://0z.fr/x1YBn

“Sarkozy sous BHL”: une grenade dégoupillée dans la cours de l’Elysée

http://0z.fr/8e77U

 

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Entretien avec maître Jacques Vergès: «Nous assistons à une époque d’ensauvagement de l’humanité»

Par Silvia Cattori

Mondialisation.ca, 17 août 2013

Slivia Cattori 16 août 2013

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Maître Jacques Vergès s’est éteint à jamais. Clairvoyant et inflexible, engagé et détaché à la fois, sensible à la souffrance des faibles et des vaincus, Jacques Vergès a été de son vivant la cible de ceux qui passent leur temps à jeter l’opprobre sur tout témoin lucide et rebelle. Il n’a jamais flanché. Nous rendons ici hommage à ce personnage hors du commun, en rediffusant l’entretien qu’il nous avait accordé en mars 2006 lors d’une rencontre restée pour nous inoubliable.

« Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie est une institution illégale »

A l’heure où tant de gens peinent à comprendre le silence de leurs autorités face aux victimes qui, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, mais aussi chez nous, sont laissées sans protection, nous croyons que des voix comme celle de Maître Vergès sont importantes.


Silvia Cattori : Vous connaissiez M. Milosevic. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de son décès ?

Jacques Vergès : Je suis son avocat, un parmi d’autres. Qu’ai-je ressenti ? J’ai ressenti de l’indignation parce que, manifestement, c’est une mort que l’on a voulue. De ce point de vue, c’est un assassinat. M. Milosevic était très malade. On lui a imposé des séances harassantes qui se terminaient après l’heure de la promenade journalière, qui consistait à faire les cent pas, dans la cour de la prison.
Au début de cette année il a été très malade ; il a demandé à se faire soigner en Russie. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide. Les Russes avaient promis de le garder entre les mains de la justice, de ne pas lui permettre de s’évader. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a refusé qu’il se fasse soigner en Russie. A cet homme qui avait besoin de soins urgents, on les lui a refusés, avec au bout sa mort.

Aujourd’hui, l’autopsie dit qu’il est mort d’un infarctus, que c’est une mort naturelle. Ce n’est pas vrai.
Des morts naturelles peuvent être provoquées. Pendant la guerre d’Algérie, j’ai été désigné par les nièces d’un Monsieur qui venait d’être arrêté. Je leur ai dit que j’allais intervenir auprès des autorités pour qu’il ne soit pas torturé et elles ont dit « mais il ne s’agit pas de tortures, il s’agit de sa vie, il est diabétique et a besoin d’une piqûre d’insuline tous les jours, sans quoi il meurt ». Il serait mort de mort naturelle.
Dans le cas de M. Milosevic, même si l’on ne trouve pas de trace de poison, il est mort d’une mort naturelle, mais d’une mort naturelle provoquée. On me dit : mais pourquoi ceci ? Parce que, premièrement, c’était un homme qui était courageux, qui se défendait seul devant le tribunal, et on voulait le briser, au risque de le tuer. Eh bien, on l’a tué. C’est pourquoi je dis que ce tribunal est un tribunal d’assassins.

Silvia Cattori : En n’accordant pas au prévenu le respect auquel tout prisonnier a droit, fut-il un criminel, Mme Carla del Ponte a-t-elle donc failli ?

Jacques Vergès : Oui, on a refusé à M. Milosevic le respect que l’on doit à tout prisonnier. En France, nous avons un ancien ministre, M. Papon, qui a été condamné pour crimes contre l’humanité. Il s’est senti malade. Des médecins ont fait leur constat, et on l’a mis en liberté. Il a été traité humainement.

Silvia Cattori : N’avez-vous aucune considération pour le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ?

Jacques Vergès : Ce Tribunal Pénal International est une institution illégale qui a été décidée par le Conseil de Sécurité qui n’a aucun pouvoir judiciaire. On ne peut pas déléguer un pouvoir que l’on n’a pas. Seule l’Assemblée pouvait décider cela.

Deuxièmement, ce tribunal n’a pas de loi. En France ou en Suisse, quand vous allez devant un tribunal, il y a un code de procédure que l’on applique. Pour le TPIY, il n’y a pas de code de procédure. Le TPIY change la procédure selon les besoins qu’il éprouve. La procédure, en ce qui concerne M. Milosevic, a été changée vingt-deux fois.

Troisièmement, ce tribunal s’occupe de faits antérieurs à sa création, ce qui est illégal. Cela s’appelle « la rétroactivité de la loi pénale », procédé qui est parfaitement contraire à toutes les règles démocratiques. Ce tribunal admet que des témoins puissent témoigner masqués. Quel débat contradictoire est-il encore possible ? !
Ce tribunal dit que, dans certains cas, la rumeur publique suffira comme preuve. Or, nous savons à quel point la rumeur publique est lourde d’erreurs et de manipulations.
Enfin, pour couronner le tout, le tribunal accepte des dons : 14 % du budget du TPIY provient de dons. Par exemple, M. Soros, qui est un adversaire de la Serbie, contribue aux payements du salaire des juges. Que diriez-vous si vous deviez comparaitre devant un tribunal payé par une chaîne hôtelière ou par une chaîne d’épicerie ?

Silvia Cattori : N’y a-t-il plus de légalité internationale ? Quelle confiance, par conséquent, les faibles peuvent-ils encore avoir en la justice ?

Jacques Vergès : Ecoutez, la légalité internationale ? Vous avez entendu parler de Guantanamo. Quelle légalité ! ? Vous avez encore appris quelque chose qui est pire que Guantanamo : que des services secrets américains auraient, en Europe, des prisons où on envoie des gens pour y être torturés sans que cela se sache. On a avancé les noms de pays comme la Pologne et la Roumanie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que la France ou l’Europe ne tapent pas du poing sur la table face à la gravité des violations auxquelles le monde assiste ?

Jacques Vergès : Là-dessus, le souhait que j’aurais est que des pays comme la France s’y opposent mais, malheureusement, ce n’est pas le cas. Déjà, de sa part, s’être opposé à la guerre contre l’Irak, je considère que c’est une grande chose, c’est inespéré.

Les Etats- Unis détiennent des gens à Guantanamo en-dehors de toute légalité. Ces détenus ne dépendent même pas de la loi américaine. On a vu également, à la prison d’Abou Graib, comment la torture n’était plus un instrument d’interrogatoire mais un instrument d’abaissement de la dignité humaine. En Algérie, quand les Français torturaient, ce qui était ignoble, c’était, disaient-ils, pour avoir des renseignements. Mais quand, comme cela s’est vu, une jeune Américaine rit en traînant par une laisse un homme nu agonisant, ce n’est pas pour chercher des documents, c’est pour l’assimiler à une bête. Là, nous assistons à une époque d’ensauvagement de l’humanité.

Silvia Cattori : En ne condamnant pas les Etats-Unis et la Grande Bretagne, durant les années où ces pays ont bombardé en Irak, en violation du droit, la zone appelée « No fly zone », l’ONU ne s’est-elle pas rendue complice des préparatifs de cette guerre ?

Jacques Vergès : Bien sûr. Aucune instance n’a vraiment condamné les mauvais traitements de ces prisonniers. Toutefois, la guerre contre l’Irak, l’ONU ne l’a pas votée. Les Américains ont engagé cette guerre sur un mensonge. Tout le monde savait très bien que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive. Et la guerre a quand même été menée sous ce faux prétexte. Et personne ne condamne les agresseurs.
D’autre part, il y a eu l’embargo, entre les deux guerres ; embargo qui a causé la mort de cinq cent mille enfants. C’est l’OMS qui le dit. Quand on demande à Mme Albright ce qu’elle en pense, elle dit « C’est le prix de la démocratie ». Est-ce qu’un régime, quel qu’il soit, mérite le sacrifice de cinq cent mille enfants ? Les criminels contre l’humanité, c’est parmi les grandes puissances occidentales qu’on les trouve.

Silvia Cattori : Les gens se souviennent de la période où les médias vous ont qualifié de « nazi », de « terroriste », pour avoir défendu Barbie et Carlos. Cela ne vous dérange-t-il pas quand on vous traîne dans la boue ?

Jacques Vergès : Non.

Silvia Cattori : Et quand on vous traite « d’antisémite » cela vous laisse-t-il indifférent ?

Jacques Vergès : Ecoutez, du moment que cela n’est pas vrai, cela me laisse indifférent.

Silvia Cattori : Mais la rumeur peut détruire des carrières !

Jacques Vergès : Je vis dans un pays qui s’appelle la France. Il existe une tradition en France : le Français a une tendance à se sentir seul contre l’establishment. Il est pour d’Artagnan, pour Mandrin.
Un jour, je sortais de la cour d’Assise d’Aix. Je traversais le petit marché qui se tient aux abords du Palais de justice. Un confrère m’a dit : « Tu vois, quand les gens te reconnaissent cela ne m’étonne pas ; ce qui m’étonne c’est la manière dont ils te saluent ; ce n’est pas un notable qu’ils saluent, c’est un complice. Alors, Maître, on continue »

Silvia Cattori : A part vous, il y a des nombreuses personnes qui sont accusées « d’antisémitisme », d’être « anti-juives », qui est un délit qui pèse plus lourd que si l’on est accusés de « racisme », d’être « anti-arabes » !

Jacques Vergès : Actuellement, on ne me traite plus d’antisémite. Ma plaidoirie a été publiée et diffusée à la télévision ; on a bien vu que je n’avais pas tenu de discours « antisémite ».
Le problème des médias, vous le connaissez : les médias hurlent avec les loups. Ils considèrent que c’est leur fonction. Je disais, au moment du procès Barbie, à un journaliste de télévision : le service que vous pourriez me rendre c’est de publier ma photo tous les jours dans votre journal en disant « cet homme est un salaud ». Les Français ne sont pas assez bêtes et ils décrypteront votre message et se diront : si on l’insulte tant c’est que c’est un type bien.

Silvia Cattori : Vous croyez vraiment que les gens soumis au matraquage médiatique savent faire la part des choses ?

Jacques Vergès : A la longue, oui.

Silvia Cattori : Vous avez connu des personnalités comme Tarek Aziz que beaucoup respectaient. Elles sont aujourd’hui traitées comme des chiens, livrées à la torture. Comment vivez-vous, en votre for intérieur, cette violence des Etats faite au nom « des droits humains et de la démocratie » qui a déjà fait tant de victimes, causé tant de souffrances ?

Jacques Vergès : Comme la grande imposture. Nous vivons une période de sauvagerie et d’imposture. Saddam Hussein était l’allié de l’Occident puis, un jour, on a pensé qu’il était trop fort et on a décidé de l’abattre. Et ensuite on l’a abattu sur des mensonges. On le reconnaît aujourd’hui.

Et puis on nous dit que l’on se bat pour les droits de l’homme mais on n’a jamais autant humilié et bafoué les hommes que dans les prisons américaines, en Irak et à Guantanamo. On est allé en Afghanistan pour vaincre les Talibans et le résultat est que la production d’opium a été multipliée par dix.
On menace l’Iran, en disant que l’Iran ne doit pas avoir la bombe atomique. Il ne doit même pas être soupçonné d’avoir les moyens de faire la bombe nucléaire. Alors que l’Iran a deux voisins qui l’ont déjà : le Pakistan d’un côté et Israël de l’autre.
Pourquoi ces deux pays ont-ils droit à la bombe et l’Iran non ? Ne cherchez pas de réponses. Ce sont des décisions des puissants du moment.

Silvia Cattori : Imaginez-vous que l’on puisse modifier le cours des choses ?

Jacques Vergès : En 1941, en Europe, on pouvait prévoir que les choses changeraient si Hitler faisait une folie. La folie, il l’a commise : il a attaqué l’Union soviétique et il a été vaincu.

Je pense que tout cela va se terminer par une folie et, malheureusement, un grand massacre. A ce moment là, il sera mis fin à cet état d’hypnose dans lequel vit le monde. On sait très bien, par exemple, que, si les Etats-Unis attaquent l’Iran, nous assisterons à une confrontation extrêmement grave dans tout le Moyen-Orient. Avec même des conséquences dans les pays occidentaux, avec le cours du pétrole. C’est pour cela du reste qu’ils hésitent tellement !

Silvia Cattori : Donc ces guerres « dites préventives », voulues même par des personnalités qui se disent humanitaires, comme Pascal Bruckner et Bernard Kouchner, par exemple, ne mènent pas vers le meilleur des mondes !

Jacques Vergès : Non. Vous n’avez qu’à voir, actuellement, cette prétendue « guerre contre le terrorisme ». Qu’est-ce que c’est que le « terrorisme » ? Ce n’est pas une entité.
J’ai fait la guerre dans l’armée française libre ; j’étais artilleur. L’artillerie n’était pas une entité. Il n’y avait pas une artillerie contre une infanterie. Il y avait une artillerie allemande et une artillerie française.
Les « terroristes » sont différents entre eux. Les gens de l’IRA et les gens d’Al Quaida ne sont pas les mêmes. Les gens de l’ETA et les Corses ne sont pas les mêmes. Mais, au nom du « terrorisme », on justifie tout.

Silvia Cattori : Pour les peuples sous occupation ou agressés, n’y a-t-il pas un droit international à se défendre ?

Jacques Vergès : Cela s’appelle la résistance. Le mot terrorisme a été utilisé pour la première fois, en France, par les Allemands, pendant l’occupation.

Silvia Cattori : Comment expliquer, dès lors, que le Parlement européen ait inscrit – avec l’accord de tous les partis, de l’extrême gauche à la droite – le mouvement du Hamas sur la liste des « organisations terroristes » à la demande d’Israël et des Etats-Unis ?

Jacques Vergès : Parce que, à mon avis, on vit sur une équivoque. Quand on examine les crimes de l’Allemagne nazie, je disais, au cours du procès Barbie : « avant de le juger, essayez de balayez devant votre porte ». La Gestapo a commis moins de crimes en France que la France n’en a commis en Algérie. Ou bien que les Russes n’en ont commis en Afghanistan, ou que les Américains n’en ont commis au Vietnam. Et on me répond « non, nous sommes une démocratie ».
Mais une démocratie est capable de crimes. Il y a cette équivoque : la démocratie ne serait pas capable de crimes ! Au contraire. Près de la Nouvelle Zélande, vous avez une île qui est plus grande que la Suisse, la Tasmanie ; il n’y a plus de Tasmanie. La dernière tasmanienne est morte en 1977, détruite par les colons anglais. Prenez les Peaux Rouges, les Incas, les Aztèques, tous ont été détruits ; c’étaient des civilisations florissantes.
Donc, les démocraties sont capables de crimes aussi bien que les dictatures. Avec des circonstances aggravantes dans le cas des démocraties : c’est que l’opinion est avertie. On me dit « mais il y a la liberté de la presse ». Mais alors, cela aggrave la responsabilité de l’opinion.

Silvia Cattori : Je crois que l’opinion n’est pas avertie !

Jacques Vergès : Pendant la guerre d’Algérie, la torture, nous la dénoncions. A Abou Graib, tout le monde est censé savoir ce qui s’est passé, les photos sont passées sur les télévisions.

Silvia Cattori : L’opinion a été pré-conditionnée : ne lui a-t-on pas présenté la guerre comme « un moindre mal » ?

Jacques Vergès : Mais l’histoire « du moindre » mal n’excuse pas cette inhumanité gratuite, et l’opinion le sait, et l’opinion démocratique n’a pas réagi.

Silvia Cattori : Auriez-vous pu imaginer, il y a quinze ans, que les choses se passeraient de la sorte ?

Jacques Vergès : Oui, à partir de la chute du mur et de la chute de l’URSS, où les Etats-Unis se retrouvaient être les seul maîtres, avec, à leur tête, des dirigeants incultes.
Ce n’est pas étonnant que les dirigeants allemands et français aient été contre la guerre en Irak. La France et l’Allemagne ne sont pas des îles. Chirac a une expérience du monde arabe. Il était officier en Algérie, il sait ce que c’est qu’une guerre de libération.
Les Américains ne savent pas. L’Amérique est une île. La couche éclairée de la côte Ouest et Est, peut-être, le savent. Mais l’Amérique profonde, du Nebraska à l’Arkansas, l’ignore. Je disais à des Serbes, à Belgrade : comment voulez-vous expliquer à un type de l’Arkansas que le Kossovo est le berceau de votre nation ? Eux, ils n’ont pas de nations. Ils n’ont pas d’histoire.

Silvia Cattori : Voulez-vous dire que les barbares sont de retour ?

Jacques Vergès : Oui, bien sûr. Je pense que jamais l’humanité n’a vécu une époque aussi sauvage qu’aujourd’hui. En Europe, il y avait certaines règles ; aujourd’hui on ne les respecte plus.

Silvia Cattori : Qui peut faire contrepoids à l’unique superpuissance américaine ?

Jacques Vergès : Au point de vue militaire, personne. Mais au point de vue économique, beaucoup de pays le peuvent. La guerre n’est plus seulement militaire aujourd’hui, elle est hors normes. Il suffit que deux tours s’effondrent à New York, sous les coups d’une organisation qui n’a pas de territoire, pour que les compagnies d’aviation américaines déposent leur bilan. Il suffit qu’il y ait des manœuvres chinoises sur le détroit de Formose pour que la bourse de Taipei s’effondre.
A la fin, mêmes soumis, la télévision, les journaux, devront dire certaines choses. L’opinion est très lente à changer de point de vue, mais elle se réveillera. Un jour, elle changera de point de vue.

Silvia Cattori : Qui sont les propriétaires des démocraties occidentales aujourd’hui ? Qui commande réellement ? Vers qui les peuples opprimés peuvent-ils encore se tourner ?

Jacques Vergès : Dans nos démocraties, ce sont les dirigeants des grandes sociétés. L’exemple est typique : quand les biscuiteries « LU » licencient leur personnel, les grévistes s’adressent à M. Jospin, qui était alors le premier ministre, et celui-ci leur répond « Que puis-je faire » ? Effectivement, il ne pouvait rien faire dans le système actuel.

Silvia Cattori : Donc les gens ne peuvent plus rien y changer ?

Jacques Vergès : Si, mais pour changer il faudra vraiment de grands bouleversements.

Silvia Cattori : Actuellement, le rapporteur spécial du Conseil de l’Europe, le procureur suisse Dick Marti, chargé de faire la lumière sur l’existence des « prisons volantes » de la CIA, se débat avec des gouvernements réticents à lui fournir les informations. Pensez-vous qu’il va pouvoir aller au bout de l’enquête ?

Jacques Vergès : S’il le veut, il peut y arriver. Quand on s’acharne, la vérité finit toujours par éclater : il y a toujours des témoins. Il réussira à condition qu’il accepte d’être isolé et d’être insulté. Je lui souhaite beaucoup de chance.

Entretien publié le 14 mars 2006
http://www.silviacattori.net/article141.html

 http://www.mondialisation.ca/entretien-vec-maitre-jacques-verges-nous-assistons-a-une-epoque-densauvagement-de-lhumanite/5346101


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Hommages

 

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Jacques Vergès vient de nous quitter

by Raphaël "JahRaph" Berland / on 16 août 2013 at 4 h 46 min /

Jacques Vergès, l’avocat lumineux, est décédé mercredi 15 août 2013 à Paris, d’un crise cardiaque. Le Cercle des Volontaires présente ses condoléances à sa famille et à son entourage.

Loin de la curée médiatique à son encontre, de la part de pseudo-journalistes qui n’ont rien compris à son parcours et à son combat, nous préférons nous remémorer ce qui restera sans doute l’une de nos meilleures interviews : celle de Maître Vergès, qui a pris de son temps l’année dernière pour recevoir des journalistes parfaitement inconnus et encore très amateurs, dans son cabinet d’avocat chargé d’histoire… et de jeux d’échec.

 

 

 

Georges Stanechy 

Jacques Vergès : la dignité humaine


Le Grand Soir

Adieu Mansour !

Jacques Vergès sur Djamila Bouhired


Justice.be

Vergès par-delà la mort


 

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La tâche qu’il n’a pu finir :

 

5. Abdallah - PC Libanais.jpg

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1984

 

7. Rassemb lement prison Lannemezan 24 octobre 2012.jpg

Devant la prison de Lannemezan, où Georges croupit toujours 29 ans plus tard

 

Relire sa plaidoirie de 2007 :

http://liberonsgeorges.over-blog.com/article-12545665.html

 

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8. SES LIVRES.jpg

  • Pour Djamila Bouhired, avec Georges Arnaud, Paris, Éditions de Minuit, 1957.
  • De la stratégie judiciaire, Paris, Éditions de Minuit, 1968
  • Pour les fidayine. La résistance palestinienne, Paris, Éditions de Minuit, 1969
  • Pour en finir avec Ponce Pilate, Paris, Le Pré aux clercs, 1983
  • Beauté du crime, Paris, Plon, 1988.
  • Je défends Barbie (préface de Jean-Edern Hallier) Paris, Jean Picollec, 1988.  
  • La Justice est un jeu, Paris, Albin Michel, 1992.
  • Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Paris, Albin Michel, 1993.
  • Mon Dieu pardonnez-leur, Paris, Michel Lafon, 1995.
  • Intelligence avec l'ennemi, Paris, Michel Lafon, 1996.
  • Le Salaud lumineux, Paris, Michel Lafon, 1996.
  • J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans, Paris, Éditions 84, 1999.
  • Nocturne. Poésie, Paris, Éditions Olbia, 2000, 108 pp.
  • Un procès de la barbarie à Brazzaville (avec Dior Diagne), Paris, Jean Picollec, 2000
  • Les Sanguinaires : sept affaires célèbres, Paris, J’ai Lu, 2001
  • Omar m'a tuer - histoire d'un crime, Paris, J'ai Lu, 2001.
  • L'Apartheid judiciaire, avec Pierre-Marie Gallois, Lausanne, L’Äge d’homme, 2002.
  • Le Suicide de la France, Paris, Olbia, 2002
  • Dictionnaire amoureux de la justice, Paris, Plon, coll. « Dictionnaire amoureux», 2002
  • Les Erreurs judiciaires, Paris, Presses Universitaires de France - PUF, 2002
  • Justice pour le peuple serbe, Arles, L'Âge d'Homme, 2003
  • La Démocratie à visage obscène, Paris, La Table ronde, 2004
  • Les Crimes d'État, Paris, Plon, 2004
  • Passent les jours et passent les semaines : Journal de l'année 2003-2004, Paris, Plon, 2005
  • Jacques Vergès, l'anticolonialiste (entretiens de Jacques Vergès avec Philippe Karim Felissi). – Paris : le Félin, coll. « Histoire et sociétés », 2005 – 116 p.
  • Crimes contre l'humanité massacres en Côte d’Ivoire, Seattle, Pharos, 276p, 2006
  • Que mes guerres étaient belles !, Monaco, Éditions du Rocher, 2007
  • Journal : La passion de défendre, Éditions du Rocher, 2008
  • Justice et littérature, Presses Universitaires de France, 2011
  • "Crimes et fraudes" en Côte d'Ivoire, Paris, Edite, 2011
  • Sarkozy sous BHL, (avec Roland Dumas).Paris, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2011,
  • De mon propre aveu, Paris, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

 

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« Au Sénat, ce soir, j’étais invité à parler de Robespierre pour une émission de télévision. Avant moi, M. Kouchner avait bafouillé pour parler de lui-même, et mon intervention a rompu le ronron des débats. C’est que le message que nous laisse Robespierre est très actuel.

En ces temps de scandales financiers éclaboussant les hommes politiques de droite comme de gauche, il est bon de se rappeler qu’il y eut dans l’histoire de France un homme politique qui méritait le nom d’Incorruptible.

En ces temps de mondialisation où les entreprises licencient, dégraissent, délocalisent, sans se soucier du sort des salariés qu’elles jettent à la rue, il est bon de se rappeler que Robespierre voulait que les pauvres puissent parler en maîtres.

En ces temps de droit d’ingérence où l’on fait la guerre pour apprendre aux gens à vivre, où l’on torture pour leur enseigner les Droits de l’homme, il est bon de se rappeler qu’un homme politique en France s’est opposé aux guerres prétendument humanitaires, prophétisant qu’elles aboutiraient au césarisme puis au retour des rois.

En ces temps où l’idée de nation est contestée, il est nécessaire de faire revivre l’exemple de celui qui, selon Jaurès, fut toute sa vie guidé par une seule idée : la nation souveraine.

Les applaudissements qui m’ont accueilli furent, je crois, de politesse.

14 mars : le souvenir de l’Incorruptible. »

Journal – La passion de défendre

 

 

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Maître Vergès n’aura plaidé qu’un seul procès de connivence dans sa vie.
Un procès de connivence mondaine.
Lorsqu’il a défendu – et fait acquitter – Louis XVI pour les beaux yeux de Mourouzi. Louis XVI, qui a eu un des procès les plus réguliers et les plus pointilleux de l’histoire, et un avocat qui a joué sa propre tête pour le défendre, plus un jury non de 12 mais de 750 personnes, dont un de ses parents, pour prononcer la sentence.
Jacques Vergès a surtout laissé passer l’occasion de réclamer que l’on fasse enfin le procès de l’Incorruptible. Au bout de plus de deux siècles de déni de justice.
Qui peut dire ce qui en fût sorti... d’autre qu’une sentence bidon pour spectateurs décervelés ?
Nobody is perfect.
Qu’il repose en paix, là où les havanes poussent sur les arbres et s’allument tout seuls.

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Mis en ligne par Marie, le 18 août 2013.

19:54 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2013

Nos fêtes sont plus belles que les vôtres - I/3.

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Nos fêtes sont plus belles que les vôtres

Et nos deuils nous appartiennent

Haïti - Cuba

 

« J’ai besoin, vous dis-je, de me débarrasser de soixante mille hommes ! »

Napoléon Bonaparte à Leclerc, 1802.

 

« I ran Cuba from the sixth floor of the US embassy. Cubans’ job was to grow sugar and shut up ! »

Earl T. Smith, ambassadeur US.

 

Le 7 avril 1803, il y a 210 ans, mourait Toussaint Louverture, au Fort de Joux, dans le Jura, où l’avait enfermé le 1er Consul, pour le forcer à révéler où il avait caché un trésor qui n’existait pas.

Le 26 juillet 1953, il y a 60 ans, 135 jeunes Cubains, conduits par Fidel Castro, donnaient l’assaut à la caserne Moncada. Presque tous allaient mourir et les quelques survivants faire une révolution qui dure encore. 

Le 28 juillet 1794 ou 10 Thermidor An II, il y a 219 ans, mouraient à Paris Maximilien Robespierre, Antoine Saint-Just, Georges Couthon et plus d’une centaine d’autres, dont un général sans-culotte liégeois du nom de Servais Boulanger, ancien ouvrier orfèvre émigré de Herstal.

On est le 31 ? On s’en fout, on n’est pas aux pièces.

Célébrons aujourd’hui, comme nous pouvons, les deux îles caraïbes, leurs grands malheurs et leurs grandes victoires. Votre indulgence pour nos lacunes. Vous n’aurez qu’à remplir les blancs.

C’est Amelia Duarte de la Rosa qui nous a donné l’idée de ce post, lorsqu’elle a fait paraître ce papier dans Granma, il y a une quinzaine de jours, après un an passé au milieu des Haïtiens et des décombres de leur catastrophe – une parmi d’autres - du 12 janvier 2010.


Haïti revisité

Granma, 13 juillet 2013

Amelia Duarte de la Rosa

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Je suis restée 12 mois dans ce pays, et j’ai pu constater qu’un nouveau pays se redressait des ruines et des décombres du tremblement de terre...

 Si quelqu’un décidait d’entreprendre un voyage en ignorant tout sur sa destination excepté le nombre de victimes d’un tremblement de terre ou d’une épidémie de choléra, avec pour tout bagage quelques livres de José Marti, d’Alejo Carpentier, d’Aimé Césaire et d’Enrique Vila Mata, quelques vieux vêtements, un appareil photo et une petite image de la Vierge de la Caridad del Cobre - pour se protéger des catastrophes - ; si pour comble cette personne décidait de miser sur l’optimisme et la curiosité à l’idée de partir à la recherche de la beauté dans les choses simples de la vie, sans doute vivrait-elle l’expérience que j’ai vécue à mon arrivée en Haïti.

J’atterris pour la première fois à Port-au-Prince par une journée torride d’un mois de décembre caribéen. Depuis deux ans, la situation du pays faisait la une de toutes les agences de presse, que ce soit à cause du séisme, de l’épidémie de choléra, ou du nombre de personnes qui mourraient quotidiennement pour une ou l’autre de ces raisons. Quelle qu’en soit la cause, les nouvelles d’Haïti étaient toujours désastreuses. Tout indiquait qu’une gigantesque fatalité, hors de contrôle, s’était emparée du pays pour briser tout signe d’espérance.

À Cuba en général, nous nous faisons une fausse idée de la réalité haïtienne. Déjà, en 1941, dans un article, intitulé Haïti, l’île enchaînée, publié par le journal Hoy, Nicolas Guillen, notre poète national, s’inquiétait de cette distance et de cette ignorance envers un pays si proche : « Pour l’ensemble des Cubains, Haïti est une terre ténébreuse, sans culture et sans esprit. Isolée par sa langue et par des préjugés raciaux, plus encore que par sa condition géographique, elle nous est étrangère, comme si elle ne se trouvait pas à quelques heures d’avion ou à plusieurs jours par mer de Cuba. »

Précédée par toutes ces lectures, ces informations et ces conseils, je suis montée dans l’avion, un peu effrayée à l’idée d’arriver dans le pays des ténèbres, dans l’enfer du monde – j’ai en effet parfois des visions très apocalyptiques et enfantines de ce monde. Pas un instant je n’ai pensé que sur la terre de Toussaint-Louverture, j’allais trouver autre chose que le désastre annoncé. Ma première image d’Haïti fut du ciel, et je me souviens très bien m’être dit alors : « Ça n’a pas l’air si mal ! »

J’ai alors tenté d’être pratique et objective. J’ai refusé de me laisser influencer par les a priori et je me suis efforcée de parler d’un Haïti différent, d’un pays qui ne serait pas seulement un pays accablé par le malheur et la misère. C’est alors que, progressivement, une infinité de choses merveilleuses et réelles se sont offertes à moi. Je sais aujourd’hui, après avoir vécu un an dans le premier pays à avoir conquis son indépendance en Amérique latine, que ces merveilles ont toujours existé : dans son Histoire, dans sa culture, dans sa population, dans son mode de vie, dans ses légendes et sa religion.

Je n’ai pas pour autant fui la réalité : Haïti est le pays le plus pauvre du continent, et il en porte les traces. Mais il ne souffre pas seulement de sa pauvreté, il souffre également de l’opportunisme sans pitié des grandes puissances, ainsi que de leur charité ; il souffre de ceux-là mêmes qui, historiquement, l’ont pratiquement dépouillé de tout. Haïti porte la marque des fers des gouvernements corrompus, des coups d’État, des interventions militaires, de l’oppression, du pillage, de l’agression, de la mesquinerie, du mépris, et du caractère parasitaire de l’impérialisme dominant et du capitalisme sous leurs formes les plus brutales.

Je suis restée 12 mois dans ce pays, et j’ai pu constater qu’un nouveau pays se redressait des ruines et des décombres du tremblement de terre. J’ai vécu dans le downtown, rue Saint Honoré, juste derrière les ruines du Palais présidentiel, en face de l’Hôpital militaire, près du Champs de Mars, du Panthéon national, de l’Avenue du Port, des vestiges de ce qui fut la Cathédrale et la Cité Soleil, la partie basse et la plus dangereuse de Port-au-Prince. Même ainsi, je me suis sentie satisfaite de mon sort.

Le downtown, l’un des quartiers les plus populaires de Port-au-Prince, est un lieu déconcertant. Submergé constamment d’une vapeur moribonde, c’est la zone des petits commerces - une vingtaine par quartier – qui restent ouverts 24h sur 24.

Le jour, les rues sont bondées : l’on perçoit parfois une énergie dévorante de bruits, de haut-parleurs diffusant de la musique, de motocyclettes, de voitures, de bars, de marchands et de vendeurs ambulants de médicaments, de chaussures, de vêtements et de tout ce qui peut être vendu. La nuit, le calme est apparent.

Peu de gens circulent dans la rue, peut-être à cause de la légende vaudou sur l’apparition nocturne de zombies. Le taux de délinquance et de violence est directement proportionnel à l’avancée de la nuit. Aux coins des rues, à la tombée du soleil, des jeunes filles, en majorité haïtiennes, viennent se prostituer ; les jeunes Dominicaines, en revanche, sont destinées aux maisons closes qui offrent un peu plus d’intimité.

Les lieux les plus riches sont situés au sommet des montagnes. Le statut d’une personne est d’autant plus important qu’elle réside sur un lieu élevé. À mesure que l’on monte l’avenue Delmas ou la Panaméricaine (ce n’est pas son vrai nom, mais c’est ainsi que tout le monde l’appelle), on aperçoit les différences sociales. En Haïti, il y a des endroits pour pauvres et d’autres pour les millionnaires, mais ce qui est caractéristique, c’est l’immense abîme qui sépare les uns des autres.

On trouve de nombreux commerces, des boutiques, des marchés énormes, propriété exclusive de Syriens qui offrent des produits de haute qualité, et surtout de la sécurité, que l’on doit payer très cher à notre époque. À Petion-Ville – l’un des quartiers les plus populaires – se trouvent les ambassades, les entreprises, les hôtels de luxe, et cette « autre vie » à laquelle beaucoup aspirent.

Même si Port-au-Prince fut le centre principal de toutes mes observations, j’ai eu l’occasion de parcourir le pays tout entier. Les médecins cubains sont répartis dans des communes, des localités, dans les montagnes et les zones les plus reculées des dix départements haïtiens. J’ai décidé d’aller à leur rencontre pour observer la qualité humaine de leur travail, ce que l’on ne peut estimer qu’en parcourant les couloirs d’un hôpital communautaire de référence (HCR), le seul endroit où la population a accès à des soins gratuits. Par ailleurs, à travers le dévouement et l’altruisme de la coopération cubaine, j’ai découvert des histoires intéressantes et différentes dans chaque lieu.

De là sont nés tous les témoignages et toutes les chroniques parus dans le journal Granma en 2012 ; Ils prétendaient plus que tout autre chose modifier certains points de vue sur la réalité haïtienne. Il y avait également des articles sur la présence de Cuba sur une terre si proche. Ce fut l’objectif essentiel de ce séjour qui se révéla fructueux et révélateur à bien des égards.

Parcourir Haïti, vivre parmi ses gens, parler en créole, français, anglais et parfois en espagnol, tenter de comprendre leurs raisons d’agir, connaître leur désespoir, leur pauvreté, les zones obscures, mais aussi leur sourire, leur reconnaissance, leur patience et la persévérance avec lesquelles ils font face aux problèmes, m’a permis de forger ce que j’appelle « mon point de vue haïtien de la réalité ».

D’aucuns penseront qu’il s’agit probablement d’une question de perspectives, et c’est vrai. Je ne le nie pas. Ma vision sur Haïti est très particulière, et il ne saurait en être autrement. C’est la meilleure façon que j’ai de remercier ce pays pour tout ce qui a marqué ma personnalité. Les expériences que j’y ai vécues m’ont amenée à faire face à des réalités inconnues, à sortir de ma coquille et à me retrouver moi-même, je dois l’avouer.

Je dédie cette compilation d’articles à ce pays où le temps n’existe pas, aux mouvements inattendus et aux choses invisibles, où tout est exacerbé et où les puissants contrastes ne permettent aucune comparaison.

Comme tant d’autres, je ne prétends que redonner sa place au cœur de la fierté latino-américaine à cet État qui a affirmé la lutte pour l’indépendance, qui s’est fait respecter, et qui a apporté un héritage inestimable sur la façon de faire les révolutions.

Amelia Duarte de la Rosa

La Havane. 4 Juillet 2013

Sources :

http://www.granma.cu/frances/notre-amerique/4jul-Haiti.html
http://www.legrandsoir.info/haiti-revisite-granma.html

 

*

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Malgré le silence total des merdias, ce n’est un secret pour personne que Cuba a apporté la plus rapide et la plus grande aide médicale à Haïti, après le tremblement de terre –

http://www.projectcensored.org/top-stories/articles/12-cuba-provided-the-greatest-medical-aid-to-haiti-after-the-earthquake/

Ce n’est pas un secret non plus qu’après le débarquement de CNN, précédant immédiatement, comme toujours, un débarquement militaire (ah, ces scènes de pillage tournées à Hollywood et passées en boucle !), l’aide US annoncée n’a pas du tout tenu ses promesses, les promesses n’engageant jamais que ceux qui y croient.

L’aide US n’a pas tenu ses promesses (The Guardian) :

http://www.guardian.co.uk/global-development/2013/jun/28/us-aid-haiti

On sait aussi que Cuba est présente pour soigner ceux qui sont sans soins dans beaucoup de pays du Tiers-Monde (maintenant on dit « émergents »), principalement en matière de soins ophtalmologiques, spécialité dans laquelle l’île a pris, en dépit des criminels embargos auxquels nous participons, une avance considérable.

4. Facultad_Hospital_Mariscal_Antonio_Jose_de_Sucre.jpg

À l'hôpital de Jaguey Grande (Cuba) : formation constante de médecins ophtalmos :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29162/cuba+ou+a+globalizacao+da+solidariedade+a+operacao+milagre.shtml

À Haïti, dans les premières heures de l’après-séisme :

Des doctoresses du Bronx formées à Cuba… Une ONG Cubano-US (oui, oui)… et vogue la galère.

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Le Dr. Melissa Barber et deux membres de son équipe.

Elles ont rejoint les 350 médecins cubains qui étaient déjà présents dans l’île avant le séisme pour y soigner les plus pauvres

6. Bronx Doctors.jpg

« Certaines d’entre nous y ont mis des enfants au monde pour la première fois sans aide… »

http://www.indypendent.org/2010/03/11/hope-haiti-trained-cuba-bronx-doctor-melissa-barber-drops-everything-help-earthquake-victims

et les équipes d’urgentistes envoyées de La Havane, dont la Brigade médicale d’urgence Henry Reeve 

Une brigade médicale d’urgence doit pouvoir faire face à tout :

7. HAITI PLAIES.jpg

aux plaies,

8. Médecins cubains plâtre Robinson Jane 31 janvier 2010.jpg

aux fractures,

9. Malnutrition-in-Hait-008.jpg

à la malnutrition,

10. haiti-earthquake-medical cholera.jpg

au choléra,

11. Port-au-Prince-Haiti-A-Cuban-doctor-closes-the-eyes-of-a-boy-who-died-from-cholera-at-a-hospital.jpg

fermer les yeux aux enfants qui en sont morts, etc.

12. Cuba-Apr-2012-065.jpg

Car « la vie d’un seul être humain vaut des millions de fois plus que tous les biens de l’homme le plus riche de la terre ».

 

13. tribute-to-medical-brigades-henry-reeve-2010-11-27.jpg

Quand on a fini, on rentre chez soi. Quelquefois avec des fleurs. Pour aussitôt repartir ailleurs… Chili…Pakistan… refaire les mêmes gestes.

13 mars 2013 – Une brigade d’aide urgentiste rentre à Cuba.

http://www.juventudrebelde.co.cu/cuba/2011-03-16/cuban-emergency-medical-brigade-begins-to-return-from-haiti-

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OUPS ! Un autre genre de brigade. À Dublin, celle-là.

 

*

Pendant qu’on y est…

L’embargo meurtrier contre Cuba (el bloqueo), qui dure depuis 51 ans, et l’absence forcée de consumérisme qui en résulte ont abouti à un résultat auquel n’avait pas pensé la canaille proche ou lointaine qui nous gouverne :

 

Cuba, paradis caché


D’après Cuba, le jardin d’Eden accidentel

documentaire de Doug Schulz

Cuba a pu être limité politiquement et économiquement pendant les 50 dernières années, mais ses frontières sont restées ouvertes pour la faune pour laquelle les îles sous-développées de Cuba sont un havre irrésistible. Alors que de nombreuses îles des Caraïbes ont empoisonné ou bétonné leurs richesses écologiques sur terre et dans la mer à la poursuite d’une industrie touristique en pleine expansion, les paysages sauvages de Cuba sont restés pratiquement intacts, résultant en la création d’un refuge pour animaux indigènes rares et fascinants, ainsi que pour des centaines d’espèces d’oiseaux migrateurs et de créatures marines. Les récifs coralliens en ont aussi bénéficié. Des recherches indépendantes ont montré que les coraux de Cuba font beaucoup mieux que d’autres à la fois dans les Caraïbes et dans le reste du monde.

Lire la suite…

Source : http://www.legrandsoir.info/cuba-le-jardin-d-eden-accidentel.html

 

*

Haïti

 

De Toussaint Louverture à Jean-Bertrand Aristide

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À la mémoire du jacobin noir, dont l’histoire devrait être connue de tous…

[ Oublions pour commencer l’historien à la noix qui en a fait un Napoléon des îles. Rien ne pourrait être plus faux ni plus insultant pour sa mémoire. ]

… quelques liens pour ne pas mourir idiots :

Sous « L’œil du jabiru ».

http://jabiru.blog.lemonde.fr/2007/04/07/a-la-memoire-dun-jacobin-noir/

Repères biographiques.

http://www.haitimedia.com/biographie.htm

C’est quoi, c’est où le château de Joux ?

http://chateaudejoux.com/chateau-fortification-vauban-18/doubs-jura-franche-comte/decouvrir-joux/presentation-generale/les-celebrites/toussaint-louverture.php


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DES FILMS CONSACRÉS À TOUSSAINT

Celui de Gabriel Molina Franchossi, tourné pour marquer ce 210e anniversaire et présenté en avril dernier à La Havane. Un article du réalisateur :

Pour ceux qui ignorent encore Haïti

• Première à La Havane d’un film sur Toussaint-Louverture, le précurseur de l’indépendance haïtienne, à l’occasion du 210e anniversaire de son assassinat

• Le jacobin noir est réhabilité par le cinéma après l'hommage que lui rendit l'UNESCO en 2004 • Réalisé sous les auspices de l'Exposition itinérante de cinéma de la Caraïbe, le film se veut un rappel à ceux qui ignorent encore Haïti, le premier pays à s'être libéré du colonialisme et de l'esclavage en Amérique latine.

Litre la suite…

Source :

http://www.granma.cu/frances/notre-amerique/17abrPour%20ceux%20qui.html


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Toussaint Louverture, un leader noir sans complexe

(Arte)


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De Patrick Lozès ,

pour l’Université populaire du Quai Branly (CERIMES) :

Les grandes figures de la décolonisation : Toussaint Louverture


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Toussaint-Louverture, Haïti et la France

est un documentaire de Laurent Lutaud et Georges Nivoix, qui réunit  Aimé Césaire, Franck-Etienne, Dominique Battraville, Claude Ribbe, Fabienne Pasquet, Marcel Dorigny, Kendy Verilus et… Christiane Taubira (personne n’est parfait).

http://www.filmsdocumentaires.com/portail/Toussaint_Louverture.html  (DVD de 52 minutes)


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Jean-Bertrand Aristide

Président – déposé par la France et les États-Unis – de la République d’Haïti

 

La tragédie d’Haïti

Noam Chomsky

1. « La première nation libre d’hommes libres ».

« Plus que la deuxième plus ancienne république du Nouveau Monde, fait remarquer l’anthropologue Ira Lowenthal, plus même que la première république noire du monde moderne, Haïti fut la première nation libre d’hommes libres à apparaître dans la constellation naissante des colonies européennes d’Occident, tout en leur résistant. » Les deux siècles de relations entre les deux plus vieilles républiques du Nouveau Monde illustrent à nouveau la persistance des thèmes politiques fondamentaux, de leurs racines institutionnelles et des éléments culturels qui les accompagnent.

La république d’Haïti fut proclamée le premier janvier 1804, après qu’une révolte d’esclaves eut chassé les dirigeants coloniaux français et leurs alliés. Les chefs révolutionnaires abandonnèrent l’appellation française de « Saint-Domingue » en faveur du nom utilisé par le peuple qui avait accueilli Colomb en 1492, au moment où il arrivait pour créer la première colonie européenne du Nouveau Monde. Les descendants des premiers habitants ne purent pas fêter la libération. En moins de 50 ans, leur nombre avait été réduit à quelques centaines, à partir d’une population précolombienne dont l’évaluation varie de quelques centaines de milliers à huit millions d’âmes, selon la source. Il n’en restait plus un seul, d’après les savants français contemporains, lorsqu’en 1697, la France enleva à l’Espagne le tiers occidental d’Hispaniola, qui s’appelle à présent Haïti. Le chef de la révolte, Toussaint Louverture, ne put pas célébrer la victoire non plus. Il avait été capturé par fourberie et envoyé dans une prison française où il mourut « de mort lente de froid et de misère », pour reprendre les termes d’un historien français du XIXe siècle. L’anthropologue médical Paul Farmer fait remarquer qu’à notre époque, les écoliers haïtiens connaissent encore par cœur les dernières paroles qu’il prononça alors qu’on l’emmenait en prison : « En me renversant, vous n’avez fait qu’abattre l’arbre de la liberté à Saint-Domingue. Il repoussera grâce à ses racines, car elles sont nombreuses et profondes (1).

Lire la suite

Source :

http://www.chomsky.fr/livres/an501_08.html

 

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17. haiti-flag.gif

 

Interview de Jean-Bertrand Aristide

par Claude Ribbe


 

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Sur Pressafrique , en 2006, retour et commentaires divers (dont celui de Noam Chomsky) sur le coup d’état qui a renversé le président Aristide

http://www.pressafrique.com/m495.html

Le nôtre : On sait à quel point M. Dominique de Villepin est bonapartiste. L’histoire aime décidément à se répéter.

 

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Témoignage et réflexions

Régis Debray en Bolivie et en Haïti

par Claude Ribbe

(Réseau Voltaire – 11 février 2010)

En 2004, la France se réconciliait avec les Etats-Unis en participant au renversement du président Jean-Bertrand Aristide. Côté français, le coup d’Etat était organisé par l’intellectuel pseudo-révolutionnaire Régis Debray. Témoin privilégié de ce drame, l’écrivain Claude Ribbe, qui fut membre de la Commission internationale d’experts sur la dette d’Haïti, relate ici le complot, la campagne de diffamation contre le président Aristide, son enlèvement et sa séquestration. Paris avait prévu de réinstaller au pouvoir l’ex-dictateur Jean-Claude Duvallier, mais les Etats-Unis imposèrent au dernier moment leurs hommes, Boniface Alexandre et Gérard Latortue.

18. Regis Debray.jpgJe le savais ! Je savais bien que le fumet des cadavres d’Haïti en décomposition ferait sortir Regis Debray, l’homme qui croit que Villepin, dont il a certainement accroché le portrait dans sa chambrette, juste au-dessus de son lit, sera couronné empereur des Français en mars 2012. Regis Debray rêve d’être ministre de la Culture de Napoléon IV. Il a raison. Donc toutes les occasions sont bonnes. Il n’aura pas fallu dix jours. Quel flair ! Après les conseils donnés par Villepin à Nicolas Sarkozy, Regis Debray monte au créneau en déclarant à France Inter qu’il faut mettre Haïti sous tutelle.

Lire la suite…

Source :

http://www.voltairenet.org/article164005.html

Le blog de Claude Ribbe : http://www.claude-ribbe.com/

 

*

Deux liens pour les curieux :

La première agence d’information haïtienne, en français, en anglais, et un ouragan tropical nommé Chantal :

http://www.haitian-truth.org/

The Haitian blogger

http://thehaitianblogger.blogspot.be/2008/07/end-us-war-on-haiti.html

 

* 

Et pour finir :

Discours prononcé par le Président du Sénat Haïtien Simon Dieuseul Desras, à l’occasion du 14 juillet 2013.


Selon le Président du Sénat, « deux siècles et quelques années plus tard, les Haïtiens reconnaissants n’ont pas oublié Robespierre, Danton et Sonthonax ». Le Président du Sénat de la République Simon Dieuseul Desras souligne ainsi les points de convergence entre la révolution Française et celle d’Haïti à l’occasion des célébrations du 14 Juillet à l’Ambassade de France en Haïti.

Publié le dimanche 21 juillet 2013

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M. Patrick Nicoloseau

Ambassadeur de France

M. le Premier Ministre

Mesdames Messieurs les Membres du Gouvernement et du Parlement

Mesdames Messieurs les Diplomates

Mesdames Messieurs les Hauts cadres de l’Etat

Mesdames Messieurs les Membres des Organisations internationales

Mesdames Messieurs les Membres du personnel de l’Ambassade de France

 

Distingués invités,

La France nous réunit ce 14 juillet autour d’un ensemble d’idées fulgurantes et de hauts faits qui ont changé la face du monde. Nous vous souhaitons la bienvenue et une fructueuse mission en Haïti, Monsieur l’ambassadeur. Nous vous remercions de nous associer à cette célébration qui met en exergue la Prise de la Bastille, une action héroïque du peuple de Paris qui avait sonné le glas de l’absolutisme royal et d’un ordre mondial de domination, d’asservissement, d’exploitation et d’exclusion du peuple des roturiers… La déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui s’ensuivit, de portée universelle, prononcée par l’Assemblée Nationale Constituante, signifiait que désormais le pouvoir ne pouvait reposer sur le charisme, la puissance, la célébrité ou la naissance d’un homme mais sur la constitution, les principes et la loi… En voici quelques énoncés qui ont acquis la pérennité :

Art 1. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Art 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression…

Art 16. Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution.

Monsieur l’Ambassadeur,

Ces évènements qui chambardèrent la France au XVIIIe siècle eurent l’effet d’un séisme de grande magnitude sur le régime tortionnaire de Saint- Domingue dont nos ancêtres--- Le bois d’ébène du commerce triangulaire--- étaient les galériens… Dès le mois d’aout 1791, sous l’autorité de Boukman, puis de Toussaint Louverture, les esclaves, nos pères, avaient brisé leurs chaines et campé une armée révolutionnaire avant même que la Convention jacobine ait proclamé la République et aboli l’esclavage. Ce grand courant en faveur de la liberté, matérialisé par les Américains en 1776, par les Français en 1792, n’est devenu irréversible qu’en 1804, au triomphe de la révolution nègre, anticolonialiste et antiesclavagiste d’Haïti.

Deux siècles et quelques années plus tard, les Haïtiens reconnaissants n’ont pas oublié Robespierre, Danton et Sonthonax. Les Américains ne sauraient oublier l’action militaire de Savannah, ni la mission de La Fayette. Les Français, un peu tard, ont déposé les restes de Toussaint Louverture au Panthéon alors que l’Amérique latine ne cesse d’honorer Dessalines et Pétion comme l’Amérique anglo-saxonne vénère Jefferson et Lincoln au nom de la liberté et de l’égalité.

M. l’Ambassadeur, le monde libre dont le leadership haïtien a aidé à consolider les bases, n’a pas consenti, il me semble, le retour de balancier de la reconnaissance historique au titre de l’action méritoire… La Coopération française peut s’enorgueillir d’avoir concouru à l’instruction de la société haïtienne par le biais de l’École et L’Église mais a gardé ses distances vis-à-vis d’une histoire qualifiée d’impertinente. D’ailleurs, un seul Président français est venu, depuis 1804, visiter ce coin de terre qui fut « le plus beau fleuron de la couronne royale de France » à l’époque des colonies d’exploitation. Néanmoins, les Haïtiens et les Haïtiennes se sont longtemps amourachés de l’histoire, de la langue et de la littérature françaises. Ils ont fait leurs toutes les grandes idées politiques, sociales, culturelles véhiculées en France et susceptibles d’alimenter et de conforter leurs rêves de liberté et d’égalité.

Ils admirent les figures qui ont magnifié le siècle des lumières comme Montesquieu, le théoricien de la séparation des pouvoirs et de l’esprit des lois… Voltaire, le dilettante, second dans tous les genres et Rousseau le philosophe, qui s’est illustré dans l’éducation par « l’Émile », dans la recherche du bonheur par « la théorie du bon sauvage » et dans l’organisation socio- politique par « le Contrat social. »

Selon Rousseau : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers… À l’injuste contrat où le fort a subjugué le faible, il faut substituer un nouveau contrat social qui assure à chaque citoyen la protection de la communauté et lui rende les avantages de la liberté et de l’égalité ». Les Haïtiens peuvent aisément disserter sur ces auteurs ainsi que sur Lamartine, Vigny et notamment Victor Hugo dont ils ressassent les strophes de Oceano NOX et celles des poèmes de la Légende des siècles. Pourtant, ils font la différence entre le littéraire et le politique dans leur appréciation de la présence française en Haïti. M. l’Ambassadeur, nous saluons le dynamisme de votre prédécesseur qui, dans une lettre de fin de mission, avait démontré sa maitrise de la réalité socio-politique haïtienne et esquissé les perspectives de l’action diplomatique de la France… dont le suivi vous échet si toutefois cette ligne sied à votre Mission.

Nous applaudissons, à travers l’Union Européenne, une coopération substantielle et une diplomatie policée et dextre qui honorent les pays au nom desquels elle agit… dont la France. Nous espérons, Monsieur l’Ambassadeur que vous allez promptement vous mettre à l’œuvre pour rendre la France présente, vivante, agissante en Haïti dans ce qu’elle représente le mieux pour nos compatriotes : l’Ordre républicain et les mécanismes de sa consolidation. La France, aux côtés des grands amis d’Haïti, supporteurs avérés de la démocratie, se positionnera, à coup sûr, pour que les élections sénatoriales et des collectivités territoriales soient réalisées, par le Pouvoir en place, avant la fin de l’année 2013, pour éviter le chaos institutionnel et décourager la tentation autoritaire.

Nous nous joignons, M. l’Ambassadeur, à tous ceux, toutes celles qui ont appris à connaitre et à apprécier la France, cette patrie des valeurs impérissables symbolisées par les lumières, les droits de l’homme, la démocratie, les savoirs et l’expertise, pour offrir un bouquet de fête, à l’image d’une flamme inextinguible, au Peuple Français et à ses Dirigeants. Nous saisissons l’aubaine que représente l’instant présent pour vous souhaiter, M. l’Ambassadeur, tout le bonheur possible dans cette ambiance de joie mythique qui éclaire la face immortelle de la France

BONNE FÊTE à tous et à toutes !

Simon Dieuseul Desras, Président du Sénat de la République.

 

*

Mis en ligne par Marie le 31 juillet 2013.

 

22:57 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Nos fêtes sont plus belles que les vôtres - 2/3

1. frantz_zephirin_sumbrero boat.jpeg

L’histoire, la littérature et l’art en Haïti

Sur l’histoire d’Haïti, Noam Chomsky et quelques autres ont écrit des choses qu’il faut lire. Mais il existe aussi, là comme ailleurs, une histoire populaire, plus ou moins mythique ou magnifiée par le sentiment d’appartenance nationale.

Ne prenons que son drapeau. Nous avons vu qu’il porte fièrement la devise, empruntée par Simon Bolivar aux Belges : « L’Union fait la force. », et c’est une bonne chose qu’elle se soit réfugiée dans les Caraïbes, puisque les Belges l’ont oubliée.

Mais ce drapeau a aussi son histoire propre.

À l’origine, c’est-à-dire en 1794, sous Toussaint Louverture, après que Marat, Robespierre, Saint-Just et quelques autres eurent fait voter l’abolition de l’esclavage par la Convention Nationale, il fut tricolore.

Mais lorsque Bonaparte se fut débarrassé de soixante mille hommes en les envoyant reconquérir l’île pour les colons et que ces troupes consulaires (Leclerc en tête) prétendirent que l’idée d’indépendance était étrangère aux Noirs puisqu’ils arboraient le drapeau français, le général haïtien Dessalines prit, selon la légende, un de ces drapeaux, le déchira, en enleva la partie blanche et donna les deux morceaux – bleu et rouge - à une jeune femme nommée Catherine Flon, qui les cousit ensemble en se servant de ses cheveux comme de fil. Le drapeau de Haïti serait à jamais bicolore.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la cocarde de Robespierre – elle est toute petite et se trouve au musée Carnavalet – était elle aussi rouge et bleue… aux couleurs de Paris. Car lui aussi s'était séparé du blanc.

Dans un premier temps – de février 1803 jusqu’à la victoire sur les Français et la proclamation de l’indépendance – le drapeau d’Haïti porta l’inscription qui avait rassemblé les Jacobins de France :

1 bis. Drapeau de 1803_Haiti_1803.svg.png

mais dès lors que la toute jeune République libre d’Haïti se sépara de l’empire, il ne conserva que ses deux couleurs, en deux bandes désormais horizontales pour symboliser le nord et le sud du pays. Il allait encore subir beaucoup de changements jusqu’au jour de 1987 où la nation haïtienne adopta, par référendum, à la fois sa Constitution et son drapeau actuel : les deux bandes horizontales bleue et rouge frappées des armes du pays, soit un palmier surmonté du bonnet phrygien, ombrageant un trophée d’armes et surmontant la légende « L’union fait la force ». De son passé jacobin, la République haïtienne a conservé la devise « Liberté-Égalité-Fraternité », que la clique au pouvoir en France s’applique à piétiner.

L’histoire du drapeau d’Haïti dans l’iconographie populaire

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Toussaint, prisonnier, embarque pour la France

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Les Français reprennent l’île pour les colons

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Dessalines déchire le drapeau tricolore

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Catherine Flon coud le nouveau drapeau

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Les héros de la Révolution pleurent sur le drapeau

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Dessalines rallie les troupes

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Les héros prêtent serment

9. Merci Dessalines - B.M..jpg

Merci Dessalines !

 

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À lire sur Toussaint Louverture :

En ligne :

Toussaint Louverture

Poème dramatique

par A. de Lamartine

Paris, Michel Lévy Frères, 1850

Représenté pour la première fois, sur le Théâtre de la Porte-Saint-Martin

Le 6 avril 1850

Avec M. Frederick Lemaître dans le rôle de Toussaint

http://books.google.fr/books?id=7es5AAAAcAAJ&pg=PR3&hl=fr&source=gbs_selected_pages&cad=3#v=onepage&q&f=false

 

10. T.L. et les Jacobins noirs.jpg


C.L.R. James

Les Jacobins noirs

Toussaint Louverture et la Révolution  de Saint-Domingue

Paris, éd. Amsterdam, 2008

401 pages

 

 

 

11. Toussaint Louverture Actes Sud.jpg



Madison Smartt Bell

Toussaint Louverture

Arles, Actes Sud, 2007

384 pages

 

 

 

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Livres d’Haïti

(quelques-uns entre beaucoup d’autres) :

 

Frankétienne (1936 - )  

 12. MELOVIVI - Amazon.jpg


Melovivi ou Le piège suivi de Brèche ardente.

Paris: Riveneuve

Continents, 2010 – 244 pages



13. Mûr à crever Franketienne.jpg



Mûr à crever,

Paris, Hoebeke, 2013 -

Coll. Étonnants voyageurs

181 pages

 


Lyonel Trouillot  (1956 - )

14. Le-doux-parfum-des-temps-a-venir.jpeg




Le Doux Parfum des temps à venir,

Arles, Actes Sud, 2013 

160 p.




15. la_belle_amour_humaine-.jpg




La belle amour humaine

Arles, Actes Sud, 2011

169 pages




16. Objectif l'autre - Versailles.jpg



Objectif : l'autre

Bruxelles, André Versaille éditeur, 2012

Coll. Fragments d’une vie

216 pages

 


Gary Victor (1958 - )

17. Maudite éducation.jpg



Maudite éducation

Paris, éd. Philippe Rey, 2012

286 pages


18. La piste des sortilèges - gary victor.jpg



La Piste des sortilèges

La Roque d'Anthéron, Vents d'ailleurs, 2013.

Réédition en poche.



Le Douzième étage, monologue joué et mis en scène par Albert Moléon au Festival Quatre Chemins, Haïti, 2007 (théâtre)

 

Jean-Claude Fignolé (1941 - )

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Une heure pour l'éternité

Paris, éd. Sabine Wespieser, 2008

468 pages



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Les possédés de la pleine lune

Paris, Seuil, 1987

Rééd. La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2012

224 pages



Dany Laferrière ( 1953 - )

 22. L'art presque perdu de ne rien faire - Laferrière.jpg


L'Art presque perdu de ne rien faire

Montréal, Boréal, 2011

392 pages



23. Journal dun ecrivain en pyjama_.jpg



Journal d'un écrivain en pyjama

Montréal, Mémoire d'encrier, 2013

(et Grasset, 2013 – 320 pages)

 



Marie-Cécile Agnant (1953 - )

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Un Alligator nommé Rosa

Montreal, Éd. du remue-ménage, 2007

238 pages

 


Edwige Danticat (1969 - )

25. Célimène.jpg 

Célimène , Conte de fée pour fille d'immigrante

trad. de Stanley Péan, ill. de Mance Lanctôt,

Montréal, Canada, Éditions Mémoire d'Encrier,

coll. « L'arbre du voyageur », 2009

64 pages.

 

26. Créer dangereusement amazon.jpg


Créer dangereusement

[« Create Dangerously: The Immigrant Artist at Work »], trad. de Florianne Vidal,

Paris , Grasset & Fasquelle, 2012

223 pages.

 

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La récolte douce des larmes

Paris 10/18, 2001

336 pages

 



René Depestre (1937 - )

28. Encore une mer à traverser - gallimard vermillon.jpg


Encore une mer à traverser

Paris, La Table Ronde, 2005.

Essai, coll. Vermillon

208 pages



29. Encore une mer - CD.jpg


Encore une mer à traverser

Paris, Gallimard , 1998.

CD – coll. À voix haute – 54 min.



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L'Œillet ensorcelé et autres nouvelles

Paris, Gallimard, 2006

Coll. Folio 2 €

Nouvelles extraites d’Eros dans un train chinois



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Le mât de cocagne

Paris, Gallimard, rééd. 1998

Folio n°3081

 



Jean-Claude Charles (1937 - )

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Ferdinand, je suis à Paris

Barrault, 1987 (rare)

233 pages



33. Bamboola Bamboche.jpg


Bamboola Bamboche

Barrault1992 (rare)

203 pages

(Les éditions Bernard Barrault n’existent plus : http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/desslate/dico0092.htm)


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De si jolies petites plages – Haïti Blues

Stock, 1982

244 pages

 



Louis-Philippe Dalembert (1962 - )

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Les dieux voyagent la nuit

Monaco, Rocher, 2006




35. Noires blessures.jpg



Noires blessures

Paris, Mercure de France, 2011



 

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Le serpent à plumes pour Haïti

Est un ouvrage collectif publié en février 2010 par les éditions du Serpent à plumes pour venir en aide à l’Hôpital de la Communauté Haïtienne (celui des pauvres) à Port-au-Prince.

Au sommaire : la plupart des écrivains ci-dessus et quelques autres.

 


Et, pour rappel, aux éditions Maurice Nadeau :

 37. poesie d'haiti 1945.jpg

Silvio Baridon et Raymond Philoctète

Poésie vivante d’Haïti

1978 – 298 pages

(réédité en 1998 – 292 pages)

(61 poètes haïtiens d’expression française, presque tous vivants.)

 

Pour ceux qui s’y intéressent, voici :

Le symbolisme des images et des couleurs
dans le vaudou haïtien

Par Saint-John Kauss

http://www.potomitan.info/kauss/symbolisme.php

 

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Mos en ligne par Marie, le 31.7.2013

 

22:45 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Nos fêtes sont plus belles que les vôtres -3/3

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«5 et Coq», tableau peint par Alexandre Gregoire  pour célébrer l'élection de Jean-Bertrand Aristide.


Arts haïtiens

 

38. Ce qui reste du Centre d'Art.jpg

Le Centre d’Art après le séisme

 

 

Destination Arts haïtiens :


Bosmétals

Les bosmétals sont les artisans d’une production artistique spécifique de l’ile. Leurs sculptures de fer sont commercialisées depuis 1953. Ce sont des formes découpées dans de la tôle de récupération, passées au feu, découpées au burin, poncées et vernies ou peintes à la main. Les sujets, à l’origine inspirés du vaudou, se sont diversifiés: arbres de vie, scène de la vie quotidienne, poissons, oiseaux, sirènes...

Lire/Voir la suite...

Source :

http://www.indigoarts.com/gallery_haiti_jolimeau.html

 

 

L’enfer le plus coloré du monde

Des peintres, comme s’il en pleuvait :

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/arts/monnin_galerie...

 

 Illustration – Dans le désordre, des connus et des anonymes, et ils sont loin d'y être tous

38 bis. Jean-Claude Legagneur - Port-au-Prince, 1947.JPG

Jean-Claude Legagneur – Sans titre – 1947

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Wilson Bigaud – Paradis

39. L'esclavage à Haïti - Anponyme. Sl.Sd..JPG

                                   Anonyme – L’esclavage à Haïti

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                                       Anonyme – Haïti en bonnet rouge

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Anonyme – Sans titre

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                                                                       Anonyme – Sans titre – Mars 2010

 

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                                       Anonyme – La Paix

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                                                                                  Anonyme – Sans titre

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Fritz Merise — Trois gros chats

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Fritz Merise — Jungle

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Fritz Merise — Adam et Eve et les animaux

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                                                                                 Alix Dorleus — Deux tigres

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                    Joël Gauthier — Tigres pêcheurs

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                                       Dume Faustin — Sans titre

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                                 Gabriel Coutard — Deux chats

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                                      Pierre Maxo — Tigre

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                         Bertelus Myrbel — Fête-Dieu à Milot, Haïti

54. Bertelus Myrbel - Tremblement de terre avec hélicoptère. - B.M.JPG

                                                      Bertelus Myrbel — Tremblement de terre avec hélicoptère

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Bertelus Myrbel — Séisme avec avion

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                                        Anonyme — Renaissance

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                                      O. Bertrand — Procession

58. Toussaint Auguste - Le Christ et les apôtres au Jardin de Gethsemani.JPG

                                      Toussaint Auguste — Le Christ et les apôtres au jardin de Gethsemani

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Kens Cassagnol — Manguier

61. Kens Cassagnol - L'arbre béringène.JPG

Kens Cassagnol — L'arbre béringène

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Kens Cassagnol — Sous les aubergines

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                   Carlos Jean-Jacques — L'attente des jours meilleurs

72. Yves Michaud - Les filles de Madame Anna, 1992.JPG

                                     Yves Michaud — Les filles de Madame Anna

68. Fritz Saint-Jean, Le retour des cochons créoles, 1988.JPG

Fritz Saint-Jean — Le retour des cochons créoles

69. Murat Saint-Vil, Iles en marche, 1979 (Expo Jakovsky).JPG

Murat Saint-Vil — Iles en marche — 1979

73. Emilcar Simil, L'attente, 1980.JPG

                                 Emilcar Simil — L'attente — 1980

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                                    Michel Simeon — Sans titre

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Roosevelt Sannon — L'arbre reposoir — 1981

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 Madsem Mompremier — Agoue, Dantor et Freda — 2011

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Madsem Mompremier — La Sirène à cheval —1997

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Madsem Mompremier — Danse — 2011

 

*

Un cas : Frantz Zéphirin

 

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Né en 1968 au Cap Haïtien, Frantz Zéphirin est entré en 1973, à l’âge de 5 ans, dans l’atelier d’Antoine Obin. En 1988, il s’est affranchi de l’influence de ses maîtres, pour développer son propre style. Il en est aujourd’hui, dit-on, à quelque 12.000 tableaux, qu’il a accrochés dans une foultitude d’expositions individuelles et collectives tant en Amérique du Sud et du Nord qu’en Europe. Certaines de ses œuvres ont fait la une de plusieurs magazines prestigieux tels que le New Yorker, le New York Times, Le Temps, le Smithsonian Magazine, etc.

Leur forme ici nécessairement rétrécie ne rend pas justice à l’incroyable richesse de détails et d’invention de ses tableaux, qui semblent jaillir d’une inépuisable corne d’abondance.

Frantz Zéphirin (avoir deux z qui se suivent dans son nom ne doit pas être courant) est catalogué « peintre naïf ».

On peut se demander si les sculpteurs des miséricordes et des gargouilles de nos cathédrales étaient des naïfs ou autre chose. S'ils savaient où se situe la frontière entre la naïveté et le sacré. S’ils s'en préoccupaient. Est-ce que Guernica est une fresque naïve ou cynique ? Ou d'une profonde sacralité ? Ce qui est sûr, c'est que nous avons perdu le sens de tout cela et que nous ne pouvons plus que regarder, comme des poissons enfermés dans un aquarium, ce qui se passe ailleurs. Ailleurs... dans le vaste monde de «Liberté, Égalité, Fraternité».

 

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Sans titre connu

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L'esprit des Indiens, Geronimo — il demande aux conquistadores ce qu'ils sont en train de faire aux Indiens — 2006

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                                                             La découverte de l'Amérique par l'amiral Colom

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                                            Titre inconnu

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                                           Haïti

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                                                 Boat people — 1987

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                                                                               Boat people et créolité avariée

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 Histoire sombre (où l'obscurité est blanche)

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                                                Crucifixion — 1986

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                                       La crucifixion de Haïti

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                        La dictature de l'argent international — 1986

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                                         Opprimés

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                                               Pirates des Caraïbes

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                                       Invasion de la marine US en 1919 et 1994 — 1995

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Les trois visages d'Aristide

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 Minuit sonnant, réunion des diables

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Les lessiveuses de la cascade maudite

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 Arrivée des loas

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               Baron Samedi et Grande Brigitte

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                                                                      Cérémonie guédés

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                            Bossou à cones — Peinture sur bois et cadre

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                                        Enchaînement de l'âme errante par Grande Brigitte devant Baron Samedi

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                     Damballah soignant un enfant malade

101. Esprits sousmarins - peinture sur bois et cadre -.JPG

                                                              Esprits sous-marins — peinture sur bois et cadre

102. Grandes maîtresses Adelaïde et Afgatine, esprits de l'Air et de l'Eau - 2006.JPG

Grandes maîtresses Adelaïde et Afgatine, esprits de l'Air et de l'Eau — 2006

103. La chevauchée d'Erzulie Dantor - Allemagne - 2010.JPG

               La chevauchée d'Erzulie Dantor — Allemagne — 2010

104. La famille de Damballah - 2007.JPG

                                                                                   La famille de Damballah

105. Homme à dix têtes.JPG

Homme à dix têtes

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                                                   L'Esprit-Méduse

107. La rencontre des dieux de la mer.JPG

                                                                           La rencontre des dieux de la mer

108. Le mariage de Damballah - Mars 2005.JPG

                            Le mariage de Damballah — Mars 2005

109. Le règne de la mort - Mars 2005.JPG

                                                                         Le règne de la mort — Mars 2005

110. Le passage des Ghedes dans le cimetière - 2007.JPG

                 Le passage des ghédés dans le cimetière — 2007

111. Le Twa Agassou  - Agaou, Aganoue & Loup Garou, esprits de l'air     et directeurs des sociétés secrètes du Vaudou.JPG

Le Twa Agassou : Agaou, Aganoue et Loup Garou, esprits de l'Air et directeurs des sociétés secrètes du Vaudou

112. La dernière Cène, 2001.JPG

La dernière cène

113 bis. Maîtresse Simbi et les poissons - Allemagne 2010.JPG

                                                         Maîtresse Simbi et les poissons — Allemagne — 2010

114. Papa Ghede et Grande Brigitte au cimetiètre.JPG

                          Papa Ghédé et Grande Brigitte au cimetière

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                                                                    Rara Tambou — Peinture sur bois et cadre

116. Trois guédés.JPG

                                                     Trois guédés

118. Ayizan, Reine de la Liberté - 2005.JPG

Ayizam, Reine de la Liberté — 2005

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                                             La Porte du Paradis

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                                                                                         Coin de paradis

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Première peinture d'après le séisme - 13 janvier 2010

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                                       Earthquake timer

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                                                                               Il était une fois 12 janvier 2010

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                                                 Après le séisme

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                                                                                        Du sang et des larmes

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                                     Les prisonniers des décombres

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                                                                           Humanitaires et soldats — 2010

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                                                      Les Alliés

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                                                                           Le droit d'ingérence humanitaire

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Le jardin politique

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Le deuil qui nous a unis au-delà des divisions

 

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Planète en péril

 

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Musique quand même !


  

 

 

 

 

 

 

Mis en ligne par Marie, le 31 juillet 2013







22:36 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/07/2013

DISCOURS HISTORIQUE DE GEORGE GALLOWAY À SYDNEY

1. Cook Landing at Botany Bay by John Boyne 1750-1810. Courtesy of National Library of Australia  nla.pic_.an6016577-1.jpg

Supplément au voyage de Cook ?

 

Discours historique de George Galloway à Sydney

 

Il fut un temps où le monde – ou en tout cas l’Europe – comprenait et parlait le français.  « De l’Atlantique à l’Oural », etc. etc. Ce temps est révolu.

Le 4 juillet dernier, M. George Galloway, rupteur de blocus bien connu et homme politique anglais de naissance écossaise, en visite à Sydney, Australie, y a prononcé, sur le thème du printemps arabe, un des discours les plus importants qu’il nous ait été donné d’entendre depuis bien des années. Depuis les grands discours du Fidel Castro des temps héroïques.

 

2. George Galloway Arab Spring Sydney affiche -1.jpg


Sur le thème du printemps arabe, oui, mais pas seulement, Galloway s’est hissé sans effort au niveau des plus grandes, des plus déterminantes interventions des Robespierre, des Saint-Just, des Lénine et, nous l’avons dit, des Castro.

Or, il ne s’est pas trouvé, dans les six heures qui ont suivi, un seul bilingue francophone pour traduire avec rigueur et célérité jusqu’au moindre mot de cet acte politique importantissime. Pas un Canadien, pas un Français, pas un Suisse, pas un Belge et, pire encore, pas un Arabe ! C’est la honte absolue. L’ignardise et l’indifférence élevées au rang des beaux-arts.

Puisque cette vidéo d’une heure n’est pas sous-titrée, nous n’avons d’autre choix que de vous la mettre sous le nez telle quelle. Tant mieux pour ceux qui comprendront. Tant pis pour les autres.

Nous ne relèverons qu’un seul point, parce que nous sommes sûrs qu’il est juste et alors qu'il faudrait tout relever : la victoire en cours de la résistance syrienne à l’invasion est un tournant historique aussi « irrémédiable » que le furent Valmy et Stalingrad.

Et nous ne citerons qu’une seule phrase, alors qu’il faudrait tout citer :  « Je crois dans les Arabes, plus que les Arabes ne croient en eux-mêmes. »



 

 

*

 

 

Notre bateau d'aujourd'hui :

Débarquement de Cook à Botany Bay, par John Boyne

Bibliothèque Nationale d'Australie


Mis en ligne le 19 juillet 2013 par Marie Mouillé.

 

21:17 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/07/2013

HENRI ALLEG EST MORT

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 Henri ALLEG est mort

 

Nous empruntons à notre ami Djamal Benmerad sa réaction à chaud.

Le coeur d'un seigneur, il s'appelle - nous répugnons à parler de lui au passé -  Henri Alleg, a cessé battre, tout comme le nôtre s'est arrêté un instant en apprenant cette nouvelle.

Après le décès de son épouse Gilberte, que dire, sinon renouveler à ses (rares) camarades notre humble recueillement et souhaiter qu'il y ait d'autres Henri Alleg.

En guise d'oraison funèbre, nous republions ce que nous disions de lui à l'occasion de la commémoration du l'Indépendance de l'Algérie, où nous l'avions invité (à Bruxelles) en ce 5 mai 2007.

2. Henri Alleg.jpg

Henri Alleg, le plus algérien des Français
Par Djamal Benmerad

J’ai titré ainsi mon propos par pure coquetterie intellectuelle, car Henri Alleg n’est ni tout à fait Algérien ni tout à fait Français : il est internationaliste, bien que nous, Algériens, ayons tendance à nous l’approprier.

Il m’échoit, ce soir (samedi 5 mai 2007), deux tâches en une.

La première tâche, ingrate celle-là, vise à présenter Harry Salem, plus connu sous son nom de guerre d’Henri Alleg, à une partie du public déjà convaincu et connaisseur de ce dernier, tant la valeur de cet homme a fait le tour des cinq continents.

La seconde tâche consiste en le redoutable privilège de faire connaître Henri Alleg à cette autre partie du public qu’est la jeunesse et qui, peut-être, connaît imparfaitement cet homme. Je le ferai donc en vertu de deux affinités subjectives qui me lient à Henry Alleg : notre idéal commun et l’honneur d’avoir travaillé à Alger républicain en qualité de grand reporter quelques dizaines d’années après lui (ce qui ne rajeunit pas Henri !) A ce propos, il faut dire, en passant, que lors de notre intégration à ce journal, chaque jeune journaliste subissait un long speech sur Henri Alleg, par notre directeur de journal aujourd’hui hélas décédé, Abdelhamid Benzine, qui lui aussi connut pendant la guerre la torture et les camps de concentration. Ainsi nous, dont La question figurait parmi nos livres de chevet, nous connaissions Henri avant même de l’avoir rencontré. Il était devenu un mythe pour les Maghrébins que nous sommes, raffolant de mythes et de légendes. Mais cet inconnu devint aussi pour nous une référence en matière de journalisme.

Nous apprîmes donc que ce natif de Londres a tôt commencé le journalisme, avant de s’installer dans l’Algérie coloniale des années quarante. A l’âge de 19 ans il adhère au Parti Communiste Algérien. La direction de ce Parti, assimilant mal les enseignements de Lénine concernant la question coloniale, était majoritairement composée de pieds noirs, c’est-à-dire de Français nés en Algérie, ce Parti donc bégayait à l’époque entre la revendication d’une assimilation des Algériens aux Français et sa demande de promotion des classes ouvrières des deux pays. L’idée de l’indépendance de l’Algérie ne l’effleurait même pas. Il était en somme une annexe du Parti Communiste Français. Mais passons sur cette digression qui risque de réveiller de vieilles polémiques.

En 1951, Henri Alleg se voit offrir la direction du journal progressiste Alger républicain. Il renforce sa ligne résolument anticapitaliste. Peu à peu, la ligne de ce journal devient plus radicale et se rapproche des thèses nationalistes, tant le colonialisme est le fils cadet du capitalisme. Le fils benjamin du capitalisme étant l’impérialisme.

1954 : l’insurrection armée algérienne éclate. Le Parti Communiste Algérien, censé être un parti d’avant-garde est pris au dépourvu. Nombre de militants le quitteront pour rejoindre les Algériens patriotes

Quelques mois plus tard, Alger républicain est interdit par les autorités coloniales. Apprenant qu’il était recherché, Henri Alleg plonge dans la clandestinité pendant que nombre de communistes créent des cellules armées combattantes dénommées « Les maquis rouges », dont le moins méritant n’est pas Fernand Yveton qui sera condamné à la guillotine et exécuté. Il venait à peine d’avoir 20 ans. Les communistes combattront sous le vocable de « Maquis rouges » jusqu’en 1956, année où ils vont s’auto-dissoudre pour rejoindre l’Armée de Libération Nationale.

Après deux ans de clandestinité, Henri est soudain découvert et arrêté le 12 juin 1957 par la sinistre 10eme division de parachutistes du non moins sinistre général Massu. Il est immédiatement transféré dans une villa des hauteurs d’Alger. Il s’agissait de la villa Susini de triste mémoire. Là, Henri connaîtra dans sa chair les morsures de « la bête immonde. » Il y subira ses tortures des plus grossières aux plus raffinées. Il fera connaissance avec « le torchon mouillé », la « gégène », « la baignoire » et autres joyeusetés les unes pires que les autres. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, à l’heure où la torture sévit à Abou Ghraïeb (en Irak), en Palestine, en Colombie et ailleurs, relisons Henri Alleg :

Extrait de La Question d’Henri Alleg

« Jacquet, toujours souriant, agita d’abord devant mes yeux les pinces qui terminaient les électrodes. Des petites pinces d’acier brillant, allongées et dentelées. Des pinces « crocodiles », disent les ouvriers des lignes téléphoniques qui les utilisent. Il m’en fixa une au lobe de l’oreille droite, l’autre au doigt du même côté.D’un seul coup, je bondis dans mes liens et hurlai de toute ma voix. Charbonnier venait de m’envoyer dans le corps la première décharge électrique. Près de mon oreille avait jailli une longue étincelle et je sentis dans ma poitrine mon coeur s’emballer.

Je me tordais en hurlant et me raidissais à me blesser, tandis que les secousses commandées par Charbonnier, magnéto en mains, se succédaient sans arrêt. Sur le même rythme, Charbonnier scandait une seule question en martelant les syllabes « Où es-tu hébergé ? » Entre deux secousses, je me tournai vers lui pour lui dire : « Vous avez tort, vous vous en repentirez ! » Furieux, Charbonnier tourna à fond le rhéostat de sa magnéto : « Chaque fois que tu me feras la morale, je t’enverrai une giclée ! » et tandis que je continuais à crier, il dit à Jacquet : « Bon Dieu, qu’il est gueulard ! Foutez-lui un bâillon ! » Roulant ma chemise en boule, Jacquet me l’enfonça dans la bouche et le supplice recommença. Je serrai de toutes mes forces le tissu entre mes dents et j’y trouvai presque un soulagement »

Fin de citation.

Après un mois de sévices ignobles, un mois qui a dû durer pour lui un siècle, Henri est transféré en divers lieux de détention pour, finalement, aboutir à la prison algéroise Barberousse. C’est dans cette prison qu’Henri Alleg entreprend de relater son supplice afin que nul ne dise « je ne savais pas. » À mesure qu’il rédige fébrilement « La question », il en fera sortir un par un les feuillets à l’insu de ses gardiens, par l’intermédiaire de ses avocats qui étaient aussi ses « complices » à l’instar de Leo Mataresso.

Une fois le livre achevé et évacué hors de prison, un homme de bonne volonté et de grand courage entreprit de l’éditer. Il s’agissait de Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit. Pendant que son auteur est en prison, La question est publié. Les autorités françaises interdisent le livre mais des centaines d’exemplaires sont déjà répandus sur le territoire. C’est ainsi qu’en quelques jours, avec l’aide de La Cité, une maison d’éditions suisse, les Français apprennent avec émoi que l’on torture en Algérie et qui plus est, que l’on torture même des Français ! Des intellectuels et autres personnalités tels que Jean-Paul Sartre, Malraux, François Mauriac et tant d’autres protestent vigoureusement auprès de leur gouvernement.

Pour l’Algérie maquisarde, la publication du livre fut d’un apport extraordinaire. « Ce fut pour nous l’équivalent d’un bataillon » me dira, il y a quelques années, le commandant Azzedine, un des anciens dirigeants de l’Armée de Libération Nationale.

Après trois années de détention à la prison Barberousse, Henri est transféré en France, dans la prison de Rennes, d’où il s’évadera peu après, aidé en cela par un réseau communiste qui lui fera rejoindre la Tchécoslovaquie. Il y restera jusqu’en 1962, lors du cessez-le feu conclu entre l’Algérie combattante et la France colonialiste. Il revient dans l’Algérie indépendante pour organiser la reparution d’Alger républicain.

Je termine en rappelant que contrairement aux Occidentaux, nous, Maghrébins, avons le culte des héros. Henri Alleg est de ceux-là.

Dj. B.


*

Puisque nous sommes en ligne pour rendre hommage à un personnage de légende, qui reste pour nous synonyme de lucidité et de courage, il ne nous semble pas déplacé de faire suivre cet hommage d’une déclaration non moins lucide et courageuse que vient de faire un vivant. Nous voulons parler du cheik Hassan Rohani, nouveau président de la République Islamique d’Iran, proclamé « modéré » par nos augures otanesques adeptes de la méthode Coué, qui n’entrera officiellement en fonctions que dans un mois. Ceci fait écho à l’article de Georges Stanechy « Iran : Le triomphe du vilain canard » et en constitue évidemment la suite naturelle.

Rohani raille Israël et salue Assad et Nasrallah

Al Manar.com (L'équipe du site)

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Le nouveau président iranien cheikh Hassan Rohani a qualifié de « risibles » les menaces d'attaques militaires proférées par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et de « pays misérable » l’entité sioniste, ont rapporté mercredi les médias iraniens.

« Lorsque certains (États-Unis et Israël, ndlr) disent que toutes les options sont sur la table et qu'un pays misérable de la région (Israël, ndlr) dit des choses, cela vous fait rire », a déclaré M. Rohani devant un parterre d'anciens combattants de la guerre Iran-Irak (1980-88).

« Qui sont les sionistes pour nous menacer? », a-t-il ajouté, faisant valoir que la réaction promise par les Iraniens empêchait Israël de mettre ses menaces en pratique.

Dimanche, M. Netanyahu avait répété qu'Israël pourrait intervenir militairement avant les États-Unis pour tenter de contrer le programme nucléaire iranien, qualifiant M. Rohani de « loup déguisé en mouton ». 

« Nous sommes plus proches (de l'Iran) que les États-Unis. Nous sommes plus vulnérables. Et nous devrons donc aborder cette question de comment arrêter l'Iran, peut-être avant les États-Unis », avait averti M. Netanyahu dans un entretien à la chaîne CBS.

 « Ils se rapprochent de la ligne rouge. Ils ne l'ont pas encore franchie », a une nouvelle fois affirmé le Premier ministre, en référence au seuil à partir duquel l'Iran sera selon lui capable de fabriquer sa première arme nucléaire. « Et il faut leur dire sans aucune ambiguïté que cela ne sera pas permis ».

Le peuple syrien surmontera la crise

S’adressant au président syrien M. Bachar El Assad, cheikh Rohani s'est dit certain qu’il parviendra à surmonter la crise dans son pays avec l'aide de « forces pacifiques ». 

« Avec les efforts de forces bénévoles et pacifiques, la grande nation syrienne qui résiste sera à même de surmonter complètement la situation actuelle », a-t-il ajouté, selon l'agence Isna, précisant qu'il répondait aux félicitations de M. Assad pour son élection.

« Les liens étroits et solides entre l'Iran et la Syrie sont la preuve que les deux peuples ont la volonté de coopérer ensemble dans tous les domaines politiques et économiques, et de faire face aux complots des ennemis de la région, y compris le régime sioniste », a-t-il ajouté, selon l'agence iranienne Mehr News. 

Soutien aux deux résistances 

Dans un autre message adressé au secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, M. Rohani a affirmé que son pays reste attaché à son soutien aux deux peuples résistants Palestinien et Libanais .

Le président Rohani avait déclaré après son élection en juin que son gouvernement allait développer les relations entre l'Iran et l'Arabie saoudite, relations qui se sont détériorées ces dernières années, à cause notamment du conflit en Syrie.

Source : http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=86&frid=86&eid=121108

 

*

Enfin, qu’on nous pardonne de faire beaucoup dans la célébration de défunts ces temps-ci, mais nous ne pouvions laisser passer ce 14 juillet 2013 sans rappeler que c’est un 14 juillet que Léo Ferré – qui jamais, de sa vie, ne fut sifflé - nous a quittés.

Nous empruntons à André Uleski, en vrac, son hommage ému et les paroles d’une des plus belles chansons de Léo :

 

14/07/2013

Quand Léo Ferré est sans égal ni rival...

Un hommage à Léo Ferré qui nous a quitté un 14 juillet, il y a tout juste vingt ans.

André Uleski

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Il n'écrivait et ne parlait qu'une seule langue : le Français... mais il parlait tous les langages et écrivait dans toutes les musiques : il est à lui seul près d'un siècle et demi de poésie et de littérature.

De Baudelaire à René Char en passant par Hugo, Bruant, Carco, Queneau, il a traversé toutes les écoles d'écriture - même automatique  ! Du langage insaisissable de la rue aux modes langagières éphémères, du franglais à l'argot, à la fois virtuose et vertigineux, il pouvait dans un même texte aux néologismes sans nombre, dans un même vers, dans une même phrase les réconcilier tous.

Grand mélodiste, auteur, compositeur, orchestrateur et chef d'orchestre, il était son meilleur interprète. Ironique, moqueur, cruel et tendre, toujours en colère, il aura été le premier slameur et sans doute aussi, le premier rappeur. 

Des millions d'hommes et de femmes ont découvert nos poètes des XIXe et XXe siècles ainsi que la musique symphonique au contact de son oeuvre. De Beethoven à Berlioz au carton perforé de l'orgue de barbarie, du piano à bretelles au rock psychédélique du groupe ZOO.

Lire la suite…

Source :  http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/12/02...

 



 

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 Mis en ligne par Marie Mouillé, le 18 juillet 2013

23:35 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/07/2013

Pour saluer un président exceptionnel qui s'en va...

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Pour saluer un président exceptionnel qui s’en va...

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Exceptionnel, Mahmoud Ahmadinejad l’aura été de beaucoup de façons, au service de son peuple et du respect des lois internationales, mais surtout, à nos yeux, par son indéfectible soutien aux Palestiniens, qu’il est un des rares à n’avoir jamais trahi.

 

et faire la connaissance de celui qui lui succède.

 

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Georges Stanechy

À contre-courant

2 juillet 2013

 

IRAN : LE TRIOMPHE DU VILAIN CANARD…

« Il n’y a pas d’instauration de la vérité sans une position essentielle de l’altérité ; la vérité ce n’est jamais le même ; il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l’autre monde et de la vie autre. »

Michel Foucault (1)

 

“Emirentielles” au Qatar

On nous l'assure : c'est la clé de notre avenir…

La France vit à l’heure du Qatar. Du moins son oligarchie. Se précipitant, en concurrence avec ses homologues européennes, au portillon de la commission, de la prébende, et autres bouts de gras jetés par l’émir de cet Etat de pacotille. Comblé de colossaux avantages fiscaux dans notre pays, pourtant aux « caisses vides » d’après notre propagande officielle…

Amusante comédie humaine, en “Crésus-Land”…

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Nos voraces nomenklaturas n’ont même pas la reconnaissance du ventre. L’émir qui n’avait cessé de donner ou “mettre à disposition” de ses maîtres toutes les ressources de son pays, quasiment tout, jusqu’à sa TV internationale Al Jazeera dont il était si fier, pour garder sa rente familiale, s’est vu congédié. Du jour au lendemain. Conservant, il est vrai, son immense fortune personnelle.

Avec un préavis, toutefois : les occidentaux lui ont accordé un mois pour abdiquer et disparaître avec son cousin qui officiait, dans cette farce burlesque, en “premier ministre”. Ce qu’il vient d’exécuter cette semaine, en faveur d’un de ses nombreux fils. Sélectionné par l’Empire…

Riche du gaz naturel de son pays à la population microscopique, il avait commis l’erreur de se croire indispensable. (2) Après avoir investi l’essentiel de son argent en Occident : multiples participations dans les plus grandes multinationales, les plus délirants programmes, "placements" immobiliers de luxe ou du “business sportif”, et autres extravagantes “pompes à fric” dont politiciens, intermédiaires et affairistes raffolent. Signant les ordres de virement en faveur de ce qui lui était désigné. Appliquant à la lettre les instructions reçues : surtout quasiment rien dans la région !... A part, la spéculation immobilière chez lui, évidemment.

Développement de l’Egypte, du Soudan ?... Reconstruction de l’Irak, de l’Afghanistan, du Pakistan ?...

Connaît pas”.

Développement, reconstruction ?... Au contraire : finançant, au seul profit de ses suzerains ou donneurs d'ordre, des guerres de destruction, aussi dévastatrices que meurtrières pour des dizaines de milliers d’innocentes victimes de cette dernière décennie : après la réduction en cendres de la Libye, ce fut, c’est encore, celle de la Syrie.

Etape suivante, il lui était demandé de financer celle en préparation contre l’Iran. Mais, là subitement, il traînait des pieds, objectait, doutait…

C’était aller trop loin, d’après lui. D’autant que le Qatar, dans l’Histoire, ce "comptoir" ou "point d’eau" pour ravitailler en eau potable les bateaux à voiles, était intégré pendant des siècles dans une province méridionale de l’Empire Perse. Jusqu’à sa prise de contrôle par les portugais en 1517, suivis par les Ottomans, et pour finir par les Anglais.

Actuellement, il est le partenaire d’inextricables conventions juridiques et techniques avec l’Iran du fait que les deux pays partagent un même champ gazier sous-marin. Véritable casse-tête opérationnel : comment se répartir une bulle de gaz sous-marine qui ne connaît pas les frontières ?... (3) Facteur aggravant : mitoyen en eaux territoriales de l’Iran, leurs rivages sont plus que proches, presque fusionnels, en termes “balistiques”…

Evidence pour lui et son "premier ministre" : le Qatar, ne disposant d’aucune “profondeur stratégique”, constituerait le premier dégât collatéral d’une guerre dans le Golfe Persique. Siège du quartier général avancé du CENTCOM (Unified Combatant Command) américain (4) situé sur l’immense base aérienne d’Al Udeid, dans la minute même du déclenchement d’un conflit, considéré en “cible prioritaire” par l’Iran, il serait pulvérisé. Retournant à sa condition initiale : un tas de sable. Boum-Pschitt !...

Furieux de sa lucidité, ses maîtres n’ont pas apprécié ce manque de docilité. Sanction immédiate : son remplacement par un membre de sa progéniture choisi pour sa supposée indéfectible servilité : le prince Tamim, 33 ans. Formé, spécialisé, sous le règne antérieur, dans les évènements mondains et sportifs. Encore plus positif : on le dit inféodé aux saoudiens, contrairement à son père qui prétendait rivaliser avec eux dans l’influence à l’égard des “grands” de la planète.

Nous venons ainsi d’assister à une "Emirentielle" !…

La succession d’un émir par un autre. L’émir, en bon autocrate, composant son “gouvernement” avec les membres de sa famille, Al Thani. Tout cela sans vote, bien entendu. Au Qatar, les partis politiques sont interdits. A l’identique de toutes les pétromonarchies du Golfe : même pas un parti unique !

Toutefois, pour faire bonne figure en tant qu’Etat apporteur de « démocratie » en Libye, en Syrie et ailleurs, sa nouvelle constitution prévoit, depuis 2004, un "conseil consultatif" ("Majlis Al-Choura") de 45 membres : 15 nommés par l’émir, et 30 “élus” on ne sait pas trop comment…

D’autant que ce "conseil consultatif" ne participe pas à la désignation du gouvernement, encore moins à celle de l’émir imposé par l’Empire. Lui reste l’organisation des chasses aux faucons, très prisées dans la région…

Ce qui s’appelle : le respect des traditions ! Rien n’a changé depuis que les britanniques ont érigé cette minuscule péninsule du Golfe Persique en émirat, en 1867. Désignant comme "émir" le plus gros commerçant de la bourgade de l’époque, Doha, qui achetait leur verroterie et quincaillerie estampillées “Manchester”. Il s’appelait Al Thani

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Couper "La Bulle" en deux ...


Présidentielles en Iran

En face, sur l’autre rivage du Golfe : autre ambiance. L’Iran venait d’achever les élections présidentielles.

6. élections-iran 2013.jpgLe président Ahmadinejad, bouclant ses deux mandatures, ne pouvait constitutionnel-lement se représenter pour une troisième fois. Se sont donc affrontés 8 candidats au cours d’une campagne très active, avec les ingrédients habituels de tous les systèmes électoraux sous tous les horizons : réunions publiques dans toutes les villes, débats télévisés, campagnes d’affichages et de tracts, désistements de certains candidats en faveur d’autres (seuls 6 candidats restèrent jusqu’au terme de la présidentielle). Dans le calme, ce qui n’empêchait nullement les discussions animées, souvent avec beaucoup de vigueur.

Nos médias ne s’en sont pas fait l’écho, ou infiniment peu. Dommage, pour eux et l’information de leurs concitoyens. Ils auraient pu transmettre des aperçus, analyses, sur les différents courants, tendances, partis politiques, qui animent la société iranienne et sortir, enfin, de l’analphabétisme géopolitique dans lequel ils se sclérosent.

Pour ne pas changer les quelques « papiers » ou « sujets », pondus de-ci de-là par nos éminents dispensateurs d’informations, fulminaient contre le choix imposé des candidats. Car, à les croire, dans nos contrées n’importe qui peut se présenter à une élection présidentielle ou parlementaire… Aucun de ces maîtres de l’information n’ayant pris la peine, évidemment, de les rencontrer et discuter de leurs programmes politiques.

Encore moins de souligner, au-delà des fulgurants progrès économiques, le colossal changement positif dans la démocratisation du système politique, depuis la sanguinaire autocratie du Shah imposée par les pays occidentaux, dans le pillage des richesses du pays, de 1953 à 1979. Ou, autre exemple, de mentionner l’enregistrement sur les listes électorales, pour cette présidentielle, de 1,6 million de jeunes ayant atteint cette année l’âge de la majorité légale de 18 ans…

C’est cela « décrypter l’information » : idéaliser chez soi, ou entre soi, et diaboliser les Autres, les Barbares…

Nous fut martelée, inévitablement, la vision d’un Iran accablé par le chômage et la misère. Du fait de la "crise" mythique rongeant nos sociétés ?... Non, en raison de la réussite des "sanctions économiques" imposées par les Etats-Unis et l'Europe. Illégales, notons-le, puisque ces mesures d’embargos n’émanent pas de l’ONU mais du gouvernement des USA ou, suivant la formule banalisée, du « gendarme du monde ».

Là encore, informations corroborées par aucun documentaire, reportage, aucune photo, sur les marchés, les galeries commerciales, les cinémas, la sortie des écoles, universités, usines, et autres lieux publics.

Normal : surtout ne pas montrer que dans ce pays grand comme trois fois la France, malgré toutes les entraves imaginées par l’Occident pour bloquer son développement économique, la vie est beaucoup plus agréable et moins chère pour ses 80 millions d'habitants qu’en Grèce, au Portugal, en Espagne. Bientôt en France, ou dans d’autres pays si imbus d’eux-mêmes. En tous cas, les étals des marchés sont pleins, les plus beaux étant ceux des fleuristes.

Mais… Chut ! Pas de vague ! Vieille devise des trois singes : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire !

Jusqu’à couper la retransmission des émissions TV iraniennes à destination de l’Europe, de l’Amérique du nord et du sud, en anglais, en espagnol et en arabe, transitant par les satellites de télécommunications contrôlés par les occidentaux : Eutelsat, Intelsat, Hispasat, etc. Depuis janvier 2012, dans une vague sans cesse renouvelée de décisions arbitraires, unilatérales. En infraction flagrante du droit et des conventions internationales. Prétextant les sanctions contre l’Iran... (5)

En fait, authentique et secrète censure de l’information en provenance de ce pays par nos gouvernements "démocratiques". Dans la négation de l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme relative à la protection de la liberté d’information. ­

Pourquoi s’en étonner ?...

Depuis qu’il nous est dicté, en France même, ce dont nous devons rire, caricatures agréées et comiques officiels, rien de plus logique de nous imposer ce que nous devons croire.

Hassan Rohani

Hassan Rohani devient donc le nouveau président de l’Iran pour 4 ans. Elu le 14 juin 2013, dès le premier tour, avec près de 51 % des voix, et une participation électorale de 77 % suivie par de très nombreux journalistes et observateurs étrangers, hormis ceux de la sphère OTANesque boudant dans leurs coins.

Les occidentaux englués dans le bourbier syrien n’ont pas eu disponibilités et moyens suffisants pour fomenter les troubles de l’élection présidentielle de 2009, avec sa campagne médiatique hystérique dont on se souvient encore. D’autant que tous les gouvernements polichinelles qu’ils instrumentalisent autour de l’Iran sont plus que fragilisés.

Certains ravagés par de violentes manifestations et révoltes populaires, bien souvent occultées par notre appareil de désinformation : Afghanistan, Arabie saoudite (toute la côte du Golfe Persique), Azerbaïdjan, Bahreïn (base de la flotte américaine dans le Golfe), Egypte, Jordanie, Libye, Tunisie, Turquie. Trop d’incendies à éteindre en même temps sur leurs arrières…

Contraints et forcés, ils se sont piteusement limités à exprimer la satisfaction de voir un nouveau président « modéré », « prêt à s’entendre » avec l’Occident. Précisons que dans leur imaginaire et phraséologie, un chef d’Etat non occidental dit « modéré » est un politicien acceptant de souscrire, d’exécuter, à la lettre et dans la seconde, toutes leurs volontés : prédations, violences, occupations. Et, autres manifestations de puissance à l’encontre de leurs vassaux ou possessions coloniales.

En résumé : l’Iran abandonnerait ses « postures agressives ». Rhétorique, « storytelling » comme disent les anglophones, ou art de prendre ses désirs pour la réalité. Que nos médias, véhicules habituels de la propagande iranophobe, déclinèrent les yeux fermés. (6)

Art, aussi, du renversement des situations, ou artifice du travestissement des faits que l’on se doit de nier, par nos consciencieux "désinformateurs".

7. greve-e-fome-em-guantanamo.jpgL’évidence est à l’opposé de cette représentation, nous le savons. L’Iran ne bombarde, ni ne drone personne, ne spolie aucun territoire, n’interdit les relations commerciales de quiconque. Les symboles de l’abjection sadique de Guantanamo ou Gaza ne sont pas administrés par son armée. La déconstruction des slogans de la propagande serait intermi-nable, tant la liste est longue.

C’est l’Iran qui, en permanence, est diabolisé, menacé de destruction ; ses scientifiques assassinés, ses territoires survolés par des drones violant son espace aérien, son économie enserrée dans une véritable guerre illégale au regard du droit international. Il n’agresse personne, souhaitant tout simplement le respect, dans son droit à l’autodétermination, de sa souveraineté, politique, économique, scientifique. Ainsi que celui de la paix dans la région avec une totale "dénucléarisation" du Moyen-Orient impliquant le retrait de toutes les forces d’occupation, et bases militaires, occidentales dans la région.

Ceux qui pensent avec nos propagandistes qu’Hassan Rohani va courber l’échine, devant les prétentions mégalomaniaques de l’Occident, commettent quatre erreurs d’analyse majeures :

i) Signe fort envoyé par le peuple Iranien. Les bellicistes occidentaux, enivrés de leurs "sanctions économiques", fantasment un Iran venant à genoux implorer leur miséricorde…

Administrant une magistrale paire de claques à ces stratèges-voyous, les électeurs dans leur majorité ont choisi le candidat-président qui a le moins mis l’accent dans son programme sur le volet économique !... Donnant leur préférence à celui qui affichait comme priorité la cohésion et la solidarité nationales. Celui aussi dont la longue expérience, au plus haut niveau, dans la stratégie militaire, la recherche scientifique et nucléaire, les relations internationales avec leurs coups tordus, est la plus probante.

ii) Hassan Rohani est un “résistant” prestigieux, au cœur de la révolution qui a abattu la sauvage dictature du Shah installée et gérée par les occidentaux et un des artisans de l’héroïque résistance à la guerre de l’Irak planifiée et armée par l’Occident pour venger le renversement du Shah et de leur système de pillage (les Iraniens la surnomment la « guerre imposée »…). Endurant avec son peuple, 8 très longues et douloureuses années de massacres (estimation d’un million d’Iraniens tués), la destruction systématique de toute l’infrastructure pétrolière, gazière, portuaire, etc.

Aucun chef d’Etat des pays de l’OTAN n’arrive à la cheville de sa stature d’homme d’Etat, tout particulièrement de son expérience militaire et stratégique forgée lors d’une guerre implacable. En temps que membre du Conseil suprême de la défense de 1982 à 1988, commandant des forces aériennes de 1986 à1991. Depuis 1992, il est responsable du Centre pour la Recherche Stratégique (Center for Strategic Research). Il a animé aussi, de 2003 à 2005, l’équipe de négociateurs spécialisés dans la défense des droits et de la souveraineté de l’Iran dans le cadre du Traité de Non Prolifération Nucléaire.

Pour les avoir affrontés, côtoyés, pratiqués, il sait que ses interlocuteurs occidentaux sont sans foi, ni loi. Aussi irresponsables dans leurs décisions que criminels dans leurs actes. Capables de raser des pays entiers, tuant des centaines de milliers d’innocents. Dans l’indifférence ou la Bonne Conscience. Prêts à tous les mensonges, toutes les manœuvres de gangsters pour s’emparer de son pays et de ses richesses.

iii) Hassan Rohani succède à un grand président, Ahmadinejad, qui lui a préparé le terrain sur le plan diplomatique en ne cessant de rappeler aux occidentaux, au plus fort du climat d’agression à l’encontre de son pays, que l’Iran n’était pas un ramassis de voleurs de poulets, mais les héritiers et représentants d’une des plus anciennes, brillantes, civilisations. Sur tous les plans.

Aussi courageux qu’incorruptible, d’une extrême gentillesse mais d’une ténacité d’acier lorsque les intérêts et l’honneur de son pays sont en jeu, il leur a parlé d’égal à égal, sans peur. Du tac au tac. Ce que ne supportaient pas les oligarques coloniaux qui n’acceptent que la soumission, l’obséquiosité, de ceux qu’ils estiment plus faibles qu’eux. Incapables de soutenir son regard et d’entendre ses discours de paix. Vivant cela comme une « agression », ils perturbaient les réunions de l’ONU à grands fracas d’histrions, pour qu’il ne soit pas entendu.

Diabolisé dans une propagande permanente, éhontée, d’un cynisme mensonger abyssal, déformant ses propos pour le transformer en monstre. (7) Jusqu’à bloquer le système de traduction simultanée de ses discours à l’ONU sous prétexte d’une “panne technique” !… Se croyant au temps de l’Inquisition, l’accusant de blasphème et d’hérésie. Probablement, dans leur fanatisme, bon pour le bûcher après passage en salle de tortures...

Censure, diabolisation, encore et toujours…

Mais le message a été délivré : l’Iran, préparé à toutes les éventualités, n’éprouve aucune peur face à des fous de guerres et de violences qui ne savent que détruire des pays sans défense et assassiner des civils non armés. En conséquence, menaces et sanctions resteront sans effet, n’étant que l’expression de la mauvaise foi. Car, rien de plus facile que négocier sur un problème ou un désaccord, dans un esprit constructif : il suffit de prendre un café ensemble, en se respectant et en s’écoutant mutuellement.

 « Don’t make a mistake ! », comme disait Bush à répétition. Oui : "ne vous y trompez pas". Le nouveau président maintiendra la ligne diplomatique fondamentale de sa Nation : la préservation de son inaliénable souveraineté. Sans crainte. Inflexiblement.

iv) L’Iran est une puissance régionale, militaire et économique, incontournable. Indispensable. D’autant plus forte que tous les Etats qui l’entourent sont en feu, les quelques pétromonarchies encore “calmes” n’étant que du carton-pâte en instance de volatilisation. Face à ces turbulences, son importance ne fera que croître.

Pays charnière entre deux sous-continents, il représente ce qu’est l’Allemagne pour l’espace Européen et Russe. L’Occident ne l’accepte pas, souhaitant sa destruction en tant qu’Etat et s’approprier ses richesses. Accomplir en Iran ce qu’ils ont commis en Irak. La remise en cause perpétuelle ou le continuel procès d’intention de son industrie nucléaire n’étant qu’un prétexte.

Les bellicistes ne s’en cachent pas. Parmi de multiples exemples récents, Sima Shine haut responsable au ministère israélien des affaires stratégiques, préconisant publiquement de mettre Al Qaïda au pouvoir en Syrie. L’essentiel étant de faire "tout pour nuire à l’Iran"… (8)

Hassan Rohani sait qu’il n’a rien à espérer d'un Occident hyperviolent. S'arrogeant dans sa folie mégalomaniaque le droit de vie ou de mort, décrétant qui "mérite de vivre sur Terre". Rongé par l’injustice sociale et économique, avec 20 millions de chômeurs rien que dans l’Eurozone… (9) Les loups, prétendument "alliés" ou de la même meute, se déchiquetant entre eux, au point de s’espionner nuit et jour dans une paranoïa suicidaire.

Dès son entrée en fonction, il a déjà baissé le rideau sur ce monde en perdition. Répondant aux félicitations du président de la Chine pour son élection, il a annoncé que "la priorité de sa présidence" serait le renforcement des relations avec son pays…

8. sima-shina-m-of-strategi-affairs.jpg

Sima Shine - Apothéose du fanatisme destructeur


Ritournelles en France

Roland Dumas dans son dernier livre paru en mai dernier se désole, en tant qu’ancien ministre des affaires étrangères de la France, de voir notre pays prendre ses ordres à Washington et à Tel Aviv. Renonçant à sa souveraineté, dans une servitude assumée et célébrée par sa nomenklatura. (10)

On comprend mieux, en le lisant, que la vision stratégique et délirante, sous forme d’anathème ou d’excommunication, exprimée par une Sima Shine soit, en conséquence, strictement, servilement, appliquée tant par notre “diplomatie” que par notre “défense nationale”. Religieusement ânonnée…

D’où ces sempiternelles “ritournelles” que politiciens et médias se doivent d’entonner sans arrêt. Telles des mantras bouddhistes. “Ritournelle” au sens où l’entendaient Deleuze et Guattari afin de mobiliser le troupeau, le rassembler en l’endormant :

« La ritournelle a aussi une fonction catalytique : non seulement augmenter la vitesse des échanges et réactions dans ce qui l’entoure, mais assurer des interactions indirectes entre éléments dénués d’affinité dite naturelle, et former par là des masses organisées. » (11)

9. eua-espionam-o-mundo.jpg                   Ce processus de fanatisation, d’obscurantisme et de conditionnement pulsionnel, est nourri, entretenu depuis les soutes ou les cuisines de la propagande iranophobe déversant leurs bouillies hallucinogènes, à grandes louches de « n’importe quoi ». Ne reculant devant aucune falsification, diffamation, mise scène, et faux témoignages. (12) Aux étages supérieurs plastronnent les "islamologues officiels" de la propagande, après avoir servi le plat à présent refroidi du "choc des civilisations", chargés de nous enfumer sur la soi-disant confrontation entre "l’arc chiite" et "l’arc sunnite"...

Sous-entendu : entre le diabolique Iran chiite et les vertueuses pétromonarchies sunnites… Alors que la plupart d’entre elles sont constituées d’une majorité de population chiite gouvernée par des autocrates sunnites installés par la colonisation, selon le principe du "diviser pour régner". Comme Bahreïn nous le rappelle tous les matins par les atrocités répétées de l'émir contre son peuple.

S’il y a conflit entre deux "arcs", c’est bien celui de "l’arc de l’imposture" d’entités artificielles érigées en Etats par les occidentaux, telles que les pétromonarchies et autres (exemple : Jordanie), à la suite du partage de l’Empire Ottoman ; et, "l’arc de la légitimité" représentant des Etats authentiques dont l’identité nationale plonge ses racines au plus profond de l’Histoire.

Pour ceux qui voudraient sortir de ce conditionnement, lavage de cerveau instillé par ces propagateurs de clichés, comprendre l’Iran, je conseille de feuilleter l’œuvre magistrale d’Henri Corbin qui a passé toute sa vie à étudier le chiisme. Exposant, démontrant, sa contribution inestimable à la spiritualité de l’Islam et de l’humanité dans son ensemble. Notamment :

=> En Islam iranien : aspects spirituels et philosophiques (Gallimard – 1978 – 4 volumes) et,

=> Temple et contemplation, essai sur l'Islam iranien (Flammarion – 1981).

Mais, "ritournelle" oblige : notre ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, vient de déclarer que le principal problème de la paix dans le monde est le nucléaire iranien, le "futur" risque que l’Iran obtienne l’arme nucléaire. Nous voilà repartis pour un nouveau tour de procès en sorcellerie… (13)

Metternich, le ministre des affaires étrangères de l’empire d’Autriche au moment des conquêtes napoléoniennes, disait que ce n’était pas la France qui faisait la guerre à l’Europe mais Napoléon "avec des moyens français". Deux siècles plus tard, ce n’est pas la France qui se livre à des actes de guerre au Moyen-Orient et ailleurs contre des peuples qui ne lui ont rien fait, mais une caste "avec des moyens français" pour servir des intérêts qui ne sont pas ceux de notre pays.

Car, comment en arrive-t-on, au-delà de ces gesticulations diplomatiques et guerrières, à sacrifier notre économie ?... En nous interdisant de commercer, d’investir, sous prétexte d’appliquer des « sanctions économiques » qui ne sont même pas imposées par l’ONU. Mais, unilatéralement par le gouvernement d’un pays étranger qui, de plus, nous espionne en permanence.

Exemples qui font rire le reste du monde... Peugeot s’est vu sommé de renoncer à son plus important marché à l’exportation avec usine de montage, jusqu’aux pièces détachées qui lui est interdit d’expédier… Ou, Total qui a dû verser une pénalité de 400 millions de dollars aux USA avec interdiction d’investir en Iran… La fermeture illégale de ce marché en pleine croissance coûte à la France une moyenne annuelle de 2 à 5 milliards d’euros. (13)

Ne serait-ce que sur 10 ans, on peut estimer la perte pour la balance commerciale française, actuellement en déficit, à une trentaine de milliards d’euros. Nous démantelons nos industries et nous nous interdisons des marchés à l’exportation…

En vertu de quoi et au bénéfice de qui ?...

Pendant ce temps les contrats de l’Iran se multiplient avec l’Inde, la Chine, le Brésil ou l’Argentine, et autres. Depuis l’agroalimentaire jusqu’aux colossaux marchés des infrastructures : constructions et équipements de ports, lignes de trains à grande vitesse, prospection et exploitation énergétiques, transport et manutention, etc.

10. raffinerie-iran.jpgCar, l’Iran est en pleine croissance avec un gigan-tesque potentiel, détenant les plus grandes réserves de gaz dans le monde (1er rang), parmi les plus grandes réserves pétrolières (2° rang), d’immensesréserves minières, de l’uranium aux catégories de métaux ferreux et non ferreux les plus recherchés. Avec une population remarquablement bien formée dans des universités scientifiques et technologiques parmi les meilleures du monde.

L’Iran figure au 5° rang mondial au niveau de la recherche dans les nanotechnologies. Se couvrant d’industries et d’usines ultramodernes, de chantiers navals, et de ports. Actuellement, pratiquement autonome dans l’édification de son industrie de l’armement, construisant ses frégates, sous-marins, avions, drones, chars d’assaut, et devenu l’un des plus performants "missiliers" du monde…

Le World Investment Report 2013 publié par l’UNCTAD (CNUCED en français), organisation de l’ONU, n’a pu dissimuler le fait qu’en Iran les FDI (Foreign Direct Investments) ou Investissements Directs Etrangers, ne cessent de progresser. Sanctions ou pas… (14)

Classant l’Iran (page 49) dans la catégorie des pays dits "South Asia", pour ne pas faire de l’ombre aux pays du Moyen-Orient, à la seconde place derrière l’Inde en termes d’échanges d’investissements (l’Iran reçoit des investissements mais investit aussi dans d’autres pays). Encore mieux, l’Iran se classe en volume à la seconde place derrière l’Inde, mais à la première pour ce qui est de la croissance du volume des investissements directs !... (15)

Par contre, ironie de l’Histoire, le rapport constate dans sa page 54, le déclin des FDI dans la région pour la Turquie, l’Arabie saoudite et la Jordanie…

11. aluminium-coils-iran.jpgDernier hommage du pays au Président Mahmoud Ahmadinejad avant son départ : il a présidé à l’inauguration de la nouvelle aciérie ultramoderne de Pasargad dans la province méridionale de Fars. A environ 1000 kilomètres de Téhéran, dans la ville de Kovar.

Symbole de la fantastique progression du pays, édifiée sous sa présidence sur une superficie de 300 hectares, elle représente un investissement de 5, 5 milliards de dollars, et la création dans un premier temps de 800 emplois. La troisième du pays. Classant l’Iran au premier rang des producteurs d’acier pour les pays du MENA (Middle East - North Africa).

L’Iran édifie ainsi une économie fondée non pas sur la spéculation, ou la rente, mais sur l’industrie et la recherche. En France, nous fermons nos aciéries et n’arrêtons pas de licencier, accordant toutes les faveurs aux "banksters" et à "l'économie-casino"…

Et dernière satisfaction, couronnement d’une action implacable de son mandat pour lutter contre ce fléau, l’Iran a procédé à l’incinération publique de 115 tonnes de drogue saisie en 3 mois (l’an dernier l’Iran en a saisi 500 tonnes), en provenance d’Afghanistan.

Dont on sait que depuis l’occupation de l’OTAN la production a plus que décuplé. Répandue à présent au Caire, entre autres destinations prioritaires dans la région gérées par les services spéciaux occidentaux, à bas prix. Provoquant une explosion de la consommation de drogue

Le danger de l’Iran pour la planète…

Dénis, délires, fureurs, de notre caste au pouvoir. Les chiens aboient.

En écho, au triomphe du “Vilain Canard”…

12. Celestino_Ahmadinejad_au_dessus_c_est_le_soleil-23015-d50c4.jpg

____________________

1. Michel Foucault, Le Courage de La Vérité – Le gouvernement de soi-même et des autres II – Cours au Collège de France – 1984, Hautes Etudes – Gallimard Seuil, 2009, p. 311. (Dernière phrase de son dernier cours, 28 mars 1984 ; trois mois avant sa mort. Oui : « … la vérité ce n’est jamais “le” même… »).

2. Sur une population de 2 millions d’habitants, seulement 400.000 sont qataris. Le reste, à l’exception des expatriés européens occupant la plupart des postes de direction et d’encadrement, est composé en majorité d’immigrés venant essentiellement d’Asie (Philippines, Bengladesh, Inde, Pakistan, etc.), traités en "esclaves modernes" : sous-payés, sans aucun « droit » si ce n’est de se taire, vivant dans des conditions de travail inacceptables au regard des principes édictés par l’OIT…

3. Cette réserve sous-marine est répartie entre le Qatar, le North Dome (60%) et l’Iran, le South Pars (40%).

4. En clair : du corps expéditionnaire américain dans la région, dont le centre de commandement est situé à Tampa en Floride. C’est à partir du Qatar qu’ont été, et sont encore, “gérées” l’invasion et la destruction méthodique de l’Irak, de l’Afghanistan, et d’une grande partie du Pakistan.

5. West bans on Iranian channels appalling violation of free speech: Expert, Press TV, 29 juin 2013, http://www.presstv.ir/detail/2013/06/27/311089/west-bans-...

6. Archétype : Georges Malbrunot, Hassan Rohani : un religieux modéré partisan d’une détente avec l’Occident, Le Figaro, 15 juin 2013, http://www.lefigaro.fr/international/2013/06/15/01003-201...

7. Jonathan Steele, Lost in translation – Experts confirm that Iran’s president did not call for Israel to be ‘wiped off the map’. Reports that he did serve to strengthen western hawks, The Guardian, 4 juin 2006, http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2006/jun/14/post155

8. Israel Prefers Al-Qaeda Ruling Syria just to Harm Iran [Israël préfère Al Qaïda au pouvoir en Syrie afin de nuire à l’Iran], 25 juin 2013, Fars News, http://english.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13920404000773

9. Over 19 million jobless as Eurozone unemployment hits record high, RT, 1er juillet 2013, http://rt.com/business/eurozone-unemployment-record-high-...

10. Roland Dumas, Dans l’œil du Minotaure, Editions Le Cherche-Midi, mai 2013.

11. Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux – Capitalisme et Schizophrénie, Les Editions de Minuit, 1980, p. 430.

12. Un mot sur l’évolution inquiétante dans nos démocraties de ces officines proliférantes. Pour la plupart agissant en interaction, quant aux pratiques rhétoriques et incitations à la haine, avec les milices « AntiFas » ou assimilées.

Même “style”, ou “copié-collé” (jusqu’aux fautes d’orthographe…), dans la logorrhée et la diffusion obsessionnelle de listes de personnes à empêcher de prendre la parole, d’écrire, de témoigner.

13. Antifafifou-.jpgCes groupes de nervis, adeptes de la cagoule et de la violence, instrumentalisés par les services spéciaux de plusieurs pays et protégés par les polices nationales, ont pour mission d’entraver la liberté d’expression. Dès lors que les critiques ou la dénonciation des prédations coloniales de l’Occident (tout particulièrement au Moyen-Orient et en Palestine), dans une perspective de paix et de développement partagé entre tous les peuples, ont pour support des analyses, des informations, des faits, irréfutables et gênants pour les oligarchies.

A l’opposé de ce qu’ils prétendent représenter : « la lutte contre le fascisme ». Ils agissent, en fait, suivant le même mode opératoire et la même idéologie « fascistes » que les sinistres milices “SA(constituées à Munich en 1921) qui, tout en se déguisant en « militants de gauche », ont assuré la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne…

13. Iran says French minister’s remarks on nuclear program unrealistic, Press TV, 22 juin 2013, http://www.presstv.ir/detail/2013/06/22/310345/iran-rejec...

14. Kaveh L Afrasiabi, New dynamic in Iran's European ties, Asia times 27 juin 2013, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-270613.html

15. World Investment Report 2013 – Global Values Chains : Investment and Trade for Development, UNCTAD ( United Nations Conference on Trade and Development), http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/wir2013_en.pdf, page 49,

=> Tableau A. Distribution of FDI flows among economies, by range, 2012

=> Figure A. FDI flows, top 5 host and home economies, 2011–2012 (Billions of dollars)

Source :

http://stanechy.over-blog.com/iran-le-triomphe-du-vilain-...

 

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Mis en ligne par Marie Mouillé, le 14 juillet 2013




19:58 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/07/2013

Qui dit qu’il n’y a pas d’Europe ? Et celle de l’infamie ?

1. euro-titanic .jpg

 

QUI DIT QU’IL N’Y A PAS D’EUROPE ?

ET CELLE DE L’INFAMIE ?

Philippe Grasset – DeDefensa.org – 3.7.2013

«On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en criant “L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !”...», disait fameusement le général en 1965. Il doit bien rire. Ils ne sautent plus sur leurs chaises et ne crient plus «L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !» ; non, ils font leur coup en douce, comme des petits commissionnaires des dernières instructions impératives, montrant le complet alignement de l’Europe sur les consignes-Système des USA, après qu’on ait montré, deux jours auparavant, qu’on les espionnait comme dans des latrines à tous vents. Qu’un ministre bolivien, Ruben Saavedra de la défense, qui était dans l’avion avec Morales (nous y venons) puisse déclarer comme s’il parlait des gouvernements européens comme de services annexes du département d’État, pour lesquels il suffit d’appuyer sur un bouton pour qu’ils agissent comme on a décidé pour eux  : «This is a hostile act by the United States State Department which has used various European governments.», – qu’il puisse dire cela et que cela ne soulève en nous aucun réflexe de scepticisme, ou d’interrogation, ou d’indignation enfin, voilà qui nous en dit des tonnes et des tomes, – parce que cela est vrai...

Lire la suite…

Source :

http://www.dedefensa.org/article-qui_dit_qu_il_y_a_pas_d_...

 

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Désastre diplomatique sans précédent pour la France en Amérique Latine

François ASSELINEAU

 

2. bolivie-france-merde.jpg

Comme je l’évoque parfois au détour de l’une de mes conférences, le prestige de la France était immense en Amérique latine, et cela depuis les guerres d’indépendance du début du XIXe siècle contre la puissance coloniale espagnole.

DEPUIS LA RÉVOLUTION DE 1789, LA FRANCE BÉNÉFICIAIT D’UN IMMENSE PRESTIGE DANS TOUTE L’AMÉRIQUE LATINE

Francisco de Miranda, qui participa à la bataille de Valmy, 20 septembre 1792, au côté des révolutionnaires français et contre l’Europe coalisée, fut ensuite le principal collaborateur du Libérateur Simon Bolivar.

De nombreux symboles hérités de la Révolution française (par exemple le bonnet phrygien) furent repris par les révolutionnaires latino-américains à travers tout le continent dans les armoiries des États nouvellement indépendants (Argentine, Bolivie, Chili, etc.)

Lire la suite

 Source :  http://www.upr.fr/

 

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Mercredi 3 juillet

De « l’affaire Ben Bella » à « l’affaire Evo Morales » , la piraterie aérienne d’état française.

Daniel BESSON -Zebra Station Polaire

Quelles que soient les dénégations que feront les chefs politiques Français  et en particulier l'ignominie  en costume qui usurpe  la fonction de Président de la République [ lien ], le refus de survol du territoire français par l'avion de la Présidence de la République de l'état plurinational de Bolivie relève de la piraterie aérienne d'état . [ article du site Slate.fr ]

La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, signée en 1961, détaille les principes de l’immunité dont jouissent les chefs de missions diplomatiques, la plupart du temps les ambassadeurs, et les membres d’une mission diplomatique.

Ce texte, ratifié par 189 pays, précise notamment qu’un État qui accueille un diplomate étranger doit, sauf en cas de menace pour la sécurité nationale, lui assurer la liberté de déplacement et de circulation sur son territoire. Si cette obligation ne concerne que les chefs et membres de missions diplomatiques, il est généralement accepté que l’immunité qui leur est garantie en tant que représentants de leur État s’applique aussi aux chefs de ces États, qui sont de facto à la tête de la diplomatie de leur pays .

Quel que soit notre positionnement par rapport aux événements survenus en Algérie entre 1954 et 1962 , les chefs politique français viennent de commettre un acte de piraterie aérienne comparable à celui commis lors de l'arraisonnement de l'avion de Ben-Bella en 1956 [ lien ].

3. arrestation ben bella.jpg

Cette décision d'interdire le survol de notre territoire confirme l'alignement atlantiste des chefs politiques français [ lien vers article ], mais aussi italiens, espagnols et portugais.

En effet la question essentielle à se poser est : Sur quels éléments de preuve les chefs politiques français ont-ils pris la décision d'interdire le survol du territoire national par l'avion présidentiel bolivien ?  

Au-delà du soutien très vague affiché par le Président Evo Morales à l'égard d'Edward Snowden, on imagine mal une barbouze française dans le hall de transit de l'aéroport de Cheremetievo ou un contact parmi le personnel technique de l'aéroport qui aurait pu renseigner les décideurs français. Les autorités françaises [ espagnoles, italiennes, portugaises ] n'ont donc pu avoir pour éléments de prise de décision que des renseignements en provenance d'une source étatsunienne.

Liens :

La milice indigène Aymara des «  Ponchos Rouges » devant l'ambassade de France à La Paz  - http://www.demotiximages.com/node/2221205    

Le communiqué vipérin de la Présidente du Brésil Dilma Rousseff - http://blog.planalto.gov.br/em-nota-governo-expressa-repu...

4. Non au racisme servil de la France.jpg

Les photos de Russia Today -http://rt.com/in-vision/bolivia-protest-france-plane-mora...  :

5. Francia fascista y imperialista !.jpg

 

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Les images et les témoignages qui circulent semblent en tout cas confirmer l’analyse de François Asselineau, puisque, en effet, l’expression populaire de la colère bolivienne a été réservée à l’ambassade de France, épargnant celles d’Italie, du Portugal et même d’Espagne, alors que personne, sous ces latitudes, n’a pu oublier le « Pourquoi tu ne la fermes pas ? » de Juan Carlos à Hugo Chavez. C’est donc bien une forte et tenace illusion que les Latino-Américains viennent de perdre. Car, enfin, si ce n’est pas le général De Gaulle qui a fait kidnapper et emprisonner Ahmed Ben Bella le 22 octobre 1956 (Robert Lacoste et François Mitterrand régnant… sous Guy Mollet), il ne l’a pas non plus laissé libérer avant 1962. Par ailleurs, si quatre présidents se sont succédé à la tête du pays depuis l’arrestation de Georges Ibrahim Abdallah le 24 octobre 1984, (premier mandat de François Mitterrand), aucun des quatre (les autres étant Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande)  n’a osé s’opposer à sa condamnation et encore moins permettre à une magistrature supposée indépendante du pouvoir exécutif de le libérer au bout de bientôt trente ans qu’il croupit dans les geôles françaises, pour un fait de guerre dont tous ont su et savent qu’il ne l’a pas commis lui-même. Tous ont fait le choix de ne jamais désobéir à leurs maîtres. Ne parlons pas de l’intelligentsia hexagonale, qui n’a jamais, dans sa très grande majorité, rien trouvé à y redire…

Mais est-il besoin d’ajouter que tous les autres pays d’Europe se seraient empressés d’imiter les quatre concernés si l’avion du président bolivien avait eu à les survoler ?

 

6. French Poodle.jpg


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6 juillet 2013

Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules

Thierry DERONNE - Le Grand Soir

7. unasur cochabamba.jpg

La réponse n’a pas tardé. Ce 4 juillet, à Cochabamba (Bolivie), lors de la réunion d’urgence de l’UNASUR accompagnée d’une mobilisation des mouvements sociaux, le président équatorien Rafael Correa résume la position de ses homologues latino-américains au sujet de l’atteinte à la souveraineté de la Bolivie et à l’immunité de son président Evo Morales (1) : “nous n’acceptons pas qu’on nous traite comme une colonie, le monde entier doit réfléchir à la gravité de ce qui s’est passé : on a empêché un président jouissant d’une absolue légalité de traverser un espace aérien. Si cela s’était produit contre les États-Unis ou un pays européen cela aurait constitué un casus belli. On a détruit la Charte des Nations Unies et l’amitié entre États. (..) Que Edward Snowden fût ou non dans l’avion n’entre pas en ligne de compte. Un président a le droit de transporter qui il veut dans son avion. Le problème est que certains se sont perdus dans l’Histoire il y a 500 ans et que le droit international qu’ils invoquent si souvent ne vaut que quand il leur convient”.

 



La présidente argentine Cristina Fernandez qui avait dès les premiers instants, depuis son compte Twitter, dénoncé “la violation de l’immunité absolue conférée par le droit international, garantie par la convention de 2004 et le Tribunal de la Haye”, souligne qu’ “il ne s’agit ni d’une erreur ni d’un problème technique, ils veulent comme il y a cinq siècles nous soumettre, une fois de plus, à l’humiliation et à l’asservissement”.

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Source : http://www.legrandsoir.info/face-a-une-amerique-du-sud-un...

 

8. UNASUR ---.jpeg

Déclaration de Cochabamba

Les présidents d’Amérique Latine font bloc, réclament excuses et explications après l’affront fait à la Bolivie

Par Estelle Leroy-Debiasi

Mondialisation.ca, 05 juillet 2013

elcorreo.eu.org

9. Esbirros.jpgC’est en Bolivie que s’est tenue la réunion en urgence des membres de l’organisation régionale UNASUR, après le grave incident qui a marqué le voyage de retour de Moscou du président Evo Morales, dont les dommages sont encore mal mesurés par les pays européens concernés.

Les gouvernements de la région « exigent » des pays européens concernés – France  Espagne, Italie, Portugal -  « qu’ils expliquent les raisons de la décision d’empêcher le survol de leur territoire par l’avion du président bolivien Morales ». C’est ce qu’il ressort de la « Declaración de Cochabamba », à la suite de la réunion de mercredi 4 juillet, à laquelle participaient les présidents d’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, de Bolivie, Evo Morales, d’Équateur, Rafael Correa, du Surinam, Desiré Delano Bouterse, d’Uruguay, José Mujica, et du Venezuela, Nicolás Maduro, le Brésil étant représenté par le ministre Eduardo dos Santos, le Chili, le Pérou et la Colombie par leurs ambassadeurs en Bolivie.

La Déclaration dénonce « la flagrante violation de tous les traités internationaux qui régissent la cohabitation pacifique, solidarité et coopération » entre les États, ce qui « constitue un acte insolite, inamical et hostile ». Il s’agit d’un « fait illicite qui affecte la liberté de circulation et de déplacement d’un chef d’État et de sa délégation officielle », poursuit le texte qui affirme que « l’inacceptable restriction de liberté de Morales, le convertissant virtuellement en un otage, constitue une violation des droits non seulement vis-à-vis du peuple bolivien mais des peuples et de tous les pays d’Amérique Latine, et marque un précédent dangereux dans le domaine du droit international en vigueur ».

La Déclaration demande aussi que les quatre pays concernés « présentent des excuses publiques correspondant à la gravité des faits survenus ».

Elle fait suite à la lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, par le gouvernement bolivien, l’exhortant d’empêcher que cette affaire constitue « un précédent néfaste, qui pourrait affecter d’autres chefs d’État et mettre en danger la cohabitation pacifique entre États », la qualifiant de « violation flagrante du droit international » .

Avant le sommet, les présidents Kirchner, Morales, Correa et Maduro ont pris la parole lors d’une manifestation publique devant la foule, dénonçant l’attitude des gouvernements européens impliqués dans cette affaire, dénonçant des vieux relents de colonialisme, d’impérialisme et d’arrogance…

Cette réaction est à l’aune de la colère soulevée dans plusieurs pays latino-américains et, plus que la colère, les dommages engendrés par cette affaire. Tout ceci est sans doute mal mesuré par les pays européens qui en sont à l’origine, par mépris ou ignorance, comme le montrent les excuses embarrassées et finalement assez légères, eu égard à la situation, du ministre des Affaires Étrangères français Laurent Fabius à son homologue bolivien, faisant part « des regrets de la France, suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation de survol du territoire par l’avion du Président ».

Alors même que Cristina Kirchner, a bien traduit le sentiment général de l’Amérique latine, « une humiliation infligée à une nation sœur et au continent », et aussi un coup de boutoir dans la diplomatie et le droit international, lourd de conséquences : « Cette violation des textes des Nations Unies provoque un degré d’insécurité juridique très grave » a-t-elle souligné. « Cela est d’autant plus significatif qu’il s’agit d’un chef d’État, parce que,  s’ils font ce genre de choses à un chef d’État connu du monde entier et qui a accès à la presse, que peut-il arriver à un citoyen lambda que personne ne connaît ?Il peut lui arriver des choses terribles ! ».

Estelle Leroy-Debiasi pour « El Correo de la diaspora latinoaméricaine ».

El Correo. Paris, 5 juillet 2013.

Source :  http://www.elcorreo.eu.org/Les-presidents-d-Amerique-Latine-font-bloc-reclament-excuses-et-explications-apres-l


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Et enfin…

6 juillet 2013

L’Amérique Latine lance « la Banque du Sud » et défie le FMI (Publico)

Daniel FERNANDEZ - Le Grand Soir

10. Banque du Sud création.jpg

Intégrée par l’Argentine, la Bolivie, l’Equateur, l’Uruguay et le Venezuela, la nouvelle entité aspire à créer un fonds pour accroître le développement économique de la région dans le but de renforcer sa souveraineté.

L’Amérique Latine continue à renforcer son processus d’intégration régionale tout en construisant une alternative au système économique à tendance néolibérale, en vigueur dans les pays du Nord. La banque du Sud, dont le premier Conseil des Ministres a eu lieu le 12 juin dernier à Caracas, constitue la dernière étape de cette construction. Créée en 2007 à l’initiative des défunts Hugo Chavez et Nestor Kirchner, ex-présidents des Républiques du Venezuela et d’Argentine, la Banque du Sud cherche à collecter 20.000 millions de dollars, bien que ses actionnaires n’aient réussi à en débourser que 7.000 millions : les pays qui sont à son origine, sont pour le moment l'Équateur, le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil, la Bolivie, l’Argentine et le Vénézuela, c'est-à-dire, les pays constituant le MERCOSUR plus l'Équateur. Selon Susanne Gratius, professeur des relations internationales d’Amérique Latine, « Nicolas Maduro et Elias Jaua ont repris le projet pour réaffirmer le rôle moteur du Venezuela en Amérique du Sud et plus particulièrement au sein du MERCOSUR, dont la présidence pro tempore sera assumée par le Venezuela le 1er juillet.

Lire la suite…

11. mercosur_logo02.jpg

Source : http://www.legrandsoir.info/l-amerique-latine-lance-la-ba...


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12. GINGER CAT.jpg

LIVRES


13. Boniface Faussaires.jpg


Pascal BONIFACE

Les Intellectuels faussaires : le triomphe médiatique des experts en mensonge,

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 20 mai 2011 – 272 pages.

Ed. Pocket,

Novembre 2011, 229 pages

 



14. Bon iface, Intègres.jpg


Pascal BONIFACE

Les intellectuels intègres

Gawsewitch Éditeur, 7 mai 2013

416 pages

 


 

Pascal Boniface, Les Intellectuels intègres

Interview


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Après cette entorse à nos résolutions, laissons Théroigne retourner à sa chasse au merle blanc : un propriétaire d’immeuble de rapport qui accepte l’argent-qui-n’a-pas-d’odeur d’une octogénaire et de trois chats, sans recourir au credo de cette intéressante catégorie de population : « Pas d’étrangers ! Pas de vieux !  Pas d’animaux ! », - quelquefois « Pas d’enfants ! » -  et dans tous les cas : « Pas de pauvres ! », autrement dit « Crève, Théroigne, tu encombres ! »

Il n’y  a pas que les chefs d’État qui se font humilier par les parasites.

À ce propos, qui se souvient de la thèse d’Henri Guillemin sur les origines de la Commune ? Thèse qui a suscité tant de vertueuse indignation chez les « gôches » de tout poil, en bousculant au nom de la vérité leur hypocrite narrative...

Moralité :

Les peuples ne se soulèvent jamais que quand il est trop tard.

Ils ont les gouvernements qu’ils méritent.

 

15. santé.jpg

Santé aux Latinos !

Et à Edward Snowden !... cet infime grain de sable dont le courage vient de faire grincer plusieurs énormes machines, dont celle des relations Russie-Chine.

 

 

 

Mis en ligne par Marie, le 7 juillet 2013.





19:18 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2013

Maurice Nadeau est mort

1; BLOG NADEAU - bateau_papier_gange.jpg

Maurice Nadeau est mort.

Il avait 102 ans.

2. nadeau new.jpg

 

Comme le dit Tatum sur son blog :

Pas de pleurnicheries hypocrites et convenues !

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1 bis. La dernière Quinzaine.jpg

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Pour les nécrologies qui, à l’instar de celles qu’on vit fleurir pour Mistinguett et Jeanne Calmant, devaient être prêtes depuis longtemps, c’est ici :

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/06/17/mau...

http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20130618.OBS3691/...

http://bibliobs.nouvelobs.com/la-tendance-de-jerome-garci...

Il y en a d’autres. Pas toutes en français.

http://timescolumns.typepad.com/stothard/2013/06/maurice-...

 

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3. Nadeau - livres 805x453.jpg

« Les honneurs déshonorent »

Gustave Flaubert

Nous ne dirons rien de la Ville de Paris, qui en avait fait un Commandeur des Arts et Lettres mais n’octroya jamais le moindre fifrelin à son incomparable revue, lui préférant de loin les Pussy Riots, Jean-Paul II et Ben Gourion.

Pour prendre congé d’un homme qui a beaucoup œuvré et bien mérité de se reposer, nous vous proposons de revoir une interview qu’il avait accordée, à l’occasion de son centenaire, à Michel Boujut, et de découvrir peut-être la transcription d’une autre interview, diffusée en 2006 pour les quarante ans de La Quinzaine par France Culture, que nous avons trouvée sur le site de Taos Aït Si Slimane.


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Le Monde magazine, samedi 21 mai 2011
  Maurice Nadeau : Cent ans de rectitude
   par Michel Boujut

   Il a publié Miller, Beckett et Houellebecq. Éditeur, critique, directeur de journal, Maurice Nadeau évoque son parcours pour son centième anniversaire : une vie droite dans un siècle compliqué. Ses guides : le sens de la justice et le goût des livres.

   Est-ce en lui l’esprit de dissidence, le refus du conformisme et des modes, le désintérêt à faire carrière ou à se mettre en avant ? Mais c’est ainsi : Maurice Nadeau, qui fête ses 100 ans le 21 mai, demeure un irremplaçable « passeur ». Malcolm Lowry ; Henry Miller, Roland Barthes, Gombrowicz, Beckett, Sciascia, Chalamov, Perec… Il nous a révélé nombre des écrivains qui ont modifié notre regard et notre sensibilité. Critique, éditeur, directeur de revue ou de journal, ce « héros du travail », comme disait son ami Michel Leiris, reste un formidable éveilleur. Son Histoire du surréalisme parue au lendemain de la guerre fait toujours référence soixante ans plus tard. De son métier d’enseignant, il a gardé le désir de transmettre le goût de la liberté.


   Attentif et accueillant aux autres, pudique, scrupuleux, ironique, il s’interroge à haute voix et minimise ses mérites. Modeste ? « Un excès de modestie peut confiner à l’orgueil », dit-il. « La vastitude de ses curiosités est sans limites », prévient Gilles Lapouge, qui a longtemps travaillé à ses côtés à La Quinzaine littéraire. La longévité, chez Nadeau, passe par la lecture. Lire est sa façon d’être au monde. On se souvient des hommes-livres du film de Truffaut, Fahrenheit 451, ayant pris le maquis et portant chacun dans leur mémoire un seul grand texte pour le sauver de la destruction et de l’oubli. Nadeau, lui, est l’homme de tous les livres. L’homme, aussi, de la fraternité et du courage. Celui qui affirme haut et fort : « J’existe par les autres. »


   Aujourd’hui, centenaire oblige, il doit accepter en rechignant un peu les hommages qui lui sont rendus de toutes parts : une soirée France Culture à l’Odéon, un film bientôt sur Arte, un livre d’entretiens avec Laure Adler, Le Chemin de la vie (reprenant le titre d’une collection fameuse qu’il dirigea jadis), la réédition de ses Mémoires littéraires, Grâces leur soient rendues… La légende est en marche.


   Me rendant chez lui, rue Malebranche à Paris, je découvre un calicot sur une façade voisine, comme un clin d’œil : « L’Institut d’océanographie fête ses 100
ans. » Maurice Nadeau, trésor national ? Non, mieux : trésor vivant.

Interview de Maurice Nadeau par Michel Boujut

Filmée par Thomas Boujut.

Source : http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-lechemindelavie....

 

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« Surpris par la nuit » / Raison de plus, avec Maurice Nadeau

Transcription (éditée initialement sur le blog Tinhinane, le vendredi 2 juin 2006 à 11h 30) par Taos Aït Si Slimane, de l’émission Surpris par la nuit / Raison de plus, d’Alain Veinstein, avec Maurice Nadeau, du lundi 3 avril 2006.


4. Alain_Veinstein-Nancy_2011-3.jpgAlain Veinstein : Bonsoir. Raison de plus avec Maurice Nadeau.

Il y a cinq ans, si je me souviens bien, je vous avais proposé, dans cette émission, un portrait de Maurice Nadeau en deux volets. Deux volets car il y avait beaucoup de choses à raconter vu que Nadeau, aujourd’hui âgé de quatre-vingt-quinze ans - mais il n’aime pas que l’on rappelle son âge, n’a pas perdu son temps dans la vie. Tour à tour et quelquefois simultanément militant politique, journaliste - il fut notamment critique littéraire à Combat et à L’Observateur - directeur de la revue Les Lettres Nouvelles et surtout éditeur parmi les grands découvreurs : Malcolm Lowry, Chalamov, Sciascia, Gombrowicz, Benjamin, Hawkes, entre beaucoup d’autres, nous lui devons de les avoir rencontrés dans notre langue. Perec, Houellebecq, il en fut également, pour ne citer qu’eux, le premier éditeur. Il y a, comme ça, une longue liste d’auteurs qu’il a repérés et publiés et qui, une fois suffisamment implantés dans la vie littéraire, se sont fait séduire par des sirènes jugées plus prometteuses et ont pris la poudre d’escampette.

Si je suis heureux d’accueillir, une nouvelle fois Maurice Nadeau dans Raison de plus, c’est qu’il fête, cette année, les quarante ans de La Quinzaine littéraire, son journal. Le journal de tous ceux qui aiment, encore, vraiment les livres. Un journal entièrement dédié au libre exercice de l’esprit. Autant dire un rescapé dans un paysage, aujourd’hui, dominé par une logique exclusivement commerciale.

Dans La Quinzaine, les livres sont commentés pour ce qu’ils sont, quand on n’accepte pas l’idée qu’ils peuvent être des produits jetés sur le marché par l’industrie et le commerce du livre. Chaque quinzaine, contre vents et marées, La Quinzaine littéraire rend compte de ce qui mérite l’attention dans l’actualité éditoriale, éclaire, explique, distingue l’épisodique de l’essentiel, adhère ou prend ses distances, voit les choses de haut ou les étudie dans le détail, les met à leur juste place. Bref, elle fait son boulot de façon irremplaçable, même si faire son boulot, dans ce domaine, où s’illustrent pourtant tant de passions, relève, aujourd’hui, de l’exploit.

Un numéro anniversaire, publié en mars, et encore disponible à La Quinzaine, nous convie à un état des lieux en même temps qu’à un examen de conscience. Simultanément, Maurice Nadeau, avec nous jusqu’à minuit, publie à ses éditions, un choix des chroniques de son Journal en public où, depuis bientôt une dizaine d’années il rend compte, dans La Quinzaine, de ses lectures, commente les événements littéraires ou éditoriaux, évoque ses grands auteurs favoris et signale, avec le flair dont il a toujours témoigné, les auteurs d’aujourd’hui dont il sera question demain.

Quarante ans, Maurice Nadeau, ce n’est pas tant que ça ?

Maurice Nadeau : Mais non, ce n’est pas tant que ça.

Alain Veinstein : Ben, non c’est moins que la moitié de votre vie.

Maurice Nadeau : Ah, ça y est, il va me parler de mon âge, c’est pas croyable ! Bon. Et bien oui, d’accord, mais je m’y suis mis tard, il faut bien le dire. Ça fait plus de trente ans. Oui bien sûr, mais j’ai fait aussi autre chose, ça…

Alain Veinstein : Donc on peut faire autre chose.

Maurice Nadeau : Oui, on peut faire autre chose mais en même temps c’est le principal de ce que j’ai fait quand même depuis… en effet, depuis 66. Soixante-six, oui, c’est ça ! Le 15 mars 1966, c’est vraiment le quarantenaire.

Alain Veinstein : Une fois que c’est parti, on ne peut plus arrêter la machine ?

Maurice Nadeau : Ah, mais c’est-à-dire qu’elle s’arrête toute seule, aussi ! Il faut la remettre en marche. Ce qu’il lui faut ? Devinez ce qu’il lui faut… Ce n’est pas les collaborateurs qui manquent, les éditeurs non plus, ni les services de presse, c’est la finance. Les financiers manquent. Il faut… il faut assurer, comme on dit. Il y a pas mal de dépenses pour un journal, même petit, qui espère toujours grandir mais qui est resté, finalement, modeste. Il n’y a jamais eu d’arrêt. On a toujours trouvé, au moment où ça allait le plus mal, quelqu’un ou quelques-uns… On a pensé à quelque chose que l’on pouvait faire, qui nous a sorti d’affaire. Mais enfin ce n’est pas une vie très facile, hein !

Alain Veinstein : Quel est l’enjeu ?

Maurice Nadeau : Eh ! bien l’enjeu c’est de ne pas faire ce que font les autres, bien sûr ! On se dit qu’il y a quelque chose qui manque, on se croît toujours plus malin qu’on n’est, plus important,… et on se dit : « il manque quelque chose. » On voudrait bien qu’il y ait quelque chose d’autre et on essaye de le faire. Et ce quelque chose d’autre, c’était… c’est… enfin pour nous, une approche de la littérature qui ne serait pas l’approche courante. Une approche commandée, plus au moins, sûrement, par des passions, par des sentiments, mais aussi par de l’intérêt. S’il y a des articles qui paraissent dans des journaux, dont on sent que, derrière, il n’y a pas seulement le journaliste qui l’écrit, ça le décrédibilise, l’article en question. Or, on est dans une situation telle que, pas de finance, pas d’intermédiaires ni de personnes, pas de groupes de presse ni d’éditeurs, on peut être mieux, tranquille d’une certaine façon, sur l’honnêteté des articles qui seraient publiés. Je ne dis pas plus. Je ne dis pas le talent, toutes sortes de choses extraordinaires, l’honnêteté des articles, le jugement - moins que ça même peut-être, il ne s’agit pas de dire que ceci est con ou ceci est mauvais -, les impressions que suscitent à des collaborateurs, choisis bien sûr, les livres qu’ils ont à lire.

Alain Veinstein : Donc, finalement, le journal que vous avez fait, c’est le journal qui vous manquait et que vous auriez eu envie de lire.

Maurice Nadeau : Eh, bien c’est tout à fait ça ! C’est formidable. C’est le journal que j’aurais eu envie de lire, en effet. Je ne dis pas que ce qu’on fait c’est extraordinaire et satisfaisant sur tous les plans, mais si j’étais à l’extérieur, que j’achète ces journaux, je l’achèterais volontiers, plutôt que d’autres. Mais enfin, à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup, il n’y en avait pas tellement. Maintenant, les quotidiens sont mis au courant, il y a même, maintenant, un hebdomadaire. Mais ce qui manquait, ce qui continue à manquer, à mon avis, c’est le regard ou l’écoute des auteurs d’abord, plutôt que des éditeurs. Ça c’est déjà une première chose. Ensuite, ça se moquait un peu de, comment pourrait-on dire… l’opinion publique ? Ce n’est pas exactement le mot, mais enfin… des tout venant, de tout ce qui paraît aller de soi. C’est-à-dire le best-seller, la chose qui plaira à tout le monde, qui n’est pas forcément mauvaise, on ne rejette pas, il n’y a d’ailleurs pas de nécessité de rejeter tout ce qui paraît, mais enfin, disons… ce qui peut intéresser l’honnête homme, comme on disait au XVIIème siècle, enfin la personne cultivée qui désire se mettre au courant, lire, savoir aussi, puisqu’il y a toute une partie consacrée aux sciences humaines, savoir ce qui se passe dans le monde des idées, sur le roman, la littérature, la poésie en général.

Alain Veinstein : C’est vrai qu’aujourd’hui il y a pas mal de journaux qui parlent de livres, sinon de littérature. Il y a des journaux spécialisés comme Le Magazine littéraire ou même Lire, qui sont nés après La Quinzaine, mais la tendance, comme c’est le cas pour Le Magazine littéraire, c’est de proposer des dossiers sur des thèmes ou bien, ou pour beaucoup d’autres suppléments littéraires des journaux, c’est de parler des mêmes livres, c’est-à-dire de parler des livres dont on parle, dont il faut parler. Ce n’est pas le cas de La Quinzaine qui n’a jamais pris l’option thématique d’une part…

Maurice Nadeau : Si, on a fait quelques dossiers autrefois, mais ce ne sont pas des dossiers qui ont le volume de ce que fait le Magazine littéraire. Ce sont des dossiers de trois, quatre ou cinq articles sur un auteur ou sur une question, ou sur un thème. Mais, je dirais que c’est presque commandé par l’actualité, ce n’est pas tellement la volonté de faire un dossier pour dire : « Tiens, il y a trois ou quatre livres qui parlent du même problème, on va les mettre ensemble ». On peut appeler cela un dossier ou autrement, mais enfin ce n’est pas…

Alain Veinstein : Et d’autre part, vous ne cherchez pas à parler de livres qui pourraient vous valoriser, vous, mais au contraire à vous mettre au service du livre, ce qui est une démarche légèrement différente.

Maurice Nadeau : Oui, je ne comprends pas comment on pourrait se valoriser.

Alain Veinstein : En allant au-devant du succès…

Maurice Nadeau : Ah, oui ! Ah, oui ! Dire « Ils sont formidables.... »

Alain Veinstein : D’être les premiers à en parler…

Maurice Nadeau : Oui, d’accord, ça, peu importe. Ça nous arrive quand même, d’être les premiers à en parler, mais enfin on ne l’a pas fait exprès…

Alain Veinstein : Et les seuls, quelquefois…

Maurice Nadeau : Parfois, oui. Je veux dire, c’étaient nos discussions. Des discussions qu’on a entre nous. Il y a des comités de lecture, on n’est pas seuls à faire le journal. On est une bonne trentaine, une bonne quarantaine de personnes, depuis le début. çÇa fait déjà pas mal de temps en effet. Et, c’est aussi ce que ces gens compétents, spécialistes souvent, sachant écrire pour un journal, ce qui n’est pas donné à tout le monde, ont lu, ont remarqué, ont dit : « Ça, il ne faut pas manquer ! Ça c’est important ! » etc. Il nous arrive de manquer des choses, ça bien sûr.

Alain Veinstein : Ou de manquer du collaborateur idoine…

Maurice Nadeau : Oui, exactement, de manquer des collaborateurs idoines. Le reproche a pu nous être fait de… justement… de ce que les livres ne sont pas faits que pour des spécialistes. Ils sont faits pour un public qui veut écouter des émotions, des sentiments, enfin quelque chose d’autre, au niveau littérature ou qui veulent apprendre quelque chose aussi par des livres de philosophie, d’histoire, etc. Ce n’est, en effet, pas toujours facile de trouver la personne qu’il faudrait et… ou parce que, là où elle est, je ne dirais pas qu’elle est trop savante, ce serait idiot, mais enfin ce n’est pas quelqu’un qui serait capable aussi - ça arrive souvent chez les spécialistes - de se mettre à la portée d’un public disons cultivé, il y a un côté pédagogique, toujours ; là, je crois. On veut, c’est une prétention qu’il faut assumer, on veut faire découvrir, faire lire, il y a une volonté, oui, d’enseigner, de montrer, de dire « Vous pourriez faire… »  C’est un peu gênant, mais en même temps ça paraît nécessaire, non ?

Alain Veinstein : Vous parliez, tout à l’heure, des finances. L’argent qui manquait. Les collaborateurs ne manquent pas, les livres ne manquent pas, parce que c’est vrai que les éditeurs en publient beaucoup, mais quelquefois c’est l’argent qui fait défaut. Alors, l’argent, ça vient des lecteurs, du journal et ça vient de la publicité. Donc, ça veut dire que les éditeurs, dont vous parlez des livres, pourtant, ne font pas de publicité dans votre journal. Comment vous expliquez ça ?

Maurice Nadeau : Eh bien, ça ne les intéresse pas, parce que c’est le climat général. On va au devant de ce qui rapporte. De ce qui donne un intérêt, oui de ce qui rapporte. Avoir un article dans La Quinzaine ça fera du bien à un auteur, qui sera en général ravi, ça dépend, ce n’est pas sûr, mais l’éditeur cela ne lui fera ni chaud ni froid. Parce qu’il en vendra… c’est peu probable… Il n’en vendra pas des milliers. Il en vendra sûrement mais pour un public qui est justement celui de La Quinzaine, c’est-à-dire pour des gens attentifs et qui ne veulent pas jeter leur argent par les fenêtres. Pour le reste,… bon. Alors, ces financements, cette publicité, c’est parce qu’elle est abondante dans les autres journaux du même genre, bon… Je n’ai pas de motivation, je ne voudrais pas faire le travail qu’ils font pour avoir la publicité qu’ils ont, c’est tout.

Alain Veinstein : Le public de La Quinzaine, c’est combien de personnes ?

Maurice Nadeau : Eh bien, je ne sais pas. On évalue ça comme ça, toujours au plus, hein ! C’est un public qui devait être celui… Le même public n’a pas changé depuis des siècles, je crois. Il y a des gens qui s’intéressent à ce qui paraît depuis le temps de Victor Hugo. Je ne sais pas… Il y avait des gens des débuts de la presse, quand ils publiaient en feuilletons, ça devait quand même atteindre un certain public… Mais je crois que ce public-là est resté à peu près le même. Moi, je l’évalue, comme ça à vue de nez, à trente mille personnes à peu près. Mais ces trente mille personnes ne suffisent pas pour faire vivre un journal tel que le nôtre, qui est modeste. Enfin, trente deux pages, même si l’on ne paye pas les collaborateurs, il faut payer l’imprimeur, beaucoup de gens, le loyer, ici… Enfin, ce n’est pas quelque chose dont on se plaint, c’est une chose qu’on constate, parce que l’on fait ce travail parce qu’il nous plaît et non pas pour gagner de l’argent. Bon, ça c’est tout-à-fait différent, mais pas forcément pour faire gagner de l’argent aux éditeurs. S’ils vont en gagner, tant mieux pour eux, mais ce n’est pas notre but. Notre but, c’est d’assurer une certaine continuité dans le regard que des gens cultivés portent sur les livres, la littérature en général.

Alain Veinstein : Trente mille personnes ce n’est pas rien quand on sait qu’un livre, aujourd’hui, se vend rarement à plus de mille exemplaires, et quelquefois beaucoup moins…

Maurice Nadeau : Oui, c’est le maximum. C’est l’horizon qu’on doit atteindre mais ce n’est pas quelque chose qui rapporte suffisamment pour que cela soit alimenté de cette façon. C’est l’éditeur, c’est les imprimeurs, les transporteurs… le numéro qu’on envoie à l’étranger, par avion, ça revient plus cher que sa fabrication. C’est ça. Qu’est-ce qui nous revient cher ? La distribution. On avait fait le calcul, une année, je ne sais plus combien c’est. Un journal alimente beaucoup de gens, qui ne sont pas les rédacteurs du journal, évidemment !

Alain Veinstein : En tout cas, depuis mars 1966, toutes les quinzaines, on peut lire La Quinzaine.

Maurice Nadeau : Oui, en effet.

Alain Veinstein : Au fait, pourquoi l’avez-vous appelé La Quinzaine Littéraire, Maurice Nadeau ?

Maurice Nadeau : Eh, oui, je sais bien… Eh, bien sûr, c’est en pensant à lui, à celui auquel vous pensez… Ça ne veut pas dire que je partageais toutes ses opinions et ses sentiments, mais durant le temps qu’il a fait ses Cahiers de la quinzaine, c’était quand même une voix... on ne disait pas de l’intellectuel à l’époque, mais enfin, qui représentait quand même… – il était même contre les intellectuels, ce n’est pas la question – mais c’était une voix honnête et responsable aussi, et compétente… Bon. Des gens qui sont devenus éminents par la suite, qui ont collaboré à ces Cahiers de la Quinzaine, je pense à des gens comme Romain Roland, d’autres… Je pensais à ça, et je pensais aussi au fait que ce n’était pas pour souffrir comme lui, du peu de… ça avait une grande résonance dans un petit cercle, enfin dans un cercle assez important mais enfin ce n’est pas ça qui le faisait vivre, ce pauvre Charles Péguy. Bon, comment dire ? Je reconnais que c’était prétentieux que de se mettre à la suite de Péguy, parce qu’on ne représente pas une idéologie donnée, lui non plus, ce n’était pas un parti, c’était une mystique, quelque chose de ce genre, mais il y a au moins, chez nous, cette façon de penser, c’est peut-être un mythe, mais enfin de penser qu’existe un art de l’écriture, de la poésie, en général de la littérature.

Alain Veinstein : Là, on est dans votre bureau de La Quinzaine littéraire et, sur le mur qui est derrière vous, il y a des photos d’écrivains, il y est Charles Péguy ?

Maurice Nadeau : Non, il n’y est pas, ce sont rien que les couvertures de La Quinzaine. Ce sont des couvertures, cela n’a pas été fait exprès, mais s’il y a une couverture qui me plait, je dis « Tiens, pourquoi on ne la collerait pas ? » Celui-là, il a toujours refusé de se laisser photographier et ça vient d’une...

Alain Veinstein : Michaux

Maurice Nadeau : Oui. Ça vient d’un tableau qui a été envoyé du Brésil, une personne qui possédait cette photo. Rimbaud, on a pu la retrouver, Paul Valéry jeune, Beckett, etc.

Alain Veinstein : Beckett, il y est deux fois représenté sur ce mur, mais c’est vrai que ça a du sens aussi.

Maurice Nadeau : Mais où est-il ? Ah oui, c’est ça, là-haut en effet, oui, oui…

Alain Veinstein : Proche de votre fauteuil c’est Raymond Queneau, hein ?

Maurice Nadeau : Oui. Il commence à battre de l’aile, lui. Il y a juste un vivant, qui est Claudio Magris. Tous les autres… Ils sont immortels !

Alain Veinstein : Le plus jeune c’est quand même Rimbaud, hein ?

Maurice Nadeau : Oui, toujours. Lui bat tous les records. Il n’y a rien à faire. Où est-ce que je lisais récemment ? Ah oui, dans le livre de Bernard-Henri Lévy sur l’Amérique. Il entre chez un intellectuel, non un journaliste mêm, mais qu’est-ce qu’un intellectuel, un journaliste ? Charles Leyros [?], qu’est-ce qu’il trouve dans son bureau ? Un portait de Rimbaud. Ça, aux États-Unis, en plein machin… Charles Leyros, c’est plutôt un républicain, un conservateur, etc. Ah, bon, s’il vous plaît ! Enfin, c’est devenu, je n’ose pas dire le mot, une tarte à la crème… enfin, bon, oui…

Alain Veinstein : Vous avez, toujours, la même curiosité à l’égard des livres ? Vous parliez, à l’instant, du nouveau livre de Bernard-Henri Lévy qui vient de paraître, donc vous lisez les choses qui sortent ?

Maurice Nadeau : Oui, oui, en effet, je me précipite même. C’est très ennuyeux parce que je vois les livres qui arrivent sur ma table, j’en reçois chez moi aussi, et c’est toujours un livre qui m’intéresse. Je me précipite et je l’enlève à Sarraute. Je lui enlève les livres dont il faudrait qu’elle fasse la bibliographie, et je l’emmène chez Anne Sarraute et lui dis qu’il faudrait qu’elle en fasse la bibliographie. Mais elle les retrouve chez moi… Je les rapporte, aussi. Oui, ça c’est vrai. Mais tout ne m’intéresse pas, évidemment, au même titre, quoi. - En ce moment je lis Rembrandt, je trouve ça passionnant. - Je suis en train de lire ce livre, le personnage n’est peut-être pas sympathique mais quand même ce tour des États-Unis, ça, ça m’épate un peu. C’est du reportage, si l’on veut, mais il y a les idées, il y a une culture, il y a quelque chose. Ce n’est pas seulement pour faire parler de lui ou pour gagner quelque chose. La célébrité, il l’a. Ce n’est pas ça. En effet, ça m’intéresse beaucoup. Je lis ça mais l’embêtant c’est qu’on lit beaucoup de choses à la fois. J’ai un Vila-Matas aussi, c’est une vieille connaissance, enfin si j’ose dire, il y a une dizaine d’années seulement, mais enfin, dans le sens de l’analyse, je l’ai lu et je le relis souvent, je suis toujours épaté par quelqu’un qui veut faire du roman autrement que les autres font. On est arrivé… les règles, il y a longtemps qu’on s’est assis dessus… mais maintenant on mélange tout : la fiction, le réel, l’imaginaire, le dialogue, c’est formidable et puis on lâche pas, etc. J’allais prendre la question juive de Marx que Bensaïd réédite, je n’ai pas eu le temps de le lire, il est pour le moment sur mon bureau, mais je vais y arriver probablement… Oui, c’est divers et varié. Il y a le roman, qui m’intéresse toujours, mais disons un petit peu moins, je me le reproche mais je suis de plus en plus porté vers les livres qui m’apprennent quelque chose, qui me font moins rêver que penser. Je lis ça et je me dis : « Tiens, ça c’est vrai ! » Des livres qui me font moins rêver que penser. C’est bizarre. C’est-à-dire qu’on change au cours de la vie humaine. Parce que je pourrais dire que c’était le contraire jusqu’à il n’y a pas longtemps. Les bases que l’on croyait solides… bien assis dessus… eh bien, pas du tout…

Alain Veinstein : Vous n’avez plus envie de rêver ?

Maurice Nadeau : J’ai envie… Mais, c’est la nuit. Ah, ça… je rêve beaucoup, mais je ne me souviens plus au réveil. Je suis dans un certain climat, mais ça ne m’est pas fourni par la littérature. Ça, je le regrette. Je le regrette parce que c’est banal. Ce sont des incidents de la vie, ce sont des histoires incomplètes, ce n’est pas drôle les rêves, ça peut être drôle, ils ne sont pas tous mauvais les rêves, mais ce n’est pas toujours drôle.

Alain Veinstein : Le roman a, en tout cas, gardé sa place dans La Quinzaine littéraire et aussi aux éditions Maurice Nadeau puisque vous en publiez quelques-uns.

Maurice Nadeau : Oui. J’en publie quelques-uns. Les auteurs sont très bien, je les accueille, j’en publie un livre, j’en publie deux parfois, puis l’auteur s’enfuit. Il s’enfuit parce que c’est comme ça. Il y a des jeunes auteurs auxquels je tiens et puis, je ne sais pas… par exemple Coetzee, dont j’ai publié le premier… Il y a beaucoup d’ouvrages, je suis le premier à les publier, puis ensuite ils passent ailleurs. Ah, c’est comme ça, c’est la loi du marché. Le dernier auquel je pense, je le vois en train de travailler, j’ai confiance, il a fait un petit succès, et puis je le vois emprunter le téléphone, je dis « Pourquoi ? »  Il me dit : « On me demande. » Je dis : « Pourquoi ? »  Il me dit « Ce sont des éditeurs, un tel, puis, un tel… »  Je dis « Faites comme vous voulez» « Ah, non, non, je reste avec vous ça c’est sûr ! » Alors j’ai écrit à un Tel, parce qu’il m’avait cité son nom. Il me dit : « Mais non, je ne cherche pas à débaucher vos auteurs. Simplement, j’accueille ceux qui viennent chez moi. » Bon. Bon. Alors, je dis : « Alors c’est pas lui qui vous a proposé, c’est vous qui êtes allé ? » Et, il me dit : « Mais mettez-vous à ma place : il m’offre un à-valoir. » « Combien ? » « Eh bien : 30.000 francs, ça me dépanne quand même. » Ça, je ne peux pas faire ça. C’est les lois du marché. Quand ils ont eu un petit succès avec moi, ils passent ailleurs, et même Houellebecq avait eu un petit succès chez moi…

Alain Veinstein : Houellebecq… Vous n’avez été très mécontent de le voir partir, Houellebecq ?

Maurice Nadeau : Non. Non, mais j’avais refusé le deuxième, pas le roman, les poèmes. Mais ça, ça paraît normal. Mais le jeune auteur qu’on a mignoté un petit peu - bien sûr ça n’a pas été un grand succès, mais quand même les gens ont été attentifs, on a fait ce qu’il fallait, aussi - et qui vous quitte, ça fait un petit pincement au cœur. C’est la loi. C’est la loi de la vie.

Alain Veinstein : Ces quarante ans, pour revenir à La Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau, est-ce que vous les avez vus passer ?

Maurice Nadeau : Je ne sais pas trop. Est-ce que je les ai vus passer ? Je n’ai pas l’impression, que je les ai vus passer, c’est ce qui est bizarre. Je ne suis pas au début, ça je m’en rends compte, hein ! Il y a beaucoup de temps, quand même, puisqu’on comptabilise, mais enfin, il y a eu beaucoup d’événements qui ont jalonné ça,… ne serait-ce que les dissidents… il y a eu toute une époque quand même… Kundera était encore à Prague, quand on parlait de ses bouquins ici. Soljenitsyne… Je pense à Siniavsky… On a eu le culot, La Quinzaine, de faire un amphithéâtre à Jussieu pour accueillir Siniavsky en France. La Quinzaine littérair, tout le culot !… Ça a été une époque, ça a marqué quand même, la La Quinzaine, si ça n’a pas marqué le monde entier. Parmi les jeunes, c’est qui les jeunes maintenant ? C’est Pierre Michon. J’ai participé avec France Culture, qui l’a couronné à ce moment là, Les vies minuscules… On ne l’avait pas loupé, ni d’un côté ni de l’autre, c’était bien. Bon, il a fait son trou maintenant, si j’ose dire, il n’aimerait pas cette expression, mais enfin, qu’il soit apparu ensuite comme un écrivain qui compte, ça fait plaisir.

Alain Veinstein : La Quinzaine a toujours eu à cœur d’être au cœur des débats intellectuels…

Maurice Nadeau : C’est ce que disait Derrida. On avait fait, parce qu’à l’époque c’est la mode - on n’est pas trop pour cette mode mais on y succombe -… c’est la mode des anniversaires, des commémorations, de tout ce qu’on veut, on avait fait les vingt ans, parce que les vingt ans on battait de l’aile déjà, on continue à battre des deux ailes, même maintenant, mais pour les vingt ans j’avais fait écrire des lettres par un certain nombre de gens,Vincent Descombes, les philosophes, les gens éminents… je leur avait dis : La Quinzaine c’est quand même le reflet de ce qui se passe dans ce climat intellectuel. Il avait fait un grand article qui m’avait touché : « Mais non, vous n’êtes pas un reflet, vous y participez au débat intellectuel ! ». Ah, très bien mais ça, c’est bien de la part d’un philosophe qui dit qu’il vous reconnaît une importance dans son domaine. C’est quand même extraordinaire. Bon, le temps passe. Les gens disparaissent, aussi. Le pauvre Derrida, c’est fini. Bon, il y a les nouveaux. Puis, il y a les anciens que l’on redécouvre. Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour Benjamin par exemple ? D’abord, j’ai été le premier à le publier en français à l’époque où cela n’intéressait pas les grands éditeurs, ensuite j’ai continué. La Quinzaine s’est occupée de lui, constamment, sans avoir eu aucun contact avec lui. Il s’est suicidé en 1940. Mais on s’est dit : « C’est quand même un de ces philosophes allemands… qui s’est intéressé à la France… à Paris notamment… qui a fait un tableau de ses passages parisiens, que les parisiens auraient intérêt à lire, à connaître. » Il a fait bien d’autres choses, c’était un critique éminent, un nomade, un voyageur, une personne comme on les aime. Il n’avait pas de système, il surmontait un peu tous les systèmes. Je n’arrête pas de parler de Benjamin. Je viens de publier un livre de Jean Lacoste - traducteur habituel - sur les voyages de Benjamin. Des choses que je fais avec Vuitton… Mais, auparavant, j’avais publié des choses de Benjamin, déjà un livre de Lacoste auparavant encore.

Alain Veinstein : Il y a comme ça des figures de référence à La Quinzaine. Il y en a quelques-unes que l’on retrouve, là, derrière votre dos, en photographie....

Maurice Nadeau : Ce sont aussi des figures...

Alain Veinstein : …et que l’on retrouve évidemment dans Journal en public : Beckett, Bataille, Leiris…

Maurice Nadeau : Oui, c’est déjà des gens dont on ne parle plus. Ça va vite les générations. Pour des gens qui ont aujourd’hui entre vingt et trente ans, c’est des ancêtres évidemment, c’est des gens qui n’existent plus d’abord, et puis ensuite dont les ouvrages… il faut aller se les procurer. S’ils ont une Pléiade, encore heureux, mais Becket n’a pas de Pléiade…

Alain Veinstein : …Claude Simon, Nathalie Sarraute qui sont aussi des figures…

Maurice Nadeau : Oui. C’est une génération. Witold, Nathan en a publié les œuvres complètes, Claude Simon a sa Pléiade etc. C’étaient les jeunes de mon temps, si j’ose dire.

Alain Veinstein : Il y a eu, ensuite, une autre vague avec Sollers, avec Le Clézio, avec Perec que vous avez découverts en tant qu’éditeur.

Maurice Nadeau : Oui. Perec, sa célébrité est venue après sa mort. C’est curieux. C’est une gloire posthume. Sollers, j’avais salué son avènement dans L’Observateur à l’époque où j’y écrivais. Le Clézio, j’étais du jury Renaudot, le jury qui lui a donné le Prix pour son premier livre Le procès verbal. Le Clézio est resté jeune, formidable. Ourania, formidable. Il ose faire un livre utopique comme ça, une contrée utopique, un pays comme ça où l’argent, tout ça n’existe pas, toutes les marchandises, toutes ces choses qui nous asphyxient… Il est vivant, il a encore de la ressource…

Alain Veinstein : Si on part huit jours à la campagne, avec les quarante ans de numéros de La Quinzaine littéraire sous le bras, on se rend compte, en les feuilletant, que La Quinzaine, le plus souvent, a défendu les novateurs.

Maurice Nadeau : Oui. Est-ce qu’elle le faisait exprès ? Ce n’est pas sûr. C’est probablement parce que les collaborateurs sont très attentifs à ce qui se passe. Ce sont des écrivains, eux-mêmes, ou des romanciers, des poètes, ou des universitaires – ils ne sont pas tous bêtes - qui sont à l’affût. Il y a surtout beaucoup de jeunes. C’est, en général, les plus jeunes qui viennent à La Quinzaine, parmi les spécialistes. Il y a un jeune historien qu’on découvre et qui dit : « Ah, oui, ça me plairait… »  Il y a une jeune docteur en littérature qui voulait venir, je lui ai dit : « Très bien, venez, prenez un livre et faites un compte rendu, on verra ce que vous savez faire. » C’est un peu comme ça que cela se passe. Les désillusions viennent de la clientèle, que l’on croyait plus jeune, plus avertie, plus nombreuse surtout. Mais bon, avec le livre de poche, avec l’enseignement, etc., les jeunes, ça lit, mais en réalité… c’est la désillusion. Il y a bien eu, au début, des corporations, comment dire, des étudiants qui se sont réunis, des organismes,  pour prendre des abonnements, mais peu à peu ça s’effiloche tout ça. C’est-à-dire qu’il y a aussi un certain nombre de contraintes, qui font que l’on n’a pas le droit de vendre La Quinzaine sur les campus, dans la rue… Autrefois, moi, je pouvais vendre dans la rue les journaux. On ne peut pas vendre non plus dans les librairies, parce que les kiosquistes ne sont pas d’accord… Enfin, il y a toutes sortes de contraintes qui font qu’au lieu de nous faciliter les choses, on les empêche un petit peu.

Alain Veinstein : C’est dommage, parce que, souvent, il y a des articles dans La Quinzaine qui peuvent intéresser… les agrégatifs par exemple, qui sont les auteurs du programme. Parce que si vous êtes attentifs aux nouveaux auteurs, vous restez aussi des défenseurs du patrimoine, des auteurs du passé, avec des dossiers dont vous parliez tout à l’heure… Avec Rimbaud, Flaubert, Hugo…

Maurice Nadeau : Oui. On s’est mis à l’informatique. On ne recule pas devant le progrès. N’importe quel agrégatif ou doctorant, comme on les appelle, peut avoir accès à La Quinzaine par internet. C’est formidable. Ça n’existait pas il y a quelques années. Il y a trente mille articles qui sont à la disposition des gens qui veulent les consulter. Ça fait quand même une petite encyclopédie vivante, sur ce qui s’est passé en quarante ans sur beaucoup de plan, puisque l’on parle aussi du cinéma, du théâtre… on parle des arts. C’est énorme ! Ça n’a pas de limite.

Alain Veinstein : La science, aussi.

Maurice Nadeau : La science aussi, mais c’est peut-être la partie la moins représentée parce que c’est une rubrique difficile à tenir. Parce qu’il faut avoir le langage, je ne dirais pas du journaliste, mais disons accessible au public qui n’est pas idiot mais qui n’est pas au courant de toutes les découvertes, surtout maintenant, de tout ce qui se passe dans le domaine. Mais on trouve. Il y avait un ami, physicien, qui a fait un grand travail dans l’enseignement, il avait fédéré les professeurs de mathématiques, vous vous rendez compte ! Une fédération des professeurs des mathématiques, ça c’est une chose ! Il était rubricard de La Quinzaine… Il est mort. Il a été remplacé par un autre, c’est quelqu’un de très bien, mais c’est difficile de tenir une rubrique dans un monde qui est encore plus vaste que la littérature : les sciences. Quand on prend les sciences de la nature, je ne parle pas de sciences humaines, et dans ces sciences-là, la biologie, la génétique, et tout ce qui se fait actuellement, c’est très difficile. Mais enfin il faut tenir aussi ce public qu’on a au courant de ce qui se passe.

Alain Veinstein : Dans La Quinzaine littéraire on a des informations sur les livres qui paraissent dans tous les domaines mais aussi sur les arts, les grandes expositions, l’actualité du théâtre, l’actualité du cinéma, et tout de même il reste une petite place pour la littérature, on l’a vu, et en particulier - ça, je ne l’ai pas souligné - je voudrais, peut-être, que vous nous disiez un mot, la place que vous accordez, dans La Quinzaine, à la littérature étrangère.

Maurice Nadeau : Ça a été la plus grande place. Ce n’est pas un reproche que l’on m’a fait, mais une remarque qu’on a faite qu’en effet on s’intéressait plus à ce qui paraissait à l’étranger qu’à ce qui paraissait en France, dans le domaine du roman. C’est vrai, mais c’est vrai aussi parce que les choses sont ce qu’elles sont et qu’il paraissait beaucoup d’œuvres étrangères qui méritaient qu’on en parle. Alors maintenant voyez ce qui dégringole de la Chine, du Japon, de la Corée etc. et on arrive même difficilement à suivre. Il y a des éditeurs avisés, spécialisés, qui sont, eux aussi, à la recherche d’un public. On voudrait leur faciliter l’approche de ce public mais ce n’est pas non plus toujours facile. Alors là aussi, on a quelqu’un qui a passé quelques années au Japon, qui connaît bien tout ça, qui peut en parler. Mais ce n’est pas n’importe qui qui peut en parler. En même temps, vous voyez le dilemme dans lequel on se trouve : on veut aussi que n’importe quelle personne qui ne connaîtrait rien au Japon puisse être intéressé par un livre japonais. C’est ça le propre du journalisme, arriver à faire découvrir, à faire aimer, à faire lire quelqu’un qui vous est étranger. Ça, on l’a fait ici. Ce n’est pas un effort, c’est presque naturel pour La Quinzaine. C’était déjà ce que j’avais fait dans Les lettres Nouvelles pendant plus de vingt ans, c’était d’essayer d’intégrer à la culture, ce que l’on appelle la culture en général, qui est un mot très vaste et qui recouvre beaucoup de choses, d’intégrer tout ce qui se passe d’intéressant… tout n’est pas intéressant… mais beaucoup d’étrangers. On a eu peu de l’Est, je pense à l’URSS quand elle existait mais on a eu Gombrowicz pour la Pologne, à l’époque, des Roumains, l’Allemand, après la guerre, etc. Les Américains, oui bien sûr, ils sont mieux représentés ailleurs, mais j’en ai publié aussi… surtout les américains du sud. Maintenant, c’est une tâche qui est devenue banale. Il y a des éditeurs pour tous ces auteurs, mais il fallait quand même ouvrir la voie.

Alain Veinstein : Ces quarante ans de La Quinzaine, Maurice Nadeau, sont l’occasion d’un numéro spécial anniversaire que vous publiez en mars, comment avez-vous conçu ce numéro ? C’est un numéro qui pleure ou un numéro qui rit ?

Maurice Nadeau : C’est un numéro où il y a un peu d’autosatisfaction. Je veux dire : « Vous voyez comme nous sommes beaux, comme nous sommes intéressants, comme nous sommes intelligents, comme nous sommes malins », etc. C’est un peu gênant, mais c’est un peu ça en même temps. On dit ce qui manque, et des critiques heureusement. Comme dit Annie Lebrun, qui est une de nos critiques les plus tranchantes, elle dit qu’il y a beaucoup de beaux esprits dans la La Quinzaine. Les beaux esprits, elle n’aime pas beaucoup ça. Vous voyez, par exemple, je parle pour elle, elle est unique donc ce n’est pas le truc général, elle voyait les choses beaucoup plus dans le sens de la révolte, du refus, d’un examen de la culture avec un grand « C » et ce n’est pas grand-chose, c’est un cache sexe, souvent, de la marchandise, enfin des intérêts, c’est cela quand on ne sait plus quoi faire, on met les relations diplomatiques pour installer une usine au Pakistan ou je ne sais pas où, on parlera d’une exposition, on parlera de la culture, on parlera des écrivains, des poètes etc. C’est un peu cela ce qu’elle reproche. Ce n’est pas le travail, heureusement, auquel on se livre, il y a assez de journaux ou de revues qui le font. Mais cette période de refus, de révolte, est aussi une période qui est un peu utopique. On y a participé, on voit ce que c’est aujourd’hui. Qu’est-ce que c’est devenu, c’est devenu un biais de lune, un espoir un peu fou, une idée comme ça dans les têtes, qui se manifestait dans les faits mais les faits ils ne sont… non pas ce qu’ils sont, mais la façon dont on les voit. On les a vus autrement. Autrefois, on parlait des luttes des classes, on parlait de choses extraordinaires. Les classes ont disparu. Les classes ouvrières, qu’est-ce que c’est ? Personne ne sait plus. C’est dans le capitalisme… alors là, on le voit, il nous bouffe de tous les côtés, ça c’est sûr. On voit les grandes entreprises, l’urbanisation, les histoires incroyables et on se dit comment ça marche tout ça ? Des millions de pauvres dans le monde et en Afrique les enfants qui meurent… enfin, on voit tout cela, et à la fois, on se dit qu’on ne peut pas faire grand-chose. On assiste, on est un peu décontenancé, désarçonné aussi, on ne sait plus quoi faire. La Quinzaine n’a pas un rôle révolutionnaire, ce qui serait prétentieux et qui n’est pas dans ses moyens, mais elle a quand même attiré l’attention sur les livres.

Alain Veinstein : Il n’y a pas que de l’autosatisfaction dans ce numéro de la quarantaine de La Quinzaine, Maurice Nadeau, c’est quand même une étude très sérieuse, sociologique, historique qui est menée par Gisèle Sapiro, chercheur au CNRS, et qui vous a sans doute appris beaucoup de choses sur votre journal ?

Maurice Nadeau : Oui, en effet. Elle m’a appris notamment cette chose que je n’avais pas remarquée : que j’avais changé quatre fois de maquette ! Ça c’est tout-à-fait étonnant parce que, on a eu des maquettistes – oh, il y a eu un moment où on pouvait se payer des maquettistes ! - mais enfin, il y a eu un moment, aussi, où il n’y avait plus de maquettistes, parce qu’on ne pouvait pas les payer, et c’est moi qui faisais les couvertures, avec l’assentiment et la collaboration des autres. Mais enfin, quand même, elle m’a appris… mais c’est le sort des journaux qui cherchent à se renouveler, à renouveler au moins les apparences, de dire : « Vous voyez, ce n’est pas le ronron… Vous savez, on essaye nous aussi… »  Mais ce qui est difficile, parce qu’il y a une – ce n’est pas une frange – c’est une partie importante des lecteurs et des abonnés, qui nous écrivent carrément : « Surtout, ne changez rien, restez comme vous êtes, ne faites pas comme les autres… » Ça, c’est tout à fait extraordinaire. Et puis, on se dit, quand même, si on peut rendre les choses plus agréables à lire… On ne va pas se mettre à mettre des photos en pleine page comme les autres. On regarde bien un petit peu, mais… Non, c’est la lecture, c’est le texte qui doit compter d’abord. Le journal avait été conçu comme ça. Il avait été conçu à une époque où le modèle qu’on s’était donné, parce qu’on l’avait conçu à deux, François Erval et moi, on s’était dit, on va faire comme Le Monde, on ne publiera pas de photos, on ne lira que du texte. On s’est aperçu que ça devenait impossible à lire. C’est ça la chose. C’est que pour lire les textes, il faut un petit peu les aérer, il faut faire un peu de mise en page, il faut faire du journalisme, quoi. Alors, on n’a pas beaucoup changé de modèle. Si, on a mis des photos, mais des photos qui serviraient, qui ne seraient pas des illustrations, qui seraient des documents en somme, d’un auteur que l’on connaît mal, ou d’un manuscrit, ou d’un extrait d’un ouvrage, etc. On a suivi cette politique, ce n’est pas une politique qui paie, mais c’est une politique qui satisfait les gens qui disent : « Surtout ne changez rien. » On essaye de changer toujours un peu parce que c’est la vie qui évolue aussi.

Alain Veinstein : Dans ce numéro, il y a aussi plusieurs articles et des entretiens, notamment Pierre Michon que vous citiez tout à l’heure, qui propose un regard rétrospectif sur ces quarante ans.

Maurice Nadeau : Oui. Il y a en effet une très bonne interview de mon collaborateur Bertrand Leclair. C’est quelqu’un ! C’est un esprit aigu. Je ne soupçonnais pas même à quel point il pouvait être attentif à ce que l’on faisait. Ça m’a surpris, dans le bon sens du mot. Il a encore grandi à mes yeux, vous voyez, Pierre Michon ! Il a un regard sur La Quinzaine, comme tout lecteur mais il y a des lecteurs qui disent : oui, j’ai lu La Quinzane, etc., mais on voit bien que ce ne sont pas des affidés, ils ont lu, oui, mais comme ça par curiosité, ou pour d’autres raisons. D’autres, en effet ça les a – je ne dis pas guidés- alertés sur des choses qu’ils n’auraient pas connues sans La Quinzaine. Et, pour un écrivain, même comme Michon qui est un type curieux, curieux à la fois d’histoire, de poésie, etc., ça a été, je ne dis pas un guide mais tout de même une approche des choses qu’il ne connaissait pas. Alors ça, c’est important quand même. Si dans la mesure où ça le fortifie, disons, où ça le nourrit un peu, sans se faire trop d’illusions, ça nourrit aussi les gens qui nous lisent, c’est tout de même intéressant. On se dit qu’on ne travaille pas pour rien.

Alain Veinstein : Il y a, aussi un long entretien avec François Maspero.

Maurice Nadeau : Oui. Maspero qui est toujours un peu à regretter les belles années…  Mais bon, c’est vrai mais l’époque… qui était aussi la mienne… moi, je survis un peu comme lui. C’est-à-dire que l’on regrette une époque où les choses paraissaient plus faciles à faire, plus simples, plus évidentes. L’édition, telle qu’il la comprenait… on prenait des coups, enfin il prenait des coups, mais on pouvait étaler, assumer… jusqu’au jour où il n’a plus pu. Il a fait le bilan. Mais il regrette ce temps où le livre avait une importance qu’il n’a plus. Parce qu’il ne faut pas se leurrer ça a été remplacé dans les occupations des gens en général par d’autres activités plus ludiques, différentes. Je crois que le livre, c’est devenu un objet, un objet passe-partout, qui a moins d’importance qu’il n’en avait autrefois. Le livre c’était autre chose, même il y a cinquante ans, c’était une chose un peu sacrée que l’on ne jetait pas à la poubelle, au contraire. Il y avait des bibliothèques dans ce temps-là. Les gens se devaient d’avoir, chez eux, une partie bibliothèque. Il y avait des clubs de livres qui fournissaient du meuble. Je pense à ce que faisait l’Imprimerie nationale, par exemple, les chefs-d’œuvre de la littérature française, on les trouvait là, de Rabelais à Voltaire, La Bruyère, etc. Toute cette époque c’est terminé. C’est maintenant autre chose. Bon, il y a des collections très remarquables de littérature mais il n’y a plus sacralisation de l’objet, je crois avoir deviné ça chez Maspero. Ce n’étaient pas seulement des objets, je crois, il y avait ce côté bombe à retardement, surtout pour lui. C’étaient des livres que personne n’osait publier, que lui publiait. Il se faisait, d’ailleurs, poursuivre par la justice, les organismes, mais il le faisait. Il fallait du courage pour publier ces livres-là. Il l’a fait. Il ne parle pas de lui, personnellement, il parle de ce courant en général… qui faisait… qui a été analysé par un autre, André Schiffrin, en Amérique, où, pour les éditeurs, c’est la rentabilité qui compte d’abord. Il faut atteindre les 15% etc. Si vous ne les atteignez pas, les gens placent leurs actions en bourse, ça rapporte davantage. Bon, c’est ça. Et si l’édition c’est devenu ça, on comprend qu’un éditeur comme Maspero, qui avait mis un partie de son héritage là-dedans et qui a tout perdu… on comprend qu’il regrette cette époque.

Alain Veinstein : Dans ce numéro anniversaire de La Quinzaine, il y a encore beaucoup d’autres choses dont nous n’avons pas parlé, de nombreux témoignages d’écrivains, de lecteurs ou de collaborateurs de La Quinzaine. Il y a, également, une table ronde, que vous avez réunie, Maurice Nadeau, avec des gens qui font, autour de vous, La Quinzaine, toutes générations confondues et puis, la petite surprise c’est quand même la couverture réalisée, spécialement pour ce numéro, par Antony Tapies.

Maurice Nadeau : Tous les collaborateurs, je ne pouvais pas. J’ai essayé de réunir, non pas les plus importants, les plus représentatifs, mais ceux qui pouvaient disposer de leur temps pour discuter, pour voir où l’on en était, pour voir ce qui nous attend, le passé mais aussi l’avenir. Les autres n’étaient pas disponibles. Puisque vous avez lu cette table ronde, ce n’était pas que de l’autosatisfaction complète, beaucoup voient les manques de ce journal : le fait que ce que l’on se promettait de faire, on ne peut plus. Par exemple, Raillard montre que les galeries d’art ont disparu : on ne peut plus parler de peinture,...

Alain Veinstein : Donc, les choses se passent dans le cadre institutionnel…

Maurice Nadeau : Voilà ! Dans le cadre institutionnel. C’est en face. C’est Pompidou ou les grandes expositions, partout, au Luxembourg ou ailleurs. Il y a Lapouge, qui fait justement, vous m’en parliez tout à l’heure, à propos des sciences… À La Quinzain, on ne sait rien sur la génétique, sur la paléontologie, il y a des découvertes, on n’est pas au courant, etc. Oui, bien sûr. Il faut trouver les collaborateurs compétents et puis on n’est pas le dictionnaire Larousse. On parle de ce dont on est capable de parler, ce dont on n’est pas capable, on le tait. Je crois que c’est la bonne politique. En attirant l’attention sur ce que l’on tait, sur ce qui manque, ce n’est pas mauvais non plus.

Alain Veinstein : Il y a un dernier cadeau, pour l’anniversaire de La Quinzaine, et cette fois-ci, c’est un livre, Maurice Nadeau. Un livre signé Maurice Nadeau, publié par La Quinzaine et les éditions Maurice Nadeau, intitulé Journal en public et c’est un journal que vous tenez dans le journal, dans La Quinzaine littéraire précisément, depuis le 16 février 1997, date qui est analysée dans cette table ronde, dont nous venons de parler, par Tiphaine Somoyault, comme un tournant, parce que, pour elle, il y a une autre façon de s’imposer, dans le journal, qui commence à partir de là, une façon beaucoup plus subjective que précédemment, parce qu’il y a votre journal. Il y a, aussi, la chronique de Pierre Pachet,...

Maurice Nadeau : Exact.

Alain Veinstein : Qui publie, sous le titre Loin de Paris et où vous vous exprimez l’un et l’autre à la première personne…

Maurice Nadeau : Oui, c’est curieux parce que ça n’a pas été prémédité. C’est très curieux. Parce qu’on en a senti le besoin. On est toujours en train de jouer un rôle, le rôle du journaliste, du critique, et moi je m’étais dit, c’est curieux, j’ai fait cela toute ma vie, si j’ose dire, j’ai fait cela pendant des années, au fond est-ce que je me suis exprimé tel que j’aurais voulu le faire ? Je me suis toujours, au fond, un peu caché derrière les autres.

Alain Veinstein : Vous avez publié des livres, quand même.

Maurice Nadeau : J’ai publié des livres, oui. J’ai publié des livres, oui, c’est vrai, mais c’est toujours l’auteur. Je me mettais comme dans les tableaux de je ne sais plus qui, dans le coin, comme celui qui parle du livre et de l’auteur en se tenant à sa place, sa petite place. Et, je me disais, mince alors - je me parle plus poliment que ça - je me dis j’existe aussi, pourquoi je n’essayerais pas de dire ce qui me tombe entre les mains, même de façon brève ou raccourcie ou tout ce que l’on voudra et, voilà, ça m’a pris tout d’un coup, c’est bizarre. Mais je dois dire, il faut dire quand même que j’avais un modèle, si l’on veut, c’était le Diario in pubblico d’Elio Vittorini, que j’avais bien connu, qui était un ami, et j’avais préfacé, en français, ce Journal en public, et j’ai repris le titre en m’excusant, mais il est mort déjà il y a un petit bout de temps, mais en m’excusant auprès de ses mânes, en disant je vais essayer mais c’était autre chose. Il avait des vues, lui, quand même beaucoup plus globalisantes, si l’on veut. C’était un homme politique en même temps qu’un écrivain, il était à ce moment-là au parti communiste, et son journal en public agitait toutes ces questions, à l’époque... C’était le parti communiste italien de Togliatti de toute cette époque, qui était en train de changer, qui était en train de préparer l’aggiornamento aussi en Italie. Alors, ça n’avait pas du tout le même caractère mais le titre me plaisait parce qu’il signifiait que je tenais mon journal mais que tout le monde pouvait le lire. Ce n’est pas un journal à sens unique, ce n’est pas un journal où je vais m’épandre sur des choses qui n’intéressent personne, mais il y a le public, le monde qui est autour de nous, il y a les livres, il y a tout ça, je vais essayer d’en parler à ma façon. Une façon, un peu paysanne. Je m’efforce de n’être pas trop concierge, d’être à la hauteur du lectorat que j’ai. Je dis ma façon de penser mais j’essaye de ne pas la dire de la façon dont je parle, c’est-à-dire argotique ou mal embouchée, j’essaie de faire un effort pour que ça ait une allure, du moins une peinture littéraire, voilà.

Alain Veinstein : Il n’y a rien du journal intime dans le Journal en public.

Maurice Nadeau : Non. Il n’y a rien du journal intime parce que je pense que ce sont des choses que l’on raconte ailleurs, dans un roman, une confession, tout ce que l’on voudra. Ce n’est pas, non plus, un journal qui tienne compte de toute la vie autour de nous. En ce moment, ce qui se passe, il n’en est pas question dans ce journal. Il y aurait beaucoup trop de choses à dire qui m’effleurent et je ne suis pas capable, non plus, de les écrire. Ce sont, si vous voulez, des sentiments, des sentiments des choses fortes mais vagues, vagues pour l’expression. Donc, je ne vais pas me lancer dans des considérations économiques, politiques ou de je ne sais quel ordre. Je parle de ce que je connais, de ce que je ressens, sur un plan qui est le mien, qui est mesuré, qui est limité, qui n’est pas extraordinaire, mais une voix. Une voix que je recherche, moi, dans les auteurs que je publie. Je dis « Ah, faire entendre une voix ! »  Alors je voudrais que l’on entende la mienne, c’est ça, pas plus.

Alain Veinstein : Donc, pas de journal intime mais tout de même quelque chose du quotidien de votre vie de lecteur, de patron de journal ou d’éditeur qui transparaît dans ces chroniques.

Maurice Nadeau : J’espère. Je ne fais pas toujours exprès. Quand on publie un auteur dont personne ne parle, ça me fait quand même quelque chose. Je me dis « Quand on est éditeur : pourquoi, ça n’a pas d’intérêt ? Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Pourquoi ? Les journalistes ne sont pas tous abrutis, ils ne sont pas tous vendus, pourquoi ils n’en parlent pas ? »  Parce que je n’ai pas de marketing, pas d’attachée de presse, il y a toutes sortes de raisons que je connais, mais je pense aussi qu’il y a quelques esprits suffisamment avertis et curieux pour se rendre compte que ce que je leur offre ce n’est pas n’importe quoi. Alors, là, parfois ça met en rogne. En même temps je le fais. Je reçois des centaines de manuscrits qui ne valent pas un clou mais ce sont des gens qui se sont donné un peu de peine - pour écrire déjà, ce n’est pas facile - mais qui n’ont pas encore compris qu’écrire était autre chose que dire n’importe quoi. On ne peut pas leur dire, à chacun, mais non, vous savez, la littérature ce n’est pas écrire un roman. Même quand on raconte des choses intimes, il faut les raconter d’une certaine façon, faire un effort d’expression, acquérir une technique, sans aller jusqu’à l’art, c’est quand même l’art. La littérature est un art, comme la peinture, comme les autres arts. Il faudrait arriver à leur dire, on ne vous demande pas d’être tous des artistes, vous voulez dire quelque chose, alors dites-le de façon audible, non seulement pour tout le monde mais aussi pour des gens qui seraient intéressés par ce que vous dites. Vous leur racontez des histoires, vos premières amours, vos histoires de familles… (Une femme) qui écrit, comme ça au courant de la plume, parce qu’elle a le Bac, parce qu’on lui a appris à écrire, elle croit que cela va passer, que ça va être édité et que les gens vont la lire. Pour faire comprendre ça, aux apprentis, aux apprentis en littérature… c’est très difficile… mais il y a des gens qui vous engueulent parce que vous ne prenez pas leur manuscrit. Ils vous prennent pour une institution. On a un devoir. Vous avez le devoir, d’abord de lire, ce n’est pas une petite affaire, ensuite de donner votre avis, en somme une consultation. Si l’on va chez le psychiatre, le médecin, etc. sans payer la consultation… Ici, on vous demande une « consultation », aux frais de quoi ? De la princesse ? Des gens qui consacrent leur temps à ça ? On ne peut pas. Il y a des écoles de journalisme, mais il n’y a pas d’écoles pour écrivains. Il y a des ateliers d’écriture mais ça, c’est encore autre chose…

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Alain Veinstein : C’est vrai qu’il y a là beaucoup de manuscrits sur votre bureau et, quelquefois, vous le dites dans votre Journal en public, vous répondez aux auteurs que le livre est publiable mais pas par vous. Une fois, un auteur vous a répondu pratiquement une lettre d’insultes, en vous disant : « Vous dites que c’est publiable, alors expliquez-moi pourquoi vous ne le publiez pas ».

Maurice Nadeau : Oui, c’est vrai. Dans ce cas-là, on est d’ailleurs bien ennuyé pour répondre. Il faut dire la vérité, mais il faut quand même ménager la susceptibilité des gens qui écrivent, ce n’est pas rien. Quelqu’un qui écrit, il met beaucoup de lui-même dans ce qu’il écrit, et attaquer ce qu’il écrit, c’est l’attaquer lui-même. Alors, il faut prendre quelques précautions. Il faut dire : « Non, je ne crois pas que mais il me semble aussi…»  etc. Il y a des gens qui me remercient. Il y en a aussi, quand même. Il n’y a pas très longtemps, quelqu’un m’a envoyé un ouvrage publié ailleurs, en me remerciant de l’avoir bien conseillé. Ça arrive même assez souvent, parce que je ne peux pas prendre tout ce qui m’est proposé… Ensuite, parce que je n’ai pas les moyens, non plus, je n’ai pas l’envergure d’un éditeur, d’un grand éditeur.

Alain Veinstein : Dans Journal en public vous parlez, à plusieurs reprises, des éditions, justement, des éditeurs que vous admirez. Il y en a quand même quelques-uns, y compris parmi ceux de la nouvelle génération, Pierre Poulon pour citer son nom, mais on apprend au détour d’une phrase, que vous, Maurice Nadeau, alors que vous avez découvert la plupart des grands écrivains qu’on lit aujourd’hui, vous dites : « Je ne suis pas vraiment un éditeur ».

Maurice Nadeau : Je ne suis pas vraiment un éditeur. L’édition, c’est une entreprise. J’oserais dire, c’est une industrie. On a placé des capitaux que l’on fait fructifier à l’aide des livres que l’on publie. Une entreprise qui s’appelle l’édition. A l’origine il faut un capital, or, ce capital je ne l’ai jamais eu. C’est difficile de se proclamer un Tel alors qu’on n’est pas un Tel, on n’a pas les moyens. Ce que je peux faire, c’est faciliter les choses, ce qui arrive d’ailleurs : je publie un auteur, qui devient ensuite Prix Nobel, je pense à Coetzee par exemple. Bon il a oublié ça, comme d’autres, ou un jeune auteur qui pour un deuxième livre va ailleurs parce que je n’ai pas les moyens de lui offrir une mensualité, un à-valoir suffisant pour le garder - l’édition est effectivement une industrie - et parce qu’effectivement, on ne vend pas des sardines, comme disait Julliard. Je ne vends pas des sardines, c’est une affaire entendue, mais c’est devenu un objet, un commerce rentable. Oh, oui, je sais bien que les éditeurs se voient autrement…qu’ils mettent autre chose dans leur activité que ce simple amour du profit. Bien sûr ça peut être quelquefois autre chose, mais à la base, c’est quand même ça. Or, moi, je n’ai jamais pu mettre plus dans cette entreprise, plus que ce que me rapportaient, comme éditeur, les livres que je publiais. Or, c’était peu, rien du tout ou des pertes. J’ai plus de pertes que de gains. J’arrive à subsister parce qu’un livre qui marche, comme vous dites - ça arrive un fois par an - me permet d’éditer les deux ou trois livres suivants, des livres plus difficiles, philosophiques, des essais, ou d’autres romans qui sont aussi à découvrir. C’est de l’artisanat. Je ne suis pas un industriel mais un artisan. Je ne vais pas me proclamer éditeur alors que je n’ai pas pignon sur rue. L’édition, ici, c’est la chambre à côté. C’est la pièce à côté, exactement. Ici c’est le journal et l’imprimerie, la pièce d’à côté.

Alain Veinstein : Ce que l’on voit dans le Journal en public, c’est qu’en effet, comme vous le disiez tout à l’heure, on a l’impression que le roman que vous considériez il y a une vingtaine d’années comme la voie royale de la littérature, vous n’y croyez plus tellement, votre intérêt va plutôt à quelques auteurs étrangers.

Maurice Nadeau : C’est vrai. Je vois les choses dans un tel sens. Les romans que j’ai pu lire, je ne dis pas que j’ai tout lu, loin de là, parce que je n’ai plus envie de lire des romans de l’existant, mais enfin ce que je lis ne m’apprend rien ni sur moi ni sur la littérature en général, ni sur le monde, surtout. Alors, les histoires personnelles, intimes etc., c’est intéressant pour celui qui les raconte, qui les écrit, mais intéresser un public, intéresser d’autres gens, au fond faire lire… c’est le vieux problème : est-ce qu’on écrit pour soi ou pour les autres ? On écrit à la fois pour soi et pour les autres. Si on n’a pas de lecteurs, on n’a pas de ressort non plus pour écrire. Je pense à Flaubert, qui disait : « Je vais écrire toute ma vie et je ne publierai pas. De mon vivant, rien ne sera publié ». Et puis il a fait comme les autres. Au bout d’un moment il a eu besoin qu’on lui dise « c’est bon », « c’est mauvais », « ça nous intéresse », « ça ne nous intéresse pas ». C’est ça le problème. Mais ça, l’auteur – qu’est-ce qu’un auteur ? – la personne qui vous apporte un manuscrit, timide et tremblante, si vous prenez le manuscrit, si vous l’éditez, c’est un peu l’oint du seigneur… la deuxième fois, quand il vient vous revoir avec des manuscrits, il a des épaules un peu plus larges : « je suis un écrivain ». Voilà la transformation qui s’est opérée. C’est tout de même quelque chose d’extraordinaire. Je me dis : « Ah, tiens, je suis capable de faire des écrivains, il est devenu un grand écrivain, c’est formidable ! » Or, il l’était, sans moi, bien sûr, mais j’ai été à la naissance, ça me fait quand même une justification. Je me dis que je ne vis pas pour rien, ma vie a - je ne dirais pas qu’elle a un sens - mais disons une excuse, je fais quand même du boulot, voilà.

Alain Veinstein : Dans tous ces livres dont vous êtes amené à parler, votre choix va souvent vers les livres qui relèvent plutôt de l’histoire littéraire. Vous aimez bien, hein ?

Maurice Nadeau : C’est vrai. Peut-être parce que je n’ai pas suffisamment de curiosité pour ce qui se fait sous mes yeux. Enfin, je suis attentif à ce qui a été fait. Les livres vivent aussi, les auteurs à travers les livres et à travers les générations et on s’aperçoit que lire aujourd’hui Flaubert, c’est bien ! Flaubert, ce n’était pas ma tasse de thé, j’étais dans le surréalisme, j’étais je ne sais pas quoi… Et puis tout d’un coup, Madame Bovary ! Oui, très bien, je lis et puis je continue à lire et je tombe sur la Correspondance et je me dis : « Quel drôle de type, c’est formidable ! »  Je me forme une vue de l’auteur, à cent ans de distance, et je me dis : « Tiens, ce n’est pas du tout ce que je croyais, voilà autre chose ».  C’est-à-dire que le regard que j’ai désormais sur Madame Bovary, ce n’est plus le même. Mais ça, c’est vrai pour toutes les œuvres importantes, je ne sais pas moi, Dostoïevski, Tolstoï, etc., qu’on a lus… Quand on relit, on se dit : « Tiens je n’avais pas vu ça. » Les œuvres vivent, heureusement. Ce qui fait, qu’en effet, je suis porté, souvent, à voir, tiens, qu’il y a un nouveau regard sur Nietzsche, par exemple. « C’est intéressant. La volonté de puissance, ce n’était pas du tout ça. Qu’est-ce qu’on a raconté comme bêtises à ce propos ! ». Il y a un livre qui paraît, j’en profite pour parler à la fois de l’auteur du livre et de l’écrivain dont il parle.

Alain Veinstein : Il y a des passeurs, aussi, qui ont beaucoup compté pour vous. Il y en a un, dont il est question dans le Journal en public, c’est Pascal Pia, qui a été votre patron à Combat, dont on a rassemblé les feuilletons littéraires chez Fayard, ainsi que la correspondance avec Albert Camus.

Pia, c’était un érudit, surtout du XIXème siècle, mais il connaissait aussi bien ( le nôtre ?) ; il avait un feuilleton littéraire dans un journal, je ne sais plus lequel - je crois que c’était Carrefour ou je ne sais plus -, et qui était attentif à ce qui se passait sous ses yeux mais qui l’était encore plus à ce qui s’était passé il y a cent ou deux cents ans. Par exemple, il connaissait Baudelaire… J’ai vu des choses extraordinaires en parlant avec lui. Il connaissait la vie de Baudelaire jour par jour. Je ne dirais pas heure par heure, mais jour par jour. Il connaissait Apollinaire… Un jour je suis allé avec lui à Verviers. Il m’a dit : « Voilà, c’est ici qu’Apollinaire est venu en telle année ». C’est un homme qui connaissait tout. À la fin, il était vraiment très malade, on se réunissait, avec des gens qu’il estimait comme moi - je pense à Gilbert Sigaud, Annie Lefranc, qui étaient des amis -, on se réunissait près de la gare du Nord, dans une brasserie. Il nous épatait. Mais il ne cherchait pas à nous épater justement. S’il avait eu le téléphone de l’auteur du XIXème siècle dont on parlait, il vous l’aurait donné, son téléphone ! C’était un érudit extraordinaire. C’était en même temps - le genre de vie qu’il avait choisi qui était tout à fait exemplaire pour moi - un homme sans ambition littéraire, qui aurait pu faire, qui avait d’ailleurs commencé par écrire des poèmes… publié par la NRF… admiré par Paulhan… etc., puis qui s’est dit, non tout ça ce n’est pas ça, je ne suis pas capable… et qui est devenu un journaliste. Un journaliste qui ne marchait pas sur son métier, qui ne piétinait pas son métier. Il le faisait pour gagner sa vie mais il le faisait aussi pour jouer un certain rôle. C’est lui qui a fait Combat, dans la résistance. Il a fait ce journal dans lequel j’ai été embauché sans le vouloir et qui avait dit : « Bon ! On ne parlera pas de faits divers, etc. Nous allons faire un journal intelligent, donc, ça ne marchera pas. » Il savait à l’avance ce qui allait se passer mais il a fait le journal qu’il a voulu. Il a engagé Camus, Albert Olivier, Aragon, Aron, ensuite Pierre Herbart, enfin, des gens qui étaient capables de nourrir ce journal… qui est tombé lui aussi, bon, comme il l’avait dit d’ailleurs. Mais le jour où il a vu que ça tournait mal, il est parti. Simplement, il est resté chez lui. « Allo, Pascal, qu’est-ce qui t’arrive, tu es malade ? »  « Non, non, c’est fini. » C’était l’homme qui était capable de ça. Débrouillez vous, moi c’est terminé. Il n’a même pas demandé sa paie mensuelle. C’était ce genre de type, que l’on rencontre une fois dans sa vie, quoi.  Qui fait que l’on dit… une vie sans chic, discrète, en même temps si pleine, extraordinaire. Enfin, il m’a beaucoup appris, par sa vie même.

Source : http://www.fabriquedesens.net/Surpris-par-la-nuit-Raison-de-plus

 

*

Et enfin, quelques citations pour la route :

   Existe-t-il une littérature féminine ?
   C’est une idiotie ! Même si les femmes sont peut-être plus douées pour le côté passion, expression des sentiments… Tenez, je publie en août La Fente d’eau, de Pascaline Mourier-Casile, elle commence par décrire les sentiments d’une femme enceinte et voilà que ça me touche profondément, que j’entre dans les mystères de l’enfantement. Comment est-ce possible ? Je n’ai jamais fait la différence entre les hommes et les femmes.

   On vous le rappelle souvent, vous avez édité le premier roman de Houellebecq
   C’est ce qu’il a fait de mieux. Ensuite, il a exploité un filon rentable. Un bon auteur transparaît à travers ses livres. Lui, c’est un bon bricoleur, pas plus.

   Parmi tous les auteurs prestigieux que vous avez connus, quels sont ceux qui vous restent les plus chers ?
   Ceux qui sont devenus des amis. Beckett, Queneau, Sciascia et tant d’autres…


   Quel livre offririez-vous à un ami ?
   Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry.

Celle-ci  encore :

 « Je me suis toujours donné entièrement. Comme enfant de chœur, comme militant politique, comme éditeur. Je croyais fermement aux saints. Quand j’ai perdu la foi, je les ai retrouvés sous forme de créatures politiques, d’écrivains, et je me rends compte que les gens que j’ai le plus admirés, ceux dont je parle dans Grâces leur soient rendues, sont morts comme le Christ, se sont sacrifiés… La foi au fond ne s’en va jamais. Elle se transforme. »

 

*

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LIVRES

Les citer tous ? Ce serait le Bottin. Lesquels épingler ? Les siens ? Ceux qu’il a publiés, suscités, défendus ? Ceux qui furent ses « bornes d’histoire terrestre » ? Impossible de s’en tirer sans jouer – et encore, très peu - aux sors virgilianes :

Maurice NADEAU

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Histoire du surréalismen . Suivi de Documents surréalistes. 

Le Seuil, 1945 et 1964  

Réédition - Points-Seuil 1970

 



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Gustave Flaubert écrivain

Denoël, 1969

Nouvelle édition revue : éd. Maurice Nadeau, 1998

282 pages




8. Michel Leiris et la quadrature  - 31DVN04C9PL.jpg


 



Michel Leiris et la quadrature du cercle

Réédition : Ed Maurice Nadeau, 2002

127 pages


 



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Grâces leur soient rendues.

Mémoires littéraires

Albin-Michel, réédition 1990.

480 pages.

 



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Serviteur !

Un itinéraire critique à travers livres et auteurs, depuis 1945.

Albin Michel 2002

380 pages



11. une-vie-en-litterature-conversations-avec-jacques-sojcher-maurice-nadeau-9782870279489.gif
 

Une vie en littérature

Conversations avec Jacques Sojcher ,

éd. Complexe, 2002

Collection : L’ivre examen

180 pages

 



12. Les chemins de la vie - .jpg



Le chemin de la vie

Entretien avec Laure Adler

Verdier, 2011

157 pages




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Journal en public

Ed. Maurice Nadeau, 2006

316 pages

 




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Ferdinando Scianna

Actes Sud, 2008

Collection Photo-Poche

140 pages

 



15. pour-lowry-patrick-deville-collectif-arno-bertina-maurice-nadeau-9782911686665.gif


Pour Lowry

Les rencontres de Fontevraud – 26 et 27 juin 2009

Colloque littérauire, avec Patrick Deville, Arno Certina, Jacques Darras.

MEET – 2e édition, mars 2010

308 pages

 



Bernard FILLAIRE

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Lettre à Maurice Nadeau

Le Cherche-Midi, 2005

Collection Amor Fati

71 pages

 



Henry MILLER

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Lettres à Maurice Nadeau 1947-1978

Buchet Chastel, 2012

260 pages




Aux éditions Maurice Nadeau :

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Silvio BARIDON et Raymond PHILOCTÈTE

Poésie vivante d’Haïti

1978 – 298 pages

Réédition 1998 – 292 pages

(Ce recueil regroupe des œuvres de 61 poètes haïtiens d’expression française, presque tous vivants.)



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Pier Paolo PASOLINI

La Nouvelle Jeunesse

Poèmes frioulans 1941-1974

Les Lettres Nouvelles-Maurice Nadeau, 1979.

(Réédition Gallimard, 2003 – 320 pages)

 



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Roland BARTHES

Sur la littérature

1980 – 51 pages



 

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Serge QUADRUPPANI

Un coupable idéal : Knobelspiess

1998 – 246 pages

 




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Dominique NOGUEZ

Montaigne au bordel et autres surprises

2011 – 100 pages

 





23. caradec poesies .gif



François CARADEC

Poésies

Mars 2013 – 211 pages

 





Catalogue des éditions Maurice Nadeau :

http://www.rue-des-livres.com/editeurs/228/p5/maurice_nad...


*

Mis en ligne par Catherine, le 23 juin 2013.




20:22 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |