22/09/2010

El Comandante y The Atlantic

 

Petites barques de pecheurs à Cuba.jpg

 

 

 

El Comandante y The Atlantic

Conte cubain

Il était une fois un Américano-Israélien (double nationalité) qui, en Israël, avait été militaire, chose très-très courante, et gardien de prison (aussi). Il y avait «gardé» des gamins jeteurs de pierres pendant la première Intifada. 

Aux États-Unis, il faisait journaliste. Ici et là connu de ses pairs pour être un des agents sionistes les plus influents qui soient.
 

Il s’y était rendu célèbre pour avoir fabriqué, en stakhanoviste, le consentement dont George W. Bush avait besoin pour envahir-détruire-à-jamais l’Irak sans que l’opinion publique américaine s’en  émeuve au point de remuer. Livres et articles primés par des jurys en service commandé avaient stigmatisé un Saddam Hussein-Hitler (c’est de lui) prêt à déverser sur New York ses Armes de Destruction Massive et passant sa vie au téléphone avec Al Qaeda, par ligne directe entre Baghdad et les grottes afghanes. Les attentats du 11 septembre étaient venus, juste à point, lui apporter un coup de main décisif.

Épinglé pour ces « missions accomplies » par plusieurs courageux journalistes US (espèce de plus en plus rare), et pas seulement pour ce rôle dans le déclenchement de la guerre, mais aussi pour quelques fracassantes interviews-bidon, dont une prétendûment obtenue de prisonniers musulmans enfermés dans une prison kurde d’Irak, quelque part à la frontière de l’Iran. Au point que certains, excédés, avaient empoigné leur barda et s’en étaient allés in situ vérifier ses dires, et n’avaient pas manqué de publier leurs conclusions au retour : fabriqué de A à Z, en sollicitant, par des questions orientées, des réponses qu’il avait dû finir par faire lui-même. En 2003, à propos – entre autres - de cette fameuse interview, M. Alexander Cockburn, journaliste politique et animateur du site CounterPunch, avait descendu le faussaire en flammes.
Pour ceux qui lisent l’anglais vitriolique, c’est ici :
http://www.counterpunch.org/cockburn02282003.html

Quoique dès lors perdu de réputation aux yeux des gens sérieux de sa profession, le laveur de cerveaux – il s’appelle Jeffrey Goldberg – n’en continua pas moins sa longue et lourde tâche. Car il y a une autre guerre, encore plus monstrueuse, à faire avaler. Et les millions d’Américains dans la dèche, sans toit, sans travail, sans soins de santé, dépendant de tickets de rationnement pour manger et ne voyant à l’horizon que perspectives encore pires sont de plus en plus difficiles à faire s’enthousiasmer sur des entreprises qu’on leur vend (cher) comme patriotiques.

Or donc, récemment, l’infatigable M. Goldberg s’est fendu d’un long article, intitulé « Le Point de non retour », où il se demande gravement si Israël doit bombarder l’Iran, et si oui, quand, et ne vaudrait-il pas mieux faire en sorte que ce soit Obama qui le fasse, etc. etc. C’est ici :
http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2010/09/the-point-of-no-return/8186/
Article qui, selon certains blogueurs, notamment Glenn Greenwald, serait «l'œuvre d’un propagandiste, dont l’objectif tendrait à rendre acceptable l’idée de frappes aériennes contre l’Iran... » (v. en note .. l’article de Médiapart).

Et ne voilà-t-il pas que M. Fidel Castro, qui l’a lu, se met à dire urbi et orbi tout le bien qu’il en pense.

S’ki’s’passe ?

gif-humour-12-gratuit_d2j.gifQuand on lit M. Fidel Castro, il vaut toujours mieux lire aussi ce qu’il y a entre les lignes. Et surtout, se rappeler que les choses les plus importantes à ses yeux ne sont jamais dites au premier degré, mais toujours (implacablement) suggérées. Il est très possible de critiquer sévèrement quelqu’un en n’en disant que du bien. Comme il le fit, par exemple, au moment de l’entrée des chars soviétiques à Prague : «J’espère que, si nous sommes nous-mêmes attaqués, du dedans ou du dehors, ils viendront à notre secours aussi ».  À vous de faire travailler vos petites cellules grises.

Quoi qu’il en soit, les éloges enrobant ce qui était peut-être un hameçon n’ont pas dû manquer d’enchanter l’auteur et lui faire nourrir l’illusion qu’il devait être bien malin, s’il avait réussi à faire avaler sa salade à Castro. (C’est intéressant, parfois, d’être octogénaire. Les gens vous croient volontiers gaga. Ils baissent leur garde, tout ça.)

On sait par ailleurs – nous en avons assez parlé ici même – que M. Fidel Castro a entrepris une croisade personnelle dans le but de faire avorter la der des der picrocholines que, pour sa part, M. Goldberg s'échine à faire advenir.

Se pourrait-il que M. Castro ne sache pas qui est M. Goldberg, ni à quoi il a déjà tant servi ? Ouh, la la... Ce n’est pas parce qu’on est sous blocus depuis 48 ans qu’on ne se tient pas au courant de ce qui se passe dans le monde, qu’est-ce que vous croyez !

Bref, ne voilà-t-il pas derechef que, peu de temps après, M. Goldberg, « en vacances » à Martha’s Vineyard (une plage pour impécunieux) reçoit un message d’un fonctionnaire cubain tout ce qu’il y a d’officiel, du nom de Jorge Bolanos : « Fidel veut vous voir ».

Va-t-il gober l’hameçon ? Il va. Et la ligne avec.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire hasbara, le brillant journaliste obtient son visa, alors que le grand Bill Blum, ami personnel du Jefe et de  la Révolution attend le sien, en vain, depuis deux ou trois dizaines d’années. Ne mégotant pas sur la logistique, M. Goldberg en obtient un aussi pour une dame Julia Sweig, « qui connaît bien Castro », laquelle officie pour sa part au Council on Foreing Relations. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le CFR, voir Daniele Ganzer, Les Armées Secrètes de l'OTAN : Réseaux Stay Behind, Opération Gladio et Terrorisme en Europe, éditions Demi-Lune, 2007, ainsi que l’article qu’y a consacré, en 2004, Thierry Meyssan, sur le site Réseau Voltaire :   http://www.voltairenet.org/article14344.html

Et les voilà partis, bras-dessus bras-dessous à La Havane. Où ils rencontrent effectivement, pendant plusieurs heures, Fidel Castro « fragile et affaibli, qu’on tient par le coude ».

On a presque pitié de l’inconscient.
Mais tant pis pour lui.
Tant pis pour ceux qui n’ont pas vu Volpone, avec Jouvet en Jorge Bolanos.

La suite, tout le monde la connaît, c’est cet article – première moitié de son reportage – qui fait l’effet d’une maison  de dix étages tombant à pic dans le lac du Bourget, mais qui fait surtout, en une paire d’heures (ô Internet), le tour de la planète. Sa traduction en espagnol paraît en même temps, cela va de soi, dans les journaux cubains.

Vous dirai-je la beauté (si prévisible) des réactions ? Elles furent de trois sortes. Il y eut ceux qui refusèrent de croire ce qu’ils lisaient, exigeant d’entendre l’intégrale de l’interview pour savoir où gisait l’entourloupe. Il y eut les petites mains sionistes sévissant masquées, qui se pâmèrent d’admiration pour quelqu’un qui – enfin ! – se repentait de ses péchés, reconnaissait la sacralité unique « des Juifs », se convertissait au sionisme, admettait que la Révolution cubaine s’est plantée et que si c’était à refaire, il ne le ferait plus. (Aaaarrrgh, c’est trop beau : Joie ! Joie ! Pleurs de joie !) Il y eut  les – innombrables – qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et qui, aussitôt, dans les forums, conseillèrent « au vieux » de fermer son clapet, d’arrêter de se mêler de tout, de s’occuper de ses couches et de son Alzheimer, on en passe et des meilleures dans le genre, y compris sur les sites de la presse cubaine.

Eh, oui, « le vieux » avait pris ce qui s’appelle un risque calculé : celui de passer pour un con pendant quelques heures, voire un jour ou deux.

Mais le résultat, en fin de compte ? Son audience dans le monde entier a explosé de façon exponentielle. Ce qu’il n’avait pas encore accompli sur le plan de la médiatisation en trois fois vingt ans, il vient de le faire en quelques heures. Et son message essentiel a été diffusé par celui-là même qui avait le plus d’intérêt à l’occulter, mais qui était bien obligé, pour maintenir la fiction de son sérieux journalistique, de reproduire au moins une fois ce qui venait de lui être répété avec tant d’insistance. Quelque chose comme : La guerre que vous préparez fait courir à notre espèce un  risque d’extinction définitive. Si vous croyez vous en tirer par la supériorité de votre armement, par sa disproportion dantesque et par une attaque-éclair du genre shock-and-awe, détrompez-vous. Les Iraniens vous attendent, les Iraniens se battront et ne partiront pas dans le néant sans vous. Et sans doute sans nous.  

Il n’y a plus un chat aujourd’hui, au fin fond du plus déshérité bidonville, plus une bonne soeur au fond de son couvent, plus un banquier au fond de son coffre, qui ignore ce que Castro avait à leur dire. Maintenant, mes chéris (là, c’est moi qui parle) si vous vous laissez faire par les fous furieux lâchés dans le Golfe Persique, libre à vous. Vous ne viendrez pas pleurer après. Vous serez morts.

Résultat corollaire : le « reportage » dont un des buts non proclamés mais évident était de discréditer le commandant Castro, s’est retourné contre son auteur, aujourd’hui définitivement perdu de réputation et pas seulement chez quelques-uns de ses confrères.

On ne dure pas cinquante-deux ans au milieu des pires embûches sans savoir jouer aux échecs. Et au billard à plusieurs bandes.

Bravo l’artiste.

Où est mon verre de vodka à l’herbe de bison ?

                                                                           à Fidel Castro...
                                                     
                                                                           Santé, Monsieur ! Vivez centenaire.
 

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Fidel Castro, Jeffrey Goldberg et Julia Sweig à l'Aquarium de La Havane
  

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Les mêmes, de dos, regardant évoluer des dauphins et des athlètes.

 

 

  Catherine L.

 

_______       

Les corps des délits :

http://www.newyorker.com/archive/2002/03/25/020325fa_FACT1 

(Article de 2002 « The Great Terror »)

http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2010/09/the-p...   

(Interview Castro - Article original)

http://www.thewashingtonnote.com/archives/2010/08/an_isra...
(Should Israel bomb Iran?)

Pour qu’on ne dise pas que je suis partiale, voici un défenseur-&-ami de J. Goldberg :

http://monde-info.blogspot.com/2010/08/israel-iran-guerre-nucleaire-pour.html

Sinon, voyez Mediapart, pas spécialement des communistes au-couteau-entre-les-dents :

http://www.mediapart.fr/club/edition/dijon-bourgogne/article/170810/israeliranetats-unis-un-trio-explosif

Ou encore :

« Goldberg's article has been criticized, however, as "a J-school nightmare : bad sources, compromised sources, unacknowledged uncertainties, and the whole text spun through with an alarmist rhetoric that is now either laughable or nauseating, depending on your mood." Critics also charge that the article boosted the Bush administration's argument for the invasion of Iraq by emphasizing Saddam Hussein's use of weapons of mass destruction. »  Wikipedia

http://www.counterpunch.org/cockburn02282003.htm

Hacks and Heroes. Meet The New Yorkers’ Jeffrey Goldberg, CounterPunch 28 février 2003

On peut lire aussi - il est intéressant - l'article d'Adam Shatz, dans la London Review of Books de ce 23 septembre  :  

http://www.lrb.co.uk/v32/n18/adam-shatz/short-cuts

 

Pied de nez Je dédie ce conte à Thomas Gunzig, écrivain et homme de radio, qui chausse « à la belge » les mocassins de Stéphane Guillon tous les matins à 8h30 (Café serré, RTBF-La Première), et qui, parce que La Semaine Infernale  (RTBF-La Première) est enregistrée le jeudi et non le vendredi, a perdu une belle occasion de ne pas dire deux grosses sottises en une seule phrase. Peut-on lui suggérer, aux vacances de l’année prochaine, plutôt qu’emmener les gosses à Eurodisney Resort Paris (billet à classer historique), de les envoyer à la mer avec leurs grand-parents et de s’enfermer au jardin avec la vie et les oeuvres de Fidel Castro, histoire de ne pas mourir idiot. Avec de la tequila bien fraîche, c’est jouable. Ou de la vodka à l’herbe de bison s’il préfère, les Cubains ne sont pas sectaires.


*

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Que celui qui n’a jamais fauté...

 

Une qui risque de ne pas vivre centenaire, c’est Madame Sakineh Mohammadi Ashtiani, dont le nom résonne aux quatre coins de l’Occident, depuis que nos habituelles bonnes âmes curieusement intentionnées se sont mises en campagne pour lui éviter la lapidation. Pour adultère, évidemment, comme dans la Bible.

Je ne me joindrai pas à ce choeur des vierges, mais comme seule la vérité est révolutionnaire (je ne sais plus qui dixit), je m’en vais résumer, pour ceux qui auront eu la constance d’arriver jusqu’ici, le peu de sûr que l’on sache de cette affaire.

Madame Mohammadi Ashtiani n’a pas été condamnée à la lapidation, forme d’exécution qui a été supprimée par la Révolution iranienne, elle a été condamnée à la pendaison. Et non pour adultère, mais pour meurtre. Avec préméditation. Selon l’enquête, elle a endormi son mari pour permettre à son amant de le tuer sans risque. Des tenants, des aboutissants et surtout des causes de tout cela, personne, ici, ne sait rien. Sauf que son complice est condamné à la même peine.

L’Iran étant un pays civilisé, les condamnés peuvent se pourvoir en appel. Madame Mohammadi Ashtiani attend aujourd’hui, en prison, le résultat de la procédure d’appel en cours.

Devons-nous les 99 coups de fouet à l’imagination fertile de M. Béhachelle ? Il ne faudrait pas s’en étonner. Quand M. Béhachelle fabrique du consentement à une guerre, pire elle est, plus il tient à gagner ses sous.

Pour être complète, j’ajouterai que la loi iranienne possède encore une disposition légale qui n’existe  pas dans nos contrées  : tout condamné à mort peut voir sa peine annulée, si la ou les victimes de son forfait lui accordent leur pardon. L’État alors se retire et lui rend la liberté. En cas de confirmation de la sentence par la Cour d’Appel, il dépend de la famille de son mari et en premier lieu de son propre fils, que Madame Mohammadi Ashtiani ne soit pas exécutée.

Pour des informations plus détaillées sur ce cas malheureux utilisé sans gêne par les habituels je-me-mêle-de-tout occidentaux au service des intérêts les plus louches, voir :

Thierry Meyssan : Le scandale Sakineh (Réseau Voltaire).

Ainsi que le compte-rendu de Dieudonné M’Bala M’Bala (oui, je sais, c’est un comique) qui, tournant un film dans la région, s’est rendu à Téhéran pour intercéder en faveur de la condamnée :
http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art672

Et pendant que nous sommes sur le site de l’association « La Plume et l’Enclume » ( M. Israël Shamir, Mmes Maria Poumier, Ginette Hess Skandrani et leurs amis), voici la pétition qu’eux-mêmes ont signée, fait circuler.et envoyé au Président Ahmadinejad, qui n’est pas habilité à s’occuper de ces choses mais qui aura transmis, j’imagine, à qui de droit :




Appel respectueux à la clémence pour Sakineh,
par l'Association Entre la Plume et l'Enclume



Lettre ouverte à M. Mahmoud Ahmadinejad, président de la République islamique d’Iran pour lui demander d’accorder sa clémence à Sakineh Mohammadi menacée d’exécution.

Nous n’avons pas signé la pétition des personnalités françaises exigeant l’arrêt de son exécution, car nous pensons que cette pétition est incomplète et ne prend en compte que les intérêts occidentaux.

Nous soutenons l’Iran contre la politique répressive adoptée par la communauté internationale contre son Etat, son président et l’ensemble du peuple iranien.

Nous dénonçons l’exclusion par embargo économique, commercial et financier de ce pays porteur d’une des civilisations les plus prestigieuses de l’humanité.

Aussi longtemps qu’Israël paradera avec ses centaines de bombes nucléaires dans le désert du Neguev et continuera ses productions atomiques dans le centre de Dimona, l’Iran ne doit pas être puni sous le prétexte hypocrite qu'il pourrait vouloir acquérir la bombe.

L’AIEA (l’Agence pour l’information sur l’énergie atomique) n’est jamais arrivée à prouver que l’Iran fabrique la bombe atomique alors que cette agence sait qu’Israël en produit des quantités, destinées à terroriser le monde entier.

Nous dénonçons cette campagne honteuse contre le peuple iranien; en effet, nos dirigeants occidentaux ont déjà utilisé par deux fois le prétexte de la défense des valeurs féminines, contre l’Afghanistan et l’Irak, avant de les attaquer militairement; voilà pourquoi nous nous demandons si nos dirigeants ne sont pas en train d’utiliser le même stratagème afin de pouvoir agresser l’Iran sans donner les motifs réels d'une simple guerre de conquête, qui ne correspond ni aux intérêts ni aux sentiments des peuples de notre région.

Nous ne nous permettons pas de nous immiscer dans la justice iranienne, mais nous nous permettons de demander au Président iranien d’accorder sa clémence pour la citoyenne iranienne Sakineh Mohammadi, 43 ans, menacée d’exécution, dans le cadre de notre rejet universel des châtiments définitifs.

Nous sommes contre la peine de mort que nous dénonçons également ailleurs. Mumia Abu Jamal , (le journaliste et membre américain des Black Panters) est dans le couloir de la mort aux USA depuis plus de vingt ans ainsi que de nombreuses autres personnes en majorité des noirs ou des Amérindiens tel Leonard Pelletier. Nous demandons également au Président Obama de leur accorder sa clémence.

Tout comme nous demandons la clémence et la justice pour le million et demi de Palestiniens de Gaza soumis à une peine de mort lente, sans être coupables en rien de leur sort.

Toutes ces personnalités qui veulent imposer la loi occidentale sur votre pays, qui a ses propres traditions juridiques, éthiques, religieuses, nous ne les avons jamais vues se mobiliser pour dénoncer toutes ces condamnations à mort!

Pour l'Association "entre la Plume et l'Enclume", la présidente, Ginette Hess Skandrani

Paris, 27 août 2010.

Pétition à adresser à plumenclume@orange.fr

Je m'associe à la "Lettre ouverte au président Ahmadinejad" de l'Association Entre la Plume et l'Enclume, je la diffuse et je soutiens la demande de clémence pour Sakhina Mohammadi.

Nom, prénom

Fonction

*   


N.B. La photo ci-dessus n’est pas celle de Madame Mohammadi Ashtiani mais celle d’une jeune femme condamnée en Irak, où on exécute à tour de bras, y compris à la perceuse électrique, et ce depuis des années, sans que personne s’en émeuve



*

Puisque nous sommes du côté de chez les femmes,

             restons-y :

 

 

Eva R.jpg

Pour vous signaler le blog – non : les blogs – d’une femme courageuse, qui déploie depuis quelques années, sur Internet, une activité extraordinaire.

Son nom : Eva Onochtchenco.
Elle est écrivain, journaliste, de père français et de mère russe, et elle habite dans le midi de la France

L’ensemble de ses blogs s’appelle Eva R-sistons à l’intolérable, où rien de ce qui nous concerne tous n’est ignoré. Les voici dans l’ordre des urgences :



- No War
  http://no-war.over-blog.com/5-index.html  


- R-sistons à l'intolérable
   http://r-sistons.over-blog.com


- R-sistons à la désinformation
  http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com

 
- R-sistons à la crise (tuyaux,analyses,alternatives..)
  http://sos-crise.over-blog.com
 

- R-sistons à l'actualité
  http://r-sistons-actu.skynetblogs.be/


- R-sistons au choc de civilisations
  http://eva-communion-civilisations.over-blog.com/


- Eva coups de coeur blogs
  http://eva-coups-de-coeur.over-blog.com/


- Eva informe les seniors
  http://senor-information.over-blog.com


Son adresse   :   evaresis@yahoo.fr

Personne ne perd son temps en lui rendant visite.




 
Avons-nous dit journalisme ?

Des qui ne font pas dans la dentelle, quand il est question de persuader les foules de la pertinence de la présence U.S. et affiliés en Afghanistan, ce sont les médiateux de Time Magazine.

Qui peut encore ignorer la récente couverture chargée d’horrifier les foules (guerre au terrorisme, n’est-ce pas) montrant une jeune femme afghane cruellement mutilée.

Par les talibans précise la photographe Jodi Bieber, qui l’a persuadée de poser en lui disant qu’elle était belle. Jodi Bieber, de nationalité indéfinie et vivant à Johannesburg, semble avoir une prédilection pour les corps de femmes plutôt très abîmés, qu’elle expose sous le titre «Real Beauty».

L’auteur de l’article s’appelle Aryn Baker. Elle est l’épouse d’un entrepreneur afghano-américain, a qui la guerre a valu quelques juteux contrats avec les forces de l'OTAN.

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Gros titre :  Voilà ce qui arrivera si nous quittons l’Afghanistan.

Et de préciser que cette jeune femme de dix-huit ans s’est évadée de la maison de ses beaux-parents, qu’elle a été poursuivie, rattrapée, condamnée par les talibans à avoir le nez et les oreilles coupés; qu’elle a été abandonnée, se vidant de son sang, dans la montagne, recueillie par une patrouille de démocrates et sauvée. Qu’elle va être gratuitement opérée par un Dr. Grossman, chirurgien plastique en Californie.

Précision n° 1 :

Les Talibans ont formellement démenti, la Sharia leur interdisant ce genre de pratiques.

Précision n°2

L’auteur des mutilations est son propre mari, qui l’accuse d’avoir bafoué l’honneur de sa famille. L’Europe, qui n’est pas plus exempte que d’autres de crimes d’honneur familiaux, ne devrait pas trouver ce comportement si étrange.

Reste l’usage qui a été fait de ce drame privé, et qui continue à en être fait, en dépit d’une polémique très vive.


Extraits :

Suite à cette couverture controversée, certains commentateurs ont estimé que le journal avait utilisé une image choc pour défendre le maintien des troupes américaines en Afghanistan. Dans un éditorial, le rédacteur en chef de Time Magazine, Richard Stengel, avait justifié la publication de la photo en assurant qu'Aisha avait posé car elle voulait que le monde voie les conséquences, pour les femmes, du rôle accru des talibans en Afghanistan".  (RTL-Info)
___________     

Conçue pour choquer, cette couverture justifiait outrageusement l’intervention militaire en Afghanistan. Une affaire qui a été très bien couverte par Courrier International et qui a surtout fait couler beaucoup d’encre dans les pays anglo-saxons. « Stratagème cynique » lit-on dans The Guardian. « L’inquiétante une de Time Magazine (…) est parfaitement fallacieuse vu que le scénario décrit est déjà une réalité alors que nous sommes encore là-bas » ajoute The Observer dans un article intitulé « Le salut des femmes ne viendra pas de l’Occident ». (Bakchich-Blogs)
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Les résistants affirment que Time ment en les accusant d’avoir coupé le nez et les oreilles d’Aisha, 18 ans, après qu’elle a fui son foyer dans la région d’Oruzgan, (centre) l’an dernier.

«Cet acte désespéré de propagande par le magazine Time a montré à la planète les excès auxquels les médias sont prêts à recourir pour satisfaire les Etats-Unis, même au prix de leur intégrité journalistique», a dénoncé un porte-parole des résistants dans un communiqué cité par SITE.

Le communiqué en anglais a été publié samedi sur le site de l’Emirat islamique. Il accuse les Américains de «publier ces mensonges pour détourner l’attention des gens de leur défaite nette et honteuse».(Journal de l'Afghanistann - La coalition perd la guerre. - n° 450 - du 09-08 au  31-08 - C. De Broeder & M.Lemaire : http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be )


Restons-en là. Mais puisqu’il continue à n’être bruit partout que de talibans, posons à Mmes Aryn Baker et Jodi Bieber, mais aussi  à leurs employeurs quelques questions de Béotiens très bêtes  :

Les Moudjahidines devenus talibans étant, de notoriété publique, des paysans analphabètes, grâce a qui a pu être renversé,  le 16 avril 1992, le gouvernement communiste (donc laïc) de la République Démocratique d’Afghanistan, pour le remplacer par un gouvernement ouvertement islamiste (c. à d. intégriste),

- QUI a recruté, dans leurs villages, ces malheureux paysans pour en faire des «Moudjahidines»?
- QUI les a endoctrinés ou achetés ?
- QUI les a drogués ?
- QUI les a entraînés ?
- QUI les a armés, alors qu’ils n’avaient pas les moyens de l’être ?
- QUI s’en est servi pour renverser le gouvernement communiste élu et ainsi attirer l’URSS (appelée à l’aide par celui-ci), dans le piège qui devait être « son Vietnam » (selon les vantardises répétées de M. Zbigniew Brzezinski,  idéologue et organisateur du forfait, sous la présidence Carter) ?
- QUI les a ensuite utilisés dans ses guerres d’agression en les lançant contre la Yougoslavie (présidence Clinton – direction  des opérations : Oussama Ben Laden), contre l’Irak, etc.
- QUI les a utilisés encore (années 1990) pour semer la terreur par des massacres innommables en Algérie ?
- QUI les utilise à présent comme « ennemis publics n°1 », selon une recette éprouvée consistant à corrompre des gens pour leur faire trahir leurs compatriotes et à les réutiliser ensuite comme ennemis dès qu’ils ont fini de servir, ainsi que cela s’est produit avec Saddam Hussein, Slobodan Milosevic et tant d’autres ?

- Les « journalistes » de TIME Magazine ne savent-ils pas où trouver leurs gouvernants ?

Question subsidiaire :

- Pourquoi se donner tant de mal pour démontrer la nécessité d’une présence occidentale-sinon-qu’est-ce-qui-va-arriver-aux-femmes en Afghanistan alors que la guerre EST perdue ? Serait-ce une manière de persuader les vassaux de s'y coller tout seuls pendant qu’on va s’occuper d’Hugo Chavez et des autres pays de l’ALBA ?

C’est avec les impôts payés par les Européens que l’OTAN fonctionne et commet ses crimes (seuls, les Européens riches ont les mains propres, puisqu’ils n’en paient pas)

 

*

 

Exécutions capitales et tchic et tchac

teresa lewis.jpgCe jeudi, à 21h13 heure locale, Teresa Lewis, 41 ans,  a été exécutée à Jarrat, en Virginie. Coupable d’avoir fait tuer, également pendant leur sommeil, son mari et son beau-fils, pour hériter de l’un et toucher l’assurance-vie de l’autre. Aboutissement d’un long asservissement au sexe et à la drogue. La défense a eu beau faire valoir qu’elle avait un Q.I. de 72 (« borderline mentally disabled ») et qu’elle avait été manipulée par un des tueurs, après avoir eu des relations sexuelles avec les deux ; ceux qui se sont mobilisés pour tenter d‘obtenir sa grâce ont eu beau faire valoir qu’au bout de huit années d’emprisonnement, elle était devenue une autre femme, la Cour ne les a pas suivis et l’exécution a eu lieu « en présence de l’aumonière de la prison, la Rév. Julie Perry, sanglotante et s’accrochant désespérément à son livre de prières ». Ses deux complices mâles ont écopé de perpète.

brandon joseph rhode.jpgEn cours : l’exécution de Brandon Joseph Rhode, auteur d’un triple meurtre (un cambriolage ayant mal tourné) alors qu’il était mineur (17 ans).
Le condamné (« utterly terrified and hopeless »)  ayant tenté de se suicider quelques heures avant l’exécution, en se tailladant au rasoir la gorge et les poignets, a été sauvé in extrémis et la Cour a décidé de surseoir de trois jours à l’exécution, afin qu’il soit conscient pour subir sa peine.

Le débat sur la peine de mort s’intensifie aux États-Unis, tandis que Jerry Brown (Dem.) appelle à une reprise des exécutions capitales en Californie «aussi rapidement que possible».

Pour les armes à feu en vente libre dans les supermarchés, voyez Michael Moore.  Il  a des tas de choses à en dire.


*

 Sale temps pour les opposants aux guerres !

On a appris avec délices – cela ne date pas de cette semaine, mais peut-être certains d’entre vous ne le savent-ils pas encore – que saint Barak Obama a passé en loi le droit d’exécuter à vue et sans sommations quiconque sera soupçonné de terrorisme. Cette décision concerne autant les citoyens américains que les autres. Elle est applicable sur le territoire des États-Unis et n’importe où dans le monde.

Soupçonné par qui ? Euh... Sur quelles bases ? Pfft... Et si on tue d’abord pour s’apercevoir ensuite qu’on s’est trompé ? Och... on s’excusera.

Même Franco et Pinochet n’avaient pas osé. Certes, ils l’avaient « fait », c. à d. assassiné des gens soit parce qu’ils les gênaient, soit pour terroriser les autres (par « les autres» entendez toute la population de leur pays), mais jamais, quand même, ils n’ont eu l’audace de se  donner avant – par une loi - le droit d’assassiner selon leur bon plaisir.

Jadis, les tueurs à gages et autres exécuteurs des basses oeuvres des tyrans devaient rapporter  à leur maître la tête ou le scalp de leur victime, en guise de preuve qu’ils avaient honnêtement gagné leur salaire. Ceux d’aujourd’hui doivent rapporter un échantillon d’ADN. On n’arrête pas le progrès.
 
Voir  : « Obama tue plutôt que faire des prisonniers », par Lorraine Millot, pour Libération.
http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/2010/02/obama-tue-plut%C3%B4t-que-faire-des-prisonniers-1.html


Les articles les plus détaillés sur la question sont ceux de Glenn Greenwald repris en français par Le Grand Soir :
 « Officiel : Obama autorise l’assassinat de citoyens étasuniens »  

 http://www.legrandsoir.info/Officiel-Obama-autorise-l-assassinat-de-citoyens-etasuniens-Salon-com.html
et par Soutien-Palestine :

http://soutien-palestine.blogspot.com/2010/04/officiel-ob...


d’après son propre site Salon.com :
http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/2010/01/27/yemen

C’est dans le discours présidentiel du 31 août sur le retrait des troupes d’Irak, qu’a été annoncée cette intéressante initiative :

Voir à ce propos : « Le discours d'Obama sur l'Irak : un exemple de lâcheté et de malhonnêteté », par Bill Van Auken, dans  Mondialisation.ca.

Citation : «La réputation de la démocratie américaine a été bâtie sur des principes et des droits constitutionnels qui ont été mis en lambeaux par l’administration Bush au nom de la  “guerre globale contre le terrorisme”. L’administration Obama a adhéré pleinement à ces attaques sur les droits démocratiques, défendant la surveillance domestique, les déportations, l’emprisonnement sans accusation ou poursuites. Elle a même donné à l’exécutif le droit de désigner des citoyens américains comme des suspects terroristes et a ordonné leur exécution extra-judiciaire.»


Texte complet ici :   

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20995

Je crois me souvenir qu’en 1793, voyant que les députés de la Gironde voulaient doter la France d’une constitution calquée sur celle des États-Unis, Maximilien Robespierre s’y était opposé avec force, expliquant pourquoi et prédisant ce qui devait forcément advenir d’une nation qui l’adopterait. Il semble que l’Histoire soit en train de lui donner raison.

 

*  

 

Pense-bête

 

Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

*

Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

*

Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

*

Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

Robespierre

 

 

 

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19:09 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2010

Il pleut de l'actualité sinistre - Parties 1 et 2.

 

  Il pleut de l'actualité sinistre...

Vedette pirate

« Le tact dans l'audace c'est de savoir jusqu'où
on peut aller trop loin. »
Jean Cocteau


*



Pour mémoire et juste en passant, cette actualité étant permanente  :

Notre sémillant prix Nobel de la Paix fait actuellement la guerre dans 75 pays à la fois (William Blum, Anti-Empire Report de Juin 2010). Toujours pour « se défendre »... le terrible terrorisme, vous savez).


Qui se souvient encore de la première guerre du Golfe , c'est-à-dire de la première invasion de l'Irak ?

Qui se souvient de ce représentant de l'Algérie, qui, monté à la tribune de l'ONU, récita ceci, en français

chagall--loup---agneau-copie-1.jpg

La raison du plus fort est toujours la meilleure:
           Nous l'allons montrer tout à l'heure.

           Un Agneau se désaltéroit
           Dans le courant d'une onde pure;
Un Loup survient à jeun, qui cherchoit aventure,
           Et que la faim en ces lieux attiroit.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
           Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.
— Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
           Ne se mette pas en colère;
           Mais plutôt qu'elle considère
           Que je inc vas désaltérant
           Dans le courant,
           Plus de vingt pas au-dessous d'elle;
Et que par conséquent, en aucune façon,
           Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
— Comment l'aurois-je fait si je n'étois pas né?
           Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
           — Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
           — Je n'en ai point.  — C'est donc quelqu'un des tiens ;
           Car vous ne m'épargnez guère,
           Vous, vos bergers et vos chiens.
           On me l'a dit: il faut que je me venge. »
           Là-dessus, au fond des forêts
           Le Loup l'emporte, et puis le mange,
           Sans autre forme de procès.

         
Intemporel La Fontaine !...  Intemporel Chagall !...



*

 


(Partie I - Histoires de bateaux et de trahisons)


Je commençais ainsi le post interrompu dont vous a parlé Catherine : « Quatre sujets d'actualité, pas plus. Je m'y engage !». C'était il y a quinze jours (trois semaines ?). Entre autres joyeusetés, on lynchait en France, l'Église catholique s'enfonçait dans l'opprobre, la Belgique, une fois de plus sans gouvernement, entamait son parcours de Yougoslavie bis vendue à l'étranger par ses représentants mêmes...  tout en osant célébrer le cinquantième anniversaire de « l'indépendance » du Congo, car elle ne manque pas d'air, quand celui qui a porté leur salaire aux assassins de Lumumba s'en vante et court toujours, jamais inquiété...  Je ne vous dis pas le reste - donc un cinquième,  parjure que je suis - pour ménager le suspense. Ces sujets étaient sinistres (l'horrible est à la mode) et ne sont pas obsolètes. Mais voilà... un clou chasse l'autre, et l'actualité d'aujourd'hui fait tout ce qu'elle peut pour bousculer celle d'hier. Je n'y renonce pas, elle m'attendra et sera pire encore quand j'y reviendrai.

En attendant, faisons comme tout le monde et parlons bateaux. Bateaux et trahisons. Les passagers de l'héroïque flotille que vous savez ne sont pas les seuls à s'être fait massacrer en mer ces temps-ci. Il y en a eu d'autres, certains comptant plus de morts encore, dont vos valeureux médias n'ont pas eu le temps de vous parler ou alors sans trop creuser. Il faut les comprendre. C'est qu'on ne peut pas être à la fois au four et au moulin et qu'il y a tant de choses à mouliner : entre Roland Garros et la Coupe du Monde qui approche, qui est là, on ne sait plus où donner du laptop. Mais, mes très chers, je vais vous en parler, moi. Après tout, c'est à ça que sert ce journal de bord de notre flotte immatérielle : parler un peu de ce que vos médias sont payés pour vous taire.


Israel_threatens_Rachel_Corrie_by_Latuff2
_______

 

Donc, à tout saigneur tout honneur, Israël a voulu écraser une mouche sur un carreau en se servant d'une masse de forgeron. Résultat : un carreau cassé et le monde en ébullition. Quel monde ? Les peuples, arrachés en sursaut à leur indifférence, réveillés de leur sieste égoïste, qui clament dans un universel brouhaha leur indignation impuissante... Le personnel politique ensuite, du Pôle Nord à la Terre de Feu, qui s'empresse de désamorcer cette agitation des consciences par ses habituelles gesticulations et paroles verbales que même Tartufe il n'en voudrait pas - un peu comme on verse du détergent sur une marée noire, dans l'espoir qu'au moins on ne la verra plus. Ouch !  Si je commence à gaffer...

Réaction étonnante quand même que celle des gens ! On dirait qu'Israël vient de faire quelque chose d'inhabituel. Eh bien non, ce n'est pas le comportement d'Israël qui a changé, c'est le regard de ceux - tous ceux - qui le découvrent. Ou font semblant. La seule innovation d'Israël, c'est le doigt d'honneur en gros plan à ses protecteurs et/ou commanditaires. Pffft. Ils en avaleront d'autres.

Depuis 1948, et même bien avant, Israël s'est toujours, systématiquement, comporté de la sorte. Demandez aux Palestiniens. Une fois piétiné le tabou « on ne bâtit pas son bonheur sur le malheur d'autrui », rien ne les a arrêtés. Ni personne. En tout cas personne qui soit resté en vie. Un psychopathe sûr de l'impunité fera toujours ce que fait Israël. Demandez à Jack l'Éventreur. Encore Jack l'Éventreur ne fut-il jamais protégé, encouragé, armé même, par la totalité d'un monde blanc estimant que les prostituées de Whitechapel font désordre et qu'il faut bien quelqu'un pour faire le ménage.

Sinon, que signifie le sang versé par Israël en Amérique Latine (pour ne citer que ce continent) ? Vous croyez peut-être, bonnes gens, que les tortues Ninja de Tsahal ne s'en prennent qu'aux Palestiniens ? Qu'aux Arabes ? Israël, sachez-le, a le droit de se défendre (l'aura-ton assez entendu ce mantra) même et surtout de ceux qui ne l'attaquent pas. C'est pourquoi il était urgent, dans les années 80, qu'Israël s'en aille miner les ports du Nicaragua, car Israël avait bien le droit de mettre Jérusalem à l'abri d'une invasion sandiniste. C'est pourquoi les paysans colombiens qu'on démembre vivants pour complaire aux barons de la drogue ont l'insigne honneur de l'être par des élèves du Mossad et quelquefois même de la main des maîtres, tant il est vrai qu'on n'éduque bien que par l'exemple. C'est pourquoi la communauté juive d'Argentine s'est vu amputer - tiens, à la même époque - de quatre-vingts et quelques de ses membres, par deux ou trois explosions judicieusement réparties, naturellement attribuées au Hezbollah et à un camion piégé, d'ailleurs conduit par un Arabe kamikaze, lequel malheureusement survécut (!) et dut être arrêté. Mais où va-t-on si les Juifs de la Diaspora crachent sur l'aliya qu'on leur offre, refusent d'aller jouer les bubons dans le flanc du Moyen Orient, se considèrent comme Argentins (de confession juive ou pas) et tiennent à jouer le rôle actif auquel ils ont droit dans les passionnants bouleversements qui remuent leur continent ? Cela ne méritait-il pas une punition ? Si, n'est-ce pas ? Ni plus ni moins que ces Palestiniens assez outrés pour voter Hamas alors que notre caprice est qu'ils ne le fassent pas...  Ah, pourquoi a-t-il fallu que ces foutus juges de la Cour Suprême argentine profitent de ce que nos amis les colonels putschistes n'avaient plus le vent en poupe pour se mettre à poursuivre l'enquête, à relâcher l'Arabe innocent et à dire qu'il n'y avait jamais eu de camion piégé mais des bombes. Plantées. Par des Israéliens. Les pressions exercées sur ces magistrats et les menaces de mort pour qu'ils se rétractent ? Normal. Israël a le droit de se défendre, non ? Y compris de son propre sang. Qu'elle se le dise, cette Diaspora qui refuse de se laisser intimider ! Mais n'est-ce pas à vous dégoûter de pratiquer le terrorisme ?


gaza-blockade1

______

Je ne vais pas m'étendre sur les hauts faits de Tsahal en Palestine, en Syrie, au Liban, et du Mossad absolument partout. Ils sont assez connus de ceux qui ne refusent pas de voir ni d'entendre. De l'assassinat de Lord Moyne au Caire à celui de Mahmoud al-Mabhouh à Dubai, en passant par la liquidation de Folke Bernadotte à Jérusalem, la liste est longue.

Pourtant, il serait naïf de voir en Israël le diable-seul-responsable-de-tous-nos-maux, même si on ne prête qu'aux riches, et surtout de croire qu'une fois l'imposture disparue, tout ira très bien Madame la Marquise. Pour M. Koffi Cadjehoun (voir ici :
http://aucoursdureel.blogspot.com/2010_05_01_archive.html
et ici :
http://aucoursdureel.blogspot.com/2010/06/gaza-effet-de-serf.html ), Israël n'est que le rottweiler en chef d'instances beaucoup plus funestes encore, « vrais maîtres du monde» dont il situe le repaire dans la City de Londres. Je n'ai pas de raison de penser autrement, qu' « ils » crèchent dans la City ou ailleurs. Qu'Israël, l'Union Européenne et les États-Unis (oui, l'Empire), ne soient que les instruments d'une faction atroce, ne les exonère en rien de leurs crimes. Ne nous exonère en rien de notre crime de passivité. Théoriquement, nous sommes tous également dotés de libre-arbitre et aucune fatalité n'oblige personne à se laisser faire. Voyez les passagers du Mavi Marmara, du Rachel Corrie et des autres. Voyez M. Galloway, qui annonce une autre flotille de soixante bateaux pour septembre...

Dans un  des articles que j'ai glanés pour vous, M. Justin Raimondo accuse poliment, encore au conditonnel, le président Obama de trahison, « au cas où il y aurait un seul citoyen américain parmi les morts de la flotille ». Eh bien, il y en a un. Et, bien sûr, M. Raimondo a raison : servir les intérêts d'une faction étrangère ou d'un état étranger au détriment de ses nationaux constitue, de la part d'un gouvernant plus encore que de n'importe qui, un crime de haute trahison. C'est dire combien s'en sont rendus et continuent à s'en rendre coupables. Tous les dirigeants de l'Union Européenne, sans exception, sont dans ce bateau-là.

On peut prédire que dans le pays (en sursis) où nous sommes, on va ressortir l'inusable de Keyzer de la naphtaline (c'est à celà qu'elle sert) et continuer comme avant (rehaussement des relations... investissements dans les territoires occupés... importation massive de pommes de terres avec du sang dessus et ruine planifiée de l'agriculture nationale grâce aux diktats de « Bruxelles » auxquels le Sionistan, lui, n'est pas soumis, etc. etc. etc.). Un jour, quand tout le monde sera mort, on se mettra à rechercher vraiment les tueurs du Brabant là où ils sont. Entretemps, le troupeau sera sommé d'aller donner un nouveau blanc-seing aux traîtres, afin qu'ils puissent continuer à trahir sans entraves.

Pour abréger, ce post évoque plusieurs histoires de bateaux, qui sont aussi des histoires de trahison. Je n'ai fait que réunir les articles qui m'ont paru en parler le mieux. Leurs auteurs sont de toutes provenances, de toutes nationalités et de philosophies diverses. Leur seul point commun est de penser par eux-mêmes et d'essayer honnêtement de se rendre utiles. Mes excuses à ceux qui les ont déjà lus. Mes excuses aussi à ceux qui devraient se trouver ici et qu'il faudra aller chercher ailleurs. Je me contenterai de situer chacun brièvement (en vert) « pour les jeunes qui débarquent ».




*


31 mai 2010

 

 

bateau turc

Le MS Mavi Marmara


Flottille de La Liberté : L'impunité des assassins...


Georges STANECHY

« Du conseil en gestion international à la création d'entreprises et au développement... Un regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant... » C'est tout ce que nous savons de Georges Stanechy : ce qu'il dit de lui-même sur son blog. Ce que nous savons en revanche avec certitude, c'est qu'on ne perd jamais son temps en lisant ses posts, et même en parcourant ses archives : ce qui s'y trouve ne s'évente pas avec le temps.




Non.

Ce n'est ni une bavure, ni une erreur d'appréciation du risque. Encore moins, une opération commando ayant mal tourné.

Au contraire.

Prendre d'assaut des bateaux civils, avec à leur bord des militants pacifistes, évidemment non armés, chargés d'aide humanitaire, se dirigeant vers une enclave érigée en immense camp de concentration, depuis plusieurs années dans l'indifférence de la Communauté Internationale : Gaza...

Assaut donné dans les eaux internationales, avec pour conséquence des dizaines de morts et de blessés : un tel niveau de violence démontre l'assurance de l'impunité.

Entendre nos gouvernements, dans l'hypocrisie, le cynisme les plus délirants, se déclarer « choqués », et « demander » des explications en est la confirmation.

Oui : nos politiciens, même nos vaillants parlementaires et têtes pensantes de l'UE, toujours prêts à fustiger les pays inscrits sur la liste rouge dictée par les néoconservateurs US, ne condamnent pas un crime de guerre ou contre l'humanité.

Ils se limitent à exprimer, timidement, leur « émotion », devant une « disproportion ». Quêtant une « enquête », la main tremblante. Même pas internationale. Surtout pas. Au gouvernement auteur du forfait...

Se donner bonne figure, bien sûr, pour calmer les naïfs. Leur faire croire qu'Occident est synonyme de Droits de l'Homme.
Le temps que les fourneaux de la propagande chauffent à plein régime. Ils sont déjà au travail :


« ... les activistes avaient été prévenus, ils ont agressé, avec des couteaux et des haches, les commandos armés jusqu'aux oreilles alors qu'ils montaient gentiment à bord, etc. »

Au-delà de la barbarie de l'acte, et de l'insupportable comédie diplomatique des gouvernements occidentaux, on se doit de lire le message clair qui est envoyé à l'ensemble du monde.

Il ne s'agit pas d'un acte de piraterie, exercé par un pays sur les navires d'autres pays, mais bien d'une opération d'hyperviolence, délibérée, soigneusement planifiée, méticuleusement préparée (jusqu'à l'organisation du camp d'internement des passagers - avec bloc opératoire - dans le port israélien d'Ashdod), et médiatiquement orchestrée, avec l'accord, la complicité, des Etats occidentaux.

Un crime de guerre, sanguinairement exécuté, pleinement assumé, chargé de délivrer le rappel d'une réalité que l'opinion internationale avait tendance à oublier, au nom de la nomenklatura de l'Occident, dans un accès de fureur mégalomaniaque :

I. Les Maîtres du Monde, c'est Nous : l'Occident.

Rien ne peut se faire, se décider ou s'organiser sans notre autorisation, Notre Bon Vouloir. Le Droit International, l'ONU, La Loi du Monde, Les Droits de l'Homme, c'est Nous qui en dictons les normes et l'opportunité.

II. Israël, c'est l'Occident.

En conséquence, l'impunité de l'Etat d'Israël quoiqu'il décide et exécute est un fait acquis. Une norme internationale. Rien ne la remettra en cause. Imposée depuis une soixantaine d'années, elle durera tant que nous le voudrons. Selon Notre Bon Plaisir.

Israël doit être perçu comme notre pitbull dans la région et au-delà, aussi imprévisible dans le déchaînement de sa violence, que jusqu'au-boutiste dans sa férocité. C'est la démonstration de notre force et de notre détermination.

III. Une leçon pour la Turquie et ceux qui voudraient suivre sa voie, croire, espérer, en un monde « multipolaire »...

L'acharnement des commandos-tueurs sur le bateau de tête de la flottille, de nationalité turque, où figurent la quasi totalité des morts et des blessés, est un ultime avertissement adressé à la Turquie et aux autres pays souhaitant s'ériger en contrepouvoir de l'Empire et de ses vassaux : « Retenez-le bien : si vous ne courbez pas l'échine à notre injonction, nous le ferons par la force. »

L'émergence de la Turquie en puissance régionale, n'est pas admissible par l'Occident. L'attitude de mépris extrême du ministre des affaires étrangères US Hillary Clinton, au lendemain même de la médiation turco-brésilienne pour le nucléaire Iranien, était déjà une sommation : « Ecrasez-vous et fermez-là ».

Les Turcs ne l'avaient pas compris, le massacre de leurs ressortissants est là pour rappeler le sérieux de la menace.

IV. Il n'y aura de paix en Palestine et au Moyen-Orient, qu'aux conditions dictées par l'Occident, suivant le temps qui lui conviendra.I

En conséquence, Gaza et son blocus inhumain, cette punition collective condamnée par les Conventions de Genève, sont un exemple pour tous ceux, pays, mouvements de résistance, qui n'accepteraient pas la domination de l'Occident.

La tuerie justifie, à présent, l'interdiction internationale de toute flottille ou intervention humanitaires de ce genre, non décidées par l'Empire.

V. L'Iran doit être détruit et soumis.

L'Iran, et ceux qui traînent des pieds pour participer à sa condamnation, doivent comprendre que la détermination et la force employées par l'Occident n'ont que faire de l'opinion publique européenne, arabe, musulmane, internationale, humanitaire ou autre.

Le jour même du massacre, la marine Israélienne faisait savoir par le Sunday Times, que trois sous-marins de fabrication allemande porteurs de missiles de croisière équipés des dernières ogives nucléaires, patrouillaient le long des côtes Iraniennes.

L'Iran, sous le prétexte du nucléaire, est sommé de se soumettre à l'Occident, de donner les clés de ses gisements de pétrole et de gaz, et de livrer son marché intérieur à nos «privatisations . Pour être, dans le même temps, démantelé en plusieurs Etats vassalisés.

La conclusion de ce message :

La communauté des Nations n'est pas une mythique assemblée, collectivité, débattant du droit ou d'une idyllique humanité. Elle nous est soumise, car nous sommes des gangsters, des assassins, des pillards, des prédateurs,

Où est le problème ?...

Nous l'assumons et en sommes fiers. Car, nous ne connaissons qu'une Loi, dont nous sommes les détenteurs : La Loi du Plus Fort



Source : À contre-courant
Posté par Georges STANECHY,  mardi 1er juin 2010
http://stanechy.over-blog.com/article-flottille-de-la-liberte-l-impunite-des-assassins-51455747.html
...

 

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Rien qu'un « chín-chín »...

Koldo Campos Sagaseta (pour Rebelion)

 

Koldo`

Juan Carlos (Koldo) Campos Sagaseta de Llúrdoz est né basque, à Pampelune, en 1954, mais il vit en République Dominicaine, dont il est devenu citoyen. C'est un écrivain, lauréat de plusieurs prix de poésie dans son pays d'adoption et d'autres du continent, un auteur dramatique et un journaliste. Il travaille pour le quotidien dominicain El Nacional, où sa chronique régulière s'intitule « Cronopiando ». Il collabore aussi à divers autres organes de presse ou sites internet. En 1980, au Nicaragua, il a participé comme brigadiste à la campagne d'alphabétisation des sandinistes. Il vit avec sa fille Irène (celle dont il est ici question) et trois chattes.


Ma fille Irène n'avait alors guère plus de deux ans lorsqu'un jour elle surprit, sur le carrelage de notre cuisine, une fourmi solitaire égarée là. Fascinée, elle la suivait, à quatre pattes, le long de quelques dalles et finit par me demander :

- Papa, regarde... une petite fourmi... Je la tue ?

Je ne me souviens plus pourquoi, par solidarité avec la fourmi, je plaidai sa cause. Irène ne paraissait pas très disposée à accepter mes arguments en faveur de la fourmi et me proposa en échange :

- Rien qu'un « chín-chín »...

Un « chín-chín » en bon parler de Saint-Domingue, ça signifie : « un peu, un petit peu »... Irène voulait tuer la fourmi un petit peu, un petit morceau, un dix pour cent peut-être...

Irène était alors loin de savoir que les décisions, les mesures que l'on prend dans la vie, généralement, n'admettent pas de palliatifs.

Je raconte cette histoire parce que certains journalistes, ministres, chefs d'Etat européens, bien qu'ils aient dépassé et de loin l'âge d'Irène bébé, à lire leurs déclarations et communiqués, ou bien font preuve de la même candide ingénuité que ma fille Irène bébé ou bien sont de fieffées canailles.

Face à l'attentat terroriste perpétré par l'armée israélienne dans les eaux internationales contre une flotille de bateaux chargés de coopérants et d'aide humanitaire destinée à la ville palestinienne de Gaza asssiégée, certains médias et politiciens ont déjà commencé à justifier le massacre, les dizaines de morts et de blessés, en avançant que « l'opération israélienne a été disproportionnée ».

Il y a un peu plus d'un an, c'était déjà ce que déclarait le président du gouvernement espagnol après que l'armée israélienne, cette bande de terroristes la plus sanguinaire du Moyen Orient, eût assassiné des centaines de Palestiniens à Gaza : « Israël est un ami de l'Espagne et c'est pourquoi il est de notre devoir de lui dire la vérité : sa réponse est disproportionnée ».

l'Europe aussi, poussée par les mêmes sentiments amicaux et la même solidarité, s'accordait alors pour dénoncer le côté disproportionné de la « réponse ».

Et ce n'était pas le première fois que les champions de la morale, de la tolérance et des Droits de l'Homme, dans cette civiliste et démocratique Europe, insistaient sur le problème de la proportionnalité pour évoquer le génocide que le barbare Etat Israëlien met en application, en toute impunité, contre le peuple palestinien.

Ils ont été, alors, dans dans la totale incapacité de dire quelle devait être la proportion correcte. 300 morts, peut-être, au lieu des 1.500 cadavres que laissa la « réponse disproportionnée » israëlienne dans les territoires occupés auraient été convenables ? Une centaine d'enfants palestiniens morts au lieu des 400 massacrés, ça aurait été acceptable ? Des bombes à fragmentation, peut être, ça aurait pu cadrer avec une « réponse proportionnée » acceptable pour l'Europe ? Est-ce que bombarder un hôpital ou des installations de la Croix-Rouge ou des Nations-Unies c'est compatible avec une correcte proportion ?...

Face à la dernière monstruosité terroriste de leur associé et ami, cette bande de cyniques salauds qui gouvernent les destinées de l'Europe ne nous éclairent pas davantage, aujourd'hui, à propos de la convenable proportion avec laquelle cet Etat fasciste israëlien peut perpétrer des crimes et semer la terreur impunément. Le gouvernement israëlien est le seul à avoir clairement annoncé la nécessité, pour lui, de se défendre et il se pourrait même, et peut-être le fait-il déjà, qu'il fasse appel, pour sa défense, à cet argument de l'usage proportionné de la violence, en grandeur et en nature, exigé par ses complices, puisque 16 morts sur les 700 coopérants qui étaient à bord de la flottille de la paix, c'est à peine 0,02 pour cent de l'équipage. Ils n'ont même pas coulé, les bateaux et ils ne les ont pas bombardés avec des bombes au phosphore blanc ; et ils ont même porté une assistance sanitaire aux survivants.

Ce à quoi l'Europe ne donne encore aucune réponse c'est au sujet de la proportion de résolutions des Nations Unies que l'Etat israëlien a le droit de continuer à ignorer sans que cela lui vaille la moindre sanction y compris une possible et bien entendu proportionnelle occupation, ni le nombre d'années que la Palestine doit continuer à attendre pour retrouver ses territoires occupés. En fait, 65 années se sont écoulées depuis la résolution 181 des Nations-Unies, en 1947, curieusement connue sous le nom de « résolution du partage de la Palestine » sans que semblable attente semble suffisamment proportionnée pour trouver le droit d'être respectée.

Irène a grandi et ne poursuit plus les fourmis sur le carrelage pour les écraser modérement, d'un coup de talon bien proportionné et radicalement efficace.

Pire : Irène, aujourd'hui, passe beaucoup de temps à s'informer, à écouter les nouvelles, à lire les journaux et c'est ainsi qu'elle a fini par apprendre que tout principe juridique, éthique, constitutionnel, tout Droit de l'Homme, toute raison pure ... sont contenus dans un « chín-chín», dans un tout petit peu.


Mercredi 2 juin 2010



Titre original : Cronopiando - Sólo un "chin-chin"
http://www.rebelion.org/noticia.php...

Source : Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info/Rien-qu-un-chin-chin.html
Traduction par M. Colinas


 

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Boucherie israélienne en mer

Gilad ATZMON

 

gilad-Atzmon-au-saxo

 

Gilad Atzmon est né en Israël en 1963.

À Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982 : plus de 3.000 réfugiés palestiniens massacrés de sang-froid dans des camps dont ils ne pouvaient sortir), il était là, dans les rangs de Tsahal, faisant son service militaire. Persuadé comme ses camarades qu’Israël était tout, les autres rien, et qu’il n’y avait pas de questions à se poser.
Son parcours moral personnel, ensuite, est un phénomène rare, où n’intervint qu’une seule influence extérieure : tel saint Paul sur le chemin de Damas, Gilad fut un jour frappé par la lumière en tombant de son cheval devant un bac de disquaire. Il y découvrit l’existence des musiciens noirs américains. Les ayant écoutés, il sut qu’on lui avait menti : les Israéliens n’étaient pas tout et les autres rien. Il entama dès lors, en autodidacte, sa double carrière d’artiste et d’homme engagé.
Gilad Atzmon est aujourd’hui un clarinettiste de jazz universellement apprécié, en même temps qu’un des militants de la justice et de l’égalité les plus obstinés. À l’instar de son compatriote Ilan Pappé, il a fini par demander l’asile politique à l’Angleterre, où il vit entre ses tournées. C’est là qu’il a fondé, le 8 mai 2008, avec l’Italienne Mary Rizzo et le Palestinien Haitham Sabbah, le site Palestine Think Tank qui publie en anglais et en arabe, mais dont les articles sont très souvent traduits en français et dans d’autres langues (http://palestinethinktank.com/). Il anime également son propre blog (http://www.gilad.co.uk/), sur les deux plans artistique et politique.
Son courage est à toute épreuve (il en faut pour jouer de la trompinette au milieu des menaces de mort), son humour aussi. Son ambition suprême est de devenir le premier ministre de la musique en Palestine libérée.
La Belgique indépendante et morale ne va sûrement pas tarder à organiser un grand concert de Gilad Atzmon à Forest National.



31 mai 2010

A l’heure où j’écris ces lignes, l’étendue du massacre israélien perpétré en mer n’est pas encore connue. Cependant, nous savons d’ores et déjà que vers 4 heures du matin, heure de Gaza, des centaines de commandos de l’armée israélienne ont pris d’assaut la flottille internationale humanitaire Free Gaza. Nous savons par la presse arabe qu’au moins 16 militants de la paix ont été assassinés et plus de 50 ont été blessés. Une fois de plus, Israël démontre de manière dévastatrice qu’il ne cherche pas à cacher sa véritable nature : une collectivité meurtrière inhumaine alimentée par la psychose et mue par la paranoïa.


israeli butchery

Pendant des jours, le gouvernement israélien a préparé la société israélienne au massacre en mer. Il a dit que la flottille transportait des armes, qu’il y avait des «terroristes» à bord. Ce n’est qu’hier soir que j’ai compris que cette manipulation médiatique était destinée à préparer l’opinion publique israélienne à une opération militaire meurtrière dans les eaux internationales. Ne vous y trompez pas. Si moi je savais ce qu’Israël préparait et les conséquences éventuelles, le gouvernement et le commandement militaire en étaient parfaitement conscients depuis le début. Ce qui est arrivé hier n’est pas seulement un acte de piraterie terrorise. C’est en réalité un assassinat commis au vu et au su de tous.

Hier à 22 heures, j’ai contacté Free Gaza et je leur ai fait part de tout ce que je savais. Je comprenais évidemment que des centaines de militants pacifistes, pour la plupart des gens âgés, n’avaient aucune chance contre la machine à tuer israélienne. J’ai prié toute la nuit pour nos frères et soeurs. A 17 heures GMT, la nouvelle est tombée. Dans les eaux internationales, Israël avait attaqué un convoi international innocent de bateaux transportant du ciment, du papier et des médicaments aux Gazaouis victimes d’un blocus. Les Israéliens ont tiré à balles réelles et assassiné et blessé tout ce qui bougeait.

Aujourd’hui il y aura des manifestations à travers le monde, de nombreux deuils seront organisés. Nous verrons peut-être même quelques amis d’Israël exprimer leur « condamnation » du massacre. A l’évidence, ce sera insuffisant.

Le massacre d’hier était une opération préméditée. Israël voulait faire couler le sang parce qu’il croit que son « pouvoir de dissuasion » se renforce à chaque mort qu’il laisse dans son sillage. La décision israélienne de lancer des centaines de soldats commandos contre des civils a été prise par le gouvernement et le haut commandement de l’armée. Ce que nous avons vu hier n’était pas simplement une erreur commise dans le feu de l’action. Ce fut une erreur institutionnelle d’une société morbide qui a perdu depuis longtemps toute humanité.

Ce n’est pas un secret que les Palestiniens subissent un siège depuis des années. Mais il revient désormais aux nations de prendre l’initiative et d’exercer les pressions les plus fermes sur Israël et ses citoyens. Puisque le massacre d’hier a été commis par une armée populaire obéissant aux ordres donnés par un gouvernement « démocratiquement élu », désormais chaque Israélien, jusqu’à preuve du contraire, devra être considéré comme un criminel de guerre.

Considérant qu’Israël a donné l’assaut à des bateaux battant pavillons irlandais, turc et grec, les pays membres de l’OTAN et de l’Union Européenne doivent immédiatement rompre leurs relations avec Israël et interdire leurs espaces aériens aux avions israéliens.

Considérant l’information d’hier sur la présence de sous-marins nucléaires israéliens dans le Golfe, la communauté internationale doit réagir rapidement et avec célérité. Israël est désormais officiellement un état fou et dangereux. Non seulement l’Etat Juif n’accorde aucune valeur à la vie humaine, comme nous l’avons vu lors de la campagne de presse qui a débouché sur ce massacre, mais Israël trouve du plaisir à infliger des souffrances et des destructions.

Sources : 

Gilad Atzmon
http://www.gilad.co.uk/writings/israeli-butchery-at-sea-by-gilad-atzmon.html

Le Grand Soir, pour la traduction française
http://www.legrandsoir.info/Boucherie-israelienne-en-mer.html

Voir aussi : http://www.lesdiablesbleus.com/article-30333021.html «De la musique à l’éthique », traduction française partielle d’un très beau texte.

 

drapeau au sang

 

 

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C'est la grand-vergue qui doit casser le bras-bien-trop-long d'Israël :  celle à laquelle on pend les pirates.




La grand-vergue, voilà le remède.


Israel Shamir

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Israel Adam Shamir, de son vrai nom Adam Ermash, est un citoyen israélien d'origine juive russe, né en 1947 à Novosibirsk, en Sibérie.
La vie d'Israël Shamir ressemble à un roman de Boris Akounine.
Devenu  israélien en 1969, il a combattu dans la guerre de 1973.  Après cette guerre, il s'est tourné vers l'écriture et le journalisme, a travaillé à Londres pour la BBC, au Japon, en Israël pour le quotidien Haaretz et a été, en politique, le porte-parole du Parti Socialiste Israëlien (Mapam) à la Knesset. Il est l'auteur de multiples ouvrages et de traductions de et dans plusieurs langues. En 2004, il s'est converti au christianisme orthodoxe. Il vit entre Jaffa, Moscou et Stockholm. Il a trois fils.
C'est le calvaire de la Palestine qui a fait de lui un des militants antisionistes les plus extrêmes et un irréductible partisan, pour ce pays, de la solution à un seul état démocratique, où « un homme = une voix ». Il défend ses positions dans ses livres et (en 23 langues) sur son site http://www.israelshamir.net/
Pour la petite histoire : en 2005, son livre L'autre visage d'Israël a été interdit en France « pour antisémitisme », sur plainte de la Licra. Son  éditeur a été condamné à de très fortes amendes et à de la prison avec sursis, mais le jugement d'appel a fortement réduit les sentences et autorisé la vente du livre.
La biographie d'Israël Shamir sur Wikipédia est une curiosité en soi : visiblement l'oeuvre d'ennemis, elle est fort longue et entièrement rédigée au conditionnel, y compris sur les points les plus aisément vérifiables. Tant de venimosité est, selon l'expression à la mode, contreproductive : ce wikimissile ressemble à la flèche fameuse évoquée par lady Macbeth «qui dépasse son but et retombe de l'autre côté ».

 

Jeudi 3 juin 2010

Plusieurs dizaines de nos amis et camarades, de magnifiques militants pleins de compassion, ont été tués ou blessés dans l'attaque pirate, dans les eaux internationales, de navires d'aide humanitaire. Ce crime terrifiant, qui ne tombera jamais dans l'oubli, doit absolument être puni.

Les pirates israéliens ont attaqué la Flottille de la Liberté apportant de l'aide humanitaire [à Gaza] dans les eaux internationales, à plus de cent-cinquante kilomètre de leurs eaux territoriales. Ces bateaux ne transportaient aucune arme : les participants à cette campagne humanitaire adhéraient strictement à l'attitude de Gandhi ; ils avaient demandé aux autorités grecques et chypriotes d'inspecter les bateaux afin d'éviter d'éventuelles allégations qu'ils auraient été armés. En vain : les pirates sont monté à l'abordage des navires en haute mer, après quoi ils les ont transformés en abattoirs.

« Ils nous ont attaqués tandis que nous montions à bord de leurs bateaux, et ceux qui ont été tués l'ont été par nos soldats en état de légitime défense »,
ont prétendu les assassins après-coup, et des milliers d'auxiliaires du crime ont répété ce bobard. Or, un assaillant ne saurait revendiquer la légitime défense. Les militants, eux, étaient fondés à se défendre contre cette agression hors-la-loi.

Dans son édito, le quotidien britannique The Guardian a écrit :
( http://groups.yahoo.com/group/shamireaders/message/1760 )
« La responsabilité du bain de sang est entièrement celle d'Israël. La marine israélienne a prétendu que ses hommes auraient été contraints de faire feu afin d'éviter d'être lynchés. Qu'escomptaient donc ces commandos des militants pro-palestiniens, dès lors qu'ils auraient pris leurs navires à l'abordage ? Qu'ils allaient les inviter à prendre le thé sur le pont, avec le capitaine ? »

Notre amie Yvonne Ridley a, quant à elle, rappelé
( http://groups.yahoo.com/group/shamireaders/message/1763 )
que, sous l'empire de l'article 3 de la Convention de Rome pour la Suppression des Actes Illégaux contre la Sécurité de la Navigation Maritime de 1988, toute personne cherchant à prendre le contrôle ou à exercer un contrôle sur un navire par la force commet un crime international et que c'est aussi un crime que de blesser ou de tuer quiconque, ce faisant. Nul ne peut attaquer un navire et invoquer la légitime défense dans le cas où les personnes se trouvant à bord résistent à un recours illégal à la violence.

En d'autres termes, selon le droit international, les agissements de l'armée israélienne étaient illégaux et ceux qui s'y sont livrés ne doivent être traités en rien différemment, par exemple, des pirates somaliens, qui ont eux aussi pour habitude de monter à bord de navires par la force. Tous les droits à la légitime défense, dans de telles circonstances dramatiques, sont entièrement du côté des passagers et de l'équipage. En vertu du droit maritime international, vous êtes légalement fondé à résister à toute capture, à tout enlèvement et à toute détention illégaux.

Israël est désormais un pays pirate, comme ceux qui avaient été établis dans la Caraïbe au 16ème siècle ou celui qui était florissant, sur la côte barbaresque, encore au 19ème. Il faut éliminer et démanteler les pays pirates, sinon les communications normales seront menacées. Or, le remède à la piraterie en haute mer est bien connu : c'est la pendaison des pirates à la grand-vergue. Les noms des pirates sont parfaitement connus : le premier d'entre eux est Ehud Barak, le ministre de la « Défense » : sa place est là.

Ce n'est certes pas la première fois qu'Israël se comporte en Etat pirate. Il y a bien des années, les Israéliens ont décidé de ne se lier par aucune loi internationale, par aucune frontière ni par aucune convention, si ce n'est leur propre volonté. Ils s'emparaient de navires dans les eaux internationales, détournaient des avions, kidnappaient des gens outre-mer et assassinaient qui bon leur semblait. Ils ont kidnappé Mordechaï Vanunu à Rome, ils ont assassiné partout, de la Norvège à Chypre, ils ont cloné et fabriqué des faux passeports, ils ont détourné des paquebots et bombardé des avions de ligne. Personne n'est à l'abri de leur bras-beaucoup-trop-long : à leur bras armé, il faut opposer notre mât de grand-vergue.

L'incapacité de la communauté mondiale à s'occuper sérieusement des pirates a gravement sapé le Droit international et détraqué le ciboulot des Israéliens. Les juifs d'Israël et nombre de leurs frères ailleurs dans le monde en sont parvenus à la conclusion totalement erronée qu'ils sont au-dessus des lois, qu'ils sont une race à part. « Peu importe ce que disent les goyim ; ce qui importe, c'est ce que les juifs font !», a clamé le fondateur d'Israël David Ben Gurion dans un moment d'exaltation, bien qu'il fût pleinement conscient des limites permises : lorsque le Président américain lui donna l'ordre de retirer ses troupes du Sinaï, il obtempéra sous vingt-quatre heures. Mais depuis Ben Gurion et Eisenhower, ceux qui ont tenté de stopper Israël se comptent sur les doigts d'une seule main.

Leur impéritie dure depuis un demi-siècle, et elle a causé une rupture entre les Israéliens et la réalité ; les juifs d'Israël sont persuadés, désormais, qu'ils peuvent faire absolument tout ce qu'ils veulent, car eux, ils sont les véritables êtres humains, et tous les autres n'en sont pas. Et puis, n'est-ce pas, quoi qu'il en soit : « le monde entier nous hait ». Donc, ils s'escriment à justifier cette haine. Dans la vraie vie, les habitants de notre planète ne « haïssent » ni n'ont tel ou tel sentiment à propos des juifs, des Arméniens, des maronites, des Tutsis et de toutes ces petites communautés ethno-religieuses qui font leurs importantes. Ces types bénéficient généralement de leur part de chance, mais ils ont tendance à pousser le bouchon trop loin et il finit par leur en cuire, si bien que le monde doit aller les sauver dare-dare d'une extermination totale.

La folie n'est pas une excuse, en particulier lorsqu'elle est feinte. Les Israéliens adoptent le comportement du chien fou, une stratégie attribuée à Moshe Dayan ou à Pinhas Lavon : « Israël doit se comporter comme un chien fou, trop dangereux pour que quiconque ose s'en approcher ». Ainsi, ils prétendent être encore plus fous qu'ils ne le sont en réalité. Toutefois, c'est bien connu : quand on ne peut plus se rendre maître de chiens fous, il ne reste qu'à les flinguer.

Notre ami Jeff Blankfort a proposé diagnostic et traitement : « Israël est une nation contrôlée par des fous criminels et soutenue, en gros, par une opinion publique criminellement insane, qui a un mépris total pour le reste de l'humanité et pour ceux des juifs qui ne soutiennent pas leurs menées criminelles. Avec ses armes nucléaires, c'est Israël qui tient en otage le reste du monde. Notre objectif doit être de trouver un moyen de le désarmer et de le démanteler ».

L'objectif premier, c'est la levée du blocus contre Gaza et le second, c'est l'introduction de la démocratie et de l'égalité dans la totalité du territoire s'étendant entre la Mer (Méditerranée) et la Rivière (Jourdain). Il est grand temps, pour les juifs d'Israël, de reprendre contact avec la réalité : les juifs ne sont que des êtres humains ordinaires, et non je ne sais quels supermen, quels voyageurs de l'espace ou quels anges : il leur faut respecter le droit coutumier des nations. Ils ne peuvent pas, comme ça, patrouiller les eaux neutres et tirer dans le tas ; ils ne peuvent pas tenir enfermés un million de Gazaouis pour la simple raison qu'ils ne sont pas juifs.

L'attaque ignoble contre la Flottille de la Liberté nous donne une opportunité : non seulement les pirates doivent être coffrés, mais il faut coffrer aussi leurs partisans outre-mer pour complicité. Les lois antiterroristes promulguées par nombre de pays donnent le cadre légal pour ce faire. Israël est un pays terroriste, par conséquent, ses partisans et ses lobbyistes sont des soutiens d'un réseau terroriste : il faut les mettre immédiatement en état d'arrestation, et saisir leurs biens.

Tout en apportant la liberté à la population de Gaza, cela résoudra par la même occasion la crise économique et financière, car les complices des terroristes sont aussi ceux qui dirigent des structures criminelles telles que Goldman-Sachs et le Pentagone. Ils occupent non seulement Naplouse, mais aussi Capitol Hill et Wall Street. Leur élimination sauvera des millions de personnes : les dettes grecques et les prêts hypothécaires américains seront apurés ; l'Afghanistan et l'Irak retrouveront enfin la paix.

Nous aurons la démocratie elle-même, et non plus l'échantillon de démonstration à deux balles.

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier


Source
: Palestine-Solidarité

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Israel_Shamir.030610.htm


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Le massacre méditerranéen

par Justin Raimondo

 

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L’Américain Justin Raimondo est un libertarien de droite, hostile à la guerre. Le site qu’il a créé s’appelle d’ailleurs Antiwar.com. Depuis toujours, il milite infatigablement pour que les États-Unis reviennent à la philosophie non- interventionniste de leurs pères fondateurs. Il combat sans discrimination les corrompus du Parti Démocrate et les dangereux aventuristes néo-conservateurs. Il a souvent pris - notamment sur la guerre dans les Balkans - des positions qui auraient pu être celles d’un véritable homme de gauche mais que les hommes qui se disent de gauche n'ont prise nulle part. Il fustige les dirigeants de son pays pour leurs crimes en Afghanistan et en Irak, et l’entité sioniste pour l’ensemble de ses crimes, en Palestine et ailleurs. Dans ses pamphlets, il a cru marquer George W. Bush au fer pour sa politique expansionniste, en le qualifiant de «jacobin» (mais qui a bien pu lui faire croire que Bonaparte l’était ? ). Il s’est présenté aux élections en Californie contre la va-t-en-guerre démocrate Nancy Pelosi, et c’est elle qui a gagné. Il regrette que son pays n’ait pas, pour le sauver du désastre, un homme de la trempe de Vladimir Poutine, en qui il voit un politique lucide et réaliste, dont il admire le nationalisme.


Le 2 juin 2010

 

 


La vague des condamnations, des imprécations, des réactions de choc déferle, tandis que les nations du monde élèvent leurs voix pour protester contre le massacre perpétré en Méditerranée par les commandos israéliens, mais plutôt qu’entrer dans les détails spécifiques de cette affaire, je voudrais me concentrer sur un dessin plus général, que cet incident semble confirmer.

On entend souvent dire par les défenseurs d’Israël, que l’état juif fait partie intégrante de l’Occident, qu’Israël, « la seule démocratie dans la région » doit être défendu, parce que les Israélies sont, après tout des alliés sûrs, qui partagent nos valeurs : l’héritage d’Athènes et de Jérusalem. C’est l’idée la plus communément reçue...  et elle est fausse. Le massacre méditerranéen fait ressortir à quel point elle est fausse.

Israël n’est pas un pays occidental et ne l’a pas été depuis belle lurette. Grâce à ce dernier incident, la découverte de cette évidence par les gouvernements et les peuples occidentaux constituera un tournant décisif dans les relations de l’état juif avec le monde civilisé, y compris et surtout avec les Juifs de la Diaspora. Je soutiens depuis des années que le programme d’aliya mis en oeuvre par le gouvernement israélien l’a été au détriment des vieilles élites israélites européennes, au profit d’une nouvelle influence plus asiatique, influence qui est à présent, avec la montée de l’extrême droite en Israël, le facteur dominant de sa politique.

Porté sur les fonts baptismaux par des sionistes de gauche qui voulaient construire une communauté égalitaire dans le désert, l’état moderne d’Israël a désormais acquis les caractéristiques de ses voisins ; il est devenu pour ainsi dire natif, culturellement et politiquement. L’incorporation à doses massives de populations nord-africaines et asiatiques a changé irrévocablement la société israélienne, si bien qu’aujourd’hui, l’irrésistible ascension d’un bandit* fasciste démagogue comme Avigdor Lieberman, le videur de boîte de nuit devenu ministre des Affaires Étrangères, n’est que trop compréhensible. Lieberman n’est pas une anomalie politique : lui et son parti représentent la tendance dominante de la politique israélienne.

Pour comprendre comment les Israéliens justifient le meurtre de seize civils et le kidnapping de centaines d’autres dans des eaux internationales, il nous faut adopter le point de vue d’un sauvage. Je n’entends pas par là quelqu’un qui circule couvert de peaux de bêtes en brandissant une massue : les sauvages peuvent porter des costumes Armani et brandir des armes nucléaires, comme l’atteste l’histoire du XXe siècle. En Occident, cependant, la culture et surtout la croyance religieuse empêchent l’exaltation de la sauvagerie en tant que vertu civique : lorsque nous commettons des atrocités,  pour nous justifier, nous reconnaissons avoir fait un usage disproportionné de la force, en représailles d’actes d’agression préalablement commis contre nous par les victimes de notre colère. Hiroshima et Nagasaki – et les arguments utilisés pour faire avaler le meurtre de centaines de milliers de civils innocents – viennent à l’esprit. Nous excusons tant bien que mal nos meurtres en masse d’innocents en les appelant « dommages collatéraux ».

La mentalité du sauvage ne fonctionne pas ainsi. Dépourvu de tout ce qu'on pourrait prendre pour du sens moral, le sauvage se fait gloire de sa violence impitoyable . C’est un mécanisme de survie : dans son monde, rouge aux dents et aux griffes, inspirer de la peur à un adversaire équivaut à avoir bataille plus qu’à moitié gagnée. En matière de stratégie de survie, cela ressemble au comportement du pensionnaire d'un asile, qui grommelle à part lui des choses sinistres et affiche le comportement d’un violent psychotique : les autres pensionnaires lui abandonnent volontiers beaucoup d’espace, parce qu’ils le croient capable de tout. Il en va de même avec les Israéliens, qui signalentde cette façon leur volonté d’aller aussi loin qu'ils l'entendent, afin d’inspirer la peur de leur colère à tout ce qui bouge.

Oui, nous disent-ils, même vous, à l’Ouest – nos « amis » et alliés  - n’en êtes pas exempts. Nous tuerons vos nationaux et nous les kidnapperons avec impunité. Nous volerons vos secrets d’état et l’identité de vos citoyens, nous vous espionnerons et nous collaborerons avec vos ennemis (et les nôtres). Rien n’est trop bas pour nous. La voix de l‘Attila israélien résonne haut et fort et elle nous dit ce qu’a clairement exprimé Ron Torossian, l’organisateur de la manifestation « Nous sommes aux côtés d’Israël » du 1er juin, devant l’ambassade de Turquie auprès des Nations Unies :

« Nous devons tuer cent Arabes ou mille Arabes pour chaque Juif qu’ils tuent ! »

Ceci décrit avec exactitude le principe directeur de la stratégie israélienne, qui est de réagir à quelques roquettes errantes par une invasion  en règle, par une occupation et par un blocus sans fin ; de réagir à la « menace » imaginaire de quelques bateaux chargés d’ « activistes » désarmés et d’une brochette de journalistes, en lançant un assaut militaire, en assassinant seize personnes et en blessant gravement un bon nombre des survivants. Torossian, qui s’est chargé de la tâche peu enviable de défendre cet acte de sauvagerie, a au moins l’honnêteté de transmettre correctement le point de vue israélien et ce qu’il implique : après tout, pourquoi nous contenter de tuer quelques milliers d’Arabes, pourquoi pas cent mille ou un million si nous en avons envie ?

C’est la voix du sauvage élevé au sein de notre civilisation industrielle avancée : c’est comme si un atavisme géant dressait soudain sa tête hirsute par-dessus la ligne de l’horizon new yorkais, secouant le poing et mugissant sa rage à en ébranler les gratte-ciels. C'est la bête blonde de Nietzsche parlant hébreu. L’IDF est  au-delà du bien et du mal. Les colons sont des Surhommes avec l’accent de Brooklyn.

Pour ajouter une note d’hilarité à cette scène qui fait frémir, les Israéliens et leurs godillots de service se mettent à jérémier que les équipages et les passagers des bateaux ont « tendu un guet-apens » à la pauvre IDF sans défense, et qu’ils sont allés jusqu’à cogner sur leurs assaillants avec ce qui leur tombait sous la main. La PREUVE que c’étaient là des « militants _des terroristes, en fait, en cheville avec Al Qaeda et le Hamas – c’est bien qu’ils se sont défendus. Drôle, non, comme tout en affirmant sans vergogne leur impudente volonté de domination, les défenseurs de l’état juif s’adjugent le rôle de victime. Les vieilles habitudes sont difficiles à perdre, néanmoins on ne peut que s’ébahir : quel genre de processus mental peut pousser quelqu’un à user de tels arguments ?

C’est que nous avons affaire ici à une tendance sociopathologique, qui se donne seulement l’apparence d’une idéologie politique. Le profil classique du sociopathe est celui de quelqu’un si obsédé par l’assouvissement de ses désirs, que tous les moyens lui sont bons pour arriver à ses fins. C’est de ce matériau que sont faits les tueurs en série, et aussi les dictateurs tels que Staline et Hitler. Ajoutez le facteur échauffant de la religion à la mixture, et vous voyez un monstre s‘élever des gros bouillons du brouet, une créature bestiale privée de sens moral et de la moindre pulsion susceptible de freiner sa nature fondamentalement destructrice

Dans le cas d’Israël, la créature peut être correctement qualifiée de monstre du type Frankenstein, c’est-à-dire d’un monstre créé par des savants fous tels que ceux qui ont été en charge de la politique étrangère des États-Unis depuis les années Reagan. Nous avons nourri le Frankenstein-bébé-au-berceau en reconnaissant l’état juif à un moment crucial de son développement, puis nous l'avons fait grandir en le subsidiant, en l’armant, en le protégeant des conséquences de sa monstruosité, et le résultat est que nous nous retrouvons aujourd’hui avec, sur les bras, un délinquant juvénile devenu dangereux sociopathe, qui s’amuse à provoquer nos voisins, pique dans notre portefeuille et multiplie les pieds de nez arrogants à la ronde pour faire bonne mesure.

Dans une de mes précédentes chroniques, je demandais « les Israéliens sont-ils devenus fous ? ». Le massacre méditerranéen répond à ma question par un oui retentissant.

Que fait-on quand on a un proche ou un ami qui passe la ligne et se met à pourrir la vie de tout ce qui l’entoure ? On peut appeler les flics... sauf qu'ici, c’est hors de question, puisque, dans sa déclaration sous contrôle US,  le Conseil de Sécurité de l’ONU a trouvé le moyen de condamner le crime sans dire un mot du criminel. L’administration Obama, pour sa part, « se tient aux côtés d’Israël », ainsi que Jack Thorpe le rapporte pour ABC News :

« On m’apprend qu’il n’y aura pas la moindre fissure entre les USA et Israël, suite à l’incident de la flotille, hier, qui a causé la mort de dix activistes. “Le président a toujours dit qu’il sera beaucoup plus facile à Israël de faire la paix s’il se sent en sécurité” a déclaré à ABC News un haut fonctionnaire de l’administration Obama. »

Si la seule façon dont nous pouvons faire qu’Israël se sente en sécurité est de lui permettre de se lancer dans la piraterie en haute mer, nous avons peut-être avec ce pays l’espèce de relation à haut coût de maintenance que nous ne pouvons plus nous payer. Dès lors qu’il est permis aux Israéliens de tuer et de kidnapper des Américains sans même encourir le désagrément d’une réprimande modérée, on est en droit de se demander ce qui se passe au juste à Washington D.C. Oui, le lobby israélien est un des plus puissants qui existent, mais il doit quand même bien y avoir dans ce lieu quelqu’un qui soit disposé à se lever pour l’Amérique et les intérêts américains !... ou non ?

Quoique les informations soient encore très imprécises, il se pourrait qu’il n'y ait pas eu moins de neuf Américains voyageant sur cette flotille, au nombre desquels Joe Meadors, vétéran, rescapé du bombardement du ss. Liberty en 1967, et dont on ne sait toujours pas s’il a survécu au massacre. D’autres victimes américaines potentielles du terrorisme d’état israélien comprennent Ann Wright, ex-colonel de l’US Army et Chef de mission déléguée en Afghanistan. Preuve accablante de l’affreuse menace physique constituée par la flotille pour la sécurité nationale d’Israël, nous avons encore l’Ambassadeur Edward L. Peck, 81 ans, ex-chargé de mission du Département d’État en Irak et en Mauritanie, directeur-adjoint de la cellule anti-terroriste de la Maison Blanche sous Reagan et officier de liaison du Département d’État auprès des Chefs d’État-Major du Pentagone. Tels sont les dangereux « militants » qui ont « tendu un guet-apens» aux fleurs délicates de l’IDF.

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S’il s’avère que les Israéliens ont tué ou blessé un seul Américain – et nous ne le savons toujours pas** - la position « nous nous tenons aux côtés d’Israël » prise par l’administration Obama est très proche de la trahison. C’est là un mot dont le Parti de la Guerre fait volontiers ses choux gras et dont il croit avoir le monopole, mais je l’utilise ici parce qu’il qualifie avec précision la politique qui consiste à sacrifier ses propres citoyens sur l’autel de la dévotion à une puissance étrangère. Si « Un attachement passionné d’une nation pour une autre produit toute une variété de maux », comme l’a affirmé en son temps notre premier président, la poltronnerie munichoise d’Obama dans le cas présent est, en abrégé, exactement ce que Washington craignait et contre quoi il nous a mis en garde.***

Comme j’en ai averti depuis longtemps, l’évolution politique de la société israélienne a pris un tournant préoccupant et la question entre toutes qu'il faut se poser à présent est celle-ci : pourquoi le gouvernement israélien n’a-t-il pas eu à subir la moindre sanction de ses actes sur le front intérieur ?

Pourquoi le peuple israélien ne se dresse-t-il pas contre cette violation effrontée de la loi internationale et du sens commun ? Pourquoi les bandits fascistes en possession de l’état d’Israël continuent-ils à jouir du soutien de la population israéliene ?

La réponse, la voici : la société israélienne a été empoisonnée, il y a longtemps, par le bacille du fascisme, et grâce au soutien militaire et financier des États-Unis, les bactéries ont proliféré dans cette parfaite boîte de Petri qu’est cette aide prodigue. À présent, la créature s’est échappée du laboratoire et rôde par le monde en quête de victimes. Elle vient d’en trouver sur des bateaux, en une poignée de journalistes et d’altruistes candides. Ce qu’on peut se demander maintenant avec une légitime appréhension, c’est  : à qui le tour ?

Source : Antiwar.com ( http://www.antiwar.com/ )
url de l’article original

: http://original.antiwar.com/justin/2010/06/01/the-mediterranean-massacre/

 

 


Traduction : Catherine L.


___________________________


* a thuggish fascist demagogue : les thugs étaient à l’origine une secte d’adorateurs de Kali qui a été active en Inde du 13e au 19e siècles. On les appelait aussi phansigar («étrangleurs »), parce qu’ils pratiquaient le vol et le meurtre par étranglement. Le mot thug est toujours couramment utilisé, dans le monde anglo-saxon, pour désigner un bandit tueur.

** Nous le savons aujourd’hui, puisque le jeune Furkan Dogan, 19 ans, tué à bout portant de quatre balles dans la tête et d’une dans la poitrine, était citoyen américain.

*** Dans son Discours d’adieu à la Nation, du 19 septembre 1796, George Washington a mis ses compatriotes en garde contre la tentation d’une alliance privilégiée avec quiconque : «  Un attachement passionné d’une nation pour une autre produit toute une variété de maux. La sympathie pour la nation favorite facilite l’illusion d’un intérêt commun imaginaire, dans des affaires où n’existe aucun intérêt commun réel, fait embrasser par l’une les inimitiés de l’autre et la trompe sur ses intérêts en la poussant à s’impliquer dans les querelles et les guerres de cette dernière, sans motivation ni justification adéquates ».

 

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*

 

Deux lettres ouvertes : une de Belgique, une de France. La première, envoyée par un citoyen qui se définit lui-même au Secrétaire de l’ONU, la seconde, par un citoyen français au Président de la République.

 

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BELGIQUE

Lettre à  M. le Secrétaire de l'ONU demandant  sa démission

Avec copie à Son Excellence l'Ambassadeur de l'ONU à Bruxelles

M. Djamal Benmerad
Journaliste, écrivain
Bruxelles



à M. Ban Ki Moon
Secrétaire general de l'ONU




Monsieur,

Je n'ai pas fait la guerre, mais la guerre m'a fait. En effet, mon père, officier de la glorieuse Armée de Libération Nationale algérienne (ALN) a été tué au combat alors que j'avais 4 ans. C'est vous dire si je ressens avec une acuité extrême ce que ressentent les orphelins et les futurs orphelins Palestiniens. Mais des millions - voire des milliards - d'hommes et de femmes de par le monde, sans avoir mon vécu, éprouvent les mêmes sentiments.

Votre salaire, 18.938,00 Dollars US (15.449,89 Euros (+ les voitures de fonction et les résidences mises gracieusement par l'ONU à votre disposition) ainsi que l'entièreté du budget de l'ONU, est constitué des cotisations des Etats membres qui les prélèvent sur les impôts de leurs résidents. C'est nous, citoyens de différents pays qui vous allouons votre salaire. Je vous écris donc en qualité de créditeur. Cela m'évitera d'excuser à l'avance les propos que je vais vous tenir.

Suite à l'acte de piraterie internationale et aux meurtres de sang froid qui s'en sont suivis, vous avez déclaré, la bouche en cul de poule, être « choqué ». C'est ce que se sont dit des tas de concierges dans le monde, des concierges qui n'ont pas de pouvoir mais qui font leur travail quotidien, travail qui, il faut en convenir, est bien plus pénible que le vôtre et que vous ne faites pas. Ces concierges, disions-nous, n'ont pas de pouvoir, mais vous, vous en avez : vous disposez de moyens politiques - appeler la communauté internationale au boycott de l'Etat assassin - et les moyens militaires : l'ONU possède la plus grande armée du monde, composée de bataillons de plusieurs nations.  Qu'avez-vous fait après avoir été choqué ? Vous avez demandé à l'assassin de constituer une commission... pour enquêter sur ses crimes ! Pour quoi prenez-vous les peuples, monsieur Ban Ki Moon ? L'arraisonnement de la flottille de la  paix et  les crimes qui s'ensuivirent  ont eu lieu dans les eaux internationales, censées être sous la protection de l'ONU. Cela ne vous suffit-il pas pour prendre les mesures nécessaires ? Qu'avez-vous besoin d'un rapport d'enquête supplémentaire alors que vous avez jeté le Rapport Goldstone - qui a sanctionné l'opération « Plomb durci » - à la poubelle, jetant dans la même poubelle l'espoir de tous les partisans de la paix dans le monde de voir enfin cesser les tueries et les souffrances du peuple Palestinien? Qu'avez-vous besoin d'un rapport d'enquête alors que ces crimes sont explicitement sanctionnés par la IVème Convention de Genève ? Vous n'en avez rien fait parce que vous ne faites pas partie de ces partisans de la paix. Vous faites, par contre et depuis que vous avez été « élu » à la tête de l'ONU grâce aux pressions Nord-Américaines, de la danse du ventre devant le client Israélien au rythme du tambour Etatsunien. Depuis le temps que vous exécutez cette danse, des esprits charitables ont dû se demander si vous n'auriez pas mal aux reins. Rassurons-les : un mollusque n'a jamais mal aux reins. Un proverbe Algérien dit qu' « Il vaut mieux vivre un jour comme un coq que vivre un siècle comme une poule ». C'est pour cela que je ne vous salue pas, poule d'Israël !

Au vu de ce qui précède, je vous demande solennellement votre démission.   

M. Djamal Benmerad


P. S. Au cas probable où vous intenteriez contre moi une action en justice pour ce qui précède, je vous prie de vous adresser à mon avocat-conseil Me Jean-Robert Kakiese, vous le trouverez dans l'annuaire belge.




*




Les (vraies) poules, animales ou humaines - Djamila Bouhired ou Rachel Corrie par exemple - ne tiendront pas rigueur à M. Benmerad de son involontaire misogynie,  fruit, assurément, de sa légitime indignation. (N.d.MM)

 


coq et poule


 

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lettre_10

M. Abdellah Ouahhabi a collaboré, et collabore peut-être encore, à l'agence d'information Alterinfo. net, où il a soutenu avec une loyauté sans faille le fondateur de celle-ci, M. Zeynel Cekici, lorsque des tentatives ont été faites par voie judiciaire pour le baîllonner, sans que personne, dans l'ensemble des medias, Internet compris, ait jugé bon de rappeler, à son propos, les principes de liberté d'opinion et d'expression.
M. Abdellah Ouahhabi ne s'exprime pas souvent. Il ne le fait jamais pour ne rien dire.




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FRANCE

Crimes israéliens : Lettre ouverte à Sarkozy

Objet : LETTRE OUVERTE, ENVOYÉE PAR FAX ET PAR COURRIER

Gaza : Après les derniers crimes israéliens, Il n'est pas soutenable, il n'est pas digne que la France, porteuse de valeurs humanistes universelles se limite à des protestations platoniques (« usage disproportionné de la force »), comme ce fut le cas après l'utilisation de passeports français pour commettre des crimes ou après les 1400 morts, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, de 2009.




Abdellah Ouahhabi

 

 

Vendredi 4 Juin 20

 

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Même si on n'a pas envie de rire... Ah, ces bienheureuses marches du perron de l'Élysée ! (N.d.MM.)

 

 

La Varenne Saint-Hilaire, le lundi 31 mai 2010

Monsieur le Président,

Je suis un Français d'origine coloniale ; en fait mes ancêtres sont partie de l'État français, et sont plus anciennement Français que nos concitoyens Savoyards ou d'autres encore. Mais, je ne pense pas me tromper en pensant que tous les Français sont égaux, ont des droits égaux et ont également à cœur la France, indépendamment de leur origine et/ou de leur religion.

J'apprends aujourd'hui que l'État israélien s'est de nouveau rendu coupable de crimes de guerre en assassinant 19 pacifistes civils qui s'étaient donnés pour mission de porter secours à la population Gazaouie soumise à un blocus comparable à celui du ghetto de Varsovie. On parle d'une trentaine de blessés.

Cinq questions se posent avec force et urgence aux plus hautes autorités de la France dont plus de dix millions de citoyens sont des descendants d'indigènes ou d'esclaves :

1.    Y a-t-il des Français parmi les 19 victimes ?

2.    Y a-t-il des criminels français parmi ceux qui ont assassiné ou blessé
ou tenté d'agresser des concitoyens français, parmi les soldats qui ont commis ces crimes de guerre ? 

3.    Qu'allez-vous faire pour faire revenir en France ces criminels et les
faire juger ? 

4.    Et s'ils refusent de venir rendre des comptes devant la justice
française, qu'allez-vous faire pour leur retirer la nationalité française et toutes les pensions et autres formes de versements opérés à leur avantage par l'État français ? 

5.    Allez-vous enfin interdire à une armée officiellement colonialiste -
ayant en plus commis des crimes de guerre qui font déjà l'objet d'une enquête de l'ONU - et aux œuvres de cette armée de collecter des fonds en France ?

Rappel :

1 /
Israël est un État - conséquence de la Seconde Guerre Mondiale - qui n'est pas membre à part entière de l'ONU parce qu'il ne satisfait pas les critères requis. 
Pourtant il doit sa création à l nature colonialiste de l'ONU de 1948 et aux principes actuellement obsolètes qui prévalaient, à savoir la pérennité du colonialisme et la tutelle des pays développés sur les pays colonisés ou sous protectorat.

Israël continue de réclamer son droit à coloniser un autre peuple et des croyants d'autres religions en leur attribuant un statut inférieur sur la terre de leurs ancêtres.

En d'autres termes, l'État d'Israël - État colonialiste, basé sur la supériorité raciale de la population européenne Khazar et sur la suprématie d'une religion sur les autres dans un territoire donné - a perdu sa légitimité internationale du fait de l'évolution du droit international par le fait de la décolonisation de la planète.

Le fait que la majorité de la population dont se réclame l'État d'Israël (les Khazars - 90% et les Juifs sémites - 10%) refuse de vivre en Palestine 60 ans après son apparition, bien qu'il offre aux immigrés des facilités économiques exceptionnelles et un statut avantageux de colonisateur, montre que cet État n'a en plus aucune légitimité sociologique et historique.

2 /
Israël, dans le cadre de sa politique coloniale illégale au regard du doit international, a établi par la force des armes et en dehors de toute légalité internationale un blocus de la zone de Gaza au titre de sanction collective d'une population d'un million d'habitants... de la même manière que le firent les Nazis à Varsovie.

Or les sanctions collectives - le blocus de Gaza - sont strictement interdites par la législation internationale.

On se trouve donc face à deux infractions à la loi internationale : le colonialisme et le blocus.

3 /
Dans ce contexte doublement illégal, en décembre 2007-janvier 2008, Israël a mené des bombardements de cette population, considérés par la communauté internationale comme des crimes de guerre. L'enquête de l'ONU est en cours.


C'est pourquoi, différents gouvernements - parfois amis d'Israël - ont demandé que ce blocus cesse. Il en a été de même de différentes instances de l'ONU et y compris de son Secrétaire Général, Monsieur Ban Ki Moon.

Enfin, tout récemment, Israël a défié la résolution de l'ONU signée à l'unanimité par 185 pays (y compris par les USA et la France) réunis pour la Conférence quinquennale sur la non prolifération nucléaire en refusant de soumettre son armement nucléaire au contrôle de l'AIEA.

De la même manière, Israël a utilisé des passeports de pays de l'Union Européenne - dont des passeports français - pour commettre des crimes dans un pays tiers (le Qatar).

On est donc bien en face d'un comportement d'un État-voyou qui ne respecte rien, qui tue des civils y compris des pacifistes de toutes nationalités dans le but de faire fructifier un régime honteux de ségrégation raciale à l'intérieur et de colonisation à sa périphérie, le tout motivé par des vérités messianiques alors que des chefs religieux Juifs de renom dénoncent cette dérive au même titre que d'autres dénoncent les dérives réelles ou supposées de certaine hiérarchie chrétienne pendant le Nazisme.


4 /
Les crimes de ce jour - 19 morts et plusieurs dizaines de blessés - se situent dans la droite ligne de cette dérive sanglante d'un État aux abois qui a perdu toute légitimité morale ou de droit international auquel ne reste plus que l'usage inapproprié et abusif de la force, de la violence d'État.


La France, un pays qui a renoncé au colonialisme en 1962 et qui se présente comme un État de droit, comme la patrie des droits de l'homme doit absolument prendre des mesures... au moins contre ceux qui se prétendent ses ressortissants et qui sont impliqués dans l'assassinat de Français ou de citoyens de l'Union Européenne. 

5 /
Shlomo Sands, un universitaire et chercheur israélien qui a fait des études en France a montré que dans ces conditions, sur la base de l'idéologie sioniste, Israël ne peut pas être l'État de tous ses habitants. C'est en contradiction avec tous les principes des sociétés évoluées de notre époque et avec les valeurs françaises.

En effet, le sionisme est une idéologie raciste et colonialiste née en 1881, en réaction contre un contexte européen du 19ème siècle raciste et colonialiste, voire esclavagiste (l'esclavagisme a été aboli en France le 27 avril 1848 ; le colonialisme en 1962 ; les lois raciale US ont été abolies en 1960 ! ). Le sionisme porte les tares de son époque. 
Dès son apparition des Juifs parmi les plus éclairés (Marx, Trotsky, Einstein, Freud, etc.) ont stigmatisé son retard idéologique et contesté son bien-fondé. Et le Birobodjan fut créé et cela a confirmé la nullité des principes racistes du sionisme et de toute forme de pensée s'y apparentant.

Continuer à soutenir le sionisme aujourd'hui, c'est, comme pour tous les nostalgiques de la colonisation, vivre un fantasme et soutenir un État-chimère hors de toute réalité contemporaine. D'ailleurs, en 2009, l'Union Européenne et l'État français ont bien reconnu la légitimité de la candidature aux élections européenne de membres du « Parti Anti-Sioniste » :
c'était reconnaître que les valeurs politiques antisionistes sont bien conformes aux valeurs fondamentales de l'Union Européenne et de la France.

Depuis la création de la 5ème République, un principe est pratiqué avec continuité : l'État français a des relations d'État à État selon ses intérêts commerciaux. En aucun cas, ces relations ne doivent se transformer en relations d'amitié ou en relations politiques ou pire encore en soutien idéologique apporté à des pays qui ne respectent pas les principes de la République Française. Et parmi ces principes, il en est un qui est le premier : l'égalité universelle de tous les être humains. 

C'est pourquoi, en République Française, que l'on soit de descendance celte, goth (germaine), suève, latine, sémitique (arabe ou juive), africaine ou asiatique et quelle que soit notre religion, que l'on soit croyant ou pas, nous sommes tous égaux.

Ce qui n'est pas le cas d'Israël dont la nature originale de nature colonialiste est d'être « un foyer juif », c'est-à-dire que les personnes d'ascendance Khazare européenne ou juive sémite et/ou sur un autre plan, celui de la religion, les personnes de culte judaïque ont un statut supérieur dans le territoire sous son administration : c'est bien un État à la fois raciste et ségrégationniste sur la base de la religion. 
Toutes choses gravement condamnables à notre époque. À tous les niveaux de la société humaine, du plus petit État à l'ONU.

6 /
Quelles que soient les origines, la religion et les convictions personnelles du Président de la République Française, il reste le Président de toute la France et de tous les Français. 
Il n'est l'homme d'aucun parti, il n'est l'homme d'aucun groupe démographique, il n'est contre aucune partie sociologique de la population française.

C'est aussi son devoir.

Or les Français descendants de la colonisation et/ou de l'esclavage (plus de dix millions de citoyens !), sont fortement opposés à toute forme de retour au racisme générateur de l'esclavagisme ou du colonialisme, fortement opposés à toute forme de soutien sur l'arène internationale, à toute forme de colonialisme et de racisme et de ségrégation religieuse. Ils sont plus nombreux que tous les citoyens israéliens convaincus du bien-fondé de leur supériorité raciale ou religieuse.

L'État français laïc doit-il dans ces circonstances faire passer les intérêts et les aspirations des citoyens israéliens convaincus de leur supériorité ethnique et/ou religieuse avant les valeurs et les aspirations de citoyens français bien plus nombreux ?

« Se coucher » devant l'arrogance israélienne tout en étant membre du Conseil de sécurité est-il un renoncement définitif à nos valeurs républicaines ou bien est-ce la croyance illusoire d'influer sur le cours des évènements en s'alignant sur un politique criminelle dénoncée partout dans la planète ?

Déjà 42 Français ont morts en Afghanistan et on sait bien que ces sacrifices de vies françaises, comme l'invasion sous un faux prétexte de l'Irak ou la crise montée de toute pièce contre l'Iran, tout cela est lié au problème du colonialisme israélien au Moyen-Orient.

7 /
En 1967, le Général de Gaulle avait suspendu la coopération militaire avec Israël.

En 1982, le Président Mitterrand avait envoyé des bateaux militaires français pour sauver la population libanaise de l'agression israélienne et soumise aux crimes de guerre des milices libanaises instrumentalisées par Israël.

En 2006, le Président Chirac avait envoyé un bateau-hôpital pour secourir les victimes de l'agression israélienne.

En 2008, le Président Sarkozy a envoyé une flotte militaire au large de Gaza pour empêcher les habitants d'exercer un droit sacré, reconnu par la Charte de l'ONU, celui de se défendre contre l'occupation étrangère, c'est-à-dire pour protéger Israël.

Aujourd'hui personne ne parle de « jeter les colons à la mer » ou « la valise ou le cercueil ». Tout le monde veut un État démocratique sans distinction de race ou de religion. Si cela fut possible en Afrique du Sud, pourquoi cela serait-il impossible en Palestine ? 
C'est l'entêtement dans le sionisme qui pourrait mener dans un futur prévisible à des solutions extrêmes.


Je ne suis pas un croyant ; je suis un républicain ardu. Et je ne vois aucune logique sensée dans ces opérations, dans cette ligne politique cohérente et assidue... sinon un calcul électoraliste à court terme, tendant à attiser la haine entre les Français et à construire des carrières sur celle-ci.

Aussi, la politique actuelle des autorités françaises est comprise comme une prise de position idéologique en faveur d'une idéologie obsolète, le sionisme. 

Cela trouve d'ailleurs un prolongement en politique intérieure française dans la ségrégation systémique engagée sous des formes sibyllines mais tout à fait évidentes contre « L'islam radical », contre « le port du voile à l'école par les petites filles », dans « le débat nationale et officiel sur l'Identité française », dans « le projet de loi sur la burka », dans « le débat sur la délinquance dans les banlieues abordée sous un angle très particulier », dans le débat engagé par le Président en personne au sujet du vote suisse sur les minarets (vote condamné par l'ONU), dans le nombre réduit de lieux de culte musulman et d'écoles confessionnelles musulmanes en France, dans les dizaines de déchéances de la nationalité françaises prononcées exclusivement contre des citoyens français de culte musulman... comme par hasard.

Tout est fait pour qu'une majorité politique raciste inavouable soit constituée sur le consensus qui consiste à priver une forte minorité de l'avantage de droits fondamentaux constitutionnels. Ce n'est pas cela la démocratie. 
Certes, la démocratie grecque antique était celle des citoyens libres à l'exclusion de la masse des esclaves. Ce type de raisonnement a conduit à la boucherie nazie et les camps de concentration contre les malades mentaux, les Juifs, les Tsiganes, les Noirs.

La démocratie de notre époque, c'est le pouvoir de la majorité dans le respect des droits des minorités quelles qu'elles soient.

Les véritables démocrates sont parfois pusillanimes, parfois divisés. Mais il y aura forcément un réveil des consciences... Ne parle-t-on pas de nouveau du respect des libertés individuelles au Royaume-Uni après des années de « politique contrôle et de sécurité » ?
À terme, tous ces écarts par rapports aux valeurs républicaines françaises et par rapport aux intérêts bien compris des Français finiront par avoir des conséquences électorales.


Source : Alterinfo
http://www.alterinfo.net

 

 

*



Que Gaza sombre dans la Méditerranée !

par Alain Gresh
pour Le Monde diplomatique


« Nouvelles d’Orient » (Les blogs du Diplo)


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Fils d’Henri Curiel et d’une mère juive russe, Alain Gresh a grandi en Égypte, élevé par un beau-père copte. Il a été, jusqu'en décembre 2005, rédacteur en chef du Monde diplomatique. Depuis janvier 2008, il en est le directeur adjoint.




mercredi 2 juin 2010,

Il y a quelques années, le premier ministre israélien Itzhak Rabin confessait que son rêve était de voir sombrer Gaza dans la Méditerranée. En 2010, cet espoir est en train de devenir réalité. Malgré les condamnations de l’opinion internationale, ce territoire semble destiné à poursuivre sa mort lente.

Contrairement à ce qui se dit, le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas adopté, le 1er juin, une résolution, mais s’est borné à une déclaration de son président approuvée par ses membres (« Security Council calls for prompt, impartial probe into deadly Gaza convoy incident »). Le texte demande « une enquête indépendante et approfondie », mais n’évoque pas le fait qu’une telle enquête devrait être internationale ! Or, chaque fois que le gouvernement israélien a été mis en cause pour ses violations des droits humains, il a toujours répliqué qu’il allait créer une commission nationale dont les conclusions sont connues d’avance...

Le texte affirme aussi que la situation à Gaza n’est pas durable (sustainable), et qu’il faudrait laisser passer l’aide vers la bande de Gaza. Cela fait maintenant plusieurs années que le Conseil de sécurité, unanime, avec l’appui des Etats-Unis et de la France notamment, demande la levée du blocus. Ainsi, sa résolution 1860, adoptée le 8 janvier 2009, appelait déjà « au libre approvisionnement et à la libre distribution à travers Gaza de l’aide humanitaire, y compris de la nourriture, du carburant et des médicaments ». Depuis, le blocus illégal de Gaza s’est poursuivi sans qu’aucune grande puissance ne songe à sanctionner Israël.

Ecoutons ce qu’en dit le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner sur RTL, le mercredi 2 juin, « Bernard Kouchner : “L’opération israélienne a été une très grave erreur, sinon une faute” ».

Les questions, en gras, sont de Jean-Michel Aphatie, dont on peut saluer la pugnacité.

(Les commentaires en aparté d’Alain Gresh sont en rouge – N.d.MM.)


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Israël a mené, lundi matin, dans les eaux internationales, c’est-à-dire en toute illégalité, une action militaire qui a coûté la vie à neuf personnes. La France souhaite-t-elle que des sanctions soient prises contre Israël, Bernard Kouchner ?

La France souhaite que la résolution du Conseil de sécurité soit complètement appliquée.

A quelle résolution faites-vous allusion ?


La résolution du Conseil de sécurité. Hier, il y a eu une résolution qui a été votée à l’unanimité dans la nuit d’hier à avant-hier.

C’est une déclaration, je crois. Ce qui n’est pas la même chose.

C’est une déclaration. Pas du tout, vous avez tout à fait raison, c’est une déclaration, mais c’était déjà pas mal.

Il est quand même extraordinaire que le ministre confonde une résolution et une déclaration, ce qui n’a pas du tout le même poids.

Mais ce n’est pas grand chose.

Et ça a été voté à l’unanimité. On a demandé qu’une enquête crédible soit menée. Il faut le faire très vite. C’est au secrétaire général des Nations Unies de choisir la forme. La dernière fois que la France l’a demandée, c’était pour la Guinée. Le secrétaire général, monsieur Ban Ki Moon, a réagi très bien. Qu’il choisisse la Croix-Rouge ou qu’il choisisse toute autre forme, c’est à lui de décider au plus vite.

Le fait que ce soit le secrétaire général de l’ONU qui détermine la forme de la commission semble sortir tout droit de l’imagination du ministre. Rien de tel dans le texte du président du Conseil de sécurité. D’ailleurs, le représentant de l’Union européenne au Conseil des droits de l’homme de l’ONU a critiqué le texte adopté à ce Conseil car il prévoit la création d’une commission d’enquête « internationale », ce qui n’est pas conforme au texte du Conseil de sécurité.

Je reprends la question, Bernard Kouchner : un Etat peut intervenir militairement dans les eaux internationales et ne subir aucune sanction ?

Non, c’est, en effet, après enquête qu’il faudra décider.

Mais une enquête... Il y a eu une intervention militaire ?

Dans les eaux internationales, nous n’avons pas... Personne n’a le droit d’intervenir. Ce fut fait de façon extrêmement dommageable pour l’image même d’Israël.

Peut-on envisager des sanctions, alors, dans ce cas-là ?


Quelles sanctions ? Quelles sanctions ? Et pourquoi ? Il faut avant qu’on connaisse les faits. Nous allons les connaître, c’est ce que la France a réclamé tout de suite. Ne pensez pas par là que je réduise à peu de choses ce qui s’est passé ; au contraire, je pense que c’est une très grave erreur, sinon une faute, aussi bien pour l’idée qu’on a de l’humanitaire, même si l’humanitaire était discutable en cette occasion, mais surtout l’idée qu’on a de la nécessaire poursuite du processus de paix. Heureusement, monsieur Abou Mazen, le patron de l’OLP, a dit que les pourparlers continuaient mais vraiment c’est capital...

Des sanctions simplement parce que le gouvernement israélien refuse de lever le blocus comme le lui demandent les Nations unies, l’Union européenne et la France. Et on peut noter qu’à aucun moment le ministre ne déplore les morts : ce qui semble le gêner, c’est qu’Israël ait commis une « erreur », une « faute ». C’est une position de nombre de commentateurs : ils regrettent l’opération non pas parce qu’elle a fait une dizaine de morts, non pas parce qu’elle a empêché l’aide à Gaza, mais parce qu’elle a terni l’image d’Israël...

Mais personne n’y croit, Bernard Kouchner ! Dans ce contexte, aucun pourparler de paix ne peut exister ?

Ils existent, maintenons-les parce qu’on a toujours dit ça souvent de crise en crise. Or, il n’y a pas d’autres solutions. Vous savez quelle est la position de la France sur Gaza ! Jamais nous n’avons approuvé, ni l’intrusion de l’armée israélienne dans Gaza, ni le blocus ; et nous pensons que c’est une situation insupportable ; mais pour que cette situation disparaisse, pour que les habitants de Gaza vivent normalement, il faut que le processus de paix s’amorce. Il faut un Etat palestinien, c’est ça l’important. Pour le reste, nous avons crié très fort ce que nous pensions de cette opération.

Monsieur Netanyahou, premier ministre israélien, qui est à l’origine de cette action, demeure-t-il un interlocuteur valable pour vous, Bernard Kouchner ?

Il est élu démocratiquement par les Israéliens ; interlocuteur valable ? D’abord, je ne pense pas que ce soit lui qui ait dirigé l’opération...

Le fait que le Hamas ait été élu démocratiquement n’en fait pas, aux yeux du gouvernement français, un interlocuteur. Quant à la volonté de M. Kouchner d’exonérer Netanyahou de ses responsabilités...


Mais c’est lui qui l’a ordonnée, bien sûr !

Non, il a ordonné probablement que les bateaux n’arrivent pas jusqu’à Gaza. Ecoutez, je ne connais pas les détails, mais il n’était pas en Israël à ce moment-là. Simplement voilà, ça veut dire qu’il y a une démocratie israélienne, qu’évidemment dans ces cas-là, tout le monde fait bloc derrière l’armée israélienne, et ce n’est pas comme ça qu’il faut procéder. Heureusement, encore une fois, les pourparlers, enfin ce qu’on appelle les « proximity talks » (je ne sais pas ce que ça veut dire très exactement) doivent se poursuivre. C’est en ayant un acharnement particulier vers cette solution que nous arriverons à ce que ces actes ne se reproduisent plus. Il ne faut pas qu’ils se reproduisent, et je déplore tout ça. Et nous l’avons condamné.

(...)

N’y a-t-il pas une forme d’impunité pour Israël ?


Il y a une forme très particulière d’Etat dont on ne doit pas oublier comment cet Etat a été constitué, mais il ne doit pas y avoir d’impunité. Certainement pas.

De fait, n’y en a-t-il pas une ?

Ecoutez, de fait ? On verra ! Est-ce que oui ou non cette enquête crédible, ouverte, aura lieu ? Et on verra ce que ça donne.

Et vous y croyez ?

Oui, j’y crois. J’y crois. Le dernier exemple que je vous ai donné c’est la Guinée. A la surprise générale, sous pression de la France, il y aura des élections en Guinée. Il y a eu un massacre considérable, beaucoup plus considérable de celui dont on parle, ce n’est pas pour l’excuser.

(...)

La comparaison avec la Guinée serait presque drôle si la situation n’était pas aussi tragique. Elle illustre surtout la légèreté du ministre et confirme sans doute le fait que, une fois de plus, la France ne fera rien. Le durcissement du discours officiel ne peut se substituer à une vraie politique ainsi que le demandait Hervé de Charette, l’ancien ministre français des affaires étrangères.

Comme il circule de nombreuses fausses informations à propos de ce qu’Israël laisse passer comme camions pour Gaza, rappelons quelques chiffres : durant le mois d’avril 2010, 2647 camions ont franchi la frontière de Gaza en provenance d’Israël. Avant la prise de contrôle du territoire par le Hamas, en juin 2007, on en comptait en moyenne 12 000 par mois. Donc Gaza reçoit aujourd’hui environ 22 % de ce qui arrivait avant juin 2007. Toutes ces données sont présentes sur le site de l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs - Occupied Palestinian Territory.

M. Kouchner semble à court d’idées. Donnons-en une qui correspond à son image de French doctor bravant les périls pour porter secours aux populations en difficulté. Pourquoi la France n’affréterait-elle pas des bateaux remplis d’aide pour Gaza ? Elle pourrait suggérer aussi à ses partenaires européens qui le souhaitent de s’associer à sa démarche. Et voyons si le gouvernement israélien osera intercepter ces navires.

Malheureusement, le plus probable, encore une fois, est que le gouvernement ne fera rien et qu’il laissera Gaza sombrer dans la Méditerranée. Mais la flottille de la paix a montré que les gouvernements occidentaux n’étaient pas seuls à avoir leur mot à dire...

 


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(Partie II - Autres histoires de bateaux et de trahisons anciennes et nouvelles)


25 novembre 1940

Désastre du Patria


Patria

Le Patria coulant dans le port de Haïfa.



Le Patria était un navire français, affrété par l’Aliya Beit, qui était parti de Marseille avec à son bord non loin de 2000 Juifs d’Europe fuyant le nazisme, principalement des Tchèques et des Allemands. Sa destination était l'île Maurice. Alors qu'il mouillait dans le port de Haïfa, il sauta et coula en dix minutes. Il y eut près de 300 morts, dont au moins 200 Juifs.


Rappel historique

Alors que les Palestiniens sont les vrais descendants des Hébreux bibliques, les Juifs d’Europe (Ashkénazes) ont pour origine un peuple turco-mongol : les Khazars (« nomades » en turc, gezer en turc moderne), qui, avec d’autres peuples parents, ravagèrent l’Asie pendant des siècles, au point que les Chinois construisirent la Grande Muraille pour tenter de les contenir. Leur immense empire s’étendit - du VIe siècle à son apogée vers 850 - en Circaucasie (abords de la mer Noire), comprenant ce qui est aujourd’hui le sud de la Russie, le Kazakhstan occidental, l’Ukraine orientale, la Crimée et l’est des Carpathes, ainsi que plusieurs régions de Transcaucasie comme l’Azerbaïdjan et la Géorgie. D’ailleurs le voilà :


empire khazar de 650 à son apogée vers 850


Lorsque Rome acheva de s’effondrer (début, justement, de l’empire Khazar), tous les peuples du Monde Connu se retrouvèrent affranchis de la tutelle de l’Empire, mais non dépourvus de chefs locaux ou régionaux qui, TOUS, voulurent prendre la succession des anciens maîtres et dominer des populations partout récalcitrantes. La solution fut aussi partout la même : les roitelets, empereurs à la mode de Bretagne, dux bellorum et autres khans firent appel à des missionaires venus d’ailleurs pour convertir leurs « sujets » - de gré ou de force - à la religion de leur choix, histoire de solidement les « encadrer » tant psychiquement que physiquement. Les sujets partout résistèrent. Il y fallut plusieurs siècles, mais, partout, ils furent vaincus, plus ou moins à la même époque,
par cette union du sabre et du goupillon. Seule, de l’Atlantique à l’Oural et au-delà,  une petite île avait échappé à la conversion forcée : l’Irlande, qui avait été convertie bien longtemps avant les autres, par la ruse. (En gros : pour conclure à son avantage une longue rivalité avec les druides, la caste religieuse des filid joua la carte du christianisme naissant1. Saint Patrick, aussi retors qu’Ulysse, fut appelé en renfort et fit le reste.)

C’est ainsi que les Arabes et les Hébreux furent conquis et convertis par le Prophète et ses cavaliers, que nous, Européens, fûmes conquis et convertis par les Francs, assistés de moines irlandais en grand nombre (à la fin du XIe siècle, les Baltes résistaient encore2) et que les Khazars se virent imposer le judaïsme, leur Khan ayant jugé malsain de s’aligner sur l’un ou l’autre de ses deux puissants voisins de l’Est et de l’Ouest. Des rabbins – vrais Hébreux, ceux-là, - furent mandés, et l’affaire fut dans le sac. C’est ainsi et pas autrement que se sont imposées les trois religions monothéistes mâles, de l’Atlantique aux portes de l’Asie.

Plus tard, des Juifs Khazars émigrèrent vers l’Ouest par vagues successives, comme tant d’autres avant et après eux. Les Juifs d’Espagne et de Portugal (sépharades) sont, pour leur part, majoritairement venus du Maghreb, et ne sont pas tous des Hébreux non plus.

Digression un peu longue mais nécessaire, si on veut comprendre pourquoi la prétention des sionistes à  « reprendre la terre de leurs ancêtres » est une imposture. Quand Lev Jabotinsky, père du terrorisme sioniste, se voulait l’héritier des jusqu’au boutistes de Massada3 (70 E.C.) et de Bar Kokhba (135 E.C.), il jouait les coucous. Les seuls vrais héritiers de ces gens-là sont les jusqu’au boutistes de Gaza et une partie de la Diaspora. Jabotinski et ses compagnons s’abusaient-ils eux-mêmes ou voulaient-ils seulement abuser le reste du monde ? Comment le savoir ? N’oublions pas la thèse de M. Cadjehoun et de quelques autres, dont, si je ne m’abuse, Thierry Meyssan, selon qui la volonté de construire un état juif sur le sol de la Palestine remonte à Cromwell et que cet état ne serait que métastase d’un empire britannique devenu faction supranationale et tissant sa toile planétaire au coeur de la City.

Pour embrouiller encore un peu plus les choses, non contents de s’approprier un héritage matériel qui n’était pas le leur, les descendants et disciples de Lev Jabotinski se sont encore approprié l’héritage moral de ceux que le nazisme a tués pendant la dernière guerre. La volonté de puissance étant leur vrai moteur et non la piété filiale, ils ont fait, de cet accaparement, une religion nouvelle, que des sceptiques aussitôt démonisés ont osé appeler «religion holocaustique ». Les nouveaux colonisateurs ne faisaient rien d’autre, ainsi, que répéter la manoeuvre de leur khan de jadis et des autres abusifs patriarcaux, refusant de savoir tout ce qui s’était passé le long de la descente des siècles et combien le monde avait tourné. On peut faire, voyez-vous, comme si la lutte des classes n’existait pas : elle finit toujours par vous rattraper. Le peuple Khazar, à l’instar des autres peuples, a eu son ventre mou et ses extrêmes. À gauche, ceux qui allaient faire la Révolution Russe (les deux tiers des bolcheviks historiques étaient des Juifs Khazars) ; à droite, la poignée d’aspirants oligarques, prête à tout, même à refouler sa propre histoire et ses propres aïeux, serrée comme une pierre sur ses fantasmes. Combien de sionistes ont disparu dans les camps nazis contre combien de bolcheviks ? Et que fera-t-on de ceux qui sont tombés en défendant Stalingrad ? Lesquels ne comptent apparemment pas comme « juifs » puisque personne ne les revendique. Il est vrai qu’ils avaient le mauvais goût d’être internationalistes... Je me permets de poser la question : sur les 23 millions de soviétiques tombés dans la lutte contre le nazisme, combien étaient des juifs Khazars et quelle place leur réserve Israël, état « juif » all-inclusive, dans son panthéon? Car ils ont vécu, ceux-là, et ils sont morts, en défense de valeurs antagoniques à celles de l’état-parasite.



Mais revenons à notre bateau coulé de 1940.

Les dirigeants sionistes, à la tête de plusieurs organisations terroristes, avaient, depuis le début du XXe siècle, jeté leur dévolu sur la Palestine et décidé d’en faire la « terre nationale», le « sanctuaire » des juifs (de tous, et sans leur demander leur avis), ce qui ne pouvait se faire, le pays étant petit et surpeuplé, qu’en chassant ou en exterminant ses habitants, dans leur majorité des Palestiniens. C’était là une chose que ne pouvaient permettre les autorités britanniques, puissance occupante désignée par les instances internationales depuis 1922. Diverses solutions, à court ou à long terme, et plusieurs endroits du globe avaient été offerts aux Juifs désireux d’émigrer d’abord, à ceux fuyant l’expansion nazie ensuite.

Mais les idéologues et chefs de l’Agence Juive, de l’Irgoun, de la Haganah, du Betar et du Groupe Stern (aussi appelé Gang Stern) avaient décrété que ce serait la Palestine ou la mort. Si les Juifs (ceux fuyant les persécutions comme les autres) étaient autorisés à y débarquer, tant mieux. S’ils ne le pouvaient pas, mieux valait qu’ils meurent. En aucun cas il ne devait être permis à quiconque de les envoyer ni de les accueillir dans un autre lieu. Inutile de dire que les intéressés n’avaient pas été consultés et ne le furent jamais. Pions ils furent, pions ils moururent. Et M. Raimondo se trompe en attribuant à l’aide américaine la démence d’Israël. Elle était  là déjà, active et obstinée, au tout début du XXe siècle.

Donc, notre Patria est dans le port de Haïfa, avec sa cargaison de fugitifs prêts à s’installer n’importe où pourvu qu’on les y laisse en paix. Il vont appareiller le lendemain matin. Mais leurs « représentants » auto-désignés veulent qu’ils débarquent. En Pa-les-ti-ne ! Les Britanniques ont refusé et persistent. Pas de place. Trop de monde. Vos gens peuvent s’installer à l’île Maurice jusqu’à la fin de la guerre. Nous leur faciliterons les choses.

La direction de la Haganah se réunit pendant la nuit et décide qu’il n’est pas question que le Patria reprenne la mer. Un de ses membres est désigné pour aller y planter une bombe. Celle-ci explose à 9 heures du matin, le Patria coule en dix minutes et entraîne dans la mort les 300 personnes que j’ai dites. Les soldats anglais réussissent à sauver le reste, dont 172 blessés.

Les rescapés sont d’abord mis dans un camp – ce sont des sans-papiers n’est-ce pas - puis les Britanniques n’ont d’autre choix que de les laisser pénétrer en Palestine, où ils disparaissent aussitôt, absorbés par les diverses colonies déjà existantes.

La Haganah (« défense ») était l’organisme officiel de l’Agence Juive en Palestine. Les Anglais lui permettaient d’y mener librement ses activités terroristes, à condition qu’elle ne les prît pas pour cible. Ingrate, elle leur attribua son propre forfait et tout le monde la crut. Jusqu’au jour où l’homme qui avait posé la bombe publia ses mémoires : c’était en 1957. Il avait donc fallu 17 ans pour que la vérité se fasse jour. Les Israéliens venaient d’étrenner, avec le Patria, le modus operandi dont ils allaient devenir des virtuoses indépassables : ne reculer devant aucun méfait et toujours en accuser, très bruyamment, quelqu’un d’autre. En yiddish, on dit chutzpah. En français, effronterie.

Israël Shamir :

« Mais le commandement de la Haganah, organisation illégale de combattants juifs qui deviendrait par la suite l’armée israélienne, décida d’empêcher par tous les moyens cette «déportation » (terme plus approprié : transfert), et à cette fin, elle recourut aux mines pour couler le Patria. La décision avait été approuvée par le "ministre des affaires étrangères" de la communauté juive, Tchertok-Sharett, en réponse à la proposition de Shaul Avihur, qui dirigera plus tard les services secrets israéliens. Meir Mardor4 installa la mine dans la cale du bateau, et déclencha l’explosion à environ neuf heures du matin. Le vaisseau coula en une dizaine de minutes, entraînant dans la mort deux cent cinquante fugitifs. Sans un enchaînement de circonstances, il y aurait eu encore plus de victimes. La Haganah voulait utiliser une mine beaucoup plus puissante, mais elle ne put l’acheminer à bord du Patria, à cause de la surveillance intensive du port par l’armée anglaise. Ils ne purent pas non plus faire exploser la mine en pleine nuit, sinon il n’y aurait eu vraisemblablement aucun survivant. « En respect de la solidarité nationale, (les sionistes) opposés à cette mesure gardèrent le silence », écrit Beit-Tsvi4 même lorsque les sionistes essayèrent d’en faire retomber la responsabilité sur... les Anglais, qui avaient sauvé avec une abnégation incroyable les malheureux passagers du Patria. »
(I. Shamir, « Voyons comment les sionistes ont "sauvé les juifs " durant la deuxième guerre mondiale » http://catholiquedu.free.fr/cultes/Octopussy/ysh_cham.htm voir aussi Alfred Lilienthal, The Zionist Connection II4)

Dans son livre La Révolte4, Menahem Begin, qui fut Premier Ministre d’Israël, écrit :

« Le Patria n’a jamais repris la mer. Des "terroristes" juifs y ont posé une bombe pour empêcher son départ. La bombe a explosé et plus de deux cents juifs furent tués. Les autorités britanniques ont noté le fait que l’Irgoun Zvai Leumi n’était pas à l’origine de l’opération ; c’est la Haganah qui avait posé la bombe. »

L’Agence Juive, alors dirigée par David Ben Gourion, avait estimé que la fin justifie les moyens, fût-ce au prix de centaines de vies juives, ce que l’archi-terroriste Menahem Begin, chef de l’Irgoun Zvai Leumi, n’était pas prêt à faire, même si la bombe que posèrent des membres de son organisation, déguisés en Arabes, à l’hôtel King David, le 22 juillet 1946, tua elle aussi 17 juifs sur un total de 91 victimes.

________________    

1. Fabriqué de toutes pièces par l'oligarchie étrusque, au prix d'un faux (le "Nouveau Testament"), pour couper l'herbe sous le pied aux agitateurs sociaux venus à Rome de tous les coins de l'Empire.

2. Et je me permets de rappeler que l’île de Sein , en Bretagne, ne fut christianisée que sous Louis XIV, par les dragons. Elle abritait, depuis bien avant les conquêtes celte et romaine, un collège de neuf prêtresses qui vendaient aux marins les vents favorables. C’est à peu près au moment de leur disparition que naquit, sur l’île d’en face, la première loge maçonnique, dite «des Neuf Soeurs », dédiée aux Neuf Muses, c’est-à-dire à la Déesse-Mère Trois Fois Triple qu’avaient vénérée et servie pendant des millénaires les insulaires de Sein.

3. À propos de Massada, qui d’autre que moi se souvient du beau film sans personnages qui y fut consacré dans les années cinquante et de la voix inoubliable de Gérard Philippe ?

4. Voir en fin de post la rubrique « livres »

 

 

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24 février 1942

Naufrage du Struma


struma2

 

Quinze mois après le Patria, le Struma, avec, à son bord, 770 immigrants juifs prêts à entrer illégalement en Palestine, explose dans la Mer Noire. Il y a un seul survivant.


Les faits :

La Roumanie compte, en 1941, 800.000 juifs (plus ou y compris ceux qui ont fui l’Allemagne). Ion Antonescu, le chef de l’État, est fasciste, mais il est allé à l’école avec un représentant des communautés juives du pays.  Il n’impose pas le port de l’étoile jaune et propose même aux Anglo-Saxons de financer l’émigration de ceux qui le veulent par une contribution de 10 $ par personne. Les Anglo-Américains refusent et lui déclarent d’ailleurs la guerre en décembre 1941, juste avant que commence l’odyssée du Struma.

Le bateau est affrété par une association sioniste de Bucarest pour transporter 769 juifs jusqu’en Turquie, dans l’idée d’obtenir de ce pays des visas leur permettant de pénétrer en Palestine. Mais, de visas, il ne saurait être question : l’empire Ottoman n’est plus et la Turquie n’en délivre qu’avec permission des autorités britanniques, lesquelles y sont opposées pour les raisons qu’on sait.

Le Struma est un paquebot mixte construit à Newcastle en 1867. Il navigue sous pavillon du Panama. Les armateurs sont grecs. La machine est vétuste et la coque si rouillée que l’équipage, commandé par un Bulgare, dit « seule la peinture sépare la cale de l’eau ». Le chauffage et le système électrique sont en panne. Il y a 10 toilettes pour 800 personnes. Tous les ingrédients d’une tragédie.

Le 1er décembre 1941, le navire quitte le port roumain de Costanza, à destination d’Istanbul. Le voyage devrait normalement durer 14 heures. Il dure quatre jours.

Le 16 décembre, le Struma arrive dans le port turc de Büyükdere, au nord du Bosphore, mais, comme prévu, les autorités turques interdisent le débarquement. Les passagers et leurs passeurs s’obstinent. Pour n’avoir pas à reprendre la mer, ils sabotent  ce qui peut encore l’être de l’épave flottante. On insiste auprès des Anglais qui refusent derechef, d’autant que les candidats à l’immigration « viennent d’un pays ennemi » (d’accord, l’argument est de mauvaise foi, mais ils sont les plus forts).

Le bras de fer dure deux mois. Les Britanniques finissent par céder partiellement et laissent débarquer les enfants. Mais le navire, avec sa cargaison d’adultes, est remorqué jusqu’en dehors des eaux territoriales turques et abandonné à son sort. Le lendemain, il explose. L’unique survivant sera récupéré par des pêcheurs turcs, soigné à Istanbul, brièvement emprisonné, puis expulsé.

L’Agence juive accuse d’abord les Anglais d’avoir fait sauter le bateau. Elle opte ensuite pour une torpille qu’un sous-marin soviétique aurait tirée par erreur en prenant le Struma pour un navire de guerre. Elle finit par prétendre que les passagers, désespérés, se sont fait sauter eux-mêmes et parle de «suicide de masse » en guise de protestation. Les médias US, déjà très sionisés, déposent une fois de plus la responsabilité du carnage aux pieds des Anglais et de leur politique d’immigration en Palestine. Mais cette succession bizarre de versions a fait penser à certains que  l’Agence Juive venait d’inventer le suicide assisté ou si on veut l’euthanasie collective. Après tout, il n’y a pas que les mollahs intégristes qui connaissent la valeur du martyre. En des temps différents du nôtre, une telle hypothèse révolterait.  Depuis que des sans papiers  sont quotidiennement noyés en Méditerranée par leurs passeurs, il n’est plus possible de douter à priori de rien. Il semble que l’hypothèse de l’accident n’ait été retenue par personne, alors que, dans l’état où était le bateau, la chose ne fût pas du tout impossible.

La vérité sur la fin du Struma et de ses passagers ne sera sans doute jamais connue. Ce qui est connu, en revanche, c’est que ce désastre allait servir de prétexte aux sionistes pour justifier un de leurs plus célèbres assassinats ciblés.

Yitshak Shamir, un des futurs premiers ministres d’Israël, qui dirigeait alors l’organisation terroriste Lehi, a raconté dans ses mémoires (Summing Up), le naufrage du Struma, et comment il détermina la décision du Lehi d’assassiner Lord Moyne.

Extrait du compte-rendu de ce livre par le Globe and Mail de Toronto (6 août 1994) :

« Shamir a pris part à la décision de tuer Lord Moyne, et il a contribué à organiser l’audacieuse et complexe opération. Cette expérience allait lui servir plus tard : pendant les années qu’il a passées au Mossad, l’agence d’espionnage et de services secrets d’Israël, il est de notoriété publique qu’il a dirigé une équipe d’assassins. Shamir prétend avoir aussi ordonné l’exécution d’un membre du Lehi, "un fanatique, qui menaçait de faire éclater l’organisation". La rumeur publique lui attribue au moins trois liquidations internes de ce genre. Combien d’autres meurtres a-t-il ainsi ordonnés, il ne le dit pas, mais il insiste sur le fait qu’il ne regrette "aucun de ses actes" ».

 

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Ils ne sont pas des bateaux, mais...

 

 

6 novembre 1944

Assassinat de Lord Moyne

 


Lord_Moyne

 

Walter Edward Guinness, premier Baron Moyne. Né à Dublin en 1880, mort au Caire, en 1944. Secrétaire d’État pour les colonies du 8 février 1941 au 22 février 1942, il fut Ministre Résident  au Moyen Orient (autrement dit Gouverneur de l’ex-Empire ottoman) jusqu’à son assassinat en novembre 1944.

À l’automne 1944, un Juif hongrois du nom de Joel Brand, approcha  les autorités britanniques, se disant porteur  d’une proposition d’Adolf Eichmann, officier chargé de la déportation des juifs hongrois au camp d’Auschwitz.  Eichmann offrait, selon lui, de  laisser sortir d’Allemagne un million de Juifs, en échange de 10.000 camions à fournir par les Alliés occidentaux. Il fut arrêté et emmené au Caire, où on l’interrogea pendant plusieurs mois.

Il a affirmé qu’au cours de son interrogatoire, un Anglais qu’il ne connaissait pas s’était écrié : « Que veulent-ils que je fasse d’un million de juifs ? Où les mettrai-je ? » et qu'un de ses interrogateurs lui avait dit ensuite qu’il s’agissait de Lord Moyne. Il répéta les mêmes propos sous serment lorsqu’il témoigna au procès Kasztner, en 1953. Mais, dans son autobiographie, publiée en 1956, il écrivit : « Plus tard, j’ai appris qu’il ne s’agissait pas de Lord Moyne, mais d’un autre homme d’état anglais. »

Quoi qu’il en soit, il fut relâché en octobre et devint aussitôt membre du groupe Lehi. C’est ce groupe, dirigé alors par Yitzhak Shamir, qui allait commettre l’assassinat, à peine un mois plus tard.

Cette remarque attribuée à Lord Moyne est,  depuis des décennies, citée un peu partout, mais l’historien Bernard Wasserstein croit pour sa part que « la vérité, c’est que Brand n’a probablement jamais rencontré Lord Moyne ».

Il est peu vraisemblable cependant que les propos de Brand aient déterminé le choix de la victime. Il y avait longtemps que les sionistes les plus extrêmes voulaient envoyer un message musclé aux autorités britanniques : « Cessez de vous mêler de l’immigration juive en Palestine, sinon... ». Pour donner un maximum d’emphase à cette menace, ils devaient logiquement s’en prendre à la personnalité la plus considérable par le rang. La victime choisie s’était en outre constamment mise dans le chemin de leur colonisation en masse. «Crime», à leurs yeux, qui suffisait.

Le meurtre fut longuement et minutieusement préparé. Il fut commis par deux jeunes zélotes d’une vingtaine d’années, quintessence de fanatisme, qui, ayant pris en filature la voiture du ministre, l’abattirent à bout portant, ainsi que son chauffeur, au moment où les deux hommes descendaient du véhicule. Après quoi ils s’enfuirent à bicyclette, vers le lieu où ils devaient se cacher en attendant que leurs chefs les fassent sortir d’Égypte. Le meurtre gratuit du chauffeur ne leur porta pas chance, car un policier du Caire, qui s’en retournait chez lui à bord d’une moto, voyant deux hommes pédaler à tombeau ouvert juste après avoir entendu des coups de feu, les prit en chasse et les arrêta. Ils furent traduits en justice, condamnés par un tribunal britannique siégeant en Égypte, et pendus le 20 mars 1945.

L’un des deux jeunes fanatiques déclara au cours de son procès : « Nous accusons Lord Moyne et le gouvernement qu’il représente, d’avoir assassiné des centaines et des milliers de nos frères ; nous l’accusons d’avoir volé notre pays et pillé nos biens... Nous avons été forcés de faire justice et de nous battre. »

Est-ce la justice immanente ou la force de l'habitude qui voudra qu’un autre Yitzhak (Rabin) soit assassiné à son tour, le 6 novembre 1995, par un autre jeune zélote semblablement fanatisé : Ygal Amir ?

 

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« La Palestine est trop petite et déjà surpeuplée pour accueillir les trois millions de Juifs que les sionistes veulent y amener. »


On cite toujours, sortie de son contexte, cette phrase de lord Moyne. Des extraits plus larges du discours qu’il a prononcé le 9 juin 1942 à la Chambre des Lords, révèlent une attitude attentive et bienveillante envers les deux communautés, juive et palestinienne. Qu’il ait refusé de suivre les sionistes en mal d’oligarchie coloniale dans leurs fantasmes, et apprécié au contraire la situation réelle avec objectivité, ne saurait lui être reproché par quiconque est sain d’esprit. Ces extraits d’un discours qui mériterait d’être publié (et traduit) dans son intégralité, se trouvent, en anglais, dans l’e-biographie que lui consacre Wikipédia (lien url : http://en.wikipedia.org/wiki/Walter_Guinness,_1st_Baron_Moyne ). On verra par exemple qu’il y soutient « le désir naturel des juifs de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre la cause de la liberté contre la tyrannie nazie », mais qu’il désapprouve, en revanche, les encouragements de Lord Wedgwood à l’immigration massive des Juifs en Palestine « à des fins politiques personnelles ».

 

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Pour conclure, j’ajouterai que les corps des deux assassins de Lord Moyne, furent échangés, en 1975, contre vingt prisonniers arabes, et enterrés à Jérusalem, au «monument des héros».

Ils ne sont pas les seuls sionistes condamnés par le reste du monde à jouir d’un tel honneur. Je ne citerai que pour mémoire les commandos-pirates exécutants du massacre sur le Mavi Marmara, aussitôt décorés par le gouvernement Netanyahu.

Un exemple peut-être moins connu est celui de Jonathan Pollard, l’espion qui a volé aux États-Unis TOUS leurs secrets militaires, y compris les nucléaires, lesquels furent vendus à l’URSS par Tel Aviv, en échange de l’autorisation d’émigration en Israël d’un million de juifs russes. Pollard, qui purge aux États-Unis une sentence d’emprisonnement à perpétuité, est officiellement « héros national d’Israël » et une place de Jérusalem porte son nom. Une péripétie également peu évoquée par nos médias veut qu’en 2008, à l’occasion de sa visite officielle en Israël pour le soixantenaire de la création de cet état, George W. Bush ait promis d’amener Pollard dans ses bagages, en guise de cadeau d’anniversaire, et qu’il ne fallut pas moins d’une menace de mutinerie au sein de l’US Army et de la CIA pour l’en empêcher.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Guinness 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lehi

 

 

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17 septembre 1948

Assassinat du comte Bernadotte

Médiateur des Nations-Unies


folke bernadotte 1

 

Folke Bernadotte, comte de Wisborg, petit-fils du roi Oscar II de Suède et de Norvège, neveu du roi Gustave V de Suède, né à Stockholm le 2 janvier 1895, mort à Jérusalem le 17 septembre 1948.

Vice-président de la Croix-Rouge suédoise, il essaya, en 1945, de négocier un armistice entre l’Allemagne et les Alliés. Il avait reçu l’offre, faite par Heinrich Himmler, d’une reddition complète de l’Allemagne à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, à la condition que l’Allemagne serait autorisée à continuer les combats contre l’Union Soviétique. Ce qui revenait à proposer au camp de l’Ouest un renversement d’alliance. L’offre fut transmise à Winston Churchill et à Harry S. Truman par Bernadotte. Ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. Peut-être n’avait-il pas le choix. Et sans doute savait-il que l’offre serait déclinée.

Peu avant la fin des hostilités, il organisa une opération de sauvetage visant à évacuer des camps, vers la Suède, des déportés notamment norvégiens et danois, mais aussi un certain nombre de francophones français et belges (la Française Germaine Tillion fut du nombre). Il sauva ainsi in extremis 15.000 personnes de l’enfer des camps.

Cependant – péripétie longtemps occultée – pour permettre la libération des prisonniers scandinaves, environ 2.000 autres prisonniers, mourants ou malades « principalement français, mais aussi russes et polonais » furent sortis du camp de Neuengamme et transférés vers d’autres camps, où moururent ceux qui n’étaient pas morts en route. Or, ce tranfert fut effectué par les mêmes « bus blancs », conduits par les mêmes chauffeurs suédois, qui avaient servi à l’évacuation des 15.000. L’opération sauvetage qui a rendu Bernadotte si populaire à l’époque avait donc eu un prix. Le ciel nous préserve d’avoir à faire de ces choix.

Le 29 novembre 1947, par la résolution 181, les Nations Unies approuvaient le plan de partage de la Palestine entre les Palestiniens et les Juifs. Depuis 1920, suite à l’effondrement de l’Empire Ottoman, la Grande Bretagne administrait ce territoire (et quelques autres dont l’Égypte).

C’était une solution non seulement arbitraire mais boîteuse. Les Nations Unies spoliaient les Palestiniens de leur terre en favorisant une colonisation pure et simple. Elles bridaient les ambitions des Sionistes, qui ne voulaient pas 20% du territoire de la Palestine, mais le voulaient tout. Il faut noter que l’Agence Juive avait accepté le plan de partage mais qu’elle n’était pas en mesure de le faire respecter par les diverses organisations armées qui l’avaient conduite jusque là. De leur côté, les Arabes réclamaient un référendum.

Lorsque, le 14 mai 1948, les Britanniques se retirèrent, des affrontements prévisibles éclatèrent. Accourant à l’aide des Palestiniens, des troupes envoyées par les pays arabes entrèrent en Palestine.

Le 20 juin suivant, les Nations-Unies nommèrent un médiateur : ce fut Bernadotte, premier d’une longue série. Sa mission consistait à faire cesser les combats, à faire accepter par les deux parties et à mettre en application le partage du territoire. Tâche impossible.

Il obtint une trêve de quatre semaines, mais les membres du Lehi avaient annoncé clairement la couleur : « Nous avons l’intention de tuer Bernadotte et tout autre observateur des Nations Unies en uniforme qui viendra à Jérusalem. » À la question de savoir pourquoi, ils répondirent « ...que leur organisation était déterminée à ce que Jérusalem soit sous l’autorité de l’État d’Israël et qu’elle ne permettrait pas d’interférence de la part d’une organisation nationale ou internationale. ».

Le 1er août, Israel Eldad, un des trois dirigeants de Stern-Lehi déclara, lors d’une assemblée publique à Jérusalem : « Nous emploierons contre les représentants d’un pouvoir étranger les mêmes méthodes que nous avons employées contre les Britanniques ».

La décision de tuer Bernadotte fut prise en août.

Dans son premier - et dernier - rapport, Bernadotte déclarait : 

« Ce serait offenser les principes élémentaires que d’empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et, de plus, menacent, de façon permanente, de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles. » Il décrivait « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente ».

Ce rapport (U.N. Document A. 648, p. 14) a été déposé le 16 septembre 1948. Le lendemain 17, le comte Bernadotte et son assistant français, le colonel Serot, étaient assassinés dans la partie de Jérusalem occupée par les sionistes.

Dans Ma vie pour Israël, mémoires de combat, Yitzhak Shamir, un des trois chefs de Stern et sans doute le plus important, justifie ainsi le double meurtre : « Ne se contentant pas du rôle astreignant de médiateur, il commença à travailler à un plan de paix de son cru (...) et environ 360.000 Arabes devaient revenir. C’était un désastre. »

Comme on l’a vu plus haut, Yitzhak Shamir ne laissait pas aux « désastres » le temps d’arriver. L’affaire fut rondement menée :

Arrivant de l’aéroport, le convoi de Bernadotte, composé de trois voitures, entre dans Jérusalem. Il arbore les fanions des Nations Unies et de la Croix-Rouge. Personne, à bord des voitures, n’est armé. Il pénètre dans un quartier contrôlé par les Israéliens, franchit un check-point (déjà !), et est arrêté un peu plus loin par une jeep qui lui barre le passage. Trois hommes armés, en uniformes israéliens, descendent de la jeep, le chauffeur reste au volant. Les trois voitures sont arrosées de balles. Par la vitre arrière ouverte de la leur, Bernadotte et Serot sont abattus à bout portant de six rafales de mitraillette Schmeisser.

Le Lehi est dissous, au titre d’une loi « pour la prévention du terrorisme », mais Zettler, un des assassins, affirmera plus tard avoir reçu une promesse explicite du Ministre de l’Intérieur : « Vous serez condamnés pour satisfaire l’opinion mondiale. Après quoi vous serez amnistiés. »

De fait, des trois organisateurs et des quatre exécutants de la tuerie, deux furent condamnés par la Justice israélienne, non pour meurtre mais pour appartenance à une organisation terroriste. Ils seront relâchés quinze jours plus tard et amnistiés avec tous les autres par Ben Gourion. Tous occuperont ensuite des fonctions importantes au sein de l’État. Yitzhak Shamir, chef des opérations du Lehi, deviendra même deux fois premier ministre.


Sur Folke Bernadotte, voir :
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/israel-bernadotte.html

Sur André Sérot :
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/serot-biographie.html


 

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8 juin 1967

Attaque de l’uss LIBERTY

USS_Liberty

 

Le Liberty était un navire de l’US Navy, un navire-espion, qui croisait dans les eaux méditerranéennes, en mission d’observation. La Guerre des Six jours venait de commencer, mais il n’y était pas engagé. Il avait reçu l’ordre de se diriger vers Gaza. Très facilement reconnaissable, il était hérissé d’énormes antennes et battait pavillon américain bien visible. Son nom s’étalait clairement sur sa coque.

Il fut attaqué sans sommations par des appareils non identifiables de l’aviation israélienne, puis par un lance-torpilles, puis par un porte-hélicoptères qui dépêcha sur lui ses frelons. En dépit des appels-radio de l’équipage à ses alliés israéliens, l’attaque se déroula en trois vagues successives et dura plus d’une heure. Contrairement à ce qui était le but indiscutablement poursuivi, le Liberty ne coula pas et il y eut des survivants, c’est-à-dire des témoins. Mais 34 hommes étaient morts et 176 avaient été grièvement blessés, dans ce qui reste une des plus grandes félonies de tous les temps.

Pourquoi les Israéliens ne « finirent-ils pas le travail », selon la si heureuse expression de Nicolas Sarkozy ? Les rescapés disent qu’ils ne le savent pas. On peut supposer que la présence de plusieurs bâtiments de la marine soviétique dans les parages ne fut pas étrangère à cette relative timidité, puisque le seul navire qui proposa son aide au Liberty sinistré et resta bien en vue, prêt à intervenir, jusqu’à l’arrivée des secours (seize heures plus tard !) fut une des unités de la marine de l’URSS.

D’abord, les Israéliens soutinrent contre toute évidence qu’il s’agissait d’une tragique erreur, qu’ils avaient pris le Liberty pour le navire égyptien El Qseir (mensonge que même un enfant de douze ans n’aurait pas avalé). Quand la chutzpah ne fut plus tenable, ils offrirent des excuses, mais pas d’explications. On leur a prêté des tas de motifs, dont le plus vraisemblable - que certains Israéliens ont fini par reconnaître officieusement – est qu’ils voulaient entraîner les États-Unis à leurs côtés dans la guerre contre l’Égypte (celle de Nasser, pas celle de Moubarak). Le Liberty aurait ainsi été coulé par un navire égyptien (toujours les faux drapeaux) et les États-Unis n’auraient décemment pas pu refuser d’attaquer l’Égypte, bien entendu au nucléaire. Oui, il en était déjà question, les Israéliens alors, n’avaient pas la bombe, et ne pouvaient qu’essayer de forcer la main aux Yankees. Ils l’ont aujourd’hui et menacent trop souvent de s’en servir pour ne pas céder un jour à la tentation.

Les autorités politiques et militaires des États-Unis occultèrent complètement cette affaire. La magistrature aussi. Il fut interdit aux survivants d’en parler, sous peine d’emprisonnement à vie ou même de mort. Depuis quarante deux ans, leurs demandes de comptes et au moins d’explications se sont heurtées à ce mur et à ces menaces. Ils ne se résignent pas et persistent. Car ils savent qu’au plus fort de l’attaque, deux escadrilles d’avions ont décollé du Saratoga pour leur porter secours, et qu’elles ont reçu l’ordre de faire demi-tour : une fois de McNamara, une fois directement de la Maison Blanche.

Que l’attaque meurtrière des Israéliens ait été délibérée et même froidement fomentée ne fait depuis longtemps plus aucun doute pour personne. La question qui reste sans réponse est celle-ci : les plus hautes autorités civiles et militaires américaines se sont-elles contentées de blanchir leurs alliés israéliens après coup pour des raisons difficilement imaginables, ou étaient-elles au courant avant le coup, c’est-à-dire complices ? En d’autres termes, MM. Lyndon Johnson,  McNamara et l’amiral McCain ont-ils froidement et avec préméditation envoyé un plein navire de leurs propres soldats à la mort pour avoir une bonne excuse d’attaquer  l’Égypte ? (Sinon, que signifie l'exclamation de Lyndon Johnson : « Je veux que ce foutu bateau aille au fond ! » ?). On était en pleine guerre froide, l’Égypte était alliée à l'URSS et John F. Kennedy était mort quatre ans plus tôt, selon certains pour avoir refusé de donner son feu vert à une attaque massive contre Cuba, de même type que celle projetée contre l'Égypte. Ce qui est sûr, c’est que tous les présidents successifs, depuis Lyndon Johnson, ont été complices a posteriori de l’état assassin, puique nul d’entre eux n’a jamais fait droit aux demandes des rescapés ni autorisé la moindre enquête.

L’amiral McCain – celui qui reçut les appels au secours de son navire et qui interdit qu’on lui vînt en aide  – est le père du sénateur  John McCain (candidat à la présidentielle de 2008), lequel a choisi de traiter par le dédain les trois livres écrits par des survivants du Liberty et de faire le plus grand cas, en revanche, de l’ouvrage de propagande sioniste, écrit sur le sujet par un activiste pro-israélien, blanchissant bien sûr totalement Israël.

Des milliers de pages ont été noircies sur la (ou les) trahison(s) dont le Liberty a été l’objet. Il en existe au moins une étude détaillée en français, dont voici le lien : http://palestine1967.voila.net/discorde/D.discorde.usslib... C’est une lecture fascinante. Pour les anglophones, j’ajoute le lien du site historique officiel de l’uss Liberty : http://www.ussliberty.org/index2.html dont la base de données a fourni la matière de la version française.

Il existe en outre un certain nombre de vidéos, réalisées par toutes sortes de gens, dont les principaux intéressés, mais aussi par la BBC ou d’autres documentaristes professionnels. J’en ai retenu deux (il est aisé d’en trouver d’autres).

joe meadors

Dans la première, vous verrez brièvement passer le M. Joe Meadors dont parle Justin Raimondo.


Joe Meadors était timonnier (est-ce le mot exact pour signalman ?) sur le Liberty. Pendant toute l’attaque, il était sur le pont. C’est lui qui a hissé un second drapeau américain, quand le premier, mitraillé de toutes parts, est tombé en lambeaux.

M. Meadors, qui se trouvait à bord du Mavi Marmara lors de l’attaque du 31 mai dernier, est une des très rares personnes au monde qui puisse se vanter d’avoir vécu deux fois un événement aussi extraordinaire, exactement au même endroit, à quarante-deux ans d’intervalle.





On peut lire aussi :

De Franklin Delano Roosevelt à George W. Bush : le chaînon manquant d’infamie
: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=15870

L’envers du décor
:
http://purpleliquor.blogspot.com/2009/06/il-y-42-ans-le-uss-liberty-etait.html

 

 

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26 mars 2010

Attaque du CHEONAN


raised-cheonan

Repêchage d’une partie du Cheonan



Pour le cas où la nouvelle vous aurait échappé :

Le 26 mars dernier, une corvette de la marine de guerre sud-coréenne a été coulée dans la mer Jaune, à peu près à la limite des deux Corées, mais plutôt à l’intérieur des eaux nord-coréennes, où elle n’aurait pas dû se trouver. Aussitôt, la Corée du Sud a accusé un sous-marin de la Corée du Nord d’avoir torpillé son navire. Pyongyang a démenti avec indignation.

Séoul a mis en place une « commission indépendante » chargée d’enquêter.  En font partie l’Australie, le Canada, le Royaume Uni et la Suède. La République Populaire de Corée du Nord n’a pas été invitée à collaborer, ne fût-ce que pour lui prouver qu’on est de bonne foi.

Le Cheonan a été coupé en deux par l’explosion. Le 15 avril, on a remonté la proue, le 24 avril la poupe, ou l’inverse. Le 20 mai, la commission a remis son rapport : c’est un sous-marin nord-coréen qui a torpillé le navire, car on a retrouvé, dans une des deux moitiés de l’épave, un fragment de torpille portant distinctement l’inscription « N°1 » écrite en coréen.

C.Q.F.D.

Mme Hillary Clinton (Hilarious ou Hitlary, au choix, pour les Américains qui pensent mal), parle de « preuves accablantes » et tance Pyongyang avec fermeté. M. Kim Jong Il proteste avec non moins de fermeté et se rend en Chine (il ne voyage jamais).

C’est que... quand une torpille frappe une cible, généralement, c. à d. toujours, elle se pulvérise. C’est que, euh... la torpille était de fabrication allemande et que l’Allemagne n’a jamais livré ne fût-ce qu’une balle dum-dum à la Corée du Nord. C’est aussi que les marins rescapés parlent de façon dérangeante, d’une explosion à l’intérieur du navire. Quoi ? Pas un remake du 9/11 quand même ?

Pékin n’a pas attendu la visite du président nord-coréen pour exprimer des doutes, et pour annoncer vouloir se livrer à une enquête indépendante en vue de découvrir de vraies preuves, si possible indiscutables. C’est à quoi s’emploie d’ailleurs, en ce moment, une commission technique de l’Armée de la République Populaire de Chine.

Moscou non plus n’y croit pas. Et M. Lavrov a fait comme ses homologues chinois : désigné une commission d’enquête indépendante, dont les conclusions, « quelles qu’elles soient » seront rendues publiques.

Un qui n’avait pas attendu ces développements pour exprimer publiquement son scepticisme, c’est M. Fidel Castro. Dès le 3 juin. Car il connaît ses Américains sur le bout des doigts et les soupçonne souvent, à priori, du pire (chat échaudé, voyez-vous). Il connaît aussi, contrairement à nous, M. Kim Jong Il.

Il faut savoir que, depuis son éloignement des affaires pour cause de grand âge et de maladie grave, Tonton Fidel n’est pas resté à se tourner les pouces et à regarder «Questions pour un champion » à la télé. Non seulement il suit l’actualité de près, mais il continue à l’analyser et à faire profiter qui le veut de ses analyses, en bloguant sur Internet via l’Agence Cubaine de Nouvelles (ACN). À la cadence d’une ou deux fois par semaine, voire trois, paraissent ses Réflexions du camarade Fidel, régulièrement reprises par les sites communisants, mais aussi par pas mal d’autres et dans toutes sortes de langues.

La « Réflexion du camarade Fidel » qui suit n’est pas le dernier mot sur cette grave affaire , c’est même un des tout premiers. Mais ce document possède à mes yeux un intérêt que les autres n’ont pas, en ce qu’il montre comment fonctionne (on voit tourner les rouages de son cerveau), à 84 ans, le seul chef d’état au monde, depuis Robespierre, qui n’ait pas vécu un seul jour de sa vie publique sans éduquer en politique. Son peuple d’abord, bien sûr, mais nous aussi, par ricochet. Je sais qu’il y a eu Lénine et qu’il y a eu Mao. Je maintiens que le phénomène, depuis deux siècles, est unique. Privilège peut-être d’une démocratie directe à échelle humaine, inaccess
ible aux nations plus volumineuses.

 

 

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L’Empire et le mensonge

par Agence Cubaine de Nouvelles, Fidel Castro Ruz


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« Fidel Castro ne croit pas à la version officielle sud-coréenne du torpillage du Cheonan. Dans ce billet, il envisage que cette affaire soit un coup monté par les États-Unis pour justifier leur présence au Japon. » (Réseau Voltaire)

Fidel Castro n’a pas coutume de jouer les Cassandre. Son angoisse, ici, est palpable, et paraît malheureusement justifiée. (N.d.MM)

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Je n’ai pas le choix : il me faut écrire deux Réflexions sur l’Iran et la Corée pour expliquer qu’il existe un danger de guerres imminent où serait employée l’arme nucléaire. J’ai dit aussi qu’il était possible de faire tourner court le premier si la Chine décidait de recourir à son droit de veto pour bloquer la résolution que les États-Unis promeuvent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le second dépend de facteurs qui échappent à tout contrôle, étant donné la conduite fanatique d’Israël, converti par les USA en une forte nation nucléaire qui n’accepte aucun contrôle de la part de la superpuissance.

Lors de la première intervention des USA visant à écraser la Révolution islamique en juin 1953, pour défendre leurs intérêts et ceux de leur fidèle allié, le Royaume-Uni, et pour installer Mohammed Reza Pahlevi au pouvoir, Israël était un petit État qui ne s’était pas encore emparé de la quasi-totalité du territoire palestinien, d’une partie de la Syrie et d’une bonne part de la Jordanie voisine, défendue jusqu’alors par la Légion arabe dont il ne resta même pas l’ombre.

Aujourd’hui, les centaines de missiles à ogives nucléaires d’Israël, appuyés par les avions les plus modernes que lui fournissent les USA, menacent la sécurité de tous les États de la région, arabes ou non, musulmans ou non, à portée de leur vaste rayon d’action, parce que leur précision est de quelques mètres.

Dimanche dernier, le 30 mai, quand j’écrivais les Réflexions intitulées L’Empire et la drogue, Israël n’avait pas encore attaqué brutalement la flottille qui transportait des vivres, des médicaments et des articles destinés au million et demi de Palestiniens assiégés dans un petit fragment de ce qui avait été leur patrie durant des milliers d’années.

 

Palestine Peau de Chagrin

 

L’immense majorité des gens occupent leur temps à résoudre les besoins que leur impose la vie, dont les aliments, le droit aux loisirs et à l’étude, et d’autres problèmes vitaux de leurs familles les plus proches, et ils ne peuvent partir en quête d’informations sur les événements de la planète. On les voit partout, pleins de noblesse, espérant que d’autres se chargeront de chercher des solutions aux problèmes qui les écrasent. Ils sont capables de se réjouir et de sourire. Ils rendent ainsi heureux les gens qui, comme nous, ont le privilège d’observer avec équanimité les réalités qui nous menacent tous.


On accuse la Corée du Nord d’avoir torpillé la corvette sud-coréenne Cheonan, conçue selon une technologie de pointe, dotée d’un vaste système de sonar et de senseurs acoustiques sous-marins, dans des eaux situées face à ses côtes, cette action atroce ayant coûté la vie à quarante marins sud-coréens et causé des dizaines de blessés.

J’avais du mal à déchiffrer le problème. D’une part, je ne parvenais pas à m’expliquer comment un gouvernement, même s’il jouit de beaucoup d’autorité, pouvait utiliser des mécanismes de commandement pour donner l’ordre de torpiller un bâtiment de ce genre ; de l’autre, je n’ai pas cru une seconde la version selon laquelle Kim Jong Il avait donné cet ordre.

Je n’avais pas assez d’éléments en main pour aboutir à une conclusion, mais j’étais sûr que la Chine opposerait son veto au projet de résolution soumis au Conseil de sécurité pour sanctionner la Corée du Nord. Mais je ne doute absolument pas, par ailleurs, que les États-Unis ne peuvent éviter que le gouvernement incontrôlable d’Israël emploie l’arme nucléaire.

Le 1er juin, dans la soirée, la vérité a commencé à se faire jour au sujet de ce qui s’était vraiment passé.

J’ai écouté à 22 h 30 le journaliste Walter Medina, animateur d’un programme phare de la télévision vénézuélienne, « Dossier », faire une analyse percutante. Sa conclusion est que les États-Unis ont fait croire aux deux parties de la Corée ce que chacune affirmait de l’autre, en vue de régler le problème du territoire occupé par la base d’Okinawa dont le nouveau Premier ministre japonais, se faisant l’écho des aspirations de paix de la population, réclamait la rétrocession. Si son parti avait remporté un soutien électoral énorme, c’est justement parce qu’il avait promis d’obtenir le retrait de la base militaire installée là, comme un poignard planté depuis plus de soixante-cinq ans au cœur même du Japon, aujourd’hui développé et riche.

Le Global Research1 permet de connaître des détails absolument sidérants de ce qui est arrivé, grâce à l’article de Wayne Madsen2 journaliste enquêteur de Washington, qui a diffusé des informations émanant de sources de renseignements sur le site web Wayne Madsen Report.

Ces sources, affirme-t-il :

« soupçonnent que l’attaque à la corvette de guerre anti-sous-marin de la marine sud-coréenne Cheonan, a été organisée sous un faux pavillon afin de faire croire qu’elle provenait de Corée du Nord.

« L’augmentation des tensions dans la péninsule coréenne visait surtout, entre autres objectifs, à exercer des pressions sur le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama afin qu’il modifie sa politique relative au retrait à Okinawa de la base des marines étasuniens. Hatoyama a admis que les tensions créées par le torpillage du Cheonan avaient eu une grande influence sur sa décision de permettre aux marines étasuniens de rester à Okinawa. La décision de Hatoyama a provoqué une division dans le gouvernement de coalition de centre-gauche, ce dont Washington s’est réjoui, puisque le leader du Parti social-démocrate Mizuho Fukishima a menacé de s’en retirer à cause de cette volte-face au sujet d’Okinawa.

« Le Cheonan a été coulé près de l’île Baengnyeong, un endroit de l’extrémité occidentale éloigné de la côte sud-coréenne, mais face à la côte nord-coréenne. Cette île est fortement militarisée et à portée de l’artillerie de défense côtière nord-coréenne, située de l’autre côté d’un étroit canal.

« Le Cheonan, une corvette de guerre anti-sous-marins, était équipée de sonars de pointe, de vastes systèmes de sonars hydrophone et de senseurs acoustiques sous-marins. La Corée du Sud ne possède aucune preuve sonar ou audio d’une torpille, d’un sous-marin ou d’un mini-sous-marin dans le coin. Comme il n’y a quasiment aucune navigation dans le canal, la mer était silencieuse au moment du torpillage.

Or, l’île Baengnyeong abrite une base de renseignements militaires des USA et de Corée du Sud, et les forces spéciales de la marine étatsunienne y opèrent. Il y avait aussi quatre bâtiments étatsuniens dans le secteur, dans le cadre des manœuvres Foal Eagle entre les deux pays, durant le torpillage du Cheonan. Une investigation des traces métalliques et chimiques laissées par la torpille suspecte indique qu’elle est de fabrication allemande.

« On suspecte que les forces spéciales de la marine étatsunienne disposent d’une gamme de torpilles européennes afin de pouvoir recourir au « déni plausible » lors d’attaques sous de fausses couleurs. De plus, Berlin ne vend pas de torpédos à la Corée du Nord, mais maintient en revanche avec Israël un programme de coopération étroite de mise au point de sous-marins et d’armes sous-marines.

« La présence du Salvor, qui participait aux manœuvres Foal Eagle, si près de l’île Baengnyeong, durant le torpillage de la corvette sud-coréenne, suscite des questions.

«  Le Salvor, un navire civil de sauvetage de la marine, qui a participé à des actions de pose de mines par les marins thaïlandais dans le golfe de Thaïlande en 2006, était présent au moment de l’explosion, avec un complément d'équipage de douze hommes-grenouilles d’eaux profondes.

«  Beijing, satisfaite de l’affirmation d’innocence du Nord-Coréen Kim Jong Il qui a fait un voyage d’urgence depuis Pyongyang, suspecte que la marine étatsunienne a joué un rôle dans le torpillage du Cheonan, associée à des soupçons particuliers au sujet du rôle joué par le Salvor. Les soupçons sont les suivants :

« 1. Le Salvor participait à une opération de pose de mines dans le lit marin ; bref, il posait des mines anti-sous-marins tirées horizontalement au fond de la mer.

« 2. Le Salvor réalisait une inspection routinière de maintenance de mines dans le lit marin, les plaçant sur un mode électronique actif – déclenchement par gâchette sensible – dans le cadre du programme d’inspection.

« 3. Un homme-grenouille des forces spéciales a posé une mine magnétique sur le Cheonan, dans le cadre d’un programme clandestin, afin d’influencer l’opinion publique en Corée du Sud, au Japon et en Chine.

« Les tensions dans la politique coréenne ont éclipsé opportunément tous les autres points à l’ordre du jour des visites de la secrétaire d’État Hillary Clinton à Beijing et à Séoul. »


Ainsi, d’une manière étonnamment facile, les USA ont réglé un important problème : liquider le gouvernement d’unité nationale du Parti démocrate de Yukio Hatoyama3, mais à un coût très élevé :

1. Ils ont profondément offensé leurs alliés de Corée du Sud.

2. Ils ont souligné l’habileté et la rapidité avec lesquelles leur adversaire Kim Jong Il a agi.

3. Ils ont mis en relief le prestige de la puissante Chine, dont le président, plein d’autorité morale, est intervenu personnellement et a dépêché les principaux dirigeants du pays pour converser avec l’empereur Akihito, avec le Premier ministre et d’autres personnalités éminentes du Japon.

Les leaders politiques et l’opinion mondiale ont une preuve du cynisme et de l’absence totale de scrupules qui caractérisent la politique impériale des États-Unis.

Fidel Castro Ruz
Le 3 juin 2010

 

 

Sources :

http://www.voltairenet.org/article165680.html

http://www.legrandsoir.info/L-Empire-et-le-mensonge.html

 

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1. Les deux sources citées par Fidel Castro sont en anglais. Global Research.ca est un site canadien anglais, qui possède un volet français (Mondialisation.ca) où ne se trouve qu’une partie de ses nombreux articles.

« Did an American Mine Sink the South Korean Ship? »

(Est-ce une mine américaine qui a coulé le bateau sud-coréen ?) par Yoichi Shimatsu
31 mai 2010.
Lien url de l’article : http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=19428
L’auteur a été longtemps rédacteur en chef du Japan Times. Il est maintenant consultant environnementaliste et sur les affaires asiatiques, pour CCTV-9 Dialogue.

2. Journaliste d’investigation indépendant, Wayne Madsen est connu comme le loup blanc aux États-Unis. Sa base est Washington D.C., mais ses articles sont diffusés sur tout le territoire des USA. Il est par ailleurs l’animateur du site WAYNE MADSEN REPORT, dont les études au complet ne sont accessibles qu’à ses abonnés.

« Beijing suspects false flag attack on South Korean corvette »
« Pékin soupçonne un attentat sous faux drapeau dans l’affaire de la corvette sud-coréenne », par Wayne Madsen - 28 mai 2010.
Lien url de l’article repris par le Online Journ
al : http://www.onlinejournal.com/artman/publish/article_5930....

On peut voir aussi l’analyse assez détaillée publiée le 26 avril, en français,  par l’Association d’amitié franco-coréenne :
« Le gouvernement sud-coréen veut-il couler la vérité sur le naufrage du Cheonan ? »
Lien url de l’article :
http://www.amitiefrancecoree.org/article-le-gouvernement-sud-coreen-veut-il-couler-la-verite-sur-le-naufrage-du-cheonan-49327664.html

3. Enfin, sur la crise japonaise, qui aurait été délibérément provoquée par l’administration Obama grâce à l’incident du Cheonan (plus de 40 marins disparus quand même...), on peut lire :
« Obama a poussé Hatoyama vers la sortie »
http://www.voltairenet.org/article165696.html

« La base américaine d’Okinawa fait chuter le Premier ministre Hatoyama »

http://www.france24.com/fr/20100602-base-usa-okinawa-cause-demission-yukio-hatoyama-premier-ministre-japonais-centre-gauche

Il est curieux que Fidel Castro ne mentionne pas – non plus que les autres - la sauvage campagne de diffamation de Toyota, lancée par les États-Unis en prélude au torpillage du Cheonan. Campagne qui ressemble si fort, par ses effets, à celle de discrédit de la Grèce, lancée par les officines de cotation, qui devraient plus justement être appelées « gangs ».



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Le compañero Castro écrit plus vite que son ombre et surtout que moi.  Voici deux de ses derniers articles, prolongeant celui publié ci-dessus :


http://www.legrandsoir.info/Au-seuil-de-la-tragedie.html
http://www.legrandsoir.info/Le-coup-de-griffe-en-suspens.html

 

Au moment où je mets ce post en ligne, des bâtiments de l'US Navy et de Tsahal, d'un gabarit rarement vu dans la région, ont passé le Canal de Suez et se dirigent vers l'Iran.


Cuba postCastro.php

 


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Eux non plus ne sont pas des bateaux...



rabins montreal 2007

Ni par la puissance, ni par la force, mais bien par mon esprit…
Zacharie 4 :6

 

Et comme ils ne sont pas davantage des marins ni des hauts fonctionnaires qu’on assassine, et encore moins des infâmes, je ne devrais pas vous en parler du tout, mais j’en ai envie. Alors, voilà :

« Eux », ce sont des croyants qui professent une variété ultra-orthodoxe de judaïsme. Ceux qui ne les aiment pas les appellent une secte.

Les ultra-orthodoxes de la religion juive sont appelés en hébreu des haredim, mot qui vient de harada (terreur), et cette terreur est celle dans laquelle ils vivent de commettre des péchés, c’est-à-dire des infractions aux lois du Très-Haut, compromettant ainsi la venue du Messie, ce qui serait, vous en conviendrez, un sale tour joué à l’humanité. Bref, ils se sont mis une sacrée responsabilité sur les bras.

Ceux que vous voyez ci-dessus sont des Neturei Karta ou « Gardiens de la Cité ». Ils sont une branche des haredim. Comme les autres, ils ont une conception extrêmement stricte de la halakha (loi religieuse), sont convaincus que l’état juif de l’Antiquité fut détruit par la volonté divine et que toute tentative humaine d’en recréer un autre avant la venue du Messie est une attaque contre la volonté divine. Les Neturei Karta qui vivent en Palestine boycottent d'ailleurs, systématiquement, les élections israéliennes. Ils sont ouvertement pro-palestiniens et s’opposent très souvent aux destructions de maisons ou d’oliveraies en faisant barrage de leurs corps, et quand la destruction a eu lieu quand même, ils aident les expropriés à rebâtir ou replanter ailleurs. Ils ont bien entendu condamné l’invasion du Liban et soutiennent non moins ouvertement le Hezbollah et le Hamas. Un des leurs, le rabbin Hirsch, a été nommé Ministre des Affaires Juives, par Yasser Arafat.


hirsh-arafat

 

À l'origine des temps modernes, Juifs Khazars venus d’on ne sait quel fin fond du Caucase, ils vivaient surtout en Hongrie. Au début du XIXe siècle, une partie d’entre eux a émigré en Palestine, assurément pour des motifs religieux et non pour y fonder un état, dont l’idée même, à leurs yeux, est anathème.  Persécutions nazies aidant, ils ont à présent quelques petites communautés dans le monde, notamment aux États-Unis, au Canada, en France, à Londres, à Vienne et à Anvers.


Très portés sur le spirituel, ils aimeraient mieux s’occuper d’autre chose que de l’état d’Israël, mais, comme Gilad Atzmon, qui a essayé aussi, ils ont découvert que c’était impossible. Cela fait des décennies qu’ils s’égosillent dans le désert. Peut-être même sont-ils les premiers à avoir dit ce qui, maintenant, commence à crever tous les yeux et qu’ils disaient déjà avant la IIe Guerre Mondiale

Ces Gandhi et ces François d’Assise à tire-bouchons étant aussi non-violents qu’irréductibles, leur conscience – pardon, le Très-Haut – leur a valu de se faire plus souvent qu’à leur tour tabasser à Jérusalem et agresser verbalement à New York ou à Washington. Qu’importe. Ils persistent. Pathétiques et grandioses dans leur fragilité (car, en plus, ils ont des voix d’intellectuels plutôt fluettes, ce ne sont pas des tribuns), on les voit surgir dans la rue, avec leurs pancartes, à chaque fois que l’événement le leur commande.

Le 1er juin dernier, au vu des réactions internationales, les troupes de choc de l’AIPAC ayant organisé une manifestation pro-israélienne devant le consulat de Turquie à New York, ils étaient là, contre-manifestant. Mais cette fois - grande première - ils n’étaient pas seuls : des Turcs et des Arabes les avaient rejoints.




Le 24 septembre 2007, on aurait pu les voir (mais il, s’agissait là d’une démarche privée) rencontrer le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, de passage à l’ONU, où il devait prononcer un discours mémorable :




Le 11 décembre suivant (2007), ils étaient à Téhéran, où voici les rabbins Weiss et Cohen interviewés par la télévision iranienne (désolée, pas de sous-titres en français; ils parlent en anglais et quelqu'un traduit en farsi) :


Leur site : http://www.nkusa.org/
et sa partie en français : http://www.nkusa.org/Foreign_Language/French/index.cfm

L’entrevue avec Mahmoud Ahmadinejad ne pouvait avoir pour objet que le soutien qu’il apporte aux Palestiniens et/ou la paix dont jouit la communauté juive d’Iran.

On sait peu que les Juifs d’Iran ne sont pas des Khazars mais d’authentiques Hébreux, descendants de ceux qui sont restés dans la région après la captivité à Babylone, lorsque les souverains achéménides du premier empire perse ont permis aux Hébreux déportés de retourner à Jérusalem (avec la déesse Ishtar et le dieu Marduk dans leur bagages, déguisés en Esther et Mardochée). Ceci se passait, si on en croit la Bible (Rois, 17, 6 ; 18, 9-12), en 622 avant notre ère. Ceux-là ont jadis préféré rester dans l'endroit où ils se trouvaient, où ils sont encore aujourd’hui, ayant survécu à tous les empires (perses, d’Alexandre, ottoman, etc.), et où ils vivent en paix.


Ils ont été jadis plus de cent mille. Ils sont 25.000 aujourd'hui. Si les monstres malades (Gideon Levy) d’Israël vont jusqu’au bout de leur marche suicidaire et attaquent l’Iran au nucléaire, la dernière communauté purement hébraïque au monde finira vitrifiée avec ses hôtes.

Elle était double, cette communauté : géographiquement partagée en Juifs d’Iran et Juifs d’Irak. Où sont les Juifs d’Irak à présent ? Probablement réduits en cendres avec  les lions de la Porte d’Ishtar et les presque deux millions d’Irakiens sacrifiés au Moloch israélo-occidental.

C’est beau comme tout les croisades... On y va en armure, on peut violer, voler, saccager avec la bénédiction de notre dieu (Petit Jésus) ou de notre déesse (Démocratie)... On peut même devenir roi de Jérusalem... C'est arrivé à un Belge.

Les autorités de Tel Aviv ont offert 10.000 $ par personne aux Juifs d’Iran qui voudraient émigrer en Israël. Les Juifs d'Iran ont répondu : « Notre identité nationale n’est pas à vendre. » Phrase difficile à traduire aux esclaves volontaires d'Occident.

 

 

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Drôle de post scriptum...


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Dernier Européen à s'être exilé pour des motifs religieux – c’est Voltaire qui serait jaloux ! –


José Saramago est mort hier.


Tant qu’il y aura des gens pour le lire, il ne le sera qu’en apparence,

et son nom restera lié, pour nous, à la Révolution des Oeillets, dont nous attendons toujours qu’elle recommence.


Comme beaucoup d’Ibères, l’illustre Portugais est issu d’une famille d’origine berbère... Cette occasion est aussi bonne qu’une autre pour rappeler à un borgne célèbre que «Bretagne » est un mot berbère, et que ce sont les ancêtres de M. Saramago qui nous ont appris à cultiver le blé, à élever des abeilles et à domestiquer les petits cochons... il y a plus ou moins 5.000 ans.

 

Souvenir... souvenir...

 

 

Les traîtres :  Plus de service militaire, nulle part !

Les sots : Joie ! Joie ! Pleurs de joie !

Les pélicans : Humains de merde !


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Ah, oui... Il paraît que Souchon va chanter à la Fête de l'Huma. Ceci devrait aider les jeunes qui débarquent à comprendre pourquoi le PCF est tombé en quenouille. Cinquante ans qu'ils oublient bêtement de demander au camarade Castro de - svp - leur rappeler ce que c'est qu'un principe !


*

 

Un État qui fut libre d'abord, comme la Grèce avant Philippe de Macédoine, qui perd ensuite sa liberté, comme la Grèce la perdit sous ce prince, fera de vains efforts pour la reconquérir; le principe n'est plus; la lui rendît-on même comme la politique romaine la rendit aux Grecs, l'offrit à la Cappadoce pour affaiblir Mithridate, et comme la politique de Sylla la voulut rendre à Rome elle-même, c'est inutilement; les âmes ont perdu leur moelle, si je puis ainsi parler, et ne sont plus assez vigoureuses pour se nourrir de liberté; elles en aiment encore le nom, la souhaitent comme l'aisance et l'impunité, et n'en connaissent plus la vertu.

 

Saint-Just

 

 

Marie MOUILLÉ

_________________________________________________________________

 

LIVRES

 


Rashid KHALIDI


PALESTINE, Histoire d’un État introuvable, Arles, Actes Sud, 2007

Israël Adam SHAMIR


L’autre visage d’Israël, Luxembourg, Al Qalam, 2004 – (Librairie du monde arabe, Paris  &  FNAC)
Notre-Dame des Douleurs, New York, Booksurge, 2006
Pardès, Une étude de la Kabbale, (non disponible dans le commerce – v/ l’Association culturelle « Entre la Plume et l’Enclume » : plumenclume@yahoo.com)
La bataille du discours, New York, Booksurge, 2008.
Le pin et l’olivier, ou le charme discret de la Terre Sainte, Esch-sur-Alzette, Oser Dire, 2010

Sabbatai BEIT-TSVI

La crise du sionisme post-ougandais aux jours de la catastrophe des années 1938-1945, non traduit, publié en russe, à compte d’auteur, en 1977.


Justin RAIMONDO

Reclaiming the American Right: The Lost Legacy of the Conservative Movement
(Center for Libertarian Studies, 1993)
Into the Bosnian Quagmire: The Case Against U.S. Intervention in the Balkans (AFPAC, 1996)
An Enemy of the State: The Life of Murray N. Rothbard, Prometheus Books, July 2000,
The Terror Enigma: 9/11 And the Israeli Connection, Universe, November 2003,

Alain GRESH

Palestine 47, un partage avorté (avec Dominique Vidal),  Bruxelles, Éditions Complexe, 1994.
Les 100 portes du Proche-Orient (avec Dominique Vidal), Paris, Éditions de l'Atelier, 1996. - rééd. Hachette sous le nom Les 100 clés du Proche-Orient, 2006.
L'islam en questions (avec Tariq Ramadan), Arles, Actes Sud, 2000
Israël, Palestine : Vérités sur un conflit, Paris, Fayard, 2001; rééd. actualisée, 2010.
L'Islam, la République et le Monde, Paris, Fayard, 2004.
1905-2005 : les enjeux de la laïcité, Paris, L'Harmattan, 2005.


Fidel CASTRO


Le socialisme et l’homme à Cuba (avec Che Guevara), s.l., Pathfinder (pathfinderpress.com).
Les première et deuxième déclarations de La Havane. Manifeste de la lutte révolutionnaire dans les Amériques adopté par le peuple de Cuba. s.l. Pathfinder (pathfinderpress.com)

Ignacio RAMONET
(directeur de l’édition espagnole du Monde Diplomatique)

Fidel Castro, biographie à deux voix, Paris,  Fayard, 2007.


José SARAMAGO

Contes et nouvelles
Quasi objets, Paris, Salvy, 1990,
Le conte de l'île inconnue, Paris, Le Seuil, 2001.

Romans
Manuel de peinture et de calligraphie, Paris, Le Seuil, 2000.   
Le Dieu manchot, Métailié et Albin Michel, Paris, 1987
L'Année de la mort de Ricardo Reis, Paris, Le Seuil, 1988.
Le Radeau de pierre, Paris, Le Seuil, 1990.
Histoire du siège de Lisbonne, Paris, Le Seuil, 1992,
L'Évangile selon Jésus-Christ, Paris, Le Seuil, 1993. 
L'Aveuglement, Paris, Le Seuil, 1997.
Tous les noms, Paris, Le Seuil, 1999.
La Caverne, Paris,Le Seuil, 2002.
L'Autre comme moi, Paris, Le Seuil, 2005.
La Lucidité, Paris, Le Seuil, 2006.
Les Intermittences de la mort, Paris, Le Seuil, 2008.
Le Voyage de l'éléphant, Paris, Le Seuil, 2009.
Le Cahier (Cadernos de Lanzarote – textes du blog tenu par l’écrivain  de 2008 à sa mort) préface d’Umberto Eco, Paris, Le Cherche Midi, 2010


Antoine SAINT-JUST

Œuvres complètes, édition établie par Michèle Duval, volume relié, Champ libre, Paris, 1984. Réédité par les éditions Ivrea, Paris, 2003.

Œuvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel Abensour, Gallimard, coll. Folio/histoire, 2004.


_________________________________________    

 

Stefan CZARNOWSKI,

Le culte des héros et ses conditions sociales. Saint Patrick héros national de l'Irlande, Paris, Alcan, 1919

 

SUR LES KHAZARS :

Arthur KOESTLER, La Treizième tribu, Paris, Tallandier, 2008

Milorad PAVIC
Le Dictionnaire Khazar – traduit du yougoslave, 2 vol. Paris, Belfond, 1988.
1 vol. Paris, Mémoire du Livre, 2002.


Shlomo SAND

Comment le peuple juif fut inventé, Paris, Fayard, 2008.

Jacques SAPIR & Jacques PIATIGORSKI
L’empire Khazar – VIIe-Xie siècles – L’énigme d’un peuple, cavalier, Paris, Autrement, 2005.


________________________________________  



Roger GARAUDY


Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, Librairie du savoir, (1996)
Grandeur et décadences de l'Islam, Paris, Alphabeta & chama, (1996)
Réponse au lynchage médiatique de l'abbé Pierre et de Roger Garaudy, Samiszdat Roger Garaudy, 1996[8]
Mes témoins, Paris, Editions A Contre-Nuit, 1997
Les Etats-Unis avant-garde de la décadence, Paris, Éditions Vent du Large, 1997
Le Procès du sionisme israëlien, Éditions Vent du Large, 1998
Le Procès de la liberté, en collaboration avec Jacques Vergès, Paris, Vent du large, 1998
L’Avenir, mode d'emploi, Paris, Vent du large, 1998
L'Islam en Occident, Cordoue capitale de l'esprit, Paris, L'Harmattan, ( 2000)
Le Terrorisme occidental, Luxembourg, Al-Qalam, (2004)
(liste non-exhaustive)


Jean GENET

« Les Palestiniens », commentaire de dix photographies de B. Barbey publiées dans Zoom, n° 4, 1971
« Les Palestiniens », publié sous le titre Shoun Palestine, Beyrouth, 1973, puis dans Genet à Chatila, Actes Sud, Arles, 1994.
« Près d’Ajloun » in Per un Palestine, dediche a piu voci a Wael Zouateir, Mazzota, Milan, 1979.
Quatre heures à Chatila, extraits du Captif amoureux, spectacle réalisé par Alain Milianti au Théâtre du Volcan du Havre, en 1991.
Genet à Chatila, entretiens avec Leila Shahid à Beyrouth, propos recueillis par Jérome Hankins, Arles, éd. Solin, Babel Sud n°105, 1994.

 

Germaine TILLION

Fragments de vie. Textes rassemblés par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 2009. Comme l'épouse du colonel Serot, Germaine Tillion a été libérée du camp de Ravensbrück par Bernadotte.

 

_________________  


Menahem BEGIN, La Révolte d’Israël, s.l., Albatros, 1978

David BEN GOURION

La Palestine dans le monde d'après guerre - Rapport présenté par Ben-Gourion, président de l'exécutif de l'agence juive au congrès sioniste extraordinaire tenu à New-York le 9 mai 1942, Terre Retrouvée, 1945
Israël, années de lutte, Flammarion, 1964, 1993, 2006
Mémoires - Israël avant Israël, Grasset, 1974

Meir MARDOR, Strictly illegal, R. Hale & Comapany, 1964  (non traduit)

Yitzhak RABIN, Mémoires, Paris, Buchet-Chastel, 1980.

Yitzhak SHAMIR, Ma vie pour Israël. Mémoires de combat, Paris, NM7 Ramsay, 2000 (indisponible chez l'éditeur).

________________    


Norman FINKELSTEIN

L’Industrie de l’Holocauste, Paris, La Fabrique, 200.
Tuer l’espoir : introduction au conflit israelo-palestinien, préface de Jean Bricmont, Bruxelles, ADEN, 2003.
Mythes et réalités du conflit israelo-palestinien, préface de Dominique Vidal, Bruxelles, ADEN, 2007.

Alfred LILIENTHAL

What price Israël ? Chicago, Henry Regnery Cy, 1953.
There goes the Middle East, 1957.
The other side of the coin, 1965.
The Zionist Connextion. What Price Peace ? 1978.
The Zionist Connection II (version augmentée), 1982.
Tous ces ouvrages – non traduits – sont en cours de republication.
Le Dr. Lilienthal (N.Y. 1915-2008)  a été, avec Noam Chomsky, des 500 signataires de la pétition de soutien au droit de Robert Faurisson à  la liberté d’expression.
Son site internet http://www.realnews247.com/alfred_lilienthal.htm , toujours actif, est une mine pour les historiens et les chercheurs.

Ilan PAPPÉ

La guerre de 1948 en Palestine, La fabrique, 2000.
Les démons de la Nakbah, Les libertés fondamentales dans l'université israélienne,  Paris, La fabrique, 2004.

Bernard WASSERSTEIN

Britain and the Jews of Europe 1939-1945, Oxford University Press, 1979.


Auteurs – et non des moindres - absents de cette liste (à compléter plus tard ou par vous-mêmes) :

Noam CHOMSKY
Bruno GUIGUE,
Richard LABÉVIÈRE
Thierry MEYSSAN
Tom ROBBINS
etc.
etc.
etc.


FILMS

Mohammed BAKRI

Jenin, Jenin (2002).

Elia SULEIMAN

Chronique d’une disparition (1998)
Intervention divine (2002)
Le temps qu’il reste (2009)

Merci de m’aider à étoffer cette liste embryonnaire !

 

*



Toutes nos excuses pour les liens non-activés : skynetblogs n'en autorise qu'un nombre restreint par message.


23:22 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/05/2010

Encore Patrick Ledent

 

BP Catastrophe - US Navy bis

 

 

Encore Patrick Ledent

                                                                   (suite impromptue)

 

Le post de Marie sur l’actualité d’il y a quinze jours, vous vous en serez aperçus, est en rade. Pépins de santé, très chers amis en visite... tous les prétextes lui ont été bons  pour tirer au flanc. Elle cravache, paraît-il, pour rattraper.
Pendant ce temps, la Belgique n’a de nouveau plus de gouvernement. Ce n’est pas comme si c’était rare. C’est même, peut-on dire, une spécialité nationale. Ce n’est pas non plus comme s’il y avait lieu de s’en plaindre : pendant les longues, très longues, périodes « sans », le personnel politique ne peut qu’expédier les affaires courantes. Pendant les courtes, très courtes, périodes « avec », il se rattrape (comme bientôt Marie) en prenant à la hussarde les décisions que seul peut prendre un exécutif en exercice, comme, par exemple, de débrancher d’une preste pichenette les insuffisants respiratoires (les vieux et les pauvres s’entend). On adore avoir un gouvernement.

Mais il faut que j’arrête de marcher sur les plates-bandes de mon estimée consoeur. Retenez juste que les Belges n’ont, pour l’instant et pour longtemps, pas de gouvernement, et que les voilà derechef de corvée de vote le 13 juin prochain.
Or, mon nouvelliste liégeois préféré, qui est un citoyen exemplaire, va jusqu’à lire dans les gazettes ce que racontent les candidats. (Dieux du ciel où va-t-il chercher le courage ?) D’où la lettre qu’il vient d’envoyer à une douzaine de personnes triées sur son volet (dont moi) et sans Facebook svp ! Puisque je n’ai pas de secrets pour vous, la voilà. (Métro est un machin distribué gratuitement chaque matin dans toutes les gares – en français au sud, en flamand au nord – histoire de convenablement formater le cerveau des navetteurs pas encore chômeurs.)


élections

 

Chères amies,
Chers amis,

Je lis dans "métro" une interview de l'eurodéputé socialiste Marc TARABELLA. Ce dernier rapporte qu'une taxe minime, de 0.025%, sur les transactions financières rapporterait 135 millards d'euros par an à l'Europe.


On va supposer que les chiffres sont à peu près exacts et qu'il n'y a pas de faute de frappe...

Je n'ai pas tiqué sur les 135 milliards. Il y a belle lurette que l'on entend (même moi) valser des chiffres du même ordre. Le milliard est une unité de mesure courante. Elle l'était déjà à l'époque du franc belge et, bizarrement, elle n'a pas dû être convertie au moment du passage à l'euro. C'est à n'y rien comprendre ! J'ai dû relire, par contre, à plusieurs reprises, le 0,025%, tant ce taux d'imposition ne m'était pas familier. Les taux d'imposition moyens des revenus du travail d'un ménage (35%, soit 1400 fois plus) ou de la TVA (21%, soit 840 fois plus) m'étaient plus familiers.

Si familiers qu'il m'apparaissait normal, à moi, par souci d'équité, d'aligner le taux de taxation des transactions financières sur le taux moyen de la TVA en Europe (environ 20%, soit 800 fois plus). Ceci , bête règle de Troie, permettrait donc d'engranger chaque année des économies de 135 x 800 milliards d'euros, soit 108.000 milliards d'euros, juste un peu plus que le nombre de sonnets potentiels chers à Raymond Queneau.

Avec ça on pourrait renouveler 1.080 fois chaque année (c'est-à-dire trois fois par jour) le plan d'aide à la Grèce, fixé à environ 100 milliards d'euros. Ceci sans toucher aux revenus de ses travailleurs. Ça me paraît tellement fou que j'en viens à me demander s'il n'y a pas vraiment une faute de frappe dans la gazette. Mais bah ! On n'a que le plaisir que l'on se donne, n'est-ce pas ?

C'est bien, hein ? Il nous resterait encore une petite poire pour la soif. Par exemple, de quoi sauver chaque année, et toutes les nonante minutes cette fois, soyons pois chiches, la Wallonie, après la scission. Ou toutes sortes d'autres applications qui laissent rêveurs.

Si on a encore soif, après, on peut instaurer un impôt sur la fortune pour les pays qui en sont dépourvus, revoir le taux d'imposition des héritages, du revenu de l'argent, des placements extraboursiers, etc.

Que les plus frileux d'entre vous se rassurent, la mesure avancée par Marc TARABELLA n'est, dieu soit loué, pas encore votée. On y pense seulement. Pour certains, on y pense tant que l'intéressé, à la veille de la présidence européenne belge, est d'ores et déjà traité de communiste. Il faudra par conséquent trouver un arrangement. Soit oublier cette mauvaise idée, soit réfléchir ensemble à un taux de taxation moins usuraire.

Voilà, ça va mieux quand c'est dit !

Pat

 

L'argent - LibertéL'argent - égalitéL'argent - fraternité

__________     

 

balançoire

Balançoire que tout ça !

 

 

*

 

C’est drôle : pendant que je copiais-collais à votre intention la lettre de Patrick, voici qu’il m’en arrive une autre. De Michel Collon. Qui s’en est allé à Genève interviewer Jean Ziegler.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler de milliards, et même de milliards de presque morts, comme de la pluie et du beau temps ? !

 

*


Jean Ziegler interviewé par Michel Collon :

« Les enfants du tiers monde meurent à cause des gangsters de la Bourse »


Dans ses livres qui ont marqué l'opinion, Jean Ziegler n'a cessé de dénoncer le caractère absurde et criminel des politiques du capitalisme envers les peuples du tiers monde. Il a été le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme aux Nations unies de 2000 à 2008. Michel Collon l'a interrogé à Genève sur la crise, la Bourse, la faim, Obama, Israël...

Jean-Ziegler-1-2CollonMichel

La crise t’a surpris ?

Dans sa violence, oui. Je ne pensais pas que les truands de la finance allaient ruiner l’économie mondiale à une telle vitesse : 1.800 milliards de valeurs patrimoniales ont été détruites. Pour les pays du tiers-monde, c’est une catastrophe totale. Mais aussi pour les pays industrialisés.

 

Ce sont encore les pauvres qui paient ?

Oui. Le 22 octobre 2008, les quinze pays de l’euro se sont réunis à Paris. Sur le perron de l’Elysée, Merkel et Sarkozy ont dit : « Nous avons libéré 1.500 milliards d’euros  pour le crédit et pour augmenter le  plafond d’autofinancement de 3 à 5% ». La même année, les mêmes pays européens ont réduit leurs subventions pour le programme alimentaire mondial (qui ne vit que de ces subventions) de 40 %. De six milliards de dollars à moins de quatre milliards.
Ce qui fait qu’au Bangladesh, on a supprimé les repas scolaires. Un million d’enfants  sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ces enfants meurent donc à cause des gangsters de la Bourse. Il y a là des morts véridiques. Les spéculateurs, aujourd’hui, devraient être jugés au tribunal de Nuremberg.

 

Quelle leçon les puissants ont-ils tiré de la crise ?

Aucune. Prenons l’exemple de la Suisse. Le contribuable suisse y a payé 61 milliards de dollars pour le sauvetage de la plus grande banque : UBS. L’an dernier, en 2009, les dirigeants d’UBS, toujours proches de la  faillite, se sont distribué entre eux des bonus pour quatre milliards de francs suisses ! Le pillage est total et l’impuissance des gouvernements qui se comportent comme des mercenaires est totale aussi. En tous les cas en Suisse, en France, en Allemagne où j’ai quelques renseignements. C’est un scandale permanent.
Le masque néolibéral est tombé, évidemment, avec sa prétendue légitimité. Mais le cynisme et  l’arrogance des banquiers triomphent totalement.


Et du côté du public, sens-tu une évolution ?

Non, si tu regardes les chiffres, ils sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Un milliard de personnes (c’est-à-dire un homme sur six) sont gravement et en permanence  sous-alimentés. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains avec 2.700 calories par individu par jour ! Donc, au début de ce siècle, il n’y a plus aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est assassiné. C’est catastrophique.
L’ordre mondial du capital financier globalisé est meurtrier - épidémies, décès par la pollution de l'eau , etc… - et en même temps absurde : il tue sans nécessité. C’est l’ordre des oligarchies et du capital financier mondialisé. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total.


Tu as été, de 2000 à 2008, le rapporteur des Nations-Unies sur le problème de la faim dans le monde. Quel bilan tires-tu ? As-tu servi à quelque chose ?

Oui. La conscience a augmenté. Plus personne aujourd’hui, ne considère ce massacre quotidien comme un fait de la nature. On va en Europe, je crois, et en tout cas dans les pays de la périphérie, vers une insurrection des consciences. Il faut une rupture radicale avec ce monde cannibale.
Alors que le problème de la faim n’est pas résolu, on dépense de plus en plus pour faire la guerre.
En 2005, pour la première fois, les dépenses mondiales d’armement (pas les budgets militaires, juste les dépenses  d’armement) ont dépassé mille milliards de dollars par an. Nous vivons dans un monde d’une absurdité totale.


Obama avait pourtant fait de belles promesses…

Il est vrai qu’Obama suit totalement la surdétermination de l’Empire. Je ne l’ai jamais rencontré, c’est sûrement quelqu’un de bien, mais la réalité qu’il affronte est effrayante. Les Etats-Unis restent la plus grande puissance industrielle au monde : 25 % des marchandises industrielles sont produites  par eux, avec pour matière première le pétrole : 20 millions de barils par jour, dont 61% sont importés. On peut l’importer de régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, ce qui  les amène à maintenir une force armée totalement hypertrophiée, et le budget fédéral est donc complètement parasité par les crédits militaires… Mais telle est la logique de l’Empire.


Quel est ton sentiment sur ce qui se passe maintenant en Israël et comment cela peut-il évoluer ?

Je pense que Tel-Aviv dicte la politique étrangère des Etats-Unis avec le lobby de l’AIPAC, comme puissance déterminante.


Avant les politiciens, ce sont quand même d’abord les multinationales pétrolières qui décident d’armer Israël.

Oui, la logique fondamentale est que pour les intérêts pétroliers, il faut un porte-avion stable. Et l’Etat d’Israël mène - ce n’est pas moi qui le dit, c’est un rapporteur spécial des territoires occupés - une politique permanente de terrorisme d’Etat. Tant que ce terrorisme continue, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient, il n’y aura pas de fin au conflit Iran - Irak, ni rien du tout. Tout est sans issue sauf si enfin l’Union européenne se réveillait, tu comprends ?


Que pouvons-nous faire, nous Européens, pour la réveiller ?

Depuis juin 2002 existe un accord de  libre échange entre Israël et les 27 pays de l’Union européenne, qui absorbent 62% des exportations  israéliennes. Dans cet accord, l’article 2 (c’est le même dans tous les traités de libre échange) dit : "le respect des droits de l’homme par les parties contractantes est  la condition pour la validité de l’accord". Mais les violences faites aux Palestiniens - vol de la terre, torture permanente, éliminations extrajudiciaires, assassinats, organisation de la sous-alimentation comme "punition" collective – tout cela, ce sont des violations permanentes des droits de l’homme les plus élémentaires. Si la Commission européenne suspendait pendant 15 jours l’accord de libre-échange, les généraux israéliens reviendraient à la raison immédiatement. Or, l’Europe des 27, ce sont des démocraties, c’est à nous de jouer, nous, opinions publiques.


Comment ?

Il faut forcer nos gouvernements. Nous ne sommes pas impuissants. En Belgique, il y a beaucoup de problèmes, en Suisse et en France aussi. Mais une chose est certaine : les libertés publiques existent. Il faut se saisir de ces libertés publiques pour imposer à nos gouvernements un changement radical de politique, c’est tout. S’ils ne le font pas, alors il ne faut plus voter pour eux, tu comprends, c’est aussi simple que ça !


Mais tous ces gouvernements sont d’accord de soutenir Israël. En France, par exemple, que ce soit l’UMP ou le PS, ils soutiennent Israël.

Soutenir la sécurité et la permanence d’Israël, c’est une chose. Mais cette complicité avec le terrorisme d’Etat et la politique de colonisation, ce n’est pas possible. C’est la négation de nos valeurs, c’est « du fascisme extérieur » : c’est-à-dire que nos valeurs sont démocratiques à l’intérieur de nos frontières et à l’extérieur, nous pratiquons le fascisme par alliance.


Et enfin, le rôle des médias dans tout ça ?

Ils sont complètement soumis. Notamment en période de crise, les journalistes ont peur pour leur  emploi. L’agressivité du lobby israélien est terrible. Moi, j’ai subi la diffamation la plus effroyable, et ça continue aux Nations-Unies d’ailleurs, c’est grâce à Kofi Annan que j’ai survécu. Israël est un danger pour la paix du monde, Israël cause d’effroyables souffrances. Et dans ce pays, les opposants comme Warschawski sont complètement marginalisés. Mais si l’opposition israélienne anticoloniale et anti-impérialiste n’a pas la parole, n’a pas d’influence, eh bien, nous allons vers la catastrophe. Il faut soutenir les opposants.


Et le rôle des médias à propos de la crise ?

La crise est présentée comme une fatalité, une catastrophe naturelle. Alors que les responsables sont identifiés !

 

*

 

Catastrophe d'Issy

___________________   

La catastrophe d'Issy.

Le patron - Toujours aimable, ce cher Président !... Le fait est que notre douleur sera grande ! C'est une affaire qui va peut-être nous coûter cher !

 

*

 

Comme le faisait remarquer ce matin Thomas Gunzig dans Café serré, chronique matinale (RTBF-La Première - 8h30) où il s'essaie à jouer les Stéphane Guillon belge :  «  Il paraît qu'un milliard d'humains meurent de faim. Voyons le bon côté des choses : ça en fait quand même cinq milliards qui s'en tirent. »


*

 

Illustrations :

Catastrophe BP -
Photo US Navy - Mai 2010
L'argent,
trois dessins de Frantisek KUPKA (1871-1957) pour L'Assiette au beurre (de la série "Danse macabre ou l'Argent" - 1901 à 1907)
« Balançoire que tout ça ! »,
même série de KUPKA pour L'Assiette au beurre.
La catastrophe d'Issy (explosion dans une fabrique d'armes de la région parisienne, qui fit 17 morts en juin 1901), dessin de Théodore-Alexandre Steinlein (1859-1923) pour L'Assiette au beurre du 27 juin 1901.

 


LIVRES

Jean Ziegler (énumération non exhaustive)


Les Rebelles contre l'ordre du monde, Seuil,
1983, 1997.
# Les Seigneurs du crime : les nouvelles mafias contre la démocratie,
Seuil, 1998.
# Le Livre noir du capitalisme,
co-auteur, Édition Temps des Cerises, 1998.
# La Faim dans le monde expliquée à mon fils,
Seuil, 1999.

# Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Éditions Fayard, Paris, 2002. 
# Le Droit à l'alimentation,
Mille et une nuits-Arthème Fayard, 2003.
# L'Empire de la honte, Éditions Fayard, Paris, 2005.


Michel Collon


- Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation,
EPO, Bruxelles, 1992
- Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres
, EPO, Bruxelles, 1998
- Monopoly, L'Otan à la conquête du monde,
EPO, Bruxelles, 2000
- L'Empire en guerre,
(ouvrage collectif), Le Temps des Cerises, Paris, 2001
- Médias et Censure
(ouvrage collectif), Ed. Université de Liège, 2004
- Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes,
Oser dire, 2005
- Les 7 Péchés d'Hugo Chavèz,
Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
- Israël, Parlons-en !
, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/ Charleroi, 2010


FILMS

Michel Collon

- Avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, reportage, 45', Bruxelles, 1999
- Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78', Bruxelles, 2002
- Avec Vanessa Stojilkovic : Bruxelles - Caracas ; documentaire, 78', Bruxelles, 2007

 

posté par Catherine L.

 

 

Dernière minute...

Travail de cimenteurs en Afrique et de briquetiers au Bengladesh.

Trois vidéos reçues d'une autre Marie (Paule)...

 

 

 

 

...sur ces athlètes qui seraient médailles d'or si leurs disciplines étaient homologuées par les Jeux olympiques. Simplets qui gagneraient des millions s'ils se contentaient de taper sur des baballes avec des raquettes au lieu de se rendre utiles.
















 

18/04/2010

Un écrivain liégeois : Patrick LEDENT

Péniche à Liège de nuit

                 

Un écrivain liégeois :  Patrick LEDENT
                               et son tout premier Joli coup



Nous allons bien finir par nous entretenir de littérature, sur ce blog !


Patrick 1.JPGUn hold-up qui commence mal, un rêve de retraite dans le Sud, un souvenir de tripotées, une file de caddies qui n'avance pas, un cadavre interchangeable, des larmes intarissables, une amnésie inopportune, une délocalisation en Roumanie, une belle femme trop gentille, un meurtre bien propret devant la télé, une dernière cigarette, un soldat saponiphile, une villa côtière transformée en hôtel de luxe, une passion trouble pour la boucherie, et pour finir... un joli coup.

Dix-sept nouvelles pour le premier recueil du premier auteur que nous embarquons en tant que tel.

D'une admiratrice qui est également une consoeur :

« Sous la légèreté et la quotidienneté, c'est d'une plume mordante que Joli coup s'attaque à quelques petites angoisses comme le cancer, le chômage, la guerre, l'argent ou son absence, l'économie, l'éducation, la violence ou la difficulté des relations humaines. Dans l'invective ou la jubilation verbale, l'auteur s'inscrit à la suite des humoristes qui, depuis Swift, dénoncent les plaies du monde moderne avec savoir-dire et élégance :

« Pour autant, je n'en voulais à personne. J'avais si bien essoré le temps, si bien égoutté chaque seconde que je savais mieux que quiconque combien la vie est riche, imprévisible et fantasque. Émancipée et victorieuse. Combien elle se moque des révolutions solaires et lunaires. De toutes ces planètes qui tournicotent autour du soleil et sur elles-mêmes, cherchant un mouvement qui les rassure, une équation qui les apaise ou une réponse à leur errance stérile. Combien les hommes se trompent en levant les yeux au ciel, quand ils devraient les baisser ; combien ils se fourvoient en s'émerveillant de la trajectoire des astres, quand la leur est tellement plus libre, plus folle et poétique. »

 

 

Mais commençons par les commencements biographiques :



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Littérairement parlant, les choses ont commencé, pour Patrick Ledent, comme souvent dans les provinces, par quelques gamins en fin d'études secondaires, qui se réunissaient le soir pour vider des pots autour d'une personnalité locale connue jusqu'à l'extérieur - même du pays -, ce qui, dans la morne mesquinerie ambiante, leur permettait de ne pas se laisser totalement anesthésier. La personnalité était André Blavier, bibliothécaire communal  en chef, pataphysicien, traducteur d'Ubu en wallon, queneaulâtre, grand collectionneur de fous littéraires et animateur d'une revue où les temps étaient mêlés. L'endroit  était le café des Brasseurs, haut-lieu, depuis les temps immémoriaux où il s'appelait la Brassinne, de la consommation de liquides fermentés voire distillés, aujourd'hui devenu MacDo, comme tout ce qu'il y avait de beau à saloper.

Pratiquement parlant, elles ont commencé par la création, avec et autour du maître, d'une petite revue bricolée, presque de potaches, autodérisivement nommée L'Alphablet, qui a bien paru dix fois entre 1985 et 1991. Les six ou sept (huit ?) membres co-fondateurs s'y essayaient aux formes et aux sujets qui leur chantaient, y affrontaient quelques contraintes oulipiennes et s'y délassaient en bouts rimés. C'était tapé à la machine même pas électrique, photocopié, agrafé, et illustré à la plume par Madame (Odette), artiste ès collages et docte traductrice du Münchhausen d'Immermann, une fois le ménage fini. Certains y firent même quelques prometteuses étincelles, sous l'oeil mi-clos du « chef » tétant sa pipe, écoutant sans broncher une assez grande quantité d'insanités et vidant force Rodenbach pour faire passer.

Car tout ce petit monde pintait en refaisant la Genèse et la littérature. Déjà vu ? Oh oui. Souvent. Comme souvent aussi, presque tous ces jeunes gens ont fini par mettre de l'eau dans leur vin ou de la grenadine dans leur Leffe et par élever des enfants. Patrick Ledent n'a pas échappé à la règle, mais, lui, sans jamais cesser d'écrire ni d'ailleurs d'éveiller chez ses commensaux, la même relative amicale indifférence. Il en aurait fallu davantage pour le dissuader.

On sait qu'il est de bon ton, quand on entre en littérature, de se réclamer d'un illustre aîné, de s'inventer à posteriori quelque parraînage flatteur. Le bon ton n'y étant pour rien, Ledent a eu la chance d'avoir, en Blavier, un lecteur d'abord, de tout ce qu'il a écrit, un mentor ensuite, d'une bonne volonté inaltérable, toujours prêt à répondre patiemment aux multiples questions que se pose un écrivain débutant autodidacte : les expressions toutes faites à éviter, les belgicismes qu'on peut se permettre et ceux qu'on ne peut pas, le mot précis préférable à tout, la traîtresse concordance des temps et j'en passe. C'est lui aussi qui a critiqué sans complaisance les premières productions sérieuses (deux romans), et encouragé plutôt le choix des nouvelles, enfin conseillé la participation à l'un ou l'autre concours, histoire d'y pêcher quelque assurance. Transmission de savoir si réussie que - chose rare - l'élève n'imite en rien le maître. L'univers de Patrick Ledent est le sien et l'usage qu'il fait de la langue lui est propre. Si on y retrouve un peu de la goguenarde misogynie de Frédéric Dard, ce n'est pas par hasard, la sortie régulière du « dernier San-A » ayant rythmé les années de formation de ces jeunes gens, mais aussi parce que Patrick Ledent est visiblement persuadé (à tort) qu'On est toujours trop bon avec les femmes. Si on rencontre, ça et là, dans sa galerie de personnages, un petit cousin de Monsieur Ripois, ce n'est pas non plus par coïncidence : affinités électives. Une critique récente parle du plaisir qu'à l'évidence Patrick Ledent prend à écrire. On peut même dire jubilation. Contagieuse.

Je lui trouve, pour ma part, une autre particularité que je suis peut-être la seule voir.

Comme Simenon disait « je suis liégeois » et non pas « je suis belge », ce qui ne devait avoir de sens précis que pour lui et très peu d'autres, Ledent est un écrivain liégeois. Parce qu'il est né à Liège ? Même pas. Il est né à Juslenville, village dont l'existence resterait obscure, si on n'y avait découvert un autel de Mithra. D'ailleurs, des écrivains « nés à Liège », il y en a des flopées.

Qu'est-ce donc alors qu'un écrivain liégeois ?

Une expression du terroir dit d'une femme de moeurs décomplexées : « Il n'y a que le tram qui n'est pas passé dessus ». Eh bien, la principauté épiscopale de Liège, même le tram est passé dessus. Pendant pas loin de mille ans. République, mais théocratique. Neutre, mais labourée et fourragée par toutes les armées du monde, sauf peut-être les africaines et les chinoises qui n'ont pas dit leur dernier mot. Théâtre de la révolution populaire la plus radicale (et la seule victorieuse) du début du XIVe siècle, comme d'une deuxième révolution non moins radicale juste avant et pendant la Révolution Française, et avec tout cela, génocidée par le Téméraire si complètement au XVe s., qu'il n'y est pas resté alors six douzaines d'humains debout. Une des caractéristiques les plus étranges de ce pays oublié des dieux et snobé des hommes est que ceux qui l'ont repeuplé après la mère de toutes les Naqbas se sentent - et ont fini par être - les héritiers et les continuateurs de ceux qui, pourtant, sont morts sans descendance. « Nos ancêtres les Éburons », etc. C'est cette histoire-là peut-être, qui fait porter par certains de ses artistes, sur les choses et sur les gens, un regard particulier, irrémédiablement dénué d'illusions, mais non pas de bienveillance. C'était le regard de Simenon. C'est le regard de Ledent, quelle que soit leur importance respective dans la République des Lettres. C'était celui aussi de Blavier, assorti, là, d'une pointe de léger sardonisme à la Voltaire (étant entendu que Voltaire et la bienveillance n'ont jamais gardé les cochons ensemble). Je le répète, le talent n'a rien à y voir. C'est juste une façon de considérer les choses. Entre ceux qui ont ce regard-là et les autres, il y a la même différence qu'entre Giovanni Agostino della Torre et son fils Nicolo, dans le portrait qu'a fait d'eux Lorenzo Lotto.

Or, voici qu'à l'heure où des sangsues à la Berlusconi-Seillières, sous prétexte que le fruit de leurs rapines leur a permis de s'emparer du moyen de faire des livres, pratiquent dans la vie intellectuelle une censure qui n'a rien à envier à feue l'Inquisition espagnole et enfoncent de concert un pieu bien affûté dans le cercueil de Gutenberg, Patrick Ledent s'est trouvé une éditrice. On ne peut que leur souhaiter à tous deux beaucoup de courage, car faire des livres et réussir à les diffuser n'est pas tout à fait la même chose, et cette chasse-là, justement, est bien gardée par les sangsues.

Quoi qu'il en soit, l'auteur débutant a tout livré, en vrac, à l'éditrice débutante - une moisson de nouvelles écrites sur une vintaine d'années - et l'éditrice a fait son choix. Le résultat est ce premier recueil intitulé Joli coup, qui doit être bientôt suivi d'un autre. Le train est sur les rails.

Ah, les trains...

« Il écrit comme un train de marchandises » a décrété Dantzig, peu enthousiaste de Simenon. Patrick Ledent aussi, en quelque sorte, écrit comme un train de marchandises. La jouissance d'en écrire encore et encore une autre, vous savez... Et alors ? Ce qu'on ignore, dans le VIIe chic, c'est qu'un train de marchandises peut prendre, aux yeux de certains, selon les cas, les temps et les lieux, des allures d'archange Gabriel, voire de déesse Cornucopie.

 

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  La métaphore des chemins de fer s'applique d'autant plus heureusement à notre auteur qu'il y travaille. Non seulement il y travaille, mais le regretté quoique toujours vif Claude Villers mis à part, je ne connais personne d'aussi passionné par tout ce qui se déplace sur rails. On admettra que se passionner pour un gagne-pain non choisi est d'une originalité certaine de nos jours. Et peu lui importe que sa gare nourricière, par la grâce de l'architecte Santiago Calatrava Valls et de l'administration liégeoise soit devenue un morceau de Brazilia au coeur de l'Europe, une pharaonnerie futuriste au milieu d'un quartier pourri, et que son bureau personnel  soit passé de 75 m2 à 8 ! Il en faudrait bien davantage pour dégoûter Patrick Ledent des chemins de fer. Tout au plus M. Calatrava Valls risque-t-il de se retrouver, dans un prochain recueil de nouvelles, victime d'un meurtre ingénieux dont l'auteur ne sera jamais pris.

 

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   Car qu'il vente ou qu'il pleuve des petits chiens, Patrick Ledent ne peut pas s'empêcher d'écrire des nouvelles.

En voici une, inédite, que nous avons l'honneur et l'avantage de vous offrir sur ce blog, avec la gracieuse permission des éditions Calliopées. Oublions pour un instant les gares. Là, on est dans une grande surface.


*



À VOS CADDIES !

                                 
   

     Alors, on fait ses petites courses ? T'as de la chance de pouvoir, moi je m'arrête avant de glisser un jeton ou une pièce dans le cadenas du caddie. Je ne supporte pas qu'on ne me fasse pas confiance. Ce n'est pas parce qu'une douzaine de caddies disparaissent chaque semaine qu'il faut obliger dix mille honnêtes clients à prendre ceux qui restent pour des machines à sous. S'ils veulent  les garder, leurs chariots, ils n'ont qu'à les surveiller.
     Avant, t'avais deux ou trois types qui faisaient ça. Ils ramenaient l'engin de ta voiture au magasin. Gratos. Pour te remercier d'avoir claqué ton fric dans les rayons de chez Trucmuche. Mais aujourd'hui, tu penses, l'heure n'est plus aux égards. Depuis qu'on a compris que tu étais disposé à servir de larbin tout en vidant les rayons, on a viré la valetaille. Toujours ça de gagné.
     Mais vas-y, entre ! Que ça ne t'empêche pas de consommer ! Non ! Tu te sers de ça, toi ? Tudieu ce naturel, cette assurance un peu empressée que tu as eue en te dirigeant vers le présentoir pour saisir l'engin ! Je n'en reviens pas, une fille comme toi, si jolie, qui a l'air si gentille ! Ça te bouchbée, cette innocence presque amusée avec laquelle tu t'apprêtais à commettre une telle insanité. Faut-il que l'on t'ait battue, torturée - pardon de le dire, je ne veux pas être méchant, mais décérébrée, oui, désolé, décérébrée - pour te conduire à self-scanner ! Pourtant t'as l'air humaine, alors qu'est-ce qui se passe ?  Qu'est-ce qu'elles t'ont fait les caissières ? T'es jalouse ? Tu ne revendiques quand même pas leur place, si ? Je veux bien que les temps soient durs, mais tout de même ! Ça t'ennuie tellement de leur laisser ce travail-là ? De les laisser vivoter de ça ? Tu les préfères sur le trottoir, à tendre la main ou à vendre leur corps ? Faudra bien qu'elles s'y résignent, si tu fais leur boulot pour pas un rond. As-tu seulement mesuré l'étendue du désastre ? Mesuré combien on se payait ta tête en te glissant cet engin dans les mains pour que tu t'auto-factures ?
     Je vais t'aider en te donnant une idée du chemin parcouru. Avant, c'est pas loin, moins de trente ans, une bonne génération, on s'entre-déchirait pour te livrer la marchandise à domicile. Aujourd'hui, on a réussi à te faire acheter une bagnole, à te sortir de chez toi, à te faire payer une caution pour utiliser un chariot et à te transformer en caissière. Joli travail, tu ne trouves pas ? À ce rythme, je ne leur donne pas dix ans pour te faire douiller une place de parking et le prix de revient d'un ticket de caisse. Et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Parce que c'est déconcertant, ta docilité. Te savoir plus soumise qu'un caniche, ça donne des idées! Ce n'est plus un supermarché, c'est un chenil, cette saloperie, avec des clientes comme toi ! Tu ne te rends pas compte, mais tu recules les frontières du possible, là. Ils n'en reviennent pas de ta candeur, elle les excite. Si tu jouis quand on te bat, on te bat pour pas que t'arrêtes de jouir, c'est de l'altruisme, en quelque sorte. Continue comme ça et demain c'est toi qui dépèces le bœuf, découpes les steaks, les pèses, les mets sous cellophane, les étiquettes, les scannes et paies un supplément pour le nettoyage des installations. Ris pas ! Tu le fais déjà pour les fruits et légumes ! Et s'ils ne t'envoient pas les cueillir, c'est parce qu'ils ont peur de te donner des idées. Des fois que tu t'apercevrais que les pommes, les poires, les fraises, les prunes, les cerises, les salades - et merde, je ne vais pas tirer à la ligne - ça prospère sous nos latitudes. Dans ton jardin, si ça se trouve.
     Comme les vaches, d'ailleurs, qui paissent juste à côté de chez toi, enfin... deux rues plus loin. On ne va pas chipoter pour cinq cents mètres quand ton bœuf sous cellophane vient des États-unis, t'es bien d'accord, hein ? Au fait, que je te suggère : si t'allais le voir, le propriétaire des vaches ? On dit fermier, tu savais ? Si tu lui demandais un bon steak ? T'as pas l'impression qu'il serait meilleur ? Tu dis ? Plus cher ? T'es sûre, vraiment sûre de ça ? Pas moi. Je peux te l'affirmer : j'ai essayé.
     Allez, je te raconte, je ne peux pas résister : l'autre jour, je lui ai acheté un saucisson et deux morceaux de fromage, tellement je m'étais régalé de son steak, la semaine avant. Bon, le saucisson, une fois le boyau retiré, il se « défaisait », c'est le moins qu'on puisse dire. T'avais du mal à former une rondelle. Elle s'effritait aussitôt, faute de graisse, d'antioxydant, d'acidifiant, d'E42, 936, 354 et six-quatre-deux (je l'écris toujours en lettres, celui-là, c'est plus drôle). Qu'est-ce qu'il était bon, son saucisson, émietté sur une tartine de pain ! Et son fromage, donc! Toi, pauvre cloche, tu l'asphyxies sous une consoeur en verre, pour pas qu'il pollue ta cuisine ; lui, avisé, il le coiffe juste d'une moustiquaire, pour qu'il aère à l'abri des mouches ! Il t'en a de plusieurs sortes : des jeunes, des demi-vieux et des vieux. Ça suffit pour ton bonheur, tu peux me croire. Vas-y donc ! Tu dis que tu viens de ma part, il te fera un rabais.
     Et tant qu'à digresser, faut que je te parle de sa fille, qui revenait de la boulangerie, le jour du saucisson. C'était un dimanche matin frisquet. Bonnet de laine multicolore, jupe de serge beige, manteau marron avec des boutons en forme de bâtonnets, tu vois ? Bottes de caoutchouc et joues roses, la fille. Elle m'a souri. J'ai cru mourir. J'avais plus vu une fille aussi naturelle depuis... Je dis des conneries. J'avais jamais vu une fille aussi naturelle ! Sauf au cinéma. Mais c'était moins bien au cinéma parce que si l'herbe était verte, s'il y avait du brouillard au ras du sol, comme ce jour-là, ça ne sentait pas la prairie détrempée et l'argile. Je n'avais aucune envie de m'enterrer au cinéma, tandis que là, cette glaise, qu'est-ce qu'elle était accueillante ! Je m'y serais couché et j'y aurais creusé mon trou, la repoussant de part et d'autre, avant de la rabattre sur moi, comme un drap. Et je me serais endormi pour toujours, dedans cette terre qu'elle marquait de ses bottes, la fille du fermier. Ou de ses pieds nus, j'en étais sûr, lorsque, l'été revenu, l'odeur du foin l'emportait sur celle de l'herbe grasse.
     Une digression champêtre qui semble n'avoir pas été inutile, puisque tu le remets en place, sans que je te le demande, le self-machin. Juste pour me faire plaisir. Je t'inviterais bien à l'écrabouiller sous tes talons, mais il s'en trouverait pour te punir or je ne te veux pas de mal, tu l'as compris.
     Voilà, dans son reposoir, merci. Non ! Ne le donne pas à la gamine qui te tend la main ! Elle n'a qu'à l'arracher à son socle, zut. Faut qu'elle assume !
     Laisse ! Cherche pas à la convaincre, elle est foutue, elle, ça se voit. Elle est trop jeune, à peine sortie de l'adolescence. Chiche qu'elle trouve ça fun, vachement in, de se taper le boulot ? Elle est contente de glisser le code barre sous le laser rouge. Ça l'amuse, le petit bip qui résonne. Demain, tu vas voir, ils lui offriront un « merci », avec la voix de son acteur préféré en prime, au lieu d'un « bip ». Et on lui fera payer le service au passage ! Foutue, je te dis. Le bidule lui délivrerait un sucre par tranche de dix euros, qu'elle se foutrait sur la paille pour le happer d'un coup de gueule. Allez ! Filons, sinon je vais la gifler et on me foutra en tôle, que je pourrais même plus gueuler ou qu'il n'y aura plus personne pour m'entendre. Que d'ailleurs, si ça trouve... Ah non, merde ! Pas le moment de craquer.
     Nous, on poireautera à la caisse, drapés dans notre dignité, quand elles self-scanneront, les salopes. On fera des sourires à la caissière en attendant. On l'encouragera à supporter ce spectacle-là, tellement éprouvant, tellement désespérant. Imagine des bovins, à la queue leu leu, à l'abattoir. Eh bien pareil ! Sauf qu'elle est obligée de continuer à bosser pendant qu'on abat les siens sous ses yeux, la malheureuse. Tant de sadisme, ça défrise, non ? On ira l'embrasser pour la réconforter, soulèvera deux ou trois bouteilles pour l'aider. On tâchera de lui faire comprendre qu'on l'aime, qu'on compatit, qu'on a mal pour elle, que si on pouvait l'arracher cinq minutes à la méchanceté des autres, on le ferait. Qu'on lui cassera la gueule, au client qui ne sourit pas. Qu'on le pendra sur l'heure celui qui osera trépigner et la regarder de travers pour qu'elle se magne un peu. Que si on doit attendre trop longtemps, c'est pas à elle qu'on s'en prendra, mais aux responsables. Au gérant qu'on sortira manu militari de son bunker de miroirs sans tain et qu'on assoira de force à une caisse pour qu'il voie ce que c'est, combien c'est épuisant, tuant, de sourire à tous ces cons. Parce que c'est trop facile, ça, attendre sans regimber, sans gueuler. D'autant que c'est voulu, ton attente. Tu le sais, ça, que c'est voulu ? Calculé. Pour t'obliger à en venir, petit à petit mais néanmoins de force, avec cette lâcheté émétique qui les caractérise, au self-scanning. Créer le besoin pour imposer leur loi. C'est leur devise à ces salauds-là... Lola, justement. Chiche qu'elle s'appelle Lola, la caissière. J'aimerais bien qu'elle s'appelle Lola. C'est joli Lola. Jolilola, joli lilas. Ouf ! Ça fait du bien de souffler un peu.
     T'as remarqué, l'agencement des rayons ? Rien n'est laissé au hasard. J'ai vu un reportage là-dessus. Instructif. On place à ta droite ce dont tu n'as pas besoin, parce qu'on est sûr que tu regarderas d'abord à droite en entrant. C'est prouvé. Par contre, on placera l'essentiel à gauche, puisque tu vas de toute façon le chercher. On fait plus que se foutre de ta gueule, tu sais, on te méprise ! Le panier pour les petits achats, par exemple, il sera toujours à gauche, même si nous sommes très majoritairement droitiers. On t'obligera à te dévisser le bas du dos pour le saisir, on prendra soin de ta hernie, parce que si on te le mettait sous la main, il prendrait la place des pots de fleurs en promotion que tu achèteras peut-être, sûrement, puisque tu les auras sous les yeux. Moi, ces procédés, ça me donne envie d'entrer à reculons !
     Pareil pour les rayonnages, scientifiquement étudiés. Tu devras te baisser pour l'eau, la farine et l'huile, voire tendre la main ou te dresser sur la pointe des pieds pour atteindre le lait. Par contre, à hauteur de ceinture, tu trouveras l'inutile ou les produits de luxe. De l'huile aussi, par exemple, faut pas croire, ils ont de l'humour, mais pas de friture, celle-là : le bénéfice est trop maigre. De l'huile d'olives, labellisée, que tu paieras douze fois son prix, croyant enrichir un artisan des hauteurs du lac de Garde, quand tu n'auras engraissé que l'une de leurs succursales, en banlieue.
     Tu n'es rien ici. Qu'un produit parmi les autres. Ni plus, ni moins que ce que tu t'apprêtes à acheter. Ils savent tout de toi. Pourraient te dire ce tu gagnes, comment tu le dépenses et le moyen de t'y prendre autrement, si d'aventure ça ne faisait pas leur affaire, le comment que tu le balances, ton fric. Pourraient te dire tes petites habitudes, tes préférences, tes goûts, ton humeur et tes faiblesses. Tout, absolument tout. Avec tes cartes bancaire ou de fidélité, que tu présentes spontanément par facilité - toujours ça qu'ils te vanteront, la facilité, pour justifier leurs exactions - ils savent tout. Combien de pommes et d'oranges tu manges par semaine, ta consommation de papier-cul, de bières, de vin, de flotte, de légumes ou de viande. Pourraient te donner ton taux de cholestérol, de gamma GT, de sucre et d'insuline ; l'état de tes reins, de ton foie et de ton pancréas, exactement comme s'ils t'avaient fait une prise de sang. Ta carte de fidélité, c'est un protocole médical et ton ticket de caisse, une ordonnance. Te dresseraient un diagnostic et sa thérapeutique, s'ils ne craignaient pas que tu te calmes, que tu diminues un peu le vin, la graisse ou les féculents car, tu penses, c'est leur chiffre d'affaires qui en prendrait un coup !
     Que leur clientèle cesse de s'empiffrer et voilà qu'ils dégonflent. Ce qui te prouve qu'il y a une justice, que la solution est là, à portée de mains, facile comme une fille de joie, mais que tu ne veux pas la saisir - la solution, naturellement, pas la fille, ah ! c'est malin -- parce que tu te souviens de la guerre ou qu'on te l'a racontée, que tu as peur du manque, comme d'autres ont peur de mourir - mais c'est autrement légitime - et qu'au lieu de te rassurer en gérant tes réserves, tu les digères, tant bien que mal, quitte à vomir de temps en temps d'un trop-plein qui te gonfle, oh combien davantage que ces rayons qui le devraient, pourtant, ou que cette phrase interminable qui ne peut que, je l'admets et te le prouve : .  Tout ça pour te dire que ça les arrange, que tu joues au yo-yo avec ton tour de taille : z'ont un rayon textile au deuxième qui aurait bien besoin d'un coup de fouet ! Comme toi.
     T'es là, à balader ton sourire niais et à bénir ta liberté de consommateur, quand il y a des dizaines de caméras qui te filment et enregistrent le moindre de tes gestes. Tiens, justement, ce paquet de biscuits que tu viens de saisir dans le rayon avant de l'y remettre, ils sauront demain pourquoi tu ne l'as pas acheté. Exactement pourquoi, bien mieux que toi qui penses n'y avoir renoncé que confusément, lors que chacun de nos gestes - n'importe quel psychologue te le dira - est foncièrement déterminé.
     La conscience que tu n'as pas, ils l'ont, eux ! Tes actes manqués, ils pourraient te les détailler aussi précisément et infailliblement qu'un ordinateur afficherait ton génome, in extenso, si on lui soumettait le squame que tu viens d'abandonner négligemment sur la machine à pains. Un pain que tu as, sans même t'en rendre compte, tranché, calibré et emballé à leur place.
     Trop tard ! Ton geste arrêté et ton regard qui lit l'étiquette de la boîte de biscuits sont photographiés. Demain, tu feras l'objet d'une conférence. Un rétroprojecteur affichera ta photo sur un écran géant, avec à tes pieds une poignée d'experts la commentant devant un parterre de futurs cadres : « Alors, Messieurs, pourquoi a-t-elle renoncé à son achat, la petite dame ? Quelqu'un est-il capable de me répondre ? »
     Les jeunes loups vont rester cois parce que le merchandising - t'iras te faire voir pour la version française, pas question de traduire cette saloperie ! - ça s'apprend. Bouche bée, béats, babas, qu'ils vont rester, disais-je, jusqu'à ce qu'un éminent docteur daigne leur souffler la réponse. Le comment on décode chacun de tes gestes, les enregistre, les rassemble, les passe au mixer et les restitue en algorithme imparable qui fera que demain, infailliblement, tu achèteras cette babiole dont tu n'as pas voulu hier. Et que tu laisseras moisir dans une armoire. Avant d'enfin la jeter, cherchant la lâcheté qui t'a conduite à l'acheter. Olé !
      Pardon ? Excuse-moi, j'étais distrait. Tu disais ? Que j'exagère ? Que tu ne me crois pas ? Menteuse ! Tu as la chair de poule. Ça se voit. Je le vois. Ils le voient ! Toutes les caméras l'enregistrent à l'instant. Le service de sécurité est déjà au courant. Ils t'ont à l'œil. Se méprennent sur ton émoi. Pensent que tu as ou vas voler quelque chose. J'en connais qui doivent saliver derrière leurs écrans : « On va se farcir la bourgeoise, allée 12, rayon 32, elle n'est pas nette. » Tu vas les décevoir parce que tu ne voleras rien. Les vexer de s'être trompés sur ton compte. Mauvais ça, la provocation. Qui sait ? Ils pourraient très bien, en représailles, juste pour mesurer leur pouvoir, te conduire à voler vraiment. Avec un bon pourcentage de réussite, même avec toi qui es d'une honnêteté d'un autre temps. Alors, s'il te plaît, arrête de paniquer et surtout cesse de chercher partout ces caméras dont je te parle. Elles sont susceptibles : aiment à voir, pas à être vues. Si tu insistes, tu vas aggraver ton cas. On te trouvera plus que jamais louche, avec ta chair de poule et tes yeux en l'air. Ils n'auront de cesse de te confondre, si tu les tentes !
     Qu'as-tu ? Voilà que tu es nerveuse à présent. Calme-toi donc ! Je ne voulais pas t'effrayer. T'as envie de sortir, c'est ça ? Tout t'écoeure brusquement, je comprends. C'est insupportable, hein ? Faudra bien que tu restes, pourtant, car on n'a pas fini notre petite visite. Allez ! Encore une couche pour te dégoûter définitivement. C'est nécessaire. Tu n'imagines pas comme nos réflexes ont la peau dure. Ce qu'un texte est éphémère ! Suffit pas que tu me donnes raison le temps de me lire, faut encore que je sois dans ton caddie, à l'heure de la rechute.
     Ne proteste pas ! Tu reviendras, c'est certain.  C'est que je ne peux rien contre toutes leurs lumières, moi, avec mes mots. Dis ! T'as vu cette débauche ? Aveuglant par là, tamisé ailleurs. Ces couleurs criardes ici, pastel à côté. Tout ça aussi, c'est du boulot. Il n'y a pas un photon qui ne soit canalisé, dompté, posé. Ça te change du soleil, hein ?
     Justement, le soleil ! T'as remarqué comme ils l'éludent, dans leur usine à néons? Ça aussi, c'est voulu : ils n'ont pas envie de te refiler des idées buissonnières, que tu les plaques ici avec ton chariot en rade pour courir vers la lumière. La vraie, celle du dehors, celle qui chauffe. Qui t'a doré les joues, si peu maquillées, c'est bien, tu n'as pas touché aux cosmétiques. Je sais pourquoi je t'ai choisie, maintenant, toi parmi toutes les autres. Si tu n'es pas encore ma fermière, tu es belle quand même, et plus à ma portée. On se tient les coudes, hein ? On finit, courageusement nos emplettes. En héros ! Plus tard, on ira rire au rayon vacances. Là où ils sont si maladroits, tellement lamentables, tellement eux-mêmes ! Parce qu'ils ne peuvent pas, quoi qu'ils fassent, malgré toutes leurs études, l'assujettir, le mahomet ! Ils le dessinent, le caricaturent, mais se gardent bien de lui abandonner ne serait-ce qu'une fenêtre. Tant ils devinent qu'un seul de ses rayons suffirait à balayer tous les leurs ! Alors, ils se claquemurent, bannissent le moindre carreau, pis que des vampires ! Regarde : ils s'enterrent ! Chiche que les néons éteints, c'est le vol des chauves-souris ?
     Ça sent le café, non ? Une arme terrible, les odeurs. Bien plus redoutable que la lumière. Parce que ça ne se trafique pas. Enfin... Je ne crois pas.
     Peut-être bien après tout, je ne suis pas chimiste. T'as raison, j'édulcore. Je me dégoûte à force d'à force, alors moi aussi je veux croire que quelque chose leur échappe. Quand ce n'est pas vrai, t'as raison. Merci de me reprendre. Il y a des laboratoires en sous-sous-sol, distillateurs de parfums artificiels, hallucinogènes, c'est vrai.
     T'as pris quoi comme café ?  Fais voir ! Ah oui, dix euros le kilo, quand même ! Ils ne se mouchent pas du coude, hein ? Tu dis ? Que c'est du machin garanti commerce équitable. T'es certaine ? T'as payé combien en plus ? Trois euros ! Pas mal !  Sauf que... Que t'es pas sûre qu'ils vont directement dans la poche des petits producteurs, tes trois euros. Je ne voudrais pas te faire de peine, mais il n'y a pas de raison qu'ils ne prennent pas leur bénéfice là-dessus aussi. À du mille pourcents, du producteur au consommateur, marge habituelle, t'as filé trente centimes aux cueilleurs Kenyans ou Colombiens - qui bossent jusqu'à l'évanouissement ; contre deux euros septante à ton distributeur - qui n'a pas levé le petit doigt. Tu comprends pourquoi il était à portée de mains, ton café équitable ?
     Rien n'est laissé au hasard, je te le répète. Tiens, tes pommes, par exemple, si tu savais... Bien sûr, c'est bon pour la santé, les pommes. T'as même un président qui s'est fait élire avec ce seul programme ! Mais quand il exhortait ses concitoyens à manger des pommes, il ne devait pas parler des mêmes. Parce que les tiennes, bonjour la planète ! Eh oui ma belle, faut se gaffer de tout ici. Être sur le qui-vive, ne pas risquer une main vers un rayon, avant de s'être coupé les deux bras. Qu'est-ce que t'imagines ? Rien de plus dangereux qu'une pomme. Celle qu'Adam a mordue continue à faire des milliers de victimes de par le monde, alors six d'un coup, comme les tiennes, ça jette un froid. Allez, sois gentille, remets-les bien vite dans le rayon : on évitera peut-être l'holocauste et je pourrais rester avec toi. Moi, exagérer ? Pense-tu ! Approche que je t'explique.
     À ta gauche, salement éclairées, d'accès difficile - faut se baisser - des pommes inoffensives et saines, en vrac. À ta droite, sous les sunlights, à portée de mains - de bouche, s'ils le pouvaient - des pommes tueuses et polluées, sous cellophane. Avec un ravier et un collier en mailles d'hydrocarbure rose autour de chaque fruit, pour faire joli. Bonjour le recyclage ! Des emballages immortels qui viendront gonfler les décharges. Contre lesquels tu pesteras dans moins d'une heure, parce que le grincement du polystyrène sous tes doigts te fera grimper aux murs. Mais des emballages que tu auras pourtant préférés au produit brut, parce t'aimes bien le rose, que t'es plus docile qu'un système binaire et que tu t'imagines que c'est plus propre ainsi. Ce qui ne t'empêchera pas, de retour au bercail, loin des attrape-nigauds, de passer ta pomme sous le robinet ou de la lustrer avec ton pull, histoire d'en éliminer les pesticides. Te dire que la méfiance règne, l'air de rien, mais qu'ils parviennent à te l'emballer le temps d'un achat, à grands coups de spots et d'appâts rances.
     Attends ! Je n'ai pas fini. L'emballage inutile, ce n'est qu'un hors-d'oeuvre. Regarde donc sous le ravier ! T'as vu : « Made in Japan » ! Ne t'y trompe pas, on ne te parle pas du ravier, mais de la pomme. Oui, ma belle, ta pomme est japonaise. Ça t'en bouche un coin, hein ? Des cerisiers japonais, t'admets, mais des pommiers ! Elle est japonaise et te coûte moins cher dans son écrin de pétrole que sa consoeur du terroir, bonne pomme, nue sous sa pelure. En achetant ta pomme exotique, t'as contribué à l'affrètement de milliers d'avions cargos. On les voit bien au crépuscule, par temps clair : le ciel orange et bleu est zébré du  kérosène de leurs réacteurs. L'autre jour, j'en ai dénombré plus de vingt dans un même ciel. C'est ta pomme du bout du monde qui s'en va joyeusement croquer la couche d'ozone et grossir les gaz à effet de serre. Ta pomme qui s'en va gaiement inonder l'Indonésie, ravager la Nouvelle Orléans et décimer le Bangladesh ! Ça ne tiendrait qu'à moi, je t'enfermerais sur l'heure pour génocide.
     Quand tu n'avais qu'à traverser la rue ! Que mon fermier t'attendait les bras ouverts, qu'il te l'aurait vendue pour deux sous avec le sourire, ta pomme. Heureux de ne pas devoir la renvoyer au compost, la mort dans l'âme, alimenter un cycle inutile. Heureux de ne pas devoir accepter, contre son gré, parce qu'il faut bien vivre, une aide gouvernementale et ses quotas de production. Du pognon pour qu'il ferme bien sa gueule et renonce à abattre, comme il le voudrait tant - comme il le devrait - les cargos fructifères survolant ses vergers.
     Dis donc ! Je cause, je cause, mais j'ai l'impression qu'on nous suit. Je te jure, c'est vrai. Ce type, là, avec son calepin en mains, il était déjà derrière nous quand nous sommes entrés. Regarde, il prend des notes. Tout ce que tu veux qu'il est de la maison. Les caméras ne leur suffisent pas, ils veulent mater jusque dans les moindres recoins, pis que des voyeurs à la serrure des cagoinces.
     Tu sais le pourquoi de ce gus à nos guêtres ? Notre itinéraire un peu fantasque. Deux ou trois écarts improvisés, imprévisibles. Ça les a intrigués, alors ils ont envoyé un espion, pour suivre et dessiner notre parcours, histoire de déterminer l'origine de notre errance. Bien la circonscrire pour éviter la récidive. Plus jamais ça! Et si cela ne suffit pas à nous parquer, ils ne se gêneront pas pour interdire toute trajectoire transversale ou demi-tour. Les rayons courront d'un bout à l'autre du magasin, sans discontinuité, à la façon de ces barrières qui canalisent la clientèle des parcs d'attraction ou des guichets aux heures de pointe. La première allée enquillée, tu devras faire le grand tour : deux kilomètres inutiles, du manteau d'astrakan à la télé plasma, du gigot surgelé à la fausse plage dominicaine. Tout ça pour un quart de sucre ou un litre d'eau. Si ce n'était le risque d'incendie et celui de nous voir cramer en file indienne - plus par souci des procès que de nos vies, tu penses ! - ça serait déjà adopté, les rayons en lacets, façon route de montagne.
     On claustrophobe rien qu'à l'idée, hein ? Nie pas, tu transpires ! T'as peur, pis que tout à l'heure. Tu n'en peux plus ? Moi non plus, mon amour. Je suis à bout. Vite, tirons-nous ! Mais cours bon sang, cours ! Par là, sur ta droite, c'est un raccourci. Plus vite ! Ils nous rattrapent. Vont dégainer, tu crois ? Ils peuvent ? Nous abattre ici comme de vulgaires pillards ?
     « Ça va, c'est bon, on se rend. Par pitié, ne tirez pas ! On n'a rien piqué. »
     Lève les bras, ma chérie. Lève les bras ! Tu ne peux pas ? Le cœur ? Ça cogne ? Alors, couche-toi et ne bouge plus surtout. Laisse-les faire, surtout laisse-les faire ! Tu vois bien qu'ils sont à bout... Si on en réchappe, je te jure que plus jamais...
     « Sortir, Monsieur, juste sortir. Malade, vomir, sortir. S'il vous plaît. Merci. »
     Ouf, le soleil ! Tudieu cette lumière ! Et le ciel, mon amour, j'avais oublié. T'as vu comme il est beau, comme il est bleu ? Et grand, si grand qu'on pourrait le croire infini. On l'a échappé belle, hein ? On l'a vraiment échappé belle ! Cette trouille ! Verte ! J'ai cru crever. Jamais plus on ne nous y reprendra, hein, dis, jamais plus ? Jure, jure-le !
     Mais... mais... T'es où ? Restée ? Oh non, merde, tu n'as pas pu me faire ça !
     J'ai tout donné et t'es là, tranquille, à l'intérieur, consommée et consommant, comme si je n'avais rien dit. D'accord, j'ai paniqué, détalé, mais tout de même, j'ai bien bossé. Enfin... je croyais.
     C'est injuste. Ça n'aurait servi à rien, tout ça ? Je pensais pourtant tenir le bon bout cette fois. Les doigts couraient sur le clavier, t'aurais dû voir comme ! La transe ou presque. C'est rare, tu sais, très rare. Je croyais que c'était un signe qui ne trompait pas. Erreur, puisque je n'ai rien suscité chez toi. Que le mépris. Le mépris et ton caddie. Boursouflé, dégorgeant son trop-plein sur le tapis.  Ai-je été à ce point lamentable ?
     C'est qui le grand con qui te dépasse, se faufile entre ton chariot et l'autre caisse ? Ensache en souriant. Salivant, même, quand ce sont des chips ou des petites boîtes de saucisses.
     Qui ? Ton mari ? Ça ! Ton mari ! Ciel ! Quand j'étais là, moi, à ta portée, attentif et aimant ! Mais qu'est-ce que tu lui trouves de plus que moi, hein, qu'est-ce que tu lui trouves de plus que moi ?

Patrick LEDENT

Décembre 2006

 

27-02-09-(3) les bièstries de gaelle                                                                                             

Car, bien sûr, les clients qui s'autofacturent sont contrôlés à la sortie...

(Image « empruntée », sans self-scan, au blog Les bièstries de Gaëlle,
http://gaellecarlier.blogspot.com/2009/02/le-self-scannin... )



LIVRES

couv-jolicoup.jpgJ'en avais bien fourgué quelques-unes à gauche et à droite (plus à gauche qu'à droite, d'ailleurs - on ne se refait pas), à la faveur de l'un ou l'autre concours, mais je n'avais encore jamais dégotté une éditrice qui accepte de brasser tout ça - et le reste - pour accoucher d'un premier volume intitulé « Joli Coup ». Personnellement, elles ne me font plus vraiment rire, mes nouvelles - je les connais par cœur - mais pour vous, pour qui c'est nouveau, ça devrait marcher. C'est fait pour ça !

226 pageS - 15,75 € - ISBN 978-2-916608-12-9 - Mise en vente : 2009
ÉDITIONS Calliopées SYLVIE TOURNADRE
TÉL./FAX : + 33 1 46 42 15 77 - GSM : + 33 6 25 21 73 09
editions@calliopees.fr - www.calliopees.fr

La maison a très intelligemment décidé de jouer Internet contre les sangsues et d'ouvrir une e-librairie, que voici :
http://www.calliopees.fr/calliopees/e-librairie/index.html

Si on est belge, on peut aussi trouver ce livre ici :

Tropismes Libraires  (http://www.tropismes.com/)
11, Galerie des Princes - Bruxelles
02 512 88 52
info@tropismes.be

et là :

Le Comptoir - Petits éditeurs et métiers du livre (http://www.lecomptoir.be/boutique/info)
20 en Neuvice
B-4000 Liège
Tél : (+32) 04 250 26 50
Fax : (+32) 04 250 28 50
info@lecomptoir.be

 

L'admiratrice et consoeur - également nouvelliste - est Magali Duru, de Toulouse, et son blog est ici : http://magali.duru.over-blog.com/

 

 

*


fouslitt.jpg

Blavier André
Les Fous Littéraires
1052 p. (17 x24) ; papier bible, nombreuses illustrations ; ISBN: 2-86742-094-6 ; Paris, des Cendres, 2000 ; 69 €.
Édition corrigée et très considérablement augmentée de l'ouvrage de référence en matière de «fous littéraires». «Ils sont ou ne sont pas dans le Blavier...»

L'auteur d'Occupe-toi d'homélies, fondateur de temps mêlés et du Centre de Documentation Raymond Queneau n'a cessé de fréquenter (littérairement) les hétéroclites (francophones). La première édition (1982) était depuis longtemps introuvable. On se réjouit d'avoir accès à nouveau aux inventions des fous littéraires.

Voir aussi: Raymond Queneau : Comprendre la Folie, Charles Nodier : Bibliographie des Fous. (Ces deux volumes et A propos des Fous Littéraires, tous trois ornés d'un collage d'André Stas, forment la première "série" de la nouvelle collection: "De 3 en 3").

« Dans les années trente, Raymond Queneau a conçu le projet d'une anthologie des fous littéraires français du XIXème siècle, qu'il avait repérés à la Bibliothèque Nationale; mais, tel quel, son manuscrit, comprenant des extraits, biographies, bibliographies et parfois quelques commentaires, quand il y avait lieu, n'a pas été édité. Le texte comptait plusieurs centaines de pages in-4° dactylographiées. J'en ai une copie, et il en existe une au Centre de Documentation Raymond Queneau, à Verviers.

«  Pour ne pas perdre complètement le fruit de plusieurs années de travail - en ce temps-là, il n'était pas question de photocopies, et Queneau retranscrivait à la main de longs passages -, il a utilisé une partie de ces notes dans un roman: Les Enfants du Limon.

«  Calvino, je crois, a dit que Raymond Queneau était un explorateur d'univers imaginaires. Le côté exorbitant et ahurissant de certains fous l'amenait à se demander comment il était possible de penser comme ça. Comment, dans un monde prétendument rationnel, toutes ces excroissances, ces exubérances avaient-elles pu naître dans des cerveaux humains ? Il dit quelque part que les fous littéraires sont la honte de la science, du moins la science officielle de l'époque.»

 

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Immermann 1

         

Karl-Lebrecht Immermann (1796-1840)

Münchhausen
Une histoire en arabesques


TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR ODETTE BLAVIER
d'après Münchhausen. Eine Geschichte in Arabesken, Berlin, Aufbau Verlag, 1955
Paris, Cartouche, 2 vols. 2007 et 2008.

 

Ah, ce Münchhausen, biscornu jusque dans l'édition de ses histoires !

Comme tout le monde le sait ou devrait le savoir, celui-ci est le neveu de l'autre. Il serait triste de se priver du dossier que leur a consacré en son temps le site voilà.fr :

http://munchhausen.site.voila.fr/Munchhausen.html



Catherine L.

28/03/2010

Droits de la Phâme... Journée des femmes... etc.

 

 
Maman les p'tits bateaux.JPG
                                                                        
Droits de la Phâme.... Journée des femmes... etc.

 
Catherine m’a dit : Rends-toi utile, c’est la journée des femmes.

- Moi je veux bien, mais sur mon calendrier à fleurs de Femmes d’aujourd’hui, il n’y a pas « Journée des femmes », il y a « Journée des Nations-Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ». Ça  ne fait déjà qu’un tiers de journée pour nous autres. Et si tu comptes sur les Nations-Unies pour  aménager ton Paradis sur terre....

- Fais pas ch.. Pardon

- Écoute, je veux bien m’y coller, mais à mes conditions : : 1)  je laisse tomber le Machin, 2) je parle de qui je veux, et, 3) pour la paix, on  verra plus tard. Dans l’immédiat, je réclame l’égalité, la liberté et la fraternité. Ça te va ?

- Sororité, au moins...

- Ah, non ! Ça fait jargon... comme non-voyant... mal-entendant... Beurk ! Et d’abord, la Mère des Dieux, elle n’était pas bisexe ?

- Si.

- Ben, alors ? Allons-y Folleville !

 

Journée de la femme - Lublin Pologne 1954

Quelques femmes d'hier, d'aujourd'hui, et même une d'avant-hier.

Galerie perso.

On est le 8 mars. (faites un effort).

*  

 

Je ne parlerai pas de la déesse sumérienne de l’écriture Nidaba, qui prouve quoi sinon que ce sont les gonzesses qui l’ont inventée ?

Je ne dirai rien des « débris de l’armée des Amazones » en Ardenne, « qui y ont peut-être fait souche ». Ça, c’est la marotte de Catherine. (« Tu trouves ça normal, toi, Jeanne d’Arc, Théroigne, Saint-Just et Rimbaud nés dans un mouichoir de poche ? ») Pas envie de finir aux Petites Maisons.

Je ne parlerai pas davantage de la Fête des femmes dans l’Antiquité grecque, qui était une fête de la déesse-grain-de-blé Koré et de sa mère Déméter, car cela nous entraînerait moins loin que Sumer mais trop loin quand même. Elle ne tombait d’ailleurs pas le 8 mars, leur fête, mais le 12 du moici
s scirophorion (± début juin). Elle consistait principalement à jeter des porcelets vivants dans une cavité terrestre, anfractuosité, caverne ou autre et à les y laisser mourir et pourrir. Quand le temps était venu pour Koré de descendre chez son infernal époux et d’y devenir Perséphone, déesse-truie de la mort (temps des semailles), on récupérait les restes des petits cochons et on les mélangeait aux graines-Koré. C’était un rite de fertilité. Le culte de Déméter et Koré ainsi que la fête de leurs filles terrestres était donc intéressé.

Pour ce qui est de la « fête » ou « journée » qu’on célèbre aujourd’hui, commençons par rendre à Vladimir Ilyich ce qui appartient à Lénine : c’est lui qui a choisi cette date du 8 mars. En 1921. En souvenir des ouvrières de Saint-Petersbourg, qui avaient fait ce jour-là, en 1917, une grande manifestation pacifique – la manie des femme, les manifestations pacifiques ! – pour réclamer du pain, le retour des hommes du front, c’est-à-dire l’arrêt de la guerre, et la république en paquet-cadeau. Comme elles n’avaient pas obtenu ce qu’elles voulaient, elles s’étaient mises en grève et de fil en aiguille... le 8 mars 1917 est le premier jour de la Révolution Russe. Comme la manif des femmes à Versailles, déjà pour du pain, en juillet 1789 ? Tout juste.

Mais ce n’est pas Lénine qui avait eu l’idée de départ, c’était Clara Zetkin.

Clara jeune.jpgClara Zetkin (1857-1933) s’appelait en réalité Clara Eissner, et elle n’était    pas russe, elle était allemande. Marxiste, ça oui, elle l’était, institutrice (déjà fille d’instituteur), journaliste et femme politique.

C’est en 1878 qu’elle avait rompu avec sa famille pour se lancer dans la carrière. Chez les socialistes. Mais le chancelier Bismarck avait frappé son parti d’interdiction et elle avait dû prendre le chemin de l’exil – c’est fou ce qu’il y a eu d’exilés politiques en Suisse à la fin du XIXe siècle ;  en Belgique aussi d’ailleurs –. Bref, elle y avait rencontré Ossip Zetkin, qui, lui, était russe, et il était devenu son compagnon. Elle ne l’avait pas épousé mais avait pris son nom, et ils avaient eu, ensemble, deux enfants. À la mort de Zetkin, elle avait rencontré le peintre Friedrich Zundel et l’avait épousé, mais sans porter son nom. Zetkin elle était restée.

On peut dire que sa carrière est jalonnée d’un grand nombre d’actions très importantes, pas seulement pour le sort des femmes mais pour le sort de toutes les classes dominées. Ainsi, elle a participé, à Paris, à la fondation de la IIe Internationale ; elle a fondé – toute seule – la revue des femmes socialistes allemandes, Die Gleichheit (L’Égalité), et c’est à Copenhague, le 8 mars 1910 (sept ans avant la manif des Saint-Pétersbourgeoises), qu’elle a proposé la création d’une journée internationale des femmes, qui devait être, d’après elle, une journée de luttes : il s’agissait surtout d’arracher le droit, pour les femmes, de voter comme n’importe qui. (Aujourd’hui, dans un de ses livres, M. José Saramago fait voter blanc 83 % des électeurs d'un pays, et il a, hélas, raison.).
D’une lecture ancienne, je crois avoir retenu que dans cette revue, Die Gleichheit, elle avait posé la question de la liberté sexuelle et de l’égalité entre les hommes et les femmes, à quoi s’était opposé Lénine, qui avait trouvé que pour tout cela, on verrait plus tard, que les choses sérieuses d’abord, etc. Dommage. Du coup, c’est le capitalisme qui s’est emparé du problème et (en 1968) a dicté ses solutions, dans des buts inavouables, dont un des moindres n’était pas le souci mercantile de fabriquer des consommateurs sexuels obligatoires.

Je pourrais vous détailler les nombreuses activités de Clara Zetkin et leurs résultats. Je vais juste rappeler que non seulement elle a fini par arracher le droit de vote (en Allemagne) mais qu’elle a aussi été députée au Reichstag de 1920 à 1933, c. à d. jusqu’à ce que Hitler y mette le feu. Elle y a prononcé son dernier discours, à titre de doyenne de l’Assemblée, en 1932, pour appeler les Allemands à résister au nazisme. Après cette mémorable nuit d’incendie du 27 au 28 février 1933, que croyez-vous qu’il arriva ? Les nazis suspendirent toutes les libertés et mirent les partis progressistes hors la loi. Comme après le 11 septembre ? Évidemment oui, c’est une stratégie vieille comme l’usage de la démocratie contre elle-même. Clara dut reprendre le chemin de l’exil et mourut, quelques semaines seulement plus tard, à Moscou... On a accusé Staline de l’avoir liquidée. De quoi n’a-t-on pas accusé Staline ?

Ceci est un résumé si succinct qu’il en est outrageant. Mais je viens de m’apercevoir que Secours Rouge lui consacre, pour ce 100e anniversaire de son initiative, un dossier biographique illustré. Franchement, je ne pourrais pas faire aussi bien. Allez-y donc voir, vous ne perdrez pas votre temps. C’est là :
http://www.secoursrouge.org/zetkin.php

Clara Zetkin avait eu une amie très chère et compagne de luttes : Inès Armand, dite Inessa (Elisabeth, en fait). Née le 8 mai 1874 à Paris, d’un père français, le chanteur d’opéra Théodore Stéphane, et d’une mère anglaise, la comédienne Nathalie Wild.

La vie d’Inessa Armand est un roman et il s’y est passé tant de choses qu’il est impossible de la résumer dans un post de circonstance comme celui-ci.

armand_brussel_1909.jpgJe mentionnerai seulement pour mémoire qu’elle parlait plusieurs langues, que, d’Inès, elle devint Inessa, par son mariage avec Alexandre Armand, fils d’un richissime industriel du textile russe ; qu’elle eut de lui cinq enfants ; qu’elle le quitta un beau jour pour vivre, mais pas longtemps, avec son beau-frère Vladimir ; qu’elle fut tolstoïenne et féministe avant de s’engager plus précisément en politique. On peut dire que c’est la lecture des écrits de Lénine qui détermina tout le reste de sa trajectoire. Elle s’engagea dès lors dans la préparation acharnée de jours meilleurs, passant d’un pays à l’autre, participant à tous les événements désormais historiques qui ont précédé la révolution russe, et, lorsque Vladimir Ilyich rentra en Russie, en 1917, elle fut du voyage. Elle était devenue sa femme de l’ombre, bien qu’elle ait été, à mon avis, infiniment plus que cela. On pourrait presque dire que Lénine n’a quasiment rien fait qu’elle n’ait fait aussi, de son côté. Tout en élevant cinq enfants. 

 

Inessa Armand et ses enfants, en exil à Bruxelles, 1909.

Pour finir, Inessa Armand a dirigé la section féminine du Comité Central de Parti Communiste russe de 1919 jusqu’à sa mort en septembre 1920, ne cessant jamais de payer de sa personne. C’est d’ailleurs ce qui l’a tuée : partie en mission dans le Caucase alors qu’y régnait une épidémie de choléra, elle y contracta la terrible maladie loin de toute possibilité de soins et mourut dans le train qui ne put la ramener à Moscou assez vite, partageant ainsi le sort de ceux qu’elle était allée galvaniser.

On dit que Lénine ne s’est jamais remis de l’avoir perdue.

Elle est inhumée sur la Place Rouge, pas loin de lui, le long de la muraille du Kremlin.


J’ai dit qu’elle était une héroïne de roman. Trois films ont évoqué son histoire : 

  •  Lénine à Paris, de Serguei Youtkhevitch, où elle était incarnée par Claude Jade    
  •  Le train, de Damiano Damiani, où Dominique Sanda lui a prêté ses traits.
  •  Minu Leninid, d'Hardi Volmer où c’est Janne Sevchenko qui la fait revivre.


Des livres aussi lui ont été consacrés, dont la belle biographie de Jean Fréville Une grande figure de la Révolution russe : Inessa Armand, Paris, Éditions sociales, 1957, depuis longtemps épuisé.
 
Plus récemment, Georges Bardawil, a donné Inès Armand, La deuxième fois que j’entendis parler d’elle, chez J.C. Lattès, Paris, 1983.


Sa première biographie en anglais est l’Inessa Armand, Revolutionary and Feminist, de R.C. Elwood, Cambridge University Press, 1992 et 2002.

Quand l’édition française aux mains de marchands d’armes ne sera plus à la ramasse, on rééditera peut-être au moins sa biographie par Fréville... Mais ce serait bien aussi qu’un jeune historien s’y colle, ou même une jeune historienne.

 

*   

 

Rachel, crois-tu qu’on puisse t’oublier ?


rachel_corrie

 

 Pour ceux qui n'étaient pas nés :

Rachel Corrie était une étudiante américaine de 23 ans, qui militait dans un mouvement non-violent de solidarité internationale (I.S.M.). Elle a été assassinée dans la bande de Gaza, par un jeune soldat israélien, qui l’a délibérément écrasée en lui passant par deux fois sur le corps avec un bull-dozer, alors qu’elle tentait de faire un rempart de ce corps à la maison d’un médecin palestinien.

 

rachel-corrie.jpgrachel_corrie_dead.jpg

                                  Avant                                      Après

Avec le journal et les e-mails de la jeune fille, Katherine Viner et Alan Rickman ont fait une pièce, qu’ils ont intitulée My name is Rachel Corrie. Cette pièce a fait le tour du monde. Elle est encore, en ce moment, jouée un peu partout, mais ne l’a jamais été à New York, où le lobby pro-israélien a réussi à suffisamment terroriser le directeur du New York Theater Workshop pour qu’il la retire de l’affiche avant la première représentation.

L’assassinat de Rachel Corrie avait été filmé par un témoin. En voici la vidéo. Deux jeunes hommes que l’on y voit ont aussi été assassinés intentionnellement, d’une balle bien ajustée dans la tête, par des militaires dont un seul a été poursuivi (euh... un bédouin arabe enrôlé dans Tsahal, mais c’est fortuit).


 


 

*

 

Femmes afghanes au marché

 

 

                                                                                                                                                         ...Originaire de la lointaine Saint-Pétersbourg. elle a accompli un long voyage pour arriver dans ce pays, celui qu'Alexandre le Grand a traversé sur sa licorne, cette terre de vergers légendaires et d'épaisses forêts de mûriers, de grenadiers qui ornent les frises de manuscrits persans écrits voilà plus de mille ans.

  Son hôte s'appelle Marcus Caldwell. Anglais de naissance, il a passé la majeure partie de sa vie ici en Afghanistan, après avoir épousé une Afghane. Il a soixante-dix ans, et sa barbe blanche, ses gestes mesurés évoquent ceux d'un prophète, un prophète déchu. Elle n'est là que depuis quelques jours et ne sait rien ou presque de cette main gauche que Marcus a perdue. La coupe de chair qu'il pouvait former avec les paumes de ses mains est brisée en deux. Un jour, tard dans la soirée, elle l'a interrogé à ce propos, avec délicatesse, mais il s'est montré si réticent qu'elle n'a pas insisté. En tout état de cause. il n'est besoin d'aucune explication dans ce pays. Il ne serait guère surprenant qu'un jour les arbres et les vignes d'Afghanistan cessent de pousser, de peur que leurs racines en continuant de croître entrent en contact avec une mine enfouie à proximité.

  Elle est tombée malade pratiquement dès son arrivée, il y a quatre jours de cela, succombant à l'épuisement consécutif à son voyage jusqu'à lui, et il a pris soin d'elle depuis, après avoir vécu dans l'isolement le plus complet pendant des mois. D'après les descriptions qu'elle en avait eues, comme elle l'a dit dans son délire lors du premier après-midi, elle s'attendait à rencontrer une sorte d'ascète vêtu d'écorce et de feuilles, et accompagné d'un cerf de la forêt.

  Elle lui a dit aussi qu'il y a vingt-cinq ans son frère, entré en Afghanistan avec l'armée soviétique, faisait partie de ceux qui n'en étaient jamais revenus. Elle a visité le pays à deux reprises entre-temps, sans trouver la preuve qu'il était mort ou encore en vie, mais peut-être en ira-t-il autrement cette fois-ci. Si elle est ici aujourd'hui, c'est parce qu'elle a appris que la fille de Marcus aurait pu connaître le jeune Soviétique.
Il lui a dit que sa fille, Zameen, était morte.
"A-t-elle jamais fait une quelconque allusion'' a-t-elle demandé.
-Elle a été emmenée de cette maison en 1980, à l'âge de dix-sept ans. Je ne l'ai jamais revue.
-Et personne d'autre non plus?
-Elle est morte en 1986, je crois. Elle était alors la mère d'un petit garçon qui a disparu à peu près à l'époque où elle est morte. Elle était amoureuse d'un jeune Américain, et c'est de lui que je tiens ces informations. "

  C'est le premier jour qu'a eu lieu cette conversation, au terme de laquelle la jeune femme a glissé dans un long sommeil.

  À l'aide des diverses plantes du jardin, il a concocté une pommade pour la base de son cou, couverte d'un énorme hématome, la peau presque noire au-dessus de l'épaule gauche, comme si un peu des ténèbres du monde avait tenté d'entrer en elle à cet endroit. Il a regretté que ce ne soit pas la saison des grenades, car leur jus est un antiseptique puissant. Quand le car est tombé en panne au cours du voyage, a-t-elle raconté, tous les passagers sont descendus et elle s'est endormie sur le bas-côté de la route. Et soudain se sont abattus sur elle trois coups rapides assénés à l'aide d'un démonte-pneu, lui arrachant des cris de douleur et d'incrédulité. Elle était allongée, les pieds en direction de l'ouest, vers la ville sacrée de La Mecque à près de deux mille kilomètres de là, marque d'irrespect totalement involontaire de sa part, dont l'un des passagers avait cru bon de la punir. Elle avait commis une erreur grossière en voyageant enveloppée de voiles à l'image des femmes du pays, dans l'idée que ce serait plus sûr. Si son visage avait été plus exposé, et la couleur de ses cheveux visible, peut-être lui aurait-on pardonné sa faute en sa qualité d'étrangère. En revanche, n'importe qui, même un enfant qui aurait pu être son fils, avait le droit de punir pour l'exemple une Afghane sacrilège.

Nadeem Aslam, La vaine attente


Je salue au passage, à défaut de pouvoir faire grand-chose d’autre sinon exprimer mon mépris et celui de toutes les femmes dignes de ce nom pour ceux qui font vivre en enfer depuis combien ?... un siècle ?... deux ?.... les femmes afghanes, dont une seule, voilée ou pas, vaut plus cher que tous les hommes impliqués mis ensemble, et ceci veut dire surtout nos «représentants», qui n’ont pas honte d’envoyer dans ce malheureux pays des jeunes gens des classes inférieures massacrer et se faire tuer pour satisfaire la volonté de puissance et la rapacité des maîtres qu’ils se sont et nous ont donnés.

 

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http://www.rawa.org/index.php

 

 

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Deux femmes attendant l'aube de leur exécution

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Peu importe qui a tiré. Tous sont coupables. Et nous aussi de les laisser faire.

 

*  

 

« Quoi que fassent les femmes, elles doivent le faire deux fois mieux que les hommes pour qu’on les trouve à moitié aussi capables qu’eux. Heureusement, ce n’est pas difficile. »  Charlotte Whitton (1896-1975)

 

 

Quand on a eu la chance de ne pas naître afghane aujourd’hui ou cévenole au XVIe siècle; quand on a eu, comme moi, la chance rare d’avoir un père et des oncles que l’extrême misère avait rendus adultes avant l’âge et qui vous ont parlé d’égaux à égale quand on n’était pas plus haute que leurs genoux ; quand on a eu celle de naître en un endroit du globe et à un moment de l’Histoire où ne sont battues que celles qui le veulent bien, on ne peut qu’être pleinement d’accord avec ce qui suit :

 

DieguezAline200

 

 

 

  Pas concernée par la lutte des sexes

   par Aline de Diéguez

2004-04-05

  Cher François,

Merci pour votre message et votre présence attentive. Je vous dois une lettre sur, non pas la lutte des classes, mais la « lutte des sexes », si je puis dire, puisque c'était l'objet de votre dernière grande lettre. En fait, je suis embarrassée, parce que plus j'y pense, plus je m'aperçois que je ne me sens pas concernée. J'ai l'impression d'avoir toujours fait ce que je voulais sans me soucier de mon sexe. Enfant, j'ai appris à réparer mon vélo comme les garçons, et à coudre comme les filles. Cela m'est resté : perceuse, scie électrique ne me font pas peur. etc. Du coup, je suis obligée de vous dire que je me sentais plutôt supérieure aux garçons de ma classe et je n'ai pas honte de dire que cela a continué à l'âge adulte. Je me suis aperçue que le seul obstacle est l'incompétence. C'est pourquoi j'ai toujours été acceptée favorablement dans une conversation sur la maçonnerie avec des artisans, dans une discussion sur le structuralisme au cours d'un colloque ou sur toute activité classée « féminine » que je ne méprise pas du tout. Si les femmes ne s'intéressent ni à la philosophie, ni aux découvertes scientifiques, et ne savent pas se débrouiller avec une installation électrique ou des problèmes d'ordinateur, elles n'ont finalement que la place qu'elles méritent.

Si « les femmes » veulent se faire reconnaître à égalité avec les hommes dans la société et au travail, il leur reste à retrousser leurs manches et à montrer ce qu'elles savent faire.

J'ai l'impression que je ne suis pas un bon exemple de la lutte pour la « libération » des femmes. Ne m'étant jamais sentie emprisonnée, je n'ai jamais éprouvé le besoin de me libérer de quoi ce soit.


Très amicalement à vous

Aline



Aline de Diéguez

Est l’épouse du philosophe Manuel de Diéguez, et si on ignore tout de sa trajectoire personnelle, par une discrétion qui n’est pas de ce temps « people », on sait en revanche beaucoup de ce qu’elle pense, parce qu’elle le fait savoir sur un blog où non seulement elle écrit mais où elle dessine aussi le monde qui l’entoure, dont l’état ne lui plaît pas.

Victor Hugo a dit quelque part1 : « Tacite, qui attache aux tyrans leur règne au cou ». Il aurait pu le dire aussi d’Aline de Diéguez.

À titre d’exemple, une des choses les plus violentes que j’aie lues de longtemps est cet accrochage au cou de M. Mahmoud Abbas, le 30 octobre dernier, où la violence est d’autant plus meurtrière que la forme est plus policée :
http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/mariali/pales...

Chers internautes, vous ne perdrez pas votre temps à explorer le blog entier de cette dame qui sait réparer les vélos et qui sait aussi penser :
http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/mariali/somma...

Pour les images toutes seules, regroupées en carnets, c’est là :
http://no-war.over-blog.com/ext/http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com/ext/http://www.dieguez-philosophe.com/mariali


Mais j’aimerais plus spécialement attirer aujourd’hui votre attention sur ceci :
http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/mariali/picrochole/conspirateurs/conspirateur.htm

qui est de 2008, et sur ses développements d’aujourd’hui :

1ère partie
http://no-war.overblog.com/ext/http://pagespersoorange.fr...
 
2e partie
http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/mariali/chaos...

La 3e partie étant à venir.


Quand vous aurez lu - n’y manquez pas – vous vous apercevrez qu’il ne s’agit pas de plusieurs articles, mais d’UN livre d’Histoire, aussi informé qu’il est lucide et rigoureux, toutes qualités qui ne courent pas autant qu’on le croit les couloirs des officines de Clio.

Ce livre, en train de s’écrire sous nos yeux, m’a remis en mémoire une phrase de Leopold von Ranke, père de l’histoire scientifique européenne, à qui on reprochait des points de vues fort peu chrétiens dans son Histoire de l’Empire Ottoman, et qui répondit aux critiques : « Je suis historien avant d’être chrétien. Ce qui m’intéresse, ce sont les faits, la façon dont les choses se sont réellement passées. »  Clio – Sainte Trinité : 1-0.

Internautes mes soeurs, vous savez ce qu’il vous reste à faire, si vous ne voulez pas mourir idiotes.


*  

 

Shministim

 

Chère Catherine,

Nous vous écrivons de Tucson, Arizona, après une incroyable première semaine de notre tournée aux USA. Jusqu’à présent, nous avons été accueillies très chaleureusement par tous nos hôtes, dans chacune des villes où nous sommes passées, de la région de San Francisco Bay à Honolulu, Hawaii !

Considérant les réactions suscitées par la politique d’Israël, nous nous attendions à devoir affronter une forte opposition à notre présence. Nous sommes heureuses que les désaccords qui se sont fait jour pendant nos discussions aient toujours été exprimés avec courtoisie et respect.

Nous devons dire que l’ouverture d’esprit avec laquelle nos propos ont été accueillis a été rafraîchissante, y compris dans une synagogue juive et sur un campus où règne généralement une grande tension à propos des problèmes que nous venions évoquer.

Nous espérons que ces échanges de vues stimuleront la discussion sur le conflit israélo-palestinien et sur le rôle qu’y jouent les États-Unis. Comme nous l’avons rappelé aux personnes venues nous entendre, « les dollars de vos impôts alimentent notre occupation ! ».

En solidarité,

Netta et Maya.

Nedda et Maya a Staten Island
 

Maya Wind et Netta Mishly

à Staten Island, 2009

 

Cette lettre a été écrite, en septembre 2009, par Maya et Netta, à ceux qui avaient soutenu de façon ou d’autre leur initiative.

Explication :

En Israël, le service militaire est obligatoire pour les deux sexes dès l’âge de 18 ans. On appelle Shministim des étudiants du secondaire terminal qui refusent de servir dans l’armée israélienne, parce qu’elle occupe abusivement le territoire palestinien et y commet des crimes que le monde entier condamne2.

D’abord sporadiques et isolées, les lettres de refus de servir sont devenues concertées et collectives. On pense que cent jeunes à peu près – filles et garçons – ont signé celle-ci :


« Nous, signataires de cette lettre, jeunes israéliens d'écoles supérieures, déclarons vouloir nous opposer à la politique d'oppression et d'occupation menée dans les territoires occupés et en Israël. C'est pour cela que nous refusons de servir dans l'armée israélienne.

Ce refus signifie d'abord une protestation contre la politique de séparation, de contrôle, d'oppression et de meurtres menée par l'Etat d'Israël dans les territoires occupés, car nous comprenons que cette politique ne nous mènera jamais à la paix et contredit les valeurs fondamentales qu'une société se disant démocratique doit avoir.


Tous les membres de ce groupe croient en la valeur du travail social. Nous ne refusons pas de servir la société dans laquelle nous vivons, mais nous protestons contre l'occupation et les moyens d'action employés par le système militariste aujourd'hui: négation des droits civils, discrimination sur une base raciale et actions contraires aux lois internationales.

Nous nous opposons aux actions prises au nom de la "défense" de la société israélienne: postes de contrôles, assassinats ciblés, routes-apartheid réservées aux juifs, couvre-feu, etc... qui servent la politique d'occupation et d'exploitation, annexe plus de territoires occupés à l'Etat d'Israel et nie les droits de la population palestienne d'une manière aggressive. Ces actions sont un sparadrap posé sur une plaie saignante, et une solution limitée et temporaire qui aggrave les conflits.

Nous nous opposons au pillage et au vol des territoires et des sources de revenus des Palestiniens en vue de l'expansion des implantations [...] De plus, nous nous opposons à toute transformation des villes et villages palestiniens en ghettos privés des conditions minimales d'existence ou de source de revenus par la concstruction du mur de séparation.

Afin d'établir un dialogue effectif entre les deux sociétés, nous, la société aux fondations bien établies et plus forte, avons la responsabilité d'établir et de renforcer l'autre. C'est seulement avec un partenaire socialement et financièrement mieux établi que nous pourrons travailler à la paix plutôt qu'à des actes de vengeances unilatéraux. Plutôt que de supporter ces citoyens qui espèrent la paix, l'armée prend des sanctions, et pousse de plus en plus de gens vers des actes d'extrême violence et vers l'escalade.

[....]

Là où il y a des humains, il y a quelqu'un pour parler. Par conséquent, nous demandons de créer un dialogue allant au-delà de la lutte de pouvoir, de la vengeance et des actions unilatérales; de désapprouver le mythe du "pas de partenaire crédible" qui nous conduit à une situation perdant/perdant de frustration continue, nous demandons que l'on opte pour des méthodes plus humaines.

Nous ne pouvons pas détruire au nom de la défense, ni emprisonner au nom de la liberté. Par conséquent, nous ne pouvons à la fois agir moralement et servir l'occupation.

Les membres du "Shministim"

 

La peine qu’encourent ces jeunes objecteurs de conscience est de 21 à 28 jours de prison.

À la fin de leur peine, ils sont de nouveau appelés à faire leur service militaire. S’ils refusent une deuxème fois, comme la plupart le font, ils subissent à nouveau la même peine. Le processus peut être répété à l’infini si le gouvernement et l’armée le veulent.

Cela n’a l’air de rien, trois ou quatre semaines de prison à répétition, avec sorties entre les coups, surtout en comparaison de ce qu’endurent les Palestiniens, mais cette répression « démocratique » les empêche de poursuivre leurs études, de trouver un quelconque travail et de fonder une famille. Elle peut les en empêcher très longtemps.

En 2009, après le choc du massacre de l’opération « Plomb durci », un certain nombre de shministim ont décidé d’aller réveiller les consciences somnolentes dans quelques coins sourds-muets de sainte Communauté Internationale. Par deux ou par trois, tels des représentants en mission de la Première République ou des Sandinistes de 1990, ils ont pris leur bâton de pélerin et s’en sont allés « expliquer » de quoi il est question au juste et rappeler les responsabilités de chacun. Lourde tâche pour de jeunes épaules, car ces missionnaires, dressés depuis la naissance à être une nouvelle « Hitlerjugend » ont dû tout inventer et ne compter que sur leurs propres ressources intérieures, dès lors qu’ils ne sont pas restés sourds à ce que Jean-Jacques Rousseau appelait « notre étincelle de divinité » et James Joyce « agenbite of inwit »3 .

Tandis qu’un groupe de trois (deux filles et un garçon) s’en allait en Afrique du Sud, Netta et Maya, en collaboration avec les Américaines de Codepink, se lançaient dans un vaste tour des USA. Des vidéos de certaines de ces séances d’information et de discussion se trouvent sur Internet. Si vous savez vous y prendre, vous pourrez les y voir. Netta et Maya sont à présent rentrées chez elles, c’est-à-dire probablement dans une prison militaire.

Ce qui, moi, me ravit particulièrement chez ces jeunes gens, garçons et filles, c’est que dans un monde qui semble devenu la concrétisation cauchemardesque des théories d’Hélvétius, ils donnent raison à Rousseau.

Question oiseuse : Pourquoi rien de ce genre ne s’est-il produit en Europe ? L’«Union » n’a pas de collectifs féminins équivalents à Codepink ou quoi ?


refuse - latuff
                                                                                                         

Et Carlos Latuff est un grand dessinateur politique brésilien - http://latuff2.deviantart.com/

 

    *

 

Quand un homme prend part à une révolution, on  dit qu’il est un révolutionnaire.
Quand c’est une femme, on dit « bacchante de la Révolution ».

 

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Dernière mais non des moindres, 

... en un peu plus développé... 

... car elle est d'ici... 

... et j'ai un compte à régler.

 

 

 

Anne-Josèphe Terwagne,
dite Théroigne de Méricourt


Née à Marcourt (Ardenne belge) le 3 août 1762, morte à Paris (Salpêtrière) le 8 juin 1817.

Tout le monde croit connaître « la belle Liégeoise », dont les quelques inventions qui prétendent la définir courent le monde et les pseudo-livres d’histoire depuis deux siècles. Tout le monde sait que c’était « la panthère de la Révolution », « une tigresse assoiffée de sang » (avec une préférence pour celui de Marie-Antoinette), qu’elle s’habillait en homme et brandissait des sabres, qu’elle fut publiquement « mise nue et fessée » par des tricoteuses, qu’elle était folle et qu’il fallut l’enfermer. Ainsi s’exprime l’omniscient Ouy-Dire.

Anne Terwagne fait partie de ceux, nés sous une mauvaise étoile, dont le destin semble être de servir de paratonnerre à malheurs et à malfaisances humaines. Tels Job qui, au moins, y était pour quelque chose, puisqu’il croyait en Dieu.

Née d’une famille de laboureurs, c’est-à-dire de fermiers aisés (un peu comme Jeanne d’Arc, voyez...), elle eut le premier et déterminant malheur de perdre sa mère en bas âge. Son père se remaria. La belle-mère était acariâtre et prit l’enfant en grippe.

Commença pour elle, alors, le périple habituel des enfants de la D.D.A.S.S. : quelque temps chez une «marraîne » qui se lassa vite de jouer les éducatrices de substitution et la refila à un couvent de bonnes soeurs. Pour m’être moi-même enfuie à deux ans et demi d’un tel semi-internat, j’imagine sans peine... Elle s’enfuit, revint chez sa marraîne sans baguette ni citrouille, réessaya la maison paternelle qui se ferma comme une huître, et fut en fin de compte « placée » chez des semi-nobles, pour s’occuper de leurs enfants. Elle n’avait pas quinze ans.

La gamine, qui avait une jolie voix et encore beaucoup d’illusions à perdre, rêvait d’être cantatrice. Audacieux, en plein règne des castrats.

Or, vint à passer par là une dame fort sociable « qui avait fait les beaux jours de l’Oeil de Boeuf », entendez une ancienne prostituée, qui passait le temps désormais à tenir salon « entre Londres, Anvers, Bruxelles, Liège et Spa », entendez une espionne.  Spa était alors ce qu’est aujourd’hui Dubai, et la «Querelle des Jeux de Spa » qui donna, en 1788, le coup d’envoi à la Révolution Liégeoise, y a été fomentée par des agents britanniques4 .

Si la protectrice de la future Méricourt avait connu son heure de gloire sous Louis XV, elle ne devait pas trop compter sur ses propres charmes pour attirer chez elle ceux à qui elle voulait tirer les vers du nez. Il lui fallait de la chair fraîche. Que se passa-t-il au juste ? Anne fut-elle cédée à sa nouvelle maîtresses par les anciens ? Leur demanda-t-elle la permission de quitter leur service (elle était mineure) ? « On » lui promit en tout cas de lui apprendre la musique et de l’initier au chant. C’était plus qu’il n’en fallait pour l’attirer comme un moucheron dans une toile.

Elle s’en fut donc avec sa nouvelle propriétaire et commença sa carrière de courtisane, pour laquelle il ne semble pas qu’elle ait été surdouée ni surtout très motivée. En revanche, elle n’apprit pas le chant d’opéra en dépit de ses nombreuses réclamations.

C’est à Londres, dans le salon de l’accueillante cosmopolite, dont il était un assidu, qu’elle rencontra un des hommes les plus sinistres de l’Ancien Régime et des deux suivants : Jean-François Perregaux, Suisse, banquier et espion à la solde de l’Angleterre, après l’avoir été à celle de la Société Typographique de Neuchâtel.

Dès lors, son destin était scellé. Les deux Thénardiers allaient y pourvoir à un point qu’elle n’a sans doute elle-même jamais soupçonné.

Avant de poursuivre et en guise de commentaire latéral à l’étude de Madame de Diéguez sur la Fed, je me permets de rappeler que « la banque dite de France » (l’expression est d’Henri Guillemin) fut en réalité une banque privée, dont la France eut le privilège d’engraisser les actionnaires. Elle fut comme on sait créée par Napoléon, qui, n’étant pas ingrat, mit à sa tête celui qui avait sponsorisé son coup du 18 Brumaire an VIII  : Perregaux. Lequel était toujours le loyal agent de William Pitt et allait rester celui de ses successeurs. Pour mémoire... Coup d’état : 19 novembre 1799 – Création de la « Banque de France » : 18 janvier 1800.

Revenons en arrière et à notre Théroigne. Dans le salon de sa protectrice, elle fit la connaissance d’un jeune aristocrate anglais, héritier d’une riche famille mais aussi mineur d’âge qu’elle, et ne disposant donc ni de sa fortune ni de son libre arbitre. Il la séduisit, et lui promit le mariage « dès que... ». Cette promesse n’engagea qu’elle, qui en tomba enceinte et accepta de fuir pour le suivre. Il la mit dans ses meubles, lui offrit des bijoux fastueux – les usuriers prêtaient volontiers aux jeunes sots avec « des espérances » -  et en attendant sa majorité, se lança dans une vie de débauche, où les moeurs à voile plutôt qu’à vapeur ne manquèrent même pas. Est-ce pour qu’il échappe à l’exemple paternel qu’elle mit son enfant en nourrice en France ou pour toute autre raison ? Je ne sais. Elle finit par s’enfuir du bouge où elle était moins chez elle que les comparses de son futur et fit la connaissance d’un vieux gentilhomme qui lui promit, par écrit, de lui servir toute sa vie une rente. Contre quels services ? Allez savoir, car aussitôt, elle se mit, sans lui, en route pour l’Italie, dans l’idée fixe d’apprendre le chant d’opéra. Elle semble avoir eu un flair incomparable pour attirer à elle les personnalités les plus pourries... ou est-ce qu’elles pullulaient alors tellement qu’il était impossible à quelqu’un de désemparé de les éviter ? Le castrat – célèbre – à qui elle demanda des leçons, non seulement ne les lui donna pas mais se débrouilla pour la tondre.

Entretemps, son enfant, né de santé fragile, était mort chez sa nourrice.

C’est alors qu’il ne fut bruit partout que de la convocation des États-Généraux et qu’à l’instar de Philippe Buonarrotti, elle s’enflamma et s’en fut là où allaient se passer les choses.

De moeurs austères quoi qu’on en ait dit dans les sentines de l’aristocratie, elle tint à Paris table ouverte et nourrit, jusqu’à s’en ruiner, des gens bien plus riches qu’elle. Mais, incapable de se contenter de son salon, comme une Manon Roland ou une Germaine de Staël, c’est en fille du peuple qu’elle se lança dans les affaires publiques. Elle savait lire, écrire et un peu de solfège. Elle jouait joliment du clavecin aussi. Pratiquement autodidacte, elle avait en politique de l’instinct, mais aucune culture qui lui eût permis de s’orienter dans une jungle où beaucoup d’hommes se perdirent. Elle ne sut pas faire le tri, dans ses invités à la rhétorique identique, entre ceux qui parlaient pour essayer de se faire comprendre et ceux qui le faisaient pour, surtout, n’être pas compris. De ces derniers étaient Sièyes, Brissot, Camille Desmoulins, Marie-Joseph Chénier, Anacharsis Cloots, Fabre, Momoro et quelques autres par qui, pour son malheur, elle se laissa hypnotiser. Saint-Just, qui soupa quelquefois chez elle, finit très vite par s’en abstenir, ne voulant pas se commettre avec des hommes dans lesquels il avait reconnu, dès l’abord, des ennemis rédhibitoires.

C’est une des caractéristiques de l’histoire de Théroigne de Méricourt : ses mauvaises relations et l’intégrité qu’au milieu des pires compagnies elle garda toujours.

Gobant les beaux discours dans son logis, elle les traduisit au dehors par des initiatives qui ne tardèrent pas à faire d’elle, pour ces bourgeois ambitieux, une redoutable emmerdeuse, voire un danger public, et ses pique-assiettes ne firent jamais grand-chose pour empêcher les Actes des Apôtres et autres follicules aristocrates de la traîner dans la boue et de la calomnier de toutes les manières possible, de préférence les plus basses.

Échantillon (ce sont les Goncourt qui parlent) :

« Que d’applaudissements ! Mais aussi quels rires dans la presse royaliste ! Quelle proie que « la Muse de la démocratie », que cette « Vénus donnant des leçons de droit public » pour les moqueries et les huées ! Rivarol, Peltier, Champcenets, Suleau, Marchand, ne tarissent pas d’ironies, de soufflets, de gorges-chaudes et d’ordures. Que de gros esprits et de goguenardises salées ! Un pamphlet la loge rue Trousse-vaches. Les Sabats jacobites donnent « Le boudoir de Mademoiselle Théroigne, Intermède civique.- » -– On voit, sur une espèce de toilette, un pot de rouge végétal, un poignard, quelques boucles de cheveux éparses, une paire de pistolets, l'Almanach du père Gérard, une toque, la Déclaration des droits de l'homme, un bonnet de laine rouge, un peigne à chignon, une fiole de vinaigre de la composition du sieur Maille, un fichu fort chiffonné, la Chronique de Paris et le Courrier de Gorsas. On aperçoit dans le fond un lit de sangle décoré d’une paillasse qui sert de lit de repos à la belle patriote et à ses nombreux adorateurs. À côté de la paillasse est une pique énorme, près de laquelle on voit un superbe habit d’amazone de velours d’Utrecht. Le boudoir est orné de plusieurs tableaux agréables, tels que la Prise de la Bastille, la Mort de MM. Foulon et Berthier, la Journée du 6 octobre 1789, l’assassinat juridique de M. de Favras, les meurtres  commis à Nîmes, Montauban, etc., la Glacière d’Avignon et autres jolis massacres constitutionnels. Mademoiselle Théroigne est dans le négligé le plus galant ; elle a des pantoufles de maroquin rouge, des bas de laine noire, un jupon de damas bleu, un pierrot de bazin blanc, un fichu tricolore et un bonnet de gaze couleur de feu surmonté d’un pompon vert.»  Les Actes des Apôtres régalent leurs lecteurs de Théroigne et Populus ou le Triomphe de la démocratie, drame national en vers civiques. Le Petit Gautier l’appelle « charogne ambulante ».
C’est que Théroigne portait une idée : elle était, dans la Révolution, le parti de la femme. Dans le déchaînement de la Liberté, elle appelait la femme à l’émancipation, à l’usurpation. Elle demandait que le civisme lui fît des devoirs, l’héroïsme des droits. Elle voulait hautement, et la première, faire sortir son sexe du ménage, pour le faire entrer dans la patrie. »


L’histoire détaillée de toutes les propositions qu’elle fit, des concours qu’elle obtint, de ceux qui la soutinrent puis la lâchèrent, reste à faire.

 


Je me contenterai d’évoquer ici une des péripéties les plus mal connues de sa carrière météorique.

En juin 1790, elle quitte Paris par la diligence pour se rendre à Liège :

« Je me plaisais beaucoup à Paris, mais je n’avois plus d’argent pour y rester et j’étois pourtant toujour chargée de tous mes frères que je ne voulois point abandonner. On ne payoit point ma rente de 5000 livres et je ne savois quand on me la payerois, j’avois anticipés sur ma rente de mille écus à peut près pour deux ans et mis tous mes diamans en gages
5, je devois déjà beaucoup; je n’avois plus qu’un collier et 25 louis d’un derniere bague, que j’avois engagée pour vivre, moi et ma famille, payer la pension d’un de mes frères que je laissai à Paris pour continuer d’apprendre la peinture auprès de M. d’Avit ...6 ».

Elle rentre dans son village où elle est ravie de retrouver ses amies d’enfance, mais elle ne peut s’empêcher, en cours de route, à Liège, à Saint-Hubert, à Marcourt, de parler révolution, justice, égalité, droits du peuple. Aux Français qu’elle rencontre, elle demande de quel parti ils sont, pas toujours très prudemment. Devant un ancien dragon autrichien de son village, elle déblatère contre les rois et manque passer un mauvais quart d’heure. Le bruit commençe à courir qu’elle est chargée par les révolutionnaires français de soulever le pays. Un de ses frères vient la voir et la conduit au village de la Boverie, près de Liège, où il lui a trouvé un  logement pas trop ruineux (sa rente ne vient toujours pas et son banquier – Perregaux - ne semble pas répondre à ses lettres). Mais ses allées et venues au Pays de Liège, dûs à ses soucis d’argent, provoquent la méfiance du Comte de Mercy Argenteau, plénipotentiaire aux Pays-Bas Autrichiens (Bruxelles), qui écrit le 6 février 1791 au chancelier Kaunitz :

« Il nous arrive des prédicateurs... le nommé Cara7, ennemi de toute autorité est dans le pays, je le fais guetter... On m’annonce aussi la nommé (sic) Théroigne de Mericourt qui était à la tête des assassins de la Reine dans les journées des 5 et 6 octobre ; elle doit se trouver dans la province de Luxembourg et entretenir des correspondances avec nos enragés, avec ceux de Paris et de Liège. Un Français, muni de bonnes lettres de recommandation, est venu me demander permission de l’enlever secrètement, elle et ses papiers : j’y ai donné les mains et j’en fais soutenir l’expédition par une escouade de la Maréchaussée. Si la capture se fait, on la conduira à Fribourg pour y attendre ce qui sera décidé à son égard. ».

Les stratèges de la CIA croient peut-être avoir inventé les extraordinary renditions et les black sites...

Dans la nuit du 15 février, deux émigrés, le chevalier Maynard de la Vallette8 et le comte de St. Malou frappent à la porte de l’auberge de la Croix Blanche, à la Boverie.  – « Au nom de S.M. l’Empereur, ouvrez » ! Ils s’introduisent dans la chambre de Théroigne, la persuadent de se lever et de s’habiller, car elle est sous le coup d’une arrestation. Ils s’emparent bien entendu de ses livres et de ses papiers, et fouette cocher ! Ils essayent en route de lui faire avouer qu’elle a pris part à un complot contre la Reine, mais ils en sont pour leurs frais.

Kidnappeurs et prisonnière arrivent à Fribourg en Brisgau le 25 février (dix jours de route) et la voilà enfermée à l’auberge du Nègre, pendant que le commandant de la place demande des instructions à Vienne. Ordre lui est donné de la conduire à la forteresse de Kufstein, dans le Tyrol. Elle y arrive le 17 mars. Elle n’y est pas mise au cachot mais dans une chambre fort honnête. Elle est correctement nourrie et on lui laisse les trois livres qu’elle a pu emporter en dépit de ses ravisseurs : Sénèque, Platon et l’Abbé Mably. Elle obtient même la jouissance d’un piano. Ce qui la contrarie le plus dans cette aventure, c’est de n’avoir pu renouveler ses engagements aux Monts de Piété de Paris et de Liège et d’avoir ses bijoux vendus à vil prix. Perregaux étant toujours aux abonnés absents, son ancien maître (celui dont elle élevait les enfants), le baron de Selys Fanson, lui vient en aide : il dégage un collier à Liège et prête diverses sommes à son frère.

C’est seulement le 28 mai que M. de Plank, conseiller aulique, arrive à Kufstein pour l’interroger. Il ne lui faut pas longtemps pour se rendre compte que cette jeune femme n’a commis aucun délit, et en conclusion de son enquête, il conseille au gouvernement impérial  de la remettre en liberté.

Cela ne fait pas l’affaire du chevalier Maynard de la Valette, qui voit sa prime de prise lui échapper et qui soutient mordicus qu’il a mis la main sur une dangereuse conspiratrice. Il vient à Kufstein, armé d’un dossier de sa confection, qu’il a intitulé « Dires et aveux de demoiselle Théroigne » où il est révélé qu’elle est à la solde des Jacobins et a pour mission de propager les idées révolutionnaires dans les Pays-Bas. Elle y est aussi accusée d’avoir comploté avec Mirabeau, ainsi qu’avec les ducs d’Orléans, de Liancourt et de Broglie, car à quoi bon lésiner. M. de Plank organise une confrontation entre l’accusée et l’accusateur et en retire la certitude que c’est ce dernier qui ment. Elle n’a pu connaître aucun des personnages qu’il invoque.

En août 1791, sous une identité d’emprunt, elle quitte Kufstein en la garde du conseiller, pour être conduite à Vienne, où on la loge chez un bourgeois. Un de ses oncles d’Allemagne, Campinado, qui est banquier, vient la voir et use de son influence pour qu’elle puisse être entendue par le Chancelier Kaunitz., et ensuite, par l’empereur Leopold lui-même. Les deux hommes, après l’avoir interrogée longuement, lui rendent sa liberté, avec une somme d’argent nécessaire à son retour à Liège.

Le 15 décembre 1791, le Journal général annonce ainsi sa libération : « La crapuleuse créature qui se fait appeler Théroigne de Méricourt est maintenant à Bruxelles. Elle s’est présentée chez le respectable ministre de Metternich9. Sa barbare audace n’a pas diminué dans les prisons d’où elle sort ; l’apparition de cette charogne ambulante indigne tous les honnêtes gens de ce pays. Elle loge à l’enseigne de « l’homme sauvage », qui jamais ne fut aussi sanguinaire qu’elle. »

À Paris, une loi d’amnistie a été votée le 15 septembre, qui lui permet de rentrer sans crainte en France et, le 28 janvier, elle est reçue en triomphe aux Jacobins.

Pendant sa détention, il lui avait été demandé de mettre sa défense ou auto-justification par écrit. C’est ce qu’elle a fait. Cette « confession », comme on l’appelle, écrite au crayon sur du papier qui a mal vieilli, se trouve aux  Archives de Vienne. En 1892, M. Strohl-Ravelsberg l’a publiée, en tout ou en partie, sous le titre Les conf
essions de Théroigne de Méricourt, la belle Liégeoise confessions, dont le baron Camille Buffin a plus tard prélevé des extraits pour les publier dans ses Récits d’hier et d’aujourd’hui. C’est là que j’ai lu le peu que je connais de cette plaidoirie, qui m’a donné la très forte envie de publier (ou republier) la totalité du document. Il y a quelques années, une âme généreuse, de passage à Vienne, m’a fait parvenir l’intégralité de ce document sur micro-film. Les machines à lire les micro-films ne courant pas les rues de mon trou provincial et le nerf de la guerre manquant, ce texte intégral attend toujours d’être décrypté. Mea culpa.
_____________


Paris 1792 – 1793 – 1794...


Les choses s’envenimaient, entre les Jacobins et ses amis. Juin 1793 vit la chute des girondins et de ce Brissot, qui l’avait tant influencée. Elle prit la précaution - sur quels conseils ? - de se faire admettre dans une clinique psychiatrique. Cela se fit beaucoup alors dans les milieux contre- anti- ou hérético-révolutionnaires, où l’on jugea expédient de se soustraire aux possibilités d’une guillotine en se faisant admettre dans la villa bien protégée de quelque aliéniste de renom. Il suffisait d’en avoir les moyens : les certificats de complaisance coûtaient cher mais valaient bien leur pesant d’assignats. Théroigne fut donc «internée».

Au bout d’un temps, soit qu’elle crût la voie libre, soit qu’elle n’y tînt plus, elle sortit. Et ne mit pas longtemps à se faire arrêter. Il n’y fallait pas grand-chose, les temps étaient troublés et le cabinet de Saint-James avait graissé les pattes qu’il fallait pour que fût extraite des prisons (Danton étant ministre de la Justice) toute une pègre de droit commun, qui ne chôma pas à dénoncer à tours de bras n’importe qui dans tous les sens, le but étant de « déstabiliser » la République, selon l’euphémisme actuel. Non, ce qui se passe en Iran n’est pas nouveau non plus.

Théroigne, donc, fut arrêtée et – c’est une hypothèse personnelle – prit en prison la mesure de ses erreurs de jugement. De se retrouver gardée peut-être par des gens de sa classe, au milieu d’autres dont elle s’était crue l’égale ? Qui le sait...  C’est de là qu’elle écrivit la fameuse lettre à Saint-Just, que tout le monde, depuis deux siècles, s’obstine à décréter « lettre de folle ». Or, cette lettre n’est pas plus insane que n’importe quel appel à l’aide envoyé par quelqu’un ne disposant pas de sa liberté et craignant ceux qui l’entourent – une première lettre étant restée sans réponse - à quelqu’un d’autre censé comprendre, à mots couverts, s’il y est fait allusion à des choses que seuls les deux correspondants peuvent connaître. Les archives et la littérature sont pleines de telles lettres, envoyées de tous temps et en tous lieux, par des prisonniers, des résistants, voire des pensionnaires, à d’hypothétiques sauveurs. Mais il est tellement plus facile d’appeler divagation ce que l’on ne comprend pas, et la race des moutons de Dindenault n’est pas éteinte.

Il est d’ailleurs facile d’en juger, car la voici. Il n’y a pas dans cette lettre un mot qui permette de conclure à la folie (l’orthographe a sans doute été corrigée par M. Laport) :

« Citoyen Saint-Just, je suis toujours en arrestation. J’ai perdu un temps précieux. Je vous ai écrit pour vous prier de m’envoyer deux cents livres et de venir me voir ; je n’ai reçu aucune réponse. Je ne sais pas beaucoup de gré aux patriotes de me laisser ici, dénuée de tout. Il me paraît qu’il ne devrait pas leur être indifférent que je sois sans rien faire. Je vous ai envoyé une lettre où je dis que c’est moi qui ai dit que j’ai eu des amis jusque dans le palais de l’empereur, que j’ai été injuste à l’égard du citoyen Bosque, mais que j’en suis fâchée. On m’a dit que j’avais oublié de signer cette lettre, c’est défaut d’attention. Je serais bien charmée de vous voir un  instant. Si vous ne pouvez venir où je suis, si votre temps ne le permet point, ne pourrais-je point me faire accompagner jusque chez vous ? J’ai mille choses à vous dire. Il faut établir l’union. Il faut que je puisse développer tous mes projets, continuer d’écrire ce que j’écrivais. J’ai de grandes choses à dire. Je puis vous assurer que j’ai fait des progrès. Je n’ai ni papier, ni lumière, ni rien ; mais quand même il faut que je sois libre pour pouvoir écrire ; il m’est impossible de rien faire ici. Mon séjour m’y a instruite, mais si j’y restais plus longtemps, si je restais plus longtemps sans rien faire, sans rien publier, j’avilirais les patriotes et la couronne civique. Vous savez qu’il a été question de vous et de moi, et que les signes d’union demandent des effets. Il faut beaucoup de bons écrits qui donnent une bonne impulsion. Vous connaissez mes principes. Je suis fâchée de n’avoir jamais pu vous parler avant mon arrestation. Je me suis présentée chez vous. On me dit que vous étiez déménagé. Il faut espérer que les patriotes ne me laisseront pas victimes de l’intrigue. Je puis encore tout réparer si vous me secondez. Mais il faut que je sois où je serai respectée, car on ne néglige aucun moyen de m’avilir. Je vous ai déjà parlé de mon projet. En attendant que cela soit arrangé, que j’aie trouvé une maison où je serai à l’abri de l’intrigue, où je serai dignement entourée de la vertu, je demande qu’on me remette chez moi. Je vous serais mille fois obligée de me prêter deux cents livres.
« Adieu. !
                                                                              Théroigne ».


Lettre enfiévrée sans doute. Projets irrationnels peut-être, utopiques en tout cas, mais elle en avait fait déjà, qui nous paraîtraient entachés de naïf idéalisme aujourd’hui, et qui furent pourtant, pour certains, signés « Marie-Joseph Chénier, Gilbert Romme, Théroigne, David, Hion, etc. »

Quant à avoir les nerfs à vif, elle ne fut pas la seule, et de loin. Ce même Saint-Just à qui elle écrit n’a-t-il pas, moins de huit jours après avoir décrété que « l’avenir est aux flegmatiques », dans une altercation avec Carnot, piétiné et jeté au feu son chapeau ?

Ce qui touche ici au ricanement sardonique des dieux de la tragédie, c’est que Saint-Just ne reçut jamais cette lettre, puisque, au moment où elle lui était envoyée, il avait les mains attachées et attendait l’aube de son exécution.

Anne Terwagne survécut à Thermidor, mais ceux de ses anciens amis qui n’étaient pas morts avaient d’autres chats à fouetter : ils touchaient enfin au pouvoir, et ce pouvoir n’aurait que faire d’égalité, de vertu ou de justice. Il lui restait des bijoux en gage et le lancinant problème de la fameuse « rente Persan » qui n’arrivait plus depuis si longtemps, jamais envoyée ou détournée.

Laurent-François Dethier, avocat et géologue, père spirituel de la Révolution Franchimontoise - qui fut une expérience radicale très peu connue - et député du département de l’Ourthe sous le gouvernement français, a écrit d’elle : « ...elle fut enfermée comme folle sous le gouvernement consulaire dans une maison de force où elle est morte ».

« Comme folle » ? et « Sous le gouvernement consulaire » ? Dethier n’a jamais parlé pour ne rien dire et pesait ses mots. Rien, aucune pièce indiscutable ne prouvant qu’elle était folle au moment de son internement, on pourrait penser qu’elle gênait Bonaparte, lequel n’a jamais fait le moindre sentiment quand il s’est agi de se débarrasser d’une ou de très nombreuses personnes.
      
Mais le baron Buffin (dont j’ignore les sources) raconte, au début du XXe siècle, une autre histoire :

« D’après un décret du Comité révolutionnaire de la Section Le Peletier, elle fut arrêtée le 27 juin 1794 et enfermée dans la maison sise rue Laloy, 278. » C’est juste un mois avant sa lettre à Saint-Just. Sur quelles bases le décret ? Ou sur quelle dénonciation ?

« Le 30 juin suivant, (soit trois jours plus tard) Joseph Terwagne (qui dépendait d’elle pour sa subsistance) demanda au tribunal du 1er arrondissement de Paris la réunion d’un conseil de famille pour donner son avis sur la nominationn d’un curateur à Anne-Josèphe sa soeur, incapable de gérer ses biens (c’est moi qui souligne) par suite de son état de démence. »

Quelle suite fut réservée à cette demande ? Qui fut le curateur s’il y en eut un ? Que signifie cette démarche ?

- tentative de sauver sa soeur de l’échafaud en la faisant passer pour folle ?
- tentative de mettre ses biens à l’abri de la confiscation, pour le cas où elle serait condamnée ?
- manoeuvre conjointe à celle de l’arrestation ?

Demande-t-on souvent l’internement de quelqu’un qui vient de se faire arrêter ?

Nous ne savons, dans cette affaire, qui est qui et qui fait quoi. Seuls Anne et Joseph sont dans la lumière. Qui se tient dans la coulisse ?

« Le 20 septembre
(trois semaines après sa dernière lettre et la mort des robespierristes) l’officier de santé de la section Le Peletier constate l’aliénation de Théroigne. (Qui l’officier ? Compétent ? Pas compétent ? Intègre ? Corruptible ? De quelle faction ?) Elle est placée dans une maison de santé du Faubourg Marceau, (Privée ? Cette question !) puis transférée successivement en 1797 à l’Hôtel-Dieu, en 1799, à la Salpêtrière, enfin le 11 janvier 1800 aux Petites Maisons, où elle resta jusqu’à son retour à la Salpêtrière le 7 décembre 1807. »

Si cette chronologie était la bonne, alors, Anne aurait été arrêtée un mois avant Thermidor pour des motifs inconnus, et ne serait sortie de sa prison que pour être internée. Définitivement.

Dans ce cas, toutes les descriptions de son état – le tapage, l’auto-enfermement dans une mansarde, le refus de voir quiconque, le scandale public, les plaintes des voisins et l’intervention de la maréchaussée forçant pratiquement un malheureux frère, dépassé, à demander qu’on la mette en lieu sûr – ne seraient qu’affabulation et rien d’autre. Le fait est qu’aucun historien que je connaisse n’a jamais produit le moindre petit procès-verbal de police, qui eût sanctionné des faits, une bonne fois pour toutes.

Il y a des benêts qui croient que Staline a inventé l’enfermement psychiatrique des opposants. Il y en a d’autres qui préfèrent ignorer qu’il existe des motivations pas nécessairement politiques aux internements abusifs, la cupidité étant le plus courant. Il y en a même qui croient qu’il n’y a pas d’internements abusifs du tout. Et il y en a qui ignorent qu’il y a, en Belgique, au début du XXIe siècle, bien plus de fous en prison, évidemment sans soins, que de prisonniers à l’asile. Les moeurs politiques vont et viennent.

De l’état réel d’Anne, du 30 juin 1794 à sa mort, nous n’avons que les descriptions qu’en a laissé « le grand aliéniste Esquirol ». On sait ce qu’était alors un grand aliéniste. On sait surtout qu’il avait, sur ses «délirants» autant de pouvoir que Dieu et je ne sache pas que personne ait jamais mis en cause les traitements – quels qu’ils fussent – appliqués (infligés ?) à ceux qu’il faut bien appeler leurs prisonniers par « les grands aliénistes ». Celui-là était monarchiste10. Il a tenu à sa merci,  pendant près de deux décennies, « la charogne ambulante » qui avait voulu boire le sang de la Reine.

Ce ne sont pas des conclusions que j’énonce, ce sont des données du problème. Un problème jamais posé et par conséquent jamais résolu.

Tout ce dont nous pouvons êtres sûrs, c’est qu’une femme de 32 ans fut internée sans son consentement (car « incapable de gérer ses biens  par suite de son état de démence »), état constaté par un seul officier de santé de la section Le Peletier, d’où avait émané, quelques jours plus tôt, l’ordre de l’arrêter; nous sommes sûrs qu’elle le fut sur demande écrite d’un de ses demi-frères, qui ne savait ni lire ni écrire ni signer (il signa d’une croix), et que la demande fut rédigée par son propre banquier, lequel avait avancé au demi-frère de quoi s’établir blanchisseur.et pouvait, s’il voulait, lui en réclamer restitution immédiate. Le banquier s’appelait Perregaux. Il allait, cinq ans plus tard, avec la bénédiction de ses employeurs britanniques, financer un regime change, dont le bénéficiaire le remercierait, après un délai décent de deux mois, en le nommant gouverneur d’une banque pseudo nationale, grâce à laquelle les Français auraient le droit de lui rembourser, avec usure, sa mise de fonds.

Le problème particulier d’Anne Terwagne ne peut être posé qu’en n’oubliant pas que l’internée possédait un certain nombre de bijoux de prix encore en gage dans divers Monts de Piété, lorsqu’elle est sortie de la nébuleuse de sa « rente Persan » évanescente pour entrer dans la nuit. Que ces bijoux aient constitué une fortune d’un certain poids au moment où elle en fut dépouillée est attesté par les nombreuses et de plus en plus anxieuses lettres qu’elle écrivit à l’homme qu’elle avait chargé de la défense de ses intérêts, y exprimant sa crainte que ses diamants fussent vendus à vil prix si elle ne les dégageait à temps, alors qu’était si grand le besoin qu’elle en avait pour soutenir l’existence » de ses demi-frères.

Deux exemples à trois ans d’intervalle :


Gênes, 9 mars 1789


Monsieur,

« Je vous suis très reconnoissente des peines que vous vous êtes donné, pour me faire payer de Mr de Persan.

«Je joint mon sertifiqua de vie bien en forme, afin qu’il ne puisse plus trouver de détour, est que vous puissiez, en qua du moindre retar à me payer les six moins échus et ceux qui vont échoire le mois d’avril prochain, que vous soiez en droit, dis-je, d’en agir avec riguer pour le forser à s’acquiter avec moi toutes de suite.

« Je vous suis fort obligée, monsieur de la bonté que vous avez de me permete de tirer sur vous, en attendant que je sois payée, je vous prie donc d’envoyer une traite de cent loys à votre correspondant à Genes avec ordre de payer M. Dourazzo, et de me donner le reste pour mon voyage jusquj’à Rome, et en meme temps il seroit à propos que vous eussiez la bonté de m’envoyer une lettre pour votre correspondant à Rome par qui vous me ferez tenir là mon argent quand je serai payée.

« A l’égard de mes diaments, je les enverrai chez vous, quand je serai à Rome, et vous les garderai jusqu’à ce que mes talents me permete de retourner en Angleterre.

« Si vous voulez avoir la bonté de m’envoyer des lettres de recommandation pour Rome et pour Naples, ou je conte aller quand j’aurai resté à Rome quelque temps, je vous aurai infiniment d’obligation, j’écrirai également à Mr Hammerslys de m’en envoyer. Il m’a déjà recommandé à sont correspondant à Genes ; je lui dois beaucoup à cause de toutes les marques d’estime qu’il m’a donnée ; j’ai eu l’honneur de diner hier avec votre ami le consul anglois qui, à votre considération, m’a toujours fait beaucoup de politesse depuis que je suis à Genes.

« Je vous demande pardon de tant vous annuyer. J’ai cependant encore autrre chose à vous demander. J’ai imaginé que vous pouriez me rendre ce servisse. Cela me seroit d’autant plus agréable que je n’aurai pas besoins de recourir au servisse de mes prétendus amis.

« Je suis venue en Italie pour chanter et étudier : j’ai conduis avec moi mes trois frères, l’un étudie la peinture et les deux autres le commerce. Comme je suis obligée de toujours voyager, je voudrois établir l’aîné à Liège, où nous avons des parans qui sont dans le commerce. J’aurai besoin de trois mille livres ou trois mille livres et demis pour acheter une plase de controleur à mon frère aîné, afin que le revenu de cette petite plase fournise à ces besoin pandant qu’il étudiera dans un contoire.

« Cependant je fait reflexion que si je mourois vous perderiez votre argent, je voudrois rendre service à mon frère et je suis assez embarasée, si vous vouliez seulement les avanser pour un ant, vous les retienderiez chaque six mois la moitiez avec les ainteret et vous seriez entièrement remboursé à conter du mois prochain dans un ant. Si vous vouliez faire cela pour moi avec les ainteret et je vous assure que je vous serois fort obligée, j'an aurai priez Mr Hammerslys, mais comme mes revenu sont en Frence j'ai crus qu'il étoit plus simple de vous en faire la proposition. Je vous prie de me faire réponse à cette egard par le même couryer. Par que je ne prendrai aucune résolution sant savoir vos sentiment.

« Votre servante

« Anne Josephe THEROIGNE


« je vous prie d'adresser votre réponse au consul anglois votre correspondant à Genes. »


 

5 janvier 1792


Monsieur,

« A présent que je suis libre, je suis sûre que je puis aller où je veux : si je suis contente de la justice de l’empereur, je dois aussi dire que, pendant tout le temps de mon injuste détention, on m’a traitée avec douceur.

« Quant à vos aristocrates , ils ont employé les moyens les plus ba, les intrigues les plus infâmes pour tacher de me faire perdre la liberté pour toujours. Je vous assure que, s’il n’avait tenu qu’à eux, je serais encore dans la forteresse de Kufstein. Des chevaliers français tel est le caractère.

« Je vous serais obligée, Monsieur, de m’envoyer de l’argent, trente louis que vous échangerez à Paris. Si vous n’avez que des assignats, j’y perdrai moins qu’ici. Je vous prie en grâce de m’envoyer ce que je vous demande par le même courrier, car je n’ai plus un liard pour payer mon logement, ni ma pension. Vous adresserez votre réponse poste restante Bruxelles.

«  En attendant, je suis avec estime, Monsieur, votre servante.


                                                                            Théroigne ».

 
Quel homme de finance n’aurait pu tourner autour de son petit doigt avec la plus grande facilité un jeune paysan illettré qui n’avait jamais été capable d’assurer sa propre subsistance et qu’affolait la perspective de perdre sa planche de salut ?

Quoi, un banquier faisant interner une de ses clientes, victime de ses détournements ?  Ces choses-là n’arrivent pas, voyons !

Je ne dis pas qu’elles se sont passées ainsi. Je dis que personne ne s’est jamais soucié de connaître la vérité à la manière de von Ranke, sur la fin d’une femme qui, à tous égards, méritait autre chose. De ses contemporains et de la postérité.

Une consoeur postmoderne du Dr.Esquirol a écrit tout un livre sur « le cas » Théroigne de Méricourt. Louable intérêt. Elle a juste omis de s’assurer au préalable que sa patiente souffrait bien d’une quelconque pathologie au moment de son internement.

muscadins.jpgAh, oui, la fameuse fessée... Une des fables les plus prisées veut que Théroigne ait été un jour, dans la rue, troussée et battue de verges par des tricoteuses, puis sauvée in extrémis (de quoi ?) par Marat. Le choc aurait été trop fort pour elle, d’où sa folie, etc. etc.

Elle y aurait mis le temps : Marat était mort depuis un an. Arrêtons de prendre les désirs de ces Messieurs pour des lanternes. Les femmes du peuple n’ont jamais fessé publiquement personne. Ce sont les Muscadins qui l’ont fait.


Rappelons qu’en Thermidor An II, la Terreur Blanche faisait rage depuis de nombreuses semaines ; qu’en province, des bandes armées s’attaquaient aux républicains et qu’à Paris, les Muscadins, au costume extravagant hautement symbolique, dont la pièce maîtresse était le gourdin, s’attaquaient courageusement et en bandes eux aussi, aux épouses des représentants jacobins qui avaient eu l’imprudence de sortir de chez elles, pour les trousser et les fesser en effet.

musc et gourdins.jpgEn d’autres termes, ils tenaient la rue, un peu à la manière de leurs descendants de celle d’Assas à Paris au début des années 1960 et à la fin des années 1980. Même cheptel, mêmes méthodes. « Musc & gourdins... Muscadins ! », dit-on joliment chez CanalMythos11.

 Si Théroigne a été fessée dans la rue, ce dont je doute, car elle sortait rarement seule, c’est par quelques courageux contre-révolutionnaires. Elle n’aurait fait que partager ainsi le sort de maintes femmes respectables, et elle en avait vu d’autres. Les monarchistes au gourdin leste et à la conscience élstique, elle connaissait, merci, elle sortait même d’en prendre. Il n’y avait pas là de quoi devenir folle, sinon de rage. En aucun cas de mélancolie. Ah, la mélancolie, si à la mode alors chez les aliénistes... Reste la question que personne n’a osée : Kidonkéfou ?

Quant à ce qu’ont dit d'elle Messieurs les hommes, de Suleau à ses ravisseurs et de Lamartine à Ghelderode, c’est à couper le souffle : un seul et même fantasme ! Résignons-nous-y Mesdames, l’imaginaire des mâles en matière de nous est désespérément privé  d’originalité. Je ne vais pas ici enfiler ces perles, ce serait fastidieux. Aussi bien Baudelaire les a-t-il toutes résumées en quatre vers :

 

Avez-vous vu Théroigne, amante du Carnage,

Excitant à l'assaut un peuple sans souliers,

La joue et l'oeil en feu jouant son personnage,

Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ?

 

Au moins ne la traite-t-il pas de panthère, de bacchante, de ménade buveuse de sang, et ne salive-t-il pas sur sa semi-nudité dans l’action. Curieusement, un des hommes les plus incontinents en matière de fantasmes a eu pour elle des paroles justes, et cet homme-là c’est Michelet :

 « Tragique histoire, horriblement défigurée par Beaulieu et tous les royalistes. Je prie les Liégeois de réhabiliter leur héroïne. »


Autre exception, le baron Camille Buffin (noblesse belge, on fait avec ce qu’on a) résumait ainsi, au début du XXe siècle, son sentiment :

« En étudiant l’histoire de Théroigne, on doit reconnaître que cette femme montra en toute circonstance une remarquable énergie et l’on ne peut se défendre d’avoir pour elle une certaine sympathie. Jetée dans la vie à 17 ans, sans appui, sans instruction, sans argent, livrée par sa beauté à toutes les tentations, exposée à toutes les séductions, elle parvint non seulement à devenir un orateur politique, mais à acquérir une influence populaire incontestable.

« Au milieu des événements dramatiques de la Révolution Française, elle groupa autour d’elle des hommes éminents, tels que J.M. Chénier, le peintre David, Danton, Pétion, Desmoulins, Siéyes, etc., et finit par prendre une part importante aux délibérations des assemblées. Il est pénible de penser que pendant les 24 années qu’elle passa dans un asile d’aliénés, réduite à l’alimentation des indigents, vêtue uniquement d’une chemise, aucun de ses anciens amis ne se souvint d’elle et ne lui accorda un secours, aucun des frères, qu’elle avait nourris si longtemps, ne lui fit une visite. Ingratitude cruelle ! Son nom s’était effondré sous les injures et les quolibets. Représentée tour à tour comme hideuse ou stupide, ivre, dévêtue, obscène, empoisonnant le sang français, personne n’osait plus la connaître. Et cependant Théroigne était innocente de la plupart des accusations portées contre elle par les adversaires de la Révolution, comme par exemple l’accusation du dessinateur Gabriel, d’avoir fait guillotiner un artiste qui avait peint d’elle un portrait peu ressemblant.

« Sa vie privée ne fut certes pas exempte de fautes, mais elles sont imputables en partie à l’abandon de sa famille pour laquelle elle se montra toujours bonne et généreuse. Quant à son rôle politique, il est difficile à apprécier. Fut-elle comme on l’assure, l’agent inconscient d’hommes intrigants qui, à diverses reprises, utilisèrent son influence réelle sur le peuple ? Ce qui semble certain, c’est qu’elle était sincère dans ses convictions républicaines, sans ambition, ni intérêts, elle croyait en soutenant les révolutionnaires, défendre les droits des pauvres et des opprimés et si elle poussa l’amour de la patrie jusqu’au crime, quelle est sa part de responsabilité ?»


Théroigne Salpêtrière.jpgIl se trompe sur un point, le baron Buffin : Théroigne reçut bien, au cabanon, au moins deux  visites. Celle de Sièyes, venu la regarder comme une bête en cage, à qui elle dit son fait de façon telle qu’il s’enfuit, décomposé. Celle ensuite de l’artiste qui a dessiné d’elle ce dernier portrait. Qui était ? Ce Gabriel, qui l’avait calomnieusement accusée d’avoir fait guillotiner l’auteur d’un « portrait peu ressemblant.».

Fut-elle, comme Buffin rapporte qu’on l’assura, « l’agent inconscient d’hommes intrigants qui, à diverses reprises, utilisèrent son influence réelle sur le peuple » ? Il est difficile d’en douter. On a beau se dire que lorsqu’elle appelait les femmes à s’armer et à s’entraîner aux Champ de Mars, elle était sincèrement persuadée des dangers qu’elle annonçait, qu’elle les pressentait, les voyait, tels qu’en effet ils finirent par déferler. Mais la France n’était pas encore en guerre, alors, et les jacobins robespierristes s’y opposaient avec l’énergie du désespoir, conscients que leur pays – en aussi complète déréliction que les États-Unis aujourd’hui – n’était pas en état de l’affronter.

C’étaient ses amis, Brissot en tête, qui la voulaient, sans expressément le dire, bien sûr, se contentant de crier au loup, à l’invasion imminente, comme l’ont fait de tout temps les va-t-en guerre (Napoléon pendant toute sa carrière, Hitler hier, les USA cinquante fois et Israël aujourd’hui). Quand la banqueroute est là et que l’empire auquel on prétend est sur le point de s’effondrer, le recours à la guerre, pour ceux qui sont au pouvoir, est la toute dernière carte qui reste à jouer. À condition bien entendu de passer d’avance par pertes et profits une partie non négligeable de la population en âge de porter les armes et de condamner de gaîté de coeur la majorité du reste à la plus extrême misère. C’est ce que se préparaient à faire les Girondins, se voyant déjà, par la grâce de ce miraculeux conflit, en train de piller l’Europe jusqu’à en rétablir les finances publiques françaises. Leurs finances privées ne se portaient pas trop mal, merci. Ces armateurs, ces colons,  ces planteurs, ces négriers n’étaient pas sectaires : que les colonies fussent très loin à l’Ouest ou très près à l’Est importait peu, et quoi de plus excitant que de conquérir et dépouiller l’Europe en brandissant les idéaux de la Révolution ! (Eh, non, cela non plus n’est pas nouveau.) « Démocratie »... « Liberté » (pour soi, sinon pour les autres)... Pour l’égalité et la fraternité, il n’y avait pas le feu.. Quand le peuple sortirait de sa croisade messianique, il ne serait heureusement plus en état d’embêter le monde avec ces billevesées. Il serait trop heureux en fait qu’on le laisse rentrer dans ses tanières pour y lécher ses plaies. En attendant, cette petite excitée était bien utile pour fabriquer le consentement dont on avait besoin.

Les robespierristes, en dépit d’efforts héroïques, n’allaient pas pouvoir épargner à leur pays cette épreuve. Tout au plus réussiraient-ils à le débarrasser des Girondins d’abord, de Danton ensuite, mais pas avant que ce dernier eût réussi à dégarnir Paris de ses éléments les plus radicaux, grâce à l’idée géniale de la levée en  masse. Combien furent-ils, alors, à tomber dans le même panneau que l’innocente?

La guerre une fois déclarée par la France girondine, il revint aux jacobins de la faire, de la faire défensivement et de la gagner. C’était donc eux qu’il faudrait ensuite éliminer pour que, de défensive, elle pût devenir de conquête, chose que mènerait à bien un ambitieux petit caporal. Le délicat Sièyes, qui depuis si longtemps cherchait un sabre, l’avait enfin trouvé.

Devant l’ampleur du désastre qu’elle avait à la fois redouté et contribué à faire advenir, Théroigne se mit à recommander la modération. Trop tard. Mais c’est grâce à elle et à d’autres abusés comme elle que des générations d’historiens à lunettes en bois ont pu faire passer Danton et les Girondins pour les modérés qu’ils ne furent jamais.

Ceux qui survécurent à la lutte à mort entre camp de la guerre et camp de la révolution la trouvèrent assurément plus gênante qu’utile, dès qu’ils n’en eurent plus besoin. Se rendit-elle jamais compte ? Difficile à dire. Sa sincérité ne fait aucun doute. Et quel qu’ait été son discours, sa fraternité fut également indiscutable. Pour le reste...

Incidemment : l’élimination  des révolutionnaires opposés à la guerre avait commencé de la blanche main de Charlotte Corday. S’est-on jamais avisé que ces deux femmes, qui ont joué et perdu leur vie pour des causes si opposées, ont été instrumentalisées par les mêmes hommes ? Toutes deux ont payé le plus haut prix qui fût leurs convictions respectives. Au moins la Liégeoise ne s’est-elle pas mis de sang sur les mains pour les yeux de merlan frit d’un bellâtre à la Barbaroux.


teroigne 2.jpg

À celle qui a peut-être été la première victime de Thermidor, je n’ai rien à offrir en guise de monument expiatoire, mais je puis au moins lui rendre, une dernière fois, la parole :

 

D I S C O U R S

PRONONCÉ  à  la  Société  Fraternelle des Minimes,
le  25  mars  1792,
l’an quatrieme de la liberté,


Par  Mlle  THÉROIGNE,

En  présentant  un  Drapeau  aux  Citoyennes
du  Faubourg  S.  Antoine.

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CITOYENNES, quoique nous ayons remportées des victoires, qu’un Tyran soit mort, qu’un Ministre prévaricateur soit accusé de haute trahison, & que l’Assemblée Nationale montre une énergie qui ranime l’espérance des Amis de la Patrie, nous sommes cependant toujours en danger. Sans entrer à cet égard dans des détails qui vous sont connus, je vous répéterai seulement ce que je crois ne pouvoir être trop rappelé à votre souvenir, afin de vous inviter à réfléchir sérieusement sur notre situation ; à ne pas perdre de vue que les torches de la guerre civile sont prêtes à s’allumer ; que l’étendart de la contre-révolution est arboré dans plusieurs parties de l’Empire ; qu’il est visible que par-tout, mais particulièrement dans Paris, des scélérats soudoyés ont un plan de division intestine qu’ils suivent avec la plus grande activité, afin de préparer des partis qui seront toujours funestes à la liberté, si votre vigilance ne déjoue pas les trames criminelles ourdies par nos ennemis.

Citoyennes, n’oublions pas que nous nous devons toutes entieres à la Patrie ; qu’il est de notre devoir le plus sacré de resserrer entre nous les liens de l’union, de la confraternité ; & de répandre les principes d’une énergie calme, afin de nous préparer avec autant de sagesse que de courage à repousser les attaques de nos ennemis.

Citoyennes, nous pouvons, par un généreux dévouement, rompre le fil de ces intrigues. Armons-nous ; nous en avons le droit par la nature & même par la loi ; montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus, ni en courage ; montrons à l’Europe que les Françoises connoissent leurs droits, & sont à la hauteur des lumieres du dix-huitieme siecle ; en méprisant les préjugés, qui par cela seul qu’ils sont préjugés, sont absurdes ; souvent immoraux, en ce qu’ils nous font un crime des vertus.

Les tentatives que le pouvoir exécutif pourra faire par la suite pour regagner la confiance publique, ne seront que des piéges dont nous devons nous défier : tant que nos moeurs ne seront pas d’accord avec nos lois, il ne perdra pas l’espérance de profiter de nos vices pour nous remettre dans les fers. Il est tout simple, & vous devez même vous y attendre, on va mettre en avant les aboyeurs, les folliculaires soudoyés, pour essayer de nous retenir, en employant les armes du ridicule, de la calomnie, & tous les moyens bas que mettent ordinairement en usage les hommes vils pour étouffer les élans du patriotisme dans les ames foibles. Mais, françoises, actuellement que les progrès des lumieres vous invitent à réfléchir, comparez ce que nous sommes avec ce que nous devrions être dans l’ordre social. Pour connoître nos droits et nos devoirs, il faut prendre pour arbitre la raison, & guidées par elle, nous distinguerons le juste de l’injuste. Quel seroit donc la considération qui pourroit nous retenir, nous empêcher de faire le bien lorsqu’il est évident que nous le pouvons & que nous le devons ? Nous nous armerons, parce qu’il est raisonnable que nous nous préparions à défendre nos droits, nos foyers, & que nous serions injustes à notre égard & responsables à la Patrie, si la pusillanimité que nous avons contractée dans l’esclavage avoit encore assez d’empire pour nous empêcher de doubler nos forces. Sous tous les rapports, vous ne pouvez douter que l’exemple de votre dévouement ne réveille dans l’ame des hommes les vertus publiques, les passions dévorantes de l’amour de la gloire & de la Patrie. Nous maintiendrons ainsi la liberté par l’émulation et la perfection sociale résultante de cet heureux concours.

Françoises, je vous le répete encore, élevons-nous à la hauteur de nos destinées ; brisons nos fers ; il est temps enfin que les Femmes sortent de leur honteuse nullité ; où l’ignorance, l’orgueil, & l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps ; replaçons-nous au temps où nos Meres, les Gauloises & les fieres Germaines, délibéroient dans les Assemblées publiques, combattoient à côté de leurs Époux pour repousser les ennemis de la Liberté. Françoises, le même sang coule toujours dans nos veines ; ce que nous avons fait à Beauvais, à Versailles, les 5 & 6 octobre, & dans plusieurs autres circonstances importantes & décisives, prouve que nous ne sommes pas étrangeres aux sentimens magnanimes. Reprenons donc notre énergie, car si nous voulons conserver notre Liberté, il faut que nous nous préparions à faire les choses les plus sublimes. Dans le moment actuel, à cause de la corruption des moeurs, elles nous paroîtront extraordinaires, peut-être même impossibles ; mais bientôt par l’effet des progrès de l’esprit public & des lumieres, elles ne seront plus pour nous que simples & faciles.

Citoyennes, pourquoi n’entrerions-nous pas en concurrence avec les hommes. Prétendent-ils eux seuls avoir des droits à la gloire ; non, non... Et nous aussi nous voulons mériter une couronne civique, & briguer l’honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut-être plus chere qu’à eux ; puisque les effets du despotisme s’appesantissoient encore plus durement sur nos têtes que sur les leurs.

Oui... généreuses Citoyennes, vous toutes qui m’entendez, armons-nous, allons nous exercer deux ou trois fois par semaine aux Champs-Elisées, ou au Champ de la Fédération, ouvrons une liste d’Amazones Françoises ; & que toutes celles qui aiment véritablement leur Patrie, viennent s’y inscrire ; nous nous réunirons ensuite pour nous concerter sur les moyens d’organiser un Bataillon à l’instar de celui des éleves de la Patrie, des Vieillards ou du Bataillon sacré de Thèbes. En finissant, qu’il me soit permis d’offrir un Etendart tricolore aux Citoyennes du faubourg Saint-Antoine.

~~~~

D I S C O U R S

Imprimé par ordre de la Société Fraternelle de
patriotes, de l’un & l’autre sexe, de tous
age & de tout état, séante aux Jacobins,
rue Saint-Honoré.

_________________________     

A  P A R I S
______  

1 7 9 2.

 

 

Un mois et cinq jours plus tard, la France déclarait la guerre à l’Autriche.

Un an presque jour pour jour plus tard, c’est la défaite, pour ne pas dire la déroute : le général girondin Dumouriez, après avoir été battu à Neerwinden et à Louvain, s’entretient avec le prince de Saxe-Cobourg Gotha, son vainqueur, comme si de rien n’était. L’assemblée lui envoie quatre représentants pour le destituer et l’arrêter . C’est lui qui les arrête et les livre aux Autrichiens. Il se prépare à marcher sur Paris, pour y mettre au pas l’Assemblée et s’emparer de la dictature. Les soldats du rang, les fameux volontaires enrôlés grâce à Danton, refusent de le suivre et crient à la trahison. Il ne lui reste plus qu’à passer à l’ennemi avec tout son état-major.

Depuis des mois, Marat l’accusait lui aussi de trahison. Ses amis politiques – le gouvernement de la France, à ce moment-là, c’est eux – décrètent Marat d’arrestation. Appelé à la barre de l’Assemblée pour y répondre des forfaits dont on l’accuse, Marat se défend seul et sort en triomphateur de l’épreuve : le peuple qui l’attend dehors le porte en triomphe. Robespierre réclame la mise en accusation des ministres girondins pour complicité avec Dumouriez, et l’obtient.

Est-ce juste avant, est-ce pendant ou juste après ces journées cruciales – insurrectionnelles – des 31 mai et 2 juin 1793 qu’elle fit placarder l’appel qui suit ? Elle y mentionne son retour d’Allemagne « il y a à peu près dix-huit mois ». Ces dates coïncident.

Essayait-elle de sauver ses amis ou simplement d’empêcher, comme elle le dit, la guerre civile ?

C’est sous la pression de l’émeute populaire que, le 2 juin, vingt-neuf députés girondins et deux ministres sont décrétés d’arrestation (leur procès aura lieu en octobre). Placés en résidence surveillée à leur domicile, plusieurs s’enfuient et s’en vont soutenir les insurrections fédéralistes de Normandie, de Bretagne, du Sud-Ouest et du Midi, c’est-à-dire y fomenter cette guerre civile qu’elle semble redouter plus que tout. Il est donc possible que ce soit là le premier désaveu qu’elle exprime à leur égard. Ils rencontrent, dans leur cavale, Charlotte Corday, qu’ils se mettent à catéchiser. Marat n’a plus un mois à vivre.


 

«  AUX 48 SECTIONS,

 

« Citoyens,

« Écoutez, je ne veux point vous faire de phrases, je veux vous dire la vérité pure et simple.

« Où en sommes-nous ? Toutes les passions que l’on a eues à Paris l’art de mettre aux prises nous entraînent, nous sommes presque au bord du précipice.

« Citoyens, arrêtons-nous et réfléchissons, il est temps. À mon retour d’Allemagne, il y a à peu près dix-huit mois, je vous ai dit que l’Empereur avoit ici une quantité prodigieuse d’agens pour nous diviser, afin de préparer de loin la guerre civile, et que le projet étoit de la faire éclater au moment que ses satellites seroient prêts à faire un effort général pour envahir notre territoire. Nous y voilà ; ils sont au point de dénouement, nous sommes prêts à donner dans le piège. Déjà des rixes précurseurs de la guerre civile ont eu lieu dans quelques sections : soyons donc attentifs et examinons avec calme quels sont les provocateurs, afin de connoître nos ennemis.

« Malheur à vous, citoyens, si vous permettez que de semblables scènes se renouvellent. Si on peut se donner des coups de poings, se dire des injures indignes de citoyens, bientôt on  osera davantage...

« Citoyens, arrêtons-nous et réfléchissons ou nous sommes perdus. Le moment est arrivé où l’intérêt général de tous veut que nous nous réunissions, que nous fassions le sacrifice de nos haines et de nos passions pour le salut public. Si la voix de la patrie, la douce espérance de la fraternité n’ébranlent point nos âmes, consultons nos intérêts particuliers. Tous réunis nous ne sommes pas trop fort pour repousser nos nombreux ennemis du dehors et ceux qui ont déjà levé l’étendard de la rebellion. Cependant je vous préviens que nos ennemis ne distinguent point les partis et que si nous sommes vaincus nous serons tous confondus au jour de la vengeance.  Je puis dire qu’il n’y a pas un seul patriote qui se soit manifesté dans la révolution, sur le compte duquel on ne m’ait interrogée. Tous les habitants de Paris sont indistinctement proscrits, et j’ai ouï dire mille fois par ceux qui me vouloient faire déposer contre les patriotes, qu’il falloit exterminer la moitié des François pour soumettre l’autre...

« Les plus petites choses conduisent quelquefois aux plus grandes. Des femmes romaines ont désarmé Coriolan et sauvé leur patrie.

« Rappelez-vous citoyens qu’avant le dix août, aucun de vous n’a brisé le fil de soye qui séparoie la terrasse des Feuillans du jardin des Thuileries. La moindre chose arrête quelquefois le torrent des passions avec plus de succès que tout ce qu’on peut leur opposer.

« En conséquence je propose qu’il soit nommé dans chaque section, six citoyennes les plus vertueuses et les plus graves par leur âge, pour concilier et réunir les citoyens, leur rappeler les dangers de la patrie ; elles porteront une grande écharpe où il sera écrit AMITIÉ ET FRATERNITÉ. Chaque fois qu’il y aura assemblée générale de section, elles s’y rassembleront pour rappeler à l’ordre tout citoyen qui s’en écarteroit, qui ne respecteroit point la liberté des opinions, chose si précieuse pour former un bon esprit public ; ceux qui ne sont qu’égarés, mais qui cenpendant ont de bonnes intentions, aiment leur patrie, feront silence. Mais si ceux qui sont de mauvaise foi et apostés tout exprès par les aristocrates, par les ennemis de la démocratie et les agens des rois, pour interrompre, dire des injures et donner des coups de poings, ne respectent pas plus la voix de ces citoyennes que celle du président, ce seroit un moyen de les connoître. Alors on en prendroit note pour faire des recherches sur leur compte. Ces citoyennes pourroient être changées tous les six mois ; celles qui montreroient le plus de vertu, de fermeté, de patriotisme dans le glorieux ministère de réunir les citoyens et de faire respecter la liberté des opinions pourroient être réélues pendant l’espace d’une année. Leur récompense seroit d’avoir une place marquée dans nos fêtes nationales et de surveiller les maisons d’éducation consacrées à notre sexe.

« Voilà, citoyens, un  projet que je soumets à votre examen.
« Théroigne. »


Quelle femme de Baghdad ne pourrait tenir aujourd’hui ce discours ?

Charlotte Corday et Théroigne de Méricourt ne furent  pas les seules à être utilisées sans états d’âme par les mêmes ambitieux sans scrupules. Il en est d’autres qui l’ont été tout autant, même si elles l’ont payé moins cher. Je veux parler des deux soeurs Fernig, Marie-Félicité (1770-1841) et  Marie-Théophile (1775-1819).

soeurs fernig portrait à l'huile Valenciennes ter.JPGNatives de Mortagne, dans le Nord, filles d’un capitaine et soeurs d’un futur général, ces deux jeunes femmes exceptionnellement douées pour le métier des armes ont d’abord combattu sous les ordres du lieutenant-général Beurnonville, futur ministre de la guerre, pour être assez vite – à l’âge respectif de 17 et de 22 ans – élevées au rang d’aides de camp du général Dumouriez . Lorsque celui-ci, forcé de jeter le masque et de passer à l’ennemi avec seulement son état-major pour le suivre (exemple rare de toute une armée refusant d’obéir à son chef), Marie-Théophile et Marie-Félicité furent de la chevauchée. Sachant ce qu’elles faisaient ? J’en doute. Des récits biographiques disent qu’à peine arrivées à Bruxelles, elles comprirent qu’elles venaient d’émigrer et n’eurent plus qu’une seule idée : repasser les lignes, s’expliquer et se faire réintégrer dans les rangs républicains.
Elles finirent par mener à bien leur évasion, mais non à convaincre totalement de leur bonne foi. Elles ne furent pas punies de leur défection temporaire, mais ne furent pas réintégrées non plus : leur carrière militaire était finie. Toutes deux sont plus tard retournées vivre à Bruxelles, sous occupation française il est vrai, mais en qualité de civiles (Marie-Félicité mariée, Marie-Théophile célibataire). C’est là qu’elles sont mortes, la cadette sous l’occupation hollandaise, l’aînée sous la  monarchie belge.

(Les soeurs Fernig, portrait à l'huile. Musée de Valenciennes)

 


Stèle Marcourt

  Stèle érigée par le village de Marcourt à sa plus célèbre citoyenne.

 

*

 

« On reconnaît la grandeur et le caractère d’une nation à la manière dont elle traite ses animaux». Gandhi

«On n'a pas deux cœurs, l'un pour l'homme, l'autre pour l'animal… On a du cœur ou on n'en a pas».
Lamartine

«La chasse est le moyen le plus sûr pour supprimer les sentiments des hommes envers les créatures qui les entourent ».
Voltaire

«Les animaux sont mes amis et je ne mange pas mes amis ».
G.B. Shaw

«De l'assassinat d'un animal à celui d'un homme, il n'y a qu'un pas».
Tolstoï

«Les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports de l’homme avec les autres espèces vivantes… Le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses semblables n’est qu’un cas particulier du respect qu’il faudrait ressentir pour toutes les formes de vie… ».
Levi-Strauss

Etc. etc. etc.

 

brigittebardotetunphoquereference

 

.....«Que d’applaudissements ! Mais aussi quels rires ! Quelle proie que la “Muse de la Démocratie”, que cette “Vénus donnant des leçons de droit public” pour les moqueries et les huées ! » auraient pu redire les Goncourt, s’il eussent connu Brigitte Bardot.

Ne dénonçons pas les Rivarol, les Peltier, les Champcenetz, les Suleau et les Marchand d’aujourd’hui, qui ne tarissent pas « d’ironies, de soufflets, de gorges chaudes et d’ordures » à son sujet.

Il est vrai qu’elle y a prêté le flanc en  adoptant, depuis son dernier mariage, le discours de ceux qui l’entourent. Elle n’est pas la première, nous venons de le voir, à subir l’influence d’hommes peu recommandables. Ni la dernière. Et, certes, elle a répété, sur ceux qui sont, que cela plaise ou non, l’avenir de la France, d’assez consternantes sottises. Elle a pris, comme tant d’autres, la couleur de son environnement..

Qu’elle ait, à un moment de sa vie où une très jolie femme devient fragile, fait l’objet d’une OPA malintentionnée serait très cruel à lui dire, et au fond, ce n’est peut-être même pas vrai. On ne devrait jamais vieillir. On ne devrait jamais se mettre à boire pour ne pas voir que le temps vous outrage, alors qu’on ne lui a rien fait. Que celui qui ne s’est jamais trompé lui jette la première pierre. Après tout, le grand Vallès lui-même a bien écrit un livre sur l’argent, pour essayer de se persuader que les capitalistes avaient raison...

Pourtant, « Muse de la Démocratie », elle l’a bel et bien été quand ce mot signifiait encore quelque chose. Et cette Vénus a vraiment donné des leçons de droit public ! Ou n’y a-t-il que moi qui se souvienne de cette mi-décembre de 1961, où, seule, elle a osé répondre par un non catégorique au chantage de l’OAS? Croit-on peut-être que ce n’était rien et qu’il n’y fallait pas de courage ? « Si vous ne voulez pas être plastiquée »... (Sartre venait de l’être)... « Payez secrètement »... Combien de ses vertueux censeurs d’aujourd’hui ont-ils payé alors « secrètement » pour être laissés en paix, et tant pis pour les Algériens et tant pis pour le contingent ? A-t-on oublié ses mots d’alors à L’Express : « ...les inspirateurs de ce genre de lettres seront rapidement mis hors d’état de nuire s’ils se heurtent partout à un refus net et public de la part des gens qu’ils cherchent à terroriser par leurs menaces et leurs attentats (paroles réactivées, et de quelle manière, par les femmes algériennes des années 1990) En tout cas, moi, je ne marche pas, parce que je n’ai pas envie de vivre dans un pays nazi. » A-t-on oublié le billet d’André Wurmser en première page de L’Humanité, lorsqu’un de ses films fut sifflé dans un cinéma d’Alger, et sa photo, pendant plusieurs jours en page politique du même quotidien, sans compter les autres ? Lui en a-t-on prêté des motifs, alors qu’elle n’était tout simplement pas intimidable ! Déjà célèbre de toutes les manières, y compris par la liberté de ses moeurs, elle l’a été à ce moment-là d’une manière toute nouvelle et pas « people » pour un sou, qui a forcé le respect jusque hors de France. (Je rappelle en passant que c’est un autre acteur, Peter Ustinov, qui a cassé le pouvoir d’intimidation du McCarthysme, en répondant par de spirituelles insolences au questionnaire qu’on lui fit remplir à son entrée aux États-Unis.) On peut penser ce qu’on veut des dérives de la Bardot d’aujourd’hui, et je n’en pense pas de bien, mais comment oublier, en même temps, qu’aux instants du vrai danger – pas du chantage à l’insécurité ! – elle n’a ni émigré à Hollywood ni planqué son magot en Suisse, mais est restée au contraire à travailler en France, et à y payer ses impôts ?

Par ailleurs, il est un point sur lequel personne, jamais, n’aura pu l’influencer, c’est sa défense, bec et ongles, des innocents entre tous, dont le martyre perpétuel passe nos capacités d’imagination et d’encaissement. Nous voulons bien laisser faire, mais nous ne pourrions pas savoir sans tomber dans les pommes.

Là, non seulement elle n’a subi aucune influence, bonne ou mauvaise, mais c’est elle qui a pesé – qui pèse encore – sur son siècle. Je n’ai, pour ma part, vu un  tel déni d’anthropocentrisme que chez deux autres personnes, que je vénère pour cela et que j’admire pour beaucoup d’autres raisons : Paul Léautaud et John Cowper Powys. Pourquoi sont-ils si rares, ceux qui comprennent que, si les animaux n’ont que deux miroirs à leur cerveau quand nous en avons plusieurs, cela nous donne des responsabilités supplémentaires, pas des droits ?

Je me souviens comme si c’était hier – pas vous ? – de sa toute première manifestation dans ce sens. C’est en 1962, à la télévision, qu’elle est apparue dans l’émission d’Éliane Victor « Les femmes aussi », pour flanquer la torture des animaux de boucherie dans l’assiette de millions de patates de divan. Elle n’a plus jamais arrêté depuis. Combien de présidents de la République est-elle allée voir pour tenter de les persuader de légiférer un peu, un tout petit peu, contre la barbarie à pleins tubes ? Cinq ? Six ? Tiens, fume ! Et voilà qu’au moment où elle s’y attendait peut-être le moins, il y en a un, enfin, qui l’a entendue, et qui vient d’interdire la chasse aux bébés phoques sur le territoire de son pays, qui se trouve être le plus vaste du monde  – non, bien sûr, ce n’est pas en France – et à qui elle a écrit :  «Monsieur le Premier Ministre, qui restez mon Président de coeur, merci ».
 
Et si on lui donnait un petit coup de main ?

« Monsieur le Premier Ministre et Président de coeur de Brigitte Bardot, encore un effort ! Maintenant que vous leur avez sauvé la vie, empêchez qu’on en fasse des orphelins. Rendez ce plus grand de tous les services à vos compatriotes : aidez-les à grandir. Qui sait... peut-être alors feront-ils tache d’huile... D’avance, toutes les femmes dignes de ce nom vous remrcient. Et comment va Mashenka-Milashka ?

« Salutations déférentes. »

 

*

 

Il paraît que Jean Ferrat (on n'est plus tout à fait le 8 mars) avait appelé son âne « Justice sociale ».
Dans ce cas, c’était une ânesse, pas un âne.


Les Antraiguois s’en occupent-ils, maintenant que son humain n’est plus ?


anesse + carotte

Magne-toi, Justice sociale si tu veux des carottes !

 

 


J’aurais voulu parler de tant d’autres...


STAS - Mauvaise graine bis

Mauvaise graine, collage d’André Stas.

 
J’aurais voulu parler de la veuve de Marat, Simonne Evrard, épousée « sur l’autel de la Nature », et de la soeur de Marat, Albertine. Car c’est avec ces deux femmes, réfugiées après la défaite dans un petit bourg suisse et « vivant ensemble d’une rente minuscule sur l’État et du travail de leurs mains », que Philippe Buonarrotti a entrepris de mettre sur pied une quantité de sociétés secrètes qui, sous le Consulat, sous l’Empire et sous la Restauration, ont détourné la franc-maçonnerie à des fins politiques, dans le but de républicaniser l’Europe. Si indignes qu’elles en soient devenues, toutes les gauches européennes sont sorties de leurs mains. Sans lui, et sans elles, ni Marx, ni Bakounine, ni Élisé Reclus, ni Lénine n‘auraient trouvé le moindre auditeur..

J’aurais voulu parler de ma très chère May Picqueray, de Louise, la Canaque d’honneur, de Séverine, qui tant impressionna Léautaud, de la mère d’Haroun Tazieff, qui fut la première chimiste en jupons de Russie, docteur en sciences politiques et athée, qui épousa un Tatar musulman, le perdit à la guerre, devint membre du Komintern et sauva, pendant la guerre suivante, des petits enfants juifs et ceux de Maurice Thorez pêle-mêle (alors, Frédéric, cette biographie, ça vient ?).

J’aurais voulu parler de Silvia Cattori, de Mona Chollet, de Paula Jacques et de toutes celles qui, comme elles, pensent que le talent ne suffit pas, s’il n’y a pas une conscience pour aller avec. Et, tiens, à propos, j’aurais bien aimé parler des cailles coyphées, des belles thélémites, des fillettes de par icy et même des Gargamelles de mon très cher aussi maître François, ce sera pour une autre fois, et puis il le fait si bien lui-même. Misogyne ? Vous ne savez pas lire !

J'aurais voulu parler des Anglo-Saxonnes, presque toutes des femmes de lettres, qui, au moment où Zetkin et Armand posaient politiquement le problème de l'égalité des sexes et de la libération des moeurs, ont choisi de le faire de façon expérimentale, au prix d'un tribut souvent très lourd : les Virginia Woolf, les Violette Trefusis, plus tard les Virginia Townsend Warner et les Mary Renault, mais aussi les femmes de la mouvance de D.H. Lawrence et celles du clan Powys - celles du noyau et celles de la couronne, les Marian et Gertrude Powys, les Frances Gregg, Phillys Playter, Alyse Gregory et Gamel Wolsey, sans oublier Hilda Doolittle et Isadora Duncan. Combien d'autres encore...

J’aurais voulu parler de Marie N’Diaye, qui pense en même temps qu’elle écrit. Ça existe encore, ça, un écrivain qui pense, à part M. Michon ? Madame, surtout, ne lâchez pas la langue française ! C’est un Stradivarius des langues, mais elle a terriblement besoin de votre sang neuf, de vos mots neufs, de vos tournures neuves et de votre façon de penser, sinon elle mourra, car ceux qui en ont hérité lui préfèrent le pidgin qu’ils prennent pour de l’anglais. Ne leur laissez pas nous faire ce coup-là !

J’aurais voulu parler de Pascale Vandegeerde, qui a tiré quinze ans de prison dans l’indifférence générale pour sauver les Belges du déshonneur, qui est allée jusqu’au bord de la folie mais sans broncher sur ses principes, et qui maintenant fait des jardins comme si personne ne lui devait rien.

Que dire de Joëlle Aubron ? Peut-être que, pendant que j’écris ceci, elle fume des asphodèles avec  Rachel Corrie.

Quant à celles qui sont au pouvoir... « Une femme au pouvoir, qu'il s'agisse du pouvoir politique ou économique, est un homme » (José Saramago). Une femme châtrée en tout cas.

J’ai dit que je ne parlerais pas de paix, mais je veux bien parler de guerre à la guerre...

C’est quand qu’on rejoue Lysistrata, version mondiale ?

Voilà. Désolée d’avoir empiété sur l’année de l’homme.

 

Marie Mouillé

 

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Notes

1. Dans William Shakespeare.

2. On les appelle aussi refusniks, n’en déplaise aux joyeux drilles du Jeu des Dictionnaires.

3. « agenbite of inwit !... Ils ont beau me dire que c’est tout simplement «conscience» en vieil anglais. Conscience ! Il me semble entendre quelque Déméter à tête de jument hennir son dédain mystique  pour le  derner mot des Mystères d’Éleusis ! » John Cowper Powys, James Joyce’s Ulysses – An appreciation.

4. On appelait d’ailleurs cette station thermale « le Café de l’Europe ». Entendez : son tripot. On y jouait des sommes colossales. Artois et Provence y perdirent, certains soirs, de quoi nourrir tous les pauvres de France pendant plus d’un an. Une de leurs distractions, à la sortie du « Wauxhall », était de jeter dans la Hoëgne des piécettes de cuivre aux gamins, à condition qu’ils allassent les y chercher avec les dents.

5. En moins d’un an, elle avait emprunté 8000 livres.
 
6. Louis David, qui, pendant la Révolution, dirigea les Beaux-Arts.

7. Jean-Louis Carra, journaliste et conventionnel, qui sera guillotiné avec les Girondins en 1793.

8. « Le chevalier, un homme de 34 ans environ, avait le talent d’indisposer tout le monde contre lui... Il était indiscret, insolent, fanfaron et savait mentir avec le plus grand sang-froid... il tournait de jour en jour au chevalier d’industrie. » (M. Strohl Ravelsberg)

9.
Elle voulait demander des comptes à Mercy-Argenteau, ignorant qu’il avait entretemps été remplacé par Metternich.

10.
Pour Dora Weiner, Esquirol est plus qu’un élève de Pinel, il est aussi un rival qui sort vainqueur de ce qu’elle appelle « la joute du vocabulaire ». Ils sont opposés aussi par des traditions politiques différentes : alors que Pinel reste associé à l’utopie de la Révolution, Esquirol est monarchiste. Avec les changements politiques post-révolutionnaires en France, Pinel est progressivement relégué, alors qu’Esquirol devient le centre de l’organisation nationale du monde asilaire avec la Restauration. À partir de 1817, Esquirol est au zénith en ce qui concerne la folie et son vocabulaire supplante de plus en plus celui de Pinel. Esquirol ne s’embarrasse pas de finesses hippocratiques démodées et l’heure n’est plus à la vocation universaliste de guérir la manie en tant que problème de l’humanité, mais d’administrer une folie qui est devenue un problème national. (Diego Alcorta, Dissertation sur la manie... aiguë ?)

11. http://canalmythos.blogspot.com/ ...
        http://canalmythos.blogspot.com/2007/02/de-lorigine-de-lexpression-jeunesse.html

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LIVRES

Sur ou de Clara Zetkin :

Clara Zetkin, Selected Writings, 1991 (en anglais)
Dorothea Reetz, Clara Zetkin as a Socialist Speaker, 1987. (en anglais)

Sur Inès Armand :

Jean Fréville, Une grande figure de la Révolution russe : Inessa Armand, Paris, Éditions sociales, 1957.

Georges Bardawil, Inès Armand : La deuxième fois que j’entends parler d’elle, Paris, J.C. Lattès, 1983.

R.C. Elwood, Inessa Armand, Revolutionary and Feminist, Cambridge University Press, 1992 et 2002.

Sur Rachel Corrie : 

Je m'appelle Rachel Corrie, Texte d'après les écrits de Rachel Corrie adaptés par Alan Rickman et Katharine Viner, traduits en français par Séverine Magois. (Représentations dans divers théâtres de France, de Suisse et de Belgique. Aucune publication en français !)

Sur les femmes et l’Afghanistan :

Nadeem Aslam, La vaine attente, Paris, Seuil, 2009 (roman traduit de l’anglais, auteur pakistanais en exil).

Nous espérons pouvoir revenir plus tard sur l’extraordinaire floraison de talents littéraires qu’offrent, en ce moment, l’Inde, l’Afghanistan et le Pakistan.

Victor Hugo sur Tacite (à propos d’Aline de Diéguez) :

C’est dans William Shakespeare, in Oeuvres complètes de Victor Hugo, Paris, Hetzel – Quantin, 1864. En ligne http://fr.wikisource.org/wiki/William_Shakespeare_%28Victor_Hugo%29
Les curieux y liront, sur William Pitt, une page d’anthologie (chapitre « L’Histoire réelle », pp. 315-316 de l'édition sus-citée.).

Sur les Shministim :

Des sites et des vidéos (taper "shministim" dans Google).

Celui-ci est en anglais :  http://december18th.org/

John Cowper Powys, James Joyce’s Ulysses – An Appreciation, Londres, The Village Press, 1975.

Sur Théroigne de Méricourt
:

Edmond et Jules de Goncourt, Portraits intimes du dix-huitième siècle, Paris, Flammarion & Fasquelle, 1857 (Les citations de Théroigne à l'orthographe non retouchée : d'après la collection des Goncourt.)

Strohl-Ravelsberg, Les Confessions de Théroigne de Méricourt, la belle Liégeoise. -  Extrait du procès-verbal inédit de son arrestation au pays de Liège, qui fut dressé à Koufstein (Tyrol), en 1791 (208 p. fol.). (Ouvrage édité en 1892 à Paris, d'après une autobiographie écrite au crayon par Théroigne et reposant aux Archives de Vienne.)

Baron Camille Buffin, Récits d’hier et d’aujourd’hui, Renaix, Leherte-Courtin & Fils, s.d. (1900 -1920).

Georges Laport, La vie trépidante de Théroigne de Méricourt, Mézières-Charleville, Les Cahiers Ardennais, 1931.

Notice biographique officielle de la Principauté de Liège en ligne :
http://perso.infonie.be/liege06/12douze10.htm

Théroigne de Méricourt, La lettre-mélancolie, Paris, Verdier, 2006, Texte édité par Jackie Pigeaud, transcription de Jean-Pierre Ghersenzon. (Voir ici le compte-rendu qu’en fait Maïté Bouyssy, pour Les Annales historiques de la Révolution Françaisehttp://ahrf.revues.org/6643 )

Bibliographie non exhaustive.

Sur Perregaux, espion suisse :

Robert Darnton, L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800, un best-seller au siècle des Lumières, Paris, Perrin, 1982

Sur Perregaux, espion anglais et banquier de la France :

Albert Mathiez, « Le Banquier Perrégaux », Annales révolutionnaires, XI, mars 1920, p.242-252.
Albert Mathiez, « Encore le banquier Perrégaux », Annales révolutionnaires, XII, avril 1920, p. 237-243.
Henri Guillemin, Napoléon tel quel, Paris, Trévise, 1969 – Réédition Utovie, 2005.
Olivier Blanc, La Corruption sous la Terreur, Paris, Robert Laffont, 1992.
Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995.

De Brigitte Bardot :

Noonoah, le petit phoque blanc, Éditions Grasset jeunesse, 1978.

Initiales B.B., Éditions Grasset. Mémoires (Tome 1 - de 1934 à 1973), 1996.
Le Carré de Pluton, Éditions Grasset. Mémoires (Tome 2 - de 1973 à 1998), 1999.
Un cri dans le silence, Éditions du Rocher, 2003
Pourquoi ?, Éditions du Rocher. A l'occasion du 20ème anniversaire de sa Fondation, Brigitte Bardot retrace tout son combat pour la protection animale - plus de 300 photos, 2006. 

Sur Brigitte Bardot :

Prière de se reporter à Wikipédia.

Sur Vladimir Poutine, les phoques et les tigresses :

http://www.russiablog.org/2009/03/putin-bans-seal-hunt-ca...

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20080901.OBS965...

(Aux dernières nouvelles, la tigresse va bien, a eu un petit, a été perdue pour cause de collier désactivé, a été retrouvée, a un nouveau collier, a recommencé à circuler sur l’écran du Premier ministre.)

http://www.videos.nouvelobs.com/video/iLyROoafYHHy.html

(La petite tigresse de deux mois a maintenant plus d'un an et se trouve dans la réserve naturelle de Krasnogorsk.) 

De José Saramago :

Interview accordée à Aliette Armel pour Le Magazine littéraire (Mars 2010 - N°495)

Le cahier, chroniques parues sur Internet entre septembre 2008 et mars 2009, préface d'Umberto Eco, traduit du portugais par Marie Hautbergue, Paris, Le Cherche Midi, 2010.

Le voyage de l'éléphant, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, Paris, Seuil, 2010


25/03/2010

Une journée à Matonge

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Actualité

 

L'équipe de rédaction de Matongazet a le plaisir de vous inviter à l'exposition


« Une journée à Matonge »,


rétrospective des oeuvres de Raymond CEUPPENS consacrée à ce quartier.
Vernissage à l'espace "Porte du Sud", chaussée de Wavre, 2I8  à 1050 Bruxelles
le jeudi 25 mars de I8h3o à 21 heures

Nous tenons à remercier Madame Betsy CEUPPENS-GOEMAERE et  Jean-Pierre
CANON, libraire, pour leur aide et soutien à l'élaboration de cette exposition.

Tél. 0494 94 84 74 - Email : info@matongazet.be

http://matongazet.over-blog.net/




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Expo Matonge 2

 

 

 

 

 

 

 

Matonge (prononcez Matonngué) est, au coeur d'Ixelles, un petit morceau d'Afrique, et Raymond CEUPPENS (1936-2002) est un écrivain belge, qui fut aussi peintre, sculpteur et photographe. Il a souvent pris pour sujet de ses oeuvres, cet endroit qu'il aimait particulièrement.

Matonge est un quartier animé, plein de toutes les formes de vie, y compris associative, qui a maintenant son propre organe de presse : Matongazet.

Venez-y en visiteurs, pas en touristes, et vous verrez que Bruxelles n'est pas qu'un repaire d'eurocrates.

 

 

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14:28 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/02/2010

2009 Année du triomphe de la démence et de la brutalité

 


shipOfFools Peter Welford_1

 

 

 

2009

Année du triomphe de la démence
et de la brutalité

 

                                     « Les cinglés nous ont enfermés dans l’asile,
                                                                                              et ils sont partis avec la clé... »

                                                                                          
Un internaute américain, sur I.C.H.



Elle aura, j’en ai peur, de la descendance. Laissons la brutalité pour l’instant, contentons-nous de la démence.

Pour nous, Liégeois, 2009 était avant tout, avant même de commencer, l’année du deux-centième anniversaire de la mort d’un de nos plus braves, sinon célèbres, compatriotes : le général Jardon, quoiqu’il ait hélas son nom sur l’Arc de Triomphe, n’est guère connu en dehors de son endroit natal. Lequel vient cependant de négliger, c’est-à-dire d’oublier carrément, cet anniversaire. Pignouferie bien dans l’air du temps.
 

Jardon Portugal.JPGRéparons un peu : Henri Jardon (Verviers 1768 – San Justo 1809) fut un des héros de la Première République. Engagé à dix-neuf ans dans le régiment de volontaires levé par Jean-Joseph Fyon, colonel autoproclamé autant que futur général babouviste, pour défendre la Principauté de l’invasion étrangère, Jardon, avec les autres patriotes (c’est ainsi qu’on disait  alors « révolutionnaires ») dut s’exiler à Paris, où il s’incorpora tout naturellement à l’Armée du Nord. Il fut de toutes les batailles de la République. Toujours en première ligne et payant de sa personne, il était « le général des voltigeurs ». Général, oui, car, depuis qu’il avait combattu les Autrichiens seulement armé d’un bâton, il ne lui avait pas fallu sept ans pour accéder à ce grade. Ce fut un des plus jeunes généraux qu’eut jamais l’armée française. Les historiens militaires l’ont plus tard appelé « l’homme à la baraka » : pas une seule blessure en vingt ans.

Au nombre de ses hauts faits dans cet art si particulier de la guerre, on compte qu’il fut le premier à hisser du canon au sommet du Grand Saint-Bernard, exploit généralement attribué à Napoléon Bonaparte, et que sa manière d’administrer ce qu’il faut bien appeler des places conquises lui valut la reconnaissance apparemment sincère des occupés, chose assez rare pour être mentionnée.

Henri Jardon, pourtant, devait mal finir. Après avoir voulu aller poignarder l’Usurpateur, au lendemain du 18 Brumaire, velléité qui lui avait valu d’être mis en congé de l’Armée, il se laissa plus tard circonvenir au point de rempiler, quand Bonaparte devenu Napoléon usa une fois de plus d’un appât qui lui avait déjà beaucoup servi : l’annonce d’une descente imminente sur l’Angleterre.

Aucun des contemporains n’a ignoré le rôle joué par ce pays dans la mise à mort de la Révolution, donc de la République. Pour aller en découdre avec la perfide Albion, même les morts se seraient relevés. Jardon se retrouva ainsi, à la fin de 1808, au Camp de Boulogne, où il reçut l’ordre de marcher... sur l’Espagne. La désertion en temps de guerre, même injuste, n’est pas le fort des militaires de vocation. Jardon marcha, la mort dans l’âme.

« Dans l’âme » ? Pas seulement. Le  25 mars 1809, sur un pont dit de Negrelos, près du petit village de San Justo (Portugal), il désarma à mains nues un paysan de plus de soixante-dix ans qui résistait, armé d’une pétoire, et le renvoya chez lui « en lui fesant entendre que les français n’étaient pas en guerre contre les paysans mais bien contre les troupes réglées ». Le vieillard voyait les gentils envahisseurs autrement (Goya aussi). Il rentra chez lui, décrocha une autre pétoire, et s’en revint tuer Jardon à bout portant. Dans le silence qui suivit, on entendit un grand bruit d’ailes. C’était la déesse Némésis qui s’éloignait.

Les Portugais, moins pignoufs que les Liégeois, ont consacré un blog au bicentenaire de cette bataille et à la mémoire de Jardon. Cela s’appelle :

Ponte de Negrelos
Blog dedicado ao bicentenário da batalha da Ponte de Negrelos, aquando das 2ª invasões Francesas


Et c’est ici

La Thalamège a publié, en 1988, une curieuse biographie d’Henri Jardon, trouvée sous forme de petit carnet manuscrit sur un des rayons les plus éloignés des archives de la bibliothèque de sa ville natale. Le petit carnet se trouvait dans une enveloppe grise, qui contenait aussi une liasse de papiers tachés de son  sang : ses formulaires de dépêches encore à l’en-tête de la République, où un cachet noir rageur avait barré, après Thermidor, le mot « Fraternité ».

Ce manuscrit était de la main de Jean-Louis Guérette, seul aide de camp qu’eut jamais ce général et qui lui survécut trente-six ans. Il avait tenu à mettre par écrit ses souvenirs, afin, disait-il,  « d’imposer silence aux personnes mal instruites ou malintentionnées qui débitent ou font imprimer des balivernes et des contes bleus sur un homme qu’elles n’ont certainement pas connu ». Sa prose, en plus d’un siècle et demi, avait été consciencieusement pillée mais jamais publiée.

Saluons donc la mémoire d’un homme qui a risqué cent fois sa vie pour la République, refusé le grade de général de division que lui offrait Joseph Bonaparte devenu roi de Naples pour ne pas quitter le service de sa patrie d’adoption, et fait le choix désastreux d’en reprendre dans une guerre d’invasion, poussé par l’illusion qu’il allait pouvoir venger la République sous l’Empire.

« Il avait une singulière appréhension d’être obligé de coopérer à la guerre de la péninsule qui par l’injustice de ses motifs et par les atrocités qui s’y commettaient avait le droit d’en dégoûter tous les bons Militaires ; cependant il lui fut ordonné, au moment où il s’y attendait le moins, de se rendre dans cet affreux théâtre de Carnage et d’extermination, il n’y avait pas à balancer, il dut obéir et fut la victime de son devoir, il reçut la mort d’un paysan, il partagea le sort de cinquante officiers généraux et de trois cents mille braves soldats qui auraient volontiers fait le sacrifice de leur vie pour une cause plus juste et d’une manière plus glorieuse. »


                   
Jardon

 

 

 

 

    

 

      Un général de vingt-six ans : Henri Jardon 1768-1809
      Précis historique de la vie de Henri Jardon, général de brigade

      par son aide de camp Jean-Louis Guérette
      (d’après le manuscrit original inédit)
      La Thalamège, Verviers, 1988, éd. numérotée,
      80 pages


***


2009 succédait comme on sait à 2008, et 2008 n’avait pas été de petite bière non plus dans son genre.

La France, occupée à fêter, le 6 mai, le premier anniversaire de l’élection de Nicolas Sarkozy  à la présidence de la (cinquième) République, en oublia que ce jour marquait le 250e anniversaire de la naissance du plus grand homme d’État qu’elle eut jamais : Maximilien Robespierre. Ou s’en foutit. Avons-nous dit que ces pignouferies sont dans l’air du temps?

 

Maximilien par Houdon































Buste  de Robespierre par Jean-Antoine Houdon

Salon de 1793

Pourquoi nous en mêler, en ce début fracassant (guerre en Irak, guerre en Afghanistan, guerre en Palestine, guerre au Pakistan, guerre au Yemen, annexion de la Colombie, invasion de Haïti à la faveur d’un tremblement de terre) de 2010 ? Parce qu’il y eut une relation très particulière entre les Liégeois et l’Incorruptible, apparemment de peu d’intérêt pour les historiens. (Ne cherchez pas, enfants, dans vos livres d’école, ces choses-là n’y sont pas.) Plusieurs lui ont dû la vie, dont le Jean-Joseph Fyon sus-nommé (deux fois), dont aussi le général sans-culotte Servais Boulanger, hébertiste, qui finit par l’accompagner sur l’échafaud.

Lorsque le quatrième général que Liège a donné à la France, Jean-Pierre Ransonnet, s’était replié sur Paris avec ses fils aînés pour échapper à la capture par les troupes des Cercles, son épouse, restée seule avec les deux plus jeunes, avait été, par les vainqueurs, incarcérée, exposée au pilori et autres douceurs d’Ancien Régime... Plus tard, échangée ainsi que d’autres otages contre des émigrés pris les armes à la main, qui sauvèrent ainsi leur tête, la générale s’en fut remercier Robespierre, artisan probable de la négociation. Il lui fut dit qu’elle serait toujours la très bienvenue, chaque fois qu’elle le jugerait opportun.

Anne-Marie Ransonnet usa et abusa de la permission, se dévoua sans compter pour ses compatriotes en difficulté, qu’ils fussent ou non «de son bord». C’est ainsi qu’elle se rendit chez Duplay pour plaider la cause de Nicolas Bassenge, chef de la Gironde liégeoise et proche ami  du ministre Lebrun, arrêté sur dénonciation calomnieuse. C’est ainsi qu’une commission, réclamée par Robespierre, fut chargée d’enquêter sur cette affaire et finit par conclure à l’innocence du prévenu.        

J’ai vu le mot hâtif griffonné par Bassenge le 1er Thermidor, à l’intention d’un  de ses proches, le chanoine  Henkart, replié sur Givet : « Mon ami, je suis libre, et c’est à Robespierre que je le dois. »

Robespierre lui avait demandé de surseoir de huit jours à la mise en circulation d’un livre polémique dont il était l’auteur : J.N. Bassenge à Publicola Chaussard. sur ce qu’il dit dans ses mémoires concernant la Belgique, du ci-devant pays de Liège*
. Ils devaient se revoir le 8...  Bassenge est, à ma connaissance, le seul qui n’ait pas craché sur Robespierre tombé : son livre a paru, en pleine réaction thermidorienne, avec les éloges qu’il contenait.

Quant à la générale Ransonnet, elle survécut à son mari et à ses quatre fils, tous morts au service de la France, sinon de la République.

 

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Série d’affiches réalisées en 2008 par Monsieur Louis Sassoye, Bruxelles.
(50 x 70 cm)



Si l’année Robespierre ne fut pas une autre année Mozart, du moins s’est-il trouvé, à l’autre bout du monde, un chef d’État pour saluer sa mémoire. C'est le président Hugo Chavez. qui l'a fait, d’une seule phrase il est vrai, au milieu d’un discours, mais nette et sans équivoque. Cela suffisait.

Pour notre modeste part, n’étant pas de ceux qui n’ont même pas la reconnaissance du ventre, nous avons fait l’impossible pour qu’un site consacré à Maximilien Robespierre existe le jour de son anniversaire. Ignares et fauchés comme nous le sommes, c’était une gageure. Théroigne a dû faire appel à un résigné bénévole pour sa mise à temps sur orbite. Le site en question :  http://www.robespierreoulamort.com est « en construction » depuis bientôt deux ans, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Ceux qui auront la curiosité d’y jeter un coup d’oeil verront que nous y avons associé Marat et Toussaint Louverture. Non seulement cette association s’imposait, mais c’était aussi leur 265e anniversaire de naissance à tous deux.


***

 ErasmusMetsys - Rabelais A

 

***

Le 30 novembre 1532, un jeune homme qui venait d’avoir trente ans ou qui allait les avoir écrivait à un grand homme de son temps.


« Je vous ai nommé “père”, je dirais même “mère”, si votre indulgence m’y autorisait. En effet, les femmes enceintes, l’expérience quotidienne nous l’apprend, nourrissent un foetus qu’elles n’ont jamais vu et le protègent des dangers du monde qui l’entoure, et qu’avez-vous fait pour moi sinon précisément cela ? Vous n’avez jamais vu mon visage, mon nom même ne vous était pas connu et vous avez fait mon éducation, vous m’avez allaité au chaste sein de votre divine science, “sic castissimis divinae tuae doctrinae uberibus”. Ce que je suis, ce que je vaux, c’est à vous seul que je le dois : si je ne le faisais pas savoir, je serais l’exemple de la plus noire ingratitude pour les temps présent et à venir. C’est pourquoi je vous salue et vous salue encore, ô vous, le plus aimant des pères, vous le père de votre patrie et de sa gloire, vous le défenseur des lettres, l’adversaire du mal, le champion invincible de la vérité. (...)  Adieu et “eutychon diatelei”, que toute chance vous demeure. Lyon, le 30 novembre 1532. “Tuus quaternus suus”, à vous autant qu’il s’appartient ». Franciscus Rabelaesus Medicus.

Le jeune homme s’appelait en effet François Rabelais ; il écrivait à Érasme de Rotterdam.

Que dut penser le grand Érasme en lisant cette lettre ? Nous n’en savons rien, car il n’est pas sûr qu’il y répondit. Il avait publié, quand son admirateur avait six ou sept ans, un des livres les plus importants de l’histoire des livres, l’Éloge de la folie. C’était en 1509. La calamiteuse année 2009 a donc marqué, au milieu de ses fumants décombres et de sa démence, le 500e anniversaire, passé inaperçu, de cette «borne d’histoire terrestre » comme disait John Cowper Powys.

Qui a vu, en 1964, les fastes du quadricentenaire de la naissance de Shakespeare, pouvait s’attendre à quelque chose d’équivalent de la part d’une Europe dont la Hollande fait désormais partie... Mais non, bien sûr. Je plaisante ! Personne ne s’y attendait, personne, par conséquent, n’a été déçu. Mais M. Manuel de Diéguez, lui, a trouvé que c’était quand même un peu fort, prévisible ou pas.

 

*

     Pour les très jeunes gens qui débarquent :

    Manuel de Diéguez est un écrivain et philosophe français né le 11 mai 1922 à Saint-Gall (Suisse). D'origines latino-américaine et suisse, il descend, par son père, d'une famille de juristes, de poètes et de diplomates ; sa mère était une artiste lyrique. Il a étudié le droit, les lettres et les sciences politiques à l'UNIL (Université de Lausanne).

    Auteur de nombreux ouvrages et de non moins nombreux articles, écrits pour de prestigieuses revues, il a été professeur invité à Middlebury College (Vermont, États-Unis), et à UCLA (Université de Californie à Los Angeles).

    La Monnaie de Paris a officiellement honoré l'ensemble de l'œuvre de Manuel de Diéguez en faisant graver une médaille à son effigie en décembre 1987.

    Pour davantage de détails, voyez Wikipedia

 

 

*

 

Nous avons donc dit : 1509, Éloge de la  folie.

 

Erasme + livres - 1

Érasme écrivant, par Dürer
Moriae Encomium sive Stultitiae Laus, Éloge de la Folie, Lof der Zotheid, In Praise of Folly
Quelques éditions anciennes et modernes et quelques pages, dont une illustrée dans les marges par Holbein et deux d’une édition de 1540

 

*

 

« En 1513, Louis XII, pour qui, chose étrange, le bien du peuple semble avoir été quelquefois une question importante, publia un édit par lequel il accordait à l’imprimerie ce que M. Didot appelle des lettres de noblesse, en l’exemptant d’un impôt considérable, en supprimant la taxe qui existait sur les livres et en déclarant que “les imprimeurs-libraires, vrais suppôts et officiers de l’université, doivent être entretenus en leurs privilèges, libertés et franchises, exemptions et immunités, attendu la considération du grand bien qui en est advenu en nostre royaume au moyen de l’art et science d’impression, l’invention de laquelle semble être plus divine que humaine, laquelle, grâce à Dieu, a été inventée et trouvée de nostre temps par le moyen et industrie desdits libraires, par laquelle notre saincte foi catholique a esté grandement augmentée et corroborée, la justice mieux entendue et administrée, et le divin service plus honorablement et plus curieusement faict, dit et célébré; et au moyen de quoi tant de bonnes et salutaires doctrines ont été manifestées, communiquées et publiées, à tout chaqu’un”. Il est certain que le titre de père des lettres est dû plus justement à l’auteur de ce noble et libéral édit qu’à François Ier, qui, nous l’avons vu, publia un édit qui défendait l’usage des presses et tolérait que livres et libraires fussent brûlés.» (Richard Copley Christie, Étienne Dolet, le martyr de la Renaissance, traduit de l'anglais par Casimir Stryienski, Paris, Fischbacher, 1886.)          
 

Le résultat de cet édit extraordinaire (le roi renonçant à l’impôt sur les livres pour faciliter leur circulation) fut que sous son règne, la seule ville de Lyon compta jusqu’à 288 imprimeurs-libraires (lisez « éditeurs »), alors que sous celui du Quatorzième Louis, il en restera, pour la France entière, 25, tous soumis à la censure préalable.

Ce sont des considérations du même ordre (Dieu en moins peut-être) qui ont poussé un Manuel de Diéguez largement octogénaire à faire choix d’Internet pour communiquer avec ses frères simianthropes .

Ses textes, tous importants, se trouvent sur son site http://www.dieguez-philosophe.com/ ainsi que sur celui de l'agence Alterinfo.net, qui s'honore en les mettant systématiquement à la portée de ses lecteurs.

On verra à quel point sa célébration de l’Éloge de la folie tombe dans le chaudron d’une actualité brûlante.


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Réflexion


Gaza, coeur de la folie du monde

« Moi, la folie, je parle. Ce n'est plus le temps des miracles.
Enseigner le peuple, quelle fatigue. Expliquer, cela pue la crasse de l'école. »

   Erasme, L'Eloge de la folie.

Manuel de Diéguez
 

 

Dimanche 17 janvier 2010

 

Manuel, de Diéguez, photo

 

  •  1 - «  Moi, la folie, je parle »  (Erasme, L'Eloge de la folie)
  •  2 - La dichotomie cérébrale des fous
  •  3 - Où le mystère s'épaissit
  •  4 - Comment diagnostiquer la folie ?
  •  5 - Retour à la science politique
  •  6 - L'étau de la folie se resserre
  •  7 -  « On commence par se faire duper et
  •        l'on finit en fripon » (Erasme)
  •  8 - La démocratie et la logique ptolémaïque
  •  9 - Et la France ?
  •  10 - Le thermomètre de Zeus
  •  11 - Les acteurs physiques et les acteurs invisibles de
  •           l'Histoire
  •  12 - Clinique du chaos mental
  •  13 - Une anthropologie de la folie
  •  14 - Conclusion

 


1 – « Moi, la folie, je parle »  (Erasme, l'Eloge de la folie)

Saluons le génie de l'humaniste cervantesque, swiftien et kafkaïen avant la lettre dont l'audace incroyable en son temps lança le délire à la conquête du monde sous les traits d'un personnage en chair et en os, saluons l'acteur planétaire de la modernité qui disait: « Moi, la folie, je parle. »


Comment la folie parle-t-elle de nos jours?


Pour tenter de l'apprendre, descendons l'escalier qui conduit dans les souterrains de la démence politique. Le grand Hollandais a publié son Eloge de la folie en 1509. Aucune commémoration solennelle n'a rappelé, en 2009, le cinq centième anniversaire de la parution de l'œuvre la plus célèbre du roi des humanistes, ce qui démontre, s'il en était besoin, que les grandes œuvres demeurent tellement actuelles que personne n'ose les enterrer sous les applaudissements unanimes des bien-pensants qui, eux, ne changent pas de nature d'une époque à l'autre. Aussi cette œuvre immense demeure-t-elle largement incomprise. L'audace littéraire de faire prononcer son propre panégyrique à la folie ne trouvera son écho que chez Kafka. Mais, ce que nous entendons en filigrane de l'Eloge de la folie en ce début du IIIe millénaire, c'est le miserere de la sagesse et de la raison du monde, c'est le heurt entre deux musiques de la politique, car la guerre des faux croisés de la Justice et de la Liberté reproduit le contraste érasmien entre les évangiles et un Saint Siège alors belliqueux.


L'île d'Utopie de Thomas More , paru en 1516, se présente comme une réponse indirecte et vigoureusement évangélique à la prosopopée érasmienne de la dérision. On sait que le titre grec d'Eloge de la Môria est un clin d'œil discret au futur décapité auquel l'Eloge est dédié, parce que la folie se dit môria dans la langue d'Homère et que les deux amis plaisantaient souvent sur le double sens du patronyme du grand Anglais. C'est que la folie scelle une alliance étroite avec l'utopie ; et, pour les hellénistes, "l'île d'utopie" signifie rien de moins que "l'île de nulle part". Mais pourquoi les utopies politiques et religieuses d'une humanité égarée dans les airs se cherchent-elles un ancrage, pourquoi, depuis la cité idéale de Platon jusqu'au christianisme originel et au marxisme, l'absence de tout atterrissage hante-t-elle la folie d'une humanité privée des récoltes et des engrangements topographiques qu'elle attend de ses songes ?


Le mutisme de la presse et des médias français, relayé par celui, moins massif, de la presse mondiale sur le mur d'acier en construction autour de Gaza a pris des proportions érasmiennes aux yeux de l'historien pensant et de l'anthropologue d'avant-garde, qui se trouvent tout étonnés de se vêtir non seulement en Sherlock Holmes de la géopolitique, mais en spéléologues de Clio, afin de tenter de relever les traces laissées dans la poussière par la logique qui commande les verdicts de la fatalité. Car, sous les sentiers du destin, des vestiges du tragique et de la folie décrits par Erasme se tiennent en embuscade. Du coup, les Eschyle et les Shakespeare de la démence prêtent comme jamais leurs télescopes et leurs microscopes aux scribes et aux greffiers des acteurs les plus puissants et les plus invisibles de la pièce.


Peut-être le thème de la folie du monde, qui remonte à Saint Paul, appelle-t-il la France à retrouver son territoire de "nulle part", peut-être l'heure est-elle venue, pour la nation de la liberté, de retrouver l'utopie d'un royaume de la Justice qui a donné son âme à l'humanité; car si la démence a pris la plume au début du XVIe siècle, c'est afin de demander au XXIe siècle d'élever l'intelligence politique au rang d'un glaive de la folie spirituelle dont l'esprit se nourrit.



2 - La dichotomie cérébrale des fous


Que le narrateur au petit pied se rengorge: il a vu M. Barack Obama échouer piteusement à convaincre Israël de lâcher un seul instant la poignée de son glaive . Comment un conquérant digne de ce nom cesserait-il, ne serait-ce que pour quelques jours d'étendre son territoire les armes à la main? Mais quelle scène digne de L'Eloge de la folie que celle d'un Président de la plus puissante démocratie de la planète dans le rôle du suppliant monté sur les planches du théâtre du monde pour demander à M. Mahmoud Abbas de se résigner à négocier tout seul avec son puissant exterminateur et de désarmer solitairement et la main sur le cœur un peuple de prédateurs armé jusqu'aux dents !


Mais s'il suffisait au mémorialiste du sceptre de la folie de raconter à son gentil lecteur une gentille histoire de la folie de "bécarre et de bémol", disait Pantagruel, où serait la difficulté? Certes, depuis longtemps, le délire a livré ses secrets à la littérature, certes la démence est entrée dans l'épopée avec l'Ajax d'Homère, certes, un certain Espagnol s'est illustré sur tous les continents et dans toutes les langues de la terre à peindre les malheureux dont la noblesse a basculé hors de l'arène du monde, certes, Swift n'est pas demeuré en reste, lui qui a porté la folie à la fresque. Mais Sherlock Holmes est mis à quia par la dichotomie cérébrale qui fait tonitruer M. Barack Obama contre Israël, dont le crime, à l'entendre, se rabougrirait à expulser quelque sept cents habitants de plus de Jérusalem Est, Sherlock Holmes donne sa langue au chat quand M. Bernard Guetta prend apparemment le relais du schizoïde de la Maison Blanche et condamne à son tour et avec force la poursuite ratatinée de la colonisation israélienne , Sherlock Holmes ne sait plus à quel saint se vouer quand M. Kouchner le biphasé se précipite à Jérusalem afin d'absoudre, tout au contraire, le prédateur d'un péché indigne de l'attention du monde civilisé, Sherlock Holmes jette l'éponge quand Israël réitère son coup de force à Jérusalem Est et que le Jupiter bipolaire du bureau ovale fulmine derechef et le plus évangéliquement du monde, mais sans plus de succès, puisque le diable qui le tient par la manche a déjà accordé sa bénédiction aux nouveaux saints de Jérusalem.


Isaïe prendra-t-il la relève des apôtres de la béatitude des fous de la démocratie? Ne faut-il pas rendre les armes quand saint Obama encercle Gaza d'un mur d'acier sourcilleux, ne faut-il pas couronner sa Majesté, la folie, quand le roi de la Liberté du monde renouvelle pour dix ans le versement charitable de trois milliards de dollars annuels à Israël ? Décidément, il faut convaincre la raison du monde de battre précipitamment en retraite quand M. Karl Bilt, le Président pour six mois de l'Europe polycéphale condamne à son tour et solennellement l'expansion dévote d'Israël et publie, une semaine seulement plus tard dans Le Monde une interview lénifiante, dans laquelle il revient en toute hâte sur ses pas et s'applique à réduire Mme Ashton à la fonction de femme de ménage de l'Europe. N'est-elle pas coupable d'avoir repris à son compte devant le Parlement européen les thèmes bifides développés par M. Obama et par M. Bilt quelques jours seulement plus tôt? Décidément, L'Eloge de la folie d'Erasme et L'île d'Utopie de Thomas More ont rendez-vous avec les moutons de Panurge, décidément, la flotte pantagruéline n'a pas jeté l'ancre sans malice dans l'île de Médamothi, cet autre nom de "nulle part" en grec.



3 - Où le mystère s'épaissit 


Rappelons un instant ma plume d'instituteur aux embarras des Conan Doyle de la politique. Cet auteur de romans policiers semble nous mettre sur la piste; car il nous raconte un épisode énigmatique de cette histoire, à savoir que Mme Livni s'est ruée de Tel Aviv à l'Elysée pour demander à M. Sarkozy qu'il coupe la langue à l'imprudent M. Bilt et à l'atone Mme Ashton. Mais Conan Doyle nous dira-t-il comment les asilaires rebattent les cartes sans relâche, où se cache le vrai maître de l'hospice, quel est le nom de l'hôpital, qui donne aux aliénistes le pouvoir extraordinaire de changer d'une heure à l'autre la mise en scène de la pièce ? Comment départager le roman policier du roman politique dans les coulisses du théâtre qu'on appelle l'Histoire ?


Prenez l'épisode de la marche des volontaires du monde entier sur Gaza le 27 décembre dernier et l'épopée des camions destinés à secourir les affamés. Par qui et comment M. Mandela et Mgr. Desmond Tutu ont-ils été empêchés de tenir leurs engagements et de se joindre à l'expédition ? Qui a demandé et obtenu de M. Jimmy Carter, ex-Président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix qu'il présentât des excuses au Tamerlan de Gaza en échange de l'élection de son petit-fils à un siège de sénateur ? Comment l'auteur d'un roman aussi énigmatique a-t-il disposé les pièces sur l'échiquier érasmien afin que la folie du monde, dont on s'échine à mettre à nu les ressorts depuis l'Ecclésiaste et le Livre de Job, dévoilât ses mystères et que les plus fins limiers des arcanes de la civilisation de la Liberté eux-mêmes demeurassent bouche béé devant le basculement des journaux, des chancelleries, des radios et des télévisions du monde entier dans un silence aussi subit ?



4 - Comment diagnostiquer la folie ?


On savait depuis longtemps que notre espèce habite un asile et qu'un délire universel y chante sa propre gloire avec les accents mêmes du droit et de la justice, de la foi et de la liberté, de la vérité et d'un ciel dont vous connaissez les écrits de ses trois propriétaires. Mais Erasme nous a fourni les clés qui ont permis à nos aliénistes de diagnostiquer le délire de tous les siècles. Aussi nos Etats et nos Eglises se sont-ils aussitôt reconnus sous le pinceau du maître, tellement les symptômes de la maladie étaient clairement et minutieusement décrits. C'est qu'en ces temps reculés, non seulement les bien-portants reconnaissaient encore les fous au premier regard, mais les fous eux-mêmes découvraient leur pathologie à la seule lecture des signes les plus spectaculaires de leur démence. La drogue qui enfantait ce miracle, on l'appelait le rire; et le rire était tellement guérisseur que tout le monde en appelait à la trousse de ce premier médecin de la folie du monde. Mais maintenant, personne ne rit plus, et toute la difficulté des spectateurs de la tragédie est de dénicher un homme de l'art suffisamment expert en insanités pour attirer l'attention des malades sur leur état.


Qui est demeuré sain d'esprit et qui a perdu la raison ? La science médicale a égaré le thermomètre du XVIe siècle dont le grand Batave s'était servi pour mesurer le degré de folie des patients à seulement prendre leur température. Aussi, l'auscultation qui décide du panier dans lequel il convient de ranger les diagnostics en faveur des uns ou des autres, repose-t-elle désormais sur le seul décompte de la majorité des opinions, de sorte que le calcul de la proportion des sages et des fous au sein d'une population déterminée dépende du hasard qui fait pencher la balance des verdicts à l'avantage des fous ou des sages.


Mais comment départager les têtes dérangées des têtes en bon état de marche si l'enregistrement des voix fait sans cesse passer les verdicts de la raison du camp d'Erasme à celui de la folie à laquelle il avait donné la parole ? C'est ainsi, comme il est dit plus haut, que M. Obama s'indignait fort des exactions du voleur à Jérusalem, mais protégeait dès le lendemain ses rapines à Gaza. Voici donc que le clinicien d'un vaste empire a cessé à son tour de distinguer les malades des bien-portants, voici qu'un médicastre hissé au rang de chef d'Etat livre au chaos le peuple et la nation dont il est chargé de piloter l'encéphale, voici que l'Hippocrate dont la balance même pèse non point la maladie, mais le nombre des malades, donne raison à leurs régiments s'ils sont plus serrés que ceux des sages.


Au XVIe siècle, tout le monde voyait clairement que Dieu et son Eglise étaient devenus fous à lier, tellement chacun comprenait encore qu'il était dément de transporter à la pelle les riches au paradis pour le saint motif que leurs cassettes bien pleines leur permettait d'acheter leur félicité éternelle à prix d'or. Et maintenant, M. Barack Obama prend simplement la tension de sa propre popularité pour précipiter à l'asile la minorité non délirante de sa population selon l'adage de la folie qu'Erasme avait rappelé: "Ut homines sunt, ita morem geras" - "il faut prendre les hommes tels qu'ils sont".


Aussi voit-on se dessiner sur la rétine de la Maison Blanche les traits du fou de la démocratie mondiale, aussi le voit-on délivrer du Purgatoire un guerrier couvert de sang, aussi regarde-t-on avec des yeux dessillés le fou qui tape sur les doigts d'un petit délinquant pris en flagrant délit de chasser de leurs demeures les habitants d'une capitale qu'il cambriole maison par maison, puis le fou en chef, le fou porté par la folie à la tête de l'Etat le plus puissant de la terre hisse au ciel de la démocratie mondiale un assassin déguisé en évangéliste et en pédagogue de la Liberté du monde.



5 - Retour à la science politique 


Personne ne savait plus quel Esculape de la boîte osseuse de l'humanité il fallait consulter, quels analystes du pouvoir politique au sein des évadés du monde animal diagnostiqueraient à coups sûr la nature de la maladie, parce qu'on cherchait en vain la balance dont les plateaux pèseraient le degré de gravité de l'infirmité cérébrale qu'illustrait la personne même de M. Obama. N'avait-il pas prononcé au Caire, le 4 juin 2009, un discours fort sensé, dans lequel il avait exhorté les musulmans, les juifs et les chrétiens à partager l'apostolat démocratique dont il se proclamait le missionnaire et à soutenir avec la sainte ardeur des évangélistes du globe terrestre son combat pour la prospérité et pour la puissance d'un empire de héros du salut ?


Réfléchissez un instant, disaient les politiques les plus chevronnés de la planète et cessez de vous imaginer sottement que la science médicale serait appelée à vous éclairer sur la folie ou sur la santé du monde en général et de M. Barack Obama en particulier. Si vous passez du rêve à la saine pesée des pouvoirs qu'exerce tout chef d'Etat en ce bas monde, comment pouvez-vous croire qu'un tel personnage se livrerait de sa propre volonté à la faiblesse et au chaos ? S'il affecte de jouer à l'instituteur vertueux dans le bureau ovale de la Maison Blanche, si son art de la feinte va jusqu'à annoncer aux journaux de la planète entière qu'il désapprouve les exploits d'un petit monte en l'air à Jérusalem Est, et si, dans le même temps, vous le voyez aider le tueur à construire un mur d'acier autour de Gaza afin d'affamer les survivants d'un gigantesque camp de concentration, vous pensez bien qu'il n'est plus un homme politique et qu'il est illusoire de placer un fantôme au timon des affaire du monde.


Mais alors, voici que les Sherlock Holmes de la politique redressent la tête: et il nous faut revenir la queue basse à l'observation des embarras qu'ils rencontrent sur le terrain. Comment se fait-il que leurs difficultés de gestion ne soient pas moins titanesques que celles des thérapeutes de la folie tout court ? Comment expliquent-ils l'alliance qu'Israël a conclue avec le parti républicain, comment se fait-il que tous deux combattent maintenant la politique de la main tendue de M. Obama en terre d'islam, comment se peut-il que les nationalistes américains entendent désormais ruiner les intérêts de l'empire à long terme dans tout le monde arabe ? Certes, il n'est pas de candidat à une parcelle de l'autorité publique au sein de l'Etat américain qui ne fasse l'objet d'une vérification préalable et minutieuse de son orthodoxie au chapitre de ses relations avec le patriotisme sioniste d' Israël. Mais de là à comprendre les ressorts d'une conspiration anti nationale et anti patriotique de la droite américaine au profit d'un Etat étranger, il y a loin. Peut-on trahir son pays aveuglément et sans le savoir ?


Et puis, pourquoi le cadavre politique de M. Barack Obama bouge-t-il encore ? Pourquoi le voit-on tressauter, pourquoi le voit-on se livrer à des convulsions et à des soubresauts d'une pathétique impuissance, puisque ses ultimes gesticulations et remuements ne font que mettre davantage en évidence soit son état mental désespéré, soit son autorité politique naufragée ? On n'achète pas davantage le royaume des cieux de la démocratie idéale à l'école des hérétiques du mythe de la Liberté que le royaume du ciel des Eglises du Moyen Age ne se laissait mettre aux enchères des prévaricateurs qui vous demandaient d'acquitter rubis sur l'ongle les bons du Trésor émis par la banque de l'Eternité.



6 - L'étau de la folie se resserre
 


Mais la question tant politique que cérébrale posée au XXIe siècle par    d'Erasme nous conduit à une plus grande profondeur encore de l'anthropologie critique : il s'agit de savoir s'il convient de réfuter l'adage de Socrate selon lequel l'ignorance serait la source de tous les maux ou s'il faut, non point le remplacer tout d'une pièce par l'axiome qui verrait dans la sottise l'origine commune de tous les désastres cérébraux et politiques confondus, mais s'il conviendra d' analyser la généalogie commune de l'ignorance et de la bêtise et de se résigner à étudier les relations que ces deux formes de la folie entretiennent à la lumière d'une science expérimentale du politique, donc d'une discipline vérifiable à l'école des évènements.


Certes, les traités de la bêtise sont rarissimes, ignorés du grand public et le plus souvent d'une légèreté d'esprit aussi coupables que le mal qu'ils prétendent dénoncer. Mais voyez comme l'ignorance et la stupidité font alliance au Moyen Orient. Est-ce par ignorance ou par sottise que M. Obama croit sans doute que la domestication ou même la destruction de Gaza feront avancer d'un pouce la question dite "des deux Etats", alors que la politique du monde entier repose sur un faux diagnostic? Si ce n'était Gaza, ou l'Iran ou le Hamas qui faisaient figure d'obstacle à la "solution du problème palestinien", Israël recourrait à d'autres leurres, simulacres et faux- fuyants, parce que cet Etat a vocation de s'étendre, comme ses confrères, et de conquérir, l'épée d'une main et l'évangile démocratique de l'autre, tout le territoire qu'il pourra - et cela jusqu'à ce qu'une force supérieure à la sienne le contraigne à battre en retraite.


Mais comme la légitimité de cet Etat demeurera à jamais indéfendable en droit international, donc par nature et par définition, puisqu'une démocratie fondée sur la fierté d'avoir aboli la colonisation à l'échelle de la planète ne saurait, dans le même temps la ressusciter d'un seul élan au profit et à la gloire d'Israël, la vraie question sera seulement de savoir quel type d'alliance de l'ignorance avec la sottise permettra au monde entier de se refuser d'examiner les désastres politiques auxquels ce refus conduira fatalement la planète des apôtres de la folie.



7 - " On commence par se faire duper et l'on finit en fripon " (Erasme)


Il sera bien évidemment bien impossible de jamais obtenir d'Israël qu'il accueille à bras ouverts trois générations de réfugiés politiques dans son sein, bien impossible de jamais obtenir qu'il se replie dévotement sur ses frontières de 1967, bien impossible de jamais obtenir qu'il renonce béatifiquement, donc au nom des idéaux de la démocratie, à redonner son statut de capitale et de cœur de son identité biblique à Jérusalem, bien impossible de jamais obtenir qu'il se flanque gentiment d'un Etat palestinien aussi libre et puissant que lui-même, bien impossible qu'il perde le sot prestige attaché au feu inutilisable de l'apocalypse.


Dans ces conditions que fera l'empire américain pour rendre durable le vain escamotage diplomatique d'une aporie de nature psychogénétique? Comment combattra-t-il son propre enfermement dans une sainte hypocrisie et une cécité d'innocent aux mains pleines ? Comment persévèrera-t-il à brandir sans relâche l'étendard et le totem de la Liberté, de la Justice et du Droit sur la planète entière s'il lui faut se placer aux côtés d'un Etat qui ne cessera, de son côté, de bafouer les utopies apostoliques d'une humanité de nulle part ?


A tout cela, il n'existe qu'une seule solution : égarer le plus longtemps possible l'attention du monde et pour cela, fortifier sans cesse sa puissance guerrière à l'échelle de la planète des sots. En vérité, la solide alliance de l'ignorance avec la sottise est d'ores et déjà conclue: au prix de trois cent milliards de dollars par an seulement, on construira cinquante cinq navires de guerre ultra modernes, qui permettront, croit-on, de régner à jamais sur toutes les mers du globe.


Mais le pacte que l'ignorance scelle avec la bêtise n'est pas un vice nouveau et qui débarquerait de nos jours sur la terre: pour refuser de comprendre que la ruine financière est un cratère dans lequel on va immanquablement se précipiter, il faudra recourir au ligotage d'un Etat à sa propre cécité; il faudra dresser devant les yeux de la nation des obstacles politiques qu'on se sera appliqué au préalable à rendre de plus en plus insurmontables; il faudra livrer une guerre suicidaire à l' intelligence dont dispose d'ores et déjà le reste de la planète. Ces auto-ficellements, ces auto enchaînages et ces auto verrouillages, comment s'interdire de jamais les regarder en face, alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir ?


Pour l'instant, Israël demeure le roc d'un aveuglement contre lequel toute sagesse et toute lucidité sont appelées à se briser, parce que le globe oculaire de l'ignorance et de la sottise confondues est dans la folie d'avoir ramené sur les lieux les vaincus de Titus. Faut-il que la science politique mondiale soit demeurée ignorante et inexpérimentée pour n'avoir pas prévu les désastres de la sottise qui s'ensuivraient et qui s'enchaîneraient les uns aux autres avec une logique implacable !


Pour l'instant, les trémoussements et les soubresauts dont M. Barack Obama nous présente le douloureux spectacle ne sont que des symptômes de la maladie mortelle qui achèvera le malade. Mais les vrais diagnostics sont aussi des pronostics. Il appartiendra à l'oracle de la fatalité de désigner ses proies.



8 - La démocratie et la logique ptolémaïque 


Peut-on suivre pas à pas le cheminement de la cécité semi inconsciente et en diagnostiquer les sources psychobiologiques ? Pour le tenter, observons les réflexes d'auto-défense innés dont use l'encéphale de notre espèce et les procédés traditionnels auxquels elle recourt d'instinct afin de conserver ses trésors cérébraux rouillés; et pour cela, voyons comment l'astronomie de Ptolémée, qui faisait eau de toutes parts, a résisté pendant des siècles à celle de Copernic, puis comment un créationnisme mythologique par définition a pris la relève de l'exorcistion des preuves de l'évolutionnisme darwinien.


Dans son célèbre Système du monde, Histoire des doctrines cosmologiques de Platon à Copernic en dix volumes publié en 1914 et réédité entre 1958 et 1965, Pierre Duhem, membre de l'Institut, alléguait encore qu'une vraie physique devait se contenter de "sauver les apparences" et que les calculs de Ptolémée se trouvaient pleinement légitimés à conserver le précieux spectacle d'un soleil tournant autour de la terre qu'attestent à la fois les yeux et les saintes écritures. De même le créationnisme ne s'est laissé arracher que peu à peu des concessions qui fendaient le cœur des croyants. Le 23 octobre 1996, Jean-Paul II a fini par déclarer que l'évolutionnisme est "davantage qu'une hypothèse"; mais il s'est bien gardé de préciser où passait la démarcation entre des allégations religieuses et une science que son statut ambigu situerait quelque part entre une mythologie sacrée et des vérifications expérimentales soutenues par les télescopes des astronomes. C'est qu'il fallait ménager tout ensemble la foi des croyants et le témoignage des instruments d'optique des scrutateurs des étoiles. Pourquoi cette distorsion entre les preuves magiques et les victoires du raisonnement sur les faux témoignages des sens ? C'est qu'une espèce coulée dans le moule du sacré craint de perdre une forteresse cérébrale qui la rassure et dans laquelle elle se love à son aise.


Or, l'analyse psychologique de l'évolution de la prise de conscience progressive de ce que l'erreur politique d'Israël est de type ptolémaïque se calque exactement sur le modèle de la folie dont les résistance à l'adopion de l'astronomie de Copernic ont fourni l'exemple et auxquelles le refus des thèses sur l'origine des espèces de Darwin ont fourni le pendant: dans les deux cas, le sujet refuse avec une violence d'origine psychogénétique de perdre une demeure mentale jugée confortable et devenue vraie de passer pendant des siècles d'une génération à la suivante. C'est ainsi que, d'un côté, la démocratie des fous veut sauver la cassette d'un droit international bicentenaire et fondé sur la souveraineté des peuples - donc sur la légitimité de leur statut de défenseurs naturels du pouvoir des adultes de disposer d'eux-mêmes, et par conséquent de conserver le territoire de leurs ancêtres - de l'autre, les mêmes apôtres des droits de l'humanité veulent canoniser un Etat qui conteste aussi radicalement les fondements de la civilisation moderne que le géocentrisme biblique entendait réfuter l'évolutionnisme.


Malheureusement pour l'Etat hébreu, les défenseurs des convictions scripturaires du peuple juif se trouvent contraints de battre en retraite. Comment se fait-il que leur pré carré se rétrécisse comme une peau de chagrin ? C'est que la logique démocratique ne fait pas davantage de quartier que la logique mathématique. Elle ignore autant le débat sur le statut d'une hypothèse pseudo démocratique que sur le sexe des anges : à la fin, Euclide tranchera la question et dira que la démocratie est aussi incompatible avec les principes de la colonisation que la géométrie à trois dimensions avec des arpenteurs qui prétendraient réfuter le théorème selon lequel la somme des angles d'un triangle fait cent quatre-vingts degrés.


La topographie démocratique véritable a rendez-vous avec le théorème de Pythagore qui la fonde; mais il faudra verser le sang, hélas, pour que l'héliocentrisme démocratique l'emporte sur le géocentrisme israélien, parce que l' enjeu réel n'est pas de nature mathématique, mais de nature anthropologique: si imparfait et inachevé qu'il demeure, l'encéphale humain d'aujourd'hui ne se partage plus entre deux logiques incompatibles entre elles.



9 - Et la France ?



Quel sera le rôle de la France dans cette guerre mondiale entre la raison et la folie ? Le drame d'origine, donc de nature psychogénétique qui sous-tend l'âme et la raison de la science politique depuis que notre encéphale a quitté la zoologie est dans la difficulté de décider sur le terrain et au coup par coup à quel moment précis il convient de se trouver bêtement présent dans l'arène des nations afin de faire figure d' acteur visible de l'histoire et à quel moment il devient nécessaire, tout au contraire, de quitter en toute hâte un cirque par trop ensanglanté. Il ne s'agit jamais de déserter l'histoire meurtrière, mais, tout à l'opposé, de prendre place dans une autre durée de l'humanité, celle où des acteurs ennemis des carnages prennent en main les rênes du destin.


En 1940, la France des ossatures et des muscles ne pouvait se mettre aux abonnés absents: il fallait bien se résigner à légitimer la folie d' un gouvernement de gestionnaires des corps, il fallait bien que la France terrassée conservât les organes tangibles d'un Etat, il fallait bien que la nation de 1789 parût provisoirement représentée par les majordomes de ses chancelleries sur une scène internationale devenue tout entière la spectatrice réjouie ou désolée de la mise hors jeu des Gaulois sur le champ de bataille. Dans la débâcle de la France d'en-haut, l'appel désespéré au héros surréel de Verdun était la caution a priori la plus digne de l'âme de la France.


Mais à quel moment fallait-il quitter l'écume des jours pour replonger dans la vague ? Fallait-il choisir l'heure des horloges où, sur le sol français, un chef de l'exécutif proclamait son vœu ardent que l'occupant remportât la victoire en Europe, l'heure où le cadran de l'administration de la justice mettait à pied ses magistrats juifs, l'heure où les aiguilles du temps s'arrêtaient sur la rafle du peuple de Jahvé au vélodrome d'hiver ?


Soixante-dix ans après un verdict des armes plus cruel que les précédents, la France symbolique se trouve à nouveau placée en sentinelle de l'histoire de la démence du monde. Lui faut-il épouser la mer ou flâner sur le rivage ? Un gouvernement français, même amolli, peut-il légitimer sa participation physique à la direction d'une planète de l'errance dans laquelle la majorité des Etats prétendument démocratiques ont décidé de construire un mur de dix kilomètres de longueur, composé de plaques d'acier de dix-huit mètres chacune et de cinquante centimètres d'épaisseur, un mur dont les fondations iront jusqu'à trente cinq mètres sous la terre, afin d'exterminer par la famine la population entière d'une ville de seize centaines de milliers d'habitants ?


Cette croisée des chemins de l'histoire du cerveau et du cœur de la planète des fous est-elle moins visible que celle dont le basculement d'un vieux Maréchal dans le camp du vainqueur de sa nation signalait le tragique emplacement à tous les regards ? Notre République peut-elle assister les bras croisés, donc en complice silencieuse à la construction d'un camp de la mort de cette taille ? Notre connaissance réelle de l'histoire du monde ressortit-elle à la pesée du corps et des muscles des Etats, ou bien avons-nous grand besoin de nous coller une autre loupe à l'œil afin d' apercevoir les personnages réels qu'on appelle des peuples et des nations ? A quel moment les charniers tuent-ils le parfum des démocraties ? A quel moment l'encens de la Liberté et de la Justice cesse-t-il de monter des autels ? A quel moment les citoyens d'un pays de soixante-cinq millions d'habitants incommodent-ils les narines de Jupiter ? La France empuantie de Pierre Laval s'est détachée de celle des écrivains, des poètes et des philosophes de notre pays à l'heure entre chien et loup où l'esprit a pris résolument le relais de l'histoire de la nation. Alors l'éclat des derniers flambeaux de notre civilisation a fait entendre les voix de la résurrection de la France.



10 - Le thermomètre de Zeus 


Pour tenter de cerner cette difficulté en anthropologue glacé, il faut, ici encore, observer avec sang froid le chaos cérébral dont le diagnostic embarrasse les aliénistes de la vie politique des Etats modernes; et pour cela, il faut faire entrer dans le cabinet d'Esculape les patients dont les troubles psychiques demeurent proportionnés à la modestie de leur emploi. C'est ainsi que M. Bernard Kouchner voulait se rendre à Jérusalem ; mais comment ignorer Gaza et son camp de concentration à ciel ouvert sans paraître pencher pour un parti au détriment de l'autre ? Et si l'on voulait éviter que le fléau de la balance penchât trop ostensiblement en faveur du bourreau, la meilleure ruse diplomatique n'était-elle pas de lui demander l'autorisation de se rendre à Gaza ?


Naturellement, le sacrificateur a refusé tout net que la France auscultât la victime exposée sur l'offertoire et même qu'elle parût pronostiquer l'évolution de sa charpente; et comme le Quai d'Orsay des fous ne pouvait paraître par trop prononcer l'éloge de l'étal d'un Etat coupable de crimes de guerre, de génocide, d'emploi d'armes prohibées par le droit international, telles les bombes au phosphore, M Bernard Kouchner a renoncé à son voyage. Quelle est la France qui s'est illustrée de la sorte? Qui a parlé en son nom sur ce propitiatoire ? Qui a détourné le regard de ce sang ?


M. Kouchner s'est montré fort dépité par cet "échec diplomatique" et il l'a caché soigneusement aux journalistes. Un résistant du Quai d'Orsay a donné secrètement l'information au Canard enchaîné. Quelle est la philosophie de l'esprit dont la France actuelle fait preuve sur la scène internationale et qui lui fait juger de bonne et saine politique de se trouver présente en chair et en os sur tous les terrains où Montoire fait la loi ? Le gouvernement est-il un véritable acteur sur le théâtre du monde quand l'occupant lui dit : "Si vous vous faites porter pâle parmi les sacrificateurs, vous serez non seulement déclaré couard, mais proclamé coupable de désertion sur le champ de bataille de la Liberté" ?


On voit combien la question de la définition folle ou sage des Etats débarque sur les planches du même théâtre de l'Histoire de la démence qu'en 1940, mais sous une autre redingote ; car si l'on songe que, quelques jours seulement plus tard, l'Elysée a jugé indispensable à l'exercice de ses responsabilités dans la conduite exclusivement musculaire de l'univers de faire diriger par un général de notre armée de terre la construction du mur d'acier dont la vocation est de hâter l'extermination jugée trop lente d'une vaste population, avec quelle France nos écrivains, nos poètes, nos philosophes ont-ils rendez-vous en ce début du IIIe millénaire ?



11 - Les acteurs physiques et les acteurs invisibles de l'Histoire 


Voyez comme le tensiomète des dieux se rappelle au bon souvenir des peuples et des nations: ce sont eux et eux seuls qui décident de la température des âmes, ce sont eux et eux seuls qui condamnent l'anthropologue et le logicien de la démence du monde de se trouver au rendez-vous que l'Eloge de la folie d'Erasme a donné à la politique de la planète en ce début du IIIe millénaire. Car, disent les Célestes, l'encéphale de la France des fous se trouve livré au même chaos que celui de M. Barack Obama; et l'on se souvient que le désordre qui s'est emparé de la boîte osseuse de ce chef d'Etat le ballotte d'un vain brandissement de ses foudres verbales à l'apologie d'un mur de Berlin appelé à encercler le camp de la mort le plus vaste de la planète.


Comment se fait-il que le chaos cérébral dont témoigne la France des Laval d'aujourd'hui soit identique à celui de M. Obama, comment se fait-il qu'on distingue si mal l'original de la copie ? Alors que M. Kouchner se montre tout effaré de n'avoir pas cautionné davantage un Etat génocidaire, ce qui, en termes diplomatiques, revient à le condamner timidement et la bouche close, se rendra-t-il maintenant à petits pas et l'échine basse à la frontière de Gaza, agitera-il le drapeau aux trois couleurs sur les remparts de la forteresse qui enferme un gigantesque peuple de la mort ? M. Obama, lui, se contente de condamner de loin et la bannière étoilée à la main quelques expulsions de citoyens de Jérusalem Est. M. Kouchner va-t-il, au nom de la France de 1789, partager sous les murs de Gaza les chapons d'Orgon avec l'armée des faux dévots ?



12 - Clinique du chaos mental 


Vous voyez bien, bonnes gens, combien la scission cérébrale qui frappe les acteurs de la politique internationale d'aujourd'hui appelle une pesée anthropologique de la notion même de "chaos mental". Certes, vous avez observé plus haut qu'il s'agit d'une schizoïdie inconnue du monde antique; mais s'il est devenu difficile de savoir qui est fou et qui ne l'est pas, c'est précisément en raison de la dichotomie cérébrale dont souffre Sa Majesté, la démence en personne.


Vous connaissez l'expression : "Hurler avec les loups ". Qui sont les loups ? Les Anciens savaient qu'il fallait entendre les déments; et ils disaient: "Hurler avec les fous" : "cum insanientibus delirare". Mais les fous d'aujourd'hui délirent tantôt du bout des lèvres, tantôt à grands cris. Quand Tartuffe passe de la comédie à la tragédie, c'est qu'il a débarqué dans la politique et qu'il y est devenu criard en diable. Alors, Clio en appelle à un décryptage des dévotions et de leur tapage, parce que l'hypocrisie religieuse a passé du christianisme à la démocratie et qu'elle s'y révèle plus que jamais le moteur de l'histoire idéalisée à l'école de sa propre folie. Mais que s'agit-il maintenant de cacher aux dieux ? Précisément la frontière qui sépare la légitimité de l'illégitimité des Etats démocratiques au regard des Tartuffe de la Liberté et de la Justice. Et pourquoi cacher cette frontière aux habitants de l'Olympe ? Parce qu'elle se révèle désespérément flottante. Et pourquoi flotte-t-elle, cette impie ? Parce que, depuis l'origine du temps mémorisé, l'humanité flotte entre le culte d'un pouvoir représenté par une autorité publique musclée et une lucidité qui cloue l'ossature de l'Histoire sous son regard.


Mais pourquoi, demandez-vous maintenant à Erasme, les peuples fous flottent-ils entre leurs agenouillements devant un maître de leur corps et la peur de se trouver entraînés dans ses crimes ? C'est que cette oscillation psychique du singe vocalisé, c'est sa conscience qui la juge. Mais sur quelle balance pèserez-vous la magistrature du tribunal de la conscience? Comment spectrographierez-vous ce cœur parlant, comment analyserez-vous le mélange de vénération religieuse et de rejet moral qui rend si ambigu le saint génocidaire du Déluge, l'idole commune aux trois religions du Livre, l'idole qui se révèle le paradigme universel de l'histoire meurtrière de sa créature ?



13 - Une anthropologie de la folie 


Décidément, Louis XIV avait raison de dire à Molière: "N'irritez pas les dévots", puisque l'anthropologie des carnages nous conduit à mettre en scène la démocratie des massacreurs dévots à Gaza. A quel acte de la pièce sommes-nous arrivés ? Certes, Orgon s'extasie toujours sottement devant son hôte, le pieux mangeur de chapons. Et nous, allons-nous le cacher sous la table et laisser Elvire démasquer l'imposteur ? Mais pour cela, il nous faudra tenter de percer les secrets de l'alliance de l'hypocrisie démocratique avec la folie la plus abyssale, celle dont nous n'avons relevé que quelques vestiges.


Décidément, nous sommes loin de la chute du rideau. Et pourtant, une ultime piste s'ouvre à l'anthropologie des égorgements, celle de nous demander pourquoi la civilisation chrétienne a changé les fous - insanientes - en loups et la fureur en hurlements. Car "hurler avec les loups", c'est seulement du mimétisme irréfléchi, ce qui ne ressortit qu'à la sottise, tandis que "furere cum insanientibus", c'est monter sur la nef des fous, c'est écrire l'histoire du monde à l'école des "fous furieux", comme on dit. Sous le conformisme intellectuel et doctrinal qui mobilise la piété des démocraties meurtrières et sous la bannière des idéalités pseudo sacrées qui enracinent les masses dans leur obéissance à des totems verbaux, une sauvagerie plus congénitale demeurerait-elle cachée au globe oculaire des évadés du règne animal, une sauvagerie qui nous renverrait à la bête furieuse dont le proverbe latin aurait conservé le souvenir ?


Voyez comme la victime a été cachée sous l'autel de la dévotion démocratique à Gaza, voyez comme la démocratie mondiale arbore le masque des Tartuffe de la politique moderne de la Liberté et de la Justice à Gaza, voyez comme Gaza elle-même est devenue tout entière un gigantesque offertoire, voyez comme la fureur d'Israël s'est tapie sous la sainte croix d'une civilisation confite en idéalités dévotes. Qu'est-ce que le sceptre qu'on appelle maintenant la Justice ? M. Sarkozy et M. Obama rachèteront-ils à bas prix la bête du sacrifice immolée à Gaza ? Ecoutez leur confession de foi, écoutez comme ils se la murmurent tellement du bout des lèvres qu'elle aidera l'immolateur des poulets du sacrifice à lancer quelques prières dans le vent.


Mais alors, ne commençons-nous pas d'apercevoir la cohérence anthropologique et toute la logique interne de la fureur des fous ? Ne voyons-nous pas se dessiner les deux pôles cérébraux entre lesquels la sainteté des démocraties se partage et qui les fait tomber dans le chaos ? Car, d'un côté, leur fureur et leur folie confondues les range en ordre de bataille autour du mur d'acier de Gaza, de l'autre, leurs prêtres lèvent les yeux au faux ciel de leur Liberté et de leur Justice ; et la dichotomie originelle dont leur encéphale subit les secousses nourrit leurs oscillations entre les floralies de leurs oraisons et le fer de leurs massacres. C'est pourquoi les Romains nous rappellent opportunément qu'on ne hurle pas avec les loups, mais qu'on porte la folie à la fureur et la fureur à la folie, et que ces acteurs alternés de l'histoire se comblent d'éloges l'un l'autre, comme il est démontré aux anthropologues sous la sarcastique apologie érasmienne de la démence.



14 – Conclusion 


Décidément, l'anthropologie historique et philosophique se révèle indispensable à la pesée des relations que la politique de la démence entretient avec les autels du sacrifice ; car si l'on ignore quel ciseau grave le souvenir réel d'un événement dans le temps des fous et des sages et comment seule une éthique de la raison décide de la définition même de ce qui est légitime et de ce qui ne l'est pas, comment préciserons-nous le statut d'une science de la mémoire oscillante entre le meurtre et la prière ? Et s'il appartient à la température des âmes de trancher de l'historicité proprement animale ou transanimale des évènements humains, demandons-nous quel thermomètre Zeus a consulté quand il a éjecté de l'histoire réelle du monde une France qui souhaitait la victoire de l'étranger sur elle-même et demandons-lui de prononcer un jugement solennel afin de chasser de France les "célébrissimes ministres de la folie du monde" qui ont osé demander au peuple de Descartes et de Montaigne de légitimer son propre déshonneur; et demandons au dieu Mars de tirer de son fourreau le glaive de la justice que nos cœurs appellent la France.
Le 18 janvier 2010

 

 

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In cauda venenum

Visitant hier une bibliothèque publique, je suis tombée sur un titre alléchant :

 

Visages de la philosophie 2

 

 

 

 

  

  

   Visages de la philosophie
   par Denis Huisman et Louis Monier
   Paris, 2000, Arléa, 180 pages, 13 €   


Il s’agit d’un petit ouvrage de vulgarisation, dont l’ambition affichée est de constituer une sorte d’annuaire des philosophes francophones rencontrés par un photographe (L.Monier), chaque portrait étant accompagné d’un texte d’identification écrit par un spécialiste ès philosophes (D. Huisman).

Un examen rapide a tôt fait d’édifier le curieux, en l’occurence la curieuse : tous les charlatans s’y trouvent. Les pseudo-philosophes et vrais propagandistes de l’oligarchie aussi. Au milieu, bien sûr, des vrais, qui, surtout les morts, ne peuvent récuser aucune promiscuité.

nef des fous à la gidouille 2

Placer sur un plan d’égalité le vrai et le faux, au sens où l’entend Umberto Eco, n’est pas neutre. Quoi qu’il en soit, Manuel de Diéguez ne s’y trouve pas.. M. Monier ne l’a jamais rencontré. À l’heure où l’édition Gutenberg dans sa quasi totalité dépend du bon plaisir de quelques marchands d’armes, ne pas être jugé digne de figurer aux côtés des BHL, Glucksman, Finkielkraut, Bruckner, Revel et consorts est une distinction rare, une sorte de légion d’honneur « à rebours » ou pour-de-vrai-sans-Bonaparte.

M. Koffi Cadjehoun, qui, pourtant, mérite le détour, ne s’y trouve pas non plus. Cela n’est pas étonnant. Que je sache, il n’est pas officiellement philosophe et, en plus, il est noir. Ou du moins se dit-il africain, du Dahomey. Et si M. Monier l’avait rencontré, je doute qu’il se fût laissé photographier. Pas un seul petit portrait de lui sur Internet à l’heure de Facebook ne peut qu’être l’effet d’une volonté délibérée. M. Cadjehoun, qui préside à non moins de neuf blogs à lui tout seul pourrait donc être blanc et même du genre féminin, le précédent d’Ernestine Chasseboeuf donnant à réfléchir (on ne se méfie jamais assez des oulipiens : un jour, François Le Lionnais se fait accuser publiquement d’oeuvrer pour le KGB... vingt ans plus tard Harry Mathews écrit Ma vie dans la CIA...).

Ce qui me fait pencher vers une identité réellement africaine de Koffi Cadjehoun, c’est que sa prose est une véritable corne d’abondance, généreuse et prolifique à tous les points de vue, particularités devenues si rares dans notre Occident déclinant : qu’il s’exprime en philosophe, en moraliste, en politique ou en simple littérateur, la source paraît intarissable. Et que dire de l’énergie ! Qu’on me pardonne, mais en le lisant, me revient à la mémoire cette Toscane de la Renaissance (Catherine Sforza ?) assiégée dans sa ville par des gens qui avaient pris ses fils en otage et menaçaient de les mettre à mort si elle ne se rendait, qui, du haut du chemin de ronde, soulevant ses jupes jusqu’au menton leur criait : « Tuez-les si vous voulez, j’ai de quoi en refaire d’autres ! »

 

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Afrique 3

Personnification de l'abondance de l'Afrique sous les traits de la reine Cléopâtre

Coupe en argent 1er s. av. - 1er s. ap. J.-C. trouvée à Boscoréale

 

Si je  parle aujourd'hui et sur ce post de Koffi Cadjehoun, c'est que non seulement il a fait le même choix que M. de Diéguez mais qu'en outre il le théorise. Comme ici par exemple :


Mercredi 9 décembre 2009




Externet

« Le système va changer ! Il faut que le système change ! Et il faut que les écrivains soient conscients qu'ils doivent changer ce système. C'est à eux de le faire. C'est pas les éditeurs qui vont le faire ! (...) Les lecteurs sont responsables pour une grande part de l'incompréhension de l'écrivain par la critique ! »
Marc-Édouard Nabe, Café littéraire, France 5, 13 avril 2009.


On interne quand Gutenberg?

On entend critiquer Internet. Qui critique? Toujours les mêmes. Des experts sentencieux et statisticiens qui vous entretiennent doctement des risques d'Internet, la pornographie, la pédophilie, la violence, la mauvaise liberté, les risques pour nos chères têtes blondes... D'où critiquent-ils? Quand le système critique, c'est qu'il entend récupérer la critique. Jugement à préciser (grandement) : le changement vient du centre, jamais des périphéries. Le centre du système n'est pas le centre de la mode du système, mais le centre de la mentalité - du système. Internet a été produit au départ par les militaires américains autour du Pentagone. C'est une arme stratégique de l'atlantisme qui aura produit l'innovation la plus frappante en matière d'expression depuis Gutenberg.

Communiquer a aujourd'hui un sens publicitaire assez péjoratif. Internet pourtant a niqué toutes les communications. Internet a tout niqué en fait, en premier lieu la pornographie qui sévit sur ses bornes passantes et à laquelle on aimerait tant réduire la Toile pour mieux la dénigrer et la déniaiser. Sûr : le spectacle fornicatoire est si répétitif qu'il provoque l'ennui et la pauvreté fantasmatique. L'art contre les dollars, c'est toujours l'art contre X. Internet est le nouveau lieu de l'expression, à commencer par l'artistique, qui est la plus haute forme d'expression humaine.

Dans cette conception, la forme religieuse est liée à l'art et lui est supérieure, mais c'est une forme qui se réclame d'une inspiration divine. La liberté classique est la liberté qui n'est ni finie, ni individuelle. La liberté classique contredit radicalement et vigoureusement la liberté d'obédience libérale. La liberté n'est jamais figée. La révolution Gutenberg a été radicale, puisqu'elle a propagé spécifiquement le processus protestant et qu'en fait elle a développé l'esprit bourgeois contre l'aristocratie qui sortit du fécond Moyen-Age et qui amorça l'esprit moderne.

Actuellement, les positions expertes émanent de cette mentalité bourgeoise, marchande, capitaliste, libérale, immanentiste. Le grave problème est qu'à l'époque de la révolution Gutenberg, l'impression papier et le système éditorial portent en eux le changement par rapport au système dominant tenu par les scribes au service de l'aristocratie chrétienne (pour utiliser une expression globale et fédératrice). Le papier cotre le parchemin; les éditeurs contre les moines copieurs.

Le changement est du côté de Gutenberg. L'individualisation de l'expression porte en elle le changement au départ, au moment de Gutenberg. La prise de pouvoir de cette conception est politico-artistique et se fait dans le cadre des Lumières et des Révolutions démocratiques. Au dix-neuvième siècle chrétien, cette conception se trouve institutionnalisée. Gutenberg porte le gage de la démocratisation de l'expression et du savoir. Par la suite, avec le vingtième siècle, cette conception se sclérose, spécialement après la Seconde guerre mondiale.

Un signe qui ne trompe pas vient de la faillite de la qualité : les éditeurs si influents (l'inverse du Gutenberg initial) sortent de plus en plus d'écrivains, ils progressent quantitativement, au point qu'ils remplacent la qualité par la quantité. Leur objectif devient mercantile, alors qu'il coule de source que la quantité est une fin immanentiste qui nuit gravement à la fin artistique. Il est vrai que les artistes sous le système Gutenberg remplacent les prêtres, ainsi que l'entend un Nietzsche.

C'est quand le système devient purulent et en voie de décomposition qu'il atteint la plénitude de sa puissance finie. Cas de l'Occident d'après la Seconde guerre mondiale. Dans ce système, on célèbre des écrivains moyens comme des génies (Camus, Sartre, Aron, Duras, Yourcenar...) et de décennies en décennies le niveau baisse. La nausée est atteinte avec l'avènement d'écrivains emblématiques comme les BHL ou Modiano. Et puis au nom de l'individualisme foisonnant on oublie les écrivains, leur nom, leur production. L'important devient d'éditer. Les éditeurs deviennent écrivains. Cas d'un Enthoven père, dont le fils empire la prose de la saga familiale; cas d'un Roberts, d'un Millet et d'autres impérissables cooptés du même style. Le plus charismatique de cette génération est l'insupportable, narcissique et oligarchique Sollers, qui réussit à aimer Nietzsche et le christianisme, Venise et la démocratie, Balladur et le socialisme.

Il est vrai que Sollers a une mentalité impérialiste qu'il a héritée de sa jeunesse bordelaise et néo-anglaise. Il n'est pas possible d'envisager que ce type d'écrivains figés et conformistes puissent changer quoi que ce soit. Ce qu'ils conçoivent comme principe du changement est la subversion, au point de louer les délires érotico-stylistiques d'un Sade. Selon eux, le changement passe par l'extrémisation de l'individu, au point de prôner les formes les plus radicales et poussées de l'individu-fondement.

Ces rebelles sont les suppôts du système qu'ils combattent mollement, entre nombrilisme sentencieux, libertarisme libertin, anarchisme de droite et dépolitisation germanopratine. Il n'est pas sérieux d'attendre d'un milieu conservateur, récupéré et statique, qu'il change quoi que ce soit. La critique qui surgit contre Internet pose problème en ce que c'est un grand corps malade et gangrené qui attaque le corps jeune et vigoureux de celui qu'il pressent comme son successeur inéluctable. De ce point de vue, les critiques de la mentalité Gutenberg contre Internet respirent le pathétique.

Les journalistes sont les emblèmes de ce système en ce qu'ils se réfugient dans le factuel et l'objectif pour ne rien dire, rien écrire, rien penser. Les journalistes sont les thuriféraires du système, les élitistes mimétiques et proclamés de Gutenberg. Les journaux dominants et officiels sont l'incarnation de la révolution Gutenberg. Les médias officiels expriment la mentalité officielle. Qu'est-ce qu'un médium? Ce n'est pas un hasard si la révolution Internet affecte en premier lieu les subsides des médias officiels.

Ils souffrent en tant que premier rang du bataillon Gutenberg. Mais il n'est pas raisonnable d’attendre que Gutenberg sécrète sa propre évolution. Le milieu Gutenberg est devenu le milieu de l'édition. On se coopte, on se choisit, on s'élit. C'est la démocratie journalistique et artistique. L'art a pour fonction de relier entre elles les idées idéologiques. L'art est devenu la caisse de résonance du système immanentiste. L'art abstrait, l'art contemporain manifestent cette propension désartique en ce que l'art dépouille ses formes d'expression pour ne porter que l'idée exsangue et désincarnée. Pour porter l'idée, rien de tel qu'une mauvaise idée. Déportez, vous n'êtes mêmes plus porteurs.

Qui vous écoute? Les bobos? Les babas? Les gogos? Les gagas. Chacun sait que le changement est nécessaire et que le changement est arrivé. Il est né, le divin changement. Bonne nouvelle : Internet. Mauvaise nouvelle : enterrer Gutenberg. Va nous enterrer? En attendant que le milieu Internet connaisse le même sort que toute forme qui s'institutionnalise, remarquons qu'Internet a plus de marge que Gutenberg.

Internet sécrète une marge de manœuvre supérieure à Gutenberg. Gutenberg permettait un choix imposé, quand Internet change les conditions du choix. On peut mal choisir, mais on a désormais le choix de choisir. Laissez choir Gutenberg ! Courez les expos et les vernissages, bande de petits vernis au venin rance et sec ! C'est terminé, vous êtes dépassés. Sollers au ton chuintant a des accents de vieille rombière sur la veille. Dire que ce jouvenceau maoïste est devenu un cireux ultra-libéral en dit long sur sa décrépitude d'éditeur qui joue les écrivains de premier plan. Les écrits vains, sans aucun doute.

Dire que les éditeurs sont au centre de l'expression est symptomatique d'une dérive oligarchique, soit d'une appropriation par les classes possédantes de la création. Quand les maîtres s'emparent de la création, le changement opère une farandole ironique en décentrant les conditions d'expression. Gutenberg était faisandé, sclérosé, récupéré ? Changez ! Le changement est venu du cœur du système immanentiste, de ces militaires qui lancent des innovations au service de la guerre. La polémique : guerre du style au service d'Internet. Interner le consensus et le compromis.

Résultat des courses : c'est le système qui s'enterre lui-même en voulant propager les conditions de son renouvellement et de sa pérennité. Réflexion sur le changement : le changement est dans l'ironie. Également dans la diminution. Certainement pas dans la synthèse surmontée. Démontez la synthèse ! Mot d'ordre contre les maux du désordre. Hegel est un piètre changeur. Hegel donne le change au système immanentiste en introduisant sa pincée de transcendantalisme et en ménageant grâce à ce compromis honteux la chèvre et le chou. Hegel est la chèvre - le système ?

Levez le bouc émissaire : le changement est ironique en ce que le changement est la diminution de l'antithèse. On est loin de la synthèse. On synthétise son Hegel et pendant ce temps on perd son temps. On répète, on pète, c'est saoulant. Chez Clément Rosset l'immannentiste terminal qui personnifie jusqu'à la nausée sartrienne la mentalité oligarchique et dominatrice d'obédience grande bourgeoisie cernée entre la rue d'Ulm et la Sorbonne décriée (c'est tendance d'être dans le système qu'on attaque), le changement n'existe pas vraiment.

Selon Rosset, le matérialisme ne saurait être révolutionnaire au motif que le changement fait partie du réel et que rien ne fait relief dans le champ du réel. Le changement est relégué aux calendes grecques et aux oubliettes de l'ontologie, précisément ce que Rosset reproche à la métaphysique classique concernant ses thèmes de prédilection - le hasard ou le tragique. Le système se détruit de l'intérieur et se détruit dans ce qu'il estime être son apogée et son essence.

Du coup, le changement vient de l'extérieur pour remplacer la destruction tout à fait interne. C'est ainsi que la destruction de Gutenberg vient du Pentagone - comme la destruction du 911 (avec le centre symbolique des affaires de New York il est vrai) ? Les comploteurs du 911 n'ont pas compris qu'ils détruisaient leur beau joujou - comme les militaires du Pentagone n'ont pas compris qu'ils fracassaient leur Gutenberg avec Internet.

Contre la sclérose qui dose, le changement ose. Le changement d'Internet, c'est l'interactivité et le côté insaisissable. Incontrôlable et irrécupérable. Les médias traditionnels sont dépassés. Prenez le cas d'école Rue 89, un média français lancé par des sbires immanentistes de Libération, l'ancien quotidien libertaire repris par le banquier ultra-libéral Rothschild. Rue 89 essaye de se montrer plus osé pour donner le change, mais sa récupération s'est déjà fracassée contre l'incroyable vitalité et diversité des blogs. Pour récupérer Internet façon Gutenberg, il faudrait détruire Internet. Couper Internet. Aller contre l'histoire. Franchir le mur du son.

Ce qui va détruire le système immanentiste, c'est Internet. Vive le Pentagone ! Gutenberg aura été une courroie de transmission vers Internet. C'était bien, Gutenberg, mais ça patine. Ça rame. Ça atteint ses limites. Ça décroît pour les meilleures raisons du monde. Le changement est au cœur du système au sens où la destruction est au cœur du système. Le changement est à l'extérieur du système au sens où le changement est au centre du système. Le changement est inscrit dans l'excellence d'un système. C'est un principe de vie et il serait naïf de croire que la vie est maintenue dans les limbes de l'individuel.

Souvent, on entend dire avec raison qu'Internet dépasse tous les sens que les analystes peuvent lui conférer. Évidemment, on a beau jeu de constater que les pires productions d'Internet émanent de la récupération par le système Gutenberg : la pornographie n'est pas le propre d'Internet, mais de l'époque immanentiste qui est pornographique de A à X. Dans les années soixante-dix, on pouvait encore miser sur le côté subversif de la pornographie. On s'est rendu compte que l'on s'était trompé de cheval depuis. Faire aujourd'hui de la subversion, c'est miser sur un bourrin perclus de rhumatismes. Un vieux canasson décati.

Notre subversion a des relents de perversion dépassés et infects. Au lieu de confondre la récupération d'Internet par Gutenberg avec l'originalité d'Internet, revenons au changement révolutionnaire qu'induit Internet. Selon Marx, la révolution exprime le changement de paradigme dans lequel les élites sont renversées par leur immobilisme. Le problème de cette définition tient dans le matérialisme de Marx qui fige le changement, en particulier les révolutions. La révolution est une profonde évolution qui a pour principe final d'amener la croissance.

Marx ne croit pas dans la croissance car il décroît. Déjà. Si le changement est dans la croissance, il est curieux d'estimer que le changement profond échappe au sens. Wittgenstein pensait que le langage n'est pas explicable. Internet serait-il supérieur aux mots de son temps ? Il est vrai qu'Internet est d'ores et déjà au-dessus des maux qu'on veut lui faire porter, comme un chapeau ravalé et effrayant.

En réalité, l'opération critique d'Internet par les supports Gutenberg consiste à tenter de révoquer le cauchemar Internet, de l'assimiler et de le réduire à Gutenberg. Qu'a donc Internet que Gutenberg n'aurait pas ? Formellement et factuellement, l'étendue de l'insaisissabilité. Quand on contrôle Gutenberg en contrôlant les supports, les supports sont devenus avec Internet incontrôlables. On contrôle encore les bornes passantes, mais pratiquement on dépasse les bornes. Le mythe Internet vient de ce qu'il est impossible pour un individu de contrôler l'ensemble de la Toile. Internet est déjà un monstre mythologique qui a échappé au pouvoir de ses géniteurs humains.

Frankenstein était sympa, Internet encore plus. On interne quand Gutenberg ? On peste après la virtualité d'Internet et il est certain que toutes les virtualités ne sont pas des vertus. Mais la vertu fondamentale est dans la virtualité au sens où l'actualisation de la puissance passe par la virtualité. Leibniz à la suite de Platon professait la virtualité dynamique, et c'est fort de cette appellation calibrée que nous allons étudier ce qu'est la dynamique appliquée à l'étude des phénomènes : la dynamique, c'est le changement et plus précisément, c'est la prévision des changements.

Quand on étudie de manière dynamique un phénomène, on le calcule en fonction de divers instants qui ne désignent jamais l'intégralité des instants de ce phénomène, mais une suite non négligeable. Dans cette suite non linéaire, la dynamique consiste à rappeler que la compréhension d'un phénomène réside dans son extension temporelle - non dans sa fixité donnée et finie.

Ce qui compte, c'est l'infini - et l'infini se mesure par la notion de processus opposée à la notion de donné, notamment popularisée par Rosset dans un essai de jeunesse (Le Monde et ses remèdes). Décréter que l'événement est fini est une erreur. C'est dans une conception finie et fixe du réel, où le donné l'est une bonne fois pour toutes, que l'on peut énoncer qu'un événement dépasse la compréhension qu'on en a. A vrai dire, on est toujours dépassé par la compréhension d'un événement, surtout quand cet événement est complexe et diffus.

Tout événement considéré comme processus dynamique dépasse toujours le sens puisque le sens s'attache à finitudiser l'événement. Quand on relie ce raisonnement à Internet, on comprend qu'Internet dépasse nécessairement la production des sens singuliers. Internet est une production qui est du ressort de ce que les classiques nommeraient de la dynamique. Dynamique virtuelle correspond d'autant mieux à la situation que le concept de dynamique renvoie à la puissance et à la potentialité, de même que le virtuel, qui est la vertu en tant qu'actualisation de la puissance.

La dynamique du virtuel est d'autant plus redondante que si l'on y réfléchit, c'est par le recours au virtuel que la puissance advient. Il n'est de dynamique en fin de compte que virtuelle. C'est par le recours au virtuel que l'homme peut donner cours aux abstractions et à l'imaginaire. En fait, Internet n'est que l'incarnation technologique de la virtualité qui courait dans l'air du temps depuis que l'homme est doté de conscience. Dès que l'on entend des récriminations contre Internet au motif que le virtuel serait symptôme de déréalisation, on oublie que l'on ne comprend le réel qu'avec du virtuel, qu'il n'est pas d'action sans virtuel et que les idées décrites par Platon ne sont pas des abstractions dénuées de réalité.

A vrai dire, si l'on réfléchit à la portée du virtuel, on découvre que sans virtuel, il n'est pas de contact avec le réel. A la limite, on pourrait fustiger une certaine déréalisation dans le passage à une virtualité artificielle, quoiqu'il faille sur ce point se montrer des plus méfiants. Après tout, comme l'enseigne un adage populaire, ce sont les idées qui changent le monde, conception classique selon laquelle sans le recours aux idées et au monde virtuel, l'homme n'a pas accès au changement ni à la fameuse pratique d'obédience politique.

C'est un argument simpliste que de stigmatiser le virtuel en l'opposant à l'action et à la politique Le plus sûr moyen d'agir, surtout en politique où les idées sont primordiales, c'est de recourir au virtuel. Sans virtuel, pas d'action. La richesse du virtuel, qui fonde la spécificité humaine, vient du fait que le virtuel possède une faculté d'influence et de changement sur l'action hors de l'action, dans sa démarche propre.

L'énoncé selon lequel Internet dépasse le sens est assez prévisible. Si l'on veut signifier qu'il est dynamique, c'est un fait établi; si l'on veut signaler l'incroyable foisonnement d'Internet, la vraie question consiste à se demander si l'on peut définir la démarche d'Internet, qui constitue son aspect révolutionnaire et avant-gardiste. Wittgenstein rappelle que l'on parle le langage sans le définir. Le langage dépasse le sens au sens où il est le sens et que définir un donné de l'intérieur est impossible.

La spécificité de toute production humaine qui dure est de s'inscrire dans un processus dynamique qui dépasse le sens défini. La constatation de Wittgenstein est un brin inutile. Surtout elle est dangereuse si elle introduit un élément d'irrationnel selon lequel les nombreux éléments incompréhensibles nous conduisent à considérer que le réel est indéfinissable et échappe à l'esprit humain.

Dans cette conception, la connaissance humaine est fatalement décalée - quasi impossible. L'homme perdu dans le réel ne peut s'en remettre qu'à ses sens comme au moins incertain. Il est conduit à accepter le mystère et à s'en tenir à des valeurs empiristes et utilitaristes qui le conduisent vers l'abime nihiliste. C'est le péril de la connaissance impossible qui appliqué à Internet donne des résultats dévastateurs. Si l'on considère que cette impossibilité est démentie par l'histoire et que la connaissance ne cesse de prospérer au fil des tâtonnements, Internet redevient définissable en tant que tout processus est définissable.

Le processus dynamique n'est définissable qu'en limitant la faculté de définition à ce qui change. In change we feed. Internet est ce qui correspond au plus près à l'inverse exact de ce qu'on nomme communication dans le jargon branché des publicitaires électriques, soit à la conception la plus radicale et réductrice du langage humain dans la norme immanentiste. Selon cette norme, la communication est un donné définissable et préexistant du langage - quand selon Platon, le langage est processus dynamique en ce qu'il réside dans le dialogue.

Le dialogue ne contient pas à l'avance son résultat. Ce résultat s'obtient par la dynamique du dialogue, ce qui indique que le possible n'est jamais donné à l'avance et que ce qu'on nomme liberté tenait dans la conception selon laquelle le possible n'existe pas à l'avance, n'est pas donné nécessairement. La richesse d'un événement tient au fait qu'il n'est pas réductible à un donné, soit qu'il peut changer. C'est ce qu'on appelle la liberté et c'est ce qui s'applique si bien à Internet.

Considérons Internet comme une projection du langage dans le monde technique. Internet fait mentir Heidegger selon lequel la technique est dénuée d'Être. En considérant la technique que de manière finie, Heidegger voit le problème du mécanisme et du matérialisme, il approche de l'immanentisme, mais il n'est pas capable de définir l'Être comme processus dynamique et comme connexion virtuelle. Heidegger est un lecteur d'Aristote, pas de Platon et de Leibniz. C'est surprenant pour cet érudit, mais c'est prévisible quand on se rappelle que la création ne sort quasiment pas de l'érudition.

Liberté et changement sont ainsi dynamiques. Mais la dynamique n'est pas définie. Le virtuel consiste à considérer que le réel est formé de possibles qui n'existent pas à l'avance mais que nous actualisons en fonction de nos possibilités. Le possible est le passage de la multiplicité des virtuels vers l'unicité du sensible. De ce point de vue, le réel est multiple si on ne le réduit pas au sensible. La notion de nécessité ontologique est dépourvue de sens. Spinoza et Nietzsche sont disqualifiés comme des ontologues simplistes et dangereux.

Le virtuel est la faculté par laquelle l'homme passe pour actualiser les possibles qui s'offre à lui. Le virtuel est puissance en ce qu'il est les différents possibles qui s'offrent à l'homme. Le virtuel est le réel. Le changement passe par le virtuel. L'opération dialogique dans Internet indique contre la communication qu'Internet est du côté de la dynamique. Le virtuel aussi. Maintenant, les transcendantalistes parviennent à dire que la dynamique est dans le processus dialogique, mais ils n'arrivent pas à dire pourquoi.

Il va sans dire qu'Internet est de ce côté et que c'est pour cette raison qu'il est aussi inépuisable. Internet restaure la forme du dialogue socratique quand Gutenberg en était venu à un pesant monologue contrôlé et prévisible. Poussif et massif. Le changement s'explique par le processus néanthéiste qui remplace le prolongement transcendantaliste. http://aunomduneant.blogspot.com/

Dans cette optique, ce que Hegel considère que l'action de surmonter et de dépasser, Aufhebung, ne fonctionne pas et n'a jamais fonctionné. Platon s'en tient à la méthode dynamique du dialogue sans préciser d'où vient l'énergie de la liberté. Le mécanisme de la virtualisation n'est jamais subsumé. Hegel croit dépasser Platon avec son schéma ternaire, mais c'est surtout sa conception statique et prévisible du changement qui interpelle. Nous nous situons dans un schéma donné à jamais.

On ne dépasse que dans une mentalité où l'on prend ce qui est donné dans la thèse et ce qui est nié dans l'antithèse. Le néant se trouve inscrit dans le donné. L'action de dépasser ou de surmonter indique que l'on est dans un schéma proche du marxisme, selon lequel l'étape finale du communisme est inscrite dès les limbes et s'inscrit dans un schéma donné qui contient quatre étapes (esclavage, féodalisme, capitalisme, communisme). On retrouve la nécessité de la domination dans une conception du réel qui est finie.

Dans un fini défini, la domination se manifeste par le dépassement de la synthèse. L'action de dépasser n'est concevable que dans un schéma ontologique fini. En même temps, ce schéma contient son paradoxe, car le fait de surmonter à l'intérieur d'un schéma donné n'est pas rationnel et logique. Soit l'on dépasse et l'on passe à un autre schéma - auquel cas la théorie hégélienne est fausse; soit l'on reste dans le schéma - et il apparaît peu plausible de dépasser le stade de l'opposition.

C'est d'ailleurs la position idéologique et pragmatique la plus usitée dans l'atlantisme de type idéologico-libéral, si l'on se souvient de l'adage ordo ab chao, qui se contente d'observer prudemment que les changement surviennent grâce à la violence de l'opposition au premier rang de la guerre. Au passage, dans une conception de ce style, il est cruel et logique d'instaurer un coup d'État comme le 911, qui libère l'espace du changement (la guerre contre le terrorisme et le Nouvel Ordre Mondial remplaçant les États-nations post-Westphalie).

La proximité de Hegel le pseudo-idéaliste de type métaphysique avec la doctrine matérialiste de Marx indique que la conception métaphysique de Hegel est une tentative de réconciliation et de synthèse entre la métaphysique classique et les positions matérialistes contemporaines (dont Marx est un rejet à peine postérieur). Si Marx réduit Hegel à un renversement simple et définitif, leur parenté indique en fait que Hegel est un immanentiste qui tente de concilier l'immanentisme et le transcendantalisme.

Comme les deux pratiques sont incompatibles, il arrive surtout à inscrire le transcendantalisme dans l'immanentisme, ce qui n'a pas de sens, défigure le transcendantalisme et contribue à asseoir l'immanentisme. Au lieu de pinailler sur les différences (évidentes) entre Hegel et Marx, il importe de comprendre que le lien entre ces penseurs est plus fort que les divergences. Dans un schéma néanthéiste, nous sommes en mesure d'expliquer la vacance sémantique transcendantaliste.

C'est que le prolongement ne peut que déboucher sur l'erreur bigarrée de Hegel. Quand on prolonge, l'on commence par suspendre l'expression du schéma, l'on finit par surmonter - expliciter le schéma. Hegel ne fait qu'expliciter l'erreur en germe dans le prolongement transcendantaliste. Il apparaît invraisemblable que ce soit l'opération inverse au prolongement qui soit l'adéquate. Et pourtant. C'est en considérant que le changement est diminution ou régression que l'on comprend pourquoi le changement résiste aux opérations courantes de sens et de compréhension.

En quoi aussi le changement résiste à la définition définitive. Diminution/régression n'est pas réduction. La réduction exprime la diminution dans un schéma fini, quand la diminution véritable s'exprime dans un schéma infini où l'enversion succède au prolongement. C'est toute la conception du prolongement qui est à revoir car elle implique que seule l'augmentation soit possible, quand de fait, c'est l'inverse qui se produit.

Dans le schéma de l'enversion, il faut diminuer pour contacter la partie du réel qui n'est pas le sensible. Dans le schéma transcendantaliste, cette partie majoritaire et mystérieuse correspond à l'Être. L'Être est perfection idéale, quand le sensible est la forme dégénérée du grand Tout complet. Cette conception souffre d'une dimension inaccessible et incompréhensible à partir du moment où l'on ne parvient jamais à contacter ce qui est parfait parce qu'au-dessus (qualitativement).

Dans une optique où la réel manquant n'est pas au-dessus, mais en dessous, la lacune s'explique et le sens se rétablit. Le changement devient l'opération de la diminution. Si l'on ne parvient pas à envisager tous les possibles, c'est parce que la création est diminution. Le langage est l'opération qui indique que l'homme pioche dans le rapport d'enversion et qu'il diminue pour effectuer cette opération à la fois simple et aveuglante.

Si l'on ne parvient à expliquer pourquoi Internet est inexplicable, c'est qu'on cherche à surmonter quand il faudrait diminuer. L'inexplicable cache certes la profondeur du changement et permet d'instituer la passerelle du sens, mais avec le rapport d'enversion diminutive, l'on peut expliquer ce qui était jusqu'alors inexplicable. Si Internet résiste aux tentatives d'explication générale, de sens, de prévision, c'est parce qu'il n'augmente pas, mais qu'il - diminue.

On constate notamment que les efforts de récupération d'Internet par Gutenberg ne fonctionnent pas. Dans une conception statique, seule l'augmentation est concevable. on essaye d'empêcher Internet d'augmenter. Internet croît parce que la croissance n'est pas dans l'augmentation. Elle réside dans la diminution. Les interconnexions et les myriades démultipliées de dialogues virtuels indiquent ce qu'est le virtuel Internet : une actualisation de la puissance énergétique dans le paradigme technique.

Le dialogue de type socratique qui s'est accru dans le dialogue Internet (dialogue à définir) se définit comme la possibilité de croissance à partir de l'enversion diminutive. De ce point de vue, Internet n'est que la technologisation du processus du langage, selon lequel on utilise le langage comme mode d'expression de l'enversion. Le langage exprime l'opération de conscience (savoir que l'on sait) parce que ce que nous nommons conscience est le rapport d'enversion et de reflet indéfini.

Reste à décrypter pourquoi l'on ne parviendrait jamais à saisir le sens profond d'une manifestation complexe comme le langage - ou Internet. La réponse coule de source : c'est parce qu'on devrait l'appréhender de manière externe et qu'il est impossible d'appréhender le Tout ou la forme complète. C'est une explication transcendantaliste qui souffre d'un problème explicatif : s'il est impossible de signifier le Tout, alors le sens partiel souffre d'un défaut de liaison sur lequel il s'appuie pourtant. On nous explique que le sens est fondé à partir de son lien cosmique et mystique avec le Tout.

Si tel est le cas, le tout est le prolongement sémantique de la partie - ou il n'est pas. Qu'il soit le prolongement ne parvient à expliquer la carence du sens. Il est en diminuant car ce qui n'est pas est diminution par rapport à ce qui est. Internet signale que la vertu du virtuel est de rappeler que la puissance s'obtient dans la diminution. Si l'on ne peut cerner ni le langage, ni Internet, c'est parce que c'est la même opération qui consiste à interdire la non-fluctuation.

Dans un réel mouvant, il est plus malaisé de rappeler que le changement passe par la diminution. Si l'on ne parvient à signifier chaque partie du réel, c'est que son aspect manquant mène vers le rapport d'enversion et vers la diminution. Dans cette logique, Internet n'est pas autre chose que la transposition du langage vers le virtuel technicisé. Dans cette optique, Internet n'est rien moins que l'ensemble du sens. Dans la logique néanthéiste, l'ensemble du réel devient accessible par l'opération du reflet et de l'enversion.

L'infini est le reflet indéfini. Comprendre l'infini, c'est passer par la diminution. Comprendre Internet, c'est comprendre que le caractère insaisissable d'Internet réside dans cette possibilité de diminution qui est infinie et qui ne peut que déjouer les tentatives de contrôle. Dans ce combat explicite, où par des lois sans cesse perfectionnées l'industrie Gutenberg essaye de figer une bonne fois pour toutes l'expression créative à un stade figé de mercantilisme, nous tenons l'affrontement de deux conceptions du réel : l'une figée et statique, l'autre dynamique et mouvante.

Ce n'est pas l'affrontement de l'immanentisme novateur contre le transcendantalisme dépassé. Gutenberg contre le papyrus. C'est l'affrontement de Gutenberg dépassé contre Internet révolutionnaire. Dans ce jeu de rôles, la dupe est Gutenberg. L'issue du combat est certaine : le réel l'emporte toujours sur les aspirations démesurées de ses parties, mêmes humaines. C'est la préfiguration qui attend tous ceux qui parient sur le prévisible et le certain au motif qu'ils coïncident avec le fini. Place au néanthéisme; mort à l'immanentisme. Place à Internet. Mort à Gutenberg.
Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 04:17 0 commentaires.

 

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Réflexion suivie, le 14 janvier, sur son même blog http://aucoursdureel.blogspot.com/, d'une précision complémentaire :

 

 jeudi 14 janvier 2010


Nababcodinosaure

Il faut être bien dans le système pour condamner le système tout en reprenant les valeurs du système.

Seul ce qui est gratuit est profond.


J'aime bien Nabe parce qu'il a écrit le Vingt-septième livre, qu'il a une bonne plume, qu'il aime Oum Kalsoum et qu'il défend les Palestiniens. Est-ce que j'aime tout Nabe? Voyons, voyons... Pas si sûr. Pas si grave. Après tout, la critique rend dynamique. Nabe veut sortir de la norme pour être au-dessus de la norme? Du moment que la norme (bourgeoise) est sauvegardée... Du coup, Nabe ne veut pas changer de norme, mais préserver la norme pour mieux la dépasser, dans un schéma hégélien très nihiliste. Nabe est rebelle dans la mesure où le rebelle est la figure du minoritaire supérieur. Le minoritaire supérieur a besoin de la majorité des ploucs pour dépasser la norme instituée. Nabe fait son commerce littéraire du dépassement de la norme en ce qu'il ne veut surtout pas changer cette norme et qu'il la renforce sous prétexte de la contester.

Deux exemples de cette anarchie très systémique :

1) sa détestation revendiquée des conspirationnistes, qui le rapproche de Taguieff et qui montre qu'il est prêt à critiquer le système en s'installant contre le système - surtout pas en adoptant la position qui appelle à changer le système. Nabe est pour les musulmans, pour les Irakiens, pour les Palestiniens, pour Oussama, pour tout ce qui est contre le système occidental dominant, à condition de provoquer sans la changer la norme bourgeoise occidentale. Nabe serait véritablement en faveur du changement (de la vraie rébellion) s'il osait lancer avec sa virulence talentueuse que le 911 est un complot systémique ourdi par le cœur du système impérialiste occidental. Arme fatale? Pourquoi Nabe ne peut-il endurer cette vérité criante d'anticomplotisme et gorgée d'un complot crevard et suicidaire? Nabe ne perdrait pas son temps à critiquer le complotisme, qui n'est jamais que la maladie dérivée des complots véritables et vérifiables - et qui sous la plume de propagandistes retors comme Taguieff permet d'amalgamer les complots authentiques avec les théories du complot paranoïaques.

2) sa révolution surévaluée de l'auto-édition avec sa plate-forme littéraire de format Internet. Nabe a la haine contre le milieu littéraire parisianiste qui l'a exclu. Exclusion assez relative, puisque Nabe continue de vendre ses toiles à des stars du système médiatique et qu'il continue à être invité sur les plateaux médiatiques par des figures médiatiques comme son ami Taddeï. On a déjà contemplé exclusion plus radicale. Nabe est-il l'exclu du système? Non, Nabe est l'un des exclus du système médiatique, à condition de comprendre que le système médiatique est le mirage aux alouettes du système politique et que le petit monde des médias a besoin de figures d'exclus. Le compère Soral joue une autre partition, lui encore plus en colère contre le système - à condition que le système désigne le seul système médiatique dont il a été banni? Nabe devrait se trouver honoré par cette exclusion, tant un écrivain qui est détesté par Savigneau ou Beigbeder ne saurait être foncièrement mauvais.

Ne reste plus à Nabe qu'à démasquer l'imposture Sollers et la boucle sera bouclée. Encore que. Il me revient à l'esprit que Nabe a envoyé au diariste Matzneff, précurseur de l'auto-fiction, écrivain sous-gidien à tendance pédophile-érotomane (voire mensongère), un petit mot de remerciement admiratif. Nabe ferait mieux de s'en prendre à un écrivain authentique et mineur comme Matzneff qu'à des éditeurs-écrivains ou à des hommes de lettres. Nabe a conçu son système d'auto-édition comme système d'anti-édition : contre la république des lettres et contre le système édiroial de Gutenberg. Il a racheté ses droits d'auteur et il vend à des prix peu modiques ses anciens ouvrages. Mieux : il publie sur ce format d'auto-édition Gutenberg son nouveau roman moyennant un prix assez élevé. Nabe note qu'avec ce système, il devient écrivain-éditeur, ce qui lui permet d'empocher des marges plus importantes (environ 70%) et de devenir le véritable gérant/garant de son œuvre.

Même si on comprend sa réaction outragée, vu la liste interminable des édités du petit milieu Gutenberg qui ne lui arrivent pas à la cheville, les médiocres primés et autres perroquets désavants, on reliera l'incompréhension par Nabe de ce que représente le phénomène Internet avec le contresens que Nabe entretient au sujet du 911. Il faut être bien dans le système pour condamner le système tout en reprenant les valeurs du système. Il faut être bien dans le système pour croire que des musulmans révoltés par l'Occident ont commis le 911. L'Islam n'est pas le terreau du terrorisme. Il faut être bien dans le système pour sortir de l'édition parisianiste tout en important avec importance les valeurs marchandes du système Gutenberg sur un site Internet.

Si Nabe voulait vraiment écrire par amour de la littérature, il publierait ses œuvres pour rien, gratuitement, parce que seul ce qui est gratuit est profond. Il demanderait peut-être un petit quelque chose, une contribution, un don, une obole, au sens où le don dépasse le caractère fini de la somme d'argent. Nabe se meut-il dans l'infini, dans la littérature, dans l'art? Qu'il lâche les dollars! Qu'il revienne à l'art! Qu'il intègre l'ère de l'art! Qu'il se place au niveau de la révolution de son époque! Qu'il externe Internet! Allah est dans Internet! L'or de l'art est dans Internet! L'infini est dans Internet. Pas Sollers. Pas Oussama. Pas Nabe?

Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 22:32 4 commentaires

 

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Si j'étais M.-E. Nabe, je prendrais très au sérieux ce diable de M. Cadjehoun, et je le méditerais bien à fond, entre deux placardages de dazibaos de mes oeuvres sur les murs de Saint-Germain des Prés. C'est pour le coup que je ferais la preuve de mon intelligence !

Sans compter que les accents céliniens les moins indignes du Voyage et de Mort à crédit qu'ait réussi à produire notre temps post-tout-ce-qu'on-veut, c'est chez lui qu'on les trouve. Qu'on aille voir si je mens ou si je m'abuse sur son autre blog http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/ la pièce dédiée à Silvia Cattori (12 décembre 2009) ou celle intitulée Le temps des fleurs (22 novembre 2009), entre tant d'autres.


Catherine L.

 

ship of fools-titanic