01/01/2012

2012 - Bicentenaire de la Berezina

 

 

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Vladimir Ashkenazy - Choeurs et Orchestre Philharmonique de Saint Petersbourg

 

Leopold Stokowski - New York Stadium Symphony Orchestra -  années 1940







00:28 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/11/2011

Un long chemin vers la mer

 

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Un long chemin vers la mer

 


« J’ai envie d’ailleurs »
Marcel Pagnol

 


Qui n’a rêvé de voyager ?

Qui, reprenant à son compte la célébrissime réplique de Marius, ne se croit aujourd’hui le droit d’aller s’il le veut au bout du monde ? Qui ne trouve normal de brûler des lacs de kérosène pour arriver plus vite dans l’endroit, quel qu’il soit, de son désir ?

Pourtant, se rendre d’un lieu à un autre, quitter sa glèbe et son travail, a été, pendant de longs siècles, interdit à la plupart des humains (il n’est pas question, ici, de migrations, ni de commerce ni de Tziganes). Depuis au moins la fin de l’empire romain pour ceux d’Europe.

À l’exception des marins, peu encouragés à quitter leurs navires-souvent-prisons, se déplacer fut longtemps le privilège des castes dominantes. Ah, les chevaliers errants de la cour du roi Artur... qui se trouvent avoir été nos premiers féodaux ! Si l’on s’en tient à l’Europe (balayons devant notre seuil), les premières grandes migrations avec retour prévu à la maison, furent les Croisades. Bien sûr, à côté des nobles il y eut des ignobles : il fallait bien des manants pour porter les paquets, panser les chevaux, faire la tambouille, fourbir les heaumes, remmailler les hauberts... Ceux-là y allèrent à pied. Mais quand d’irréfléchis pastoureaux s’improvisèrent croisés-enfants, voulurent aller, eux aussi, libérer le tombeau du Christ, cela déplut en hauts lieux. Il leur arriva des bricoles. De l’espèce définitive. Atteignirent-ils seulement Venise ? Est-ce dans la lagune qu’ils disparurent ?

Oh, il y eut bien, de temps à autres, une exception pour confirmer la règle. On se souvient ici d’un ouvrier foulon qui s’en alla, vers le dernier quart du XVIIIe siècle, jusqu’en Carinthie en passant par Rome, vendant en route son travail. On le sait parce que, comme Ulysse, il est revenu chez lui, plein d’usage et raison ou pas ; on le sait parce qu’il avait appris tout seul à écrire et qu’il a tenu un journal.

Avant cela, il y avait eu quelques étudiants gyrovagues, se déplaçant d’une école à l’autre et même de France en Italie. Ainsi d’Étienne Dolet, phénomène surdoué autant qu’esprit sans entraves. Ainsi de Rabelais, moinillon de même tonneau, en rupture de cloître. Encore fallait-il, pour aller voir le pape à Rome, être attaché à la maison d’un Grand. Et on y allait à pied. Quelquefois à mule, si votre seigneur avait intérêt à vous ménager.

Le XVIIIe siècle, qui vit et fit tant de choses, vit enfin la classe bourgeoise se mettre à regarder autour d’elle, et, là aussi, marcher sur les brisées des aristocrates. Un des premiers grands voyageurs non nobles de l’époque fut sans conteste Casanova. Il y eut aussi Mozart qui dut prendre bien souvent la poste (les voyages professionnels ne comptent pas).  Mais c’est encore à pied qu’André-Modeste Grétry s’en alla – par deux fois – de Liège à Rome, le corps tout entortillé de dentelles, pour n’avoir pas su dire non à ceux qui le priaient de les passer pour eux aux douanes. À pied aussi qu’il remonta de Rome à Paris, avec arrêt à Ferney, pour saluer l’ancêtre.

Privilège d’aristocrates encore le « Grand Tour » des jeunes Anglo-Saxons du XIXe siècle. Il en fallait de l’argent, et des relations puissantes aux étapes, pour inventer le tourisme !

Quant à la génération des jeunes bourgeois nés trop tard et frustrés du grand rêve sur lequel venait de retomber un couvercle de plomb, dont la meilleure part se suicida, se pendit, se révolvérisa, se noya dans l’alcool et les drogues, elle s’en alla chercher un dérivatif dans le gothique et dans les forêts profondes. Elle s’intéressa aux indigènes des villages les plus reculés, les étudia, les fit parler. De cette forme d’évasion sont nés l’étude de plus en plus sérieuse du folklore, des religions comparées, l’anthropologie et l’ethnologie. Les voyages, pour beaucoup, se firent alors «d’étude». Toutes choses interdites, cependant, aux damnés de la terre attachés à la meule, voués au voyage en rond, qui n’y échappèrent que de temps en temps, pour sillonner, c’est vrai, l’Europe, dans tous les sens, viande à canon de l’une ou l’autre armée.

Privilège de bourgeois encore le voyage de Leigh Fermor, de Rotterdam à Istanboul, en 1933-34, à pied la plupart du temps, mais souvent d’un château l’autre...

En 1936, alors que s’accumulait l’orage, la plèbe enfin arracha le droit d’aller voir, elle aussi, là-bas si elle y était. « Là-bas », n’exagérons pas. Ici et là. À bicyclette. Et dans des auberges de jeunesse en guise de cinq étoiles. Commettant néanmoins par là le péché d’indifférence - le plus grave de tous - d’abandonner l’Espagne à son sort.

La plèbe n’a pas droit au péché. Elle ne se doutait pas et découvrirait trop tard qu’elle se condamnait ainsi à subir le sort qu’elle n’avait pas voulu partager. Funeste changement de priorités. Mais l’habitude était prise, et une centaine de millions de morts plus tard, les vacances seraient devenues plus sacrées que n’importe quoi, plus sacrées même que les révolutions. On vivrait celles des autres par procuration. En spectateurs. En touristes. Et le bonheur n’est plus une idée neuve en Europe. C’est une idée oubliée.

Au début des années cinquante, ce qui restait du continent, hébété, léchait ses plaies. Les premiers voyageurs à se remettre en route ne pouvaient être que suisses. Ce furent Nicolas Bouvier et Thierry Vernet. Et une increvable petite voiture.

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Poussés par l’envie de se soustraire pour un temps au confortable pays que venait de brocarder Orson Welles dans un film inoubliable et de voir le vaste monde avec, pour tout viatique, leurs talents respectifs et leur aptitude à survivre, ils s’en allèrent vers l’Est, en offrant qui sa prose, qui son dessin, aux populations traversées, en échange du gîte et du couvert. Cette première aventure de l’après-guerre devait conduire l’un au Japon et l’autre aux Indes, et les faire se rejoindre ensuite, quelque part en Asie.

Comme toujours, les Balkans léchaient leurs plaies plus vite et mieux que les autres. Qui, ayant lu L’usage du monde, pourra jamais oublier ce chant d’amour à une Yougoslavie naissante, dans une Europe aujourd’hui à jamais disparue, dont la nostalgie est si poignante qu’on en vient à se dire qu’il est heureux pour Nicolas Bouvier et Thierry Vernet d’être morts avant 1999.


L’Usage du monde
Court extrait pour se faire plaisir


Vernet 1.jpgFainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. Entre la grande arche du pont de la Save et la jonction du Danube, la banlieue poudroyait sous les feux de l'été. Elle devait son nom Saïmichte (la foire) aux reliefs d'une exposition agricole transformée par les nazis en camp de concentration. Pendant quatre ans, juifs, résistants et tziganes y étaient morts par centaines. La paix revenue, la municipalité avait sommairement recrépi ces lugubres « folies » pour les artistes boursiers de l'État. La nôtre - portes qui jouent, fenêtres crevées, chasse d'eau rétive - comptait cinq ateliers allant du dénuement complet à une bohème cossue. Les plus démunis des locataires, ceux du premier étage, se retrouvaient chaque matin, blaireau en main, devant le lavabo du palier, en compagnie du concierge - un mutilé de guerre, la casquette vissée au crâne - auquel il fallait pincer la peau du menton pendant que de sa main unique il y passait prudemment le rasoir. C'était un homme souffreteux, plus méfiant qu'une loutre, sans rien d'autre à faire que surveiller une fille en âge de fauter, et glaner dans les toilettes - des latrines à la turque où l'on vide ses poches avant de s'accroupir - les bricoles : mouchoirs, briquets, stylos, que les usagers distraits avaient pu oublier. Milovan le critique littéraire, Anastase le céramiste, et Vlada, un peintre paysan, occupaient les ateliers du rez-de-chaussée. Toujours prêts à nous aider, à nous servir d'interprètes, à nous prêter une machine à écrire, un morceau de miroir, une poignée de gros sel, ou à convier la maisonnée entière, lorsqu'ils avaient vendu une aquarelle ou un article, à un banquet vociférant - vin blanc, poivrons, fromage - suivi d'une sieste collective sur le plancher ensoleillé et nu. Dieu sait pourtant qu'ils vivaient chichement, mais les années noires de l'occupation et de la guerre civile leur avaient enseigné le prix de la douceur, et Saïmichte, à défaut de confort, avait une bonhomie bien à elle. C'était une jungle de pavots, de bluets, d'herbes folles qui montait à l'assaut de ces bâtiments dégradés, et noyait dans son vert silence les cambuses et les campements de fortune qui avaient poussé tout autour. Un sculpteur habitait le pavillon voisin du nôtre. Le menton sali de barbe, ses marteaux à la ceinture comme des colts, il dormait sur une paillasse au pied de la statue qu'il était en train d'achever : un partisan torse nu, le poing fermé sur une mitraillette. C'était l'homme le plus riche de la zone. L'époque lui était clémente ; en monuments aux morts, en étoiles de granit rouge, en effigies de maquisards aux prises avec un vent de deux cents kilomètres, il avait pour quatre ans de commandes au moins. C'était naturel ; après avoir été l'affaire des Comités secrets, les révolutions s'installent, se pétrifient et deviennent rapidement celles des sculpteurs. Dans un pays qui, comme la Serbie, n'a cessé de se soulever et de se battre, ils disposent déjà d'un large répertoire héroïque - chevaux cabrés, sabres au clair, comitadjis - dans lequel il suffit de puiser. Mais cette fois, c'était plus difficile. Les libérateurs avaient changé de style ; ils étaient à pied, tondus, soucieux, rébarbatifs, et la cuillère de confiture que le sculpteur nous offrait, selon la coutume serbe, lorsqu'on lui rendait visite, suggérait un univers moins martial et plus doux.

A l'autre bout du terrain vague, une glacière flanquée d'un débit d'alcool servait de boîte postale et de rendez-vous à ceux qui vivaient ici entre ciel et broussaille avec leurs poules et leurs chau- drons. On en emportait de lourds blocs terreux d'une glace à gros grains et des sorbets au lait de chèvre dont le goût suri restait jusqu'au soir dans la bouche. Le bistrot n'avait que deux tables autour desquelles les chiffonniers de la zone - des vieux, les yeux rouges et mobiles, qui à force de flairer l'ordure ensemble avaient pris l'air de furets grandis dans le même sac - s'installaient aux heures chaudes pour dormir ou trier leur récolte.

Derrière la glacière s'étendait le domaine d'un brocanteur ukrainien qui logeait dans une niche très propre au milieu de ses trésors ; un homme de poids, coiffé d'une casquette à oreilles, qui possédait une colline de chaussures hors d'usage. une autre d'ampoules fusées ou éclatées, et menait son affaire en grand. Un monceau de bidons percés et de chambres à air cuites complétait son fonds de commerce. L'étonnant, c'était le nombre de clients qui quittaient son dépôt, leurs « emplettes » sous le bras. Passé un certain degré de pénurie, il n'est rien qui ne se négocie. A Saïmichte, UN soulier - même percé - pouvait constituer une affaire, et la colline de l'Ukrainien était souvent gravie par des pieds nus, sondée par des regards brillants.

Vers l'ouest, le long de la route de Zemoun, Novi-Beograd élevait au-dessus d'une mer de chardons les fondations d'une cité satellite que le gouvernement avait voulu bâtir, malgré l'avis des géologues, sur un sol mal drainé. Mais une autorité - même auguste - ne prévaut pas contre un terrain spongieux et Novi-Beograd, au lieu de sortir de terre, persistait à s'y enfoncer. Abandonnée depuis deux ans, elle dressait entre la grande campagne et nous ses fausses fenêtres et ses poutrelles tordues où perchaient les hiboux. C'était une frontière.

A cinq heures du matin, le soleil d'août nous trouait les paupières et nous allions nous baigner dans la Save de l'autre côté du pont de Saïmichte. Sable doux aux pieds, quelques vaches dans les vernes, une gamine en fichu qui gardait des oisons, et dans un trou d'obus un mendiant endormi recouvert de journaux. Le jour levé, les mariniers des chalands et les gens de la zone y venaient laver leur linge. En bonne compagnie nous frottions nos chemises, accroupis dans l'eau terreuse, et tout le long de la berge, face à la ville endormie, ce n'étaient qu'essorages, bruits de brosses et chansons soupirées pendant que de grandes banquises de mousse descendaient au fil de l'eau vers la Bulgarie.

L'été, Belgrade est une ville matinale ; à six heures l'arroseuse municipale balaie le crottin des charrettes maraîchères et les volets de bois claquent devant les boutiques ; à sept, tous les bistrots sont bondés. L'exposition ouvrait à huit. Un jour sur deux j'allais la tenir pendant que Thierry relançait jusque chez eux les acheteurs rétifs ou dessinait dans la ville. Vingt dinars l'entrée, pour ceux qui les avaient. La caisse ne contenait qu'une poignée de monnaie et, oublié par le dernier exposant, Variétés V de Valéry, dont le style maniéré prenait ici une allure exotique qui ajoutait au plaisir de lire. Sous le pupitre, une demi-pastèque et une fiasque de vin attendaient les amis d' ULUS qui venaient en fin d'après-midi proposer un plongeon dans la Save ou traduire un brin de critique paru dans un journal du soir.

- ... M. Verrrnettt'e... a certes bien vu nos campagnes et ses croquis sont amusants... mais, il est trop sarcastique et manque encore de... manque encore de - comment dites-vous donc, faisait le traducteur en claquant ses doigts -... ah ! j'y suis, de sérieux !

Vernet 2.jpgLa vérité, c'est que le sérieux est la denrée préférée des démocraties populaires. Les journalistes de la presse communiste qui venaient de bonne heure le matin faire leur papier en avaient à revendre. C'étaient de jeunes officiels aux chaussures craquantes, sortis pour la plupart des maquis titistes et qui tiraient de leur importance nouvelle une satisfaction bien légitime, encore qu'elle les rendît un peu rogues et incertains. Ils passaient, le front barré, d'un dessin à l'autre, censeurs sévères mais perplexes, car comment savoir si l'ironie est rétrograde ou progressiste ?

Entre onze heures et midi, l'affiche de la porte - soleil jaune sur fond bleu - attirait tous les mioches de l'avenue Terazié, retour de l'école. Une exposition de tartines n'aurait pas eu plus de succès; des gamines aux sourires ébréchés longeaient les cimaises à cloche-pied ; des gosses tziganes empoussiérés payaient d'une grimace, se coursaient d'une salle à l'autre avec des cris stridents et laissaient sur le parquet ciré l'empreinte de minuscules pieds nus.

Cinq à six, l'heure creuse, nous amenait quelques revenants des beaux quartiers. Pitoyables et doux « ci-devant » dont le français léger et les visages d'un effacement plein d'égards trahissaient l'origine bourgeoise : vieillards aux moustaches tremblantes chargés d'énormes cabas et matrones en chaussures de tennis, bronzées comme des paysannes, qui tiraient leur chaise jusqu'à la caisse, nous tendaient une main sèche et sondaient prudemment pour trouver l'écho de leurs ruminations mélancoliques. Beaucoup d'entre eux, revenus au pays après l'amnistie d'octobre 1951, occupaient la plus petite pièce de leur ancien logis et les situations les plus imprévues. Un vieil avocat mélomane copiait des partitions pour un orchestre de jazz, une muse des salons d'autrefois pédalait au point du jour vers de lointaines casernes pour y enseigner le solfège ou l'anglais. Ils ne jetaient aux murs qu'un regard distrait mais, trop seuls pour s'en aller tout de suite et trop fiers pour le dire, ils se lançaient - de façon à tenir jusqu'à la fermeture - dans de harassants monologues sur le tombeau du roi Alexandre ou sur les couvents désaffectés de Macédoine que nous qui pouvions comprendre devions voir absolument. Et ils restaient là, pressants, lassés, confidentiels, multipliant les conseils. Mais le coeur n'y était plus. Pour le courage on se force, pas pour l'entrain.

A la tombée du jour c'était toute la rue qui passait par l'exposition. Les Belgradois avaient trop peu de distractions pour en négliger aucune. La vie était encore assez frugale pour que chacun fût affamé de tout et cet appétit suscitait bien des découvertes. Des théologiens suivaient les courses de motos, des paysans - après une journée d'emplettes dans l' Ulitza Marshala Tita - venaient ici découvrir l'aquarelle. Ils déposaient contre la porte un sac d'engrais, un licou neuf, une serpe au tranchant graissé, lorgnaient les billets d'un oeil perçant et sortaient l'argent de leur ceinture ou de leur calot. Puis ils croisaient d'un dessin à l'autre à larges enjambées, mains dans le dos, et regardaient posément, bien résolus à en avoir pour leurs dinars. Leur oeil, formé par les clichés pâteux du « Journal de Mostar » ou de « L'Écho de Cettigné », avait du mal à saisir d'emblée ce dessin linéaire. A partir d'un détail familier - dindon, minaret, guidon de bicyclette - ils démêlaient le sujet, se mettaient soudain à rire ou à soliloquer et tendaient le cou pour voir s'ils reconnaissaient leur gare, leur bossu, leur rivière. Devant un personnage débraillé ils vérifiaient leur braguette. J'aimais cette manière de rapporter les choses à soi, de les examiner lentement, patiemment, en pesant le travail. D'ordinaire ils restaient là jusqu'à la dernière, à l'aise dans leurs larges braies et leur fumet campagnard. puis passaient courtoisement à la caisse pour serrer la main de l'artiste ou lui rouler une cigarette qu'ils collaient d'un grand coup de langue. A sept heures, Prvan, le manager d'ULUS, venait aux nouvelles. Non, les acheteurs de l'État qui constituaient sa principale clientèle ne s'étaient pas encore décidés.

- Eh bien, disait-il, nous irons les chercher demain par l'oreille - et il nous emmenait manger la tarte aux épinards chez sa mère.


A défaut de clients, les amis sortaient de terre sous nos pieds. Il y a en Serbie des trésors de générosité personnelle, et malgré tout ce qui y manque encore, il y fait chaud. La France peut bien être - comme les Serbes se plaisaient à nous le répéter - le cerveau de l'Europe, mais les Balkans en sont le coeur, dont on ne se servira jamais trop.

Vernet 3.jpgOn nous invitait dans de sombres cuisines, dans de petits salons d'une laideur fraternelle pour d'énormes ventrées d'aubergines, de brochettes, de melons qui s'ouvraient en chuintant sous les couteaux de poche. Des nièces, des ancêtres aux genoux craquants - car trois générations au moins se partageaient ces logis exigus - avaient déjà préparé la table avec excitation. Présentations, courbettes, phrases de bienvenue dans un français désuet et charmant, conversations avec ces vieux bourgeois férus de littérature, qui tuaient leur temps à relire Balzac ou Zola, et pour qui J'accuse était encore le dernier scandale du Pans littéraire. Les eaux de Spa, « L'Exposition coloniale »... quand ils avaient atteint le bout de leurs souvenirs, quelques anges passaient et l'ami peintre allait quérir, en déplaçant force vaisselle, un livre sur Vlaminck ou Matisse que nous regardions pendant que la famille observait le silence comme si un culte respectable auquel elle n'avait pas part venait de commencer. Cette gravité me touchait. Pendant mes années d'études, j'avais honnêtement fait de la « culture » en pot, du jardinage intellectuel, des analyses, des gloses et des boutures ; j'avais décortiqué quelques chefs-d'oeuvre sans saisir la valeur d'exorcisme de ces modèles, parce que chez nous l'étoffe de la vie est si bien taillée, distribuée, cousue par l' habitude et les institutions que, faute d'espace. l'invention s'y confine en des fonctions décoratives et ne songe plus qu'à faire « plaisant », c'est-à-dire : n'importe quoi. Il en allait différemment ici ; être privé du nécessaire stimule, dans certaines limites, l'appétit de l'essentiel. La vie. encore indigente, n'avait que trop besoin de formes et les artistes - j'inclus dans ce terme tous les paysans qui savent tenir une flûte, ou peinturlurer leur charrette de somptueux entrelacs de couleurs - étaient respectés comme des intercesseurs ou des rebouteux.


*

La révolution de 1968, dite fort justement « événements de mai-juin », ne dansa qu’un seul printemps. Et partit en vacances. Vaincue, non par un vieux général, mais par sa propre impuissance. Déclin de l’Occident ?

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Les héritiers de 93 et de 48 s’évadèrent dans la musique, les fleurs et les religions exotiques. Il y eut Woodstock et Wight... Au lieu de remonter des barricades, on fuma des joints – justement, les squales qu’on s’était flattés de combattre en avaient à vendre – et on partit sur les routes. Vers l’Eldorado Katmandou. On y alla par tous les moyens : en train-tarif-étudiants, en stop, dans des guimbardes achetées en commun d’occase, etc. On explora tout, de préférence l’Asie, mais aussi l’Amérique, du Sud et du Nord. On fit des crochets par l’Afrique, mais moins.

Bref on noya sa frustration dans l’évasion géographique autant que dans l’évasion toxique. Les bêtes de somme, cette fois encore, n’en furent pas, plus que jamais attachées à leur meule, en attendant qu’on les dételle pour la leur passer au cou et les noyer avec, dans le chômage.

Les jeunes bourgeois, soyons justes, ne fuyaient pas toujours qu’une société figée, d’ailleurs elle ne l’était plus tant que cela, mais aussi, pour certains, des rigidités familiales devenues insupportables.

Notre ami Édouard Lecèdre est de la génération qui entra dans l’adolescence alors. Comme tant d’autres, il succomba à l’appel de l’ailleurs et des peuples qui n’étaient pas le sien. Il s’en emplit autant que faire se pouvait les yeux, le coeur et la mémoire. Pourtant, il fallut bien revenir un jour, gagner son pain à la sueur de son front, tout le monde n’est pas doué pour devenir colon.

Des décennies plus tard, le virus ne l’a pas lâché. À chaque fois qu’il peut quitter sa chaîne, il y retourne, loin ou près. Mais le monde a changé. Beaucoup des endroits qui l’avaient enchanté ne sont plus que ruines. Ou villages Potemkine dissimulant des prisons, quand ce n’est pire. Malaise, à l’idée d’aller partager leurs paysages avec les écrasés, sans partager leur sort - « Touristes ! » était l’injure de prédilection de feu Jean Krajewski, un autre ami à nous, que vous ne connaissez pas - ; le voyageur Lecèdre ne se supporte pas touriste. Interrogations... Désirs... Doutes... Examen de conscience, ou autocritique si vous préférez... Il a tout mis par écrit, en vers, et nous l’a envoyé.

 

 

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Quelqu’un me demanda, d’un ton curieux, mon âge
 En voyant mon poil blanc et ma tête chenue
 Je répondis : une heure au plus, pas davantage,
 Si j’en crois ma raison et me fie à ma vue
 Tu viens de proférer une chose insensée
 Je lui dis : la maîtresse à qui mon cœur se lia
 M’a laissé, un beau jour, lui voler un baiser
 J’aurais beau prolonger mes années ici-bas
 Je ne compte pour vrai que cette heure passée

Ali Ibn Hazm
Poésie omeyyade
Chants d’Al Andalus


                   Le chemin de l’excès mène au palais de la Sagesse
Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque
chose apparaîtrait à l’homme comme elle est, infinie

William Blake


La poésie est ce qu'il y a de plus réel,
ce qui n'est complètement vrai que dans un autre monde.

Charles Baudelaire


Je préfère le flux héraclitéen des choses
à la sphère parménidienne de l’état de choses

Edouard Lecèdre
Aphorismes – Œuvres complètes – Tome V




*



Soleil caché survient
Rêves surpris vite s’enfuient
Ecoute le matin


Ton cri au loin
Je m’en vais vite
Souffle de la course


Un œil liquide
Offre un mouchoir
L’éclat du rire


Muses est-ce vous ?
Muses, êtes-vous là
M’entendez-vous ?
Muses, m’entendez-vous ?


Ainsi notre chant t’est parvenu
Comme un arôme poétique.
Serais-tu si ému
Par nos exhalaisons orphiques ?


Sachez que mes projets de parcourir la Terre
Telles des boules de bourgeons longtemps pelotonnés
Eclosent aujourd’hui, se déploient dans les airs.
Un jour nouveau se lève
Un état de partance synonyme d’harmonie
Fait circuler en moi une nouvelle sève,
Une furieuse envie d’apprendre les pays,
Un désir ardent d’embrasser le monde,
Le mordre à pleine dent :
Découvrir les fruits inconnus des lointains
Tricoter la maille des méridiens
Couvrir de mes mains, de mes pieds
Les quatre points cardinaux
Parcourir le monde, m’instruire aux nouveautés
Recevoir, donner, l’amour et l’amitié
Surprendre les beautés intangibles
Ecouter la poésie secrète des Chants de cette Terre !
Comment, que dites-vous ?

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Oter le manteau de plomb d’une année de béton. Difficile !
Affaires pressées, bousculées. Fuir. Tout en vrac. Tic tac
Vertige de la vacance. Délivrance. Grand trac ?
Ivresse du départ, frisson des découvertes. Crédible ?


Je prépare ce départ, enfiévré, affairé.
Vers d’autres horizons, ouvrir mes connaissances
Intrigues des différences, nouer d’autres alliances
Parcourir ce monde, joyeux et affamé
Muses, suivez-moi mes Amies
Comment, que dites-vous ?

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Vivre le monde ses peuples sa géographie
En liberté conditionnelle ?
Quelle vérité, quelles sensations, charivari
Sempiternelle ritournelle ?
Eviter l’Indigène, étaler sa richesse
Ivre jouir de fruits exotiques ?
Sourd, aveugle, enfiévré d’une morne paresse,
Sauf aux crédits photographiques ?
Retour exalté un jour, hâlé quelques autres
Pauvres récits sans lendemain !
Et recommencer encore encore, vieil apôtre
Religion des mirages lointains !

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Mais de cela je me départis mes Amies

Nul artifice ?

Découvertes et curiosités sont ici rassemblées

Havresac ?

Hasarder le dormir, plaines sauvages, villes lumière

Bivouac ?

Vaincre la peur, accueillir l’inconnu

Amitiés complices ?


Je prépare ce départ, enfiévré, affairé.
Vers d’autres horizons, ouvrir mes connaissances
Intrigues des différences, nouer d’autres alliances
Parcourir ce monde, joyeux et affamé
Muses, suivez-moi mes Amies
Comment, que dites-vous ?

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Il faut avant toute chose pour embrasser le monde
Connaître d’autres bulletins
Avant que vainement tu ne vagabondes.
Sont tous devenus incertains
Les pays de cette Terre qui forment le vaste Tiers Monde :
Torturés triturés, éteints.

Foulant les sols allongés des landes lointaines
Où ciel et terre à l’horizon
Joignaient leur ligne claire sans que ne survienne
Ni le bruit ni la confusion,
Tu parcourais encore le magique Orient
Sans industrie, à cœur ouvert.

Au sein des curieuses tribus de l’Afghanistan
Qui sillonnent les sentiers déserts
Accueilli, pauvre ami, parmi les démunis
Tu recevais de leurs simples gestes
La leçon que l’espoir n’est peut être pas fini
Espaces séparés, même sagesse.

Tous les peuples de l’Inde et de l’entière Asie
A présent dos courbés de détresse
Ont oublié leurs chants pour fixer du regard
L’aigle royal ivre de rage
Accomplir les desseins de ses maitres barbares
Cette horreur, tu l’envisages ?

L’ordre impérial né de l’hybris des nouveaux tzars
Rêve de peuples sages en cage
Sais-tu où se trouve aujourd’hui la Palestine ?
En Judée dis-tu, que nenni
Archipel de terres massacrées, tout n’est que ruine
Brasier de colère infinie.

Vois-tu les palais de Bosnie Herzégovine ?
Havre où gisaient les anciens bruits
Tes yeux ne t’égarent pas, ils sont couverts de cendres
A disparu Sarajevo
Une paix règne dans les cœurs où il gèle à pierre fendre
Dure la guerre au Kosovo.


Partir à tire d’aile et de moi vous vous moquez.
Foin des pensées d’ici-bas compressées en ballots embourbés
L’attirance vers l’ailleurs est mon rêve sublimé
Ses contours enchanteurs, où les brises, alizées,
Poussent en larges courbes, en droites lignes
De fraîches et nouvelles pensées.
Elles se déploient  là-bas en arabesques multiples
Dessinant dans les ciels des figures géométriques
Retrouvant la joie qu’on croyait perdue :
La merveille de l’éveil devant l’inconnu.
Volent et s’envolent, elles s’élèvent dans l’azur
Cerfs volants impétueux, libres et indociles.
Trop longtemps confinées dans des malles oubliées
Elles se baignent dans le rire et l’extase
Des rencontres singulières qu’accompagnent tous voyages.
Partir loin d’ici, oui dis-je, en courants ascendants
Pour m’élever, découvrir des scènes différentes
Où les hommes aux membres longs et chauds
S’inscrivent dans la vie par d’autres dispositions,
Content des histoires avec une autre grammaire
Où les femmes aux enveloppes enivrantes
Jouent la surprenante musique d’autres compositions,
Utilisent un nouveau vocabulaire
Pour faire voler haut leurs chants
Firmament de l’extase
J’ai rêvé traverser les contrées sauvages, les villes illuminées
Rechercher, rencontrer la multiplicité
Des histoires parallèles, des routes croisées
Qui tel un filin forment l’entrelac de nos destinées – Un filet ?
Plutôt une gaze légère et néanmoins serrée
Immense rhizome de contacts immanents
Sur lequel le hasard, papillon liberté
Favorise les esprits qui y sont préparés
Tout cela n’est-il donc plus possible ?

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Naviguant sur les mers aux reflets argentés
Où les flots mêlés au zéphyr
Offraient la transparence des abysses inviolés
Bleu profond d’un liquide saphir
Tu plongeais dans l’océan, nu et innocent
Sans craindre ni mort ni maladie.

Sur le sable de la grève soulevé par le vent
La pluie de chaleur du midi
Faisait briller tels des diamants les coquillages
Perles nacrées de porcelaine
Là où maintenant les immondices nagent
Ton regard se brouille avec peine.

Les riches foules abouliques vautrées aux rivages
Epuisées à en perdre haleine
S’étirent à l’infini sur les côtes tropicales
Guirlandes d’algues d’une autre espèce
Pourras-tu voir une bonne fortune occidentale
Sous l’obscène du vil commerce ?

Aux pays éclairés d’aurores boréales
Où les poignards du froid transpercent
Les robustes carapaces, les épaisses cuirasses
Des monstres et mammifères marins
Ne restera plus trace du grand désert de glace
L’Océan Arctique défunt.

La mer du commencement que tu admires en face
Regard poète porté au loin
Au jour de tes rencontres solennelles avec elle
Aura perdu l’éclat magique
Te laissant seul et reclus, moine sans chapelle
Triste comme Caspar David Friedrich.


Je veux partir loin d’ici
Muses, s’il vous plait suivez-moi mes Amies
Le monde que vous me chantez porte un drôle de masque
Sa musique est vacarme, son odeur nauséeuse
Je devrais vous croire et pourtant j’entends là-bas au loin
Les mélopées rêvées, imaginées
Au secret de mes nuits à passer dessiner
Les plans savamment étudiés de mes évasions
Déjà je vois les habitants de ces contrées lointaines
M’accueillir avec rire et sourire
Voyant juste que je suis musicien – Une guitare ?
Par exemple, quelque chose de gracieux, pas un tintamarre
Trois accords majeurs, une première mélodie
Ils m’entourent aussitôt
Forment des quatuors d’étranges instruments
D’où sort une musique de fêtes et de grandes occasions.
Parfois c’est une ode que je me vois chanter
Près de l’âtre d’une cheminée
Rondins de bois en cabane dans les bois
Refuge bienvenu isolé dans la plaine.
La musique dans ce cas est notre langue commune
Je déplie mes cartes et montre mes papiers
Là je suis né et là j’habite, eux sont d’ici
Depuis toujours, plusieurs générations.
L’œil scrutateur et interrogatif, un moment
Me demande pourquoi
Pourquoi ? Oui pourquoi suis-je ici sans lendemain
Avec eux, ici, pourquoi
Que dire ? Immensité des réponses imparfaites
Et pourtant attendues
Temps suspendu
La magie d’un instant apparait là soudainement
Fragilité qu’il faut bien protéger
Les cœurs parlent, les vérités s’éveillent,
On se met à nu et dans un balbutiement
On formule maladroits des émotions sincères.
Des Etres humains jusqu’ici inconnus
Découvrent leur commun cœur à nu.
Des Hommes se connaissent et se reconnaissent
Debout, solennels, un peu gauches et muets
Par les regards seulement rattachés,
Nous comprenons notre lutte commune
L’arrachement, le labeur de la condition humaine
Nous nous découvrons frères et sœurs
Lancés dans la quête sans fin d’un amour incertain
Cette rencontre éphémère marque nos cœurs
Donne une leçon de philosophie
Allume un sémaphore dans la nuit de l’oubli
Croyez-vous mes Amies, qu’une telle alchimie
N’aie plus cours nulle part aujourd’hui

 

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Comment se portent-ils nos colonisateurs
Nos maîtres d’Outre Atlantique
Théocrates financiers et moralisateurs
Croisés d’une nouvelle casuistique ?
Caliban, libéré de Prospero, guide
Les tumultes de la Tempête.

Fort du succès de leur premier génocide
Amérindiens tristes spectres
L’Amérique déchaînée, ce Moloch cupide
Sur la nouvelle Baal Bek
Dévore les dissidents qui osent la voir en face
N’est-ce pas déjà un ancien monde ?

De fameux charognards et de furieux rapaces
Volent sans fin en une ronde
A mille lieues des idéaux de l’Antique Hellas
Financiers, pilleurs du monde
Où sont leurs nids d’acier dans cette Babylone ?
Dans la célèbre rue « Vole Street ».

Si le réalisme de cette peinture te questionne
Suis les conseils de Démocrite
Nourris ta conscience d’utiles oxymorons’
Comme : Liberté/Terre d’Amérique !
Prends garde aux mythes de ce pseudo Eldorado
Vrai poison, dangereuses toxines.

Ne tarde pas ! - John Muir, Henri David Thoreau
Flammes absentes de leur hymne
Gisent en pathétiques héros, perdus, oubliés
Caves du Temps, noires et souterraines
La nature là-bas est une prostituée
Généreuse d’amours puritaines.


Un peintre amateur a sur sa palette
Mélangé l’encre noire au sombre des fumées,
L’ardoise monastique au profond anthracite
A déguisé les cieux d’une robe de pluie
Aux reflets d’eau sale et d’étain dépoli.
Une ombre diluée se répand dans la plaine
Sang gris s’écoulant doucement d’une mélancolie
Blessée au flan, d’une pâleur extrême
Tel est devenu le tableau de mon esprit
La couleur d’un loup gris
Qui surplombe le pays
Assis, le regard flottant sur un vaste écran
Je regarde muet un spectacle présenté anciennement
Où le noir et le blanc, couple uni fusionnel
Racontaient en dansant des histoires éternelles
Pensez-vous que la vie, d’une maladie atteinte
Ne reflète aujourd’hui que ces deux pauvres teintes ?
Puis-je encore m’éblouir à l’éclat de souvenirs – Multicolores ?
Oui, irradiants de substances, de nuances, de pigments
Il existe des souvenirs aux couleurs éternelles
Eblouissants de lumières qui crépitent de mille feux
Fête foraine de l’esprit
Méandres de la cervelle, de dancing en zinzin
Sautillant toute la nuit
Quitter la torride Assouan à la proue d’un navire
Face au soleil, dans le vent du désert
Là où seuls les éléments primordiaux dominent
Est une des portes d’entrée pour venir admirer
L’intimité secrète de la beauté terrestre
Qui se dévoile ici en toute allégresse.
La splendeur magnifique de ce moment de grâce
La puissante évidence de sa simplicité
Immuable comme un pur cristal
Est la preuve, je le veux croire encore
De la possible transmutation des matières
Où on peut être projeté, particule atomique
Au cœur d’une œuvre d’art elle aussi éternelle
Equilibre parfait de masse et de couleur
D’un tableau de Matisse ou de Joan Miro
Le Nil à cet endroit est une grosse veine bleue
Un flux de cobalt, un flot d’encre marine
Un courant puissant et silencieux
Qui s’écoule lentement comme une coulée de lave
Fraîche et profonde, mystérieuse, abyssale
Langue de guimauve transparente
Bleue comme la nuit
Les deux rives ont enfilé pour cette occasion
Une mince ceinture végétale offerte par le fleuve
D’un émeraude éclatant presqu’artificiel,
Le vert des feuilles scintille d’une fraîcheur éternelle.
Conflit d’intérêt entre les sens en éveil
Regard supplanté par la gourmandise
Brouter cette herbe magique est le début de la folie
Savez-vous que le sable est un étrange dessert ?
Deux langues de pain grillé enserrent le lit du fleuve
Beurrées de confiture d’abricot.
Les dunes se dressent de part et d’autre en tartines orangées
Limon ambré qu’un drôle d’alchimiste
A transformé en poudre de cuivre et d’or
Prêtes à se fermer sur cette masse liquide
La vallée du  Nil est un sandwich cosmique
 Relief oublié d’un festin antique
Pensez-vous mes amies que la nature écœurée
Des outrages que vous me chantez
S’est vraiment retirée dans ses appartements privés ?

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L’Humanité jadis a quitté son berceau
Enfoui dans les crevasses du Rift
En Ethiopie prés d’un impétueux cours d’eau
Où reposait l’ancêtre Lucy
L’Humanité comme nourrisson – Des millénaires
Longtemps unie avec le monde.

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Depuis elle s’est levée a parcouru la Terre
Marche, court, titube et tombe.
Malgré son indéniable génie philosophique,
L’enfant s’impose devant l’adulte
Dominée par ses pulsions psychologiques
Prête à toutes les culbutes.

Tout sans vergogne tout d’suite, est le fait historique
Le pouvoir, véritable culte
Un adulte infantile règne sur le monde
Barbare insouciant et cynique
Sais-tu où est sa cour de jeu, basse cour immonde ?
Le Continent Noir – L’Afrique.

Cette vaste étendue, cette première scène du monde
Est devenue une mosaïque
Rouge écarlate du sang des damnés de la terre
Palette de carmins, vermillons
Prairies, savanes, déserts, changés en cimetières
Le reste laissé à l’abandon.

Ghana, Guinée, Tchad, Libéria, Congo, Niger,
Gambie, Zambie, Gabon
Le ballet des colons au long cou déplumés
Arpente comme des marabouts
Pourrais-tu sagement ces pays contempler
L’œil sec et sans crier au fou ?


Allongé sur le dos, je regarde le ciel
Une perle de verre, refoulée d’une pichenette
D’un aquarium géant affichant complet
S’en retourne vexée et tombe en chute libre
Droit dans le lac de mon œil
Plongeon audacieux affolant les larmes tranquilles
Qui s’enfuient en ruisselant le long de ma joue
Bientôt des piquetis claquètent et crépitent
Sous l’attaque en piqué
De minuscules polygones de bakélite
Tombant de çi de là
S’accélèrent, s’amplifient, tacataquent
Solo de percussions qui devient cataracte
Il est clair qu’une fuite est apparue
Dans l’emmêlé des canalisations célestes
Et que le ciel est sérieusement percé de part en part
La pluie – D’été ?
Oui, lourde et tiède - Aucun vent
Toilette du matin, éveil
La tignasse des champs, l’herbage des prairies
Les grasses pâtures, les gazons de jade
Les arbres aux larges feuilles croquantes
Les buissons ramassés au feuillage touffu,
Les charmilles discrètes et fragiles, les hautes futaies,
 Toutes les frondaisons embrassent la grande averse
La pluie drue et épaisse lave la forêt
Qui élargit son souffle
Extase !
Bacchanale végétale !
Bientôt la terre détrempée exhalera son haleine
En un hammam géant qui couvrira la plaine
Une clochette dans les bois - Un oiseau ?
Un moineau certainement
Lance une note aigüe qui pétille comme une bulle
Un merle là-bas répond à son appel
Un troisième plus près à son tour vocalise.
Les notes se règlent, les chants s’harmonisent
Pour réunir la parfaite chorale
De cette rhapsodie pastorale.  

 

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Humus et champignons ouvriront le cortège
Des effluves champêtres, des parfums mouillés
Odeurs de mousse et de terreau
Délicates invitées de cette fête dionysiaque,
Suivies des piquantes fragrances
Des pins, des sapins, de tous les résineux
Qui monteront hardiment à l’assaut des narines,
Poursuivies par le musc captivant des racines exotiques
Des bois tropicaux et des angéliques.
Très vite des arômes de tabac et de pain grillé
Mélangés au parfum de vanille et d’eucalyptus
Traverseront la scène pour rejoindre la danse
Exhalaisons de ce bal olfactif.
Mais de quelle opiacée me suis-je enivré ?
Ce bouquet que je viens de rêver est un conte de fée
Un paradis caché, un monde imaginaire !
A des milliards d’années lumière
Du pays que vous me décrivez
Où la puanteur règne en maîtresse mégère
Où l’âcre odeur du caoutchouc brûlé
Est un fumet plaisant à coté des remugles dégoutants
Des composts de cette terre pourrie.
Le monde que vous me chantez est-il un amas de chairs
D’où sort en fumée la charogne pesteuse ?
Rassurez-moi mes Amies
Se peut-il que le monde ressemble à ce point
Au portrait monstrueux de Dorian Gray ?

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Tu pouvais traverser Bohême, Moravie
Naviguer sur le Danube bleu
Embrasser la forêt de Transylvanie
Te baigner, eau douce, temps radieux
Un jour des boues rouges étouffèrent le grand fleuve
Pollution pourpre de l’alumine

Déesses magyares, sirènes hongroises sont mortes veuves
Dont tu verras les tristes mines
Blessure des Balkans sans que personne ne s’émeuve
Rives fleuries orphelines
Pauvreté de ces contrées rend les randonnées
Incertaines et dangereuses

Comme celles que tu ferais chez l’autre infortunée
L’exaltée et malheureuse
L’immense cône du Sud, la belle Amérique Latine
La cousine de l’Afrique
Se tuer pour un peso au fond de l’Argentine
Une rondelle métallique

Combien de vies pour traverser la Chaîne Andine ?
Comme on l’a dit, tristes tropiques
Il reste encore dans la forêt amazonienne
Quelques majestueux arbres
Il faut te dépêcher il en reste une douzaine
Qui te laisseront de marbre

La sylve exterminée par l’ordure humaine
N’a reçu que des coups de sabre
Les œuvres des nantis comme prédateurs souverains
Donnent le vertige, donnent des frissons
Crois-tu qu’ils puissent encore chanter les lendemains ?
Vas-tu partir cher compagnon ?


Je voulais partir loin d’ici.
Le trouble me saisit, vous m’avez abîmé.
Le château de mes rêves que j’ai bâti Renaissance
Se mue en un sombre ergastule médiéval
Mon esprit se difracte comme la bûche
Sous les coups de la hache
Entendez-vous ce grondement sourd
Qui enfle dans la vallée ?
Une avalanche a lieu à deux pas d’ici
Des blocs de vérités s’écroulent en cataracte
Des rocs de certitude déboulent et chutent en vrac
S’effondre ma Tour de Babel
Désirs édifiés, voyages construits.
Mes pensées après ce carnage ?
Un jardin révolutionnaire
Conçu par des paysagistes
Ayant connu des jours meilleurs
Un long mugissement monte des sols
Enserre ma tête dans un étau de fer
Je ne sais plus où je suis et ce qu’il en est
Du présent, de l’avenir et de la destinée
Ma bouche s’assèche, mon corps se vide
Un pas de plus et je perds l’équilibre
Un genou à terre, haletant, l’œil humide
Je m’affale comme un vieux sac sur la grève
Dans le désir d’une dernière pose languide
Touché au flan, allongé sur le sable
Immobile et hagard
Au-dessus de l’incommensurable
Un mouvement et un seul
Et je tombe dans le gouffre du néant
Tentation de l’oubli, du sommeil permanent.
Hérodote est bien mort, les Grands Voyageurs aussi
Les forces m’abandonnent, bientôt s’installera la nuit
Mon théâtre se vide et Vous seules restez
Constatez avec moi, la lutte fut inégale
Je ne m’avoue pas vaincu
Simplement abattu
Oui abattu par le sempiternel recommencement,
La permanence des choses
Qui aiment à croupir dans les mêmes bassins.
L’idée d’enfermement, cette exécrable vermine
L’image de la cage, de l’Etat, de l’état des choses
L’idée du cercle, le cercle lui-même
Le dessin du cercle devrait être banni
Des mathématiques, des cours de géométrie
Le cercle, voilà l’ennemi
Que ne l’ai-je combattu tout au long de ma vie !
Sous des milliers de formes, la bataille fut coriace
Casser l’encerclement, pousser les limites
Libérer la pensée de cette épaisse cuirasse
Détruire à tout jamais ce funeste graphique
Comme le poète l’a dit, faire bouger les lignes
Telle fut mon aventure, ma course perpétuelle.
Vos chants dévoilent hélas
L’immensité de la circonférence
L’ennemi serait-il vaillant ?
Serais-je donc battu ?

Je reste là vidé, allongé sur le sable
Le regard vers l’ailleurs, mystérieux insondable
Je compte le nombre de grains qu’un œil ainsi posé
Peut voir dans la dune qui me sert d’oreiller

Etes-vous toujours là ?

Savez-vous que l’éternel féminin est une mathématique ?
Je ris à cette idée, car elle est sympathique
La géométrie est une femme superbe
Elancée, svelte, mince et gracieuse
C'est-à-dire aujourd’hui, une femme moderne.
Sylphide, sa beauté naît de ses lignes fines
De ses courbes et de ses sinusoïdes
Ah ! La ligne droite de la fonction affine
Dressée comme une flèche, élancée vers l’infini
Ah ! Les courbes asymptotiques
S’approchant lentement pour le baiser final
Que dire des gros seins des courbes de Gauss
Ou de l’érotisme des lignes paraboliques
Qui taillent de guêpes et de belles silhouettes ?
Sans être sentimental, comment ne pas s’émouvoir
A la passion amoureuse
Des droites parallèles, amantes chastes et timides
Qui ne se touchent jamais en public
Mais se joignent, s’enlacent et s’étreignent
S’unissent s’embrassent et copulent
Pour ne faire qu’une, là-bas au bout de l’horizon
Cachées dans le Grand Lit de l’Imaginaire
D’où naissent les théories, les interrogations ?

Je délire diriez-vous ?
La fin est donc si proche ?

Muses êtes-vous toujours là ?

Blessé, vidé, allongé sur la plage
Je laisse les crevettes
Danser la rumba sur mon dos
Ravies de voir un cousin
Amphipode sauteur
Sans doute un petit voleur
S’échapper des pinces de robot
Qu’un char d’assaut de police
En forme de crabe lourdaud
S’évertue à poursuivre. Consciencieuse milice

Je respire
Je regarde
Le temps passe et je dors

Ressemble au gros rocher
Tout près à demi enfoncé
Gros dos
Scarabée
Doit se demander
De force ou de gré ?

Le ressac me berce
Les vagues
A tour de rôle
Viennent rendre
Leur visite amicale
Caressent ma nuque
Cajolent mon front
Papouilles
Je m’endors.

Lucioles de pensées
Papillonnent
N’ont pas le temps de se poser
Tourbillonnent

Et s’en vont

Regard ras du gravier
Soleil en ligne de mire
Et surtout la mer

La mer
La mer où tout peut recommencer

Le soleil
Le matin
Le chant des flots

 La mer

Tu étais déjà là
A mes anciens combats
Quand je ne voyais plus rien
Et doutais de tout
Sois donc la bienvenue

Comme tu le vois, je suis en mauvaise passe
Admettre le monde désenchanté
Est un sérieux coup de masse

Que faire ? Triste panorama :
Dans tous les pays les peuples sont à la peine
Forcés d’avaler de funestes marchandises.
A bien y regarder, ce devrait être un jeu d’enfant
De pouvoir se soustraire
Aux industries manufacturières
Qui dit-on fabriquent des biens et services
Fresques en trompe l’œil du jardin des délices
Offerts dents brillantes tout sourire
Par leurs terribles thuriféraires.
En réalité, dans une logique de fer
Ils gavent les malheureux des riens et sévices.

S’empiffrer de luxe dans les faux paradis
S’acheter bonne conscience dans le kiosque à journaux
Voler aux crocodiles ce qui leur reste de larmes
Et partir rassuré visiter les damnés de la Terre,
S’offrir une beauté naturelle
Le temps d’une rapide passe,
Tout l’équipement standard du voyageur moderne
Globe trotter d’une mappemonde palimpseste.
En rire ou pleurer, difficile de choisir.

Un bon psychanalyste pourrait-il guérir
Le monde des affaires ?
Le cas est complexe, il faut y réfléchir.
Il a dans son thalamus
Du stade anal gardé un vieux fantasme :
Un monde de moutons suit docilement
Les panneaux d’indication de leur chemin de vie
Où travailler, quoi penser, comment s’amuser
Sont les grandes étapes de leur chemin de mort.

Oui, je le constate et en suis aigri
Car il s’agit bien de tous les pays
Aussi l’Empire Amérique et l’Europe son vassal
Où malgré les apparences, plus profond est le mal
Dans tous les pays les nantis néantisent
Interdire, empêcher, limiter, imposer
Inventer, apeurer, suggérer
Endoctriner
Forment l’hymne halluciné de leur croisade maudite

Moloch mâche
Machinerie crache
Abjecte machinerie

Que faire ? Quelle liberté ?

Pourquoi devrais-je voir mes ailes rognées ?
Etre contraint de saupoudrer
Avec parcimonie et sans entrain
Guère plus qu’une poignée de jours
Dans cette contrée ci, dans cette contrée là ?
Comment pourrais-je alors oser me voir
En alouette face au miroir
Sans rire à ce spectacle noir ?
Parcourir le monde dans ces conditions
N’est-ce pas alimenter
Cette infernale machinerie ?

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Moloch mâche
Machinerie crache
Abjecte machinerie

Comment pourrais-je conserver dans mes mains
Même dans les plus beaux écrins
Les bulles de savon de souvenirs éphémères
Pauvres artefacts des beaux fruits des lointains
Disparaissant au contact de la vie ordinaire ?
Que resterait-il à mon retour
De mes voyages si riches une fois là-bas,
Si pauvres une fois revenu ?

Comment éviter la fausseté des échanges
Des rencontres et des situations
Puisque la Machine Infernale
Change le cristal en verre dépoli
Réduit la beauté magique des rencontres
En commerce trivial, qui plus est inéquitable
Où tout se monnaye, où rien n’est gratuit
Où le toc est un succès damné ?
Cette Machine n’est-elle pas haïssable ?

Et pourtant - Et pour le temps
Que faire et comment faire ?
Faut-il se résigner ?

Si cette réalité est une forteresse
La refuser est une question de sagesse
L’abattre est une affaire d’adresse
Pour secouer le joug de cette fatalité
Que ne devrais-je craindre
De nouveau ou de différent
De mes batailles passées dont certaines furent pires
Me laissant seul dans un pays en ruine
Désarticulé, sans espoir aucun ?

A cet instant une prime question se pose :
Quel est ce terreau d’où pousse l’ordre maudit des choses
Cette fatalité collante, cet état de fait ?
Muses, vous m’avez chanté le monde tel qu’il est
Souffrez que je m’écarte de votre dictée
Car je veux encore croire que l’on peut faire mieux
Que jouer à la marelle sur le globe terrestre.

N’y aurait-il pas d’autres façons de rencontrer le monde ?
Il suffit de s’abreuver à d’autres fontaines
Rechercher les sources souterraines
Se laver l’esprit avec une eau pure et claire.
Et comme dans les mythes antiques
Riches de mutations morphologiques,
Le mouton de Panurge
Par la geste du thaumaturge
Redeviendrait un Homme libre
Une intelligence sensible
Un Homme simple, inscrit dans la nature
L’égal du monde environnant.
Un Homme face à Moloch avecque le bonheur
Libérateur de lui offrir un bras d’honneur.

Je vous le dis, l’oppression appelle la résistance
Et c’est de ce coté que penche ma bienveillance
La Machine Infernale, colossale, sans pitié
Est une Bête immonde dominante et coriace.
 Son talon d’Achille ?
Un rhizome planétaire entièrement déployé
Tissu de solidarités humaines
De relations amicales
Forgées par les rencontres citoyennes et sincères
Frappées du sceau du combat partagé
Contre l’ennemi commun, contre l’ennemi juré
Ce Moloch cupide.
Un rhizome planétaire comme un jardin fertile
D’où pointeraient les pousses d’une conscience commune,
D’une attitude nouvelle, imparable et certaine
Cela fera périr la Bête.

L’oppression a partout le même visage
Et tous les conseils sont sages
Je souhaite parcourir le monde pour livrer témoignage
De mes propres combats, mes victoires, mes échecs
Et m’inspirer des façons de faire
Des peuples de là-bas face aux autres têtes
De cette Hydre de l’Herne
Rapporter au pays un nouvel art militaire
Et continuer la lutte contre l’esprit des cavernes
Tout cela fera périr la Bête.

Pourquoi le voyage, plus qu’une philosophie
Ne serait-il pas alors rébellion
Ferment de révolution
Contre la domination ?

Oserais-je vous avouer mes Amies
Que parfois mes pensées
Font une sacrée sarabande
Au siège de mon esprit ?
Comme des abeilles téméraires
Elles parcourent les lointaines prairies
Butinent des fleurs improbables
Boivent des nectars inconnus.
Le miel s’amasse alors
En coulée d’ambroisie.
Ecoutez les principes qu’elles viennent de m’apporter
Qui feront grimper l’art du voyage
De plusieurs étages :
J’imagine par exemple
Pour, de mes pérégrinations, une empreinte garder,
Devront dans mon corps, s’inscrire émotions véritables,
Affects puissants et sentiments durables
Bref, de riches traces profondes
Dans la région du cœur
Obligeant l’esprit à changer ses valeurs.
C’est une première condition
D’une saine élaboration
Propre à nourrir une philosophie
Conduisant Ethique et Connaissance
Sur des chemins plus sûrs tournés vers l’espérance.
Je devrai ensuite dresser ma vigilance
A ne point courir le monde à saute mouton,
M’immerger dans un pays comme dans un bain trop froid
En sortir rapidement, choisir un autre bassin
Trop chaud cette fois-ci, en prendre un troisième.
Car faute de durée, d’immersion pleine et entière,
Des vrais enseignements, je reviendrai bredouille
Seulement sonné d’une débauche financière
Jocrisse devant l’or illusoire ainsi changé en rouille.

J’imagine aussi qu’il faudra longue durée
Pour que les affects recherchés
Correctement agissent
Et que mon corps frémisse.
Pour que le voyage dans mon cœur et mon esprit reste
Il me faudra rester plus d’un mois ou moins d’une année
Dans les différents pays, les diverses contrées
Tombeau de la visite expresse.

Je devrais ensuite donner de mon corps, offrir de mon temps
Aussi bien dans les villes que dans les champs
Offrir mes facultés, proposer mes services
Travailler, aider ou participer
A quelque tâche qui soit, peu importe laquelle
Du moment qu’elle ouvre la porte d’entrée
D’une relation équitable à l’ami indigène.
Bref, mieux que consommer, donner de soi-même
Malgré les difficultés,
Entrer de plain pied dans la réalité.

Et si à défaut de séjours longs et féconds
Une répétition de voyages dans une même contrée
Peut apporter la vertu d’une construction durable
Le concéder alors je le puis
Pour l’esprit cela en sera tout autant profitable.

Pensez-vous qu’à ce prix, voyager est une peine ?
Des rencontres authentiques,
Des échanges pérennes
Ne puissent malgré tout advenir ?
Mes Amies, je le pense et je le veux.

Suivre ces idées est un premier combat
Mourir résigné ou l’honneur du duel
Est le choix décisif
La liberté ou la mort
Est l’ultime dilemme. 

Alors, hissons-nous et faisons face !
Frayons ce nouveau chemin certes un peu coriace
Qui malgré les embûches est la voie du lendemain.
Un nouveau jour se lève radieusement nu.
Un flamboyant rubis posé sur l’horizon,
Magnifique joyau de l’aube
Illumine l’Orient d’un brasier rouge sang.

Puisqu’il faut rompre le cercle des idées toutes faites
Terrasser l’ordre des choses soi disant immuable
Opaque religion, joug insupportable,
Mercenaire de la vie, je reprends l’épée
Je retrouve la scène familière
Du théâtre des opérations
Où l’ennemi est debout prêt à porter le feu
Je retrouve déployée l’armée ordinaire :
Fatalité et découragement
Résignation et renoncement
Acceptation et consentement
Corps constitués de cette « invincible » armada
Qui forment les escadrons de la chère doxa.
Faire plier le réel à ses propres conceptions
Est une rude bataille
J’en connais les mouvements
Mes souvenirs sont légions

Feu

Je me vois déjà  dans la furie des coups
Arrivant de toutes parts
La Bête n’est plus féroce, elle est enragée
Un premier coup me frappe, un autre de coté
Me transperce le flanc, me fait chavirer
Bouquets de lames qui lacèrent les chairs
Je plie sous les assauts mais je n’abandonne pas

Feu

Continuer d’avancer -  Je le sais, il le faut.
Des cendres moribondes d’hier
Le feu de la passion redevient brasier.
Le métal et la chair font un curieux ménage
Sur mes bras, sur mes jambes.
Mes os déjà touchés supportent encore la charge
La douleur est ivresse, la géhenne une rage
Je ne lâche rien et je n’abandonne pas.

C’est un furieux combat, une force absolue
Dans un temps suspendu.

Bientôt la Bête tombe et les cœurs se libèrent.
J’accueille les nouvelles vagues
Douces, de l’horizon doucement ondulantes
Apportant le souffle révolutionnaire
De cette Humanité naissante.
Je ris au bonheur du nouvel agencement
Des rapports humains jusqu’ici bâillonnés
Un décor neuf disposé autrement.
Ce qui était à l’envers se remet à l’endroit.
La vie reprend ses droits sur le monde des affaires
Bientôt des rencontres improbables surgissent en éclats
Les murs de la honte s’écroulent en fracas
Trouvailles et retrouvailles font des étincelles
Des nœuds de problème chutent en ficelles
J’exulte aux situations imprévues,
Aux amours ingénus, à l’humour farfelu
 Flots d’émotions sur les langues déliées
Petits soleils des cœurs irradiés de clins d’œil.

Des univers littéraires timidement se dévoilent
Rarissimes invités sur la scène du monde.
L’imaginaire touche ici le réel
La fiction caresse la nature.
Magnifique entrée de la littérature
Sur le champ de manœuvre
Irradiant la réalité d’une inédite lumière :
 Aurais-je déjà lu cette scène quelque part ?
Le poète a-t-il emprunté à ce lieu son art ?
Magie de l’instant
Flottement du Temps et de l’Espace,
Incroyable harmonie
Du Temple de l’Homme et de son Univers
Qu’on croira faute de mieux être le fruit du hasard.


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La Bête n’est plus. La victoire est totale.
Libéré, plein d’une vigueur nouvelle
J’embrasse un vaste paysage redevenu vierge
Aux dimensions géantes des peintures sublimes
Une toile d’Edwin Church ou de Thomas Cole
Par exemple « Crépuscule dans le monde sauvage »
Une huile magnifique sans doute une des meilleures
Où l’espace et le mouvement
Sont deux ensembles cardinaux d’égale importance
Lequel des deux choisir ?
L’immensité de la vallée qui reflète mon cœur ?
Le torrent d’énergie qui irrigue mon sang ?

Projeté en une course folle
Dans les plaines de l’Ouest, les immensités de l’Est
Je deviens un cheval fou qui hurle sa liberté.
Les chevaux de la Terre sont tous mes compagnons
Nous déboulons au triple galop
Du lever au coucher du soleil
Fendant l’air, déferlant dans les herbes
Dans un roulement de tambour.
La horde cavale dans ce déluge de pattes, de sabots
De crins et de naseaux,
Cavalerie en furie d’une course infinie
Je suis un Appaloosa indompté et sauvage
Parmi de fiers coursiers
Tous de nobles races
Tapis multicolore des robes isabelle
Noire et blanche et cuivre
Grises et poivre et sel
Qui traverse les plaines
Jusqu’au bout de la nuit.

Mes Amies, voilà mon cap
Mes principes, mes idées
Mes bagages, mes sacs
Sont pleins et bouclés.
Je vais partir loin d’ici mes Amies,
Ne transformez pas l’ode en élégie
Et si par-dessus tout voyager ainsi je ne puis,
Je déploierai alors mes forces le mieux que je pourrai
Pour éviter les pièges parmi les plus enfouis.
Et si cette Terre est un morceau d’enfer
Je sais que dans un lieu caché
A l’abri des fournaises
Là où s’aiment Maître et Marguerite
Les poètes ont une vie éternelle.
Je pars loin d’ici
Muses, suivez-moi mes Amies.

Muses, où êtes-vous ?
Muses m’entendez-vous ?
Muses ?

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Là-bas où nous vivons est un inter monde
Depuis des années nous sommes les Belles Endormies
Tournées vers l’écoute des musiques du monde
Où des lieux de mystères font bouger l’infini.

Nous sommes liées à toi par un pacte cosmique
Ton appel lancé du profond puits de ta nuit
Fit danser des éclairs dans notre champ atomique.
Un vif faisceau de lumière du néant surgit
Disposant ses caresses aux portes de nos esprits.

Comme une goutte de lait
Dans notre vide éthéré
Un merveilleux souffle chaud
Perça notre horizon
Chargé de musc
Arôme de bière,
Amandes amères
Saveurs mélangées
Oh ! Cette houle
Pleine, lourde et profonde
Monte et descend
Des cimes cristallines
Aux abysses infinis
Vague après vague
Spasmes après spasmes
Tourbillon somptueux
Ivresse d’un manège magique
Vertige d’un voyage stellaire
Nuit irradiée
Eclair extatique
Chute verticale
Relâchement languide
Dilution
Chaleur, frissons
Mol abandon.

Tes anciens combats ne cesseront d’émouvoir
Celles qui découvrirent les courbes de ton odyssée
Nous faisant partager la rage de ton désespoir
Tes luttes éperdues contre les calamités.

Nous ne t’abandonnerons pas
Oui à tes cotés resterons
Averti du triste spectacle du monde
Tu partiras sur les terres, les mers
Et t’accompagnerons en fières sentinelles.

Au ciel nous pleurerons
Qu’il soit ton aquarelle
Au vent nous parlerons
Qu’il soit ta ritournelle
       
Et dis-nous maintenant vers où pointe ta boussole
Qu’on s’élance avec toi dans cette farandole.


Droit sur l’Orient et ses mille et une nuits. Oui ?


Oui !


Alors oui partons.

 

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Soleil caché survient
Rêves surpris vite s’enfuient
Ecoute le matin

Ton cri au loin
Je m’en vais vite
Souffle de la course

Un œil liquide
Offre un mouchoir
L’éclat du rire

La mer étale
Des êtres plongent
Le bruit de l’eau



*




Édouard Lecèdre, c’est, on l’aura compris, le voyageur à scrupules.  Il en est d’autres, d’autre sorte. Le tourisme – de masse, élitiste, sexuel, voire néocolonial – est devenu la deuxième industrie planétaire, après celle des armes. Tellement différente ? Et si tourisme il faut qu’il y ait... tourisme arrogant ou tourisme équitable ? Et, d’ailleurs... équitable comment ?

Dans son n°1 d’avril 2007, l’excellente revue Le Tigre mettait la question sur le tapis. Les bons textes, comme les bons vins, vieillissent bien. La preuve :



Tourisme équitable
Par Patrick Bernard

INTRODUCTION GÉNÉRALE DU TIGRE. Le point de vue de ces articles pourra prendre le lecteur à rebrousse-poil : tant mieux. Un journal n’est pas fait pour aller dans le sens du vent, dans une époque où il est de bon ton d’être ouvert aux autres cultures tout en les méprisant, et où acheter du café « commerce équitable » permet de se donner bonne conscience sur tout le reste. La démocratisation du voyage a mis des hommes « dépaysants » à portée de main. Tout le monde aurait envie de les voir « pour de vrai ». C’est une pulsion naturelle, de l’ordre de la sensation, de la fascination pour un « paradis perdu ». Mais une envie se réprime. La responsabilité de chacun est engagée. Voyager est un acte individuel. Décider de ne pas aller en certains lieux est un acte individuel. On ne s’improvise pas ethnologue en une semaine et avec une carte bleue.

Tout d’abord apanage d’individus qui souvent partaient sac à dos après avoir mûrement préparé leur voyage, le tourisme a été peu à peu récupéré par des agences spécialisées qui, à force de communication habile, ont réussi à se rendre incontournables. On a inventé dans la foulée l’écotourisme, puis l’ethnotourisme. On parle même aujourd’hui de tourisme équitable. Ces tours opérateurs et ces agences spécialisées qui s’attachent à entretenir une image d’originalité, à défendre une éthique voire une vraie vocation, se voient presque toujours bon gré mal gré entraînés dans la spirale de la rentabilité aux conséquences très souvent néfastes pour les communautés autochtones touchées par ce phénomène.

Quand l’écotourisme, l’ethnotourisme ou le tourisme équitable deviennent des affaires juteuses, alors les raisons s’égarent. Il ne faut pas se faire d’illusions, les circuits « discrets » d’aujourd’hui seront les autoroutes de demain. S’il s’agit au départ de commercer de façon minimaliste, en association ou en petite société, avec un nombre relativement réduit de touristes peu ou prou concernés et sensibilisés, l’objectif sera finalement d’exploiter au maximum le filon s’il paraît prometteur. Alors on se met à vendre de l’insolite, de l’inédit ou de l’aventure sans risque, de la femme girafe ou du Bushmen, du Massaï ou du monastère tibétain comme on proposerait n’importe quel produit de consommation.

L’éclat finissant de ces ultimes touches de couleurs exotiques attire la convoitise du voyagiste qui trouve là une nouvelle manne pour une clientèle qui a un jour rêvé de jouer à l’explorateur, et qui, comme par miracle, en échange d’un simple chèque, se retrouve prête à vivre son rêve clés en main, en toute sécurité, sans souci et en étant même assuré du steak-frites, de sa douche chaude et de son ballon de rouge quotidien.

Il y a les visiteurs, les peuples du Nord, et les visités, les peuples du Sud, ceux qui vendent, ceux dont on attend qu’ils donnent leur image, leur culture, leur âme. On effleure, on fait trop souvent le voyeur faute de n’être jamais voyageur, on vole des images, on viole des identités qu’on transforme en personnages folkloriques pour au bout du compte pouvoir dire : « J’ai fait l’Inde ou la Birmanie », et pourquoi pas « J’ai fait le pays Massaï ou les femmes girafes ». Les meutes de touristes remplacent peu à peu le voyageur solitaire. Les voyagistes ne s’en plaindront pas et encore moins les pays autoritaires ou totalitaires qui peuvent ainsi garder l’œil sur le touriste désormais bien canalisé derrière son guide officiel, tout en faisant main basse sur les devises générées au passage.

Ce tourisme-là s’introduit de façon de plus en plus brutale et massive dans les sociétés indigènes très fragilisées, et dont les traditions et la relation à l’autre sont aux antipodes des pratiques touristiques. Le concept de voyage organisé, autrefois limité à une clientèle de retraités attirés par le confort, un accompagnement culturel et surtout une sécurité maximale, est aujourd’hui en train de s’étendre à l’original, l’insolite ou l’inédit à tout prix. Les séjours organisés pour voir les derniers Bushmen sont malheureusement devenus presque banals.

Ces touristes-là ne voient pourtant généralement que l’apparence des peuples qu’ils visitent, leur manteau extérieur. Ils ne prennent conscience que très superficiellement des fondements de leur patrimoine culturel, de leur spiritualité, du sens profond des symboles et de l’âme collective qui régit toute société autochtone. Ils ne sont ni prêts, ni dans des conditions suffisamment favorables pour percevoir les signes qui s’offrent à eux.

Nos sociétés ont occupé les territoires des peuples autochtones, elles les ont dépossédés de leurs ressources naturelles, de leurs terres, les ont poussés à la conversion et réduit à néant leur spiritualité millénaire ; et voilà qu’en guise de coup de grâce nous envoyons nos touristes nourrir leur curiosité des couleurs finissantes d’un monde à l’agonie, comme s’il fallait se hâter de contempler les collections de ce musée à ciel ouvert avant qu’il ne soit remplacé par une galerie marchande. L’étape ultime avant la fin annoncée consiste à s’offrir des villages modèles, sortes de zoos humains où des figurants rémunérés reconstituent pour les touristes la vie rêvée d’autrefois. Ainsi ces villages Massaïs dédiés aux clients des safaris qui attendent l’explorateur en herbe aux portes des grandes réserves animalières, ou encore ce village Yagua du rio Napo qui, à la demande, n’hésite pas à se travestir en « yagua d’hier » mais peut tout aussi bien livrer du « Jivaro réducteur de tête ». Il suffit de remplacer les parures et de répéter les danses rituelles transformées pour l’occasion en piètres démonstrations folkloriques. Quand la tradition cède la place au folklore, alors on peut sans doute considérer que l’œuvre d’acculturation est arrivée à son terme. Ceci dit, on se demande parfois s’il ne vaut pas mieux encore que les touristes se précipitent dans ce genre d’endroits, plutôt que de les voir déferler dans les vrais villages qui ne sont jamais très loin. Malheureusement, avec le développement de l’ethnotourisme, il en restera toujours assez, grâce à ces agences bon ton, à s’aventurer en dehors des sentiers battus sur des chemins perdus qui, par voie de conséquence, deviendront très fréquentés eux aussi.

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Touristes visitant un village Ndébélé, en Afrique du Sud.
PHOTO Patrick Bernard, 2003



VILLAGES ZOO POUR LES KAYAN DE BIRMANIE
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Depuis plus de cinquante ans, les ethnies minoritaires de Birmanie, principalement constituées par les peuples montagnards qui représentent près de la moitié de la population totale du pays, sont les victimes de la dictature militaire qui contraint l’ensemble de la population à la soumission et au silence. Depuis quelques années, le régime birman semble vouloir profiter de la bienveillance des multinationales étrangères, et notamment de la compagnie pétrolière française Total, et des pays voisins comme la Thaïlande, pour développer le secteur touristique au mépris des droits les plus fondamentaux des peuples concernés.

Les investissements occidentaux en Birmanie dans les domaines énergétique et touristique contribuent à assurer la pérennité de la dictature en lui fournissant les moyens nécessaires à ses achats massifs d’armement qui lui permettent de maintenir la répression contre les populations civiles.

La politique d’ouverture au tourisme de la junte use sans scrupule de la contrainte sur la population, contrainte à des travaux forcés sur l’ensemble du territoire. Il s’agit là d’un véritable système d’esclavage mis en place par l’armée au service de la construction des infrastructures et au nettoyage du pays afin de le rendre « présentable ». La Birmanie et son régime militaire honni se doivent de montrer une façade lisse et respectable à ces hordes attendues de touristes avides des beautés de ce pays d’or et de lumière qui leur a été vendu comme l’un des plus beaux pays du monde.

Selon le nombre d’habitants que compte chaque village, les autorités décident du nombre de travailleurs forcés que celuici doit fournir pour une période donnée. Dans les villages des ethnies minoritaires, même les plus isolées, l’armée vient tous les mois ou tous les trimestres prendre des jeunes femmes et hommes. Ils sont emmenés sans ménagement comme porteurs sur les lignes de front ou utilisés à la construction des routes et des pistes dans les régions les plus hostiles.

La Birmanie est actuellement l’un des pays au monde où se pose de la façon la plus aiguë la question du tourisme et de ses effets inquiétants pour les populations subissant travaux, déplacements, et exploitation commerciale forcés.

Dans la région frontalière qui s’étire entre Thaïlande et Birmanie, non loin des camps où s’entassent des dizaines de milliers de réfugiés Karen, Shan ou Karenni qui fuient l’oppression de la junte militaire birmane, des acteurs peu scrupuleux de l’industrie touristique dans le Nord et l’Ouest de la Thaïlande ont multiplié les villages zoo. L’on y exhibe aux touristes pressés des tours opérateurs et des agences de trekking, contre un droit de visite, des familles entières issues des tribus les plus spectaculaires. Aux premiers rangs de ces tribus prises en otages, les familles Kayanes dont les femmes ont pour tradition — pour protéger l’âme de leur peuple — d’enserrer leur cou dans une longue spirale de laiton. Le chantage est sans ambiguïté : c’est accepter cette exhibition ou repartir en Birmanie à la merci des soldats de la junte.

Ces villages-zoos sont aujourd’hui répandus dans les régions de Mae Hong Sorn jusqu’à Thaton sur la rivière Kok, point de départ des nombreux trekking organisés dans les tribus montagnardes par les agences de Chiang Mai et des principales villes du nord de la Thaïlande. La plupart des touristes qui déferlent dans ces villages-zoos où sont exhibées les femmes au long cou ignorent tout du drame qui se joue à quelques kilomètres seulement, de l’autre côté de la frontière. Certains officiels thaïlandais se sont pourtant inquiétés de cette situation ambiguë. Poonsak Sunthornpanitkit, président de la chambre de commerce de Mae Hong Sorn, déclarait récemment dans un quotidien de Singapour : « L’exposition des Karen au long cou pour le plaisir des touristes pourrait nuire à la campagne de promotion du tourisme thaïlandais en cours, car la communauté internationale pourrait y voir une violation des droits de l’homme. » Certaines de ces femmes girafes sont aujourd’hui emmenées et exhibées dans les complexes hôteliers des principaux pôles d’attraction touristique du nord du pays, et jusqu’aux cités balnéaires de Pukhet ou Pattaya. Nous nous trouvons là face à l’un des excès les plus criants d’une forme d’ethnotourisme affligeante.

[  Articles parus dans la revue éditée par ICRA International : Ikewan (n°60, printemps 2006). ]

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Village Padaug – Thaïlande
      

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Ah, se faire photographier avec des femmes girafes !

 

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Safari ethnique en Thaïlande

 

Ces moeurs désinvoltes ne datent évidemment pas d’aujourd’hui. Ah, parlez-nous des expositions coloniales et du bon vieux temps...

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1901 – Amiens – Un village-zoo à l’exposition coloniale

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 1903 – Un autre, à Reims.

      

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         Quoi de mieux qu’un tour au zoo en famille,
                       les dimanches après-midi ?


Aujourd’hui que les expositions coloniales sont devenues politiquement incorrectes, on va voir ces drôles d’animaux humains sur place, chez eux. Dans leur élément naturel en somme, comme on s’en va en 4x4 dans les réserves d’animaux. Ainsi, en Afrique du Sud et malgré la fin de l’apartheid, les Township tours font fureur. Pittoresque de la misère colorée :


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Mais ne croyez pas que l’impériale Amérique soit en reste. Les réserves d’Amérindiens plaisent aussi beaucoup. Surtout depuis qu’une loi particulièrement bienvenue permet aux maffias des jeux d’y ouvrir des casinos affranchis des règlements qui énervent tant Las Vegas. Tourisme ethnique dans réserves-tripots... d’une pierre deux coups :

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Casino en réserve seminole

 

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Casino osage à Tulsa

 

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Un autre casino seminole


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À Pojoaque, Nouveau Mexique



*


Mais le casino des casinos, c’est le coeur de la finance :


New York
Septembre-octobre 2011



Édouard Lecèdre a connu le New York des folles années 70 et des années 80. Il a voulu y retourner, en voyage de noces, il y a quelque six ou sept ans. Quelle serait son impression, que ressentirait-il, si un petit génie l’y transportait aujourd’hui, en pleine occupation de « Vole Street » ? Il faudra qu’on le lui demande.



« On ne nous fera pas bouger » (1) :
Répression policière, mensonges officiels et pourquoi les « Occupons Wall Street » ont déjà triomphé. (2)

 

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Par Phil Rockstroh

Le 27 octobre 2011 – Information Clearing House


Jusqu’à ce que les récents événements aient prouvé le contraire, la surface hypercommercialisée de l’Amérique des affaires donnait l’impression d’être trop diffuse, trop privée de centre, pour constituer une menace d’excès totalitaires. Ces temps derniers, par la réponse violente qu’ont apportée aux protestataires d’O.W.S. les départements de police d’Oakland, d’Atlanta, de Chicago et d’autres villes des États-Unis, la nature répressive de notre fausse république commence à se révéler.

Derrière le visage paterne de l’establishment politique (acheté par les profits hypertrophiés de la classe pillarde), il y a les flics anti-émeutes, équipés et armés de tout l’attirail de l’oppression, qui sont prêts à appliquer sans états d’âme les diktats des bénéficiaires élitistes du statu quo. Depuis quelque temps, en fait comme en actes, l’état policier, acoquiné avec l’oligarchie économique néo-libérale, laisse voir au monde sa nature archi-autoritaire.

En général, exister dans la structure sociétale actuelle inflige à l’individu un fort sentiment d’atomisation, et les impressions d’aliénation, de vague malaise, d’anxiété flottante et d’anomie qui en découlent. La coercition est implicite et intériorisée.

Par sa nature banale et omniprésente, le système s’appuie, pour se perpétuer, sur le sens d’isolation de l’individu (et même sur son ignorance de l’existence de la structure). Bref, le système exploiteur continue d’exister, parce que ceux qui l’habitent sont privés d’autres modèles auxquels le comparer.

La pratique de la commune propre au mouvement O.W.S. fournit un modèle de comparaison. C’est précisément  pourquoi nous commençons à recevoir des informations comme celle-ci :

« Mardi 25 octobre 2011, l’Oakland Tribune rapporte que la police a fait une descente sur un campement local d’O.W.S. et l’a entièrement saccagé, après l’avoir déclaré “lieu de crime”. »

Ceci est révélateur du caractère des gens qui appliquent l’ordre actuel. Aux yeux des ceux qui détiennent le pouvoir dans un état policier, la liberté de s’assembler et la liberté d’expression sont des délits punissables.

C’est un fait que les personnalités autoritaires se vexent quand des citoyens expriment leur désapprobation des abus de pouvoir officiels et commencent à le faire savoir de manière efficace.

Trop de gens, aux États-Unis, se sont fait vendre la fiction que la nation était, est et restera une république démocratique. En laissant apparaître ses brutes et ses apologistes menteurs au grand jour, l’État est en train de se révéler dans toute sa hideur. C’est par là que tous ceux qui sont concernés pourront constater la vraie nature de l’état policier oligarchique, en place aux États-Unis.

Il est à souhaiter qu’il persiste le moins possible d’illusions sur la nature brutale, impitoyable, des forces contre lesquelles nous nous battons.

En outre, les actions policières qui répriment les protestations publiques sont des tactiques préméditées, dont le but est la suppression des droits de libre assemblée. L’objectif des agents du pouvoir, des politiques et de leurs hommes de main de la police est de prohiber le droit de contestation (théoriquement) garanti par la Constitution au point qu’il ne puisse être pratiqué.

Les dépossédés économiques et les membres des communautés minoritaires savent depuis fort longtemps ce que les O.W.S. endurent aujourd’hui aux mains du pouvoir et de ses sbires.

De leur côté, les policiers savent parfaitement qui sont ceux qu’ils sont chargés de protéger (et ce ne sont pas ceux qui désirent exercer leur droit de s’assembler et leur liberté de s’exprimer). Dans la plupart des cas, un policier ou une policière qui refuserait d’obéir à un ordre d’arrestation anticonstitutionnel commettrait un carrièricide, il/elle pourrait ramasser ses chances d’avancement sur le trottoir et les porter à la morgue sans passer par l’hôpital.

Êtes-vous prêts à  quitter les rives de votre zone de confort et à vous retrouver en prison pour la justice ?

Il est très rare que des réformes se produisent sans que les agitateurs des premières lignes soient arrêtés. Aucun pouvoir ne recule sans livrer bataille, sans essayer de réduire l’opposition par des brutalités et des emprisonnements arbitraires. Les puissants exigent que ceux d’entre nous qui attirent l’attention sur leurs excès et leurs crimes soient mis incontinent loin des yeux, loin du coeur.

De là vient qu’à Oakland, les medias commerciaux ont, à leur grande honte, détourné leurs caméras dès qu’ont débuté les violentes attaques policières et les arrestations de masse.

Êtes-vous pêts à risquer des blessures graves à votre corps et à votre réputation pour porter témoignage ? Le mouvement des O.W.S. survivra selon qu’il y aura ou non des corps par terre et des yeux fixés sur les voyous en uniforme.

Fidèles à eux-mêmes, les médias serviles proclameront à quel point les contestataires sont laids, en inféreront que les gens sensés, par simple bon goût et bienséance, doivent ignorer les appels des manifestants, qu’il faut que ces mécontents et ces excités se voient interdire l’accès au royaume du discours légitime, que ces intrus débraillés se cassent le nez sur des murs de silence.

Exister dans le monde, c’est se  mesurer à des murs. La manière dont on répond à ces barrières s’appelle caractère et art.

Beaucoup d’âmes courageuses ont affronté ce genre de murs.

Souvent, en jetant les yeux sur le mur bleu d’obtuse répression qui encercle le Parc Zuccotti, et en pensant aux autres sites O.W.S. du pays, je songe avec tristesse et nostalgie à tous les réprimés de la terre, à ceux qui, au cours du temps, ont dû faire face à des murs de haine aveugle, d’exploitation économique, de répression institutionnelle...

Je sympathise de tout mon être avec ceux qui ont dû affronter tant de murs d’indifférence suffisante, de honte intériorisée et de mensonges officiels, avec ceux qui se sont tenus, impuissants, devant l’âpre réalité de circonstances apparemment implacables. Je repense aux vies et aux oeuvres des musiciens de blues itinérants du Sud Profond des États-Unis et à la manière dont ils se sont colletés avec ces murailles à la fois de répression officielle et d’aveuglement collectif, de peur ignare et de haine, et comment ils ont fait, de ces murs de prison, l’architecture numineuse du Blues... comment ils ont, par leur alchimie, transmué les barrières qu’on leur opposait en technique de la guitare.

Les instruments de musique, tout comme le mot rencontrant le mètre chez un poète, sont à la fois une barrière et une sauvegarde, les limites du moi sont mises à l’épreuve, explorées, et, à travers efforts, échecs et moments d’allégresse, deviennent oeuvre d’ar, par leur confrontation et leur union avec l’instrument, les circonstances personnelles et le public.

Comme ceux qui sont en première ligne dans les campements d’O.W.S., des millions de gens dans l’histoire se sont trouvés face à des barrières apparemment infranchissables, à des murs de brutalité humaine, comme, par exemple, les lois Jim Crow (3), les brigades de tarés casseurs de syndicalistes, le mur d’apartheid sioniste, diverses polices secrètes et brutes publiques, mais il n’a jamais été, pour eux, question de laisser les salauds « leur faire faire demi-tour... »

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Si vous choisissez de résister à un pouvoir établi, lorsque vous vous retrouverez en face d’une autorité obtuse, votre coeur reconnaîtra du premier coup l’exercice, il vous guidera : sa trajectoire naturelle le porte vers la liberté. Soyez sans crainte, vous saurez quoi faire quand le moment arrivera, et vous acquerrez le savoir que tous vos prédécesseurs ont acquis avant vous dans leur lutte pour la justice...  ce savoir qui a fait monter dans leurs gorges, du plus profond de leur être, le cri « On ne nous fera pas bouger ».

Ceux qui pratiquaient le Delta Blues se sont heurtés à des murs d’oppression... à des murs de haine rageuse, et ils y ont répondu en passant au travers... pour habiter un paysage plus vivant, plus sonore, plus doté d’âme que leurs oppresseurs ne pourront jamais le croire possible. Ils ont occupé leurs propres coeurs et nous entraînent dans l’instantanéité du monde par leur victoire sur les circonstances pourries de leurs vies, en s’appropriant les barrières mêmes placées sur leur chemin par leurs tyrans et en transformant les critères de ces tyrans en architecture de l’âme.

Ceux qui savent cela ont déjà gagné... ils ont déjà triomphé.

Lorca a décrit la situation (qui se reproduit dans le mouvement O.W.S.) par sa théorie du «duende» (4). Son concept de duende révèle pourquoi les gens, confrontés à l’ordre ossifié d’un système inhumain, sont pris de la nécessité – on peut même dire mis au défi  – de refaire le monde sur de nouvelles bases, tandis que d’autres n’éprouvent que mortification, indifférence, résignation et hostilité.

Dans quelle direction vous entraîne votre âme ? « L’arrivée du duende suppose toujours un changement radical des formes sur de vieux schémas, elle apporte des sensations de fraîcheur totalement inédites, comme la qualité d’une rose soudain créée, par miracle, produit d’un enthousiasme presque religieux. » (Les Conférences de La Havane, Federico Garcia Lorca.)

Quand je vois la police harasser, arrêter et brutaliser ceux qui exercent leur droit de s’assembler, je suis pris d’un accès de rage... La rage monte en moi avec une fureur animale, me pousse à me battre avec bec et ongles, à saisir à la gorge ces intrus vicieux, venus violer le territoire du discours public authentique.

Ces temps derniers, au lieu de refouler la fureur qui montait en moi ou d’agir, porté par elle, je l’ai laissée inonder mon être. Le résultat est qu’alors ce flux de rage se transforme en une force puissante et pénétrante – une force qui enveloppe et démarque la géographie de mes convictions... jusqu’à me faire accepter, définir et défendre les contours de mon véritable moi.

Nous pouvons considérer la rage comme un ange de l’auto-définition, comme le protecteur de notre vraie nature et comme la source d’un pouvoir personnel : « je ne vais laisser personne me faire faire demi-tour... » (5).

Notre colère est vitale à notre existence ; c’est un cadeau précieux, c’est pourquoi il ne faut pas la gaspiller... pas la peine de la gâcher sur des tarés.

Quand la rage vous viendra, invitez-la à entrer, sa présence emplira votre chambre d’alacrité, et la hausse soudaine de vitalité qu’elle vous apportera vous permettra de pénétrer plus loin et plus profondément dans les régions inexplorées de votre âme.

À l’opposé, le monde des oligarques néolibéraux, de  la classe politique biface et des flics, a été remis en question. Ces gens sont habitués à n’en faire qu’à leur guise sur des masses complaisantes et complices. En cela, ils ne sont pas une exception, ce qu’ils sont et ce qu’ils font est universel. Le monde que nous connaissons (ou que nous croyons connaître) et que nous nous ingénions à maintenir, peut, de temps en temps, révéler un aspect de lui-même surprenant et difficile à contrôler, comme par exemple la contestation qui enfle à travers le pays, peut-être trop vaste et trop puissante pour être encerclée, parquée, gazée, menottée et emprisonnée en entier. L’altérité du monde semble tout à coup trop grande... elle est devenue une armée d’anges mécontents.

Un jour, j’ai vu un grand danois, sur la Seconde Avenue, qui tentait d’entrer en communion canine avec ses congénères. Pour montrer que ses intentions étaient bienveillantes, amicales, il s’aplatissait sur le trottoir, s’efforçant de rendre sa massive carcasse aussi petite que possible, allant même jusqu’à poser sa tête sur le béton... faisant tout ce qu’il pouvait pour donner l’impression de la soumission, même au plus petit des chiens qui l’approchait. En d’autres termes, pour agrandir son monde, il produisait l’illusion de la petitesse. Il ne réduisait pas son essence, il créait l’artifice de la petitesse, afin de pouvoir devenir plus grand que lui-même en élargissant son univers par son union avec l’altérité du monde.

Nous ne demandons pas que les flics s’aplatissent devant nous. Ce serait déjà bien qu’ils ne se hérissent pas autant. Pour grandir en présence les uns des autres, il nous faut nous rencontrer à hauteur d’yeux, même si l’un de nous doit descendre un peu de sa position habituelle de puissance et d’autorité.

Policiers, vos flingues, vos balles en caoutchouc, vos matraques, vos jets de poivre ... le menaçant mur bleu d’intimidation que vous dressez devant nous ne crée que l’illusion de la force. Si vous voulez vraiment devenir forts, rencontrez-nous sur ces trottoirs, sans étalage de pouvoir vide.


Traduit par Catherine L. pour
http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be



Source : http://www.informationclearinghouse.info/article29539.htm


___________________  

1. Allusion, évidemment, au célèbre We shall overcome (« Nous triompherons »).

2. We shall not be moved, est un ancien negro spiritual repris par le mouvement syndical américain des années 30 : chant de piquet de grève.
   
3. Lois racistes du Sud des États-Unis, appliquées de 1876 à 1964.

4. Un « duende », en espagnol, est un lutin, mais aussi un enfant malicieux, farceur, méchant ou capricieux. Rapporté au flamenco, « el duende » (littéralement "el dueño de casa") est cet état de transe, de génie, où l'inspiration vient facilement et où tout réussit avec virtuosité à l'interprète musicien, chanteur ou danseur ...

5. Ain't Gonna Let Nobody Turn Me Around, air traditionnel, chanté notamment par Joan Baez



Phil Rockstroh est un poète, parolier et barde philosophe qui vit à New York City. On peut le contacter à l’adresse phil@philrockstroh.com. Voir aussi son blog : http://philrockstroh.com/ .



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Entre Zuccoti Park et Foley Square

 

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Au coin de Wall Street et Broadway

 

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De l'herbe, oui, la rapacité, non !

 

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Un vétéran de la IIe Guerre Mondiale manifestant en déambulateur.

 

 

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Freedom Plaza : Nous sommes les 99 %.

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Occupy L.A. !  Une manifestante de 85 ans : Julia Botello

 

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Occupy Washington - Maison Blanche

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Occupy Oakland

 

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Délogement nocturne des protestataires d'Oakland

 

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Carte des occupations


VIDEOS


Délogement nocturne des OWS d’Oakland aux gaz lacrymogènes :
http://www.youtube.com/watch?v=bytMNoKNeRA&feature=related

25 octobre – manifestation pacifique dans les rues d’Oakland :
http://www.youtube.com/watch?NR=1&v=47OO4Kl4pIY

Oakland : Violences policières et jets de poivre :
http://www.youtube.com/watch?v=C3YKjEkSjUU

Oakland : Violences policières contre foule pacifique
http://www.youtube.com/watch?v=y7apJx7TbRs

Tabassage d’une femme par la police d’Oakland :
http://www.youtube.com/watch?v=NwL7jCL88Tw&feature=related

27 octobre - Scott Olsen, vétéran de la guerre d’Irak gravement blessé à la tête par une bombe lacrymogène tirée à bout portant – la population d’Oakland réclame la démission du maire  :
http://www.informationclearinghouse.info/article29543.htm


*


Envie d’ailleurs
                      et d’autres temps

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Mais savez-vous que - n’en déplaise aux globe-trotters et autres gens à bougeotte - on peut aussi voyager dans le temps ? (Ah, si on vous racontait nos virées dans la préhistoire !...)  C’est précisément ce que fait Aline de Diéguez, qui, elle, ne s’en tient pas là, car le temps est non seulement relatif mais élastique. Bref, elle poursuit son opus majeur Aux sources du chaos mondial actuel (IIe partie), dont le chapitre huit : «La légende dorée du sionisme » vient d'être mis en ligne, n’attendant que votre visite pour vous transporter à travers les siècles sur le tapis volant de l’Histoire explorée savamment, mais surtout avec conscience.

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos...

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19:32 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

LIVRES

LIVRES



Notre premier auteur-maison, d’aucuns s’en souviendront sûrement, fut Patrick Ledent, « écrivain liégeois ».

Un bonheur n’arrivant jamais seul, voilà que vient de sortir – c’est tout chaud - son deuxième recueil de nouvelles. Et vous savez quoi ? La nouvelle qui donne son titre au livre est précisément celle dont nous vous avions offert ici la primeur. C’est dire si nous sommes fiers.

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Patrick Ledent
À vos caddies !

Paris, Calliopées, 2011
252 pages






C’est tellement chaud que nous ne l’avons pas encore lu : il vient juste d’arriver. Qu’à cela ne tienne, les quatrièmes de couverture ne sont pas faites pour les chiens mais pour éclairer le lecteur et lui donner un avant-goût de ce qu’il y a à l’intérieur. Quand elles sont bien faites, elles vous collent une furieuse envie d’acheter le livre – pas le temps d’attendre les bibliothèques publiques ! - et de vous y plonger séance tenante, quitte à vous faire porter pâle à votre boulot .

Voilà ce que dit Calliopées :

Une balade dans un cimetière, un pamphlet au supermarché, des petites puces meurtrières, un ouvrier amoureux d’un poinçon, un restaurant fantastique, de la chimie un peu trop appliquée, un faubourg industriel, les tendres échos d’un bistrot, une tulipe pas comme les autres, un veuf radical, une nymphomane perverse, un tueur crépusculaire, une jeune recrue, un assassin dans la force du doute, le désespoir au lac Saint-Jean, un tour au casino, et pour finir… retour au cimetière et du boulot pour tout le monde !


À part ça, on peut vous dire, parce qu’on en est sûrs, que derrière le masque du cynisme, il y a de la fureur, voire du désespoir, mais qu’il y a aussi du fantastique, de la poésie, de l’imagination – ô oui ! -, un humour très particulier, de la tendresse, qu’il faut bien chercher parce qu’elle se cache, le désarroi de tout honnête homme par les temps qui courent, et beaucoup de générosité, dissimulée sous le ricanement de celui à qui on ne la fait pas.

Pour nous faire pardonner de vous parler d’un livre avant de l’avoir lu, nous allons – une fois n’est pas coutume - faucher ses quelques mots de critique à André Stas.
[ Stas, pour ceux qui l’ignorent, est un écrivain aussi (mais pas que), liégeois aussi, mais de Spa, et sa chronique des livres à l’emporte pièce, appelée Stas Academy, tient à la fois de celle du Cavanna mythique - celui de Charlie d’avant l’OTAN, Val et Parkinson – et de celle du Godin de Siné Hebdo. C’est dire si on a intérêt à la lire.]


« Il faut bien causer un peu de littérature. On appréciera d’abord, et vivement, À vos caddies !, un très époustouflant recueil de nouvelles de Patrick LEDENT (chez Calliopées). C’est mieux que bien de bout en bout et ça donnerait envie de voir cet écrivain liégeois plutôt doué oser s’attaquer pour de bon à un roman. Toutes ces histoires bien torchées, excellemment servies par un style qui en est un, vont longtemps vous trotter en tête, croyez-moi. C’est bien simple : je n’échangerais pas un Patrick Ledent contre dix Beigbeder ! » ( C4, Octobre 2011 )


Eh bien, là, on a une longueur d’avance, car non seulement Patrick Ledent s’est attaqué pour de bon à un roman, mais nous l’avons lu en tapuscrit, et sans rien dévoiler pour ne pas nous fâcher avec son éditrice, nous pouvons dire que cet essai est un (joli) coup de maître et qu’il y a intérêt à ce qu’il sorte le plus rapidement possible et à ce qu’on le trouve dans toutes les bonnes librairies. Les auteurs, vous savez ce que c’est : certes ils écrivent surtout pour le plaisir d’écrire, mais ils aiment aussi être lus, savoir si le public s’intéresse, comprend ce qu’ils ont voulu dire, tout ça. Tant qu’ils ne sont pas sûrs, ils se rongent, il y en a même qui s’arrêtent d’écrire (style « à quoi bon ? »). Là, ce serait vraiment dommage. Oui, c’est un polar. Liégeois à n’en plus pouvoir. À la croisée d’improbables chemins entre Pieter Aspe et Frédéric Dard, avec un zeste de Harry Matthews et, mais oui, un chouia de Desproges. Mais surtout, c’est très personnel, l’écoeurement toujours tapi sous le joyeux sarcasme, écrit sur un ton qu’il est très difficile de tenir de bout en bout et qu’il tient. Pourvu qu’il en écrive d’autres avant que les plus décatis d’entre nous déménagent dans la prairie Marie-Jeanne !



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L’auteur, grand voyageur lui aussi,
À pied, jamais à cheval, peu en voiture,
énormément en train, et tous les autres
jours à moto.

 



*


Puisqu’on est dans les voyages – voire le Voyage – et bien que ces deux auteurs soient morts, leurs livres sont plus verts et plus vifs que jamais. Pour rappel :


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Nicolas Bouvier
L’Oeil du voyageur
Paris, Hoëbeke, 2008
120 pages





 

En 1953, Nicolas Bouvier quitte l’université et part pour un long voyage sans idée de retour : destination Ceylan. Accompagné d’un ami, le peintre Thierry Vernet, il s’embarque à bord d'une Fiat Topolino; dans le coffre de la minuscule voiture : un magnétophone, les Essais de Montaigne, une machine à écrire et un appareil photo.
Trois ans de voyage qui le conduiront en Yougoslavie, Turquie, Iran, Kurdistan, Pakistan, Afghanistan pour s’achever en Inde et à Ceylan. De ce voyage, il ramènera un livre L'Usage du monde, un livre-clé diront certains, culte diront d’autres. Un livre initiateur en tout cas qui conduit le lecteur au coeur d’une dérive personnelle autant qu’au centre des pays parcourus.
Nicolas Bouvier découvre par les hasards de la vie le métier de «chercheur d'images» qu’il épouse aussitôt ; il fera ainsi ses débuts de photographe dans ce voyage entre les Balkans et l’Inde. C’est au cours de ce périple que son oeil s'aiguise et qu’il confirme sa maîtrise de cet art.
Cet album regroupe l’ensemble de ses photographies prises pendant le voyage de L’Usage du monde, entre 1953 et 1955, photographies accompagnées de textes souvent inédits.
Nicolas Bouvier est considéré comme le plus grand écrivain-voyageur de notre temps, et fait l'objet d’un véritable culte. Beaucoup de jeunes écrivains se revendiquent de lui et certains ont refait le voyage mythique de L'Usage du monde sur sa trace.
En 2008, pour le dixième anniversaire de sa mort, de nombreux hommages lui ont été rendus, et notamment au festival des Étonnants voyageurs, du 10 au 12 mai, à Saint-Malo.


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Nicolas Bouvier
L’Usage du monde
Dessins de Thierry Vernet

Paris, Payot, 2001
Collection : Petite bibliothèque Payot – Voyageurs
418 pages

 

 

 

"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."

Sa lente et heureuse dérive dans les années 1953-1954 entre Genève et le Khyber Pass en compagnie du peintre Thierry Vernet a inspiré ce livre d'un flâneur émerveillé à Nicolas Bouvier (1929-1998), « un voyageur d'une espèce rare, comme Segalen et Michaux » (Jacques Meunier).


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Nicolas Bouvier – Thierry Vernet
Correspondance des routes croisées – 1945-1964

Genève, Zoé, 2010
1800 pages


 

 

" La vie est tellement incandescente. Ici comme là-bas. Vieux frère je te lance un grand pont. " Ces propos de Vernet à Bouvier du 17 août 1955 traduisent l'intensité d'une relation faite de passion et de fraternité. Depuis l'âge du collège, Nicolas Bouvier (1929-1998) et Thierry Vernet (1927-1993) ont rêvé ensemble d'accords majeurs avec le monde, par le voyage et par la création. L'un devient écrivain, l'autre peintre : en mots et en images, ils diront ce que l'on ne peut connaître qu'une fois. De Cologny à Paris, de Kaboul à Colombo, de Tokyo à Genève, leur correspondance est un fil tendu entre deux vies mises en commun. Nourrie de l'expérience de la route, elle exprime aussi la beauté d'une aventure humaine, celle d'une amitié indéfectible.
__________________ 


La Correspondance des routes croisées réunit en cinq parties l’ensemble des lettres que s’écrivent Nicolas Bouvier et Thierry Vernet dès l’âge de 16 et 18 ans jusqu’au moment de la parution de L’Usage du monde chez Julliard en 1964.
« Viendras-tu aux Indes avec moi ? », « Par des chemins différents », « Est-ce toi ou moi qui suis loin ? », « Un petit peu de courant dans ce fil qui nous lie», « Comme un conte le livre du monde » désignent cinq temps de l’échange, depuis les années au Collège de Genève jusqu’à la publication de l’œuvre commune à Paris.
Les connaisseurs de l’œuvre de Bouvier vont retrouver dans ses lettres l’humour, la finesse et l’élégance qui le caractérisent. Ils découvriront aussi le « compagnon voyageur » si présent dans L’Usage du monde : la plume de Vernet, exubérante, communique l’intensité du désir de la route.
Si ce livre est l’histoire d’une amitié, il est aussi celui des sentiers de la création puisque Bouvier et Vernet, dès l’adolescence, ont choisi sans réserve de vivre pour les mots et les couleurs. Les fervents de Nicolas Bouvier pourront, grâce à cette correspondance, entrer de plain-pied dans l’atelier de l’écrivain au cours des grandes années de ses voyages en Orient. (« Etonnants voyageurs »)



*


On s’en voudrait de le passer sous silence, ce Festival des Étonnants voyageurs, fondé en 1990 par Michel Le Bris et quelques autres, qui se déroule tous les ans, au mois de mai, à Saint-Malo. Le prochain se tiendra, qu'on se le dise, du 26 au 28 mai 2012.

Une visite à leur site s’impose :
Etonnants-Voyageurs
www.etonnants-voyageurs.com/
Festival international du livre et du film à Saint-Malo.

 


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Quelques-uns de nos canards de chevet...


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Le magazine C4, né en 92, à Liège, au sein de l’asbl « Cirque Divers », est aujourd’hui un bimestriel tiré à 3500 exemplaires et distribué dans toute la Communauté francophone de Belgique. Il est publié par l’asbl « D’une certaine gaieté », association d’éducation permanente et pluridisciplinaire pour qui la culture est non seulement un champ d’action mais un matériau à partir duquel se questionner et (faire) réfléchir.

(Pour les étrangers qui ne sont pas d’ici, C4 est le n° du formulaire que reçoivent les gens qui se font lourder. À remettre à l’ONEM (Office National de l’Emploi) qui est l’ANPE belge.  N.d.CL)

Qui collabore à C4 ? Des chômeurs/ses. Des intérimaires. Des CDT*D (* très ). Des étudiants/tes. Des journalistes fraîchement diplômé/e/s. Des photographes. Des licencié/e/s en commu’. Des bédéistes. Des touche-à-tout. Un pêle-mêle de gens entre 20 et 40 ans ayant en commun, au-delà de la nécessité de boucler les fins de mois avec des piges, le désir d’un espace de sociabilité et d’expression. Une zone ouverte où l’on puisse échanger des points de vue, inventer et expérimenter de nouvelles façons de regarder et de dire le monde.

On le trouve ici : http://c4.certaine-gaite.org/

Oui, bon, nous avons un faible pour la rubrique Stas-Academy, mais on lit aussi les autres pour ne pas mourir idiots. Quant aux recettes d’Antoine Pichault... ah, la la.


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Le Galopin est publié à Spa (Belgique). Ce sont les Éditions Galopin qui ont créé cette revue (ne se sont pas foulés pour trouver un titre), qu’anime principalement le Stas mentionné au moins deux fois plus haut parce qu’il a presque tous les talents (et encore, vous n’avez pas entendu chanter sa femme). Comme si ce n’était pas suffisant, il n’y a là-dedans que du beau monde.

Le Galopin existe en version papier, à laquelle on peut s’abonner, et en version électronique, qu’on peut télécharger.

Allez-y donc voir. C’est là : http://www.galopin.info/home/journal.php


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Ne sont pas des inconnus pour vous : nous vous en avons déjà parlé sur ce blog. Ils sont toujours et même plus que jamais d’attaque. Et leur n° 6 est déjà vieux d’un mois, car nous sommes en dessous de tout.

Là aussi, vous pouvez vous abonner ou tout lire en ligne. Il y a des gens qui ne sauront jamais comment s’enrichir...

Courez-y, c’est là :

Quatre mensonges, une seule solution !


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Le Tigre
74 rue du chateau d'eau
75018 Paris
Tél. 01 44 75 00 17
tigre@le-tigre.net

Magazine en couleurs, de 84 pages, sans publicité.

 

Le Tigre a été hebdomadaire en 2006, mensuel en 2007, bimestriel en 2008-2009, quinzomadaire en 2010. Après un numéro intitulé « Pourquoi faire un journal ? » publié en septembre 2010, Le Tigre a suspendu sa parution. Quelques péripéties plus loin (racontées sur son site), Le Tigre redevient mensuel. C’est le cinquième. Comme la République.

Ils en sont au n° 11 (celui du 20 octobre)

Sachez que deux jours avant la sortie de chaque numéro, les animateurs de ce «curieux journal curieux » se retrouvent avec leurs lecteurs, autour d’un pot. Pour y être conviés, il faut vous abonner à leur lettre d’information.

Et pour voir à quoi il ressemble, c’est ici : http://www.le-tigre.net/



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RdL - La Revue des Livres
31, rue Paul Fort
75014 Paris
Tél. 01.45.41.23.33
www.revuedeslivres.fr

Rédaction :
info@revuedeslivres.net

RdL, la Revue des Livres est un magazine bimestriel de critique politique, sociale et culturelle, ancré à gauche, qui entend discuter et diffuser les nouvelles pensées critiques et les recherches les plus innovantes – en rupture avec le prêt-à-penser des imaginaires sociaux et politiques établis –, notamment en philosophie, sciences sociales et histoire.

RdL, la Revue des Livres est lancée par l’équipe élargie de l’ancienne RILI, Revue internationale des livres et des idées.

Ils en sont au n°1 (septembre-octobre 2011). Tout ce qu’on peut vous dire, c’est qu’il donne envie de lire les autres.


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LANGUE


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À propos des premiers « euh...euh... » du probable prochain Président de la République, Monsieur Manuel de Dieguez vient de mettre en ligne un très savoureux dialogue entre un bien improbable étudiant et Monsieur Alain Rey. Ne nous privons pas de ce plaisir de choix :



Le retour du fléau des e e e e e e e - Un dialogue imaginaire avec M. Alain Rey

Manuel de Dieguez
Dimanche 30 octobre 2011

Les linguistes s'interrogent sur l'origine du fléau mystérieux qui, aux environs de 1980, avait frappé soudainement et de plein fouet la langue française à l'exclusion de toute autre dans le monde et l'avait ravagée un quart de siècle durant. Pourquoi la maladie avait-elle non moins inexplicablement disparu aux alentours de 2008 pour redoubler ses assauts aujourd'hui ?

( Lire la suite... )


Pour (tout) le reste, voir son site  :  http://www.dieguez-philosophe.com/

Et puis, pendant qu’on y est : http://www.blogg.org/blog-11989.html Blog de Jean-Luc Pujo.


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Du coup, nous avons (votre servante a) relu ceci, qui date d’un an, mais dont on ne se lasse pas.


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Marc VAILLANCOURT
L’honneur manque de bras

Sens, Obsidiane, Novembre 2010
Collection « Les placets invectifs »
http://perso.numericable.com/editions-obsidiane/

82 pages


Né en 1952 au Québec où il vit, Marc Vaillancourt est astro-physicien de formation. Il pratique les mathématiques, le grec et le latin avec la même passion que la littérature qu'il connaît sur le bout des doigts, tant comme lecteur que comme écrivain (il a publié une vingtaine d'ouvrages dans différents genres : poésie, romans, essais et pamphlets). C'est ce genre qu'il illustre ici dans L'honneur manque de bras, ouvrage qui fait écho aux Feuilles de la sybille (2002) et Au poil et à la plume (2004) - livres qui lui valurent à la fois l'admiration et la détestation de ses contemporains ! Vaillancourt fustige sans relâche et avec beaucoup d'ironie les travers de l'époque et, principalement ceux du monde littéraire qu'il juge inculte, compromis et couard ! Mais, et c'est peut-être l'exilé en terre majoritairement anglophone qui parle, il s'insurge contre le mauvais sort fait à la langue française ; raison pour laquelle ses aphorismes et autres réflexions sont enrichies de références classiques, de rappel à la règle et même de propositions lexicographiques qui permettent d'échapper à l'anglomanie courante... Sa posture est d'autant plus imparable qu'il connaît l'histoire et les ressorts de sa langue, et qu'il se tient à l'écart des modes...

Bribes :

Et au train où vont les choses, le vocable gihaille, du Yankee G.I. va désigner avant longtemps, dans toutes les langues civilisées, une brute cupide et sanguinaire, un violeur, un assassin à gages, un ennemi acharné du genre humain.

Je francise, j’affranchis, je franchis, je m’affranchis
Voltaire écrit spline pour spleen, Jules Romains stiple pour steeple, Queneau vinquande pour week-end. (Audiberti, qui fait tout mieux : findesem.) Imitons-les.

Tres linguae
À l’époque de Rabelais on étudiait dans les collèges les tres linguae : l’hébreu, le grec et le latin. C’est ainsi que le nom, si on peut dire propre de la Dive Bouteille est Bacbuc ; de l’hébreu baqbouc, bouteille, flacon. On était sorti du Moyen Âge, où nous rentrons la queue entre les jambes, en attendant l’hégémonie finale du Basic English et la paix des cimetières.


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Et pour finir, un


Petit glossaire de charabia moderne


Trouvé sur un blog merveilleux, à visiter absolument par ceux qui ont l’âme voyageuse.

 

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À consommer, ici, sans modération :
http://mosalyo.wordpress.com/2011/09/19/petit-glossaire-de-charabia-moderne/


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Fermé temporairement pour cause de déménagement de notre webmaîtresse.

 

Il pleut.jpg

À bientôt !



 

Mis en ligne par Catherine
pour tout l’équipage, le 7 novembre 2011



15:17 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

26/10/2011

La curée

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Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) :
Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !



LA CURÉE

Résumé de ce qui précède...
... et conclusions tirées par quelques personnes honnêtes



Aujourd’hui que le but véritable de ces 216 jours de boucherie est atteint, tous se vantent d’avoir – eux et personne d’autre – occis Kadhafi. Les Français d’abord, qui claironnent leur part de « responsabilité » dans la (fermons les yeux et essayons de visualiser... la République Française imposant par le meurtre de masse la monarchie à une république et la shar’ia à un état laïc... waw !) liquidation d’un chef d’état prisonnier de guerre, suivis de près par les Américains, antériorité dans le génocide obligeant, eux-mêmes suivis par les Anglais, qui se targuent du rôle joué par leurs forces spéciales – vous savez, les fameux SAS -  qui ont, maintenant on peut le dire, « encadré sur place, à Syrte, les forces du Conseil National de Transition et organisé la coupure des voies de retraite possibles pour Kadhafi et ses hommes ». Pourquoi en douter ? Depuis la révolte des Cipayes et même avant, on les savait capables de tout. Bien placé aussi le Qatar, état arabe comme on sait, et démocrate à n’en plus pouvoir. Il n’y a pas jusqu’à l’Allemagne, qui ne revendique sa part du meurtre Mais pourquoi diantre l’Allemagne s’accuse-t-elle d’un crime qu’elle ne peut pas avoir commis ? Eh, c’est que l’heure de la curée est venue et qu’il importe d’avoir les mains tachées de sang si possible jusqu’aux aisselles, pour pouvoir revendiquer une part conséquente du gâteau. Sans oublier la cerise qui le surmonte : ces fameux 1.700.000 Euros promis à qui capturerait le gibier mort ou vif, car il n’y a pas de petits profits.

Et c’est bien « mort » qu’il le fallait. Claude Angeli explique pourquoi et comment en page 3 du Canard enchaîné de cette semaine :

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*

KADHAFI CONDAMNÉ À MORT PAR WASHINGTON ET PARIS
Claude Angeli.
Mercredi 26 octobre 2011

Obama et Sarkozy ne voulaient pas qu’il s’en sorte vivant. De crainte qu’il ne parle trop lors de son procès devant la Cour pénale internationale.

Mercredi, 19 octobre en fin d’après-midi, un colonel du Pentagone téléphone à l’un de ses correspondants au sein du service secret français. Chargé du dossier « Kadhafi », l’une des priorités actuelles des généraux de l’équipe Obama, l’Américain annonce que le chef libyen, suivi à la trace par des drones Predator US, est pris au piège dans un quartier de Syrte et qu’il est désormais impossible de le « manquer ». Puis il ajoute que laisser ce type en vie le transformerait en « véritable bombe atomique ». Son interlocuteur comprend ainsi que la maison Blanche a rendu son verdict, et qu’il faut éviter de fournir à Kadhafi la tribune internationale que représenterait son éventuel procès.

Depuis quelques jours d’ailleurs, des commandos des forces spéciales américaines et françaises participaient ensemble à cette chasse au Kadhafi. À Paris, au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), à la Direction du renseignement militaire (DRM) et au service action de la DGSE, plusieurs officiers évaluaient à une cinquantaine de membres du COS (Commandement des opérations spéciales) les militaires présents à Syrte.

Leur mission : porter assistance aux unités du CNT qui investissaient la ville, quartier par quartier, et, selon le jargon maison utilisée par un officier du CPCO, « traiter le guide libyen et les membres de sa famille ». Une formule codée en cours à la DGSE : « livrer le colis à Renard », et agir en sorte que Kadhafi n’échappe pas à ses poursuivants (une unité du CNT baptisé « Renard? ».

Hypocrisie internationale.

À l’Élysée, on savait depuis la mi-octobre que Kadhafi et l’un de ses fils s’étaient réfugiés à Syrte, avec gardes corps et mercenaires (ou résistants Libyens). Et Sarko avait chargé le général Benoit Puga, son chef d’état-major particulier, de superviser la chasse à l’ancien dictateur. Ce qu’il a fait en relation avec la « Cuve », le bunker souterrain où des officiers du CPCO sont en contact permanent avec tous les militaires engagés à l’étranger et les services barbouzards. À la DGSE comme à la DRM on ne se gêne pas d’ailleurs pour évoquer l’« élimination physique » du chef libyen, à la différence des formules bien plus convenables employées par l’Élysée, s’il faut en croire un conseiller du Président.

« La peine de mort n’était pas prévue dans les résolutions de l’ONU qui ont permis à l’OTAN d’intervenir, ironise un diplomate français. Mais il ne faut pas jouer les hypocrites. À plusieurs reprises, des avions français et britanniques avaient déjà tenté de liquider Kadhafi en bombardant certains de ses repaires, à Tripoli ou en détruisant notamment un de ses bureaux. » Et le même de signaler que, lors d’un procès devant la Cour pénale internationale, « ce nouvel ami de l’Occident aurait pu rappeler ses excellentes relations avec la CIA ou les services français, l’aide qu’il apportait aux amis africains de la France, et les contrats qu’il offrait aux uns et aux autres. Voir plus grave, ne sait-on jamais? ».

Le 20 octobre à 8 h 30 du matin, l’objectif allait être atteint. Trois avions de l’OTAN s’approchent de Syrte. Rien à voir avec une mission de reconnaissance effectuée par hasard : une colonne de 75 véhicules fuit la ville à vive allure. Un drone américain Predator tire des roquettes. Un mirage F1CR français de reconnaissance suit un Mirage 200-D qui large deux bombesGBU-12 de 225 kilos guidés au laser. Bilan : 21 véhicules détruits et Kadhafi seulement blessé.

Soupirs de satisfaction.

Des forces spéciales françaises sont alors présentes sur les lieux. L’histoire ne dit pas à quelle distance de ce qui va survenir, et que raconte avec abondance de détails un officier des services militaires de renseignements : « Il est capturé vivant par des combattants surexcités. La foule scande, Allah Akbar, à pleins poumons, le menace de ses armes et se met à le tabasser pendant que d’autres combattants qui peinent à prendre le dessus, crient de le maintenir en vie ».

On connait la suite, quelques images de ce lynchage suivi d’une exécution par balle sont apparues sur les écrans de télévision et dans la presse écrite. Mais la disparition de Kadhafi n’est pas la fin de l’histoire, car, en croire une analyse barbouzarde, « la Libye est entrée dans un no man’s land politique, une zone de turbulences imprévisibles. » Voilà qui devrait inquiéter ceux qui, dans plusieurs capitales occidentales et arabes, ont poussé des soupirs de satisfaction que Kadhafi ne serait jamais la vedette d’un procès international.


*


Or donc, puisque nous avons tous tué Muammar Kadhafi un peu plus et un peu mieux que les autres, comment avons-nous fait et qui nous départagera dans la course au butin ? Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, non ? Et les vainqueurs, c’est nous. Alors, allons-y Folleville.

L'évolution humaine.JPG

 


À vaincre sans péril,
On triomphe sans gloire.





Qui a vraiment tué Kadhafi ?
Ce « killer » de Las Vegas venu de Sicile.
par Manlio Dinucci
Il Manifesto – 22 octobre 2011


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The Telegraph : 

« Comment l’OTAN a poussé le raïs dans les mains des militaires islamistes de Misrata. »



Les images de Kadhafi lynché et tué par une foule féroce de miliciens ont été diffusées à l’échelle mondiale, pour démontrer qu’en Libye il s’est agi d’une rébellion populaire qui s’est terminée par le renversement de l’odieux dictateur. Version simpliste, appartenant aux puissantes « armes de distraction de masse » utilisées dans l’opération Protecteur Unifié.  Toute autre est la réalité qui vient au jour, comme le montre la reconstruction documentée des événements faite le 21 octobre par le quotidien britannique The Telegraph.

Après avoir joué un rôle clé dans la conquête de Tripoli, les agents de la Cia et du service secret britannique MI6, qui opèrent sur le terrain en Libye, se sont concentrés sur la chasse à Kadhafi, qui avait échappé aux bombardements massifs de l’OTAN. Tandis que les drones et autres avions espions, dotés des appareils les plus sophistiqués, survolaient jour et nuit la Libye, des forces spéciales étatsuniennes et britanniques passaient au crible la zone de Syrte, probable refuge de Kadhafi. Celui-ci a été obligé, ces dernières semaines, de rompre le silence téléphonique, en utilisant un portable peut-être de type satellitaire. La communication a été interceptée, confirmant sa présence dans la zone.

Quand un convoi de plusieurs dizaines de véhicules est sorti de la ville, il a immédiatement été repéré par les avions espions : un Rivet Joint étasunien (qui peut repérer l’objectif à 250 Kms de distance), un C160 Gabriel français et un Tornado Gr4 britannique. A ce moment là, un drone Predator étasunien, qui avait décollé de Sicile et télécommandé via satellite depuis une base proche de Las Vegas, a attaqué le convoi avec de nombreux missiles Hellfire. Même si cela n’est pas spécifié, il s’agit d’un des Predator MQ-9 Reaper déployés à Sigonella (Sicile), où se trouve le personnel affecté à l’approvisionnement et à la manutention, et conduits par un pilote et un spécialiste des senseurs, tous deux assis à leur console aux Etats-Unis, à plus de 10mille Kms de distance. Le Reaper, en mesure de transporter une charge guerrière d’une tonne et demi, est armé de 14 missiles Hellfire (« feu d’enfer ») à tête antichar, explosive à fragmentation ou thermobarique. Immédiatement après, le convoi a été frappé aussi par des chasseurs bombardiers français Mirage-2000 avec des bombes Paveway de 500 libbres et des munitions de précision Aasm (Armement Air-Sol Modulaire), elles aussi à guidage laser. Cette attaque a été décisive pour la capture de Kadhafi.

Ces faits démontrent que, en réalité, c’est l’OTAN qui a capturé Kadhafi, en le poussant dans les mains de miliciens musulmans de Misrata, animés d’une particulière haine à son égard. Et que c’est l’OTAN qui a vaincu cette guerre non seulement en larguant sur la Libye 40-50mille bombes en plus de 10mille missions d’attaque, afin d’ouvrir la voie aux « rebelles », mais en infiltrant en territoire libyen services secrets et forces spéciales pour réaliser et diriger les opérations de guerre. Le plan  -décidé à Washington, Londres et Paris- était d’éliminer Kadhafi, qui dans un procès public aurait pu révéler des vérités incommodes pour les gouvernements occidentaux. Il n’est donc pas exclu que parmi la foule de miliciens hurlants, derrière le « jeune homme au pistolet en or » à qui on attribue le meurtre de Kadhafi, il y avait bien plus d’experts killers de profession.


 Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Sources :

Il Manifesto :
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20111022/manip2pg/02/manip2pz/312006/

AlterInfo :
http://www.alterinfo.net/Le-killer-de-Las-Vegas-venu-de-Sicile-Qui-a-vraiment-tue-Kadhafi_a65500.html


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Tout le monde y va de son commentaire : triomphalisme d’une indécence rare, même par les temps qui courent, chez les médiaputes, indignation nauséeuse chez les autres... Dans cette dernière catégorie, tous les grands noms sont au rendez-vous. Nous n’en cueillerons que quelques-uns, il vous faudra, chers internautes, aller chercher ceux que nous n'avons pas pu embarquer, dans leurs endroits habituels. Commençons par une jeune femme qui a bien des choses à dire :





Lizzie Phelan : «La guerre contre la Libye est une guerre contre l'Afrique»

 

Lizzy Phelan à Tripoli.gif
De retour au Royaume-Uni, après plusieurs mois passés en Libye où elle a couvert les crimes de guerre de l’OTAN et les mensonges des médias atlantistes, la journaliste Lizzie Phelan continue de se battre pour la vérité et la justice, et pour le peuple libyen. Son témoignage ci-dessous est un exemple saisissant de son engagement.

Lizzie Phelan a passé ses derniers jours en Libye - où elle était correspondante de PressTV - prise au piège dans l’Hôtel Rixos avec Thierry Meyssan, Mahdi Nazemroaya et deux autres membres de l’équipe du Réseau Voltaire.

Wikipedia lui fait l’honneur de la censurer.


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Sur la déchéance de l’Occident, Thierry Meyssan pose, à son habitude, le diagnostic sobre et précis qui s’imposait. Les faiblesses et les erreurs du bouc émissaire n’y sont pas omises. C’est ce qui ressemblera jamais le plus à la justice qui lui est due.


Le lynchage de Mouammar Kadhafi


par Thierry Meyssan

thierry-meyssan.jpg

La mort de Mouammar el-Kadhafi a été saluée par une explosion de joie dans les palais gouvernementaux occidentaux à défaut de l’être par le peuple libyen. Pour Thierry Meyssan, cet assassinat militairement inutile n’a pas été perpétré par l’Empire uniquement pour l’exemple, mais aussi pour déstructurer la société tribale libyenne.

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 20 octobre 2011

Kadhafi mourant.jpg

Durant 42 ans, Mouammar el-Kadhafi a protégé son pays du
 colonialisme occidental. Il rejoint aujourd’hui Omar al-Mokhtar
 au panthéon des héros nationaux libyens.



Jeudi 20 octobre 2011, vers 13 h 30 GMT, le Conseil national de transition libyen a annoncé la mort de Mouammar el-Kadhafi. Bien que confus, les premiers éléments laissent à penser qu’un convoi de voitures a tenté de quitter Syrte assiégée et a été bloqué et partiellement détruit par un bombardement de l’OTAN. Des survivants se seraient mis à l’abri dans des canalisations. M. Kadhafi, blessé, aurait été fait prisonnier par la brigade Tigre de la tribu des Misrata qui l’aurait lynché.

Le corps du « Guide » de la Grande Jamahiriya arabe socialiste n’a pas été conservé dans sa ville natale de Syrte, ni transporté à Tripoli, mais acheminé comme trophée par les Misrata dans la ville éponyme.

La tribu des Misrata, qui a longtemps hésité à choisir son camp et est quasi absente du CNT, aura finalement investi Tripoli après son bombardement par l’OTAN, et aura lynché Mouammar el-Kadhafi après le bombardement de son convoi par l’OTAN. Elle aura même transféré son corps dans sa ville pour marquer son triomphe. En juillet, le « Guide » aura maudit les Misrata, leur enjoignant de partir à Istanbul et Tel-Aviv, faisant allusion au fait que leur tribu est issue de juifs turcs convertis à l’islam.

Un flot de commentaires préparés à l’avance a été déversé instantanément par les médias atlantistes visant à diaboliser Mouammar el-Kadhafi et, de la sorte, à faire oublier les conditions barbares de sa mort.

Les principaux dirigeants de la Coalition ont salué la mort de leur ennemi comme marquant la fin de l’opération « Protecteur unifié ». Ce faisant, ils admettent implicitement que celle-ci ne visait pas à mettre en œuvre la Résolution 1973 du Conseil de sécurité, mais à renverser un régime politique et à en tuer le leader, alors même que l’assassinat d’un chef d’État en exercice est interdit en droit états-unien et universellement condamné.

De plus, le lynchage de Mouammar el-Kadhafi montre la volonté de l’OTAN de ne pas le déférer à la Cour pénale internationale qui n’aurait pas été plus en mesure de le condamner pour crime contre l’humanité que le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie ne put prouver la culpabilité de Slobodan Milosevic malgré deux ans de procès.

Dans le torrent de boue déversé par les médias atlantistes pour salir sa mémoire, reviennent en boucle des accusations mensongères, ce qui montre a contrario que ces médias disposent de peu d’éléments authentiques utilisables à charge.

Ainsi revient l’affaire de l’attentat contre la discothèque La Belle à Berlin (5 avril 1986, 3 morts), jadis utilisée comme prétexte par l’administration Reagan pour bombarder son palais et tuer sa fille (14 avril 1986, au moins 50 morts). À l’époque, le procureur allemand Detlev Mehlis (celui qui truquera deux décennies plus tard l’enquête sur l’assassinat de Rafik el-Hariri) s’appuya sur le témoignage de Mushad Eter pour accuser un diplomate libyen et son complice Mohammed Amairi. Cependant, la télévision allemande ZDF découvrira plus tard que Mushad Eter est un faux témoin et un vrai agent de la CIA, tandis que le poseur de bombe Mahammed Aamiri est un agent du Mossad [1].

Ou encore, l’affaire de l’attentat de Lockerbie (21 décembre 1988, 270 morts) : les enquêteurs identifièrent le propriétaire de la valise contenant la bombe et son retardateur sur la foi du témoignage d’un commerçant maltais qui avait vendu un pantalon se trouvant également dans la valise piégée. La justice écossaise mit alors en accusation deux agents libyens Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi et Al Amin Khalifa Fhimah et le Conseil de sécurité prit des sanctions contre la Libye. En définitive, pour obtenir la levée des sanctions, la Libye accepta d’extrader ses deux agents (le premier fut condamné à la prison à vie, le second fut innocenté) et de payer 2,7 milliards de dollars d’indemnités, tout en persistant à proclamer sa complète innocence. En définitive, en août 2005, un des chefs d’enquête écossais déclara que la pièce à conviction principale, le retardateur, avait été déposé sur les lieux par un agent de la CIA. Puis l’expert qui avait analysé le retardateur pour le tribunal admit l’avoir lui-même fabriqué avant que la CIA ne le dépose sur les lieux. Enfin, le commerçant maltais reconnu avoir été payé 2 millions de dollars pour porter un faux témoignage. Les autorités écossaises décidèrent de réviser le procès, mais l’état de santé d’Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi ne le permit pas.

L’actuelle campagne de désinformation comprend aussi un volet sur le train de vie décrit comme somptueux du défunt et sur le montant pharaonique de sa fortune cachée. Or, tous ceux qui ont approché Mouammar el-Kadhafi, ou simplement ceux qui ont visité sa maison familiale et sa résidence après leur bombardement peuvent attester qu’il vivait dans un environnement comparable à celui de la bourgeoisie de son pays, bien loin du bling bling de son ministre du Plan, Mahmoud Jibril. De même, aucun des États qui traquent la fortune cachée des Kadhafi depuis des mois n’a été en mesure de la trouver. Toutes les sommes significatives saisies appartenaient à l’État libyen et non à son « Guide ».

À l’inverse, les médias atlantistes n’évoquent pas le seul mandat d’arrêt international émis par Interpol contre Mouammar el-Kadhafi avant l’offensive de l’OTAN. Il était accusé par la Justice libanaise d’avoir fait disparaître l’imam Moussa Sadr et de ses accompagnateurs (1978). Cet oubli s’explique par le fait que l’enlèvement aurait été commandité par les États-Unis qui voulaient éliminer l’imam chiite avant de laisser l’ayatollah Rouhollah Khomeiny rentrer en Iran, de peur que Sadr n’étende au Liban l’influence du révolutionnaire iranien.

Les médias atlantistes n’évoquent pas non plus les critiques que des organisations de la Résistance anti-impérialiste et nous-mêmes avions formulées contre Mouammar el-Kadhafi : ses compromis récurrents avec Israël.

Pour ma part, je peux attester que, jusqu’à la bataille de Tripoli, le « Guide » a négocié avec des émissaires israéliens, espérant parvenir à acheter la protection de Tel-Aviv. Je dois aussi attester que, malgré mes critiques sur sa politique internationale, et le dossier complet à ce sujet que la DCRI française lui a aimablement communiqué à mon sujet en juillet dans l’espoir de me faire arrêter, Mouammar el-Kadhafi m’a accordé sa confiance et m’a demandé d’aider son pays à faire valoir ses droits aux Nations Unies [2] ; un comportement bien éloigné de celui d’un tyran.

Les médias atlantistes n’ont pas non plus cité les ingérences que j’ai condamnées de la Libye dans la vie politique française, notamment le financement illégal des campagnes électorales présidentielles de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. Le « Guide » avait en effet autorisé son beau-frère Abdallah Senoussi à corrompre les deux principaux candidats en échange de la promesse de l’amnistier ou de faire pression sur la Justice française pour clore son dossier pénal [3].

Surtout, les médias atlantistes n’évoquent pas l’œuvre principale du « Guide » : le renversement de la monarchie fantoche imposée par les anglo-saxons, le renvoi des troupes étrangères, la nationalisation des hydrocarbures, la construction de la Man Made River (les plus importants travaux d’irrigation au monde), la redistribution de la rente pétrolière (il fit d’une des populations les plus pauvres du monde, la plus riche d’Afrique), l’asile généreux aux réfugiés Palestiniens et l’aide sans équivalent au développement du Tiers-monde (l’aide libyenne au développement était plus importante que celle de tous les États du G20 réunis).

La mort de Mouammar el-Kadhafi ne changera rien au plan international. L’événement important était la chute de Tripoli, bombardée et conquise par l’OTAN —certainement le pire crime de guerre de ce siècle—, suivie de l’entrée de la tribu des Misrata pour contrôler la capitale. Dans les semaines précédant la bataille de Tripoli, l’écrasante majorité des Libyens ont participé, vendredi après vendredi, à des manifestations anti-OTAN, anti-CNT et pro-Kadhafi. Désormais, leur pays est détruit et ils sont gouvernés par l’OTAN et ses fantoches du CNT.

La mort du Guide aura par contre un effet traumatique durable sur la société tribale libyenne. En faisant tuer le leader, l’OTAN a détruit l’incarnation du principe d’autorité. Il faudra des années et beaucoup de violences avant qu’un nouveau leader soit reconnu par l’ensemble des tribus, ou que le système tribal soit remplacé par un autre mode d’organisation sociale. En ce sens, la mort de Mouammar el-Kadhafi ouvre une période d’irakisation ou de somalisation de la Libye.

Thierry Meyssan


[1] Enquête du magazine Frontal, diffusée par la ZDF le 28 août 1998.

[2] Ce que j’ai fait à titre militant, sans rémunération aucune. Ndla

[3] Abdallah Senoussi avait été condamné par contumace en France pour l’attentat contre le DC-10 d’UTA (19 septembre 1989, 170 morts) durant la guerre du Tchad.


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URUBU : nom africain du vautour américain




Le site Alter Info met en ligne un article à l’ironie grinçante du journaliste brésilien Pepe Escobar, paru dans l’Asia Times, et vous offre même, en prime, une chanson de Bernard Lavilliers. N.B. : Le sarcasme est quelquefois dans l'absence de guillemets.

Comment l’Occident a vaincu
en Libye


par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong), 22 octobre 2011
traduit de l’anglais par Djazaïri

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Les textes de Pepe Escobar sont souvent très intéressants, mais aussi difficiles à traduire, du moins pour moi. J’ai renoncé à plusieurs reprises à la traduction d’articles écrits par ce journaliste brésilien. Je me suis quand même décidé à traduire un se ses récents papiers parus dans Asia Times. Je suis pas vraiment satisfait du résultat, mais bon…

Dans cet article, Pepe Escobar revient sur la victoire de l’OTAN en Libye, une victoire que le président des Etats-Unis a d’ailleurs revendiquée comme telle, balayant ainsi toute idée saugrenue selon laquelle des «rebelles» auraient mis à bas le régime du colonel Kadhafi.

L’action de l’OTAN en Libye correspond en fait à un nouveau concept stratégique des Etats-Unis qui consiste à faire faire la partie visible du job par d’autres, en l’espèce les alliés incorporés dans l’OTAN et, dans des cas comme celui de la Libye, les monarchies démocratiques arabes.


(Lire la suite...)



Pour les vrais amateurs...

...un autre article de Pepe Escobar, où il réclame la mise en accusation de Nicolas Sarkozy et de David Cameron pour crimes contre l’humanité. (Repris par Planète Non Violence)  :
http://www.planetenonviolence.org/L-Iran-Le-Sun-Tzu-Et-La-Dominatrice-Pepe-Escobar_a2195.html




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USA - Chicago (Illinois)

Rick Rozoff est diplomé en littérature européenne, journaliste et directeur de STOP NATO INTERNATIONAL. Il collabore aussi, régulièrement, comme auteur, à Global Research, à Voice of Russia  (émissions en anglais de Voix de la Russie) et au Réseau Voltaire .
 
Ceci est la transcription d’une interview donnée à Press TV

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Libye :  Un meurtre brutal, gratuit –  Le Nouvel Ordre Mondial dans toute son évidente barbarie

Rick Rozoff

Le 22 octobre 2011.


« Un meurtre brutal, gratuit » John, Robles*

 

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Comment allez-vous M. Rozoff ?

Je suis assez bouleversé par les nouvelles de ce matin – d’hier matin en ce qui vous concerne.

Ok, quelle est votre première impression ?

Celle du meurtre brutal et gratuit d’un homme de près de 70 ans, tué après avoir été capturé. Et si le but des 216 jours de bombardements était avant tout de le tuer, ce qui est manifestement le cas, avec les multiples bombardements de sa résidence à Tripoli, dont un seul a tué un de ses fils et trois de ses petits-enfants, il s’agit sans aucun doute d’un assassinat ciblé et je suppose que l’OTAN peut maintenant en revendiquer le succès. Ils ont eu ce qu’ils voulaient.

Le président Barak Obama a dit qu’il allait y avoir un retrait de Libye très bientôt, à votre avis, cela signifie-t-il que l’objectif a été atteint ?

Oui, il l’a été totalement. Changement de régime, prise de contrôle des plus importantes réserves de pétrole d’Afrique, incorporation de la Libye, jusque là seul pays nord-africain à n’être pas membre du soi-disant « Dialogue méditerranéen »  de l’OTAN dans ce qui est à présent, selon le secrétaire général Fogh Rasmussen, un partenariat militaire avec l’Alliance de l’Atlantique Nord...  Oui, dans tous les sens, leur objectif a été atteint. Et ce n’est certainement là rien qui soit susceptible de bénéficier au peuple libyen.

Vous ne voyez pas cela comme un acte de justice envers le peuple libyen opprimé ? Je veux dire qu’il y a des gens pour qui Kadhafi était un type terrible : il a tué des milliers de gens, donc il méritait de mourir.

Il y a juste tellement – comment dire – de bassesse, de délectation gratuite dans le meurtre de cet homme, né il y a 70 ans dans la ville même où il a été assassiné le 216e jour des bombardements de son pays par l’OTAN.

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Il est né sous l’occupation fasciste italienne et il est mort sous l’occupation de l’OTAN. On ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle, d’autant que l’Italie a fourni certains des avions qui dévastent son pays depuis la mi-mars... depuis le 19 mars. S’il était le monstre qu’ils nous dépeignent, et j’invite vos auditeurs à aller voir sur le site de l’OTAN, les caricatures innommables qu’ils ont postées tous ces derniers jours, graffiti muraux et autres, qui le représentent de manière avilissante et diffamatoire, pour le déshumaniser au maximum avant de l’assassiner...

D’accord, j’ai vu à la télévision son corps nu traîné comme un morceau de barbaque, pardonnez-moi l’expression.

Oui. Après qu’ils l’aient amené à Misrata. C’est à vomir, un traitement barbare, et même pire que barbare, et qui prend place dans une longue série d’outrages similaires. Il en a été de même avec Slobodan Milosevic en Yougoslavie et avec Saddam Hussein en Irak, et il en va de même avec tout dirigeant d’un pays, qui refuse de s’aplatir. Je ne mets pas tous ces hommes dans le même panier. Reformulons la chose autrement. Tout dirigeant dont « le temps est venu », de l’avis des États-Unis et de l’OTAN, doit s’attendre à mourir. Hussein a été pendu. Kadhafi a été flingué. Considérant que Kadhafi était censé être – il ne l’était que nominalement, mais peu importe – le chef de l’état et même le chef des armées – et le bombardement de ses résidences privées, au prétexte qu’elles étaient des centres de commandement, prouve que l’OTAN le considérait bien comme dirigeant les forces armées – lorsqu’ils l’ont capturé jeudi, il était un prisonnier de guerre et, à ce titre, sous la protection de la Convention de Genève, au lieu de quoi on lui a tiré dans la tête et on l’a massacré. C’est là le nouveau régime qui vient d’être implanté en Libye, et quel que soit le verbiage de l’Occident à propos d’état de droit et de préoccupations humanitaires, ceci est l’image brute et nue de ses intentions véritables. Comme l'a été la mort de Slobodan Milosevic dans un cul-de-basse-fosse des Pays-Bas, où on lui a refusé les soins médicaux en Russie, et comme la grotesque pendaison de Saddam Hussein. C’est là l’image véridique du nouvel ordre mondial, un ordre mondial dans toute son évidente barbarie.

Que voulez-vous dire « on lui a refusé les soins médicaux en Russie » ?

La Russie a offert au TPIY (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, NdT) de faire venir Slobodan Milosevic à Moscou pour y suivre un traitement médical, mais son offre a été refusée et Milosevic est mort très peu de temps après. Il est même possible que les choses se soient passées de façon encore pire**.  Quoi qu’il en soit, l’image est très claire.

Est-ce que vous voyez un schéma, excusez-moi de vous interrompre. Est-ce que vous voyez un schéma répétitif - je suis sûr que oui - entre les cas Hussein, Ben Laden et maintenant Kadhafi ? Je veux dire, vous avez des pays, Hussein et Kadhafi par exemple, qui ont pratiquement stoppé leurs programmes d’armement. C’est à peu près sûr, Kadhafi coopérait avec les États-Unis dans la guerre contre le terrorisme, en permettant les vols de restitutions extraordinaires (« extraordinary renditions »)  vers la Libye. Et il avait arrêté ses programmes d’armement. Vous voyez là un schéma récurrent ?

Oui. Il y a très clairement un schéma, un mode opératoire, par lequel les États-Unis et l’OTAN se servent de quelqu’un à leurs propres fins, puis s’en débarrassent et le tuent. Slobodan Milosevic, à grand risque politique pour lui-même à l’intérieur de ce qui était à l’époque la République Fédérale de Yougoslavie, a joué un rôle actif dans les négociations visant à mettre fin aux hostilités armées en Bosnie, en remerciement de quoi son pays a été bombardé pendant 78 jours en 1999 par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, et lui-même ensuite jeté aux oubliettes pour y mourir.

Il avait passé un accord avec la CIA, je pense, on l’a su plus tard, et c’est assez de notoriété publique qu’il s’attendait à être protégé.

Je ne connais pas tous les détails là-dessus, mais au bout du compte, on se retrouve toujours avec des tas de cadavres et des chefs d’état assassinés. Rappelons-nous bien ceci : quoique n’étant que nominalement chef de l’État, Muammar Kadhafi a eu la carrière de dirigeant la plus longue au monde. Il a été le dernier lien personnel – depuis que Fidel Castro s’est retiré de la présidence de Cuba – entre les luttes de libération nationales d’après la Deuxième Guerre Mondiale et l’émergence de nouvelles nations pendant la Guerre Froide et l’après-Guerre Froide, dont l’issue a été l’OTAN, force de frappe militaire capable de renverser les gouvernements à volonté n’importe où dans le monde. L’OTAN se vante, sur son site web, d’avoir accompli, à ce jour, 26.000 missions aériennes au-dessus d’un pays de 6 millions d’habitants, dont plus de 9.000 étaient des « sorties de combat ». Ce monstre est déchaîné depuis vingt ans sur le monde, et la Libye ne sera pas le dernier pays à lui servir de cible. Vous pouvez en  être sûr.

Que croyez-vous qu’il va arriver maintenant ?

Je ne sais pas si la Libye sera en état de se relever. Les puissances occidentales ont poussé à des affrontements tribaux pour pouvoir renverser le gouvernement de Kadhafi, et croire qu’on peut, après cela, faire rentrer le génie dans la bouteille, est faire preuve de vraiment beaucoup d’optimisme ou de faux-culterie. Avec le chef militaire du CNT (Abdel Hakim Belhadj) qui est quelqu’un que les États-Unis ont incarcéré et interrogé (= torturé, NdT) dans le cadre de leur programme de « restitutions extraordinaires », ex-combattant en Afghanistan et ex-leader du soi-disant Groupe de Lutte Islamique de Libye, vous avez des éléments d’Al Qaeda et des séparatistes... ils ont semé dans le pays un véritable pandemonium, et maintenant ils prétendent qu’ils veulent stabiliser la Libye. Je ne vois rien se produire de ce genre. Tous comptes faits, avec sa prétendue « no-fly zone » et son intervention humanitaire, l’OTAN a clairement fait la guerre à un gouvernement pour le compte d’une faction insurgée. Point. C’était l'intention de départ, et l'entreprise a réussi.


Traduction Catherine L. pour
http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be

Source : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=27224


___________  

* Né en 1966 à Rio Piedras, Porto Rico, John Robles est, à ce jour, le seul citoyen US à qui ait été accordé l’asile politique en Russie. Il est journaliste et présente, sur La Voix de la Russie, le célèbre programme en langue anglaise Moscow Mailbox, qui répond aux questions des auditeurs du monde entier sur tout ce qui concerne l’URSS et la Russie.
 
** Me Vergès a déposé plainte pour meurtre par empoisonnement (NdT).


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Et qu’en disent les gens honnêtes qui ne sont pas journalistes ?

Hugo Chavez :


Hugo Chavez réagit à la mort de Kadhafi ! par tawba2_974



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L'OTAN est l'outil de répression "le plus perfide
de l'histoire" (Castro)

Dossier : Kadhafi annoncé mort

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LA HAVANE, 24 octobre - RIA Novosti

  
L'OTAN est l'outil de répression "le plus perfide de l'histoire de l'humanité" a déclaré le leader de la révolution cubaine Fidel Castro dans un article de la série "Réflexions" publié dans la presse officielle cubaine.

L'OTAN est devenu un instrument de répression "après que l'URSS, prétexte à la création de cette Alliance par les Etats-Unis, a cessé d'exister", a ajouté le leader cubain.

Le leader cubain a estimé que les objectifs criminels de l'Alliance se sont révélés en Serbie en 1999, lorsque "les pays de cette funeste organisation ont dépêché leurs troupes pour soutenir les séparatistes kosovars".

Le leader libyen déchu Mouammar Kadhafi "a été grièvement blessé par l'un des chasseurs-bombardiers les plus performants de l'OTAN", il "a été capturé vivant avant d'être tué par des gens armés par cette organisation militaire", a indiqué Fidel Castro, commentant les récents événements en Libye.

Le fait que le corps de Kadhafi ait été exposé "comme un trophée de guerre constitue une violation des principes les plus élémentaires de l'islam ainsi que des autres croyances religieuses de par le monde", a ajouté Fidel Castro.


Source : Ria Novosti (http://fr.rian.ru/world/20111024/191649593.html


 

OTAN.jpg


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Mort de Kadhafi : des images "dégoûtantes"
(Poutine)

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Lors d'une intervention devant les membres du Front populaire, le premier ministre russe Vladimir Poutine s'est déclaré "révolté" par les images de la mort du dirigeant libyen déchu Mouammar Kadhafi, diffusées par les médias, et par le traitement réservé à sa dépouille mortelle.


*


Ces braves gens ne savent pas de quoi ils parlent, et combien il est doux de renouer avec son passé mérovingien. Vous savez, celui de la reine Frédégonde et des écartèlements à quatre chevaux...


*



Kadhafi sodomisé par des rebelles
soutenus par l’OTAN

La vidéo montre le viol image par image (BRUTAL)



Une analyse semble confirmer qu’un combattant rebelle a sodomisé Kadhafi avec un couteau.

par Tracey Shelton


http://www.informationclearinghouse.info/article29508.htm


Traduction (C.L.) :

Global Post, 25 octobre 2011 – Syrte, Libye.

Une analyse de la vidéo obtenue par Global Post d’un combattant rebelle qui a filmé le moment où le colonel Kadhafi a été capturé, confirme qu’un autre combattant rebelle dont l’identité n’est pas connue a sodomisé l’ex-leader alors qu’on le traînaît hors de la canalisation où il avait trouvé refuge.

Une analyse image par image de cette vidéo exclusive de Global Post montre clairement le rebelle tentant d’introduire une espèce de bâton dans le rectum de Kadhafi.


Mise en garde

Ces images et ces vidéos ne doivent être vues
que par un public mature.

Mise en garde

*

 

petite libyenne.jpg
Une petite libyenne qui, on l’espère pour elle,
n’a au moins pas été sodomisée au couteau



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Veni, vidi, etc. (suite et non fin) :

We came, we saw, he died, haha. (Hillary Clinton)

Traduction :
« Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ».


Ils se prennent tous pour Jules César. Z'ont oublié comment il a fini ?


*




Kill the poys and the luggage ! 'tis expressly
against the law of arms: 'tis as arrant a piece of
knavery, mark you now, as can be offer't; in your
conscience, now, is it not?

Shakespeare, Henry V


La vidéo qui suit ne prouve rien. Les pires dictateurs ont eu, eux aussi, une vie de famille. Même Franco, même Pinochet ont dû jouer avec leurs petits-enfants. Mais, outre qu’on n’a jamais vu aucun dictateur mourir les armes à la main en défendant ce qui restait de son peuple, la particularité de cette scène de famille-ci, c’est qu’aujourd’hui tous sont morts : les grands, les petits, les femmes, les chiens et les bagages.







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À propos de vie de famille ( chacun la sienne) :

Sarko 2e bébé.jpg

Marine Le Pen a trouvé regrettable que Nicolas Sarkozy n’ait pas
donné à sa fille un prénom français



*


Ainsi, au nom du prophète pour les uns, de la  démocratie pour les autres, un homme de 70 ans, la moitié de sa famille et un bon paquet de leurs compatriotes ont été abattus comme des animaux de boucherie (je veux dire, avec la même sauvagerie routinière). C’était ce que voulait le capo Obama (dont l’assassinat ciblé semble être devenu un des passe-temps favoris) et qu’étaient prêts à faire pour lui ses féaux porte-flingues.

Dans la mesure où une seule personne était visée, c’est un assassinat qui a coûté cher (aux Libyens surtout, et aux contribuables d’un peu partout), aussi cher qu’écraser une mouche au marteau-pilon sur le nez de la Joconde. Mais le plaisir est sans prix, et le butin, d’ailleurs, vaut sans doute bien plus cher que la Joconde. À l’aune des valeurs de ces gens.

La pègre planétaire a été fidèle à elle-même. On n’en attendait rien d‘autre. Reste à savoir s’il est admissible de l’endurer sans la combattre et quand l’impuissance trop aisément acceptée devient de la complicité.

Que dire des exécuteurs ? Ce sont des prétendus croyants. De l’espèce de ceux qui ont ravagé l’Europe pendant plus de deux siècles, sans grandes différences de forme. Avec leurs cerveaux reptiliens d’infantiles fanatiques, ils ne pouvaient que haïr aveuglément un homme qui avait tenté, pendant plusieurs décennies, de rassembler sur la tête des siens le meilleur de deux mondes en train de s’affronter, s’imaginant avec raison qu’il était possible de les faire cohabiter. L’exécution en elle-même est d’une affligeante mais sempiternelle banalité : ils l’ont tourmenté pour se faire plaisir, l’ont achevé pour toucher leur salaire, et ont profané sa dépouille pour qu’il ne puisse « aller au ciel » (c’est vieux comme l’imbécillité humaine, demandez à Molière). Parce qu’il n’y a pas de petits profits (voir plus haut), certains ont filmé leur propre insurpassable dégradation, sûrs de trouver des acheteurs pour leurs immondices. Ils ne se sont pas trompés.

Quant au colonel Kadhafi, quelles qu’aient pu être ses erreurs – d’appréciation, de tactique ou de stratégie -  quelles qu’aient pu être même ses fautes, certaines apparemment graves, en matière de morale publique, il s’est, par la manière dont il a fait face à l’invasion de son pays et par sa fin, hissé au niveau des plus grands hommes d’état : de ceux qui remplissent jusqu’au bout le mandat que leur peuple leur a donné ou consenti, en mettant leur vie dans la balance.

 

kadhafi poster.jpg

Qu’il repose en paix.


*




C.L.

 

 

 

Post Scriptum : Ceci est notre avant-dernier post avant mise en sommeil temporaire de ce blog. Notre webmaîtresse Théroigne doit déménager - elle ne sait encore où ni quand, mais vite - et va avoir les bras pleins de caisses et de meubles démontés jusqu'à... on vous dira.



21/10/2011

Muammar Kadhafi 1942-2011

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On nous faisait, Arbate, un fidèle rapport :
Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort.
...
Ainsi ce roi qui seul a durant quarante ans,
Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune,
Vengeait de tous les rois la querelle commune,
Meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas,
Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas.


*


Le sang du lion
et le festin des rats.


 
Tourne-toi, sinon mon poignard va glisser !


Syrte ou la Stalingrad du désert, aura résisté de tout son sang contre la barbarie céleste de l’OTAN et ses mercenaires indigènes.


Au milieu de ruines fumantes de la ville martyre, un lion est mort. Un lion qui, de son vivant comme dans son trépas, aura rendu sa fierté à sa patrie, à son peuple, à son continent et à tous les damnés de la terre.

Autour de son corps agonisant, tels des rats affamés, les barbares du CNT et de l’OTAN se sont disputés des lambeaux de sa noble chair.

« C’est nous qui l’avons achevé » clament les rats du Shape et de l’Elysée.

« Non, c’est nous. » rétorquent les rats indigènes.

Le corps lacéré de Kadhafi, c’est la Libye lacérée, donnée en pâture à l’OTAN et au CNT.

La Libye de Kadhafi était un pays fier. Ses citoyens ne devaient pas quémander l’aumône à la porte des seigneurs européens.

La Libye de Kadhafi était un pays prospère. Elle était l’Eldorado de toute l’Afrique. Un pays de cocagne assurant le plein emploi.

La Libye de Kadhafi était un pays paritaire. Les femmes étudiaient et réussissaient mieux que les hommes. Les femmes décidaient. Les femmes dirigeaient. Les femmes combattaient.

La Libye de Kadhafi était un pays généreux. Ecoles gratuites munies d’équipements les plus modernes. Hôpitaux gratuits ne manquant de rien. Cette Libye a entre autres, financé RASCOM 1, un satellite de télécommunications qui allait permettre à tous les Africains de téléphoner quasi gratuitement, eux qui payaient les tarifs téléphoniques les plus chers au monde. L’Europe avait été jusqu’à coloniser les réseaux de communication africains, forçant le continent à verser 500 millions de dollars par an pour le transit vocal des Africains sur ses satellites.

La Libye de Kadhafi était un pays solidaire. Dotée d’un ministère chargé de soutenir la révolution mondiale, cette Libye a accueilli à bras ouverts tous les résistants du monde, a financé d’innombrables mouvements de libération : Black Panthers, militants anti-Apartheid, résistants chiliens, salvadoriens, basques, irlandais, palestiniens, angolais. Habités par leurs fantasmes primaires, des journaleux européens ont rapporté que des snipers féminins des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) avaient été enrôlées par Kadhafi. Pure intoxe. En revanche, les guerriers du mouvement de libération du Sahara occidental, le Front Polisario, protégeaient bel et bien Tripoli de la barbarie de l’OTAN/CNT.

La Libye de Kadhafi a fait l’expérience de la démocratie directe. Kadhafi n’avait qu’un rôle symbolique, celui du vieux sage à la fois redouté et rassurant. La population était encouragée à débattre et à choisir sa destinée à travers les Comités populaires. Pas besoin de parlement ni de partis.

Hélas, la Libye de Kadhafi n’est pas parvenue à faire vivre une démocratie durable. Les luttes personnelles ont pris le dessus sur les intérêts collectifs. Comme bien des révolutions, la Libye de Kadhafi a connu sa dégénérescence idéologique et son cortège de souffrances et d’injustices.

La Libye de Kadhafi n’est pas parvenue à instaurer la concorde entre clans et tribus de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque.

La Libye de Kadhafi a cru que seule la force viendrait à bout des djihadistes endiablés d’Al Qaida, des opportunistes et des renégats pro-occidentaux.

La Libye de Kadhafi a tenté de briser son isolement international, pensant que les rats de l’Élysée, du 10 Downing Street, du Palais Chigi ou de la Maison Blanche viendraient manger dans sa main. Ces rats se sont en réalité sournoisement glissés dans la manche de sa tunique. Ils ont saisi l’occasion pour infiltrer son pays, le saboter, le ruiner et le pomper pour un siècle.

A présent, les rats d’Europe et les rats du CNT étanchent leur soif dans la crinière du lion.

Mais le lion s’est dérobé à leurs griffes pour rejoindre Lumumba et Sankara, les autres enfants martyrs de l’Afrique héroïque.

Buvez, hordes de lâches, buvez ! Que son sang brûle vos entrailles comme le Zaqqoum !

Pleurez patriotes libyens pleurez ! Que vos larmes engloutissent vos bourreaux et leurs armées !


Bahar Kimyongür*
21 octobre 2011

*Militant anti-impérialiste belge



 


Syrte libre !

Pour les micros-trottoirs (sans trottoirs) de joyeuses foules en délire :
écouter la RTBF.



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« Les opérations ne s’arrêteront pas immédiatement » (l’OTAN) :
il reste des civils à protéger de Kadhafi.

 


Un petit pas pour l’Africom,
mais un grand pas (en arrière) pour l’humanité :
bientôt l’Afrique 100% blanche !



*


Bahar insulte les rats (je parle des vrais).

Courage, Africains, vous venez de renouer avec ça :

Ku Klux Klan.jpg



La preuve en videos :

http://www.informationclearinghouse.info/article29465.htm

 

 

Kadhafi - Latuff.gif

Qui se souvient du nom des vainqueurs de Mithridate ?

 

Mis en ligne le 21.10.2011 par Catherine

Tous les dessins sont de Latuff

 

 

 



16/10/2011

Contre-désinformation deux azimuts

 

exxonbeach.jpg

 

Contre-désinformation deux azimuts :

Blum - Stanechy

 

I.

 

  POURQUOI VOUS OFFRIR LE RAPPORT ANTI-EMPIRE
DE WILLIAM BLUM DU 28 JUILLET AVEC PLUS DE
DEUX MOIS DE RETARD ?
 

 

●   Parce que je n’ai pas pu le traduire plus vite.
●   Parce que j’ai pris du retard dans toutes mes activités à cause d’une bande de chats.
●   Parce que personne d’autre ne l’a fait (Le Grand Soir l’a sauté)

Mais aussi, mais surtout, parce que ce qu’écrit William Blum n’est pas à la merci de l’actualité et mérite, quel que soit le moment, attention et réflexion.

Les bombardements de la Libye, dont il dit qu’ils ont « dépassé les 78 jours de bombardements ininterrompus de la Yougoslavie », durent aujourd’hui depuis plus de six mois. Madame Juliette Boulet continue à déverser, sur les enfants Libyens qui restent, ses bombes écologiques (30.000 bombes, 60.000 morts – le temps de mettre ceci en ligne, ces chiffres seront obsolètes).

L’anniversaire de l’érection du mur de Berlin a bien été, comme prédit ici par William Blum, célébré à grand tintamarre et renfort de propagande, tandis que d’autres murs, autrement meurtriers, s’érigent un peu partout au gré de la férocité des puissants, mais c’est toujours celui-là et celui-là seul qui est « de la honte ».

Les États-Unis sont toujours en cessation virtuelle de paiement, mais n’en déclenchent pas moins une ruineuse guerre après l’autre aux frais de leurs contribuables (dont nous sommes).

Tous les états d’Europe sans exception continuent de se déshonorer en acceptant de jouer les massacreurs subalternes, faisant là où on leur dit de faire, comme des chiens bien dressés à qui on a appris quels caniveaux méritent leurs déjections et quels autres il convient de ne pas souiller.

Sont décrétés « dictateurs sanguinaires » les chefs des états que nous convoitons et qui se mêlent de nous résister (« nous » étant une façon courte de dire « nos maîtres »). D’ailleurs, ne nous résisteraient-ils pas que nous leur ferions la guerre quand même car il faut bien tester les armes nouvelles quelque part et sur la tête de quelqu’un, n’est-ce pas. Les dictateurs-pions-de-l’Occident-humanitaire, en revanche, peuvent impunément saigner à blanc leurs populations et même s’amuser à les torturer avec art et inventivité. Ce sont «nos amis », nos «alliés» de croisades droitsdelhommesques, et, entre complices, on se tient par la barbichette peut-être, mais sans trop tirer dessus. Ce jeu a des règles. Si, si.

Nos radios-télévisions nationales se déshonorent plus encore si c’était possible que nos gouvernements, la RTBF n’étant pas en reste, qui, outre ses méfaits usuels, vient de supprimer sous un prétexte cousu de cordes de navire Le Jeu des Dictionnaires et La Semaine Infernale, émissions radiophoniques familiales aimablement impertinentes, pour les remplacer par du sous-sous-sous-sous Ruquier(!)... Oh, ce n'est pas le Chili, ou alors un Chili soft. On n'a pas coupé les mains à Victor Jara (nous n'avons pas de Victor Jara). Mais quand même, une douzaine de Didier Porte et de Stéphane Guillon d'un seul coup, dont deux Flamands et une Suisse... De l'art d'éteindre les talents qui gênent.

Le calice jusqu’à la lie. Ne nous reste qu’à manger le verre.  Bon appétit à tous.




*

Bill-Blum-War-Of-Agression.jpg

 

 

 

Rapport Anti-Empire
William Blum

28 juillet 2011

 

 

 

Débat de rue sur la Libye

Le 9 juillet, j’ai participé à une manifestation devant la Maison Blanche, sur le thème «Arrêtez de bombarder la Libye ». La dernière fois que j’avais pris part à une manifestation de ce genre (contre les bombardements d’un pays étranger par les États-Unis, que la Maison Blanche vendait pour une « intervention humanitaire » comme elle le fait aujourd’hui), c’était en 1999, pendant les 78 jours de bombardement de la Serbie. À l’époque, j’étais allé à une ou deux de ces manifs et, les deux fois, je m’étais retrouvé à peu près le seul Américain. Les autres, peut-être deux douzaines de personnes, étaient presque tous des Serbes. L’intervention humanitauire est un grand argument de vente de l’impérialisme, surtout sur le marché américain. Les Américains ont désespérément besoin de retrouver leur croyance en la bonne foi des États-Unis, de se persuader que nous sommes toujours « les braves types».

Cette fois-ci, nous étions une centaine. Je ne sais pas s’il y avait des Libyens, mais il y avait en tout cas un élément nouveau : presque la moitié des manifestants étaient noirs. Et ils avaient des pancartes qui disaient « Arrêtez de bombarder l’Afrique ».

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Autre élément nouveau : il y avait aussi des gens venus là pour soutenir le bombardement de la Libye. En face de nous, de l’autre côté de Pennsylvania Avenue, à une quarantaine de mètres, c’étaient en majorité des Libyens, habitant probablement dans le voisinage, qui n’avaient qu’éloges et amour pour les USA et l’OTAN. Leur thème était que Kadhafi était si mauvais qu’il valait mieux soutenir n’importe quoi pourvu qu'il s'en aille, même le bombardement quotidien de leur patrie, qui dépasse maintenant les 78 jours de la Serbie. J’ai bien sûr traversé la rue et me suis mis à discuter avec certains d’entre eux, leur disant : « je hais cet homme, là (et je montrais la Maison Blanche) autant que vous haïssez Kadhafi, mais croyez-vous que je devrais, pour m’en débarrasser, réclamer et soutenir le bombardement de Washington, la destruction des beaux monuments et des bâtiments de cette ville et la mise à mort des gens qui l’habitent ?

Aucun des Libyens n’a même essayé de me répondre. Ils se contentaient de ressasser leur vitriol anti-Kadhafi. « C’est une brute. » (Regardez la vidéo de CNN de la manifestation monstre de Tripoli, et vous verrez que leur opinion est loin d’être majoritaire dans leur pays d’origine !)

« Mais, » leur faisais-je remarquer, « au moins, chez vous, l’éducation et les soins médicaux sont garantis. C’est beaucoup plus que nous n’avons ici. Et la Libye a le standard de vie le plus élevé de toute la région, ou en tout cas elle l’avait avant les bombardements de l’OTAN et des États-Unis. Et si vous trouvez que Kadhafi est une brute, que dites-vous des autres dirigeants de la région, que Washington soutient depuis si longtemps ? »

Il y en a un qui m’a répondu que l’éducation était déjà gratuite sous le roi que Kadhafi a détrôné. Là-dessus j’étais plutôt sceptique, mais comme je n’étais pas absolument sûr que ce fût faux, je lui dis « Et alors ? Kadhafi ne l’a au moins pas supprimée, cette gratuité, comme l’ont fait chez eux, il y a quelques années, les dirigeants anglais. »

Un officier de police s’est alors matérialisé et m’a forcé à retourner de mon côté de l’avenue. Je suis sûr que si on avait pu le presser de questions, l’officier se serait justifié en disant qu’il avait fait cela pour empêcher un incident violent d’éclater. Sauf qu’il n’y a jamais eu aucun danger de cette sorte et que c’était juste un exemple ordinaire de la mentalité d’état policier américain : l’ordre et le contrôle passent avant les libertés civiles, avant n’importe quoi.

La plupart des Américains, s’ils avaient entendu ma discussion avec les Libyens, auraient probablement émis quelque remarque du genre « Oui mais, si grande que soit votre haine pour le Président, vous avez la possibilité de vous débarrasser de lui par une élection. Les Libyens ne peuvent pas en faire autant. » Et moi, je leur aurais répondu « C’est vrai, j’ai le droit de remplacer George Bush par Barak Obama. Quelle joie ! Aussi longtemps que nos élections seront presque exclusivement déterminées par l’argent, rien de significatif ne changera. »

Post Scriptum : Au milieu de toute la tristesse et de l’horreur qui entourent le massacre de Norvège, il ne faudrauit pas perdre de vue le fait que « la paisible petite Norvège » a participé au bombardement de la Yougoslavie en 1999, qu’elle a déployé des troupes en Irak, qu’elle a des troupes en Afghanistan et qu’elle a fourni des avions de guerre pour les bombardements de l’OTAN en Libye. Les enfants et les adolescents qui ont perdu la vie sous la machine à tuer de l’US/OTAN voulaient vivre jusqu’à l’âge adulte et même jusqu’à la vieillesse autant que ceux de Norvège, et nous, dans le monde, nous devons nous demander si le comportement du gouvernement norvégien, autant que celui des États-Unis et de l’OTAN, n’est pas un comportement « extrémiste ».


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                                       Les bébés de l’uranium appauvri (Irak)




*



Le mur de Berlin – Encore un mythe de la Guerre Froide

Les médias occidentaux vont bientôt emballer les moteurs de leur machine à propagande [C’est chose faite, notre retard nous a permis de le vérifier. NdCL] pour solenniser le 50e anniversaire de l’érection du mur de Berlin le 13 août 1961. Tous les clichés de la guerre froide sur le «Monde Libre» par opposition à la «Tyrannie Communiste» vont être redéployés et la fable « comment on en est arrivés au Mur » va nous être resservie en boucle ad nauseam : En 1961, les communistes de Berlin-Est ont construit un mur pour empêcher leurs citoyens opprimés de s’échapper vers Berlin-Ouest et la liberté. Pourquoi ? Mais parce que les cocos n’aiment pas que les gens soient libres et sachent «la vérité», voyons ! Quelle autre raison pourrait-il y avoir eue ?

Bon, eh bien, pour commencer, avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient chaque jour la navette entre chez eux et l’Ouest pour aller travailler, et ils rentraient à l’Est le soir. Beaucoup d’autres allaient et venaient d’un Berlin à l’autre pour faire des courses ou pour d’autres raisons. Ils n’étaient donc pas retenus à l’Est contre leur volonté. Pourquoi, alors, le mur fut-il construit ? Pour deux raisons majeures :

1°)  L’Ouest était en train de miner l’Est par une vigoureuse campagne de recrutement à l’Est d’ouvriers qualifiés et de professionnels de haut niveau, qui avaient été éduqués et formés aux frais du gouvernement communiste. Ce débauchage massif finit par provoquer une sérieuse crise de main d’oeuvre et de production à l’Est. Pour preuve, on peut citer le New York Times, qui écrivait en 1963 : « Berlin-Ouest a économiquement souffert du mur en perdant quelques 60.000 ouvriers qualifiés qui, auparavant, faisaient quotidiennement la navette entre leur résidence à Berlin-Est et leur lieu de travail à Berlin-Ouest. » (1)

En 1999, USA Today rapportait : « Quand le mur de Berlin s’est écroulé (1989), les Allemands de l’Est ont imaginé une vie de liberté où les biens de consommation étaient abondants et où les difficultés économiques n’existaient pas. Dix ans plus tard, pas moins de 51% d’entre eux disaient qu’ils étaient plus heureux sous le communisme. » (2) Des sondages réalisés plus tôt auraient vraisemblablement donné un résultat supérieur à 51% pour exprimer ce sentiment, parce que, au cours de ces dix ans, beaucoup de ceux qui auraient pu se rappeler les temps communistes en Allemagne de l’Est avec nostalgie étaient morts, quoique, dix ans plus tard encore, soit en 2009, le Washington Post rapportait : «Les Allemands de l’Ouest commencent à en avoir marre de la tendance de leurs concitoyens de l’Est à patauger dans la nostalgie à propos de l’époque communiste. » (3)

C’est dans la période post-réunification qu’un nouveau proverbe populaire russe et est-allemand a fait son apparition : « Tout ce que les communistes disaient du communisme était faux, mais tout ce qu’ils disaient du capitalisme s’est avéré juste.» On notera aussi que la décision de 1949 de diviser l’Allemagne en deux états distincts, qui plantait le décor pour 40 ans de guerre froide, fut une décision américaine, pas soviétique. (4)

2°)  Pendant les années 50, les « guerriers froids » américains d’Allemagne de l’Ouest on mis sur pied une brutale campagne de sabotage et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, destinée à mettre hors d’état la machine économique et administrative du pays. La CIA et d’autres services d’espionnage et militaires US ont recruté, équipé, entraîné et financé des individus et des groupes d’activistes allemands de l’Ouest et de l’Est, pour perpétrer des actes couvrant le spectre entier des malfaisances,  de la délinquance juvénile au terrorisme, n’importe quoi qui fût capable de rendre la vie difficile aux Allemands de l’Est et de diminuer leur soutien au gouvernement, n’importe quoi qui pût faire faire mauvaise figure aux cocos.

Ce fut une entreprise remarquable. Les États-Unis et leurs agents y ont utilisé les explosifs, les incendies criminels, les courts-circuits provoqués et toutes sortes d’autres méthodes pour endommager les centrales électriques, les chantiers navals, les canaux, les docks, les bâtiments publics, les stations-service, les transports publics, les ponts, etc. Ils ont fait dérailler des trains de marchandises, blessé très sérieusement des cheminots, incendié douze wagons d'un train de fret et détruit les tuyaux à air comprimé de tas d'autres pour les immobiliser, mis le feu à une fabrique de tuiles, poussé au ralentissement du travail dans les entreprises où ils le pouvaient, empoisonné 7.000 vaches d’une coopérative laitière, ajouté du savon dans le lait en poudre destiné aux écoles d’Allemagne de l’Est ; certains étaient en possession, lorsqu’ils furent arrêtés, de cantharide, au moyen de laquelle ils comptaient fabriquer des cigarettes empoisonnées, destinées à tuer des dirigeants de l’Allemagne de l’Est ; ils ont déclenché des bombes puantes pour interrompre des meetings politiques, tenté de perturber la Fête de la Jeunesse du Monde, qui s’est tenue à Berlin-Est, en envoyant de fausses invitations, de fausses promesses de logement et de repas gratuits, de fausses annulations de réservations, etc. ; ils ont attaqué des participants à l’explosif, aux bombes incendiaires et crevé des pneus à foison, fabriqué et distribué des quantités de fausses cartes de rationnement, pour semer la confusion, la pénurie et le mécontentement ; ils ont envoyé de faux avertissements-extraits de rôle et toutes sortes d’autres documents et directives gouvernementales pour provoquer la désorganisation et l’inefficacité dans les industries et les syndicats... tout cela et bien plus encore. (5)

Le Centre National Woodrow Wilson pour Intellectuels de Washington D.C., nid de conservateurs pro-guerre froide, dans un de ses documents de travail, Projet historique international pour la guerre froide (# 58, p.9) écrit : « La frontière de Berlin ouverte exposait le République Populaire d’Allemagne (de l’Est) à un espionnage et à une subversion massifs, comme le montrent les deux documents en annexe ; sa fermeture a donné à l’Est communiste une plus grande sécurité. »

Tout au long des années 50, l’Allemagne de l’Est et l’Union Soviétique n’ont cessé de déposer des plaintes auprès des ex-alliés occidentaux de l’URSS et auprès des Nations Unies, à propos d’actes de sabotage précis et d’activités d’espionnage, et elles ont demandé la fermeture des bureaux situés en Allemagne de l’Ouest qu’elles en estimaient responsables et dont elles fournissaient les noms et les adresses. Toutes leurs demandes et réclamations sont tombées dans des oreilles de sourds. Il était inévitable que l’Allermagne de l’Est commence à restreindre l’accès à son territoire à ce qui venait de l’Ouest et, finalement, à construire le fameux mur, dit « de la honte ». Pourtant, même après la construction du mur, il y eut une régulière quoique limitée émigration de l’Est vers l’Ouest. En 1984, par exemple, l’Allemagne de l’Est a autorisé le départ de 40.000 personnes. En 1985, les journaux d’Allemagne de l’Est ont fait état de 20.000 personnes qui s’étaient établies à l’Ouest et qui désiraient rentrer chez elles, revenues de leurs illusions sur le système capitaliste. Le gouvernement d’Allemagne de l’Est pour sa part, disait que 14.300 Allemands de l’Est étaient rentrés chez eux au cours des dix années précédentes.(6)

N’oublions pas non plus que l’Allemagne de l’Est est devenue communiste parce que Hitler, avec la bénédiction de l’Occident, l’avait utilisée comme un boulevard pour atteindre l’Union Soviétique et y éradiquer le bolchevisme pour toujours, et que les Soviétiques, dans les deux guerres mondiales, ont perdu 40 millions de personnes du fait que l’Occident se soit servi de ce boulevard pour envahir la Russie. Il ne devrait surprendre personne qu’après la Deuxième Guerre Mondiale, l’Union Soviétique ait été déterminée à fermer le boulevard.



Petit commentaire en images de ce blog :

Il y a murs et murs...




*


Veni, vidi...

Nous sommes venus, nous avons vu,
nous avons détruit, nous avons oublié.

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Résumé mis à jour du charmant bilan de la politique étrangère américaine.


Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les États-Unis d’Amérique ont :

1. Tenté de renverser plus de 50 gouvernements, dont la plupart avaient  été        démocratiquement élus. 
2. Tenté de supprimer un mouvement populaire ou nationaliste dans 20 pays.
3.  Grossièrement interféré dans des élections démocratiques d’au moins 30 pays.
4.  Bombardé les populations  de plus de 30 pays
5.  Tenté d'assassiner plus de 50 dirigeants étrangers.

Au total : depuis 1945, les États-Unis ont effectué une ou plusieurs des actions ci-dessus, à une ou plusieurs reprises, dans les 69  pays suivants  (soit plus d'un tiers des pays de la planète) :

  • - Afghanistan
  • - Albanie
  • - Algérie
  • - Angola
  • - Australie
  • - Bolivie
  • - Bosnie
  • - Brésil
  • - Guyane Britannique (Guyana)
  • - Bulgarie
  • - Cambodge
  • - Tchad
  • - Chili
  • - Chine
  • - Colombie
  • - Congo ( et Zaïre)
  • - Costa Rica
  • - Cuba
  • - République dominicaine
  • - Timor oriental
  • - Équateur
  • - Égypte
  • - Salvador
  • - Fidji
  • - France
  • - Allemagne (Allemagne de l'est en sus)
  • - Ghana
  • - Grèce
  • - Grenade
  • - Guatemala
  • - Honduras
  • - Inde
  • - Indonésie
  • - Iran
  • - Irak
  • - Italie
  • - Jamaïque
  • - Japon
  • - Koweït
  • - Laos
  • - Liban
  • - Libye
  • - Mongolie
  • - Maroc
  • - Népal
  • - Nicaragua
  • - Corée du Nord
  • - Pakistan
  • - Palestine
  • - Panama
  • - Pérou
  • - Philippines
  • - Portugal
  • - Russie
  • - Seychelles
  • - Slovaquie
  • - Somalie
  • - Afrique du Sud
  • - Union soviétique
  • - Soudan
  • - Surinam
  • - Syrie
  • - Thaïlande
  • - Uruguay
  • - Venezuela
  • - Vietnam (plus Nord-Vietnam)
  • - Yémen (Yémen du Sud en sus)
  • - Yougoslavie

 

 Il y manque bien entendu la Belgique (voir Hugo Ghijsels, L'Enquête - 20 années de déstabilisation de la Belgique, Bruxelles, La Longue-Vue, 1990) et, depuis deux jours, l'Ouganda.

William Blum humoriste :

Question -  Pourquoi n'y a-t-il jamais de coup d'état à Washington ?

Réponse  -  Parce qu'il ne s'y trouve pas d'ambassade américaine





*

Carte mondiale des interventions armées US depuis la IIe Guerre Mondiale

interventions_map.png

 

*



Le monde occulte de l’économie

Quand vous lisez les nouvelles relatives aux problèmes économiques dans la presse, comme celles qui concernent la crise grecque ou le foutoir des prêts hypothécaires de Wall Street, vous sentez-vous quelquefois complètement largués par l’apparente complexité de ces choses que personne ne semble capable de débrouiller et d’expliquer à votre entière satisfaction en anglais (ou français) de tous les jours ? Eh bien, je ne puis  certainement pas tout vous expliquer, mais je sais que le problème n’est pas nécessairement que vous et moi soyons des analphabètes économiques. Le problème est souvent que les « experts » discutent de ces choses comme s’il y était question de règles et de lois inviolables, scientifiquement fondées, mathématiquement établies et rationnelles, alors qu’en fait une grande partie de ce qui se passe dans le monde réel de l’économie et dans l’arène des analyses d’«experts» de ce monde est, de manière significative, fondé sur des politiques partisanes, sur de l’idéologie, sur des gros titres de journaux, sur de la spéculation, de la manipulation, de la psychologie (voyez la complète absurdité des montées et des dégringolades quotidiennes du prix des actions !), des deals d’arrière-boutique passés entre puissants, pour ne rien dire du pouvoir excessif et de l’excessive confiance accordés à des agences de notation totalement corrompues et à des assureurs de toutes les variétés. Les agences comme Moody’s et Standard & Poor sont des rackets de protection (payez-nous des honoraires exorbitants ou nous vous collons une mauvaise note !) devant lesquelles les investisseurs et les gouvernements s’inclinent humblement, comme si leurs oukases résultaient d’analyses objectives impressionnantes.

Ensuite, il y a les exceptions faites pour que des pays puissants puissent se tirer d’affaire dans des situations où des pays moins puissants, comme la Grèce par exemple, ne sont pas autorisés à le faire, le tout étant présenté comme le résultat des lois sans appel de l’économie.

Et quand toutes les autres explications cessent par trop de paraître plausibles, les «experts» se rabattent sur « la loi de l’offre et de la demande ». Mais cette loi a été abolie depuis bien longtemps ! Essayez seulement d’expliquer le prix de l’essence en fonction de cette loi.

Il y a donc beaucoup de choses à étouffer, beaucoup de raisons pour lesquelles les joueurs du monde de la finance ne peuvent pas se montrer aussi transparents qu’ils devraient l’être, ni aussi francs que le public et les investisseurs peuvent s’imaginer qu’ils sont.

Prenez par exemple le déficit du budget U.S. à propos duquel nous entendons tant de propos alarmistes. Ce qu’on n’entend jamais dire, c’est que la période la plus prospère de l’histoire de l’Amérique a été celle des décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre Mondiale – de 1946 à 1973. Et vous savez quoi ? Notre budget a été déficitaire pendant la plupart de ces années. À l’évidence, un tel déficit n’était pas un handicap suffisant à la croissance et à la prospérité grandissante des États-Unis, une prospérité, soit dit en passant, beaucoup plus partagée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais on continue à nous bassiner avec le sacro-saint équilibre budgétaire. Cette « crise » et beaucoup d’autres sont typiquement surgonflées pour des raisons politiques. La « crise » actuelle du plafond de la dette en est un exemple. Paul Craig Roberts, qui fut Assistant Secrétaire au Trésor sous Reagan et qui est maintenant chroniqueur indépendant, se dit sûr que les États-Unis ne vont pas mettre la clé sous la porte, que le plafond de la dette soit relevé ou pas. Si Goldman Sachs est « trop gros pour faire faillite », sûrement le gouvernement des États-Unis l’est aussi.*

Dans les problèmes économiques dont les médias font leurs choux gras, tels que le plafond de la dette par exemple, une des clés occultées qui permettent de comprendre ce qui se passe est souvent la volonté cannibale des conservateurs de privatiser la sécurité sociale et les soins médicaux. Si vous comprenez cela, certaines choses deviennent beaucoup plus claires. Naomi Klein rappelle que « le pseudo-débat sur le plafond de la dette, c’est de la guerre des classes à l’état brut, faite par les super-riches à tous les autres, et il est plus que temps que les Américains sifflent la fin de la partie. »

Considérez aussi, par exemple, la valeur relative des monnaies internationales. Logiquement, raisonnablement, si la livre britannique est échangeable contre deux dollars, on devrait pouvoir acheter à Washington, pour 2 $, des marchandises et des services qui coûteraient 1 £ à Londres. Mais ceci, bien sûr, est, dans la vie réelle, une très infréquente exception à la règle. Car, au lieu de cela, dans des endroits appelés « exchanges » (bourses), à New York, à Chicago, à Londres, à Zürich, à Francfort, vous avez un paquet de types, incapables de faire quoi que ce soit de socialement utile, qui se mettent ensemble dans un grand local et qui, dans un méli-mélo cacophonique de voix stridentes, d’ordinateurs et d’une infinité de bouts de papier, décident de la valeur d’une livre, d’un baril de pétrole, d’un kilo de poitrine de porc ou de tas d’autres matières premières affectant notre vie de tous les jours. En vertu de quoi ces spéculateurs et ces parasites exercent-ils tant d’influence sur le monde réel, sur l’économie réelle, sur nos vies réelles ?

À vue de nez, camarades, en guise de solution universelle à nos maux économiques, rappelez-vous ceci : Nous continuerons à nous traîner de crise en crise dans un cycle sans fin, aussi longtemps que les grandes institutions financières n’auront pas été nationalisées ou placées, d’une ou d’autre façon, sous contrôle démocratique. Nous entendons beaucoup parler d’«austérité». Eh bien, il est temps que l’austérité rende visite aux super-riches. Il y a des millions (sic) de millionnaires et de milliardaires aux États-Unis et en Europe.  Alors que les gouvernements font faillite, les milliards de dollars de ces gens doivent être lourdement taxés ou confisqués pour mettre un terme à la souffrance sans fin des 95% d’autres, du reste de l’humanité. Mondieu, est-ce que je ne suis pas en train de tenir un discours (aarrgh) socialiste ?

 

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Notes

1. New York Times, 27 juin 1963, p. 12.
2. USA Today, 11 octobre 1999, p. 1.
3. Washington Post, 12 mai 2009 ; voir histoire similaire le 5 novembre 2009.
4. Carolyn Eisenberg, Drawing the Line : The American Decision to divide Germany 1944-1949 (1996) ; ou voir un compte-rendu de ce livre par Kai Bird dans The Nation, 16 décembre 1996.
5. Voir William Blum, Killing Hope : US Military and CIA Interventions Since World War II, p. 400, note 8, pour la liste des sources sur les détails des sabotages et de la subversion. (en français : Les guerres scélérates)
6. The Guardian, Londres, 7 mars 1985.
7. http://killinghope.org/essays6/othrow.htm
8. http://killinghope.org/bblum6/suppress.html
9. Voir le chapitre 18 de Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower (en français : L’État voyou) – ajoutez la Palestine en 2006 à la liste.
10.  http://killinghope.org/superogue/bomb.htm
11.  http://killinghope.org/bblum6/assass.htm

Cher William Blum, c’est peut-être ce qu’a dû penser Louis XVI à la veille des États-Généraux... Là aussi, il y avait assez d’argent pour sauver l’État. Mais là aussi, il était dans les mains qu’il ne fallait pas si on voulait le sauver tel qu’il était. Sans doute les États-Unis sont-ils « trop gros pour faire faillite », mais pas pour changer de mains... ni de régime... Une dictature militaire par exemple ? (NdCL)

 traduit par Catherine L.

pour http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be

 

Source : http://killinghope.org/bblum6/aer96.html


*

 

 

 

II.

 




samedi 15 octobre 2011

Russie : Rififi chez les “Dissidents” …

Georges STANECHY

Je dédie ce billet au journaliste irakien Mountadir Al-Zaydi

D’incrédulité, ils en auraient laissé choir leurs fétiches.

Hercule Poirot, son lorgnon à cordelette… Colombo, son mégot de cigare… Nestor Burma, son chapeau cabossé… Maigret, tout comme Sherlock Holmes, sa pipe éteinte…

Ces maîtres de la logique, de l’esprit critique, aux patientes et méticuleuses déductions, n’auraient pu croire une seule seconde à la mise en scène macabre, emballée dans un scénario, histoire, roman, conte de sorcières, constructions charpentées de clichés. ”Narrative”, disent les anglophones.

Le tout repris en chœur, cadencé par le marteau-pilon de la propagande et de ses vecteurs : journaux, TV, communiqués de presse sortant d’innombrables horizons et tiroirs. Au même moment, dans tous les pays occidentaux. Colossale campagne médiatique aux océaniques moyens…

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Le corps de la victime, une femme de 48 ans, criblé de balles dans un ascenseur. En évidence. Un 7 octobre 2006, à Moscou : Anna Politkovskaïa.

Son exécution, s’agissant d’une “journaliste”, serait « liée à ses activités professionnelles », ont été les premières déclarations de son entourage. Evidemment, ce n’est pas pour son talent dans l’élaboration de la tarte aux pommes.… Litote, pour ne pas prononcer les mots : « crime politique ».

Concrètement : signature, histrionisme, d’un acte destiné moins à supprimer la personne qu’à intimider ou à faire du bruit. Sinon, c’est l’enlèvement discret avec, chaussé de béton, un plongeon dans un fleuve ou dans les vagues du haut d’une falaise. Quand ce n’est pas dans un bain d’acide. Pas de trace.

Assassinat, apparemment, commis par des professionnels.

Mais, bizarre…


Le Petit Poucet

Le Petit Poucet n’aurait pu mieux s’appliquer, semant les indices gros comme des camions…

S’assurer de la disparition de l’arme du crime est la priorité d’un assassin, même le plus amateur. Là, non. Probablement, délicate attention à l’égard des enquêteurs, elle était disposée à côté du corps : un pistolet Makarov 9 mm. Jusqu’aux douilles des balles éjectées après le tir, soigneusement laissées sur place : quatre douilles.

Provocation, peut-être… Laisser entendre que tout indice ne peut mener qu’à une impasse. Annoncer l’impossibilité de dénouer le faux-vrai du vrai-faux, de compléter le puzzle d’une enquête : cloisonnements étanches, impunités, complicités…

Fausses pistes, sûrement.

La théâtralisation, le mode opératoire, du crime rappellent celui dont fut victime, le courageux et magnifique militant des droits de l’homme et de l’autodétermination des peuples, Henri Curiel.

Abattu dans l’ascenseur de son immeuble, à Paris le 4 mai 1978. Egyptien juif de naissance, il s’était illustré dans la lutte contre l’autocratie du roi Farouk marionnette des britanniques en Egypte, le soutien à l’indépendance de l’Algérie, le combat anti-apartheid en Afrique du sud, et par sa solidarité indéfectible avec ce qu’on appelait alors les pays du Tiers-Monde dans leurs combats pour la liberté.

Ses assassins n’ont jamais été retrouvés, pas plus que l’arme et les douilles des balles du meurtre. Sa mort n’avait mobilisé aucun des médias de l’époque. Aucun gouvernement, aucun pays, aucune organisation internationale, aucune ONG… Personne ne s’autorisant à “sommer” la France de trouver les coupables, sauver la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et tutti quanti. Il est vrai qu’il représentait le ’diable’ pour les gouvernements occidentaux, français tout particulièrement. (1)

Les enquêteurs, expérimentés dans les “crimes politiques”, affirment que trop d’évidences tuent « l’évidence ». Ne pas confondre l’hamburger de l’affiche sur l’abribus avec sa réalité servie dans l’emballage en carton recyclé… C’est toute la différence avec nos journalistes actuels, même dits « d’investigation ». Dans un coup tordu, multiplier les fausses pistes c’est renforcer une manipulation.

Deux mois jour pour jour après sa mort, le 7 décembre 2006, l’Institut International de la Presse (IPI) déclarait Anna Politkovskaïa : « 51e Héros de la liberté de la presse mondiale». Bel et nécessaire hommage. Assurément, condamner « l’assassinat politique » est une noble cause. Toutefois, de là à transfigurer la victime en icône de La Liberté demande un minimum de précaution. A-t-elle été effectivement assassinée pour ses articles, livres, investigations, déclarations ? Ou, pour un tout autre motif ?

Car, bizarre le profil de la victime… Tout autant que son cursus et son “milieu” professionnels.

« Dissidente russe », est-il répété à l’infini... Anna Politkovskaïa, son nom ne le laisse pas supposer de prime abord, était de nationalité américaine, née à New York, de parents diplomates membres de la délégation de l’Ukraine à l’ONU. Personne ne le dit, ni ne l’écrit. Pourquoi ? Peur d’être traité de « rouge-brun » par les coupe-jarrets à la solde de l’Empire, chargé du terrorisme intellectuel ?...

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Munie d’un diplôme d’une école de journalisme de Moscou, elle travaillait depuis 1999 pour le média russe : Novaïa Gazeta (La Nouvelle Gazette). Un trihebdomadaire avec son site, en russe et en anglais, dont le capital est détenu à 49 % par l’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev et le milliardaire russe, ancien député de la Douma, Alexandre Lebedev. Les 51 % restants ? Mystère.


Les deux mêmes compères ont fondé, en septembre 2008, un parti microscopique à l’échelle de la Russie, copié-collé du fanatisme idéologique des milliardaires néoconservateurs US, joyeusement pro-atlantiste et bruyamment ultralibéral (“tout privatiser”, sous-entendu brader aux groupes étrangers, & bla-bla…) : le «Parti démocratique indépendant de Russie».

En conséquence, férocement opposé à la politique du gouvernement actuel refusant un «monde unipolaire», soucieuse du respect de l’indépendance et de la souveraineté du pays, spécialement quant à la préservation de ses richesses naturelles convoitées par les prédateurs internationaux. La Nouvelle Gazette (Novaïa Gazeta) servant de caisse de résonance, de relais de propagande, aux thèses de la paradisiaque “Globalisation Impériale”, dont la planète subit les ravages au quotidien. Expliquant pourquoi, malgré un actionnariat différent, entre Fox News (groupe Murdoch) et Novaïa Gazeta ce soit du pareil au même…

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Alexandre Lebedev, rappelons-le car les journalistes oublient toujours de le mentionner, est un richissime oligarque qui a édifié sa colossale fortune en peu de temps sous la présidence de Gorbatchev et d’Eltsine. À l’époque où la Russie partait en lambeaux, déchiquetée par les mafieux, politiciens corrompus et voyous de la finance, en cheville avec les multinationales. Avant que Poutine n’y mette un coup d’arrêt et ne redresse la situation.

Sa fortune (banques, compagnie aérienne [30 % d’Aeroflot], construction aéronautique [Ilyushin], gaz et pétrole, textile, tourisme, télécommunications, immobilier, transport urbain, chimie, médias, etc.) difficilement évaluable en milliards de dollars, le classe parmi les hommes les plus riches de Russie et d’Europe. Rien qu’en Grande-Bretagne, il contrôle quatre médias : Evening Standard, The Independent, The Independent on Sunday et i-newspaper(2)

Ce personnage soutenu par nos nomenklaturas, qui prétend porter le projet d’une Russie “démocratique”, jouant au ’Dissident en chef’ dans son pays, a été la vedette du Web le mois dernier (septembre 2011). Pour avoir violemment frappé publiquement, à coups de poing en plein visage, son interlocuteur sur un plateau de TV, oligarque comme lui, Sergei Polonsky. A “titre préventif”, a-t-il dit, pour ne pas être frappé par lui. La video a été vue des milliers de fois. La regarder donne un aperçu de ce qui attend la Russie si pareils énergumènes arrivaient au pouvoir… (3)

Anna Politkovskaïa était donc très liée aux réseaux de l’extrême-droite US, avec leurs “collabos” russes intégrés aux lobbies de l’armement et de l’énergie occidentaux. Implacablement russophobes, menaçants et hyperviolents, dès lors que le pays ou son gouvernement n’acceptent pas d’être inféodés à leurs intérêts et diktats.

Quel était, en ce cas, l’objectif de l’assassinat de cette “journaliste-dissidente” en plein cœur de Moscou ? Quels en étaient les exécutants, organisateurs, commanditaires ? A qui profite le crime ?

Après une difficile enquête aux multiples rebondissements, au terme de 5 ans de travail pour enfin y arriver, la solution émerge progressivement : en septembre-octobre 2011. Confirmant ce que tous les “observateurs ”, avertis ou impartiaux, savaient dès l’origine de l’affaire. Une réalité, évidemment, aux antipodes de ce que les médias de la désinformation dans nos pays n’avaient cessé de claironner, et qu’ils taisent hermétiquement à présent…

Poutine, Président de la Fédération de Russie au moment des faits, n’avait-il pas averti :

« La solution se trouve à Londres » ?...

Le Grand Méchant Loup

Comme par hasard, le meurtre d’Anna Politkovskaïa a eu lieu le jour de l’anniversaire de Poutine, né un 7 octobre 1952… Autre coïncidence : la veille de la visite officielle de Poutine en Allemagne…

Soulignant ainsi la perversité du personnage, par sa provocation dans la violence. Puisque ce fut, aussitôt, une des plus formidables campagnes médiatiques internationales destinées à diaboliser un Homme d’État détesté de nos oligarchies, et déstabiliser au passage la Russie. Poutine ne pouvait être que le commanditaire du forfait. Les exécutants ? Les tueurs de ses horribles services secrets…

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Parmi les centaines de déclarations, retenons celle du porte-parole du ministère des affaires étrangères des USA, le jour même de l’évènement, Sean McCormack. Un concentré de l’hypocrisie et du cynisme manipulateurs des politiciens, dans chacun des termes employés :

« Les États-Unis sont choqués et profondément attristés par la nouvelle du meurtre brutal de la journaliste russe indépendante […] Les États-Unis demandent de toute urgence au gouvernement russe de mener une enquête immédiate et exhaustive afin de retrouver, poursuivre et juger tous les responsables de ce meurtre haineux. »

Le lendemain, au diapason des USA le temps de prendre les consignes, dans un document officiel, le Commissaire européen aux droits de l’homme Thomas Hammarberg, « triste et en colère », embouche le trombone de La Bonne Conscience de la caste technocratique de l’UE :

« Ce meurtre est le signal d’une crise majeure concernant la liberté d’expression et la sécurité des journalistes en Russie. »

Evidemment, les vertueuses ONG ont immédiatement embrayé. Sortant les violons de l’émotion et la sébile à subventions. Parmi les ténors de l’esbroufe qui ne se sont jamais préoccupés des journalistes et militants de la liberté torturés, assassinés, par des escadrons de la mort en Palestine, Gaza, Irak, Afghanistan, Amérique latine, Thaïlande, Philippines et ailleurs, dès lors qu’ils dénonçaient les exactions de l’Empire :

=> Amnesty International, de rage hurlant sa :

« … colère après le meurtre à Moscou d’Anna Politkovskaïa, visée en raison de son travail de journaliste. »

=> La Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), flagellant le gouvernement Russe :

« Les autorités russes, doivent se conformer aux instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’Homme, afin de garantir en toutes circonstances les libertés d’expression et de la presse. »

=> Reporters Sans Frontières (RSF), l’illustrissime ONG accablée de chagrin (4) :

« Nous sommes abasourdis par cette nouvelle tragique… Les meurtres de nos confrères […] doivent faire réaliser à la communauté internationale à quel point il est urgent d’agir pour assurer la protection des reporters. »


Anna Politkovskaïa, cataloguée « dissidente russe » par le marketing informationnel occidental, avait été érigée en “star” des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Ses articles et livres récoltant une foison de distinctions, récompenses et prix. Attribués, évidemment, par les sponsors et animateurs du même circuit. (5)

Précisons le contexte : dans la boîte à outils de notre appareil de propagande, le label «dissident» est décerné non pas à « l’opposant » au régime ou gouvernement d’un Etat souverain étranger, mais à un « adepte inconditionnel » de l’idéologie et de la politique de l’Occident. Nuance notable…

Dans le cas contraire un « opposant », non seulement à son gouvernement mais “aussi” aux desseins d’asservissement de l’Empire sur son propre pays, est considéré comme un «conservateur», un « radical », dans le meilleur des cas. Dépasser la réticence, persévérer dans la résistance, est immédiatement se désigner dans une subtile gradation comme «rebelle», « insurgé ». Pire encore : « terroriste », réel ou supposé, peu importe, s’il s’agit d’une opposition au gouvernement inféodé à l’Empire.

On a même vu en Occident, mais on veille soigneusement à l’occulter, des « dissidents » autrefois fêtés, encensés, couverts de faveurs, gratifications et dollars, tomber en disgrâce dès qu’ils ont émis le moindre regard critique sur la réalité qu’ils avaient découverte dans ce qu’ils avaient cru être le “paradis de la liberté et de la justice”. Se fermant brutalement l’accès aux plateaux TV, radio, interviews complaisantes, avances d’éditeur et autres émoluments ou supports financiers, etc.

Ce fut le cas du « dissident cubain » Reinaldo Arenas, mort dans la misère et le manque de soins à New-York. Ou encore, du célèbre « dissident russe » Soljenitsyne, finalement dégoûté du matérialisme, de la violence et du cynisme de la société américaine, préférant quitter les USA pour retourner dans sa Russie natale…

Paradoxalement, en Russie, la notoriété d’Anna Politkovskaïa était “insignifiante”. Ce que n’a pas manqué de faire ressortir son gouvernement. Ne représentant aucun enjeu, encore moins pour Poutine au sommet de sa popularité. (6)

Sergueï Iastrjembski, délégué du Président Russe pour les relations avec l’UE, avait émis une remarque fondamentale que nos médias n’ont jamais pris la peine de diffuser et d’analyser, alors qu’elle donne la clé du contexte géopolitique de cet assassinat :

« Un nombre manifestement excessif de coïncidences, de morts retentissantes de personnes qui, de leur vivant, se sont positionnées en opposants au pouvoir russe en place, avec les manifestations internationales auxquelles participe le président de la Fédération de Russie est pour le moins inquiétant […]

On a l’impression d’être en présence d’une campagne bien orchestrée ou même de tout un plan de dénigrement continu de la Russie et de sa direction. » (7)

Oui, bizarre…

Sentiment diffus, prenant plus de consistance à la lecture des ouvrages de la victime. Car, j’ai lu les livres d’Anna Politkovskaïa et conseille de le faire pour se rendre à l’évidence, mesurer l’écart entre une image projetée, fabriquée, et la réalité…

Débats d’idées, investigations et recherches dans l’esprit critique et la suggestion constructive ? Analyses approfondies des dimensions et contraintes sociales, économiques, géographiques (37 fois la France en superficie…) ? Mises en perspective dans leur évolution historique et humaine (colossal changement institutionnel avec la chute du soviétisme...) ? Études de leur interaction avec celles des autres puissances, nations et peuples, voisins, concurrents, amicaux ou hostiles, pour ce siècle et le prochain ? Universalisme des droits de l’homme à la Henri Curiel, combattant tous azimuts les violations de la Dignité Humaine, quels que soient pays et continents ?

Non.

Ce ne sont que pamphlets, diatribes, déversant en cascade : clichés, approximations, rapprochements, raccourcis, amalgames, platitudes diffamatoires. Rhétorique de la propagande russophobe la plus primaire, dépeignant une Russie apocalyptique dirigée par un autocrate sanguinaire, diabolique, auquel un Staline n’arriverait pas à la cheville.

Une Russie fantasmée, dans l’incantation, prenant ses désirs pour la réalité. Le wishful thinking des Think Tanks de l’extrême-droite US, rêvant de la vassalisation de la Russie. Surtout, de la prédation de ses ressources et richesses naturelles. Avec une focalisation obsessionnelle, une diabolisation hystérique, une violence verbale haletante à l’encontre de la personne de Poutine. (8)

En France, c’est la bouillie que nous servent à grandes louches les « experts » de la Russie. À la Thierry Wolton, dont on peut citer un des ouvrages les plus emblématiques de grotesque dans le genre : Le KGB au pouvoir – Le Système Poutine. (9)

Ou encore, à la Hélène Carrère d’Encausse, concluant un de ses livres, La Russie Inachevée, par la formulation de la pensée magique :

« … ce que les Russes espèrent aujourd’hui voir surgir de leurs longues déceptions et de leurs efforts renouvelés, c’est l’achèvement d’une Russie civilisée rejoignant enfin et de manière définitive les grandes nations occidentales. » (10)

D’après nos propagandistes, en effet, une Russie en dehors de l’OTAN et de sa soumission à l’Empire, que souhaiteraient ses propres citoyens ou du moins une “élite” moderne et intelligente, n’est qu’un ramassis de sauvages, corrompus et violents, «un immense bordel».

Mépris halluciné, parfaitement résumé dans la quatrième de couverture du livre d’Emmanuel Carrère, le fils d’Hélène Carrère d’Encausse (dans la famille, du fait d’une ascendance familiale russe on se revendique « expert » de la Russie…), sortant actuellement sous les louanges béates de la critique médiatique et mondaine, Limonov :

 « … et, maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie… ». (11)

Vision dantesque, ténébreuse, eschatologique, d’une Russie au bord du gouffre, par une propagande hébétée d’obscurantisme, dont le prophétisme sectaire et imbécile imprégnait les dernières lignes de la conclusion de l’ultime ouvrage d’Anna Politkovskaïa, paru en France en septembre 2006, Douloureuse Russie :

« Une révolution orange n’est pas envisageable chez nous, pas plus que celle de la rose ou des tulipes. Notre révolution à nous sera rouge. De la couleur des communistes : de la couleur du sang. ». (12)

Pathétique…

Les oubliettes du Donjon Médiatique

La propagande n’a cessé d’accabler d’anathèmes et procès d’intention les autorités Russes accusées de vouloir bloquer l’enquête.

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Pure stupidité et mauvaise foi : elles n'y ont aucun intérêt.

C’est ainsi qu’on pouvait lire dans des médias de la désinformation, au 5 octobre 2011, des affirmations mettant en cause la passivité de la justice russe, alors que l’enquête venait de connaître une spectaculaire avancée :

« ’L’affaire Politkovskaïa’ n’a pas été élucidée. Le 19 février 2009, les inculpés du meurtre de la journaliste ont été acquittés. C’est un échec pour la justice, accompagné d’autres meurtres. » (13)

Une deuxième équipe d’enquêteurs doublant la première dans la discrétion, aidée des spécialistes du contre-espionnage, a réussi à démonter les rouages d’une complexité extrême de la machination.

L’organisateur de l’assassinat, Dmitry Pavlyuchenkov, est passé aux aveux. La nouvelle était publiée dès le 3 septembre 2011. (14) Piégé par son train de vie et mouvements de fonds suspects sur ses divers comptes bancaires. Reconnaissant devant la Cour de Justice à Moscou avoir fourni l’arme et les munitions, organisé et planifié l’attentat, recruté l’équipe de tueurs et affecté à chacun sa mission précise.

Evénement retentissant, complètement étouffé dans les médias occidentaux. Aux oubliettes…

Révélant les secrets des difficultés d’une enquête bourrée de fausse pistes : Dmitry Pavlyuchenkov, actuellement à la retraite, était un des plus hauts responsables de la police de Moscou avec rang de colonel, ancien responsable de la 4° division de la direction des recherches et investigations opérationnelles. Un des principaux responsables du dossier sur le meurtre d’Anna Politkovskaïa…

L’exécuteur, celui qui a tiré sur la victime, est Rustam Makhmudov. Il s’était caché en Belgique pendant 5 ans. C’est grâce aux repérages, aux renseignements, et à la traque de la police belge, en liaison avec la police russe, qu’il a pu être arrêté dès sa tentative de retourner dans la Fédération de Russie.

Le responsable du commando est un chef de clan mafieux, un des parrains du milieu de Moscou, Lom-Ali Gaitukaev. Actuellement emprisonné pour un autre meurtre, avec une peine d’une durée de 15 ans. Il était assisté sur ’le terrain’ par des tueurs professionnels du milieu de la criminalité moscovite : Rustam Makhmudov, un frère et un cousin de ce dernier.

Formidable première étape. L’important, à présent, étant de remonter aux commanditaires.

Avec prudence, mais certitude, l’un d’eux est quasi-officiellement connu depuis le 16 septembre 2011. Et, dans son ombre : les véritables donneurs d’ordre. Lom-Ali Gaitukaev avait mis au point les modalités financières et la programmation, en Ukraine, avec le “cerveau” de l’opération. C’est au cours de cette réunion que lui fut donné l’ordre, parmi ses instructions, “d’exécuter le contrat” le jour de l’anniversaire de Poutine… Négociant avec une personnalité qui ne peut pas mettre les pieds dans la Fédération de Russie. Il serait immédiatement arrêté.

Il s’agit de Boris Berezovsky. (15)

Un oligarque, dont la fortune en milliards de dollars générée dans les prévarications de l’ère Eltsine, est sous mandat d’arrêt international émis par les autorités russes depuis plusieurs années. Pour détournements et vols au détriment de plusieurs sociétés et actifs de la Fédération Russe. Il est aussi recherché par la justice brésilienne dans une affaire de blanchiment d’argent aux puissantes ramifications.

Refugié à Londres, malgré ces doubles mandats de recherche internationaux, russe et brésilien, il bénéficie de la protection des services spéciaux britanniques, très actifs dans la déstabilisation de la Russie, avec un statut de “réfugié politique”…

Fort de ses soutiens, considéré comme un de pires gangsters dans son pays, il n’hésite pas sous sa casquette de « dissident » à proclamer qu’il finance “la révolution” en Russie. La souhaitant sanglante, une guerre civile :

« J’appelle à la révolution et la révolution est toujours violente » (’I am calling for revolution and revolution is always violent’). (16)

Alors, pour ces individus sans foi ni loi, supprimer froidement une vie…

Mais, la vie d’une “journaliste-dissidente”, membre de son propre camp ? Pourquoi ?…

Sacrifice dans une partie d’échecs d’une pièce, tour, fou, ou cavalier, pour assurer un développement tactique ? Trop réducteur. Manque dans cette représentation du crime, la dimension du cannibalisme de la violence humaine, dans sa voracité démentielle, telle que la peignaient Goya ou Salvador Dali.

Anna Politkovskaïa est une Iphigénie contemporaine mise à mort par ses géniteurs, les “Grands Prêtres de la Désinformation”, sur la scène de ce Théâtre d’ombres, de mensonges, et de cynismes, qu’est la « guerre psychologique ».



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(1) Lire le beau texte de Gilles Perrault sur Henri Curiel, publié dans Le Monde Diplomatique en 1998 : « Henri Curiel, Citoyen du Tiers-Monde »,  http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/PERRAULT/10239

(2) Ces fortunes titanesques, foudroyantes, ne peuvent se construire sans la complicité et “l’intéressement” des politiciens au pouvoir qui participent à la curée sous forme d’actionnariats occultes ou de mirobolantes commissions, via hommes de paille et sociétés-écrans domiciliées dans des paradis fiscaux…

(3)http://www.branchez-vous.com/info/actualite/2011/09/un_mi...

(4) Maxime Vivas, La face cachée de Reporters Sans Frontières – de la CIA aux faucons du Pentagone, Bruxelles, Aden,  novembre 2007.

(5) Notamment, les prix :

=> 2002 : Courage en journalisme de l’IWMF (International Women’s Media Foundation)

=> 2002 : Pen Club International

=> 2003 : Journalisme et Démocratie – Danemark - par l’OSCE

=> 2003 : Lettre Ulysses pour l’Art du Grand Reportage à Berlin

=> 2004 : Olof Palme pour les Droits de l’Homme

=> 2004 : Lectrices du magazine Elle (groupe Lagardère)

(6) Les sondages à la veille de l’événement, notamment ceux supervisés par l’université d’Aberdeen (Ecosse), démontraient un taux moyen de satisfaction de ses concitoyens, par rapport à son action, de 70%, en moyenne. Les Russes lui reconnaissant le mérite d’avoir sauvé le pays du naufrage…

(7) "Une campagne de dénigrement bien orchestrée est menée contre la Russie et sa direction", RIA Novosti, 24 novembre 2006,
http://fr.rian.ru/world/20061124/55970675.html

(8) Anna Politkovskaïa, La Russie selon Poutine, Buchet/Chastel, 2005.

(9) Thierry Wolton, Le KGB au pouvoir – Le Système Poutine, Buchet/Chastel, 2008.

(10) Hélène Carrère d’Encausse, La Russie Inachevée, Editions Fayard, 2000, p. 285.

(11) Emmanuel Carrère, Limonov, Editions P.O.L., septembre 2011, quatrième de couverture.

(12) Anna Politkovskaïa, Douloureuse Russie – Le journal d’une femme en colère, Buchet/Chastel, 2006, p. 403.

(13) « ’L’affaire Politkovskaïa’ n’a pas été élucidée », 5 octobre 2011,
http://www.terrafemina.com/societe/international/videos/685-novaya-gazeta.html

(14) « Main suspect in Politkovskaya case pleads guilty », 3 septembre 2011,
 http://rt.com/news/politkovskaya-murder-pavlyuchenk...

(15) « Investigators trace Politkovskaya killing to Berezovsky – report »,  16 septembre 2011, http://rt.com/politics/politkovskaya-fugitive-berezovsky-...

(16) Dmitry Peskov, « Fugitive billionaire has exposed his violent agenda : Berezovsky is the embodiment of ’robber capitalism’, and Britain should no longer harbour him after this outrage », The Guardian, lundi 16 avril 2007, http://www.guardian.co.


Source : À contre-courant - http://stanechy.over-blog.com/article-russie-rififi-chez-les-dissidents-86282147.html

 

*

 

Georges Stanechy, qui oppose très justement Henri Curiel à Anna Politkovskaia (et pas à l’avantage de cette dernière) aurait pu faire un autre parallèle avec l’élimination de l’Algérien Ali André Mécili, abattu dans des circonstances absolument identiques à celles de Politkovskaia, mais... à Paris, le 7 avril 1987, dans un hall d’immeuble, de trois balles dans la tête tirées à bout portant par un proxénète, exécuteur des basses oeuvres de la Sécurité Militaire algérienne et protégé de Charles Pasqua.  La ressemblance entre les deux victimes s’arrête là, car Mécili, fondateur de la revue Libre Algérie et avocat des déracinés – Palestiniens, Maghrébins, Iraniens, Kurdes, Zaïrois, Arméniens – n’avait rien d’un propagandiste à gages. La camarilla au pouvoir à Alger voulait sa peau d’homme trop intègre et la Ve République n’avait rien à refuser à son homologue maghrébine. Choses qui vont de soi, à un certain niveau de complicité.

Où étaient nos belles âmes droitsdelhommistes alors ? Où les Ménard’s boys de Reporters sans frontières ? Où les Amnesty International à chandelles ? Où les champions du Dalaï Lama et des pseudo-écrasés de la place Tien An Men ? Où nos brillants « journalistes d’investigation » de la 4e (ou 5e) Internationale et pourfendeurs de KGBs ? Ils ont si bien fait leur travail et clamé leur indignation que je vous parie ma tête, amis lecteurs de ce blog, que vous ne connaissiez pas son nom avant de le lire ici.



«Cet « homme qui a lutté pour ses idées jusqu’au bout et qui l’a payé de sa vie » est sans l’ombre d’un doute, aux yeux des potentats algériens – et leurs homologues français ne peuvent pas l’ignorer – l’opposant le plus redoutable, l’homme à abattre. Moins de six mois après qu’une clause secrète, dont furent porteurs Charles Pasqua et Robert Pandraud, d’accords déjà hautement secrets conclus entre le gouvernement de Jacques Chirac et la SM algérienne, et avec l’assentiment tacite de François Mitterrand, « un minable truand recruté par contrat se chargeait de faire taire définitivement Ali Mécili. »

Hocine Aït-Ahmed, L’affaire Mécili (La Découverte, 1989), cité par
 Lounis Aggoun, La colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable
(Demi-Lune, 2010)

 Catherine L.










 

27/08/2011

La barbarie à visage mondain

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La barbarie à visage mondain

 

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Charognards & Vautours Inc.



Tout ce que vous savez faire, c’est prendre et garder,
Et rire en prenant, et prêcher en gardant.
John Cowper POWYS



« Quand a-t-on vu un pays étranger envoyer son aviation soutenir une rébellion ? En 1936, l’Allemagne d’Adolf Hitler soutenant la rébellion du général Franco », vient d’écrire M. Thierry Laronde (c’est ici).


Et Hitler, ce n’était qu’une répétition générale. Maintenant, c’est la pièce. Où Hitler, c’est nous.

Savez-vous, jeunes gens, ce que c’est que d’avoir assisté, enfant, au martyre de l’Espagne, et d’assister avec un pied trois-quarts dans la tombe au martyre identique de la Libye ? Après celui du Congo de Lumumba, celui de la Yougoslavie et de tant d’autres... (dont nous devions justement vous parler aujourd’hui par la voix de William Blum, et voilà que c’est encore une fois remis « pour cause d’actualité sinistre », mais nous finirons bien par y arriver).

Donc, « ils » sont victorieux. L’aviation, les bombes, les hélicoptères Apache, les drones et les gangsters salariés de l’Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord ont fait, d’un pays qui fut prospère et paisible, un champ de ruines et un charnier. Le terrain une fois bien dégagé et sans risque, les « rebelles » à la Franco viennent prendre la pose sur les décombres, avant de se lancer dans la chasse à l’homme (à la femme et à l’enfant) qui bouge encore, laissant derrière eux des corps menottés criblés de balles, des blessés dans des ambulances, tranformés en passoires à même leur civière, le goute à goutte continuant à s’écouler dans leur cadavre (le luxe !) et autres mesures de protection humaniste des populations civiles «menacées par Kadhafi ». Les quelques journalistes non salariés par les tueurs ont pu être évacués de l’hôtel Rixos par la Croix Rouge et conduits dans un autre. Les triomphateurs ont voulu s’emparer d’eux. La Croix-Rouge s’y est opposée. Puis s’est éloignée. Leur insécurité reste entière. Il ne faut pas qu’ils comptent sur leur gouvernement, ni, pour les Français, sur l’opposition politique (Mme Aubry par exemple) pour empêcher qu’on les assassine. Quant à Reporters sans Frontières... C’est quoi votre nom, déjà ? Ménard ? Ah...

Mais qui sont ces « ils » ? Principalement des escadrons de la mort d’Al Qaeda. Oui. Vous avez bien lu. Les ex-ennemis publics N°1. Ceux dont les exploits terroristes ont fourni le prétexte à l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan. Ceux qui ont crucifié la Yougoslavie à la solde des US-OTAN et fait de la Bosnie le premier état musulman d’Europe avant de (officiellement) faire sauter trois tours de Manhattan avec deux avions, et qui viennent de rempiler chez leurs anciens employeurs, juste après que ceux-ci aient (officiellement) refroidi leur ancien chef. Vous ne suivez pas ? C’est que vous n’êtes pas suffisamment post-modernes.

Citons M. Justin Raimondo : « Tandis que les rebelles entrent dans Tripoli et qu’on n’arrive toujours pas à mettre la main sur Kadhafi, le Conseil de Transition Nationale non élu (CNT), qui se prétend le seul gouvernement légitime, vient de rédiger et de publier une « constitution », pleine de références à toutes sortes de «droits » : liberté de s’exprimer, de s’assembler, élections démocratiques, etc. etc. Il y a juste une petite réserve – exprimée tout au début, 1ère Partie – Article 1 – qui pourrait faire un peu déraper la campagne de relations publiques du nouveau régime. La voici : “L’Islam est la religon de l’État, et la source principale des lois est la Jurisprudence Islamique (Charia).” »

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Donc, voilà. Trois mois de tueries ininterrompues et un pays renvoyé à l’âge de pierre par nos représentants élus, pour imposer la Charia à un pays laïc et socialiste. Après que la même chose, exactement, ait été faite, par les mêmes, avec les mêmes moyens, en Bosnie, en Irak et en Afghanistan. Et prenons-y bien garde : cette Charia n’est pas la même que celle appliquée en Iran, aujourd’hui pays théocratique s’il en fut, mais celle des Saoud, le plus fanatiquement meurtrier et sanguinaire de tous les régimes oppressifs à prétexte religieux qu’il y eut jamais (et pourtant l’Espagne de la Santa Hermandad et de l’Inquisition, ce ne fut pas mal, et celle de Franco non plus).

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Là, c‘est à Riyad



L’Arabie Saoudite est le seul pays au monde où la clique au pouvoir s’arroge le droit de tuer n’importe qui, de n’importe quelle façon qui lui plaît, pour n’importe quel motif et sans jugement. Ah, non ! Il y a aussi Barak Obama, qui s’est fait voter les mêmes pouvoirs à titre personnel (voir notre post du 22.9.2010) et qui en use.


Mais l’Arabie Saoudite et le lobby militaro-industriel dont Barak Obama est l’homme de paille sont nos alliés ès-rapines et meurtres de masse n’est-ce pas ? Alors, pas un mot de ces broutilles nulle part ! (Voyez vos médias favoris.) Et continuons à nous faire peur avec le milliard et demi de musulmans qui ne demandent qu’à vivre en paix, si seulement nous voulions les y laisser, et qui ne viennent se réfugier chez nous que parce que nous sommes chez eux, à piller leurs richesses, comme l’a très justement rappelé (voir notre post du 5.8.2011) M. Israël Shamir.

Saluons au passage  le sénateur de l’Ohio, M. Dennis Kucinich, qui vient d’appeler un chat un chat, l’OTAN et son propre gouvernement des gangsters, et qui réclame contre eux la tenue d’un autre Nuremberg (Ah, voir Botul, Nagy, Cameron, Boulet et De Crem dans la cage vitrée d’Eichman ! Désespérés, ne vous suicidez pas trop vite. Attendez encore un moment... qui sait.)

À notre infime niveau, tout ce que nous pouvons c’est vous mettre sous les yeux, si ce n’est déjà fait, ce qui s’écrit ou se dit qui en vaille la peine sur des événements qui nous concernent tous, que nous le voulions ou non. Et d’abord, ce texte de M. Pepe Escobar, paru en anglais dans l’Asia Times et repris en français par Alterinfo.net :


Bienvenue dans la « démocratie » libyenne.

Même si tout n’est peut-être pas encore terminé en Libye, on peut dire que dans son combat, le colonel Kadhafi, sa famille  et ceux qui en Libye lui sont restés fidèles n’ont pas manqué de courage et même de panache. Certes Kadhafi est un dictateur au visage boursouflé par le botox mais il a fait preuve d’une classe qui fait défaut à ses adversaires occidentaux, de Sarkozy à Cameron en passant par Obama et le Canadien Harper. Pour tout dire, la France avait fait beaucoup moins bien  avant de demander un armistice au Reich allemand en juin 1940.

(Lire la suite...)


Source :
Pepe Escobar, Welcome to Libya’s « democracy », Asia Times, 24 août 2011.
Voir aussi Asia Times Online – The Best of Pepe Escobar  :
http://www.atimes.com/atimes/others/Escobar.html

 


*

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Quant à celui sur lequel il est chic de crier haro, tout en le traitant de cinglé, de bouffon, de clown et on en oublie, combien d’entre nous ont pris la peine de l’écouter sans préjugé ? Combien d’abord en ont eu la possibilité ?

Passons sur la mise à prix de sa tête : d’autres affiches précisent « dead or alive », c’est-à-dire « dead », car il ne faudrait surtout pas qu’il parle, et dieusait qu’il en pourrait dire des choses... Brrr.

Certes, il a joué double jeu et serré la main des pires fripouilles en même temps que celle d’Hugo Chavez, mais les princes de Machiavel aussi... Certes, il a dirigé pendant quarante ans un état essentiellement laïc et maintenant il en appelle à Allah contre ses envahisseurs, mais Jeanne d’Arc aussi...

Reste que face à la plus puissante coalition armée de tous les temps, il a fait et continue à faire son devoir : défendre le sol de son pays et la souveraineté de sa nation.

À titre documentaire, voici sa dernière proclamation en date, faite après l’entrée des « vainqueurs » dans sa capitale .


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Opprimés du monde entier, la bataille a commencé. Ne perdez pas espoir, l’aide est forte. Est-ce que vous réalisez que c’est la nuit du pouvoir? Qu’est-ce que la nuit du pouvoir? C’est celle qui vaut plus que des milliers d’autres nuits, c’est le destin qui s’accomplit, c’est quand les cieux s’ouvrent pour recevoir vos milliers de prières serrées.

Regardez ce qui se passe en ce moment en Amérique. Les avons-nous frappés avec nos missiles? Non, ils sont venus et nous ont bombardés, 64 missiles sur Bab Al-Aziziya, qui est maintenant en ruines, et j’ai finalement été obligé de quitter ma maison, où ils ont tué bien des innocents. Mais je ne quitterai pas la Libye et cette bataille sera celle de la victoire ou la mort.


(Lire la suite...)



*


Oublions pour l’instant, si nous pouvons, ceci :

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Cy n’entrez pas, maschefains, practiciens,
Clers, basauchiens, mangeurs du populaire,
Officiaulx, scribes et pharisiens,
Juges anciens, qui les bons parroiciens
Ainsi que chiens mettez au capulaire ;
Vostre salaire est au patibulaire.

Cy n’entrez pas, vous, usuriers chichars,
Briffaulx, leschars, qui tousjours amassez,
Grippeminaulx, avalleurs de frimars,
Courbez, camars, qui en vous coquemars
De mille marcs, jà n’auriez assez
Point esguassez n’estes, quand cabassez
Et entassez, poiltrons à chiche face,
La male mort en ce pas vous déface.

Cy n’entrez pas, vous, rassotez mastins,
Soirs ny matins, vieux, chagrins et jaloux ;
Ny vous aussi, séditieux, mutins,
Larves, lutins, de Dangier palatins,
Grecz ou Latins, plus à craindre que loups ;
Ny vous, gualous, vérolléz jusqu’à l’ous ;
Portez vos loups ailleurs paistre en bonheur,
Croustelevez, remplis de déshonner.


Jamais ne puissiez-vous fianter que à sanglades d’estrivières, jamais pisser que à l’estrapade, jamais eschauffer que à coups de baston !

*

Pour nous rafraîchir les yeux et l’esprit, suivons le conseil avisé de Serge Charbonneau (c’est ici : http://www.legrandsoir.info/les-fatwas.html ) et regardons bien, pour nous rappeler ce que c’est qu’un homme; pour nous rappeler, surtout, que ces paroles ont été prononcées avant le début de la croisade et que la multitude des morts serait en vie, s’il n’avait tenu qu’à lui :



 



*

Maintenant, que faire, dans la nuit où nous venons d’entrer ?

En tout premier lieu fermer la télé, fermer la radio, jeter les journaux.

Ensuite, consulter les vraies sources d’information :

http://www.michelcollon.info/Actualite-sur-l-invasion-de.... (heure par heure)
http://www.voltairenet.org/fr dans plusieurs langues
http://www.legrandsoir.info/
http://www.silviacattori.net/
http://www.alterinfo.net/DERNIERE-HEURE-La-vie-des-journalistes-independants-a-Tripoli-est-en-situation-tres-critique_a62890.html
http://sergeadam.blogspot.com/
http://www.mecanopolis.org/?p=24209
http://www.planetenonviolence.org/
http://comaguer.over-blog.com
dans le désordre...
Il y en a d’autres. Apprendre à les repérer est un excellent exercice.

En anglais :

http://www.informationclearinghouse.info/
http://original.antiwar.com/justin/2011/08/23/libya-obamas-pyrrhic-victory/
http://globalresearch.ca/
http://www.counterpunch.org/
http://www.thepeoplesvoice.org/TPV3/Voices.php/2011/08/26/nato-s-libya-war-a-nuremberg-level-crime-1
http://www.atimes.com/

Deux télévisions d’exception :
http://rt.com/
http://www.telesurtv.net/

Ils ne sont pas tous du même bord, ou si du même bord, pas de même nuance. Leur point commun : ils ne sont vendus à personne.
 
Et enfin, aller voir ceci sur le site de Michel Collon :

 

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http://www.michelcollon.info/Anti-guerre-manif-a-Paris-petition.html



1) Manifestation à Paris le 3 septembre.

2) Pétition.

(Je l’ai signée telle quelle et je le regrette. On ne s’adresse pas avec respect à ces gens-là. On les convoque et on les démet.)


*

• Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires mais comme des assassins et des brigands rebelles.

 Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l’univers qui est la nature


 
  C.L.

 

 

 

 






23:22 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |