12/05/2011

Époques et Sacco-Vanzetti

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Époques et Sacco-Vanzetti



Il y a aujourd’hui 85 ans – le 12 mai 1926 -  le trop fameux juge Thayer, de l’état du Massachussets, grand chasseur d’anarchistes, d’immigrés et autres bolcheviks, confirmait la condamnation à mort de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, prononcée le 14 juillet 1921 dans des circonstances plus que douteuses, en dépit d’une mobilisation internationale sans précédent dans l’Histoire. En dépit aussi du fait qu’un gangster nommé Celestino Madeiros, auteur d’un des délits pour lesquels on les a condamnés sans preuves, s’était lui-même dénoncé de la prison où il attendait son exécution pour autre braquage meurtrier.

Un an plus tard – le 23 mai 1927 à minuit – les trois hommes étaient exécutés ensemble : le coupable entre les deux innocents.

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Vanzetti et Sacco enchaînés




Rappel très succinct des faits, tels que les énonce la Librairie Libertaire, dans ses «Portraits d’anarchistes» : http://libertaire.pagesperso-orange.fr/portraits/saccovan...


 

Innombrables furent les manifestations en faveur des condamnés
et contre la peine de mort.
Parmi tant d’autres :


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New York – Union Square

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 Boston

 

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                                        Londres

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                                                                                                                  Paris

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                                           Berlin 1927                          

               

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                                                                                                                                      Boycottez
                                                                                                                                    les produits du Massachusetts



La foule énorme qui assista aux funérailles :

 

Funéraille ssacco & vanzetti.jpg

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* 

 

L’affaire Sacco-Vanzetti est un des assassinats judiciaires les plus célèbres qui soient. Elle a fait beaucoup de petits depuis, à l’encontre surtout des Afro-Américains et des Amérindiens, pour ne parler que des USA. J’y reviendrai.

Edna St. Vincent Millay protestant contre le jugement.jpgComme on a pu voir, en avril 1960, Georges Brassens et Mick Micheyl solliciter des signatures sur les marches du Trocadéro pour une pétition de la dernière chance demandant la grâce de Caryl Chessman, et comme on avait vu quelque dix ans plus tôt les foules se mobiliser en défense d’Ethel et Julius Rosenberg, juifs américains communistes, accusés d’espionnage au profit de l’URSS (1), on avait déjà pu voir au début du siècle, pour Sacco et Vanzetti, beaucoup de gens célèbres monter au créneau et manifester publiquement contre la peine de mort en général et ces deux morts-là en particulier. Du nombre furent John Dos Passos, Dorothy Parker, Bertrand Russell, Edna St Vincent Millay, Upton Sinclair et George Bernard Shaw, mais aussi John Cowper Powys (2).

 

 

 

La poétesse Edna St. Vincent Millay
participant à une marche de protestation

 

jcp.jpgAnglais d’ascendance galloise, John Cowper Powys gagnait sa vie en sillonnant les États-Unis, où il donnait, pour qui voulait l’engager, des conférences philosophico-littéraires devant les publics les plus divers. Sa popularité fut si grande, alors, qu’il fut cité comme témoin littéraire et de moralité au procès fait à New York, en 1922, à l’Ulysse de Joyce. Et c’est à lui encore que devait faire appel le journal antifasciste de Boston, The Lantern, lorsque, le 23 août 1928, premier anniversaire de leur mort, il fut question d’inaugurer une plaque à la mémoire des deux anarchistes martyrs.  L’espèce de discours ou si on veut de méditation – « Sacco-Vanzetti and Epochs » - que prononça Powys au moment du dévoilement de la plaque, fut publié pour la première fois dans le numéro de Janvier-février 1929 du journal, suivi d’un poème à leur mémoire, La lune sur Mégalopolis, qui parut dans le n° d’avril-mai-juin.
Pour commémorer à notre tour la grâce refusée, nous vous offrons ces deux pièces de circonstance, publiées ici pour la première fois en français.

Plaque Sacco-Vanzetti Boston.JPG


Époques et Sacco-Vanzetti
The Lantern, Janvier-Février 1929

Le meurtre judiciaire de ces deux penseurs libres par la respectable opinion publique du Massachussetts fut un événement plein de lourdes implications étayant la notable théorie de Spengler. Si l’on considère la contemporanéité du moment présent de notre « civilisation » occidentale ou faustienne avec un moment similaire d’autres « cultures » mourantes, notre âge actuel correspond exactement à l’époque hellénistico-romaine ! Ici, suivant Spengler, nous trouvons « existence sans intériorité... art mégalopolitain de la banalité... luxe, sport, agitation nerveuse, modes artistiques rapidement changeantes... architecture prétentieuse... imitation de motifs exotiques... étalement impérial par le moyen d’inventions, de machines, de matières et de masses... domination de l’Argent (« Démocratie »)... pouvoirs économiques pénétrant, saturant les formes et les autorités politiques... »

Spengler, en fait, mettrait en parallèle comme précisément « contemporaines » non seulement la période hellénistico-romaine (quelques décennies avant les Césars) et la nôtre, mais aussi l’époque bouddhique en Inde, et celle du taoïsme tardif en Chine. Ainsi donc, l’enseignement de Bouddha, les doctrines de Lao-Tseu et la philosophie des stoïques correspondraient, si l’on suit ce regard d’émouchet plongeant sur les destinées irréversibles de tous les organismes sociaux, presque exactement à l’espèce de protestation vivante - tendre ou cynique selon les cas – de penseurs individuels (du type de ces deux hommes et d’autres semblables à eux) qui s’élèvent contre les citadelles mondiales de l’Argent propres à notre époque. Mais cette civilisation «hivernale» (toute d’ acier, de  pierre et de machines dans laquelle notre destin présent est de vivre, n’est pas – nous pouvons être reconnaissants de l’apprendre – destinée à durer plus d’un siècle ou deux (à peine une bagatelle dans les vastes éons dont disposent les forces de la vie), et doit être suivie – toujours selon notre « morphologie physiognomonique » - d’une époque correspondant à celle des Théodoric, des Attila, des Césars, des Odoacre : quand l’invisible pouvoir de l’argent sera brisé par la volonté arbitraire des conquérants en conflit, quand les hordes d’hommes et de femmes ordinaires en reviendront à l’état d’endurance internationale des fellahs, quand nous errerons dans des cités envahies par les herbes qui auront perdu leur opulence, parmi les vestiges de mécanismes scientifiques sophistiqués qui auront perdu leur secret, et que l’existence humaine, retournant pour des millénaires à la monotonie patiente, ahistorique, d’une lutte avec les éléments, atteindra la sagesse mystique d’une seconde religiosité !

Ainsi, l’état organisé étant mort, « la haute histoire », dit Spengler, « se couche, elle aussi, fatiguée, pour dormir. L’homme redevient une plante, adhérant à la terre, muet et endurant. Le village intemporel et l’éternel paysan réapparaissent, produisant des enfants et plantant des semences dans la Terre-Mère – essaim actif, pas trop inadapté, sur lequel souffle, éphémère, la tempête des soldats-empereurs... C’est seulement quand finit l’Histoire à majuscule que l’Existence, sainte et tranquille, réapparaît. C’est un drame noble dans son absence de but, noble et sans but comme la course des étoiles et la rotation de la terre... ».

Une telle spéculation – une telle prophétie – est-elle « trop belle pour être vraie » ? Peut-être. Mais, après tout, qui le sait ? L’inhumanité même du mécanisme compliqué qui hypnotise nos mégalopolitains en un si actif « service » peut travailler à sa propre perte. La chimie de la destruction est plus facile à acquérir que la chimie de la construction. La foule peut être rendue efficace par standardisation bien plus rapidement pour un dessein de mort que pour un dessein de vie. Un gaz toxique peut être produit beaucoup plus vite et plus scientifiquement que des charrues pour la terre et des carènes pour la mer. Contre une civilisation en armure comme la nôtre, la patience sans illusions d’un bouddhiste indien, d’un taoïste chinois, d’un anarchiste philosophe, d’un stoïque hellénique, sont autant de protestations « contemporaines ». Ce sont des projecteurs fouillant nos ténèbres électrifiées, qu’aucune persécution ne peut éteindre. D’avant en arrière et d’arrière en avant balayant notre ciel, ils continueront leur réquisitoire spirituel jusqu’à ce que l’heure précédant l’aube arrive. Alors sera entendu le prophète de ce qui pourrait être appelé « le Cinquième Évangile », et les forces planétaires se remettront à frémir pour un autre printemps, dont aucun homme encore ne peut distinguer les contours. 



***

 

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La lune sur Mégalopolis
The Lantern, Avril-Juin 1929



L’acier et la pierre sont des choses cruelles
À porter, pour des coeurs mortels.
« Ils » font face aux remous mystiques de la vie
Avec des échafauds de désespoir.
En vain, le plus délicieux des matins s’ébroue...
« Ils » dominent la ville,
Masqués comme des bourreaux,
Leurs haches tourjours prêtes !

Mats, regardez ! La lune est au-dessus de tout !
Légère, elle avance, elle flotte,
Comme si ces maisons âpres et hautes
N’étaient que le décor d’une vieille chanson.
Voyez-la gouverner son bateau en croissant,
Tandis que la sève de toutes les choses vertes
S’enroule dans son sillage
En anneaux couleur de primevères !

Regardez ! Du croissant tombe
Une rosée, un mystère...
Il y a des feuilles vertes sur les toits !
Des fougères vertes dans le ciel !
L’acier et le marbre se vêtent
De lichen, de mousse et d’herbe ;
Et par-dessus chaque bastion gris,
Des ombres, comme des branches, passent !

Miracle ! Ella a fait monter
Du champ, de la haie et du bois,
La sève qui déborde comme une coupe
Du précieux sang de Jésus Christ !
Baume céleste, calmant divin,
Cette sève solitaire tombe en pluie
Et soigne, par délivrance,
La torture de la ville.

Ô Puissance bénie, ton propre étrange coeur
Reste en retrait, et froid,
Voyageant toujours à l’écart
Des chagrins anciens et nouveaux.
Mais les racines sombres sont partout
Arrosées de pluies brunes.
Ce que tu aspires à travers l’éther,
Tu as le pouvoir de le reverser sur notre désespoir,
En dépit de l’acier et de la pierre ! (3)



***




__________________    

(1) Les époux Rosenberg, qui ont toujours clamé leur innocence,  seront électrocutés le 19 juin 1953, dans la prison de Sing-Sing, victimes de la chasse aux sorcières communistes du sénateur Joseph McCarthy  et de sa sinistre HUAC (House of Un-american Activities Committee).  --  Caryl Chessman, coupable des crimes de droit commun pour lesquels il avait été condamné en 1948, s’était, lui, rédimé dans sa prison, où il avait étudié le droit au point de réussir à faire reporter huit fois son exécution. Elle aurait dû l’être une neuvième fois, mais l’ordre de suspension arriva trop tard, l’exécution était commencée et ne pouvait être interrompue sans danger mortel pour les assistants : c’est dans la chambre à gaz de la prison de San Quentin, que Chessman est mort le 2 mai 1960.


(2) « J.C.P. » est un auteur-maison : La Thalamège a publié quatre de ses livres.

(3) Source : The Powys Review, n° 9 - 1981/1982 - John Cowper Powys, fils de prêtre et père de prêtre, parlait de Jésus Christ comme on respire et priait Déméter. Un quart de siècle après avoir écrit ces lignes - l’histoire avait marché, dans le sens prévu par Spengler ou pas –, son acceptation philosophique des aléas de l’Éternel Retour avait fait place à tout autre chose, puisque, dans Spectres Réels, un des contes de sa vieillesse, il fait liquider l’espèce humaine par l’armée de ses propres morts, conjointement conduite par le roi des fantômes gallois et celui des fantômes russes. «Et le soupir de soulagement que poussera la Création montera jusqu’aux étoiles» s'écria le roi Fabulatorius.




***

 

 

TRACES, TÉMOIGNAGES...



Une infinité  d’oeuvres d’art -  textes, films, chansons, peintures - ont été consacrés à Niccolo, dit Nicola SACCO et à Bartolomeo VANZETTI. Nous ne pourrions, ici, les répertorier tous. Aussi bien les moteurs de recherche doivent-ils servir à quelque chose.

En voici quelques-uns qui nous reviennent à l’esprit.  Mémoire subjective... Choix arbitraires... Nos excuses.

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Le célèbre Passion of Sacco and Vanzetti (1932)
de Ben Shahn, immigré lithuanien.


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Détail d’une mosaïque murale du même Ben Shahn, également intitulée
La passion de Sacco et Vanzetti
Mur est du Huntington Beard Crouse Hall, Université de Syracuse (N.Y.)


***



Webster-Thayer.jpgDu juge Webster Thayer, qui voulut la mort des deux hommes et qui l’obtint, il nous reste cet extrait de ses recommandations aux jurés, à propos de Vanzetti :

« Cet homme, bien qu’il puisse ne pas avoir en réalité commis le crime qu’on lui impute, est néanmoins moralement coupable, parce qu’il est l’ennemi de nos institutions...  parce que les idéaux qu’il défend sont apparentés au crime... »

et ce portrait moral ébauché par un de ses contemporains :

« ... j’ai connu le juge Thayer toute ma vie... c’est un homme à l’esprit étroit, un homme à moitié éduqué, un homme sans intelligence, un homme que la peur des rouges met hors de lui... »



*



Tout le monde connaît la chanson d’Ennio Morricone pour le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, qui fut popularisée en 1971 par Joan Baez, mais connaissez-vous celle-ci, où Woody Guthrie prête sa voix à de libres animaux s’ébahissant des affaires des hommes et se mettant les uns les autres en garde contre les juges Thayer de ce monde ?

 

woodyguthrie.jpg



Old Judge Thayer, take your shackle off of me ;
Old Judge Thayer, take your shackle off of me.
Turn your key and set me free,
Old Judge Thayer, take your shackle off of me.

The monkey unlocked the courthouse door,
An’ the elephant oiled the hardwood floor ;
In did jump the kangaroo,
An’ in did hop the rabbits, too.
Next in come the two baboons,
Next in rolled a dusty storm,
Next in waddled the polar bear
To keep the judge and jury warm.

Ever’body knows the mockingbird
Wrote down ever’ word he heard ;
The lawyers all were foxy-sly,
With a foxy nose an’ a foxy eye.

The ‘possum used the big stiff broom,
Then he polished the new spitoon ;
Up did smile the crocodile,
Said, « Here comes the jury down the aisle. »

Old momma catfish asked the trout,
« What’s this trial here all about ? »
Little baby suckerfish upped and said,
« The Judge has caught him a couple of Reds. »

Well, the rattlesnake asked the bumble bee,
« Who’s this Sacco an’ Vanzetti ? »
« Are they the men, » asked the momma quail,
« That shot the clerks at the Slater Mill ? »

The mosquito sung out with his wings,
Said, « I was there an’ seen the whole durn thing ;
Saw the robbers fire their guns,
But I didn’t see these men, neither one. »

Well, the big-eyed owl looked around,
« They said that Sacco’s cap was found
Down on Pearl Street, on the ground,
Where the payroll guards both got shot down. »

« That cap don’t fit on Sacco’s head, »
The big black crow flapped up and said,
« They tried that cap on Sacco here,
And it fell down around both his ears. »

Well, the camel asked the old giraffe,
« Did these two fellas duck the draft,
By runnin’ down below the Mexican line ?
To keep from fightin’ on the rich man’s side ? »

The lumber duck did rattle his bill,
« All the ducks and geese are flyin’ still
Down toward Mexico’s warm sun
To try to dodge the rich man’s gun. »

Up did waddle a lucey goose,
« I think these men ought to be turned loose.
But old Judge Thayer, he swore to his friends
These men’ll get a chair or the noose. »

When the guilty verdict came,
An’ seven years in jail they’d laid,
When these two men there did die,
The animals met on the earth and sky.

« See what fear and greed can do,
See how it killed these sons so true.
Us varmints has got to get together, too,
Before Judge Thayer kills me and you. »


Ballads of Sacco & Vanzetti.jpg

Woody Guthrie
Ballads of Sacco & Vanzetti
Smithsonian/Folkways. 1992. CD.

« Old Judge Thayer » est la 7e plage de ce CD.
(La 12e – « Lettre de Sacco à son fils » -  est chantée par Pete Seeger.)

 



http://www.youtube.com/watch?v=XGoeuh54MIU




*


Réponse de Vanzetti au juge Thayer (9 avril 1927) :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

Dernier message des deux condamnés aux autres « humiliés et offensés » :

« Chers amis… Après 7 ans, 4 mois et 11 jours de lutte, maintenant que la tragédie touche sa fin, deux d’entre vous seulement meurent. Faites un trésor de nos souffrances, de notre douleur, de nos fautes, de notre passion pour les batailles futures et pour les grandes émancipations. Notre idéal vit. N’ayez qu’un seul cœur en cette heure la plus sombre de notre tragédie. . . Et ayez du cœur. Saluez tous les amis et camarades de toute la terre.
Nous vous envoyons notre suprême au revoir, le cœur plein de tendresse et d’affection et longue vie pour la liberté. »  Bartoloméo VANZETTI, Nicolas SACCO.




*



Un livre-audio (en anglais)  :

 

livre-audio howard zinn.jpg

 

 

 

 

Howard ZINN (sous la direction de)


HEROES AND MARTYRS :
Emma GOLDMAN, SACCO & VANZETTI
and the Revolutionary Struggle


CD.

AK Press – 1er juillet 2001



 


Et encore :

Sur un  site uruguyaen, un texte de Howard ZINN en espagnol :

http://www.elortiba.org/savanz.html




*



Un poème écrit à l’issue d’une manifestation où les camarades n’étaient pas venus assez nombreux :

 

SUR LE PORT DE DIEPPE
Louis Aragon

Le jour de Sacco-Vanzetti
Sur le port sur le port de Dieppe
Mais comment cela se fait-il
Qu’il y eût seulement des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti
Quand les affiches du Parti

Disaient d’aller au port de Dieppe
A quoi cela ressemblait-il
Qu’il y eût seulement des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Qu’est-ce que tu croyais petit
Qu’il allait se passer à Dieppe
Aussitôt venu que parti
Pour n’avoir trouvé que des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Tu étais malheureux faut-il
Pour espérer autant de Dieppe
Comme un changement pressenti
Mais c’était compter sans les guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Le mal d’aimer qu’on s’en sortît
En criant sur le port de Dieppe
Tu le croyais ferme et tu t’y
Trouvas tout seul avec les guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti.




*

 

LIVRES

 

 

Lettres de S & V 10-18.jpg
SACCO & VANZETTI
Lettres

traduites par Jeanne Guéhenno
Collection : 10-18 n° 654 – 316 pages
10/18
1ère édition dans cette collection : 1971
toujours édité.



Livre - L'affaire S. &V. Creafg.gif

 Ronald CREAG
L'affaire Sacco et Vanzetti

Lyon, Atelier de création libertaire, 2004.
264 pages
   




russell vanzetti.jpg

 

 Francis RUSSELL
L'affaire Sacco-Vanzetti

Paris, Robert Laffont, 1964.





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Pierre DUCHESNE
Sacco et Vanzetti

Paris, Presses de la Cité, 1971.

 

 

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John DOS PASSOS
Devant la chaise électrique
Sacco et vanzetti : histoire de l'américanisation
de deux travailleurs étrangers

traduit par Alice Béja
Gallimard, Collection Arcades, 2009, 191 pages




John Cowper Powys à La Thalamège :

L'Ame de l'homme.jpg
Oscar WILDE
L’Âme de l’homme sous le socialisme

John Cowper POWYS
Jugement suspendu sur Oscar Wilde

Verviers, La Thalamège, 1986, 112 pages


Le Hibou.jpg

 

 John Cowper POWYS
Le hibou, le canard et... Miss Rowe ! Miss Rowe !

Conte philosophique
Verviers, La Thalam§ge, 1986, 48 pages

 


Spectres 2.JPG

 

John Cowper POWYS
Spectres réels

Conte fantastique et philosophique
Verviers, La Thalamège, 1986, 138 pages

 

Rabelais.jpg
John Cowper POWYS
RABELAIS
Sa vie, l’histoire qu’il raconte, et une interprétation de son génie et de sa religion

Essai
traduction, préface et notes de Catherine Lieutenant
Verviers, La Thalamège, 1989, 336 pages, illustr.



Affaire Rosenberg  (non exhaustif !) :


Meeropol - Nous sommes vos fils.jpgMichael et Robert MEEROPOL
Nous sommes vos fils

Par les fils d’Ethel et Julius Rosenberg, adoptés après l’exécution de leurs parents par Abel Meeropol, auteur de la célèbre chanson Strange Fruits, popularisée par Billie Holiday.
Avec plus de cent lettres d’Ethel et Julius.

Éditions Sociales - Éditeurs Français Réunis, 1976, 364 pages



Rosenberg lettres.jpg

 

Julius et Ethel ROSENBERG
Lettres de la maison de la mort
 
Gallimard, 1953, 254B pages

 

sobell on condamne bien  1.jpg

 


Morton SOBELL
On condamne bien les innocents

Hier et demain, 1975, 269 pages

 

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Gérard A. JAEGER
LES ROSENBERG
La chaise électrique pour délit d'opinion
 
Le Félin, 2003, 324 pages



Sur et de Caryl Chessman :

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Dominique LAPIERRE
Chessman m'a dit

Paris, Del Duca, 1960





Cellule 2455 - couloir de la mort.jpg

Caryl CHESSMAN
Cellule 2455 couloir de la mort

Paris, Presses de la Cité, 1960, 316 pages
Paris, Presses Pocket, 1962, 375 pages





À travers les barreaux.jpg

Caryl CHESSMAN
À travers les barreaux

Paris, Presses de la Cité, 1960, 314 pages
Paris, Presses Pocket, 1974.




Chessman face à la justice.jpg

Caryl CHESSMAN
Face à la justice (The face of Justice)

Paris, Presses de la Cité, 1962, 311 pages
Paris, Presses Pocket, 1964.




Fils de la haine.jpg

Caryl CHESSMAN
Fils de la haine

traduction Louis Chantemele

Paris, Presses de la Cité, 1959, 298 pages
Paris, Presses Pocket, 1963, 250 pages





***

 

 

AUJOURD'HUI...

 

Si les deux Italo-américains ont été condamnés sans preuves et si leur condamnation a été maintenue et finalement exécutée en dépit de la très forte mobilisation internationale en leur faveur, c’est qu’ils faisaient peur. Les pauvres – surtout ceux qui ne courbent pas docilement la tête – font toujours peur à ceux qui les oppriment. Quand on a peur, d’un homme ou d’un insecte, on l’écrase. C’est un réflexe qui n’a pas fini d'exposer la mauvaise conscience du monde.

L’Amérique du Nord, à l’issue de la Première Guerre Mondiale, était un chaudron de sorcières d’iniquités, d’injustices et de sauvagerie répressive. Si tant est qu’elle ait jamais été autre chose, elle l’était plus encore que d’habitude, du fait de certaines circonstances économico-historiques.

C’est peu dire que l’histoire se répète...

Un slogan qu’on vit beaucoup sur les murs de Paris en mai-juin 1968, oeuvre du Collectif des Beaux-Arts, disait :

 

Peur du rouge.jpg

 

Or, ce qui n’a pas changé, depuis Sacco et Vanzetti, c’est la peur que font toujours aux bêtes à cornes de la variété humaine, le rouge et le noir. Surtout lorsque ces deux couleurs subversives ont appris à communiquer avec efficacité.

C’est ainsi que Mumia Abu Jamal attend lui aussi son exécution dans le couloir de la mort, pour des faits qu’il n’a peut-être pas commis, mais surtout pour des raisons presque toutes inavouables. Et il l’y attend depuis 29 ans. Oui, vous avez bien  lu : vingt-neuf ans ; 10.585 jours ; 254.040 heures ; 15.242.400 minutes dans la salle d’attente de la chaise électrique, à deux pas de l’instrument de torture qui peut, d’un instant à l’autre, lui ôter la vie. Comment nos maîtres d’école ont-ils pu nous impressionner avec les onze ans dans sa cage suspendue du cardinal de La Balue ? ! Le progrès a fait tellement mieux depuis.



«Imaginez... Imaginez une pièce de la taille de votre salle de bains et imaginez que vous êtes condamné à y vivre, à y manger, à y dormir, à y soulager vos besoins naturels, à y rêvasser, à y pleurer et surtout, surtout, à y attendre. Imaginez que c'est pour tout le reste de votre existence que vous êtes condamné à l'attente. Imaginez ce que c'est qu'attendre, attendre et attendre ; attendre la mort. Moi, je n'ai pas besoin d'imaginer. Je "vis" dans cette pièce, tout comme trois mille hommes et femmes dans trente-huit États des États-Unis. Ça s'appelle le "couloir de la mort". Moi, j'appelle ça l'enfer. »


Mumia ABU-JAMAL.



Or, la Cour d’Appel fédérale, qui devait se prononcer ce mois-ci sur la confirmation de la peine de mort ou son remplacement par la réclusion à perpétuité – alors que le condamné demande depuis près de trois décennies la tenue d’un « vrai » procès -  vient de statuer que la condamnation de Mumia était anti-constitutionnelle. Ce qui ne le déclare pas du tout non coupable mais implique seulement que la peine prononcée est caduque pour vice de forme. Et c’est reparti pour quelques années dans le Death Row.

Quand donc apprendrons-nous ?  s’écrie Amy Goodman.



Qui est Mumia Abu Jamal ?

 

mumia abu jamal.jpg

Un journaliste Afro-Américain du nom de Wesley Cook, né à Philadelphie en 1954, dont la vocation d’activiste lui est venue à même pas 14 ans, après qu'il se fût fait arrêter et rouer de coups pour avoir manifesté pacifiquement contre la candidature à la présidence des États-Unis du pro-ségrégationniste George Wallace. Alors qu'il était encore au lycée, il choisit de s’appeler Mumia, prénom swahili, auquel il ajouta Abu Jamal (« père de Jamal ») en arabe, à la naissance de son premier fils. Il rejoignit alors – c’était leur grande époque – les Black Panthers, dont il devint le chargé de l’information pour la section de Philadelphie. Il officiait à cette époque sur les ondes de la station de radio WHYY.

 

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Bien vite, il se fit connaître « pour sa capacité à créer des atmosphères dans ses billets, qui mélangeaient le journalisme traditionnel et les préoccupations sociales » (Wikipedia). Mais, comme on l’a vu récemment en France avec Didier Porte et Stéphane Guillon, plus il se radicalisait, plus il attirait sur lui l’attention des « autorités ». Celles, justement, qui ont peur du rouge. Et du noir.

En 1980, neuf membres d’un groupe radical appelé MOVE furent lourdement condamnés suite à la mort d‘un officier de police lors d’une descente musclée à leur siège (1). Les billets d’Abu Jamal durcirent le ton et l’inévitable se produisit : WHYY le licencia. Chômeur et tricard dans sa profession, il se fit chauffeur de taxi pour survivre. Et lorsque, en janvier 1981, un magazine de Philadelphie le cita au nombre des « personnalités  à suivre », il y avait déjà des mois qu’il n'appartenait plus à ce monde.

Les faits :

C’est tôt le matin du 9 décembre 1981 que l’ex-brillant journaliste, au volant de son taxi, arrive à l’endroit où un officier de police du nom de Daniel Faulkner, vient de faire se ranger son frère, William Cook, sur le bord de la chaussée. Que se passe-t-il alors ? C’est ce qui, au terme d’un procès plus que douteux, est devenu impossible à démêler. Des coups de feu sont tirés et quand d’autres policiers arrivent, ils découvrent leur collègue mort de deux balles : une qui lui a été tirée dans le dos et l’autre à bout portant en plein visage. Abu Jamal, une balle dans la poitrine, est assis sur le trottoir, à côté d’un pistolet de calibre 38 qui lui appartient.

Il est arrêté, accusé du meurtre du policier et rondement condamné à mort en juillet 1982. Par un juge nommé Sabo, dont le racisme agressif est légendaire et qu’on a entendu dire : «Je m’en vais les aider à faire griller ce nègre !» (témoignage d’une greffière du Palais). «Les» ? Les jurés, bien sûr.

Le procès accumule trop d’irrégularités criantes pour que la condamnation ne soit pas très rapidement contestée, d’autant qu’au cours d’une audience d’appel, un témoin affirme avoir été présent sur les lieux du drame et avoir été dissuadé de témoigner au procès de 1982 par des pressions policières.  Selon lui, ce n’est pas Mumia qui a tiré sur le policier mais quelqu’un d’autre, qu’il a vu s’enfuir en courant.

En juin 1999, un ancien tueur à gages du nom d’Arnold Beverly, affirme avoir tué Faulkner dans le cadre d’un contrat mêlant police et mafia. Et il est vrai que la balle dans le dos et le coup de grâce à bout portant dans la tête ressemblent à une exécution mafieuse.

En dépit de quoi la condamnation d’Abu Jamal est confirmée.

En décembre 2001, un juge fédéral annule la condamnation  d'Abu Jamal pour vice de forme du procès, mais il confirme sa culpabilité dans le meurtre du policier.

Le 27 mars 2008, une cour d’appel fédérale annule derechef la condamnation à mort et reconfirme le verdict de culpabilité d’origine. Cela signifie que si l’accusation ne requiert pas dans les délais une nouvelle condamnation à mort devant un nouveau jury, celle-ci sera automatiquement commuée en condamnation à la réclusion perpétuelle.

À la suite de la décision de la Cour d’Appel qui vient de tomber, les avocats d’Abu Jamal ont fait savoir qu’ils allaient à nouveau faire appel pour tenter d’obtenir un nouveau procès – si possible équitable – basé sur des « faits nouveaux » : ceux qui n’ont jamais été pris en compte par le procès ayant abouti au verdict de culpabilité.

Mumia a-t-il blessé l’officier Faulkner ? C’est possible. Mortellement ? C’est possible aussi (bien qu’il ait déclaré n’avoir pas tiré sur lui). Mais il ne l’a certainement pas fait dans les conditions retenues par l’accusation. Un des détails que le procès a décidé d’ignorer : selon l’expert en balistique, la balle dans la tête de la victime était de calibre 44, alors que le pistolet que transportait Mumia – avec permis, comme presque tous les taxis de nuit – était de calibre 38. Et tout à l’avenant.

Comment de telles anomalies n’ont-elles été prises en compte ni par les enquêteurs, ni par les juges chargés d’instruire le jury ? C’est ce qui a mobilisé si tôt, si fort et si longtemps les adversaires de la peine de mort et les partisans d’une justice moins  caricaturale. Car l’état de Pensylvanie jouit à cet égard d’une réputation détestable. Le maire de Philadelphie, Frank Rizzo, ancien commissaire de police de la ville, n’a jamais hésité, par exemple, à utiliser des arguments racistes dans ses campagnes électorales. Il a aussi été inculpé par le Département de la Justice US « pour approbation d’abus policiers ». Plusieurs membres de la police de Philadelphie ont été jugés et condamnés pour fabrication de fausses preuves et détournement de fonds. Il faut ajouter à cela que (ce sont ses défenseurs qui l’affirment) Abu Jamal était étroitement surveillé par le FBI en raison de ses reportages socialement critiques, de son appartenance aux Black Panthers et de sa sympathie affichée pour l’organisation MOVE en conflit avec les institutions déjà si chères au juge Thayer. Voilà bien des choses qui ont sans aucun  doute pesé dans son procès. À quoi s’ajoute une évidente manipulation du jury.

On en est là.

Michael Moore (qui ne croit pas à la totale innocence d’Abu Jamal) milite activement pour qu’il ait enfin droit à un procès équitable et récuse en tout état de cause la peine de mort par principe.

Des centaines d’organisations politiques et d’associations telles qu’Amnesty International se sont mobilisées en défense de Mumia Abu Jamal, et cela, non seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde.

C’est en France peut-être qu’en dehors des États-Unis le cas de Mumia Abu Jamal a trouvé le plus de soutien. Une association spécifique s’y est créée, le Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu Jamal, qui a son siège au Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.

En 1999, Mumia Abu Jamal a été fait citoyen d’honneur de Bobigny, et son maire, Bernard Birsinger, lui a rendu visite dans le couloir de la mort. D’autres villes ont fait de même, notamment Malakoff, Villejuif et plusieurs dizaines d’autres villes françaises ou étrangères, telles que San Francisco, Palerme et Venise.

En 2001, il a été fait citoyen d’honneur de Paris, et la ville de Saint-Denis a donné son nom à une rue, ce qui a provoqué un dépôt de plainte par la ville de Philadelphie « pour apologie du crime ». Enfin, le Mouvement des jeunes communistes de France a fait campagne pendant deux ans à travers tout le pays pour demander la relaxe de Mumia Abu Jamal, exemple parfait, à leurs yeux, des dérives autoritaires et sécuritaires (disons racistes anti-noirs et anti-pauvres) du gouvernement U.S. Comme au temps de Nicola et de Bartolomeo.

Dave Lindorff, animateur du site d’information alternative This can’t be happening, que nous avons cité à propos de l’affaire Raymond Davis, a consacré un livre à Mumia Abu Jamal, Killing time, publié chez Common Courage Press en 2003, à ma connaissance toujours inédit en français.

Mais, de l'autre côté des convictions, on trouve aussi un Ordre Fraternel de la Police, qui appelle sans relâche à l'exécution du condamné et au boycott des personnalités coupables d'avoir pris fait et cause pour Mumia et coupables de réclamer, sans relâche elles aussi, un vrai procès, au nombre desquelles feu Paul Newman, Suzan Sarandon, Joyce Carol Oates, Spike Lee, Oliver Stone, John Landis, Gore Vidal, Norman Mailer, Noam Chomsky, Günter Grass, Naomi Campbell, Sting, Rage Against the Machine et une vingtaine de groupes musicaux, sans oublier les fabricants de crème glacée Ben & Jerry, qui sont donateurs au fond de défense.



_______________________   

 (1) MOVE est un mouvement de libération afro-américain de Philadelphie fondé en 1972, sous le titre « Mouvement Chrétien pour la Vie », par John Africa. Après lui, tous les membres du groupe ont adopté Africa pour nom de famille, en souvenir de leur continent-mère. Ils prônaient le retour à la nature, la désobéissance civile, refusaient la science, la médecine et la technologie, militaient pour la libération des animaux et vivaient en communauté dans une maison du village de Powelton (Philadelphie-Ouest).

Leur mode de vie ne rencontrait pas que de l’approbation dans leur voisinage, où on se plaignait notamment de leurs tas de compost réputés attirer les rats, et de leurs proclamations politiques par mégaphone à toute heure du jour ou de la nuit.

En 1978, suite à un arrêté d’expulsion et à un an de mise en demeure sans résultat, la police de Philadelphie leur a donné l’assaut. Des coups de feu ont été échangés. Il y a eu des blessés de part et d’autre et même parmi la foule des badauds. Un officier de police, James J. Ramp, a été tué... d’une balle à l’arrière du crâne, alors qu’il faisait face aux assiégés. Balle perdue d’un de ses collègues vraisemblablement. Neuf membres de MOVE ont été collectivement accusés du meurtre et condamnés à de lourdes peines.

C’est cet incident et ses suites qui ont provoqué les prises de position virulentes de Mumia Abu Jamal.

En 1981, MOVE s’est installé dans un autre immeuble, toujours à l’Ouest de Philadelphie.

En 1985 – Abu Jamal étant déjà dans le couloir de la mort – la même police, invoquant de nouvelles plaintes de voisinage, est revenue assiéger le nouveau logis des rebelles, qu’elle a bombardé de gaz lacrymogènes (10.000 tirs quand même en deux heures), tandis que les pompiers détruisaient de l’immeuble tout ce qui pouvait l’être par deux canons à eau de forte puissance, et que la police, d’un hélicoptère, larguait sans avertissement sur ce qui restait de la maison une bombe de 4 livres (plastic C4 + Tovex, c. à d. dynamite). Onze personnes ont péri dans l’incendie provoqué par l’explosion : John Africa et dix autres, dont cinq enfants. Une seule survivante adulte, Ramona Africa, et une petite fille, Birdie Africa. Dommages collatéraux : l’incendie s’est propagé aux 65 maisons les plus proches, qui ont entièrement brûlé, du fait que les pompiers avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir « de peur qu’ils se fassent tirer dessus ». C’est à ce jour et à ce haut-fait que Philadelphie doit son surnom : «La ville qui se bombarde elle-même».

Suite au tollé général, le maire a nommé une commission d’enquête, qui a conclu que jeter une bombe sur une maison occupée était unconscionable (exagéré, excessif). Personne, cependant, n’a été inquiété pour l’avoir fait.

Onze ans plus tard, la Cour Fédérale a condamné la ville de Philadelphie à payer 1.500.000 $ à une survivante et aux parents de deux des personnes tuées.

Aujourd’hui, MOVE existe apparemment toujours et milite pour la relaxe de Mumia Abu Jamal et pour la libération des 9 de 1978, qui ont fini de purger leurs peines mais restent en prison. Il serait difficile de ne pas les considérer comme des prisonniers politiques. Ramona Africa donne des conférences aux États Unis et ailleurs. Elle est le co-auteur d’un livre : This Country Must Change. Essays on the Necessity of Revolution in the USA (« Ce pays doit changer. Essais sur la nécessité d’une révolution aux États-Unis »), publié par Arissa Media Group en 2009.

LIENS

http://mumiabujamal.com/site/index.php

http://www.hors-ecran.com/IPMWL/

http://www.oocities.org/zapatistablock/mumia.htm

http://mumialibre.over-blog.com/

http://www.mleray.info/article-mumia-abu-jamal-une-vie-un...

http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Mumia_Abu-Jam...

http://www.archive.org/details/ProgressDrive_un-itinerair...  (Film)

 

 DOCUMENT

VERBATIM DE LA VISITE DE RAYMOND FORNI, PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE FRANÇAISE, À MUMIA ABU JAMAL DANS LE COULOIR DE LA MORT DE LA PRISON DE S.C.I GREENE EN PENNSYLVANIE LE 28 AOÛT 2000

Raymond Forni  -  Je me présente. Je suis le président de l'Assemblée nationale en France. En 1981, en tant que président de la commission des lois, je fus le rapporteur du projet de loi portant sur l'abolition en France de la peine de mort dans le gouvernement où Robert Badinter, abolitionniste convaincu comme moi-même, était ministre de la justice. Je m'oppose non seulement à la peine de mort partout ou elle se pratique, mais j'observe qu'aux États-Unis, il y a une inquiétante différence quant à sa légalité et son application d'un État à l'autre.

Alors qu'approche l'époque de l'élection présidentielle aux États-Unis, nous partageons l'inquiétude des abolitionnistes américains devant lapossibilité de l'élection du gouverneur George W. Bush. Nous saluons en vous, Mumia Abu-Jamal, votre combat contre la peine de mort. J'ai moi-même eu à m'occuper, il y a un certain nombre d'années, du cas des quatre Panthères Noires qui avaient détourné un avion de Detroit à Alger et qui furent jugés et acquittés en france.

Mumia Abu-Jamal - Je vous félicite, Monsieur le président, pour le combat de longue haleine que vous menez - comme je félicite le gouvernement de feu François Mitterrand d'avoir mené à bien l'abolition de la peine de mort en France. Nous sommes ici dans un pays bien différent. Chaque État dispose d'un tel pouvoir, d'une telle autonomie ... C'est comme s'il s'agissait de 38 pays différents ! Chacun de ces États dispose du droit de faire à sa guise. Si vous éprouvez de l'inquiétude devant la possibilité de l'élection du gouverneur Bush à la Maison Blanche, vous pouvez imaginer la nôtre. Nous devons mener côte à côte un combat  qui n'est pas seulement contre la mort mais pour la liberté. C'est pourquoi je vous remercie d'avoir voyagé de si loin pour visiter ce comté de Greene. Je sais que vous venez d'avoir une visite guidée de la prison. Vous avez donc vu l'enfer de néon et de surfaces polies où nous vivons. Mais les parties de la prison qu'on vous a fait visiter ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Je sais qu'on ne vous a pas fait visiter les "Unités de gestion spéciale" (Special Management Units) où, sous prétexte de discipline ou de "mitard", nous pouvons passer, nous qui sommes condamnés à mort, des mois, même des années, sans aucun contact humain. Je puis en témoigner pour avoir été dans le couloir de la mort depuis dix-huit ans.

R.F. -  Depuis quelle année ?

M.A.J. - Depuis l'été de 1983, d'abord dans la prison de S.C.I. Huntingdon. Puis j'ai été transféré ici en Janvier 1995. Ici c'est plus propre qu'à Huntingdon, mais les pressions psychologiques y sont redoutables. L'objectif est, par exemple, de nous bannir loin de nos familles (sept heures de route depuis Philadelphie) afin que les visites coûtent aussi cher que possible à ceux que nous aimons et qui sont pauvres. Huntingdon était vieux et sale, mais ici c'est pire, c'est inhumain. Si on vous avait permis de poursuivre votre tournée, vous auriez vu les cages ou nous prenons une heure d'exercice quotidien. Ce sont littéralement des cages à chien. C'est une métaphore pour la vie de chien que nous impose le système américain.

R.F. : Oui, je suis conscient qu'on ne nous a montré que les aspects présentables. Mais nous sommes capables de voir au-delà. Nous avons pu tirer une idée de cette réalité que vous vivez : plus c'est propre et dépoussiéré, plus les pressions sont invisibles et psychologiques. Nous avons visité le bloc "L", celui où les condamnés à mort sont transférés et déplacés et subissent des pressions insupportables des années durant. C'est pourquoi le combat que vous menez ici de l'intérieur et aussi - par les relais qui sont les vôtres - à l'extérieur, ce combat est indispensable. Car il n'y a rien de pire que le silence et votre lutte le brise. Ce dont souffre l'Amérique, c'est d'un manque d'Histoire. Les traditions américaines relèvent encore de la loi du plus fort. C'est dire la chance qu'est la mienne d'être en France, le pays des droits de l'homme où, en tant que quatrième personnage de l'État, je peux faire avancer notre commun combat. Ma visite ici aujourd'hui a donc une grande signification. J'ai entendu dire de vous que vous transmettez votre énergie à ceux qui vous rendent visite. Allez-y, je vous écoute.

M.A.J. : Ici c'est un lieu de rencontre bien étrange. Mais le hasard a voulu que le travail et l'amour de ma famille et de mes amis ont transformé cet endroit en un lieu ou des personnes du monde entier se croisent.
Étrange carrefour qui fait partie de notre histoire et exauce mes rêves, puisque c'est ici que j'ai rencontré mes héros et héroïnes de toujours : Angela Davis, Alice Walker, la romancière, et Wole Soyinka, le prix Nobel, Danièle Mitterrand, de la fondation France-libertés, et bien d'autres ...
Un enfer ne doit pas forcément demeurer un enfer. Une cellule peut être un lieu de répression mais aussi un lieu d'enrichissement de l'esprit. C'est ce dernier que j'ai choisi. Voilà comment je résiste car le suicide psychologique nous guette tous ici : c'est le plus grand danger (Mumia désigne de ses mains menottées la paroi pare-balles en Plexiglas qui le sépare de son visiteur). Cette paroi est là pour vous qui nous rendez visite, pour fomenter la peur, pour vous isoler de ceux avec lesquels vous tentez de communiquer. Alors il me faut arriver à toucher les gens, à prendre contact avec eux, sans pouvoir les toucher physiquement – sinon l'État aura gagné.

R.F. : Je vous remercie pour la superbe leçon de courage et de persévérance que vous donnez. Une petite voix s'ajoutant à une autre petite voix et à une autre, ainsi de suite, cela aboutit à un grand cri. Ne me méprenez pas : j'aime l'Amérique pour sa diversité et bien d'autres qualités, mais ce qu'elle fait en condamnant à mort vos compagnons et vous même n'est pas digne d'elle. J'ai honte pour elle.

M.A.J. : Je ne puis que faire écho à vos sentiments pour mon pays. C'est le pays ou je suis né. C'est le pays ou sont nés mon père, le père de mon père. Malgré la répression politique, j'aime mon pays parce que ceux que j'aime y vivent. Il y a toute une génération de jeunes - celle qu'on appelle la génération "rap" - qui se font appeler "Africains-américains" alors qu'ils n'ont jamais mis les pieds en Afrique. Ils ne connaissent pas la terre d'Afrique, mais le sang africain coule dans leurs veines. Ce sang nous donne l'énergie pour résister contre la répression à laquelle se livre cette nation. Oui, une petite voix, puis deux, puis dix, puis vingt aboutissent à un choeur et puis à un chant. Ma voix rejoint la vôtre. Comme le disait un grand Africain-américain, Frederick Douglass : "Sans lutte il n'y a pas de progrès". Celui auprès duquel j'ai tant appris, feu John Africa a dit : "Si vous faites ce qui est juste, le pouvoir de la justice ne vous trahira pas". Cela n'est pas chose facile. Mais quand on mène un combat juste, le temps ne compte pas. C'est quand on commet une faute que le temps peut paraître une éternité. Ici, pour moi, le temps est suspendu ...
Je tiens à exprimer à la République française et à vous-même l'expression de ma profonde camaraderie et de ma solidarité fraternelle. Un grand merci.

(Propos recueillis et traduits par Julia Wright)



NOTE : Le règlement du couloir de la mort de S.C.I. Greene étant draconien en ce qui concerne l'utilisation de magnétophones, l'entretien entre Raymond FORNI et Mumia ABU-JAMAL est reconstitué à partir de notes prises par l'interprète afin de faciliter une traduction aussi fidèle que possible, Raymond FORNI s'exprimant en Français, Mumia ABU-JAMAL en Anglais. Le texte des propos recueillis reproduit donc, dans la mesure du possible, le verbatim d'une conversation de part et d'autre de la cloison pare-balles en Plexiglas (N.D.T.)

 

*

Cette démarche – et d’autres – prouve, s’il en était besoin, que ni l’épouse  d’un président, fût-il de la République Française, ni le quatrième personnage d’un état, quel qu’il soit, ne peuvent rien pour changer ni même alléger le sort de prisonniers politiques faussement accusés de meurtre et condamnés au mépris de toutes les lois de la jurisprudence et de la morale, dans ce qui se prétend être la première démocratie du monde et qui n’en est que le cancer en phase ultime.

Bien sûr, M. Forni ne pouvait pas parler, à son interlocuteur enchaîné, des mitards français ni de l’état des prisons de l’Hexagone en général (ne disons rien de celles de Belgique délocalisées en Hollande (1) ni de celles des autres pays d’Europe, cela nous entraînerait trop loin). Il ne pouvait pas non plus parler de Georges Ibrahim Abdallah (2)... il ne pouvait rien dire de Joëlle Aubron (3), de Regis Schleicher (4), de Georges Cipriani (5), de Nathalie Menigon (6) ou de Jean-Marc Rouillan (7) arrêtés en 1987 – Schleicher en 1984 – et tous condamnés à la réclusion perpétuelle. Il a certainement fait ce qu’il a pu cet homme. Aussi bien, n’est-ce pas à lui à empêcher une injuste justice de pratiquer une répression «de classe», indulgente aux riches et aux puissants autant qu’impitoyable aux autres, mais aux 65 millions de citoyens vaccinés et responsables, qu’il est chargé de servir, non d’asservir. À eux de s’en faire obéir. Ceci valant pour les 310 millions de citoyens U.S. Et pour les autres.

___________   

(1) Solution moins coûteuse paraît-il. À quand un retour aux pélerinages judiciaires, cette guillotine sèche de notre très chrétien Moyen-Âge, bien moins coûteuse encore que les prisons, qu’il faut construire, que les prisonniers, qu’il faut nourrir, et que le bourreau, qu’il faut payer.

(2) Résistant libanais,  membre du FPLP, condamné à la détention perpétuelle en 1987 pour complicité d’assassinat, suite à la découverte dans une de ses planques d’une arme ayant servi à abattre Charles Ray, attaché militaire américain à Paris et Yacov Barsimentov, responsable du Mossad à Paris, mais précédemment bourreau et meurtrier en masse dans son pays, le Liban. La liberté conditionnelle lui a été accordée en novembre 2003 par la juridiction de Pau et révoquée deux mois plus tard par une autre, suite à l’intervention de Dominique Perben, alors ministre de la justice. Toujours incarcéré à ce jour, à la prison de Lannemezan.

(3) Peine suspendue en 2004 pour raison de santé (cancer du poumon). Morte en 2006.

(4) En semi-liberté depuis juillet 2009. En semi-liberté, le prisonnier sort pour travailler dans la journée et rentre à la prison le soir.

(5) En liberté conditionnelle depuis 2010.

(6) En semi-liberté depuis mai 2007. Liberté conditionnelle accordée en août 2008, le parquet ayant fait appel en vain.

(7) Semi-liberté accordée en décembre 2007, révoquée en octobre 2008, « suite à des propos tenus ( ?) lors d’une interview accordée à L’Express ». Semi-liberté effective depuis avant-hier (19 mai 2011 –note ajoutée le 21 à notre post du 12). Au cours de sa détention, il a tenu une chronique sur l’univers carcéral dans le journal CQFD.


*  

Deux mots encore sur :



Léonard PELTIER l’Amérindien



peltier.jpg

 

Militant de la première heure de l’American Indian Movement, Léonard Peltier est condamné à deux fois la réclusion à perpétuité en 1975, pour le meurtre de deux agents du FBI trouvés morts dans la réserve sioux de Pine Ridge.
À son procès, le procureur a reconnu que nul ne savait qui avait tué les deux agents fédéraux.
Mais un mandat d’arrêt était lancé contre Léonard Peltier depuis le début des années 70. Pour activisme. Le coupable, c’était donc lui. Il continue à nier ces meurtres.
Comme  Mumia Abu Jamal chez les Noirs et comme, aujourd’hui, Bradley Manning chez les Blancs, Léonard Peltier lutte contre les conditions inhumaines et inhumainement humiliantes de son injuste incarcération. Il «tient» depuis 36 ans.peltier2.jpg

 

 

 

 


 

 

 

LIENS

(à lire !)

http://algoma.over-blog.com/pages/LAffaire_Leonard_Peltier-532666.html

http://itancansioux.wordpress.com/2010/11/19/leonard-peltier-devant-un-enieme-refus-de-soin/




 

LIVRES



L'échappée - Panthères Noires.jpg

 

Tom VAN EERSEL
Panthères noires
Histoire du Black Panthers Party

Paris, L’Échappée, 2003
Collection «Dans le feu de l’action».

 

 

Voir les autres publications de cet éditeur :
LogoEchappee-2.jpg

130 rue Saint Maur 75011 Paris
http://lechappee.org
lechappee@no-log.org


MUMIA MORT EN FLEURS.jpgMumia ABU JAMAL
La mort en fleurs

Préface de Julia Wright
Postface de Leonard Weinglass

Paris, Le temps des cerises, 1998





MUMIA DIRECT DERRIDA.jpg

Mumia Abu JAMAL
En direct du couloir de la mort

traduction Jim Cohen
préface de Jacques Derrida
postface de Leonard Weinglass

Paris, La Découverte, 199



MUMIA SILEN CE.gif

Mumia ABU JAMAL
Condamné au silence

préface de Danielle Mitterrand

Paris, La Découverte, 2001.


 


MUMIA Une vie.jpg

 

Mumia ABU JAMAL
Une vie dans le parti des Black Panthers
(We Want Freedom)

préface de Julia Wright

Paris, Le temps des cerises, 2011

 
peltier écrits de prison.jpg
Léonard PELTIER
Écrits de prison - Le combat d’un Indien

préface de Danielle Mitterrand

Paris, Albin Michel, 2000
Collection « Terre indienne »

Danielle Mitterrand a rendu visite à Léonard Peltier dans sa prison, et les éditions Albin Michel ont décidé de reverser l'intégralité des bénéfices réalisés par la vente du livre au Comité de défense de Leonard Peltier (LPDC), raison péremptoire s’il en fallait une d’acheter ce livre.

FANON FRANTZ PEAU NOIRE.jpg

Frantz FANON
Peau noire, masques blancs

Paris, Seuil, 1971
Collection Points essais

Mort il y a tout juste cinquante ans, psychiatre et essayiste martiniquais, militant anti-colonialiste engagé dans la guerre d’indépendance de l’Algérie, Frantz Fanon, outre un grand penseur politique, est un considérable écrivain  français. 



FANON DAMNES DE LA TERRE.jpeg

 

 

Frantz FANON
Les damnés de la terre

Paris, La Découverte, 2002 – 311 pages.




Ces deux ouvrages n’épuisent pas, et de loin, les oeuvres de Fanon.
Voir l’hommage qui lui est rendu sur le site COMAGUER pour le cinquantième anniversaire de sa mort.

FRANTZ FANON, Film.jpg

 

Frantz FANON
Peau noire, masques blancs

Film documentaire d'Isaac JULIEN (U.K.) 1996.
Acteur : Colin SALMON
Durée 1h10’
Ce film n’est pas projeté en salles.
Un DVD – au format PAL – est sorti en avril 2011.


Clairvaux instants damnés.jpg

 

Régis SCHLEICHER
Clairvaux, instants damnés

Paris, L’Éditeur, 2010 – 304 pages

Sur ce livre, voir :  Les gens de Régis Schleicher




ROUILLAN - INFINITIF.jpg



Jean-Marc ROUILLAN
Infinitif  présent

Paris, La Différence, 2010 – 311 pages.

L’oeuvre de Rouillan, outre ses contributions à CQFD, est abondante (pas moins de 11 titres sur Wikipédia). Celui-ci est le dernier paru.



Affiche ni vieux ni traitres.jpg
Ni vieux ni traîtres
Film de Pierre CARLES et Georges MINANGOY

Durée : 1h40’
Avec (entre autres) : Joëlle Aubron et Jean-Marc Rouillan.

Un  DVD, sorti en 2006, est en vente chez Pages et Images, prix : 27 €, dont 5 € sont réservés aux prisonniers politiques d’A.D. encore incarcérés.

La dernière version : Ni vieux, ni traîtres (suite et fin),
en montage, devrait sortir au 2e semestre de 2011.


Site officieux de Pierre Carles : http://www.homme-moderne.org/images/films/pcarles/

 

Catherine L.




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22:36 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/05/2011

Ciel, Oussama ben Laden est (re) mort !

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Ciel, Oussama Ben Laden est (re) mort !



Il y en a des qui meurent et qui ressuscitent au bout de trois jours.
Il y en a des qui préfèrent mourir trois fois. Chacun son truc.

Il fallait bien au moins cela sans doute pour distraire le bon peuple du massacre des petits-enfants Kadhafi.
Quoique...
À voir la hurlante indifférence qui a salué naguère le cramage à vif de quatre cents petits Palestiniens, on imagine difficilement que trois de plus ou de moins réussissent à compromettre la digestion des foules.
Mais-z-alors, à quoi d’autre l’héroïque flingage du barbu est-il supposé faire diversion, vont se demander les irréductibles disciples de saint Thomas ? Car il y en a, vous allez voir, qui ne vont pas y croire et vont encore se faire traiter de complotistes par les mouches du coche de la presse-kapo.

Alors que les choses pourraient être si simples.

Pour s’assurer qu’il y a bien un mort et que ce mort est bien Ben Laden, il n’y a qu’à faire comme à Knokke-Heist !

Knokke-Heist est une coquette (quand il fait beau) station du littoral belge. Dont le bourgmestre, baron Léopold Lippens (oui, frère de l’autre), excédé de voir des chiens souiller de crottes le territoire de sa commune, a décrété que tout propriétaire d’un canin de compagnie serait tenu, désormais, de faire faire un prélèvement d’ADN à son animal (coût : 100 €). Ainsi, à chaque fois que Médor aurait l’outrecuidance de se vider sur la voie publique, il suffirait à la force du même nom de ramasser l’objet du délit et de l’envoyer à un laboratoire d’analyses (100 €) pour retrouver ipso facto le coupable et frapper son maître d’une amende salée qu’on ne vous dit pas.

Évidemment, comme l’a fait remarquer très judicieusement l’humoriste Bert Kruismans, que fait-on des chiens errants et des chiens de touristes ? Encore une fois deux poids plusieurs mesures, comme avec les petits porteurs de chez Fortis, alors...  Mais ce qui est sûr, c’est que pour identifier quelqu’un, humain ou canin, coupable ou non de quelque chose, rien ne vaut l’ADN.

Il suffira donc que les autorités US désireuses, et comme on les comprend, de clore le bec aux sceptiques, déboursent une paire de centaines d’euros et tout sera dit.

Ah, c’est trop tard, il est au fond de la mer ? Dommage.

On imagine sans peine les supputations des jamais contents du genre « 9/11 was an in side job » et tout ce qu’ils vont encore inventer comme motivations tordues, et que le cadavre n’est pas celui de Ben Laden, dont tout le monde sait qu’il est mort depuis des années et que, d’ailleurs, des cadavres, ce n’est pas ce qui leur pose problème, avec tous ceux qu’ils  sèment partout, etc. etc. Que voulez-vous, on ne saurait penser à tout. Si vous croyez que c’est facile d’être président des États-Unis.

Pour apporter notre contribution à l'agitation de la bouteille à l’encre, nous nous contenterons de rappeler ici, brièvement, deux des morts les plus connues de Ben Laden.

Selon nos sources, Oussama aurait commencé à souffrir d’insuffisance rénale grave alors qu’il travaillait pour la CIA lors de la première guerre d’Afghanistan (celle contre les Soviétiques). Les autorités US l’auraient alors fait transporter et soigner dans un hôpital de Dubai.

Cela, c’était avant qu’il reprenne du service en important des moudjahidines d’Afghanistan en Yougoslavie, où le président William Clinton violait allègrement l’embargo sur les armes décrété par l’ONU, et, bon, bref, si on y faisait entrer des armes, il fallait bien aussi y faire entrer des gens pour s’en servir sinon à quoi bon ?

Sa première mort, que les mieux informés prennent pour la vraie, aurait eu lieu le 13 décembre 2001, dans son lit, des suites inéluctables de sa maladie, après qu’il eût passé la plus grande partie de cette année dans des hôpitaux américains. La nouvelle a été alors annoncée partout au Moyen-Orient. Comme, par exemple, ici, dans le journal égyptien Al -Wafd :

 

al-wafd02.jpg

 

article nécro Ben Laden - journal égyptien.jpg

 


ou encore comme ici, dans l’Observer pakistanais, le 26 décembre 2001 :

« Islamabad

Un éminent fonctionnaire du mouvement Taliban Afghan a annoncé hier la mort d'Oussama Ben Laden, le chef de l'organisation Al Qa'da, déclarant qu'il avait souffert de graves complications pulmonaires et est décédé tranquillement de mort naturelle. Le fonctionnaire, qui a demandé à garder l'anonymat, a déclaré à L'Observer du Pakistan qu'il avait lui-même assisté aux funérailles de Ben Laden et avait vu son visage avant l'inhumation à Tora Bora il y a 10 jours. Il a mentionné que 30 combattants d'Al Qa'da ont assisté à l'enterrement, ainsi que des membres de sa famille et certains amis Talibans. Dans la cérémonie d'adieu pour son dernier repos, des décharges de fusils furent tirées en l'air. Le fonctionnaire a déclaré qu'il est difficile de repérer l'emplacement de la sépulture de Ben Laden, car selon la tradition wahhabite aucune marque n'est laissée sur la tombe. Il a souligné qu'il est peu probable que les forces US aient jamais découvert la trace de Ben Laden. »

On (les têtes pensantes du Pentagone) fit passer la date de sa mort pour celle de son entrée en clandestinité « dans la zone tribale du Pakistan ».



*



La deuxième mort de Ben Laden fut annoncée, qui ne s’en souvient, le 2 novembre 2007, quelques jours avant sa propre élimination, par Benazir Bhutto, au cours d’une interview accordée à David Frost, journaliste vedette d’Al Jazeera.

Elle y attribuait l’ « assassinat » d’Oussama Ben Laden à un agent de l’ISI pakistanaise du nom d’Omar Sheikh, affirmation qui suscita, alors déjà, pas mal d’incrédulité.


http://www.reopen911.info/11-septembre/declaration-de-ben...



*



Quant à l’opinion des non-conspirationnistes, un dénommé Édouard Labrute l’a récemment résumée :  « pour le 9/11, c’est simple, l’autodestruction de la WTC 7 fut un suicide,  cette tour n’ayant pas supporté la disparition de ses soeurs jumelles... pour l’immersion de Ben Laden, c’est encore plus simple : il a demandé à être baptisé. »




*



M. Paul Craig Roberts , ancien secrétaire d’état au Trésor de Reagan, vient, quant à lui de livrer, sur I.C.H., quelques réflexions à chaud dont nous lui laissons la paternité :



La seconde mort de Ben Laden

Paul Craig Roberts
Information Clearing House

2 mai 2011

paul craig roberts 2.jpg

Si nous étions le 1er avril et non le 2 mai, nous pourrions prendre pour un poisson d’avril les gros titres de ce matin annonçant que Ben Laden a été tué dans une fusillade au Pakistan et rapidement immergé. En l’occurence, nous devons les considérer comme une preuve de plus que le gouvernement des États-Unis a une croyance illimitée en la jobardise des Américains.

Pensez-y. Quelles sont les chances pour qu’une personne réputée atteinte d’une grave insuffisance rénale requérant des dialyses, et souffrant par-dessus le marché de diabète et d’hypotension, puisse avoir survécu pendant dix ans dans un refuge de montagne ? Si Ben Laden avait été en mesure de se procurer tout un équipement de dialyse et les soins médicaux que son état exigeait, la simple expédition du matériel de dialyse n’aurait-il pas suffi à révéler l’endroit où il se cachait ? Comment se fait-il qu’il ait fallu dix ans pour le trouver ?

Considérez aussi les affirmations répétées des médias triomphalistes, prétendant que « Ben Laden s’est servi de ses millions pour financer des camps d’entraînement terroristes au Soudan, aux Philippines et en Afghanistan, envoyant des saints guerriers fomenter des révolutions et combattre avec les forces musulmanes intégristes en Afrique du Nord, en Tchétchénie, au Tadjikistan et en Bosnie ». Voilà bien des activités avec quelques malheureux millions (peut-être les États-Unis auraient-ils dû lui confier la direction du Pentagone), mais la question principale reste : comment Ben Laden s’est-il débrouillé pour les faire circuler, ses millions ? Le gouvernement US réussit à s’emparer des avoirs de gens et de pays entiers, la Libye n’étant que le plus récent. Pourquoi pas de ceux de Ben Laden ? Ou se promenait-il avec cent millions de dollars sur lui en pièces d’or et envoyait-il ses émissaires distribuer tous azimuts les fonds destinés à ses opérations de grande envergure ?

L’annonce de ce matin pue la mise en scène. La puanteur émane des éditoriaux triomphalistes bouffis d’exagération comme des célébrants agiteurs de drapeaux qui scandent « USA-USA ». Que pourrait-il bien être en train de se passer d’autre ?

Il ne fait aucun doute que le président Obama a désespérément besoin d’une victoire. Il a commis l’erreur imbécile de relancer la guerre d’Afghanistan, et maintenant, au bout d’une décennie de combats, les États-Unis sont dans une impasse, sinon en pleine défaite. Les guerres des régimes Bush/Obama ont conduit le pays à la banqueroute, laissant d’énormes déficits et un dollar en chute libre dans leur sillage. Et le temps de la ré-élection approche.

Les mensonges et tromperies divers et variés tels que les « armes de destruction massive » des dernières administrations ont eu des conséquences terribles pour les États-Unis et pour le monde. Mais toutes les tromperies ne sont pas les mêmes. Rappelez-vous : la seule et unique raison invoquée pour envahir l’Afghanistan fut d’y traquer Ben Laden. Maintenant que le président Obama a déclaré que Ben Laden venait d’être tué de plusieurs balles dans la tête par des forces spéciales US opérant dans un pays indépendant et jeté à la mer, il n’y a plus de raison de continuer la guerre.

Peut-être la chute à pic du dollar US dans les bourses étrangères rend-elle obligatoires de réelles réductions budgétaires, qui ne peuvent se faire qu’en mettant fin à des guerres interminables. Jusqu’à ce que le déclin du dollar atteigne son point de rupture, Oussama ben Laden, que beaucoup d’experts considèrent comme mort depuis des années, a été un épouvantail bien utile pour alimenter les caisses du complexe militaro-sécuritaire US.



Traduction C. L.
pour http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be


 

*



Tout cela est bien beau, mais j’espère que personne n’oublie le prochain mariage à la cour de Monaco.



Posté le 4 mai 2011 par Marie Mouillé




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LIVRES

Pour rester sérieux cinq minutes et rendre à Ben Laden son dû, un livre s’impose. Qui le lira ne perdra pas son temps.


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Comment le Djihad est arrivé en Europe
par Jürgen Elsässer,
Xenia, 2006,
collection Le chaînon manquant, 304 p.,
traduit de l’allemand par Fred Hissim




Voici un ouvrage d’investigation exemplaire. Prenant à contre-pied la clameur générale, Jürgen Elsässer a patiemment remonté la piste des kamikazes du 11 septembre. Ce qui l’a mené tout droit en Bosnie, véritable tête de pont de l’activisme islamiste en Europe et en Occident.

Avant de s’attaquer aux populations de l’Occident, les moudjahiddin ont été recrutés, formés, entraînés par les services secrets occidentaux. Sur cette collusion, la «guerre contre le terrorisme» proclamée à grand fracas par Washington au début des années 2000, a jeté un voile de ténèbres et de mutisme.

Passionnant comme un roman d’espionnage, ce livre éclaire les souterrains de la politique mondiale et fait parler le silence. De New York à Istanbul, de Berlin à Tora-Bora, il nous entraîne à la découverte du plus équivoque des réseaux. Composant, au fil de son récit, le tableau d’une guerre occulte où les distinctions communes — Occident/Islam, amis/ennemis, terrorisme/pacification — perdent leur sens. (4ème de couverture)



Préface de Jean-Pierre Chevènement :

La traduction française du livre de Jürgen Elsässer Comment le Djihad est arrivé en Europe constitue une mine de révélations pour quiconque cherche à comprendre les enjeux géostratégiques mondiaux.

Que les services spéciaux américains aient prêté la main subrepticement dès 1992 - en violation de l'embargo sur les armes -, puis officiellement à partir de 1994, à l'armement des milices islamistes de Bosnie est un fait bien connu. De même les liens tissés avec Oussama Ben Laden et son organisation en Afghanistan dès les années quatre-vingt mais maintenus longtemps après.

Ce que montre, en revanche, avec un grand luxe de détails Jürgen Elsässer, c'est le véritable chaudron du terrorisme islamiste qu'ont constitué les guerres yougoslaves tout au long des années quatre-vingt-dix. Les attentats du 11 septembre 2001 à New-York, de Madrid le 11 mars 2003, et du 7 juillet 2005 à Londres font tous émerger des personnages qui, à des titres divers, ont été des vétérans des guerres de Bosnie. Il semble qu'il s'agisse là de connexions si gênantes qu'il faille absolument les taire ou les dissimuler. Certes il faut éviter la vision "bosno-centrée" bien que quelques éclairages a posteriori sur la division SS Hanjar, les "exploits" des djihadistes et les fréquentations douteuses d'Izetbegovic mériteraient à coup sûr d'ébranler la bonne conscience de l'opinion occidentale, tellement manipulée par les Bernard Henri Lévy et consorts : c'est ainsi qu'on voit apparaître El Zawahiri, considéré comme l'actuel numéro deux d'Al Quaïda, dans l'approvisionnement en armes des milices islamistes bosniaques au milieu des années quatre-vingt-dix.

Pourquoi ce soutien apparemment aveugle de la politique américaine, à travers services spéciaux et entreprises mercenaires, à la création d'un Etat musulman au cœur de l'ancienne Yougoslavie ?

Les Etats-Unis étaient-ils poussés par le noble idéal de l'autodétermination des peuples ? Ou bien poursuivaient-ils un but plus obscur dont le monde musulman, en définitive, aurait été le jouet ? Car ce qui intéresse l'Administration américaine c'est quand même avant tout le contrôle des gisements de pétrole et des voies d'acheminement de celui-ci par la voie maritime ou par oléoducs (en Afghanistan et dans le Caucase notamment).

Zbignew Brezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter pour les affaires extérieures, a éclairé d'une lumière crue dans un maître livre paru en 1998, Le grand échiquier, les enjeux centraux de la diplomatie américaine : contrôler l'Eurasie et les régions pétrolifères du Golfe et de la Caspienne, réduire l'influence de la Russie et asseoir la domination des Etats-Unis sur le monde musulman. La mise en œuvre ultérieure de ce grand dessein par les néoconservateurs laisse sans doute quelque peu à désirer … La " grande guerre déclarée au terrorisme " rompt-elle vraiment avec la volonté d'instrumenter le monde musulman à travers le soutien des milices fondamentalistes en Afghanistan, dans l'ex-Yougoslavie, voire dans le Caucase ? Elle exacerbe les contradictions qui s'y manifestent et l'entraîne tout entier dans une régression sans précédent.

Le livre de Jürgen Elsässer est fort instructif sur le rôle des services spéciaux dans la manipulation des conflits (et des opinions publiques droguées aux idéologies identitaires). Il est vrai que les services se prennent souvent les pieds dans leurs propres intrigues. Dans la société hypermédiatique où nous vivons, leurs manigances finissent toujours par être éventées. C'est l'un des grands mérites du livre de Jürgen Elsässer de nous faire voir par leur petit côté (mais les trous de serrure ne font-ils pas découvrir bien des choses ?) les projets mégalomaniaques ourdis par les " maîtres de l'heure " (qui cesseront souvent de l'être dans l'heure qui suit).

Même si Jürgen Elsässer nous étourdit parfois sous la multiplicité de ses sources et l'abondance de ses références, rendons hommage à son érudition : son livre contribuera utilement à un sain pluralisme et à l'éclosion de vérités pas toujours bonnes à dire. Saluons son immense travail et la contribution salubre que son livre apporte à un débat démocratique débarrassé des a priori trompeurs qui obscurcissent la compréhension des enjeux et retardent l'heure d'une paix juste dans les Balkans et ailleurs. Je souhaite que ce livre fasse réfléchir au-delà des passions souvent instrumentées à des fins pas toujours avouables. Je ne doute pas qu'il sera utile au retour de relations pacifiées entre les États-Unis, l'Europe et le monde musulman.




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10:48 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/04/2011

Déglingue de la Belgique

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Déglingue de la Belgique




XVIIe chapitre
(Les XVI premiers seront pour plus tard,
urgence oblige.)

par Marie Mouillé



C’est une histoire belge...
que même Coluche n’aurait pas imaginée


La Belgique n’a pas de gouvernement depuis près d’un an (record Guinness battu).

La Belgique – neutre pendant des siècles – est infichue de se défendre : quand on l’envahit, elle capitule tout de suite en faisant porter le chapeau au roi en exercice.

Mais elle s’en va faire la guerre – une guerre d’agression, de conquête – à un peuple qui ne lui a rien fait, qui a un gouvernement dont il est content, pour qu’il n’en ait plus.

Prosélytisme ?

La Belgique n’a plus d’argent pour les écoles, ni pour les profs, ni pour la santé, ni pour les hôpitaux, ni pour les routes, ni pour les chemins de fer -
un seul train de la SNCB peut y tuer jusqu’à 17 vaches à la fois sur un passage à niveau -, ni pour la justice, elle a vendu sa poste à l’encan, elle loue des prisons en Hollande pour y parquer ses prisonniers, et les Belges vont devoir vivre de l’air (radioactif) du temps pour rembourser une dette nationale pharamineuse, juste après avoir renfloué à leur corps défendant toute une smala de banques... mais elle s’embarque, au premier rang, dans une aventure militaire innommable, qui coûte au bas mot 100 millions de dollars par jour. Coût estimé au départ mais qui pourrait grimper, que dis-je, qui a grimpé dès le premier F15 abattu, car les pertes possibles n’avaient pas été prises en compte.

Et qui donc a reçu mission d’annoncer l’exaltante nouvelle aux paysans du Danube de ce côté-ci du Quiévrain ? Madame Juliette Boulet.  Écolo. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus. Bien qu’elle ait été mentionnée par Catherine dans les Niouzes de notre post précédent.

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Madame Boulet se croisant les bras,
pendant que la conscience de son pays fait le trottoir.

Or donc ladite Madame Boulet a soudain envahi les ondes nationales, interviewée ici,  interviewée là, ne sachant plus où donner du micro, pour nous vendre les F16 belges en train  de larguer des bombinettes sur des populations civiles heureusement bien à l’abri sous leurs tentes, et s’écrier – à répétition – avec une fougue humanitaire digne d’un final de Richard Wagner : « qu’on ne pouvait quand même pas rester les bras croisés pendant que des populations civiles étaient en  train de se faire massacrer », qu’il « fallait faire vite pour empêcher le pire » et que «euh, oui, bien sûr, il y aurait des morts, mais que c’était inévitable, et qu’on essayerait qu’il y en ait le moins possible» (64 le premier jour). Tout ça d’une traite, sans quasiment reprendre haleine.

Pourquoi elle ?

 

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« La Libye, c’est par là ! »
Pieter De Crem en Afghanistan

Pourquoi pas le ministre des guerres, Pieter De Crem, dit Crembo par ceux qui le connaissent (voir ici et ) et pourquoi pas son prédécesseur et rival André Flahaut ? Pourquoi pas le roi ? (Non ! Le roi est occupé à chercher des formateurs de gouvernement, et quand il en aura essayé en vain 11 millions qu’est-ce qu’on fera ? Laissons-le tranquille.).

Pourquoi une obscure députée écolo du sud pour fabriquer du consentement à la guerre d’un ministre catho du nord, pour se salir et nous salir en défendant l’indéfendable ?

Madame Juliette Boulet était inconnue au bataillon (au mien en tout cas) jusqu’à ce qu’elle interroge le ministre de la justice Stefaan De Clerk, sur les écoutes israéliennes installées dans les bâtiments officiels où nous recevons les chefs d’États étrangers. Aurait-elle subi des pressions ? Le Mossad aurait-il trouvé le moyen de la faire chanter - ce serait une explication, pas une excuse – ou Madame la Députée est-elle naturellement une archi-conne doublée d’une salope ?

Que les lecteurs de ce blog me pardonnent d’exprimer de façon, c’est vrai, mal embouchée, un écoeurement qui tourne à l’asphyxie.

Car quelque chose me dit, voyez-vous, que, cette fois, point n’est besoin de charger la barque déjà si lourde du Mossad : Madame Boulet n’est pas la seule à jouer les Attila en se prenant pour saint Louis IX parti arracher le tombeau du Christ aux infidèles. Toute la gauche s’y est engouffrée dans la voie impériale jonchée de cadavres de l’énorme 187e (au moins !) imposture. Toujours les mêmes scénarios éculés, toujours les mêmes rapines, toujours les mêmes sanglantes tartuferies humanitaires. À ce point-là d’ignardise politique et de niaiserie de compétition, ce n’est plus de l’erreur, c’est de la complicité crasse. Et pas seulement toute la gauche ou prétendue telle, mais toute l’autoproclamée (défense de rire) « extrême-gauche » : « présents,  chef ! » comme un seul homme, le petit doigt sur la couture du délavé. En ce compris le camarade Mélenchon...  R.I.P. la grande espérance du peuple de gauche de France. Puisqu’eux aussi. Non, la relève n’est pas assurée. Il vaut mieux s’y faire et retrousser ses manches. Car, de deux choses l’une : soit ils nous trahissent et se contorsionnent juste un peu différemment des autres, soit ils marchent vraiment dans ces leurres pour enfants de quatre ans trisomiques, et dans ce cas, que font-ils en politique ?


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Mais revenons à la Belgique.
Car il y a mieux.
Je veux dire pire.

Dans un article reçu au courrier d’hier, le Pr. Michel Chossudovsly (GlobalResearch et Mondialisation.ca) rappelle et annonce quelques faits qui font froid dans le dos. Comme personne n’a eu le temps de le traduire, le voici dans sa version anglaise originale :

America's Planned Nuclear Attack on Libya
By Prof. Michel Chossudovsky

A war on Libya has been on the drawing board of the Pentagon for more than 20 years. Using nukes against Libya was first envisaged in 1997.
 
On April 14th 1986, Ronald Reagan ordered a series of bombings directed against Libya under "Operation El Dorado Canyon", in reprisal for an alleged Libya sponsored terrorist bombing of a Berlin discotheque. The pretext was fabricated. During these air raids, which were condemned by both France and Italy, Qadhafi's residence was bombed killing his younger daughter.

Barely acknowledged by the Western media, a planned attack on Libya using nuclear weapons, had been contemplated by the Clinton Administration in 1997, at the height of the Monica Lewinsky scandal.

Read more...

 

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Je résume :

Il y a plus de vingt ans que la Libye est dans le collimateur du Pentagone, et dix-sept ans que la décision de la bombarder au nucléaire a été prise. Pour diverses raisons. Dont une est qu’il faut bien tester les armes nouvelles «sur un pays réel»  et autant celui-là qu’un autre.

C’est le 14 avril 1986 que Ronald Reagan, déjà bien avant dans son Alzheimer, a fait bombarder la Libye (Operation El Dorado Canyon), en représailles d’un prétendu attentat libyen dans une discothèque de Berlin. (Relisez Le loup et l’agneau). Bon nombre de tués chez les basanés, dont une gamine : la plus jeune fille de Muammar Kadhafi. Simple galop d’essai.

Le premier plan d’attaque de la Libye au nucléaire date de 1997, donc de l’administration Clinton (au plus fort de l’affaire Lewinsky) soit quatre ans avant les attentats du 11 septembre qui servent de prétexte à toutes les horreurs du monde depuis dix ans.

Pour faire court : le lobby des armes a poussé il y a lurette les États-Unis à développer une nouvelle génération d’armement nucléaire de précision « à faible puissance » (les 2/3 de la bombe d’Hiroshima), susceptible d’être utilisé dans des conflits conventionnels avec des pays du Tiers-Monde (Federation of American Scientists, 2001, c’est moi qui souligne).

Je saute l’historique des magouilles intérieures U.S. et les précédentes velléités de bombardement de la Libye pour cause de bombardements plus urgents de l’Irak et de l’Afghanistan. Et j’en viens à ce que les Libyens viennent sans doute d’expérimenter en guise de poisson d’avril.

L’armée US appelle ses « mini-nukes » des « bombes humanitaires », car elles « minimisent les dommages collatéraux ». Selon les explications données par les scientifiques du Pentagone, ces bombes sont inoffensives pour la population civile environnante, car elles explosent dans le sol.
 
Mais en réalité :

La B61-11  est une bombe thermonucléaire en bonne et due forme, une Arme de Destruction Massive (WMD) au strict sens du terme.

Les documents militaires font une distinction entre les bombes NEP (Nuclear Earth Penetrator) qui explosent dans le sol, et les « mini-nukes », qui sont des bombes d’une puissance de moins de 10 kilotonnes (les fameux 2/3 d’Hiroshima) qui explosent, elles, à l’air libre. Les NEP peuvent avoir une puissance qui va jusqu’à 1.000 kilotonnes (70 fois la bombe d’Hiroshima).

Ce qui est sûr, c’est que dans les deux cas de figure, les retombées radioactives sont dévastatrices. Et que, puisque la terre tourne et que les vents existent, elles finissent toujours par revenir à l’envoyeur, ce qui n’est que justice, on en conviendra.

Lequel de ces deux engins a explosé en Libye ce jeudi 31 mars ? Question subsidiaire : a-t-il été largué par un piou-piou belge dépensant en bon père de famille l’argent de nos impôts ?

 


Libye 31 mars 2011 :




Car...

voici ce que disent les derniers paragraphes du Pr. Chossudovsky :

« Il faut noter que des engins tactiques B61 ont également été déployés par les membres de l’OTAN partenaires des États-Unis : cinq « états non nucléaires » européens, comprenant la Belgique, la Hollande et l’Italie, et qui participent directement à la campagne de bombardements de la Libye, ont des réserves de «mini-nukes» B61 sur leurs territoires respectifs et sous commandement national. (Michel Chossudovsky, Europe’s Five « Undeclared Nuclear Weapons States », 10 février 2010.)

« Ces mini-nukes basés en Europe sont destinés à des cibles situées au Moyen-Orient. Selon les « plans de frappe de l’OTAN » (Nato Strike Plans), les « bousilleurs de bunkers » (bunker busters)  thermo-nucléaires B61 stockés en Europe pourraient être lancés « contre des cibles en Russie ou dans des pays du Moyen-Orient comme la Syrie et l’Iran ». On observera que la Libye n’est pas mentionnée. (cf. National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe, Février 2005)

« Dans le contexte de la guerre en cours contre la Libye, « toutes les options sont sur la table », y compris l’option nucléaire « préemptive » (bushisme pour préventive, NdT), dans le cadre d’un « mandat humanitaire » destiné à sauver des vies civiles innocentes. (Notons que les victimes civiles innocentes d’une telle bombe peuvent se compter par centaines de milles, NdT).

(...)

« L’utilisation de B61-11 contre la Libye au cours de l’actuelle campagne militaire, telle qu’elle a été initialement envisagée par le Département de la Défense en 1997 et ensuite incorporée au Nuclear Posture Review (NPR) de 2001, n’est donc pas exclue. »


J’espère que mes lecteurs ont bien compris mon charabia et mes citations plic-ploc : des piles de bombes thermonucléaires ont été stockées en Belgique au début des années 80, dans l’intention bien arrêtée de les utiliser un jour contre la Russie et/ou divers pays du Moyen-Orient, non dans le cas où l’un de ces pays attaquerait les États-Unis ou l’Europe, mais comme ça, pour le plaisir, parce que nous sommes les plus forts et que nous voulons ce que vous avez.

Vous souvient-il des manifestations monstres d’opposition à ce stockage sur notre sol ? Du million de personnes dans la rue rien qu’à Bruxelles ? Des attentats des CCC* censés fédérer, soutenir et accompagner cet immense rejet national ? Alors que les WMD (Armes de Destruction Massive) étaient déjà sous nos pieds.

Ce qu’on nous avait caché et qui s’étale aujourd’hui dans toute son obscénité, c’est que nous nous étions engagés non seulement à les stocker mais aussi à les larguer. Sur des cibles qui nous seraient désignées, par - et pour le compte de - nos maîtres étrangers. « Nous » ? Euh... ceux à qui nous délivrons des blancs seings en allant voter sur des slogans débiles. Mais nous ne nous rebiffons pas n’est-ce pas ? Et nous continuons à leur verser des impôts pour servir à ces choses. Dont nous sommes par conséquent directement responsables.

David Cameron vient d’annoncer aux contribuables anglais qu’il allait, pour financer cette humanitaire entreprise, leur faire cracher (pour commencer) 3 millions de £ par jour.

Combien va siphonner aux chômeurs en fin de droits français l’avatar de Badinguet ?

Petit Souper 1.JPG

 

 

Quant au prince Laurent...

La Belgique, les mains plongées dans le sang jusqu’aux clavicules, se passionne pour une Nième frasque du prince Laurent, fils cadet de la famille royale.

Les lecteurs de magazines pour midinettes n’ignorent rien de son amour des bêtes (la Fondation Prince Laurent fait gentiment concurrence à la SPA) ni de sa propension a meubler sa maison aux frais de la marine, ni de son goût pour les voitures qui roulent à 220 kms en ville (depuis qu’il n’a plus de permis, il prend le bus). Cette semaine, gross skandal : le prince s’en est allé au Congo, en jet privé et aux frais de la présidence, planter des arbres ici et là.

Les gazettes : « Le prince Laurent s'est rendu mi-mars en République démocratique du Congo (RDC), à Kinshasa, dans le cadre d'une mission de l'Asbl qu'il préside la GRECT (Global renewable energy and conservation trust), et ce, contre l'avis du gouvernement belge et du Palais royal. »

Oui, il paraît qu’on le lui avait interdit et qu’il l’a fait quand même. Énorme tollé dans Landerneau. Les plus bienveillants parlent de légèreté, les autres de lui supprimer sa dotation.  Fichtre.

Mais pourquoi lui a-t-on interdit d’aller au Congo ? Les hypothèses ne manquent pas si on aime ce petit jeu :

L’asbl qu’il préside est un machin de la CIA occupé à s’immiscer dans les relations entre le Congo et la Belgique...

Le prince se fait manipuler par des hommes d’affaires douteux qui se servent de lui pour leurs magouilles et risquent de discréditer à travers lui la famille royale...

On a décidé de descendre le président Kabila, et le prince Laurent, désormais l’obligé des autorités congolaises, a mis ses grands pieds où il ne fallait pas...

Etc.

Quoi qu'il en soit : trop unanimes et vertueux pour être honnêtes, à mon avis, nos ministres toutes-étiquettes-confondues et nos médiateux en gilet rayé.

Et si cette tempête dans un verre d'eau n'était qu'une manoeuvre de diversion ?

Et si « l’affaire prince Laurent » n’avait pour but que de créer un  écran de fumée destiné à faire avaler à ce bon jobard de public belge une guerre inqualifiable, pulvérisant – après tant d’autres – tous les records de viols de lois et de morale publique  ?

Je répète ma question :

Les F16 belges qui ont pris d’innocents civils pour cibles et en ont tué un nombre qui dérange (ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Pentagone, même si Pieter De Crem piaille que " c'est pas vrai ! "), ont-ils aussi largué au moins une «mini-nuke» ou une NEP sur une population désarmée, c’est-à-dire commis un crime contre l’humanité ? Et sinon, est-il vraiment exclu qu’ils le fassent ?

__________________    

* Des CCC très astucieusement amalgamées aux tueurs du Brabant, qui n'ont, eux, jamais été inquiétés. Non, Daniele Ganser, les CCC n'ont pas été manipulées - elles n'étaient pas manipulables - elles ont été utilisées. C'est le pays tout entier qui s'est laissé manipuler.  Et, il faut le dire, hélas, avec énormément de bonne volonté dans la jobardise. Autre débat.



*


Il est un peu tard, tant de jours après le déclenchement du collectif méfait, pour mettre en ligne ceux qui n’ont pas acccepté de dire adieu à leur raison et de hurler avec les loups. Je vais le faire quand même. Rien que pour que les enfants sachent de qui ils n’ont pas à rougir.


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Les Belges...

On ne présente plus Jean Bricmont qu'à ceux qui débarquent :  docteur ès sciences, chercheur, professeur à Princeton (New Jersey) et actuellement professeur de physique théorique et de physique mathématique à l'U.C. de Louvain, distingué par plusieurs prix scientifiques et auteur de plusieurs ouvrages de réflexion politique, etc. (v. Wikipedia).  L'article qui suit a déjà paru dans beaucoup d’endroits (tant mieux !)  et l’interview accordée à Investig'action aussi. Il n’importe. Nous sommes fiers de lui. Plus il sera lu, mieux cela vaudra :

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La Libye, la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire

Jean BRICMONT

12 mars 2011

Douze ans plus tard, c’est l’histoire du Kosovo qui se répète. Des centaines de milliers de morts irakiens, l‘OTAN mise dans une position intenable en Afghanistan, et ils n’ont rien appris ! La guerre du Kosovo a été lancée pour stopper un génocide inexistant, la guerre afghane pour protéger les femmes (allez vérifier leur situation actuellement) et la guerre d’Irak pour protéger les Kurdes. Quand vont-ils comprendre qu’on a toujours affirmé que les guerres sont justifiées par des raisons humanitaires ? Même Hitler «protégeait les minorités» en Tchécoslovaquie et en Pologne.

Note : Une première version de ce texte a paru en anglais sur le site Counterpunch (http://www.counterpunch.org/bricmont03082011.html) et a été traduite en français. Cette version-ci développe et précise la précédente.

Lire la suite...





La Libye face à l’impérialisme humanitaire. Entretien avec Jean Bricmont

Investig’action

24 mars 2011

Kosovo, Irak, Afghanistan : les partisans d’une intervention en Libye n’auraient-ils pas retenu la leçon ? Jean Bricmont, auteur d’un ouvrage sur l’impérialisme humanitaire, nous explique pourquoi le droit d’ingérence est incompatible avec la paix dans le monde et dessert les causes humanitaires. À moins bien-sûr, que ces causes ne soient que des prétextes.

Interview : Grégoire Lalieu

Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste l’impérialisme humanitaire ?

C’est une idéologie qui vise à légitimer l’ingérence militaire contre des pays souverains au nom de la démocratie et des droits de l’Homme. La motivation est toujours la même : une population est victime d’un dictateur, donc il faut agir. On nous sort alors les références à la Deuxième Guerre mondiale, à la guerre d’Espagne et j’en passe. Le but étant de faire accepter l’intervention. C’est ce qui s’est passé pour le Kosovo, l’Irak ou l’Afghanistan.

Et aujourd’hui, c’est le tour de la Libye ?


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Plus une mise au point de dernière minute :

Post-scriptum : Sur la gauche française et la guerre en Libye

par Jean Bricmont

Mondialisation.ca, Le 5 avril 2011

 

Divers lecteurs m'ont fait remarquer que la première version de l'interview publiée sur le site d'Investig'Action était trop rapide et procédait à des amalgames en ce qui concerne les positions de la gauche. Voyons donc plus en détail ces positions.

 

(Voir l'interview ci-dessus.)

 Le député européen Mélenchon, qui est sans doute l'homme politique le plus important à gauche du PS, appuie la guerre et refuse même d'utiliser ce terme, parce que la guerre est autorisée par l'ONU[1].

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Bahar.jpgBahar Kimyongür, belge d’origine turque, historien et militant anti-impérialiste, a déjà passé quelque temps de sa jeune vie dans les prisons du royaume, puisqu’il est un des premiers justiciables à avoir été poursuivi en vertu de la législation anti-terroriste, pour avoir traduit du turc en français des communiqués publiés par le DHKP-C, une organisation révolutionnaire turque mise par les USA et l'UE sur leur liste des "organisations terroristes" (si vous refusez de leur céder votre quatre heures ils vous y mettront aussi). Son arrestation aux Pays-Bas, alors qu’il se rendait à un concert, organisée dans ce pays voisin par les services de sécurité belges, afin qu’il pût être extradé vers la Turquie (ce qui était impossible de son pays natal) a défrayé la chronique et ajouté une plume douteuse au chapeau d’une ministre de gauche. (Ce n’est pas que les politiciens de gauche aient moins envie de mal faire que leurs homologues de droite, c’est qu’ils s’y prennent plus mal.) Heureusement pour Bahar, le juge hollandais devant lequel il s’est retrouvé a estimé «fantaisiste» la demande d’extradition turque. Ali Aarass n’a pas eu la chance, hélas, de tomber sur un ministre aussi maladroit dans l’arbitraire et croupit toujours dans les geôles du tortionnaire roi du Maroc.

Le citoyen Kimyongür est une de ces petites grâces que la Belgique ne mérite pas, mais dont le Ciel ou le Diable la gratifient quelquefois. Sang neuf, neurones en éveil, conscience exigeante et coeur grand comme ça, cadeau d’un  exilé de la minorité arabe alaouite de Turquie venu travailler dans les mines de charbon de La Louvière et d’une ouvrière saisonnière des plantations de coton.

Bahar et ceux qui lui ressemblent : embryon de cette vraie classe politique dont nous avons si mortellement besoin.



Rouges et Verts européens sur la Libye :

Verts militaire mais pas rouges de honte

Par Bahar Kimyongür

Mars 2011

Quelques rodomontades d'un colonel déboussolé, une pincée d'images poignantes de ses victimes gisant au sol ou contraintes à l’exil, des manifestants surarmés appelant au secours (on est curieusement loin du pacifisme des manifestants tunisiens, yéménites ou égyptiens) et nous voilà embarqués dans une nouvelle odyssée coloniale.

 
ATTENTION : Le groupe parlementaire de gauche du Parlement européen : Gauche Unitaire Européenne / Gauche Verte Nordique qui regroupe notamment le PCF, le Parti de gauche, Izquierda Unida, Die Linke...) n'a pas voté à l'unanimité en faveur de l'intervention.

11 pour :  Bisky, Kohlíček, Liotard, Matias, Maštálka, Mélenchon, Portas, Remek, Søndergaard, Tavares, Vergiat.

14 contre :  Angourakis, Ernst, Ferreira João, Figueiredo, Hadjigeorgiou, Händel, Klute, Lösing, Meyer, Ransdorf, Scholz, Toussas, Wils, de Jong –

2 abstentions : Rubiks, Triantaphyllides. pas d’info sur Le Hyaric et Jacky Heni - Précision d'un lecteur pour Investig'Action

Un sacré équipage tout de même que notre invincible armada : au gouvernail, d’Obama à Sarkozy, tout le gratin de l’humanisme désintéressé, des chasseurs-bombardiers munis de missiles aussi vertueux et intelligents que le philosophe à la chemise blanche qui les téléguide, les habituels caniches de la presse et puis, quelques cheikhs pour faire bonne figure devant les masses arabes. Il y a comme un air de déjà-vu.
 
Pourtant, qui voit-on au fond de la cale ? Notre brave gauche institutionnelle, écologistes inclus, dans le rôle de moussaillons zélés. Au 8e anniversaire de l'invasion criminelle de l'Irak qui entraîna la mort de centaine de milliers d'innocents, la paupérisation, le dépeçage et l'humiliation d'une nation, des hostilités inter-ethniques et interconfessionnelles insurmontables et j'en passe, fallait le faire. Oserons-nous encore dire que nos partis européens « de gauche » se sont fait avoir comme des bleus ?

Cette fois encore, nos belles âmes rouge-vert se sont rangées dans le camp des vainqueurs.

Main dans la main avec Sarkozy, elles contribuent sciemment à l’élargissement territorial de la Françafrique et offrent un nouveau show-room à l'entreprise Dassault, à savoir, l'espace aérien libyen. L’avionneur français peut désormais faire étalage de ses Rafales et de ses Mirage 2000 et redorer son blason face aux F 16 qui « en jettent plus ».

Elles donnent à l'entreprise Total une occasion unique de s'engraisser sur le pétrole libyen face aux menaces de rupture de contrat proférées par Kadhafi.

«Il faut sauver les habitants de Benghazi» nous disent-elles. En postant une force d'interposition, c’est-à-dire en occupant de facto le territoire libyen ?
 
Et puis quoi ? Risquer la partition du pays et des représailles plus violentes de la part du gouvernement libyen à l'égard de ceux qui se sont rendus coupables de «trahison à la» ?

« Oui, mais c'est un fou prêt à tout ». Ni plus ni moins fou qu'un Bush, un Sharon, un Liebermann, un roi Abdallah d'Arabie saoudite ou un seigneur de guerre africain.

« Kadhafi a quand-même dit qu'il nettoierait tout » : « beyt beyt, dar dar, zenga zenga », chaque foyer, chaque maison, chaque ruelle... Il ne faut pas être grand-clerc pour constater que les vociférations de Kadhafi n’ont pas d’incidence directe sur la stratégie libyenne de ces derniers jours.
 
En tant que patriarche sénile de la révolution jamahiriyenne, Kadhafi est une autorité morale, un symbole plus qu’un décideur politique. Preuve en est qu’il parle de guerre quand son état-major décrète un cessez-le-feu et d’offensive quand son armée bat en retraite. Ce coup de gueule démentiel du trublion de Tripoli n’est finalement rien de plus que la version théâtrale et anticoloniale du nettoyage au kärcher défendu par Sarkozy.

A l’inverse, à Jénine en avril 2002, ce fut carrément « beyt beyt », « dar dar » et «zenga zenga ». Fallujah connut le même sort en 2004. Et Gaza en 2009 et 2010. Y a-t-il eu pour autant la moindre frappe aérienne décidée par la communauté internationale contre Tel-Aviv ou Washington malgré leurs perpétuelles violations des résolutions des Nations Unies ?

Admettons que l’armée libyenne eût été folle et sanguinaire au point de massacrer les insurgés et leurs familles. C'est hélas souvent le risque que comporte la lutte armée lorsque l'on se bat pour sa liberté. Mais en faisant appel aux armées coloniales, les insurgés ont déjà troqué leur liberté. Avant même d'avoir pris le pouvoir, ils sont déjà endettés envers leurs protecteurs pour tous les frais liés à la guerre. Prévoient-ils de rembourser leurs mercenaires américains, britanniques et français en leur accordant une concession sur le pétrole et le gaz libyen ?

Ce questionnement nous amène à considérer l’engouement douteux des chancelleries européennes à l’égard des dirigeants de l’opposition libyenne.

De ce que l’on a pu glaner dans les médias, outre son ardeur à vouloir collaborer avec l’Occident impérialiste, cette opposition s’acoquinerait avec les héritiers londoniens du roi Idriss Ier, serait israélo-compatible, tribale et ultralibérale. Bref, elle ne serait guère plus libératrice que l’Armée de libération du Kossovo (UCK), l’Alliance du Nord afghane ou le Parti démocrate du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani.

Il n’empêche que tout Libyen a bien entendu le droit de résister et de renverser le pouvoir tyrannique de Kadhafi. Et l’on doit garder l’espoir que cette opposition se décantera.

Mais devant une telle confusion, on est en droit de demander tant à nos social-colonialistes qu'à nos écolonialistes s’il n’eût pas été plus sage de se démarquer de nos marchands de canon en soutenant la proposition avancée par le président du Venezuela Hugo Chavez : une médiation entre les belligérants libyens des deux camps sous l'égide de pays plus neutres que « nos » gouvernements cupides.

Cette proposition raisonnable avait obtenu l’aval de la Ligue arabe, de l’Union africaine et de l’ALBA. Elle nous aurait permis d’éviter l’irréparable. Alba signifie justement «aube » en espagnol.
 
Malheureusement, au lieu de se tourner vers l’aube de la paix, notre gauche parlementaire a fait cap vers l’ «aube de l’odyssée». Une odyssée incertaine à bord d’un navire battant pavillon amiral. Une odyssée qui entraîne l’humanité dans de nouveaux drames.

Une fois de plus, "camarades" rouge-verts, vous faites honte aux damnés de la terre. Quant au bouffon de nos rois si débonnaires, grâce à vous, il redevient le lion du désert.

 


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Le docteur Pascal Sacré, médecin belge, anesthésiste-réanimateur, collabore régulièrement à Mondialisation.ca, mais ses articles paraissent également sur Le Grand Soir en France et sur Investig’action en Belgique. Je reprends celui-ci sur Le Grand Soir :



La Belgique part en guerre sans gouvernement

par Pascal Sacré

29 mars 2011


Tintin au Pays de l'Or Noir.jpgNous, Belges, partageons avec l’Irak le triste record du nombre de jours en crise, sans gouvernement.

« Après 249 jours de crise en Irak en 2010, les sunnites, les chiites et les Kurdes se sont accordés sur le partage du pouvoir. Mais 40 jours supplémentaires ont été nécessaires pour former une coalition à Bagdad. » [1]

En Belgique, la crise est toujours en cours et si les sunnites, les chiites et les Kurdes d’Irak ont su trouvé un terrain d’entente après des années de guerre et d’embargo, les politiciens flamands et wallons, non, mais comme le précise Yves Leterme (2), premier ministre sortant, la vie du Belge moyen n’en est pas complètement transformée. Finalement, il ne le sent pas trop, le Belge moyen, que son pays n’a pas de gouvernement. Il ne sent pas trop non plus sa participation à la nouvelle boucherie organisée par l’Occident « libérateur ». Le Palestinien ne l’intéresse pas, mais le Libyen oui. Enfin, quel Libyen ?

Pour nos journalistes en phase avec nos politiciens « humanitaires », toujours friands de ce genre de formule, je cite : « La Belgique » est « unanime pour intervenir en Lybie » [3]. Belgique unanime, moins moi.

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Les Américains


3 avril 2011

Le Rapport Anti-empire

Barack «je-tuerais-pour-un-prix-nobel-de-la-paix» Obama

William BLUM

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 Il y a des mots qu’ils ont du mal à prononcer : « guerre civile ».

La Libye connait une guerre civile. Les États-Unis et l’Union Européenne et l’OTAN – la Sainte Trinité – sont en train d’intervenir, de manière sanglante, dans une guerre civile. Pour renverser Kadhafi. La première Sainte Trinité a parlé d’imposer une zone « d’exclusion aérienne ». Après avoir obtenu le soutien des institutions internationales sur ce point précis, ils ont immédiatement déclenché une guerre au quotidien contre les forces armées libyennes et tous ceux qui se trouveraient à proximité. Dans le monde du commerce, on appelle ça « faire mordre le client à l’hameçon ».


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Vous mentez Monsieur le Président.

À propos de la Libye et de beaucoup d'autres choses

Justin Raimondo
Antiwar.com

30 mars 2011

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Je n’ai pas supporté de regarder le discours « Pourquoi nous sommes en Libye » du Président à la télévision. C’est le printemps après tout, et mon jardin avait besoin que j’y plante des choses. Priorités, priorités, priorités si importantes, en politique et dans la vie.

Nous avons tous nos priorités : j’ai les miennes, et le président des États-Unis a les siennes. À titre d’indication de ces dernières, je note qu’Obama a attendu toute une semaine après le déploiement des forces US avant de daigner expliquer ses actes au peuple américain. Il lui reste à aller devant le Congrès pour en demander l’autorisation, quoi qu’il ait bien déblayé le terrain avec nos arrivistes alliés et le Conseil de Sécurité de l’ONU. Dès lors qu’il avait reçu ce double feu vert, l’approbation du Congrès n’était plus pour lui qu’une formalité. C’est là la vraie signification du mot « multilatéralisme » : l’opinion du monde est importante, l’opinion américaine pas vraiment.

Quand il a fini par venir devant nous pour justifier ce dernier épisode en date du sauvetage du monde, il ne s’est pas adressé au Congrès mais à l’auditoire le plus servile qu’il a pu trouver, comme James Bovard l’a exprimé de façon si énergique : « Il va parler devant (...)  un parterre d’officiers en uniformes à l’Université de la Défense Nationale. La salle sera pleine de gens qui appartiennent corps et âme au gouvernement. Les officiers, qui ont passé leur vie à travailler pour l’oncle Sam, savent que le moindre sifflet pendant la péroraison d’Obama suffirait à mettre fin à leur carrière. »

Il n’était pas question qu'un seul « vous mentez » fuse dans cette mise en scène. Et de telles précautions n’avaient pas été prises pour rien, car pratiquement chaque mot qui est sorti de sa bouche a été soit un mensonge soit une vérité si voilée d’ambiguité qu’elle se révélait un mensonge au plus léger examen.

Il a commencé par une demi-vérité, rendant hommage « au courage, au professionalisme et au patriotisme » de « nos hommes et nos femmes en uniformes », les félicitant d’avoir aidé les Japonais à l’heure du besoin. Aucun Américain ne pourrait contredire cela : mais dans le reste du monde, le comportement des troupes US qui y stationnent est beaucoup moins apprécié. Nous pouvons être accoutumés à leurs atrocités, mais ces photos de centurions US, posant à côté des cadavres de civils qu’ils ont massacrés en Afghanistan, ont été publiées juste le jour avant que le Président exalte le « professionalisme » de l’armée US.

Je laisserai à d’autres le soin de décider s’il s’agissait là d’un mensonge qualifié ou tout au plus d’une craque par omission. Obama est un expert dans l’art de chantourner des non-vérités plausibles. Jamais, depuis que FDR (Roosevelt, NdT), dans les années 30, nous a leurrés à coups de mensonges dans la guerre – et dans beaucoup plus – on n’avait vu un tel maître en duplicité occuper le Salon Ovale. De fait, serti dans son Ode à l’Armée, il y avait un mensonge en bonne et due forme : « Grâce à eux et à nos diplomates dévoués, une coalition a été formée et un nombre incalculable de vies ont été épargnées. »

Les vies que nous avons « sauvées » sont en nombre incalculable parce qu’elles n’existent pas : nous sommes intervenus pour nous opposer à un holocauste qui ne s’est jamais produit, et il n’y a aucun moyen de nous assurer (et beaucoup de raisons de douter) qu’il se fût produit sans l’intervention occidentale. C’est exactement le genre de mensonge que les Américains aiment entendre : il est en train de nous dire que nous sommes des héros et pas des salauds d’Américains.

Littéralement, chaque mot de sa péroraison sur la Libye est un mensonge. Prenez ce paragraphe:

« Pendant des générations, les États-Unis d’Amérique ont joué un rôle unique de garant de la sécurité collective et de champion de la liberté humaine. Conscients des risques et des coûts de toute intervention militaire, nous hésitons naturellement à recourir à la force pour relever les nombreux défis du monde. Mais quand nos intérêts et nos valeurs sont en jeu, nous avons le devoir d’agir. C’est ce qui s’est passé en Libye ou cours des six dernières semaines. »

L’Amérique a joué un rôle dans l’Histoire du monde qui n’est ni unique ni remarquable pour le bénéfice apporté à la cause de la liberté humaine. Les Britanniques, et les Romains avant eux – et avant ceux-là,  Alexandre – ont cru qu’ils pouvaient mettre de l’ordre dans le chaos du monde (1), et nous ne sommes tout au plus que les derniers prétendants au trône. Quant à la conscience des « risques » et des « coûts » des interventions militaire, toute assistance autre qu’un parterre d’officiers de l’Université de la Défense Nationale en service commandé aurait eu le plus grand mal à réprimer un formidable éclat de rire. Mais le mensonge réellement époustouflant, celui qui a presque réussi à éclipser tous les autres, a été l’affirmation que « nous hésitons naturellement à recourir à la force pour relever les nombreux défis du monde ». Après le long et persistant déchaînement de notre folie meurtrière  post 9/11 sur tout le Moyen Orient, il faudra bien des années avant qu’un Président US puisse tenir ce genre de discours sans faire rire (jaune, NdT). La force, y compris la menace à tout bout de champ d’y recourir, est l’instrument principal de la politique étrangère américaine, nécessité inhérente d’ailleurs à la nature de tout empire quel qu’il soit, et en particulier celle du nôtre, avec ses prétentions à la globalité.

« Quand nos intérêts et nos valeurs sont en jeu, nous avons le devoir d’agir » Quels intérêts, les valeurs de qui – et quelle différence cela fait-il en fin de compte ? Le président consacre le reste de son laïus à danser avec habileté autour de ces trois questions vitales, en se gardant bien de les toucher.

Obama trébuche, cependant, quand il veut nous donner une petite leçon de géographie de ce ton professoral gentiment condescendant qu’il affectionne, lorsqu'il s’adresse directement à nous peuple ordinaire : « La Libye se trouve exactement entre la Tunisie et l’Égypte», apprenons-nous, « deux pays qui ont inspiré le monde lorsque leurs peuples se sont soulevés pour prendre en main leur propre destinée ». Euh, oui... la Libye se trouve « exactement » entre la Tunisie et l’Égypte, mais encore plus exactement entre l’Algérie et l’Égypte – et cette omission en dit long.


Libye et voisins.jpg


L’Algérie, sous la poigne du dictateur autoproclamé socialiste et allié de l’Occident Abdelaziz Bouteflika, fait elle aussi l’expérience de manifestations anti-gouvernementales, qui sont réprimées de la façon la plus brutale. Un peu plus loin dans son discours, Obama  met en garde contre la déstabilisation qu’un exode en provenance de la Libye aurait sur les pays voisins, réflexion qui révèle la vraie peur de son administration : qu’un afflux de Libyens à l’esprit révolutionnaire en Algérie ait pour résultat de déstabiliser plus encore le régime de Bouteflika.

« Le mois dernier, l’emprise de la peur orchestrée par Kadhafi a semblé lâcher prise face au désir de liberté. Dans des villes et des bourgades de tout le pays, des Libyens sont descendus dans la rue pour réclamer leurs droits humains essentiels. Comme l’a dit l’un d’entre eux : “Pour la première fois, nous espérons que notre cauchemar qui dure depuis quarante ans va prendre fin.” »

Encore une demi-vérité. Des Libyens sont effectivement descendus dans les rues, mais était-ce réellement pour « réclamer leurs droits humains essentiels» ? Au stade actuel, les revendications des rebelles semblent se limiter à « Kadhafi doit partir ». Et ce qui devrait venir après Kadhafi est autant un mystère après l’intervention occidentale qu’avant. Kadhafi a stigmatisé les rebelles comme «agents d’Al Qaeda », ce qui, curieusement, le place dans le même camp que certains extrémistes néo-cons, qui voient le monde musulman comme étant par essence et incorrigiblement autoritaire, et que certains opposants à l’intervention US, comme Alexandre Cockburn, qui accordent foi à certains prétendus « documents secrets », exhumés par l’espionnage US, affirmant que la Libye servirait de base aux recruteurs d’Al Qaeda. Tout cela parce que quelque autoadoubé « commandant » des rebelles a jadis combattu les Américains en Irak. Plutôt qu’à Ben Laden, les rebelles semblent bien partis pour restaurer la monarchie et l’offrir à l’héritier du roi Idriss (ils en ont deux entre lesquels choisir).

En tous cas, la "bonté" de l’opposition étant une prétention difficile à soutenir, c’est donc là que le président va jouer sa carte maîtresse : l’indiscutable mauvaiseté de Kadhafi.

« Face à cette opposition, Kadhafi a commencé à attaquer son peuple. (...) Face à cette condamnation mondiale, Kadhafi a choisi d’escalader ses attaques, de lancer une campagne militaire contre le peuple libyen. Des innocents ont été ciblés. Des hôpitaux et des ambulances ont été attaqués. Des journalistes ont été arrêtés, sexuellement assaillis, et tués. Les fournitures de vivres et d’essence ont été bloquées. L’alimentation en eau pour les centaines de milliers d’habitants de Misurata a été coupée. Des villes et des bourgades ont été bombardées, des mosquées détruites, et des immeubles d’appartements réduits en ruines. Des avions et des hélicoptères de l’armée ont été utilisés contre des gens qui n’avaient aucun moyen de se défendre contre des attaques aériennes. »

Si, pendant la Guerre Civile (celle de Sécession, NdT) les journaux confédérés ont écrit que Lincoln « commençait à attaquer son peuple », eh bien, ils n’ont pas eu exactement tort. L’énoncé, tel quel, de ce texte, cependant, fait abstraction d’un certain contexte. Des gens innocents sont pris pour cible dans toutes les guerres, y compris dans celles conduites par les États-Unis : prenez le bombardement de la télévision serbe, par exemple, pendant la guerre du Kosovo, un conflit auquel on compare justement assez souvent celui-ci. Les Israéliens, pour leur part, ne se sont pas privés, au Liban, de prendre pour cibles des réserves d’eau, mais aussi des églises et des usines, et pourtant, nous n’avons jamais entendu le moindre piaulement d’aucun politicien d’un certain rang – et sûrement pas de l’aspirant politicien Obama de l’époque – sur ces coups-là.

Pour ce qui est du sort des journalistes dans les zones de guerre : idem. Al Jazeera, prise pour cible par Kadhafi, l’a été par les US en Irak. Des journalistes sont tués par des escadrons de la mort liés au gouvernement dans l’Irak occupé d’aujourd’hui. Quant aux journalistes sexuellement agressés, c’est arrivé, vous vous en souviendrez, sur la place Tahrir, mais d’une manière ou d’une autre, tout cela n’a pas réussi à provoquer une intervention américaine.

Je pourrais continuer à patauger sans fin dans ces miasmes de logique ténébreuse et de double-langage douteux, sans jamais atteindre le noyau central d’affront à la raison qu’ils masquent. Allons-y donc sans plus tergiverser. Après que son évocation des « atrocités » ait atteint des sommets à faire dresser les cheveux sur la tête, le Président redescend en rase-mottes :

« Les États-Unis et le monde se sont alors retrouvés face à un choix. Kadhafi avait déclaré qu’il traiterait ses propres concitoyens « sans pitié ». Il les comparait à des rats, et menaçait de passer de porte en porte pour les punir tous. Or on l’avait déjà vu, par le passé, pendre des civils dans la rue, et tuer plus de mille personnes en un seul jour. Comme nous le constations, les forces du régime étaient arrivées aux portes de la ville. Nous savions que si nous attendions un jour de plus, la ville de Benghazi, qui est à peu près de la taille de Charlotte, serait le théâtre d’un massacre qui retentirait dans la région et salirait la conscience du monde.

« Il n’était pas dans notre intérêt national que cela se produise. J’ai refusé de laisser faire. Donc, il y a neuf jours, après avoir consulté les chefs de file des deux partis du Congrès, j’ai autorisé une intervention militaire pour mettre fin à la tuerie... » 

Kadhafi n’a jamais dit qu’il traiterait ses propres concitoyens sans pitié, mais qu’il serait sans pitié pour les organisateurs de la rébellion, selon toute évidence le « conseil » par intérim qui règne aujourd’hui dans Benghazi, en ce compris son ex-Ministre de l’Intérieur. Ce sont eux, les «rats» auxquels il a fait allusion, c’est-à-dire des gens de son propre gouvernement qui l’ont lâché et abandonnent un navire qu’ils estiment, peut-être avec raison, en train de couler.

Contrairement à l’assertion du Président qu’un massacre était imminent, il n’y a aucune preuve crédible que Kadhafi ait été en train de préparer une telle action. Pas l’ombre d’une. De fait, le bon sens et la nécessité militaire auraient suffi à l’en dissuader : après tout, une fois Benghazi reprise, le despote libyen aurait encore dû la gouverner. Il est facile de diaboliser Kadhafi et d’en faire un fou putatif, mais il n’a pas duré toutes ces années sans raison. En fait, il jouit réellement de soutiens très substantiels dans le pays, principalement dans l’ouest, autour de Tripoli, et dans les oasis du Fezzan, au sud.

« Les États-Unis d’Amérique sont différents» dit le Président. C’est pourquoi nous sommes intervenus, parce que nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que des atrocités sont commises – excepté bien sûr quand c’est nous qui les commettons. Car alors, nous ne restons pas seulement les bras croisés, nous les appelons « libération ».

Chacune de nos interventions dans le monde, depuis la fin de la Guerre Froide, a constitué un précédent qui visait à établir un nouveau principe définissant la notion toujours plus expansive des « intérêts » américains.  Cette intervention-ci n’y fait pas exception : elle établit un nouveau standard en envoyant des troupes américaines se battre sous le prétexte d’éviter un « désastre humanitaire » potentiel. Une version un peu différente a été utilisée pour fabriquer le consentement à la Guerre d’Irak, le Président et ses conseillers ne cessant d’invoquer un omniprésent « nuage en forme de champignon » pour la justifier. Cette fois, nous avons droit à un prétendu fou sur le point de massacrer son  peuple en masse. La prochaine fois... oh, servez-vous de votre imagination.  Toutes sortes de scénarios viennent à l’esprit, basés sur des pseudo-faits de provenance douteuse - et un très grand nombre de cibles potentielles.

Étant données la misère et l’oppression que les gouvernements du monde font peser sur leurs sujets par manière de routine, l’occasion pour les Forces du Bien et de la Lumière d’intervenir dans des guerres nouvelles est effectivement illimitée. En acclamant avec l’enthousiasme de pom-pom girls l’aventure libyenne du Président, ses supporters signent leur engagement dans une guerre perpétuelle.

Bien entendu, enchérissant sur le ton vertueux de son discours, le Président a encore promis une action « limitée », donné l’assurance que nous allions bientôt passer la main à l’OTAN et qu’il n’y aurait pas de troupes sur le terrain. Ceci, soit dit en passant, est un autre mensonge éhonté : si nous n’avons pas des gens de la CIA sur place depuis longtemps, occupés à diriger les rebelles et à coordonner les frappes aériennes et les offensives au sol, alors, il y a quelqu’un qui ne fait pas son travail.

Nous avons déjà dégringolé la moitié de la pente savonneuse qui mène au chaos provoqué en Libye, et nous y sommes déjà si embourbés que je ne nous vois pas en sortir avant longtemps. Le Président aurait affirmé aux membres les plus influents du Congrès que la durée de l’intervention devrait se mesurer « en jours, pas en semaines », et c’est bien là le plus gros de tous ses mensonges, un mensonge qu’il se fait à lui-même autant qu’à nous. L’insurrection libyenne, c’est nous, elle nous appartient. Préparons-nous à porter cet albatros autour du cou pendant pas mal de temps.(2)

Traduction C.L.
pour Les grosses orchades, les amples thalamèges.


Source : http://original.antiwar.com/justin/2011/03/29/you-lie-mr-...

Texte intégral du discours d’Obama traduit en français :
http://www.voltairenet.org/article169241.html

_________________   

(1) « Ordre : immobilisation violente d’un  désordre », Henri Guillemin (NdT).
(2) Dans Le Dit du vieux marin, de Coleridge (1797), le vieux marin tue d’un coup d’arbalète un albatros dont la présence portait bonheur à son navire. En guise de châtiment, il est condamné à porter l’oiseau mort au cou, à la place de son arbalète, et à voir tous les marins de son équipage mourir de soif l’un après l’autre. (NdT)




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Un Italien

 

Un pilote aux commandes d’un bombardier est un « protecteur de civils », mais un enfant qui lance des pierres est un « terroriste ».

Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye


Domenico LOSURDO

5 avril 2011

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Les mots ont-ils encore un sens ? En lisant des articles sur la guerre de Libye dans la presse anglo-saxonne et italienne, Domenico Losurdo a été frappé par l’inversion des signifiés. La propagande de l’OTAN, comme celle imaginée par George Orwell dans son célèbre roman d’anticipation, 1984, passe d’abord par un grossier trucage sémantique.

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En 1949, tandis que fait rage une guerre froide qui risque de se transformer d’un moment à l’autre en holocauste nucléaire, George Orwell publie son dernier livre et plus célèbre roman : 1984. Si le titre donne dans l’anticipation, la cible est clairement constituée par l’Union Soviétique, représentée comme le « Grand frère » totalitaire, qui rend vaine toute possibilité de communication, en subvertissant le langage et en créant une « novlangue » (newspeak), dans le cadre de laquelle tout concept se renverse en son contraire. En publiant son roman l’année même de la fondation de l’OTAN (l’organisation militaire qui prétendait défendre même la cause de la morale et de la vérité), Orwell apportait ainsi sa brave contribution à la campagne de l’Occident. Il ne pouvait certes pas imaginer que sa dénonciation allait se révéler beaucoup plus pertinente pour décrire la situation advenue, quelques années seulement après 1984, avec la fin de la Guerre froide et le triomphe des USA. De même que sa surpuissance militaire, la superpuissance multimédiatique de l’Occident ne semble pas non plus rencontrer d’obstacle : le renversement de la vérité vient s’imposer par un bombardement multimédiatique incessant et omniprésent, de caractère absolument totalitaire. C’est ce qui émerge clairement de la guerre en cours en Libye.

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Un Français

Bellicisme impérial : canonnière, mensonges et vidéo...


Georges STANECHY


« Operation Earnest Voice (OEV) est le programme fondamental qui regroupe moyens et ressources pour synchroniser nos activités opérationnelles d’Information […] via les médias traditionnels, mais aussi les sites internet ou encore les blogs.
Dans chacun de ces domaines, nous suivons le principe que nous avons appliqué en Irak, celui d’essayer d’être "les premiers avec la vérité" ».


General David H. Petraeus (1)

Dupés. Bernés. Floués.

Reconnaissons-le.

Encore une fois, l’opinion publique conditionnée, tétanisée, dans son écrasante majorité, a foncé tête baissée dans le panneau. Avec une remarquable maestria, une foudroyante réactivité, la propagande de l’Empire a su faire assimiler son agression coloniale en Libye à la "protection" d’une révolte populaire semblable à celles de la Tunisie ou de l’Egypte.

Car, il n’y a pas plus de volonté de protéger le peuple Libyen par les Occidentaux qu’il n’y a eu de massacres de population libyenne par son dictateur. Ainsi qu’en témoignaient les réactions des premiers "expatriés européens" à leur descente d’avion, devant micros et caméras. Témoignages rapidement occultés, par la suite…

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 *

entrer des mots clefs

  Les Russes


« Quel pauvre grand et malheureux peuple,
                             comme on le mène à sa perte ! »

Lettre deJean-Joseph Fyon, général de brigade,
à Laurent-François Dethier, député de l'Ourthe,
en 1813,
à propos des Français,
à qui nous avions voté notre rattachement
à 95% des voix sous Robespierre.



« Pauvre, grand et malheureux » pays a bien l’air d’être en ce moment la Russie.

En effet, tous les peuples doués d’un grain de bon sens et d’un grain ou deux de compassion en sont restés bouche bée, quand Naboléon IV et l’avatar post-moderne de William Pitt son compère se sont jetés sur l’infortuné peuple libyen, apparemment de leur propre chef et pas du tout – mais non – pour tirer les marrons du feu au bénéfice de leurs maîtres étatsuniens, qui en sont mine de rien à 81 guerres illégitimes (1) sur le grill (75 héritées de Reagan & Bush + 6 depuis l’accession du Prix Nobel de la Paix à la présidence US), et les vendent de moins en moins facilement, malgré leur énorme machine à décerveler, à un peuple américain de plus en plus exsangue. Enfoncé, Ubu !

Bouche bée ils sont encore davantage restés quand la Russie et la Chine se sont abstenues d’opposer leur veto à la sanglante aventure. Non que ledit veto eût rien empêché, mais au moins, allié aux condamnations latino-américaines sans équivoque, eût-il marqué au fer, comme il se doit, les criminels et les eût-ils isolés aux yeux du monde et de leurs propres peuples.

Pour la Chine, le Pr. Domenico Losurdo a une explication, qui est peut-être la vraie mais ne saurait constituer une excuse.

Pour la Russie, il importe de se rappeler que ce genre de décision est du domaine du Président, et que, dans le cas présent, son premier ministre s’est désolidarisé de la honteuse abstention et l’a fait savoir en termes sans équivoque. Tout ce qu’y ont vu nos admirables médias en laisse, c’est que le coup d’envoi pour la campagne des présidentielles russes de 2012 venait d’être donné. Qu’un des deux hommes semble avoir des principes et l’autre pas leur est apparemment passé par-dessus la tête. Principes ? Kéksèksa ?

Ils n’ont pas  davantage informé – surtout correctement – sur le limogeage, par le Président, de son ambassadeur en Libye. Motif allégué : l’ambassadeur l’aurait appelé « traître » dans un message diplomatique. L’ambassadeur dément le propos. Qu’importe, d’ailleurs, qu’il l’ait ou non tenu, puisque c’est le fait qui compte : le Président de Russie a-t-il, en s’alignant sur le camp occidental, trahi son pays, son allié libyen et le reste de l’humanité dans la foulée, qui disparaîtra ou non selon le camp qui «gagnera». Ceux qui mourront sans l'avoir compris mourront idiots.

Nous ne saurions pas grand-chose de ce bras-de fer entre Russes à principes et Russes sans principes, si l’excellent site COMAGUER (1) ne venait de mettre en ligne et sans doute sur les ondes(2), une interview accordée, après son limogeage, par l’ex-ambassadeur en Libye Vladimir Chamov, à Moskovsky Komsomolets, dont une traduction anglaise a paru sur le site de Left Russia : http://left.ru/index.phtml.

Comme nous l’apprend COMAGUER,


« Ce site qui, de temps à autre, publie quelques textes en anglais peut être considéré comme proche des services secrets russes ou plus précisément de certains secteurs des dits services qui seraient réservés sur la politique, trop accommodante à leurs yeux, de Medvedev vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN.

« Que ces réserves soient l’expression indirecte de celles du premier ministre Vladimir Poutine vis à vis de l’attitude du Président Medvedev est une hypothèse qui a cours en Occident mais à laquelle il est difficile de se rallier si l’on n’a pas un accès direct à des sources en langue russe. Le désaccord, si désaccord il y a, peut évidemment être largement amplifié et instrumentalisé par l’Occident pour peser dans le choix du candidat aux présidentielles russes de 2012. L’Occident peut en effet avoir des préférences pour un candidat jeune et ouvertement hostile au défunt régime soviétique. Pour autant la préoccupation stratégique majeure de l’Occident reste le desserrement de l’alliance stratégique Chine/Russie et il favorisera par tout moyen celui des candidats qui, confronté au dilemme géopolitique traditionnel de la Russie, tournera plus ses regards vers l’Ouest que vers l’Est.

« Ceci précisé, le limogeage de VLADIMIR CHAMOV par MEDVEDEV sur fond de guerre en Libye apparaît bien comme une expression publique forte d’un désaccord entre le président et le premier ministre.  (v. l’article publié par le Comité Valmy, joint in fine)

« La publication de cette interview peut donc être considérée, même si les responsables du site, par prudence, s’en désolidarisent, comme la réplique de Poutine au limogeage de Chamov. Mais, même s’il ne faut pas faire abstraction de ce contexte spécifiquement russe, cette interview d’un observateur très attentif de la scène libyenne apporte de nombreux éléments  de réflexion sur les origines de la guerre de Libye et sur sa portée mondiale. »


_________________    

(1) Seules les vraies guerres de défense sont légitimes.
(2) COMAGUER (Comprendre et Agir contre la Guerre) : http://comaguer.over-blog.com/
(3) Les émissions radio de Comaguer sur 88.4 Mhz région marseillaise,
       ou sur Internet à la nouvelle adresse : http://dev.radiogalere.org

 

*


Vous trahissez Monsieur le Président.

Sur une interview de Vladimir Chamov
donnée à Moskovsky Komsomolets
le 23 mars 2011



Cet article est publié pour son intérêt polémique.

Depuis plusieurs semaines, la communauté internationale tout entière, retenant son souffle, suit les développements de la situation en Libye. Que savons-nous de certain sur la Libye ? Rien. Rien que nous aient appris les médias officiels en tout cas. Les médias nous persuadent que Kadhafi est un dictateur sanguinaire. Mais est-il juste d’appeler Kadhafi un dictateur et entre tous les dirigeants arabes, de les « punir » lui et son peuple, par une intervention armée de grande envergure ? Voyons les faits.

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Vladimir Chamov accueilli par la presse à son arrivée à Moscou.


L’ambassadeur de Russie en Libye, qui vient d’être limogé, Vladimir Chamov, répondant à une demi-question/demi-affirmation de l’intervieweur sur le point de savoir si Kadhafi avait opprimé ses compatriotes, a répondu : « Mais de quelle oppression parlez-vous ? ! Les Libyens ont été somptueusement gratifiés de crédits de 20 ans sans intérêts pour la construction de leurs maisons, du litre d’essence à 10 centimes, de produits alimentaires pour trois fois rien, et ils pouvaient s’acheter une nouvelle jeep sud-coréenne Kia pour tout au plus 7.500 $. Ce pays-là n’est plus... » (1)

Quels autres faits et quels autres chiffres connaissons-nous, à propos de le Libye et de son dirigeant ?

• Le P.I.B. de la Libye par habitant est de 14.192 $

• À chaque membre de chaque famille, l’État verse un subside annuel de 1000 $.

• Les chômeurs touchent 730 $ d’allocations par mois.

• Le salaire mensuel d’une infirmière hospitalière est de 1000 $

• Chaque nouveau-né reçoit une dotation de 7.000 $

• Les nouveaux-mariés reçoivent 64.000 $ pour s’acheter un appartement.

• Un  particulier qui crée une entreprise reçoit un subside unique de 20.000 $.

• Les taxes et les droits trop élevés sont interdits.

• L’éducation et les soins de santé sont gratuits.

• Les études et les frais d’internat à l’étranger sont à la charge du gouvernement.

• Pour les familles nombreuses, il existe des chaînes de magasins qui vendent les produits alimentaires de base à des prix symboliques.

• La vente de produits périmés est punie de fortes amendes et, dans certains cas, par la détention.

• Certains médicaments sont distribués gratuitement.

• La contrefaçon de médicaments est considérée comme un crime.

• Le paiement de loyers n’existe pas.

• La population ne paie pas l’électricité à usage domestique.

• La vente et la consommation d’alcool sont interdits. La « prohibition » a force de  loi.

• Les prêts pour l’achat d’une voiture ou d’un appartement sont accordés sans intérêts.

• La spéculation immobilière est interdite.

• Si un particulier décide de s’acheter une voiture, l’État lui en paie jusqu’à la moitié. Il en paie 65% aux miliciens.

• L’essence est moins chère que l’eau. Un litre d’essence coûte 0,14 $. (2) Les bénéfices rapportés à l’État par la vente du pétrole ont été dépensés pour le bien-être et l’élévation du niveau de vie de la population.

• Kadhafi a amassé plus de 143 tonnes d’or. Son plan était de créer une zone affranchie du dollar et d’utiliser le dinar-or comme valeur de référence dans les transactions avec les autres pays. (3)

• La Libye dépense d’énormes sommes d’argent pour irriguer de plus en plus de terres grâce à ses eaux souterraines, dont le volume est d’environ 100 fois le débit annuel du Nil. Par son ampleur sans précédent, ce projet mérite le surnom qui lui a été donné de «huitième merveille du monde». Il fait circuler 5 millions de m3 d’eau par jour à travers le désert, accroissant ainsi considérablement l’étendue des terres irriguées. 4.000 kms de conduites sont enterrées très profondément pour les préserver de la chaleur. Tout ce qui était nécessaire à l’accomplissement de ce projet a été réalisé principalement par la Libye elle-même. Rien n’a été acheté à l’Empire ni à ses satellites qui, jamais, n’ont aidé un pays en voie de développement à améliorer son sort ou, quand ils l’ont fait, ne l’ont fait que pour asservir, en fin de compte, les pays receveurs. Avec ce projet de l’eau, la Libye s’est donné les moyens d’entreprendre une « révolution verte » au sens littéral du terme, capable de résoudre bien des problèmes alimentaires de l’Afrique, et, chose non moins importante, d’y apporter stabilité et indépendance économique. Kadhafi a déclaré un jour que son projet de l’eau était «la réponse la plus cinglante que pouvait faire la Libye aux États-Unis qui l’accusaient de soutenir le terrorisme». (4)

• En 2010, Kadhafi a présenté une motion à l’Assemblée Générale de l’ONU, par laquelle il réclamait une enquête sur les circonstances qui ont conduit à l’agression de l’Irak par les USA et l’OTAN, et exigeait que les responsables de violations massives des droits de l’homme dans ce pays soient traduits en justice. Il a également soumis un projet de résolution sur la responsabilité des anciens états coloniaux vis-à-vis de leurs ex-colonies pour leur exploitation au cours de la période coloniale, et réclamé le paiement, par eux, de dommages compensatoires. (5)

La propagande occidentale a diabolisé Muammar Kadhafi, dont elle a fait un tyran pathologique et un ennemi implacable des aspirations du peuple libyen. Cela n’est pas vrai. Il existe, dans ce pays, des mécanismes de contrôle populaire et de démocratie : les conseils de citoyens élus et les communautés autogérées (les communes). Tout cela, sans la nomenclature de parti à la soviétique, sans bureaucratie hypertrophiée et avec un très haut standard de vie et de sécurité sociale de ses citoyens. Quelque chose qui, par bien des côtés, ressemble à une vraie société communiste. Est-ce pour cela que la Libye devait être diabolisée et attaquée par les vieux pouvoirs impérialistes ?

Qu’on me permette de citer un passage de l’article de Sigizmund Mironin, « Pourquoi ils bombardent la Libye » : « La Libye, qu’on prend pour la dictature militaire de Kadhafi, est en réalité l’état le plus démocratique du monde. C’est là, en 1977, qu’a été proclamée la Jamahiriya, c’est-à-dire la forme de démocratie la plus haute, où les institutions de gouvernement traditionnelles sont abolies et où tout le pouvoir appartient au peuple, directement et à travers les comités populaires et les Congrès du peuple. L’État est composé de beaucoup de communautés auto-gouvernées, « mini-états » dans l’État, qui exercent pleine et entière autorité sur leur district, y compris en matière de distribution des ressources budgétaires. Récemment, Muammar Kadhafi a proclamé des idées plus démocratiques encore – sur la répartition des revenus budgétaires entre les citoyens, de façon égale et sans intermédiaires... Cette disposition, selon le leader de la Révolution libyenne, a pour effet d’éliminer la corruption et le parasitisme bureaucratique. » (6)

C’est vrai pourtant qu’il y a eu des affrontements avec certains groupes rebelles. Pourquoi, et qui sont ces groupes ? La réponse, étayée de nombreuses preuves, semble être la suivante : Il y a en Libye plusieurs clans (traditionnels, NdT). Apparemment, les États-Unis, par leurs multiples canaux, ont poussé certains éléments à se battre (contre la nation, NdT), pour le contrôle du pétrole libyen. Ensuite sont apparues – appelons un chat un chat – des bandes de mercenaires spécialement entraînées, quelques «snipers inconnus», et – bingo ! – nous voilà avec une «révolution». Soyez assurés qu’il n’a pas été facile de recruter assez de « rebelles ». En réalité, ils sont très peu nombreux. La grande majorité de la population est satisfaite du régime. C’est pourquoi l’intervention étrangère était nécessaire si on voulait arriver à créer assez de chaos.

Donc, quelles sont les raisons de l’inévitable « intervention directe » ? Mettant de côté les raisons spéciales de la Grande Bretagne et de la France (et la première semble jouer les premiers violons, tandis que la seconde, avec d’autres pays, fait l’orchestre), concentrons-nous sur les États-Unis. Voici ce que suggère Mironin mentionné ci-dessus :

La raison immédiate la plus importante de l’agression de la Libye par le camp occidental semble être la nécessité urgente de combler un trou dans la dette US. Comme vous le savez sans doute, avant mars 2011, le Japon était l’un des principaux acheteurs d’obligations US, principalement sous forme de bons du trésor. Il a accumulé de ces valeurs pour plus de 880 milliards de $. Dans la mesure où les dommages causés par les catastrophes cumulées de plusieurs tremblements de terre, de tsunamis et de l’accident nucléaire à Fukushima sont estimés à ± 300 milliards de $, il est naturel de supposer que ces réserves d’ « or » seront utilisées par le Japon pour réparer ses désastres. Il va sans dire que les hauts fonctionnaires américains ont fermement recommandé aux autorités japonaises de ne pas déverser ces trésors sur les marchés mondiaux. Mais il n’en reste pas moins que le retrait inévitable du Japon, qui était un acheteur très actif de «valeurs» américaines, va provoquer, dans les marchés un « trou », qui ne pourra être comblé que par les pays arabes producteurs de pétrole, par la Russie et par la Chine. Cela impliquera forcément une nouvelle hausse du prix du pétrole et, par voie de conséquence, une forte demande en dollars. Scénario qui, selon toute apparence, devrait s’accomplir grâce à une intervention militaire en Libye, sous mandat des Nations Unies.

Source :

http://www.futurefastforward.com/feature-articles/5259-by...


Traduction C.L.
pour http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/



L‘ambassadeur Chamov accuse Medvedev de trahison en Libye

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Vladimir Chamov et Vladimir Poutine



Lundi 28 mars 2011.

L’ambassadeur de Russie à Tripoli, Vladimir Chamov, a été relevé de ses fonctions par le président Dmitry Medvedev. Il l’aurait qualifié de « traître » dans un télégramme diplomatique, ce que le diplomate dément.

Toutefois, arrivé à l’aéroport Sheremetyevo de Moscou, M. Chamov a déclaré à la presse que la Russie ne pouvait pas se permettre de perdre un partenaire commercial comme la Libye. Moscou et Tripoli ont en effet conclu des contrats de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour la décennie à venir. Outre l’exploitation des hydrocarbures, il a évoqué 4 milliards de dollars de contrats d’armement et 3,1 milliards de dollars pour la construction du chemin de fer.

Source : http://www.comite-valmy.org/spip.php?breve534

 

_________________   

(1) Chamov, Vladimir. « Le régime de Kadhafi peut durer 2-3 mois », une interview à Moskovsky Komsomolets http://pda.mk.ru/politics/interview/2011/03/23/575076-rez...

(2) http://www.echosevera.ru/politics/2011/03/17/314.html

(3) Sterligov, Genrich. « Bombardements de la Libye pour la punir d’avoir tenté d’introduire un dinar-or ». http://sterligov.livejournal.com/4389.html

(4) Kholmogorov, Ye. « Kadhafi : questions, réponses et leçons de l’Histoire », http://www.imperiya.by/rusworld.html?id=9379

(5) Mironin, Sigizmund, « Pourquoi ils bombardent la Libye ».

(6) Boldyrev, Yu. « Des bourreaux, pas des guerriers », http://narodinteres.ru/pryamaya-sdacha-nacionalnix-intere...

(7) Scott, Peter Dale. « Qui sont les combattants libyens de la liberté et leurs commanditaires ? » http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...


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Mireille Mathieu présidente !



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Qui donne raison à Justin Raimondo
et confirme les mensonges de Barak Obama.


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Le groupe de combat amphibie Bataan Ready a quitté la base navale de Norfolk en Virginie, mercredi 23 mars 2011, en direction des côtes libyennes (voir photo parue dans la presse locale).

Placé sous le commandement du commodore Steven Yoder, le groupe comprend les trois bâtiments Bataan (navire de classe Wasp, 104 officiers, 1004 marins, 1894 Marines embarqués, 8 avions hybrides MV-22 Osprey et des hélicoptères de type et de nombre indéterminés), Mesa Verde (navire de classe San Antonio, 28 officiers, 333 marins, 699 Marines embarqués, probablement 2 avions hybrides MV-22 Osprey) et Whidbey Island (navire de classe Whidbey Island, 22 officiers, 391 marins, 504 Marines embarqués, 4 navires de débarquement sur coussins d’air LCACs). Il a embarqué le 22e corps expéditionnaire des Marines, basé à Camp Lejeune en Caroline du Nord, avant de partir pour la Méditerranée.

Il rejoindra le groupe de combat amphibie Kearsage (mêmes caractéristiques que le précédent), déjà sur zone. C’est ce groupe qui a récupéré le pilote de l’US Air Force qui s’est éjecté au-dessus de la Libye. L’opération de secours a mobilisé un V-22 Osprey qui s’est donc posé sur le sol libyen.

Au total, ce sont plus de 4 000 Marines qui se préparent à débarquer sur le sol libyen. Evidemment c'est pour le bien être des libyens, l'exportation de la démocratie est le cheval de Troie de l'impérialisme.

Source : http://rustyjames.canalblog.com/tag/khadafi

 

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Le Pentagone déploie un appui aérien rapproché pour des troupes au sol

L’état-major états-unien a décidé de déployer des avions AC-130 et A-10 en Libye.

Le Lockheed AC-130 est est un appareil gunship d’attaque au sol et d’appui aérien rapproché pour des troupes au sol. Il est armé de canons de 20, 40 et 105 mm (photo).

Le Fairchild A-10 Thunderbolt II est un appareil d’appui aérien rapproché. Il est équipé d’un canon de 30 mm ayant une cadence de tir de 3 900 coups/minute, et de diverses sortes de roquettes et missiles.

Ces aéronefs devraient permettre d’attaquer l’armée libyenne et de soutenir les insurgés, toutes actions sans lien avec la zone d’exclusion aérienne et la résolution 1973.



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Enterrons le passé et les espoirs de l’Afrique


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L'Égyptien Nasser (G), le Soudanais Nimeiri et le Libyen Kadhafi (D) décident d'unir leurs trois pays en un État fédéral et de soutenir la cause arabe en Palestine, lors d'un meeting le 8 juin 1970 à Khartoum, au Soudan.

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Vous la trahissez Monsieur le Président

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Pour qu’il y ait une femme, dans cette infantile histoire d’hommes,
un peu moins nulle que Madame Boulet...

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Aicha, seule fille vivante de Muammar Kadhafi. Agée de 35 ans, elle est connue par sa fondation Wa attamissou, qui lutte contre la faim en Afrique. Mais elle est aussi avocate internationale, et à ce titre, elle a participé à la défense de Saddam Hussein. Ambassadrice de bonne volonté de l’ONU depuis 2004, elle vient de se voir retirer cette fonction en février dernier, avec une élégance rare, par « le Machin » aux ordres. Pour la punir préemptivement sans doute des crimes qu'allait bientôt menacer de commettre son père.


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Et pour finir...


Les joyeux drilles radiophoniques du Jeu des Dictionnaires et de La Semaine infernale (ce sont les mêmes  - RTBF/La Première) ont, ce samedi, élu pour leur "couillon de la semaine"... Qui ? Je vous le donne en mille : Dieudonné ! Pourquoi ? Parce qu'il a décidé d'aller à Tripoli soutenir (au moins moralement) le colonel Kadhafi.

Ce n'est pas qu'ils manquent d'esprit à La semaine infernale... ni de talent.. ni même d'intelligence...  C'est juste qu'ils sont un tantisoit conformistes dès lors que les choses se passent un peu loin par rapport à chez eux. Ils ont alors tendance à faire, à toutes fins utiles, dans l'anti-poutinisme-chavisme-castrisme primaire, voire à cracher sur les martyrs des FARC pour les yeux de merlan frit de l'ennuyeuse Ingrid Bettencourt. Cette fois, emportés par leur élan humanitaire à distance et parce que le colonel Kadhafi ne s'habille pas comme eux, ils ont oublié que Dieudonné n'a pratiquement jamais tort, même s'il a choisi une fois pour toutes le style affreux jojo et la provoc-à-bourgeois pour délivrer ses messages.

Mais supposons que ce soit lui qui, comme d'habitude, ait raison. Ce serait qui, alors, les couillons de la semaine ?

Mieux vaut les entendre « à leur mieux », quand ils s'en prennent à l'une ou l'autre des marionnettes belgeoises - du nord, du sud ou de l’est. Là, ils se trompent rarement. L'autre samedi, ce fut la fête à Pieter « Crembo » De Crem, celui qui à l'instar du lìder minimo des voisins a resserré les liens  de la Belgique moribonde avec l'OTAN et la mafia atlantiste. Le flingueur est Sergio Honorez :

http://www.rtbf.be/video/v_la-semaine-infernale-sergio-ho...    

 

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posté par Marie Mouillé le 6 avril 2011

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 LIVRES




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Peter Dale SCOTT

 

 La Route vers le nouveau désordre mondial – 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis

509 pages – Paris, Éditions Demi-Lune, 2010
(Collection Résistances)

Titre original :
The Road to 9/11 : Wealth, Empire and the Future of America





Peter Dale SCOTT né le 11 janvier 1929, universitaire canadien et professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Berkeley, Californie, est l’auteur de près d’une douzaine de livres, capitaux pour la connaissance des mécanismes du pouvoir U.S. : une mine pour qui veut comprendre ce qui se cache sous l’inversion orwellienne de la rhétorique pseudo-démocrate.

Pour la première fois, un de ces livres vient d’être publié en français. Grâces en soient renduesz aux vaillantes éditions Demi-Lune. C’est un événement. Et c’est pourquoi je vous propose de lire, pour faire sa connaissance,  l’interview que l’auteur vient d’accorder au Réseau Voltaire :


http://www.voltairenet.org/article169307.html

 

 

Bricmont Impérialisme humanitaire.gif

 

 

 

Jean BRICMONT

IMPÉRIALISME
HUMANITAIRE

Droits de l’homme, droit d’ingérence,
droit du plus fort

Bruxelles, ADEN, 2005






Bricmont Chomsky L'Herne.jpeg

 

 

 Noam CHOMSKY 
Jean BRICMONT

RAISON CONTRE POUVOIR
LE PARI DE PASCAL

Paris, Cahiers de L’Herne, 2010




 

Sans oublier le réjouissant et indémodable :


bricmont sokal impostures.gif

 

 

 

 

Alan SOKAL
Jean BRICMONT

IMPOSTURES INTELLECTUELLES

Paris, Odile Jacob, 1997









COUV-Staline.jpg

 

 Domenico LOSURDO

STALINE
Histoire et critique d'une légende noire

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Postface de Luciano Canfora

Bruxelles, ADEN, 2011


 

Depuis la mort de Louis Aragon – et sans doute même avant – personne n’avait plus osé prononcer le nom de Staline sans cracher dessus. C’est que les petits Machiavels de la Guerre Froide – éblouis par la divine surprise du « Rapport Krouchtchev » - avaient fait le nécessaire pour que les propagandistes stipendiés n’y aillent pas avec le dos de la louche dans l’entreprise de démonisation qui dure encore. On était donc passés du tabou Staline-intouchable des PCF, PCI, PCB & C° au tabou Staline-cracra frère jumeau d’Hitler. Et chacun d’oublier que nul autre que lui – aidé de toute l'URSS et au prix de 25 millions de morts, certes – n’avait pu vaincre Hitler, et ainsi éloigner de l’Europe, pour au moins un  demi siècle, le spectre du nazisme. Et si le spectre du nazisme est revenu, à qui la faute ?

Staline fut-il un enfant de choeur ? Sûrement pas. Je me permets de rappeler ici la constatation laconique et plus que jamais d’actualité de mon camarade Saint-Just : « Personne ne gouverne innocemment ». Je me souviens par ailleurs d’un Henri Guillemin sur la fin de sa vie, répétant passionnément : « Je voudrais bien savoir qui était Staline ». Grâce à Domenico Losurdo, qui fait enfin sauter le verrou du terrorisme intellectuel, nous avons une petite chance de le savoir un jour. Il ne reste plus aux jeunes et aux futurs historiens qu’à chercher honnêtement, dans sa foulée, ce qui se rapproche le plus de la vérité historique. Quelles furent les circonstance ? Quels furent les dilemmes ? Quels furent les choix ? Quelles les erreurs ? Quelles les réussites ?  Bref, un vrai travail d’historiens.

Cet essai, dit l’éditeur, est une approche à la fois historique, historiographique et philosophique – qui, comme en Italie à sa sortie, ne manquera pas de susciter de vives polémiques.

Les polémiques ont, en effet, déjà commencé. Voir, par exemple, l'article de Jean-Jacques Marie, dans La Quinzaine littéraire (n°1034, du 16 au 3& mars 2011), intitulé  "Le socialisme du goulag".

Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbino (Italie), Domecico Losurdo dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo.

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Qu’on me permette encore de mentionner ici deux livres sortis depuis quelque temps, mais qui m’ont  causé un plaisir extrême. Plaisir amer – ceux qui les liront comprendront pourquoi – mais certain.


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José SARAMAGO

le cahier

Textes écrits pour le blog.
Septembre 2008 – Mars 2009

 

Traduit du portugais par Marie Hautbergue
Préface d’Umberto Eco

Paris, Le Cherche midi, 2010, 243 pages.


 José Saramago est devenu blogueur à 87 ans. Ce livre est la mise en volume de ses « posts » quotidiens pendant huit mois. Écrites au fil de la plume et des humeurs, mais aussi – et même surtout – de l’actualité, les réflexions et les indignations du cahier sont l’exact pendant portugais des conversations italiennes de Camilleri et Lodato qui suivent.

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Andrea CAMILLERI  e Saverio LODATO

UN INVERNO ITALIANO
Chronache con rabbia 2008-2009

Milano,  Chiarelettere, 2009
Collana « Reverse », 340 pages.

non traduit.



 « Je ne crois pas que nous en soyons déjà au pire des mondes possibles. Mais nous faisons tout notre possible pour qu’il le devienne. » (Andrea Camilleri)

« À la mi-novembre 2008, je suis allé trouver Andrea Camilleri, que je connais depuis La linea della palma (Rizzoli, 2002), le livre dans lequel il m’avait raconté sa vie. Que pouvions-nous encore faire ensemble ? Que pouvions-nous inventer pour offrir à quelque lecteur de bonne volonté une «pilule» quotidienne d’indignation civile ? Un petit kit de survie dans une mer démontée de lieux communs, de vérités domestiquées et de versions du régime ? Les vieux auteurs d’histoires de mer racontent que, dans les cales des bateaux, il y avait toujours toute une provision de barils d’huile, qui, en cas de bourrasque, servaient à faire tenir les flots tranquilles, au moins à l’entour du bateau, donnant ainsi à l’équipage le temps de décider ce qu’il fallait faire. Que ce soit vérité ou légende, l’exigence, pour nous, était exactement celle-là : éviter d’être quotidiennement submergés par le flot des bavardages, l’océan du grand guignol, réussir à élever un petit brise-lames qui dure au moins vingt-quatre heures. C’est ainsi qu’est née la rubrique « Lo chef consiglia » (« Le plat du chef »). Que la direction de L’Unità ait accepté avec enthousiasme d’héberger dans sa petite cale cet insolite chargement de barils d’huile est un honneur dont nous lui savons gré. » (Saverio Lodato).

Andrea Camilleri, né à Porto Empedocle (Sicile) en 1925, est un auteur et un metteur en scène de théâtre, de télévision et de radio, devenu mondialement célèbre sur le tard grâce à ses romans policiers mettant en scène le commissaire sicilien Montalbano. Ses livres sont entrés de son vivant dans la prestigieuse collection Meridiani, équivalent italien de La Pléiade. Ils sont généralement traduits en français par Serge Quadruppani. Andrea Camilleri vit à Rome avec son épouse. Il a trois filles et quatre petits-enfants.

Saverio Lodato, né à Reggio Emilia en 1951, est un journaliste qui a commencé sa carrière, en 1979, à L’Ora. En 1980, il est entré au quotidien L’Unità, pour lequel il écrit toujours. Il a été arrêté en 1988 pour avoir publié le journal du maire de Palerme Giuseppe Insalaco et les confessions du repenti Antonino Calderone. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, publiés chez Rizzoli, Garzanti et Mondadori, traitant presque toujours de la vie politique dans son pays et de la mafia. Je me risquerai à dire que les livres de Saverio Lodato sont à l’Italie ce que ceux de Peter Dale Scott sont aux États-Unis.

 

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Catherine L.



13:52 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/03/2011

On leur vend des armes...

       

        On leur vend des armes, et


         ILS S’EN SERVENT, les gougnafiers !

nef des fous noir.jpg

 

NEF DES FOUS
(suite et pas fin)

 

Attention ! « Wallonnes », hein, les armes. Pas belges.

Nous ne comprenons pas bien, sur cette dunette, ce qui se passe en Libye, quoique des explications commencent à être ici et là proposées.

Ce qui est sûr, c’est que les foules en révolte
de Tunisie et d’Égypte n’avaient pour armes que leur nombre et leurs corps si aisément transperçables.

Or, voilà-t-il pas  que les si vite et si facilement qualifiés de « révolutionnaires », en Libye, se trimballent avec, à la main, bien visibles sur des vidéos, des armes en provenance de la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre de Herstal, livrées naguère au gouvernement libyen.

Comment se fait-ce ?

Comment des civils opprimés ont-ils, en deux coups de cuillère à pot, réussi à faucher leurs armes à des militaires de carrière assurément entraînés et à prendre le contrôle de plusieurs villes, le temps de même pas dire ouf ? Comment se fait-il qu’on évacue les ressortissants européens présents (« quelques centaines » par pays, selon les sources qui se disent autorisées) et pas les Américains (« plusieurs milliers » selon les mêmes) ? Ou avons-nous raté quelque chose ?

Considérant que la nature des guerres a bien changé depuis feu Clausewitz et que la dernière mode veut qu’on ne les déclare plus – à quoi bon perdre du temps en fariboles d’un autre âge ? – mais qu’on se contente de s’infiltrer, avec armes et bagages, dans les pays-cibles -  souverains certes, mais qui est souverainiste ?  et il faut bien que les ONG servent à quelque chose – et de les combattre, de l’intérieur de leurs frontières..., en personne, via des « contractants » à la nationalité élastique ou par traîtres interposés (Verts en Iran, Tchétchènes en Russie, Sunnites chez les Chiites, Chiites chez les Sunnites, etc. etc.), à coups de trains qui déraillent, de feux qui prennent tout seuls, de bombes qui explosent dans des métros bondés, mais aussi, mais surtout, d’assassinats ciblés dont le plus drôle est qu’on peut même en accuser les propres autorités de ces pays qui se mêlent de résister...

Considérant tout cela et bien d’autres choses encore, les Libyens sont-ils en train de vouloir virer leur vieux parce que l’exemple tuniso-égyptien leur est monté à la tête ?...  ou les fins stratèges de la Zunie et d’ailleurs (en gros : Israël et nous) sont-ils en train de profiter de la vague d’exaspération qui a fait voir rouge aux populations opprimées du monde arabe, pour se déguiser en grand-mères et faire croire aux indécrottables petits Chaperons de Dindenault (faites pas attention : private joke) que c’est le grand méchant loup Kadafi qui tire sur ses foules critiquantes et pas eux du tout ?

C’est que, d’une part, il y a vraiment beaucoup de pétrole et de gaz en Libye, au point que la Russie allait justement y construire avec l’Italie un pipe-line vers icelle, et que, d’autre part, les armes de destruction massive de la 4e armée la plus puissante du monde sont un peu raides à faire avaler à propos de ce pays. Jouerait-on pas à « Ce soir on improvise » ? Ah, quelle belle chose que le bonneteau ! Et qu’il est facile (presque trop), quand on dispose d’un chef de gouvernement qui s’habille de façon si bizarroïde et qui parle un dialecte que personne ne comprend, de fabriquer du consentement !

Consentement à quoi ? Euh, à une intervention armée « pour raisons humanitaires »...  à l’imposition d’une no fly zone (strictement la même chose)...  à l’agitation « révolutionnaire » des foules (d’au milieu d’elles avec un faux nez)...  de l’introduction de mercenaires déguisés en nationaux, comme on le fait absolument partout, y compris chez les alliés...  le choix est vaste, et quand on a les moyens...

Nos valeureux et si crédibles médias sont trop contents d’obliger. Il faut les entendre parler de «peut-être des centaines, voire des milliers de morts » au conditionnel («  il y aurait ») et glisser, en moins d’un quart d’heure, à « des milliers de morts » tout court.  Si on ose dire.

 

armes fn herstal.jpg

 

Brèfle, comme résumait l’immortel Béru, si nous, Belges (pardon : Wallons) avons vendu des armes au colonel Muammar ou à quiconque d’autre gouverne par les armes, ce n’est déjà pas glorieux, mais si nous en avons équipé, en sachant ce que nous faisions, des forces spéciales d’intervention ouverte ou masquée, zuniennes ou otanesques, pour leur permettre d’envahir un pays souverain sous drapeau sac de riz humanitaire, c’est alors la complète et très abjecte forfaiture, la complicité bien épaisse et bien servile dans le meurtre de masse, qui mérite, sans l’ombre d’un doute, la qualification de crime contre l’humanité. On me dira : « un de plus, un de moins »... C’est vrai. Je me permets quand même de rappeler que les politiciens qui s’amusent à ces choses les font en notre nom, grâce à nos bulletins de vote et ne le pourraient si nous ne leur payions des impôts. Ceux que cela ne gêne pas peuvent se rendormir.



*


Dans le but d’éclairer notre propre lanterne, et la vôtre le cas échéant, nous avons lu une bonne partie de ce que publient les agences d’information respectables du web, et nous en avons, à ce stade, retenu deux. 

Sur Global Research, le 24 février, sous le titre La Libye et l’impérialisme, Sarah Flounders, se posait les mêmes questions que nous et rappelait quelques faits de base.  Je résume :

 

Libye pétrole carte.JPG

 

Quel est le caractère de l’opposition au régime de Kadafi ?

Est-ce par simple coïncidence que la rébellion ait commencé à Benghazi, qui est le champ pétrolifère le plus riche du nord de le Libye et  proche de ses pipe-lines de pétrole et de gaz et des ses ports LNG (1)

Quel risque y a-t-il d’une intervention militaire impérialiste, qui représenterait le danger le plus grave pour tous les peuples de la région ?

Et de rappeler que la Libye n’est pas l’Égypte et que Muammar Kadafi n’est pas une marionnette des impérialistes comme l’a été Hosni Moubarak. Depuis de nombreuses années, Kadafi est allié à des pays et à des mouvements qui combattent l’impérialisme. Lorsqu’il a pris le pouvoir en 1969, par un coup d’état militaire, il a nationalisé le pérole libyen et a employé beaucoup de la richesse engrangée pour développer l’économie libyenne. Les conditions de vie de la population se sont améliorées de façon peu ordinaire.

Pour cette raison, précisément, les impérialistes étaient et sont déterminés à détruire la Libye. Les États-Unis, pour ne citer qu’eux, ont lancé, en 1986, sur Benghazi et Tripoli, des attaques aériennes qui ont fait soixante victimes, dont une petite fille : la propre fille de Kadafi. Ce détail n’est jamais mentionné par nos médias, maintenant moins que jamais. Des «sanctions» aussi effrontées que dévastatrices ont été imposées, tant par les USA que par l’ONU, dans le but de détruire l’économie libyenne.

Après que les États-Unis aient montré de quoi ils étaient capables en envahissant l’Irak en 2003 et en rasant pratiquement Bagdad jusqu’au sol dans une campagne de bombardements que le Pentagone, jamais en retard d’un infantilisme, a fièrement intitulée « shock and awe » (vous pouvez traduire : « frapper pour terroriser »), Kadafi a tenté d’éviter un sort semblable à la Libye en faisant de grosses concessions politiques et économiques aux impérialistes. Il a ouvert l’économie aux banques et aux multinationales étrangères ; il s’est soumis aux exigences  du FMI (vous savez, les fameux « ajustements structurels », sinon, demandez aux Grecs), acceptant de privatiser beaucoup d’entreprises qui étaient jusque là propriété publique, et de réduire les allocations de l’état en matière de nourriture et d'énergie. Bref, le programme de destruction sociale habituel (si vous ne voyez pas, demandez à DSK).

Le peuple Libyen souffre de l'augmentation du coût de la vie et du manque de travail, comme les populations de partout.

Il est certain que ce qui agite en ce moment le monde arabe en lutte contre l’injustice économique et le manque de liberté politique n'est pas resté sans écho en Libye. Il est certain aussi qu’une partie non négligeable de la population est mécontente du régime de Muammar Kadafi.

Cependant, il importe de savoir que les leaders de l’opposition exaltés par l’Occident sont des agents de l’impérialisme, à l’oeuvre depuis longtemps. Le 22 février, la BBC a montré avec délectation une foule, à Benghazi, en train d’arracher le drapeau libyen et de le remplacer par celui de l’ex-roi Idris. Ce monarque n’a été rien d’autre que la marionnette des impérialismes US et britannique.

Les médias occidentaux basent toutes leurs informations sur des faits supposés, qui leur sont rapportés par le groupe d’opposants en exil Front National pour le Salut de la Libye, qui a été entraîné et financé par la CIA. Tapez dans Google le nom du Front plus CIA et vous verrez apparaître des centaines de références (plus encore si le vous tapez en anglais : National Front for the Salvation of Libya + CIA).

Le Wall Street Journal a écrit, dans son éditorial du 23 février, que « les États-Unis et l’Europe doivent aider les Libyens à renverser le régime de Kadafi » Curieux, dit Sara Flounders, il n’est pas question, dans les salles de réunion et les couloirs de Washington, d’intervenir pour aider les peuples du Koweit, de l’Arabie Saoudite ou de Bahrein à renverser leurs dictateurs. Même par de simples paroles verbales, de faux encouragements aux mouvements de masses qui secouent la région. Et pour ce qui est de la Tunisie et de l’Égypte, les mêmes impérialistes sont en train de tirer toutes les ficelles qu’ils peuvent pour ôter ces mêmes masses des rues.

Il n’a pas été question non plus d’une intervention US pour aider le peuple palestinien de Gaza, alors que des milliers sont morts du blocus, des bombardements et des invasions d’Israël. Au contraire ! Les États-Unis sont intervenus pour empêcher toute condamnation des scandaleuses colonisations de l’état sioniste.

Les raisons de l’intérêt des impérialistes pour la Libye ne sont pas difficiles à trouver. Bloomberg.com a écrit le 22 février que, si la Libye est le 3e producteur de pétrole d’Afrique, elle a aussi les plus larges réserves prouvées du continent : 44.3 milliards de barils. C’est un pays dont la population n’est pas très élevée, mais qui a le potentiel qu'il faut pour faire faire d’énormes profits aux géants du pétrole. C’est ainsi que les super-riches voient les choses, et c’est ce qui est sous-entendu lorsqu’ils prétendent se faire du souci pour les droits démocratiques du peuple libyen.

Pour les barons impérialistes du pétrole, il n’est pas suffisant d’obtenir des concessions de Kadafi. Ce qu’ils veulent, c’est un gouvernement dont ils soient les propriétaires et qu’ils puissent manoeuvrer à leur guise. Ils n’ont jamais pardonné à Kadafi d’avoir renversé la monarchie et nationalisé le pétrole. Fidel Castro, de Cuba, dans sa chronique « Réflexions » rappelle l’avidité de l’impérialisme pour le pétrole et met en garde contre une intervention militaire en Libye. (2).

Il y a, aux États-Unis, des forces qui sont occupées à tenter de mobiliser la rue en faveur d’une telle intervention. Nous devons nous y opposer avec la dernière fermeté, et rappeler à ceux qu’on tente une nouvelle fois d’abuser les millions de morts causés par les interventions US en Irak et en Aghanistan.

Les progressistes éprouvent de la sympathie pour ce qu’ils voient comme un mouvement populaire en Libye. Si c'en est un, la meilleure manière dont nous puissions l’aider est de soutenir ses revendications légitimes, tout en rejetant les interventions impérialistes quelques formes qu’elles prennent. C’est le peuple Libyen qui doit décider de son avenir et personne d’autre.


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Sara Flounders est membre du secrétariat du WWS (Workers World Party). Elle écrit régulièrement dans le » journal Workers World.
Elle dirige l’IAC (International Action Center), un groupe activiste qui s’est formé autour de l’ex-Attorney General des États-Unis Ramsey Clark. L’IAC soutient les mouvements anti-impérialistes, où qu’ils soient dans le monde, et s’oppose aux interventions militaires américaines en toutes circonstances.

Elle est aussi l’auteur de plusieurs livres sur des sujets divers,  notamment :

 

* Flounders, Sara (1998), NATO in the Balkans : Voices of Opposition by Ramsey Clark and others, World  View Forum, ISBN 0-9656916-2-4

* Flounders, Sara (1998), Challenge to Genocide : Let Iraq Live, World View Forum, ISBN 0-9656916-4-0

_________________    

(1) Les ports LNG  sont des « liquified natural gas terminals », autrement dit des ports construits tout exprès pour expédier le gaz naturel à de grandes distances.
(2) Cette « Réflexion » a été publiée par Le Grand Soir, sous le titre : Le plan de l’OTAN est d’occuper la Libye.

 

*

 

La seconde réflexion est celle que nous a envoyée Robert BIBEAU, de Québec.

 

Le parricide. La guerre civile en Libye

 

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La Libye

Le territoire libyen est immense (1,8 M. km2, soit trois fois la France) et sa population, clairsemée (6,8 millions d’habitants), est très urbanisée (86 % de citadins et 14% de ruraux). Ce peuple jeune a un taux de fécondité parmi les plus élevé au monde et près de la moitié de la population a moins de 15 ans. Les tribus berbères originaires de Tripolitaine, du Fezzan et de Cyrénaïque ont été arabisées, islamisées, urbanisées et alphabétisées (89%), puis industrialisées (industrie : 50% du PNB avec le pétrole). Le pétrole constitue l’essentiel des exportations du pays alors que les produits de consommation sont tous importés de l’étranger. La Libye est donc un pays très dépendant de l’extérieur, vulnérable et fortement soumis aux pressions économiques, financières, diplomatiques et politiques internationales. Qui est dépendant des puissances impérialistes ne saurait prétendre soutenir une politique national indépendante et souveraine. Aussi les déclarations tonitruantes de Kadhafi ne sont-elles que les bouffonneries d’un polichinelle pathétique.

Le chômage y est endémique (30%) comme dans le reste de l’Afrique. Même si le revenu moyen par habitant (14 000 dollars) est le plus élevé d’Afrique du Nord les disparités régionales sont importantes. Comme ces disparités épousent la géographie de la répartition des tribus ancestrales, la présente insurrection armée se marie avec le ressentiment populaire, qui se confond quant à lui avec la carte de la distribution très inégale de la richesse. C’est ce qui faisait dire aux insurgés de Tobrouk que Kadhafi de Tripolitaine n’avait jamais rien fait pour le peuple de Cyrénaïque depuis le roi Idris Ier, qu’ils auraient aimé ressusciter.

A Tobrouk, dans l’est, une manifestation a réuni un millier de personnes. Les manifestants brandissaient des drapeaux de la monarchie libyenne du roi Idris Senoussi qui s’est imposé comme un symbole de l’insurrection. « Ils n’ont jamais rien fait pour nous, dans l’Est : tout ce que vous pouvez voir a été construit par le roi Idris, renversé par Kadhafi en 1969 », assure Khaled Abdul Aziz, un sergent de police.


L’insurrection armée

 

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L’insurrection libyenne a ceci de particulier que depuis le début des hostilités de nombreux mutins sont armés, ils savent manier les armes lourdes et ils ont infligé des pertes importantes aux forces de l’ordre. Ce n’est pas usuel, dans un pays où le service militaire n’est pas obligatoire et dont l’armée est fragile. Les hommes des tribus sont armés, mais dans les zones rurales seulement, ce n’est pas le cas des gens des villes, qui forment tout de même l’immense majorité de la population libyenne. Au début du soulèvement, les défections dans l’armée ont été minimes, si bien que ce retournement des armes ne peut expliquer les premiers revers du clan Kadhafi. Il n’est pas non plus concevable que quelques milliers de citoyens révoltés inexpérimentés se soient emparés des équipements dans les casernes et aient spontanément pu tuer tant de soldats et de policiers ; ni qu’ils aient connu instinctivement les techniques de camouflage et de guérilla urbaine. En effet, le nombre de victimes est relativement peu élevé après plus d’une semaine de « carnage » aérien et terrestre. Tout cela ne colle pas : on nous cache tout, on ne nous dit rien… Ou bien, alors, on nous ment.

 

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Le foyer de la guerre civile trouve son origine à Benghazi qui brade le pétrole du pays à l’Europe et qui en est à sa troisième insurrection en 15 ans (1996, 2006 et 2011), alors que Tripoli est restée fidèle au « Guide de la révolution » de la Jamahiriya arabe libyenne. Depuis son accession au pouvoir en 1969, Kadhafi a mis sur pied une structure de gouvernance qui s’appuie en partie sur les vieilles organisations tribales et en partie sur les Comités révolutionnaires. Ceux-ci, avec le temps, ont été peu à peu dépouillés de leur pouvoir, particulièrement depuis que le « Guide révolutionnaire » a été réhabilité par George W. Bush, lequel a mis fin au boycott de la Libye. En effet, les entreprises américaines étaient les seules à respecter l’embargo alors que les entreprises européennes et chinoises investissaient massivement au pays du « terroriste » devenu soudainement fréquentable. Les firmes BP, Royal Dutch Shell, Total, Basf, Statoil, Rapsol et Gazprom exploitent aujourd’hui le pétrole libyen (1,8 millions de barils par jour, troisième producteur d’Afrique).

Un règlement de compte entre clans est toujours sanglant et n’a jamais rien d’attrayant, mais cela a bien peu à voir avec une révolution populaire. La révolte libyenne est une guerre civile atroce comme la Somalie, le Liban, le Soudan et l’Afghanistan en ont connues. Pas de héros, ni d’un côté, ni de l’autre, seulement des paumés pris en tenaille entre les deux camps. Tous les clans sont coupables d’exactions et tous les clans embauchent des mercenaires. Pourquoi soutenir un clan meurtrier plutôt qu’un autre ? Dans une alliance tribale, il y a des rituels et des traditions, une façon de transmettre le pouvoir d’un chef à un autre et, surtout, des principes dans l’attribution du butin des rapines. Ces dernières années, Mouammar Kadhafi n’a respecté aucune de ces règles, aucune de ces traditions. Il a monopolisé le fruit du pillage de l’État entre les mains de sa famille et de sa tribu, il a spolié les autres tribus. La réponse, soutenue en sous-main, est venue des hauts-plateaux : les tribus flouées sont descendues des versants et sont venues à Tripoli lui faire payer le prix de sa cupidité et de sa duplicité, faisant la jonction avec toute une jeune génération qui, depuis sa naissance, n’a connu aucune autre figure politique que l’homme du « Livre vert » et dont le ras-le-bol est devenu évident.

Faut-il choisir le clan de Mouammar Kadhafi, ou celui de son concurrent Al-Houni, son ancien compagnon de révolte, ou encore le clan de l’un ou l’autre de ses fils ? De la façon dont le conflit évolue, les insurgés désigneront eux-mêmes le prochain dictateur libyen. Il n’est même pas certain qu’ils le feront entériner par scrutin. Ils voudront d’abord supputer les chances du « désigné » de gagner l’élection truquée. Si leur challenger risque de perdre au vote, il n’y aura pas plus d’élection qu’il n’y en a eu au cours des quarante-deux dernières années.


Intervention – invasion ?

Depuis Kouchner, et même avant, les Droits de l’homme ont toujours servi à préparer le terrain pour les envahisseurs. Avant-hier, les États-Unis sont allés libérer les Irakiens de la poigne de Saddam Hussein-le-sanguinaire ; un million de morts plus tard, ils quittent l’Irak ravagé. Hier, ils sont allés libérer les femmes afghanes des Talibans. Des centaines de milliers de cadavres (de femmes notamment) plus tard, ils négocient leur retrait d’Afghanistan avec les Talibans « terroristes modérés ».

Aujourd’hui, un consortium étranger formé de Human Rights Watch, d’Amnesty International, de la Fédération internationale des ligues de Droits de l’Homme (FIDH) et de l’ONG Human Rights Solidarity réclame une intervention militaire pour assurer la victoire d’un des clans d’insurgés. Pour ce faire, ils répandent des histoires d’horreur à propos des seuls mercenaires de Kadhafi, semblables à celles qui ont été diffusées à propos d’incubateurs débranchés par les hordes barbares de Saddam (sic) au Koweït, ou encore ces fadaises à propos de charniers géants découverts à Timiþoara puis disparus après l’exécution de Ceauþescu en Roumanie (re-sic).

Mais il est peu probable que l’OTAN envoie un contingent de troupier en Libye parce que, d’une part, elle en prend déjà plein la gueule en Afghanistan, où tous les alliés des Américains ne songent qu’à lever le camp et à rentrer chez eux. D’autre part, une intervention des soldats de l’OTAN ne servirait qu’à mettre le pays sous tutelle américaine. Les puissances européennes membres de l’OTAN se sont déjà fait arnaquer en Irak ; elles ont contribué à l’écrasement de Saddam et à la destruction de la nation irakienne pour se retrouver exclues de la saignée du pays, par la suite. La France, qui avait une position dominante dans l’Irak de Hussein, en conserve un goût amer.

Depuis et avant que le gouvernement Bush ait réhabilité Kadhafi « le voyou », ce sont surtout les Européens qui ont profité de la manne libyenne. Les multinationales américaines sont arrivées sur le tard, si bien que la Libye exporte 85 % de son pétrole vers l’Europe et le reste vers la Chine, le tout, sans transiter aucunement par les entreprises américaines : une situation inacceptable, pour la superpuissance décadente. Les concurrents des USA n’ont pas à être affranchies de la puissance de tutelle, pense Obama.

Les États-Unis souhaiteraient peut-être une intervention aérienne de l’OTAN (visant à empêcher le clan Kadhafi d’utiliser ses avions de façon à faire basculer le rapport de force militaire en faveur des clans insurgés), si les mercenaires rebelles ne parviennent pas à renverser le « Guide », mais leurs alliés européens dans l’OTAN n’accepteront pas de fournir de contingents et préfèreront une intervention sous le haut-patronage de l’ONU, de façon à conserver le contrôle du pays après l’intervention militaire étrangère.

En ce qui a trait à un hypothétique contingent africain sous bannière de l’OTAN, il est trop tôt pour y songer, le traité de coopération OTAN-Union Africaine n’est pas encore ratifié et le Commandement Africa (AfriCom), le principal instrument de pénétration États-unienne sur le continent, n’est pas prêt pour une telle intervention. Rien à craindre, les soldats de l’OTAN n’iront pas mourir à Tobrouk sur les tombes de l’Afrika Corps.

La Grande-Bretagne, ancienne puissance colonisatrice de l’Égypte, maraude en eau trouble ces jours-ci et il n’est pas impossible que le Premier ministre Cameron suggère à l’État-major toujours en place de l’ex-dictateur Moubarak une intervention « humanitaire » musclée en sol libyen afin de sauver la mise Britannique.


Le ver est dans le fruit

Le premier fils du second mariage de Kadhafi, Saïf al-Islam, aujourd’hui en disgrâce mais qui fut un temps l’héritier putatif du « Guide de la révolution », a mené les négociations pour la ruée tardive des multinationales américaines dans le pays. C’est lui qui a proposé un train de réformes de ce qui tient lieu de constitution afin de le rendre plus conforme au mode de gouvernance occidental et de départir les Comités populaires de toutes leurs prérogatives. Il y a quelque temps, il a ordonné la libération de centaines d’islamistes des geôles libyennes, en préparation de l’insurrection qu’il manigançait. C’est l’homme lige des Occidentaux, mais il n’est probablement pas leur préféré, tant il est difficile de prévoir la réaction de la population libyenne à la résurrection de ce poltron, ce qui expliquerait l’atermoiement des puissances impérialistes quant à une intervention en faveur de l’une ou de l’autre faction dans l’insurrection clanique armée en cours au pays du « Livre Vert ».

Le peuple libyen et la classe ouvrière libyenne abusés par cet écheveau meurtrier, victimes collatérales de cet affrontement tribal sanglant, parviendront-t-ils à tirer leur épingle du jeu et à renvoyer dos à dos tous ces prétendants illégitimes et à défendre leurs intérêts propres au milieu de cette catastrophe ? Il le faudrait bien, pourtant.

Robert BIBEAU


Un fils Kadhafi n’exclut pas une guerre civile. 26.02.2011. http://www.europe1.fr/International...

Bras de fer au sommet. Jeune Afrique. 12.01.2010. http://www.jeuneafrique.com/Article...

Libye : quel rôle jouent les tribus ? Le Monde 24.02.2011. http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

La Libye dans le grand jeu du nouveau partage de l’Afrique. Manlio Dinucci. Mondialisation. 25.02.2011. http://www.mondialisation.ca/index....

Urgent. Libye Kadhafi fragilisé par la défection des deux derniers membres du groupe des ‘officiers libres ». René Naba Mondialisation 23.02.2011. http://www.mondialisation.ca/index....

L’aveuglement de l’Europe a été criminel. Libération. 23.02.2011. http://www.liberation.fr/monde/0109...

Crise lybienne : Kadhafi va tenir, en Cyrénaïque la révolte est endémique. Angelo del Bocca, Tomasso di Francesco. Investig’Action. 25.02.2011. http://www.michelcollon.info/Crise-...

Lybie : le plan de l’OTAN est de l’occuper. Fidel Castro. http://www.legrandsoir.info/Le-plan...

Faut-il intervenir militairement en Libye ? Alain Gresh. 24.02.2011. http://www.palestine-solidarite.org...

 

*

 

Pendant ce temps,

À Lahore...
(Pakistan)

 

 

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Un citoyen apparemment américain, se faisant appeler Raymond Davis (il y en a eu un vrai, mais il est mort depuis longtemps), qui se promène armé d'un Glock (1), d'une lampe flash montée sur bandeau de tête et d'un télescope de poche, tire dans le dos de deux jeunes motocyclistes pakistanais (cinq balles en tout) et les tue. Tout cela au milieu d'une foule. Une voiture qui attendait non loin fonce pour l'évacuer, tuant au passage un peu chanceux piéton, et tout ce petit monde... va se jeter dans les bras de la police pakistanaise.

« Raymond Davis » invoque la légitime défense : les jeunes gens s'apprêtaient à le voler. Hélas, trop de témoins oculaires les ont vus fuir. Et la police pakistanaise n'a pas pour habitude de confondre des agents de ses services secrets avec des voleurs à la tire.

 

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Gagnons du temps :

Les autorités pakistanaises soupçonnaient Raymond Davis de choses inavouables, estimées dangereuses pour la sécurité de leur pays. En réalité, ils avaient bien plus que des soupçons et les deux jeunes agents étaient non seulement chargés de le filer mais de le prendre si possible sur le fait, au moment où il rencontrerait des terroristes talibans et/ou des membres d'Al Qaeda, ceux-là mêmes que les États-Unis sont censés combattre sur le sol du Pakistan allié, main dans la main avec son armée. À la lumière de ce qu'elles savent déjà, l'occision de leurs deux jeunes militaires prend plutôt des allures de guet-apens, maladroitement maquillé en rixe urbaine. La voiture dépanneuse, surtout, fait pencher leur intime conviction dans ce sens.

En un mot comme en cent, Raymond Davis est un terroriste au service des États-Unis, en mission de déstabilisation (au mieux) ou chargé d'actes de guerre sur le sol et à l'encontre d'un allié de longue date (au plus probable). Pour ménager les apparences, il n'appartient pas ou pas officiellement aux effectifs de l'armée américaine, mais à une des nombreuses firmes privées de « contractants », qui sous-traitent ces choses pour le compte de dame CIA. Et le « contractant » a merdoyé ou, comme eût dit notre bon maître Rabelais, « découvert le pot aux roses ».

Généralement, ce genre d'erreurs d'appréciation (ce ne sont que des métèques, on est les plus forts, qu'ils s'écrasent) se règle à l'amiable, entre Grand Frère Yankee et marionnette localement au pouvoir. Or, cette fois, des circonstances locales particulières, du genre les Wallons sont à ma botte, mais voilà que j'ai fait l'andouille chez les Flamands (ou l'inverse), ont fait gripper la machine. Le rouleau compresseur US est à l'arrêt, bloqué l'air bête en plein carrefour.

La marionnette nationale (Président de la République) se gratte le nez, multiplie les déclarations d'allégeance et les propos rassurants, mais oui, mais oui, on va vous le rendre votre « diplomate » (car, entretemps, on a décidé qu'il l'était). Elle est aussitôt démentie par la police et la magistrature fédérales, sur le territoire desquelles fut commis le forfait, qui tiennent leur prisonnier, et qui entendent que justice soit faite in situ et selon les lois du pays. Je ne vous parle pas de la réaction des foules pakistanaises, toutes régions confondues, vous allez la voir.

Le de plus en plus pâle président de paille des États-dits-Unis-mais-pas-tant-que-ça a beau prendre un ton comminatoire pour réclamer son exécuteur de basses oeuvres, invoquer l'immunité diplomatique et rouler des biceps... Les biceps, quand on n'en a plus ou qu'ils ont fondu, ne roulent plus.

On en est là. À force de se croire tout permis et de mépriser avec une sublime arrogance tout ce qui n'est pas soi, on finit par se prendre les pieds dans sa toge. L'Histoire est pourtant pleine de ces trébuchements. Demandez aux Grecs et à Zeus ce que hubris veut dire.

Ainsi donc, pendant qu'on amuse les bons peuples de partout en leur agitant sous le nez la muleta kadafique (les malheureux Libyens vont peut-être payer fort cher la nécessité d'une urgente diversion), le résultat des courses est qu'on est au bord d'un conflit ouvert entre les États-Unis et un de ses deux principaux alliés au Moyen Orient (Israël étant hors concours), allié dont ils ont mortellement besoin, empêtrés qu'ils sont dans les sanglants bourbiers irakien et afghan. Déjà que le chaudron égyptien continue à bouillonner jusqu'à peut-être un jour déborder... mais, au moins, l'Égypte n'a pas la bombe atomique.

Fidèle à notre principe de vous dire ici quelques mots de ce dont vos médias chéris ne vous parlent pas, ou alors à la va-vite, ou en vous mentant, ou les deux, nous avons pêché, dans le raz-de-marée de commentaires et de supputations qui inondent le net, deux opinions qui en valent bien d'autres. La première est une réaction presque à chaud d'un chroniqueur US indépendant. La seconde, celle d'un officier pakistanais à la retraite. Que sortira-t-il de cette poudrière ? Ils ne le savent ni l'un ni l'autre, mais tous deux craignent le pire. Ils ne sont pas les seuls.

________________  

(1) Pistolet mitrailleur automatique, fabriqué à base de polymères qui le rendent indétectable par les contrôles à infra-rouges des aéroports.



*




Pakistan : l’affaire Raymond Davis. Un agent de la CIA, accusé d’un double-meurtre, révèle d’étranges accointances.

 

Mike WHITNEY

pour Information Clearing House.
24 fébrier 2011.

Lorsque l’agent de la CIA Raymond Davis a abattu deux civils pakistanais en plein jour dans une rue fréquentée à Lahore, il n’imaginait probablement pas que toute la classe politique, à Washington, volerait à son secours. C’est pourtant ce qui est arrivé. Barack Obama, Hillary Clinton, Mike Mullen, John Kerry, Leon Panetta et bon nombre de grosses pointures sont tous intervenus en faveur de Davis. Aucun de ces défenseurs acharnés de « l’état de droit » n’a montré le moindre intérêt pour les victimes ni même pour une enquête qui pourrait découvrir ce qui s’est réellement passé. Oh, non. Ce que Clinton et consorts désirent, c’est de voir leur agent Davis embarqué dans le premier avion pour Langley (siège de la CIA – NdT) afin qu’il puisse recommencer à tirer dans le tas dans une autre partie du monde.

Clinton sait-elle que Davis a tiré cinq balles dans le dos de ses victimes, et qu’il s’est ensuite tranquillement rendu à sa voiture pour prendre un appareil photo et photographier les cadavres ? Sait-elle que les deux soi-disant « diplomates » qui se sont portés à son secours en Land Rover (en tuant au passage un passant) ont été discrètement évacués du pays pour ne pas passer devant un tribunal ? Sait-elle que les familles des victimes sont à présent menacées et agressées pour les empêcher de témoigner contre Davis ? Voici un extrait d’un article du magazine The Nation, publié jeudi dernier :



« Trois hommes armés ont forcé Muhammad Sarwar, l’oncle de Shumaila Kanwal, veuve de Fahim abattu par Raymond Davis, à avaler des pilules empoisonnées après avoir fait irruption dans sa maison à Rasool Nagar, Chak Jhumra.

Sarwar, dans un état critique, a été emporté d’urgence à l’hôpital, où les médecins tentent de le sauver depuis jeudi. Le frère de Muhammad Sarwar a déclaré à The Nation que trois hommes armés avaient fait irruption dans la maison après avoir cassé une vitre. Qu’en entendant le bris de verre, Muhammad Sarwar était sorti. Que les malfrats avaient alors commencé à le rouer de coups. Que les autres membres de la famille, dont des femmes et enfants, qui s'étaient précipités à son secours avaient été pris en otages et battus. Que les trois malfrats avaient ensuite pris tout le monde en otage, sous la menace de leurs armes, et obligé Sarwar à avaler des pilules empoisonnées. »



Bien joué, Hillary. On est en plein dans « l’état de droit » tel qu’on l’entend ici aux Etats-Unis.

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Mais pourquoi toutes ces intrigues et pressions ? Pourquoi le Département d'État invoque-t-il la convention de Vienne sur les relations diplomatiques pour prétendre que Davis bénéficie de l’immunité diplomatique ? Si Davis est innocent, alors il n’a rien à craindre, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas laisser le procès se dérouler au lieu de renforcer l’idée largement répandue que Davis représente une pièce maîtresse dans les opérations clandestines des États-Unis au Pakistan ?

La vérité est que Davis photographiait depuis un certain temps des installations sensibles et des madrasses, le genre d’activité à laquelle se livrent les espions qui cherchent de nouvelles cibles. Il a aussi été en contact étroit avec des membres d’organisations terroristes, ce qui laisse entendre un lien entre la CIA et les attentats perpétrés au Pakistan. Voici un extrait de The Express Tribune de mercredi :



    « Son téléphone portable a révélé des contacts avec deux auxiliaires d’Al Qaeda au Pakistan, Tehreek-e-Taliban du Pakistan (TTP) et le sectaire Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), ce qui fait croire qu’il était impliqué dans les attentats qui ont frappé les forces de sécurité pakistanaises et la population. Ceci indique que l’Amérique travaille avec les Talibans et Al Qaeda contre l’état pakistanais afin de viser, selon un officiel, les installations nucléaires pakistanaises. »



« Al Qaeda » ? La CIA travaille avec des « auxiliaires d’Al Qaeda au Pakistan » ? Pas étonnant que les médias gardent un silence de plomb sur cette affaire.

Évidemment, la plupart des Pakistanais croient maintenant que les États-Unis complotent avec les terroristes pour semer des troubles, affaiblir l’état et accroître leur influence dans la région. Mais n’est-ce pas ainsi que les États-Unis agissent partout dans le monde ?

De plus, beaucoup de gens ont remarqué que les attaques par drones (avions sans pilote – NdT) des États-Unis ont cessé depuis l’arrestation de Davis. Est-ce une coïncidence ? C’est peu probable. Davis était probablement en train de collecter des coordonnées auprès de ses nouveaux copains pour les transmettre au Pentagone. Les bombardement par drones sont extrêmement impopulaires au Pakistan. Plus de 1400 personnes ont été tuées depuis août 2008, la plupart des civils.

Mais il y a plus. Voici un extrait de The Nation (pakistanais) :



    « Un avocat local a présenté à la justice un document affirmant que l’accusé (Davis) préparait une cartographie des lieux sensibles au Pakistan via un système de GPS installé dans sa voiture. Il a ajouté que des puces téléphoniques, des armes à feu et des caméras ont été trouvés sur les lieux du crime le 27 janvier 2011. »



Ainsi, la puce électronique de Davis a permis d’identifier de futures cibles dans les régions tribales. Il est probable qu’il était assisté par des recrues ou des membres locaux de Tehreek-e-Taliban.

De nombreuses affirmations extravagantes ont été formulées quant aux activités menées par Davis, une bonne partie n’étant probablement que pure spéculation. Un article publié par l’agence ANI est alarmant, mais ne fournit aucune preuve. En voici un extrait :



    « Le fonctionnaire américain Raymond Davis, accusé d’un double-meurtre, a été arrêté en possession de documents secrets de la CIA qui indiquent que lui ou le redouté commando US « task force 373 (TF373) » opèrent dans la région et fournissent aux terroristes d’Al Qaeda «des matériaux fissiles nucléaires » et des « agents biologiques », selon le rapport.

Les services de renseignement Russes (SVR) avertissent que la situation dans le sous-continent est devenue « grave » et qu’une guerre ouverte serait sur le point d’éclater entre le Pakistan et les États-Unis, selon The European Union Times...

L’élément le plus sombre de ce rapport du SVR est « l’ISI (Service de renseignement pakistanais) indique que le document classifié de la CIA découvert sur Davis montre que lui et/ou le TF373 ont fourni aux terroristes d’Al Qaeda « des matériaux fissiles nucléaires » et des « agents biologiques » destinés à être utilisés contre les États-Unis dans le but de déclencher une guerre ouverte, afin de pouvoir rétablir l’hégémonie de l’Occident sur une économie globale qui serait sur le point de s’effondrer dans les mois à venir. »



Même s’il est impossible de prouver que c’est faux, tout ceci semble un peu tiré par les cheveux. Mais cela ne signifie pas pour autant que Davis n’était pas occupé à quelque chose d’important. Au contraire. Si Davis travaillait avec Tehreek-e-Taliban (ce qui était le cas selon de nombreuses sources) alors on peut en déduire que la guerre contre le terrorisme n’est qu’une ruse pour camoufler un projet impérial plus vaste. Selon Sify News, le président pakistanais, Asif Ali Zardari, pense que c’est bien le cas. Voici un extrait :



    « Zalmay Khalilzad, l’ancien émissaire des États-Unis en Afghanistan, a un jour qualifié de “pure folie” l’affirmation du Président Pakistanais Asif Ali Zardari selon qui les États-Unis  "arrangeaient" les attentats-suicides des Talibans Pakistanais à l’intérieur de son pays, et il pensait que Zardari et le président Afghan Hamid Karzai - qui croyait lui-aussi à cette conspiration US - étaient des dirigeants “dérangés”. »



Le point de vue de Zardari sur l’implication des États-Unis dans les attentats est rapporté en détail à la page 116 du livre du journaliste US Bob Woodward, « Obama’s Wars », selon The News. Voici ce que relate Woodward :



    « Un soir au cours d’un sommet trilatéral (à Washington, entre Obama, Karzai et Zardari), Zardari dînait avec Zalmay Khalilzad, l’ancien ambassadeur US en Afghanistan, en Irak et aux Nations Unies sous la présidence Bush. Zardari a abandonné sa réserve diplomatique. Il a dit que l’un de deux pays devaient organiser les attentats des Talibans pakistanais dans son pays :  l’Inde ou les États-Unis, et Zardari ne pensait pas que l’Inde en était capable, contrairement aux États-Unis. Karzai lui avait dit que les États-Unis étaient bien derrière ces attentats, ce qui confirmait les affirmations de l’ISI pakistanais. »

« M. le Président » lui dit Khalilzad, « que gagnerions-nous à faire ça ? Expliquez-moi. »

« C’était un complot pour déstabiliser le Pakistan, a supposé Zardari, afin que les États-Unis puissent envahir le pays et s’emparer des armes nucléaires ». Il ne pouvait pas s’expliquer autrement l’expansion rapide de la violence. Et la CIA n’avait pas pourchassé les dirigeants des Talibans Pakistanais, un groupe appelé Tehreek-e-Taliban ou TTP, qui avait attaqué le gouvernement. TTP était aussi accusé de l’assassinat de l’épouse de Zardari, Benazir Bhutto.» («Le président du Pakistan dit que la CIA est impliquée dans un complot visant à déstabiliser le pays et à s’emparer des armes nucléaires», Sifty News)



Les affirmations de Zadari paraîtront familières à tous ceux qui suivent les événements en Irak. Nombreux sont ceux qui sont convaincus que la seule explication logique à la vague d’attentats dirigés contre des civils, c'est que la violence était organisée par les groupes qui pouvaient tirer profit d’une guerre civile.

Et qui cela pourrait-il bien être ?

Malgré tous les efforts de l’administration Obama pour saboter l’enquête, l’affaire Davis progresse. Qu’il soit puni ou non n’est pas la question. Il ne s’agit pas de Davis. Il s’agit de savoir si les États-Unis collaborent en sous-main avec ces mêmes organisations qu’ils condamnent en public, pour atteindre leur objectif global véritable. Si c’est le cas, alors la guerre contre le terrorisme n’est qu’une vaste fumisterie.

Texte original de l'article :
http://www.informationclearinghouse.info/article27558.htm



Traduction "en attendant de savoir ce qui se passe réellement en Libye" par VD pour Le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles
http://www.legrandsoir.info/Pakistan-l-affaire-Raymond-Davis-Un-agent-de-la-CIA-accuse-d-un-double-meurtre-revele-d-etranges-accointances.html

 

Raymond Davis to court.jpg

Davis arrivant au tribunal sous forte escorte.

Les autorités fédérales de Lahore, craignant pour sa vie, le détiennent dans une prison de haute sécurité, isolé des autres prisonniers et sous la garde de  militaires désarmés.
Elles sont allées jusqu’à retourner une boîte de chocolats envoyée par l’ambassade U.S.,  pour le protéger d’un possible empoisonnement.




*


Pourquoi le Pakistan ne peut pas relâcher l’homme qui se fait appeler Raymond Davis
 

Shaukat QADIR
 

pour This Can’t Be Happening
19 février 2011

À l’heure qu’il est, les journalistes (sauf aux États-Unis) sont arrivés à la conclusion qu’il y a beaucoup plus, infiniment plus, dans l’affaire Raymond Davis que ce qui n’en a été révélé par les autorités américaines ou pakistanaises. Que celui-ci ait été engagé dans des activités contre l’état pakistanais et que les deux jeunes hommes qu’il a tués aient été des agents de la sécuruité nationale occupés à le filer sont des faits désormais acceptés.
 

Les États-Unis, qui n’ont jamais été renommés pour leur diplomatie (The Ugly American, qui a fait ressortir cette caractéristique il y a plus d’un demi-siècle, est devenu un best seller et un film à succès, avec Marlon Brando pour vedette), semblent découvrir des profondeurs d’intensité nouvelles dans leur diplomatie coercitive à force armée. Le simple fait que rien moins que le président Obama en personne ait demandé que l’immunité soit accordée à ce personnage subalterne démontre bien à quel point les États-Unis sont anxieux de le faire sortir du Pakistan, c’est-à-dire de le soustraire aux tribunaux pakistanais.
 

Un journaliste occidental a qualifié cet incident de « plus gros fiasco des services d’espionnage US depuis l’affaire de l’U2 abattu par les soviétiques en 1962 » (qui avait, par coïncidence, décollé de Peshawar, NdT). Il est évident que ce que les Américains redoutent, c’est que s’il était jugé au Pakistan et condamné à une longue peine d’emprisonnement, voire à une sentendce de mort, Davis puisse manger le morceau, ce qui ferait pâlir les cables Wikileaks jusqu’à l’insignifiance.
 

Ceci est une raison plus que suffisante pour que le Pakistan refuse de le remettre aux Américains, mais le problème, pour le Pakistan, ne se limite pas à cette donnée simple. Avant d’en venir à ce qui est réellement en jeu, quelques bourdes, risibles jusqu’au grotesque, commises par l’Ambassade US au Pakistan, méritent d’être narrées, d’autant que je suis bien sûr qu’elles ne le seront pas par les médias des États-Unis. Elles révèlent mieux qu’un long discours le degré de désespoir auquel sont réduites les autorités de ce pays.
 

Le 25 janvier 2011, juste deux jours avant que Davis tire sur les deux jeunes Pakistanais et les tue, l’ambassade des États-Unis avait soumis, au Ministère des Affaires Étrangères, une liste de son personnel diplomatique et non-diplomatique en poste au Pakistan, comme toutes les ambassades sont tenues de le faire annuellement. Cette liste comportait 48 noms. Celui de Raymond Davis n’y figurait pas. Le lendemain du jour où Davis a tué les deux Pakistanais, l’ambassade US a subitement soumis, au même Ministère des Affaires Étrangères, une liste «révisée » sur laquelle le nom de Raymond Davis avait été ajouté.
 

Quand la police pakistanaise a arrêté Davis le 27 janvier, il avait sur lui un passeport américain ordinaire, muni d’un visa pakistanais ordinaire, délivré par l’ambassade du Pakistan à Washington. Le 28 janvier, un membre du personnel du consulat US a demandé à la police pakistanaise d’échanger le passeport en possession de Davis contre un autre. Le nouveau passeport présenté aux policiers était un passeport diplomatique, portant un visa daté de quelque part en 2009, le cachet validant le visa avait été apposé à Islamabad par le Ministère des Affaires Étrangères.
 

Le ridicule a tourné à la farce, quand le procureur représentant le gouvernement du Punjab a produit au titre de preuves, devant la Haute Cour de Lahore, deux lettres de l’ambassade US adressées au gouvernement du Punjab par l’intermédiaire du Ministère des Affaires étrangères. La première lettre, datée du 27 janvier, disait : « Davis est un employé du Consulat Général US à Lahore, et il possède un passeport diplomatique ». La seconde, datée du 3 février, disait : « Davis est un membre du personnel administratif et technique de l’ambassade US d’Islamabad » ! Admirons à quel point les Américains prennent les Pakistanais pour des jobards.
 

Avant d’en venir aux implications politiques pour le Pakistan si l’immunité est accordée à Davis, il est important d’examiner quelques empêchements nationaux sans lesquels il n’aurait jamais été incarcéré.
 

Asif Ali Zardari (veuf de Benazir Bhutto ; co-président du PPP-Parti du Peuple Pakistanais affilié à l’Internationale socialiste ; président de la République, NdT) peut jouir, sur le plan national, du pouvoir d’un président, mais si les États-Unis lui disaient de sauter, il demanderait « à quelle hauteur ? », et s’ils lui disaient de se courber, il demanderait « jusqu’où ? ». Si Davis avait commis ses deux meurtres à Islamabad, sous juridiction fédérale, il se serait envolé du pays dans les heures suivantes, avant qu’aucune colère publique n’ait eu le temps de se développer. Mais il a tué ses victimes à Lahore, sous juridiction du gouvernement du Punjab, lequel est constitué d’élus du PML-N (Pakistan Muslim League-Nawaz, NdT), qui est le principal parti d’opposition à Zardari.
 

Malgré des demandes répétées et nombreuses de l’ambassade US et du gouvernement fédéral, le gouvernement du Punjab est resté ferme sur ses positions et à même refusé à Davis le confort normalement accordé aux prisonniers politiques. Davis est incarcéré dans les mêmes conditions que n’importe quel criminel de droit commun pakistanais, dans la prison dont la réputation n’est plus à faire de Kot Lapkat, à Lahore (bien qu’il soit séparé de la population générale de la prison pour sa propre sécurité).
 

Il y a aussi le judiciaire supérieur, autrement dit la Cour Suprême, qui a retroussé ses manches et qui attend Davis, plus que déterminée à ce que justice soit faite, et tant pis pour ce que veut Zardari. Entretemps, Davis a déjà été présenté à la Haute Cour de Lahore, qui a ordonné la prolongation de sa détention préventive pour les besoins de l’instruction. C’est pourquoi, même en supposant que la Haute Cour de Lahore puisse être intimidée, le renvoi du prévenu devant la Cour Suprême est inévitable.
 

Enfin, il y a le Pentagone pakistanais, c’est-à-dire le Haut Quartier Général des Forces Armées, plus connu sous le sigle HQG. Dès lors qu’il est reconnu que Davis s’est rendu coupable d’activités anti-pakistanaises et a tué deux membres des services secrets du pays, probablement de l’ISI (Inter-Service Intelligence), le Haut Quartier Général des Forces Armées aura son mot à dire dans ce qu’il adviendra de lui. C’est pourquoi Zardari, quel que soit son désir de complaire aux Américains, peut se retrouver avec les jarrets coupés.
 

La loi pakistanaise comporte une clause dite du « Prix du Sang », qui autorise les plus proches parents d’une victime à pardonner à son meurtrier devant la justice et à accepter une compensation financière (c’est la même disposition qui existe en Iran, dont il a été question à propos de l’affaire Sakineh, NdT). En dépit des pressions très fortes exercées sur les familles des deux infortunées victimes Zeesham et Faheem, celles-ci ont unanimement refusé d’accepter le prix du sang. En fait, la colère générale est si grande que deux riches hommes d’affaires les ont publiquement pressées de ne pas céder, s’offrant à leur verser n’importe quelle somme qui serait proposée par les États-Unis.
 

Des rumeurs ayant couru selon lesquelles les USA pourraient « arranger le coup » en offrant d’échanger Davis contre Aafiya Siddique, la scientifique pakistanaise condamnée aux USA pour « tentative de meurtre sur deux interrogateurs » en train de purger une peine très controversée de 86 ans de prison, la famille Siddique a refusé qu’Aafiya lui soit rendue à ce prix ; elle a même, par l’intermédiaire des journaux nationaux, insisté auprès du gouvernement du Punjab pour qu’il ne relâche Davis sous aucun prétexte.
 

Étant donné tout ce qui précède, je doute personnellement qu’il soit fait droit à la demande d’octroi de l’immunité diplomatique. Mais si, par extraordinaire, cette demande est accordée, quelles en seront les conséquences politiques ?
 

C’est la question à un million de dollars.
 

Les Tehreek-e-Taliban du Pakistan (TTP), connus des medias US comme « Talibans du Pakistan », ont publié une mise en garde à l’intention du gouvernement pakistanais, le prévenant, si Davis est relâché, de sinistres conséquences. Entendons qu’attentats-suicides, meurtres et chaos généralisé suivraient immédiatement cette libération. Les cibles des meurtres pourraient être les juges impliqués dans la décision.
 

La jeunesse du Pakistan qui, à mes yeux, s’est hissée sur un piédestal pendant les inondations de l’an dernier - lorsque jeunes gens et jeunes filles ont, par centaines de milliers, fait fi des tabous sociaux (et parfois d’interdictions parentales), en passant de nombreuses nuits sans rentrer chez eux, pour venir en aide aux sinistrés, et fait ainsi preuve de tant de courage, de détermination, de chaleur et de patriotisme – vient de resserrer les rangs sur cette affaire.
 

On trouve aujourd’hui ces jeunes en foules sur le web, exhortant le gouvernement pakistanais à résister aux pressions américaines et à refuser l’immunité diplomatique au tueur, à refuser aussi l’aide des États-Unis (pour les victimes des inondations, NdT), s’engageant à collecter, auprès du public pakistanais et à l’étranger, les aides nécessaires, comme à y consacrer leurs propres ressources, si les États-Unis en viennent à couper les vivres humanitaires. Ils jurent, si l’immunité est accordée, qu’un mouvement des jeunes d’une ampleur sans précédent sera lancé, à l’instar de la Longue Marche historique de mars 2009 (pour le rétablissement des juges destitués par l’ancien président Pervez Mousharraf, NdT). Ils disent qu’ils auraient pu renverser le gouvernement P.P.P. et ne se sont arrêtés que parce que leurs exigences ont été prises en compte, mais que, cette fois, ils iront jusqu’au bout.
 

Il ne s’agit d’ailleurs pas que des jeunes : les commerçants, chauffeurs de taxis, vendeurs et travailleurs de toutes sortes avec qui j’ai pu parler sont unanimes à dire qu’ils se lèveront pour manifester et renverser le gouvernement si l’immunité est accordée à Davis.
 

Quand a commencé la révolution du peuple égyptien, j’ai expliqué à de nombreux amis, d’ici et de l’étranger, pourquoi elle avait très peu de chances de s’étendre au Pakistan. Mais si on accorde l’immunité à Davis, les événements pourraient bien me donner tort. Pas plus au Pakistan qu’en Égypte, on n’imagine que le HQG des Forces Armées fasse tirer sur les manifestants. La chute du gouvernement PPP, en revanche, serait le moindre de ses soucis.
 

Malgré l’augmentation de ce qui n’était qu’un nombre infinitésimal d’extrémistes islamiques, j’ai toujours soutenu avec vigueur qu’il n’y avait, dans un futur proche, aucun danger de voir des forces islamiques prendre le pouvoir au Pakistan. J’ai, à ce sujet, fréquemment invoqué le soutien unanime accordé aux forces militaires qui employent la force contre les TTP, soutien qui ne s’est jamais démenti malgré les attentats-suicides. Au contraire, chaque attentat-suicide augmente la détermination du peuple à combattre les terroristes.
 

Davis pourrait changer tout cela. Lui accorder l’immunité est, à mon avis, le seul acte capable de provoquer, et de servir d’excuse à une prise du pouvoir par l’islam militant. Donc, marchez sur des oeufs, M. Obama ! Vous avez déjà commis l’erreur de créer des troubles au Pakistan, en utilisant Raymond Davis ou quel que soit son nom, et des gens de son acabit pour y semer le chaos, et vous vous êtes fait prendre les doigts dans la confiture. Sachez qu’en essayant d’éviter les retombées d’une grosse balourdise, vous pourriez bien en commettre une autre de proportions infiniment plus désastreuses – une autre qui aurait des répercussions dans le reste du monde. Vous pourriez provoquer vous-même la concrétisation de votre pire cauchemar : un Pakistan nucléarisé aux mains de forces religieuses extrémistes.
 

Cela peut encore ne pas se produire, mais la voie que vous suivez est de celles qui conduisent tout droit à ce que le cauchemar devienne réalité.
 

Voir aussi : L’enquête révèle des liens entre Davis et les attaques par drones. Des sources ont révélé qu’un « chip » du GPS de Davis était utilisé pour identifier des cibles à attaquer par drones dans les régions tribales (cibles qui comprenaient des bâtiments de l’armée et des mosquées en milieux urbains, NdT) Davis gérait-il un programme d’attaques par drones au (contre le) Pakistan ?

 Traduction C.L.

Texte original de l’article :
http://www.thiscantbehappening.net/

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Shaukat Qadir est un brigadier de l’armée pakistanaise, à la retraite depuis 1999. Il a fondé et vice-préside un think tank. Il enseigne et se consacre à l’étude de divers sujets, dont le journalisme. Il a été un correspondant régulier de feu le Far East.

 
This Can’t Be Happening est une net-agence collective d’informations US créée en opposition aux médias dominants. Ses animateurs sont le journaliste David Lindorff et trois confrères qui l’ont rejoint en 2010.

 

*

 

Réactions de la rue au Pakistan

(petit échantillon)

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You want a killer – We want an innocent
Sen. Kerry : You want Davis – We want Afia

L'innocente, c'est évidemment le Dr. Aafia Siddiqui, victime d'une des histoires les plus rocambolesques et les plus affreuses d'une guerre - celle d'Afghanistan - qui n'en manque pourtant pas. 

À suivre.


*

 

Pas de rubrique « LIVRES » aujourd’hui, mais :




NIOUZES D’ICI ET D’AILLEURS...




Bruxelles :


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Le journaliste  David Cronin a procédé à l’arrestation citoyenne du criminel de guerre et promoteur d’apartheid Avigdor Lieberman, mais on lui a enlevé son prisonnier tout de suite, c’est-à-dire qu’on l’a embarqué, lui, et qu’on lui a retiré sa carte de presse.

Cronin est né à Dublin en 1971. Il est le correspondant à Bruxelles (en sursis) de l’Agence de presse Inter Presse Service.

 

Voir sa communication : Pourquoi j’ai arrêté Avigdor Lieberman à Bruxelles.

 

Londres :

Mark+Stephens+Julian+Assange+Appears+Court+SSzLEQY1SLNl.jpgLa Suède a trouvé un juge anglais pour ordonner l’extradition de Julian Assange, co-fondateur de Wikileaks, sous l’inculpation, digne de l’Inquisition espagnole, de « capote manquante» lors de batifolages avec jeunes filles publiques en service commandé. D’où il sera – c’est le but du guet apens – «extradé » vers Guantanamo ou autre lieu de villégiature pour gens qui déplaisent.

Des factions criminelles qui en sont à inventer des prétextes aussi cousus de cordes de navires n’en ont peut-être plus pour longtemps à pourrir la vie à leurs contemporains...

D’ici là, qu’attend-on pour boycotter le Royaume-Uni et la Suède ?




Washington D.C. :


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Le 17 février, à la George Washington University, tandis que la Secrétaire d’État Hitlary Clinton faisait, dans la révérence générale, un édifiant discours sur la liberté d’expression et la cruelle absence d’icelle un peu partout dans le monde, M. Ray McGovern, 71 ans, vétéran de la CIA (il a travaillé en collaboration rapprochée avec Ronald Reagan et au moins un des Bush) et aujourd’hui militant pour la paix (mieux vaut tard que pas du tout), a manifesté sa désapprobation à la fois des guerres où est engagé son pays, de l’hypocrisie du discours officiel et de la Secrétaire d’État pour l’ensemble de son oeuvre, en tournant silencieusement le dos à la conférencière. Il a aussitôt été empoigné par des en-civil, entraîné sans ménagements, passablement brutalisé, double-menotté à sang coulant, jeté dans un combi blindé et flanqué en taule.

Clinton et Obama au Biilderberg pendant la campagne des présidentielles.jpg

 

Pendant ce remue-ménage de routine, la péroreuse ne s’est jamais arrêtée de dénoncer les infractions à la liberté d’expression que n’arrêtent pas de commettre les (nombreux) pays que le sien essaie de démocratiser.

 

Clinton et Obama au Bilderberg
pendant la campagne des présidentielles

 
 

Pour les anglophones, c’est ici : http://www.opednews.com/articles/Former-CIA-Veteran-Ray-M...


 

Bruxelles encore :


Poutine-Van Rompuy.jpg

 

 

M. Vladimir Poutine y est venu, à la tête d’une délégation russe ne comportant pas moins de treize ministres, faire des propositions de coopération commerciale et culturelle à long terme à l’Union Européenne. Il y a été reçu par M. Herman Van Rompuy, en sa qualité de président du Conseil de l’Europe. Les entretiens se sont déroulés dans le bâtiment Juste Lipse, truffé d’écoutes israéliennes, comme notre homme à la chaîne d’or et aux bas jaunes ne peut l’ignorer, vu que la chose a fait l’objet, peu de temps auparavant, d’une interpellation de M. Stefaan De Clerck, ministre de la Justice, par Mme Juliette Boulet, députée Ecolo-Groen.

 C'est ici :

http://parlemento.wordpress.com/2011/02/05/ecolo-interpelle-sur-le-mossad/#more-2166
 

 

Madison, Wisconsin (USA) :

 

« Ceci n’est pas une revendication syndicale, c’est une guerre du peuple contre les grandes sociétés qui l’exploitent. »

Et c’est reparti pour la lutte des classes !

 

Vidéos


http://www.youtube.com/watch?v=yNNNna6G_FI&feature=pl...
 
 http://www.youtube.com/watch?v=ujook-OYlgY



Les Madisoniens en colère ont été rejoints par les adhérents de trois syndicats canadiens, et les manifestations de soutien se multiplient dans tous les États de l’Union.

Profitons-en pour rappeler que le premier syndicat international de l’Histoire a vu le jour, à l’aube du XVIIIe siècle, à Verviers (aujourd’hui mais plus pour longtemps : Belgique), regroupant les tondeurs de drap de la Principauté de Liège, de France et de plusieurs états allemands plus ou moins limitrophes.

On peut lire aussi : http://fr.sott.net/articles/show/2782-Les-revolutions-ara...


Paris :

Carlos.jpg

Carlos (Ilitch Ramirez Sanchez) victime d‘une agression pendant son transfert de la prison de Poissy au Palais de Justice de Paris, où il était convoqué pour être entendu sur des faits remontant à 1974, donc théoriquement prescrits.

Carlos-vétérans de la CIA même combat ? Waw !

http://www.medialibre.eu/5697/carlos-violente-par-la-police-sarkobenaliste


 

Méditerranée :

Quant à la guerre humanitaire pour s’emparer des richesses d’un peuple...  c’est reparti aussi :

US SHIP LIBYA.jpg

http://www.lematin.ch/actu/monde/navire-americain-fait-ro...

 

 

GAZETTES...



Nous ne redirons pas ce que nous pensons des journaux inféodés, presse aux ordres et autres médias dominants comme radiotélévisions privées ou publiques, eux-mêmes écrasés par les mastodontes de la propagande impériale du genre CNN, FOX NEWS, etc. etc.

Mais dieu créa l’Internet et la communication citoyenne tous azimuts... sans se rappeler peut-être que les irréguliers de partout ne l’avaient pas attendu pour publier, depuis déjà plusieurs siècles, leurs idées, leurs opinions, et faire passer à la ronde une « autre information ». Depuis Marat et L’Ami du Peuple, elles ont poussé comme champignons, ces feuilles, généralement ronéotypées, quelquefois même manuscrites (ô samiszdats !), à présent photocopiées – révolution technologique oblige.

Une de ces petites feuilles nous est tombée ces jours-ci sous les yeux. Nous avons ainsi découvert quelques anars qui ont des choses à dire. Trouvez ici cette dernière livraison. Et si vous souhaitez lire les précédentes, il vous suffit de les demander à l’adresse leshabitantsdelalune@yahoo.fr pour les recevoir en dossiers pdf.
 

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Numéros précédents :

N°1


 LA BOURSE OU LA VIE  

4 pages consacrées, vous l’aurez deviné, à l’économie, aux bourses, à la crise, bref, au capitalisme et à ce qu’il faudrait se décider à lui faire. (6 décembre 2008)


« Qu’est-ce que piller une banque, comparé à en fonder une ? »
(B. Brecht).


N°2 

 ADRESSE DU PLUS GRAND FINANCIER DE TOUS LES TEMPS AUX INSURGÉS DE GRÈCE

4 pages signées Bernard Madoff,
Prison municipale de New York, Cellule n°D1918.12, le 29 février 2009.




N°3


LA FABLE DES ALOUETTES QUI TOMBENT TOUTES RÔTIES DU CIEL   

2 pages du 2 juin 2009, sous le patronage d’Élisée Reclus :


« On prendra sans demander et ce ne sera pas le vol,
on emploiera ses facultés et son activité, et ce ne sera pas le travail »



N°4


NOUS SOMMES UNE IMAGE DU FUTUR
Fragments vécus du soulèvement de décembre 2008 en Grèce.


Dossier de 44 pages illustrées (couvertures en couleurs !)
Parmi les photographies de graffiti en grec :


« Des frontières aux commissariats,
la démocratie assassine ».



    Ce numéro, en version papier, se vend 2 €.




*



J’ai dit « pas de livres aujourd’hui »... mais si, quand même un :



Dissolution.jpgÀ propos des suppliciés d’Henry VIII, dont parlent les Habitants de la Lune, on peut recommander le très bon polar historique de C.J. Sansom, Dissolution (Pocket, 2005), qui traite de la dissolution des monastères catholiques par Barbe Bleue et son féal Thomas Cromwell vers 1557, c’est-à-dire de l’équivalent anglais de la « privatisation » des biens d’Église, qui n’eut lieu que dans les années 1790 en France.

Comme le rappelle l’auteur : « La Réforme anglaise reste un sujet de controverse. Le point de vue des historiens de naguère, à savoir que l’Église catholique était si corrompue qu’une réforme radicale était nécessaire, sinon inévitable, a récemment été remis en cause par un certain nombre d’auteurs, notamment C. Haigh, English Reformations (« Les Réformes anglaises », Oxford University Press, 1993) et E. Dufft, The Stripping of the Altars (« Le Dépouillement des autels », Yale University Press, 1992)... Il est significatif que ces auteurs mentionnent à peine la Dissolution, la dernière étude importante sur ce sujet étant celle de David Knowles dans les années 50 : The Religious Orders in England : The Tudor Age (« Les Ordres religieux à l’époque des Tudors », Cambridge University Press, 1959). »

Il n’est, c’est vrai, pas de bon ton d’évoquer les débuts criminels de la Réforme (en Angleterre et ailleurs). Sansom relève avec raison le long silence prudent des historiens anglais sur un sujet qui fâche. On devra désormais compter aussi avec Les Doutes de Salai, du couple Monaldi & Sorti, dont je compte bien vous reparler un de ces jours.

Église corrompue, certes. Mais volonté d’accaparement de ses richesses immenses à des fins personnelles... Ouiiiii !




*



Catherine L.





 

 

 

 

 

 

 

 

 










23:35 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/02/2011

To leak or not to leak

 

bateaux wikileaks 1.JPG

 

To leak or not to leak

 

Quand mon attention a été attirée sur l’affaire Wikileaks, je venais de lire une remarquable interview de l’auteur algérien Lounis Aggoun par la journaliste suisse Silvia Cattori, à propos de la sortie de son livre La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable (1), et, dans la foulée, un non moins remarquable article de Georges Stanechy, qui en rendait compte sous le titre « La France doit-elle contacter Ben Laden ou le Père Noël ? ».
 

Un passage de cet article, digressant sur le propos de Lounis Aggoun et dont je ne doutais pas de la pertinence m’avait particulièrement frappée. Georges Stanechy y rappelait avec raison quelques faits historiques. La citation est un peu longue mais elle mérite le détour :

«  L’Okhrana Tsariste
 

“Théories du complot !”, hurlent les gardiens du Temple de la Propagande, pour paralyser toute remise en cause.
 

Malheureusement pour eux : les archives sont là…
 

Rien de plus bavard, neutre, impartial, que des archives. Infiltrations, provocations, attentats, créations d’organisations terroristes, politiques, ou même “syndicales”, organisés par les services secrets des Etats eux-mêmes… Rien de bien neuf. Procédés aussi anciens que l’Histoire.
 

Dans leur “modernité”, un des premiers exemples de ces procédés parmi les plus magistralement achevés, qui a fait école depuis, sur lequel abondent archives et témoignages, est celui de la puissante et redoutable police secrète des Tsars : l’Okhrana.
 

Après l’assassinat d’Alexandre II (13 mars 1881), face à l’ébullition de la société russe rejetant le système féodal, “tout pour les riches – rien pour les autres”, le pouvoir refusant toute évolution de son système politique s’est lancé dans un totalitarisme féroce, justifiant répression et entretenant la peur.
 

Sous le règne d’Alexandre III (1881 – 1894), ce fut le paroxysme de cette pratique organisée sur le plan institutionnel par le bras droit du Tsar, Constantin Pobiedonostsev Haut-Procureur du Saint-Synode, l’équivalent d’un Garde des Sceaux en France. C’est à lui que la Russie doit le Règlement sur le maintien de l’ordre étatique et de la tranquillité publique de 1881, en vigueur jusqu’en 1917…
 

Présenté comme un “Règlement temporaire” de « maintien de l’ordre », il fut prolongé d’année en année, avec pour finalité l’accroissement des jugements arbitraires, avec des simulacres de procès ou, encore mieux, sans procès. Argumentaire, rhétorique, idéologie, se retrouvant dans nombre de législations contemporaines de nos pays, pour en museler les libertés publiques au prétexte de “maintien de l’ordre” ou de “lutte contre le terrorisme”…
 

Cette règlementation servit de couverture à un système policier géré par un génie de l’époque, d’une intelligence, d’une ruse, hors du commun. Certains disent : d’une perversité hors norme. C’était : le lieutenant-colonel Grigori Soudeïkine.
 

Haut fonctionnaire de la police secrète, chargé des enquêtes et surveillances d’ordre politique, il élabora une implacable méthodologie fondée sur l’interaction entre infiltration et provocation. Son but n’était pas simplement d’arrêter des opposants et de les retourner comme agents de renseignements mais, progressivement, de contrôler et d’animer lui-même les mouvements clandestins d’opposition.
 

Il arrêta, ainsi, un des principaux chefs du mouvement « La Volonté du Peuple », Sergueï Degaïev, avec lequel il organisa des attentats donnant le prétexte d’arrestations assimilables à des rafles parfaitement ciblées.
 

Grigori Soudeïkine alla jusqu’à programmer l’assassinat des plus hauts personnages de l’Etat afin de prendre les terroristes en flagrant délit, et légitimer le régime de terreur : le directeur général de la police, Plehwe, le ministre de l’intérieur Dmitri Tolstoï (à ne pas confondre avec l’écrivain Léon Tolstoï…)… Du travail d’orfèvre.
 

Mais, jouer à l’apprenti sorcier est dangereux. En 1883, comme souvent dans ce contexte, sa propre créature lui échappe. Degaïev organise l’attentat de Grigori Soudeïkine. Le Tsar ne se consolait pas de sa mort… <
 

Il avait tort, car des élèves aussi doués, si ce n’est plus que leur maître, prennent en main l’Okhrana. Deux ex-révolutionnaires, qui accomplirent une brillante carrière dans les services secrets du Tsar, notamment : Sergueï Zoubatov et, son adjoint, Nikolaï Berdiaev.
 

Avec ces deux éléments d’exception, les services spéciaux de la Russie tsariste franchissent un pallier supérieur : non seulement, ils infiltrent les partis révolutionnaires et contrôlent leur action, mais en plus ils gèrent leurs scissions et dissensions. Provoquant assassinats et règlements de compte entre eux, pour en arriver à leur neutralisation.
 

Poussant le raffinement au plus haut point, ils vont jusqu’à créer les premiers embryons de syndicats…
 

Procurant locaux, subsides, machines à imprimer des tracts, Zoubatov et la police secrète, constituent, en 1901 à Moscou, la « Société d’Entraide des Ouvriers des Productions Mécaniques ».
 

Devant le succès de l’opération d’infiltration et de contrôle, ils renouvellent le stratagème en avril 1904, à Pétersbourg, créant une « Union des Ouvriers Russes des Fabriques et Usines de Saint-Pétersbourg ». Le dirigeant le plus actif de ce syndicat était un pope, évidemment agent secret, Gapone. Une de leurs plus grandes réussites fut la défection d’Evno Azef, chef de l’ « Organisation de Combat des Socialistes-Révolutionnaires  »….
 

Toutes les actions violentes dans les grandes villes étaient organisées par la police secrète. C’est un de ses membres, Iegor Sazonov, qui tuera le ministre de l’intérieur en jetant une bombe sur sa voiture, le 28 juillet 1904. Ces actes prouvant la nécessité de renforcer les moyens de la police, et l’élargissement de la répression, pour lutter contre le terrorisme…
 

Suivant à la trace les opposants hors de Russie, la police secrète ouvre des antennes dans toutes les capitales européennes. Installant à Paris, un as du renseignement et de la provocation, Piotr Ratchkovski, qui travaillait en liaison avec les services secrets français pour faire la chasse au révolutionnaire. Au point de se permettre de tester leur efficacité et leur motivation :
 

« Le 29 mai 1890, la police française effectue, sur l’ordre du ministre de l’Intérieur Constant, des perquisitions chez vingt immigrés russes. Elles y découvrent des bombes et des moyens d’en fabriquer, tout ce qu’il faut pour démasquer les « nihilistes » russes, préparant un attentat contre Alexandre III. Les conspirateurs et la police française ignorent que l’affaire a été fabriquée de toutes pièces par le provocateur Piotr Ratchkovski, qui, en 1885-1902, dirige les services étrangers du département de la police, à Paris. »
 

A l’époque il n’y avait ni radio, ni TV, mais les médias, sous forme de la presse à grand tirage, étaient noyautés. Ils y avaient leurs « agents d’influence ». C’est ainsi que les archives de l’Okhrana ont livré des noms de journalistes français, avec les reçus de leurs émoluments.
 

Parmi eux on trouve un rédacteur du Figaro, où il tenait la rubrique de politique étrangère, Raymond Recouly . Son nom de code d’agent de l’Okhrana était Ratmir. Il avait pour charge de chanter les louanges de la sanguinaire dictature tsariste, on disait “autocratie” pour faire plus chic, et de repérer les intellectuels opposants. Il encaissait mensuellement la somme de 500 francs par mois, somme considérable en ce début de 20° siècle…
 

Ce fut à cette époque que furent planifiées les déportations massives vers la Sibérie. En fait, ce sont les très chrétiens Tsars de Russie et leurs collaborateurs qui organisèrent les premiers « goulags ». Chaque année ce sont entre 10.000 et 13.000 citoyens Russes qui furent déportés, jusqu’à des enfants de 14 ans, dans des conditions épouvantables de survie, difficilement imaginables. George Kennan qui avait pu visiter quelques uns de ces goulags de l’époque en était atterré. Il en a livré un témoignage bouleversant dans un livre publié en 1891.
 

La machine répressive ne connaissant plus de limite, tout cela bien souvent sans preuve, si ce n’étaient les prétextes les plus bureaucratiques fondés sur le soupçon : « mode de pensée nuisible », « relations douteuses », « appartenance à une famille néfaste ». Signatures de l’arbitraire et du totalitarisme.
 

Mais une police, quels que soient la sophistication de ses techniques et la capacité d’imagination de ses éléments les mieux formés aux pratiques de la répression, ne peut servir de rempart à une révolte provoquée par l’injustice économique et sociale soulevant tout un peuple.
 

Ce fut 1917… »

(voir la totalité de cet article sur Le Grand Soir, qui en offre une version imprimable :
http://www.legrandsoir.info/La-France-doit-elle-contacter... )
 

_________________________________________      
 

Notes

(1) Silvia Cattori : Entretien avec Lounis Aggoun – « Algérie : Les années de sang et le rôle des agents d’influence ».
      1ère partie :    http://www.silviacattori.net/article1368.html
      2e partie     :    http://www.silviacattori.net/article1389.html

 

 

*

 

 Là-dessus  éclate l’affaire des poursuites contre Julian Assange, et c’est un feu d’artifice : Internet se met à crépiter de jugements définitifs autant que contradictoires. Pour les uns, la cause est entendue, c’est un coup d’Israël, comme par hasard épargné par les révélations – opinion qui trouve beaucoup d’oreilles réceptives chez les sympathisants de la cause palestinienne -, pour d’ autres, c’est une manipulation de la CIA ; pour beaucoup, Julian Assange n’est pas net, il n’y a qu’à voir de qui il s’entoure et ses déclarations selon lesquelles le plus grand danger pour le monde, c’est la Chine, etc. etc.
 

D’une part, les réflexions de Georges Stanechy (et la démonstration magistrale d’Aggoun dans son livre) rappellent opportunément, quoique dans un autre contexte, qu’en effet tout est possible et qu’aucun état n’est au-dessus d’une bonne manip quand il l’estime nécessaire. (Que voulez-vous, tout le monde n’est pas Robespierre ou Gandhi.) D’autre part, les propres paroles d’Assange, assez troublantes, il faut bien l’avouer. Mais les a-t-il vraiment prononcées ou les lui a-t-on fait dire ? Comment savoir ? La seule manière de s’en assurer serait de juger sur pièces. Mais les documents rendus publics par Wikileaks sont des milliers (et ce n’est qu’un début). Comment faire pour tous les lire ? Comment faire surtout pour trier, dans une foultitude de « révélations » qui n’en sont pas pour tout le monde, le petit détail ou propos révélateur qui s’avèrera gros de conséquences ?
 

Qu’en pensent, qu’en disent ceux en qui nous plaçons notre confiance, chez qui nous allons nous-mêmes, à longueur de temps, nous informer ? Hé, c’est qu’eux aussi sont partagés.
 

Pour Thierry Meyssan et Jean-Michel Vernochet, la cause est entendue : il s’agit d’une opération  de diversion du gouvernement US. La preuve ? Ces prétendues révélations ne contiennent rien qu’on ne sache et, loin de fustiger les envahisseurs, s’arrangent pour faire porter le blâme de leurs activités néfastes par les envahis. En outre, Wikileaks a choisi, comme truchements ou « haut-parleurs », Der Spiegel, The Guardian et Le Monde, soit les plus aux ordres des médias vendus. Dans un communiqué du Réseau Voltaire, Meyssan titre « Wikileaks : une diversion politique », et les deux hommes donnent des interviews, qui circulent en vidéos sur le net. Il faut dire que ce jugement est exprimé dès juillet 2010, alors que seuls les documents relatifs aux guerres d’Irak et d’Afghanistan ont été rendus publics. Il serait intéressant de savoir si, huit mois et des masses de documents plus tard, ils continuent à penser de même.
 

Le Professeur Chossudovski, animateur du site canadien Global Research.ca, voit lui aussi, dans cette opération transparence, la main des États-Unis :  « Wikileaks est un prétexte pour censurer l’Internet» pense-t-il, et de renchérir un peu plus tard sur le mode interrogatif : « Qui est derrière Wikileaks ? ». Car il voit, dans tout le tapage fait autour de révélations tonitruantes et de secrets de polichinelle, une manoeuvre  cousue de fil blanc des petits machiavels US pour émasculer, voire assassiner la Toile, mettre un coup d’arrêt définitif à cette si dangereuse communication de tous avec tous. Il est d’avis que sous prétexte qu’Assange et ses co-équipiers sèment le bordel en prétendant informer, « on » va en profiter pour baîllonner tout le monde et que ça saute. Assange ? Il est peut-être bien complice de la manoeuvre, qui sait ? Comme on connaît ses saints, on les honore : je n’ai pas trouvé excessivement paranoïaques les craintes du Prof.
 

Mais, dans le même temps, du côté d’Antiwar.com, le point de vue n’est pas celui-là du tout. Dans les câbles qu’il vient de scruter sans passer par les canards intermédiaires, Justin Raimondo déterre une phrase, perdue il est vrai dans beaucoup de détails connus. Il en comprend les implications et les fait lumineusement comprendre à ses lecteurs. Pour lui aussi, la cause est entendue, mais autrement : la Droite et la pseudo-Gauche US ont beau couiner en choeur au scandale et réclamer la tête d’Assange, Wikileaks est une oeuvre de salubrité publique, et il se promet de dépiauter avec gourmandise les documents ainsi mis au jour, pendant des années.
 

Du côté de la gauche US, à commencer par Tom Feeley et Information Clearing House, on part en croisade contre les factions dominantes en paladins défenseurs d’Assange, à qui on veut éviter le sort fatal qui lui pend au nez. On tente même de récolter pour lui des fonds, dont on a soi-même dramatiquement besoin pour ne pas sombrer par ces temps de crise.
 

Idem du côté de Michael Moore, qui s’associe à la campagne de soutien et qui dit pourquoi.
 

Là-dessus, Madame Julie Lévesque – elle officie sur le même site que le Pr. Chossudovski – prend à bras le corps le problème qui nous tarabuste quand même : quid de l’entourage d’Assange ? Et de décortiquer, sous le titre « Wikileaks est-il ce qu’il prétend être ? Ami ou ennemi ? », ce qui n’est en réalité qu’une liste de salariés de la CIA, de la NED et autres manufactures de l’interventionnisme US. En tête : le Dalaï Lama. Suivi de près par les plus atlantistes des « dissidents » chinois, et par quelques autres de même tonneau. Autrement dit le premier cercle des agents d’influence de l’empire au niveau international. Comment croire en effet qu’ils vont, ceux-là, par amour de la « transparence », mordre la main qui les nourrit ? C’est-à-dire comment croire qu’ils vont tous devenir, en bloc, suicidaires ? Peut-être Assange a-t-il mis en avant leurs noms pour se protéger ? Peut-être même les a-t-il recrutés dans ce but ? Qui sait ? J’avoue que les questions posées par Madame Lévesque, je me les pose toujours.
 

C’est à ce moment-là que se place un bref échange de mails entre un des animateurs du Grand Soir et votre servante. Ils ne partagent pas, sur cette question, les points de vue de Chossudovski, et feraient davantage confiance à ceux de William Blum. Il dit quoi, Blum ? On ne sait pas. Pourquoi ne pas lui écrire « Bonne Année, Monsieur. Et vous la voyez comment, vous, cette affaire Wikileaks ? » Je vais m'y coller lorsque son Rapport Anti-Empire du 1er janvier arrive, aussitôt traduit et mis en ligne par Le Grand Soir. C’est celui que vous avez pu lire dans notre post précédent (17/18 janvier)
 

À présent, chose promise, chose due, j’ai dit que je publierais la plupart des pièces du dossier, les pour et les contre. Les voici.


loupe wikileaks.jpg

Communiqué du Réseau Voltaire
Wikileaks : une diversion politique
 

Sollicité par de nombreux lecteurs à propos des documents publiés par Wikileaks, le Réseau Voltaire tient à recentrer le débat. Dans ce communiqué, il dénonce une manoeuvre de diversion médiatique et réaffirme que la guerre d’Afghanistan est illégale.

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Écoutez  ce qu’en disent Thierry Meyssan et Jean-Michel Vernochet. Le premier est analyste politique et anime le Réseau Voltaire sus-cité. Il collabore couramment à divers medias du Proche Orient et de Russie. Il a publié plusieurs ouvrages qui, bien que boycottés dans son pays, ont fait grand bruit, notamment L’effroyable imposture (I et II). Il vit en exil entre Beyrouth et Moscou. L’autre est écrivain, journaliste et collabore à Terre future, où il milite pour la cause environnementale et animale. Il a un blog : http://vernochet.blogspot.com/ et s’exprime régulièrement sur le site Géostratégies http://www.geostrategie.

En voici les liens :

http://www.youtube.com/watch?v=UQn2eTfbMsc&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=nmjM_YV4lhQ

 

*

 

Michel_Chossudovsky-s.jpgLe Professeur Michel Chossudovski est, je l’ai dit, un des principaux animateurs du site Globalresearch.ca (volet français : Mondialisation.ca). En 1967, il fut, avec William Blum, un des fondateurs de Washington Free Press

 Son premier article, non traduit intégralement, est ici largement cité par le site Planetenonviolence.

 

 

Michel Chossudovsky : Wikileaks est un prétexte pour censurer l'internet
 

Mondialisation.ca

Le contrôle d’internet est l’un des objectifs de la « Guerre de l’Information » dans laquelle Wikileaks/ Julian Assange joue un rôle prépondérant mais aussi dans la « fabrique de la contestation » ce qu’analyse avec justesse et clairvoyance Michel Chossudovsky dans « Who is Behind Wikileaks ».

 
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De deux articles non traduits – « Who is behind Wikileaks ? » (Qui est derrière Wikileaks ?) et «Manufacturing Dissent » (La fabrique de la contestation) le site Planetenonviolence a donné des extraits:


Vers le contrôle d’Internet – Rôle de Wikileaks dans la fabrique de la contestation

Le 18 décembre 2010
Planetenonviolence
 

Actuellement l’ONU fait l’objet de pressions de la part d’un certain nombre d’états membres pour créer en son sein un organisme pour «faire la police» sur internet. Ces pays évoquent les fuites de Wikileaks comme raison principale d’un contrôle plus strict d’internet.

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Texte intégral des deux articles en anglais :
Manufacturing dissent - http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...
Who is behind Wikileaks - http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...

Au tour de Mme Julie Lévesque à présent :

Elle est journaliste et chercheuse au Centre de la Mondialisation (volet francophone de Globalresearch). À défaut de son portrait, sur liste rouge,  on trouvera ici les autres articles qu’elle y a publiés.


Wikileaks : un entourage qui soulève des questions
 

par Julie Lévesque

Mondialisation.ca, Le 10 janvier 2011

Note de l’éditeur 
 

Les organisations progressistes ont louangé l’entreprise de WikiLeaks. Notre propre site web, Mondialisation.ca/Global Research, a offert une couverture approfondie des banques de données de WikiLeaks et de leurs implications, particulièrement en ce qui a trait aux crimes de guerre des États-Unis et de l’OTAN.
 

Le projet WikiLeaks est annoncé comme une victoire incommensurable contre la censure des médias privés, sans que sa structure organisationnelle ne soit examinée.
 

Il faut distinguer les bases de données de WikiLeaks, lesquelles constituent une source valable d’informations à part entière, et les mécanismes par lesquels les fuites, utilisées par les médias privés comme matériel source, sont ensuite transformées en nouvelles.
 

Dès le départ, WikiLeaks a collaboré étroitement avec plusieurs médias traditionnels.
 

Cet article de Julie Lévesque est centré sur la nature et la structure organisationnelle du projet WikiLeaks.

 
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 *

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Un qui ne se pose pas ces questions mais qui, en revanche, épluche les fameux cables d’un oeil d’émouchet, c’est M. Justin Raimondo, du site Antiwar.com. Et ce qu’il y trouve n’est pas triste.


5 décembre 2010


Wikileaks révèle l’influence croissante du crime organisé israélien (Antiwar.com)

Justin RAIMONDO



Si les "journalistes" affirment que les documents de Wikileaks n’apportent rien de nouveau, c’est parce qu’ils ne les ont pas lus.

J’adore les voir tous bâiller devant les dernières révélations de Wikileaks : Oh, il n’y a rien d’intéressant, c’est d’un ennuyeux, rien de croustillant, passons à autre chose. Ce sont tout simplement des fainéants : ils veulent des scoops livrés à domicile, bien emballés et étiquetés comme tels. Bref, ils n’ont pas envie de bosser et se contentent de faire leurs copier/coller habituels. C’est pour cela qu’une bonne partie des informations intéressantes sorties de Wikileaks leur échappe.


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Du côté des inconditionnels de l’entreprise et des plus fermes soutiens d’Assange, il faut citer Tom Feeley, qui n’écrit pas lui-même les articles qu’il met en ligne, mais qui anime seul, depuis des années, en dépit des brimades et des menaces des autorités U.S. (FBI, entre autres) un des sites d’information alternative les plus intéressants des États-Unis : Information Clearing House.

Ses interventions sur le sujet sont nombreuses mais non traduites. Pour les anglophones, disons que ICH fait partie des « miroirs » de Wikileaks, c. à d. des sites, de plus en plus nombreux, qui reproduisent à l’identique le site Wikileaks, de façon que toute tentative de le supprimer ou de le censurer soit vouée à l’échec.

   
Wikileaks Mirrors
 

Information Clearing House

Wikileaks is currently under heavy attack.

In order to make it impossible to ever fully remove Wikileaks from the Internet, you will find below a list of mirrors of Wikileaks website and CableGate pages.

If you want to add your mirror to the list, see our Mass Mirroring Wikileaks page.


Voir la page...

wikileaks_logo.png

 

 

 

 

 

 

Notons que LE GRAND SOIR compte au nombre des "sites miroirs" francophones et qu'il donne également - ici - toutes indications utiles à qui voudrait faire de même.

 

 

 

 

 

 

 

WikiLeaks and Assange Honored
 

By Ray McGovern

Information Clearing House

October 25, 2010 -- You are not likely to learn this from the “mainstream media,” but WikiLeaks and its leader Julian Assange have received the 2010 Sam Adams Associates for Integrity in Intelligence (SAAII) award for their resourcefulness in making available secret U.S. military documents on the Iraq and Afghan wars.

 
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assange.jpg



Free Julian Assange ! Hands off WikiLeaks !

By Bill Van Auken

Information Clearing House

December 08, 2010 "WSWS" -- Julian Assange, the founder of WikiLeaks, was jailed in Britain Tuesday on charges that are nothing more than a pretext for an act of political repression dictated by the US government.

The aim of this judicial travesty is, in the first instance, to punish Assange for having made public secret cables exposing crimes and conspiracies carried out by US officials.

Second, by throwing Assange into London’s Wandsworth prison, the US and British authorities hope not only to silence WikiLeaks but also to intimidate anyone else from daring to lift the lid on government secrets and lies.

It is almost certain that the ultimate goal of the shoddy legal frame-up is to have Assange extradited to the United States to be tried as a spy or even as an accomplice of terrorism.

 
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michael-Moore.jpg

 

 

 

 

 

Michael Moore, plus célèbre de ce côté-ci de l’Atlantique, a eu, lui, les honneurs de la traduction et de Courrier International  :



 

 

Michael Moore : Pourquoi j'aide Julian Assange

Le documentariste américain a décidé de financer en partie la caution du cofondateur de WikiLeaks. Il explique ses motivations dans un article publié par le Huffington Post.  

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Mais aussi ceux du Grand Soir , où il persiste et signe :

22 décembre 2010
Un énorme bobard médiatique comme on les aime

 ¡ Viva WikiLeaks ! SICKO n’a jamais été interdit à Cuba !

 Michael MOORE

 Wikileaks a fait hier quelque-chose d’incroyable : un câble classifié par le Département d’Etat et qui concerne en partie mon film "Sicko" a été publié. C’est une vision impressionnante de la façon orwellienne selon laquelle les bureaucrates de l’Etat répandent leurs mensonges et tentent de recréer la réalité (je suppose que c’est pour complaire à leurs chefs et leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre).


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Presque last mais pas du tout least est l’analyse d’Andrew Gavin Marshall. Elle est très longue et pourrait décourager l’internaute superficiel. Mais, si elle est longue, c’est que l’auteur examine le fond du problème :  ce que sont réellement les câbles rendus publics par l’équipe de Wikileaks et non ce que les lecteurs ont l’impression qu’ils sont, l’usage qui en est fait par les trois grands journaux chargés de les diffuser, et enfin celui que nous pourrions tous en faire – internautes et medias alternatifs - si nous nous y mettions. Bref, une analyse à lire absolument.

Elle a paru sur Globalresearch, à côté des doutes de Michel Chossudovsky et de Julie Lévesque (bon point pour la démocratie interne du site !)...  en anglais bien sûr, et je n’espérais pas trop pouvoir la joindre à ce dossier. Mais c’était compter sans la valeureuse équipe du Grand Soir et sans son stakhanoviste de la traduction, Viktor Dedaj, qui a relevé ce défi après quelques autres.

Avec l’absence de vergogne qui ne surprend plus les lecteurs de ce blog,  je la leur emprunte :


15 janvier 2011
 

Pouvoirs, Propagandes et Prise de conscience politique globale

Wikileaks et la Guerre Mondiale de l’Information

Andrew Gavin MARSHALL


LGS : Faut-il se méfier de Wikileaks ? Comment les grands médias manipulent-ils les documents publiés ? Quelle attitude les médias alternatifs doivent-ils adopter face à ces documents ? A qui profitent-ils réellement ? Assistons-nous à une "prise de conscience politique globale" ? Autant de questions essentielles abordées dans ce (très) long article que nous vous invitons à lire.



Introduction

La publication récente des 250.000 documents de Wikileaks a soulevé un intérêt sans précédent, provoquant tout un éventail de réactions - des plus positives au plus négatives. Mais une chose et sûre : Wikileaks est en train de changer la donne.

Il y a ceux qui prennent les contenus des documents publiés par Wikileaks pour argent comptant, principalement à cause de leur présentation erronée donnée par les grands médias commerciaux.

Il y a ceux qui considèrent que ces documents sont authentiques et qu’il suffit de savoir les interpréter et de les analyser.

Puis il y a ceux, dont beaucoup font partie des médias alternatifs, qui émettent des doutes.

Il y a ceux qui considèrent ces fuites tout simplement comme une opération de manipulation qui vise certains pays précis, dans l’intérêt de la politique étrangère des Etats-Unis.

Et enfin, il y a ceux qui déplorent les fuites et les qualifient de « trahison » ou d’atteinte à la « sécurité ». De toutes ces opinions, c’est sans doute cette dernière qui est la plus ridicule.

Cet essai examinera la nature des publications Wikileaks et comment il faut les aborder et les comprendre. Si Wikileaks est en train de changer la donne, il faut espérer que les gens feront en sorte que le changement soit positif.

 
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Texte original en anglais :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...




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Pour ce qui est d’Israël Shamir, ses textes sont si originaux, qu’en voici trois, car non seulement il les a rencontrés, lui, les gens de Wikileaks, mais non content de soutenir Julian Assange et son équipe, il part en guerre avec son impavidité coutumière contre le Guardian qui, en vrai média vendu, n’en est pas à quelques tourciveries près, et n’a pas hésité à se servir de lui, Shamir, pour tenter de diffamer Assange par ricochet. J’ai traduit moi-même la première et la troisième mi-temps, avec, comme le dit en toute fausse modestie Viktor Dedaj, "les erreurs et coquilles habituelles", car l’empoignade est décapante, et tellement instructive ! On verra sans surprise, au passage, que certaines des conclusions d’Israël Shamir coïncident tout à fait avec celles d'A.G. Marshall.



A bord du bon Vaisseau Cablegate
Assange dans les entrailles de l’Empire


par Israel Shamir

publié par Counterpunch.com, le 29 novembre 2010
(édité par Paul Bennett : http://counterpunch.com/shamir11292010.html )

Notre Neo-pour-de-vrai a encore frappé ! Dans ce nouvel épisode de Wiki-Matrix, l’intrépide Julian Assange repart à l’assaut de l’Empire, avec, à ses trousses, des généraux voraces du Pentagone, des agents dormants de la CIA et des féministes suédoises surexcitées.

Excusez-moi si je vous donne l’impression d’écrire une bande dessinée pour adolescents, mais cette histoire offre tellement de rebondissements et d’intrigues que j’en ai la tête qui tourne. Je n’ai jamais eu autant le vertige depuis mes débuts d’écrivain antisioniste pourchassé et ostracisé. Je me souviens qu’un jour, abordé par un vénérable juif hassidique, j’ai eu un mouvement de recul instinctif, m’attendant au pire, mais qu’en lieu et place d’anathème, je me suis vu noyé par un déluge de bonne volonté, tandis qu’un orchestre tout proche se mettait à jouer une vieille chanson juive sz mariage. Cette bénédiction déjà ancienne m’avait comme catapulté à la manière d’une fusée, très haut et très loin du culte nationalistemoderne de la force brute, très loin dans une contrée où les anciennes traditions avaient toujours valeur et pertinence. Ou était-ce juste Clark Kent (l’identité secrète de Superman, NdT) en train de refaire son numéro ?

La génération du numérique préfère le Neo de Matrix à Superman, mais la dynamique est la même. Tandis que Neo erre dans le vaisseau spatial de Moebius, il tombe sur un groupe de sympathiques jeunes gens, les pieds sur terre et avides d’action, qui se sont voués à la destruction de la Matrice. Durs comme l’acier et pourtant parfaitement humains, ces jeunes hommeset ces jeunes femmes jouissent du sentiment de camaraderie d’une troupe d’élite guettant le signal de l’attaque. Ils suivent leur chef simplement parce qu’il est le meilleur et le plus brillant. J’ai ressenti moi-même cet esprit de corps lors d’une récente visite que j’ai faite à un des repaires de WikiLeaks, quelque part en Europe. Ce conclave de hackers et de journalistes s’était réuni pour préparer le lancement de ce que l’histoire connaîtra sous le nom de Cablegate, ou peut-être de Megaleaks.

Il y avait là Malena, du Brésil, Joseph, de Suède, Sara, de Nouvelle-Zélande, James d’Angleterre et nombre d’autres personnes non moins importantes et non moins capables, étendues sur des nattes et des sofas, leur ordinateur portable sur les genoux, les yeux fouaillant les entrailles de la Matrice. Des secrets et des messages confidentiels d’ambassades américaines (il y en a environ un quart de million) attendent d’être lâchés dans le cyberespace. Ils s’attaqueront au ventre mou de l’empire, à savoir ces auto-tromperies flatteuses qu’entretiennent les armées impériales. Cela pourrait bien suffire à provoquer le reflux, dans la bataille pour le recouvrement de nos libertés en train de s’évaporer.

Ces sales petits télégrammes diplomatiques jettent une lumière crue sur la politique boueuse de l’Empire américain, sur les méthodes qu’il emploie pour collecter des informations, pour donner des ordres, pour corrompre les politiciens et pour dépouiller les nations. Mais avant de nous laisser aller à un anti-américanisme aussi confortable que primaire, n’oublions jamais que cela (il s’agit peut-être de la plus importante révélation d’exactions criminelles de toute l’histoire) n’a été possible que parce que des Américains courageux et honnêtes ont été prêts à risquer leur vie ou leur intégrité physique pour faire sortir la vérité du puits.

La tension monte, quand vous osez vous opposer au formidable pouvoir de la Matrice. Ces jeunes et brillants cyberguerriers ont mis leur vie dans la balance pour nous. Survivront-ils au lancement de leur attaque, ou certains clones malveillants réussiront-ils à les encercler et à les écraser ? En tout état de cause, le moral est au beau fixe et le climat se prête à cette entreprise audacieuse : des cieux sereins, un soleil resplendissant et des étoiles brillantes pour nous guider par les nuits agitées. Quoi qu’il puisse arriver, je serai à jamais reconnaissant pour ces jours-là, pour la compagnie de ces jeunes gens charmants, et pour l’inspiration de leur leader charismatique. Il est impossible de ne pas admirer Julian Assange. Toujours gentil, tranquille, de bonne compagnie et même un peu soumis ; comme le Tao, il dirige sans diriger, il donne des directives sans commander. Il n’élève jamais la voix ; il a à-peine besoin de parler, et tout devient clair. Notre Neo est guidé par l’idée de la transparence sociale. La pleine lumière est la meilleure des armes contre les conspirations.

julian-assange-wikileaks_design.pngSur le pont du vaisseau Megaleaks, je feuillette les derniers rapports arrivés du front. Il semble y avoir trois thèmes principaux, tous focalisés sur notre courageux héros Julian Assange. Il y a le thème du «traître» (qui camoufle l’empire totalitaire sous les oripeaux du patriotisme), il y a le thème du «violeur» (où une conquête outragée tire vengeance du héros infichu de mettre la main sur une capote anglaise au moment critique) et, enfin, il y a le thème du «complot sioniste» (curieusement lié au thème du viol, puisqu’une des  deux accusatrices a filé en Israël). Comme dans toute campagne de désinformation bien ficelée, chacun y trouve son compte : les conservateurs enfourchent le thème de la trahison, les libéraux sont fans du thème du viol, et les zozos marginaux peuvent s’exciter sur un énième complot sioniste. Quant à ce qui est de nous, faisons de notre mieux pour affranchir le nom «Sion» des chaînes dont l’a chargé l’Etat de l’apartheid, et remettons-le à sa vraie place : à bord du valeureux vaisseau Megaleaks et sous les projecteurs de la vérité. C’est un nom bien trop beau pour le laisser aux Sionistes.


Le contenu des Megaleaks

L’ensemble consiste en 251.288 documents dont les dates s’échelonnent  du 28 décembre 1966 au 28 février 2010, et qui proviennent de 274 ambassades. Chacun de ces documents est soit un télégramme diplomatique secret envoyé aux Etats-Unis, soit un communiqué du Secrétaire d’Etat aux bases américaines. Ils montrent les ordres donnés à travers le monde, les renseignements que le gouvernement U.S. veut se procurer et les informatios qu’il veut faire avaler ; ils montrent ce que ses diplomates découvrent des pays où ils sont en poste, les comptes rendus détaillés de rencontres avec des membres d’autres gouvernements et l’opinion des expéditeurs sur ceux qu’ils ont  rencontrés. Imprimés, les 261.276.536 mots constituant ces télégrammes rempliraient plus de 3 000 volumes. Ils révèlent clairement les tentacules du commandement et du contrôle de la planète par les États-Unis.

Une première analyse nous apprend de mauvaises et de bonnes nouvelles. Mauvaise nouvelle : ils sont partout.. Les fichiers montrent en effet l’infiltration, par la politique américaine, de pratiquement tous les pays du monde, même de ceux supposés neutres, comme la Suède ou la Suisse. Les ambassades américaines surveillent étroitement les pays qui les hébergent. Elles y pénètrent les médias, le commerce des armes, du pétrole, le renseignement, et elles font du lobbying pour que les firmes U.S. y occupent le premier rang. Les télégrammes diplomatiques prouvent que les Etats-Unis disposent déjà de l’empire du monde..

Bonne nouvelle : ils ne sont pas omnipotents. Les télégrammes font voir qu’ils se heurtent à de la résistance à tous les niveaux. Ils n’arrêtent pas de s’imposer, mais ils n’obtiennent pas toujours ce qu’ils veulent. La Russie est relativement libre, ainsi que l’Iran et la Turquie ; même les pays européens les plus domestiqués ne se soumettent pas toujours avec placidité.. Les télégrammes ajoutent à ce que nous savions déjà de l’opposition populaire au Royaume-Uni ou aux USA ; des magazines en ligne tels que CounterPunch sont des phares dans un océan de brouillard épais.

Les télégrammes révèlent des cas stridents d’interférence. Beaucoup des plus récents traitent de l’Iran, qui est une véritable obsession pour les dirigeants américains. Par exemple, juste avant le discours du Président Ahmadinejad devant l’Assemblée générale de l’Onu, le Département d’Etat a donné l’ordre aux Européens de quitter la salle quand il en arriverait à une certaine phrase. Et de fait, les puissances européennes ont docilement sauté au coup de sifflet U.S., exactement comme les satellites des soviétiques sautaient jadis aux coups de sifflet de Staline. Un seul pays a mangé la consigne : la Suède. Son représentant, terrifié, avait raté la réplique, et envoyait des signaux de détresse frénétiques aux Américains pour avoir des ordres.

Prenez le petit pays pauvre qu’est le Tadjikistan, qui n’a fait que changer de maîtres. Il est censé être devenu « indépendant » en 1991, mais que s’est-il passé en réalité ? Aujourd’hui, les Tadjiks sautent aux coups de sifflet US comme ils le faisaient jadis à ceux des Soviétiques. Un télégramme de l’ambassadeur le dit sans détours : « les Etats-Unis ont fait savoir au président Rahmonov qu’il fallait limoger Mirzoev (le chef du service de la lutte antidrogue), et il s’est exécuté ». Qui tirera notre pauvre petit Tadjikistan des griffes de la Matrice ? L’ambassadeur nous donne lui-même un tuyau : « Nous croyons que la Russie exerce une pression forte et persistante sur le Tadjikistan afin d’y amoindrir le rôle et la présence des États-Unis et de l’Occident. La pression de Moscou commence à porter ses fruits. »

Ou prenez l’Azerbaïdjan : l’influence américaine y a décliné et la puissance d’Israël s’y est accrue à un point tel qu’un télégramme envoyé par l’ambassade US de Bakou compare les relations israélo-azéries à un iceberg dont les neuf dixièmes ne sont pas visibles.
 
Il apparaît clairement que la puissance américaine a atteint son point le plus haut dans les années 1990, et qu’aujourd’hui, elle a tout doucement entamé sa décroissance. Megaleaks n’est pas tant une cause qu’un symptôme de déclin. Avec un peu de chance, les gens de bonne volonté d’un peu partout dans le monde vont pouvoir travailler ensemble à détraquer la machine de la domination étrangère. Les Américains ont bénéficié moins que personne de la politique de globalisation violente et intrusive de leurs dirigeants. Des personnalités héroïques telles que Julian Assange travaillent à nous rapprocher d’un authentique contrôle de nos affaires, et à nous éloigner des réseaux de conspirations à la Matrix.

 
traduction C. L.


 
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Aux commis infidèles, à présent  :



Autocensure politique, le scoop :

Le Guardian censure et déforme les dépêches WikiLeaks !

La censure politique exercée sur les fuites de WikiLeaks par le Guardian

par Israel Shamir, 11 janvier 2011
http://www.israelshamir.net/English/GuardianAstana.htm

 
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

 
 Bien que le filet se resserre autour du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, les contenus des câbles diplomatiques US nous sont bloqués à pleines pelletées. Pire, le Guardian met en forme et déforme ces câbles afin de protéger ses lecteurs contre des remarques désobligeantes au sujet de la façon dont leurs grands trusts se comportent outre-mer. Ce n’est pas une conjecture, mais un fait : le Guardian a délibérément coupé des passages des câbles qu’il a publiés afin de dissimuler des preuves de corruption.

Il y a un an de cela, le 25 janvier 2010, l’ambassadeur US à Astana, capitale du Kazakhstan, a envoyé le câble secret ASTANA 000072, intitulé : Kazakhstan : argent et pouvoir. Ce câble relatait un dîner en privé de l’ambassadeur américain avec un haut responsable du gouvernement kazakh, Maksad Idenov. A l’époque, Idenov était à la tête de la compagnie du pétrole et du gaz kazakhe et il représentait l’Etat dans des négociations avec des compagnies pétrolières étrangères, dont British Gaz et l’ENI. Une version expurgée de ce câble a été publiée (par le Guardian) [ http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documen... ], et c’est ainsi que nous est accordé le rare privilège d’observer le processus éditorial du Guardian en action. Cela ressemble très fort à de l'autocensure politique.

Voici le passage intéressant du câble d’Astana ; les mots supprimés par le Guardian sont en gras :

« … l’économie de marché, cela signifie le capitalisme, ce qui signifie les gros sous, et ce qui signifie des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ».

Il semble bien que quelqu’un, au Guardian, veuille nous épargner une désillusion au sujet de la loi du marché. Le Guardian n’hésite pas à révéler à ses lecteurs que le capitalisme, cela signifie « les gros sous », mais une discussion de ce que les gros sous sont susceptibles de faire à un gouvernement étranger est strictement ‘verboten’. Idenov n’est pas quelque outsider frustré, c’est un acteur du pouvoir, il se trouve au cœur du système. Il sait de quoi il parle. Les lecteurs du Guardian risquent de ne jamais en entendre parler, mais les « gros sous » du capitalisme se traduisent bel et bien, dans la réalité, par « des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ».

Juste avant ce dîner, l’on avait entendu Idenov « aboyer dans son téléphone portable » contre le directeur de British Gaz pour le Kazakhstan, Mark Rawlings, « qui continue à jouer des petits jeux avec James Griffin, de Mercator, cet AmCit indicateur notoire accusé de corruption à grande échelle dans des marchés pétroliers en 1990, dont le procès se traîne au Southern District Court de New York. Idenov lui disait : « Mark, arrête de faire l’imbécile ! Arrête de tenter le sort ! Arrête de parler à un criminel notoire ! »

Mais, là encore, l’information particulièrement pertinente et audacieuse du câble d’Astana a été censurée afin que les contribuables britanniques n’apprennent pas que le directeur régional d’une éminente firme britannique insiste à faire des affaires avec un ruffian mis en examen. Les lecteurs du Guardian ne sauront peut-être jamais que le cas du citoyen américain (car c’est bien ce que l’abréviation AmCit signifie…) James Giffen (dont le nom avait été estropié dans le câble) avait été innocenté par le Juge de District américain du fait que les pots-de-vin qu’il avait donnés aux officiels kazakhs avaient été autorisés par la CIA. Le juge avait louangé publiquement ce « trafiquant notoire » en le qualifiant de combattant de la Guerre froide [   http://www.mainjustice.com/justanticorruption/2010/11/19/in-stunning-end-to-kazakh-bribe-case-judge-lauds-giffen-as-a-patriot/ ] ayant contribué à faire avancer la cause juive (ce qui est, toujours, une circonstance atténuante dans le système judiciaire américain) et il avait déclaré afin que nul ne l'ignore que « son comportement en affaires s’intégrait dans le cadre d’opérations autorisées par la CIA ».

« M. Giffen était une source d’informations importante pour le gouvernement américain et un intermédiaire pour des communications secrètes avec l’Union soviétique et ses dirigeants durant la Guerre froide », avait dit le juge. Au Kazakhstan, Giffen faisait la promotion des intérêts américains, dont ceux des firmes privées. « Il a joué le rôle d’un canal pour des communications portant sur des questions vitales pour l’intérêt national des États-Unis dans cette région du monde », avait indiqué le même juge.

« L’intermédiaire des affaires pétrolières James H. Giffen, qui fut accusé d’avoir acheminé 84 millions de dollars de pots-de-vin au président kazakh et à d’autres officiels du Kazakhstan » [ http://www.justice.gov/criminal/fraud/fcpa/cases/docs/08-... ] est reparti de ce pays en homme libre et riche. Peut-être notre homme, Rawlings, en sait-il un peu plus au sujet des liens entre Giffen et la CIA, plus que ce n’était le cas en ce qui concerne l’ambassadeur américain et M. Idenov ?

La dernière coupure opérée par le Guardian finit par avoir raison du proverbial gâteau. Idenov poursuit, disant que tant British Gas que le pétrolier italien ENI sont corrompus et que des officiels kazakhs avides de prébendes sont impatients de travailler avec ces deux firmes. Ce passage du câble diplomatique a été caviardé.

Le seul passage du câble que le Guardian a jugé bon de souligner était celui indiquant que le gendre du président préféré du moment se trouvait « sur la liste des 500 premiers milliardaires de la revue Forbes » (ainsi que son épouse, d’ailleurs, qui ‘concourait à part’). De plus, le câble traficoté a été balancé sur les pages du Guardian sans la moindre information du contexte et sans commentaire. Le Kazakhstan n’est pas le pays d’à-côté, et les lecteurs du Guardian méritaient davantage. Voici ce qu’ils ont laissé transparaître de cette histoire : Idenov a quitté le service de l’État (kazakh) en mai 2010 et il a ré-émergé, en juillet – surprise, surprise – en tant que vice-président de la Planification stratégique de l’ENI [ http://www.biografia.kz/neft-i-gaz/idenov.html#ixzz1AcHow... ]. Oui : vous avez bien lu : de l’ENI, cette même entreprise « corrompue » avec laquelle il était en affaires depuis son bureau ministériel.

Le câble d’Astana est un épitomé du vol de l’espace ex-soviétique par les grandes firmes occidentales. Grâce à lui, nous apprenons que les pots-de-vin étaient autorisés par la CIA et que les ruffians sont blanchis par les tribunaux américains. Nous apprenons aussi que des juristes formés à Harvard, tel que M. Idenov, retirent tous les avantages de la porte tournante séparant leurs positions dans l’appareil d’Etat et les firmes occidentales qui plument celui-ci. Bref : nous apprenons que « le capitalisme, cela signifie des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ». Bien entendu, les lecteurs du Guardian n’ont été mis au courant de rien de tout cela.

Idenov conclut sa conversation avec des ratiocinations des gens de son espèce : « Presque tout le monde, au sommet (de l’État) est révulsé par les excès de la corruption capitaliste. Si les exécutifs de Goldman Sachs peuvent gagner 50 millions de dollars par an et dirigent l’économie américaine à Washington, en quoi ce que nous faisons (ici, au Kazakhstan) est-il vraiment différent », demandent-ils. C’est vrai : cela ne diffère probablement en rien. Si les Américains sont désarmés devant la rapacité des responsables de Goldman Sachs, comment pouvons-nous attendre du peuple kazakh qu’il se défende face à des trusts transnationaux bénéficiant des conseils de la CIA ? Le câble intégral et non expurgé ne rend que trop clair le fait que le seul choix qui leur est laissé est celui du montant du pot-de-vin qu’ils vont demander.

Bien que l’accord entre WikiLeaks et le Guardian autorise ce journal à ne pas mentionner les noms de personnes innocentes risquant de souffrir de la révélation de leur identité, le câble d’Astana a manifestement été caviardé pour des raisons politiques afin de protéger l’image du genre de capitalisme prédateur que ces gens prêchent à l’Est.

Nous devrions peut-être passer en revue d’autres informations diffusées par le Guardian afin d’y rechercher ce genre de traficotage lourd de documents récemment révélés. Prenons par exemple le câble Tashkent 000902, expédié le 5 mai 2005. Voici la présentation qu’en fait le Guardian : http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documen... . Il est presque entièrement censuré ; seuls deux phrases significatives ont échappé à la boucherie pratiquées à des fins propres par les éditeurs du Guardian. Avec des éditeurs tels que ceux-là, l’épée suspendue au-dessus du soldat Manning et le nœud coulant placé autour du cou de Julian Assange deviennent superflus.

Le câble original de Tashkent [ http://www.israelshamir.net/wiki/TASHKENT_000902.htm ] décrit les agissements du «patron du crime organisé » et « petite frappe en chef » ouzbek Salim Abduvaliyev (dont le nom est plus souvent orthographié Abduvaliev), lequel, d’après l’ambassade américaine, contrôle les emplois gouvernementaux et donne des gratifications au gouvernement pour certains contrats via ses connexions avec Gulnara, « la fille aînée du président Karimov ». Le principal porteur de messages entre cet ultra-criminel et Gulnara est un citoyen britannique d’origine iranienne. Pourquoi le Guardian a-t-il décidé de caviarder le plus gros de ce câble ? Afin de protéger l’intermédiaire britannique ? Afin de protéger la connexion avec l’éminent homme d’affaires israélien Chernoy ? A moins qu’il y ait un criminel uzbek qui tire les ficelles au sein même de la rédaction du Guardian ?

Un autre câble secret, référencé Tachkent 00465, [ http://www.israelshamir.net/wiki/TASHKENT_000465.htm ], décrit un mariage dans la famille du malfrat. Cela ne diffère pas tellement de la fameuse description de ce mariage au Daghestan, dans un autre câble [ http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documents/76763 ] référencé Moscou 009533. Pourtant, le Guardian a décidé de ne pas publier du tout celui-ci. Cela n’est pas bien du tout, de la part du Guardian, de protéger le peuple ouzbek contre la prise de connaissance des liens de corruption entre la famille Karimov et les grands gangsters de ce pays, n’est-ce pas ? Cela pourrait-il s’expliquer par l’éloignement de Moscou du régime Karimov et par son étroite coopération avec les Américains, comme cela est indiqué dans le câble Moscou 000337, bizarrement non publié ?

Cette sorte d’autocensure politique explique la raison pour laquelle le Guardian a choisi d’attaquer Israel Shamir, un journaliste indépendant travaillant avec WikiLeaks. Dans les pages du Guardian, Nick Cohen  [ http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/jan/02/hunga... ] a affirmé qu’Israel Shamir « a peut-être remis des informations confidentielles à Loukachenko », comme si ce Shamir était une sorte d’agent secret muni d’un attaché-case blindé. Tant qu’à faire, Shamir « aurait bien pu », aussi, pourquoi pas, voler jusqu’à la Lune et en être revenu, non ?

Je reste stupéfait par la naïveté à l’état pur de cette allégation sans fondement. Nick Cohen a-t-il jamais entendu parler des e-mails ? Même le Guardian publie des informations confidentielles (quand ce ne sont pas des articles entiers). WikiLeaks fournit des informations confidentielles à tout un chacun sans discrimination et sans qu’il soit besoin d’agents secrets. Tous les câbles diplomatiques US relatifs à la Biélorussie sont sur le point d’être publiés sur le plus important des sites indépendants biélorusses [ http://naviny.by/rubrics/politic/2011/01/07/ic_articles_1... ] afin que tout le monde voie de quoi il retourne, y compris Loukachenko et Cohen.

 Nick Cohen part de là où son prédécesseur Andrew Brown était arrivé  ( http://whyevolutionistrue.wordpress.com/2010/02/12/andrew-brown-the-guardians-resident-moron). Ce Brown disait, dans son attaque contre Shamir publiée dans le  Guardian (http://www.guardian.co.uk/commentisfree/andrewbrown/2010/...), que « les liens entre celui-ci et WikiLeaks comportent des implications préoccupantes pour la sécurité de toutes les personnes nommées dans les câbles diplomatiques. Cela, non que lesdits câbles soient inexacts. Mais bien, au contraire, parce qu’ils sont vrais ».

Une fois n’est pas coutume : ce Brown a raison, en dépit de sa triple négation emberlificotée. Les gens cités dans les câbles diplomatiques – généralement des vétérans des portes à tambour entre les trusts internationaux et les services étatiques – peuvent dormir tranquilles lorsqu’ils voient que les médias consensuels « embedded », comme le Guardian et le New York Times, nient immanquablement tout lien entre leurs agissements et leurs responsabilités. L’existence même de journalistes indépendants et de médias libres, indépendants et fondés sur Internet a, effectivement, « des conséquences préoccupantes pour leur sécurité ». Qu’ils se fassent donc du mauvais sang ; c’est bien leur tour ! Alors que les gens du tout venant n’ont rien à craindre, les riches et les puissants nous font confiance pour ce qui est de les tenir pour comptables de leurs méfaits. Le Guardian comprend-il seulement pourquoi on lui a remis ces câbles diplomatiques secrets et confidentiels ? WikiLeaks essaie de diriger un petit peu de lumière sur le monde souterrain sombre et sale de l’intrigue internationale, et le Guardian fait tout ce qu’il peut pour l’occulter à nouveau.

La bataille pour la vérité ne fait que commencer.

(édité par Paul Bennett sur Counterpunch.com)

 

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Et pour terminer,  l’estocade au « taré de service du Guardian», qui a cru pouvoir traîner l’un dans la boue en se servant de l’autre  :

 

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Traque royale au Julian Assange
Israel Shamir répond au Guardian


Andrew Brown hulule à mon sujet : « Porte-parole et truchement de Wikileaks en Russie... Israel Shamir, un juif qui s’est converti au christianisme orthodoxe et antisémite rabique... a été stigmatisé dans les médias suédois comme antisémite et négateur de l’Holocauste ».

Le poète grec d’Alexandrie, Cavafy, a écrit : « Pour certains, le jour vient/ Où ils doivent dire le grand Oui/ Ou le grand Non ». Quand j’ai choisi le grand Oui, j’ai cessé d’être juif. Je savais que je ne serais jamais laissé en paix par les négateurs du Christ et leurs sbires de l’espèce Brown. Je ne me plains pas : au temps de Maimonide, les renégats tels que moi étaient rapidement et définitivement réduits au silence ; en des jours plus éclairés, je ne suis que calomnié et cité inexactement. Si mon désir de venir au Christ est de l’antisémitisme pour Brown, amen.

Il suffit de mentionner que cet anti-Église notoire, Andrew Brown, est le pâle individu qui a insinué que le pape était pédé. Quelqu’un a décrit Andrew Brown comme « le taré de service du Guardian » et combien avec raison. Seul un taré peut réduire mon refus métaphysique de l’équation Golgotha/Auschwitz à un déni des horreurs de la guerre. Généralement, j’aime bien discuter de mes opinions, mais pas avec des gens qui font fi des subtilités et des nuances de mes écrits.

« Les médias suédois » auxquels  Brown fait allusion, c’est l’Expressen, version suédoise du Sun anglais, et il se fait justement que c’est le journal qui a appuyé sur la gâchette pour lancer la chasse aux sorcières contre Assange. On peut se chercher une source d’information plus légitime que celle-là, mais quand le gibier est levé, il arrive que la passion foule aux pieds la prudence. Ainsi commence la Traque royale au Julian Assange.

Je n’ai jamais vu de simples faits plus tordus et plus déformés que dans l’article publié par le Guardian le 18 décembre, et j’en ai vu quelques belles. C’est un procès par voie de presse, dans la meilleure tradition de la Pravda 1937. L’auteur de l’article, Nick Davies, a écrit il y a des années, dans ses Nouvelles de la Terre Plate, que la pratique du journalisme, au Royaume Uni, était « tendancieuse » ; il vient de le prouver sans aucun doute par ce qu’il écrit lui-même.

Son parti-pris est aussi subtil qu’un coup sur la tête. Or, le doute n’est pas permi : Assange n’a jamais violé personne. Le lendemain du viol prétendu, la prétendue victime s’est vantée auprès de ses amis, dans un message sur Twitter, d’avoir pris un pied magistral avec le prétendu violeur. Toute l’histoire a été publiée et on peut la trouver par une simple recherche sur Internet. Il est évident que Nick Davies s’est livré à un fielleux tripotage. La question était de savoir si la publication de son article par le Guardian fut une simple erreur de jugement ou le coup d’envoi d’une campagne de calomnies.

Deux jours plus tard, on assistait à la deuxième attaque du Guardian. Alors, Monsieur Assange, pourquoi ne voulez-vous plus retourner en Suède, maintenant ? La réponse n’était pas difficile à deviner. Comme Mme Bennett (journaliste au Guardian, auteur de la phrase citée, NdT) pouvait bien le supposer, Julian n’a rien à redouter de la Suède. Voici en revanche une question pour Mme Bennett : Si les autorités suédoises poursuivaient Julian pour viol, quel besoin avaient-elles d’assortir leur requête d’extradition d’une condition particulière stipulant qu’elles se réservaient le droit de l’extrader à leur tour vers les États-Unis ? Voyez-vous, Mme Bennett, les États-Unis ont inventé une gâterie spéciale appelée Extraordinary Rendition (« transferts extraordinaires »), et ce n’est pas là quelque chose que je souhaiterais même à Andrew Brown.

Je compterai la tentative de la part de Brown de salir Julian Assange en l’associant à moi pour une troisième attaque. « Une fois peut être hasard, deux fois coïncidence, trois c’est action ennemie », dit fort justement James Bond dans Goldfinger.

Le virus du patriotisme à l’américaine a-t-il frappé les tranchées du Guardian ou ces reporters obéissent-ils simplement aux ordres ? La réponse se trouve sur amazon.co.uk. Il semble que le Guardian ait décidé de détruire Wikileaks aussitôt que le citron n’aurait plus de jus à donner. Le Maure a servi, le Maure peut disparaître. Ayant parfaitement compris que l’équipe de Wikileaks ne peut être ni domestiquée ni mise hors d’état d'opérer, le Guardian pré-vend, par souscription, un livre intitulé L’ascension et la chute de Wikileaks. Le livre n’est pas encore publié : il leur faut d’abord s’arranger pour provoquer la chute.

Du coup, la campagne de calomnies se teinte d'une grossière logique économique. Mais les choses ne s’arrêtent pas là.

Les gens du Guardian ont accepté (de Wikileaks, NdT) les câbles du Département d’État U.S. Ce faisant, ils se sont engagés à les analyser et à les publier. Cependant, ils en font, par leur manière d’en rendre compte, une source de désinformation. Leurs titres font croire souvent que Wikileaks est la source des rumeurs qu’eux-mêmes répandent. Par exemple, un de leurs articles, publié le 18 décembre, s’intitule :


« Wikileaks : la fortune de Loukachenko est estimée à 9 milliards de $ U.S. »


Ce titre est volontairement trompeur. Wikileaks n’a jamais estimé la fortune de Loukachenko. Lisez l’article entier et vous verrez qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un employé d’ambassade U.S. qui a entendu une rumeur qu'il a transmise au Département d’État, et que « l’employé de l’ambassade n’a pas pu vérifier les sources (sic) ni la fiabilité de l’information ». Un titre honnête aurait dû dire :

 
« Wikileaks révèle que les diplomates US répandent des rumeurs invérifiables
sur la fortune de Loukachenko. »

 
Le Guardian aime mieux faire croire que c’est Wikileaks qui répand la rumeur, et il laisse à votre imagination le soin  de fournir les extraits bancaires secrets chargés de confirmer son titre.

Supposons qu’un jour Wikileaks publie des câbles transmis à Moscou par l’ambassade de Russie à Washington. Devons-nous nous attendre à voir ce titret rompetter en première page du Guardian ?

 
« Wikileaks : le Mossad derrière le 9/11 ! ! »

 
N’est-il pas plus vraisemblable qu’on nous dirait sobrement que « Wikileaks révèle que des diplomates russes en poste à Washington ont fait état de rumeurs persistantes sur une implication d’Israël dans le 11 septembre » ?

À cause de ce soigneux sabotage, de plus en plus de gens disent que Wikileaks n’est qu’un instrument du Département d’État ou de la CIA ou du Mossad. Peut-être est-ce là ce que veut le Guardian. Peut-être le Guardian croit-il qu’il a surclassé, déjoué, roulé Wikileaks. Pour ma part, je parierais plutôt sur Julian Assange. Il est fûté, il a le cerveau d’un joueur d’échecs de premier ordre. Il a encore pas mal de cartes dans sa manche. À mon avis, il est possible que le Guardian soit obligé de réintituler son livre L’irrésistible ascension de Wikileaks.

 
traduction C.L.

 
Pour le texte en anglais des trois articles sur le site de l'auteur, voir :


http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm
http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm
http://www.israelshamir.net/English/response-to-Guardian.htm 


*


 

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Mais comment parler de Wikileaks et des dangers encourus par les courageux jeunes gens qu’on appellera peut-être un jour des révolutionnaires d’une nouvelle espèce, sans évoquer le premier de tous à être tombé au champ d’honneur.

Je veux parler de Bradley Manning, le jeune soldat de 22 ans qui aurait réussi à « sortir » pour Wikileaks, l’énorme quantité des télégrammes qui clament aujourd’hui qu’il n’y a pas que le roi qui soit nu, mais que toute sa cour, ses clients et ses vassaux se promènent eux aussi irrémédiablement à poil.

bradleymanningin-a-tie-300x224.jpgCe jeune binational US-UK (fils d’une Galloise et d’un militaire US), né dans l’Oklahoma, était analyste dans l’armée américaine. Il servait en Irak. Ce qu’il a vu passer sur son ordinateur semble avoir provoqué chez lui une prise de conscience (le syndrome de William Blum ? ). Il aurait alors pris contact avec Wikileaks et aurait fourni à l’association, en plus d’un quart de million de documents diplomatiques, une video montrant un raid « à froid » sur Bagdad (officiellement qualifié de bavure), qui s'est traduit par le  massacre d'une douzaine de civils, dont deux reporters de l’agence Reuters, et de deux enfants. Wikileaks a mis cette vidéo en circulation - sous le titre Collateral Murder (Meurtres collatéraux) - en avril 2010. En mai, Manning était arrêté sans charges et détenu, d’abord pendant un mois au Koweit, ensuite à la base de Quantico, en Virginie, au secret depuis le premier jour et dans des conditions particulièrement inhumaines, "relevant de la torture" selon son avocat et Amnesty International.

Les autorités américaines l’accusent, jusqu’à présent sans preuves (sur dénonciation d’un camarade à qui il aurait fait des confidences), d’être l’informateur de Wikileaks. Julian Assange pense, sans doute avec raison, que ses geôliers tentent de briser le jeune homme pour l’amener à leur fournir un motif de réclamer son extradition d'Europe vers les États-Unis, bien qu'il soit lui-même citoyen australien.

Une partie de l’opinion publique américaine considère Manning comme un traître et un membre du Congrès a même réclamé son exécution. Pour l’autre, il est un whistleblower (un "alerteur" ou dénonciateur de crimes d’État), c'est-à-dire un héros. Deux organisations, le Bradley Manning Support Network, et Courage to Resist (basé à Oakland) font campagne pour le soutenir, notamment en levant des fonds pour payer ses frais d'avocat (estimés à 130 000 dollars). Des manifestations de plus en plus nombreuses, réclament sa libération.

Il devrait passer en Cour martiale au printemps de cette année. La peine qu’il encourt est de 52 ans de prison. Il vient d'avoir 23 ans.

La video Collateral Murder, malheureusement en anglais, peut être visionnée sur ce site, car Youtube la verrouille, théoriquement pour en préserver les moins de 18 ans  :


http://www.theworldisraw.com/free-bradley-manning/

 

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*

Nuages.jpgRevenons sous nos climats :

C’est bientôt la Saint Valentin...

...excellente occasion pour nous de dire et de redire à quel point nous sommes de tout coeur avec les courageux membres de l’ASSOCIATION BELGO PALESTINIENNE (ABP-Liège et Comité Verviers Palestine surtout) qui, tous les ans, qu’il pleuve, qu’il vente et que cela dérange ou non, vont opposer le frêle rampart de leurs corps de militants à l’affront qui est fait à tous les Belges, et rappeler un personnel politique volontairement aveugle et sourd, aux principes et aux devoirs moraux sur lesquels il s’assied sans états d’âme.

 

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  Et, bien entendu...

 

 

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Catherine L.

*

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Au mépris de toutes les lois belges et européennes et passant outre à une recommandation de l’ONU, M. Steven VANACKERE, membre du parti franquiste belge (C.D. & V. – C.D.H.) et accessoirement Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Leterme II, « en affaires courantes » depuis le 13 juin 2010, a autorisé l’Espagne à livrer au Maroc M. Ali AARRASS, citoyen belge, sachant qu’il y serait sauvagement torturé par manière de routine, comme il est de règle chez «notre ami le roi».

( Occupant ce même poste, M. Karel De Gucht a signé naguère, ès qualités, la pétition réclamant la libération des cinq otages cubains, eux aussi abusivement et illégalement détenus aux États-Unis. )

M. Ali AARRASS a été, comme prévu, sauvagement torturé, merci.

Écrivez à ce « ministre faisant fonction » pour lui dire tout le bien que vous pensez de sa manière de concevoir son rôle de représentant des Belges :

M. Steven VANACKERE
Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et des Réformes institutionelles
Rue des petits Carmes 15
B-1000 Bruxelles
Tél: +32 (0)2.501.85.91
Fax: +32 (0)2.501 32 13
cab.ae@diplobel.fed.be

S’il vous reste un timbre, vous pouvez aussi écrire au membre du Parti Sinistre Espagnol, son compère :

Sr. Jose Luis ZAPATERO
Presidente del Gobierno
Complejo de la Moncloa
Avda Puerta de Hierro
E - 28071 Madrid


Et pour vous informer sur le sort de notre compatriote, c’est ici :



http://www.freeali.eu/?p=535

 


« PARTICULIER CHERCHE DÉPUTÉ CULOTTÉ »
(N’en a pas trouvé)

 

 Bahar Kimyongür, qui sortait d'en prendre, a perdu son temps à lancer, juste avant Noël, un appel aux "politiques", leur espérant contre toute attente un reste de morale.


www.zintv.org/spip.php?article176


*


 

 

 


 

14:10 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/01/2011

L'Année du Tigre s'en va

 

 

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Je sais qu’on est déjà le 17 janvier.  Faisons comme si on était le 1er :


L’Année du Tigre s’en va.

On ne la regrettera pas (pauvres tigres!).

L’Année du Lièvre arrive.

 

 

bonne année du lièvre 2011 - bis.JPG

 

On vous et on se la souhaite moins bouchée que la précédente, un peu moins sinistre, un peu plus libre pour les embastillés – coeur serré quand on pense à Ibrahim Abdallah et Rouillan – un peu plus égale pour tous, et surtout, un peu fraternelle pour changer.



*


Quelqu’un a fait remarquer que, depuis le temps qu’on se souhaite une nouvelle année meilleure que la précédente et qu’à chaque fois, ça ne rate jamais, elle est pire, pourquoi ne pas essayer de se la souhaiter moche comme tout, pour voir si ça n’inverserait pas la tendance... Allez, vivons dangereusement : on vous la souhaite moche comme tout (pauvres lièvres !).

C’est quoi la suivante ? Ah, 2012...



*


Les débuts d’années sont propres aux bilans et aux prises de bonnes résolutions. On ne peut pas dire, il y a de quoi faire.

Côté bilans, Marie n‘arrive toujours pas à rattraper la déglingue de la Belgique, qui va son train bien plus vite qu’elle n’arrive à l’écrire. Avec un peu de chance, elle va même – la Belgique -  battre le record Guinness du nombre de jours sans gouvernement. On ne peut pas dire que le peuple s’en aperçoive beaucoup : moche avant, moche pendant, moche après. Le paiement des impôts, par exemple (pour ceux qui en paient), n’est pas suspendu en période de vacance(s) du pouvoir. Le paiement des millions de doses de H1N1 inutiles non plus. Il va même falloir financer aussi leur destruction, renflouer peut-être derechef quelques banques et consortiums divers, lesquels ne se gênent pas, cependant, pour élever la voix et réclamer un gouvernement vite-vite, histoire de calmer les agences de notation qui nous lorgnent d’un air sévère, ce qui est mauvais pour les affaires, on devrait pourtant le savoir, bande de nuls qu’on est. Et tout à lavement, comme ne l‘ignorent pas les fans de San Antonio.

Ailleurs, ce n’est guère mieux. Mordechai Vanunu n’a pas pu davantage en 2010 se rendre à Berlin pour recevoir son prix Ossietsky, qu’Ossietsky n’avait pu, en 1935, quitter Berlin pour aller recevoir son prix Nobel. Il en est mort, Ossietsky.  Salement. Croisons les doigts pour que Vanunu survive et puisse aller prendre enfin un bol d’air en Norvège, où on l’attend.

Et puisqu’on parle de gens qui révèlent des trucs et risquent de le payer fort cher, il n’est question ces temps-ci, personne ne l’ignore, que de Wikileaks et de son co-fondateur Julian Assange, dont il n’est pas sûr qu’il ne finisse pas très mal, dans un de ces culs de basse fosse US jusqu’à présent réservés aux Arabes. Déjà l’y a précédé un jeune soldat du nom de Bradley Manning, apparemment affligé de trois tares rédhibitoires : l’altruisme, le courage et quelques principes moraux. Mais de tout cela, nous comptons vous entretenir dans un jour ou deux (promis, juré, craché) avec un Dossier Wikileaks aussi exhaustif que nous le pourrons : les pour, les contre et ceux (dont je suis) qui se demandent toujours si c’est du lard ou du cochon.

Il n’est bruit aussi partout (rumeurs persistantes) que de la future invasion de l’Iran, et, en attendant (pour se faire la main ?) d’un « Plomb Durci II » sur Gaza. Aux dieux ne plaisent ! (à moins qu’ils n’existent pas... chiche ! montrez-le, que vous êtes là). L’Afrique continue à saigner de partout. Ah, ces bienheureuses guerres civiles, qu’il est si amusant de déclencher dans un pays « indépendant » après l’autre, pour ne pas avoir à leur payer la cassitérite nécessaire à la fabrication de nos merveilleux petits parlophones portatifs (« Ouais c’est moi, ch’uis dans le bus, qu’est-ce qu’on mange ? »). Ne parlons pas d’Haïti, où on attend toujours les milliards d’aide US annoncés, qui ont bien été débloqués, si, si, mais dont on a besoin, voyez-vous, pour payer les troupes d’occupation. Sorry guys. Too bad. En revanche on a insisté pour qu’ils aillent voter... élire un nouveau président, qu’on kidnappera dès qu’on pourra pour l’envoyer rejoindre Aristide. En revanche, on leur a ramené Baby Doc. Mais de quoi se plaignent-ils ces jamais contents ?

Les nouvelles ne sont pourtant pas toutes mauvaises d’où qu’elles viennent, comme le chantait Stéphan Eicher, du moins du point de vue de la piétaille, puisque les Tunisiens ont bouté hors leur tyran, usé jusqu’à la corde. Zut alors, il va falloir leur en remanigancer un autre, comme si on n’avait que ça à faire.

Bref, le monde va lui aussi son train, dans une soigneusement organisée confusion des valeurs. Les gens ne savent plus qui est qui et qui fait quoi, si on verra un jour le bout du tunnel ou pas. Déboussolés, exprès. Affolés, exprès. À coups de croquemitaines inventés, alors que les ogres véritables les guignent en claquant du bec dans leur cou.



Cela dit... Que voilà un début d’année du lièvre en fanfare ! Wikileaks, le Liban sans gouvernement comme une vulgaire Belgique, mais avec une vraie classe politique, lui (chapeau, Messieurs !), et maintenant le Maghreb en révolution. On ose à peine mentionner le ras-le-bol des Belges à côté d’issues aussi importantes pour le monde. (Benoît Poelvoorde a quand même décidé de ne plus se raser la barbe tant qu'on n'aurait pas de gouvernement. Il est maso ou quoi ?) Mais les chausse-trapes sous nos pieds sont innombrables autant que variées, car les méchants ne sont pas sans ressources, oh, non.

C’est pourquoi nous avons jugé utile de remettre la mairie au milieu du village et d’en revenir - pour prendre date – à quelques fondamentaux. Trois textes, de trois hommes, qui ont pour dénominateur commun d’être ou d’avoir été, de leur vivant, incorruptibles.

Commençons donc par placer cette remise des compteurs à zéro sous l’égide des droitsdel’homme. Je sais, ils ont en ce moment mauvaise presse... Mais ils ont jadis voulu dire quelque chose, et constitué un si énorme espoir de délivrance pour l’humanité. Évidemment, les ennemis de l’humanité, assoiffés de pouvoir et de rapines, veillaient. Ils s’en sont emparés, les ont adaptés à leurs appétits, triturés, tripotés au point de les rendre méconnaissables, et pour comble d’effronterie, ils s’en servent désormais pour pourrir la vie de toutes les espèces y compris la leur. (Le sémillant Obama attend d’un jour à l’autre son créancier chinois, et « va lui parler des droits de l’homme en Chine », ah mais, croyez-en vos sourcilleux médias, qui le tiennent sévèrement à l’oeil là-dessus, des fois qu’il serait trop mou dans la remontrance, et qui n’ont pas le temps, en plus, de s’occuper des 75 guerres qu’il mène pour les bafouer, ces bondieu de droits, autant qu’il lui est possible, y compris at home, 76e théâtre de guerre depuis Katrina). Oui, bien sûr, c’est au nom des droitsdel’homme qu’ils sont en train de mettre la planète entière dans les fers.  Mais s’ils croient qu’on va les laisser faire... qu’on va se laisser impunément rafler notre héritage, qu’ils disent adieu à leurs illusions. Nous allons, ici, commencer par leur rafraîchir la mémoire en leur balançant les vrais droits (et devoirs) de l’homme. Ceux mis sur le papier en quelques heures, un jour d’avril 1793, par Robespierre et par lui proposés au gouvernement le plus progressiste que la France ait jamais eu. (Souvenirs, souvenirs...)

L’autre fondamental, en ce 17 janvier, cinquantième anniversaire de son assassinat, me paraît être la déclaration faite au peuple congolais, le 30 juin 1960, par Patrice Lumumba. Autant déclaration de principes et d’intentions que testament de mort, là aussi. Je le placerai en dernier, parce que c’est seulement aujourd’hui que la stature, le rôle, l’histoire de Lumumba vont pouvoir prendre leur place au grand jour, après un demi siècle d’occultation par ses puissants assassins, et que je tiens à terminer ce post sur une note d’optimisme.

Entre les deux morts, un vivant. C’est un risque à prendre, car les vivants peuvent toujours déchoir. Mais je ne crois pas que celui-là le fera. Mon troisième fondamental sera donc le dernier en date des rapports anti-empire de William Blum. J’aurais pu choisir n’importe lequel, car tous sont importants, et, même vieux de plusieurs années, aucun n’est obsolète. On peut les relire tous, et ses livres, n’importe quand : ils sont toujours d’actualité, toujours pertinents. Entre les deux hommes d’état générateurs de si grandes choses futures, c’est à dessein que j’intercale ce simple citoyen peu connu du grand public, mais ô combien exemplaire, modèle de tous les citoyens de n’importe où et de n’importe quand.




*



I.

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Dans sa Conspiration pour l’Égalité, Philippe Buonarroti, l’arrière-arrière-arrière...-petit-neveu de Michel Ange, que son dévouement à la Révolution avait fait naturaliser français, écrit, dans un court chapitre intitulé "Déclaration des droits de Robespierre"  :
 

« Avant la chute de la faction girondine, Robespierre croyait que la Convention, dominée par elle, était dans l’impossibilité d’enfanter de bonnes lois ; il pensait d’ailleurs que, dans les circonstances critiques de ce temps-là, le premier soin des mandataires du peuple devait être d’anéantir les nombreux ennemis qui, au-dedans et au dehors, menaçaient l’existence de la république : mais, voyant que les Girondins étaient pressés de consacrer par la législation leurs principes aristocratiques, il opposa à leurs projets sa Déclaration des droits, dans laquelle son intention populaire paraissait à découvert. En rapprochant les doctrines politiques renfermées dans cet écrit et dans les discours que Robespierre prononça dans les derniers temps de sa vie, de la pureté de ses moeurs, de son dévouement, de son courage, de sa modestie et de son rare désintéressement, on est forcé de rendre un éclatant hommage à une si haute sagesse, et on ne peut que détester la perversité ou déplorer l’incompréhensible aveuglement de ceux qui ourdirent et consommèrent son assassinat. »

Plus loin, sous le titre "Constitution de 1793", il poursuit :

« Cependant la constitution de 1793, rédigée à la suite de l’insurrection du 31 mai par la partie de la convention qu’on appelait alors la Montagne, ne répondit pas complètement aux voeux des amis de l’humanité. On regrette d’y trouver les vieilles et désespérantes idées sur le droit de propriété. Au surplus, les droits politiques des citoyens y sont clairement énoncés et clairement garantis, l’instruction de tous y est placée parmi les devoirs de la société ; les changements favorables au peuple y sont faciles et l’exercice de la souveraineté lui est assuré comme il ne le fut jamais.

« Est-ce à une prudente circonspection, commandée par l’attitude hostile des riches ameutés par les girondins ? est-ce à l’influence des égoïstes dans les délibérations de la convention nationale, qu’on doit attribuer les ménagements dont elle fit usage, et le voile sous lequel les députés amis de l’égalité furent obligés de cacher leurs vues ultérieures ?

« Quoi qu’il en soit, il n’est pas moins vrai que le droit de délibérer sur les lois, attribué au peuple, la soumission des mandataires du peuple à ses ordres, et la presque unanimité des voix à laquelle la constitution de 1793 fut acceptée, la firent regarder, à juste titre, comme le palladium de la liberté française. »

À nos yeux, cette Déclaration des droits de Robespierre est la seule qui vaille. Et nous aimerions savoir quel peuple, où sur la terre, appelé à se prononcer par référendum sur n’importe lequel de ses 38 articles, serait assez fou pour ne pas y adhérer.

Pourtant, comme l’a dit Buonarroti : au moment d’en faire la Constitution de la France, les députés montagnards ont bronché devant la moitié au moins des droits énoncés par Robespierre. Ceux refusés ou modifiés par le Législateur de 1793 sont ici marqués d’une astérisque.


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21 avril 1793

DÉCLARATION
DES DROITS  ET DES DEVOIRS DE L’HOMME ET DU CITOYEN,
proposée par Maximilien Robespierre.

 

Les représentants du peuple Français réunis en convention nationale, reconnaissant que les lois humaines qui ne découlent point des lois éternelles de la justice, ne sont que des attentats de l’ignorance et du despotisme contre l’humanité ; convaincus que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme sont les seules causes des crimes et des malheurs du monde, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens, pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer et avilir par la tyrannie; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le magistrat la règle de ses devoirs, le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, la convention nationale proclame, à la face de l’univers et sous les yeux du législateur immortel, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.


ARTICLE 1er


Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, et le développement de toutes ses facultés.


ART. 2.


Les principaux droits de l’homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l’existence et la liberté.

ART. 3.


Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs forces physiques et morales. L’égalité des droits est établie par la nature ; la société, loin d’y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l’abus de la force qui la rend illusoire.


ART. 4.


La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme, d’exercer à son gré toutes ses facultés; elle a la justice pour règle, les droits d’autrui pour bornes, la nature pour principe, et la loi pour sauvegarde.

*ART. 5.


Le droit de s’assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l’homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence, ou le souvenir récent du despotisme.


*ART. 6.


La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est garantie par la loi.


*ART. 7.


Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui.


*ART. 8.


Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables.

*ART. 9.


Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.


ART. 10.


La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. 


ART. 11.


Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire, sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.


ART. 12.


Les citoyens, dont les revenus n’excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l’étendue de leur fortune.


ART. 13.

 
La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens.


ART. 14.


Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

 
*ART. 15.


La loi est l’expression libre et solennelle de la volonté du peuple.


*ART. 16.


La loi doit être égale pour tous.


*ART. 17.


La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.


ART. 18.


Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l’homme, est essentiellement injuste et tyrannique ; elle n’est point une loi.


ART. 19.


Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvenrnent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.


ART. 20.


Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais le voeu qu’elle exprime doit être respecté comme le voeu d’une portion du peuple, qui doit concourir à former la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d’exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de régler sa police et ses délibérations.


ART. 21.


Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple.


ART. 22.


Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.


*ART. 23.


Pour que ces droits ne soient point illusoires et l’égalité chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires publics, et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans compromettre leur existence ni celle de leur famille.


ART. 24.


Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agents du gouvernement, lorsqu’ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.


ART. 25.


Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d’un homme, exercé par qui que ce soit, même au nom de la loi, hors des cas déterminés par elle et des formes qu’elle prescrit, est arbitraire et nul ; le respect même de la loi défend de s’y soumettre ; et si on veut l’exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force.


ART. 26.


Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l’autorité publique appartient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées, doivent statuer sur les points qui en font l’objet ; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner l’exercice.


ART. 27.


La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme et du citoyen.


ART. 28.


Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il a oppression contre chaque membre du corps social, lorsque le corps social est opprimé.


ART. 29.


Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.


ART. 30.


Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.


ART. 31.


Dans l’un et l’autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l’oppression, est le dernier raffinement de la tyrannie.


ART. 32.


Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.


ART. 33.


Les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n’a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.


*Art. 34.


Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion, et subir son jugement avec respect.


*ART. 35.


Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.


*ART. 36.


Celui qui opprime une seule nation se déclare l’ennemi de toutes.


*ART. 37.

Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.


*ART. 38.


Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l’univers qui est la nature.


Unité et Indivisibilité de la République.JPG



« Mais, chose qui pèsera d’une honte éternelle sur la
mémoire des législateurs montagnards de 1793, aucun
des cinq articles de Robespierre qui avaient proclamé
la solidarité internationale des peuples de la terre n’a
été jugé digne de figurer dans leur Déclaration des
droits de l’homme. »


                                                                            Gérard Walter
                                                                                                        Robespierre




*



Quant à nous, jacobins, nous ne saurions poster en ce début d’année sans rappeler deux anniversaires chers à notre mémoire :



Augustin Robespierre.jpgCe 21 janvier 2011 sera, en effet, le 248e anniversaire de naissance d’Augustin Bon Joseph ROBESPIERRE, frère cadet du précédent. On sait que, la révolution venue, il le seconda de toutes ses forces, pour finir par le suivre à Paris, jouer dans les événements qui se succédèrent pendant cinq ans un rôle non négligeable et finir par l’accompagner dans la mort.

Ainsi qu’il l’écrivait, d’Arras, à son aîné, dès juin 1790 :


« Je ne puis te dissimuler mes craintes, cher frère, tu scelleras de ton sang la cause du peuple, peut-être même que ce peuple sera assez malheureux pour te frapper, mais je jure de venger ta mort et de la mériter comme toi. Tu seras surpris d’apprendre jusqu’où se porte la scélératesse de tes ennemis. Ils ont été chez les personnes que je voyais, leur dire qu’elles se déshonoraient me recevant chez elles. »


(Cité par Gérard Walter, op cit, T. 1, p. 102)

 

*



Le 21 janvier 1793 ne naissait pas mais mourait Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau.

lepelletier-de-saint-fargeau1.jpgNé le 29 mai 1760, à Paris, d’une illustre famille de parlementaires, il fut élu représentant de la noblesse aux États-Généraux de 1789 et devint dès lors le chef de ceux qui n’avaient pas émigré. Président de l’Assemblée Nationale Constituante, il fut réélu, en 1792, député de l’Yonne à la Convention.

Il vota, le 20 janvier, la mort du roi, et tout son groupe avec lui. Le soir même, il était assassiné dans un restaurant du Palais-Royal, par un commando dont l’histoire respectueuse n’a retenu que le nom du garde du corps Pâris. Le 21 au matin, alors que Louis XVI allait monter à l’échafaud, Lepeletier mourait de ses blessures.

Maximilien Robespierre a dit de lui (Convention, 21 janvier 1793) :

« Lepelletier fut noble, Lepelletier occupait une place dans un de ces corps si puissants sous le despotisme;  Lepelletioer fut riche, et depuis la révolution il fut constamment l’ami du peuple, le soutien de la liberté, et l’un des plus ardents fondateurs de la république. Sous ces trois rapports, Lepelletier fut un prodige. »

Il avait, peu avant sa mort, rédigé, à la demande de la Convention, un Plan d’Éducation Nationale d’un rare progressisme, que le même Robespierre réussit à faire voter quelques mois plus tard, mais qui passa à la trappe, bien entendu, lorsqu’il fut lui-même assassiné. Je souhaite, depuis longtemps, offrir ici ce texte qui met à honte tout ce que l’Éducation Nationale est de nos jours devenue (je ne parle pas de l’École Normale Supérieure de cette semaine, mais en général). Le citoyen Darthé-Payan vient de me coiffer au poteau, à l’occasion, justement, de cet anniversaire, en en publiant des extraits sur son blog. On les trouvera ici http://darthe-payan-lejacobin.over-blog.com/ .

Michel Lepeletier et son frère Félix, comme avant eux les frères du Bellay, sont une de ces anomalies dont la France a bénéficié occasionnellement dans son histoire : des nobles, à la fois puissants et riches, à qui le bien-être du peuple n’a pas été indifférent.

Cela dit, il y a des gens qui n’ont pas de chance avec leur descendance : le pauvre Lepeletier en est l’illustration éclatante. Ne disons rien de sa fille Suzanne, qui, mariée à un de ses cousins de Mortefontaine, monarchiste ultra, fit racheter le tableau de David représentant son père mort, pour le détruire. Aujourd’hui même, Lepeletier a pour descendant direct le pâle d’Ormesson, lequel se vante sans vergogne d’avoir mis le portrait de l’aïeul dans ses chiottes. Il ferait mieux d’y mettre ses propres oeuvres, utilement découpées.

 

Lepeletier mort.jpg

Étude de Jean-Louis David

pour le tableau disparu

 

 

*

 

II.




William BLUM

 

william blum.jpg

 

Dans un précédent post, j’ai dit qu’il n’y avait au monde que Fidel Castro qui eût, autant que Robespierre, « éduqué son peuple en politique ». (1) C’était vrai pour les chefs d’état. Mais il est vrai aussi qu’un simple citoyen a fait – et fait encore – de même, sans remplir aucune fonction officielle ni détenir aucun pouvoir. Ce simple citoyen, c’est William Blum.

Né en 1933, de parents juifs allemands émigrés pour fuir le nazisme, William Blum est américain. D’abord fonctionnaire au Département d’État (équivalent de nos ministères des Affaires Étrangères), ce qu’il y a vu et entendu pendant la guerre du Vietnam l’a poussé à démissionner, à se faire historien et à travailler comme conférencier et journaliste free-lance pour gagner sa vie, tant aux États-Unis, qu’en Europe et en Amérique Latine, sans jamais cesser de dénoncer la « politique étrangère » de l’empire.

Entre autres choses...

En 1967, Blum a fondé, avec d’autres activistes, le Washington Free Press, qui fut le premier journal « alternatif » de la capitale U.S.

De 1972 à 1973 il a travaillé comme journaliste au Chili, où il a passionnément suivi l'expérience socialiste du gouvernement Allende.

Au milieu des années 1970, à Londres, il a rejoint l'ex-agent de la CIA Philip Agee et ses associés, qui travaillaient à leur projet de mettre au jour les méfaits de la célèbre agence. (Le livre d’Agee qui sortira de ces travaux s’appellera Inside the Company : CIA Diary. En français, Journal d’un agent secret : Dix ans dans la CIA, Seuil, 1976.)

Un beau jour de 2006, Ben Laden (ou sa marionnette, donc la CIA, s’il était, comme on le pense, déjà mort) conseilla aux Américains de lire le livre de William Blum Rogue State: A Guide to the World's Only Superpower (en français : L’État voyou). Avant « l'intervention de Ben Laden », ou la tentative de discréditer son auteur en le faisant louer par l’ennemi public N°1, le livre était classé 209.000e sur la liste des ventes d'Amazon. Le dimanche suivant, il était en 12e position. Justice poétique et peut-être version postmoderne de L’arroseur arrosé.

Je l’ai dit, William Blum gagne sa vie - car dans son  pays béni il faut la gagner jusqu’au bout - en écrivant et en faisant des conférences dans les universités qui veulent bien l’inviter. Sa notoriété subite lui a valu, après «les louanges de Ben Laden», de se retrouver sur une liste noire, au chômage forcé pendant plus d’un an.

Il est l’auteur de plusieurs livres, qui sont essentiels pour connaître l’histoire vraie du XXe (et maintenant du XXIe) siècle. Deux surtout : Rogue State (L’État voyou) et Killing Hope (Les guerres scélérates).

On le trouve dans deux endroits sur le web.

Ici :  http://www.thirdworldtraveler.com/Blum/William_Blum.html et  ici  : http://killinghope.org/,

Il y publie mensuellement son « Rapport anti-empire » que Le Grand Soir a pris l’excellente habitude de mettre en ligne en français sur son site http://www.legrandsoir.info/

N.B. Comme celle d’Israël Shamir, la biographie de William Blum sur Wikipedia fleure bon la hasbara sioniste (on en repère très vite le ton). Cela finit par devenir une sorte de « légion-d’honneur-sans-Bonaparte » ou de « prix-pas-Nobel-de-la-Paix » qu’il n’est pas donné à tout le monde de mériter.

___________________    

(1)  John Cowper POWYS : « Rabelais voulait que son peuple fût éduqué en politique ». Rabelais, La Thalamège, 1990.

 

*

 

Rapport Anti-empire

1er Janvier 2011
par William BLUM
www.killinghope.org



Wikileaks, les Etats-Unis, la Suède et l’île du Diable


16 décembre... Je suis debout dans la neige devant la Maison Blanche... En compagnie de Vétérans Pour la Paix...  Moi, je ne suis qu’un vétéran des manifs devant la Maison Blanche ; la première en février 1965 où je distribuais des tracts contre la guerre au Vietnam. Je travaillais à l’époque au Département d’Etat et ma plus grosse crainte était qu’un membre de cette noble institution passe par là et me reconnaisse.

Cinq ans plus tard, je protestais toujours contre la guerre au Vietnam, mais je ne travaillais plus pour le Département d’Etat. Puis il y a eu le Cambodge. Et le Laos. Peu après, le Nicaragua et le Salvador. Puis le Panama est devenu la nouvelle menace contre les Etats-Unis, contre la liberté et la démocratie et tout ce que nous chérissons et il fallait donc bombarder ce pays sans pitié. Ensuite il y a eu la première guerre contre le peuple irakien, et les 78 jours de bombardements consécutifs contre la Yougoslavie. Puis ce fut au tour de l’Afghanistan de connaître les pluies d’uranium appauvri, de napalm, de bombes au phosphore et autres armes diaboliques et poussières chimiques ; puis l’Irak de nouveau. Et d’autres aussi que je n’ai pas mentionnés. Je pense détenir le record du nombre de manifestations devant la Maison Blanche.

Pendant tout ce temps, le bon peuple travailleur de l’Amérique pensait que leur pays oeuvrait pour le bien. Certains pensent encore que nous n’avons jamais déclenché de guerre, et certainement rien qui puisse être qualifié de « guerre d’agression ».

Au cours de cette même journée enneigée de décembre, Julian Assange de Wikileaks était libéré de prison à Londres et déclarait aux journalistes qu’il était plus préoccupé par une extradition vers les Etats-Unis que vers la Suède, où il est accusé de crimes «sexuels». (1)


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C’est une crainte souvent exprimée par différents politiciens et trafiquants de drogue de différents pays ces dernières années. Les Etats-Unis sont devenus la nouvelle Ile du Diable de l’occident. A partir du milieu du 19eme siècle et jusqu’au milieu du 20ème siécle, les prisonniers politiques étaient expédiés sur un bout de territoire français situé au large des côtes sud-américaines. Un des résidents actuels de cette version moderne de l’Ile du Diable s’appelle Bradley Manning, l’ancien analyste du renseignement US soupçonné d’avoir livré les câbles diplomatiques à Wikileaks. Manning est en détention depuis sept mois, d’abord au Koweit puis dans une base militaire en Virginie. Il risque une peine de prison à perpétuité s’il est jugé coupable... de quelque chose. Sans procès, sans jugement, on ne lui autorise qu’un minimum de contacts avec l’extérieur, ou avec les gens, ou la lumière du jour, ou les informations ; parmi les choses qui lui sont interdites on trouve un oreiller, des draps, de l’exercice physique ; son sommeil est limité et fréquemment interrompu. Lire l’article de Glenn Greenwald sur le traitement infligé à Manning et qui équivaut à de la torture. (2)

Un ami du jeune soldat dit que beaucoup de gens sont réticents à s’exprimer sur la détérioration physique et mentale de Manning à cause du harcèlement du gouvernement, sous forme de surveillance, de confiscations d’ordinateurs sans mandat et même de tentatives de corruption. « Tout ceci a eu un tel effet d’intimidation que beaucoup n’osent pas parler en son nom. » (3) Un développeur du logiciel utilisé par Wikileaks a été détenu pendant plusieurs heures l’été dernier par des agents fédéraux à l’aéroport de Newark, New Jersey, qui l’ont interrogé sur ses liens avec Wikileaks et Assange et aussi sur ses opinions sur les guerres en Afghanistan et en Irak. (4)

Il ne s’agit là que d’un incident mineur mais qui s’intègre dans l’instauration d’un état policier qui se poursuit depuis prés d’un siècle, de la Menace Communiste des années 20 au McCarthysme des années 50 à la répression contre les manifestants pour l’Amérique centrale des années 80... renforcée par la Guerre Contre la Drogue... et désormais accélérée par la Guerre Contre le Terrorisme. Ce n’est pas le pire état policier de l’histoire, ni même le pire état policier contemporain, mais c’est quand même un état policier, et certainement l’un des plus efficaces de tous les temps. Une étude récente du Washington Post a révélé l’existence de 4.058 organismes « antiterroristes » différents à travers le pays, chacun avec ses propres responsabilités et sa propre juridiction. (5) La police américaine, composée d’un large éventail de services, obtient généralement ce et qui elle veut. Si les Etats-Unis réussissent à mettre la main sur Assange, sous n’importe quel prétexte juridique, vous pouvez trembler pour lui car cela pourrait bien signifier la fin définitive de sa liberté ; Ni les faits qu’on lui reproche ni ses actions supposées ou réelles ni même les textes des lois américaines n’auront plus la moindre importance car il n’y a point de furie plus grande que celle d’un Empire contrarié.

Johns Burns, correspondant en chef à l’international du New York Times, après avoir interviewé Assange, a déclaré : « Il est profondément convaincu que les Etats-Unis représentent une force de mal dans le monde, qu’ils détruisent la démocratie. » (6) Est-ce que quelqu’un qui pense ainsi mérite de faire connaissance avec les droits de l’homme tels qu’on les conçoit sur l’Ile du Diable ?

Les documents de Wikileaks ne révéleront peut-être rien qui puisse bouleverser le monde, mais jour après jour ils participent à la lente mais constante érosion de la foi des gens en la pureté des intentions du gouvernement des Etats-Unis, étape indispensable pour surmonter toute une vie d’endoctrinement. Dans le passé, beaucoup plus de gens se seraient plantés devant la Maison Blanche s’ils avaient eu accès à la pléthore d’informations qu’on peut trouver aujourd’hui ; ce qui ne signifie pas pour autant que nous aurions pu empêcher une seule guerre car cela dépend aussi du degré de démocratie qui règne aux Etats-Unis.

Une autre conséquence de la publication de ces documents pourrait être la démystification de la réputation largement répandue de la Suède, ou du gouvernement suédois, qui serait pacifique, progressiste, neutre et indépendante. Le comportement de Stockholm à cette occasion, comme à d’autres, n’a rien à envier à celui de Londres dans le rôle de caniche des Etats-Unis, lorsqu’ils se sont alignés sur l’accusation contre Assange qui avait fréquenté des cubains anti-castristes de droite qui étaient eux-mêmes évidemment soutenus par le gouvernement des Etats-Unis. C’est cette même Suède qui a collaboré récemment avec la CIA dans les opérations d’enlèvements secrets vers des centres de torture et qui maintient 500 soldats en Afghanistan. Comparé au nombre d’habitants, la Suède qui est le premier exportateur d’armes au monde et elle participe depuis des années aux manoeuvres militaires de l’OTAN/US, dont certaines sont parfois effectuées sur son propre territoire. La gauche ferait bien de se chercher une autre nation-modèle. Cuba, peut-être ?

Et puis il y a aussi ce vieux stéréotype chez les Américains selon lequel les Suédois ont une attitude sophistiquée et tolérante à l’égard du sexe, une réputation provoquée, ou renforcée, par un film suédois de 1967 et qui avait été interdit pendant un certain temps aux Etats-Unis. Que constatons-nous aujourd’hui ? Des Suédois qui lancent Interpol aux trousses d’un homme qui aurait apparemment contrarié deux femmes, peut-être parce qu’il avait couché avec les deux dans la même semaine.

Et pendant qu’ils y sont, les progressistes américains feraient bien aussi d’ouvrir les yeux sur la BBC, qu’ils perçoivent comme un média progressiste. Les Américains se font toujours embobiner par un accent britannique. Le présentateur de l’émission BBC Today, John Humphry, a demandé à Assange : « Etes-vous un prédateur sexuel ? » Assange a dit que la question était « ridicule », et il a ajouté « bien-sûr que non ». Humphry lui a ensuite demandé avec combien de femmes il avait couché. (7) Même Fox News ne se serait pas rabaissé à un tel niveau. J’ai regretté qu’Assange n’ait pas grandi comme moi dans les rues de Brooklyn. Il aurait su alors exactement quoi répondre à une telle question : « En comptant votre mère ? »

Un autre groupe qui devrait en profiter pour tirer des leçons de tout ça est celui des conspirationnistes acharnés. Plusieurs m’ont déjà écrit sur un ton narquois pour m’informer de ma naïveté pour n’avoir pas encore compris qu’Israël était en réalité derrière les fuites de Wikileaks. C’est pour cela, me disent-ils, qu'aucun document ne mentionne Israël. J’ai dû leur apprendre que j’avais déjà vu quelques documents qui n’étaient pas flatteurs pour Israël. Depuis, j’en ai vu d’autres, et Assange, lors d’une interview par Al Jazeera le 23 décembre, a déclaré qu’un petit nombre seulement de documents relatifs à Israël avaient été publiés jusqu’à présent parce que les médias occidentaux qui avaient les droits de publication exclusifs sur ces document secrets étaient réticents à publier des informations sensibles sur Israël. (Imaginez le tir de barrage qu’aurait subi Der Spiegel en Allemagne). « Il y a 3.700 documents concernant Israël dont 2.700 proviennent d’Israël même » a dit Assange. « Au cours des six prochains mois, nous avons l’intention d’en publier d’autres. » (8)

Évidemment, plusieurs autres personnes m’ont aussi informé que tout ça n’était en réalité qu’un coup monté par la CIA.


Le Droit au Secret


Nous sommes nombreux à en avoir assez des partisans d’Israël qui qualifient «d’antisémite» toute critique formulée contre la politique israélienne, ce qui n’est pratiquement jamais le cas. Examinons la définition donnée par le dictionnaire Webster : «Antisémite. Quelqu’un qui exerce une discrimination, manifeste une hostilité ou affiche des préjugés à l’encontre des Juifs » Remarquez qu’il n’est pas fait mention de l’état d’Israël.

Voici à quoi ressemble un véritable antisémite. Ecoutons l’ancien président (des États-Unis) Richard Nixon : « les Juifs sont agressifs, rudes et odieux... la plupart de nos amis Juifs... ont au fond un complexe d’infériorité qu’ils doivent compenser. » Ceci est extrait de l’enregistrement d’une conversation à la Maison Blanche, le 13 février 1973, publié récemment. (9) Ces enregistrements, et il y en a beaucoup, représentent le Wikileaks de l’époque.

Pourtant, comme l’a souligné un éminent conservateur, Michael Medved, après la publication des remarques de Nixon : « Ironiquement, aucun Américain n’a fait plus pour le peuple Juif au moment décisif : après l’attaque surprise Egypto-syrienne en 1973 qui a détruit un tiers de l’aviation israélienne et tué l’équivalent Américain de 200.000 Israéliens, Nixon a ignoré le Pentagone et ordonné le réapprovisionnement immédiat en matériel. Jusqu’à ce jour, les Israéliens sont encore reconnaissants pour ce geste décisif qui a permis à l’état Juif de changer le cours de la guerre. » (10) Alors, Richard Nixon était-il antisémite ? Et ses remarques doivent-elles rester secrètes ?

Dans une autre interview récente, on a demandé à Julian Assange s’il pensait « qu’un état avait le droit de garder des secrets ». Il a reconnu qu’il existe des circonstances où les institutions ont besoin de secret, « mais cela ne signifie pas que tous les autres doivent se plier à cette nécessité. Les médias ont un devoir envers le public, celui de publier l’information que le public doit connaître. » (11)

[rappel "informer n’est pas une liberté pour la presse, mais un devoir" - dixit Le Grand Soir - dont Assange est un fidèle lecteur. Nan, j’déconne - NDT]

J’ajouterai que le peuple Américain – plus que tout autre peuple – a besoin de savoir ce que manigance son gouvernement à travers le monde parce que son gouvernement se livre à plus d’agressions que tout autre gouvernement, qu’il est continuellement en train de bombarder et d’envoyer des hommes et des femmes pour tuer et se faire tuer. Les Américains ont besoin de savoir ce que leurs dirigeants psychopathes se disent réellement les uns aux autres au sujet de ce bain de sang. Toute bribe d’information pourrait servir comme arme pour empêcher une nouvelle guerre. Michael Moore a récemment écrit :

« Nous avons été entraînes dans une guerre contre l’Irak par un mensonge. Il y a eu des centaines de milliers de morts. Imaginez si ceux qui avaient planifié ce crime de guerre en 2002 avait eu affaire à Wikileaks. Ils n’auraient peut-être pas réussi leur coup. La seule raison pour laquelle ils pensaient s’en sortir était qu’ils étaient protégés par le secret. Cette protection leur a été arrachée, et j’espère qu’ils ne pourront plus jamais manoeuvrer en secret. »

Et n’oublions pas non plus, chers camarades, que nos glorieux dirigeants nous espionnent en permanence : aucune communication, par téléphone ou courrier électronique, n’est un secret pour eux ; rien dans nos comptes en banque ou dans nos chambres à coucher n’est hors de leur portée s’ils ont envie de savoir. Récemment, le FBI a effectué un raid dans des foyers du Midwest chez des militants de la solidarité avec la Palestine, la Colombie et d’autres. Les agents ont passé de nombreuses heures à passer au peigne fin chaque étagère, chaque tiroir, emportant des dizaines de cartons remplis d’objets personnels. Alors à quel genre de secret aurait droit le Département d’État ?


Se préparer à la vague de propagande qui s’annonce

 
Le 6 février marquera le centenaire de la naissance de Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1981 à 1989. Les conservateurs ont déjà lancé le show. Le jour de l’an, une banderole de 20 mètres sur 10 en l’honneur de Reagan flottait au milieu de la grande Parade à Pasadena, en Californie. Pour vous aider à gérer, et peut-être même à contrer, la désinformation et les omissions qui vont inonder les médias dans les prochains mois, voici quelques informations sur ce grand homme et ses splendides réussites, en commençant par la politique étrangère.

NICARAGUA

Pendant 8 longues années le peuple du Nicaragua fut soumis aux attaques de l’armée mercenaire de Ronald Reagan, la Contra. Ce fut une guerre en bonne et due forme déclenchée par Washington et qui visait à détruire les programmes sociaux et économiques progressistes du gouvernement sandiniste – en incendiant des écoles et des cliniques, en minant les ports, en bombardant et mitraillant, en violant et en torturant... Les Contras étaient ces charmants gentlemen que Reagan appelait « les combattants de la liberté » et « l’équivalent moral de nos pères fondateurs ».

EL SALVADOR

Les dissidents salvadoriens ont tenté d’agir au sein du système. Mais avec le soutien des Etats-Unis, le gouvernement a rendu toute activité impossible, en recourant constamment aux fraudes électorales et au meurtre de centaines de manifestants et grévistes. Lorsque les dissidents ont pris les armes, l’administration Carter, et ensuite et surtout l’administration Reagan, ont réagi en fournissant une aide financière et militaire illimitée au gouvernement et ses escadrons de la mort et de torture, ces derniers bénéficiant eux-mêmes de l’aide de la CIA et ses manuels sur la torture. Le personnel militaire et de la CIA participaient activement. Le résultat fut 75.000 civils morts ; toute velléité de changement écrasé dans l’oeuf, une poignée de riches qui possédaient toujours le pays et les pauvres toujours aussi pauvres, et les escadrons de la mort qui menaçaient toute dissidence. Il n’y aura aucun changement au Salvador tant que Ronnie et Nancy occuperont la Maison Blanche.

GUATEMALA

En 1954, un coup d’état organisé par la CIA renversa le gouvernement démocratiquement élu de Jacobo Arbenz, déclenchant 40 ans de règne des escadrons de la mort, de torture, de disparitions, d’exécutions massives, et une cruauté inimaginable, pour un total de 200.000 victimes – sans aucun doute un des chapitres les plus inhumaines du 20ème siècle. Pendant 8 de ces 40 ans, l’administration Reagan a joué un rôle majeur.

Le pire des dictateurs militaires était peut-être le général Efrain Rios Montt, qui a mené pratiquement un holocauste contre les Indiens et les paysans, ce qui lui a valu une condamnation internationale. En décembre 1982, Reagan a rendu visite au dictateur Guatémaltèque. Lors d’une conférence de presse des deux hommes, Rios Montt a été interrogé sur sa politique de terre brûlée. Il a répondu « Nous n’avons pas de politique de terre brûlée. Nous avons une politique de communistes brûlés.  » Après la réunion, en réaction aux accusations d’atteintes massives aux droits de l’homme, Reagan a déclaré que Rios Montt était « mal traité » par les médias.

 

Efrain Rui Montt & Ronald Reagan.jpg

Efrain Rios Montt et Reagan

 

LA GRENADE

Reagan a envahi ce minuscule pays en octobre 1983, une invasion totalement illégale et immorale, drapée de mensonges (des étudiants américains en médecine étaient « en danger »). L’invasion a permis de placer au pouvoir des hommes plus compatibles avec la politique étrangère des Etats-Unis.

● AFGHANISTAN

Après que l’administration Carter a provoqué une invasion Soviétique, Reagan est arrivé au pouvoir pour soutenir à fond les intégristes islamiques dans leur guerre contre les Soviétiques et le gouvernement laïque qui faisait respecter les droits des femmes. Au final, les Etats-Unis et les intégristes ont « gagné » et les femmes et le reste de l’Afghanistan ont perdu. Plus d’un million de morts, trois millions d’estropiés, cinq millions de réfugiés ; soit environ la moitié de la population. Et de nombreux intégristes islamiques antiaméricains formés et armés par les Etats-Unis et prêts à exercer leur terreur sur le monde.

« Voir les courageux combattants de la liberté afghans affronter un arsenal moderne avec de simples armes de poing est une source d’inspiration pour tous ceux qui aiment la liberté » a déclaré Reagan. « Leur courage nous enseigne une grande leçon – il y a des causes ici-bas qui méritent d’être défendues. Je dis, au nom de tous les Américains, que nous admirons votre bravoure, votre dévouement à la liberté, et votre lutte incessante contre vos oppresseurs. » (12)

LA GUERRE FROIDE

En ce qui concerne le rôle présumé de Reagan dans la fin de la Guerre Froide... ce n’est qu’une pure fiction. Il l’a prolongée. Lisez l’histoire dans un de mes livres. (13)

Quelques autres exemples de l’immoralité remarquable de Ronald Wilson Reagan et du cynisme décomplexé de son administration. :

Reagan, dans son célèbre discours de 1964, « L’heure des Choix », qui l’a propulsé sur la scène politique nationale : « On nous a dit il y a quatre ans que 17 millions de personnes se couchaient le ventre vide. Eh bien, c’était probablement vrai. Il faisaient tous un régime. »


« Sape de la santé, de la réglementation sur la sécurité et l’environnement. Reagan décréta que de telles réglementations devaient être soumises à des analyses d’impact – des analyses favorables aux entreprises et à leurs résultats, menées par le bureau Office of Management and Budget. Résultat : d’innombrables réglementations positives rejetées ou revues sur les bases de conclusions pseudo-scientifiques selon lesquelles leur coût pour les sociétés privées serait supérieur aux bénéfices pour le public. »


« Lancement de l’ère des ajustements structurels. Ce fut sous l’influence de l’administration Reagan que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont commencé à imposer partout le programme politique connu sous le nom d’ajustement structurel – composé de déréglementations, de privatisations, de priorité aux exportations, de coupes claires dans les dépenses sociales – qui a plongé un pays du tiers-monde après l’autre dans un désastre économique. Le chef du FMI à l’époque fut honnête sur ce qui allait se passer, déclarant en 1981 que, pour les pays à faible revenus, « l’ajustement sera particulièrement coûteux en termes humains». »


« Silence devant l’épidémie de SIDA. Reagan n’a mentionné le SIDA en public qu’en 1987, alors que le SIDA avait déjà tué 19.000 personnes aux Etats-Unis. » – Russell Mokhiber et Robert Weissman (14)


« L’élection de Reagan a changé la réalité politique. Son programme supprimait les aides sociales de l’état, et ses budgets imposaient une grande variété de coupes claires dans les programmes sociaux. Il était par ailleurs très stratégique dans sa démarche. Une de ses premières cibles fut l’assistance juridique. Ce service, qui fournissait une assistance juridique aux personnes à faibles revenus, était composé en majorité d’avocats progressistes qui s’en servaient pour mener des batailles juridiques victorieuses contre le gouvernement. Reagan a coupé le financement du programme. Il a aussi explicitement interdit à ce service de mener des actions collectives (Class Action Suits) contre le gouvernement – des actions qui avaient remporté de grandes victoires en faveur des familles les plus démunies.

 
« L’affaiblissement des syndicats était aussi une priorité pour l’administration Reagan. Les personnes nommées au National Labor Relations Board (agence indépendante fédérale créée en 1935 pour contrôler l’application du droit du travail - NDT) étaient plus favorables au patronat que ceux nommés par toutes les administrations précédentes, Démocrates ou Républicaines. Cela a permis au patronat d’ignorer le code du travail en toute impunité. Reagan a aussi fait entrer dans les moeurs le licenciement des grévistes lorsqu’il a licencié les contrôleurs aériens en 1981. De nombreuses grandes sociétés lui ont rapidement emboité le pas... Il en résulta une nette diminution du taux de syndicalisation, qui est passé de près de 20 pour cent dans le secteur privé en 1980 à un peu plus de 7 pour cent en 2006. » – Dean Baker (15)

Reaganomics : une politique fiscale basée sur l’idée que « les riches ne travaillent pas parce qu’ils n’ont pas assez d’argent tandis que les pauvres ne travaillent pas parce qu’ils en ont trop. »  -- John Kenneth Galbraith
 
« Selon les mantras de l’Amérique de l’ère Reagan, le système chinois actuel – à la fois capitaliste et autoritaire – ne pouvait pas exister. Le Capitalisme apportait la démocratie, répétaient ad nauseam les apologistes du libre-commerce, les conservateurs, les fonctionnaires du gouvernement et les compagnies américaines qui faisaient des affaires en Chine. Avec un nombre suffisant de Starbucks (chaîne de cafés – NdT) et de McDonalds, et un choix suffisamment large pour les consommateurs, la Chine allait sûrement devenir une démocratie. » – Harold Meyerson (16)


Tout au long du début et jusqu’au milieu des années 80, l’administration Reagan déclarait que les Russes répandaient des produits chimiques partout sur le Laos, le Cambodge et l’Afghanistan – la soi-disant « pluie jaune » - et avaient provoqué plus de 10.000 morts rien qu’en 1982, (dont, en Afghanistan, 3.042 morts attribués à 47 incidents distincts entre l’été de 1979 et l’été de 1981, pour vous dire si l’information était précise...). Le Président Reagan dénonça en personne l’Union Soviétique à plus de 15 reprises dans des documents et des discours. La « pluie jaune », en réalité, n’était que des déjections chargées de pollen produites par d’énormes essaims d’abeilles qui volaient en altitude. (17)

Les célèbres déclarations de Reagan, bis : l’affaire Contragate (un scandale de vente illégale d’armes à l’Iran pour permettre le financement de la guerre des Contras contre le gouvernement Nicaraguayen après que le Congrès US eut coupé le financement des Contras) peut se résumer ainsi :

- je n’étais pas au courant
- si j’étais au courant, je n’en savais pas assez
- si j’en savais assez, je l’ai su trop tard
- si je l’ai su à temps, ce n’était pas illégal
- si c’était illégal, la loi ne s’appliquait pas dans mon cas
- si la loi s’appliquait dans mon cas, je n’étais pas au courant

William Blum

http://killinghope.org/bblum6/aer89.html

Traduction VD pour le Grand Soir avec probablement les erreurs et coquilles habituelles



Notes

1. Sunday Telegraph (Australie), 19 Decembre 2010

2. Salon.com, 15 Decembre 2010, "The inhumane conditions of Bradley Manning’s detention". Voir aussi le compte-rendu d'une journée-type de Manning par son avocat ; et Washington Post, 16 Decembre 2010

3. The Guardian (Londres), 17 Decembre 2010

4. New York Times, 19 Decembre 2010

5. Washington Post, 20 Decembre 2010

6. Diane Rehm show, National Public Radio, 9 Decembre 2010

7. The Guardian (Londres), 21 Decembre 2010

8. Information Clearing House, 23 Decembre 2010, « WikiLeaks to Release Israel Documents in Six Months »

9. Washington Post, 12 Decembre 2010

10. Du Medved’s radio show, 14 Decembre 2010 ; "Nixon : The Anti-Semitic Savior of Israel"

11. Al Jazeera, 22 Decembre 2010, Frost Over the World : Julian Assange interview.

12. Le 21 mars 1983, à la Maison Blanche.

13. Killing Hope : US Military and CIA Interventions Since World War II, p.17-18. (en français : Les guerres scélérates).Voir aussi, pour les cinq pays mentionnés ci-dessus, les chapitres qui leur sont consacrés dans ce livre.

14. Juin 2004 ; Mokhiber est le rédacteur en chef de Corporate Crime Reporter ; Weissman, le rédacteur en chef du Multinational Monitor, tous deux à Washington, D.C.

15. Avril 2007 ; Baker est Co-Administrateur du Center for Economic and Policy Research, Washington, DC.

16. Chroniqueur au Washington Post, 3 juin 2009

17. Killing Hope, op cit, p.349

URL de cet article 12367
http://www.legrandsoir.info/Wikileaks-les-Etats-Unis-la-Suede-et-l-ile-du-Diable.html

 

*

 


III.


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Discours de Patrice LUMUMBA,
Premier ministre et ministre de la défense nationale
de la République du Congo,
Prononcé à la cérémonie de l’Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960.


« Congolais et Congolaises, Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais, A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté. Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait "tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "vous" honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.

Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs, qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation (applaudissements).

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail (applaudissements).

Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l’Homme (applaudissements). Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays. Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés (applaudissements).

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit (applaudissements). Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance, est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays.

De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis. Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger. Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise. Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays. L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain (applaudissements).

Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine (applaudissements). Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !
Vive l’indépendance de l’Unité africaine !
Vive le Congo indépendant et souverain ! (applaudissements prolongés). »

http://www.pressafrique.com/m53.html



*


Il ne s’est guère passé de temps, entre le moment où ce discours mémorable fut prononcé et le moment où il écrivit la lettre qui suit à son épouse Pauline  : moins de six mois. Il n’avait plus que quelques jours à vivre.



*

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Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.

Que pourrais-je dire d’autre ?

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice


Publié sur http://saoti.over-blog.com





Patrice Emery LUMUMBA
Assassiné au Katanga le 17 janvier 1961

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Voir aussi :
L’assassinat de Lumumba, un crime bientôt jugé en Belgique ?
http://www.cadtm.org/L-assassinat-de-Lumumba-un-crime

En effet, la veuve et le fils aîné de Patrice Lumumba sont sur le point d’intenter une action au pénal contre treize personnes toujours en vie, qu’ils accusent d’avoir trempé dans ce crime, perpétré dans des conditions aussi obscures que celui qui coûta la vie à J. F. Kennedy. 

Le problème, dans l’assassinat de Lumumba comme dans celui de Kennedy, est que ceux qui avaient intérêt à leur mort étaient si nombreux qu’on a pour ainsi dire l’embarras du choix. La CIA y fut assurément pour quelque chose, de même que l’establishment belge. Fut-ce au service d’intérêts US plus puissants que les leurs ou pour leur propre compte que ces Belges trempèrent leurs mains dans le sang jusqu’aux clavicules ? Le roi Baudoin fut-il du nombre ? C’est ce que le procès qui vient, sous peine de n’être qu’une mascarade, devrait au moins tenter d’éclaircir.

En attendant, l’occultation de Lumumba est si complète et la censure si efficace, qu’il nous a été impossible de trouver, sur Internet, une seule photo où le Premier Ministre Congolais et le roi des Belges, y compris le 30 juin 1960, apparaissent ensemble.

Pour mieux comprendre ce qui est en train de se passer, il n’est pas sans intérêt de lire les deux interviews récentes que Ludo De Witte, sociologue flamand auteur d’un livre qui fit scandale dans les milieux concernés lors de sa parution en 1999 -  L’assassinat de Lumumba – vient d’accorder, la première à l’hebdomadaire belge Solidaire, la seconde à deux journalistes congolais.



*


Interview Ludo De Witte : « Le Roi a implicitement donné son feu vert à l’assassinat de Lumumba »

Solidaire a rencontré Ludo De Witte, spécialiste du Congo et également conseiller des avocats qui sont à la base de la plainte qui sera bientôt déposée contre une dizaine de personnalités belges pour leur implication dans la mort de Lumumba et de ses compagnons.

Isabelle Minnon

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette plainte ? Qui sera sur le banc des accusés ?

Ludo De Witte. Cette plainte sera déposée à la demande de la famille de Lumumba qui a constaté que d’une part la vérité n’était pas sortie intégralement de la commission d’enquête parlementaire belge en 200-2001 et d’autre part que les décisions prises à l’issue de cette commission n’ont pas été honorées par notre gouvernement. Il n’y a pas eu de réparation et par conséquent, il n’y a pas eu de justice rendue. Étant le conseiller technique du cabinet d’avocats, je fournis des informations sur le plan historique. Je ne suis pas autorisé à vous dire qui sera sur le banc des accusés.

Cette plainte se fonde sur la loi de compétence universelle de 1993 relative à la répression des crimes de droit international humanitaire qui permet aux juges belges de poursuivre et de juger en Belgique des personnes coupables de génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Ces crimes étant imprescriptibles. En Belgique, cette loi a été utilisée contre des Africains impliqués dans le génocide rwandais. Ce serait une bonne chose qu’elle soit utilisée contre des Belges impliqués dans des crimes monstrueux contre des Africains comme celui de l’assassinat de Lumumba et de ses compagnons.

Étienne Davignon est probablement un des hommes les plus puissants dans l’establishment de la Belgique. Ancien président de la Société Générale de Belgique, membre du conseil d’administration de Suez, vice-président de Suez-Tractebel, actif dans des conseils d’administration de nombreuses entreprises, il était à l’époque l’attaché de cabinet du ministère des Affaires étrangères. Est-il sur la liste?

Ludo De Witte. En regardant l’affaire d’un point de vue historique, il est certain que le rôle de Monsieur Davignon devra être examiné par la justice belge. Il a joué un rôle très important au début de l’année 1960. Lors de la table ronde qui s’est tenue à Bruxelles, Étienne Davignon était le représentant du ministre des Affaires étrangères. Dès l’indépendance, il a été envoyé au Congo notamment pour organiser l’opposition contre Lumumba. Travaillant dans l’entourage du président Kasavubu, du ministre congolais des Affaires étrangères Justin Bomboko, il les a convaincus d’organiser un coup d’État et de renverser le gouvernement de Lumumba.

Pendant le transfert de Lumumba au Katanga, Étienne Davignon se trouvait à Bruxelles au cabinet des Affaires étrangères. Depuis le ministère des Affaires étrangères, un télex a été envoyé vers le Katanga. Ce télex mentionnait que Lumumba allait être transféré vers le Bakwanga, région de Kalonji, dont on savait qu’il voulait la mort de Lumumba. Bien que, finalement, Lumumba n’a pas été transféré au Bakwanga, mais au Katanga, ce télex pouvait être un message implicite pour les Belges au Katanga que l’intégrité physique de Lumumba n’avait aucune valeur pour les Affaires étrangères. Ce télex a certainement joué un rôle dans le fait que les Belges se trouvant au Katanga ne sont pas intervenus pour empêcher l’élimination de Lumumba.

D’autres personnalités belges sont impliquées, notamment des gens de la sûreté belge, comme André Lahaye et des militaires, dont Louis Marlière. Toutes ces personnes travaillaient ensemble sous l’autorité du Consul belge à Brazzaville, Marcel Dupret.

Quel a été le rôle du roi Baudouin dans l’assassinat de Lumumba ?

Ludo De Witte. On a des preuves que le roi Baudouin était au courant des projets visant à éliminer physiquement Lumumba. Le Roi a reçu une lettre d’un colonel belge dans laquelle celui-ci explique qu’il y a un plan des antilumumbistes consistant à l’élimination physique de Lumumba. Le Roi n’a pas transmis cette lettre au gouvernement belge. Or, il y était obligé constitutionnellement. Au contraire, le roi Baudouin a écrit une lettre à l’attention de Tshombé dans laquelle il fait l’éloge de celui-ci et des antilumumbistes et d’autre part s’attaque aux lumumbistes. Avec cette lettre, le Roi a implicitement donné son feu vert à l’élimination de Lumumba. Cette lettre du roi Baudouin a été envoyée en octobre, Lumumba a été assassiné en janvier. Il n’y a pas de lien direct entre cette lettre et l’assassinat de Lumumba. Toutefois, les officiers supérieurs belges connaissaient l’existence de cette lettre et donc la position du roi Baudouin. Dès lors, il est légitime de se demander dans quelle mesure cette lettre a joué un rôle dans l’assassinat de Lumumba.

Votre livre « L’Assassinat de Lumumba » publié fin des années 90 a fait beaucoup de bruit. Pourquoi avoir écrit ce livre plus de 30 ans après la mort du premier ministre congolais ?

Ludo De Witte. C’est par curiosité intellectuelle que j’ai commencé mes recherches en 1993, après avoir lu le livre de Jules Chomé « L’ascension de Mobutu ». Chomé était un des rares Belges, à l’époque, qui avait pris position en faveur de Lumumba. Et, j’étais stupéfait que justice n’avait pas été rendue dans un des assassinats phares du 20e siècle. Dans son livre, l’auteur parle de la crise congolaise qui a surgi après l’indépendance du pays, mais j’ai constaté que, dans son récit, il subsistait de nombreuses zones d’ombres. J’ai alors décidé d’entamer des recherches notamment en fouillant dans les archives des Affaires étrangères et dans celles des Nations unies.

Comment le monde politique belge a-t-il réagi à la publication de votre livre ?

Ludo De Witte. En 1999, lors de la publication de mon livre, un nouveau gouvernement (libéral-socialiste) venait de se mettre en place en Belgique avec comme ministre des Affaires étrangères, Louis Michel. Ce nouveau gouvernement a été très embarrassé par la sortie de mon livre. Louis Michel venait de faire son entrée sur la scène politique étrangère belge en Afrique, particulièrement au Congo, en jouant le rôle de pacificateur dans la guerre qui sévissait au Congo. Après la sortie du livre, il devenait très difficile pour la Belgique de donner une image d’un pays qui pouvait contribuer à mettre un terme au conflit par des accords de paix, en mettant en avant les idées de démocratie et des droits de l’homme alors que ce même gouvernement refusait de parler des crimes qu’il avait commis au Congo, dont l’assassinat de Lumumba.

En plus de mon livre, les déclarations de Gérard Soete, gendarme belge, l’un des fossoyeurs de Lumumba qui a confirmé mon récit en se vantant auprès des journalistes d’avoir « gardé deux dents de Lumumba à son domicile comme trophée », ont créé une grande émotion en Belgique.

Alors, Louis Michel a estimé qu’il était nécessaire de répondre aux allégations. Il a proposé la création d’une commission d’enquête parlementaire belge sur l’assassinat de Lumumba. En fait, pour Louis Michel, cette commission avait pour but de neutraliser mon livre. Lors de cette commission, la responsabilité de personnalités belges fut clairement démontrée sans que celles-ci ne soient citées dans les conclusions de la commission. La commission a utilisé les termes de « responsabilité morale » afin de rester vague, probablement pour éviter des condamnations à des réparations financières.

À l’issue de la commission, le gouvernement belge a décidé d’instituer le fonds Lumumba prévoyant d’y incorporer 3 millions euros par an, somme destinée à financer des projets en République démocratique du Congo. Ce projet de fonds Lumumba n’a jamais été concrétisé jusqu’à ce jour. Le président Laurent Kabila fut assassiné et son fils, Joseph Kabila, devenu président, a dû faire face à une forte pression internationale et à une guerre d’agression venant du Rwanda et de l’Ouganda. La Belgique avait en face d’elle un gouvernement congolais avec un président affaibli. Entre les lignes, on a pu percevoir la joie des politiciens belges dans l’assassinat du président Laurent Kabila. Avec un gouvernement si fragile au Congo, probablement que Louis Michel n’a plus senti le besoin de réparer les crimes commis dans les années 60. À l’heure actuelle, il n’y a même pas une rue, un monument en Belgique en hommage à Lumumba.

J’ai entendu que vous prépariez la sortie d’un nouveau livre, pouvez-vous nous en dire plus ?

Ludo De Witte. C’est un livre qui constitue un complément à « L’Assassinat de Lumumba ». Il porte sur la rébellion qui a eu lieu au Congo durant les années 64-65.

Après le renversement de Lumumba, les sentiments nationalistes étaient toujours présents dans la population. C’est ce qui a entraîné des rébellions essentiellement paysannes au centre et à l’est du pays dirigées par Pierre Mulele, Soumialot et Gbenye.

Les Belges et les Américains sont intervenus avec des troupes aéroportées, dans ce qu’on a appelé l’opération « Ommegang » dirigée par une centaine d’officiers belges qui encadraient des soldats congolais. Il y avait aussi des mercenaires qui participaient à cette opération de reconquête. Cette opération a été un véritable bain de sang dans lequel près d’un million de Congolais ont été assassinés.

Avant cette opération, la population criait « uhuru, uhuru, uhuru » qui signifie liberté. Après cette opération sanglante, c’en était fini des cris de liberté par la population, un vrai cimetière politique et social venait de voir le jour... et c’est sur base de ce cimetière que Mobutu a pris le pouvoir par un nouveau coup d’État et y a installé une dictature qui a duré jusqu’en 1997.




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Procès de l’assassinat de P.E. Lumumba



Ludo De Witte réaffirme la pleine responsabilité des officiels belges dans l’assassinat de Patrice Lumumba

http://www.lepotentiel.com



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Le Potentiel s’est entretenu, une fois de plus, avec l’écrivain belge Ludo De Witte qui a publié aux Editions Karthala l’ouvrage L’assassinat de Lumumba. Ludo De Witte, un Flamand, qui a sillonné le monde. Il a eu accès aux archives. Pour le moment, de passage à Kinshasa, Le Potentiel et L’Avenir se sont intéressés à lui.





Qu’est-ce qui justifie la présence, en ce moment, de Ludo De Witte à Kinshasa ? (F. Mulumba)

Je suis en RDC essentiellement pour préparer un nouveau livre. Je suis en train de préparer le complément de l’ouvrage sur l’assassinat de Lumumba. Un livre sur l’ascension de Mobutu (1964-1965) et le rôle de l’Occident dans la mise en scène de Mobutu. Pour cela, je réalise des interviews ici au pays avec des acteurs politiques qui étaient actifs à l’époque. Je suis aussi en train de tisser des liens avec le monde académique pour réfléchir à l’établissement d’un centre de recherche et de documentation sur le nationalisme congolais et africain. Auquel j’aimerais bien participer en mettant des archives à la disposition des chercheurs congolais. J’ai eu des difficultés pour chercher l’endroit où Lumumba a été exécuté. Mais, finalement, j’ai retrouvé cet endroit. Il faudrait quand même une contre-expertise avec des conclusions à la disposition des autorités congolaises.

Quand avez-vous commencé à mener ces démarches ? Et pourquoi Lumumba vous intéresse-t-il tant ? En outre, aujourd’hui, vous voulez participer à l’éclosion du nationalisme congolais au moment où, au Congo, des politiciens pensent que le nationalisme est dépassé car nous sommes dans la mondialisation. Qu’en pensez-vous ? (J. Diana)

J’ai commencé les recherches il y a 16 ans. A ce moment-là, j’avais plus d’attachement, d’intérêt pour le Congo et l’Afrique. J’ai eu la curiosité de lire un livre sur les événements de l’époque écrit par Jules Tchombé, un avocat belge, qui défendait la cause lumumbiste. Dans cet ouvrage, il essayait d’expliquer ce qui s’était passé ici. Et, à mon grand étonnement, j’ai pu constater que cet assassinat de Lumumba – un assassinat le plus important du 20ème siècle – n’était pas élucidé. Il y avait des trous énormes dans l’explication. C’est ainsi que j’ai commencé à étudier l’affaire en rassemblant les archives, surtout celles du fond bibliothécaire privé. Notamment aux Nations unies à New York pour examiner l’affaire. Et, finalement, j’ai pu avoir accès aux archives des Affaires étrangères. Ce qui m’a amené à élucider l’affaire en réfutant le fait que l’assassinat de Lumumba est une affaire des Bantous. Donc, c’est une affaire des Occidentaux qui, en collaboration avec certains Congolais, ont pu renverser le gouvernement congolais et organiser l’assassinat du Premier ministre lui-même.

Quant au nationalisme, je ne pense pas qu’il soit incompatible avec une approche avec le monde extérieur. Je crois que le nationalisme conçu par Lumumba était une tentative de mobiliser la population, d’avoir une autre organisation d’un peuple, d’inculquer et de stimuler la fierté, le dynamisme, la confiance en soi dans ce peuple. Et sur base de tout ceci, prendre en mains son propre sort. C’est l’essentiel du nationalisme de Lumumba. Il s’agit de développer le pays pour en faire un Etat-Nation intégré. Il n’est pas question seulement de construire des routes, comme à l’époque coloniale, qui servaient à transporter les richesses du pays vers le marché mondial mais développer vraiment le pays, intégrer les différentes régions et développer une sorte d’économie nationale. Cela implique, à mon avis, une certaine forme de nationalisme pour relever cette économie nationale. Mais il est clair que c’est avec des échanges avec le monde extérieur qu’il faut développer ce nationalisme. Je ne crois pas qu’il y ait contradiction. Mais si on ne développe pas ce nationalisme, si on n’a pas ce rapport des forces à l’intérieur du pays, je crois qu’on est un peu à la merci du capitalisme international. Et cela au détriment du peuple congolais.

A vous entendre parler, c’est comme si vous êtes de gauche. Est-ce que je me trompe ? (F. Mulumba)

Non. J’ai une approche progressiste. Le choix de mes recherches, c’est toujours une tentative pour élucider certaines pages noires dans l’histoire, c’est essayer d’expliquer et de mettre à nu les forces dominantes qui, en général, restent cachées, pas juste derrière les rideaux. Elles réagissent lorsqu’elles sentent que leurs enjeux stratégiques sont réellement en danger. C’est alors qu’on voit ce qu’elles sont prêtes à faire pour défendre leurs intérêts.

Et je crois que la crise congolaise en 1960 est née dès la constitution du gouvernement Lumumba. La Belgique a, alors, cru que toutes les richesses qu’elle avait acquises dans la colonie étaient en danger. Elle s’est battue bec et ongles jusqu’à planifier l’assassinat de Lumumba, un Premier ministre légalement élu.

On l’impression qu’il y a un règlement des comptes entre Francophones et Flamands dans la mesure où les richesses du Congo ont beaucoup plus profité aux premiers qu’aux seconds. Qu’en pensez-vous ? (F. Mulumba)

Je crois que ce n’est pas juste. Moi-même, je n’ai aucune ambition de jouer un rôle dans une politique de nationalisme flamand. D’ailleurs, il n’est pas vrai que ce sont les Wallons qui étaient dans la colonie au détriment des Flamands. Mais c’est l’élite belge, la classe dominante belge (la Société générale et les autres consortiums) qui en a profité. L’œuvre coloniale n’était pas très populaire au sein de la population en Belgique. On avait une certaine méfiance envers ceux qui venaient exploiter les richesses du Congo. N’oubliez pas que, depuis 1960, le mouvement nationaliste prenait un essor et que le gouvernement belge était en train de se demander s’il devait intervenir militairement pour écraser ce mouvement. Un peu partout, en Belgique, il y avait des écris sur les murs tels que : « Pas un Franc, pas un soldat pour l’Union minière ». Et les syndicats belges avaient clairement dit qu’on ne pouvait pas envoyer des soldats belges intervenir au Congo.

On constate qu’après Lumumba, on a mis Laurent-Désiré Kabila pratiquement dans les mêmes conditions.

Pourquoi cette constance dans les médias belges par rapport à ce qui sort du nationalisme congolais, à ceux qui cherchent avant tout le développement du Congo ? (J. Diana)

Et on a l’impression que les Belges sont toujours à la base de malheurs du Congo. Vous avez dit dans votre ouvrage que ce sont les Belges qui sont à la base de l’assassinat de Lumumba. Lors de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, la déclaration la plus fracassante est venue de la Belgique avec Louis Michel qui, semble-t-il, a sablé le champagne. Ne peut-on pas dire que les malheurs qui arrivent au Congo proviennent notamment de l’élite belge ? (F. Mulumba)

Je ne sais pas si on a pris le champagne à l’annonce de l’assassinat de L.-D Kabila. Mais il est vrai qu’au moment où Laurent-Désiré Kabila a été assassiné, la commission d’enquête parlementaire belge sur l’assassinat de Lumumba était en cours. Donc, au même moment qu’on était en train, soi-disant, d’élucider cet assassinat, les politiciens belges accordaient aux médias des interviews dans lesquelles il était tout à fait clair qu’ils cachaient difficilement les raisons pour lesquelles Laurent-Désiré Kabila était assassiné.

Je ne crois que la Belgique soit une exception. Et que les Français ou les Américains soient meilleurs que la Belgique. Il faut se référer à ce qui s’est passé au Rwanda. Et le fait que la France a transféré les milices hutu qui ont commis le génocide au Rwanda et dans l’Est du Congo, où les Américains ont soutenu le Rwanda et au moment où on accepte l’agression contre le Congo, le problème n’est pas caractériel d’un peuple spécifique (les Français, les Américains ou les Belges). Mais il s’agit d’un système de domination qu’il faut qualifier d’impérialiste, c’est-à-dire qu’il est question de contrôler les richesses du pays. Et ça, c’est aussi vrai pour les Américains, les Français que pour les Belges. Je crois que dire que les richesses du Congo sont comme, pour utiliser l‘expression lancée par le ministre américains des affaires étrangères, « le pétrole est un produit trop stratégique pour le laisser entre les mains des Arabes ». Les classes dominantes de l’Occident croient que ce sont des produits stratégiques qu’on ne peut pas laisser entre les mains des Congolais, des Africains. Et quand il y a des dirigeants nationalistes qui veulent vraiment prendre en mains leur propre destin et mettre à la disposition des Congolais et des Africains leurs richesses. Alors, ils réagissent. Et c’est ce qu’ils veulent éviter. C’est vrai pour ce qui s’est passé en 1960 et pour ce qui se passe aujourd’hui.

Il s’agit donc d’un système impérialiste. Mais il y a une particularité belge dans ce sens que tout en reconnaissant que la Belgique est de beaucoup dans le frein au développement du Congo. Les plus grandes critiques sur la situation actuelle du Congo viennent de la Belgique, telles que le Congo vit un désastre, etc. Alors que la Belgique a participé à ce désastre … (J. Diana)

Vous faites référence, je suppose, à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Karel De Gutcht. Je partage complètement votre point de vue. Karel De Gutcht est un homme très intelligent. Il ne peut pas être aussi stupide de croire qu’en insultant un chef d’Etat étranger qu’il va changer sa politique, qu’il va se mettre à genoux devant ce ministre d’un pays européen. Vous avez raison. Ce n’est d’ailleurs pas quelque chose qui est nouveau. Je me souviens que quand Laurent-Désiré Kabila est venu au pouvoir, il a, à un certain moment, voulu instaurer une sorte de contrôle d’Etat monétaire sur le change entre le Franc congolais et les devises étrangères. Il y a eu les mêmes réactions tant en Belgique que dans toute l’Europe. Donc, une attitude impérialiste un peu généralisée par laquelle on peut exercer des pressions sur le gouvernement congolais actuel pour qu’il tienne compte de desiderata de l’Occident.

Avez-vous eu l’accès facile aux archives de l’ONU lors de vos recherches sur l’assassinat de Lumumba ? (J. Diana)

Il faut savoir que, même pour les notes académiques, les fonctionnaires de l’ONU sont très réticents en ce qui concerne les archives relatives aux pages noires de l’histoire. Je vous donne une indication très concrète. Le colonel Van De Val, un des représentants du gouvernement belge de l’époque ici au Congo, avait publié ses mémoires en 1974. Dans lesquelles il avait déjà écrit que le gouvernement belge avait un plan d’assassinat de Lumumba. En 1974, il n’y avait aucun chercheur académicien belge ou occidental qui a exploré cette information et qui a travaillé dessus. Justement, parce qu’il y avait défense de toucher à cela. En Europe, l’académicien dépend de la bonne volonté des instances politiques pour le visa, le crédit et les subsides. On a préféré ne pas toucher à cette information-là. Mais, moi, j’étais le premier à le faire. Donc, il y a un manque de volonté de la part de l’etablisment académique de toucher à cette affaire parce qu’il a les mêmes visions, objectifs que la classe dominante belge.

J’ai eu accès à ces archives parce que je travaillais déjà pendant plusieurs années sur le dossier et j’ai pu rassembler de précieux documents. J’ai alors pu discerner tous les noms, lieux et informations codés contenus dans ces documents. Des diplomates m’ont donné l’occasion de consulter ces archives.

Dernièrement, on a parlé en Belgique de la commission parlementaire sur l’assassinat de Lumumba. Le professeur Omasombo, qui est Congolais, a fait partie de cette commission. Cela a-t-il été facile pour lui ? (F. Mulumba)

C’est vrai. Mais la commission Lumumba qui resterait, après le célèbre Moke dans la publication de mon livre et, surtout, par le fait que le commissaire de police belge qui avait détruit le corps de Lumumba a montré deux dents de Lumumba qu’il a gardées chez lui comme une sorte de trophée. Cela a provoqué un tollé. C’est ainsi que le gouvernement belge, compte tenu du fait qu’il voulait jouer un rôle en Afrique centrale où il y avait un gouvernement dirigé par Laurent-Désiré Kabila qui se déclarait nationaliste lumumbiste, a cru qu’on devait réagir à ces allégations. C’est pour cela qu’il a institué cette commission. Lorsqu’on a pris cette décision, j’ai pensé y inclure des historiens et des chercheurs congolais dans les travaux de la commission parce que, somme toute, c’est l’histoire du Congo. Finalement, on cherché et trouvé un compromis. On a donc inclus le professeur Omasombo dans la commission, mais comme expert. Il y avait également quatre experts belges qui avaient travaillé sur les archives. Le professeur Omasombo a pu faire l’expérience pour conclure dans quelle mesure l’esprit colonialiste régnait encore en Belgique. Et il s’est vraiment senti nègre dans la commission.

Vous avez écrit un livre qui a provoqué un tollé général. Et il y a eu cette enquête parlementaire belge. Et le jour de la vérité, la Belgique a pratiquement reconnu sa responsabilité dans cet assassinat. Que peut-on attendre de la suite ? (J. Diana)

On a reconnu une certaine responsabilité morale très vague. On n’a pas indiqué les responsabilités des individus dans cette affaire. C’était la tâche de la commission comme cela a été décrit dans la loi qui a instauré cette commission. Je crois que la raison est assez simple : étant entendu l’assassinat de Lumumba, la dictature aveuglante de Mobutu et l’installation des dictatures ont eu des effets désastreux sur tout le continent. On veut surtout éviter qu’il y ait des règlements de compte avec cette histoire de justice et débordement de certaines réparations.

C’est pour cela qu’on a tiré des conclusions extrêmement vagues. Les autres conclusions concrètes de la commission, notamment l’instauration d’un Fonds Lumumba par lequel on allait subventionner des initiatives pour stimuler la démocratie au Congo. Tout cela n’a pas été fait non plus. En fait, la commission est restée lettre morte. C’est pour réagir à cela que, justement, la famille Lumumba a décidé de déposer, en janvier 2011, des plaintes devant le Tribunal à Bruxelles contre des Belges impliqués dans l’assassinat de Lumumba et contre l’Etat belge.

Il n’y a pas que des Belges qui sont responsables. En lisant votre ouvrage, on se rend compte que les Américains ont décidé et les Belges ont exécuté. Aujourd’hui, on voudrait savoir exactement qui a tué Lumumba ? (F. Mulumba)

Fin de l’année 60, Lumumba était enfermé dans une cellule de Mobutu. Les Belges et les Américains ainsi que leurs collaborateurs au Congo comme les Mobutu et les autres ont cru que le problème était résolu. On a cru que Lumumba enfermé, la situation était contrôlée. Comme on connaissait mal la population congolaise, à partir de l’Est, il y a eu tentative de reconquête du pays par les partisans de Lumumba. Dans l’espace de deux semaines et demie, ces derniers ont pu conquérir 40% du territoire national. Et même dans le campement où Lumumba était enfermé, il y avait le début d’une mutinerie. Une des exigences des soldats était la libération de Lumumba. Alors, aussi à Washington qu’à Bruxelles, on a pris panique. Les Américains avaient retiré le tueur qu’ils avaient envoyé pour assassiner Lumumba. Comme l’a signalé le Département d’Etat à Washington, le gouvernement belge voulait absolument éviter que Lumumba soit libéré et reviendra sur la scène politique. Les gens qui avaient la capacité organisationnelle ont décidé de transférer Lumumba vers un sous-traitant qui pouvait faire le sale boulot : le Kasaï ou le Katanga. Il a été transféré au Katanga dans un avion belge. Ce sont des officiers belges qui l’ont pris en chasse depuis sa descente d’avion à Lubumbashi. C’est sous leur responsabilité qu’il a été torturé et, finalement, exécuté.

Pouvez-vous nous dire quelque chose sur ce procès qui débute en janvier 2011 ? (F. Mulumba)

Je ne peux pas vous le dire. En fait, on m’a demandé de conseiller le team d’avocats qui ont introduit la plainte. C’est à eux d’en parler. La seule chose que je peux dire, c’est qu’on va déposer plainte contre une dizaine de Belges sur base d’une loi qui a été traitée en Belgique par laquelle le droit humanitaire international est intégré dans la Cour pénale belge. Par cette loi, il est décidé que les infractions du droit international en temps de guerre n’ont pas de prescription. Même des événements qui se sont déroulés il y a 50 ans restent toujours punissables aujourd’hui. A l’époque, on a transféré un prisonnier politique Lumumba du Bas-Congo vers le Katanga qui était une infraction à cette loi. Il était assez clair que ces actes sont punissables selon la loi belge actuelle. Cette loi qui, jusque maintenant, n’est utilisée que contre des Africains. Sur base de cette loi, on a condamné et jugé quelques Rwandais impliqués dans le génocide de 1994.

On a l’impression que lorsqu’un Congolais essaie de relever la tête pour dire non aux impérialistes, il est assassiné. En tant que intellectuel de gauche, quels conseils pouvez-vous donner aux Congolais pour éviter que l’histoire ne se répète ? (F. Mulumba)

Pendant les dernières 50 années, le Congo a eu deux chances pour sortir de l’impasse et faire des pas en avant. C’était avec Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, tous deux assassinés. Je crois que c’est très important de ne pas se décourager. La relation la plus fondamentale est qu’il faudrait entreprendre un programme et une action nationalistes. Mais, pour avancer dans cette direction, il faut construire un rapport des forces. Il ne faut pas seulement agir sur base d’un politicien – bien qu’il soit charismatique – mais il faut construire un rapport des forces avec les leaders de la société, mobiliser la population, élaborer une direction politique collectivisée où les dirigeants sont en quelque sorte remplaçables. Je crois que c’est important. Il faut construire progressivement ce rapport des forces, pas à pas et non sauter des ponts en brûlant les étapes.

Le gouvernement congolais voudrait que l’expérience chinoise serve au pays. Comment perçoit-on dans les milieux belges la présence des Chinois en RDC, alors que ceux-ci ne sont pas qu’au Congo ? Avec leur arrivée, on a commencé à dire que Joseph Kabila devient incontrôlable … (J. Diana)

En ce qui concerne les contrats chinois, la réaction en Occident est compréhensible. Du point de vue des Occidentaux, les Chinois sont un concurrent de plus pour les matières premières stratégiques. Ce n’est pas ce qui doit nous préoccuper. Au contraire, la préoccupation est de savoir dans quelle mesure ces contrats, non seulement avec les Chinois mais aussi avec des sociétés occidentales, sont à l’avantage du peuple congolais. J’ai, un peu partout en RDC, demandé aux Congolais ce qu’ils pensent de tous ces contrats, de leur contenu. Ils ne le savent pas. Je crois que c’est important qu’on connaisse le contenu de tous ces contrats pour voir si cela apporte quelque chose au peuple congolais à long terme. C’est bien qu’on construise des routes, des hôpitaux, etc. J’espère que, dans ces contrats, on a prévu aussi, par exemple, la construction d’une industrie nationale locale. Il ne suffit pas seulement de construire une infrastructure mais qu’on ait également ici un secteur secondaire où on va traiter les matières premières, comme début du développement d’une économie nationale. Je crois que c’est important à la longue pour le Congo.

Question d’actualité. Le Congo a connu l’agression ougando-rwando-burundaise soutenue par les multinationales anglo-saxonnes. Parlons de cette période où l’on veut couper le Kivu du Congo comme on le voulait pour le Katanga avec la sécession katangaise ? C’est comme si l’histoire se répète… ? (F. Mulumba)

Je n’ai vraiment pas étudié cette question. Mais je ne crois pas qu’on essaie de détacher le Kivu du pays pour déstabiliser le gouvernement actuel du Congo. Au contraire, maintenant, les Américains commencent doucement à réagir en exerçant des pressions sur le Rwanda pour limiter ses interventions et garder intactes les frontières du Congo. Je ne crois pas que le démembrement de l’Etat congolais soit dans l’agenda à Washington, Paris ou Bruxelles.

D’après certaines informations, il y avait un agenda sur la balkanisation du pays ? Mais cela semble voué à l’échec parce que la population a résisté. Il y a eu plus de 5 millions de morts. C’est ainsi que les Américains et les autres se sont ravisés… (F. Mulumba)

C’est bien possible que cette idée ait germé dans le chef de certains dirigeants. Je crois que l’un des aspects positifs de ces dernières 15 années, c’est le fait qu’il s’est forgé chez le peuple congolais le sens d’unité nationale, une certaine nationalité congolaise. C’est ainsi que la population a effectivement résisté à ces interventions étrangères. C’est un élément positif qui peut devenir justement un tremplin pour avancer cette perspective nationaliste pour lequel Lumumba s’est battu.

Avez-vous un message au peuple congolais ? (J. Diana)

Ce qui est important, c’est de développer une méfiance saine envers tous les pouvoirs occidentaux, y compris les Nations unies. Celles-ci qui se présentent comme une institution supra étatique qui est régie non par des intérêts d’Etats mesquins mais par des valeurs comme les droits de l’Homme, la paix, etc. C’est faux car c’est clairement démontré, en 1960-1961, que les Nations unies sont un rapport des forces. A l’intérieur de cet organisme, ce sont les plus forts, donc, les impérialismes les plus forts qui dominent et utilisent les Nations unies comme un instrument. Je pense que développer cette méfiance envers les pouvoirs occidentaux serait un objectif pour construire un rapport des forces avec eux. Je crois que c’est la plus importante tâche pour le peuple et les dirigeants qui veulent préserver les intérêts du peuple congolais.

Propos recueillis par Freddy MULUMBA et Joachim DIANA GIKUPA

URL de cet article 12520
http://www.legrandsoir.info/Il-y-a-cinquante-ans-ils-assassinaient-Lumumba.htm


N.B. Le français n’est pas la langue maternelle de Ludo De Witte. Il s'est probablement entretenu en flamand avec Solidaire, mais en français avec les journalistes congolais. Nous avons laissé ses réponses dans leur formulation parfois incorrecte, parce que la corriger nous aurait fait courir le risque de déformer sa pensée. Mieux valait rester, ici ou là, sur un doute que sur un interprétation erronée.

J’ai dit que je tenais à terminer ce post sur une note d’optimisme. Dans l’état actuel des choses, je ne vois que celle-ci :

 

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Mais, tout étant relatif et actualité brûlante obligeant, l’optimisme ne me paraît pas concerner l’avenir immédiat, en tout cas pas celui du Maghreb.

Je sais qu’il est en ébullition – qui ne le sait ? – et que la Tunisie est débarrassée de la personne d’un tyran usé et presque mort. Chic. Mais, prendrons-nous ici un soulèvement populaire pour une révolution ? Notre expérience et notre modeste connaissance de l’Histoire nous le déconseillent. Ah, si les trois pays du Maghreb se soulevaient ensemble... ah, si chacun des trois pouvait se vanter d’avoir une classe politique (éventuellement en exil)... ah, si ces trois classes politiques décidaient de n’en faire plus qu’une, d’exploiter de concert les richesses des trois pays, sans se préoccuper de frontières ni revendiquer quelque territoire que ce soit au détriment de l’un des trois... ah, s’ils partageaient en frères le produit de ces richesses... alors, oui, on pourrait parler de révolution, et peut-être est-ce même là, exactement, ce à quoi les trois peuples aspirent. De là à ce qu’ «on» les laisse faire...

Mais, peut-être, qui sait, est-ce une révolution qui commence par un soulèvement populaire. Dans ce cas, il en  faudra plusieurs, qui seront à chaque fois suivis d’un recul, comme ce fut le cas en France à la fin du XVIIIe siècle. Nous nous garderons bien d’oublier, pourtant, qu’à la fin du XVIIIe siècle et de la Révolution Française, c’est la bourgeoisie d‘affaires qui a fini par remporter la victoire sur le peuple et sur ses défenseurs, c’est-à-dire qui a retiré – mais en fut-elle consciente ? - les marrons du feu pour William Pitt, avant, pendant et après la parenthèse napoléonienne.

Nous souhaitons un tout autre sort aux Tunisiens, aux Algériens et aux Marocains, même si nous partageons peu ou prou l’analyse de M. Koffi Kadjehoun, à qui nous avons déjà emprunté plusieurs de ses papiers. Il souffrira certainement que nous lui empruntions encore celui-ci :


Au cours du réel
samedi 22 janvier 2011

 

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La jasmain

J'entends à la radio que l'on qualifie la révolte tunisienne de révolution de jasmin. Cette expression se révèle aussi creuse qu'inappropriée (le jasmin évoque la preuve d'amour). Si l'on veut en rester au stade du symbolisme, le jasmin, qui est l'emblème tunisien, désignerait aussi (surtout?) la tentation (féminine de surcroît). Je ne sais au juste si c'est cette signification qu'entendaient inspirer les concepteurs de cette révolution colorée, mais elle indique que non seulement le renversement politique tunisien n'est pas une révolution (il se trouve dénué de tout projet politique alternatif), mais qu'en plus cette révolution est manipulée par les mêmes concepteurs que ceux qui ont promulgué dans un passé récent les révolutions colorées.

Le financier Soros patronne des fondations caritatives (comme le Open Society Fund ou Human Rights Watch) qui militent pour le droit d'ingérence démocratique, soit le droit hypocrite d'apporter la démocratie à un régime considéré comme dictatorial. Au nom de cette stratégie qui remonte à l'avocat hollandais Grotius pour le compte de la Compagnie des Indes hollandaise (depuis lors associée étroitement à la Compagnie des Indes britannique ayant promu le libéralisme de Smith et consorts), les financiers opérant depuis la City de Londres (et son prolongement américain de Wall Street) financent des manoeuvres de déstabilisation politique au nom de fins vertueuses. Au risque de décevoir les enthousiastes qui pensent que le peuple tunisien a gagné en liberté depuis que le tyran Ben Ali a fui son pays, il suffit de considérer le parcours en exil dudit potentat pour comprendre que sa chute entre dans l'application de la stratégie du chaos de type mondial - avec pour particularité la subordination des intérêts néocoloniaux français sous la coupe (réglée) des intérêts britanniques.

Ben Ali a fui semble-t-il vers Chypre, puis a gagné sous protection saoudienne Dubaï avant de rejoindre le royaume saoudite. Autant dire qu'il se trouve sous la protection explicite de l'Empire britannique et que ceux qui réduisent l'Empire britannique aux Etats-Unis accomplissent une simplification abusive qui sera jugée sévèrement d'un point de vue historique. L'influence politique et diplomatique incontestable des Etats-Unis dans cette affaire ne peut être perçue adéquatement qu'à la lumière de la subordination du gouvernement américain aux intérêts financiers de Wall Street - et des intérêts financiers de Wall Street à ceux de la City de Londres.

Le fait que les propagandistes des médias occidentaux appellent cette révolution d'un nom évoquant la tentation se révèle d'un cynisme infâme : il est encore pire de créer des conflits et des divisions insolubles que de soutenir un pouvoir dictatorial. Pas question de soutenir un despote sanguinaire de la trempe de Ben Ali - ou l'impérialisme français contre l'impérialisme britannique; toute cette génération grotesque de tyrans arabes née de la décolonisation saute à chaque fois qu'elle s'oppose à la stratégie de l'Empire britannique : Hussein a été pendu après avoir servi les intérêts britanniques et américains dans la guerre contre l'Iran (déjà un cas patent de division sanglante sans fin).

Le fond de l'affaire réside dans la compréhension des mécanismes de la stratégie du chaos : on instaure le chaos en lieu et place de la continuité de la paix de Wetsphalie. La stratégie impérialiste française s'inscrivait dans cette ligne wetsphalienne, certes de manière hypocrite et oligarchique; alors que la stratégie de l'Empire britannique en plein effondrement consiste à instaurer le chaos partout hors de l'Occident (Etats-Unis et Union européenne). Cette stratégie fut consignée par le théoricien Cooper, actuellement proche de la baronne Ashton.

Cette conception stratégique estime qu'il existe des Etats-nations évolués qui ont le niveau d'intégrer l'ordre postwestphalien de fédérations impérialiste - et les Etats qui seront dominés et pour lesquels les règles de droit d'ordre démocratique et libéral ne s'appliquent pas. C'est cette conception qui se trouve appliquée à l'heure actuelle, en Tunisie comme ailleurs. Le plus pernicieux revient à penser la soi-disnat révolution de jasmin tunisienne de manière isolée, déconnectée de l'ensemble des soulèvements chaotiques qui se produisent un peu partout dans le monde.

On oublie que l'une des causes de la révolte tunisienne fut la hausse spectaculaire des produits alimentaires. Cette cause se ressent plus fortement sur les marchés des pays pauvres ou émergents, mais elle affecte l'ensemble du monde. Les multiples soulèvements troubles ou partitions de pays qui se manifestent actuellement dans différentes régions d'Afrique rejoignent le même processus que l'épisode tunisien. Dans tous les cas, le but visé consiste non à imposer un nouvel ordre en lieu et place de l'ancien ordre (que l'ordre nouveau soit supérieur ou inférieur), mais à semer le chaos et la zizanie.

C'est la politique stricte appliquée avec un cynisme et une perversité exemplaires en Afghanistan ou en Irak. C'est cette même politique qui fut appliquée au Congo-Kinshasa et dans tous les pays qui se trouvent sous administration britannique (quand on parle de l'impérialisme américain, on désigne de manière réductrice cet impérialisme britannique véritable et vérifiable). La politique du chaos profite aux factions impérialistes qui ont les mains libres pour perpétrer leur appétit de prédation. Détruire les institutions et les Etats au nom du changement et les remplacer par des conflits sans fin, sur le modèle du conflit israélo-palestinien (initié par les désaccords de Sykes-Picot).

Si l'on peut souhaiter que la Tunisie (et son peuple) connaisse un progrès politique marqué par la démocratie et surtout la république, il est fort à craindre que le départ du tyran Ben Ali signifie moins la fin de la dictature que le début de la politique du chaos. On jouerait sur l'enthousiasme populaire galvanisé d'avoir enfin renversé le régime dictatorial et corrompu de Ben Ali pour imposer un nouveau régime, peut-être moins dictatorial en apparence, mais tout aussi corrompu dans le fond. Le régime Ben Ali laisse entendre que c'est l'impérialisme qui s'effondre, dans cette région du Maghreb comme partout en Afrique, alors que c'est seulement la passation de pouvoir entre les intérêts francophones et les intérêts britanniques.

Las! La vérité se révèle plus sinistre : les intérêts françafricains sont engloutis sous la coupe encore plus impérialiste de l'impérialisme britannique en pleine déconfiture. D'où les heurts et les massacres qui expriment l'ajustement de l'impérialisme à sa situation désespérée. Diviser pour régner est le slogan de l'impérialisme (on mesure l'application littéraliste avec le programme de démembrement géographique et et ethnique des pays). Plus l'impérialisme s'effondre, plus il accroît cette tendance. Un article récent du journaliste français Quatremer - http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/01/the-european-foreign-office.html - dénonce (avec raison) la mainmise du Foreign Office britannique sur la diplomatie européenne. Quatremer omet juste de poser la question fondamentale qu'induit l'ensemble de son raisonnement : comment expliquer que cette hégémonie fonctionne?

Le masochisme français (ou allemand) n'explique pas tout. L'explication psychologique par la fascination est insuffisante. Les autres diplomaties européennes ne se soumettent que parce que la diplomatie britannique se trouve investie d'un pouvoir supérieur. Dans le monde actuel, le pouvoir supérieur est détenu par les financiers, dont le centre se situe à la City de Londres.

Quatremer nous apprend que dans l'organigramme de la diplomatie européenne, la région du Maghreb échappe désormais à la diplomatie française et passe sous le giron hégémonique de la diplomatie britannique. Quel meilleur symbole pour expliquer ce qui se produit à l'heure actuelle dans certaines régions francophones : passage de l'impérialisme français soumis à l'impérialisme britannique aussi dominateur que moribond; application des théories de Cooper à propos du postimpéralisme piloté depuis la fédération européenne (via son relais américain et non l'inverse) et soumettant à sa loi implacable les Etats tenus pour coloniaux et arriérés - cas de la Tunisie entre autres?

Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 22:15
http://aucoursdureel.blogspot.com/




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LIVRES


Maximilien ROBESPIERRE

Oeuvres complètes  -  11 vols. – 495 €
Édition du Centenaire de la Société des études robespierristes
Renseignements : publications@etudes-revolutionnaires.org


Le jour où ces oeuvres seront mises à la portée de ceux qu’elles concernent au premier chef sera un grand jour. Ne soyons pas pressés.


Philippe BUONARROTI

Histoire de la conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf, 2 vols., Les classiques du peuple, Éditions sociales, 1957
      Reprint (en français) par Kessinger Publishing LLC, 2010.

Ernest HAMEL

Histoire de Robespierre: d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865-1867, 3 vol. (rééd. Paris, Cinqualbre puis librairie de L'écho de la Sorbonne, 1878, 3 vol., et Paris, Ledrappier, 1987, 3 tomes en 2 vol.), tomes 1, 2 et 3, disponible sur Google Books .

Albert MATHIEZ

Robespierre terroriste, La Renaissance du livre,1921.
        Reprint (en français) par Kessinger Publishing, LLC, 2009.
Études sur Robespierre, Éditions sociales, 1958, 1973, Messidor 1988.


Gérard WALTER

Robespierre, (2 vols. : « La vie », L’Oeuvre »), Gallimard, 1963 – Plusieurs rééditions.

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On admirera la vilenie, sinon la subtilité, des éditions Gallimard, qui ont choisi, pour illustrer la couverturev de leur plus récente édition, une caricatures contre-révolutionnaire, et ajouté au titre original un "Maximilien de" fort à la mode chez les ignorantins.

 

 

William BLUM

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L’État voyou,  384 p., Lyon, Parangon, 2002.





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Les guerres scélérates, 456 p., Lyon, Parangon, 2004.




 

Philip AGEE

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Journal d'un agent secret - Dix ans dans la CIA, Paris, Seuil, 1976

 

 

 

 

Ludo DE WITTE

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L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000.

 


Autres ouvrages de Ludo De Witte (en néerlandais)
    * Crisis in Kongo (1996)
    * Wie is bang voor moslims? Aantekeningen over Abou Jahjah, etnocentrisme en islamofobie. (Van Halewyck, 2004).

 

*

 

Catherine L.

 

 

 

 

 

 

 

 

13:10 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/09/2010

L'Invincible Armada cinglant vers Téhéran

1. USS-Theodore-Roosevelt-CVN-71.JPG

 

Le porte-avions atomique USS Theodore Roosevelt – $ 2.4 milliards

 

  L’INVINCIBLE ARMADA
                          CINGLANT VERS TÉHÉRAN

 

Ils sont une bonne douzaine de cette taille, dont :

                                                                                                                      2. USS_George_Washington.jpg                                   L’USS George Washington                                   

 

3. George Washington Strike Group.jpg

Le George Washington Strike Group (au milieu, c’est lui).
         

4. Le porte-hélicoptères d'assaut Nassau.JPG

Le porte-hélicoptères d’assaut Nassau

                     
                                                                                                                       

5. Le même en action.JPG

Le même en action
                                              

6. Abraham-Lincoln-battlegroup XX.jpg

L’Abraham Lincoln Battle Group

7. Le Roonald Reagan.JPG

Le Ronald Reagan

  

8. George Bush encore.jpg

Le George H.W. Bush

9. Le même survolé par des FA 18.JPG

Le même survolé par des FA 18

 

 

      Et le menu fretin...

                                       

10. Et le menu fretin ici avec le R.R..JPG

... ici entourant le Ronald Reagan
 
                  

11. Carrier John C. Stennis.jpg

Le « carrier » John C. Stennis (333 mètres de long – 20 étages de hauteur au-dessus de la ligne de flottaison) – Chaque « carrier » est le centre d’un « Carrier Strike Group » et transporte des bombardiers au nucléaire.


 

12. Tous les six des porte-avions quand même.JPG

Six plus petits porte-avions amphibies dont je ne connais pas les noms.


13. Ne pas oublier les sous-marins Graylings eteahawk et le sous-marin Grayling.JPG

 Invisibles mais présents : les sous-marins Graylings – ici survolés par un hélicoptère Seahawk.

                                  

14. Et ni last ni least  - Task Force One.JPG

Et ni last ni least : Task Force One


15. Sans oublier le Charles De Gaulle.JPG

Sans oublier le Charles De Gaulle...

« S’il te plaît, dessine-moi un général qui mange son képi ! »

 

16. Ah ! Celui-là, c'est un allemand.JPG

Ah ! Celui-là, c’est un Allemand.


17. Un des Sous-marins nucléaires israéliens Dolphin.JPG

Un des sous-marins nucléaires israéliens –
                                         cadeaux de l’Allemagne.



Je ne vous ai pas photographié les flottes du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada et de la Nouvelle Zélande, mais elles y sont.

Il vous reste à imaginer l’aviation : les bombardiers dont la moindre bombe est cent fois plus destructrice que celle  d’Hiroshima, les chasseurs, les drones, ceux qui lâchent des voies lactées de phosphore blanc, les dix-huit sortes d’hélicoptères, etc. etc.

18. Quelques petits malheureux F-16-Israéliens.JPG

Quelques petits malheureux F16 israéliens. Rassurez-vous, ils en ont d’autres.

 

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19. Némésis.JPG

Et ça, c’est si jamais Némésis décidait d’intervenir 

en se faisant aider par Zeus..

 


20 Fusées iraniennes ...JPG

M. Mahmoud Ahmadinejad, qui ne compte pas trop sur les dieux grecs, se prépare à accueillir ces visiteurs non souhaités le plus bravement possible.

Tout est prêt pour la représentation.





À l’affiche : la fin du monde.


RIDEAU !

 


 

Euh... pour quoi jouer au fait ?

« L’anéantissement d’une centrale nucléaire civile de la taille plus ou moins de Tihange. »

 

 

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Soufflons un peu.

 

«...pour ce que rire... »

 

   Les fouaces dérobées, le duc de Menuail, le comte Spadassin et le capitaine Merdaille comparurent devant Picrochole et lui dirent :
    « Sire, aujourd’hui nous faisons de vous le prince le plus valeureux et le plus chevaleresque qui ait jamais été depuis la mort d’Alexandre de Macédoine.
    — Couvrez-vous, couvrez-vous dit Picrochole.
    — Grand merci, dirent-ils, Sire, nous ne faisons que notre devoir. Voici ce que nous proposons :
    « Vous laisserez ici quelque capitaine en garnison, avec une petite troupe de gens pour garder la place qui nous semble assez forte, tant par nature que grâce aux remparts dus à votre ingéniosité. Vous diviserez votre armée en deux, vous comprenez ? Une partie ira se ruer sur ce Grandgousier et ses gens et il sera, au premier assaut, facilement mis en déroute. Là, vous récupérerez de l’argent en masse, car le vilain a de quoi. Nous disons vilain parce qu’un noble prince n’a jamais un sou. Thésauriser, c’est bon pour un vilain.
    « Pendant ce temps, l’autre partie tirera vers l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois et la Gascogne et aussi vers le Périgord, le Médoc et les Landes. Sans rencontrer nulle résistance, ils prendront villes, châteaux et forteresses. À Bayonne, à Saint-Jean-de-Luz et à Fontarabie, vous saisirez tous les navires et, en côtoyant la Galice et le Portugal, vous pillerez toutes les contrées maritimes jusqu’à Lisbonne où vous aurez en renfort tout l’équipage qu’il faut à un conquérant. Cordieu ! L’Espagne se rendra, car ce ne sont que des rustres. Vous passerez par le détroit de Séville et dresserez là deux colonnes plus magnifiques que celles d’Hercule pour perpétuer le souvenir de votre nom. Ce détroit sera nommé mer Picrocholine. Passée la mer Picrocholine, voici Barberousse qui devient votre esclave...
    — Je lui ferai grâce, dit Picrochole.
    — Assurément, dirent-ils, à condition qu’il se fasse baptiser. Et vous attaquerez les royaumes de Tunis, de Bizerte, d’Alger, de Bône, de Cyrène et toute la Barbarie, hardiment. En continuant, vous prendrez en main Majorque, Minorque, la Sardaigne, la Corse et les autres îles du golfe de Gênes et des Baléares. En longeant la côte à main gauche, vous soumettrez toute la Gaule Narbonnaise, la Provence et le pays des Allobroges, Gênes, Florence, Lucques et, à Dieu sois, Rome ! Le pauvre Monsieur du Pape en meurt déjà de peur.
    — Ma foi, dit Picrochole, je ne baiserai pas sa pantoufle.
    — L’Italie prise, voilà Naples, la Calabre, les Pouilles et la Sicile mises à sac, et Malte avec. Je voudrais bien que ces plaisantins de chevaliers, jadis Rhodiens, Vous résistent, pour voir un peu ce qu’ils ont dans le ventre.
    — J’irais volontiers à Lorette, dit Picrochole.
    — Non, non, dirent-ils, ce sera au retour. De là nous prendrons la Crète, Chypre, Rhodes et les îles Cyclades, puis nous attaquerons la Morée. Nous la tenons ! Saint Treignan ! Dieu garde Jérusalem, car la puissance du Sultan n’est pas comparable à la vôtre !
    — Je ferai donc bâtir le temple de Salomon, dit-il.
    — Non, dirent-ils, pas encore, attendez un peu. Ne soyez jamais si prompt dans vos entreprises. Savez-vous ce que disait Auguste ? Hâte-toi lentement. En premier lieu, il vous faut tenir l’Asie Mineure, la Carie, la Lycie, la Pamphilie, la Cilicie, la Lydie, la Phrygie, la Mysie, la Bithynie, Carrasie, Adalia, Samagarie, Kastamoun, Luga, Sébasta, jusqu’à l’Euphrate.
    — Verrons-nous Babylone et le mont Sinaï, dit Picrochole ?
    — Ce n’est pas nécessaire pour l’instant, dirent-ils. Vraiment, n’est-ce pas assez de tracas d’avoir traversé la mer Caspienne et parcouru les deux Arménies et les trois Arabies à cheval ?
    — Ma foi, dit-il, nous sommes affolés. Ah ! les pauvres gens !
    — Qu’y a-t-il demandèrent les autres ?
    — Que boirons-nous dans ces déserts ? L’empereur Julien et toute son armée y moururent de soif, à ce qu’on raconte.
    — Nous avons déjà donné ordre à tout, dirent-ils. Vous avez neuf mille quatorze grands navires chargés des meilleurs vins du monde dans la mer Syriaque. Ils arrivèrent à Jaffa. Là, se trouvaient deux millions deux cent mille chameaux et mille six cents éléphants que vous aurez pris à la chasse aux environs de Sidjilmassa, quand vous êtes entré en Libye, et de plus vous avez toute la caravane de la Mecque. Ne fournirent-ils pas suffisamment de vin ?
    — Sûr, dit-il, mais nous ne bûmes point frais.
    —Vertu non d’un petit poisson ! dirent-ils. Un preux, un conquérant qui aspire à l’empire universel ne peut pas toujours avoir ses aises. Remerciez Dieu d’être arrivés sains et saufs, vous et vos gens, jusqu’au Tigre.
    — Mais, dit-il, que fait pendant ce temps la moitié de notre armée qui déconfit ce vilain poivrot de Grandgousier ?
    — Ils ne chôment pas, dirent-ils, nous allons bientôt les rencontrer. Ils vous ont pris la Bretagne, la Normandie, les Flandres, le Hainaut, le Brabant, l’Artois, la Hollande, la Zélande. Ils ont passé le Rhin sur le ventre des Suisses et des Lansquenets. Une partie d'entre eux a soumis le Luxembourg, la Lorraine, la Champagne et la Savoye jusqu’à Lyon. Là, ils ont retrouvé vos garnisons, de retour des conquêtes navales en Méditerranée et se sont rassemblés en Bohème, après avoir mis à sac la Souabe, le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, la Moravie et la Stirie. Puis, ils ont foncé farouchement sur Lubeck, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Gothie, le Groenland, les pays hanséatiques, jusqu’à la mer Arctique. Cela fait, ils ont conquis les Orcades et mis sous leur joug l’Écosse, l’Angleterre et l’Irlande. De là, navigant sur la Baltique et la mer des Sarmates, ils ont vaincu et dominé la Prusse, la Pologne, la Lithuanie, la Russie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie et les voilà à Constantinople.
    — Rendons-nous vers eux au plus tôt, dit Picrochole, car je veux être aussi empereur de Trébizonde. Ne tuerons-nous pas tous ces chiens de Turcs et de Mahométans ?
    — Que diable ferons-nous donc, dirent-ils ? Vous donnerez leurs biens et leurs terres à ceux qui vous auront loyalement servi.
    — La raison le veut, dit-il, c’est justice. Je vous donne la Caramanie, la Syrie et toute la Palestine.
    — Ah ! dirent-ils, Sire, vous êtes bien bon ! Grand merci ! Que Dieu vous donne toujours prospérité. »
    Il y avait là un vieux gentilhomme éprouvé en diverses aventures, un vrai routier de guerre, nommé Échéphron. Il dit en entendant ces propos :
    « J’ai bien peur que toute cette entreprise ne soit semblable à la farce du pot au lait dont un cordonnier s’enrichissait en rêve. Ensuite, quand le pot fut cassé, il n’eut pas de quoi manger. Qu’attendez-vous de ces belles conquêtes ? Quelle sera la fin de tant de travaux et de travers ?
    — Ce sera, dit Picrochole, que nous pourrons nous reposer à notre aise quand nous serons rentrés. »
    Alors Échéphron dit :
    « Et si par hasard vous n’en reveniez jamais ? Le voyage est long et périlleux : n’est-ce pas mieux de se reposer déjà à présent, sans nous exposer à ces dangers?
    — Oh, dit Spadassin, pardieu, voilà un bel idiot ! Allons nous cacher au coin de la cheminée et passons-y notre temps et notre vie avec les dames, à enfiler des perles ou à filer comme Sardanapale ! Qui ne risque rien n’a cheval ni mule, c’est Salomon qui l’a dit.
    — Qui se risque trop, dit Échaphron, perd cheval et mule rétorqua Marcoul.
    — Baste ! dit Picrochole, passons outre. Je ne crains que ces diables de légions de Grandgousier. Pendant que nous sommes en Mésopotamie, s’ils nous donnaient sur la queue ? Quel serait le remède ?
    — Il est facile, dit Merdaille : un beau petit ordre de mobilisation que vous enverrez aux Moscovites vous mettra sur pied pour un moment quatre cent cinquante mille combattants d’élite. Oh ! Si vous me faites lieutenant à cette occasion, je tuerai un peigne pour un mercier ! Je mords, je rue, je frappe, j’attrape, je tue, je renie !
    — Sus ! Sus ! dit Picrochole, qu’on mette tout en train et qui m’aime me suive ».



Gargantua
Comment certains gouverneurs de Picrochole,
par leur précipitation, le mirent au dernier péril.
Chapitre 33.



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Reprenons.

 

 

1. dauphin allez jouer.jpg

 

73 dauphins trouvés morts, d’un coup, sur les plages de Jask, dans le sud de l’Iran : ce n’est hélas pas la première fois qu’on y assiste à de semblables morts en masse..

Dans un  premier temps, les scientifiques iraniens les avaient attribuées aux filets de pêche dans lesquels les dauphins se seraient pris en plongeant à de grandes profondeurs, en quête de nourriture, et qui les auraient empêchés de remonter à temps pour respirer (il faut qu’ils le fassent toutes les demi-heures).

Mais l’importance et la localisation de l’hécatombe infirment cette hypothèse.

Les résultats des récentes enquêtes font plutôt le lien entre la mort des dauphins et les sonars émetteurs des bâtiments américains présents dans le Golfe; c'est ce que pense à présent le responsable du département d’Ecologie de l’Institut de recherches au sein de l’organisation de la Pêche iranienne.

  « Au mépris des interdictions prévues y compris dans la constitution américaine au sujet de l’utilisation des sonars à haut risque (équipements d’acoustique sous-marine qui présente des dangers écologiques), les États-Unis continuent toujours de les utiliser dans les projets d’interception sous-marine dans les eaux du golfe Persique », a déclaré Hossein Negarestan, Directeur de Recherche à l’Organisation de la Pêche iranienne. « Les Sonars de la Marine américaine émettent à des dizaines, voire à des centaines de kilomètres de profondeur sous les eaux du golfe Persique les ondes sonores très puissantes qui ont provoqué récemment la mort des 73 dauphins du port de Jask».


Bien sûr, on peut toujours nourrir des doutes sur la qualité et l’impartialité de cette enquête, dans la mesure où elle a été réalisée par une organisation iranienne mettant en cause le Gouvernement américain. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que de telles situations ont été signalées.

Arte a diffusé naguère le reportage d’une journaliste qui tentait d’établir un lien entre ces fameux sonars et les échouages de dauphins. Elle démontrait que le dauphin, affolé par un sonar alors qu’il est en plongée profonde pour se nourrir, remonte beaucoup trop vite, et… meurt, des bulles d’air dans tout le système sanguin et le foie.

La démonstration était concluante, servie par des images de synthèse soignées et des autopsies édifiantes.

2. dauphin-mort.jpg

Voici quelques points techniques sur cette nouvelle technologie :

Il s’agit d’un sonar de très haute technologie dont le but est de détecter des sous-marins ennemis à longue distance. Il envoie des ondes sonores d’environ 235dB à basse fréquence (100 à 500 Hertz) et se propageant à des centaines de kilomètres. Par comparaison, une baleine grise émet des sons de 185 dB et l’oreille humaine peut supporter un son de 160 dB maximale. Les échos en retour sont mesurés par le système de détection SURTASS et transformés en coordonnées spatiales précises. Les sons de basse fréquence voyagent très loin dans l’eau (le son est porté 5 fois mieux dans l’eau que dans l’air), d’où l’intérêt d’un tel système de surveillance. Il n’y a pas que l’US Navy qui manie cette nouvelle technologie : l’OTAN s’adonne également à des essais  de ce genre, notamment en Méditerranée. Actuellement, les États-Unis veulent déployer le système LFAS dans 80% des océans, en remplacement de l’actuel réseau d’hydrophones, mis en place depuis 1980. 4 bateaux placés aux 4 coins du globe suffiraient à cela.

 

3.stranded dolphin.jpg

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Mais les baleines aussi...
 
Aux États-Unis, la bataille fait rage depuis plusieurs années entre l’US Army et les écologistes, à propos des dangers mortels que font courir aux mammifères marins les exercices qui se déroulent au large de plusieurs côtes US , mais surtout celles de Hawaï. Jusqu’à présent, les juges ont généralement déféré aux souhaits de l’armée, qui veut pouvoir détecter les sous-marins silencieux. Il faut dire que, depuis l’ère Bush, les cours ont accepté sans piper la manoeuvre préférée de cette administration, à savoir : le "secret -défense", qui, pour elle, signifie qu’il n’est même pas permis aux juges d’examiner quelque preuve que ce soit, de peur de révéler ainsi des secrets d’état et de mettre en péril la sécurité nationale.

Et cela dure depuis des années... depuis les sous-marins furtifs chargés d’armes de destruction massive de feu Saddam Hussein, dont personne n'a jamais dit ce qu'ils étaient devenus.

 

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Ici un banc de baleines échoué sur la côte de Kauai (Hawaï) après des manoeuvres de la Marine, en 2004.

 

9. baleines californie.jpg

Quelques autres baleines échouées sur la côte de Californie, après une de ces manoeuvres. La marine a admis que l’utilisation de sonars au cours de ces exercices « pourrait déranger plus ou moins 170.000 mammifères marins », mais a insisté sur le fait que la conduite d’exercices réalistes est nécessaire à son entraînement.

Source : San Francisco Chronicle (The Thin Green Line).

Par ailleurs...

D’après la Deafwhale Society, un des plus anciens groupes de protection des mammifères marins au monde, les tremblements de terre vulcano-tectoniques seraient responsables de 90% des échouages en masse de baleines et/ou de dauphins, comme cela s’est produit, par exemple, sur les côtes de Madagascar, où Exxon Mobil poursuit sa campagne de séismes sous-marins provoqués, dans le cadre de sa prospection pétrolière.

Tout cela est en anglais, et c’est ici : http://www.deafwhale.com/
 

Sans compter bien entendu les « accidents », comme celui–ci - (quand on a l'habitude d'exterminer les humains en masse, comme le fait BP après APOC et AIOC ses précédents avatars , on ne va pas se gêner pour quelques millions d'animaux marins) :



Requiem pour le Golfe du Mexique ...



Vidéo



 

 

 

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14:57 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |