24/01/2013

L'usure, axe central de l'histoire de l'Occident

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L’usure, axe central de l’histoire de l’Occident


Après « la mère de toutes les batailles », dont nous avons bien l’intention de célébrer l’anniversaire d’ici un jour ou deux, et bien des mois encore de guerre acharnée, le nazisme militaire (l’allemand en tout cas) fut vaincu.  Et le fut, croyait-on, définitivement, ou du moins pour longtemps. Mais le nazisme bancaire, lui, était intact, et les héros soviétiques eux-mêmes n’y purent rien.

C’est ce qu’a entrepris de nous rappeler – oh, si judicieusement ! – Aline de Dieguez, dans le dernier chapitre en date de sa somme A l’origine du chaos mondial actuel. Elle le fait en remontant assez loin dans le temps pour que nous nous remémorions (ou découvrions) que les pratiques bancaires crapuleuses ne datent pas d’aujourd’hui, ni d’hier, ni de la Renaissance, et sont même d’une très grande antiquité. Elle nous démontre par la même occasion que L’usure (fut et reste l’) axe central de l’histoire de l’Occident.

Des marchands du Temple de Jérusalem, chassés par Qui-vous-savez, au piratage de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal après tant d’autres pays et même continents, en passant par les assassinats des présidents Lincoln et Kennedy, entre autres, l’Argent thésaurisé à usage usuraire a vraiment beaucoup de sang sur ses coffres.

Henri Guillemin nous avait déjà révélé bien des turpitudes, lorsqu’il nous racontait la création de la Banque (dite) de France. On ne sera pas vraiment surpris d’apprendre que la création de la FED aux USA fut – comment dire ? – conforme aux usages.

Si la chronique d’Aline de Dieguez se lit comme un roman – policier ou d’aventures - , ce n’est pas que l’histoire des méfaits du « fric » soit gaie ni passionnante en soi, c’est que l’auteur a beaucoup de talent, une documentation à toute épreuve et les idées claires.

Il ne nous reste qu’ à vouloir savoir.

Et tirer les conclusions pratiques qui s’imposent.

 

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Aline de Diéguez

 

AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

 

«  La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n’importe quelle idée jusqu’à sa source. «  ( Edward Mandell HOUSE )

Première Partie

1ère Partie : Du Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza

 

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L’usure, axe central de l’histoire de l’Occident

 

« Que peuvent les lois, là où seul l’argent est roi ? »

Pétrone

« Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin . »

L’industriel Henry Ford.

 

1 – La colère de Jésus contre les usuriers du temple de Jérusalem

2 – A mort, le contestataire du système usuraire du temple !

3 – Le Talmud traduit en anglais : l’édition Soncino

4 – Le déroulement des sacrifices dans le temple de Jérusalem

5 – L’alliance du sang et de l’argent

6 – Petite généalogie du mot « juif »

7 – Le mot « juif » entre officiellement dans le vocabulaire français

8 – Les juifs et la spécialisation financière

9 – L’Eglise catholique et l’usure

10 – Les modernes « changeurs du temple » et leur système usuraire

11- Les « changeurs du temple » et la nouvelle crucifixion du prophète galiléen

12 – Apothéose des usuriers

13 – Mécanismes par lesquels les nouveaux « changeurs du temple » pillent la richesse des nations

14 – Modus operandi des « changeurs du temple » : d’une crise à la suivante

15 – Ils l’ont tué…

16 – Ultime tentative de balayer la poussière sous le tapis

 

1 – La colère de Jésus contre les usuriers du temple de Jérusalem

Un épisode unique, révélateur et particulièrement détaillé est rapporté par les quatre évangélistes-biographes de Jésus avec une unanimité et une précision qui attestent de son authenticité. Je veux parler de la violente colère qui a envahi le prophète dans le temple de Jérusalem et qui l’a conduit à provoquer un tohu-bohu scandaleux. Il s’est saisi de cordes – qui devaient traîner dans un coin et qui servaient à amener les bestiaux destinés au sacrifice, ou alors il s’en était muni et avait prémédité son acte – et, les repliant de manière à en faire une sorte de fouet, s’est servi de cette arme improvisée pour se lancer à l’assaut des « changeurs » – c’est-à-dire les banquiers-usuriers de l’époque – qui officiaient sur place et qui y tenaient boutique, ainsi que de la populace qui amenait, gardait et vendait les bêtes à sacrifier et toutes sortes d’autres produits destinés à l’offrande.

Il faut se représenter la scène d’un justicier en fureur qui pénètre dans l’enceinte d’un édifice religieux grouillant de pèlerins, de marchands et de bestiaux. Faisant tournoyer au-dessus de sa tête un fouet bricolé avec des cordes : il renverse les tables recouvertes de pièces de monnaie des traficoteurs, les traite de voleurs et de brigands, frappe les hommes et les animaux afin de les pousser vers la sortie. Il doit avoir avoir présenté un aspect suffisamment effrayant pour que la population de changeurs, de maquignons et de vendeurs de blé et de farine destinés aux sacrifices végétaux, et qui se livraient à qui mieux mieux à une simonie éhontée, préfèrent ramasser ce qu’ils pouvaient de pièces de monnaie et de marchandises avant prendre la poudre d’escampette. Mais il fallait le faire promptement car le justicier au fouet « ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple » précise l’évangéliste Marc.

Les bêtes couraient, les taureaux, les boucs, les béliers mugissaient, bêlaient, ruaient, urinaient, les volières tombaient à terre et s’ouvraient, les pigeons piaillaient, impossible d’éviter de patauger dans les excréments et l’urine. Il régnait un bruit infernal d’animaux entassés, terrorisés, que l’odeur du sang rendait fous. Pour un scandale, ce fut un beau scandale !

Ce vacarme attira « les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables et les sacrificateurs ».

Au spectacle de ce sacrilège, qui portait une atteinte décisive à leurs propres finances, « ils cherchèrent les moyens de le faire périr » .

 

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 “Jésus chassant les marchands du Temple” (1635) Gravure de Rembrandt (1606-1669)

 

Lire la suite…

 

 

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Mais il n’y a pas que l’argent, dans la vie, il y a aussi l’information et ce que certains en font, c’est-à-dire n’en font pas.

Julian Assange se rappelle ici au bon souvenir des autruches et met, lui aussi, les points sur les i.

 

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C’était le 29 décembre, avec ses vœux, du balcon de l’Ambassade d’Equateur à Londres.

(Nous ne sommes pas en avance, mais on n’est pas aux pièces.)

Le voilà :

 



 Site : http://justice4assange.com/

Contact :  contactsva@fastmail.fm


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Pendant qu’on y est :

Les nostalgiques de la monarchie, fiers de leur servitude volontaire, font grand cas, tous les 31 janvier, de l’anniversaire de la décollation de Louis Capet.

A cette occasion, la chaîne immensément (et si démocratiquement) cultivée, surtout en histoire, euh… Arte, a ressorti son artefact de propagande mercenaire à la louche sur la Vendée et (pourquoi diable ?) Robespierre. Le mieux est de les laisser se masturber entre eux.

Rappelons quand même que le 21 janvier n’est pas seulement le jour anniversaire du passage à trépas d’un homme qui avait du sang français sur les mains jusqu’aux cheveux, mais celui, aussi, de la naissance d’Augustin Robespierre et celui, également, de l’assassinat de Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (pour venger d’avance le « régicide »), dont nous n’avons vu trace ni allusion sur aucun site « de gôche », pas plus cette année-ci que les autres. Bof ! Personne n’est parfait.

 

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Louis-Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau

M. 21 janvier 1793



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 Mis en ligne par Catherine le 24 janvier 2013.

 

19:29 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/01/2013

Il est temps que nous fassions notre coming out !

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Il est temps que nous fassions notre coming out !


Tant pis pour ceux à qui cela ne plaira pas. Nous sommes croyants. Adeptes de l’Eglise du Monstre Spaghetti Volant (MSV).

Notre religion s’appelle le pastafarisme et même, parfois, le pastafarianisme*, parce que pasta est le nom de famille de notre Créateur et parce que les spaghettis c’est bien, mais Bob Marley aussi.

Chose qu’il est important de rappeler aux potentiels hérétiques : le Monstre Spaghetti ne se manifeste jamais sans ses deux boulettes, et ce n’est pas parce qu’en anglais « boulettes » se dit balls, c’est-à-dire « couilles », qu’il faut en profiter pour prétendre que c’est une divinité mâle. Personne n’en sait rien.

Ce n’est pas à nous que le Monstre Spaghetti Volant a choisi de se révéler. Sans doute n’en étions-nous pas dignes. Mais il n’y a pas non plus de raison pour que les révélations se produisent toujours dans un passé lointain et de préférence dans un pays exotique, généralement oriental, c’est donc à son prophète, Bobby Henderson, qu’Il est apparu (oui, Bobby ne fait pas très sérieux, comparé à Moïse, Saül-Paul, Mohammed ou Confucius, mais, cette fois, cela s’est passé aux USA, et dans ce pays, ils ont des noms comme ça).

D’abord, il y avait eu ceci ,

En 2005, George W. Bush, le président en exercice des Etats-Unis d'Amérique avait déclaré souhaiter que les théories créationnistes soient enseignées à l'école aux côtés de la théorie de Darwin. Selon lui« parmi toutes les explications traditionnelles de l'origine de la vie, les professeurs de biologie doivent enseigner cette théorie de l'intervention d'une intelligence supérieure, qui soutient que les mutations aléatoires de la théorie de l'évolution sont en fait guidées par la main de Dieu » .

Donc, Bobby Henderson, diplômé en physique de l’Université d’Oregon et ingénieur de distributeur électronique au chômage, a été, un jour de 2005, très perturbé d’apprendre qu’à la suite de l’injonction présidentielle, le Comité d’Education de l’Etat du Kansas, où il habite, avait décidé que serait désormais enseigné dans les cours de science, au même titre que les fariboles de Darwin (évolutionnisme, etc.) la théorie du Dessein Intelligent, aussi appelée « créationnisme » (vous savez, Dieu a fait le monde en six jours plus un, il y a 5.638 ans, Adam et Eve, etc.). C’était un vendredi, jour traditionnel des pâtes dans le Kansas (ici aussi, quoique ce soit aussi souvent celui des pizzas). Bref, il en avait mangé, accompagnées de chianti peut-être, nous ne savons pas. Toujours est-il que c’est cette nuit-là que son Créateur, le Monstre Spaghetti Volant, généralement invisible et indétectable, lui est apparu et lui a transmis (révélé, dicté, comme vous voudrez) ce qui allait devenir son Evangile, et qui est devenu le nôtre.

A savoir :

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Que c’est Lui, Pastafari, issu d’une nouille primitive appelée Pasta**, qui, en un seul jour mais « après avoir beaucoup bu » a créé l’univers. Cette ivresse initiale est même la raison pour laquelle la Terre n’est pas parfaite (un peu aplatie en haut et en bas). En fait, Il a d’abord créé les arbres, une montagne et un nain. Ensuite, Il s’est occupé du reste.

Que ce que nous appelons « la science » ou « les vérités scientifiquement démontrées » n’est qu’un leurre créé par Lui pour nous éprouver, qu’Il déforme selon Son bon plaisir. Ainsi, lorsque nous effectuons des mesures, comme la datation au carbone 14, les résultats que nous obtenons sont faux, parce que le Monstre Spaghetti Volant a touché l’objet à dater de Son « Appendice Nouillesque »

Qu’Il a aussi créé un Paradis et un Enfer. Le Paradis abrite des usines high tech, des volcans de bière et une usine de strip-teaseuses (ou de stri-teasers selon les goûts de chacun). L’Enfer est absolument identique, sauf que la bière y est éventée et que les strip-teaseurs/seuses ont la vérole.

Que le vendredi est Son jour saint, celui où on mange des pâtes et où on ne doit pas travailler. Si un employeur mécréant insiste pour faire travailler un de Ses dévots, les autres doivent aller exhorter l’infidèle à se mieux conduire, au besoin en insistant très fort.

Que les pastafariens doivent se reconnaître et se saluer par les mots « Puisse Son Appendice Nouillicque vous toucher » ou « Que la Pâte soit avec vous » et leurs prières se terminer par « Ramen ! » (parce que amen veut dire amen et que ramen signifie « nouilles » en japonais).

Que le « peuple élu » du pastafarisme, ce sont les pirates, « êtres absolument divins » et premiers pastafariens historiques. La réputation de voleurs et de hors la loi qu’on a faite aux pirates n’est que de la désinformation répandue par les anti-pirates. C’est l’évidence même et nous, pastafariens, sommes absolument sûrs que le réchauffement climatique, les tremblements de terre, les cyclones, les famines, les guerres, etc., sont la conséquence directe de la diminution du nombre des pirates depuis plus ou moins 1800. L’accroissement récent de la piraterie dans le golfe d’Aden en fournit une preuve éclatante : la Somalie est le pays qui a le plus grand nombre de pirates et le plus bas niveau d’émission de gaz à effet de serre au monde. Enfin, beaucoup d’entre nous croient que les pirates fantômes sont la cause des mystérieuses disparitions de navires et d’avions dans le Triangle des Bermudes.

Que, par conséquent, Sa Vénérable Sainteté le Monstre Spaghetti Volant attend de nous que nous nous conduisions et que nous nous vêtions en pirates, avec un bandeau sur l’œil et si possible un crochet. En fait, rien ne pourrait Lui être plus agréable.

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Le pirate Moïse recevant la

Liste des choses que j’aimerais autant que vous fassiez pas.


Le jour suivant, conscient de ses responsabilités d’élu en chef, le prophète a écrit au Comité d’Education de l’Etat du Kansas, une lettre où il professait sa foi en un Dieu créateur surnaturel (le MSV) et demandait que soit consacré au pastafarisme la même durée d’enseignement officiel des sciences qu’au Dessein Intelligent et à la Théorie de l’Evolution.

D’ailleurs, la voici :

 ____________________     

* Ce qui n’est pas une excuse pour mettre sur son répondeur des messages du genre : « Ici Adolf Hitler. Je suis en déplacement à l’étranger. Si vous êtes aryen, laissez votre numéro. Dès que je reviens au pouvoir, je vous appelle», parce que quelqu’un l’a déjà fait (dans Un parfum de jitterbug).

** D’où on voit bien que les deux boules ne veulent rien dire quant au genre de la divinité première.

 

Lettre ouverte de Bobby Henderson au comité d’état à l’éducation du Kansas

 

Je suis très préoccupé à l’heure où je vous écris car je viens d’apprendre que vous organisez des audiences pour décider si la théorie alternative du dessein intelligent devrait être enseignée aux côtés de la théorie de l’Évolution. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est important que les élèves entendent des points de vue multiples afin de choisir par eux-mêmes la théorie qui leur semble la plus cohérente. J’ai toutefois peur que les élèves n’entendent qu’une seule des théories du dessein intelligent. Rappelons-nous bien qu’il existe plusieurs théories du dessein intelligent. Moi-même et beaucoup d’autres personnes dans le monde croyons profondément que l’univers a été créé par un Monstre Spaghetti Volant. C’est Lui qui a créé tout ce que nous voyons et sentons. Nous avons la certitude que les preuves irréfutables des processus d’évolution des espèces ne sont qu’une coïncidence, qu’Il a mise en place.

C’est pour cette raison que je vous écris aujourd’hui afin de demander officiellement que cette théorie alternative soit enseignée dans vos écoles au même titre que les deux autres. Je dois souligner que si vous n’acceptez pas de le faire, nous serons forcés d’intenter une action en justice. Je suis certain que vous comprenez nos motivations. Si la théorie du dessein intelligent n’est pas basée sur la foi, mais qu’elle soit, en fait, également une théorie scientifique, alors vous devez autoriser l’enseignement de notre théorie, car elle se fonde elle aussi sur la science et non sur la foi.

Certaines personnes ont du mal à croire à tout ceci, il peut donc être utile que je vous en dise un peu plus sur nos croyances. Nous avons des preuves qu’un Monstre Spaghetti Volant a créé l’univers. Bien entendu, aucun d’entre nous n’était présent à l’époque pour le voir de nos propres yeux, mais nous avons des témoignages écrits qui relatent ce moment. Nous détenons plusieurs volumes épais dans lesquels Ses pouvoirs sont expliqués en détail. Par ailleurs vous serez peut-être étonnés d’apprendre que nous sommes 10 millions et que nos fidèles sont chaque jour plus nombreux. Nous avons tendance à être discrets car beaucoup de gens prétendent que nos croyances ne reposent pas sur des preuves observables. Ce que ces gens ne comprennent pas c’est qu’Il a construit le monde pour nous donner l’impression que la terre est plus vieille qu’elle ne l’est en réalité. Un scientifique peut par exemple dater un artefact au carbone 14. Il trouvera qu’approximativement 75% du Carbone 14 s’est désintégré en Azote 14 par l’émission d’électrons et déduira que l’artefact est vieux d’à peu près 10.000 ans, puisque la demi-vie du Carbone 14 semble être de 5730 ans. Mais ce dont notre scientifique ne se rend pas compte c’est qu’à chaque fois qu’il procède à une datation, le Monstre Spaghetti Volant est là, qui change les résultats avec Son Appendice Nouilleux. Nous avons de nombreux textes qui décrivent en détail comment cela est possible et les raisons pour lesquelles Il le fait. Il est bien sûr invisible et peut traverser la matière sans peine.

Je suis certain que vous comprenez à présent à quel point il est important que cette théorie soit enseignée à vos élèves. Il est absolument impératif qu’ils prennent conscience du fait que toutes les preuves scientifiques observables dont nous disposons sont en fait présentes à la discrétion du Monstre Spaghetti Volant. De plus, il est irrespectueux d’enseigner nos croyances sans porter la tenue qu’Il a choisie, qui est, bien entendu un costume complet de pirate. Je n’insisterai que trop peu sur ce point et je ne peux malheureusement pas décrire en détail les raisons pour lesquelles il doit en être ainsi car j’ai peur que cette lettre soit déjà trop longue. L’explication concise est qu’Il se fâche si nous ne nous habillons pas de la sorte.

Vous serez peut-être intéressés d’apprendre que le réchauffement planétaire, les tremblements de terre, les cyclones et les autres désastres naturels sont une conséquence directe du nombre décroissant de pirates depuis les années 1800. A titre indicatif, j’inclus ici un graphique d’un nombre estimé de pirates sur terre mis en parallèle avec la température mondiale moyenne au cours des 200 dernières années. Comme vous pouvez le constater, il y a un lien de causalité significatif entre la baisse du nombre de pirates et l’augmentation de la température mondiale.

 

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Pour finir, je vous remercie d’avoir accordé votre attention à nos points de vue et à nos croyances. J’espère que je suis parvenu à vous convaincre de l’importance de l’enseignement de cette théorie à vos élèves. Nous sommes bien sûr tout à fait disponibles pour former les enseignants à cette théorie alternative. J’attends votre réponse avec impatience et j’espère vivement qu’une action en justice ne sera pas nécessaire. Je pense que nous pouvons nous réjouir à l’idée qu’un jour ces trois théories jouiront d'une tranche de temps égale dans l'enseignement des sciences de notre pays mais aussi du monde entier, soit un tiers du temps pour le Dessein Intelligent, un tiers du temps pour le Monstre Spaghetti Volant, et un tiers du temps pour une conjecture logique fondée sur une masse écrasante de preuves irréfutables et observables.

Très sincères salutations,

Bobby Henderson, citoyen préoccupé.

PS : Je joins à cette lettre un dessin artistique de Lui créant une montagne, des arbres et un nain. Souvenez-vous que nous sommes tous Ses créatures.


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Le texte original en anglais est disponible sur le site Church of the Flying Spaghetti Monster.

Traduction française par l’Église Québécoise du Monstre de Spaghetti Volant assistée de la Sainte Église du Monstre en Spaghettis Volant Branche Francophone

 

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Il est regrettable et assez scandaleux que l’Etat du Kansas n’ait pas donné suite à cette lettre, au prétexte qu’elle serait « un canular ».

On était alors en mai 2005. De plus en plus préoccupé, notre prophète Bobby l’a mise en ligne, prenant les internautes à témoin de sa perplexité et de son légitime sentiment de subir une injustice.

Le résultat a été une augmentation exponentielle du nombre de conversions et leur dissémination rapide sur tous les continents. (La preuve :

http://pastafarisme.canalblog.com/archives/2008/07/30/18913551.html )

Ce que voyant, le Comité d’Education du Kansas s’est enfin décidé à réagir. Trois membres se sont exprimés plus ou moins favorablement, mais un quatrième a dit « C’est une offense grave de railler Dieu ». Le prophète a bien sûr également reçu des messages de haine et quelques menaces de mort. Mais, en résumé, début 2006, il avait trouvé dans sa boîte, une soixantaine de milliers d’émiles, dont 95% étaient enthousiastes, surtout ceux envoyés par des scientifiques. Les 5 autres % l’assuraient qu’il irait en enfer.

Le 13 février 2007, le Comité d’Education de l’Etat du Kansas a fini par voter, par 6 voix contre 4, l’annulation des décisions de 2005. C’était la cinquième fois en huit ans qu’il modifiait l’enseignement de la théorie de l’évolution par décret.


Les difficiles étapes d’une reconnaissance :

En mars 2007, Bryan Killian, un étudiant du comté de Buncombe (Caroline du Nord) fut suspendu pour avoir, au nom de sa foi pastafarienne, assisté aux cours vêtu en pirate. Il protesta contre cette mesure discriminatoire, en faisant observer que la suspension violait le premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté de religion (si pas tout à fait celle de conscience) et d’expression. L’école, prétendant « ne pas croire » à sa foi, a invoqué les délits de perturbation de la classe et d’insolence, pour maintenir sa décision.

En décembre de la même année, cinq des sept membres du Comité d’Education de Polk (Floride) déclarèrent leur croyance en un Dessein Intelligent et réclamèrent l’adoption de nouveaux standards d’enseignement de la Théorie de l’Evolution. L’Eglise du M.S.V. intervint alors pour demander que soit accordé un tiers du temps d’enseignement des sciences  au pastafarisme. Margaret Lofton, au nom du Comité, rejeta cette demande, qu’elle jugea ridicule et insultante, ajoutant bêtement : « Ils ont fait de nous la risée du monde ». La controverse enfla. Les scientifiques s’en mêlèrent et exprimèrent leur opposition aux projets du Comité. La construction imminente d’un nouveau campus à l’Université de Floride du Sud fut remise en question. Le vice-président de l’université, Marshall Goodman, se déclara personnellement hostile à l’enseignement du Dessein intelligent, au motif que « ce n’est pas de la science ». En conséquence, la réforme de l’enseignement de la Théorie de l’Evolution fut abandonnée.

En mars 2008, les pastafariens de Cronville dans le Tennessee furent autorisés à ériger une statue du Monstre Spaghetti Volant dans la zone d’expression libre d’un jardin public. Une photo de la statue fit le tour du Net et parut même dans le magazine Rolling Stone. Les partisans du Dessein Intelligent, principalement des fondamentalistes chrétiens, s’émurent et firent tant de tapage que les autorités durent faire enlever la statue… et toutes les autres, pour en finir.

En gros, plusieurs états de l’Union, qui envisageaient de modifier l’enseignement de la Théorie de Darwin et/ou de lui adjoindre celle du Dessein Intelligent, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, suite aux interventions des fidèles pastafariens.

 

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En juillet 2011, après trois ans de démarches, le citoyen autrichien Niko Alm, chauffeur de taxi, a obtenu le droit de porter une passoire en guise de couvre-chef sur la photo d’identité de son permis de conduire.

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Cette coiffure est évidemment liée à sa pratique du pastafarisme. Il est, depuis, entré en campagne pour que l’Eglise du Monstre Spaghetti Volant soit officiellement reconnue en Autriche.

 

De vives critiques avaient été lancées contre nous par plusieurs mouvemnts religieux (auxquels nous n’allons pas faire de la pub en les nommant), Elles reprochaient notamment au pastafarisme de n’être pas une vraie religion, parce que nous n’avions pas de livre saint. Eh bien, maintenant, nous en avons un, depuis qu’en décembre 2005, l’éditeur Villard (UK) a offert au prophète Bobby une avance de 80.000 £ pour écrire l’ « Evangile du Monstre Spaghetti Volant », qui a paru en mars 2006. Nous sommes donc, à présent, nous aussi, une « Religion du livre ».

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Avec son nombre toujours croissant de fidèles de par le monde, l’Eglise du Monstre Spaghetti Volant est désormais considérée comme amplement légitime, au point que même ses opposants, pour la plupart chrétiens fondamentalistes, ont dû reconnaître que son Dieu a des boules plus grosses que les leurs.

Dernier point et non des moindres, : le Monstre Spaghetti Volant n’est pas anthropocentriste. Certes, lesdites boules ne sont pas en tofu, mais les animaux, y compris ceux qui se mangent les uns les autres, sont accueillis  comme des égaux dans la Sainte Eglise pastafarienne.

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La chatte Al Dente, exemplaire pastafarienne


 

*

Ne pas confondre « Monstre Spaghetti Volant »

et «  Théière de Russell » !


Il est désormais avéré que Bertrand Russell, le fameux mathématicien, logicien et philosophe, a moqué ouvertement notre religion à travers sa fameuse satire analogique de la théière. En d'autres temps, sous le règne de religions moins permissives que la nôtre, il ne fait aucun doute qu'il aurait été passé par le fer et par le feu. Mais le Monstre Spaghetti Volant, dans son incommensurable mansuétude, a laissé Russell jouer avec ses fadaises comme on laisse Semimi jouer avec une ficelle.


L'analogie de Bertrand Russell


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« Si je suggérais qu'entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j'aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j'affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n'est pas tolérable pour la raison humaine d'en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l'existence de cette théière était décrite dans d'anciens livres, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l'école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d'excentricité et vaudrait au sceptique les soins d'un psychiatre à une époque éclairée ou de l'Inquisition en des temps plus anciens. »

On voit bien où veut en venir le philosophe… En utilisant la dérision pour moquer le divin, il laisse entendre que certaines doctrines qui pourraient passer pour illuminées utiliseraient elles-mêmes le subterfuge. D'aucuns ont d'ailleurs franchi le pas en affirmant la chose.

Il est inutile pour les vrais croyants de tenter de contredire ce type de propos, l'auteur s'étant à plusieurs reprises rendu ridicule de lui-même, notamment lorsqu'il invente la proposition atomique (comme si une phrase pouvait exploser), ou en posant la question idiote : l'ensemble des ensembles n'appartenant pas à eux-mêmes appartient-il à lui-même ?, voire en posant le paradoxe du barbier de la façon suivante : ¬ ∃y ∀x (y R x ⇔ ¬ x R x)… On a vu plus clair…

Le thème de la théière repris par Richard Dawkins

Nul besoin de présenter Richard Dawkins, le célèbre éthologiste britannique, vulgarisateur et théoricien de l'évolution, critique du Dessein Intelligent et tenant de l'athéisme. Celui que l'on appelle le rottweiler de Darwin prend pour cible tous les dieux et le surnaturel en général, notamment dans son ouvrage Pour en finir avec Dieu.

Comme il nous semble important pour les Pastafaris d'identifier les thèses de leurs ennemis, nous vous livrons ci-dessous le développement que Dawkins fait sur la théière de Russell :

« La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes pour pouvoir s'en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n'excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n'empêchent pas leurs fils d'épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu'une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé. » 

Tout et n'importe quoi ! À quand un livre intitulé Pour en finir avec Richard Dawkins ?

Nous rappelons ici que le Monstre Spaghetti Volant est amour, lui qui nous attend pour l'éternité au pied du volcan de la bière, près de l'usine de strip-teasers(seuses). Cette vision eschatologique est de très loin supérieure aux visions amèrement matérialistes des deux tristes sires mentionnés ci-dessus.


 

*

Quelques témoignages

(surtout n’hésitez pas à nous envoyer les vôtres)

 

f  Le chanteur mexicain Juanito Palves affirme que le Monstre Spaghetti Volant lui est apparu alors qu’il préparait des tacos pour l’anniversaire de sa femme. « J’étais là, et soudain, il est apparu, là, juste là, et ça m’a vraiment surpris » a-t-il ajouté.

(Source : Eduardo Palves.)

f Brandon Lustucru, assistant personnel de Sa Vénérable Sainteté Le Monstre Spaghetti Volant, affirme que le Monstre a rencontré le pape Benoît XVI. Ils auraient passé deux heures ensemble à faire une partie de poker, que le Monstre aurait gagnée. Comme d’habitude, le porte-parole du Vatican a démenti cette information.

(Source : Giovanna Rana.)

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(Le Monstre s’était déguisé en pirate ? N.d.LGO)

f  Dans un message adressé par SMS à l’humanité, Le Monstre Spaghetti Volant a déclaré : « Oui, c’est vrai, je suis actuellement en train de créer un nouveau monde, à des années-lumière de votre terre peuplée d’hommes-vaches et de femmes-moutons. Toutefois, soyez certains que vous demeurerez toujours mes chouchous. Bisous et bonne année ! »

(Source : Andrea Bicha.)

f  Le Monstre aurait été aperçu à Caracas en (très) bonne compagnie, le 14 février dernier (2012). Interpellé par des passants, il aurait répondu : « Eh ben quoi, on n’a plus le droit de s’amuser à la Saint Valentin ? »

(Source : Peter Jacksonne.)

f  Dans un mail très encourageant adressé au webmestre de la branche francophone de l Eglise, Le Monstre Spaghetti Volant a déclaré : « Merci d’avoir fait un site sur moi, c’est cool. »

(Source : http://sainteglisedumonstreenspaghettivolant.blogspot.be/ )

f  Le magazine Dubrovnik Gazeta a révélé, dans un reportage exclusif, que l’acteur Mociek Lori serait pastafarien. Les agents de l’acteur n’ont pas voulu répondre aux questions des journalistes.

(Source : http://site.lesdoigtsbleus.free.fr/ )

f D’après une étude du Massachussetts Institude for Food Science, les personnes qui mangent des spaghettis deux fois par semaine ont une espérance de vie de 20% supérieure à la moyenne.

(Source : http://ajcn.nutrition.org/content/22/6/817.full.pdf )

f  Nouvelle brûlante : on a retrouvé un évangile apocryphe pastafarien dans la cave de l'écrivain surréaliste et grand maître de la pa(s)taphysique: feu le Verviétois André Blavier. Le texte était dissimulé sous deux caisses de Panzani. Béni soit le Monstre pour cette découverte ouvrant la voie à une béatification prochaine du Fou littéraire André Blavier, bientôt consacré Grand Aladin sur feuille de Lasagne volante !

(Source : Didier Kuckaertz, http://pastafrancophone.canalblog.com/,

(Facebook Belgian Branch) 

f  Suite à un rêve prémonitoire de Jacques Muselier, notre guide pastafarien pour la métropole lilloise, la branche francophone de la Sainte Eglise du Monstre Spaghetti Volant a pris une année sabbatique. Certains ont fait du jet-ski mais beaucoup d’entre nous ont simplement médité et essayé d’être en pleine communion avec l’univers. C’est apparemment ce que souhaitait Sa Vénérable Sainteté, dans le rêve, où il aurait notamment déclaré : « Jacques, tu dis à tout le monde de prendre une année de vacances ! »

(Source : http://www.magiciut.fr/?p=1921 )

f  La Sainte Eglise du MSV a décidé d’ouvrir une branche à Hollywood, pour convaincre les célébrités pastafariennes de faire leur coming out dans les medias, de façon à ce que les adolescents du monde entier s’intéressent un peu plus à notre belle religion. Depuis 2005, de plus en plus d’artistes se sont convertis au pastafarisme, mais jusqu’à aujourd’hui, beaucoup d’entre eux n’osaient pas en parler publiquement de peur d’être victimes de la pastaphobie régnant dans de nombreux medias. Brian Slick, le directeur de la branche de la Sainte Eglise du MSV à Hollywood, vient de nous informer qu’il a presque réussi à convaincre un acteur de premier plan (nous ne pouvons pas encore révéler son nom mais c’est du très gros calibre : pour vous donner un indice, on le surnomme « le Robert de Niro canadien ») de faire son coming out.

(Sources :

https://fr.foursquare.com/v/church-of-the-flying-spaghett...

et  http://www.venganza.org/2007/02/nick-the-missionary )

f  Une vidéo pastafarienne secrète en exclusivité :

(Suite au succès rencontré par l’interview de Tom Cruise où il explique sa dévotion à la Chiantologie, le célèbre pirate Ed Atkins a accordé lui aussi une interview consacrée au Pastafarisme, légèrement inspirée de la première :


 

 

*

Tolérance or not tolérance

?


Une controverse

A l’approche de la fête chrétienne de Noël, les American Atheists ne se contentent pas de faire campagne contre les arbres de Noël au milieu des villes, ils font aussi grande exhibition de panneaux routiers qui attaquent les croyances chrétiennes, genre « Vous savez bien que c’est du bidon » :

 

13 - C. O. - Rois mages.png

 

Notre prophète Bobby, au nom de la tolérance, préfère que nous cotisions pour ériger, le long des routes, des panneaux à la gloire de notre Monstre, où nous proclamons notre foi sans critiquer celle des autres. Il estime qu’avec les inquisitions, on sait où ça commence mais jamais où ça finit.

Des propositions qui lui ont été faites, il a retenu ces deux-ci :

 

14 - C. O. - Il a bouilli pour vos péchés .jpg

Il a bouilli pour vos péchés


15 - C. O. - Dernière cène.jpg

Mangez sa chair nouillicque, buvez sa sauce tomate

et répandez son amour

 

Mais il en a déjà reçu beaucoup d’autres intéressantes du genre « Essayez-nous »,  « Rejetez les faux dieux », « Nous avons confiance en Lui », etc.

 

16 - C. O. - Poster -.png

17 - C. O. - Rejetez les faux dieux -.jpg

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Des membres de l’Eglise Pastafarienne de France lui ont fait deux autres propositions qui le laissent perplexe. Il faut dire qu’il ne connaît pas très bien les arcanes de la vie spirituelle de ce côté-ci de l’Atlantique.

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20 - C. O. - Hollande .jpg


Artistes inspirés, à vos crayons, à vos brosses ! Envoyez-lui les vôtres.


 

*

 Quelques liens utiles

 

Fédération pastafariste francophone

http://pastafrancophone.canalblog.com/

On y voit, quelque part, une video qui se présente ainsi : « Les agnostiques piratent le FSM ». Elle ne nous a pas amusés vraiment. D’ailleurs, qui a dit « Les agnostiques sont des athées honteux » ?

La Pasta à l’étranger :

http://pastafarismemars.canalblog.com/archives/2009/07/10/14369636.html

Pastafarisme marseillais

http://pastafarisme.canalblog.com/

Tres Sainte Eglise de Marseille du Culte Volantiste

https://sites.google.com/a/pastafarisme-marseille.com/pastafarisme-marseillais/

MSV obédience marseillaise :

http://pastafarismemars.canalblog.com/

Eglise Pastafarique de Suisse Romande

http://pastafari.wordpress.com/

Pastafaray – Culte réformé de la Pasta

http://pastafaray.wordpress.com/

FSM Letzebuerg

http://fsmlu.wordpress.com/

ÉGLISE PASTAFARIENNE BELGE RÉGULIÈRE ET AUTHENTIQUE

http://pasta.avk.org/dogme.html

Sainte Eglise du Monstre en Spaghetti Volant

http://sainteglisedumonstreenspaghettivolant.blogspot.be

Eglise Quebécoise du Monstre Spaghetti Volant

http://www.eqmsv.org/accueil.html

Notre religion vue par…

http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/pastafarisme/

 

 *

A propos de tolérance religieuse

Deux « frère de », pas aussi célèbres qu’ils le devraient,  se sont exprimés en pastafariens qui s’ignoraient :

 

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Augustin Bon Robespierre,

dont c’était hier le 250e anniversaire de naissance,

 

Représentant en mission, il écrivait de Commune Affranchie (Franche Comté) au Comité de Sûreté Générale, le 8 ventôse, an II :

« Vous venez de lancer un mandat d’arrêt contre un républicain vraiment digne de ce nom. Franchise, énergie, désintéressement, probité, tel est le caractère du citoyen Viennot, apothicaire à Vesoul. Avec tant de vertus et de principes austères et républicains, il devait faire pâlir les intrigants et être dénoncé par les frippons. C’est ce qui est arrivé. La calomnie s’attache aux hommes les plus purs. Lorsqu’on ne renverse pas un morceau de bois croisé on est dénoncé comme contre-révolutionnaire ; il s’élève un système qui tend à faire perdre la confiance publique à ceux qui poussent tous les citoyens à la hauteur de la Révolution par la morale, qui proposent des actions utiles à la place des cris insensés des clabaudeurs qui paraissent sur la scène depuis peu de temps. J’ai vu des hommes qui n’ont d’autre moyen de soutenir ou d’avoir une réputation de révolutionnaire qu’en ne respectant plus ni lois ni principes. C’est cette classe d’hommes qui persécutent l’innocence et impriment la terreur à tout ce qui respire. »

Plus tard, toujours aux prises avec le même contre-révolutionnaire – le représentant Bernard (de Saintes) – persécutant les populations au nom de l’athéisme, il en est accusé lui-même et doit se défendre. Il le fait en dévoilant la conduite de son adversaire. Son long plaidoyer pourrait servir de vade mecum à tous ceux qui rencontrent, sur leur chemin, des « révolutionnaires » futurs tyrans, s’avançant masqués. On y trouve ce passage :

Au Comité de Sûreté Générale

Nice, 6 germinal an II

« Le règne des fripons me paraît terminé. Le supplice des nouveaux conjurés [les Hébertistes] ramènera la tranquillité et la paix dans les âmes inquiétées par les brigands. Apprenez, citoyens collègues, que les tyrans n’ont recruté leurs armées que par les extravagances commises envers le culte… Il y a tel département, tel district, telle commune que le désespoir vont vendéiser… Je n’ai pas suivi le système de ces hommes immoraux et pervers qui affectent le philosophisme pour ne point laisser voir qu’ils sont sans mœurs et sans vertus, qui abattent une croix pour que l’on ne s’occupe point de leurs dilapidations et de leurs crimes… J’ai fait adorer la Révolution, respecter et aimer la représentation du peuple. »

 

Source :

Correspondance de Maximilien et Augustin Robespierre,

recueillie et publiée par Georges Michon, Paris, Alcan, 1926

 

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Raùl Modesto Castro Ruz

Président de la République de Cuba

(…) les dérives sectaires ont été lourdement condamnées par Raúl Castro. Il a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les niveaux ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de 40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos suivants :

« Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30 juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriez-vous fait de Frank País ? »


Source :

Raùl Castro, le véritable dissident

Par Salim Lamrani

http://www.mondialisation.ca/raul-castro-le-veritable-dis...

[Salim Lamrani appelle « dissidence » ce qui n’est qu’exercice normal d’une responsabilité publique en démocratie. Le terme qu’il emploie dans son titre est donc, à nos yeux, impropre. ]

  

*

Intolérants par-ci, intolérants par-là,

athéistes ou christicoles…


Sur le mariage trans-genres ou même-genre, nous nous sommes déjà exprimés (c’est ici : v/ « Ecce homos » http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....). Pas de raison d’y revenir, on n’est pas un blog d’actualités. Mais nous nous permettons de piquer un de ses articles à Sébastien Fontenelle, parce qu’il y dit ce qu’on tait partout. Et nous en profitons pour lui reposer notre question : pourquoi toujours « mâme Dupont » et jamais « m’sieu Lajoie » ?

 

Sont-ce les mêmes ?

 

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Sont-ce bien les mêmes ?

Sont-ce bien les mêmes, éditocrates et journaleux (É&J), confits dans leur dégueulasse «décomplexion», qui depuis tant d’années que nous ne les comptons plus (1) dispensent tous les quatre matins, pour mieux dresser leur following contre les musulman(e)s, d’indignés cours de laïcitisme ?

Sont-ce bien les mêmes, vertueux défenseurs de grands principes républicains, qui depuis le début de janvier (disons comme ça pour aller vite) font quotidiennement (ou presque) l’exégèse détaillée des hallucinés grognements homophobes  de la clique à Frigide B. ?

Non, je demande, parce que, t’as vu: tout d’un coup, leurs commentaires sont nettement (nettement) moins tranchants que dans les moments où ils fondent en meute (comme souvent font les chiens de chasse) sur l’islam.

Quand des mahométan(e)s ont, naguère, (très) timidement protesté contre les lois infectes qui les stigmatisaient ?

La meute, rappelle-toi, s’est lâchée comme jamais, ivre d’une phobie qu’elle n’assumait pas complètement (c’est pas toujours facile, quand on sert pas chez un marchand de flingues UMPiste, d’endosser qu’on hait son prochain) – et qu’elle dissimula donc sous le prétexte d’une ombrageuse mais nécessaire défense de «la laïcité»: ça fit même de chouettes sinécures pour toute une génération d’iconoclastes  glossateurs made in Charlie Hebdo (mais pas que).

Mais quand des cathos saturés de fonds publics dégueulent ces jours-ci par dizaines de milliers, du haut des tours de leurs évêchés, sur une loi qui permet enfin ce qui devrait aller de soi – le mariage pour tou(te)s -, et veulent mordre jusqu’au sang la main de l’État qui leur nourrit (notamment) l’école privée ?

Tout d’un coup les mêmes É&J sont beaucoup plus compréhensifs - et les voilà qui restituent, sans jamais s’irriter, les «arguments» débiles des curetons vindicatifs (et de leurs ouailles enrégimentées).

Et quand un ministre «socialiste» pointe finalement que les salles de classe subventionnées doivent être tenues à l’abri de cette propagande hallucinée ?

La presse dominante, défiltrée, aboie qu’il faut qu’il cesse de rallumer la guerre scolaire: tu fermes ta gueule, Vincent, et tu laisses dire et faire nos amis les monsignori  - ou sinon je te mets dans la face un édito de Bruno Jeudy.

Dans les pesées considérations que leur inspirent ces jours-ci les hurlements du troupeau qu’emmènent des cathos réacs mélangé(e)s de plusieurs volumes de fafs de base, les forgerons de l’opinion se montrent donc, en vérité, infiniment plus transigeants que dans leurs condamnations, toujours très fermes, et sans appel(s), des méchant(e)s-mahométan(e)s-qui-font-rien-qu’à-fouler-notre-élégante-laïcité: de là à conclure (sans trop s’en étonner, car ce n’est pas complètement neuf) que ces gens sont décidément de très toxiques tartufes ?

Il n’y a qu’un pas que, pour ma part, si tu permets (2), je m’empresse de franchir.

_______________  

(1) Depuis que l’un d’eux, par exemple, a montré qu’il pouvait publiquement – et tranquillement – revendiquer, sous le sceau de la liberté d’expression, d’être « un peu islamophobe », mâme Dupont - j’ai encore le droit de le dire, dans ce pays de bien-pensant(e)s, ou si Pierre Tevanian va me mettre dans le goulag ?

(2) De même, d’ailleurs, que si tu ne permets pas, puisque, comme je dis toujours, je suis chez moi, oui ou zut ?

Source :

http://www.bakchich.info/blogs/sebastien-fontenelle/sont-...

 

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Pour ceux qui n’en ont pas encore assez, mais c’est pur vice de notre part:

http://sornettes.free.fr/spip.php?article190 (Blog Sornettes)

http://www.cai.org/fr/etudes-bibliques/monde-que-dieu-crea (Le monde que Dieu créa : quand ? comment ? Pourquoi les évolutionnistes ont tout faux.)

 

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Nous ne sommes pas un blog d’actualités mais quand même :

20 janvier 2013

France : Interpellations au rassemblement parisien pour Georges Abdallah

150 personnes s’étaient réunies hier à Paris à l’appel du Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Rapidement, alors qu’elles se mettaient en route vers le ministère de l’Intérieur, elles ont été encerclées par les forces de l’ordre. 46 personnes ont été interpellées et interrogées tandis qu’une 47ème était placée en garde à vue. Cette dernière a été relâchée après 18 heures en cellule avec une convocation au tribunal pour le 5 avril.

Merci Madam Nuland

Merci Manuel Valls

Ne vous plaignez pas, bonnes gens, vous avez voté. Plaignez-le, lui, d'être le plus ancien prisonnier politique d'Europe.

 

*

 

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Livres

 

 

 

Puisque nous sommes dans les divinités, restons-y :

 

 

« Divin Steinfest »

 

Die Zeit


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Celui-là n'est pas comme les autres...

Patrick Ledent

 

27 - C. O. - Steinfest Heinrich.jpgCelui-là n’est pas comme les autres, on s’en rend compte après trois pages. On s’en réjouit, mais on reste prudent : ça ne serait pas la première fois qu’un polar donne le change, le temps du démarrage, pour finalement nous laisser en plan quelques chapitres plus tard, avec une intrigue qui part en vrille, des personnages qui se cherchent et un style qui s’essouffle.

Heinrich STEINFEST évitera tout cela, quoique sans gloire : ce n’est pas de sa faute. Il ne voit pas le monde comme nous, ce qui lui simplifie honteusement la tâche. Tant qu’il se promène et raconte gentiment son histoire, sans tricher sur la lumière, sans faire le poirier pour trouver un angle de vue inédit et sans même se donner la peine d’habiller ses personnages, puisqu’ils paraissent naître avec un costume sur mesure, une personnalité qui donne le ton plus que le change et un irrésistible pouvoir de séduction. Tout a l’air terriblement fabriqué, mais l’absence de couture, de raccord ou d’effet nous incite à baisser la garde : nous resterions sans argument.

C’est dire qu’après cent pages, il n’est plus question d’atterrir. On se prend à soupeser ce qu’il reste à lire, comme on lorgne avec angoisse la jauge d’un réservoir, le degré de chargement d’une batterie ou les bûches dans la cheminée. D’autant que la traduction de l’allemand (Autriche) vers le français, par Corinna GEPNER (pour Gallimard, Folio Policier n° 637) est si réussie qu’elle se fait oublier.

L’inspecteur LUKASTIK, le héros de STEINFEST, n’écrase jamais ses cigarettes, puisqu’elles s’éteignent, n’obéit jamais aux ordres de ses supérieurs, puisqu’ils ont tort, prend le monde à rebours, puisqu’il s’obstine à courir sur son erre et ne cherche pas à plaire, puisqu’il se suffit. Le paradoxe n’atteint pas l’homme libre, aussi l’inspecteur est-il un personnage bourru mais empathique, ennuyeux mais captivant, de glace mais fondant, flegmatique mais autrichien.. Que la terre tourne autour de lui ne semble ni l’étonner ni l’enorgueillir, comme s’il avait conscience de n’être qu’un personnage de fiction et de jouir à ce titre de la sagesse, de la placidité et de la confiance qui tant nous font défaut. Et s’il s’entiche du philosophe Wittgenstein, c’est plus pour trouver un écho à ses certitudes qu’une réponse à ses questions.

Quant à l’histoire, ah, l’histoire ! C’est assurément là que le bât va blesser pour le lecteur qui resterait sur la défensive. Un cadavre amputé d’une jambe n’étonnera personne : ça s’est fait. Flottant dans une piscine, la chose s’est déjà vue. Sur le toit d’un immeuble viennois, c’est moins attendu. Que l’amputation soit le fait d’un requin d’eau douce, nous réjouira : enfin du nouveau ! Que le poisson ait déserté la piscine (délit de fuite ?), nous laissera perplexes : comment ? Qu’un quartier de la capitale abrite en ses caves un lac artificiel où barbotent des squales, nous mettra mal à l’aise : est-ce possible ? Que l’une des bestioles ait pris l’ascenseur jusqu’à la piscine, y ait boulotté son repas sans trop d’appétit, avant de redescendre à la cave et de replonger dans le lac, nous énervera : STEINFEST nous prendrait-il pour des cons ?

Sauf que… Sauf qu’en lisant le dénouement, on regrettera presque que ça ne soit pas tout à fait ça. Que tant qu’à faire, STEINFEST aurait dû… Qu’on était bien parti. Qu’on était prêt à avaler ça, avec la piscine, le lac et les requins. Que ça nous aurait changés des couleuvres… Parce qu’on se fout du loufoque, quand STEINFEST est en cuisine. Qu’il peut tout faire passer et nous faire tout digérer, en mitonnant ses enzymes.

La fiction, c’est moins de coller à la réalité que de rendre l’incroyable crédible, voire inévitable. STEINFEST l’a compris, pour le plus grand plaisir des rêveurs que nous voulons rester.

 

 

*

 

Et profitons-en pour vous donner quelques informations complémentaires :

 

Repères biographiques

Né en Australie en 1961, Heinrich Steinfest est d'origine autrichienne. Il grandit à Vienne puis s'installe à Stuttgart, où il vit aujourd'hui en tant que romancier et essayiste. Après avoir publié de petits récits inspirés par la science-fiction, il se lance dans le polar avec un succès grandissant, devenant quatre fois lauréat du Prix du Polar Allemand et d'autres prix (Prix du polar de Stuttgart, Meilleur polar de l'année pour le journal Die Zeit ou encore le prix Heimito-von-Dorerer qui récompense l'œuvre intégrale d'un auteur).
Avec un humour décapant et un grand sens littéraire, il développe des personnages farfelus, tels que l'inspecteur Lukastik - grand admirateur de Wittgenstein, mangeur de soupe et propriétaire d'une Ford Mustang or mat - ou Markus Cheng - qui n'a de Chinois que le nom, et vivote de son métier de détective privé.
Ont été traduits en français : Sale cabot ("Ein sturer Hund") en 2006, Requins d'eau douce ("Nervöse Fische") en 2011, et Le onzième pion ("Die feine Nase der Lilli Steinbeck") en 2012.

 

Autres titres du même auteur parus en français

 

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Heinrich Steinfest

Sale cabot

Traduction : Corinna Gepner

Paris, Phébus, 2006

 



Sale cabot

Un écrivain raté constate avec délice qu'il a au moins un lecteur, celui-là même qui emprunte, devant ses yeux, les exemplaires de ses trois romans qu'il a eu tant de mal à imposer à sa bibliothèque publique locale. Intrigué autant que ravi, il se met à pister l'homme, jusqu'à sa rencontre avec une femme étrange, du genre vamp, qui le raccompagne chez lui. Depuis l'immeuble d'en face, l'écrivain assiste alors à une scène effroyable : on tue son unique lecteur ! Lorsqu'il apprend qu'une erreur judiciaire est sur le point d'être commise, le malheureux homme de lettres fait appel au détective privé Markus Cheng. Ce Chinois manchot, plus habile de ses neurones et toujours accompagné par son chien Oreillard, se lance dans les rues de Stuttgart - la " plus grande banlieue d'Allemagne" - à la recherche de la coupable. A moins que de coupable, il n'y en ait pas qu'une et que la solution se trouve loin de cette ville... Avec un art consommé du récit à chausse-trapes, Steinfest nous mène au cœur de notre époque: il y fait nuit noire. Traduction Corinba Gepner.

Ajoutons que le délicieux Oreillard n'est pas un sale cabot du tout ! « Ein sturer Hund » pourrait même se traduire, avec un peu d'empathie, par « un chien philosophe ».

 

 29 - C. O. - Onzième pion.jpg

 


Heinrich Steinfest

Le onzième pion

Traduction : Corinna Gepner

Paris, Carnets Nord, 2012

416 pages

 



Le Onzième pion

Georg Stransky dîne tranquillement avec femme et enfant quand un étrange projectile perturbe ce moment de paix : une pomme, lancée par la fenêtre. Farce d'adolescent ? À première vue, mais au matin, Georg a disparu. Une mise en scène loin de surprendre Lilli Steinbeck, spécialiste des questions d'enlèvements, qui découvre que Stransky est le huitième à se volatiliser après avoir croqué la pomme. Cette inspectrice rousse et séduisante, dotée d'un nez difforme et d'un grand flair, célibataire et couche-tôt, se lance à la recherche de Stransky. Accompagnée d'un détective obèse rencontré à Athènes et d'un tueur à gages finlandais, Lilli Steinbeck va mettre les pieds dans une machination internationale. Un jeu d'échecs mortel où les dix pions sont des hommes. Si Lilli, élément perturbateur - onzième pion -, parvient à ramener le disparu dans son Allemagne natale, la partie sera terminée.

 

 

*

 Mis en ligne par Catherine, le 22 janvier 2013


 

 

 

 

 

 

21/01/2013

REQUIEM POUR UN MOZART

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 Aujourd'hui, 21 janvier 2013,

89e anniversaire de la mort de Vladimir Ilitch Oulianov

que nous ne rappelons que pour mémoire

parce que l'actualité presse.

Sinistre.

 

 

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Après Bradley Manning...


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Après Julian Assange...



La galerie des héros s'étoffe, hélas.

 

Des procureurs américains (dont une procureuse, ô Saramago) qui n'ont rien à envier au nôtre.

Bilan : un mort de génie.

 

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REQUIEM POUR UN MOZART

Le « suicide » d'Aaron Swartz à Brooklyn

Georges Stanechy, A contre-courant

 

 L’information, c’est du pouvoir. Mais, comme tout pouvoir, il y a ceux qui veulent le conserver pour eux seuls.”

Aaron Swartz

 

26 ans…

Vendredi 11 Janvier 2013.

Aaron Swartz a été retrouvé "pendu" dans son appartement de Brooklyn.

Pour certains de ses proches, il aurait été « suicidé ».

 

Génie de l’innovation

Sa mort provoque beaucoup de remous aux USA. Sauf, évidemment, dans les médias de la propagande de la caste au pouvoir, qui n’appréciait pas l’indépendance d’esprit de cette personnalité hors du commun.

Aaron Swartz, était un prodige de l’informatique et d’Internet. Un "Mozart" des nouvelles technologies. Maitrisant toutes les techniques et les outils les plus sophistiqués. Normal, dira-t-on : il était au cœur de ses principales innovations, de leur conception à leur mise au point.

A 13 ans, il reçoit le prestigieux prix ArsDigita Prize au terme d’un concours des jeunes créateurs de sites internet “non commerciaux”, à but éducatif et utilitaire. Dès l’âge de 14 ans, il devint l’un des concepteurs du système RSS 1.0 (Rich Site Summary). Intégrant des équipes de spécialistes du plus haut niveau, notamment celles du World Wide Web Consortium (W3C), pour travailler sur les formats et spécifications RDF  (Resource Description Framework) : RFC (Request For Comments) 3870 dont il est le créateur, et RDF XML.

Il fut sélectionné pour rejoindre la “prestigieuse” université de Stanford. Après un an, il l’a quitta. Il s’y ennuyait. Son niveau de connaissances et de pratiques techniques, professionnelles, son immense culture, dépassant largement ceux de ses enseignants.

Surtout : son envergure humaniste, éthique, ne pouvait se satisfaire d’un enseignement complètement sclérosé, conformiste, formaté, dans une idéologie mercantiliste, élitiste, mondialiste du début du XX° siècle. Chaudron d’une confiture néocoloniale, avec pour ingrédients : arrogance mégalomaniaque et Bonne Conscience aveugle. De ceux qui se croient les maîtres du monde…

Créant une entreprise de logiciels orientés internet, Infogami, qu’il fusionna ultérieurement avec une autre société du même secteur d’activités Reddit. Devenant actionnaire de la nouvelle entité à hauteur de 50 %. Poursuivant les innovations : Jottit, puis Web application framework. Ses conférences sont d’extraordinaires prestations de compétence et de talent.

Il aurait pu devenir un jeune milliardaire, façon “promoteur Facebook”. Mais, il avait une autre dimension. Moins primaire...

Lire la suite...

 


La chasse aux sorcières bat son plein, comme aux plus beaux jours du McCarthysme, en vingt fois pire. Comme quand n'importe quelle femme pouvait brûler vive au sommet du Staneux pour avoir recueilli un chat noir.

Les méthodes crapuleuses des délinquants au pouvoir se standardisent. Logique. Mêmes buts. Mêmes tares. Mêmes moyens. Nous nous sentons moins seuls, mais pas plus gais.

 

Et le rendez-vous du 29 janvier, au Palais de Justice de Bruxelles,

s'impose plus que jamais.

Ne comptez pas sur vos merdias pour informer.

 Faites-le svpl.

C'est la guerre ? Battons-nous.

 

« Quant à l’équipe de procureurs, elle est tenue pour responsable d’abus de pouvoir en détournant les textes de lois, dans des réquisitoires démesurés par leur niveau de harcèlement et les peines exigées au regard des délits supposés… Leur démission, unanimement réclamée... »

 

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 Mis en ligne par Théroigne le 21 janvier 2013

 

17/01/2013

BELGIKISTAN ÜBER ALLES

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BELGIKISTAN ÜBER ALLES


Au mépris de la chose jugée, Monsieur le Procureur veut des « terroristes » au Palais le 29 janvier, n’importe lesquels, ceux-là feront l’affaire, à moins que les Belges…


Ne rêvons pas. Mais rappelons les rendez-vous qui s’imposent :


Une soirée d’information et de solidarité

au Garcia Lorca

47/49, rue des Foulons à 1000 – Bruxelles, métro Anneessens

vendredi 25 janvier, à partir de 18h30

 

*

Un rassemblement

sur les marches du palais de justice de Bruxelles

mardi 29 janvier de 8H à 8H50.

 

Et DANS le Palais de Justice !

 

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Que La Libre Belgique passe préemptivement les plats à Monsieur le Procureur pour l’aider dans son effort de subversion de l’intégrité du pays, que Le Soir fasse haineusement de même dans ses pages centrales de propagande-mercenaire-au-ras-des-crottes, et sans doute le reste de la pressetituée aux ordres dans la foulée, quoi de plus naturel inévitable ? On s’y attend. N’en sont dupes que ceux qui veulent.

Mais - question de Béotienne - pourquoi le site InvestigAction ne parle-t-il jamais de cette affaire ? Et M. Jean Bricmont ? Et M. Luk Vervaet (www.égalite.be) ? Et Bahar Kimyongür ? Et les autres ?...

Les gens de SECOURS ROUGE ont la lèpre ? Ne sont pas assez exotiques ?

Quand ils auront été condamnés à n’importe quoi sur n’importe quels prétextes, qui peut feindre d’ignorer que le paragraphe suivant de la saga sera le vote d’une loi liberticide et anticonstitutionnelle, qui s’abattra sur tout le pays quand il sera trop tard pour s’y opposer ?

Est-ce donc que, d’avance, on l’accepte, y compris les susnommés ?

Le pasteur Niemöller, apparemment, ne dit plus rien à personne. Mort depuis bientôt trente ans. Vieilles lunes… c’est ça ?

 

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 Pour plus d'infos, voir notre précédent post :

http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/archive/2012/12/05/pilori.html

 

* 

Pour rappel :

Ali AARRASS, vendu à l'étranger par son gouvernement et condamné à douze ans de prison pour "terrorisme" sur base d'aveux obtenus par la torture, croupit toujours dans les geôles marocaines.

http://www.freeali.eu/


*

 


Mis en ligne par Théroigne, le 17 janvier 2013

11/01/2013

UBU EN TALONS AIGUILLES

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UBU EN TALONS AIGUILLES

 

« Je désire joindre mon patrimoine à celui de la Nation »

Saint-Just

Lettre à Robespierre – 19 août 1790

 

 

Vous l’avons-nous dit que Georges Stanechy a toujours raison ? Sinon, voilà qui est fait. Et surtout ne ratez pas les notes !

 

Jeudi 10 janvier 2013

 

"Exil Fiscal" ou "Fuite Fiscale" ?...

 

« Nous ne souhaitons pas vivre avec la réalité, mais elle existe. Autant la reconnaître. »

J. K. Galbraith (1)

 

Menhir ou Cassette ?

Et, fin 2012 : le ciel nous tomba sur la tête !…

2 - Doublons .jpgObélix, une de nos gloires nationales, menhir sur le dos, Idéfix sur les talons, claquant des dents, s’enfuyant de son village gaulois face aux légions fiscales armées jusqu’aux oreilles. Se réfugiant, apeuré, chez nos frères Belges. Beaucoup de ses concitoyens criant à la lâche trahison !

 

Pire ! Aux dernières nouvelles : terrorisé à l’idée qu’un drone, porteur des foudres fiscales, ne franchisse la frontière, traversant l’Europe, infatigable coureur des steppes, pour s’abriter à Saint-Pétersbourg. Comme le fit une grande partie de nos aristocrates refusant l’abolition de leurs privilèges par la Révolution Française…

Entre deux cueillettes de gui, druides et bardes officiels, prêcheurs de la Bonne Parole, “pensée unique” ou “prêt-à-penser”, se sont efforcés de calmer la fureur villageoise. Décuplant, foisonnant, apparitions et déclarations, pour justifier son errance affolée : Elie Semoun, Arthur, Gad Elmaleh, Enrico Macias

Aussi nombreux que dévoués… Notre peuplade a une chance rare d’être comblée par autant de talents et de vertus. Je suis encore ému par cet élan spontané de solidarité, la profondeur de la réflexion de cette élite de l’art et de l’éthique. Ils ont raison : Obélix a le droit de manger gratuitement son sanglier quotidien, arrosé de cervoise belge ou de vodka !

Et même d’avoir, comme eux, une collection de passeports ! Fut-il offert par les Russes ! Qui, hilares, dans une réponse du berger à la bergère, rééditent l'accueil précipité mais parfaitement organisé, bras ouverts et passeports à la main, par les politiciens français et surtout britanniques, des oligarques qui avaient pillé la Russie sous Eltsine. La rongeant jusqu’à l’os, pour le plus grand profit des occidentaux.

Pourquoi tout ce tintouin ?

Ce n’est pas le premier, et ce ne sera pas le dernier, à se désolidariser de la communauté qui les a fait vivre, éduqués, promus, enrichis…

Quelque temps avant lui, un rocker déglingué s’était réfugié chez nos cousins Helvètes. En fin de carrière, usé jusqu’à la corde de sa guitare désaccordée. Je pensais qu’il voulait se refaire une santé au milieu de vaches et chalets. Mais, non ! Il vient, chaque année, se produire en concert dans nos villes : n’y retournant qu’après avoir rempli sa cassette. Le marché local, où il est un quasi-inconnu, ne fournirait pas assez de “veaux payants”.

Restons équitables : les riches “artistes”, une minorité dans la communauté artistique, ne sont pas seuls à partager ces syndromes. Loin de là ! Capitaines d’industrie, et autres spéculateurs, forment le gros du troupeau.

L’un d’eux, aux milliards générés dans la reprise d’entreprises « en difficulté », ramassant à vil prix joyaux industriels et commerciaux, en cheville avec « banksters » et « cabinets ministériels », menace ainsi de quitter le village gaulois. Pour s’installer, lui aussi, en Belgique… Une des premières fortunes d’Europe ! Même des membres éminents de la fonction publique, posant en “serviteurs de l’Etat”, ont montré le chemin :

« Philippe Jaffré, l’ancien patron d’ELF, n’hésite pas, fortune faite, à s’exiler en Belgique pour fuir la fiscalité d’un Etat qui l’a formé et payé pendant ses études. » (2)

J’éprouve de la compassion pour ces « has been », « stars » en voie d’extinction… Du Business ou du Show Business, ce qui est du pareil au même. Incapables de se renouveler, gloires fanées aux ego en papier mâché, réduites à se croire uniques et indispensables. Leur panique à l’approche du terminus, devant la fin de ce dont ils pensaient jouir jusqu’à la fin des Temps, les rend avares au dernier degré. L’acte de posséder, la rétention, devenant pour eux gage de sécurité et même, en Faust halluciné, d’éternité.

Freud et Keynes (3), immergés pourtant dans deux disciplines apparemment éloignées, ont été les premiers à percevoir et analyser cette “pulsion de mort” liée au capitalisme sauvage, cette voracité implacable pétrie d’égoïsme aveugle. Dans un livre stimulant, Gilles Dostaler et Bernard Maris ont brillamment rapproché la correspondance de ces deux éminents penseurs sur le sujet. Faisant ressortir combien :

« … l’argent est un objet étrange qui à la fois calme l’angoisse – vous disposez d’un stock de précaution – et l’accroît.
[…] Il joue un rôle dominant dans les sociétés où les rapports de domination sont plus anonymes, il permet de ne plus regarder les hommes dans les  yeux… » (4)

Toutefois, ma commisération connaît des limites : l’impossibilité, en termes polis, de me vendre un grille-pain pour une imprimante laser…

 

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Courage fuyons ! 

Fuyards, déserteurs, traîtres, lâches, collabos, sont la contrepartie inévitable de l’héroïsme, de la générosité, de la solidarité, dans toute collectivité. Même Jésus et ses disciples ont eu leur Judas. Face au danger, crise, bouleversement, chaos, il est inévitable d’être confronté aux adeptes du « Courage ! Fuyons ! »…

Pourquoi pas ?... Ne jugeons pas. Libre à chacun d’assumer ses choix et ses actes. Mais, les transfigurer en victimes, dans un contexte romancé par des désinformateurs : non !

Le hasard me fit entendre les propos de Maurice Lévy, sur la course au trésor d’Obélix, lors d’un entretien avec la chaîne américaine CNBC (5), chaîne TV spécialisée dans l’information économique et boursière. En réalité, dans la spéculation et l’économie-casino.

Nullement surpris, je contemplais la vertigineuse cascade de clichés se déversant sur le journaliste américain béat de niaiserie. A tel point, que ce dernier demanda au PDG du groupe Publicis (6) s’il fallait que les « Français deviennent Américains »… Dans son esprit, évidemment : que les Français, hommes des cavernes, deviennent enfin civilisés, adeptes de la modernité, et dignes de vivre au XXI° siècle.

A entendre ce porte-parole de l’oligarchie de notre pays (7), "ruling elite" comme disent les anglophones, les Français détesteraient les riches, la réussite, le succès, le dynamisme, l’esprit d’entreprise, etc. A l’en croire, la France serait confrontée à une émigration massive de l’intelligence, du talent et du génie d’entreprendre. Tous les poncifs, mensonges et désinformations, cuits et recuits, que la propagande ultralibérale ne cesse de servir à la louche depuis des décennies. (8)

Toute cette logorrhée pour arriver à l’inévitable, obsessionnel, commandement, credo, axiome : « Cut spending » ! L’Etat doit « sabrer dans ses dépenses ». Pour ces esprits simplistes, parfaitement représenté par Maurice Lévy, le non paiement des impôts par ceux qui le doivent est à compenser par la diminution des dépenses publiques. Dans un impitoyable slogan : « Tout pour moi. Rien pour les autres ».

Je me suis toujours demandé comment Elizabeth Badinter, en tant qu’actionnaire principale du groupe Publicis, pouvait soutenir pareil paradoxe. Comment cette éminente philosophe, vigilante gardienne du temple de “L’Ethique” dans notre pays, s’accommode-t-elle d’un tel concentré de cynisme chez le dirigeant de son groupe ?... Personnage d’une incommensurable stupidité. (9) Il est vrai que dans les hiérarchies de la “pub” et de la “com”, journalisme hors concours, la densité au m² de la prétention imbécile est certainement une des plus élevées du monde de l’entreprise… (10)

Rien de surprenant à voir tous les médias, aussi bien français qu’étrangers, propriétés des praticiens de la spéculation boursière et des rentes de situation, se lancer dans une campagne de désinformation dénonçant “la chasse aux riches”. Style : « Touche pas à Mon Riche !… »

Sachant que l’application des 75% d’impôts au-dessus d’un seuil de revenus supérieurs à un million d’euros n’est qu’une mesure symbolique. A but essentiellement démagogique, pour endormir l’opinion publique quant aux sauvages mesures d’austérité qui vont accabler la majorité de la population.

Symbolique pour les privilégiés, tant il existe mille et un procédés "d’optimisation fiscale", ou "d’ingénierie fiscale", afin d’éviter d’entrer, en tout ou partie, dans cette catégorie. Mais, la France ne doit pas donner le mauvais exemple. Même au niveau cosmétique… La pression de la ploutocratie, apatride ou internationale, est énorme.

Dans son argumentaire, s’opposant par tous les moyens à toute fiscalité, on remarque chaque fois les mêmes vecteurs de propagande, démontrant une véritable pathologie. La voracité, le principe d’accumuler correspond à ce que des spécialistes appellent la « névrose libérale », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Jean-Claude Liaudet (11). Dont je recommande la lecture, ayant déjà eu l’occasion de le citer dans un de mes précédents billets, Bouclier Fiscal : Ubu en talons aiguilles. (12)

Jean-Claude Liaudet, en décrit parfaitement les symptômes (13) :

 « … Les grands traits … constitutifs de la névrose collective libérale : mégalomanie et volonté de toute puissance ; refus de toute loi vécue comme contrainte, comme empêchement de “liberté” ; ignorance d’autrui ; sadisme ; goût pour la collection et le maniement des matières ; découverte de la propriété comme partie du corps (l’étron) … avec, en fond de tableau, l’équivalence merdre/monnaie... tout un programme, qui me paraît être celui du libéralisme. »

Et, les pratiques (14) :

« Le pervers moral est un malin qui sait manipuler autrui pour parvenir à ses fins.

Comme il est dépourvu de sens moral, il n’en exprime ou n’en ressent aucune culpabilité – du moins pas consciemment.  

[…] Il fait preuve d’habileté de raisonnement pour justifier sa conduite par des constructions apparemment théoriques. »

 

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Régression féodale

Emblématiques. Constructions, propos, raisonnements apparemment logiques, dans le chaudron de la propagande, forment une bouillie anesthésiante dont mensonge et mauvaise foi représentent les ingrédients fondamentaux. 

Sept vecteurs de désinformation reviennent en permanence :

i)  Confusion sémantique entre « exil » et « fuite »

Entretenir sciemment la confusion entre "exil" et "fuite" est le premier matraquage d’une bonne désinformation. Dans un habile renversement de perspective, « exil » pose celui qui choisit de s’enfuir en « victime ». D’une injustice, d’une oppression. Alors qu’il s’agit en réalité d’une "désertion", d’une "fuite". Acte d’autant plus grave, que le pays endure une crise, plus précisément : une guerre économique. Mais, il ne sera jamais qualifié de : « fuite fiscale ».

ii)  Partie visible de l’iceberg

Le “départ” d’Obélix ne serait que la partie visible de l’iceberg, d’une émigration massive de révoltés contre l’impôt, dixit Maurice Lévy… Manipulation classique des chiffres des "Français expatriés", ou installés à l’étranger, les assimilant à des "exilés fiscaux" pour illustrer une prétendue hémorragie causée par une fiscalité jugée excessive par les privilégiés.

Exemple, que je connais relativement bien : Londres. Une étude par le sérieux British Office for National Statistics estime que le nombre de Français habitant Londres, pour l’année 2010-2011, est de 70.000. Et, non pas 300.000 ou 400.000 comme l’assurent des médias de la propagande. (15)


De plus, très peu représentent des « fuyards fiscaux ». La plupart étant, dans le meilleur des cas, des cadres détachés par leurs entreprises ou des étudiants. On y rencontre plus souvent des Français fuyant le chômage en France, se retrouvant englués dans des petits boulots en concurrence avec Sri-lankais ou Polonais, de la restauration ou du commerce de détail notamment, exploités dans la précarité la plus totale : ni sécurité sociale, ni retraites, etc.

iii)   L’impôt ne sert qu’à engraisser paresseux et fraudeurs

Pour se donner bonne conscience, prétextant la mort de toute initiative et compétitivité pour l’économie nationale, la caste au pouvoir qualifie l’impôt de "calamité". Imposée par le diable : L’Etat. Oubliant que l’Etat n’est pas l’incarnation du Mal, mais la somme des citoyens qui le composent et le font vivre.

Rien à faire, martelant leur propagande : l’Etat gaspille la richesse nationale dans “le social” et les “services publics” ; ne servant qu’à engraisser paresseux et fraudeurs. Exigeant la diminution, voire l’arrêt, des “dépenses publiques”.

Autrement dit : éradiquer tout ce qui concerne l’entretien du pays et les services à la collectivité. Enseignement public, santé publique, retraites ?... Ecoles, universités, services d’urgence ?... Infrastructures, routières, portuaires, transports en commun ?... “L’élite du pays” ne veut pas en entendre parler. Aucune importance.

Sauf, évidemment, lorsqu’il s’agit par centaines de milliards de : renflouer les banques, pomper les subventions, engranger les marchés publics aux marges incontrôlées, gaver les groupes pharmaceutiques par la Sécurité Sociale en culpabilisant malades et professionnels de la santé, alimenter le colossal budget d’armement (en France, égal à la moitié de celui de la Chine : 1,6 milliard d’habitants, 18 fois la superficie de notre pays…), etc.

iv)  "Exil" de la créativité, du dynamisme et du génie d’entreprendre

Certainement, l’argument le plus risible de la “propagande antifiscale” : la France provoquerait l’exil de la créativité, du dynamisme et du génie d’entreprendre. Comme si la France regorgeait de Steve Jobs, aux idées et créations géniales !...

En réalité, ceux qui fuient l’impôt ne sont que des spéculateurs boursiers ou immobiliers, des capitaines d’industrie corrupteurs, des bénéficiaires de rentes de situation (licences bradées dans la téléphonie ou l’audiovisuel, privatisations “soldées” des services publics, marchés publics octroyés aux copains, chasses gardées en Afrique sous la protection de nos troupes coloniales, etc.) qui n’on jamais créé un seul produit, une seule innovation, révolutionnaires, de leur vie….

Les plus grandes fortunes édifiées en France, depuis la deuxième guerre mondiale sont indissociables des connivences entre politiciens et affairistes (16) :

« La sauvegarde de l’emploi transforme Boussac (textile) et La Chapelle Darblay (papeterie) en jackpots pour Bernard Arnault et François Pinault. Les biens publics sont bradés, l’argent distribué sans contrepartie : DSK et Lionel Jospin  offrent, par exemple, le contrôle d’EADS à Lagardère à un prix d’ami ».

Citons, aussi, dans l’édification de gigantesques fortunes : l’industrie de l’armement, tributaire des commandes de l’Etat ou de ses interventions diplomatiques à l’étranger.

Ou encore : la Grande Distribution. (17) Une des pires rentes de situation rongeant l’économie de notre pays, tuant le petit commerce et anéantissant des dizaines de milliers d’emplois. Ces gigantesques pompes à cash, transitant par des filiales financières, produisant l’essentiel des marges occultes de ces groupes tentaculaires. Aux immenses patrimoines fonciers, logés dans des holdings spécialisées, regroupant terrains et installations sur des zones bradées, là encore, et aménagées par les collectivités locales grâce aux impôts citoyens…

Mettez sur la banquise tous ces “génies de la créativité et du dynamisme”… Que vont-ils faire sans encadrement, ingénieurs, gestionnaires, techniciens, ouvriers spécialisés, et employés ? Sans clientèle ou sans public ? Sans l’Etat ?...

Rien.

Car, la richesse nationale n’a pas pour origine le “génie individuel”, mais le travail collectif.


v)   Les Français n’aiment pas le succès, le mérite…

Autre slogan menteur : les Français n’aiment pas le succès, le mérite, etc. Peut-être n’aiment-ils pas, tout simplement, que soit foulé aux pieds le Contrat Social les liant les uns aux autres ? Ce qu’on appelle “les valeurs de la république” : Liberté, Egalité, Fraternité. A défaut de fraternité, peut-être considèrent-ils que “la solidarité” est un devoir, une obligation, pour tous les citoyens ?

N’acceptant pas que ceux qui ont bénéficié de l’accès à la fortune refusent de contribuer à l’effort collectif. D’autant plus que les fortunes progressent plus vite “en temps de crise” que lors des périodes de développement économique, dites “normales”. A l’exemple de cette dépêche d’agence de presse (Bloomberg - 2 janvier 2013), établissant que les 100 personnes les plus riches du monde ont vu leur fortune progresser de 241 milliards de dollars en 2012, pour atteindre un cumul de près de 2.000 milliards de dollars…

Ce que n’aiment pas les Français, tout comme les autres peuples, c’est la volonté délibérée de leur ploutocratie de plonger la majorité de la population dans la paupérisation. (18) Au seul bénéfice, dans une régression féodale, du maintien de ses exorbitant privilèges, notamment : fiscaux.

Car les Français ne sont pas les seuls à mettre en cause leur oligarchie. La censure des médias, en Occident, dissimule les nombreuses manifestations se déroulant, depuis des mois, dans les principales villes des USA. Organisées autour du mouvement protestataire OWS (Occupy Wall Street), à l’exemple de ce qui se passe dans d’autres pays européens. Protestations de colère devant l’injustice économique et sociale, violemment réprimées dans la violence policière.

vi)  Riches et entreprises écrasés d’impôts

La propagande veut faire croire que l’impôt sur les revenus des “riches” et sur les sociétés est accablant, étranglant l’économie française, entravant sa compétitivité, et autres pathologies. En fait, le rendement de ces deux impôts est un des plus faibles du monde. L’essentiel du budget de l’Etat étant assuré par le prélèvement massif et quotidien des taxes sur la consommation (plus particulièrement la TVA, mais aussi la taxe sur les carburants) prélevées sur la majorité, modeste et aux faibles revenus, de la population.

Pour mémoire, je citerai quelques chiffres extraits de mon billet portant sur le Rapport Gallois (19), traitant de la compétitivité de l’industrie française : 

« Rappelons que les grands groupes industriels, commerciaux (Grande Distribution) et financiers, en France, ne payent pratiquement pas d’impôts sur leurs bénéfices “réels”. Grâce à de multiples exonérations, dégrèvements et astuces comptables. Le rendement de l’Impôt sur les Sociétés étant assuré, essentiellement,  par les PME-PMI et commerces.

Pas étonnant qu’à la lecture du “Budget de l’Etat voté pour 2011”, l’Impôt sur les Sociétés (IS = 44,837 Md€) ne représente que 17,59 % des recettes fiscales nettes. Montant et pourcentage encore plus ridicules que l’Impôt sur le Revenu (IR = 52,184 Md€), auquel échappe la plupart des grandes fortunes du pays, avec un 20,47 % ! Les recettes nettes de TVA (= 130,859 Md€) fournissant 51,34 % du budget de l’Etat. (20)

En clair : ce sont les français aux revenus les plus modestes qui paient le plus d’impôts, remplissant les caisses de l’Etat avec une TVA à 20%, par la masse de leurs achats quotidiens, y compris les SDF et les immigrés clandestins !… »

En fait, l’impôt sur le revenu (IR) et sur les sociétés (IS) devrait, chacun, atteindre celui de la TVA. Ainsi l’Etat, loin de se trouver dans l’obligation de contracter une “dette publique”, devrait bénéficier, chaque année, d’un budget “excédentaire”…

vii)  La "chasse aux riches"
La France, dans un délire collectif et moyenâgeux, serait en proie non pas à une “chasse aux sorcières”, mais à une “chasse aux riches”. Telle est l’image projetée par la propagande de l’oligarchie. Alors que c’est elle qui détient le pouvoir, fabrique lois et règlements sur-mesure pour protéger ses intérêts. Mais, se présenter en "victime" pour mieux arnaquer la collectivité est l’astuce grossière mise en scène par ces nouveaux aristocrates...

Jamais les privilèges de cette caste n’ont été, de toute l’histoire de notre pays, aussi colossaux. “L’évasion fiscale” devenant une pratique légale, grâce aux législations méticuleusement adaptées et actualisées. Dans une tuyauterie alambiquée, agencée en niches fiscales et écrans opaques. Depuis les droits de succession auxquels échappent les grandes fortunes par de multiples exonérations. Jusqu’à leurs châteaux déclarés "monuments historiques", bénéficiant même de subventions publiques pour les restaurer ou les entretenir.

Que dire des paradis fiscaux, dont l’usage est constant ? Les bénéfices réels étant soigneusement domiciliés dans ces lieux hors d’atteinte des investigations fiscales. Que ce soit pour les transactions financières et commerciales relevant des flux courants entre groupes et entreprises, ou pour les investissements et opérations d’ordre privé.

Un exemple : savez-vous qu’un des plus gros importateurs de bananes du monde est la minuscule île, et paradis fiscal, de Jersey, au large de Saint-Malo ? Qui ne voit jamais passer un container de bananes… La richesse mondiale, à hauteur d’un tiers, transite, se camoufle, dans les paradis fiscaux (21) :

« Cette richesse fait défaut au financement de l’éducation, de la santé, des programmes sociaux et au remboursement des dettes contractées pendant la crise. »

Chasse aux riches ?... Rions.

En France : il n’y a pas de “crise de l’endettement”, ni de “caisses vides”. Cinquième pays le plus riche de la planète, de la taille d’une petite sous-préfecture chinoise par sa superficie et sa population.

Il ne connaît qu’un seul problème : celui de la voracité et de la féroce obstination de sa nomenklatura corrompue. Refusant, par tous les moyens, la répartition de la richesse nationale. Au point de scier avec fureur la branche sur laquelle elle est assise. Que va-t-il rester, d’un pays, d’une économie nationale, à force de licencier à tour de bras, d'écraser en permanence le pouvoir d'achat de la majorité, de ne plus entretenir les infrastructures collectives ?...

Alors, entendre geindre ces privilégiés devant l’impôt qu’ils ne payent pas, gesticuler en pitoyables fuyards, me fait rire. C’est entendre le célèbre cri de L’Avare de Molière : « Ma cassette ! »…

Molière, pourfendeur des hypocrites et des avares. Qui en rirait encore avec nous, trois cent quarante cinq ans après avoir écrit cette comédie immortelle. (22) Tant l’acte IV, scène 7, mettant en scène le chagrin d’un riche "homme d’affaires" du XVII° siècle devant la perte d’une cassette enterrée dans son jardin, est toujours aussi saisissant de vérité :
« … Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ; et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde : sans toi, il m'est impossible de vivre… ».  


Notes

1.  J. K. Galbraith, Les Mensonges de l’Economie – Vérité pour notre temps (titre original : The Economics of Innocent Fraud – Truth for our time), Grasset, 2004.

2.  Olivier Toscer, Argent public, Fortunes privées – Histoire secrète du favoritisme d’Etat, Denoël, 2002, p. 60.

3.  Je recommande vivement la lecture, ou la relecture, de son livre traduit en français sous le titre : « La pauvreté dans l’abondance ». En fait, compilation de quatorze essais. Puissante réflexion qui remet en cause les principes absurdes, suicidaires, du “Radicalisme Libéral” imposé actuellement par les oligarchies au pouvoir, plongeant la majorité de leurs concitoyens dans une paupérisation croissante.
J.M.Keynes, La pauvreté dans l’abondance, Gallimard, 2002.

4.  Gilles Dostaler et Bernard Maris, Capitalisme et Pulsion de Mort, Albin Michel, 2009, p. 63.
5.  Entretien, en anglais, de Maurice Lévy du 27 décembre 2012 sur CNBC.

6.  Groupe fondé par le père d’Elizabeth Badinter, Marcel Bleustein-Blanchet, présent dans une centaine de pays avec 60.000 collaborateurs.

7.  Rémunération "officielle" en 2011 : 20 millions d’euros environ, 
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/03/29/97002-20120329FILWWW00498-baroin-justifie-le-bonus-de-maurice-levy.php

8.  Bertrand Rothé et Gérard Mordillat, Il n’y a pas d’alternative – Trente ans de propagande économique, Seuil, 2011.

9.  Sans oublier l’extrémisme sioniste de ce natif d’Oujda, au Maroc. Au point d’être gratifié de l’International Leadership Award en 2008 par le puissant lobby sioniste Anti-Defamation League. Co-organisant, la même année, un méga-concert au Trocadéro à Paris, pour fêter les 60 ans de la création de l’Etat d’Israël. Ceci expliquant peut-être cela…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_L%C3%A9vy_%28publicitaire%29

10.  Souvenons-nous de la Rolex de Séguéla, autre “grand patron” du milieu … 
http://www.lesmotsontunsens.com/seguela-rolex-rate-sa-vie-50-ans-video-3391

11.  Jean-Claude Liaudet, Le Complexe d’Ubu – ou la névrose libérale, Fayard, 2004.

12.  Bouclier Fiscal : Ubu en talons aiguilles,  lundi 3 mai 2010,

http://stanechy.over-blog.com/article-bouclier-fiscal-ubu-en-talons-aiguilles-49670108.html

13.  Jean-Claude Liaudet, Ubu et la Névrose Libérale ou de "Hayek avec Sade", entretien réalisé en mars 2004 par Frank Bellaiche, mercredi 15 novembre 2006, http://psythere.free.fr/article.php?id_article=34

14.  Jean-Claude Liaudet, Op. Cit., p. 67.

15.  Le recensement officiel britannique de 2001 dénombrait 38.130 Français à Londres…

16.  Argent public, Fortunes privées – Histoire secrète du favoritisme d’Etat, Op. Cit. p. 60.

17.  Cf. billet du 18 février 2008 : « La Grande Distribution : Le Sida Economique », 
http://stanechy.over-blog.com/article-16794434.html

18.  Denis Clerc, La Paupérisation des Français, Armand Colin, 2010.

19.  Rapport Gallois : Dévotion à Sainte Ploutocratie, mardi 20 novembre 2012, http://stanechy.over-blog.com/article-rapport-gallois-devotion-a-sainte-ploutocratie-112655173.html

20.  Budget de l’Etat voté pour 2011,

http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/LFI2011/depliant_budget2011.pdf 

21.  Il n’y a pas d’alternative – Trente ans de propagande économique, Op. Cit., pp. 135-136.

22.  La comédie de Molière, L’Avare, a été représentée pour la première fois le 9 septembre 1668 au Théâtre du Palais-Royal.

Illustrations : si vous aimez cassettes, malles, coffres anciens ou de bateaux, convoités par les pirates pour leur contenu d’or et de bijoux sur les galions, un site :

http://www.thepirateslair.com/authentic-nautical-furniture-nautical-home-furnishings.html

 

*

Et nous, on vous reparle de pirates d’ici peu.

Quant à Obélix-Ubu, ce ne sont pas seulement ses compatriotes « en masse » dont il se désolidarise en allant planquer au fond du jardin le magot qu’il n’arrivera jamais à tout manger, ce sont surtout les amis de sa jeunesse, vous savez, ceux qui lui ont mis le pied à l’étrier : les Romain Bouteille et les Coluche… et le Gégé de cette époque-là, Gérard Lefèvre, qui, avec les autres membres fondateurs du Café de la Gare, versait au pot commun ses modestes cachets.

Pour ce qui est de la créativité, du dynamisme et du génie d’entreprendre, voire du simple talent, on continuera à les lui préférer.

 

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Un point de vue russe.

sur Réseau Voltaire

Depardieu est devenu Russe : pas si fous ces Gaulois !

par Alexandre Latsa

Le 3 janvier 2013 est apparu un texte assez surprenant sur le site du Kremlin, annonçant que le président Poutine attribuait la nationalité russe à l’acteur français Gérard Depardieu [1].

Ce décret présidentiel vient après une polémique entre l’acteur et les autorités françaises suite à l’adoption d’un projet de loi pour taxer à hauteur de 75% les très hauts revenus dans l’Hexagone. L’acteur avait alors fermement critiqué ce projet de loi, avant de choisir d’émigrer en Belgique, puis de rendre son passeport pour avoir vu son acte qualifié de « minable » par le premier ministre français Jean-Marc Ayrault.

Lire la suite...

Nous, on n’aime pas trop la phrase :

« La triste vérité est que la France est devenue un pays fiscalement étouffant et aussi un pays à l’économie ralentie avec plus de 9 millions de personnes ne travaillant pas à temps plein, soit 30% de la population active  et que Depardieu ne fait que rejoindre les quelques millions de Français déjà présents à l’étranger. Celui-ci n’est sans doute pas du reste parti pour des raisons uniquement fiscales, mais aussi pour fuir un climat politique et moral simplement détestable , et ne parlons pas du climat médiatique.»

Et vous ?

Il prêche pour qui, là, Latsa (chez Meyssan !) ?

Quant aux pauvre petits Harpagons qui partent « pour fuir un climat politique et moral détestable »… Ouh la la, trouvez-nous vite un drap de lit, nos mouchoirs ne seront pas assez grands.

Et vive Poutine,  qui a mis Kodorkhovski au gnouf !


*

Ils inventent pire que l’esclavage 

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Pret-a-manger (en français dans le texte, mais sans les accents svpl.), boîte à fast food angaise (sandwiches à emporter style Marks & Spencer), dont il y a pléthore aux USA et à Hong Kong, 220 au Royaume Uni et, depuis 2012, au moins quatre en France (Paris, Puteaux & Levallois Perret) a eu, cette semaine, les honneurs d’un article dans la London Review of Books. Motif, Andrej Stopa, étudiant tchèque et un de ses employés, vient de se faire virer, au prétexte qu’il aurait tenu, il y a deux ans, des propos homophobes sur un de ses collègues. En réalité, parce que les Hilotes de «Pret» (c’est comme ça qu’on dit) viennent de s’organiser en syndicat et que Stopa en a été nommé responsable.

C’est en anglais. Nos excuses :

 

Short Cuts

Paul Myerscough

Andrej Stopa, a finance student from the Czech Republic, was fired from his job at the branch of the fast-food chain Pret A Manger in York Way, by St Pancras Station, in the middle of September. He had been working there for two years.

Read more…

Source : http://www.lrb.co.uk/v35/n01/paul-myerscough/short-cuts


On vous explique :

Ce qu’ils veulent, chez « Pret », c’est du personnel heu-reux !

Mais attention : il n’est pas question de faire semblant. Il faut l’être et que cela se voie. D’ailleurs, vos collègues sont là pour vous surveiller, vous noter et faire rapport sur vous en fin de journée .

« Je peux presque prédire les ventes rien qu’au langage des corps », dit un des brillants stratèges de la boîte. Oui, car ce que Pret a compris avant la concurrence , c’est combien d’argent on peut faire avec ce que les théoriciens de la gauche radicale appellent, depuis les années 70, le « travail affectif ».

 

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Pour ce capitalisme essoufflé mais dont la poche à venin n’est pas vide, vous ne devez pas seulement produire des choses, vous devez aussi laisser siphonner vos énergies, tant émotionnelles que physiques, par la clientèle qui a bon dos. Ce n’est pas uniquement ce que vous faites qu’on veut de vous, c’est aussi comment vous le faites et que vous montriez votre enthousiasme nondedieu !

Ergo, si vous êtes un battant et que vous sachiez le faire voir, votre salaire, à Londres, sera de £ 6,25 (le salaire minimum étant, en Grande Bretagne, de £ 6,19), mais si vous allez « encore plus loin » que ce qu’on exige de vous, il n’est pas impossible que vous ayez des primes.

Pour l’auteur de l’article, l’implication exigée par Pret est bien connue des mères, des infirmières et des prostituées. C’est vrai. Mais elles n’ont pas, que l’on sache, coutume de dénoncer celles qui ne sautent pas de joie en donnant le sein, en vous passant  la panne ou en subissant les ahannements des peine-à-jouir.

Il y a bien eu, dans les camps nazis, des prisonniers qui obtenaient des faveurs pour pousser les autres dans la fosse, mais l’histoire n’a jamais dit qu’ils ou elles devaient en le faisant chanter Lili Marlène et sauter à cloche-pied. La variante Pret, c’est le progrès qu’on n’arrête pas.

Et la mise en condition n’est pas réservée aux esclaves qu’on paie mais aussi aux esclaves qui paient : « L'idéologie de la compagnie est rappelée plusieurs fois aux consommateurs (sur les murs, les emballages ou sur le site web), sous forme de différents messages numérotés. Cette chaîne de restaurants a choisi de ne pas apposer sur ses sandwiches la liste complète des ingrédients utilisés, elle ne se limite qu'aux ingrédients principaux de la recette.» (Wikipedia)

 

L’Esprit Pret-a-manger

 

« Aussi rémunérons-nous nos employés à leur juste valeur plutôt qu’au minimum»

 

Si vous voulez travailler chez Pret-a-manger pour la moitié du SMIC, voici ce que votre employeur attend de vous :


http://www.pret.com/fr/carrieres/lesprit_pret_a_manger.htm

 

Au moins, quand on était condamné aux mines de sel, dans feu l’empire romain, pouvait-on pleurer, râler, compter les houris que Dionysos ou Mithra vous avait promises ou rêver que vous sodomisiez l’empereur avec le manche de votre pioche.

John Cowper Powys (notre post précédent) prétendait que, dans le pire des esclavages, on peut toujours être libre à l’intérieur de soi, rester « seul avec son âme ». Eh bien, pas chez Pret.

[On ne sait pas vous, mais nous, quand on nous supprime les accents, on a l’impression qu’on nous brûle Etienne Dolet une deuxième fois. ]

 

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Et ça, il ne vous l'a pas dit, Coluche, que vous pouviez vous abstenir ?


*


Mis en lmigne par Catherine, le 11.1.2013

21:53 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/01/2013

A propos d'un livre consacré à John Cowper Powys

1. Bateau ivre - Powys.jpg

 

A propos de la publication d'un livre consacré à

John Cowper POWYS

par

Les Perséides

 

Nous dédions ce petit post sans prétention à Monsieur Manuel de Dieguez, philosophe entre les philosophes, infiniment nécessaire à notre temps de Tohu et Bohu, qui eût excité le plus vif intérêt chez l'ermite de Blaenau Ffestiniog, comme lui jusqu'au bout indéfectible champion des humiliés et des offensés. Quelle chance nous aurons eue d'être les contemporains de ces chênes qu'on n'abat pas !

 

2 octobre ! C'est le 2 octobre que ce livre a été présenté dans une librairie de la Rive Gauche en présence de ses deux auteurs. Et nous voici le 2 janvier, à venir enfin vous en parler ! Non, l'intendance ne suit pas toujours, quoi qu'en ait dit mongénéral. Cela étant, et même si les bons livres, comme le bon vin, peuvent s'accomoder sans mal de quelques années de cave, mieux vaut en parler avant que l'absence de bruit les ait envoyés au pilon. Retard, donc. Circonstances indépendantes de notre volonté. Notre faute quand même !

Adonc, ce livre, écrit en français, consacré à l'auteur anglais John Cowper Powys, et plus spécifiquement à sa philosophie, venait de sortir aux éditions Les Perséides. Et comme on ne parle jamais trop des « petits » éditeurs en train de sauver l'honneur de l'édition en France, un mot d'abord sur ces dernières, situées au coeur du village de Bécherel, qui est à la Bretagne ce que Redu est à l'Ardenne et Hay-on-Wye au Pays de Galles : un village du livre.

[ http://www.becherel-autour-du-livre.com/categorie-1079014...

http://il-bouge-le-livre.blog.lemonde.fr/2009/04/16/beche...

http://www.redu-villagedulivre.be/index.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hay-on-Wye  ]


En plein accord avec la philosophie du lieu, Les Perséides sont à la fois une maison d'édition et une librairie, qu'animent Thomas van Ruymbeke et Solen Cueff.

5 rue du Faubourg Bertault 35190 Bécherel

Tél. 02 99 66 68 79 - 06 70 44 74 83

Ouvert tous les jours de 10 heures à 19 heures sauf le mardi après-midi.

e-mail : lesperseides@free.fr

Nous ne croyons même pas nous avancer trop en ajoutant qu'on peut aussi y prendre le thé, mais il vous est loisible, chers internautes, de leur rendre, sans attendre le printemps, une petite visité électronique :

http://lesperseides.fr/la-librairie-les-perseides-2/


Pour être brefs, Les Perséides est une maison d’édition de littérature et d'histoire fondée à Rennes en 2004, qui décline sa production en plusieurs collections : La Lune Attique, qui alterne les fictions inédites d'auteurs contemporains, des textes à dominante surréaliste à redécouvrir et des œuvres traduites issues du patrimoine de la littérature mondiale. La collection Aux Sources de l'histoire, qui décrypte les mythes de l'histoire de France à travers des textes clés. Enfin, Le Monde Atlantique, qui s'adresse aux chercheurs et étudiants en histoire atlantique, et plus généralement à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des révolutions ou à celle de l'esclavage et du colonialisme.

Il semble aussi que la maison ait à coeur de mettre, quand elle le peut, le pied à l'étrier aux écrivains de la région, ce qui est tout à son honneur.

 

Le livre :

 

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Pierrick Hamelin

Goulven Le Brech


John Cowper POWYS`

Une philosophie de la vie


Bécherel, Les Perséides, 2012

21 x 14 cm, 128 pages, 15 €

 

 


Les auteurs :


Goulven Le Brech est archiviste et il vit à Gentilly. Spécialiste du philosophe Jules Lequier auquel il a consacré une biographie (La Part Commune, 2007), il est aussi l’auteur d’un récit de pérégrinations en Nouvelle-Calédonie, (Sur le Caillou, Petit Pavé, 2010).

Pierrick Hamelin vit et enseigne en Loire-Atlantique, près de Nantes. Aux Editions Les Perséides, il a déjà publié Point de fuite (2005), Une dernière fois la mer (2007), Promenades philosophiques (2009) et Manège (2010).

Quant à John Cowper Powys, qu'en dire sinon qu'il est d'autant plus cher à notre coeur que nous l'avons, dans une autre vie, traduit et publié nous-mêmes.


 

*

 

Nous ne dirons rien de la première partie, « L'expérience de la vie », traitée par Goulven Le Brech, parce que notre ami Edouard Lecèdre nous a envoyé, là-dessus, un compte-rendu si enthousiaste, que nous ne voyons pas ce que nous aurions pu vous en conter de plus intéressant.

Nous avons donc (votre servante a) l'agréable tâche de dire tout le bien qu'il faut penser du travail de M. Pierrick Hamelin, qui a choisi, lui, d'aborder l'espèce d'Himalaya dont il avait à rendre compte en moins de quarante pages sous la forme d'un « Abécédaire ».

Ce parti pris peut paraître étrange à ceux qui ne connaissent pas du tout Powys, mais les powysiens, eux, y reconnaîtront au passage des plages, des pics, des promontoires dont ils sont familiers et admettront que ces « bornes d'histoire littéraire» sont aussi pertinentes qu'elles pouvaient l'être pour présenter l'auteur à ceux qui n'en savent peut-être rien encore. Il fallait bien commencer par quelque part et dieusait que l'entreprise n'était pas facile. Impossible de celer qu'en rédigeant ces lignes, il nous est venu à l'esprit, de façon irrésistible, des mots ou des expressions qui eussent pu être ajoutés au choix fait par M. Hamelin. Ils viendront peut-être, qui sait, étoffer une réédition future. En attendant, que les lecteurs ne boudent pas leur plaisir, celui de la découverte pour les uns, de la reconnaissance parfois amusée pour les autres.

 

Bibliographie :

Un bémol cependant : l'ouvrage est suivi d'une bibliographie qui serait parfaite si elle était complète, d'autant qu'elle est suivie d'une recension détaillée des moindres articles consacrés à John Cowper Powys par divers sites et revues de langue française. A l'évidence, les auteurs ont consulté, de bonne foi, une source qui pratique l'apartheid. Ce sont des choses qui arrivent.

Bouchons donc les trous et ajoutons aux oeuvres de JCP traduites en français. :

Jugement suspendu sur Oscar Wilde, (avec L'âme de l'homme sous le socialisme d'Oscar Wilde), Verviers, La Thalamège, 1986, (traductions de Suspended judgements : Oscar Wilde et de The Soul of Man under Socialism par Catherine Lieutenant)

Spectres réels, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de Real Wraiths, par Catherine Lieutenant.

Le Hibou, le canard et Miss Rowe ! Miss Rowe !, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de The Owl, the Duck, and Miss Rowe ! Miss Rowe ! par Catherine Lieutenant, la réédition de 2007 par l'Atelier de l'agneau (Saint-Quentin-de-Caplong) reproduisant et modifiant sans autorisation, l'édition originale.

Manque aussi (ostracisme aussi ?) dans la liste des articles consacrés à Powys, un texte de Marc-Edouard Nabe, qui a pourtant paru en son temps dans la Powys Review. Faute de pouvoir le retrouver, signalons, parce qu’elle le mérite, sa préface à l’édition française de Dostoïevski, chez Bartillat :

 

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http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&...


 

*

 

UNE VIE PHILOSOPHIQUE

Edouard Lecèdre

 

Qui en France aujourd’hui connaît suffisamment bien John Cowper Powys (1872-1963) pour se tenir à l’affût des soubresauts de l’actualité éditoriale le concernant et réagir promptement au moindre écrit dont il serait le sujet ? Car, à ce jour, l’iceberg que représente cet immense auteur garde encore profondément immergée une part importante de son œuvre, qu’il s’agisse par exemple de Atlantis, ou de Porius, deux monuments encore non traduits, ou de rééditions d’ouvrages devenus introuvables (on pense à Une philosophie de la solitude, à La vision complexe…), de ses poèmes, ou encore d’essais sur son œuvre, (il vaudrait mieux ici parler de facettes de son œuvre tellement sa production est vaste et variée).

Apparemment, si l’on en croit les deux auteurs et le petit groupe de spécialistes qui étaient présents à la présentation du livre le 2 octobre dernier à la librairie « L’écume des pages » située près de l’église Saint Germain-des-Prés à Paris, les connaisseurs et les amateurs de l’homme et de l’œuvre seraient plus nombreux qu’on ne le croit, malgré le silence tonitruant dont John Cowper Powys fait l’objet dans la sphère littéraire française. Ils seraient assez nombreux pour permettre à la France de se distinguer parmi les premiers pays où ses livres sont traduits et diffusés….et donc lus. Que penser alors de l’embrasement des esprits des milieux autorisés, comme on dit, si des articles, voire des dossiers Powys étaient publiés dans les suppléments livres des quotidiens nationaux ou dans les magazines spécialisés en littérature, à la place des recensions obligées sur la pitoyable création littéraire française contemporaine !

C’est pourquoi il faut saluer l’événement que constitue la sortie du livre John Cowper Powys – Une philosophie de la vie et remercier les auteurs d’avoir effectué ce salutaire travail de sensibilisation à l’œuvre si dense de Powys, écrit sous forme d’une présentation générale, se voulant simple, rédigée dans le but d’une appropriation aisée et rapide de l’univers powysien par le lecteur néophyte. Une sorte de propédeutique donc, pour comprendre, sinon appréhender l’œuvre complet de cet auteur important. Et pour cela, le livre se compose de deux parties très différentes. Il revient à Goulven Le Brech le mérite d’avoir très bien développé au long des soixante-douze pages de son essai, ce qu’il y a derrière le sous-titre même de l’ouvrage « Une philosophie de la vie » en nous présentant de façon claire et appétissante, les principes de vie qui dirigèrent Powys dans sa vie et dans ses écrits.

Pierrick Hamelin, quant à lui, a choisi d’établir un abécédaire, forcément restreint tant l’œuvre est immense, où il a retenu les thèmes, les termes et parfois les thèses, qui lui ont semblé être assez représentatifs de l’univers powysien pour figurer dans une sorte de guide pratique avant voyage et de boussole si on est perdu dans les romans ou les essais.

 

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La première partie, rédigée de façon scrupuleuse est une réussite (on sent immédiatement que Le Brech a à la fois découvert l’auteur - qui l’a intrigué - et a apprécié sa vision des choses). Une sensation de confort s’installe dès les premières pages, due autant à la clarté du propos qu’à la conjugaison harmonieuse de l’inévitable axe narratif de la chronologie, avec la mise en valeur thématisée des grandes données conceptuelles et philosophiques de l’œuvre powysienne. Le lecteur a l’impression d’être guidé pour pénétrer dans un monde singulier, parfois complexe, voire difficile, de la même façon qu’il serait mis en confiance sur un sentier de randonnée pédestre inédit, grâce à la carte d’état major qu’on lui aurait remise en main. Comme toute randonnée, celle-ci comporte également des étapes. Le Brech a choisi, pour nous expliquer à la fois la philosophie de John Cowper Powys et sa genèse, du moins son évolution, de faire halte sur certains ouvrages, et pas des moindres. Qu’on en juge : La vision complexe, Wolf Solent, Les sables de la mer (Weymouth Sands), Le Hibou, le Canard et - Miss Rowe ! Miss Rowe !, Une philosophie de la solitude, L’Art du bonheur, Apologie des sens, Le sens de la culture.

On ressort de cette lecture très galvanisé. Découvrir, ou, pour les connaisseurs, apprécier de cette nouvelle façon, une partie significative de l’univers powysien, fait prendre conscience de la grande modernité de cet auteur et de la pertinence de ses textes pour comprendre ce XXIème siècle si confus, si incertain, sans dessein de civilisation. Une fois le livre refermé, on est lesté de plusieurs gros concepts que Goulven Le Brech a réussi à faire suffisamment apparaître pour donner envie d’aller plus loin. Il appartiendra ensuite à chacun de les étudier de plus près. Pour cela il a fait le choix particulier de prendre comme matrice de départ le premier essai que Powys écrivit à l’âge de quarante-huit ans, La vision complexe, sur lequel il consacre l’important premier chapitre qui agit à son tour comme matrice du livre. La vision complexe étant hélas introuvable aujourd’hui, on ne peut que remercier l’auteur d’avoir fait une très bonne synthèse de ses quatorze chapitres, jusqu’à détailler les plus importants. Pour lui en effet, les idées force qui structurent la pensée de Powys prennent naissance dans ce premier essai. On peut les regrouper en quatre ensembles qui sont intimement liés et donc se recoupent.

Le premier concerne le principe de volonté comme principe premier pour atteindre le bonheur malgré toutes les vicissitudes de la vie. Pour Powys en effet, l’harmonie avec soi-même s’obtient par un combat permanent contre l’adversité, représenté notamment par la façon dont s’organise la société moderne. Afin de lutter contre [l’état dépressif], l’individu a la capacité de se rapporter aux objets qui l’environnent non seulement par la raison et la sensation, mais aussi par l’éventail des ouvertures de la conscience au monde qu’offrent la volonté, le sens esthétique, l’imagination, la mémoire, la sensation, l’instinct, l’intuition et l’émotion. Mais, est-il précisé fort heureusement, la philosophie de la vision complexe n’a rien à voir avec la jouissance et n’est pas une nouvelle forme d’hédonisme. Pour Powys, le but de la vie dans sa haute signification philosophique n’est pas la recherche de la jouissance, mais l’art de ne pas s’attarder sur les moments de déplaisir (on pourra lire dans L’art d’oublier le déplaisir, comment Powys développe cette idée). La note en bas de la page 57 est à ce titre éloquente, tirée d’un passage de Une philosophie de la solitude : « …à chaque crise, quand nous sommes harassés, surmenés, poursuivis, persécutés, totalement confondus, misérablement humiliés, nous avons besoin d’une image mentale significative à laquelle nous puissions sans délais recourir, image qui soit en même temps un acte et une idée, une peinture mentale et une incitation à l’effort psychologique, image qui représente déjà en soi-même un effort psychologique. ».

Le deuxième ensemble conceptuel porte sur le fait de convoquer la culture pour combattre l’adversité (les ennuis quotidiens, la médiocrité de la vie moderne). Ce concept est très important. Dans notre société appelée post-moderne, où toutes les valeurs se valent, où il faut être consensuel en toutes choses pour ne pas choquer et où les mots ont perdu leur véritable sens, le mot culture est l’un des plus galvaudés. Le Brech présente très efficacement la pensée de Powys dans ce domaine en exprimant clairement les choses pour éviter les confusions. Powys insiste sur le fait que la culture, comprise comme le développement de soi, n’a rien à voir avec l’érudition. Effectivement ! Et plus loin il ajoute : [Powys] distingue par conséquent l’attitude de l’homme cultivé avec l’attitude de l’homme éduqué. Ce dernier, même doté d’une grande érudition, s’il ne conçoit pas le développement de sa culture comme un moyen de densifier son rapport personnel à la vie et se sert uniquement de ses connaissances pour briller en société, n’a rien de commun avec l’homme cultivé. L’intelligentsia germanopratine appréciera !!! Plus loin encore : La culture […/…] est, selon Powys, une attitude personnelle adoptée face aux vicissitudes de la vie, qu’il convient d’élargir et d’approfondir tout au long de son existence. […/…]. Face aux aléas de l’existence, face aux diktats de la science et de la religion, face aux nécessités économiques de son pays, la culture est le socle inaliénable à partir duquel chaque individu se construit. De la culture, on passe bien sûr à la littérature comme principe actif dans la vie quotidienne et non pas comme un stock froid de connaissances livresques. Conscient  des maux de la société […/…], des horreurs perpétrées un peu partout sur la surface de la Terre […/…], son attitude se nourrit de l’ironie désabusée qu’il trouve dans les œuvres des […/…] grands écrivains et poètes. Son optimisme forcené n’est pas sans ignorer par exemple les tourments de l’homme du souterrain de Dostoïevski ou les errements de Jim dans Lord Jim de Conrad. On ne peut éviter de penser ici aux travaux de Frédérique Leichter Flack qu’elle a présentés dans son livre Le laboratoire des cas de conscience. Le Brech nous donne un très bel exemple d’application de ce principe powysien à travers un long extrait d’un de ses essais écrit en 1929 : Le sens de la culture (pages 49 à 51) qu’on laisse aux lecteurs le soin de savourer.

Le troisième concept a trait à l’érection de l’imagination créatrice comme antidote à la mort sociale et intellectuelle. Même s’il recoupe les thèmes précédents, ce principe philosophique, développé dans La vision complexe, est un fil rouge qui traverse tous les récits de Powys, notamment ses grands romans (Givre et sang, Wolf Solent, Les sables de la mer…). C’est une attitude mentale de refuge de la conscience grâce au pouvoir sans borne de l’imagination. Cette conscience est comparée à un instrument précieux qu’il faut maintenir vivant. Philosopher consiste à maintenir pur l’éclat de ce cristal […/…] et le polir sans cesse. Empruntant aux philosophes William James (1842-1910) et surtout Henri Bergson (1859-1941) et en convergence par ailleurs avec le courant de l’individualisme-anarchisme John Cowper Powys affirme l’irréductible liberté créatrice [qui se trouve] au cœur de l’homme. Il partage avec les penseurs de ce courant la conviction que les hommes peuvent être libres et égaux, non par le biais de l’action d’organisations collectives, mais par leur propre effort individuel. Pour développer ce point, Le Brech s’appuie sur un ouvrage de David Goodway : Anarchist seeds beneath the snow – left-libertarian thought and british writers from William Morris to Colin Ward, où est établie une filiation entre Powys et des auteurs comme Oscar Wilde,  Herbert Read, Aldous Huxley ou George Orwell.

Mais, s’agissant à la fois de ce dernier auteur, et dans la mesure où Le Brech indique dans sa préface la pertinence de l’œuvre de Powys encore aujourd’hui, on aurait pu citer comme référence contemporaine, à la fois sur la philosophie anarchiste et sur l’infinie puissance créatrice du cerveau humain, un auteur aussi essentiel que Noam Chomsky, dont les travaux en linguistique et les conceptions philosophiques anarchistes sont en rapport avec le sujet.

Plus loin, sur la force de l’imagination créatrice, Le Brech n’oublie pas d’indiquer que Powys insiste en particulier sur le sens esthétique qu’il place au-dessus […/…] car orienté vers les racine mêmes de la vie. […/…]. Néanmoins, il ne s’agit pas pour l’artiste, l’écrivain ou le poète d’exercer son talent uniquement en direction de hautes idées esthétiques et morales, car ce qui est révélé par le sens esthétique est aussi une lutte, un conflit, une guerre, une contradiction, situés au cœur des choses. Le sens esthétique ne révèle pas seulement la beauté et le bien, il révèle aussi le grotesque, l’étrange, le scandaleux, l’indécent et le diabolique. Ceci nous renvoie aux travaux du philosophe Jacques Rancière et notamment à un de ses derniers ouvrages Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l'art  dans lequel il dresse une sorte de contre-histoire de la modernité artistique en s’interrogeant sur la notion d’événement culturel et en montrant que le sens artistique se transforme en accueillant des images et des objets opposés à l’idée du beau. 

Le dernier concept, la philosophie ichtyosaure ou le concept de la Cause Première est exposé dans un chapitre particulier. C’est sans doute le principe le plus original développé et pratiqué par John Cowper Powys au long de sa vie. Exprimé la première fois dans La vision complexe, il y développe le fait que chaque être vivant, chaque élément naturel possède une personnalité, une conscience propre ou âme-monade unique […/…]. Sur le plan cosmogonique, Powys explique que ces âmes-monades existaient déjà il y a des millions d’années. […/…]. La conscience de soi, élément primordial de l’âme-monade de l’homme était présente dans un état rudimentaire dans des temps immémoriaux, quand il n’existait ni plantes, ni animaux, ni terre, ni mer, mais une nébuleuse. Même si ce n’est pas cité ici, on pense à l’univers de H. P. Lovecraft qui part du même postulat mais en le développant dans le fantastique monstrueux.

Il s’agit donc d’adopter la position vertueuse consistant à pratiquer une conscience immanente et poétique du monde, étendue aux domaines du végétal et du minéral ; jusqu’à être l’égal du plus petit insecte, du moindre caillou ou de la plus fragile plante. Revenu au Pays de Galles, il suggère à son lecteur de s’imaginer dans la peau d’un chétif insecte, tel un banal et inoffensif ver de terre. En se plaçant de ce point de vue, le lecteur situera son illusion vitale au degré le plus bas qu’il soit et ne sera plus choqué et meurtri par les outrances qui lui sont infligées au quotidien. Plus loin : « …ce mode de vie […/…] consiste à affirmer, dans le secret de son for intérieur, son égoïsme contemplatif à l’encontre de l’égoïsme vulgaire faisant de la quête du plaisir grossier, actif, grégaire qui représente l’essentiel de la vie des esclaves de notre temps, asservis qu’ils sont à la Machine… ». Plus loin encore : «…l’égoïsme ichtyosaurien, indolent et rêveur, s’opposant à l’égoïsme terre à terre et atrabilaire de l’homme moyen, n’est pas synonyme de repli sur soi ou d’amour propre. Il est au contraire un facteur d’ouverture vers autrui car pour celui ou celle qui se place du point de vue éternel et immuable des éléments, les différences et les barrières créées par la société n’ont plus lieu d’être… ».

Le Brech souligne à juste titre ici l’ombre de Jean-Jacques Rousseau et des stoïciens et précise que pour Powys, cette attitude relevait quasiment d’une sorte de nouvelle religion païenne dont il se serait fait le prophète pour montrer l’extase d’être simplement en vie sur la terre. On est évidemment loin des thèses et des pratiques pullulantes de la psychanalyse d’aujourd’hui, devenue la nouvelle religion des temps modernes ; psychanalyse que Powys, à la fin de sa vie, avait en aversion et qu’il jugeait antiphilosophique. Considérant l’inconscient comme l’enfer des prédicateurs d’autrefois, il suggère d’ailleurs à son lecteur d’être son propre psychiatre.

John Cowper Powys - Une philosophie de la vie est un livre qui a été écrit pour mettre en appétit le lecteur, l’invitant à entrer dans l’œuvre protéïforme de Powys. S’agissant d’une « introduction à », on aurait toutefois aimé que Goulven Le Brech propose, aux lecteurs, en aparté, une autre voie d’accès, celle qui est généralement recommandée par les fervents powysiens, à savoir commencer par « Autobiographie » qui est de l’avis quasi unanime, le point de départ au voyage. Puis alterner, sur le plan chronologique, romans et essais car ils sont intimement liés, en se réservant les derniers romans (La fosse aux Chiens, Atlantis, Owen Glendower, Morwyn, Porius) pour la fin, car leur complexité est due au fait qu’ils réunissent tous les thèmes powysiens à la fois, n’hésitant pas à mêler personnages historiques, fictionnels et mythologiques, tout en les émaillant  de ses principes philosophiques. 

Une question, philosophique, restera sans réponse. Comment Powys arrivait-il à concilier ces deux valeurs antagoniques qu’il érigeait comme principes : d’une part l’articulation de l’état ichtyosaure, où règne la primauté des sens de la façon la plus primitive possible, sans intervention de la Raison donc ; et d’autre part, la convocation du fonds culturel et littéraire pour chasser les déplaisirs, qui relève, lui, d’une position totalement opposée puisqu’il repose sur un niveau supérieur et élaboré de l’individu.

Goulven Le Brech termine son essai par un très bel extrait de Powys, qui mérite d’être cité in extenso : « …supposons que je sois cloué sur mon lit dans une de ces petites maisons toutes semblables, noircies par la fumée, quelque part entre Birmingham et Wolverhampton, et que j’aie seulement de pâles souvenirs de jeunesse, randonnées de vacances dans le région avec étapes à l’auberge ou chez d’aimables logeuses. Je ne suis pas sûr que certaines des grandes vérités des Anciens sur lesquelles repose ma philosophie ne me permettraient pas, après tout, de m’en sortir. Peut être, quand je verrais des gouttes de pluie sur ma vitre, ou la fumée de la maison d’en face, ou une branche de frêne portant encore exactement onze feuilles, telle ou telle pensée célèbre d’Héraclite, de Pythagore, de Rabelais, de Goethe ou de Walt Whitman me tirerait d’affaire, transformant en un triomphe le combat qu’en cymrique obstiné je mène pour me contraindre à jouir de la vie. »

On ne peut éviter, en lisant ces lignes de penser à un autre témoignage tout autant émouvant ; celui de Tony Judt, écrivain, historien anglais, penseur à contre-courant des mythes intellectuels européens, né de parents juifs, et devenu progressivement antisioniste, voire pro-palestinien, mort il y a deux ans. Dans ses mémoires parues sous le titre Le chalet de la mémoire il y décrit librement, alors qu’il est atteint de la maladie de Charcot, sa quadriplégie (perte de la voix, des membres, perte des sensations, puis immobilité totale) et la façon dont il arrive à vivre malgré tout avec bonheur : « …plus de sensations, mais pas de douleur. On est donc libre de contempler à loisir la catastrophique progression de sa propre dégradation. Ma solution a été de dérouler ma vie, mes pensées, mon imagination, mes souvenirs, exacts ou déformés, et ainsi de suite jusqu’à tomber par hasard sur des événements, des personnes ou des récits dont je puisse me servir pour distraire mon esprit du corps dans lequel il est engoncé. Je me réjouis de pouvoir utiliser les mots. Ils sont tout ce que nous avons. »

John Cowper Powys aurait certainement apprécié.

 

*

Et la philosophie de Powys pour les nuls ?

 

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Nous entendons par là ceux qui, l’ayant lu dans tous les sens possibles, ne savent pas quel rapport il peut y avoir entre leur inclassable auteur et les « vrais » philosophes, les patentés, ceux qui ont laissé un nom « de philosophe » dans l’histoire.

Pas un vrai philosophe, Powys ? Euh... Si, comme le démontrent fort bien MM. Le Brech et Lecèdre. Mais pas un philosophe doté d’un système déterminé bien à lui. Pas un Descartes, un Spinoza, pas un Hume, pas un Nietzsche (même si Nietzsche l’a fasciné).

C’est qu’à nos yeux d’autodidactes, Powys paraît plutôt avoir été un pragmatique, voire un empirique de la philosophie ; quelqu’un en tout cas qui tenait pour certain qu’aucun système philosophique n’a jamais aidé personne à vivre. D’où, semble-t-il, la forme prise par ses ouvrages philosophiques, ambitieux ou modestes, qui se présentent surtout, pour certains, comme de petits vade-mecum, des manuels pratiques destinés avant tout à aider les humains dans leurs efforts quotidiens d’adaptation aux aléas de la vie.

Il y a eu aussi des raisons pratiques à cela : un certain nombre de ces écrits lui ont été commandés par des éditeurs américains, à l’intention d’un public U.S. très friand de ces choses.

[ Lorsqu’il sillonnait « tous les Etats Unis sauf deux », y donnant plus de dix mille conférences devant toutes les sortes de publics imaginables, il avait pour compagnon d’écurie, si on ose ainsi parler, son ami-ennemi de toute une vie, le trop méconnu écrivain édouardien Louis Wilkinson (« Louis Marlowe »), lequel, le voyant un jour en action, ne put s’empêcher de s’écrier « et, en plus, il les aime ! » ]

Cette rencontre de Powys avec le public américain des années 10, 20 et 30, avec ses aspirations et ses particularités – qualités pour les uns, travers pour les autres – est à ne jamais oublier quand on pense à John Cowper Powys philosophe de la vie et adversaire des systèmes philosophiques. De cette période et de ces nécessités (oui, certains des manuels de philosophie de Powys furent des potboilers), sont sortis The War and Culture, The Complex Vision, Psychoanalysis and morality, The Secret of Self-Development, The Art of Forgetting the Unpleasant, A philosophy of Solitude, The Art of Happiness, The Art of Growing Old et In Spite of, sinon l’Apologie des sens. Par ailleurs, Le Brech et après lui Lecèdre le font bien comprendre, Obstinate Cymric ou Ma philosophie à ce jour telle que me l’inspire ma vie au Pays de Galles a été au contraire l’expression d’une véritable nécessité interne. Il ne faut pas oublier non plus que, simultanément, Powys n’a pas cessé d’approfondir sa connaissance de Lao Tseu et surtout de Tchouang-Tseu, que lui avait fait découvrir sa compagne américaine, Phyllis Playter.

Et, bien sûr, il y a eu Rousseau !

Votre servante ne se pardonnera jamais d’avoir essayé de convertir l’historien Henri Guillemin à Powys en lui donnant à lire l’essai sur Jean-Jacques, extrait de Suspended Judgements. Pas du tout convaincu, le flamboyant catholique, par ce qui n’était en effet pas « son » Rousseau, mais un autoportrait éhonté du flamboyant gallois. Et pourtant, il y a du vrai Rousseau quand même dans ces quelques pages. On a l’impression, en les lisant, d’avoir sous les yeux un hologramme, où tantôt le visage de l’un tantôt celui de l’autre apparaissent. Bref, on n’a pas fini de sonder Rousseau, on n’a pas fini de sonder Powys, et on n’a pas fini de méditer sur leurs troublantes et profondes ressemblances.

Ce qui affleure en définitive, de la montagne d’écrits (essais, romans, analyses dithyrambiques, poèmes, correspondance, journal) c’est une espèce de recherche du bonheur. Ou, pour mieux dire, une définition de ce que pourrait être le bonheur, mais aussi et surtout de ce qu’il n’est pas, des voies d’accès possibles, de celles qui sont légitimes et de celles qui ne le sont pas, souvent par le biais des mille cas de conscience qui se posent à des personnages de roman, dont chacun est l’auteur lui-même.

Peut-on l’appeler une philosophie ?

Risquons-nous-y.

Il nous paraît évident qu’il n’existait pas, pour Powys, de bonheur imaginable en dehors de la contemplation. On a rarement exécré autant que lui les gens actifs. Ce que nous appelons contemplation allait, dans son cas, jusqu’à une communion totale, une fusion avec tout et n’importe quoi, puisqu'on sait qu'il convoquait à volonté l'extase à partir d'un peu de lichen sur un vieux mur. Ses moments de bonheur le plus intense – et qu’il a réussi à communiquer dans ses œuvres – donnent une impression de dilatation empathique vers tout, de « perméabilisation » à tout ce qui est matière (ou éther) en quoi se fondre ou se perdre, une forme de communion avec tout ce qui existe, atome par atome, ion par ion et ainsi jusqu’au plus infime. Il ne s’est pas pour rien inventé le mot « multivers », univers ne lui suffisant pas. Car ce drôle d’homme que d’aucuns prennent pour un mystique fut peut-être le plus grand matérialiste de tous les temps. Matérialiste au point de diviniser la matière, de l’appeler Déméter,  de la prier lorsqu’il assistait à la messe dite par son fils, prêtre catholique, et de s’en confier à l’officiant, s’attirant un désolé « Papa, tu blasphèmes», qu’il balayait d’un « Mais non, mon petit, c’est toi, n’importe, l’essentiel est que tu sois heureux ».

Et voilà, on y revient. Au bonheur.

Lequel ne va pas, nous l’avons dit, sans questions corollaires , dont la principale était : « Comment jouir d’un bonheur légitime, c’est-à-dire de manière inoffensive ? » Ceci n’étant pas une clause de style, car Powys a souffert toute sa vie et jusqu’à un âge très avancé, de pulsions sadiques. Le soulagement qu’il a exprimé lorsque, enfin, sa libido a lâché prise, en témoigne, et témoigne en passant de l’origine sexuelle du sadisme, si jamais quelqu’un en doutait.

 

Petite digression historique à propos de philosophie

Une des notions qui se retrouve de manière presque obsessionnelle chez Powys est que la plupart des malheurs des hommes leur viennent d’une fausse conception du bonheur. Le vrai bonheur, idée toujours neuve en Europe, bien plus qu’on ne le croit ! Il nous semble que cette quête du bonheur et cette interrogation sur sa nature rendent Powys très proche de ceux qui ont posé pour la première fois la question non pas philosophiquement mais politiquement.

Difficile pourtant d’imaginer hommes plus dissemblables que ce pur produit de l’ère victorienne, descendant d’une longue théorie de prêtres poètes (John Donne et Francis Cowper entre autres) et les jeunes juristes fondateurs de la première vraie démocratie. Cependant, quoi qu’il ait nourri à leur égard les préventions de qui a lu Burke plutôt que Stanhope, il y a une parenté philosophique réelle entre John Cowper Powys et cette poignée de jacobins qui a rêvé de poser les bases du bonheur du monde.

Après tout, pourquoi l’ami d’Emma Goldman n’eût-il pas pu être aussi celui d'un Marat aussi maltraité qu'elle ? Et, bien sûr, lien essentiel entre eux et lui, il y a Rousseau, même si le Rousseau de Powys est celui des Rêveries et le leur celui du Contrat social.

Ce qu’il y a de sûr et d’important, c’est que le chemin qu’ils ont pris passe par le même chas d’aiguille : celui de l’individualisme (voilà qui surprendra ceux qui ont fait de Maximilien Robespierre l’ancêtre du collectivisme, en le prenant pour Babeuf). Cette voie de l’individualisme non égoïste est la voie la plus longue et la plus difficile qui soit. C’est la seule aussi qui ne soit pas sans issue.

Certes, les explorateurs partis, en 1793 à la découverte de cette dimension encore inconnue, ont dû verser le sang, ne fût-ce qu’à la guerre. A Powys aussi, il est arrivé de faire du mal, à ceux surtout qui lui étaient les plus proches. La biographie que lui a consacrée le Dr. Morine Krissdottir ne permet pas d’en douter. Cela n’infirme rien. Nous sommes des créatures faillibles, incomplètes, inachevées, et les révolutions ne se font pas in vitro.

Par ailleurs, nous avons la conviction profonde, absolue, que le lien originel, organique, la racine commune à l’excentrique Gallois et aux renverseurs de trônes, ce n’est pas tant Rousseau que Rabelais, grand-père de notre République et notre premier prophète du bonheur.

Powys lui a voué un culte. En le prenant pour un quaker, certes, mais en le comprenant aussi, sur certains points très intimes, infiniment mieux que les plus autorisés seizièmistes.

Des choses que Powys n’a pas sues mais qui furent.

Quand l'occasion s'en présentera, il faudra que nous vous racontions plus à loisir comment François Villon s’est trouvé un jour à décider du sort futur de la France, en prenant, devant un petit couteau taché de sang, une décision de juriste aux conséquences incalculables. Rabelais et ses contemporains (Dolet, entre autres) ont profondément admiré Villon. Pas seulement pour ses vers sublimes, soyons-en sûrs.

La transgression de Villon et celle des régicides furent du même ordre. Et la question du bonheur avait été, dès la première, posée.

Après, il n’y avait plus qu’à laisser glisser. Rabelais n’avait plus qu’à imaginer la manière idéale de gouverner (par la persuasion) ; son verbe n’avait plus qu’à se faire chair, et Saint-Just n’avait plus qu’à attirer notre attention sur l’idée neuve du bonheur. En Europe. Car il est vrai que Lao Tseu et Tchouang Tseu ne sont pas rien.

Des choses que Powys et lui seul a sues

Rabelais a passé et passe encore, dans cette révolution qui n’est pas finie, pour un misogyne. Rien n’est plus faux. Il fut, en revanche, indéniablement matriphobe, ce qui est bien plus radical encore qu’il n’y paraît, s’agissant d’en finir avec le pouvoir infantilisant du patriarcat. Or, ce n’est pas Abel Lefranc, ni Manuel de Dieguez, ni Jean Paris, ni Mikhaïl Bakhtine qui ont mis le doigt sur la blessure jamais refermée qui fut à l’origine de sa détestation des mères, étendue de la sienne à celles de ses enfants, c’est Powys – le grand imaginatif – s’identifiant au gamin de six ans et demi habillé, tondu et trahi par celle qui lui avait donné le jour, c’est-à-dire envoyé par elle à la mort civile, sous couleur d’aller « voir le geai parleur de l’oncle Frapin ».

Et puisqu’on en est là, comment ne pas se rappeler le jeune Saint-Just trahi lui aussi par sa mère, sans s’étonner de ce que les deux fils aient traité leurs génitrices respectives de « simpiternelles » (avec un i, dans les deux cas) et se soient semblablement soignés comme ils pouvaient : par le rire.

Rabelais n’a jamais pardonné. Saint-Just, au moment d’aller « chercher la mort » à Fleurus et d'y conduire trois fois la charge sans une égratignure, a fait un crochet par Blérancourt pour s’y réconcilier avec la terrible Marie Anne. Selon toute apparence être trahi à la fin de l’adolescence ou à «même pas sept ans» n’est pas tout à fait la même chose.

Fin de la parenthèse « Philosophie du bonheur et histoire de France. »

 

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*


Que reste-t-il à découvrir de Powys pour les francophones ?


Malgré le très grand nombre d’œuvres déjà publiées en français, il en reste. A commencer par son mastodonte de chef d’œuvre, Porius – 1589 pages de manuscrit – qu’aucun éditeur n’a pris le risque, au moment où il fut écrit, de publier intégralement. Après qu’il eût, la mort dans l’âme, réduit son roman de plus d’un tiers et que MacDonald eût accepté de le publier, en 1951, comprimé en 600 pages, il restait à l’auteur 15 £ à la banque.

Nous l’avons lu, pour notre part dans l’édition spartiate, à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux, de l’intrépide Jeffrey Kwintner.

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John Cowper Powys

PORIUS

Londres, The Village Press, 1974.





Il a fallu des années à d’érudits powysiens des deux côtés de l’Atlantique, pour restaurer autant que faire se pouvait le texte d’origine. Cela se passa en deux temps. La première version (la plus longue) fut celle de Wilbur T. Albrecht  (1994, Colgate University Press).

 

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Porius: A Romance of the Dark Ages

Powys, John Cowper; Albrecht, Wilbur T. (Editor & Foreword)

 



Elle fut suivie, en 2007, de la version estimée définitive :

 

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John Cowper Powys

PORIUS  - A novel

Edited by Judith Bond et Morine Krissdottir

Overlook – Duckworth & C° Ltd.

Réimpression en 2011

 


Ambitieux projet que celui de peindre ce « blank century » (le Ve A.D.) d’un Pays de Galles abandonné par les impériaux romains (oui, comme demain le seront l’Afghanistan, l’Irak et la Palestine), où Artur, dux bellorum, impatient de prendre leur suite, piaffe, sa féodalité sous le bras., dans les coulisses. Un Pays de Galles avec son matriarcat en fin de règne (« nos grands-mères, les reines de Marrakech », c’est là), et ses strates de populations diverses : autochtones sans nom, dits « gens de la forêt », Gaëls, Gallo-Romains, envahisseurs vikings et, déjà, missionnaires chrétiens. Avec, même, ses derniers géants, mais aussi (multivers oblige) ses règnes cohabitants : humains, animaux, végétaux et minéraux.

Qui peut oublier cette langue de petit chien sur le museau d’une jument morte, surprise d’y rencontrer un insecte « de la famille des scarabées » qu’elle dérange ? Qui peut oublier la première apparition de Merlin, où Powys, par le verbe, égale le Goya du Colosse ?

Où est passée l’édition française capable de publier un tel livre ? Celle qui en aurait l’audace n’en a pas les moyens. Celle qui en a les moyens… passons.

Mais à côté des œuvres-montagnes, il y a aussi chez Powys les œuvres-miniatures, si on peut les qualifier ainsi. Nous voulons parler des contes philosophiques et autres fictions de l’espace de la «seconde enfance» revendiquée de l’auteur.

Comme Shakespeare en fin de vie, Powys en fin de vie a touché à la suprême légèreté de son art. Un art épuré des tragédies comme des idées reçues, tout lest jeté par-dessus bord.

Cette légèreté a passé chez lui par la revisitation des Grecs (après tout, il est mort en traduisant Aristophane), et par Grecs, il faut entendre les dieux, l’Iliade et l’Odyssée, à l’exclusion, répétons-le, des tragédies. A ce multivers enchanté de son enfance d’écolier se sont ajoutées les spéculations cosmiques de son grand âge. C’était dix ans avant Gagarine, mais on y tendait, et que voulez-vous, les planètes faisaient rêver. C’était l’époque du Matin des Magiciens, de Pauwels et Bergier et de tous leurs semblables – dieusait qu’il y en eut – mais pas de SF pour Powys ! « Science » était, chez lui, un mot anathème (qui manque à l’abécédaire de M. Hamelin). La volonté, la contemplation, l’identification avec chaque atome de la matière suffisaient à faire s’élever dans les airs des quartiers entiers de Londres, avec leurs caves et leurs égouts. Les fantômes d’humains et les fantômes d’objets y partaient ensemble en voyage, à la découverte aussi bien de Venise et de Florence que de Mars et de Vénus, de l’Erèbe et du Tartare, et même du Paradis, où saint Pierre,  saint Paul et les anges, affolés, cherchaient Dieu sans évidemment le trouver puisque Dieu était mort (la faute à Voltaire et Nietzsche ne l’avait-il pas dit ?), Paradis autour duquel rôdait un Diable SDF, que la disparition de son ennemi avait privé de son foyer, l’Enfer, c’est bien connu, n’ayant jamais existé que dans la tête de Dieu …

Ces petits contes de sa vieillesse sont, nous le craignons, considérés avec un rien de condescendance par les savants exégètes de Powys. Ils ne vont pas jusqu’à oser penser le mot « gâtisme », mais on le sent voleter. Feu François-Xavier Jaujard avait le projet d’en faire une anthologie. Il est mort trop tôt, à tous égards.

Enfin, il reste, entre ces extrêmes, un superbe roman de longueur normale, que personne encore n’a songé à publier en français et qui ferait à notre avis très bel effet dans le catalogue des Perséides.

 

 

ATLANTIS


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Pourquoi vous en parler ? Parce qu’il offre un bel exemple de la manière dont fonctionnait l’imaginaire de John Cowper Powys.

Certes, on a déjà vu, avec Le Hibou, le Canard et… Miss Rowe ! Miss Rowe !, comment un tableau célèbre pouvait servir de point de départ, de tremplin en quelque sorte, à une histoire mêlant les animés et les inanimés. Le lecteur curieux a peut-être déjà repéré le hibou philosophe embrassé par son assassin et ami, le canard voyeur et le cheval blanc à qui manquent les pattes de devant, là où Powys les a trouvés lors d’un voyage qu’il fit en Espagne en passant par la Belgique, sinon, il ira les chercher, au Musée du Prado, dans Le Jardin des Délices, de Jérôme Bosch :

 

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Alors que pour le poisson à la bouche ouverte, il lui faudra aller scruter La Tentation de Saint-Antoine . Même peintre, même voyage.

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L’’histoire de la genèse d’Atlantis est plus curieuse.

Quelqu’un a mentionné le poème « Ulysse » de Tennyson, qui lui aurait été suggéré comme point de départ, mais il n’y a tout simplement aucun rapport entre l’héroïsme de Tennyson et l’espèce de comédie métaphysique de Powys, même s’il est certain qu’il l’a lu.

Nous avons parlé plus haut du Matin des Magiciens et des spéculations de l’époque. Il parut  en 1954, chez Denoël, un petit livre de ce genre intitulé L’Atlantide et le règne des géants, dont l’auteur était Denis Saurat. Qui ne l’a lu, alors ? Il était dans l’air du temps. Certes, il fallait beaucoup de bonne volonté pour suivre l’auteur dans ses reconstitutions, preuves délirantes à l’appui, d’un passé fantasmatique (ah, ces deux lunes successives qui nous sont tombées dessus en attendant la troisième) et qui trahissait même une mentalité aussi discutable que répandue (ah, ces sempiternelles élites venues d’ailleurs pour expliquer tout ce que ces minus d’humains ne pouvaient avoir fait eux-mêmes !).

Les deux livres ayant paru la même année, il est impossible de dire si Powys s’est inspiré de Saurat ou plutôt, si les élucubrations de Saurat ont servi de tremplin à l’imagination de Powys. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a, dans sa correspondance, une lettre où il recommande chaudement la lecture de ce livre. A qui ? Notre mémoire flanche… (et avons-nous dit que notre bibliothèque est dans un garage ?).

Une au moins des illustrations qui s’y trouvent offre des ressemblances troublantes avec un de ses propres dessins : aucun familier de Powys ne peut avoir oublié la lettre où il s’est représenté gravissant une colline, son bâton Sacré à la main, dessin tellement semblable à celui-ci  :

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Quoi qu’il en soit de Tennyson, de Saurat ou de son propre multivers sans limites, Atlantis raconte l’histoire du dernier voyage d’Ulysse, qu’on peut considérer comme une sorte d’Odyssée à l’envers.

Résumons.

Lorsque débute cette histoire, il y a de la révolution dans l’air, sur terre et dans le Cosmos. Les habitants d’Atlantis ont préféré la science aux dieux et, comme on sait, quand les hommes cessent de croire en eux, les dieux disparaissent. En outre, les anciens dieux s’y sont mis pour les déloger du pouvoir. Quoiqu’affaiblis, les Olympiens se sont vengés sur les Atlantes en engloutissant l’orgueilleuse et mécréante mégalopole au fond de l’océan.

Rumeurs de révolution aussi dans la provinciale Ithaque, dont les habitants sont divisés en progressistes et conservateurs. Le trône d’Ulysse vacille, et pour tout dire, le vieil aventurier nourrit le projet de tout abandonner, de laisser ses compatriotes se débrouiller entre eux et de re-hisser la voile sans espoir de retour. Vers l’ouest… Car un désir incoercible le pousse à chercher l’Atlantide engloutie et à descendre voir ce qu’il en reste. Il le fera, c’est un des passages les plus réussis du livre.

En attendant, tout le monde – entendez par là toutes les créatures animées ou inanimées – a son avis sur la chose et l’exprime. On se croirait sur Internet.

Ainsi, l’action est commentée par un drôle de chœur antique fait d’un moucheron et d’une mite, qui vivent une torride histoire d’amour inter-espèces dans une fente du gourdin d’Ulysse, très fier (le gourdin) d’avoir été celui d’Héraclès et d’avoir, lui et lui seul, tué le lion de Némée. Participent aussi aux conciliabules un pilier de pierre de l’entrée du palais et une pousse d’olivier qui a surgi entre les dalles. Sans parler de la dryade Kleta, qui vit dans un très vieil arbre, au fond du jardin, et avec qui Ulysse, les nuits d’insomnie, va volontiers faire la causette, jusqu’à ce que Zeus, mesquin mais disposant encore d’un tout petit tonnerre, la foudroie et son arbre avec elle. Les dieux sont mauvais perdants.

L’équipage d’Ulysse  - rien à voir avec celui qui l’a ramené de Troie – sera hétéroclite. En feront partie, outre le gourdin et ses deux insectes, un jeune homme dont Ulysse a fait son fils adoptif, Nausicaa, venue revoir son béguin de jeunesse et prête, cette fois, à l’accompagner où qu’il aille, Zeuks, fils de Pan (vous le voyez, mon petit blasphème ?).  qui n’est autre que Rabelais en fermier d’Ithaque, plus une captive troyenne, fille inconsolée d’Hector, du nom d’Arsinoé. Le reste à l’avenant.

Powys, grâces lui en soient rendues, n’a jamais tenté de rendre ses inventions vraisemblables, et il est clair qu’au moment où il a écrit cette histoire, il avait définitivement jeté tout contrôle au vent. A l’opposé exact de M. Saurat, dont les inventions à prétentions réalistes n’ont rien à voir non plus avec la folle du logis (et les astres) de Cyrano.

Aux dernières nouvelles (2011-12), l’Atlantide serait une partie de la Sardaigne, engloutie par un tsunami un demi siècle avant la naissance de Platon. Pour Powys, c’est n’importe où entre Ithaque et l’Amérique. Pour Saurat, c’est chez les Incas, du côté de Tiahuanaco (si, si !).

Revenons-y donc à L’Atlantide et le règne des géants, dont une autre illustration a ou n’a pas donné des idées à John Cowper Powys. Elle nous permettra au moins d’établir le dinstingo entre les deux sortes d’inspiration. Le dessin est celui-ci :

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Il représente un ensemble totémique observé chez les Malekula de Nouvelle Guinée (qui, oui, au temps des géants, auraient eu des contacts avec les Indiens des Andes). Il est composé d’un menhir, d’un dolmen et d’une statue de bois. Le totem de pierre aurait été sculpté par les gigantales élites disparues, pour que les âmes de leurs morts puissent venir y habiter. Quant à celui de bois, considérablement décati, il serait l’œuvre des humains ordinaires, persuadés, avec leur cerveau d’homo à peine sapiens que, dans l’incapacité où ils sont de reproduire le totem de pierre, le simulacre en bois peint fera tout aussi bien l’affaire pour attirer à lui les âmes de leurs grands-pères, lesquelles, de là, auront peut-être l’idée d’aller loger dans le vrai : celui en pierre. C’est un peu compliqué, mais qui sait ?

Voici, résumé, le passage d’Atlantis qui peut correspondre à cela :

Arsinoé enfant a été amenée captive de Troie. Esclave, elle sert aux cuisines. Interdiction lui a été faite de quitter son costume national, qui permettrait de la repérer, au cas où l’idée lui viendrait de s’évader. Son étoile jaune, en quelque sorte, et sa burqa sans grille.

Il existe, non loin du palais, une sorte de Gaste Terre frappée par la foudre, où tout est mort et où personne, par crainte superstitieuse, n’ose s’aventurer. Sauf Arsinoé, parce que c’est là et là seulement qu’elle peut jouir d’une bienheureuse solitude, loin du regard de ses geôliers.

N’ayant jamais fait le deuil de son héros de père, elle y a, au fil du temps, sculpté dans un énorme tronc d’arbre mort, avec son petit couteau à légumes, une statue d’Hector assis en majesté. Et c’est grâce aux nombreux plis de sa robe de captive qu’elle a pu sortir du palais, une à une, en catimini, toutes les pièces en or de l’armement d’Achille, ces mêmes armes qui avaient semé la zizanie dans le camp des Grecs, lorsque Ulysse se les était fait attribuer, alors qu’elles auraient dû revenir au grand Ajax, proche parent du mort, et qui croupissaient, depuis, au fond d’une cave (bien la peine !) Et pourquoi l’inconsolable Arsinoé se livre-t-elle à ces dangereux larcins ?  Eh, mais, pour en revêtir son père. Tout y est : le casque, le pectoral, les jambières, les lances et le grand bouclier.

Qu’on me croie sur parole : un jour arrive au port un navire, à bord duquel se trouve le grand Ajax, incroyablement vieux. Zeuks le fermier, chargé d’aller l’accueillir, le trouve en si mauvais état qu’il lui faut le transporter à califourchon sur ses épaules. Et comme il est, lui, sans peur, sans reproche et, donc, sans superstition, il prend un raccourci, à travers la fameuse Gaste Terre, où, à la vue de son ennemi mort, tout rutilant de l’or d’Achille, le cœur du grand Ajax a son premier raté. Quoi de plus naturel que de l’asseoir entre les jambes du Troyen ? C’est là qu’il meurt, la joue appuyée sur son héritage.

Quand on en est à ce point, Denis Saurat, le peut-être tremplin, et ses géants civilisateurs sont loin, très loin, à des années-lumière, et Powys, aux Champs-Elysées, fume des asphodèles avec Savinien.

Vous raconter la fin d’Atlantis ? A quoi bon déflorer votre plaisir futur ? Sachez seulement que nos voyageurs atteignent un jour l’île de Manhattan, où ils sont accueillis par de bienveillants indigènes, et que, décidés à n’en pas repartir, ils brûlent leur vaisseau.

 

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De l’Atlantide engloutie par la colère des dieux aux lunes « capturées » par notre terre, en passant par la Dame Noire (météorite) de Pessinonte peut-être devenue celle de La Mecque, l’imaginaire humain n’a jamais cessé de jouer à se faire peur avec des catastrophes cosmiques passées ou futures. Pourtant, le président Poutine a bien dit que nous cesserons d’exister dans 4,5 milliards d'années. Il n’y a donc pas lieu de s’affoler et nous avons encore plein de factures à payer. En dépit de quoi, M. Seiko Nakajo et les savants japonais de NHK ont passé leur temps à simuler l’impact d’un astéroïde sur la terre et nous le font voir en collaboration avec le NFB (National Film Board) du Canada.

Bienvenue aux amateurs de sensations fortes !

 

 

 

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Une biographie

 

Parlant de Powys à des lecteurs qui ne le connaissent peut-être pas, nous nous en voudrions de passer sous silence une des biographies les plus impressionnantes qu’il nous ait été donné de lire depuis bien des années.

 

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Morine Krissdottir, membre éminent de la Powys Society, l’a écrite, d’une part pour s’acquitter d’un devoir envers le fils de Marian Powys, Peter Gray, qui venait de se suicider, d’autre part, comme elle l'a elle-même précisé, pour « se le (J.C.P.) sortir du système ».

Le résultat n’a pas plu à tout le monde. C’est que l’image d’Epinal petit à petit forgée par des admirateurs bien intentionnés en sort écornée. Morine Krissdottir, qui n’a pas volé son titre de docteur en psychologie, a eu la très grande honnêteté – et le courage – de se pencher sur l’abîme d’une âme humaine peu commune (quelqu’un a parlé de « terrifiant labyrinthe »). Elle rapporte ce qu’elle y a vu et cru comprendre. Elle a eu raison. Si l’image a changé, la stature est intacte. On pourra difficilement faire mieux.

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 Morine Krissdottir

 

The Life of John Cowper Powys

DESCENTS of MEMORY


Overlook Duckworth, 2007 

 




Le 11 octobre 2007, son livre étant sorti peu de temps auparavant, Morine Krissdottir a posté le billet que voici sur le Books Blog du Guardian.

 

Acquérir un goût pour John Cowper Powys

Posté par Dr. Morine Krissdottir

Jeudi 11 octobre 2007

 

Ce n’est pas un auteur que n’importe qui peut digérer, mais ceux qui l’aiment n’en sont jamais rassasiés.

Je viens de passer les cinq dernières années de ma vie à écrire la biographie d’un auteur que des tas de critiques détestent. John Cowper Powys est une espèce de « Marmite »1 littéraire.

Si vous adorez la Marmite, comme Iris Murdoch et John Bailey, vous voudrez lire Powys au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner. Si vous aimez que vos romans et vos auteurs soient sans complications, vous êtes l’oiseau de la pub récente qui, à peine y a-t-il goûté, s’enfuit à tire d’ailes. Soit vous pensez qu’il est un génie, soit qu’il est un charlatan sado-maso, chef du siphonné clan Powys. Le poète Philip Larkin a comparé Powys à un gigantesque volcan poético-mythologique ; son propre ami, Louis Wilkinson, déplorait qu’il pût écrire « des sottises aussi ridicules et fastidieuses ». Un critique a qualifié Les enchantements de Glastonbury de « roman épique d’une force terrible unie à une formidable intensité lyrique », et un autre en a décrit le premier paragraphe, surchargé de métaphysique, comme « Le Beecher’s Brook2 de la fiction anglaise ».

Les jeunes années de Powys furent assez ordinaires. Ses parents, le révérend C.F. Powys et Mary Cowper, son épouse, étaient de petite noblesse, John, l’aîné de 11 enfants reçut l’éducation qui convenait (Sherborne et Cambridge), fit un bon mariage et eut un fils. Il était destiné à mener une vie tout à fait conventionnelle dans le Sussex quand il décida subitement de tenter sa chance aux Etats-Unis, où il se lança dans une carrière de conférencier itinérant.

Son succès fut immédiat. Il attirait des foules énormes, qui écoutaient intensément et applaudissaient avec extase sa manière dramatique de discourir sur des auteurs célèbres. Parallèlement à cela, il s’était mis lui-même à écrire. Et, après quelques romans sans succès, il produisit un best seller, Wolf Solent.

En 1923, il rencontra une jeune Américaine, Phyllis Playter, et, avec l’argent que lui avait rapporté Wolf Solent, il se retira dans une maison du nord de l’état de New York, pour s’y consacrer à l’écriture à plein temps. C’est là qu’il écrivit deux autres romans sur la région de l’Ouest de l’Angleterre, Les enchantements de Glastonbury et Les sables de la mer, ainsi que son Autobiographie, qui est une des confessions les plus originales jamais écrites. A cette époque, son excentricité n’était plus un secret pour personne, ni son adhésion à une pensée magique, ni sa haine de la vie moderne. En 1934, il retourna au Royaume-Uni et, après une année passée dans le Dorset, il alla s’installer au Pays de Galles, où il écrivit ses deux étonnantes chroniques galloises, Owen Glendower et Porius. Il est quasiment impossible de résumer ses histoires tentaculaires, pleines de personnages étranges aux noms invraisemblables, mais, bien après qu’on en ait oublié les détails, ces romans continuent à vous hanter.

Powys a été décrit comme « une des grandes énigmes de la littérature du XXe siècle ». Pour ses détracteurs, il n’est qu’un mystagogue détraqué. Ses admirateurs en revanche, et ils sont nombreux, ont plus de mal à décrire ce qui, chez lui, s’empare de leur imagination. L’un des aspects fascinants de son génie est qu’il attire des lecteurs aux centres d’intérêt extrêmement variés, qui raffolent de ses romans pour des raisons très différentes – ses scènes comiques, ses fantasmes érotiques, ses images enchanteresses, sa finesse psychologique, sa philosophie de la vie.

On a bien du mal à ne pas identifier Powys aux anti-héros de ses romans, et ceux qui n’apprécient pas ce qu’ils perçoivent de sa personnalité sont également rebutés par ses personnages et ses intrigues.

D’une part, sa « conscience malade » exigeait qu’il passe beaucoup de sa vie à fournir un soutien émotionnel, par ses livres, ses conférences et ses lettres, aux jeunes disciples (presque toujours  masculins) qui lui ont fait escorte sa vie durant et qui continuent à dévorer avec avidité ses livres de philosophie. D’autre part, pour avoir lu les parties non publiées de son journal et de sa correspondance, je sais à quel point il a pu être destructeur pour son entourage le plus proche, en particulier la compagne de quarante ans de sa vie, Phyllis Playter. En tant que psychologue, j’ai scruté sa vie autant que son œuvre. Pourtant, malgré toutes ces années passées à me glisser à travers les frontières de son esprit, je doute être jamais capable de savoir si Powys fut un puissant magicien ou un enfant perdu, terrifié à l’idée d’entrer quelque part, un clown ou un fou sacré, un écrivain des marges ou un écrivain marginal, mais cela n’a pas vraiment d’importance : je suis accrochée à l'hameçon.

______________    

1   Pâte à tartiner anglaise, à base de concentré de viande.

2   La Rivière Beecher est un des principaux obstacles du Grand National, célèbre course de chevaux qui se déroule près de Liverpool. Elle est responsable de nombreuses chutes, dont plusieurs ont été mortelles.

Source :

http://www.guardian.co.uk/books/booksblog/2007/oct/11/acquiringatasteforjohncow

traduction de Kahem

pour Les grosses orchades


 

*

 La descendance de Powys

 

est trop importante pour qu’on n’en parle pas, bien qu’il ne faille y chercher aucune ressemblance directe. Disons pour être plus près de la vérité que John Cowper Powys peut se vanter d’avoir donné des idées au plus grand écrivain américain vivant.

Le plus ?... Ceci est notre opinion personnelle. Cependant, en 2000, le Writers’ Digest (ne pas confondre avec le Readers’ !) l’a classé parmi les cent meilleurs écrivains du XXe siècle, et la critique italienne Fernanda Pivano, a écrit de lui, dans le Corriere della Sera, qu’il était « l’écrivain le plus dangereux du monde ». Le plus dangereux ? Difficile à dire. Si on parle de l’ordre établi depuis dix mille ans – celui du patriarcat sous tous ses régimes et dans toutes ses religions – la Signora Pivano pourrait bien n'avoir pas tort.  Le plus subversif en tout cas. Et de la même manière, surtout, que John Cowper Powys et nos propres fondateurs de la République : en passant par un individualisme sans faille, assumé jusqu’à l’héroïsme.

Là aussi, il semble bien que le dénominateur commun soit l’auteur de Pantagruel et de Gargantua. Nous avons beaucoup réfléchi avant d’oser dire que Tom ROBBINS est sans doute le Rabelais américain d’aujourd’hui. Et pourquoi diable l’histoire ne se répéterait-elle pas dans le bien comme elle le fait si obstinément dans le mal ?

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Mais commençons par le commencement. Dès son tout premier livre, écrit en 1967 et publié en 1971, Une bien étrange attraction, (l ‘édition française, qui a du nez, l’a découvert quarante ans plus tard), Robbins se révélait disciple de Robert Graves, en même temps qu’il empruntait son grand singe papion à Jarry.

Ce qui est curieux, c’est que les deux grands mytheux (mythophiles ?) de la littérature anglaise, celui d’origine irlandaise et celui d’origine galloise, ne s’aimaient pas. Ou plutôt que l’un (Powys) n’aimait pas l’autre. Pourquoi ? Cela reste pour nous un mystère. Si Graves fut féministe, Powys ne le fut assurément pas. Mais égalitaire, oui, avec tout ce qui existe d’humain, d’animal, de végétal et de minéral, sans compter le reste.

Lorsque, le  8 octobre 1962, Powys fêta son 90e anniversaire, il reçut, du maire de Deià (Majorque) un télégramme libellé « Félicitations, Monsieur ». (Le maire de Deià était un viticulteur qui ne savait que l’espagnol.) Le petit-fils de Leopold von Ranke avait trouvé ce moyen espiègle de désarmer son adversaire.

On trouve tout cela et ce genre d’humour-là, chez Tom Robbins, qui se dit avec raison « cheerfully insubordinate ». La filiation avec Graves, clairement revendiquée, ne s’est jamais démentie. (Mais pourquoi les seuls féministes conséquents sont-ils des hommes ?) 

En 1990, dans un livre à haute ambition politique autant que philosophique, Skinny legs and all (« Jambes maigres et tout », inédit en français), il allait s’affirmer aussi de la descendance de Powys en créant une série d’inoubliables personnages inanimés. La réussite fut, du premier coup, à la hauteur du modèle.

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Livre à haute ambition politique et néanmoins d’une intense drôlerie, ce qui peut paraître impensable, puisqu’il ne s’agissait de rien moins que de prendre à bras-le-corps le problème palestinien. Victime de la même illusion qu’Israël Shamir (voir sur notre post précédent : « Automne en Crimée »), Robbins rêvait d’un monde enfin adulte où juifs et Palestiniens pourraient cohabiter, en bonne intelligence, sur la terre de leur antique déesse-mère à tous, l’ânesse à phallus Palès. Les vingt-deux ans qui viennent de s’écouler et des tonnes de phosphore blanc ont réduit ses illusions en cendres. Il ne pourrait plus aujourd’hui, écrire le même livre, qui reste un chef d’œuvre cependant. Tout comme les guerres « de religion » françaises ont réduit en cendres l’utopie de Thélème, sans jamais réussir à rendre obsolète un seul des chefs d’œuvres de celui qui l’avait rêvée.

Tom Robbins est un des auteurs les plus lus au monde. Et nulle part, quel que soit le lieu, quelle que soit la langue, le public n’a attendu la sanction de la critique pour se jeter dessus, le lire et le relire.

Avec vingt à quarante ans de retard, dépendant des titres, l’édition française daigne enfin s’intéresser à cet énorme écrivain d’outre-Atlantique, qui a connu la situation biscornue d’être l’invité d’honneur du festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo alors que le public ne savait rien de lui. Et quand nous disons « édition française », nous parlons de « petits » éditeurs, pas des marchands d’armes.

Ah, oui : les inanimés. Sont ici une boîte de haricots à la tomate, une chaussette sale, une petite cuiller, un bout de bois peint et une conque.

Leur lieu de naissance est une grotte, où certains, qui y dormaient depuis des millénaires,  ont été réveillés par les ébats amoureux d’un couple de jeunes mariés. La chaussette appartient au jeune homme, qui s’en va en l’oubliant ; la boîte de haricots, abandonnée elle aussi, aurait dû servir de pique-nique. Le bout de bois peint est un objet rituel païen du culte d’Astarté, un très classique phallus taché de sang emporté par on ne sait quel prêtre fuyant l’envahisseur juif et embarqué avec lui sur un navire phénicien (vous ne le saviez pas que les Phéniciens avaient découvert l’Amérique ?) ; la conque enfin, symbole non moins sexuel de la même déesse, est une relique de la reine Jézabel, massacrée vous savez comment.

Tous ces objets se mettent en route dans le sillage des deux jeunes gens et vont même suivre la moitié masculine du couple jusqu’à Jérusalem : leur hégire sur les flots vaut bien la navigation d’Ulysse vers l’Atlantide engloutie, et deux d’entre eux iront même jusqu’à reprendre leurs antiques fonctions dans le Troisième Temple de Jérusalem, évidemment dédié à Palès-Astarté.

Le bonheur est toujours une idée neuve, hélas, mais il reste à l’ordre du jour.

 

 

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Les livres de Tom Robbins ne se résument pas. La seule solution, si on veut savoir, est de les lire, dans un désordre chronologique total.

 

Mickey le Rouge, 10/18, 2005

Villa Incognito, Cherche-Midi, 2005

Comme la grenouille sur son nénuphar, Gallmeister, 2009

Même les cowgirls ont du vague à l’âme, Gallmeister, 2010

Une bien étrange attraction, Gallmeister, 2010

Un  parfum de jitterbug, Gallmeister, 2011

Féroces infirmes retour des pays chauds, Gallmeister, 2012

B comme bière, Gallmeister, 2012

 

Et il ne vous reste plus, chers internautes qu’à bombarder les éditions Gallmeister de mails, de lettres et d’appels téléphoniques : « Jambes maigres et tout, c’est pour QUAND ? ».

 

 

*




Mis en ligne le 2 janvier 2013 par Théroigne

 

26/12/2012

Bonne Année 2013 !

Bone année 2013 à nous et à nos débris spatiaux.jpg

 

Bonne Année 2013 !

Meilleurs voeux à nous tous et à nos déchets dans l’espace.

Catherine,

Kahem,

Marie,

Théroigne

et toute l'escadre.

00:29 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |