08/02/2011

To leak or not to leak

 

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To leak or not to leak

 

Quand mon attention a été attirée sur l’affaire Wikileaks, je venais de lire une remarquable interview de l’auteur algérien Lounis Aggoun par la journaliste suisse Silvia Cattori, à propos de la sortie de son livre La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable (1), et, dans la foulée, un non moins remarquable article de Georges Stanechy, qui en rendait compte sous le titre « La France doit-elle contacter Ben Laden ou le Père Noël ? ».
 

Un passage de cet article, digressant sur le propos de Lounis Aggoun et dont je ne doutais pas de la pertinence m’avait particulièrement frappée. Georges Stanechy y rappelait avec raison quelques faits historiques. La citation est un peu longue mais elle mérite le détour :

«  L’Okhrana Tsariste
 

“Théories du complot !”, hurlent les gardiens du Temple de la Propagande, pour paralyser toute remise en cause.
 

Malheureusement pour eux : les archives sont là…
 

Rien de plus bavard, neutre, impartial, que des archives. Infiltrations, provocations, attentats, créations d’organisations terroristes, politiques, ou même “syndicales”, organisés par les services secrets des Etats eux-mêmes… Rien de bien neuf. Procédés aussi anciens que l’Histoire.
 

Dans leur “modernité”, un des premiers exemples de ces procédés parmi les plus magistralement achevés, qui a fait école depuis, sur lequel abondent archives et témoignages, est celui de la puissante et redoutable police secrète des Tsars : l’Okhrana.
 

Après l’assassinat d’Alexandre II (13 mars 1881), face à l’ébullition de la société russe rejetant le système féodal, “tout pour les riches – rien pour les autres”, le pouvoir refusant toute évolution de son système politique s’est lancé dans un totalitarisme féroce, justifiant répression et entretenant la peur.
 

Sous le règne d’Alexandre III (1881 – 1894), ce fut le paroxysme de cette pratique organisée sur le plan institutionnel par le bras droit du Tsar, Constantin Pobiedonostsev Haut-Procureur du Saint-Synode, l’équivalent d’un Garde des Sceaux en France. C’est à lui que la Russie doit le Règlement sur le maintien de l’ordre étatique et de la tranquillité publique de 1881, en vigueur jusqu’en 1917…
 

Présenté comme un “Règlement temporaire” de « maintien de l’ordre », il fut prolongé d’année en année, avec pour finalité l’accroissement des jugements arbitraires, avec des simulacres de procès ou, encore mieux, sans procès. Argumentaire, rhétorique, idéologie, se retrouvant dans nombre de législations contemporaines de nos pays, pour en museler les libertés publiques au prétexte de “maintien de l’ordre” ou de “lutte contre le terrorisme”…
 

Cette règlementation servit de couverture à un système policier géré par un génie de l’époque, d’une intelligence, d’une ruse, hors du commun. Certains disent : d’une perversité hors norme. C’était : le lieutenant-colonel Grigori Soudeïkine.
 

Haut fonctionnaire de la police secrète, chargé des enquêtes et surveillances d’ordre politique, il élabora une implacable méthodologie fondée sur l’interaction entre infiltration et provocation. Son but n’était pas simplement d’arrêter des opposants et de les retourner comme agents de renseignements mais, progressivement, de contrôler et d’animer lui-même les mouvements clandestins d’opposition.
 

Il arrêta, ainsi, un des principaux chefs du mouvement « La Volonté du Peuple », Sergueï Degaïev, avec lequel il organisa des attentats donnant le prétexte d’arrestations assimilables à des rafles parfaitement ciblées.
 

Grigori Soudeïkine alla jusqu’à programmer l’assassinat des plus hauts personnages de l’Etat afin de prendre les terroristes en flagrant délit, et légitimer le régime de terreur : le directeur général de la police, Plehwe, le ministre de l’intérieur Dmitri Tolstoï (à ne pas confondre avec l’écrivain Léon Tolstoï…)… Du travail d’orfèvre.
 

Mais, jouer à l’apprenti sorcier est dangereux. En 1883, comme souvent dans ce contexte, sa propre créature lui échappe. Degaïev organise l’attentat de Grigori Soudeïkine. Le Tsar ne se consolait pas de sa mort… <
 

Il avait tort, car des élèves aussi doués, si ce n’est plus que leur maître, prennent en main l’Okhrana. Deux ex-révolutionnaires, qui accomplirent une brillante carrière dans les services secrets du Tsar, notamment : Sergueï Zoubatov et, son adjoint, Nikolaï Berdiaev.
 

Avec ces deux éléments d’exception, les services spéciaux de la Russie tsariste franchissent un pallier supérieur : non seulement, ils infiltrent les partis révolutionnaires et contrôlent leur action, mais en plus ils gèrent leurs scissions et dissensions. Provoquant assassinats et règlements de compte entre eux, pour en arriver à leur neutralisation.
 

Poussant le raffinement au plus haut point, ils vont jusqu’à créer les premiers embryons de syndicats…
 

Procurant locaux, subsides, machines à imprimer des tracts, Zoubatov et la police secrète, constituent, en 1901 à Moscou, la « Société d’Entraide des Ouvriers des Productions Mécaniques ».
 

Devant le succès de l’opération d’infiltration et de contrôle, ils renouvellent le stratagème en avril 1904, à Pétersbourg, créant une « Union des Ouvriers Russes des Fabriques et Usines de Saint-Pétersbourg ». Le dirigeant le plus actif de ce syndicat était un pope, évidemment agent secret, Gapone. Une de leurs plus grandes réussites fut la défection d’Evno Azef, chef de l’ « Organisation de Combat des Socialistes-Révolutionnaires  »….
 

Toutes les actions violentes dans les grandes villes étaient organisées par la police secrète. C’est un de ses membres, Iegor Sazonov, qui tuera le ministre de l’intérieur en jetant une bombe sur sa voiture, le 28 juillet 1904. Ces actes prouvant la nécessité de renforcer les moyens de la police, et l’élargissement de la répression, pour lutter contre le terrorisme…
 

Suivant à la trace les opposants hors de Russie, la police secrète ouvre des antennes dans toutes les capitales européennes. Installant à Paris, un as du renseignement et de la provocation, Piotr Ratchkovski, qui travaillait en liaison avec les services secrets français pour faire la chasse au révolutionnaire. Au point de se permettre de tester leur efficacité et leur motivation :
 

« Le 29 mai 1890, la police française effectue, sur l’ordre du ministre de l’Intérieur Constant, des perquisitions chez vingt immigrés russes. Elles y découvrent des bombes et des moyens d’en fabriquer, tout ce qu’il faut pour démasquer les « nihilistes » russes, préparant un attentat contre Alexandre III. Les conspirateurs et la police française ignorent que l’affaire a été fabriquée de toutes pièces par le provocateur Piotr Ratchkovski, qui, en 1885-1902, dirige les services étrangers du département de la police, à Paris. »
 

A l’époque il n’y avait ni radio, ni TV, mais les médias, sous forme de la presse à grand tirage, étaient noyautés. Ils y avaient leurs « agents d’influence ». C’est ainsi que les archives de l’Okhrana ont livré des noms de journalistes français, avec les reçus de leurs émoluments.
 

Parmi eux on trouve un rédacteur du Figaro, où il tenait la rubrique de politique étrangère, Raymond Recouly . Son nom de code d’agent de l’Okhrana était Ratmir. Il avait pour charge de chanter les louanges de la sanguinaire dictature tsariste, on disait “autocratie” pour faire plus chic, et de repérer les intellectuels opposants. Il encaissait mensuellement la somme de 500 francs par mois, somme considérable en ce début de 20° siècle…
 

Ce fut à cette époque que furent planifiées les déportations massives vers la Sibérie. En fait, ce sont les très chrétiens Tsars de Russie et leurs collaborateurs qui organisèrent les premiers « goulags ». Chaque année ce sont entre 10.000 et 13.000 citoyens Russes qui furent déportés, jusqu’à des enfants de 14 ans, dans des conditions épouvantables de survie, difficilement imaginables. George Kennan qui avait pu visiter quelques uns de ces goulags de l’époque en était atterré. Il en a livré un témoignage bouleversant dans un livre publié en 1891.
 

La machine répressive ne connaissant plus de limite, tout cela bien souvent sans preuve, si ce n’étaient les prétextes les plus bureaucratiques fondés sur le soupçon : « mode de pensée nuisible », « relations douteuses », « appartenance à une famille néfaste ». Signatures de l’arbitraire et du totalitarisme.
 

Mais une police, quels que soient la sophistication de ses techniques et la capacité d’imagination de ses éléments les mieux formés aux pratiques de la répression, ne peut servir de rempart à une révolte provoquée par l’injustice économique et sociale soulevant tout un peuple.
 

Ce fut 1917… »

(voir la totalité de cet article sur Le Grand Soir, qui en offre une version imprimable :
http://www.legrandsoir.info/La-France-doit-elle-contacter... )
 

_________________________________________      
 

Notes

(1) Silvia Cattori : Entretien avec Lounis Aggoun – « Algérie : Les années de sang et le rôle des agents d’influence ».
      1ère partie :    http://www.silviacattori.net/article1368.html
      2e partie     :    http://www.silviacattori.net/article1389.html

 

 

*

 

 Là-dessus  éclate l’affaire des poursuites contre Julian Assange, et c’est un feu d’artifice : Internet se met à crépiter de jugements définitifs autant que contradictoires. Pour les uns, la cause est entendue, c’est un coup d’Israël, comme par hasard épargné par les révélations – opinion qui trouve beaucoup d’oreilles réceptives chez les sympathisants de la cause palestinienne -, pour d’ autres, c’est une manipulation de la CIA ; pour beaucoup, Julian Assange n’est pas net, il n’y a qu’à voir de qui il s’entoure et ses déclarations selon lesquelles le plus grand danger pour le monde, c’est la Chine, etc. etc.
 

D’une part, les réflexions de Georges Stanechy (et la démonstration magistrale d’Aggoun dans son livre) rappellent opportunément, quoique dans un autre contexte, qu’en effet tout est possible et qu’aucun état n’est au-dessus d’une bonne manip quand il l’estime nécessaire. (Que voulez-vous, tout le monde n’est pas Robespierre ou Gandhi.) D’autre part, les propres paroles d’Assange, assez troublantes, il faut bien l’avouer. Mais les a-t-il vraiment prononcées ou les lui a-t-on fait dire ? Comment savoir ? La seule manière de s’en assurer serait de juger sur pièces. Mais les documents rendus publics par Wikileaks sont des milliers (et ce n’est qu’un début). Comment faire pour tous les lire ? Comment faire surtout pour trier, dans une foultitude de « révélations » qui n’en sont pas pour tout le monde, le petit détail ou propos révélateur qui s’avèrera gros de conséquences ?
 

Qu’en pensent, qu’en disent ceux en qui nous plaçons notre confiance, chez qui nous allons nous-mêmes, à longueur de temps, nous informer ? Hé, c’est qu’eux aussi sont partagés.
 

Pour Thierry Meyssan et Jean-Michel Vernochet, la cause est entendue : il s’agit d’une opération  de diversion du gouvernement US. La preuve ? Ces prétendues révélations ne contiennent rien qu’on ne sache et, loin de fustiger les envahisseurs, s’arrangent pour faire porter le blâme de leurs activités néfastes par les envahis. En outre, Wikileaks a choisi, comme truchements ou « haut-parleurs », Der Spiegel, The Guardian et Le Monde, soit les plus aux ordres des médias vendus. Dans un communiqué du Réseau Voltaire, Meyssan titre « Wikileaks : une diversion politique », et les deux hommes donnent des interviews, qui circulent en vidéos sur le net. Il faut dire que ce jugement est exprimé dès juillet 2010, alors que seuls les documents relatifs aux guerres d’Irak et d’Afghanistan ont été rendus publics. Il serait intéressant de savoir si, huit mois et des masses de documents plus tard, ils continuent à penser de même.
 

Le Professeur Chossudovski, animateur du site canadien Global Research.ca, voit lui aussi, dans cette opération transparence, la main des États-Unis :  « Wikileaks est un prétexte pour censurer l’Internet» pense-t-il, et de renchérir un peu plus tard sur le mode interrogatif : « Qui est derrière Wikileaks ? ». Car il voit, dans tout le tapage fait autour de révélations tonitruantes et de secrets de polichinelle, une manoeuvre  cousue de fil blanc des petits machiavels US pour émasculer, voire assassiner la Toile, mettre un coup d’arrêt définitif à cette si dangereuse communication de tous avec tous. Il est d’avis que sous prétexte qu’Assange et ses co-équipiers sèment le bordel en prétendant informer, « on » va en profiter pour baîllonner tout le monde et que ça saute. Assange ? Il est peut-être bien complice de la manoeuvre, qui sait ? Comme on connaît ses saints, on les honore : je n’ai pas trouvé excessivement paranoïaques les craintes du Prof.
 

Mais, dans le même temps, du côté d’Antiwar.com, le point de vue n’est pas celui-là du tout. Dans les câbles qu’il vient de scruter sans passer par les canards intermédiaires, Justin Raimondo déterre une phrase, perdue il est vrai dans beaucoup de détails connus. Il en comprend les implications et les fait lumineusement comprendre à ses lecteurs. Pour lui aussi, la cause est entendue, mais autrement : la Droite et la pseudo-Gauche US ont beau couiner en choeur au scandale et réclamer la tête d’Assange, Wikileaks est une oeuvre de salubrité publique, et il se promet de dépiauter avec gourmandise les documents ainsi mis au jour, pendant des années.
 

Du côté de la gauche US, à commencer par Tom Feeley et Information Clearing House, on part en croisade contre les factions dominantes en paladins défenseurs d’Assange, à qui on veut éviter le sort fatal qui lui pend au nez. On tente même de récolter pour lui des fonds, dont on a soi-même dramatiquement besoin pour ne pas sombrer par ces temps de crise.
 

Idem du côté de Michael Moore, qui s’associe à la campagne de soutien et qui dit pourquoi.
 

Là-dessus, Madame Julie Lévesque – elle officie sur le même site que le Pr. Chossudovski – prend à bras le corps le problème qui nous tarabuste quand même : quid de l’entourage d’Assange ? Et de décortiquer, sous le titre « Wikileaks est-il ce qu’il prétend être ? Ami ou ennemi ? », ce qui n’est en réalité qu’une liste de salariés de la CIA, de la NED et autres manufactures de l’interventionnisme US. En tête : le Dalaï Lama. Suivi de près par les plus atlantistes des « dissidents » chinois, et par quelques autres de même tonneau. Autrement dit le premier cercle des agents d’influence de l’empire au niveau international. Comment croire en effet qu’ils vont, ceux-là, par amour de la « transparence », mordre la main qui les nourrit ? C’est-à-dire comment croire qu’ils vont tous devenir, en bloc, suicidaires ? Peut-être Assange a-t-il mis en avant leurs noms pour se protéger ? Peut-être même les a-t-il recrutés dans ce but ? Qui sait ? J’avoue que les questions posées par Madame Lévesque, je me les pose toujours.
 

C’est à ce moment-là que se place un bref échange de mails entre un des animateurs du Grand Soir et votre servante. Ils ne partagent pas, sur cette question, les points de vue de Chossudovski, et feraient davantage confiance à ceux de William Blum. Il dit quoi, Blum ? On ne sait pas. Pourquoi ne pas lui écrire « Bonne Année, Monsieur. Et vous la voyez comment, vous, cette affaire Wikileaks ? » Je vais m'y coller lorsque son Rapport Anti-Empire du 1er janvier arrive, aussitôt traduit et mis en ligne par Le Grand Soir. C’est celui que vous avez pu lire dans notre post précédent (17/18 janvier)
 

À présent, chose promise, chose due, j’ai dit que je publierais la plupart des pièces du dossier, les pour et les contre. Les voici.


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Communiqué du Réseau Voltaire
Wikileaks : une diversion politique
 

Sollicité par de nombreux lecteurs à propos des documents publiés par Wikileaks, le Réseau Voltaire tient à recentrer le débat. Dans ce communiqué, il dénonce une manoeuvre de diversion médiatique et réaffirme que la guerre d’Afghanistan est illégale.

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Écoutez  ce qu’en disent Thierry Meyssan et Jean-Michel Vernochet. Le premier est analyste politique et anime le Réseau Voltaire sus-cité. Il collabore couramment à divers medias du Proche Orient et de Russie. Il a publié plusieurs ouvrages qui, bien que boycottés dans son pays, ont fait grand bruit, notamment L’effroyable imposture (I et II). Il vit en exil entre Beyrouth et Moscou. L’autre est écrivain, journaliste et collabore à Terre future, où il milite pour la cause environnementale et animale. Il a un blog : http://vernochet.blogspot.com/ et s’exprime régulièrement sur le site Géostratégies http://www.geostrategie.

En voici les liens :

http://www.youtube.com/watch?v=UQn2eTfbMsc&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=nmjM_YV4lhQ

 

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Michel_Chossudovsky-s.jpgLe Professeur Michel Chossudovski est, je l’ai dit, un des principaux animateurs du site Globalresearch.ca (volet français : Mondialisation.ca). En 1967, il fut, avec William Blum, un des fondateurs de Washington Free Press

 Son premier article, non traduit intégralement, est ici largement cité par le site Planetenonviolence.

 

 

Michel Chossudovsky : Wikileaks est un prétexte pour censurer l'internet
 

Mondialisation.ca

Le contrôle d’internet est l’un des objectifs de la « Guerre de l’Information » dans laquelle Wikileaks/ Julian Assange joue un rôle prépondérant mais aussi dans la « fabrique de la contestation » ce qu’analyse avec justesse et clairvoyance Michel Chossudovsky dans « Who is Behind Wikileaks ».

 
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De deux articles non traduits – « Who is behind Wikileaks ? » (Qui est derrière Wikileaks ?) et «Manufacturing Dissent » (La fabrique de la contestation) le site Planetenonviolence a donné des extraits:


Vers le contrôle d’Internet – Rôle de Wikileaks dans la fabrique de la contestation

Le 18 décembre 2010
Planetenonviolence
 

Actuellement l’ONU fait l’objet de pressions de la part d’un certain nombre d’états membres pour créer en son sein un organisme pour «faire la police» sur internet. Ces pays évoquent les fuites de Wikileaks comme raison principale d’un contrôle plus strict d’internet.

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Texte intégral des deux articles en anglais :
Manufacturing dissent - http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...
Who is behind Wikileaks - http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...

Au tour de Mme Julie Lévesque à présent :

Elle est journaliste et chercheuse au Centre de la Mondialisation (volet francophone de Globalresearch). À défaut de son portrait, sur liste rouge,  on trouvera ici les autres articles qu’elle y a publiés.


Wikileaks : un entourage qui soulève des questions
 

par Julie Lévesque

Mondialisation.ca, Le 10 janvier 2011

Note de l’éditeur 
 

Les organisations progressistes ont louangé l’entreprise de WikiLeaks. Notre propre site web, Mondialisation.ca/Global Research, a offert une couverture approfondie des banques de données de WikiLeaks et de leurs implications, particulièrement en ce qui a trait aux crimes de guerre des États-Unis et de l’OTAN.
 

Le projet WikiLeaks est annoncé comme une victoire incommensurable contre la censure des médias privés, sans que sa structure organisationnelle ne soit examinée.
 

Il faut distinguer les bases de données de WikiLeaks, lesquelles constituent une source valable d’informations à part entière, et les mécanismes par lesquels les fuites, utilisées par les médias privés comme matériel source, sont ensuite transformées en nouvelles.
 

Dès le départ, WikiLeaks a collaboré étroitement avec plusieurs médias traditionnels.
 

Cet article de Julie Lévesque est centré sur la nature et la structure organisationnelle du projet WikiLeaks.

 
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Un qui ne se pose pas ces questions mais qui, en revanche, épluche les fameux cables d’un oeil d’émouchet, c’est M. Justin Raimondo, du site Antiwar.com. Et ce qu’il y trouve n’est pas triste.


5 décembre 2010


Wikileaks révèle l’influence croissante du crime organisé israélien (Antiwar.com)

Justin RAIMONDO



Si les "journalistes" affirment que les documents de Wikileaks n’apportent rien de nouveau, c’est parce qu’ils ne les ont pas lus.

J’adore les voir tous bâiller devant les dernières révélations de Wikileaks : Oh, il n’y a rien d’intéressant, c’est d’un ennuyeux, rien de croustillant, passons à autre chose. Ce sont tout simplement des fainéants : ils veulent des scoops livrés à domicile, bien emballés et étiquetés comme tels. Bref, ils n’ont pas envie de bosser et se contentent de faire leurs copier/coller habituels. C’est pour cela qu’une bonne partie des informations intéressantes sorties de Wikileaks leur échappe.


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Du côté des inconditionnels de l’entreprise et des plus fermes soutiens d’Assange, il faut citer Tom Feeley, qui n’écrit pas lui-même les articles qu’il met en ligne, mais qui anime seul, depuis des années, en dépit des brimades et des menaces des autorités U.S. (FBI, entre autres) un des sites d’information alternative les plus intéressants des États-Unis : Information Clearing House.

Ses interventions sur le sujet sont nombreuses mais non traduites. Pour les anglophones, disons que ICH fait partie des « miroirs » de Wikileaks, c. à d. des sites, de plus en plus nombreux, qui reproduisent à l’identique le site Wikileaks, de façon que toute tentative de le supprimer ou de le censurer soit vouée à l’échec.

   
Wikileaks Mirrors
 

Information Clearing House

Wikileaks is currently under heavy attack.

In order to make it impossible to ever fully remove Wikileaks from the Internet, you will find below a list of mirrors of Wikileaks website and CableGate pages.

If you want to add your mirror to the list, see our Mass Mirroring Wikileaks page.


Voir la page...

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Notons que LE GRAND SOIR compte au nombre des "sites miroirs" francophones et qu'il donne également - ici - toutes indications utiles à qui voudrait faire de même.

 

 

 

 

 

 

 

WikiLeaks and Assange Honored
 

By Ray McGovern

Information Clearing House

October 25, 2010 -- You are not likely to learn this from the “mainstream media,” but WikiLeaks and its leader Julian Assange have received the 2010 Sam Adams Associates for Integrity in Intelligence (SAAII) award for their resourcefulness in making available secret U.S. military documents on the Iraq and Afghan wars.

 
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Free Julian Assange ! Hands off WikiLeaks !

By Bill Van Auken

Information Clearing House

December 08, 2010 "WSWS" -- Julian Assange, the founder of WikiLeaks, was jailed in Britain Tuesday on charges that are nothing more than a pretext for an act of political repression dictated by the US government.

The aim of this judicial travesty is, in the first instance, to punish Assange for having made public secret cables exposing crimes and conspiracies carried out by US officials.

Second, by throwing Assange into London’s Wandsworth prison, the US and British authorities hope not only to silence WikiLeaks but also to intimidate anyone else from daring to lift the lid on government secrets and lies.

It is almost certain that the ultimate goal of the shoddy legal frame-up is to have Assange extradited to the United States to be tried as a spy or even as an accomplice of terrorism.

 
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Michael Moore, plus célèbre de ce côté-ci de l’Atlantique, a eu, lui, les honneurs de la traduction et de Courrier International  :



 

 

Michael Moore : Pourquoi j'aide Julian Assange

Le documentariste américain a décidé de financer en partie la caution du cofondateur de WikiLeaks. Il explique ses motivations dans un article publié par le Huffington Post.  

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Mais aussi ceux du Grand Soir , où il persiste et signe :

22 décembre 2010
Un énorme bobard médiatique comme on les aime

 ¡ Viva WikiLeaks ! SICKO n’a jamais été interdit à Cuba !

 Michael MOORE

 Wikileaks a fait hier quelque-chose d’incroyable : un câble classifié par le Département d’Etat et qui concerne en partie mon film "Sicko" a été publié. C’est une vision impressionnante de la façon orwellienne selon laquelle les bureaucrates de l’Etat répandent leurs mensonges et tentent de recréer la réalité (je suppose que c’est pour complaire à leurs chefs et leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre).


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Presque last mais pas du tout least est l’analyse d’Andrew Gavin Marshall. Elle est très longue et pourrait décourager l’internaute superficiel. Mais, si elle est longue, c’est que l’auteur examine le fond du problème :  ce que sont réellement les câbles rendus publics par l’équipe de Wikileaks et non ce que les lecteurs ont l’impression qu’ils sont, l’usage qui en est fait par les trois grands journaux chargés de les diffuser, et enfin celui que nous pourrions tous en faire – internautes et medias alternatifs - si nous nous y mettions. Bref, une analyse à lire absolument.

Elle a paru sur Globalresearch, à côté des doutes de Michel Chossudovsky et de Julie Lévesque (bon point pour la démocratie interne du site !)...  en anglais bien sûr, et je n’espérais pas trop pouvoir la joindre à ce dossier. Mais c’était compter sans la valeureuse équipe du Grand Soir et sans son stakhanoviste de la traduction, Viktor Dedaj, qui a relevé ce défi après quelques autres.

Avec l’absence de vergogne qui ne surprend plus les lecteurs de ce blog,  je la leur emprunte :


15 janvier 2011
 

Pouvoirs, Propagandes et Prise de conscience politique globale

Wikileaks et la Guerre Mondiale de l’Information

Andrew Gavin MARSHALL


LGS : Faut-il se méfier de Wikileaks ? Comment les grands médias manipulent-ils les documents publiés ? Quelle attitude les médias alternatifs doivent-ils adopter face à ces documents ? A qui profitent-ils réellement ? Assistons-nous à une "prise de conscience politique globale" ? Autant de questions essentielles abordées dans ce (très) long article que nous vous invitons à lire.



Introduction

La publication récente des 250.000 documents de Wikileaks a soulevé un intérêt sans précédent, provoquant tout un éventail de réactions - des plus positives au plus négatives. Mais une chose et sûre : Wikileaks est en train de changer la donne.

Il y a ceux qui prennent les contenus des documents publiés par Wikileaks pour argent comptant, principalement à cause de leur présentation erronée donnée par les grands médias commerciaux.

Il y a ceux qui considèrent que ces documents sont authentiques et qu’il suffit de savoir les interpréter et de les analyser.

Puis il y a ceux, dont beaucoup font partie des médias alternatifs, qui émettent des doutes.

Il y a ceux qui considèrent ces fuites tout simplement comme une opération de manipulation qui vise certains pays précis, dans l’intérêt de la politique étrangère des Etats-Unis.

Et enfin, il y a ceux qui déplorent les fuites et les qualifient de « trahison » ou d’atteinte à la « sécurité ». De toutes ces opinions, c’est sans doute cette dernière qui est la plus ridicule.

Cet essai examinera la nature des publications Wikileaks et comment il faut les aborder et les comprendre. Si Wikileaks est en train de changer la donne, il faut espérer que les gens feront en sorte que le changement soit positif.

 
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Texte original en anglais :
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid...




*

 


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Pour ce qui est d’Israël Shamir, ses textes sont si originaux, qu’en voici trois, car non seulement il les a rencontrés, lui, les gens de Wikileaks, mais non content de soutenir Julian Assange et son équipe, il part en guerre avec son impavidité coutumière contre le Guardian qui, en vrai média vendu, n’en est pas à quelques tourciveries près, et n’a pas hésité à se servir de lui, Shamir, pour tenter de diffamer Assange par ricochet. J’ai traduit moi-même la première et la troisième mi-temps, avec, comme le dit en toute fausse modestie Viktor Dedaj, "les erreurs et coquilles habituelles", car l’empoignade est décapante, et tellement instructive ! On verra sans surprise, au passage, que certaines des conclusions d’Israël Shamir coïncident tout à fait avec celles d'A.G. Marshall.



A bord du bon Vaisseau Cablegate
Assange dans les entrailles de l’Empire


par Israel Shamir

publié par Counterpunch.com, le 29 novembre 2010
(édité par Paul Bennett : http://counterpunch.com/shamir11292010.html )

Notre Neo-pour-de-vrai a encore frappé ! Dans ce nouvel épisode de Wiki-Matrix, l’intrépide Julian Assange repart à l’assaut de l’Empire, avec, à ses trousses, des généraux voraces du Pentagone, des agents dormants de la CIA et des féministes suédoises surexcitées.

Excusez-moi si je vous donne l’impression d’écrire une bande dessinée pour adolescents, mais cette histoire offre tellement de rebondissements et d’intrigues que j’en ai la tête qui tourne. Je n’ai jamais eu autant le vertige depuis mes débuts d’écrivain antisioniste pourchassé et ostracisé. Je me souviens qu’un jour, abordé par un vénérable juif hassidique, j’ai eu un mouvement de recul instinctif, m’attendant au pire, mais qu’en lieu et place d’anathème, je me suis vu noyé par un déluge de bonne volonté, tandis qu’un orchestre tout proche se mettait à jouer une vieille chanson juive sz mariage. Cette bénédiction déjà ancienne m’avait comme catapulté à la manière d’une fusée, très haut et très loin du culte nationalistemoderne de la force brute, très loin dans une contrée où les anciennes traditions avaient toujours valeur et pertinence. Ou était-ce juste Clark Kent (l’identité secrète de Superman, NdT) en train de refaire son numéro ?

La génération du numérique préfère le Neo de Matrix à Superman, mais la dynamique est la même. Tandis que Neo erre dans le vaisseau spatial de Moebius, il tombe sur un groupe de sympathiques jeunes gens, les pieds sur terre et avides d’action, qui se sont voués à la destruction de la Matrice. Durs comme l’acier et pourtant parfaitement humains, ces jeunes hommeset ces jeunes femmes jouissent du sentiment de camaraderie d’une troupe d’élite guettant le signal de l’attaque. Ils suivent leur chef simplement parce qu’il est le meilleur et le plus brillant. J’ai ressenti moi-même cet esprit de corps lors d’une récente visite que j’ai faite à un des repaires de WikiLeaks, quelque part en Europe. Ce conclave de hackers et de journalistes s’était réuni pour préparer le lancement de ce que l’histoire connaîtra sous le nom de Cablegate, ou peut-être de Megaleaks.

Il y avait là Malena, du Brésil, Joseph, de Suède, Sara, de Nouvelle-Zélande, James d’Angleterre et nombre d’autres personnes non moins importantes et non moins capables, étendues sur des nattes et des sofas, leur ordinateur portable sur les genoux, les yeux fouaillant les entrailles de la Matrice. Des secrets et des messages confidentiels d’ambassades américaines (il y en a environ un quart de million) attendent d’être lâchés dans le cyberespace. Ils s’attaqueront au ventre mou de l’empire, à savoir ces auto-tromperies flatteuses qu’entretiennent les armées impériales. Cela pourrait bien suffire à provoquer le reflux, dans la bataille pour le recouvrement de nos libertés en train de s’évaporer.

Ces sales petits télégrammes diplomatiques jettent une lumière crue sur la politique boueuse de l’Empire américain, sur les méthodes qu’il emploie pour collecter des informations, pour donner des ordres, pour corrompre les politiciens et pour dépouiller les nations. Mais avant de nous laisser aller à un anti-américanisme aussi confortable que primaire, n’oublions jamais que cela (il s’agit peut-être de la plus importante révélation d’exactions criminelles de toute l’histoire) n’a été possible que parce que des Américains courageux et honnêtes ont été prêts à risquer leur vie ou leur intégrité physique pour faire sortir la vérité du puits.

La tension monte, quand vous osez vous opposer au formidable pouvoir de la Matrice. Ces jeunes et brillants cyberguerriers ont mis leur vie dans la balance pour nous. Survivront-ils au lancement de leur attaque, ou certains clones malveillants réussiront-ils à les encercler et à les écraser ? En tout état de cause, le moral est au beau fixe et le climat se prête à cette entreprise audacieuse : des cieux sereins, un soleil resplendissant et des étoiles brillantes pour nous guider par les nuits agitées. Quoi qu’il puisse arriver, je serai à jamais reconnaissant pour ces jours-là, pour la compagnie de ces jeunes gens charmants, et pour l’inspiration de leur leader charismatique. Il est impossible de ne pas admirer Julian Assange. Toujours gentil, tranquille, de bonne compagnie et même un peu soumis ; comme le Tao, il dirige sans diriger, il donne des directives sans commander. Il n’élève jamais la voix ; il a à-peine besoin de parler, et tout devient clair. Notre Neo est guidé par l’idée de la transparence sociale. La pleine lumière est la meilleure des armes contre les conspirations.

julian-assange-wikileaks_design.pngSur le pont du vaisseau Megaleaks, je feuillette les derniers rapports arrivés du front. Il semble y avoir trois thèmes principaux, tous focalisés sur notre courageux héros Julian Assange. Il y a le thème du «traître» (qui camoufle l’empire totalitaire sous les oripeaux du patriotisme), il y a le thème du «violeur» (où une conquête outragée tire vengeance du héros infichu de mettre la main sur une capote anglaise au moment critique) et, enfin, il y a le thème du «complot sioniste» (curieusement lié au thème du viol, puisqu’une des  deux accusatrices a filé en Israël). Comme dans toute campagne de désinformation bien ficelée, chacun y trouve son compte : les conservateurs enfourchent le thème de la trahison, les libéraux sont fans du thème du viol, et les zozos marginaux peuvent s’exciter sur un énième complot sioniste. Quant à ce qui est de nous, faisons de notre mieux pour affranchir le nom «Sion» des chaînes dont l’a chargé l’Etat de l’apartheid, et remettons-le à sa vraie place : à bord du valeureux vaisseau Megaleaks et sous les projecteurs de la vérité. C’est un nom bien trop beau pour le laisser aux Sionistes.


Le contenu des Megaleaks

L’ensemble consiste en 251.288 documents dont les dates s’échelonnent  du 28 décembre 1966 au 28 février 2010, et qui proviennent de 274 ambassades. Chacun de ces documents est soit un télégramme diplomatique secret envoyé aux Etats-Unis, soit un communiqué du Secrétaire d’Etat aux bases américaines. Ils montrent les ordres donnés à travers le monde, les renseignements que le gouvernement U.S. veut se procurer et les informatios qu’il veut faire avaler ; ils montrent ce que ses diplomates découvrent des pays où ils sont en poste, les comptes rendus détaillés de rencontres avec des membres d’autres gouvernements et l’opinion des expéditeurs sur ceux qu’ils ont  rencontrés. Imprimés, les 261.276.536 mots constituant ces télégrammes rempliraient plus de 3 000 volumes. Ils révèlent clairement les tentacules du commandement et du contrôle de la planète par les États-Unis.

Une première analyse nous apprend de mauvaises et de bonnes nouvelles. Mauvaise nouvelle : ils sont partout.. Les fichiers montrent en effet l’infiltration, par la politique américaine, de pratiquement tous les pays du monde, même de ceux supposés neutres, comme la Suède ou la Suisse. Les ambassades américaines surveillent étroitement les pays qui les hébergent. Elles y pénètrent les médias, le commerce des armes, du pétrole, le renseignement, et elles font du lobbying pour que les firmes U.S. y occupent le premier rang. Les télégrammes diplomatiques prouvent que les Etats-Unis disposent déjà de l’empire du monde..

Bonne nouvelle : ils ne sont pas omnipotents. Les télégrammes font voir qu’ils se heurtent à de la résistance à tous les niveaux. Ils n’arrêtent pas de s’imposer, mais ils n’obtiennent pas toujours ce qu’ils veulent. La Russie est relativement libre, ainsi que l’Iran et la Turquie ; même les pays européens les plus domestiqués ne se soumettent pas toujours avec placidité.. Les télégrammes ajoutent à ce que nous savions déjà de l’opposition populaire au Royaume-Uni ou aux USA ; des magazines en ligne tels que CounterPunch sont des phares dans un océan de brouillard épais.

Les télégrammes révèlent des cas stridents d’interférence. Beaucoup des plus récents traitent de l’Iran, qui est une véritable obsession pour les dirigeants américains. Par exemple, juste avant le discours du Président Ahmadinejad devant l’Assemblée générale de l’Onu, le Département d’Etat a donné l’ordre aux Européens de quitter la salle quand il en arriverait à une certaine phrase. Et de fait, les puissances européennes ont docilement sauté au coup de sifflet U.S., exactement comme les satellites des soviétiques sautaient jadis aux coups de sifflet de Staline. Un seul pays a mangé la consigne : la Suède. Son représentant, terrifié, avait raté la réplique, et envoyait des signaux de détresse frénétiques aux Américains pour avoir des ordres.

Prenez le petit pays pauvre qu’est le Tadjikistan, qui n’a fait que changer de maîtres. Il est censé être devenu « indépendant » en 1991, mais que s’est-il passé en réalité ? Aujourd’hui, les Tadjiks sautent aux coups de sifflet US comme ils le faisaient jadis à ceux des Soviétiques. Un télégramme de l’ambassadeur le dit sans détours : « les Etats-Unis ont fait savoir au président Rahmonov qu’il fallait limoger Mirzoev (le chef du service de la lutte antidrogue), et il s’est exécuté ». Qui tirera notre pauvre petit Tadjikistan des griffes de la Matrice ? L’ambassadeur nous donne lui-même un tuyau : « Nous croyons que la Russie exerce une pression forte et persistante sur le Tadjikistan afin d’y amoindrir le rôle et la présence des États-Unis et de l’Occident. La pression de Moscou commence à porter ses fruits. »

Ou prenez l’Azerbaïdjan : l’influence américaine y a décliné et la puissance d’Israël s’y est accrue à un point tel qu’un télégramme envoyé par l’ambassade US de Bakou compare les relations israélo-azéries à un iceberg dont les neuf dixièmes ne sont pas visibles.
 
Il apparaît clairement que la puissance américaine a atteint son point le plus haut dans les années 1990, et qu’aujourd’hui, elle a tout doucement entamé sa décroissance. Megaleaks n’est pas tant une cause qu’un symptôme de déclin. Avec un peu de chance, les gens de bonne volonté d’un peu partout dans le monde vont pouvoir travailler ensemble à détraquer la machine de la domination étrangère. Les Américains ont bénéficié moins que personne de la politique de globalisation violente et intrusive de leurs dirigeants. Des personnalités héroïques telles que Julian Assange travaillent à nous rapprocher d’un authentique contrôle de nos affaires, et à nous éloigner des réseaux de conspirations à la Matrix.

 
traduction C. L.


 
*

 
   
Aux commis infidèles, à présent  :



Autocensure politique, le scoop :

Le Guardian censure et déforme les dépêches WikiLeaks !

La censure politique exercée sur les fuites de WikiLeaks par le Guardian

par Israel Shamir, 11 janvier 2011
http://www.israelshamir.net/English/GuardianAstana.htm

 
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

 
 Bien que le filet se resserre autour du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, les contenus des câbles diplomatiques US nous sont bloqués à pleines pelletées. Pire, le Guardian met en forme et déforme ces câbles afin de protéger ses lecteurs contre des remarques désobligeantes au sujet de la façon dont leurs grands trusts se comportent outre-mer. Ce n’est pas une conjecture, mais un fait : le Guardian a délibérément coupé des passages des câbles qu’il a publiés afin de dissimuler des preuves de corruption.

Il y a un an de cela, le 25 janvier 2010, l’ambassadeur US à Astana, capitale du Kazakhstan, a envoyé le câble secret ASTANA 000072, intitulé : Kazakhstan : argent et pouvoir. Ce câble relatait un dîner en privé de l’ambassadeur américain avec un haut responsable du gouvernement kazakh, Maksad Idenov. A l’époque, Idenov était à la tête de la compagnie du pétrole et du gaz kazakhe et il représentait l’Etat dans des négociations avec des compagnies pétrolières étrangères, dont British Gaz et l’ENI. Une version expurgée de ce câble a été publiée (par le Guardian) [ http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documen... ], et c’est ainsi que nous est accordé le rare privilège d’observer le processus éditorial du Guardian en action. Cela ressemble très fort à de l'autocensure politique.

Voici le passage intéressant du câble d’Astana ; les mots supprimés par le Guardian sont en gras :

« … l’économie de marché, cela signifie le capitalisme, ce qui signifie les gros sous, et ce qui signifie des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ».

Il semble bien que quelqu’un, au Guardian, veuille nous épargner une désillusion au sujet de la loi du marché. Le Guardian n’hésite pas à révéler à ses lecteurs que le capitalisme, cela signifie « les gros sous », mais une discussion de ce que les gros sous sont susceptibles de faire à un gouvernement étranger est strictement ‘verboten’. Idenov n’est pas quelque outsider frustré, c’est un acteur du pouvoir, il se trouve au cœur du système. Il sait de quoi il parle. Les lecteurs du Guardian risquent de ne jamais en entendre parler, mais les « gros sous » du capitalisme se traduisent bel et bien, dans la réalité, par « des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ».

Juste avant ce dîner, l’on avait entendu Idenov « aboyer dans son téléphone portable » contre le directeur de British Gaz pour le Kazakhstan, Mark Rawlings, « qui continue à jouer des petits jeux avec James Griffin, de Mercator, cet AmCit indicateur notoire accusé de corruption à grande échelle dans des marchés pétroliers en 1990, dont le procès se traîne au Southern District Court de New York. Idenov lui disait : « Mark, arrête de faire l’imbécile ! Arrête de tenter le sort ! Arrête de parler à un criminel notoire ! »

Mais, là encore, l’information particulièrement pertinente et audacieuse du câble d’Astana a été censurée afin que les contribuables britanniques n’apprennent pas que le directeur régional d’une éminente firme britannique insiste à faire des affaires avec un ruffian mis en examen. Les lecteurs du Guardian ne sauront peut-être jamais que le cas du citoyen américain (car c’est bien ce que l’abréviation AmCit signifie…) James Giffen (dont le nom avait été estropié dans le câble) avait été innocenté par le Juge de District américain du fait que les pots-de-vin qu’il avait donnés aux officiels kazakhs avaient été autorisés par la CIA. Le juge avait louangé publiquement ce « trafiquant notoire » en le qualifiant de combattant de la Guerre froide [   http://www.mainjustice.com/justanticorruption/2010/11/19/in-stunning-end-to-kazakh-bribe-case-judge-lauds-giffen-as-a-patriot/ ] ayant contribué à faire avancer la cause juive (ce qui est, toujours, une circonstance atténuante dans le système judiciaire américain) et il avait déclaré afin que nul ne l'ignore que « son comportement en affaires s’intégrait dans le cadre d’opérations autorisées par la CIA ».

« M. Giffen était une source d’informations importante pour le gouvernement américain et un intermédiaire pour des communications secrètes avec l’Union soviétique et ses dirigeants durant la Guerre froide », avait dit le juge. Au Kazakhstan, Giffen faisait la promotion des intérêts américains, dont ceux des firmes privées. « Il a joué le rôle d’un canal pour des communications portant sur des questions vitales pour l’intérêt national des États-Unis dans cette région du monde », avait indiqué le même juge.

« L’intermédiaire des affaires pétrolières James H. Giffen, qui fut accusé d’avoir acheminé 84 millions de dollars de pots-de-vin au président kazakh et à d’autres officiels du Kazakhstan » [ http://www.justice.gov/criminal/fraud/fcpa/cases/docs/08-... ] est reparti de ce pays en homme libre et riche. Peut-être notre homme, Rawlings, en sait-il un peu plus au sujet des liens entre Giffen et la CIA, plus que ce n’était le cas en ce qui concerne l’ambassadeur américain et M. Idenov ?

La dernière coupure opérée par le Guardian finit par avoir raison du proverbial gâteau. Idenov poursuit, disant que tant British Gas que le pétrolier italien ENI sont corrompus et que des officiels kazakhs avides de prébendes sont impatients de travailler avec ces deux firmes. Ce passage du câble diplomatique a été caviardé.

Le seul passage du câble que le Guardian a jugé bon de souligner était celui indiquant que le gendre du président préféré du moment se trouvait « sur la liste des 500 premiers milliardaires de la revue Forbes » (ainsi que son épouse, d’ailleurs, qui ‘concourait à part’). De plus, le câble traficoté a été balancé sur les pages du Guardian sans la moindre information du contexte et sans commentaire. Le Kazakhstan n’est pas le pays d’à-côté, et les lecteurs du Guardian méritaient davantage. Voici ce qu’ils ont laissé transparaître de cette histoire : Idenov a quitté le service de l’État (kazakh) en mai 2010 et il a ré-émergé, en juillet – surprise, surprise – en tant que vice-président de la Planification stratégique de l’ENI [ http://www.biografia.kz/neft-i-gaz/idenov.html#ixzz1AcHow... ]. Oui : vous avez bien lu : de l’ENI, cette même entreprise « corrompue » avec laquelle il était en affaires depuis son bureau ministériel.

Le câble d’Astana est un épitomé du vol de l’espace ex-soviétique par les grandes firmes occidentales. Grâce à lui, nous apprenons que les pots-de-vin étaient autorisés par la CIA et que les ruffians sont blanchis par les tribunaux américains. Nous apprenons aussi que des juristes formés à Harvard, tel que M. Idenov, retirent tous les avantages de la porte tournante séparant leurs positions dans l’appareil d’Etat et les firmes occidentales qui plument celui-ci. Bref : nous apprenons que « le capitalisme, cela signifie des pots-de-vin conséquents pour les mieux introduits ». Bien entendu, les lecteurs du Guardian n’ont été mis au courant de rien de tout cela.

Idenov conclut sa conversation avec des ratiocinations des gens de son espèce : « Presque tout le monde, au sommet (de l’État) est révulsé par les excès de la corruption capitaliste. Si les exécutifs de Goldman Sachs peuvent gagner 50 millions de dollars par an et dirigent l’économie américaine à Washington, en quoi ce que nous faisons (ici, au Kazakhstan) est-il vraiment différent », demandent-ils. C’est vrai : cela ne diffère probablement en rien. Si les Américains sont désarmés devant la rapacité des responsables de Goldman Sachs, comment pouvons-nous attendre du peuple kazakh qu’il se défende face à des trusts transnationaux bénéficiant des conseils de la CIA ? Le câble intégral et non expurgé ne rend que trop clair le fait que le seul choix qui leur est laissé est celui du montant du pot-de-vin qu’ils vont demander.

Bien que l’accord entre WikiLeaks et le Guardian autorise ce journal à ne pas mentionner les noms de personnes innocentes risquant de souffrir de la révélation de leur identité, le câble d’Astana a manifestement été caviardé pour des raisons politiques afin de protéger l’image du genre de capitalisme prédateur que ces gens prêchent à l’Est.

Nous devrions peut-être passer en revue d’autres informations diffusées par le Guardian afin d’y rechercher ce genre de traficotage lourd de documents récemment révélés. Prenons par exemple le câble Tashkent 000902, expédié le 5 mai 2005. Voici la présentation qu’en fait le Guardian : http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documen... . Il est presque entièrement censuré ; seuls deux phrases significatives ont échappé à la boucherie pratiquées à des fins propres par les éditeurs du Guardian. Avec des éditeurs tels que ceux-là, l’épée suspendue au-dessus du soldat Manning et le nœud coulant placé autour du cou de Julian Assange deviennent superflus.

Le câble original de Tashkent [ http://www.israelshamir.net/wiki/TASHKENT_000902.htm ] décrit les agissements du «patron du crime organisé » et « petite frappe en chef » ouzbek Salim Abduvaliyev (dont le nom est plus souvent orthographié Abduvaliev), lequel, d’après l’ambassade américaine, contrôle les emplois gouvernementaux et donne des gratifications au gouvernement pour certains contrats via ses connexions avec Gulnara, « la fille aînée du président Karimov ». Le principal porteur de messages entre cet ultra-criminel et Gulnara est un citoyen britannique d’origine iranienne. Pourquoi le Guardian a-t-il décidé de caviarder le plus gros de ce câble ? Afin de protéger l’intermédiaire britannique ? Afin de protéger la connexion avec l’éminent homme d’affaires israélien Chernoy ? A moins qu’il y ait un criminel uzbek qui tire les ficelles au sein même de la rédaction du Guardian ?

Un autre câble secret, référencé Tachkent 00465, [ http://www.israelshamir.net/wiki/TASHKENT_000465.htm ], décrit un mariage dans la famille du malfrat. Cela ne diffère pas tellement de la fameuse description de ce mariage au Daghestan, dans un autre câble [ http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documents/76763 ] référencé Moscou 009533. Pourtant, le Guardian a décidé de ne pas publier du tout celui-ci. Cela n’est pas bien du tout, de la part du Guardian, de protéger le peuple ouzbek contre la prise de connaissance des liens de corruption entre la famille Karimov et les grands gangsters de ce pays, n’est-ce pas ? Cela pourrait-il s’expliquer par l’éloignement de Moscou du régime Karimov et par son étroite coopération avec les Américains, comme cela est indiqué dans le câble Moscou 000337, bizarrement non publié ?

Cette sorte d’autocensure politique explique la raison pour laquelle le Guardian a choisi d’attaquer Israel Shamir, un journaliste indépendant travaillant avec WikiLeaks. Dans les pages du Guardian, Nick Cohen  [ http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/jan/02/hunga... ] a affirmé qu’Israel Shamir « a peut-être remis des informations confidentielles à Loukachenko », comme si ce Shamir était une sorte d’agent secret muni d’un attaché-case blindé. Tant qu’à faire, Shamir « aurait bien pu », aussi, pourquoi pas, voler jusqu’à la Lune et en être revenu, non ?

Je reste stupéfait par la naïveté à l’état pur de cette allégation sans fondement. Nick Cohen a-t-il jamais entendu parler des e-mails ? Même le Guardian publie des informations confidentielles (quand ce ne sont pas des articles entiers). WikiLeaks fournit des informations confidentielles à tout un chacun sans discrimination et sans qu’il soit besoin d’agents secrets. Tous les câbles diplomatiques US relatifs à la Biélorussie sont sur le point d’être publiés sur le plus important des sites indépendants biélorusses [ http://naviny.by/rubrics/politic/2011/01/07/ic_articles_1... ] afin que tout le monde voie de quoi il retourne, y compris Loukachenko et Cohen.

 Nick Cohen part de là où son prédécesseur Andrew Brown était arrivé  ( http://whyevolutionistrue.wordpress.com/2010/02/12/andrew-brown-the-guardians-resident-moron). Ce Brown disait, dans son attaque contre Shamir publiée dans le  Guardian (http://www.guardian.co.uk/commentisfree/andrewbrown/2010/...), que « les liens entre celui-ci et WikiLeaks comportent des implications préoccupantes pour la sécurité de toutes les personnes nommées dans les câbles diplomatiques. Cela, non que lesdits câbles soient inexacts. Mais bien, au contraire, parce qu’ils sont vrais ».

Une fois n’est pas coutume : ce Brown a raison, en dépit de sa triple négation emberlificotée. Les gens cités dans les câbles diplomatiques – généralement des vétérans des portes à tambour entre les trusts internationaux et les services étatiques – peuvent dormir tranquilles lorsqu’ils voient que les médias consensuels « embedded », comme le Guardian et le New York Times, nient immanquablement tout lien entre leurs agissements et leurs responsabilités. L’existence même de journalistes indépendants et de médias libres, indépendants et fondés sur Internet a, effectivement, « des conséquences préoccupantes pour leur sécurité ». Qu’ils se fassent donc du mauvais sang ; c’est bien leur tour ! Alors que les gens du tout venant n’ont rien à craindre, les riches et les puissants nous font confiance pour ce qui est de les tenir pour comptables de leurs méfaits. Le Guardian comprend-il seulement pourquoi on lui a remis ces câbles diplomatiques secrets et confidentiels ? WikiLeaks essaie de diriger un petit peu de lumière sur le monde souterrain sombre et sale de l’intrigue internationale, et le Guardian fait tout ce qu’il peut pour l’occulter à nouveau.

La bataille pour la vérité ne fait que commencer.

(édité par Paul Bennett sur Counterpunch.com)

 

*

 

Et pour terminer,  l’estocade au « taré de service du Guardian», qui a cru pouvoir traîner l’un dans la boue en se servant de l’autre  :

 

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Traque royale au Julian Assange
Israel Shamir répond au Guardian


Andrew Brown hulule à mon sujet : « Porte-parole et truchement de Wikileaks en Russie... Israel Shamir, un juif qui s’est converti au christianisme orthodoxe et antisémite rabique... a été stigmatisé dans les médias suédois comme antisémite et négateur de l’Holocauste ».

Le poète grec d’Alexandrie, Cavafy, a écrit : « Pour certains, le jour vient/ Où ils doivent dire le grand Oui/ Ou le grand Non ». Quand j’ai choisi le grand Oui, j’ai cessé d’être juif. Je savais que je ne serais jamais laissé en paix par les négateurs du Christ et leurs sbires de l’espèce Brown. Je ne me plains pas : au temps de Maimonide, les renégats tels que moi étaient rapidement et définitivement réduits au silence ; en des jours plus éclairés, je ne suis que calomnié et cité inexactement. Si mon désir de venir au Christ est de l’antisémitisme pour Brown, amen.

Il suffit de mentionner que cet anti-Église notoire, Andrew Brown, est le pâle individu qui a insinué que le pape était pédé. Quelqu’un a décrit Andrew Brown comme « le taré de service du Guardian » et combien avec raison. Seul un taré peut réduire mon refus métaphysique de l’équation Golgotha/Auschwitz à un déni des horreurs de la guerre. Généralement, j’aime bien discuter de mes opinions, mais pas avec des gens qui font fi des subtilités et des nuances de mes écrits.

« Les médias suédois » auxquels  Brown fait allusion, c’est l’Expressen, version suédoise du Sun anglais, et il se fait justement que c’est le journal qui a appuyé sur la gâchette pour lancer la chasse aux sorcières contre Assange. On peut se chercher une source d’information plus légitime que celle-là, mais quand le gibier est levé, il arrive que la passion foule aux pieds la prudence. Ainsi commence la Traque royale au Julian Assange.

Je n’ai jamais vu de simples faits plus tordus et plus déformés que dans l’article publié par le Guardian le 18 décembre, et j’en ai vu quelques belles. C’est un procès par voie de presse, dans la meilleure tradition de la Pravda 1937. L’auteur de l’article, Nick Davies, a écrit il y a des années, dans ses Nouvelles de la Terre Plate, que la pratique du journalisme, au Royaume Uni, était « tendancieuse » ; il vient de le prouver sans aucun doute par ce qu’il écrit lui-même.

Son parti-pris est aussi subtil qu’un coup sur la tête. Or, le doute n’est pas permi : Assange n’a jamais violé personne. Le lendemain du viol prétendu, la prétendue victime s’est vantée auprès de ses amis, dans un message sur Twitter, d’avoir pris un pied magistral avec le prétendu violeur. Toute l’histoire a été publiée et on peut la trouver par une simple recherche sur Internet. Il est évident que Nick Davies s’est livré à un fielleux tripotage. La question était de savoir si la publication de son article par le Guardian fut une simple erreur de jugement ou le coup d’envoi d’une campagne de calomnies.

Deux jours plus tard, on assistait à la deuxième attaque du Guardian. Alors, Monsieur Assange, pourquoi ne voulez-vous plus retourner en Suède, maintenant ? La réponse n’était pas difficile à deviner. Comme Mme Bennett (journaliste au Guardian, auteur de la phrase citée, NdT) pouvait bien le supposer, Julian n’a rien à redouter de la Suède. Voici en revanche une question pour Mme Bennett : Si les autorités suédoises poursuivaient Julian pour viol, quel besoin avaient-elles d’assortir leur requête d’extradition d’une condition particulière stipulant qu’elles se réservaient le droit de l’extrader à leur tour vers les États-Unis ? Voyez-vous, Mme Bennett, les États-Unis ont inventé une gâterie spéciale appelée Extraordinary Rendition (« transferts extraordinaires »), et ce n’est pas là quelque chose que je souhaiterais même à Andrew Brown.

Je compterai la tentative de la part de Brown de salir Julian Assange en l’associant à moi pour une troisième attaque. « Une fois peut être hasard, deux fois coïncidence, trois c’est action ennemie », dit fort justement James Bond dans Goldfinger.

Le virus du patriotisme à l’américaine a-t-il frappé les tranchées du Guardian ou ces reporters obéissent-ils simplement aux ordres ? La réponse se trouve sur amazon.co.uk. Il semble que le Guardian ait décidé de détruire Wikileaks aussitôt que le citron n’aurait plus de jus à donner. Le Maure a servi, le Maure peut disparaître. Ayant parfaitement compris que l’équipe de Wikileaks ne peut être ni domestiquée ni mise hors d’état d'opérer, le Guardian pré-vend, par souscription, un livre intitulé L’ascension et la chute de Wikileaks. Le livre n’est pas encore publié : il leur faut d’abord s’arranger pour provoquer la chute.

Du coup, la campagne de calomnies se teinte d'une grossière logique économique. Mais les choses ne s’arrêtent pas là.

Les gens du Guardian ont accepté (de Wikileaks, NdT) les câbles du Département d’État U.S. Ce faisant, ils se sont engagés à les analyser et à les publier. Cependant, ils en font, par leur manière d’en rendre compte, une source de désinformation. Leurs titres font croire souvent que Wikileaks est la source des rumeurs qu’eux-mêmes répandent. Par exemple, un de leurs articles, publié le 18 décembre, s’intitule :


« Wikileaks : la fortune de Loukachenko est estimée à 9 milliards de $ U.S. »


Ce titre est volontairement trompeur. Wikileaks n’a jamais estimé la fortune de Loukachenko. Lisez l’article entier et vous verrez qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un employé d’ambassade U.S. qui a entendu une rumeur qu'il a transmise au Département d’État, et que « l’employé de l’ambassade n’a pas pu vérifier les sources (sic) ni la fiabilité de l’information ». Un titre honnête aurait dû dire :

 
« Wikileaks révèle que les diplomates US répandent des rumeurs invérifiables
sur la fortune de Loukachenko. »

 
Le Guardian aime mieux faire croire que c’est Wikileaks qui répand la rumeur, et il laisse à votre imagination le soin  de fournir les extraits bancaires secrets chargés de confirmer son titre.

Supposons qu’un jour Wikileaks publie des câbles transmis à Moscou par l’ambassade de Russie à Washington. Devons-nous nous attendre à voir ce titret rompetter en première page du Guardian ?

 
« Wikileaks : le Mossad derrière le 9/11 ! ! »

 
N’est-il pas plus vraisemblable qu’on nous dirait sobrement que « Wikileaks révèle que des diplomates russes en poste à Washington ont fait état de rumeurs persistantes sur une implication d’Israël dans le 11 septembre » ?

À cause de ce soigneux sabotage, de plus en plus de gens disent que Wikileaks n’est qu’un instrument du Département d’État ou de la CIA ou du Mossad. Peut-être est-ce là ce que veut le Guardian. Peut-être le Guardian croit-il qu’il a surclassé, déjoué, roulé Wikileaks. Pour ma part, je parierais plutôt sur Julian Assange. Il est fûté, il a le cerveau d’un joueur d’échecs de premier ordre. Il a encore pas mal de cartes dans sa manche. À mon avis, il est possible que le Guardian soit obligé de réintituler son livre L’irrésistible ascension de Wikileaks.

 
traduction C.L.

 
Pour le texte en anglais des trois articles sur le site de l'auteur, voir :


http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm
http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm
http://www.israelshamir.net/English/response-to-Guardian.htm 


*


 

Free Brad Manning Amnesty.jpg

 

 

Mais comment parler de Wikileaks et des dangers encourus par les courageux jeunes gens qu’on appellera peut-être un jour des révolutionnaires d’une nouvelle espèce, sans évoquer le premier de tous à être tombé au champ d’honneur.

Je veux parler de Bradley Manning, le jeune soldat de 22 ans qui aurait réussi à « sortir » pour Wikileaks, l’énorme quantité des télégrammes qui clament aujourd’hui qu’il n’y a pas que le roi qui soit nu, mais que toute sa cour, ses clients et ses vassaux se promènent eux aussi irrémédiablement à poil.

bradleymanningin-a-tie-300x224.jpgCe jeune binational US-UK (fils d’une Galloise et d’un militaire US), né dans l’Oklahoma, était analyste dans l’armée américaine. Il servait en Irak. Ce qu’il a vu passer sur son ordinateur semble avoir provoqué chez lui une prise de conscience (le syndrome de William Blum ? ). Il aurait alors pris contact avec Wikileaks et aurait fourni à l’association, en plus d’un quart de million de documents diplomatiques, une video montrant un raid « à froid » sur Bagdad (officiellement qualifié de bavure), qui s'est traduit par le  massacre d'une douzaine de civils, dont deux reporters de l’agence Reuters, et de deux enfants. Wikileaks a mis cette vidéo en circulation - sous le titre Collateral Murder (Meurtres collatéraux) - en avril 2010. En mai, Manning était arrêté sans charges et détenu, d’abord pendant un mois au Koweit, ensuite à la base de Quantico, en Virginie, au secret depuis le premier jour et dans des conditions particulièrement inhumaines, "relevant de la torture" selon son avocat et Amnesty International.

Les autorités américaines l’accusent, jusqu’à présent sans preuves (sur dénonciation d’un camarade à qui il aurait fait des confidences), d’être l’informateur de Wikileaks. Julian Assange pense, sans doute avec raison, que ses geôliers tentent de briser le jeune homme pour l’amener à leur fournir un motif de réclamer son extradition d'Europe vers les États-Unis, bien qu'il soit lui-même citoyen australien.

Une partie de l’opinion publique américaine considère Manning comme un traître et un membre du Congrès a même réclamé son exécution. Pour l’autre, il est un whistleblower (un "alerteur" ou dénonciateur de crimes d’État), c'est-à-dire un héros. Deux organisations, le Bradley Manning Support Network, et Courage to Resist (basé à Oakland) font campagne pour le soutenir, notamment en levant des fonds pour payer ses frais d'avocat (estimés à 130 000 dollars). Des manifestations de plus en plus nombreuses, réclament sa libération.

Il devrait passer en Cour martiale au printemps de cette année. La peine qu’il encourt est de 52 ans de prison. Il vient d'avoir 23 ans.

La video Collateral Murder, malheureusement en anglais, peut être visionnée sur ce site, car Youtube la verrouille, théoriquement pour en préserver les moins de 18 ans  :


http://www.theworldisraw.com/free-bradley-manning/

 

Affiche Manning.jpg

 

*

Nuages.jpgRevenons sous nos climats :

C’est bientôt la Saint Valentin...

...excellente occasion pour nous de dire et de redire à quel point nous sommes de tout coeur avec les courageux membres de l’ASSOCIATION BELGO PALESTINIENNE (ABP-Liège et Comité Verviers Palestine surtout) qui, tous les ans, qu’il pleuve, qu’il vente et que cela dérange ou non, vont opposer le frêle rampart de leurs corps de militants à l’affront qui est fait à tous les Belges, et rappeler un personnel politique volontairement aveugle et sourd, aux principes et aux devoirs moraux sur lesquels il s’assied sans états d’âme.

 

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  Et, bien entendu...

 

 

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Catherine L.

*

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Au mépris de toutes les lois belges et européennes et passant outre à une recommandation de l’ONU, M. Steven VANACKERE, membre du parti franquiste belge (C.D. & V. – C.D.H.) et accessoirement Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Leterme II, « en affaires courantes » depuis le 13 juin 2010, a autorisé l’Espagne à livrer au Maroc M. Ali AARRASS, citoyen belge, sachant qu’il y serait sauvagement torturé par manière de routine, comme il est de règle chez «notre ami le roi».

( Occupant ce même poste, M. Karel De Gucht a signé naguère, ès qualités, la pétition réclamant la libération des cinq otages cubains, eux aussi abusivement et illégalement détenus aux États-Unis. )

M. Ali AARRASS a été, comme prévu, sauvagement torturé, merci.

Écrivez à ce « ministre faisant fonction » pour lui dire tout le bien que vous pensez de sa manière de concevoir son rôle de représentant des Belges :

M. Steven VANACKERE
Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et des Réformes institutionelles
Rue des petits Carmes 15
B-1000 Bruxelles
Tél: +32 (0)2.501.85.91
Fax: +32 (0)2.501 32 13
cab.ae@diplobel.fed.be

S’il vous reste un timbre, vous pouvez aussi écrire au membre du Parti Sinistre Espagnol, son compère :

Sr. Jose Luis ZAPATERO
Presidente del Gobierno
Complejo de la Moncloa
Avda Puerta de Hierro
E - 28071 Madrid


Et pour vous informer sur le sort de notre compatriote, c’est ici :



http://www.freeali.eu/?p=535

 


« PARTICULIER CHERCHE DÉPUTÉ CULOTTÉ »
(N’en a pas trouvé)

 

 Bahar Kimyongür, qui sortait d'en prendre, a perdu son temps à lancer, juste avant Noël, un appel aux "politiques", leur espérant contre toute attente un reste de morale.


www.zintv.org/spip.php?article176


*


 

 

 


 

14:10 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/01/2011

L'Année du Tigre s'en va

 

 

The Tyger Voyage.JPG

Je sais qu’on est déjà le 17 janvier.  Faisons comme si on était le 1er :


L’Année du Tigre s’en va.

On ne la regrettera pas (pauvres tigres!).

L’Année du Lièvre arrive.

 

 

bonne année du lièvre 2011 - bis.JPG

 

On vous et on se la souhaite moins bouchée que la précédente, un peu moins sinistre, un peu plus libre pour les embastillés – coeur serré quand on pense à Ibrahim Abdallah et Rouillan – un peu plus égale pour tous, et surtout, un peu fraternelle pour changer.



*


Quelqu’un a fait remarquer que, depuis le temps qu’on se souhaite une nouvelle année meilleure que la précédente et qu’à chaque fois, ça ne rate jamais, elle est pire, pourquoi ne pas essayer de se la souhaiter moche comme tout, pour voir si ça n’inverserait pas la tendance... Allez, vivons dangereusement : on vous la souhaite moche comme tout (pauvres lièvres !).

C’est quoi la suivante ? Ah, 2012...



*


Les débuts d’années sont propres aux bilans et aux prises de bonnes résolutions. On ne peut pas dire, il y a de quoi faire.

Côté bilans, Marie n‘arrive toujours pas à rattraper la déglingue de la Belgique, qui va son train bien plus vite qu’elle n’arrive à l’écrire. Avec un peu de chance, elle va même – la Belgique -  battre le record Guinness du nombre de jours sans gouvernement. On ne peut pas dire que le peuple s’en aperçoive beaucoup : moche avant, moche pendant, moche après. Le paiement des impôts, par exemple (pour ceux qui en paient), n’est pas suspendu en période de vacance(s) du pouvoir. Le paiement des millions de doses de H1N1 inutiles non plus. Il va même falloir financer aussi leur destruction, renflouer peut-être derechef quelques banques et consortiums divers, lesquels ne se gênent pas, cependant, pour élever la voix et réclamer un gouvernement vite-vite, histoire de calmer les agences de notation qui nous lorgnent d’un air sévère, ce qui est mauvais pour les affaires, on devrait pourtant le savoir, bande de nuls qu’on est. Et tout à lavement, comme ne l‘ignorent pas les fans de San Antonio.

Ailleurs, ce n’est guère mieux. Mordechai Vanunu n’a pas pu davantage en 2010 se rendre à Berlin pour recevoir son prix Ossietsky, qu’Ossietsky n’avait pu, en 1935, quitter Berlin pour aller recevoir son prix Nobel. Il en est mort, Ossietsky.  Salement. Croisons les doigts pour que Vanunu survive et puisse aller prendre enfin un bol d’air en Norvège, où on l’attend.

Et puisqu’on parle de gens qui révèlent des trucs et risquent de le payer fort cher, il n’est question ces temps-ci, personne ne l’ignore, que de Wikileaks et de son co-fondateur Julian Assange, dont il n’est pas sûr qu’il ne finisse pas très mal, dans un de ces culs de basse fosse US jusqu’à présent réservés aux Arabes. Déjà l’y a précédé un jeune soldat du nom de Bradley Manning, apparemment affligé de trois tares rédhibitoires : l’altruisme, le courage et quelques principes moraux. Mais de tout cela, nous comptons vous entretenir dans un jour ou deux (promis, juré, craché) avec un Dossier Wikileaks aussi exhaustif que nous le pourrons : les pour, les contre et ceux (dont je suis) qui se demandent toujours si c’est du lard ou du cochon.

Il n’est bruit aussi partout (rumeurs persistantes) que de la future invasion de l’Iran, et, en attendant (pour se faire la main ?) d’un « Plomb Durci II » sur Gaza. Aux dieux ne plaisent ! (à moins qu’ils n’existent pas... chiche ! montrez-le, que vous êtes là). L’Afrique continue à saigner de partout. Ah, ces bienheureuses guerres civiles, qu’il est si amusant de déclencher dans un pays « indépendant » après l’autre, pour ne pas avoir à leur payer la cassitérite nécessaire à la fabrication de nos merveilleux petits parlophones portatifs (« Ouais c’est moi, ch’uis dans le bus, qu’est-ce qu’on mange ? »). Ne parlons pas d’Haïti, où on attend toujours les milliards d’aide US annoncés, qui ont bien été débloqués, si, si, mais dont on a besoin, voyez-vous, pour payer les troupes d’occupation. Sorry guys. Too bad. En revanche on a insisté pour qu’ils aillent voter... élire un nouveau président, qu’on kidnappera dès qu’on pourra pour l’envoyer rejoindre Aristide. En revanche, on leur a ramené Baby Doc. Mais de quoi se plaignent-ils ces jamais contents ?

Les nouvelles ne sont pourtant pas toutes mauvaises d’où qu’elles viennent, comme le chantait Stéphan Eicher, du moins du point de vue de la piétaille, puisque les Tunisiens ont bouté hors leur tyran, usé jusqu’à la corde. Zut alors, il va falloir leur en remanigancer un autre, comme si on n’avait que ça à faire.

Bref, le monde va lui aussi son train, dans une soigneusement organisée confusion des valeurs. Les gens ne savent plus qui est qui et qui fait quoi, si on verra un jour le bout du tunnel ou pas. Déboussolés, exprès. Affolés, exprès. À coups de croquemitaines inventés, alors que les ogres véritables les guignent en claquant du bec dans leur cou.



Cela dit... Que voilà un début d’année du lièvre en fanfare ! Wikileaks, le Liban sans gouvernement comme une vulgaire Belgique, mais avec une vraie classe politique, lui (chapeau, Messieurs !), et maintenant le Maghreb en révolution. On ose à peine mentionner le ras-le-bol des Belges à côté d’issues aussi importantes pour le monde. (Benoît Poelvoorde a quand même décidé de ne plus se raser la barbe tant qu'on n'aurait pas de gouvernement. Il est maso ou quoi ?) Mais les chausse-trapes sous nos pieds sont innombrables autant que variées, car les méchants ne sont pas sans ressources, oh, non.

C’est pourquoi nous avons jugé utile de remettre la mairie au milieu du village et d’en revenir - pour prendre date – à quelques fondamentaux. Trois textes, de trois hommes, qui ont pour dénominateur commun d’être ou d’avoir été, de leur vivant, incorruptibles.

Commençons donc par placer cette remise des compteurs à zéro sous l’égide des droitsdel’homme. Je sais, ils ont en ce moment mauvaise presse... Mais ils ont jadis voulu dire quelque chose, et constitué un si énorme espoir de délivrance pour l’humanité. Évidemment, les ennemis de l’humanité, assoiffés de pouvoir et de rapines, veillaient. Ils s’en sont emparés, les ont adaptés à leurs appétits, triturés, tripotés au point de les rendre méconnaissables, et pour comble d’effronterie, ils s’en servent désormais pour pourrir la vie de toutes les espèces y compris la leur. (Le sémillant Obama attend d’un jour à l’autre son créancier chinois, et « va lui parler des droits de l’homme en Chine », ah mais, croyez-en vos sourcilleux médias, qui le tiennent sévèrement à l’oeil là-dessus, des fois qu’il serait trop mou dans la remontrance, et qui n’ont pas le temps, en plus, de s’occuper des 75 guerres qu’il mène pour les bafouer, ces bondieu de droits, autant qu’il lui est possible, y compris at home, 76e théâtre de guerre depuis Katrina). Oui, bien sûr, c’est au nom des droitsdel’homme qu’ils sont en train de mettre la planète entière dans les fers.  Mais s’ils croient qu’on va les laisser faire... qu’on va se laisser impunément rafler notre héritage, qu’ils disent adieu à leurs illusions. Nous allons, ici, commencer par leur rafraîchir la mémoire en leur balançant les vrais droits (et devoirs) de l’homme. Ceux mis sur le papier en quelques heures, un jour d’avril 1793, par Robespierre et par lui proposés au gouvernement le plus progressiste que la France ait jamais eu. (Souvenirs, souvenirs...)

L’autre fondamental, en ce 17 janvier, cinquantième anniversaire de son assassinat, me paraît être la déclaration faite au peuple congolais, le 30 juin 1960, par Patrice Lumumba. Autant déclaration de principes et d’intentions que testament de mort, là aussi. Je le placerai en dernier, parce que c’est seulement aujourd’hui que la stature, le rôle, l’histoire de Lumumba vont pouvoir prendre leur place au grand jour, après un demi siècle d’occultation par ses puissants assassins, et que je tiens à terminer ce post sur une note d’optimisme.

Entre les deux morts, un vivant. C’est un risque à prendre, car les vivants peuvent toujours déchoir. Mais je ne crois pas que celui-là le fera. Mon troisième fondamental sera donc le dernier en date des rapports anti-empire de William Blum. J’aurais pu choisir n’importe lequel, car tous sont importants, et, même vieux de plusieurs années, aucun n’est obsolète. On peut les relire tous, et ses livres, n’importe quand : ils sont toujours d’actualité, toujours pertinents. Entre les deux hommes d’état générateurs de si grandes choses futures, c’est à dessein que j’intercale ce simple citoyen peu connu du grand public, mais ô combien exemplaire, modèle de tous les citoyens de n’importe où et de n’importe quand.




*



I.

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Dans sa Conspiration pour l’Égalité, Philippe Buonarroti, l’arrière-arrière-arrière...-petit-neveu de Michel Ange, que son dévouement à la Révolution avait fait naturaliser français, écrit, dans un court chapitre intitulé "Déclaration des droits de Robespierre"  :
 

« Avant la chute de la faction girondine, Robespierre croyait que la Convention, dominée par elle, était dans l’impossibilité d’enfanter de bonnes lois ; il pensait d’ailleurs que, dans les circonstances critiques de ce temps-là, le premier soin des mandataires du peuple devait être d’anéantir les nombreux ennemis qui, au-dedans et au dehors, menaçaient l’existence de la république : mais, voyant que les Girondins étaient pressés de consacrer par la législation leurs principes aristocratiques, il opposa à leurs projets sa Déclaration des droits, dans laquelle son intention populaire paraissait à découvert. En rapprochant les doctrines politiques renfermées dans cet écrit et dans les discours que Robespierre prononça dans les derniers temps de sa vie, de la pureté de ses moeurs, de son dévouement, de son courage, de sa modestie et de son rare désintéressement, on est forcé de rendre un éclatant hommage à une si haute sagesse, et on ne peut que détester la perversité ou déplorer l’incompréhensible aveuglement de ceux qui ourdirent et consommèrent son assassinat. »

Plus loin, sous le titre "Constitution de 1793", il poursuit :

« Cependant la constitution de 1793, rédigée à la suite de l’insurrection du 31 mai par la partie de la convention qu’on appelait alors la Montagne, ne répondit pas complètement aux voeux des amis de l’humanité. On regrette d’y trouver les vieilles et désespérantes idées sur le droit de propriété. Au surplus, les droits politiques des citoyens y sont clairement énoncés et clairement garantis, l’instruction de tous y est placée parmi les devoirs de la société ; les changements favorables au peuple y sont faciles et l’exercice de la souveraineté lui est assuré comme il ne le fut jamais.

« Est-ce à une prudente circonspection, commandée par l’attitude hostile des riches ameutés par les girondins ? est-ce à l’influence des égoïstes dans les délibérations de la convention nationale, qu’on doit attribuer les ménagements dont elle fit usage, et le voile sous lequel les députés amis de l’égalité furent obligés de cacher leurs vues ultérieures ?

« Quoi qu’il en soit, il n’est pas moins vrai que le droit de délibérer sur les lois, attribué au peuple, la soumission des mandataires du peuple à ses ordres, et la presque unanimité des voix à laquelle la constitution de 1793 fut acceptée, la firent regarder, à juste titre, comme le palladium de la liberté française. »

À nos yeux, cette Déclaration des droits de Robespierre est la seule qui vaille. Et nous aimerions savoir quel peuple, où sur la terre, appelé à se prononcer par référendum sur n’importe lequel de ses 38 articles, serait assez fou pour ne pas y adhérer.

Pourtant, comme l’a dit Buonarroti : au moment d’en faire la Constitution de la France, les députés montagnards ont bronché devant la moitié au moins des droits énoncés par Robespierre. Ceux refusés ou modifiés par le Législateur de 1793 sont ici marqués d’une astérisque.


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21 avril 1793

DÉCLARATION
DES DROITS  ET DES DEVOIRS DE L’HOMME ET DU CITOYEN,
proposée par Maximilien Robespierre.

 

Les représentants du peuple Français réunis en convention nationale, reconnaissant que les lois humaines qui ne découlent point des lois éternelles de la justice, ne sont que des attentats de l’ignorance et du despotisme contre l’humanité ; convaincus que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme sont les seules causes des crimes et des malheurs du monde, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens, pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer et avilir par la tyrannie; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le magistrat la règle de ses devoirs, le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, la convention nationale proclame, à la face de l’univers et sous les yeux du législateur immortel, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.


ARTICLE 1er


Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, et le développement de toutes ses facultés.


ART. 2.


Les principaux droits de l’homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l’existence et la liberté.

ART. 3.


Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs forces physiques et morales. L’égalité des droits est établie par la nature ; la société, loin d’y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l’abus de la force qui la rend illusoire.


ART. 4.


La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme, d’exercer à son gré toutes ses facultés; elle a la justice pour règle, les droits d’autrui pour bornes, la nature pour principe, et la loi pour sauvegarde.

*ART. 5.


Le droit de s’assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l’homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence, ou le souvenir récent du despotisme.


*ART. 6.


La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est garantie par la loi.


*ART. 7.


Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui.


*ART. 8.


Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables.

*ART. 9.


Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.


ART. 10.


La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. 


ART. 11.


Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire, sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.


ART. 12.


Les citoyens, dont les revenus n’excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l’étendue de leur fortune.


ART. 13.

 
La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens.


ART. 14.


Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

 
*ART. 15.


La loi est l’expression libre et solennelle de la volonté du peuple.


*ART. 16.


La loi doit être égale pour tous.


*ART. 17.


La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.


ART. 18.


Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l’homme, est essentiellement injuste et tyrannique ; elle n’est point une loi.


ART. 19.


Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvenrnent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.


ART. 20.


Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais le voeu qu’elle exprime doit être respecté comme le voeu d’une portion du peuple, qui doit concourir à former la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d’exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de régler sa police et ses délibérations.


ART. 21.


Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple.


ART. 22.


Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.


*ART. 23.


Pour que ces droits ne soient point illusoires et l’égalité chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires publics, et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans compromettre leur existence ni celle de leur famille.


ART. 24.


Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agents du gouvernement, lorsqu’ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.


ART. 25.


Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d’un homme, exercé par qui que ce soit, même au nom de la loi, hors des cas déterminés par elle et des formes qu’elle prescrit, est arbitraire et nul ; le respect même de la loi défend de s’y soumettre ; et si on veut l’exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force.


ART. 26.


Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l’autorité publique appartient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées, doivent statuer sur les points qui en font l’objet ; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner l’exercice.


ART. 27.


La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme et du citoyen.


ART. 28.


Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il a oppression contre chaque membre du corps social, lorsque le corps social est opprimé.


ART. 29.


Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.


ART. 30.


Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.


ART. 31.


Dans l’un et l’autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l’oppression, est le dernier raffinement de la tyrannie.


ART. 32.


Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.


ART. 33.


Les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n’a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.


*Art. 34.


Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion, et subir son jugement avec respect.


*ART. 35.


Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.


*ART. 36.


Celui qui opprime une seule nation se déclare l’ennemi de toutes.


*ART. 37.

Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.


*ART. 38.


Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l’univers qui est la nature.


Unité et Indivisibilité de la République.JPG



« Mais, chose qui pèsera d’une honte éternelle sur la
mémoire des législateurs montagnards de 1793, aucun
des cinq articles de Robespierre qui avaient proclamé
la solidarité internationale des peuples de la terre n’a
été jugé digne de figurer dans leur Déclaration des
droits de l’homme. »


                                                                            Gérard Walter
                                                                                                        Robespierre




*



Quant à nous, jacobins, nous ne saurions poster en ce début d’année sans rappeler deux anniversaires chers à notre mémoire :



Augustin Robespierre.jpgCe 21 janvier 2011 sera, en effet, le 248e anniversaire de naissance d’Augustin Bon Joseph ROBESPIERRE, frère cadet du précédent. On sait que, la révolution venue, il le seconda de toutes ses forces, pour finir par le suivre à Paris, jouer dans les événements qui se succédèrent pendant cinq ans un rôle non négligeable et finir par l’accompagner dans la mort.

Ainsi qu’il l’écrivait, d’Arras, à son aîné, dès juin 1790 :


« Je ne puis te dissimuler mes craintes, cher frère, tu scelleras de ton sang la cause du peuple, peut-être même que ce peuple sera assez malheureux pour te frapper, mais je jure de venger ta mort et de la mériter comme toi. Tu seras surpris d’apprendre jusqu’où se porte la scélératesse de tes ennemis. Ils ont été chez les personnes que je voyais, leur dire qu’elles se déshonoraient me recevant chez elles. »


(Cité par Gérard Walter, op cit, T. 1, p. 102)

 

*



Le 21 janvier 1793 ne naissait pas mais mourait Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau.

lepelletier-de-saint-fargeau1.jpgNé le 29 mai 1760, à Paris, d’une illustre famille de parlementaires, il fut élu représentant de la noblesse aux États-Généraux de 1789 et devint dès lors le chef de ceux qui n’avaient pas émigré. Président de l’Assemblée Nationale Constituante, il fut réélu, en 1792, député de l’Yonne à la Convention.

Il vota, le 20 janvier, la mort du roi, et tout son groupe avec lui. Le soir même, il était assassiné dans un restaurant du Palais-Royal, par un commando dont l’histoire respectueuse n’a retenu que le nom du garde du corps Pâris. Le 21 au matin, alors que Louis XVI allait monter à l’échafaud, Lepeletier mourait de ses blessures.

Maximilien Robespierre a dit de lui (Convention, 21 janvier 1793) :

« Lepelletier fut noble, Lepelletier occupait une place dans un de ces corps si puissants sous le despotisme;  Lepelletioer fut riche, et depuis la révolution il fut constamment l’ami du peuple, le soutien de la liberté, et l’un des plus ardents fondateurs de la république. Sous ces trois rapports, Lepelletier fut un prodige. »

Il avait, peu avant sa mort, rédigé, à la demande de la Convention, un Plan d’Éducation Nationale d’un rare progressisme, que le même Robespierre réussit à faire voter quelques mois plus tard, mais qui passa à la trappe, bien entendu, lorsqu’il fut lui-même assassiné. Je souhaite, depuis longtemps, offrir ici ce texte qui met à honte tout ce que l’Éducation Nationale est de nos jours devenue (je ne parle pas de l’École Normale Supérieure de cette semaine, mais en général). Le citoyen Darthé-Payan vient de me coiffer au poteau, à l’occasion, justement, de cet anniversaire, en en publiant des extraits sur son blog. On les trouvera ici http://darthe-payan-lejacobin.over-blog.com/ .

Michel Lepeletier et son frère Félix, comme avant eux les frères du Bellay, sont une de ces anomalies dont la France a bénéficié occasionnellement dans son histoire : des nobles, à la fois puissants et riches, à qui le bien-être du peuple n’a pas été indifférent.

Cela dit, il y a des gens qui n’ont pas de chance avec leur descendance : le pauvre Lepeletier en est l’illustration éclatante. Ne disons rien de sa fille Suzanne, qui, mariée à un de ses cousins de Mortefontaine, monarchiste ultra, fit racheter le tableau de David représentant son père mort, pour le détruire. Aujourd’hui même, Lepeletier a pour descendant direct le pâle d’Ormesson, lequel se vante sans vergogne d’avoir mis le portrait de l’aïeul dans ses chiottes. Il ferait mieux d’y mettre ses propres oeuvres, utilement découpées.

 

Lepeletier mort.jpg

Étude de Jean-Louis David

pour le tableau disparu

 

 

*

 

II.




William BLUM

 

william blum.jpg

 

Dans un précédent post, j’ai dit qu’il n’y avait au monde que Fidel Castro qui eût, autant que Robespierre, « éduqué son peuple en politique ». (1) C’était vrai pour les chefs d’état. Mais il est vrai aussi qu’un simple citoyen a fait – et fait encore – de même, sans remplir aucune fonction officielle ni détenir aucun pouvoir. Ce simple citoyen, c’est William Blum.

Né en 1933, de parents juifs allemands émigrés pour fuir le nazisme, William Blum est américain. D’abord fonctionnaire au Département d’État (équivalent de nos ministères des Affaires Étrangères), ce qu’il y a vu et entendu pendant la guerre du Vietnam l’a poussé à démissionner, à se faire historien et à travailler comme conférencier et journaliste free-lance pour gagner sa vie, tant aux États-Unis, qu’en Europe et en Amérique Latine, sans jamais cesser de dénoncer la « politique étrangère » de l’empire.

Entre autres choses...

En 1967, Blum a fondé, avec d’autres activistes, le Washington Free Press, qui fut le premier journal « alternatif » de la capitale U.S.

De 1972 à 1973 il a travaillé comme journaliste au Chili, où il a passionnément suivi l'expérience socialiste du gouvernement Allende.

Au milieu des années 1970, à Londres, il a rejoint l'ex-agent de la CIA Philip Agee et ses associés, qui travaillaient à leur projet de mettre au jour les méfaits de la célèbre agence. (Le livre d’Agee qui sortira de ces travaux s’appellera Inside the Company : CIA Diary. En français, Journal d’un agent secret : Dix ans dans la CIA, Seuil, 1976.)

Un beau jour de 2006, Ben Laden (ou sa marionnette, donc la CIA, s’il était, comme on le pense, déjà mort) conseilla aux Américains de lire le livre de William Blum Rogue State: A Guide to the World's Only Superpower (en français : L’État voyou). Avant « l'intervention de Ben Laden », ou la tentative de discréditer son auteur en le faisant louer par l’ennemi public N°1, le livre était classé 209.000e sur la liste des ventes d'Amazon. Le dimanche suivant, il était en 12e position. Justice poétique et peut-être version postmoderne de L’arroseur arrosé.

Je l’ai dit, William Blum gagne sa vie - car dans son  pays béni il faut la gagner jusqu’au bout - en écrivant et en faisant des conférences dans les universités qui veulent bien l’inviter. Sa notoriété subite lui a valu, après «les louanges de Ben Laden», de se retrouver sur une liste noire, au chômage forcé pendant plus d’un an.

Il est l’auteur de plusieurs livres, qui sont essentiels pour connaître l’histoire vraie du XXe (et maintenant du XXIe) siècle. Deux surtout : Rogue State (L’État voyou) et Killing Hope (Les guerres scélérates).

On le trouve dans deux endroits sur le web.

Ici :  http://www.thirdworldtraveler.com/Blum/William_Blum.html et  ici  : http://killinghope.org/,

Il y publie mensuellement son « Rapport anti-empire » que Le Grand Soir a pris l’excellente habitude de mettre en ligne en français sur son site http://www.legrandsoir.info/

N.B. Comme celle d’Israël Shamir, la biographie de William Blum sur Wikipedia fleure bon la hasbara sioniste (on en repère très vite le ton). Cela finit par devenir une sorte de « légion-d’honneur-sans-Bonaparte » ou de « prix-pas-Nobel-de-la-Paix » qu’il n’est pas donné à tout le monde de mériter.

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(1)  John Cowper POWYS : « Rabelais voulait que son peuple fût éduqué en politique ». Rabelais, La Thalamège, 1990.

 

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Rapport Anti-empire

1er Janvier 2011
par William BLUM
www.killinghope.org



Wikileaks, les Etats-Unis, la Suède et l’île du Diable


16 décembre... Je suis debout dans la neige devant la Maison Blanche... En compagnie de Vétérans Pour la Paix...  Moi, je ne suis qu’un vétéran des manifs devant la Maison Blanche ; la première en février 1965 où je distribuais des tracts contre la guerre au Vietnam. Je travaillais à l’époque au Département d’Etat et ma plus grosse crainte était qu’un membre de cette noble institution passe par là et me reconnaisse.

Cinq ans plus tard, je protestais toujours contre la guerre au Vietnam, mais je ne travaillais plus pour le Département d’Etat. Puis il y a eu le Cambodge. Et le Laos. Peu après, le Nicaragua et le Salvador. Puis le Panama est devenu la nouvelle menace contre les Etats-Unis, contre la liberté et la démocratie et tout ce que nous chérissons et il fallait donc bombarder ce pays sans pitié. Ensuite il y a eu la première guerre contre le peuple irakien, et les 78 jours de bombardements consécutifs contre la Yougoslavie. Puis ce fut au tour de l’Afghanistan de connaître les pluies d’uranium appauvri, de napalm, de bombes au phosphore et autres armes diaboliques et poussières chimiques ; puis l’Irak de nouveau. Et d’autres aussi que je n’ai pas mentionnés. Je pense détenir le record du nombre de manifestations devant la Maison Blanche.

Pendant tout ce temps, le bon peuple travailleur de l’Amérique pensait que leur pays oeuvrait pour le bien. Certains pensent encore que nous n’avons jamais déclenché de guerre, et certainement rien qui puisse être qualifié de « guerre d’agression ».

Au cours de cette même journée enneigée de décembre, Julian Assange de Wikileaks était libéré de prison à Londres et déclarait aux journalistes qu’il était plus préoccupé par une extradition vers les Etats-Unis que vers la Suède, où il est accusé de crimes «sexuels». (1)


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C’est une crainte souvent exprimée par différents politiciens et trafiquants de drogue de différents pays ces dernières années. Les Etats-Unis sont devenus la nouvelle Ile du Diable de l’occident. A partir du milieu du 19eme siècle et jusqu’au milieu du 20ème siécle, les prisonniers politiques étaient expédiés sur un bout de territoire français situé au large des côtes sud-américaines. Un des résidents actuels de cette version moderne de l’Ile du Diable s’appelle Bradley Manning, l’ancien analyste du renseignement US soupçonné d’avoir livré les câbles diplomatiques à Wikileaks. Manning est en détention depuis sept mois, d’abord au Koweit puis dans une base militaire en Virginie. Il risque une peine de prison à perpétuité s’il est jugé coupable... de quelque chose. Sans procès, sans jugement, on ne lui autorise qu’un minimum de contacts avec l’extérieur, ou avec les gens, ou la lumière du jour, ou les informations ; parmi les choses qui lui sont interdites on trouve un oreiller, des draps, de l’exercice physique ; son sommeil est limité et fréquemment interrompu. Lire l’article de Glenn Greenwald sur le traitement infligé à Manning et qui équivaut à de la torture. (2)

Un ami du jeune soldat dit que beaucoup de gens sont réticents à s’exprimer sur la détérioration physique et mentale de Manning à cause du harcèlement du gouvernement, sous forme de surveillance, de confiscations d’ordinateurs sans mandat et même de tentatives de corruption. « Tout ceci a eu un tel effet d’intimidation que beaucoup n’osent pas parler en son nom. » (3) Un développeur du logiciel utilisé par Wikileaks a été détenu pendant plusieurs heures l’été dernier par des agents fédéraux à l’aéroport de Newark, New Jersey, qui l’ont interrogé sur ses liens avec Wikileaks et Assange et aussi sur ses opinions sur les guerres en Afghanistan et en Irak. (4)

Il ne s’agit là que d’un incident mineur mais qui s’intègre dans l’instauration d’un état policier qui se poursuit depuis prés d’un siècle, de la Menace Communiste des années 20 au McCarthysme des années 50 à la répression contre les manifestants pour l’Amérique centrale des années 80... renforcée par la Guerre Contre la Drogue... et désormais accélérée par la Guerre Contre le Terrorisme. Ce n’est pas le pire état policier de l’histoire, ni même le pire état policier contemporain, mais c’est quand même un état policier, et certainement l’un des plus efficaces de tous les temps. Une étude récente du Washington Post a révélé l’existence de 4.058 organismes « antiterroristes » différents à travers le pays, chacun avec ses propres responsabilités et sa propre juridiction. (5) La police américaine, composée d’un large éventail de services, obtient généralement ce et qui elle veut. Si les Etats-Unis réussissent à mettre la main sur Assange, sous n’importe quel prétexte juridique, vous pouvez trembler pour lui car cela pourrait bien signifier la fin définitive de sa liberté ; Ni les faits qu’on lui reproche ni ses actions supposées ou réelles ni même les textes des lois américaines n’auront plus la moindre importance car il n’y a point de furie plus grande que celle d’un Empire contrarié.

Johns Burns, correspondant en chef à l’international du New York Times, après avoir interviewé Assange, a déclaré : « Il est profondément convaincu que les Etats-Unis représentent une force de mal dans le monde, qu’ils détruisent la démocratie. » (6) Est-ce que quelqu’un qui pense ainsi mérite de faire connaissance avec les droits de l’homme tels qu’on les conçoit sur l’Ile du Diable ?

Les documents de Wikileaks ne révéleront peut-être rien qui puisse bouleverser le monde, mais jour après jour ils participent à la lente mais constante érosion de la foi des gens en la pureté des intentions du gouvernement des Etats-Unis, étape indispensable pour surmonter toute une vie d’endoctrinement. Dans le passé, beaucoup plus de gens se seraient plantés devant la Maison Blanche s’ils avaient eu accès à la pléthore d’informations qu’on peut trouver aujourd’hui ; ce qui ne signifie pas pour autant que nous aurions pu empêcher une seule guerre car cela dépend aussi du degré de démocratie qui règne aux Etats-Unis.

Une autre conséquence de la publication de ces documents pourrait être la démystification de la réputation largement répandue de la Suède, ou du gouvernement suédois, qui serait pacifique, progressiste, neutre et indépendante. Le comportement de Stockholm à cette occasion, comme à d’autres, n’a rien à envier à celui de Londres dans le rôle de caniche des Etats-Unis, lorsqu’ils se sont alignés sur l’accusation contre Assange qui avait fréquenté des cubains anti-castristes de droite qui étaient eux-mêmes évidemment soutenus par le gouvernement des Etats-Unis. C’est cette même Suède qui a collaboré récemment avec la CIA dans les opérations d’enlèvements secrets vers des centres de torture et qui maintient 500 soldats en Afghanistan. Comparé au nombre d’habitants, la Suède qui est le premier exportateur d’armes au monde et elle participe depuis des années aux manoeuvres militaires de l’OTAN/US, dont certaines sont parfois effectuées sur son propre territoire. La gauche ferait bien de se chercher une autre nation-modèle. Cuba, peut-être ?

Et puis il y a aussi ce vieux stéréotype chez les Américains selon lequel les Suédois ont une attitude sophistiquée et tolérante à l’égard du sexe, une réputation provoquée, ou renforcée, par un film suédois de 1967 et qui avait été interdit pendant un certain temps aux Etats-Unis. Que constatons-nous aujourd’hui ? Des Suédois qui lancent Interpol aux trousses d’un homme qui aurait apparemment contrarié deux femmes, peut-être parce qu’il avait couché avec les deux dans la même semaine.

Et pendant qu’ils y sont, les progressistes américains feraient bien aussi d’ouvrir les yeux sur la BBC, qu’ils perçoivent comme un média progressiste. Les Américains se font toujours embobiner par un accent britannique. Le présentateur de l’émission BBC Today, John Humphry, a demandé à Assange : « Etes-vous un prédateur sexuel ? » Assange a dit que la question était « ridicule », et il a ajouté « bien-sûr que non ». Humphry lui a ensuite demandé avec combien de femmes il avait couché. (7) Même Fox News ne se serait pas rabaissé à un tel niveau. J’ai regretté qu’Assange n’ait pas grandi comme moi dans les rues de Brooklyn. Il aurait su alors exactement quoi répondre à une telle question : « En comptant votre mère ? »

Un autre groupe qui devrait en profiter pour tirer des leçons de tout ça est celui des conspirationnistes acharnés. Plusieurs m’ont déjà écrit sur un ton narquois pour m’informer de ma naïveté pour n’avoir pas encore compris qu’Israël était en réalité derrière les fuites de Wikileaks. C’est pour cela, me disent-ils, qu'aucun document ne mentionne Israël. J’ai dû leur apprendre que j’avais déjà vu quelques documents qui n’étaient pas flatteurs pour Israël. Depuis, j’en ai vu d’autres, et Assange, lors d’une interview par Al Jazeera le 23 décembre, a déclaré qu’un petit nombre seulement de documents relatifs à Israël avaient été publiés jusqu’à présent parce que les médias occidentaux qui avaient les droits de publication exclusifs sur ces document secrets étaient réticents à publier des informations sensibles sur Israël. (Imaginez le tir de barrage qu’aurait subi Der Spiegel en Allemagne). « Il y a 3.700 documents concernant Israël dont 2.700 proviennent d’Israël même » a dit Assange. « Au cours des six prochains mois, nous avons l’intention d’en publier d’autres. » (8)

Évidemment, plusieurs autres personnes m’ont aussi informé que tout ça n’était en réalité qu’un coup monté par la CIA.


Le Droit au Secret


Nous sommes nombreux à en avoir assez des partisans d’Israël qui qualifient «d’antisémite» toute critique formulée contre la politique israélienne, ce qui n’est pratiquement jamais le cas. Examinons la définition donnée par le dictionnaire Webster : «Antisémite. Quelqu’un qui exerce une discrimination, manifeste une hostilité ou affiche des préjugés à l’encontre des Juifs » Remarquez qu’il n’est pas fait mention de l’état d’Israël.

Voici à quoi ressemble un véritable antisémite. Ecoutons l’ancien président (des États-Unis) Richard Nixon : « les Juifs sont agressifs, rudes et odieux... la plupart de nos amis Juifs... ont au fond un complexe d’infériorité qu’ils doivent compenser. » Ceci est extrait de l’enregistrement d’une conversation à la Maison Blanche, le 13 février 1973, publié récemment. (9) Ces enregistrements, et il y en a beaucoup, représentent le Wikileaks de l’époque.

Pourtant, comme l’a souligné un éminent conservateur, Michael Medved, après la publication des remarques de Nixon : « Ironiquement, aucun Américain n’a fait plus pour le peuple Juif au moment décisif : après l’attaque surprise Egypto-syrienne en 1973 qui a détruit un tiers de l’aviation israélienne et tué l’équivalent Américain de 200.000 Israéliens, Nixon a ignoré le Pentagone et ordonné le réapprovisionnement immédiat en matériel. Jusqu’à ce jour, les Israéliens sont encore reconnaissants pour ce geste décisif qui a permis à l’état Juif de changer le cours de la guerre. » (10) Alors, Richard Nixon était-il antisémite ? Et ses remarques doivent-elles rester secrètes ?

Dans une autre interview récente, on a demandé à Julian Assange s’il pensait « qu’un état avait le droit de garder des secrets ». Il a reconnu qu’il existe des circonstances où les institutions ont besoin de secret, « mais cela ne signifie pas que tous les autres doivent se plier à cette nécessité. Les médias ont un devoir envers le public, celui de publier l’information que le public doit connaître. » (11)

[rappel "informer n’est pas une liberté pour la presse, mais un devoir" - dixit Le Grand Soir - dont Assange est un fidèle lecteur. Nan, j’déconne - NDT]

J’ajouterai que le peuple Américain – plus que tout autre peuple – a besoin de savoir ce que manigance son gouvernement à travers le monde parce que son gouvernement se livre à plus d’agressions que tout autre gouvernement, qu’il est continuellement en train de bombarder et d’envoyer des hommes et des femmes pour tuer et se faire tuer. Les Américains ont besoin de savoir ce que leurs dirigeants psychopathes se disent réellement les uns aux autres au sujet de ce bain de sang. Toute bribe d’information pourrait servir comme arme pour empêcher une nouvelle guerre. Michael Moore a récemment écrit :

« Nous avons été entraînes dans une guerre contre l’Irak par un mensonge. Il y a eu des centaines de milliers de morts. Imaginez si ceux qui avaient planifié ce crime de guerre en 2002 avait eu affaire à Wikileaks. Ils n’auraient peut-être pas réussi leur coup. La seule raison pour laquelle ils pensaient s’en sortir était qu’ils étaient protégés par le secret. Cette protection leur a été arrachée, et j’espère qu’ils ne pourront plus jamais manoeuvrer en secret. »

Et n’oublions pas non plus, chers camarades, que nos glorieux dirigeants nous espionnent en permanence : aucune communication, par téléphone ou courrier électronique, n’est un secret pour eux ; rien dans nos comptes en banque ou dans nos chambres à coucher n’est hors de leur portée s’ils ont envie de savoir. Récemment, le FBI a effectué un raid dans des foyers du Midwest chez des militants de la solidarité avec la Palestine, la Colombie et d’autres. Les agents ont passé de nombreuses heures à passer au peigne fin chaque étagère, chaque tiroir, emportant des dizaines de cartons remplis d’objets personnels. Alors à quel genre de secret aurait droit le Département d’État ?


Se préparer à la vague de propagande qui s’annonce

 
Le 6 février marquera le centenaire de la naissance de Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1981 à 1989. Les conservateurs ont déjà lancé le show. Le jour de l’an, une banderole de 20 mètres sur 10 en l’honneur de Reagan flottait au milieu de la grande Parade à Pasadena, en Californie. Pour vous aider à gérer, et peut-être même à contrer, la désinformation et les omissions qui vont inonder les médias dans les prochains mois, voici quelques informations sur ce grand homme et ses splendides réussites, en commençant par la politique étrangère.

NICARAGUA

Pendant 8 longues années le peuple du Nicaragua fut soumis aux attaques de l’armée mercenaire de Ronald Reagan, la Contra. Ce fut une guerre en bonne et due forme déclenchée par Washington et qui visait à détruire les programmes sociaux et économiques progressistes du gouvernement sandiniste – en incendiant des écoles et des cliniques, en minant les ports, en bombardant et mitraillant, en violant et en torturant... Les Contras étaient ces charmants gentlemen que Reagan appelait « les combattants de la liberté » et « l’équivalent moral de nos pères fondateurs ».

EL SALVADOR

Les dissidents salvadoriens ont tenté d’agir au sein du système. Mais avec le soutien des Etats-Unis, le gouvernement a rendu toute activité impossible, en recourant constamment aux fraudes électorales et au meurtre de centaines de manifestants et grévistes. Lorsque les dissidents ont pris les armes, l’administration Carter, et ensuite et surtout l’administration Reagan, ont réagi en fournissant une aide financière et militaire illimitée au gouvernement et ses escadrons de la mort et de torture, ces derniers bénéficiant eux-mêmes de l’aide de la CIA et ses manuels sur la torture. Le personnel militaire et de la CIA participaient activement. Le résultat fut 75.000 civils morts ; toute velléité de changement écrasé dans l’oeuf, une poignée de riches qui possédaient toujours le pays et les pauvres toujours aussi pauvres, et les escadrons de la mort qui menaçaient toute dissidence. Il n’y aura aucun changement au Salvador tant que Ronnie et Nancy occuperont la Maison Blanche.

GUATEMALA

En 1954, un coup d’état organisé par la CIA renversa le gouvernement démocratiquement élu de Jacobo Arbenz, déclenchant 40 ans de règne des escadrons de la mort, de torture, de disparitions, d’exécutions massives, et une cruauté inimaginable, pour un total de 200.000 victimes – sans aucun doute un des chapitres les plus inhumaines du 20ème siècle. Pendant 8 de ces 40 ans, l’administration Reagan a joué un rôle majeur.

Le pire des dictateurs militaires était peut-être le général Efrain Rios Montt, qui a mené pratiquement un holocauste contre les Indiens et les paysans, ce qui lui a valu une condamnation internationale. En décembre 1982, Reagan a rendu visite au dictateur Guatémaltèque. Lors d’une conférence de presse des deux hommes, Rios Montt a été interrogé sur sa politique de terre brûlée. Il a répondu « Nous n’avons pas de politique de terre brûlée. Nous avons une politique de communistes brûlés.  » Après la réunion, en réaction aux accusations d’atteintes massives aux droits de l’homme, Reagan a déclaré que Rios Montt était « mal traité » par les médias.

 

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Efrain Rios Montt et Reagan

 

LA GRENADE

Reagan a envahi ce minuscule pays en octobre 1983, une invasion totalement illégale et immorale, drapée de mensonges (des étudiants américains en médecine étaient « en danger »). L’invasion a permis de placer au pouvoir des hommes plus compatibles avec la politique étrangère des Etats-Unis.

● AFGHANISTAN

Après que l’administration Carter a provoqué une invasion Soviétique, Reagan est arrivé au pouvoir pour soutenir à fond les intégristes islamiques dans leur guerre contre les Soviétiques et le gouvernement laïque qui faisait respecter les droits des femmes. Au final, les Etats-Unis et les intégristes ont « gagné » et les femmes et le reste de l’Afghanistan ont perdu. Plus d’un million de morts, trois millions d’estropiés, cinq millions de réfugiés ; soit environ la moitié de la population. Et de nombreux intégristes islamiques antiaméricains formés et armés par les Etats-Unis et prêts à exercer leur terreur sur le monde.

« Voir les courageux combattants de la liberté afghans affronter un arsenal moderne avec de simples armes de poing est une source d’inspiration pour tous ceux qui aiment la liberté » a déclaré Reagan. « Leur courage nous enseigne une grande leçon – il y a des causes ici-bas qui méritent d’être défendues. Je dis, au nom de tous les Américains, que nous admirons votre bravoure, votre dévouement à la liberté, et votre lutte incessante contre vos oppresseurs. » (12)

LA GUERRE FROIDE

En ce qui concerne le rôle présumé de Reagan dans la fin de la Guerre Froide... ce n’est qu’une pure fiction. Il l’a prolongée. Lisez l’histoire dans un de mes livres. (13)

Quelques autres exemples de l’immoralité remarquable de Ronald Wilson Reagan et du cynisme décomplexé de son administration. :

Reagan, dans son célèbre discours de 1964, « L’heure des Choix », qui l’a propulsé sur la scène politique nationale : « On nous a dit il y a quatre ans que 17 millions de personnes se couchaient le ventre vide. Eh bien, c’était probablement vrai. Il faisaient tous un régime. »


« Sape de la santé, de la réglementation sur la sécurité et l’environnement. Reagan décréta que de telles réglementations devaient être soumises à des analyses d’impact – des analyses favorables aux entreprises et à leurs résultats, menées par le bureau Office of Management and Budget. Résultat : d’innombrables réglementations positives rejetées ou revues sur les bases de conclusions pseudo-scientifiques selon lesquelles leur coût pour les sociétés privées serait supérieur aux bénéfices pour le public. »


« Lancement de l’ère des ajustements structurels. Ce fut sous l’influence de l’administration Reagan que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont commencé à imposer partout le programme politique connu sous le nom d’ajustement structurel – composé de déréglementations, de privatisations, de priorité aux exportations, de coupes claires dans les dépenses sociales – qui a plongé un pays du tiers-monde après l’autre dans un désastre économique. Le chef du FMI à l’époque fut honnête sur ce qui allait se passer, déclarant en 1981 que, pour les pays à faible revenus, « l’ajustement sera particulièrement coûteux en termes humains». »


« Silence devant l’épidémie de SIDA. Reagan n’a mentionné le SIDA en public qu’en 1987, alors que le SIDA avait déjà tué 19.000 personnes aux Etats-Unis. » – Russell Mokhiber et Robert Weissman (14)


« L’élection de Reagan a changé la réalité politique. Son programme supprimait les aides sociales de l’état, et ses budgets imposaient une grande variété de coupes claires dans les programmes sociaux. Il était par ailleurs très stratégique dans sa démarche. Une de ses premières cibles fut l’assistance juridique. Ce service, qui fournissait une assistance juridique aux personnes à faibles revenus, était composé en majorité d’avocats progressistes qui s’en servaient pour mener des batailles juridiques victorieuses contre le gouvernement. Reagan a coupé le financement du programme. Il a aussi explicitement interdit à ce service de mener des actions collectives (Class Action Suits) contre le gouvernement – des actions qui avaient remporté de grandes victoires en faveur des familles les plus démunies.

 
« L’affaiblissement des syndicats était aussi une priorité pour l’administration Reagan. Les personnes nommées au National Labor Relations Board (agence indépendante fédérale créée en 1935 pour contrôler l’application du droit du travail - NDT) étaient plus favorables au patronat que ceux nommés par toutes les administrations précédentes, Démocrates ou Républicaines. Cela a permis au patronat d’ignorer le code du travail en toute impunité. Reagan a aussi fait entrer dans les moeurs le licenciement des grévistes lorsqu’il a licencié les contrôleurs aériens en 1981. De nombreuses grandes sociétés lui ont rapidement emboité le pas... Il en résulta une nette diminution du taux de syndicalisation, qui est passé de près de 20 pour cent dans le secteur privé en 1980 à un peu plus de 7 pour cent en 2006. » – Dean Baker (15)

Reaganomics : une politique fiscale basée sur l’idée que « les riches ne travaillent pas parce qu’ils n’ont pas assez d’argent tandis que les pauvres ne travaillent pas parce qu’ils en ont trop. »  -- John Kenneth Galbraith
 
« Selon les mantras de l’Amérique de l’ère Reagan, le système chinois actuel – à la fois capitaliste et autoritaire – ne pouvait pas exister. Le Capitalisme apportait la démocratie, répétaient ad nauseam les apologistes du libre-commerce, les conservateurs, les fonctionnaires du gouvernement et les compagnies américaines qui faisaient des affaires en Chine. Avec un nombre suffisant de Starbucks (chaîne de cafés – NdT) et de McDonalds, et un choix suffisamment large pour les consommateurs, la Chine allait sûrement devenir une démocratie. » – Harold Meyerson (16)


Tout au long du début et jusqu’au milieu des années 80, l’administration Reagan déclarait que les Russes répandaient des produits chimiques partout sur le Laos, le Cambodge et l’Afghanistan – la soi-disant « pluie jaune » - et avaient provoqué plus de 10.000 morts rien qu’en 1982, (dont, en Afghanistan, 3.042 morts attribués à 47 incidents distincts entre l’été de 1979 et l’été de 1981, pour vous dire si l’information était précise...). Le Président Reagan dénonça en personne l’Union Soviétique à plus de 15 reprises dans des documents et des discours. La « pluie jaune », en réalité, n’était que des déjections chargées de pollen produites par d’énormes essaims d’abeilles qui volaient en altitude. (17)

Les célèbres déclarations de Reagan, bis : l’affaire Contragate (un scandale de vente illégale d’armes à l’Iran pour permettre le financement de la guerre des Contras contre le gouvernement Nicaraguayen après que le Congrès US eut coupé le financement des Contras) peut se résumer ainsi :

- je n’étais pas au courant
- si j’étais au courant, je n’en savais pas assez
- si j’en savais assez, je l’ai su trop tard
- si je l’ai su à temps, ce n’était pas illégal
- si c’était illégal, la loi ne s’appliquait pas dans mon cas
- si la loi s’appliquait dans mon cas, je n’étais pas au courant

William Blum

http://killinghope.org/bblum6/aer89.html

Traduction VD pour le Grand Soir avec probablement les erreurs et coquilles habituelles



Notes

1. Sunday Telegraph (Australie), 19 Decembre 2010

2. Salon.com, 15 Decembre 2010, "The inhumane conditions of Bradley Manning’s detention". Voir aussi le compte-rendu d'une journée-type de Manning par son avocat ; et Washington Post, 16 Decembre 2010

3. The Guardian (Londres), 17 Decembre 2010

4. New York Times, 19 Decembre 2010

5. Washington Post, 20 Decembre 2010

6. Diane Rehm show, National Public Radio, 9 Decembre 2010

7. The Guardian (Londres), 21 Decembre 2010

8. Information Clearing House, 23 Decembre 2010, « WikiLeaks to Release Israel Documents in Six Months »

9. Washington Post, 12 Decembre 2010

10. Du Medved’s radio show, 14 Decembre 2010 ; "Nixon : The Anti-Semitic Savior of Israel"

11. Al Jazeera, 22 Decembre 2010, Frost Over the World : Julian Assange interview.

12. Le 21 mars 1983, à la Maison Blanche.

13. Killing Hope : US Military and CIA Interventions Since World War II, p.17-18. (en français : Les guerres scélérates).Voir aussi, pour les cinq pays mentionnés ci-dessus, les chapitres qui leur sont consacrés dans ce livre.

14. Juin 2004 ; Mokhiber est le rédacteur en chef de Corporate Crime Reporter ; Weissman, le rédacteur en chef du Multinational Monitor, tous deux à Washington, D.C.

15. Avril 2007 ; Baker est Co-Administrateur du Center for Economic and Policy Research, Washington, DC.

16. Chroniqueur au Washington Post, 3 juin 2009

17. Killing Hope, op cit, p.349

URL de cet article 12367
http://www.legrandsoir.info/Wikileaks-les-Etats-Unis-la-Suede-et-l-ile-du-Diable.html

 

*

 


III.


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Discours de Patrice LUMUMBA,
Premier ministre et ministre de la défense nationale
de la République du Congo,
Prononcé à la cérémonie de l’Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960.


« Congolais et Congolaises, Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais, A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté. Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait "tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "vous" honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.

Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs, qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation (applaudissements).

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail (applaudissements).

Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l’Homme (applaudissements). Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays. Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés (applaudissements).

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit (applaudissements). Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance, est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays.

De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis. Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger. Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise. Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays. L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain (applaudissements).

Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine (applaudissements). Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !
Vive l’indépendance de l’Unité africaine !
Vive le Congo indépendant et souverain ! (applaudissements prolongés). »

http://www.pressafrique.com/m53.html



*


Il ne s’est guère passé de temps, entre le moment où ce discours mémorable fut prononcé et le moment où il écrivit la lettre qui suit à son épouse Pauline  : moins de six mois. Il n’avait plus que quelques jours à vivre.



*

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Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.

Que pourrais-je dire d’autre ?

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice


Publié sur http://saoti.over-blog.com





Patrice Emery LUMUMBA
Assassiné au Katanga le 17 janvier 1961

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Voir aussi :
L’assassinat de Lumumba, un crime bientôt jugé en Belgique ?
http://www.cadtm.org/L-assassinat-de-Lumumba-un-crime

En effet, la veuve et le fils aîné de Patrice Lumumba sont sur le point d’intenter une action au pénal contre treize personnes toujours en vie, qu’ils accusent d’avoir trempé dans ce crime, perpétré dans des conditions aussi obscures que celui qui coûta la vie à J. F. Kennedy. 

Le problème, dans l’assassinat de Lumumba comme dans celui de Kennedy, est que ceux qui avaient intérêt à leur mort étaient si nombreux qu’on a pour ainsi dire l’embarras du choix. La CIA y fut assurément pour quelque chose, de même que l’establishment belge. Fut-ce au service d’intérêts US plus puissants que les leurs ou pour leur propre compte que ces Belges trempèrent leurs mains dans le sang jusqu’aux clavicules ? Le roi Baudoin fut-il du nombre ? C’est ce que le procès qui vient, sous peine de n’être qu’une mascarade, devrait au moins tenter d’éclaircir.

En attendant, l’occultation de Lumumba est si complète et la censure si efficace, qu’il nous a été impossible de trouver, sur Internet, une seule photo où le Premier Ministre Congolais et le roi des Belges, y compris le 30 juin 1960, apparaissent ensemble.

Pour mieux comprendre ce qui est en train de se passer, il n’est pas sans intérêt de lire les deux interviews récentes que Ludo De Witte, sociologue flamand auteur d’un livre qui fit scandale dans les milieux concernés lors de sa parution en 1999 -  L’assassinat de Lumumba – vient d’accorder, la première à l’hebdomadaire belge Solidaire, la seconde à deux journalistes congolais.



*


Interview Ludo De Witte : « Le Roi a implicitement donné son feu vert à l’assassinat de Lumumba »

Solidaire a rencontré Ludo De Witte, spécialiste du Congo et également conseiller des avocats qui sont à la base de la plainte qui sera bientôt déposée contre une dizaine de personnalités belges pour leur implication dans la mort de Lumumba et de ses compagnons.

Isabelle Minnon

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette plainte ? Qui sera sur le banc des accusés ?

Ludo De Witte. Cette plainte sera déposée à la demande de la famille de Lumumba qui a constaté que d’une part la vérité n’était pas sortie intégralement de la commission d’enquête parlementaire belge en 200-2001 et d’autre part que les décisions prises à l’issue de cette commission n’ont pas été honorées par notre gouvernement. Il n’y a pas eu de réparation et par conséquent, il n’y a pas eu de justice rendue. Étant le conseiller technique du cabinet d’avocats, je fournis des informations sur le plan historique. Je ne suis pas autorisé à vous dire qui sera sur le banc des accusés.

Cette plainte se fonde sur la loi de compétence universelle de 1993 relative à la répression des crimes de droit international humanitaire qui permet aux juges belges de poursuivre et de juger en Belgique des personnes coupables de génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Ces crimes étant imprescriptibles. En Belgique, cette loi a été utilisée contre des Africains impliqués dans le génocide rwandais. Ce serait une bonne chose qu’elle soit utilisée contre des Belges impliqués dans des crimes monstrueux contre des Africains comme celui de l’assassinat de Lumumba et de ses compagnons.

Étienne Davignon est probablement un des hommes les plus puissants dans l’establishment de la Belgique. Ancien président de la Société Générale de Belgique, membre du conseil d’administration de Suez, vice-président de Suez-Tractebel, actif dans des conseils d’administration de nombreuses entreprises, il était à l’époque l’attaché de cabinet du ministère des Affaires étrangères. Est-il sur la liste?

Ludo De Witte. En regardant l’affaire d’un point de vue historique, il est certain que le rôle de Monsieur Davignon devra être examiné par la justice belge. Il a joué un rôle très important au début de l’année 1960. Lors de la table ronde qui s’est tenue à Bruxelles, Étienne Davignon était le représentant du ministre des Affaires étrangères. Dès l’indépendance, il a été envoyé au Congo notamment pour organiser l’opposition contre Lumumba. Travaillant dans l’entourage du président Kasavubu, du ministre congolais des Affaires étrangères Justin Bomboko, il les a convaincus d’organiser un coup d’État et de renverser le gouvernement de Lumumba.

Pendant le transfert de Lumumba au Katanga, Étienne Davignon se trouvait à Bruxelles au cabinet des Affaires étrangères. Depuis le ministère des Affaires étrangères, un télex a été envoyé vers le Katanga. Ce télex mentionnait que Lumumba allait être transféré vers le Bakwanga, région de Kalonji, dont on savait qu’il voulait la mort de Lumumba. Bien que, finalement, Lumumba n’a pas été transféré au Bakwanga, mais au Katanga, ce télex pouvait être un message implicite pour les Belges au Katanga que l’intégrité physique de Lumumba n’avait aucune valeur pour les Affaires étrangères. Ce télex a certainement joué un rôle dans le fait que les Belges se trouvant au Katanga ne sont pas intervenus pour empêcher l’élimination de Lumumba.

D’autres personnalités belges sont impliquées, notamment des gens de la sûreté belge, comme André Lahaye et des militaires, dont Louis Marlière. Toutes ces personnes travaillaient ensemble sous l’autorité du Consul belge à Brazzaville, Marcel Dupret.

Quel a été le rôle du roi Baudouin dans l’assassinat de Lumumba ?

Ludo De Witte. On a des preuves que le roi Baudouin était au courant des projets visant à éliminer physiquement Lumumba. Le Roi a reçu une lettre d’un colonel belge dans laquelle celui-ci explique qu’il y a un plan des antilumumbistes consistant à l’élimination physique de Lumumba. Le Roi n’a pas transmis cette lettre au gouvernement belge. Or, il y était obligé constitutionnellement. Au contraire, le roi Baudouin a écrit une lettre à l’attention de Tshombé dans laquelle il fait l’éloge de celui-ci et des antilumumbistes et d’autre part s’attaque aux lumumbistes. Avec cette lettre, le Roi a implicitement donné son feu vert à l’élimination de Lumumba. Cette lettre du roi Baudouin a été envoyée en octobre, Lumumba a été assassiné en janvier. Il n’y a pas de lien direct entre cette lettre et l’assassinat de Lumumba. Toutefois, les officiers supérieurs belges connaissaient l’existence de cette lettre et donc la position du roi Baudouin. Dès lors, il est légitime de se demander dans quelle mesure cette lettre a joué un rôle dans l’assassinat de Lumumba.

Votre livre « L’Assassinat de Lumumba » publié fin des années 90 a fait beaucoup de bruit. Pourquoi avoir écrit ce livre plus de 30 ans après la mort du premier ministre congolais ?

Ludo De Witte. C’est par curiosité intellectuelle que j’ai commencé mes recherches en 1993, après avoir lu le livre de Jules Chomé « L’ascension de Mobutu ». Chomé était un des rares Belges, à l’époque, qui avait pris position en faveur de Lumumba. Et, j’étais stupéfait que justice n’avait pas été rendue dans un des assassinats phares du 20e siècle. Dans son livre, l’auteur parle de la crise congolaise qui a surgi après l’indépendance du pays, mais j’ai constaté que, dans son récit, il subsistait de nombreuses zones d’ombres. J’ai alors décidé d’entamer des recherches notamment en fouillant dans les archives des Affaires étrangères et dans celles des Nations unies.

Comment le monde politique belge a-t-il réagi à la publication de votre livre ?

Ludo De Witte. En 1999, lors de la publication de mon livre, un nouveau gouvernement (libéral-socialiste) venait de se mettre en place en Belgique avec comme ministre des Affaires étrangères, Louis Michel. Ce nouveau gouvernement a été très embarrassé par la sortie de mon livre. Louis Michel venait de faire son entrée sur la scène politique étrangère belge en Afrique, particulièrement au Congo, en jouant le rôle de pacificateur dans la guerre qui sévissait au Congo. Après la sortie du livre, il devenait très difficile pour la Belgique de donner une image d’un pays qui pouvait contribuer à mettre un terme au conflit par des accords de paix, en mettant en avant les idées de démocratie et des droits de l’homme alors que ce même gouvernement refusait de parler des crimes qu’il avait commis au Congo, dont l’assassinat de Lumumba.

En plus de mon livre, les déclarations de Gérard Soete, gendarme belge, l’un des fossoyeurs de Lumumba qui a confirmé mon récit en se vantant auprès des journalistes d’avoir « gardé deux dents de Lumumba à son domicile comme trophée », ont créé une grande émotion en Belgique.

Alors, Louis Michel a estimé qu’il était nécessaire de répondre aux allégations. Il a proposé la création d’une commission d’enquête parlementaire belge sur l’assassinat de Lumumba. En fait, pour Louis Michel, cette commission avait pour but de neutraliser mon livre. Lors de cette commission, la responsabilité de personnalités belges fut clairement démontrée sans que celles-ci ne soient citées dans les conclusions de la commission. La commission a utilisé les termes de « responsabilité morale » afin de rester vague, probablement pour éviter des condamnations à des réparations financières.

À l’issue de la commission, le gouvernement belge a décidé d’instituer le fonds Lumumba prévoyant d’y incorporer 3 millions euros par an, somme destinée à financer des projets en République démocratique du Congo. Ce projet de fonds Lumumba n’a jamais été concrétisé jusqu’à ce jour. Le président Laurent Kabila fut assassiné et son fils, Joseph Kabila, devenu président, a dû faire face à une forte pression internationale et à une guerre d’agression venant du Rwanda et de l’Ouganda. La Belgique avait en face d’elle un gouvernement congolais avec un président affaibli. Entre les lignes, on a pu percevoir la joie des politiciens belges dans l’assassinat du président Laurent Kabila. Avec un gouvernement si fragile au Congo, probablement que Louis Michel n’a plus senti le besoin de réparer les crimes commis dans les années 60. À l’heure actuelle, il n’y a même pas une rue, un monument en Belgique en hommage à Lumumba.

J’ai entendu que vous prépariez la sortie d’un nouveau livre, pouvez-vous nous en dire plus ?

Ludo De Witte. C’est un livre qui constitue un complément à « L’Assassinat de Lumumba ». Il porte sur la rébellion qui a eu lieu au Congo durant les années 64-65.

Après le renversement de Lumumba, les sentiments nationalistes étaient toujours présents dans la population. C’est ce qui a entraîné des rébellions essentiellement paysannes au centre et à l’est du pays dirigées par Pierre Mulele, Soumialot et Gbenye.

Les Belges et les Américains sont intervenus avec des troupes aéroportées, dans ce qu’on a appelé l’opération « Ommegang » dirigée par une centaine d’officiers belges qui encadraient des soldats congolais. Il y avait aussi des mercenaires qui participaient à cette opération de reconquête. Cette opération a été un véritable bain de sang dans lequel près d’un million de Congolais ont été assassinés.

Avant cette opération, la population criait « uhuru, uhuru, uhuru » qui signifie liberté. Après cette opération sanglante, c’en était fini des cris de liberté par la population, un vrai cimetière politique et social venait de voir le jour... et c’est sur base de ce cimetière que Mobutu a pris le pouvoir par un nouveau coup d’État et y a installé une dictature qui a duré jusqu’en 1997.




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Procès de l’assassinat de P.E. Lumumba



Ludo De Witte réaffirme la pleine responsabilité des officiels belges dans l’assassinat de Patrice Lumumba

http://www.lepotentiel.com



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Le Potentiel s’est entretenu, une fois de plus, avec l’écrivain belge Ludo De Witte qui a publié aux Editions Karthala l’ouvrage L’assassinat de Lumumba. Ludo De Witte, un Flamand, qui a sillonné le monde. Il a eu accès aux archives. Pour le moment, de passage à Kinshasa, Le Potentiel et L’Avenir se sont intéressés à lui.





Qu’est-ce qui justifie la présence, en ce moment, de Ludo De Witte à Kinshasa ? (F. Mulumba)

Je suis en RDC essentiellement pour préparer un nouveau livre. Je suis en train de préparer le complément de l’ouvrage sur l’assassinat de Lumumba. Un livre sur l’ascension de Mobutu (1964-1965) et le rôle de l’Occident dans la mise en scène de Mobutu. Pour cela, je réalise des interviews ici au pays avec des acteurs politiques qui étaient actifs à l’époque. Je suis aussi en train de tisser des liens avec le monde académique pour réfléchir à l’établissement d’un centre de recherche et de documentation sur le nationalisme congolais et africain. Auquel j’aimerais bien participer en mettant des archives à la disposition des chercheurs congolais. J’ai eu des difficultés pour chercher l’endroit où Lumumba a été exécuté. Mais, finalement, j’ai retrouvé cet endroit. Il faudrait quand même une contre-expertise avec des conclusions à la disposition des autorités congolaises.

Quand avez-vous commencé à mener ces démarches ? Et pourquoi Lumumba vous intéresse-t-il tant ? En outre, aujourd’hui, vous voulez participer à l’éclosion du nationalisme congolais au moment où, au Congo, des politiciens pensent que le nationalisme est dépassé car nous sommes dans la mondialisation. Qu’en pensez-vous ? (J. Diana)

J’ai commencé les recherches il y a 16 ans. A ce moment-là, j’avais plus d’attachement, d’intérêt pour le Congo et l’Afrique. J’ai eu la curiosité de lire un livre sur les événements de l’époque écrit par Jules Tchombé, un avocat belge, qui défendait la cause lumumbiste. Dans cet ouvrage, il essayait d’expliquer ce qui s’était passé ici. Et, à mon grand étonnement, j’ai pu constater que cet assassinat de Lumumba – un assassinat le plus important du 20ème siècle – n’était pas élucidé. Il y avait des trous énormes dans l’explication. C’est ainsi que j’ai commencé à étudier l’affaire en rassemblant les archives, surtout celles du fond bibliothécaire privé. Notamment aux Nations unies à New York pour examiner l’affaire. Et, finalement, j’ai pu avoir accès aux archives des Affaires étrangères. Ce qui m’a amené à élucider l’affaire en réfutant le fait que l’assassinat de Lumumba est une affaire des Bantous. Donc, c’est une affaire des Occidentaux qui, en collaboration avec certains Congolais, ont pu renverser le gouvernement congolais et organiser l’assassinat du Premier ministre lui-même.

Quant au nationalisme, je ne pense pas qu’il soit incompatible avec une approche avec le monde extérieur. Je crois que le nationalisme conçu par Lumumba était une tentative de mobiliser la population, d’avoir une autre organisation d’un peuple, d’inculquer et de stimuler la fierté, le dynamisme, la confiance en soi dans ce peuple. Et sur base de tout ceci, prendre en mains son propre sort. C’est l’essentiel du nationalisme de Lumumba. Il s’agit de développer le pays pour en faire un Etat-Nation intégré. Il n’est pas question seulement de construire des routes, comme à l’époque coloniale, qui servaient à transporter les richesses du pays vers le marché mondial mais développer vraiment le pays, intégrer les différentes régions et développer une sorte d’économie nationale. Cela implique, à mon avis, une certaine forme de nationalisme pour relever cette économie nationale. Mais il est clair que c’est avec des échanges avec le monde extérieur qu’il faut développer ce nationalisme. Je ne crois pas qu’il y ait contradiction. Mais si on ne développe pas ce nationalisme, si on n’a pas ce rapport des forces à l’intérieur du pays, je crois qu’on est un peu à la merci du capitalisme international. Et cela au détriment du peuple congolais.

A vous entendre parler, c’est comme si vous êtes de gauche. Est-ce que je me trompe ? (F. Mulumba)

Non. J’ai une approche progressiste. Le choix de mes recherches, c’est toujours une tentative pour élucider certaines pages noires dans l’histoire, c’est essayer d’expliquer et de mettre à nu les forces dominantes qui, en général, restent cachées, pas juste derrière les rideaux. Elles réagissent lorsqu’elles sentent que leurs enjeux stratégiques sont réellement en danger. C’est alors qu’on voit ce qu’elles sont prêtes à faire pour défendre leurs intérêts.

Et je crois que la crise congolaise en 1960 est née dès la constitution du gouvernement Lumumba. La Belgique a, alors, cru que toutes les richesses qu’elle avait acquises dans la colonie étaient en danger. Elle s’est battue bec et ongles jusqu’à planifier l’assassinat de Lumumba, un Premier ministre légalement élu.

On l’impression qu’il y a un règlement des comptes entre Francophones et Flamands dans la mesure où les richesses du Congo ont beaucoup plus profité aux premiers qu’aux seconds. Qu’en pensez-vous ? (F. Mulumba)

Je crois que ce n’est pas juste. Moi-même, je n’ai aucune ambition de jouer un rôle dans une politique de nationalisme flamand. D’ailleurs, il n’est pas vrai que ce sont les Wallons qui étaient dans la colonie au détriment des Flamands. Mais c’est l’élite belge, la classe dominante belge (la Société générale et les autres consortiums) qui en a profité. L’œuvre coloniale n’était pas très populaire au sein de la population en Belgique. On avait une certaine méfiance envers ceux qui venaient exploiter les richesses du Congo. N’oubliez pas que, depuis 1960, le mouvement nationaliste prenait un essor et que le gouvernement belge était en train de se demander s’il devait intervenir militairement pour écraser ce mouvement. Un peu partout, en Belgique, il y avait des écris sur les murs tels que : « Pas un Franc, pas un soldat pour l’Union minière ». Et les syndicats belges avaient clairement dit qu’on ne pouvait pas envoyer des soldats belges intervenir au Congo.

On constate qu’après Lumumba, on a mis Laurent-Désiré Kabila pratiquement dans les mêmes conditions.

Pourquoi cette constance dans les médias belges par rapport à ce qui sort du nationalisme congolais, à ceux qui cherchent avant tout le développement du Congo ? (J. Diana)

Et on a l’impression que les Belges sont toujours à la base de malheurs du Congo. Vous avez dit dans votre ouvrage que ce sont les Belges qui sont à la base de l’assassinat de Lumumba. Lors de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, la déclaration la plus fracassante est venue de la Belgique avec Louis Michel qui, semble-t-il, a sablé le champagne. Ne peut-on pas dire que les malheurs qui arrivent au Congo proviennent notamment de l’élite belge ? (F. Mulumba)

Je ne sais pas si on a pris le champagne à l’annonce de l’assassinat de L.-D Kabila. Mais il est vrai qu’au moment où Laurent-Désiré Kabila a été assassiné, la commission d’enquête parlementaire belge sur l’assassinat de Lumumba était en cours. Donc, au même moment qu’on était en train, soi-disant, d’élucider cet assassinat, les politiciens belges accordaient aux médias des interviews dans lesquelles il était tout à fait clair qu’ils cachaient difficilement les raisons pour lesquelles Laurent-Désiré Kabila était assassiné.

Je ne crois que la Belgique soit une exception. Et que les Français ou les Américains soient meilleurs que la Belgique. Il faut se référer à ce qui s’est passé au Rwanda. Et le fait que la France a transféré les milices hutu qui ont commis le génocide au Rwanda et dans l’Est du Congo, où les Américains ont soutenu le Rwanda et au moment où on accepte l’agression contre le Congo, le problème n’est pas caractériel d’un peuple spécifique (les Français, les Américains ou les Belges). Mais il s’agit d’un système de domination qu’il faut qualifier d’impérialiste, c’est-à-dire qu’il est question de contrôler les richesses du pays. Et ça, c’est aussi vrai pour les Américains, les Français que pour les Belges. Je crois que dire que les richesses du Congo sont comme, pour utiliser l‘expression lancée par le ministre américains des affaires étrangères, « le pétrole est un produit trop stratégique pour le laisser entre les mains des Arabes ». Les classes dominantes de l’Occident croient que ce sont des produits stratégiques qu’on ne peut pas laisser entre les mains des Congolais, des Africains. Et quand il y a des dirigeants nationalistes qui veulent vraiment prendre en mains leur propre destin et mettre à la disposition des Congolais et des Africains leurs richesses. Alors, ils réagissent. Et c’est ce qu’ils veulent éviter. C’est vrai pour ce qui s’est passé en 1960 et pour ce qui se passe aujourd’hui.

Il s’agit donc d’un système impérialiste. Mais il y a une particularité belge dans ce sens que tout en reconnaissant que la Belgique est de beaucoup dans le frein au développement du Congo. Les plus grandes critiques sur la situation actuelle du Congo viennent de la Belgique, telles que le Congo vit un désastre, etc. Alors que la Belgique a participé à ce désastre … (J. Diana)

Vous faites référence, je suppose, à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Karel De Gutcht. Je partage complètement votre point de vue. Karel De Gutcht est un homme très intelligent. Il ne peut pas être aussi stupide de croire qu’en insultant un chef d’Etat étranger qu’il va changer sa politique, qu’il va se mettre à genoux devant ce ministre d’un pays européen. Vous avez raison. Ce n’est d’ailleurs pas quelque chose qui est nouveau. Je me souviens que quand Laurent-Désiré Kabila est venu au pouvoir, il a, à un certain moment, voulu instaurer une sorte de contrôle d’Etat monétaire sur le change entre le Franc congolais et les devises étrangères. Il y a eu les mêmes réactions tant en Belgique que dans toute l’Europe. Donc, une attitude impérialiste un peu généralisée par laquelle on peut exercer des pressions sur le gouvernement congolais actuel pour qu’il tienne compte de desiderata de l’Occident.

Avez-vous eu l’accès facile aux archives de l’ONU lors de vos recherches sur l’assassinat de Lumumba ? (J. Diana)

Il faut savoir que, même pour les notes académiques, les fonctionnaires de l’ONU sont très réticents en ce qui concerne les archives relatives aux pages noires de l’histoire. Je vous donne une indication très concrète. Le colonel Van De Val, un des représentants du gouvernement belge de l’époque ici au Congo, avait publié ses mémoires en 1974. Dans lesquelles il avait déjà écrit que le gouvernement belge avait un plan d’assassinat de Lumumba. En 1974, il n’y avait aucun chercheur académicien belge ou occidental qui a exploré cette information et qui a travaillé dessus. Justement, parce qu’il y avait défense de toucher à cela. En Europe, l’académicien dépend de la bonne volonté des instances politiques pour le visa, le crédit et les subsides. On a préféré ne pas toucher à cette information-là. Mais, moi, j’étais le premier à le faire. Donc, il y a un manque de volonté de la part de l’etablisment académique de toucher à cette affaire parce qu’il a les mêmes visions, objectifs que la classe dominante belge.

J’ai eu accès à ces archives parce que je travaillais déjà pendant plusieurs années sur le dossier et j’ai pu rassembler de précieux documents. J’ai alors pu discerner tous les noms, lieux et informations codés contenus dans ces documents. Des diplomates m’ont donné l’occasion de consulter ces archives.

Dernièrement, on a parlé en Belgique de la commission parlementaire sur l’assassinat de Lumumba. Le professeur Omasombo, qui est Congolais, a fait partie de cette commission. Cela a-t-il été facile pour lui ? (F. Mulumba)

C’est vrai. Mais la commission Lumumba qui resterait, après le célèbre Moke dans la publication de mon livre et, surtout, par le fait que le commissaire de police belge qui avait détruit le corps de Lumumba a montré deux dents de Lumumba qu’il a gardées chez lui comme une sorte de trophée. Cela a provoqué un tollé. C’est ainsi que le gouvernement belge, compte tenu du fait qu’il voulait jouer un rôle en Afrique centrale où il y avait un gouvernement dirigé par Laurent-Désiré Kabila qui se déclarait nationaliste lumumbiste, a cru qu’on devait réagir à ces allégations. C’est pour cela qu’il a institué cette commission. Lorsqu’on a pris cette décision, j’ai pensé y inclure des historiens et des chercheurs congolais dans les travaux de la commission parce que, somme toute, c’est l’histoire du Congo. Finalement, on cherché et trouvé un compromis. On a donc inclus le professeur Omasombo dans la commission, mais comme expert. Il y avait également quatre experts belges qui avaient travaillé sur les archives. Le professeur Omasombo a pu faire l’expérience pour conclure dans quelle mesure l’esprit colonialiste régnait encore en Belgique. Et il s’est vraiment senti nègre dans la commission.

Vous avez écrit un livre qui a provoqué un tollé général. Et il y a eu cette enquête parlementaire belge. Et le jour de la vérité, la Belgique a pratiquement reconnu sa responsabilité dans cet assassinat. Que peut-on attendre de la suite ? (J. Diana)

On a reconnu une certaine responsabilité morale très vague. On n’a pas indiqué les responsabilités des individus dans cette affaire. C’était la tâche de la commission comme cela a été décrit dans la loi qui a instauré cette commission. Je crois que la raison est assez simple : étant entendu l’assassinat de Lumumba, la dictature aveuglante de Mobutu et l’installation des dictatures ont eu des effets désastreux sur tout le continent. On veut surtout éviter qu’il y ait des règlements de compte avec cette histoire de justice et débordement de certaines réparations.

C’est pour cela qu’on a tiré des conclusions extrêmement vagues. Les autres conclusions concrètes de la commission, notamment l’instauration d’un Fonds Lumumba par lequel on allait subventionner des initiatives pour stimuler la démocratie au Congo. Tout cela n’a pas été fait non plus. En fait, la commission est restée lettre morte. C’est pour réagir à cela que, justement, la famille Lumumba a décidé de déposer, en janvier 2011, des plaintes devant le Tribunal à Bruxelles contre des Belges impliqués dans l’assassinat de Lumumba et contre l’Etat belge.

Il n’y a pas que des Belges qui sont responsables. En lisant votre ouvrage, on se rend compte que les Américains ont décidé et les Belges ont exécuté. Aujourd’hui, on voudrait savoir exactement qui a tué Lumumba ? (F. Mulumba)

Fin de l’année 60, Lumumba était enfermé dans une cellule de Mobutu. Les Belges et les Américains ainsi que leurs collaborateurs au Congo comme les Mobutu et les autres ont cru que le problème était résolu. On a cru que Lumumba enfermé, la situation était contrôlée. Comme on connaissait mal la population congolaise, à partir de l’Est, il y a eu tentative de reconquête du pays par les partisans de Lumumba. Dans l’espace de deux semaines et demie, ces derniers ont pu conquérir 40% du territoire national. Et même dans le campement où Lumumba était enfermé, il y avait le début d’une mutinerie. Une des exigences des soldats était la libération de Lumumba. Alors, aussi à Washington qu’à Bruxelles, on a pris panique. Les Américains avaient retiré le tueur qu’ils avaient envoyé pour assassiner Lumumba. Comme l’a signalé le Département d’Etat à Washington, le gouvernement belge voulait absolument éviter que Lumumba soit libéré et reviendra sur la scène politique. Les gens qui avaient la capacité organisationnelle ont décidé de transférer Lumumba vers un sous-traitant qui pouvait faire le sale boulot : le Kasaï ou le Katanga. Il a été transféré au Katanga dans un avion belge. Ce sont des officiers belges qui l’ont pris en chasse depuis sa descente d’avion à Lubumbashi. C’est sous leur responsabilité qu’il a été torturé et, finalement, exécuté.

Pouvez-vous nous dire quelque chose sur ce procès qui débute en janvier 2011 ? (F. Mulumba)

Je ne peux pas vous le dire. En fait, on m’a demandé de conseiller le team d’avocats qui ont introduit la plainte. C’est à eux d’en parler. La seule chose que je peux dire, c’est qu’on va déposer plainte contre une dizaine de Belges sur base d’une loi qui a été traitée en Belgique par laquelle le droit humanitaire international est intégré dans la Cour pénale belge. Par cette loi, il est décidé que les infractions du droit international en temps de guerre n’ont pas de prescription. Même des événements qui se sont déroulés il y a 50 ans restent toujours punissables aujourd’hui. A l’époque, on a transféré un prisonnier politique Lumumba du Bas-Congo vers le Katanga qui était une infraction à cette loi. Il était assez clair que ces actes sont punissables selon la loi belge actuelle. Cette loi qui, jusque maintenant, n’est utilisée que contre des Africains. Sur base de cette loi, on a condamné et jugé quelques Rwandais impliqués dans le génocide de 1994.

On a l’impression que lorsqu’un Congolais essaie de relever la tête pour dire non aux impérialistes, il est assassiné. En tant que intellectuel de gauche, quels conseils pouvez-vous donner aux Congolais pour éviter que l’histoire ne se répète ? (F. Mulumba)

Pendant les dernières 50 années, le Congo a eu deux chances pour sortir de l’impasse et faire des pas en avant. C’était avec Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, tous deux assassinés. Je crois que c’est très important de ne pas se décourager. La relation la plus fondamentale est qu’il faudrait entreprendre un programme et une action nationalistes. Mais, pour avancer dans cette direction, il faut construire un rapport des forces. Il ne faut pas seulement agir sur base d’un politicien – bien qu’il soit charismatique – mais il faut construire un rapport des forces avec les leaders de la société, mobiliser la population, élaborer une direction politique collectivisée où les dirigeants sont en quelque sorte remplaçables. Je crois que c’est important. Il faut construire progressivement ce rapport des forces, pas à pas et non sauter des ponts en brûlant les étapes.

Le gouvernement congolais voudrait que l’expérience chinoise serve au pays. Comment perçoit-on dans les milieux belges la présence des Chinois en RDC, alors que ceux-ci ne sont pas qu’au Congo ? Avec leur arrivée, on a commencé à dire que Joseph Kabila devient incontrôlable … (J. Diana)

En ce qui concerne les contrats chinois, la réaction en Occident est compréhensible. Du point de vue des Occidentaux, les Chinois sont un concurrent de plus pour les matières premières stratégiques. Ce n’est pas ce qui doit nous préoccuper. Au contraire, la préoccupation est de savoir dans quelle mesure ces contrats, non seulement avec les Chinois mais aussi avec des sociétés occidentales, sont à l’avantage du peuple congolais. J’ai, un peu partout en RDC, demandé aux Congolais ce qu’ils pensent de tous ces contrats, de leur contenu. Ils ne le savent pas. Je crois que c’est important qu’on connaisse le contenu de tous ces contrats pour voir si cela apporte quelque chose au peuple congolais à long terme. C’est bien qu’on construise des routes, des hôpitaux, etc. J’espère que, dans ces contrats, on a prévu aussi, par exemple, la construction d’une industrie nationale locale. Il ne suffit pas seulement de construire une infrastructure mais qu’on ait également ici un secteur secondaire où on va traiter les matières premières, comme début du développement d’une économie nationale. Je crois que c’est important à la longue pour le Congo.

Question d’actualité. Le Congo a connu l’agression ougando-rwando-burundaise soutenue par les multinationales anglo-saxonnes. Parlons de cette période où l’on veut couper le Kivu du Congo comme on le voulait pour le Katanga avec la sécession katangaise ? C’est comme si l’histoire se répète… ? (F. Mulumba)

Je n’ai vraiment pas étudié cette question. Mais je ne crois pas qu’on essaie de détacher le Kivu du pays pour déstabiliser le gouvernement actuel du Congo. Au contraire, maintenant, les Américains commencent doucement à réagir en exerçant des pressions sur le Rwanda pour limiter ses interventions et garder intactes les frontières du Congo. Je ne crois pas que le démembrement de l’Etat congolais soit dans l’agenda à Washington, Paris ou Bruxelles.

D’après certaines informations, il y avait un agenda sur la balkanisation du pays ? Mais cela semble voué à l’échec parce que la population a résisté. Il y a eu plus de 5 millions de morts. C’est ainsi que les Américains et les autres se sont ravisés… (F. Mulumba)

C’est bien possible que cette idée ait germé dans le chef de certains dirigeants. Je crois que l’un des aspects positifs de ces dernières 15 années, c’est le fait qu’il s’est forgé chez le peuple congolais le sens d’unité nationale, une certaine nationalité congolaise. C’est ainsi que la population a effectivement résisté à ces interventions étrangères. C’est un élément positif qui peut devenir justement un tremplin pour avancer cette perspective nationaliste pour lequel Lumumba s’est battu.

Avez-vous un message au peuple congolais ? (J. Diana)

Ce qui est important, c’est de développer une méfiance saine envers tous les pouvoirs occidentaux, y compris les Nations unies. Celles-ci qui se présentent comme une institution supra étatique qui est régie non par des intérêts d’Etats mesquins mais par des valeurs comme les droits de l’Homme, la paix, etc. C’est faux car c’est clairement démontré, en 1960-1961, que les Nations unies sont un rapport des forces. A l’intérieur de cet organisme, ce sont les plus forts, donc, les impérialismes les plus forts qui dominent et utilisent les Nations unies comme un instrument. Je pense que développer cette méfiance envers les pouvoirs occidentaux serait un objectif pour construire un rapport des forces avec eux. Je crois que c’est la plus importante tâche pour le peuple et les dirigeants qui veulent préserver les intérêts du peuple congolais.

Propos recueillis par Freddy MULUMBA et Joachim DIANA GIKUPA

URL de cet article 12520
http://www.legrandsoir.info/Il-y-a-cinquante-ans-ils-assassinaient-Lumumba.htm


N.B. Le français n’est pas la langue maternelle de Ludo De Witte. Il s'est probablement entretenu en flamand avec Solidaire, mais en français avec les journalistes congolais. Nous avons laissé ses réponses dans leur formulation parfois incorrecte, parce que la corriger nous aurait fait courir le risque de déformer sa pensée. Mieux valait rester, ici ou là, sur un doute que sur un interprétation erronée.

J’ai dit que je tenais à terminer ce post sur une note d’optimisme. Dans l’état actuel des choses, je ne vois que celle-ci :

 

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Mais, tout étant relatif et actualité brûlante obligeant, l’optimisme ne me paraît pas concerner l’avenir immédiat, en tout cas pas celui du Maghreb.

Je sais qu’il est en ébullition – qui ne le sait ? – et que la Tunisie est débarrassée de la personne d’un tyran usé et presque mort. Chic. Mais, prendrons-nous ici un soulèvement populaire pour une révolution ? Notre expérience et notre modeste connaissance de l’Histoire nous le déconseillent. Ah, si les trois pays du Maghreb se soulevaient ensemble... ah, si chacun des trois pouvait se vanter d’avoir une classe politique (éventuellement en exil)... ah, si ces trois classes politiques décidaient de n’en faire plus qu’une, d’exploiter de concert les richesses des trois pays, sans se préoccuper de frontières ni revendiquer quelque territoire que ce soit au détriment de l’un des trois... ah, s’ils partageaient en frères le produit de ces richesses... alors, oui, on pourrait parler de révolution, et peut-être est-ce même là, exactement, ce à quoi les trois peuples aspirent. De là à ce qu’ «on» les laisse faire...

Mais, peut-être, qui sait, est-ce une révolution qui commence par un soulèvement populaire. Dans ce cas, il en  faudra plusieurs, qui seront à chaque fois suivis d’un recul, comme ce fut le cas en France à la fin du XVIIIe siècle. Nous nous garderons bien d’oublier, pourtant, qu’à la fin du XVIIIe siècle et de la Révolution Française, c’est la bourgeoisie d‘affaires qui a fini par remporter la victoire sur le peuple et sur ses défenseurs, c’est-à-dire qui a retiré – mais en fut-elle consciente ? - les marrons du feu pour William Pitt, avant, pendant et après la parenthèse napoléonienne.

Nous souhaitons un tout autre sort aux Tunisiens, aux Algériens et aux Marocains, même si nous partageons peu ou prou l’analyse de M. Koffi Kadjehoun, à qui nous avons déjà emprunté plusieurs de ses papiers. Il souffrira certainement que nous lui empruntions encore celui-ci :


Au cours du réel
samedi 22 janvier 2011

 

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La jasmain

J'entends à la radio que l'on qualifie la révolte tunisienne de révolution de jasmin. Cette expression se révèle aussi creuse qu'inappropriée (le jasmin évoque la preuve d'amour). Si l'on veut en rester au stade du symbolisme, le jasmin, qui est l'emblème tunisien, désignerait aussi (surtout?) la tentation (féminine de surcroît). Je ne sais au juste si c'est cette signification qu'entendaient inspirer les concepteurs de cette révolution colorée, mais elle indique que non seulement le renversement politique tunisien n'est pas une révolution (il se trouve dénué de tout projet politique alternatif), mais qu'en plus cette révolution est manipulée par les mêmes concepteurs que ceux qui ont promulgué dans un passé récent les révolutions colorées.

Le financier Soros patronne des fondations caritatives (comme le Open Society Fund ou Human Rights Watch) qui militent pour le droit d'ingérence démocratique, soit le droit hypocrite d'apporter la démocratie à un régime considéré comme dictatorial. Au nom de cette stratégie qui remonte à l'avocat hollandais Grotius pour le compte de la Compagnie des Indes hollandaise (depuis lors associée étroitement à la Compagnie des Indes britannique ayant promu le libéralisme de Smith et consorts), les financiers opérant depuis la City de Londres (et son prolongement américain de Wall Street) financent des manoeuvres de déstabilisation politique au nom de fins vertueuses. Au risque de décevoir les enthousiastes qui pensent que le peuple tunisien a gagné en liberté depuis que le tyran Ben Ali a fui son pays, il suffit de considérer le parcours en exil dudit potentat pour comprendre que sa chute entre dans l'application de la stratégie du chaos de type mondial - avec pour particularité la subordination des intérêts néocoloniaux français sous la coupe (réglée) des intérêts britanniques.

Ben Ali a fui semble-t-il vers Chypre, puis a gagné sous protection saoudienne Dubaï avant de rejoindre le royaume saoudite. Autant dire qu'il se trouve sous la protection explicite de l'Empire britannique et que ceux qui réduisent l'Empire britannique aux Etats-Unis accomplissent une simplification abusive qui sera jugée sévèrement d'un point de vue historique. L'influence politique et diplomatique incontestable des Etats-Unis dans cette affaire ne peut être perçue adéquatement qu'à la lumière de la subordination du gouvernement américain aux intérêts financiers de Wall Street - et des intérêts financiers de Wall Street à ceux de la City de Londres.

Le fait que les propagandistes des médias occidentaux appellent cette révolution d'un nom évoquant la tentation se révèle d'un cynisme infâme : il est encore pire de créer des conflits et des divisions insolubles que de soutenir un pouvoir dictatorial. Pas question de soutenir un despote sanguinaire de la trempe de Ben Ali - ou l'impérialisme français contre l'impérialisme britannique; toute cette génération grotesque de tyrans arabes née de la décolonisation saute à chaque fois qu'elle s'oppose à la stratégie de l'Empire britannique : Hussein a été pendu après avoir servi les intérêts britanniques et américains dans la guerre contre l'Iran (déjà un cas patent de division sanglante sans fin).

Le fond de l'affaire réside dans la compréhension des mécanismes de la stratégie du chaos : on instaure le chaos en lieu et place de la continuité de la paix de Wetsphalie. La stratégie impérialiste française s'inscrivait dans cette ligne wetsphalienne, certes de manière hypocrite et oligarchique; alors que la stratégie de l'Empire britannique en plein effondrement consiste à instaurer le chaos partout hors de l'Occident (Etats-Unis et Union européenne). Cette stratégie fut consignée par le théoricien Cooper, actuellement proche de la baronne Ashton.

Cette conception stratégique estime qu'il existe des Etats-nations évolués qui ont le niveau d'intégrer l'ordre postwestphalien de fédérations impérialiste - et les Etats qui seront dominés et pour lesquels les règles de droit d'ordre démocratique et libéral ne s'appliquent pas. C'est cette conception qui se trouve appliquée à l'heure actuelle, en Tunisie comme ailleurs. Le plus pernicieux revient à penser la soi-disnat révolution de jasmin tunisienne de manière isolée, déconnectée de l'ensemble des soulèvements chaotiques qui se produisent un peu partout dans le monde.

On oublie que l'une des causes de la révolte tunisienne fut la hausse spectaculaire des produits alimentaires. Cette cause se ressent plus fortement sur les marchés des pays pauvres ou émergents, mais elle affecte l'ensemble du monde. Les multiples soulèvements troubles ou partitions de pays qui se manifestent actuellement dans différentes régions d'Afrique rejoignent le même processus que l'épisode tunisien. Dans tous les cas, le but visé consiste non à imposer un nouvel ordre en lieu et place de l'ancien ordre (que l'ordre nouveau soit supérieur ou inférieur), mais à semer le chaos et la zizanie.

C'est la politique stricte appliquée avec un cynisme et une perversité exemplaires en Afghanistan ou en Irak. C'est cette même politique qui fut appliquée au Congo-Kinshasa et dans tous les pays qui se trouvent sous administration britannique (quand on parle de l'impérialisme américain, on désigne de manière réductrice cet impérialisme britannique véritable et vérifiable). La politique du chaos profite aux factions impérialistes qui ont les mains libres pour perpétrer leur appétit de prédation. Détruire les institutions et les Etats au nom du changement et les remplacer par des conflits sans fin, sur le modèle du conflit israélo-palestinien (initié par les désaccords de Sykes-Picot).

Si l'on peut souhaiter que la Tunisie (et son peuple) connaisse un progrès politique marqué par la démocratie et surtout la république, il est fort à craindre que le départ du tyran Ben Ali signifie moins la fin de la dictature que le début de la politique du chaos. On jouerait sur l'enthousiasme populaire galvanisé d'avoir enfin renversé le régime dictatorial et corrompu de Ben Ali pour imposer un nouveau régime, peut-être moins dictatorial en apparence, mais tout aussi corrompu dans le fond. Le régime Ben Ali laisse entendre que c'est l'impérialisme qui s'effondre, dans cette région du Maghreb comme partout en Afrique, alors que c'est seulement la passation de pouvoir entre les intérêts francophones et les intérêts britanniques.

Las! La vérité se révèle plus sinistre : les intérêts françafricains sont engloutis sous la coupe encore plus impérialiste de l'impérialisme britannique en pleine déconfiture. D'où les heurts et les massacres qui expriment l'ajustement de l'impérialisme à sa situation désespérée. Diviser pour régner est le slogan de l'impérialisme (on mesure l'application littéraliste avec le programme de démembrement géographique et et ethnique des pays). Plus l'impérialisme s'effondre, plus il accroît cette tendance. Un article récent du journaliste français Quatremer - http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/01/the-european-foreign-office.html - dénonce (avec raison) la mainmise du Foreign Office britannique sur la diplomatie européenne. Quatremer omet juste de poser la question fondamentale qu'induit l'ensemble de son raisonnement : comment expliquer que cette hégémonie fonctionne?

Le masochisme français (ou allemand) n'explique pas tout. L'explication psychologique par la fascination est insuffisante. Les autres diplomaties européennes ne se soumettent que parce que la diplomatie britannique se trouve investie d'un pouvoir supérieur. Dans le monde actuel, le pouvoir supérieur est détenu par les financiers, dont le centre se situe à la City de Londres.

Quatremer nous apprend que dans l'organigramme de la diplomatie européenne, la région du Maghreb échappe désormais à la diplomatie française et passe sous le giron hégémonique de la diplomatie britannique. Quel meilleur symbole pour expliquer ce qui se produit à l'heure actuelle dans certaines régions francophones : passage de l'impérialisme français soumis à l'impérialisme britannique aussi dominateur que moribond; application des théories de Cooper à propos du postimpéralisme piloté depuis la fédération européenne (via son relais américain et non l'inverse) et soumettant à sa loi implacable les Etats tenus pour coloniaux et arriérés - cas de la Tunisie entre autres?

Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 22:15
http://aucoursdureel.blogspot.com/




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LIVRES


Maximilien ROBESPIERRE

Oeuvres complètes  -  11 vols. – 495 €
Édition du Centenaire de la Société des études robespierristes
Renseignements : publications@etudes-revolutionnaires.org


Le jour où ces oeuvres seront mises à la portée de ceux qu’elles concernent au premier chef sera un grand jour. Ne soyons pas pressés.


Philippe BUONARROTI

Histoire de la conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf, 2 vols., Les classiques du peuple, Éditions sociales, 1957
      Reprint (en français) par Kessinger Publishing LLC, 2010.

Ernest HAMEL

Histoire de Robespierre: d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865-1867, 3 vol. (rééd. Paris, Cinqualbre puis librairie de L'écho de la Sorbonne, 1878, 3 vol., et Paris, Ledrappier, 1987, 3 tomes en 2 vol.), tomes 1, 2 et 3, disponible sur Google Books .

Albert MATHIEZ

Robespierre terroriste, La Renaissance du livre,1921.
        Reprint (en français) par Kessinger Publishing, LLC, 2009.
Études sur Robespierre, Éditions sociales, 1958, 1973, Messidor 1988.


Gérard WALTER

Robespierre, (2 vols. : « La vie », L’Oeuvre »), Gallimard, 1963 – Plusieurs rééditions.

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On admirera la vilenie, sinon la subtilité, des éditions Gallimard, qui ont choisi, pour illustrer la couverturev de leur plus récente édition, une caricatures contre-révolutionnaire, et ajouté au titre original un "Maximilien de" fort à la mode chez les ignorantins.

 

 

William BLUM

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L’État voyou,  384 p., Lyon, Parangon, 2002.





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Les guerres scélérates, 456 p., Lyon, Parangon, 2004.




 

Philip AGEE

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Journal d'un agent secret - Dix ans dans la CIA, Paris, Seuil, 1976

 

 

 

 

Ludo DE WITTE

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L’assassinat de Patrice Lumumba, Paris, Karthala, 2000.

 


Autres ouvrages de Ludo De Witte (en néerlandais)
    * Crisis in Kongo (1996)
    * Wie is bang voor moslims? Aantekeningen over Abou Jahjah, etnocentrisme en islamofobie. (Van Halewyck, 2004).

 

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Catherine L.

 

 

 

 

 

 

 

 

13:10 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/09/2010

L'Invincible Armada cinglant vers Téhéran

1. USS-Theodore-Roosevelt-CVN-71.JPG

 

Le porte-avions atomique USS Theodore Roosevelt – $ 2.4 milliards

 

  L’INVINCIBLE ARMADA
                          CINGLANT VERS TÉHÉRAN

 

Ils sont une bonne douzaine de cette taille, dont :

                                                                                                                      2. USS_George_Washington.jpg                                   L’USS George Washington                                   

 

3. George Washington Strike Group.jpg

Le George Washington Strike Group (au milieu, c’est lui).
         

4. Le porte-hélicoptères d'assaut Nassau.JPG

Le porte-hélicoptères d’assaut Nassau

                     
                                                                                                                       

5. Le même en action.JPG

Le même en action
                                              

6. Abraham-Lincoln-battlegroup XX.jpg

L’Abraham Lincoln Battle Group

7. Le Roonald Reagan.JPG

Le Ronald Reagan

  

8. George Bush encore.jpg

Le George H.W. Bush

9. Le même survolé par des FA 18.JPG

Le même survolé par des FA 18

 

 

      Et le menu fretin...

                                       

10. Et le menu fretin ici avec le R.R..JPG

... ici entourant le Ronald Reagan
 
                  

11. Carrier John C. Stennis.jpg

Le « carrier » John C. Stennis (333 mètres de long – 20 étages de hauteur au-dessus de la ligne de flottaison) – Chaque « carrier » est le centre d’un « Carrier Strike Group » et transporte des bombardiers au nucléaire.


 

12. Tous les six des porte-avions quand même.JPG

Six plus petits porte-avions amphibies dont je ne connais pas les noms.


13. Ne pas oublier les sous-marins Graylings eteahawk et le sous-marin Grayling.JPG

 Invisibles mais présents : les sous-marins Graylings – ici survolés par un hélicoptère Seahawk.

                                  

14. Et ni last ni least  - Task Force One.JPG

Et ni last ni least : Task Force One


15. Sans oublier le Charles De Gaulle.JPG

Sans oublier le Charles De Gaulle...

« S’il te plaît, dessine-moi un général qui mange son képi ! »

 

16. Ah ! Celui-là, c'est un allemand.JPG

Ah ! Celui-là, c’est un Allemand.


17. Un des Sous-marins nucléaires israéliens Dolphin.JPG

Un des sous-marins nucléaires israéliens –
                                         cadeaux de l’Allemagne.



Je ne vous ai pas photographié les flottes du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada et de la Nouvelle Zélande, mais elles y sont.

Il vous reste à imaginer l’aviation : les bombardiers dont la moindre bombe est cent fois plus destructrice que celle  d’Hiroshima, les chasseurs, les drones, ceux qui lâchent des voies lactées de phosphore blanc, les dix-huit sortes d’hélicoptères, etc. etc.

18. Quelques petits malheureux F-16-Israéliens.JPG

Quelques petits malheureux F16 israéliens. Rassurez-vous, ils en ont d’autres.

 

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19. Némésis.JPG

Et ça, c’est si jamais Némésis décidait d’intervenir 

en se faisant aider par Zeus..

 


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M. Mahmoud Ahmadinejad, qui ne compte pas trop sur les dieux grecs, se prépare à accueillir ces visiteurs non souhaités le plus bravement possible.

Tout est prêt pour la représentation.





À l’affiche : la fin du monde.


RIDEAU !

 


 

Euh... pour quoi jouer au fait ?

« L’anéantissement d’une centrale nucléaire civile de la taille plus ou moins de Tihange. »

 

 

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Soufflons un peu.

 

«...pour ce que rire... »

 

   Les fouaces dérobées, le duc de Menuail, le comte Spadassin et le capitaine Merdaille comparurent devant Picrochole et lui dirent :
    « Sire, aujourd’hui nous faisons de vous le prince le plus valeureux et le plus chevaleresque qui ait jamais été depuis la mort d’Alexandre de Macédoine.
    — Couvrez-vous, couvrez-vous dit Picrochole.
    — Grand merci, dirent-ils, Sire, nous ne faisons que notre devoir. Voici ce que nous proposons :
    « Vous laisserez ici quelque capitaine en garnison, avec une petite troupe de gens pour garder la place qui nous semble assez forte, tant par nature que grâce aux remparts dus à votre ingéniosité. Vous diviserez votre armée en deux, vous comprenez ? Une partie ira se ruer sur ce Grandgousier et ses gens et il sera, au premier assaut, facilement mis en déroute. Là, vous récupérerez de l’argent en masse, car le vilain a de quoi. Nous disons vilain parce qu’un noble prince n’a jamais un sou. Thésauriser, c’est bon pour un vilain.
    « Pendant ce temps, l’autre partie tirera vers l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois et la Gascogne et aussi vers le Périgord, le Médoc et les Landes. Sans rencontrer nulle résistance, ils prendront villes, châteaux et forteresses. À Bayonne, à Saint-Jean-de-Luz et à Fontarabie, vous saisirez tous les navires et, en côtoyant la Galice et le Portugal, vous pillerez toutes les contrées maritimes jusqu’à Lisbonne où vous aurez en renfort tout l’équipage qu’il faut à un conquérant. Cordieu ! L’Espagne se rendra, car ce ne sont que des rustres. Vous passerez par le détroit de Séville et dresserez là deux colonnes plus magnifiques que celles d’Hercule pour perpétuer le souvenir de votre nom. Ce détroit sera nommé mer Picrocholine. Passée la mer Picrocholine, voici Barberousse qui devient votre esclave...
    — Je lui ferai grâce, dit Picrochole.
    — Assurément, dirent-ils, à condition qu’il se fasse baptiser. Et vous attaquerez les royaumes de Tunis, de Bizerte, d’Alger, de Bône, de Cyrène et toute la Barbarie, hardiment. En continuant, vous prendrez en main Majorque, Minorque, la Sardaigne, la Corse et les autres îles du golfe de Gênes et des Baléares. En longeant la côte à main gauche, vous soumettrez toute la Gaule Narbonnaise, la Provence et le pays des Allobroges, Gênes, Florence, Lucques et, à Dieu sois, Rome ! Le pauvre Monsieur du Pape en meurt déjà de peur.
    — Ma foi, dit Picrochole, je ne baiserai pas sa pantoufle.
    — L’Italie prise, voilà Naples, la Calabre, les Pouilles et la Sicile mises à sac, et Malte avec. Je voudrais bien que ces plaisantins de chevaliers, jadis Rhodiens, Vous résistent, pour voir un peu ce qu’ils ont dans le ventre.
    — J’irais volontiers à Lorette, dit Picrochole.
    — Non, non, dirent-ils, ce sera au retour. De là nous prendrons la Crète, Chypre, Rhodes et les îles Cyclades, puis nous attaquerons la Morée. Nous la tenons ! Saint Treignan ! Dieu garde Jérusalem, car la puissance du Sultan n’est pas comparable à la vôtre !
    — Je ferai donc bâtir le temple de Salomon, dit-il.
    — Non, dirent-ils, pas encore, attendez un peu. Ne soyez jamais si prompt dans vos entreprises. Savez-vous ce que disait Auguste ? Hâte-toi lentement. En premier lieu, il vous faut tenir l’Asie Mineure, la Carie, la Lycie, la Pamphilie, la Cilicie, la Lydie, la Phrygie, la Mysie, la Bithynie, Carrasie, Adalia, Samagarie, Kastamoun, Luga, Sébasta, jusqu’à l’Euphrate.
    — Verrons-nous Babylone et le mont Sinaï, dit Picrochole ?
    — Ce n’est pas nécessaire pour l’instant, dirent-ils. Vraiment, n’est-ce pas assez de tracas d’avoir traversé la mer Caspienne et parcouru les deux Arménies et les trois Arabies à cheval ?
    — Ma foi, dit-il, nous sommes affolés. Ah ! les pauvres gens !
    — Qu’y a-t-il demandèrent les autres ?
    — Que boirons-nous dans ces déserts ? L’empereur Julien et toute son armée y moururent de soif, à ce qu’on raconte.
    — Nous avons déjà donné ordre à tout, dirent-ils. Vous avez neuf mille quatorze grands navires chargés des meilleurs vins du monde dans la mer Syriaque. Ils arrivèrent à Jaffa. Là, se trouvaient deux millions deux cent mille chameaux et mille six cents éléphants que vous aurez pris à la chasse aux environs de Sidjilmassa, quand vous êtes entré en Libye, et de plus vous avez toute la caravane de la Mecque. Ne fournirent-ils pas suffisamment de vin ?
    — Sûr, dit-il, mais nous ne bûmes point frais.
    —Vertu non d’un petit poisson ! dirent-ils. Un preux, un conquérant qui aspire à l’empire universel ne peut pas toujours avoir ses aises. Remerciez Dieu d’être arrivés sains et saufs, vous et vos gens, jusqu’au Tigre.
    — Mais, dit-il, que fait pendant ce temps la moitié de notre armée qui déconfit ce vilain poivrot de Grandgousier ?
    — Ils ne chôment pas, dirent-ils, nous allons bientôt les rencontrer. Ils vous ont pris la Bretagne, la Normandie, les Flandres, le Hainaut, le Brabant, l’Artois, la Hollande, la Zélande. Ils ont passé le Rhin sur le ventre des Suisses et des Lansquenets. Une partie d'entre eux a soumis le Luxembourg, la Lorraine, la Champagne et la Savoye jusqu’à Lyon. Là, ils ont retrouvé vos garnisons, de retour des conquêtes navales en Méditerranée et se sont rassemblés en Bohème, après avoir mis à sac la Souabe, le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, la Moravie et la Stirie. Puis, ils ont foncé farouchement sur Lubeck, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Gothie, le Groenland, les pays hanséatiques, jusqu’à la mer Arctique. Cela fait, ils ont conquis les Orcades et mis sous leur joug l’Écosse, l’Angleterre et l’Irlande. De là, navigant sur la Baltique et la mer des Sarmates, ils ont vaincu et dominé la Prusse, la Pologne, la Lithuanie, la Russie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie et les voilà à Constantinople.
    — Rendons-nous vers eux au plus tôt, dit Picrochole, car je veux être aussi empereur de Trébizonde. Ne tuerons-nous pas tous ces chiens de Turcs et de Mahométans ?
    — Que diable ferons-nous donc, dirent-ils ? Vous donnerez leurs biens et leurs terres à ceux qui vous auront loyalement servi.
    — La raison le veut, dit-il, c’est justice. Je vous donne la Caramanie, la Syrie et toute la Palestine.
    — Ah ! dirent-ils, Sire, vous êtes bien bon ! Grand merci ! Que Dieu vous donne toujours prospérité. »
    Il y avait là un vieux gentilhomme éprouvé en diverses aventures, un vrai routier de guerre, nommé Échéphron. Il dit en entendant ces propos :
    « J’ai bien peur que toute cette entreprise ne soit semblable à la farce du pot au lait dont un cordonnier s’enrichissait en rêve. Ensuite, quand le pot fut cassé, il n’eut pas de quoi manger. Qu’attendez-vous de ces belles conquêtes ? Quelle sera la fin de tant de travaux et de travers ?
    — Ce sera, dit Picrochole, que nous pourrons nous reposer à notre aise quand nous serons rentrés. »
    Alors Échéphron dit :
    « Et si par hasard vous n’en reveniez jamais ? Le voyage est long et périlleux : n’est-ce pas mieux de se reposer déjà à présent, sans nous exposer à ces dangers?
    — Oh, dit Spadassin, pardieu, voilà un bel idiot ! Allons nous cacher au coin de la cheminée et passons-y notre temps et notre vie avec les dames, à enfiler des perles ou à filer comme Sardanapale ! Qui ne risque rien n’a cheval ni mule, c’est Salomon qui l’a dit.
    — Qui se risque trop, dit Échaphron, perd cheval et mule rétorqua Marcoul.
    — Baste ! dit Picrochole, passons outre. Je ne crains que ces diables de légions de Grandgousier. Pendant que nous sommes en Mésopotamie, s’ils nous donnaient sur la queue ? Quel serait le remède ?
    — Il est facile, dit Merdaille : un beau petit ordre de mobilisation que vous enverrez aux Moscovites vous mettra sur pied pour un moment quatre cent cinquante mille combattants d’élite. Oh ! Si vous me faites lieutenant à cette occasion, je tuerai un peigne pour un mercier ! Je mords, je rue, je frappe, j’attrape, je tue, je renie !
    — Sus ! Sus ! dit Picrochole, qu’on mette tout en train et qui m’aime me suive ».



Gargantua
Comment certains gouverneurs de Picrochole,
par leur précipitation, le mirent au dernier péril.
Chapitre 33.



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Reprenons.

 

 

1. dauphin allez jouer.jpg

 

73 dauphins trouvés morts, d’un coup, sur les plages de Jask, dans le sud de l’Iran : ce n’est hélas pas la première fois qu’on y assiste à de semblables morts en masse..

Dans un  premier temps, les scientifiques iraniens les avaient attribuées aux filets de pêche dans lesquels les dauphins se seraient pris en plongeant à de grandes profondeurs, en quête de nourriture, et qui les auraient empêchés de remonter à temps pour respirer (il faut qu’ils le fassent toutes les demi-heures).

Mais l’importance et la localisation de l’hécatombe infirment cette hypothèse.

Les résultats des récentes enquêtes font plutôt le lien entre la mort des dauphins et les sonars émetteurs des bâtiments américains présents dans le Golfe; c'est ce que pense à présent le responsable du département d’Ecologie de l’Institut de recherches au sein de l’organisation de la Pêche iranienne.

  « Au mépris des interdictions prévues y compris dans la constitution américaine au sujet de l’utilisation des sonars à haut risque (équipements d’acoustique sous-marine qui présente des dangers écologiques), les États-Unis continuent toujours de les utiliser dans les projets d’interception sous-marine dans les eaux du golfe Persique », a déclaré Hossein Negarestan, Directeur de Recherche à l’Organisation de la Pêche iranienne. « Les Sonars de la Marine américaine émettent à des dizaines, voire à des centaines de kilomètres de profondeur sous les eaux du golfe Persique les ondes sonores très puissantes qui ont provoqué récemment la mort des 73 dauphins du port de Jask».


Bien sûr, on peut toujours nourrir des doutes sur la qualité et l’impartialité de cette enquête, dans la mesure où elle a été réalisée par une organisation iranienne mettant en cause le Gouvernement américain. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que de telles situations ont été signalées.

Arte a diffusé naguère le reportage d’une journaliste qui tentait d’établir un lien entre ces fameux sonars et les échouages de dauphins. Elle démontrait que le dauphin, affolé par un sonar alors qu’il est en plongée profonde pour se nourrir, remonte beaucoup trop vite, et… meurt, des bulles d’air dans tout le système sanguin et le foie.

La démonstration était concluante, servie par des images de synthèse soignées et des autopsies édifiantes.

2. dauphin-mort.jpg

Voici quelques points techniques sur cette nouvelle technologie :

Il s’agit d’un sonar de très haute technologie dont le but est de détecter des sous-marins ennemis à longue distance. Il envoie des ondes sonores d’environ 235dB à basse fréquence (100 à 500 Hertz) et se propageant à des centaines de kilomètres. Par comparaison, une baleine grise émet des sons de 185 dB et l’oreille humaine peut supporter un son de 160 dB maximale. Les échos en retour sont mesurés par le système de détection SURTASS et transformés en coordonnées spatiales précises. Les sons de basse fréquence voyagent très loin dans l’eau (le son est porté 5 fois mieux dans l’eau que dans l’air), d’où l’intérêt d’un tel système de surveillance. Il n’y a pas que l’US Navy qui manie cette nouvelle technologie : l’OTAN s’adonne également à des essais  de ce genre, notamment en Méditerranée. Actuellement, les États-Unis veulent déployer le système LFAS dans 80% des océans, en remplacement de l’actuel réseau d’hydrophones, mis en place depuis 1980. 4 bateaux placés aux 4 coins du globe suffiraient à cela.

 

3.stranded dolphin.jpg

4. stranded dolphin 2.jpg

5. stranded dolphin 3.jpg

6. stranded dolphin 4.jpg

 

7. stranded dolphins together.jpg

Mais les baleines aussi...
 
Aux États-Unis, la bataille fait rage depuis plusieurs années entre l’US Army et les écologistes, à propos des dangers mortels que font courir aux mammifères marins les exercices qui se déroulent au large de plusieurs côtes US , mais surtout celles de Hawaï. Jusqu’à présent, les juges ont généralement déféré aux souhaits de l’armée, qui veut pouvoir détecter les sous-marins silencieux. Il faut dire que, depuis l’ère Bush, les cours ont accepté sans piper la manoeuvre préférée de cette administration, à savoir : le "secret -défense", qui, pour elle, signifie qu’il n’est même pas permis aux juges d’examiner quelque preuve que ce soit, de peur de révéler ainsi des secrets d’état et de mettre en péril la sécurité nationale.

Et cela dure depuis des années... depuis les sous-marins furtifs chargés d’armes de destruction massive de feu Saddam Hussein, dont personne n'a jamais dit ce qu'ils étaient devenus.

 

8. Baleines Hawaiï.jpg

Ici un banc de baleines échoué sur la côte de Kauai (Hawaï) après des manoeuvres de la Marine, en 2004.

 

9. baleines californie.jpg

Quelques autres baleines échouées sur la côte de Californie, après une de ces manoeuvres. La marine a admis que l’utilisation de sonars au cours de ces exercices « pourrait déranger plus ou moins 170.000 mammifères marins », mais a insisté sur le fait que la conduite d’exercices réalistes est nécessaire à son entraînement.

Source : San Francisco Chronicle (The Thin Green Line).

Par ailleurs...

D’après la Deafwhale Society, un des plus anciens groupes de protection des mammifères marins au monde, les tremblements de terre vulcano-tectoniques seraient responsables de 90% des échouages en masse de baleines et/ou de dauphins, comme cela s’est produit, par exemple, sur les côtes de Madagascar, où Exxon Mobil poursuit sa campagne de séismes sous-marins provoqués, dans le cadre de sa prospection pétrolière.

Tout cela est en anglais, et c’est ici : http://www.deafwhale.com/
 

Sans compter bien entendu les « accidents », comme celui–ci - (quand on a l'habitude d'exterminer les humains en masse, comme le fait BP après APOC et AIOC ses précédents avatars , on ne va pas se gêner pour quelques millions d'animaux marins) :



Requiem pour le Golfe du Mexique ...



Vidéo



 

 

 

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14:57 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/09/2010

El Comandante y The Atlantic

 

Petites barques de pecheurs à Cuba.jpg

 

 

 

El Comandante y The Atlantic

Conte cubain

Il était une fois un Américano-Israélien (double nationalité) qui, en Israël, avait été militaire, chose très-très courante, et gardien de prison (aussi). Il y avait «gardé» des gamins jeteurs de pierres pendant la première Intifada. 

Aux États-Unis, il faisait journaliste. Ici et là connu de ses pairs pour être un des agents sionistes les plus influents qui soient.
 

Il s’y était rendu célèbre pour avoir fabriqué, en stakhanoviste, le consentement dont George W. Bush avait besoin pour envahir-détruire-à-jamais l’Irak sans que l’opinion publique américaine s’en  émeuve au point de remuer. Livres et articles primés par des jurys en service commandé avaient stigmatisé un Saddam Hussein-Hitler (c’est de lui) prêt à déverser sur New York ses Armes de Destruction Massive et passant sa vie au téléphone avec Al Qaeda, par ligne directe entre Baghdad et les grottes afghanes. Les attentats du 11 septembre étaient venus, juste à point, lui apporter un coup de main décisif.

Épinglé pour ces « missions accomplies » par plusieurs courageux journalistes US (espèce de plus en plus rare), et pas seulement pour ce rôle dans le déclenchement de la guerre, mais aussi pour quelques fracassantes interviews-bidon, dont une prétendûment obtenue de prisonniers musulmans enfermés dans une prison kurde d’Irak, quelque part à la frontière de l’Iran. Au point que certains, excédés, avaient empoigné leur barda et s’en étaient allés in situ vérifier ses dires, et n’avaient pas manqué de publier leurs conclusions au retour : fabriqué de A à Z, en sollicitant, par des questions orientées, des réponses qu’il avait dû finir par faire lui-même. En 2003, à propos – entre autres - de cette fameuse interview, M. Alexander Cockburn, journaliste politique et animateur du site CounterPunch, avait descendu le faussaire en flammes.
Pour ceux qui lisent l’anglais vitriolique, c’est ici :
http://www.counterpunch.org/cockburn02282003.html

Quoique dès lors perdu de réputation aux yeux des gens sérieux de sa profession, le laveur de cerveaux – il s’appelle Jeffrey Goldberg – n’en continua pas moins sa longue et lourde tâche. Car il y a une autre guerre, encore plus monstrueuse, à faire avaler. Et les millions d’Américains dans la dèche, sans toit, sans travail, sans soins de santé, dépendant de tickets de rationnement pour manger et ne voyant à l’horizon que perspectives encore pires sont de plus en plus difficiles à faire s’enthousiasmer sur des entreprises qu’on leur vend (cher) comme patriotiques.

Or donc, récemment, l’infatigable M. Goldberg s’est fendu d’un long article, intitulé « Le Point de non retour », où il se demande gravement si Israël doit bombarder l’Iran, et si oui, quand, et ne vaudrait-il pas mieux faire en sorte que ce soit Obama qui le fasse, etc. etc. C’est ici :
http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2010/09/the-point-of-no-return/8186/
Article qui, selon certains blogueurs, notamment Glenn Greenwald, serait «l'œuvre d’un propagandiste, dont l’objectif tendrait à rendre acceptable l’idée de frappes aériennes contre l’Iran... » (v. en note .. l’article de Médiapart).

Et ne voilà-t-il pas que M. Fidel Castro, qui l’a lu, se met à dire urbi et orbi tout le bien qu’il en pense.

S’ki’s’passe ?

gif-humour-12-gratuit_d2j.gifQuand on lit M. Fidel Castro, il vaut toujours mieux lire aussi ce qu’il y a entre les lignes. Et surtout, se rappeler que les choses les plus importantes à ses yeux ne sont jamais dites au premier degré, mais toujours (implacablement) suggérées. Il est très possible de critiquer sévèrement quelqu’un en n’en disant que du bien. Comme il le fit, par exemple, au moment de l’entrée des chars soviétiques à Prague : «J’espère que, si nous sommes nous-mêmes attaqués, du dedans ou du dehors, ils viendront à notre secours aussi ».  À vous de faire travailler vos petites cellules grises.

Quoi qu’il en soit, les éloges enrobant ce qui était peut-être un hameçon n’ont pas dû manquer d’enchanter l’auteur et lui faire nourrir l’illusion qu’il devait être bien malin, s’il avait réussi à faire avaler sa salade à Castro. (C’est intéressant, parfois, d’être octogénaire. Les gens vous croient volontiers gaga. Ils baissent leur garde, tout ça.)

On sait par ailleurs – nous en avons assez parlé ici même – que M. Fidel Castro a entrepris une croisade personnelle dans le but de faire avorter la der des der picrocholines que, pour sa part, M. Goldberg s'échine à faire advenir.

Se pourrait-il que M. Castro ne sache pas qui est M. Goldberg, ni à quoi il a déjà tant servi ? Ouh, la la... Ce n’est pas parce qu’on est sous blocus depuis 48 ans qu’on ne se tient pas au courant de ce qui se passe dans le monde, qu’est-ce que vous croyez !

Bref, ne voilà-t-il pas derechef que, peu de temps après, M. Goldberg, « en vacances » à Martha’s Vineyard (une plage pour impécunieux) reçoit un message d’un fonctionnaire cubain tout ce qu’il y a d’officiel, du nom de Jorge Bolanos : « Fidel veut vous voir ».

Va-t-il gober l’hameçon ? Il va. Et la ligne avec.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire hasbara, le brillant journaliste obtient son visa, alors que le grand Bill Blum, ami personnel du Jefe et de  la Révolution attend le sien, en vain, depuis deux ou trois dizaines d’années. Ne mégotant pas sur la logistique, M. Goldberg en obtient un aussi pour une dame Julia Sweig, « qui connaît bien Castro », laquelle officie pour sa part au Council on Foreing Relations. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le CFR, voir Daniele Ganzer, Les Armées Secrètes de l'OTAN : Réseaux Stay Behind, Opération Gladio et Terrorisme en Europe, éditions Demi-Lune, 2007, ainsi que l’article qu’y a consacré, en 2004, Thierry Meyssan, sur le site Réseau Voltaire :   http://www.voltairenet.org/article14344.html

Et les voilà partis, bras-dessus bras-dessous à La Havane. Où ils rencontrent effectivement, pendant plusieurs heures, Fidel Castro « fragile et affaibli, qu’on tient par le coude ».

On a presque pitié de l’inconscient.
Mais tant pis pour lui.
Tant pis pour ceux qui n’ont pas vu Volpone, avec Jouvet en Jorge Bolanos.

La suite, tout le monde la connaît, c’est cet article – première moitié de son reportage – qui fait l’effet d’une maison  de dix étages tombant à pic dans le lac du Bourget, mais qui fait surtout, en une paire d’heures (ô Internet), le tour de la planète. Sa traduction en espagnol paraît en même temps, cela va de soi, dans les journaux cubains.

Vous dirai-je la beauté (si prévisible) des réactions ? Elles furent de trois sortes. Il y eut ceux qui refusèrent de croire ce qu’ils lisaient, exigeant d’entendre l’intégrale de l’interview pour savoir où gisait l’entourloupe. Il y eut les petites mains sionistes sévissant masquées, qui se pâmèrent d’admiration pour quelqu’un qui – enfin ! – se repentait de ses péchés, reconnaissait la sacralité unique « des Juifs », se convertissait au sionisme, admettait que la Révolution cubaine s’est plantée et que si c’était à refaire, il ne le ferait plus. (Aaaarrrgh, c’est trop beau : Joie ! Joie ! Pleurs de joie !) Il y eut  les – innombrables – qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et qui, aussitôt, dans les forums, conseillèrent « au vieux » de fermer son clapet, d’arrêter de se mêler de tout, de s’occuper de ses couches et de son Alzheimer, on en passe et des meilleures dans le genre, y compris sur les sites de la presse cubaine.

Eh, oui, « le vieux » avait pris ce qui s’appelle un risque calculé : celui de passer pour un con pendant quelques heures, voire un jour ou deux.

Mais le résultat, en fin de compte ? Son audience dans le monde entier a explosé de façon exponentielle. Ce qu’il n’avait pas encore accompli sur le plan de la médiatisation en trois fois vingt ans, il vient de le faire en quelques heures. Et son message essentiel a été diffusé par celui-là même qui avait le plus d’intérêt à l’occulter, mais qui était bien obligé, pour maintenir la fiction de son sérieux journalistique, de reproduire au moins une fois ce qui venait de lui être répété avec tant d’insistance. Quelque chose comme : La guerre que vous préparez fait courir à notre espèce un  risque d’extinction définitive. Si vous croyez vous en tirer par la supériorité de votre armement, par sa disproportion dantesque et par une attaque-éclair du genre shock-and-awe, détrompez-vous. Les Iraniens vous attendent, les Iraniens se battront et ne partiront pas dans le néant sans vous. Et sans doute sans nous.  

Il n’y a plus un chat aujourd’hui, au fin fond du plus déshérité bidonville, plus une bonne soeur au fond de son couvent, plus un banquier au fond de son coffre, qui ignore ce que Castro avait à leur dire. Maintenant, mes chéris (là, c’est moi qui parle) si vous vous laissez faire par les fous furieux lâchés dans le Golfe Persique, libre à vous. Vous ne viendrez pas pleurer après. Vous serez morts.

Résultat corollaire : le « reportage » dont un des buts non proclamés mais évident était de discréditer le commandant Castro, s’est retourné contre son auteur, aujourd’hui définitivement perdu de réputation et pas seulement chez quelques-uns de ses confrères.

On ne dure pas cinquante-deux ans au milieu des pires embûches sans savoir jouer aux échecs. Et au billard à plusieurs bandes.

Bravo l’artiste.

Où est mon verre de vodka à l’herbe de bison ?

                                                                           à Fidel Castro...
                                                     
                                                                           Santé, Monsieur ! Vivez centenaire.
 

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Fidel Castro, Jeffrey Goldberg et Julia Sweig à l'Aquarium de La Havane
  

Fidel en el aquario.jpg

Les mêmes, de dos, regardant évoluer des dauphins et des athlètes.

 

 

  Catherine L.

 

_______       

Les corps des délits :

http://www.newyorker.com/archive/2002/03/25/020325fa_FACT1 

(Article de 2002 « The Great Terror »)

http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2010/09/the-p...   

(Interview Castro - Article original)

http://www.thewashingtonnote.com/archives/2010/08/an_isra...
(Should Israel bomb Iran?)

Pour qu’on ne dise pas que je suis partiale, voici un défenseur-&-ami de J. Goldberg :

http://monde-info.blogspot.com/2010/08/israel-iran-guerre-nucleaire-pour.html

Sinon, voyez Mediapart, pas spécialement des communistes au-couteau-entre-les-dents :

http://www.mediapart.fr/club/edition/dijon-bourgogne/article/170810/israeliranetats-unis-un-trio-explosif

Ou encore :

« Goldberg's article has been criticized, however, as "a J-school nightmare : bad sources, compromised sources, unacknowledged uncertainties, and the whole text spun through with an alarmist rhetoric that is now either laughable or nauseating, depending on your mood." Critics also charge that the article boosted the Bush administration's argument for the invasion of Iraq by emphasizing Saddam Hussein's use of weapons of mass destruction. »  Wikipedia

http://www.counterpunch.org/cockburn02282003.htm

Hacks and Heroes. Meet The New Yorkers’ Jeffrey Goldberg, CounterPunch 28 février 2003

On peut lire aussi - il est intéressant - l'article d'Adam Shatz, dans la London Review of Books de ce 23 septembre  :  

http://www.lrb.co.uk/v32/n18/adam-shatz/short-cuts

 

Pied de nez Je dédie ce conte à Thomas Gunzig, écrivain et homme de radio, qui chausse « à la belge » les mocassins de Stéphane Guillon tous les matins à 8h30 (Café serré, RTBF-La Première), et qui, parce que La Semaine Infernale  (RTBF-La Première) est enregistrée le jeudi et non le vendredi, a perdu une belle occasion de ne pas dire deux grosses sottises en une seule phrase. Peut-on lui suggérer, aux vacances de l’année prochaine, plutôt qu’emmener les gosses à Eurodisney Resort Paris (billet à classer historique), de les envoyer à la mer avec leurs grand-parents et de s’enfermer au jardin avec la vie et les oeuvres de Fidel Castro, histoire de ne pas mourir idiot. Avec de la tequila bien fraîche, c’est jouable. Ou de la vodka à l’herbe de bison s’il préfère, les Cubains ne sont pas sectaires.


*

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Que celui qui n’a jamais fauté...

 

Une qui risque de ne pas vivre centenaire, c’est Madame Sakineh Mohammadi Ashtiani, dont le nom résonne aux quatre coins de l’Occident, depuis que nos habituelles bonnes âmes curieusement intentionnées se sont mises en campagne pour lui éviter la lapidation. Pour adultère, évidemment, comme dans la Bible.

Je ne me joindrai pas à ce choeur des vierges, mais comme seule la vérité est révolutionnaire (je ne sais plus qui dixit), je m’en vais résumer, pour ceux qui auront eu la constance d’arriver jusqu’ici, le peu de sûr que l’on sache de cette affaire.

Madame Mohammadi Ashtiani n’a pas été condamnée à la lapidation, forme d’exécution qui a été supprimée par la Révolution iranienne, elle a été condamnée à la pendaison. Et non pour adultère, mais pour meurtre. Avec préméditation. Selon l’enquête, elle a endormi son mari pour permettre à son amant de le tuer sans risque. Des tenants, des aboutissants et surtout des causes de tout cela, personne, ici, ne sait rien. Sauf que son complice est condamné à la même peine.

L’Iran étant un pays civilisé, les condamnés peuvent se pourvoir en appel. Madame Mohammadi Ashtiani attend aujourd’hui, en prison, le résultat de la procédure d’appel en cours.

Devons-nous les 99 coups de fouet à l’imagination fertile de M. Béhachelle ? Il ne faudrait pas s’en étonner. Quand M. Béhachelle fabrique du consentement à une guerre, pire elle est, plus il tient à gagner ses sous.

Pour être complète, j’ajouterai que la loi iranienne possède encore une disposition légale qui n’existe  pas dans nos contrées  : tout condamné à mort peut voir sa peine annulée, si la ou les victimes de son forfait lui accordent leur pardon. L’État alors se retire et lui rend la liberté. En cas de confirmation de la sentence par la Cour d’Appel, il dépend de la famille de son mari et en premier lieu de son propre fils, que Madame Mohammadi Ashtiani ne soit pas exécutée.

Pour des informations plus détaillées sur ce cas malheureux utilisé sans gêne par les habituels je-me-mêle-de-tout occidentaux au service des intérêts les plus louches, voir :

Thierry Meyssan : Le scandale Sakineh (Réseau Voltaire).

Ainsi que le compte-rendu de Dieudonné M’Bala M’Bala (oui, je sais, c’est un comique) qui, tournant un film dans la région, s’est rendu à Téhéran pour intercéder en faveur de la condamnée :
http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art672

Et pendant que nous sommes sur le site de l’association « La Plume et l’Enclume » ( M. Israël Shamir, Mmes Maria Poumier, Ginette Hess Skandrani et leurs amis), voici la pétition qu’eux-mêmes ont signée, fait circuler.et envoyé au Président Ahmadinejad, qui n’est pas habilité à s’occuper de ces choses mais qui aura transmis, j’imagine, à qui de droit :




Appel respectueux à la clémence pour Sakineh,
par l'Association Entre la Plume et l'Enclume



Lettre ouverte à M. Mahmoud Ahmadinejad, président de la République islamique d’Iran pour lui demander d’accorder sa clémence à Sakineh Mohammadi menacée d’exécution.

Nous n’avons pas signé la pétition des personnalités françaises exigeant l’arrêt de son exécution, car nous pensons que cette pétition est incomplète et ne prend en compte que les intérêts occidentaux.

Nous soutenons l’Iran contre la politique répressive adoptée par la communauté internationale contre son Etat, son président et l’ensemble du peuple iranien.

Nous dénonçons l’exclusion par embargo économique, commercial et financier de ce pays porteur d’une des civilisations les plus prestigieuses de l’humanité.

Aussi longtemps qu’Israël paradera avec ses centaines de bombes nucléaires dans le désert du Neguev et continuera ses productions atomiques dans le centre de Dimona, l’Iran ne doit pas être puni sous le prétexte hypocrite qu'il pourrait vouloir acquérir la bombe.

L’AIEA (l’Agence pour l’information sur l’énergie atomique) n’est jamais arrivée à prouver que l’Iran fabrique la bombe atomique alors que cette agence sait qu’Israël en produit des quantités, destinées à terroriser le monde entier.

Nous dénonçons cette campagne honteuse contre le peuple iranien; en effet, nos dirigeants occidentaux ont déjà utilisé par deux fois le prétexte de la défense des valeurs féminines, contre l’Afghanistan et l’Irak, avant de les attaquer militairement; voilà pourquoi nous nous demandons si nos dirigeants ne sont pas en train d’utiliser le même stratagème afin de pouvoir agresser l’Iran sans donner les motifs réels d'une simple guerre de conquête, qui ne correspond ni aux intérêts ni aux sentiments des peuples de notre région.

Nous ne nous permettons pas de nous immiscer dans la justice iranienne, mais nous nous permettons de demander au Président iranien d’accorder sa clémence pour la citoyenne iranienne Sakineh Mohammadi, 43 ans, menacée d’exécution, dans le cadre de notre rejet universel des châtiments définitifs.

Nous sommes contre la peine de mort que nous dénonçons également ailleurs. Mumia Abu Jamal , (le journaliste et membre américain des Black Panters) est dans le couloir de la mort aux USA depuis plus de vingt ans ainsi que de nombreuses autres personnes en majorité des noirs ou des Amérindiens tel Leonard Pelletier. Nous demandons également au Président Obama de leur accorder sa clémence.

Tout comme nous demandons la clémence et la justice pour le million et demi de Palestiniens de Gaza soumis à une peine de mort lente, sans être coupables en rien de leur sort.

Toutes ces personnalités qui veulent imposer la loi occidentale sur votre pays, qui a ses propres traditions juridiques, éthiques, religieuses, nous ne les avons jamais vues se mobiliser pour dénoncer toutes ces condamnations à mort!

Pour l'Association "entre la Plume et l'Enclume", la présidente, Ginette Hess Skandrani

Paris, 27 août 2010.

Pétition à adresser à plumenclume@orange.fr

Je m'associe à la "Lettre ouverte au président Ahmadinejad" de l'Association Entre la Plume et l'Enclume, je la diffuse et je soutiens la demande de clémence pour Sakhina Mohammadi.

Nom, prénom

Fonction

*   


N.B. La photo ci-dessus n’est pas celle de Madame Mohammadi Ashtiani mais celle d’une jeune femme condamnée en Irak, où on exécute à tour de bras, y compris à la perceuse électrique, et ce depuis des années, sans que personne s’en émeuve



*

Puisque nous sommes du côté de chez les femmes,

             restons-y :

 

 

Eva R.jpg

Pour vous signaler le blog – non : les blogs – d’une femme courageuse, qui déploie depuis quelques années, sur Internet, une activité extraordinaire.

Son nom : Eva Onochtchenco.
Elle est écrivain, journaliste, de père français et de mère russe, et elle habite dans le midi de la France

L’ensemble de ses blogs s’appelle Eva R-sistons à l’intolérable, où rien de ce qui nous concerne tous n’est ignoré. Les voici dans l’ordre des urgences :



- No War
  http://no-war.over-blog.com/5-index.html  


- R-sistons à l'intolérable
   http://r-sistons.over-blog.com


- R-sistons à la désinformation
  http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com

 
- R-sistons à la crise (tuyaux,analyses,alternatives..)
  http://sos-crise.over-blog.com
 

- R-sistons à l'actualité
  http://r-sistons-actu.skynetblogs.be/


- R-sistons au choc de civilisations
  http://eva-communion-civilisations.over-blog.com/


- Eva coups de coeur blogs
  http://eva-coups-de-coeur.over-blog.com/


- Eva informe les seniors
  http://senor-information.over-blog.com


Son adresse   :   evaresis@yahoo.fr

Personne ne perd son temps en lui rendant visite.




 
Avons-nous dit journalisme ?

Des qui ne font pas dans la dentelle, quand il est question de persuader les foules de la pertinence de la présence U.S. et affiliés en Afghanistan, ce sont les médiateux de Time Magazine.

Qui peut encore ignorer la récente couverture chargée d’horrifier les foules (guerre au terrorisme, n’est-ce pas) montrant une jeune femme afghane cruellement mutilée.

Par les talibans précise la photographe Jodi Bieber, qui l’a persuadée de poser en lui disant qu’elle était belle. Jodi Bieber, de nationalité indéfinie et vivant à Johannesburg, semble avoir une prédilection pour les corps de femmes plutôt très abîmés, qu’elle expose sous le titre «Real Beauty».

L’auteur de l’article s’appelle Aryn Baker. Elle est l’épouse d’un entrepreneur afghano-américain, a qui la guerre a valu quelques juteux contrats avec les forces de l'OTAN.

TIME_1.jpg



Gros titre :  Voilà ce qui arrivera si nous quittons l’Afghanistan.

Et de préciser que cette jeune femme de dix-huit ans s’est évadée de la maison de ses beaux-parents, qu’elle a été poursuivie, rattrapée, condamnée par les talibans à avoir le nez et les oreilles coupés; qu’elle a été abandonnée, se vidant de son sang, dans la montagne, recueillie par une patrouille de démocrates et sauvée. Qu’elle va être gratuitement opérée par un Dr. Grossman, chirurgien plastique en Californie.

Précision n° 1 :

Les Talibans ont formellement démenti, la Sharia leur interdisant ce genre de pratiques.

Précision n°2

L’auteur des mutilations est son propre mari, qui l’accuse d’avoir bafoué l’honneur de sa famille. L’Europe, qui n’est pas plus exempte que d’autres de crimes d’honneur familiaux, ne devrait pas trouver ce comportement si étrange.

Reste l’usage qui a été fait de ce drame privé, et qui continue à en être fait, en dépit d’une polémique très vive.


Extraits :

Suite à cette couverture controversée, certains commentateurs ont estimé que le journal avait utilisé une image choc pour défendre le maintien des troupes américaines en Afghanistan. Dans un éditorial, le rédacteur en chef de Time Magazine, Richard Stengel, avait justifié la publication de la photo en assurant qu'Aisha avait posé car elle voulait que le monde voie les conséquences, pour les femmes, du rôle accru des talibans en Afghanistan".  (RTL-Info)
___________     

Conçue pour choquer, cette couverture justifiait outrageusement l’intervention militaire en Afghanistan. Une affaire qui a été très bien couverte par Courrier International et qui a surtout fait couler beaucoup d’encre dans les pays anglo-saxons. « Stratagème cynique » lit-on dans The Guardian. « L’inquiétante une de Time Magazine (…) est parfaitement fallacieuse vu que le scénario décrit est déjà une réalité alors que nous sommes encore là-bas » ajoute The Observer dans un article intitulé « Le salut des femmes ne viendra pas de l’Occident ». (Bakchich-Blogs)
____________    

Les résistants affirment que Time ment en les accusant d’avoir coupé le nez et les oreilles d’Aisha, 18 ans, après qu’elle a fui son foyer dans la région d’Oruzgan, (centre) l’an dernier.

«Cet acte désespéré de propagande par le magazine Time a montré à la planète les excès auxquels les médias sont prêts à recourir pour satisfaire les Etats-Unis, même au prix de leur intégrité journalistique», a dénoncé un porte-parole des résistants dans un communiqué cité par SITE.

Le communiqué en anglais a été publié samedi sur le site de l’Emirat islamique. Il accuse les Américains de «publier ces mensonges pour détourner l’attention des gens de leur défaite nette et honteuse».(Journal de l'Afghanistann - La coalition perd la guerre. - n° 450 - du 09-08 au  31-08 - C. De Broeder & M.Lemaire : http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be )


Restons-en là. Mais puisqu’il continue à n’être bruit partout que de talibans, posons à Mmes Aryn Baker et Jodi Bieber, mais aussi  à leurs employeurs quelques questions de Béotiens très bêtes  :

Les Moudjahidines devenus talibans étant, de notoriété publique, des paysans analphabètes, grâce a qui a pu être renversé,  le 16 avril 1992, le gouvernement communiste (donc laïc) de la République Démocratique d’Afghanistan, pour le remplacer par un gouvernement ouvertement islamiste (c. à d. intégriste),

- QUI a recruté, dans leurs villages, ces malheureux paysans pour en faire des «Moudjahidines»?
- QUI les a endoctrinés ou achetés ?
- QUI les a drogués ?
- QUI les a entraînés ?
- QUI les a armés, alors qu’ils n’avaient pas les moyens de l’être ?
- QUI s’en est servi pour renverser le gouvernement communiste élu et ainsi attirer l’URSS (appelée à l’aide par celui-ci), dans le piège qui devait être « son Vietnam » (selon les vantardises répétées de M. Zbigniew Brzezinski,  idéologue et organisateur du forfait, sous la présidence Carter) ?
- QUI les a ensuite utilisés dans ses guerres d’agression en les lançant contre la Yougoslavie (présidence Clinton – direction  des opérations : Oussama Ben Laden), contre l’Irak, etc.
- QUI les a utilisés encore (années 1990) pour semer la terreur par des massacres innommables en Algérie ?
- QUI les utilise à présent comme « ennemis publics n°1 », selon une recette éprouvée consistant à corrompre des gens pour leur faire trahir leurs compatriotes et à les réutiliser ensuite comme ennemis dès qu’ils ont fini de servir, ainsi que cela s’est produit avec Saddam Hussein, Slobodan Milosevic et tant d’autres ?

- Les « journalistes » de TIME Magazine ne savent-ils pas où trouver leurs gouvernants ?

Question subsidiaire :

- Pourquoi se donner tant de mal pour démontrer la nécessité d’une présence occidentale-sinon-qu’est-ce-qui-va-arriver-aux-femmes en Afghanistan alors que la guerre EST perdue ? Serait-ce une manière de persuader les vassaux de s'y coller tout seuls pendant qu’on va s’occuper d’Hugo Chavez et des autres pays de l’ALBA ?

C’est avec les impôts payés par les Européens que l’OTAN fonctionne et commet ses crimes (seuls, les Européens riches ont les mains propres, puisqu’ils n’en paient pas)

 

*

 

Exécutions capitales et tchic et tchac

teresa lewis.jpgCe jeudi, à 21h13 heure locale, Teresa Lewis, 41 ans,  a été exécutée à Jarrat, en Virginie. Coupable d’avoir fait tuer, également pendant leur sommeil, son mari et son beau-fils, pour hériter de l’un et toucher l’assurance-vie de l’autre. Aboutissement d’un long asservissement au sexe et à la drogue. La défense a eu beau faire valoir qu’elle avait un Q.I. de 72 (« borderline mentally disabled ») et qu’elle avait été manipulée par un des tueurs, après avoir eu des relations sexuelles avec les deux ; ceux qui se sont mobilisés pour tenter d‘obtenir sa grâce ont eu beau faire valoir qu’au bout de huit années d’emprisonnement, elle était devenue une autre femme, la Cour ne les a pas suivis et l’exécution a eu lieu « en présence de l’aumonière de la prison, la Rév. Julie Perry, sanglotante et s’accrochant désespérément à son livre de prières ». Ses deux complices mâles ont écopé de perpète.

brandon joseph rhode.jpgEn cours : l’exécution de Brandon Joseph Rhode, auteur d’un triple meurtre (un cambriolage ayant mal tourné) alors qu’il était mineur (17 ans).
Le condamné (« utterly terrified and hopeless »)  ayant tenté de se suicider quelques heures avant l’exécution, en se tailladant au rasoir la gorge et les poignets, a été sauvé in extrémis et la Cour a décidé de surseoir de trois jours à l’exécution, afin qu’il soit conscient pour subir sa peine.

Le débat sur la peine de mort s’intensifie aux États-Unis, tandis que Jerry Brown (Dem.) appelle à une reprise des exécutions capitales en Californie «aussi rapidement que possible».

Pour les armes à feu en vente libre dans les supermarchés, voyez Michael Moore.  Il  a des tas de choses à en dire.


*

 Sale temps pour les opposants aux guerres !

On a appris avec délices – cela ne date pas de cette semaine, mais peut-être certains d’entre vous ne le savent-ils pas encore – que saint Barak Obama a passé en loi le droit d’exécuter à vue et sans sommations quiconque sera soupçonné de terrorisme. Cette décision concerne autant les citoyens américains que les autres. Elle est applicable sur le territoire des États-Unis et n’importe où dans le monde.

Soupçonné par qui ? Euh... Sur quelles bases ? Pfft... Et si on tue d’abord pour s’apercevoir ensuite qu’on s’est trompé ? Och... on s’excusera.

Même Franco et Pinochet n’avaient pas osé. Certes, ils l’avaient « fait », c. à d. assassiné des gens soit parce qu’ils les gênaient, soit pour terroriser les autres (par « les autres» entendez toute la population de leur pays), mais jamais, quand même, ils n’ont eu l’audace de se  donner avant – par une loi - le droit d’assassiner selon leur bon plaisir.

Jadis, les tueurs à gages et autres exécuteurs des basses oeuvres des tyrans devaient rapporter  à leur maître la tête ou le scalp de leur victime, en guise de preuve qu’ils avaient honnêtement gagné leur salaire. Ceux d’aujourd’hui doivent rapporter un échantillon d’ADN. On n’arrête pas le progrès.
 
Voir  : « Obama tue plutôt que faire des prisonniers », par Lorraine Millot, pour Libération.
http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/2010/02/obama-tue-plut%C3%B4t-que-faire-des-prisonniers-1.html


Les articles les plus détaillés sur la question sont ceux de Glenn Greenwald repris en français par Le Grand Soir :
 « Officiel : Obama autorise l’assassinat de citoyens étasuniens »  

 http://www.legrandsoir.info/Officiel-Obama-autorise-l-assassinat-de-citoyens-etasuniens-Salon-com.html
et par Soutien-Palestine :

http://soutien-palestine.blogspot.com/2010/04/officiel-ob...


d’après son propre site Salon.com :
http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/2010/01/27/yemen

C’est dans le discours présidentiel du 31 août sur le retrait des troupes d’Irak, qu’a été annoncée cette intéressante initiative :

Voir à ce propos : « Le discours d'Obama sur l'Irak : un exemple de lâcheté et de malhonnêteté », par Bill Van Auken, dans  Mondialisation.ca.

Citation : «La réputation de la démocratie américaine a été bâtie sur des principes et des droits constitutionnels qui ont été mis en lambeaux par l’administration Bush au nom de la  “guerre globale contre le terrorisme”. L’administration Obama a adhéré pleinement à ces attaques sur les droits démocratiques, défendant la surveillance domestique, les déportations, l’emprisonnement sans accusation ou poursuites. Elle a même donné à l’exécutif le droit de désigner des citoyens américains comme des suspects terroristes et a ordonné leur exécution extra-judiciaire.»


Texte complet ici :   

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20995

Je crois me souvenir qu’en 1793, voyant que les députés de la Gironde voulaient doter la France d’une constitution calquée sur celle des États-Unis, Maximilien Robespierre s’y était opposé avec force, expliquant pourquoi et prédisant ce qui devait forcément advenir d’une nation qui l’adopterait. Il semble que l’Histoire soit en train de lui donner raison.

 

*  

 

Pense-bête

 

Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

*

Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

*

Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

*

Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

Robespierre

 

 

 

*****

 

19:09 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2010

Il pleut de l'actualité sinistre - Parties 1 et 2.

 

  Il pleut de l'actualité sinistre...

Vedette pirate

« Le tact dans l'audace c'est de savoir jusqu'où
on peut aller trop loin. »
Jean Cocteau


*



Pour mémoire et juste en passant, cette actualité étant permanente  :

Notre sémillant prix Nobel de la Paix fait actuellement la guerre dans 75 pays à la fois (William Blum, Anti-Empire Report de Juin 2010). Toujours pour « se défendre »... le terrible terrorisme, vous savez).


Qui se souvient encore de la première guerre du Golfe , c'est-à-dire de la première invasion de l'Irak ?

Qui se souvient de ce représentant de l'Algérie, qui, monté à la tribune de l'ONU, récita ceci, en français

chagall--loup---agneau-copie-1.jpg

La raison du plus fort est toujours la meilleure:
           Nous l'allons montrer tout à l'heure.

           Un Agneau se désaltéroit
           Dans le courant d'une onde pure;
Un Loup survient à jeun, qui cherchoit aventure,
           Et que la faim en ces lieux attiroit.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
           Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.
— Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
           Ne se mette pas en colère;
           Mais plutôt qu'elle considère
           Que je inc vas désaltérant
           Dans le courant,
           Plus de vingt pas au-dessous d'elle;
Et que par conséquent, en aucune façon,
           Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
— Comment l'aurois-je fait si je n'étois pas né?
           Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
           — Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
           — Je n'en ai point.  — C'est donc quelqu'un des tiens ;
           Car vous ne m'épargnez guère,
           Vous, vos bergers et vos chiens.
           On me l'a dit: il faut que je me venge. »
           Là-dessus, au fond des forêts
           Le Loup l'emporte, et puis le mange,
           Sans autre forme de procès.

         
Intemporel La Fontaine !...  Intemporel Chagall !...



*

 


(Partie I - Histoires de bateaux et de trahisons)


Je commençais ainsi le post interrompu dont vous a parlé Catherine : « Quatre sujets d'actualité, pas plus. Je m'y engage !». C'était il y a quinze jours (trois semaines ?). Entre autres joyeusetés, on lynchait en France, l'Église catholique s'enfonçait dans l'opprobre, la Belgique, une fois de plus sans gouvernement, entamait son parcours de Yougoslavie bis vendue à l'étranger par ses représentants mêmes...  tout en osant célébrer le cinquantième anniversaire de « l'indépendance » du Congo, car elle ne manque pas d'air, quand celui qui a porté leur salaire aux assassins de Lumumba s'en vante et court toujours, jamais inquiété...  Je ne vous dis pas le reste - donc un cinquième,  parjure que je suis - pour ménager le suspense. Ces sujets étaient sinistres (l'horrible est à la mode) et ne sont pas obsolètes. Mais voilà... un clou chasse l'autre, et l'actualité d'aujourd'hui fait tout ce qu'elle peut pour bousculer celle d'hier. Je n'y renonce pas, elle m'attendra et sera pire encore quand j'y reviendrai.

En attendant, faisons comme tout le monde et parlons bateaux. Bateaux et trahisons. Les passagers de l'héroïque flotille que vous savez ne sont pas les seuls à s'être fait massacrer en mer ces temps-ci. Il y en a eu d'autres, certains comptant plus de morts encore, dont vos valeureux médias n'ont pas eu le temps de vous parler ou alors sans trop creuser. Il faut les comprendre. C'est qu'on ne peut pas être à la fois au four et au moulin et qu'il y a tant de choses à mouliner : entre Roland Garros et la Coupe du Monde qui approche, qui est là, on ne sait plus où donner du laptop. Mais, mes très chers, je vais vous en parler, moi. Après tout, c'est à ça que sert ce journal de bord de notre flotte immatérielle : parler un peu de ce que vos médias sont payés pour vous taire.


Israel_threatens_Rachel_Corrie_by_Latuff2
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Donc, à tout saigneur tout honneur, Israël a voulu écraser une mouche sur un carreau en se servant d'une masse de forgeron. Résultat : un carreau cassé et le monde en ébullition. Quel monde ? Les peuples, arrachés en sursaut à leur indifférence, réveillés de leur sieste égoïste, qui clament dans un universel brouhaha leur indignation impuissante... Le personnel politique ensuite, du Pôle Nord à la Terre de Feu, qui s'empresse de désamorcer cette agitation des consciences par ses habituelles gesticulations et paroles verbales que même Tartufe il n'en voudrait pas - un peu comme on verse du détergent sur une marée noire, dans l'espoir qu'au moins on ne la verra plus. Ouch !  Si je commence à gaffer...

Réaction étonnante quand même que celle des gens ! On dirait qu'Israël vient de faire quelque chose d'inhabituel. Eh bien non, ce n'est pas le comportement d'Israël qui a changé, c'est le regard de ceux - tous ceux - qui le découvrent. Ou font semblant. La seule innovation d'Israël, c'est le doigt d'honneur en gros plan à ses protecteurs et/ou commanditaires. Pffft. Ils en avaleront d'autres.

Depuis 1948, et même bien avant, Israël s'est toujours, systématiquement, comporté de la sorte. Demandez aux Palestiniens. Une fois piétiné le tabou « on ne bâtit pas son bonheur sur le malheur d'autrui », rien ne les a arrêtés. Ni personne. En tout cas personne qui soit resté en vie. Un psychopathe sûr de l'impunité fera toujours ce que fait Israël. Demandez à Jack l'Éventreur. Encore Jack l'Éventreur ne fut-il jamais protégé, encouragé, armé même, par la totalité d'un monde blanc estimant que les prostituées de Whitechapel font désordre et qu'il faut bien quelqu'un pour faire le ménage.

Sinon, que signifie le sang versé par Israël en Amérique Latine (pour ne citer que ce continent) ? Vous croyez peut-être, bonnes gens, que les tortues Ninja de Tsahal ne s'en prennent qu'aux Palestiniens ? Qu'aux Arabes ? Israël, sachez-le, a le droit de se défendre (l'aura-ton assez entendu ce mantra) même et surtout de ceux qui ne l'attaquent pas. C'est pourquoi il était urgent, dans les années 80, qu'Israël s'en aille miner les ports du Nicaragua, car Israël avait bien le droit de mettre Jérusalem à l'abri d'une invasion sandiniste. C'est pourquoi les paysans colombiens qu'on démembre vivants pour complaire aux barons de la drogue ont l'insigne honneur de l'être par des élèves du Mossad et quelquefois même de la main des maîtres, tant il est vrai qu'on n'éduque bien que par l'exemple. C'est pourquoi la communauté juive d'Argentine s'est vu amputer - tiens, à la même époque - de quatre-vingts et quelques de ses membres, par deux ou trois explosions judicieusement réparties, naturellement attribuées au Hezbollah et à un camion piégé, d'ailleurs conduit par un Arabe kamikaze, lequel malheureusement survécut (!) et dut être arrêté. Mais où va-t-on si les Juifs de la Diaspora crachent sur l'aliya qu'on leur offre, refusent d'aller jouer les bubons dans le flanc du Moyen Orient, se considèrent comme Argentins (de confession juive ou pas) et tiennent à jouer le rôle actif auquel ils ont droit dans les passionnants bouleversements qui remuent leur continent ? Cela ne méritait-il pas une punition ? Si, n'est-ce pas ? Ni plus ni moins que ces Palestiniens assez outrés pour voter Hamas alors que notre caprice est qu'ils ne le fassent pas...  Ah, pourquoi a-t-il fallu que ces foutus juges de la Cour Suprême argentine profitent de ce que nos amis les colonels putschistes n'avaient plus le vent en poupe pour se mettre à poursuivre l'enquête, à relâcher l'Arabe innocent et à dire qu'il n'y avait jamais eu de camion piégé mais des bombes. Plantées. Par des Israéliens. Les pressions exercées sur ces magistrats et les menaces de mort pour qu'ils se rétractent ? Normal. Israël a le droit de se défendre, non ? Y compris de son propre sang. Qu'elle se le dise, cette Diaspora qui refuse de se laisser intimider ! Mais n'est-ce pas à vous dégoûter de pratiquer le terrorisme ?


gaza-blockade1

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Je ne vais pas m'étendre sur les hauts faits de Tsahal en Palestine, en Syrie, au Liban, et du Mossad absolument partout. Ils sont assez connus de ceux qui ne refusent pas de voir ni d'entendre. De l'assassinat de Lord Moyne au Caire à celui de Mahmoud al-Mabhouh à Dubai, en passant par la liquidation de Folke Bernadotte à Jérusalem, la liste est longue.

Pourtant, il serait naïf de voir en Israël le diable-seul-responsable-de-tous-nos-maux, même si on ne prête qu'aux riches, et surtout de croire qu'une fois l'imposture disparue, tout ira très bien Madame la Marquise. Pour M. Koffi Cadjehoun (voir ici :
http://aucoursdureel.blogspot.com/2010_05_01_archive.html
et ici :
http://aucoursdureel.blogspot.com/2010/06/gaza-effet-de-serf.html ), Israël n'est que le rottweiler en chef d'instances beaucoup plus funestes encore, « vrais maîtres du monde» dont il situe le repaire dans la City de Londres. Je n'ai pas de raison de penser autrement, qu' « ils » crèchent dans la City ou ailleurs. Qu'Israël, l'Union Européenne et les États-Unis (oui, l'Empire), ne soient que les instruments d'une faction atroce, ne les exonère en rien de leurs crimes. Ne nous exonère en rien de notre crime de passivité. Théoriquement, nous sommes tous également dotés de libre-arbitre et aucune fatalité n'oblige personne à se laisser faire. Voyez les passagers du Mavi Marmara, du Rachel Corrie et des autres. Voyez M. Galloway, qui annonce une autre flotille de soixante bateaux pour septembre...

Dans un  des articles que j'ai glanés pour vous, M. Justin Raimondo accuse poliment, encore au conditonnel, le président Obama de trahison, « au cas où il y aurait un seul citoyen américain parmi les morts de la flotille ». Eh bien, il y en a un. Et, bien sûr, M. Raimondo a raison : servir les intérêts d'une faction étrangère ou d'un état étranger au détriment de ses nationaux constitue, de la part d'un gouvernant plus encore que de n'importe qui, un crime de haute trahison. C'est dire combien s'en sont rendus et continuent à s'en rendre coupables. Tous les dirigeants de l'Union Européenne, sans exception, sont dans ce bateau-là.

On peut prédire que dans le pays (en sursis) où nous sommes, on va ressortir l'inusable de Keyzer de la naphtaline (c'est à celà qu'elle sert) et continuer comme avant (rehaussement des relations... investissements dans les territoires occupés... importation massive de pommes de terres avec du sang dessus et ruine planifiée de l'agriculture nationale grâce aux diktats de « Bruxelles » auxquels le Sionistan, lui, n'est pas soumis, etc. etc. etc.). Un jour, quand tout le monde sera mort, on se mettra à rechercher vraiment les tueurs du Brabant là où ils sont. Entretemps, le troupeau sera sommé d'aller donner un nouveau blanc-seing aux traîtres, afin qu'ils puissent continuer à trahir sans entraves.

Pour abréger, ce post évoque plusieurs histoires de bateaux, qui sont aussi des histoires de trahison. Je n'ai fait que réunir les articles qui m'ont paru en parler le mieux. Leurs auteurs sont de toutes provenances, de toutes nationalités et de philosophies diverses. Leur seul point commun est de penser par eux-mêmes et d'essayer honnêtement de se rendre utiles. Mes excuses à ceux qui les ont déjà lus. Mes excuses aussi à ceux qui devraient se trouver ici et qu'il faudra aller chercher ailleurs. Je me contenterai de situer chacun brièvement (en vert) « pour les jeunes qui débarquent ».




*


31 mai 2010

 

 

bateau turc

Le MS Mavi Marmara


Flottille de La Liberté : L'impunité des assassins...


Georges STANECHY

« Du conseil en gestion international à la création d'entreprises et au développement... Un regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant... » C'est tout ce que nous savons de Georges Stanechy : ce qu'il dit de lui-même sur son blog. Ce que nous savons en revanche avec certitude, c'est qu'on ne perd jamais son temps en lisant ses posts, et même en parcourant ses archives : ce qui s'y trouve ne s'évente pas avec le temps.




Non.

Ce n'est ni une bavure, ni une erreur d'appréciation du risque. Encore moins, une opération commando ayant mal tourné.

Au contraire.

Prendre d'assaut des bateaux civils, avec à leur bord des militants pacifistes, évidemment non armés, chargés d'aide humanitaire, se dirigeant vers une enclave érigée en immense camp de concentration, depuis plusieurs années dans l'indifférence de la Communauté Internationale : Gaza...

Assaut donné dans les eaux internationales, avec pour conséquence des dizaines de morts et de blessés : un tel niveau de violence démontre l'assurance de l'impunité.

Entendre nos gouvernements, dans l'hypocrisie, le cynisme les plus délirants, se déclarer « choqués », et « demander » des explications en est la confirmation.

Oui : nos politiciens, même nos vaillants parlementaires et têtes pensantes de l'UE, toujours prêts à fustiger les pays inscrits sur la liste rouge dictée par les néoconservateurs US, ne condamnent pas un crime de guerre ou contre l'humanité.

Ils se limitent à exprimer, timidement, leur « émotion », devant une « disproportion ». Quêtant une « enquête », la main tremblante. Même pas internationale. Surtout pas. Au gouvernement auteur du forfait...

Se donner bonne figure, bien sûr, pour calmer les naïfs. Leur faire croire qu'Occident est synonyme de Droits de l'Homme.
Le temps que les fourneaux de la propagande chauffent à plein régime. Ils sont déjà au travail :


« ... les activistes avaient été prévenus, ils ont agressé, avec des couteaux et des haches, les commandos armés jusqu'aux oreilles alors qu'ils montaient gentiment à bord, etc. »

Au-delà de la barbarie de l'acte, et de l'insupportable comédie diplomatique des gouvernements occidentaux, on se doit de lire le message clair qui est envoyé à l'ensemble du monde.

Il ne s'agit pas d'un acte de piraterie, exercé par un pays sur les navires d'autres pays, mais bien d'une opération d'hyperviolence, délibérée, soigneusement planifiée, méticuleusement préparée (jusqu'à l'organisation du camp d'internement des passagers - avec bloc opératoire - dans le port israélien d'Ashdod), et médiatiquement orchestrée, avec l'accord, la complicité, des Etats occidentaux.

Un crime de guerre, sanguinairement exécuté, pleinement assumé, chargé de délivrer le rappel d'une réalité que l'opinion internationale avait tendance à oublier, au nom de la nomenklatura de l'Occident, dans un accès de fureur mégalomaniaque :

I. Les Maîtres du Monde, c'est Nous : l'Occident.

Rien ne peut se faire, se décider ou s'organiser sans notre autorisation, Notre Bon Vouloir. Le Droit International, l'ONU, La Loi du Monde, Les Droits de l'Homme, c'est Nous qui en dictons les normes et l'opportunité.

II. Israël, c'est l'Occident.

En conséquence, l'impunité de l'Etat d'Israël quoiqu'il décide et exécute est un fait acquis. Une norme internationale. Rien ne la remettra en cause. Imposée depuis une soixantaine d'années, elle durera tant que nous le voudrons. Selon Notre Bon Plaisir.

Israël doit être perçu comme notre pitbull dans la région et au-delà, aussi imprévisible dans le déchaînement de sa violence, que jusqu'au-boutiste dans sa férocité. C'est la démonstration de notre force et de notre détermination.

III. Une leçon pour la Turquie et ceux qui voudraient suivre sa voie, croire, espérer, en un monde « multipolaire »...

L'acharnement des commandos-tueurs sur le bateau de tête de la flottille, de nationalité turque, où figurent la quasi totalité des morts et des blessés, est un ultime avertissement adressé à la Turquie et aux autres pays souhaitant s'ériger en contrepouvoir de l'Empire et de ses vassaux : « Retenez-le bien : si vous ne courbez pas l'échine à notre injonction, nous le ferons par la force. »

L'émergence de la Turquie en puissance régionale, n'est pas admissible par l'Occident. L'attitude de mépris extrême du ministre des affaires étrangères US Hillary Clinton, au lendemain même de la médiation turco-brésilienne pour le nucléaire Iranien, était déjà une sommation : « Ecrasez-vous et fermez-là ».

Les Turcs ne l'avaient pas compris, le massacre de leurs ressortissants est là pour rappeler le sérieux de la menace.

IV. Il n'y aura de paix en Palestine et au Moyen-Orient, qu'aux conditions dictées par l'Occident, suivant le temps qui lui conviendra.I

En conséquence, Gaza et son blocus inhumain, cette punition collective condamnée par les Conventions de Genève, sont un exemple pour tous ceux, pays, mouvements de résistance, qui n'accepteraient pas la domination de l'Occident.

La tuerie justifie, à présent, l'interdiction internationale de toute flottille ou intervention humanitaires de ce genre, non décidées par l'Empire.

V. L'Iran doit être détruit et soumis.

L'Iran, et ceux qui traînent des pieds pour participer à sa condamnation, doivent comprendre que la détermination et la force employées par l'Occident n'ont que faire de l'opinion publique européenne, arabe, musulmane, internationale, humanitaire ou autre.

Le jour même du massacre, la marine Israélienne faisait savoir par le Sunday Times, que trois sous-marins de fabrication allemande porteurs de missiles de croisière équipés des dernières ogives nucléaires, patrouillaient le long des côtes Iraniennes.

L'Iran, sous le prétexte du nucléaire, est sommé de se soumettre à l'Occident, de donner les clés de ses gisements de pétrole et de gaz, et de livrer son marché intérieur à nos «privatisations . Pour être, dans le même temps, démantelé en plusieurs Etats vassalisés.

La conclusion de ce message :

La communauté des Nations n'est pas une mythique assemblée, collectivité, débattant du droit ou d'une idyllique humanité. Elle nous est soumise, car nous sommes des gangsters, des assassins, des pillards, des prédateurs,

Où est le problème ?...

Nous l'assumons et en sommes fiers. Car, nous ne connaissons qu'une Loi, dont nous sommes les détenteurs : La Loi du Plus Fort



Source : À contre-courant
Posté par Georges STANECHY,  mardi 1er juin 2010
http://stanechy.over-blog.com/article-flottille-de-la-liberte-l-impunite-des-assassins-51455747.html
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Rien qu'un « chín-chín »...

Koldo Campos Sagaseta (pour Rebelion)

 

Koldo`

Juan Carlos (Koldo) Campos Sagaseta de Llúrdoz est né basque, à Pampelune, en 1954, mais il vit en République Dominicaine, dont il est devenu citoyen. C'est un écrivain, lauréat de plusieurs prix de poésie dans son pays d'adoption et d'autres du continent, un auteur dramatique et un journaliste. Il travaille pour le quotidien dominicain El Nacional, où sa chronique régulière s'intitule « Cronopiando ». Il collabore aussi à divers autres organes de presse ou sites internet. En 1980, au Nicaragua, il a participé comme brigadiste à la campagne d'alphabétisation des sandinistes. Il vit avec sa fille Irène (celle dont il est ici question) et trois chattes.


Ma fille Irène n'avait alors guère plus de deux ans lorsqu'un jour elle surprit, sur le carrelage de notre cuisine, une fourmi solitaire égarée là. Fascinée, elle la suivait, à quatre pattes, le long de quelques dalles et finit par me demander :

- Papa, regarde... une petite fourmi... Je la tue ?

Je ne me souviens plus pourquoi, par solidarité avec la fourmi, je plaidai sa cause. Irène ne paraissait pas très disposée à accepter mes arguments en faveur de la fourmi et me proposa en échange :

- Rien qu'un « chín-chín »...

Un « chín-chín » en bon parler de Saint-Domingue, ça signifie : « un peu, un petit peu »... Irène voulait tuer la fourmi un petit peu, un petit morceau, un dix pour cent peut-être...

Irène était alors loin de savoir que les décisions, les mesures que l'on prend dans la vie, généralement, n'admettent pas de palliatifs.

Je raconte cette histoire parce que certains journalistes, ministres, chefs d'Etat européens, bien qu'ils aient dépassé et de loin l'âge d'Irène bébé, à lire leurs déclarations et communiqués, ou bien font preuve de la même candide ingénuité que ma fille Irène bébé ou bien sont de fieffées canailles.

Face à l'attentat terroriste perpétré par l'armée israélienne dans les eaux internationales contre une flotille de bateaux chargés de coopérants et d'aide humanitaire destinée à la ville palestinienne de Gaza asssiégée, certains médias et politiciens ont déjà commencé à justifier le massacre, les dizaines de morts et de blessés, en avançant que « l'opération israélienne a été disproportionnée ».

Il y a un peu plus d'un an, c'était déjà ce que déclarait le président du gouvernement espagnol après que l'armée israélienne, cette bande de terroristes la plus sanguinaire du Moyen Orient, eût assassiné des centaines de Palestiniens à Gaza : « Israël est un ami de l'Espagne et c'est pourquoi il est de notre devoir de lui dire la vérité : sa réponse est disproportionnée ».

l'Europe aussi, poussée par les mêmes sentiments amicaux et la même solidarité, s'accordait alors pour dénoncer le côté disproportionné de la « réponse ».

Et ce n'était pas le première fois que les champions de la morale, de la tolérance et des Droits de l'Homme, dans cette civiliste et démocratique Europe, insistaient sur le problème de la proportionnalité pour évoquer le génocide que le barbare Etat Israëlien met en application, en toute impunité, contre le peuple palestinien.

Ils ont été, alors, dans dans la totale incapacité de dire quelle devait être la proportion correcte. 300 morts, peut-être, au lieu des 1.500 cadavres que laissa la « réponse disproportionnée » israëlienne dans les territoires occupés auraient été convenables ? Une centaine d'enfants palestiniens morts au lieu des 400 massacrés, ça aurait été acceptable ? Des bombes à fragmentation, peut être, ça aurait pu cadrer avec une « réponse proportionnée » acceptable pour l'Europe ? Est-ce que bombarder un hôpital ou des installations de la Croix-Rouge ou des Nations-Unies c'est compatible avec une correcte proportion ?...

Face à la dernière monstruosité terroriste de leur associé et ami, cette bande de cyniques salauds qui gouvernent les destinées de l'Europe ne nous éclairent pas davantage, aujourd'hui, à propos de la convenable proportion avec laquelle cet Etat fasciste israëlien peut perpétrer des crimes et semer la terreur impunément. Le gouvernement israëlien est le seul à avoir clairement annoncé la nécessité, pour lui, de se défendre et il se pourrait même, et peut-être le fait-il déjà, qu'il fasse appel, pour sa défense, à cet argument de l'usage proportionné de la violence, en grandeur et en nature, exigé par ses complices, puisque 16 morts sur les 700 coopérants qui étaient à bord de la flottille de la paix, c'est à peine 0,02 pour cent de l'équipage. Ils n'ont même pas coulé, les bateaux et ils ne les ont pas bombardés avec des bombes au phosphore blanc ; et ils ont même porté une assistance sanitaire aux survivants.

Ce à quoi l'Europe ne donne encore aucune réponse c'est au sujet de la proportion de résolutions des Nations Unies que l'Etat israëlien a le droit de continuer à ignorer sans que cela lui vaille la moindre sanction y compris une possible et bien entendu proportionnelle occupation, ni le nombre d'années que la Palestine doit continuer à attendre pour retrouver ses territoires occupés. En fait, 65 années se sont écoulées depuis la résolution 181 des Nations-Unies, en 1947, curieusement connue sous le nom de « résolution du partage de la Palestine » sans que semblable attente semble suffisamment proportionnée pour trouver le droit d'être respectée.

Irène a grandi et ne poursuit plus les fourmis sur le carrelage pour les écraser modérement, d'un coup de talon bien proportionné et radicalement efficace.

Pire : Irène, aujourd'hui, passe beaucoup de temps à s'informer, à écouter les nouvelles, à lire les journaux et c'est ainsi qu'elle a fini par apprendre que tout principe juridique, éthique, constitutionnel, tout Droit de l'Homme, toute raison pure ... sont contenus dans un « chín-chín», dans un tout petit peu.


Mercredi 2 juin 2010



Titre original : Cronopiando - Sólo un "chin-chin"
http://www.rebelion.org/noticia.php...

Source : Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info/Rien-qu-un-chin-chin.html
Traduction par M. Colinas


 

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Boucherie israélienne en mer

Gilad ATZMON

 

gilad-Atzmon-au-saxo

 

Gilad Atzmon est né en Israël en 1963.

À Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982 : plus de 3.000 réfugiés palestiniens massacrés de sang-froid dans des camps dont ils ne pouvaient sortir), il était là, dans les rangs de Tsahal, faisant son service militaire. Persuadé comme ses camarades qu’Israël était tout, les autres rien, et qu’il n’y avait pas de questions à se poser.
Son parcours moral personnel, ensuite, est un phénomène rare, où n’intervint qu’une seule influence extérieure : tel saint Paul sur le chemin de Damas, Gilad fut un jour frappé par la lumière en tombant de son cheval devant un bac de disquaire. Il y découvrit l’existence des musiciens noirs américains. Les ayant écoutés, il sut qu’on lui avait menti : les Israéliens n’étaient pas tout et les autres rien. Il entama dès lors, en autodidacte, sa double carrière d’artiste et d’homme engagé.
Gilad Atzmon est aujourd’hui un clarinettiste de jazz universellement apprécié, en même temps qu’un des militants de la justice et de l’égalité les plus obstinés. À l’instar de son compatriote Ilan Pappé, il a fini par demander l’asile politique à l’Angleterre, où il vit entre ses tournées. C’est là qu’il a fondé, le 8 mai 2008, avec l’Italienne Mary Rizzo et le Palestinien Haitham Sabbah, le site Palestine Think Tank qui publie en anglais et en arabe, mais dont les articles sont très souvent traduits en français et dans d’autres langues (http://palestinethinktank.com/). Il anime également son propre blog (http://www.gilad.co.uk/), sur les deux plans artistique et politique.
Son courage est à toute épreuve (il en faut pour jouer de la trompinette au milieu des menaces de mort), son humour aussi. Son ambition suprême est de devenir le premier ministre de la musique en Palestine libérée.
La Belgique indépendante et morale ne va sûrement pas tarder à organiser un grand concert de Gilad Atzmon à Forest National.



31 mai 2010

A l’heure où j’écris ces lignes, l’étendue du massacre israélien perpétré en mer n’est pas encore connue. Cependant, nous savons d’ores et déjà que vers 4 heures du matin, heure de Gaza, des centaines de commandos de l’armée israélienne ont pris d’assaut la flottille internationale humanitaire Free Gaza. Nous savons par la presse arabe qu’au moins 16 militants de la paix ont été assassinés et plus de 50 ont été blessés. Une fois de plus, Israël démontre de manière dévastatrice qu’il ne cherche pas à cacher sa véritable nature : une collectivité meurtrière inhumaine alimentée par la psychose et mue par la paranoïa.


israeli butchery

Pendant des jours, le gouvernement israélien a préparé la société israélienne au massacre en mer. Il a dit que la flottille transportait des armes, qu’il y avait des «terroristes» à bord. Ce n’est qu’hier soir que j’ai compris que cette manipulation médiatique était destinée à préparer l’opinion publique israélienne à une opération militaire meurtrière dans les eaux internationales. Ne vous y trompez pas. Si moi je savais ce qu’Israël préparait et les conséquences éventuelles, le gouvernement et le commandement militaire en étaient parfaitement conscients depuis le début. Ce qui est arrivé hier n’est pas seulement un acte de piraterie terrorise. C’est en réalité un assassinat commis au vu et au su de tous.

Hier à 22 heures, j’ai contacté Free Gaza et je leur ai fait part de tout ce que je savais. Je comprenais évidemment que des centaines de militants pacifistes, pour la plupart des gens âgés, n’avaient aucune chance contre la machine à tuer israélienne. J’ai prié toute la nuit pour nos frères et soeurs. A 17 heures GMT, la nouvelle est tombée. Dans les eaux internationales, Israël avait attaqué un convoi international innocent de bateaux transportant du ciment, du papier et des médicaments aux Gazaouis victimes d’un blocus. Les Israéliens ont tiré à balles réelles et assassiné et blessé tout ce qui bougeait.

Aujourd’hui il y aura des manifestations à travers le monde, de nombreux deuils seront organisés. Nous verrons peut-être même quelques amis d’Israël exprimer leur « condamnation » du massacre. A l’évidence, ce sera insuffisant.

Le massacre d’hier était une opération préméditée. Israël voulait faire couler le sang parce qu’il croit que son « pouvoir de dissuasion » se renforce à chaque mort qu’il laisse dans son sillage. La décision israélienne de lancer des centaines de soldats commandos contre des civils a été prise par le gouvernement et le haut commandement de l’armée. Ce que nous avons vu hier n’était pas simplement une erreur commise dans le feu de l’action. Ce fut une erreur institutionnelle d’une société morbide qui a perdu depuis longtemps toute humanité.

Ce n’est pas un secret que les Palestiniens subissent un siège depuis des années. Mais il revient désormais aux nations de prendre l’initiative et d’exercer les pressions les plus fermes sur Israël et ses citoyens. Puisque le massacre d’hier a été commis par une armée populaire obéissant aux ordres donnés par un gouvernement « démocratiquement élu », désormais chaque Israélien, jusqu’à preuve du contraire, devra être considéré comme un criminel de guerre.

Considérant qu’Israël a donné l’assaut à des bateaux battant pavillons irlandais, turc et grec, les pays membres de l’OTAN et de l’Union Européenne doivent immédiatement rompre leurs relations avec Israël et interdire leurs espaces aériens aux avions israéliens.

Considérant l’information d’hier sur la présence de sous-marins nucléaires israéliens dans le Golfe, la communauté internationale doit réagir rapidement et avec célérité. Israël est désormais officiellement un état fou et dangereux. Non seulement l’Etat Juif n’accorde aucune valeur à la vie humaine, comme nous l’avons vu lors de la campagne de presse qui a débouché sur ce massacre, mais Israël trouve du plaisir à infliger des souffrances et des destructions.

Sources : 

Gilad Atzmon
http://www.gilad.co.uk/writings/israeli-butchery-at-sea-by-gilad-atzmon.html

Le Grand Soir, pour la traduction française
http://www.legrandsoir.info/Boucherie-israelienne-en-mer.html

Voir aussi : http://www.lesdiablesbleus.com/article-30333021.html «De la musique à l’éthique », traduction française partielle d’un très beau texte.

 

drapeau au sang

 

 

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C'est la grand-vergue qui doit casser le bras-bien-trop-long d'Israël :  celle à laquelle on pend les pirates.




La grand-vergue, voilà le remède.


Israel Shamir

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Israel Adam Shamir, de son vrai nom Adam Ermash, est un citoyen israélien d'origine juive russe, né en 1947 à Novosibirsk, en Sibérie.
La vie d'Israël Shamir ressemble à un roman de Boris Akounine.
Devenu  israélien en 1969, il a combattu dans la guerre de 1973.  Après cette guerre, il s'est tourné vers l'écriture et le journalisme, a travaillé à Londres pour la BBC, au Japon, en Israël pour le quotidien Haaretz et a été, en politique, le porte-parole du Parti Socialiste Israëlien (Mapam) à la Knesset. Il est l'auteur de multiples ouvrages et de traductions de et dans plusieurs langues. En 2004, il s'est converti au christianisme orthodoxe. Il vit entre Jaffa, Moscou et Stockholm. Il a trois fils.
C'est le calvaire de la Palestine qui a fait de lui un des militants antisionistes les plus extrêmes et un irréductible partisan, pour ce pays, de la solution à un seul état démocratique, où « un homme = une voix ». Il défend ses positions dans ses livres et (en 23 langues) sur son site http://www.israelshamir.net/
Pour la petite histoire : en 2005, son livre L'autre visage d'Israël a été interdit en France « pour antisémitisme », sur plainte de la Licra. Son  éditeur a été condamné à de très fortes amendes et à de la prison avec sursis, mais le jugement d'appel a fortement réduit les sentences et autorisé la vente du livre.
La biographie d'Israël Shamir sur Wikipédia est une curiosité en soi : visiblement l'oeuvre d'ennemis, elle est fort longue et entièrement rédigée au conditionnel, y compris sur les points les plus aisément vérifiables. Tant de venimosité est, selon l'expression à la mode, contreproductive : ce wikimissile ressemble à la flèche fameuse évoquée par lady Macbeth «qui dépasse son but et retombe de l'autre côté ».

 

Jeudi 3 juin 2010

Plusieurs dizaines de nos amis et camarades, de magnifiques militants pleins de compassion, ont été tués ou blessés dans l'attaque pirate, dans les eaux internationales, de navires d'aide humanitaire. Ce crime terrifiant, qui ne tombera jamais dans l'oubli, doit absolument être puni.

Les pirates israéliens ont attaqué la Flottille de la Liberté apportant de l'aide humanitaire [à Gaza] dans les eaux internationales, à plus de cent-cinquante kilomètre de leurs eaux territoriales. Ces bateaux ne transportaient aucune arme : les participants à cette campagne humanitaire adhéraient strictement à l'attitude de Gandhi ; ils avaient demandé aux autorités grecques et chypriotes d'inspecter les bateaux afin d'éviter d'éventuelles allégations qu'ils auraient été armés. En vain : les pirates sont monté à l'abordage des navires en haute mer, après quoi ils les ont transformés en abattoirs.

« Ils nous ont attaqués tandis que nous montions à bord de leurs bateaux, et ceux qui ont été tués l'ont été par nos soldats en état de légitime défense »,
ont prétendu les assassins après-coup, et des milliers d'auxiliaires du crime ont répété ce bobard. Or, un assaillant ne saurait revendiquer la légitime défense. Les militants, eux, étaient fondés à se défendre contre cette agression hors-la-loi.

Dans son édito, le quotidien britannique The Guardian a écrit :
( http://groups.yahoo.com/group/shamireaders/message/1760 )
« La responsabilité du bain de sang est entièrement celle d'Israël. La marine israélienne a prétendu que ses hommes auraient été contraints de faire feu afin d'éviter d'être lynchés. Qu'escomptaient donc ces commandos des militants pro-palestiniens, dès lors qu'ils auraient pris leurs navires à l'abordage ? Qu'ils allaient les inviter à prendre le thé sur le pont, avec le capitaine ? »

Notre amie Yvonne Ridley a, quant à elle, rappelé
( http://groups.yahoo.com/group/shamireaders/message/1763 )
que, sous l'empire de l'article 3 de la Convention de Rome pour la Suppression des Actes Illégaux contre la Sécurité de la Navigation Maritime de 1988, toute personne cherchant à prendre le contrôle ou à exercer un contrôle sur un navire par la force commet un crime international et que c'est aussi un crime que de blesser ou de tuer quiconque, ce faisant. Nul ne peut attaquer un navire et invoquer la légitime défense dans le cas où les personnes se trouvant à bord résistent à un recours illégal à la violence.

En d'autres termes, selon le droit international, les agissements de l'armée israélienne étaient illégaux et ceux qui s'y sont livrés ne doivent être traités en rien différemment, par exemple, des pirates somaliens, qui ont eux aussi pour habitude de monter à bord de navires par la force. Tous les droits à la légitime défense, dans de telles circonstances dramatiques, sont entièrement du côté des passagers et de l'équipage. En vertu du droit maritime international, vous êtes légalement fondé à résister à toute capture, à tout enlèvement et à toute détention illégaux.

Israël est désormais un pays pirate, comme ceux qui avaient été établis dans la Caraïbe au 16ème siècle ou celui qui était florissant, sur la côte barbaresque, encore au 19ème. Il faut éliminer et démanteler les pays pirates, sinon les communications normales seront menacées. Or, le remède à la piraterie en haute mer est bien connu : c'est la pendaison des pirates à la grand-vergue. Les noms des pirates sont parfaitement connus : le premier d'entre eux est Ehud Barak, le ministre de la « Défense » : sa place est là.

Ce n'est certes pas la première fois qu'Israël se comporte en Etat pirate. Il y a bien des années, les Israéliens ont décidé de ne se lier par aucune loi internationale, par aucune frontière ni par aucune convention, si ce n'est leur propre volonté. Ils s'emparaient de navires dans les eaux internationales, détournaient des avions, kidnappaient des gens outre-mer et assassinaient qui bon leur semblait. Ils ont kidnappé Mordechaï Vanunu à Rome, ils ont assassiné partout, de la Norvège à Chypre, ils ont cloné et fabriqué des faux passeports, ils ont détourné des paquebots et bombardé des avions de ligne. Personne n'est à l'abri de leur bras-beaucoup-trop-long : à leur bras armé, il faut opposer notre mât de grand-vergue.

L'incapacité de la communauté mondiale à s'occuper sérieusement des pirates a gravement sapé le Droit international et détraqué le ciboulot des Israéliens. Les juifs d'Israël et nombre de leurs frères ailleurs dans le monde en sont parvenus à la conclusion totalement erronée qu'ils sont au-dessus des lois, qu'ils sont une race à part. « Peu importe ce que disent les goyim ; ce qui importe, c'est ce que les juifs font !», a clamé le fondateur d'Israël David Ben Gurion dans un moment d'exaltation, bien qu'il fût pleinement conscient des limites permises : lorsque le Président américain lui donna l'ordre de retirer ses troupes du Sinaï, il obtempéra sous vingt-quatre heures. Mais depuis Ben Gurion et Eisenhower, ceux qui ont tenté de stopper Israël se comptent sur les doigts d'une seule main.

Leur impéritie dure depuis un demi-siècle, et elle a causé une rupture entre les Israéliens et la réalité ; les juifs d'Israël sont persuadés, désormais, qu'ils peuvent faire absolument tout ce qu'ils veulent, car eux, ils sont les véritables êtres humains, et tous les autres n'en sont pas. Et puis, n'est-ce pas, quoi qu'il en soit : « le monde entier nous hait ». Donc, ils s'escriment à justifier cette haine. Dans la vraie vie, les habitants de notre planète ne « haïssent » ni n'ont tel ou tel sentiment à propos des juifs, des Arméniens, des maronites, des Tutsis et de toutes ces petites communautés ethno-religieuses qui font leurs importantes. Ces types bénéficient généralement de leur part de chance, mais ils ont tendance à pousser le bouchon trop loin et il finit par leur en cuire, si bien que le monde doit aller les sauver dare-dare d'une extermination totale.

La folie n'est pas une excuse, en particulier lorsqu'elle est feinte. Les Israéliens adoptent le comportement du chien fou, une stratégie attribuée à Moshe Dayan ou à Pinhas Lavon : « Israël doit se comporter comme un chien fou, trop dangereux pour que quiconque ose s'en approcher ». Ainsi, ils prétendent être encore plus fous qu'ils ne le sont en réalité. Toutefois, c'est bien connu : quand on ne peut plus se rendre maître de chiens fous, il ne reste qu'à les flinguer.

Notre ami Jeff Blankfort a proposé diagnostic et traitement : « Israël est une nation contrôlée par des fous criminels et soutenue, en gros, par une opinion publique criminellement insane, qui a un mépris total pour le reste de l'humanité et pour ceux des juifs qui ne soutiennent pas leurs menées criminelles. Avec ses armes nucléaires, c'est Israël qui tient en otage le reste du monde. Notre objectif doit être de trouver un moyen de le désarmer et de le démanteler ».

L'objectif premier, c'est la levée du blocus contre Gaza et le second, c'est l'introduction de la démocratie et de l'égalité dans la totalité du territoire s'étendant entre la Mer (Méditerranée) et la Rivière (Jourdain). Il est grand temps, pour les juifs d'Israël, de reprendre contact avec la réalité : les juifs ne sont que des êtres humains ordinaires, et non je ne sais quels supermen, quels voyageurs de l'espace ou quels anges : il leur faut respecter le droit coutumier des nations. Ils ne peuvent pas, comme ça, patrouiller les eaux neutres et tirer dans le tas ; ils ne peuvent pas tenir enfermés un million de Gazaouis pour la simple raison qu'ils ne sont pas juifs.

L'attaque ignoble contre la Flottille de la Liberté nous donne une opportunité : non seulement les pirates doivent être coffrés, mais il faut coffrer aussi leurs partisans outre-mer pour complicité. Les lois antiterroristes promulguées par nombre de pays donnent le cadre légal pour ce faire. Israël est un pays terroriste, par conséquent, ses partisans et ses lobbyistes sont des soutiens d'un réseau terroriste : il faut les mettre immédiatement en état d'arrestation, et saisir leurs biens.

Tout en apportant la liberté à la population de Gaza, cela résoudra par la même occasion la crise économique et financière, car les complices des terroristes sont aussi ceux qui dirigent des structures criminelles telles que Goldman-Sachs et le Pentagone. Ils occupent non seulement Naplouse, mais aussi Capitol Hill et Wall Street. Leur élimination sauvera des millions de personnes : les dettes grecques et les prêts hypothécaires américains seront apurés ; l'Afghanistan et l'Irak retrouveront enfin la paix.

Nous aurons la démocratie elle-même, et non plus l'échantillon de démonstration à deux balles.

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier


Source
: Palestine-Solidarité

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Israel_Shamir.030610.htm


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Le massacre méditerranéen

par Justin Raimondo

 

justinraimondo2007-10

 

L’Américain Justin Raimondo est un libertarien de droite, hostile à la guerre. Le site qu’il a créé s’appelle d’ailleurs Antiwar.com. Depuis toujours, il milite infatigablement pour que les États-Unis reviennent à la philosophie non- interventionniste de leurs pères fondateurs. Il combat sans discrimination les corrompus du Parti Démocrate et les dangereux aventuristes néo-conservateurs. Il a souvent pris - notamment sur la guerre dans les Balkans - des positions qui auraient pu être celles d’un véritable homme de gauche mais que les hommes qui se disent de gauche n'ont prise nulle part. Il fustige les dirigeants de son pays pour leurs crimes en Afghanistan et en Irak, et l’entité sioniste pour l’ensemble de ses crimes, en Palestine et ailleurs. Dans ses pamphlets, il a cru marquer George W. Bush au fer pour sa politique expansionniste, en le qualifiant de «jacobin» (mais qui a bien pu lui faire croire que Bonaparte l’était ? ). Il s’est présenté aux élections en Californie contre la va-t-en-guerre démocrate Nancy Pelosi, et c’est elle qui a gagné. Il regrette que son pays n’ait pas, pour le sauver du désastre, un homme de la trempe de Vladimir Poutine, en qui il voit un politique lucide et réaliste, dont il admire le nationalisme.


Le 2 juin 2010

 

 


La vague des condamnations, des imprécations, des réactions de choc déferle, tandis que les nations du monde élèvent leurs voix pour protester contre le massacre perpétré en Méditerranée par les commandos israéliens, mais plutôt qu’entrer dans les détails spécifiques de cette affaire, je voudrais me concentrer sur un dessin plus général, que cet incident semble confirmer.

On entend souvent dire par les défenseurs d’Israël, que l’état juif fait partie intégrante de l’Occident, qu’Israël, « la seule démocratie dans la région » doit être défendu, parce que les Israélies sont, après tout des alliés sûrs, qui partagent nos valeurs : l’héritage d’Athènes et de Jérusalem. C’est l’idée la plus communément reçue...  et elle est fausse. Le massacre méditerranéen fait ressortir à quel point elle est fausse.

Israël n’est pas un pays occidental et ne l’a pas été depuis belle lurette. Grâce à ce dernier incident, la découverte de cette évidence par les gouvernements et les peuples occidentaux constituera un tournant décisif dans les relations de l’état juif avec le monde civilisé, y compris et surtout avec les Juifs de la Diaspora. Je soutiens depuis des années que le programme d’aliya mis en oeuvre par le gouvernement israélien l’a été au détriment des vieilles élites israélites européennes, au profit d’une nouvelle influence plus asiatique, influence qui est à présent, avec la montée de l’extrême droite en Israël, le facteur dominant de sa politique.

Porté sur les fonts baptismaux par des sionistes de gauche qui voulaient construire une communauté égalitaire dans le désert, l’état moderne d’Israël a désormais acquis les caractéristiques de ses voisins ; il est devenu pour ainsi dire natif, culturellement et politiquement. L’incorporation à doses massives de populations nord-africaines et asiatiques a changé irrévocablement la société israélienne, si bien qu’aujourd’hui, l’irrésistible ascension d’un bandit* fasciste démagogue comme Avigdor Lieberman, le videur de boîte de nuit devenu ministre des Affaires Étrangères, n’est que trop compréhensible. Lieberman n’est pas une anomalie politique : lui et son parti représentent la tendance dominante de la politique israélienne.

Pour comprendre comment les Israéliens justifient le meurtre de seize civils et le kidnapping de centaines d’autres dans des eaux internationales, il nous faut adopter le point de vue d’un sauvage. Je n’entends pas par là quelqu’un qui circule couvert de peaux de bêtes en brandissant une massue : les sauvages peuvent porter des costumes Armani et brandir des armes nucléaires, comme l’atteste l’histoire du XXe siècle. En Occident, cependant, la culture et surtout la croyance religieuse empêchent l’exaltation de la sauvagerie en tant que vertu civique : lorsque nous commettons des atrocités,  pour nous justifier, nous reconnaissons avoir fait un usage disproportionné de la force, en représailles d’actes d’agression préalablement commis contre nous par les victimes de notre colère. Hiroshima et Nagasaki – et les arguments utilisés pour faire avaler le meurtre de centaines de milliers de civils innocents – viennent à l’esprit. Nous excusons tant bien que mal nos meurtres en masse d’innocents en les appelant « dommages collatéraux ».

La mentalité du sauvage ne fonctionne pas ainsi. Dépourvu de tout ce qu'on pourrait prendre pour du sens moral, le sauvage se fait gloire de sa violence impitoyable . C’est un mécanisme de survie : dans son monde, rouge aux dents et aux griffes, inspirer de la peur à un adversaire équivaut à avoir bataille plus qu’à moitié gagnée. En matière de stratégie de survie, cela ressemble au comportement du pensionnaire d'un asile, qui grommelle à part lui des choses sinistres et affiche le comportement d’un violent psychotique : les autres pensionnaires lui abandonnent volontiers beaucoup d’espace, parce qu’ils le croient capable de tout. Il en va de même avec les Israéliens, qui signalentde cette façon leur volonté d’aller aussi loin qu'ils l'entendent, afin d’inspirer la peur de leur colère à tout ce qui bouge.

Oui, nous disent-ils, même vous, à l’Ouest – nos « amis » et alliés  - n’en êtes pas exempts. Nous tuerons vos nationaux et nous les kidnapperons avec impunité. Nous volerons vos secrets d’état et l’identité de vos citoyens, nous vous espionnerons et nous collaborerons avec vos ennemis (et les nôtres). Rien n’est trop bas pour nous. La voix de l‘Attila israélien résonne haut et fort et elle nous dit ce qu’a clairement exprimé Ron Torossian, l’organisateur de la manifestation « Nous sommes aux côtés d’Israël » du 1er juin, devant l’ambassade de Turquie auprès des Nations Unies :

« Nous devons tuer cent Arabes ou mille Arabes pour chaque Juif qu’ils tuent ! »

Ceci décrit avec exactitude le principe directeur de la stratégie israélienne, qui est de réagir à quelques roquettes errantes par une invasion  en règle, par une occupation et par un blocus sans fin ; de réagir à la « menace » imaginaire de quelques bateaux chargés d’ « activistes » désarmés et d’une brochette de journalistes, en lançant un assaut militaire, en assassinant seize personnes et en blessant gravement un bon nombre des survivants. Torossian, qui s’est chargé de la tâche peu enviable de défendre cet acte de sauvagerie, a au moins l’honnêteté de transmettre correctement le point de vue israélien et ce qu’il implique : après tout, pourquoi nous contenter de tuer quelques milliers d’Arabes, pourquoi pas cent mille ou un million si nous en avons envie ?

C’est la voix du sauvage élevé au sein de notre civilisation industrielle avancée : c’est comme si un atavisme géant dressait soudain sa tête hirsute par-dessus la ligne de l’horizon new yorkais, secouant le poing et mugissant sa rage à en ébranler les gratte-ciels. C'est la bête blonde de Nietzsche parlant hébreu. L’IDF est  au-delà du bien et du mal. Les colons sont des Surhommes avec l’accent de Brooklyn.

Pour ajouter une note d’hilarité à cette scène qui fait frémir, les Israéliens et leurs godillots de service se mettent à jérémier que les équipages et les passagers des bateaux ont « tendu un guet-apens » à la pauvre IDF sans défense, et qu’ils sont allés jusqu’à cogner sur leurs assaillants avec ce qui leur tombait sous la main. La PREUVE que c’étaient là des « militants _des terroristes, en fait, en cheville avec Al Qaeda et le Hamas – c’est bien qu’ils se sont défendus. Drôle, non, comme tout en affirmant sans vergogne leur impudente volonté de domination, les défenseurs de l’état juif s’adjugent le rôle de victime. Les vieilles habitudes sont difficiles à perdre, néanmoins on ne peut que s’ébahir : quel genre de processus mental peut pousser quelqu’un à user de tels arguments ?

C’est que nous avons affaire ici à une tendance sociopathologique, qui se donne seulement l’apparence d’une idéologie politique. Le profil classique du sociopathe est celui de quelqu’un si obsédé par l’assouvissement de ses désirs, que tous les moyens lui sont bons pour arriver à ses fins. C’est de ce matériau que sont faits les tueurs en série, et aussi les dictateurs tels que Staline et Hitler. Ajoutez le facteur échauffant de la religion à la mixture, et vous voyez un monstre s‘élever des gros bouillons du brouet, une créature bestiale privée de sens moral et de la moindre pulsion susceptible de freiner sa nature fondamentalement destructrice

Dans le cas d’Israël, la créature peut être correctement qualifiée de monstre du type Frankenstein, c’est-à-dire d’un monstre créé par des savants fous tels que ceux qui ont été en charge de la politique étrangère des États-Unis depuis les années Reagan. Nous avons nourri le Frankenstein-bébé-au-berceau en reconnaissant l’état juif à un moment crucial de son développement, puis nous l'avons fait grandir en le subsidiant, en l’armant, en le protégeant des conséquences de sa monstruosité, et le résultat est que nous nous retrouvons aujourd’hui avec, sur les bras, un délinquant juvénile devenu dangereux sociopathe, qui s’amuse à provoquer nos voisins, pique dans notre portefeuille et multiplie les pieds de nez arrogants à la ronde pour faire bonne mesure.

Dans une de mes précédentes chroniques, je demandais « les Israéliens sont-ils devenus fous ? ». Le massacre méditerranéen répond à ma question par un oui retentissant.

Que fait-on quand on a un proche ou un ami qui passe la ligne et se met à pourrir la vie de tout ce qui l’entoure ? On peut appeler les flics... sauf qu'ici, c’est hors de question, puisque, dans sa déclaration sous contrôle US,  le Conseil de Sécurité de l’ONU a trouvé le moyen de condamner le crime sans dire un mot du criminel. L’administration Obama, pour sa part, « se tient aux côtés d’Israël », ainsi que Jack Thorpe le rapporte pour ABC News :

« On m’apprend qu’il n’y aura pas la moindre fissure entre les USA et Israël, suite à l’incident de la flotille, hier, qui a causé la mort de dix activistes. “Le président a toujours dit qu’il sera beaucoup plus facile à Israël de faire la paix s’il se sent en sécurité” a déclaré à ABC News un haut fonctionnaire de l’administration Obama. »

Si la seule façon dont nous pouvons faire qu’Israël se sente en sécurité est de lui permettre de se lancer dans la piraterie en haute mer, nous avons peut-être avec ce pays l’espèce de relation à haut coût de maintenance que nous ne pouvons plus nous payer. Dès lors qu’il est permis aux Israéliens de tuer et de kidnapper des Américains sans même encourir le désagrément d’une réprimande modérée, on est en droit de se demander ce qui se passe au juste à Washington D.C. Oui, le lobby israélien est un des plus puissants qui existent, mais il doit quand même bien y avoir dans ce lieu quelqu’un qui soit disposé à se lever pour l’Amérique et les intérêts américains !... ou non ?

Quoique les informations soient encore très imprécises, il se pourrait qu’il n'y ait pas eu moins de neuf Américains voyageant sur cette flotille, au nombre desquels Joe Meadors, vétéran, rescapé du bombardement du ss. Liberty en 1967, et dont on ne sait toujours pas s’il a survécu au massacre. D’autres victimes américaines potentielles du terrorisme d’état israélien comprennent Ann Wright, ex-colonel de l’US Army et Chef de mission déléguée en Afghanistan. Preuve accablante de l’affreuse menace physique constituée par la flotille pour la sécurité nationale d’Israël, nous avons encore l’Ambassadeur Edward L. Peck, 81 ans, ex-chargé de mission du Département d’État en Irak et en Mauritanie, directeur-adjoint de la cellule anti-terroriste de la Maison Blanche sous Reagan et officier de liaison du Département d’État auprès des Chefs d’État-Major du Pentagone. Tels sont les dangereux « militants » qui ont « tendu un guet-apens» aux fleurs délicates de l’IDF.

furkan-dogan

S’il s’avère que les Israéliens ont tué ou blessé un seul Américain – et nous ne le savons toujours pas** - la position « nous nous tenons aux côtés d’Israël » prise par l’administration Obama est très proche de la trahison. C’est là un mot dont le Parti de la Guerre fait volontiers ses choux gras et dont il croit avoir le monopole, mais je l’utilise ici parce qu’il qualifie avec précision la politique qui consiste à sacrifier ses propres citoyens sur l’autel de la dévotion à une puissance étrangère. Si « Un attachement passionné d’une nation pour une autre produit toute une variété de maux », comme l’a affirmé en son temps notre premier président, la poltronnerie munichoise d’Obama dans le cas présent est, en abrégé, exactement ce que Washington craignait et contre quoi il nous a mis en garde.***

Comme j’en ai averti depuis longtemps, l’évolution politique de la société israélienne a pris un tournant préoccupant et la question entre toutes qu'il faut se poser à présent est celle-ci : pourquoi le gouvernement israélien n’a-t-il pas eu à subir la moindre sanction de ses actes sur le front intérieur ?

Pourquoi le peuple israélien ne se dresse-t-il pas contre cette violation effrontée de la loi internationale et du sens commun ? Pourquoi les bandits fascistes en possession de l’état d’Israël continuent-ils à jouir du soutien de la population israéliene ?

La réponse, la voici : la société israélienne a été empoisonnée, il y a longtemps, par le bacille du fascisme, et grâce au soutien militaire et financier des États-Unis, les bactéries ont proliféré dans cette parfaite boîte de Petri qu’est cette aide prodigue. À présent, la créature s’est échappée du laboratoire et rôde par le monde en quête de victimes. Elle vient d’en trouver sur des bateaux, en une poignée de journalistes et d’altruistes candides. Ce qu’on peut se demander maintenant avec une légitime appréhension, c’est  : à qui le tour ?

Source : Antiwar.com ( http://www.antiwar.com/ )
url de l’article original

: http://original.antiwar.com/justin/2010/06/01/the-mediterranean-massacre/

 

 


Traduction : Catherine L.


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* a thuggish fascist demagogue : les thugs étaient à l’origine une secte d’adorateurs de Kali qui a été active en Inde du 13e au 19e siècles. On les appelait aussi phansigar («étrangleurs »), parce qu’ils pratiquaient le vol et le meurtre par étranglement. Le mot thug est toujours couramment utilisé, dans le monde anglo-saxon, pour désigner un bandit tueur.

** Nous le savons aujourd’hui, puisque le jeune Furkan Dogan, 19 ans, tué à bout portant de quatre balles dans la tête et d’une dans la poitrine, était citoyen américain.

*** Dans son Discours d’adieu à la Nation, du 19 septembre 1796, George Washington a mis ses compatriotes en garde contre la tentation d’une alliance privilégiée avec quiconque : «  Un attachement passionné d’une nation pour une autre produit toute une variété de maux. La sympathie pour la nation favorite facilite l’illusion d’un intérêt commun imaginaire, dans des affaires où n’existe aucun intérêt commun réel, fait embrasser par l’une les inimitiés de l’autre et la trompe sur ses intérêts en la poussant à s’impliquer dans les querelles et les guerres de cette dernière, sans motivation ni justification adéquates ».

 

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Deux lettres ouvertes : une de Belgique, une de France. La première, envoyée par un citoyen qui se définit lui-même au Secrétaire de l’ONU, la seconde, par un citoyen français au Président de la République.

 

*

 

BELGIQUE

Lettre à  M. le Secrétaire de l'ONU demandant  sa démission

Avec copie à Son Excellence l'Ambassadeur de l'ONU à Bruxelles

M. Djamal Benmerad
Journaliste, écrivain
Bruxelles



à M. Ban Ki Moon
Secrétaire general de l'ONU




Monsieur,

Je n'ai pas fait la guerre, mais la guerre m'a fait. En effet, mon père, officier de la glorieuse Armée de Libération Nationale algérienne (ALN) a été tué au combat alors que j'avais 4 ans. C'est vous dire si je ressens avec une acuité extrême ce que ressentent les orphelins et les futurs orphelins Palestiniens. Mais des millions - voire des milliards - d'hommes et de femmes de par le monde, sans avoir mon vécu, éprouvent les mêmes sentiments.

Votre salaire, 18.938,00 Dollars US (15.449,89 Euros (+ les voitures de fonction et les résidences mises gracieusement par l'ONU à votre disposition) ainsi que l'entièreté du budget de l'ONU, est constitué des cotisations des Etats membres qui les prélèvent sur les impôts de leurs résidents. C'est nous, citoyens de différents pays qui vous allouons votre salaire. Je vous écris donc en qualité de créditeur. Cela m'évitera d'excuser à l'avance les propos que je vais vous tenir.

Suite à l'acte de piraterie internationale et aux meurtres de sang froid qui s'en sont suivis, vous avez déclaré, la bouche en cul de poule, être « choqué ». C'est ce que se sont dit des tas de concierges dans le monde, des concierges qui n'ont pas de pouvoir mais qui font leur travail quotidien, travail qui, il faut en convenir, est bien plus pénible que le vôtre et que vous ne faites pas. Ces concierges, disions-nous, n'ont pas de pouvoir, mais vous, vous en avez : vous disposez de moyens politiques - appeler la communauté internationale au boycott de l'Etat assassin - et les moyens militaires : l'ONU possède la plus grande armée du monde, composée de bataillons de plusieurs nations.  Qu'avez-vous fait après avoir été choqué ? Vous avez demandé à l'assassin de constituer une commission... pour enquêter sur ses crimes ! Pour quoi prenez-vous les peuples, monsieur Ban Ki Moon ? L'arraisonnement de la flottille de la  paix et  les crimes qui s'ensuivirent  ont eu lieu dans les eaux internationales, censées être sous la protection de l'ONU. Cela ne vous suffit-il pas pour prendre les mesures nécessaires ? Qu'avez-vous besoin d'un rapport d'enquête supplémentaire alors que vous avez jeté le Rapport Goldstone - qui a sanctionné l'opération « Plomb durci » - à la poubelle, jetant dans la même poubelle l'espoir de tous les partisans de la paix dans le monde de voir enfin cesser les tueries et les souffrances du peuple Palestinien? Qu'avez-vous besoin d'un rapport d'enquête alors que ces crimes sont explicitement sanctionnés par la IVème Convention de Genève ? Vous n'en avez rien fait parce que vous ne faites pas partie de ces partisans de la paix. Vous faites, par contre et depuis que vous avez été « élu » à la tête de l'ONU grâce aux pressions Nord-Américaines, de la danse du ventre devant le client Israélien au rythme du tambour Etatsunien. Depuis le temps que vous exécutez cette danse, des esprits charitables ont dû se demander si vous n'auriez pas mal aux reins. Rassurons-les : un mollusque n'a jamais mal aux reins. Un proverbe Algérien dit qu' « Il vaut mieux vivre un jour comme un coq que vivre un siècle comme une poule ». C'est pour cela que je ne vous salue pas, poule d'Israël !

Au vu de ce qui précède, je vous demande solennellement votre démission.   

M. Djamal Benmerad


P. S. Au cas probable où vous intenteriez contre moi une action en justice pour ce qui précède, je vous prie de vous adresser à mon avocat-conseil Me Jean-Robert Kakiese, vous le trouverez dans l'annuaire belge.




*




Les (vraies) poules, animales ou humaines - Djamila Bouhired ou Rachel Corrie par exemple - ne tiendront pas rigueur à M. Benmerad de son involontaire misogynie,  fruit, assurément, de sa légitime indignation. (N.d.MM)

 


coq et poule


 

*


 

 


lettre_10

M. Abdellah Ouahhabi a collaboré, et collabore peut-être encore, à l'agence d'information Alterinfo. net, où il a soutenu avec une loyauté sans faille le fondateur de celle-ci, M. Zeynel Cekici, lorsque des tentatives ont été faites par voie judiciaire pour le baîllonner, sans que personne, dans l'ensemble des medias, Internet compris, ait jugé bon de rappeler, à son propos, les principes de liberté d'opinion et d'expression.
M. Abdellah Ouahhabi ne s'exprime pas souvent. Il ne le fait jamais pour ne rien dire.




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FRANCE

Crimes israéliens : Lettre ouverte à Sarkozy

Objet : LETTRE OUVERTE, ENVOYÉE PAR FAX ET PAR COURRIER

Gaza : Après les derniers crimes israéliens, Il n'est pas soutenable, il n'est pas digne que la France, porteuse de valeurs humanistes universelles se limite à des protestations platoniques (« usage disproportionné de la force »), comme ce fut le cas après l'utilisation de passeports français pour commettre des crimes ou après les 1400 morts, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, de 2009.




Abdellah Ouahhabi

 

 

Vendredi 4 Juin 20

 

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Même si on n'a pas envie de rire... Ah, ces bienheureuses marches du perron de l'Élysée ! (N.d.MM.)

 

 

La Varenne Saint-Hilaire, le lundi 31 mai 2010

Monsieur le Président,

Je suis un Français d'origine coloniale ; en fait mes ancêtres sont partie de l'État français, et sont plus anciennement Français que nos concitoyens Savoyards ou d'autres encore. Mais, je ne pense pas me tromper en pensant que tous les Français sont égaux, ont des droits égaux et ont également à cœur la France, indépendamment de leur origine et/ou de leur religion.

J'apprends aujourd'hui que l'État israélien s'est de nouveau rendu coupable de crimes de guerre en assassinant 19 pacifistes civils qui s'étaient donnés pour mission de porter secours à la population Gazaouie soumise à un blocus comparable à celui du ghetto de Varsovie. On parle d'une trentaine de blessés.

Cinq questions se posent avec force et urgence aux plus hautes autorités de la France dont plus de dix millions de citoyens sont des descendants d'indigènes ou d'esclaves :

1.    Y a-t-il des Français parmi les 19 victimes ?

2.    Y a-t-il des criminels français parmi ceux qui ont assassiné ou blessé
ou tenté d'agresser des concitoyens français, parmi les soldats qui ont commis ces crimes de guerre ? 

3.    Qu'allez-vous faire pour faire revenir en France ces criminels et les
faire juger ? 

4.    Et s'ils refusent de venir rendre des comptes devant la justice
française, qu'allez-vous faire pour leur retirer la nationalité française et toutes les pensions et autres formes de versements opérés à leur avantage par l'État français ? 

5.    Allez-vous enfin interdire à une armée officiellement colonialiste -
ayant en plus commis des crimes de guerre qui font déjà l'objet d'une enquête de l'ONU - et aux œuvres de cette armée de collecter des fonds en France ?

Rappel :

1 /
Israël est un État - conséquence de la Seconde Guerre Mondiale - qui n'est pas membre à part entière de l'ONU parce qu'il ne satisfait pas les critères requis. 
Pourtant il doit sa création à l nature colonialiste de l'ONU de 1948 et aux principes actuellement obsolètes qui prévalaient, à savoir la pérennité du colonialisme et la tutelle des pays développés sur les pays colonisés ou sous protectorat.

Israël continue de réclamer son droit à coloniser un autre peuple et des croyants d'autres religions en leur attribuant un statut inférieur sur la terre de leurs ancêtres.

En d'autres termes, l'État d'Israël - État colonialiste, basé sur la supériorité raciale de la population européenne Khazar et sur la suprématie d'une religion sur les autres dans un territoire donné - a perdu sa légitimité internationale du fait de l'évolution du droit international par le fait de la décolonisation de la planète.

Le fait que la majorité de la population dont se réclame l'État d'Israël (les Khazars - 90% et les Juifs sémites - 10%) refuse de vivre en Palestine 60 ans après son apparition, bien qu'il offre aux immigrés des facilités économiques exceptionnelles et un statut avantageux de colonisateur, montre que cet État n'a en plus aucune légitimité sociologique et historique.

2 /
Israël, dans le cadre de sa politique coloniale illégale au regard du doit international, a établi par la force des armes et en dehors de toute légalité internationale un blocus de la zone de Gaza au titre de sanction collective d'une population d'un million d'habitants... de la même manière que le firent les Nazis à Varsovie.

Or les sanctions collectives - le blocus de Gaza - sont strictement interdites par la législation internationale.

On se trouve donc face à deux infractions à la loi internationale : le colonialisme et le blocus.

3 /
Dans ce contexte doublement illégal, en décembre 2007-janvier 2008, Israël a mené des bombardements de cette population, considérés par la communauté internationale comme des crimes de guerre. L'enquête de l'ONU est en cours.


C'est pourquoi, différents gouvernements - parfois amis d'Israël - ont demandé que ce blocus cesse. Il en a été de même de différentes instances de l'ONU et y compris de son Secrétaire Général, Monsieur Ban Ki Moon.

Enfin, tout récemment, Israël a défié la résolution de l'ONU signée à l'unanimité par 185 pays (y compris par les USA et la France) réunis pour la Conférence quinquennale sur la non prolifération nucléaire en refusant de soumettre son armement nucléaire au contrôle de l'AIEA.

De la même manière, Israël a utilisé des passeports de pays de l'Union Européenne - dont des passeports français - pour commettre des crimes dans un pays tiers (le Qatar).

On est donc bien en face d'un comportement d'un État-voyou qui ne respecte rien, qui tue des civils y compris des pacifistes de toutes nationalités dans le but de faire fructifier un régime honteux de ségrégation raciale à l'intérieur et de colonisation à sa périphérie, le tout motivé par des vérités messianiques alors que des chefs religieux Juifs de renom dénoncent cette dérive au même titre que d'autres dénoncent les dérives réelles ou supposées de certaine hiérarchie chrétienne pendant le Nazisme.


4 /
Les crimes de ce jour - 19 morts et plusieurs dizaines de blessés - se situent dans la droite ligne de cette dérive sanglante d'un État aux abois qui a perdu toute légitimité morale ou de droit international auquel ne reste plus que l'usage inapproprié et abusif de la force, de la violence d'État.


La France, un pays qui a renoncé au colonialisme en 1962 et qui se présente comme un État de droit, comme la patrie des droits de l'homme doit absolument prendre des mesures... au moins contre ceux qui se prétendent ses ressortissants et qui sont impliqués dans l'assassinat de Français ou de citoyens de l'Union Européenne. 

5 /
Shlomo Sands, un universitaire et chercheur israélien qui a fait des études en France a montré que dans ces conditions, sur la base de l'idéologie sioniste, Israël ne peut pas être l'État de tous ses habitants. C'est en contradiction avec tous les principes des sociétés évoluées de notre époque et avec les valeurs françaises.

En effet, le sionisme est une idéologie raciste et colonialiste née en 1881, en réaction contre un contexte européen du 19ème siècle raciste et colonialiste, voire esclavagiste (l'esclavagisme a été aboli en France le 27 avril 1848 ; le colonialisme en 1962 ; les lois raciale US ont été abolies en 1960 ! ). Le sionisme porte les tares de son époque. 
Dès son apparition des Juifs parmi les plus éclairés (Marx, Trotsky, Einstein, Freud, etc.) ont stigmatisé son retard idéologique et contesté son bien-fondé. Et le Birobodjan fut créé et cela a confirmé la nullité des principes racistes du sionisme et de toute forme de pensée s'y apparentant.

Continuer à soutenir le sionisme aujourd'hui, c'est, comme pour tous les nostalgiques de la colonisation, vivre un fantasme et soutenir un État-chimère hors de toute réalité contemporaine. D'ailleurs, en 2009, l'Union Européenne et l'État français ont bien reconnu la légitimité de la candidature aux élections européenne de membres du « Parti Anti-Sioniste » :
c'était reconnaître que les valeurs politiques antisionistes sont bien conformes aux valeurs fondamentales de l'Union Européenne et de la France.

Depuis la création de la 5ème République, un principe est pratiqué avec continuité : l'État français a des relations d'État à État selon ses intérêts commerciaux. En aucun cas, ces relations ne doivent se transformer en relations d'amitié ou en relations politiques ou pire encore en soutien idéologique apporté à des pays qui ne respectent pas les principes de la République Française. Et parmi ces principes, il en est un qui est le premier : l'égalité universelle de tous les être humains. 

C'est pourquoi, en République Française, que l'on soit de descendance celte, goth (germaine), suève, latine, sémitique (arabe ou juive), africaine ou asiatique et quelle que soit notre religion, que l'on soit croyant ou pas, nous sommes tous égaux.

Ce qui n'est pas le cas d'Israël dont la nature originale de nature colonialiste est d'être « un foyer juif », c'est-à-dire que les personnes d'ascendance Khazare européenne ou juive sémite et/ou sur un autre plan, celui de la religion, les personnes de culte judaïque ont un statut supérieur dans le territoire sous son administration : c'est bien un État à la fois raciste et ségrégationniste sur la base de la religion. 
Toutes choses gravement condamnables à notre époque. À tous les niveaux de la société humaine, du plus petit État à l'ONU.

6 /
Quelles que soient les origines, la religion et les convictions personnelles du Président de la République Française, il reste le Président de toute la France et de tous les Français. 
Il n'est l'homme d'aucun parti, il n'est l'homme d'aucun groupe démographique, il n'est contre aucune partie sociologique de la population française.

C'est aussi son devoir.

Or les Français descendants de la colonisation et/ou de l'esclavage (plus de dix millions de citoyens !), sont fortement opposés à toute forme de retour au racisme générateur de l'esclavagisme ou du colonialisme, fortement opposés à toute forme de soutien sur l'arène internationale, à toute forme de colonialisme et de racisme et de ségrégation religieuse. Ils sont plus nombreux que tous les citoyens israéliens convaincus du bien-fondé de leur supériorité raciale ou religieuse.

L'État français laïc doit-il dans ces circonstances faire passer les intérêts et les aspirations des citoyens israéliens convaincus de leur supériorité ethnique et/ou religieuse avant les valeurs et les aspirations de citoyens français bien plus nombreux ?

« Se coucher » devant l'arrogance israélienne tout en étant membre du Conseil de sécurité est-il un renoncement définitif à nos valeurs républicaines ou bien est-ce la croyance illusoire d'influer sur le cours des évènements en s'alignant sur un politique criminelle dénoncée partout dans la planète ?

Déjà 42 Français ont morts en Afghanistan et on sait bien que ces sacrifices de vies françaises, comme l'invasion sous un faux prétexte de l'Irak ou la crise montée de toute pièce contre l'Iran, tout cela est lié au problème du colonialisme israélien au Moyen-Orient.

7 /
En 1967, le Général de Gaulle avait suspendu la coopération militaire avec Israël.

En 1982, le Président Mitterrand avait envoyé des bateaux militaires français pour sauver la population libanaise de l'agression israélienne et soumise aux crimes de guerre des milices libanaises instrumentalisées par Israël.

En 2006, le Président Chirac avait envoyé un bateau-hôpital pour secourir les victimes de l'agression israélienne.

En 2008, le Président Sarkozy a envoyé une flotte militaire au large de Gaza pour empêcher les habitants d'exercer un droit sacré, reconnu par la Charte de l'ONU, celui de se défendre contre l'occupation étrangère, c'est-à-dire pour protéger Israël.

Aujourd'hui personne ne parle de « jeter les colons à la mer » ou « la valise ou le cercueil ». Tout le monde veut un État démocratique sans distinction de race ou de religion. Si cela fut possible en Afrique du Sud, pourquoi cela serait-il impossible en Palestine ? 
C'est l'entêtement dans le sionisme qui pourrait mener dans un futur prévisible à des solutions extrêmes.


Je ne suis pas un croyant ; je suis un républicain ardu. Et je ne vois aucune logique sensée dans ces opérations, dans cette ligne politique cohérente et assidue... sinon un calcul électoraliste à court terme, tendant à attiser la haine entre les Français et à construire des carrières sur celle-ci.

Aussi, la politique actuelle des autorités françaises est comprise comme une prise de position idéologique en faveur d'une idéologie obsolète, le sionisme. 

Cela trouve d'ailleurs un prolongement en politique intérieure française dans la ségrégation systémique engagée sous des formes sibyllines mais tout à fait évidentes contre « L'islam radical », contre « le port du voile à l'école par les petites filles », dans « le débat nationale et officiel sur l'Identité française », dans « le projet de loi sur la burka », dans « le débat sur la délinquance dans les banlieues abordée sous un angle très particulier », dans le débat engagé par le Président en personne au sujet du vote suisse sur les minarets (vote condamné par l'ONU), dans le nombre réduit de lieux de culte musulman et d'écoles confessionnelles musulmanes en France, dans les dizaines de déchéances de la nationalité françaises prononcées exclusivement contre des citoyens français de culte musulman... comme par hasard.

Tout est fait pour qu'une majorité politique raciste inavouable soit constituée sur le consensus qui consiste à priver une forte minorité de l'avantage de droits fondamentaux constitutionnels. Ce n'est pas cela la démocratie. 
Certes, la démocratie grecque antique était celle des citoyens libres à l'exclusion de la masse des esclaves. Ce type de raisonnement a conduit à la boucherie nazie et les camps de concentration contre les malades mentaux, les Juifs, les Tsiganes, les Noirs.

La démocratie de notre époque, c'est le pouvoir de la majorité dans le respect des droits des minorités quelles qu'elles soient.

Les véritables démocrates sont parfois pusillanimes, parfois divisés. Mais il y aura forcément un réveil des consciences... Ne parle-t-on pas de nouveau du respect des libertés individuelles au Royaume-Uni après des années de « politique contrôle et de sécurité » ?
À terme, tous ces écarts par rapports aux valeurs républicaines françaises et par rapport aux intérêts bien compris des Français finiront par avoir des conséquences électorales.


Source : Alterinfo
http://www.alterinfo.net

 

 

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Que Gaza sombre dans la Méditerranée !

par Alain Gresh
pour Le Monde diplomatique


« Nouvelles d’Orient » (Les blogs du Diplo)


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Fils d’Henri Curiel et d’une mère juive russe, Alain Gresh a grandi en Égypte, élevé par un beau-père copte. Il a été, jusqu'en décembre 2005, rédacteur en chef du Monde diplomatique. Depuis janvier 2008, il en est le directeur adjoint.




mercredi 2 juin 2010,

Il y a quelques années, le premier ministre israélien Itzhak Rabin confessait que son rêve était de voir sombrer Gaza dans la Méditerranée. En 2010, cet espoir est en train de devenir réalité. Malgré les condamnations de l’opinion internationale, ce territoire semble destiné à poursuivre sa mort lente.

Contrairement à ce qui se dit, le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas adopté, le 1er juin, une résolution, mais s’est borné à une déclaration de son président approuvée par ses membres (« Security Council calls for prompt, impartial probe into deadly Gaza convoy incident »). Le texte demande « une enquête indépendante et approfondie », mais n’évoque pas le fait qu’une telle enquête devrait être internationale ! Or, chaque fois que le gouvernement israélien a été mis en cause pour ses violations des droits humains, il a toujours répliqué qu’il allait créer une commission nationale dont les conclusions sont connues d’avance...

Le texte affirme aussi que la situation à Gaza n’est pas durable (sustainable), et qu’il faudrait laisser passer l’aide vers la bande de Gaza. Cela fait maintenant plusieurs années que le Conseil de sécurité, unanime, avec l’appui des Etats-Unis et de la France notamment, demande la levée du blocus. Ainsi, sa résolution 1860, adoptée le 8 janvier 2009, appelait déjà « au libre approvisionnement et à la libre distribution à travers Gaza de l’aide humanitaire, y compris de la nourriture, du carburant et des médicaments ». Depuis, le blocus illégal de Gaza s’est poursuivi sans qu’aucune grande puissance ne songe à sanctionner Israël.

Ecoutons ce qu’en dit le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner sur RTL, le mercredi 2 juin, « Bernard Kouchner : “L’opération israélienne a été une très grave erreur, sinon une faute” ».

Les questions, en gras, sont de Jean-Michel Aphatie, dont on peut saluer la pugnacité.

(Les commentaires en aparté d’Alain Gresh sont en rouge – N.d.MM.)


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Israël a mené, lundi matin, dans les eaux internationales, c’est-à-dire en toute illégalité, une action militaire qui a coûté la vie à neuf personnes. La France souhaite-t-elle que des sanctions soient prises contre Israël, Bernard Kouchner ?

La France souhaite que la résolution du Conseil de sécurité soit complètement appliquée.

A quelle résolution faites-vous allusion ?


La résolution du Conseil de sécurité. Hier, il y a eu une résolution qui a été votée à l’unanimité dans la nuit d’hier à avant-hier.

C’est une déclaration, je crois. Ce qui n’est pas la même chose.

C’est une déclaration. Pas du tout, vous avez tout à fait raison, c’est une déclaration, mais c’était déjà pas mal.

Il est quand même extraordinaire que le ministre confonde une résolution et une déclaration, ce qui n’a pas du tout le même poids.

Mais ce n’est pas grand chose.

Et ça a été voté à l’unanimité. On a demandé qu’une enquête crédible soit menée. Il faut le faire très vite. C’est au secrétaire général des Nations Unies de choisir la forme. La dernière fois que la France l’a demandée, c’était pour la Guinée. Le secrétaire général, monsieur Ban Ki Moon, a réagi très bien. Qu’il choisisse la Croix-Rouge ou qu’il choisisse toute autre forme, c’est à lui de décider au plus vite.

Le fait que ce soit le secrétaire général de l’ONU qui détermine la forme de la commission semble sortir tout droit de l’imagination du ministre. Rien de tel dans le texte du président du Conseil de sécurité. D’ailleurs, le représentant de l’Union européenne au Conseil des droits de l’homme de l’ONU a critiqué le texte adopté à ce Conseil car il prévoit la création d’une commission d’enquête « internationale », ce qui n’est pas conforme au texte du Conseil de sécurité.

Je reprends la question, Bernard Kouchner : un Etat peut intervenir militairement dans les eaux internationales et ne subir aucune sanction ?

Non, c’est, en effet, après enquête qu’il faudra décider.

Mais une enquête... Il y a eu une intervention militaire ?

Dans les eaux internationales, nous n’avons pas... Personne n’a le droit d’intervenir. Ce fut fait de façon extrêmement dommageable pour l’image même d’Israël.

Peut-on envisager des sanctions, alors, dans ce cas-là ?


Quelles sanctions ? Quelles sanctions ? Et pourquoi ? Il faut avant qu’on connaisse les faits. Nous allons les connaître, c’est ce que la France a réclamé tout de suite. Ne pensez pas par là que je réduise à peu de choses ce qui s’est passé ; au contraire, je pense que c’est une très grave erreur, sinon une faute, aussi bien pour l’idée qu’on a de l’humanitaire, même si l’humanitaire était discutable en cette occasion, mais surtout l’idée qu’on a de la nécessaire poursuite du processus de paix. Heureusement, monsieur Abou Mazen, le patron de l’OLP, a dit que les pourparlers continuaient mais vraiment c’est capital...

Des sanctions simplement parce que le gouvernement israélien refuse de lever le blocus comme le lui demandent les Nations unies, l’Union européenne et la France. Et on peut noter qu’à aucun moment le ministre ne déplore les morts : ce qui semble le gêner, c’est qu’Israël ait commis une « erreur », une « faute ». C’est une position de nombre de commentateurs : ils regrettent l’opération non pas parce qu’elle a fait une dizaine de morts, non pas parce qu’elle a empêché l’aide à Gaza, mais parce qu’elle a terni l’image d’Israël...

Mais personne n’y croit, Bernard Kouchner ! Dans ce contexte, aucun pourparler de paix ne peut exister ?

Ils existent, maintenons-les parce qu’on a toujours dit ça souvent de crise en crise. Or, il n’y a pas d’autres solutions. Vous savez quelle est la position de la France sur Gaza ! Jamais nous n’avons approuvé, ni l’intrusion de l’armée israélienne dans Gaza, ni le blocus ; et nous pensons que c’est une situation insupportable ; mais pour que cette situation disparaisse, pour que les habitants de Gaza vivent normalement, il faut que le processus de paix s’amorce. Il faut un Etat palestinien, c’est ça l’important. Pour le reste, nous avons crié très fort ce que nous pensions de cette opération.

Monsieur Netanyahou, premier ministre israélien, qui est à l’origine de cette action, demeure-t-il un interlocuteur valable pour vous, Bernard Kouchner ?

Il est élu démocratiquement par les Israéliens ; interlocuteur valable ? D’abord, je ne pense pas que ce soit lui qui ait dirigé l’opération...

Le fait que le Hamas ait été élu démocratiquement n’en fait pas, aux yeux du gouvernement français, un interlocuteur. Quant à la volonté de M. Kouchner d’exonérer Netanyahou de ses responsabilités...


Mais c’est lui qui l’a ordonnée, bien sûr !

Non, il a ordonné probablement que les bateaux n’arrivent pas jusqu’à Gaza. Ecoutez, je ne connais pas les détails, mais il n’était pas en Israël à ce moment-là. Simplement voilà, ça veut dire qu’il y a une démocratie israélienne, qu’évidemment dans ces cas-là, tout le monde fait bloc derrière l’armée israélienne, et ce n’est pas comme ça qu’il faut procéder. Heureusement, encore une fois, les pourparlers, enfin ce qu’on appelle les « proximity talks » (je ne sais pas ce que ça veut dire très exactement) doivent se poursuivre. C’est en ayant un acharnement particulier vers cette solution que nous arriverons à ce que ces actes ne se reproduisent plus. Il ne faut pas qu’ils se reproduisent, et je déplore tout ça. Et nous l’avons condamné.

(...)

N’y a-t-il pas une forme d’impunité pour Israël ?


Il y a une forme très particulière d’Etat dont on ne doit pas oublier comment cet Etat a été constitué, mais il ne doit pas y avoir d’impunité. Certainement pas.

De fait, n’y en a-t-il pas une ?

Ecoutez, de fait ? On verra ! Est-ce que oui ou non cette enquête crédible, ouverte, aura lieu ? Et on verra ce que ça donne.

Et vous y croyez ?

Oui, j’y crois. J’y crois. Le dernier exemple que je vous ai donné c’est la Guinée. A la surprise générale, sous pression de la France, il y aura des élections en Guinée. Il y a eu un massacre considérable, beaucoup plus considérable de celui dont on parle, ce n’est pas pour l’excuser.

(...)

La comparaison avec la Guinée serait presque drôle si la situation n’était pas aussi tragique. Elle illustre surtout la légèreté du ministre et confirme sans doute le fait que, une fois de plus, la France ne fera rien. Le durcissement du discours officiel ne peut se substituer à une vraie politique ainsi que le demandait Hervé de Charette, l’ancien ministre français des affaires étrangères.

Comme il circule de nombreuses fausses informations à propos de ce qu’Israël laisse passer comme camions pour Gaza, rappelons quelques chiffres : durant le mois d’avril 2010, 2647 camions ont franchi la frontière de Gaza en provenance d’Israël. Avant la prise de contrôle du territoire par le Hamas, en juin 2007, on en comptait en moyenne 12 000 par mois. Donc Gaza reçoit aujourd’hui environ 22 % de ce qui arrivait avant juin 2007. Toutes ces données sont présentes sur le site de l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs - Occupied Palestinian Territory.

M. Kouchner semble à court d’idées. Donnons-en une qui correspond à son image de French doctor bravant les périls pour porter secours aux populations en difficulté. Pourquoi la France n’affréterait-elle pas des bateaux remplis d’aide pour Gaza ? Elle pourrait suggérer aussi à ses partenaires européens qui le souhaitent de s’associer à sa démarche. Et voyons si le gouvernement israélien osera intercepter ces navires.

Malheureusement, le plus probable, encore une fois, est que le gouvernement ne fera rien et qu’il laissera Gaza sombrer dans la Méditerranée. Mais la flottille de la paix a montré que les gouvernements occidentaux n’étaient pas seuls à avoir leur mot à dire...

 


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(Partie II - Autres histoires de bateaux et de trahisons anciennes et nouvelles)


25 novembre 1940

Désastre du Patria


Patria

Le Patria coulant dans le port de Haïfa.



Le Patria était un navire français, affrété par l’Aliya Beit, qui était parti de Marseille avec à son bord non loin de 2000 Juifs d’Europe fuyant le nazisme, principalement des Tchèques et des Allemands. Sa destination était l'île Maurice. Alors qu'il mouillait dans le port de Haïfa, il sauta et coula en dix minutes. Il y eut près de 300 morts, dont au moins 200 Juifs.


Rappel historique

Alors que les Palestiniens sont les vrais descendants des Hébreux bibliques, les Juifs d’Europe (Ashkénazes) ont pour origine un peuple turco-mongol : les Khazars (« nomades » en turc, gezer en turc moderne), qui, avec d’autres peuples parents, ravagèrent l’Asie pendant des siècles, au point que les Chinois construisirent la Grande Muraille pour tenter de les contenir. Leur immense empire s’étendit - du VIe siècle à son apogée vers 850 - en Circaucasie (abords de la mer Noire), comprenant ce qui est aujourd’hui le sud de la Russie, le Kazakhstan occidental, l’Ukraine orientale, la Crimée et l’est des Carpathes, ainsi que plusieurs régions de Transcaucasie comme l’Azerbaïdjan et la Géorgie. D’ailleurs le voilà :


empire khazar de 650 à son apogée vers 850


Lorsque Rome acheva de s’effondrer (début, justement, de l’empire Khazar), tous les peuples du Monde Connu se retrouvèrent affranchis de la tutelle de l’Empire, mais non dépourvus de chefs locaux ou régionaux qui, TOUS, voulurent prendre la succession des anciens maîtres et dominer des populations partout récalcitrantes. La solution fut aussi partout la même : les roitelets, empereurs à la mode de Bretagne, dux bellorum et autres khans firent appel à des missionaires venus d’ailleurs pour convertir leurs « sujets » - de gré ou de force - à la religion de leur choix, histoire de solidement les « encadrer » tant psychiquement que physiquement. Les sujets partout résistèrent. Il y fallut plusieurs siècles, mais, partout, ils furent vaincus, plus ou moins à la même époque,
par cette union du sabre et du goupillon. Seule, de l’Atlantique à l’Oural et au-delà,  une petite île avait échappé à la conversion forcée : l’Irlande, qui avait été convertie bien longtemps avant les autres, par la ruse. (En gros : pour conclure à son avantage une longue rivalité avec les druides, la caste religieuse des filid joua la carte du christianisme naissant1. Saint Patrick, aussi retors qu’Ulysse, fut appelé en renfort et fit le reste.)

C’est ainsi que les Arabes et les Hébreux furent conquis et convertis par le Prophète et ses cavaliers, que nous, Européens, fûmes conquis et convertis par les Francs, assistés de moines irlandais en grand nombre (à la fin du XIe siècle, les Baltes résistaient encore2) et que les Khazars se virent imposer le judaïsme, leur Khan ayant jugé malsain de s’aligner sur l’un ou l’autre de ses deux puissants voisins de l’Est et de l’Ouest. Des rabbins – vrais Hébreux, ceux-là, - furent mandés, et l’affaire fut dans le sac. C’est ainsi et pas autrement que se sont imposées les trois religions monothéistes mâles, de l’Atlantique aux portes de l’Asie.

Plus tard, des Juifs Khazars émigrèrent vers l’Ouest par vagues successives, comme tant d’autres avant et après eux. Les Juifs d’Espagne et de Portugal (sépharades) sont, pour leur part, majoritairement venus du Maghreb, et ne sont pas tous des Hébreux non plus.

Digression un peu longue mais nécessaire, si on veut comprendre pourquoi la prétention des sionistes à  « reprendre la terre de leurs ancêtres » est une imposture. Quand Lev Jabotinsky, père du terrorisme sioniste, se voulait l’héritier des jusqu’au boutistes de Massada3 (70 E.C.) et de Bar Kokhba (135 E.C.), il jouait les coucous. Les seuls vrais héritiers de ces gens-là sont les jusqu’au boutistes de Gaza et une partie de la Diaspora. Jabotinski et ses compagnons s’abusaient-ils eux-mêmes ou voulaient-ils seulement abuser le reste du monde ? Comment le savoir ? N’oublions pas la thèse de M. Cadjehoun et de quelques autres, dont, si je ne m’abuse, Thierry Meyssan, selon qui la volonté de construire un état juif sur le sol de la Palestine remonte à Cromwell et que cet état ne serait que métastase d’un empire britannique devenu faction supranationale et tissant sa toile planétaire au coeur de la City.

Pour embrouiller encore un peu plus les choses, non contents de s’approprier un héritage matériel qui n’était pas le leur, les descendants et disciples de Lev Jabotinski se sont encore approprié l’héritage moral de ceux que le nazisme a tués pendant la dernière guerre. La volonté de puissance étant leur vrai moteur et non la piété filiale, ils ont fait, de cet accaparement, une religion nouvelle, que des sceptiques aussitôt démonisés ont osé appeler «religion holocaustique ». Les nouveaux colonisateurs ne faisaient rien d’autre, ainsi, que répéter la manoeuvre de leur khan de jadis et des autres abusifs patriarcaux, refusant de savoir tout ce qui s’était passé le long de la descente des siècles et combien le monde avait tourné. On peut faire, voyez-vous, comme si la lutte des classes n’existait pas : elle finit toujours par vous rattraper. Le peuple Khazar, à l’instar des autres peuples, a eu son ventre mou et ses extrêmes. À gauche, ceux qui allaient faire la Révolution Russe (les deux tiers des bolcheviks historiques étaient des Juifs Khazars) ; à droite, la poignée d’aspirants oligarques, prête à tout, même à refouler sa propre histoire et ses propres aïeux, serrée comme une pierre sur ses fantasmes. Combien de sionistes ont disparu dans les camps nazis contre combien de bolcheviks ? Et que fera-t-on de ceux qui sont tombés en défendant Stalingrad ? Lesquels ne comptent apparemment pas comme « juifs » puisque personne ne les revendique. Il est vrai qu’ils avaient le mauvais goût d’être internationalistes... Je me permets de poser la question : sur les 23 millions de soviétiques tombés dans la lutte contre le nazisme, combien étaient des juifs Khazars et quelle place leur réserve Israël, état « juif » all-inclusive, dans son panthéon? Car ils ont vécu, ceux-là, et ils sont morts, en défense de valeurs antagoniques à celles de l’état-parasite.



Mais revenons à notre bateau coulé de 1940.

Les dirigeants sionistes, à la tête de plusieurs organisations terroristes, avaient, depuis le début du XXe siècle, jeté leur dévolu sur la Palestine et décidé d’en faire la « terre nationale», le « sanctuaire » des juifs (de tous, et sans leur demander leur avis), ce qui ne pouvait se faire, le pays étant petit et surpeuplé, qu’en chassant ou en exterminant ses habitants, dans leur majorité des Palestiniens. C’était là une chose que ne pouvaient permettre les autorités britanniques, puissance occupante désignée par les instances internationales depuis 1922. Diverses solutions, à court ou à long terme, et plusieurs endroits du globe avaient été offerts aux Juifs désireux d’émigrer d’abord, à ceux fuyant l’expansion nazie ensuite.

Mais les idéologues et chefs de l’Agence Juive, de l’Irgoun, de la Haganah, du Betar et du Groupe Stern (aussi appelé Gang Stern) avaient décrété que ce serait la Palestine ou la mort. Si les Juifs (ceux fuyant les persécutions comme les autres) étaient autorisés à y débarquer, tant mieux. S’ils ne le pouvaient pas, mieux valait qu’ils meurent. En aucun cas il ne devait être permis à quiconque de les envoyer ni de les accueillir dans un autre lieu. Inutile de dire que les intéressés n’avaient pas été consultés et ne le furent jamais. Pions ils furent, pions ils moururent. Et M. Raimondo se trompe en attribuant à l’aide américaine la démence d’Israël. Elle était  là déjà, active et obstinée, au tout début du XXe siècle.

Donc, notre Patria est dans le port de Haïfa, avec sa cargaison de fugitifs prêts à s’installer n’importe où pourvu qu’on les y laisse en paix. Il vont appareiller le lendemain matin. Mais leurs « représentants » auto-désignés veulent qu’ils débarquent. En Pa-les-ti-ne ! Les Britanniques ont refusé et persistent. Pas de place. Trop de monde. Vos gens peuvent s’installer à l’île Maurice jusqu’à la fin de la guerre. Nous leur faciliterons les choses.

La direction de la Haganah se réunit pendant la nuit et décide qu’il n’est pas question que le Patria reprenne la mer. Un de ses membres est désigné pour aller y planter une bombe. Celle-ci explose à 9 heures du matin, le Patria coule en dix minutes et entraîne dans la mort les 300 personnes que j’ai dites. Les soldats anglais réussissent à sauver le reste, dont 172 blessés.

Les rescapés sont d’abord mis dans un camp – ce sont des sans-papiers n’est-ce pas - puis les Britanniques n’ont d’autre choix que de les laisser pénétrer en Palestine, où ils disparaissent aussitôt, absorbés par les diverses colonies déjà existantes.

La Haganah (« défense ») était l’organisme officiel de l’Agence Juive en Palestine. Les Anglais lui permettaient d’y mener librement ses activités terroristes, à condition qu’elle ne les prît pas pour cible. Ingrate, elle leur attribua son propre forfait et tout le monde la crut. Jusqu’au jour où l’homme qui avait posé la bombe publia ses mémoires : c’était en 1957. Il avait donc fallu 17 ans pour que la vérité se fasse jour. Les Israéliens venaient d’étrenner, avec le Patria, le modus operandi dont ils allaient devenir des virtuoses indépassables : ne reculer devant aucun méfait et toujours en accuser, très bruyamment, quelqu’un d’autre. En yiddish, on dit chutzpah. En français, effronterie.

Israël Shamir :

« Mais le commandement de la Haganah, organisation illégale de combattants juifs qui deviendrait par la suite l’armée israélienne, décida d’empêcher par tous les moyens cette «déportation » (terme plus approprié : transfert), et à cette fin, elle recourut aux mines pour couler le Patria. La décision avait été approuvée par le "ministre des affaires étrangères" de la communauté juive, Tchertok-Sharett, en réponse à la proposition de Shaul Avihur, qui dirigera plus tard les services secrets israéliens. Meir Mardor4 installa la mine dans la cale du bateau, et déclencha l’explosion à environ neuf heures du matin. Le vaisseau coula en une dizaine de minutes, entraînant dans la mort deux cent cinquante fugitifs. Sans un enchaînement de circonstances, il y aurait eu encore plus de victimes. La Haganah voulait utiliser une mine beaucoup plus puissante, mais elle ne put l’acheminer à bord du Patria, à cause de la surveillance intensive du port par l’armée anglaise. Ils ne purent pas non plus faire exploser la mine en pleine nuit, sinon il n’y aurait eu vraisemblablement aucun survivant. « En respect de la solidarité nationale, (les sionistes) opposés à cette mesure gardèrent le silence », écrit Beit-Tsvi4 même lorsque les sionistes essayèrent d’en faire retomber la responsabilité sur... les Anglais, qui avaient sauvé avec une abnégation incroyable les malheureux passagers du Patria. »
(I. Shamir, « Voyons comment les sionistes ont "sauvé les juifs " durant la deuxième guerre mondiale » http://catholiquedu.free.fr/cultes/Octopussy/ysh_cham.htm voir aussi Alfred Lilienthal, The Zionist Connection II4)

Dans son livre La Révolte4, Menahem Begin, qui fut Premier Ministre d’Israël, écrit :

« Le Patria n’a jamais repris la mer. Des "terroristes" juifs y ont posé une bombe pour empêcher son départ. La bombe a explosé et plus de deux cents juifs furent tués. Les autorités britanniques ont noté le fait que l’Irgoun Zvai Leumi n’était pas à l’origine de l’opération ; c’est la Haganah qui avait posé la bombe. »

L’Agence Juive, alors dirigée par David Ben Gourion, avait estimé que la fin justifie les moyens, fût-ce au prix de centaines de vies juives, ce que l’archi-terroriste Menahem Begin, chef de l’Irgoun Zvai Leumi, n’était pas prêt à faire, même si la bombe que posèrent des membres de son organisation, déguisés en Arabes, à l’hôtel King David, le 22 juillet 1946, tua elle aussi 17 juifs sur un total de 91 victimes.

________________    

1. Fabriqué de toutes pièces par l'oligarchie étrusque, au prix d'un faux (le "Nouveau Testament"), pour couper l'herbe sous le pied aux agitateurs sociaux venus à Rome de tous les coins de l'Empire.

2. Et je me permets de rappeler que l’île de Sein , en Bretagne, ne fut christianisée que sous Louis XIV, par les dragons. Elle abritait, depuis bien avant les conquêtes celte et romaine, un collège de neuf prêtresses qui vendaient aux marins les vents favorables. C’est à peu près au moment de leur disparition que naquit, sur l’île d’en face, la première loge maçonnique, dite «des Neuf Soeurs », dédiée aux Neuf Muses, c’est-à-dire à la Déesse-Mère Trois Fois Triple qu’avaient vénérée et servie pendant des millénaires les insulaires de Sein.

3. À propos de Massada, qui d’autre que moi se souvient du beau film sans personnages qui y fut consacré dans les années cinquante et de la voix inoubliable de Gérard Philippe ?

4. Voir en fin de post la rubrique « livres »

 

 

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24 février 1942

Naufrage du Struma


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Quinze mois après le Patria, le Struma, avec, à son bord, 770 immigrants juifs prêts à entrer illégalement en Palestine, explose dans la Mer Noire. Il y a un seul survivant.


Les faits :

La Roumanie compte, en 1941, 800.000 juifs (plus ou y compris ceux qui ont fui l’Allemagne). Ion Antonescu, le chef de l’État, est fasciste, mais il est allé à l’école avec un représentant des communautés juives du pays.  Il n’impose pas le port de l’étoile jaune et propose même aux Anglo-Saxons de financer l’émigration de ceux qui le veulent par une contribution de 10 $ par personne. Les Anglo-Américains refusent et lui déclarent d’ailleurs la guerre en décembre 1941, juste avant que commence l’odyssée du Struma.

Le bateau est affrété par une association sioniste de Bucarest pour transporter 769 juifs jusqu’en Turquie, dans l’idée d’obtenir de ce pays des visas leur permettant de pénétrer en Palestine. Mais, de visas, il ne saurait être question : l’empire Ottoman n’est plus et la Turquie n’en délivre qu’avec permission des autorités britanniques, lesquelles y sont opposées pour les raisons qu’on sait.

Le Struma est un paquebot mixte construit à Newcastle en 1867. Il navigue sous pavillon du Panama. Les armateurs sont grecs. La machine est vétuste et la coque si rouillée que l’équipage, commandé par un Bulgare, dit « seule la peinture sépare la cale de l’eau ». Le chauffage et le système électrique sont en panne. Il y a 10 toilettes pour 800 personnes. Tous les ingrédients d’une tragédie.

Le 1er décembre 1941, le navire quitte le port roumain de Costanza, à destination d’Istanbul. Le voyage devrait normalement durer 14 heures. Il dure quatre jours.

Le 16 décembre, le Struma arrive dans le port turc de Büyükdere, au nord du Bosphore, mais, comme prévu, les autorités turques interdisent le débarquement. Les passagers et leurs passeurs s’obstinent. Pour n’avoir pas à reprendre la mer, ils sabotent  ce qui peut encore l’être de l’épave flottante. On insiste auprès des Anglais qui refusent derechef, d’autant que les candidats à l’immigration « viennent d’un pays ennemi » (d’accord, l’argument est de mauvaise foi, mais ils sont les plus forts).

Le bras de fer dure deux mois. Les Britanniques finissent par céder partiellement et laissent débarquer les enfants. Mais le navire, avec sa cargaison d’adultes, est remorqué jusqu’en dehors des eaux territoriales turques et abandonné à son sort. Le lendemain, il explose. L’unique survivant sera récupéré par des pêcheurs turcs, soigné à Istanbul, brièvement emprisonné, puis expulsé.

L’Agence juive accuse d’abord les Anglais d’avoir fait sauter le bateau. Elle opte ensuite pour une torpille qu’un sous-marin soviétique aurait tirée par erreur en prenant le Struma pour un navire de guerre. Elle finit par prétendre que les passagers, désespérés, se sont fait sauter eux-mêmes et parle de «suicide de masse » en guise de protestation. Les médias US, déjà très sionisés, déposent une fois de plus la responsabilité du carnage aux pieds des Anglais et de leur politique d’immigration en Palestine. Mais cette succession bizarre de versions a fait penser à certains que  l’Agence Juive venait d’inventer le suicide assisté ou si on veut l’euthanasie collective. Après tout, il n’y a pas que les mollahs intégristes qui connaissent la valeur du martyre. En des temps différents du nôtre, une telle hypothèse révolterait.  Depuis que des sans papiers  sont quotidiennement noyés en Méditerranée par leurs passeurs, il n’est plus possible de douter à priori de rien. Il semble que l’hypothèse de l’accident n’ait été retenue par personne, alors que, dans l’état où était le bateau, la chose ne fût pas du tout impossible.

La vérité sur la fin du Struma et de ses passagers ne sera sans doute jamais connue. Ce qui est connu, en revanche, c’est que ce désastre allait servir de prétexte aux sionistes pour justifier un de leurs plus célèbres assassinats ciblés.

Yitshak Shamir, un des futurs premiers ministres d’Israël, qui dirigeait alors l’organisation terroriste Lehi, a raconté dans ses mémoires (Summing Up), le naufrage du Struma, et comment il détermina la décision du Lehi d’assassiner Lord Moyne.

Extrait du compte-rendu de ce livre par le Globe and Mail de Toronto (6 août 1994) :

« Shamir a pris part à la décision de tuer Lord Moyne, et il a contribué à organiser l’audacieuse et complexe opération. Cette expérience allait lui servir plus tard : pendant les années qu’il a passées au Mossad, l’agence d’espionnage et de services secrets d’Israël, il est de notoriété publique qu’il a dirigé une équipe d’assassins. Shamir prétend avoir aussi ordonné l’exécution d’un membre du Lehi, "un fanatique, qui menaçait de faire éclater l’organisation". La rumeur publique lui attribue au moins trois liquidations internes de ce genre. Combien d’autres meurtres a-t-il ainsi ordonnés, il ne le dit pas, mais il insiste sur le fait qu’il ne regrette "aucun de ses actes" ».

 

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Ils ne sont pas des bateaux, mais...

 

 

6 novembre 1944

Assassinat de Lord Moyne

 


Lord_Moyne

 

Walter Edward Guinness, premier Baron Moyne. Né à Dublin en 1880, mort au Caire, en 1944. Secrétaire d’État pour les colonies du 8 février 1941 au 22 février 1942, il fut Ministre Résident  au Moyen Orient (autrement dit Gouverneur de l’ex-Empire ottoman) jusqu’à son assassinat en novembre 1944.

À l’automne 1944, un Juif hongrois du nom de Joel Brand, approcha  les autorités britanniques, se disant porteur  d’une proposition d’Adolf Eichmann, officier chargé de la déportation des juifs hongrois au camp d’Auschwitz.  Eichmann offrait, selon lui, de  laisser sortir d’Allemagne un million de Juifs, en échange de 10.000 camions à fournir par les Alliés occidentaux. Il fut arrêté et emmené au Caire, où on l’interrogea pendant plusieurs mois.

Il a affirmé qu’au cours de son interrogatoire, un Anglais qu’il ne connaissait pas s’était écrié : « Que veulent-ils que je fasse d’un million de juifs ? Où les mettrai-je ? » et qu'un de ses interrogateurs lui avait dit ensuite qu’il s’agissait de Lord Moyne. Il répéta les mêmes propos sous serment lorsqu’il témoigna au procès Kasztner, en 1953. Mais, dans son autobiographie, publiée en 1956, il écrivit : « Plus tard, j’ai appris qu’il ne s’agissait pas de Lord Moyne, mais d’un autre homme d’état anglais. »

Quoi qu’il en soit, il fut relâché en octobre et devint aussitôt membre du groupe Lehi. C’est ce groupe, dirigé alors par Yitzhak Shamir, qui allait commettre l’assassinat, à peine un mois plus tard.

Cette remarque attribuée à Lord Moyne est,  depuis des décennies, citée un peu partout, mais l’historien Bernard Wasserstein croit pour sa part que « la vérité, c’est que Brand n’a probablement jamais rencontré Lord Moyne ».

Il est peu vraisemblable cependant que les propos de Brand aient déterminé le choix de la victime. Il y avait longtemps que les sionistes les plus extrêmes voulaient envoyer un message musclé aux autorités britanniques : « Cessez de vous mêler de l’immigration juive en Palestine, sinon... ». Pour donner un maximum d’emphase à cette menace, ils devaient logiquement s’en prendre à la personnalité la plus considérable par le rang. La victime choisie s’était en outre constamment mise dans le chemin de leur colonisation en masse. «Crime», à leurs yeux, qui suffisait.

Le meurtre fut longuement et minutieusement préparé. Il fut commis par deux jeunes zélotes d’une vingtaine d’années, quintessence de fanatisme, qui, ayant pris en filature la voiture du ministre, l’abattirent à bout portant, ainsi que son chauffeur, au moment où les deux hommes descendaient du véhicule. Après quoi ils s’enfuirent à bicyclette, vers le lieu où ils devaient se cacher en attendant que leurs chefs les fassent sortir d’Égypte. Le meurtre gratuit du chauffeur ne leur porta pas chance, car un policier du Caire, qui s’en retournait chez lui à bord d’une moto, voyant deux hommes pédaler à tombeau ouvert juste après avoir entendu des coups de feu, les prit en chasse et les arrêta. Ils furent traduits en justice, condamnés par un tribunal britannique siégeant en Égypte, et pendus le 20 mars 1945.

L’un des deux jeunes fanatiques déclara au cours de son procès : « Nous accusons Lord Moyne et le gouvernement qu’il représente, d’avoir assassiné des centaines et des milliers de nos frères ; nous l’accusons d’avoir volé notre pays et pillé nos biens... Nous avons été forcés de faire justice et de nous battre. »

Est-ce la justice immanente ou la force de l'habitude qui voudra qu’un autre Yitzhak (Rabin) soit assassiné à son tour, le 6 novembre 1995, par un autre jeune zélote semblablement fanatisé : Ygal Amir ?

 

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« La Palestine est trop petite et déjà surpeuplée pour accueillir les trois millions de Juifs que les sionistes veulent y amener. »


On cite toujours, sortie de son contexte, cette phrase de lord Moyne. Des extraits plus larges du discours qu’il a prononcé le 9 juin 1942 à la Chambre des Lords, révèlent une attitude attentive et bienveillante envers les deux communautés, juive et palestinienne. Qu’il ait refusé de suivre les sionistes en mal d’oligarchie coloniale dans leurs fantasmes, et apprécié au contraire la situation réelle avec objectivité, ne saurait lui être reproché par quiconque est sain d’esprit. Ces extraits d’un discours qui mériterait d’être publié (et traduit) dans son intégralité, se trouvent, en anglais, dans l’e-biographie que lui consacre Wikipédia (lien url : http://en.wikipedia.org/wiki/Walter_Guinness,_1st_Baron_Moyne ). On verra par exemple qu’il y soutient « le désir naturel des juifs de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre la cause de la liberté contre la tyrannie nazie », mais qu’il désapprouve, en revanche, les encouragements de Lord Wedgwood à l’immigration massive des Juifs en Palestine « à des fins politiques personnelles ».

 

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Pour conclure, j’ajouterai que les corps des deux assassins de Lord Moyne, furent échangés, en 1975, contre vingt prisonniers arabes, et enterrés à Jérusalem, au «monument des héros».

Ils ne sont pas les seuls sionistes condamnés par le reste du monde à jouir d’un tel honneur. Je ne citerai que pour mémoire les commandos-pirates exécutants du massacre sur le Mavi Marmara, aussitôt décorés par le gouvernement Netanyahu.

Un exemple peut-être moins connu est celui de Jonathan Pollard, l’espion qui a volé aux États-Unis TOUS leurs secrets militaires, y compris les nucléaires, lesquels furent vendus à l’URSS par Tel Aviv, en échange de l’autorisation d’émigration en Israël d’un million de juifs russes. Pollard, qui purge aux États-Unis une sentence d’emprisonnement à perpétuité, est officiellement « héros national d’Israël » et une place de Jérusalem porte son nom. Une péripétie également peu évoquée par nos médias veut qu’en 2008, à l’occasion de sa visite officielle en Israël pour le soixantenaire de la création de cet état, George W. Bush ait promis d’amener Pollard dans ses bagages, en guise de cadeau d’anniversaire, et qu’il ne fallut pas moins d’une menace de mutinerie au sein de l’US Army et de la CIA pour l’en empêcher.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Guinness 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lehi

 

 

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17 septembre 1948

Assassinat du comte Bernadotte

Médiateur des Nations-Unies


folke bernadotte 1

 

Folke Bernadotte, comte de Wisborg, petit-fils du roi Oscar II de Suède et de Norvège, neveu du roi Gustave V de Suède, né à Stockholm le 2 janvier 1895, mort à Jérusalem le 17 septembre 1948.

Vice-président de la Croix-Rouge suédoise, il essaya, en 1945, de négocier un armistice entre l’Allemagne et les Alliés. Il avait reçu l’offre, faite par Heinrich Himmler, d’une reddition complète de l’Allemagne à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, à la condition que l’Allemagne serait autorisée à continuer les combats contre l’Union Soviétique. Ce qui revenait à proposer au camp de l’Ouest un renversement d’alliance. L’offre fut transmise à Winston Churchill et à Harry S. Truman par Bernadotte. Ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. Peut-être n’avait-il pas le choix. Et sans doute savait-il que l’offre serait déclinée.

Peu avant la fin des hostilités, il organisa une opération de sauvetage visant à évacuer des camps, vers la Suède, des déportés notamment norvégiens et danois, mais aussi un certain nombre de francophones français et belges (la Française Germaine Tillion fut du nombre). Il sauva ainsi in extremis 15.000 personnes de l’enfer des camps.

Cependant – péripétie longtemps occultée – pour permettre la libération des prisonniers scandinaves, environ 2.000 autres prisonniers, mourants ou malades « principalement français, mais aussi russes et polonais » furent sortis du camp de Neuengamme et transférés vers d’autres camps, où moururent ceux qui n’étaient pas morts en route. Or, ce tranfert fut effectué par les mêmes « bus blancs », conduits par les mêmes chauffeurs suédois, qui avaient servi à l’évacuation des 15.000. L’opération sauvetage qui a rendu Bernadotte si populaire à l’époque avait donc eu un prix. Le ciel nous préserve d’avoir à faire de ces choix.

Le 29 novembre 1947, par la résolution 181, les Nations Unies approuvaient le plan de partage de la Palestine entre les Palestiniens et les Juifs. Depuis 1920, suite à l’effondrement de l’Empire Ottoman, la Grande Bretagne administrait ce territoire (et quelques autres dont l’Égypte).

C’était une solution non seulement arbitraire mais boîteuse. Les Nations Unies spoliaient les Palestiniens de leur terre en favorisant une colonisation pure et simple. Elles bridaient les ambitions des Sionistes, qui ne voulaient pas 20% du territoire de la Palestine, mais le voulaient tout. Il faut noter que l’Agence Juive avait accepté le plan de partage mais qu’elle n’était pas en mesure de le faire respecter par les diverses organisations armées qui l’avaient conduite jusque là. De leur côté, les Arabes réclamaient un référendum.

Lorsque, le 14 mai 1948, les Britanniques se retirèrent, des affrontements prévisibles éclatèrent. Accourant à l’aide des Palestiniens, des troupes envoyées par les pays arabes entrèrent en Palestine.

Le 20 juin suivant, les Nations-Unies nommèrent un médiateur : ce fut Bernadotte, premier d’une longue série. Sa mission consistait à faire cesser les combats, à faire accepter par les deux parties et à mettre en application le partage du territoire. Tâche impossible.

Il obtint une trêve de quatre semaines, mais les membres du Lehi avaient annoncé clairement la couleur : « Nous avons l’intention de tuer Bernadotte et tout autre observateur des Nations Unies en uniforme qui viendra à Jérusalem. » À la question de savoir pourquoi, ils répondirent « ...que leur organisation était déterminée à ce que Jérusalem soit sous l’autorité de l’État d’Israël et qu’elle ne permettrait pas d’interférence de la part d’une organisation nationale ou internationale. ».

Le 1er août, Israel Eldad, un des trois dirigeants de Stern-Lehi déclara, lors d’une assemblée publique à Jérusalem : « Nous emploierons contre les représentants d’un pouvoir étranger les mêmes méthodes que nous avons employées contre les Britanniques ».

La décision de tuer Bernadotte fut prise en août.

Dans son premier - et dernier - rapport, Bernadotte déclarait : 

« Ce serait offenser les principes élémentaires que d’empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et, de plus, menacent, de façon permanente, de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles. » Il décrivait « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente ».

Ce rapport (U.N. Document A. 648, p. 14) a été déposé le 16 septembre 1948. Le lendemain 17, le comte Bernadotte et son assistant français, le colonel Serot, étaient assassinés dans la partie de Jérusalem occupée par les sionistes.

Dans Ma vie pour Israël, mémoires de combat, Yitzhak Shamir, un des trois chefs de Stern et sans doute le plus important, justifie ainsi le double meurtre : « Ne se contentant pas du rôle astreignant de médiateur, il commença à travailler à un plan de paix de son cru (...) et environ 360.000 Arabes devaient revenir. C’était un désastre. »

Comme on l’a vu plus haut, Yitzhak Shamir ne laissait pas aux « désastres » le temps d’arriver. L’affaire fut rondement menée :

Arrivant de l’aéroport, le convoi de Bernadotte, composé de trois voitures, entre dans Jérusalem. Il arbore les fanions des Nations Unies et de la Croix-Rouge. Personne, à bord des voitures, n’est armé. Il pénètre dans un quartier contrôlé par les Israéliens, franchit un check-point (déjà !), et est arrêté un peu plus loin par une jeep qui lui barre le passage. Trois hommes armés, en uniformes israéliens, descendent de la jeep, le chauffeur reste au volant. Les trois voitures sont arrosées de balles. Par la vitre arrière ouverte de la leur, Bernadotte et Serot sont abattus à bout portant de six rafales de mitraillette Schmeisser.

Le Lehi est dissous, au titre d’une loi « pour la prévention du terrorisme », mais Zettler, un des assassins, affirmera plus tard avoir reçu une promesse explicite du Ministre de l’Intérieur : « Vous serez condamnés pour satisfaire l’opinion mondiale. Après quoi vous serez amnistiés. »

De fait, des trois organisateurs et des quatre exécutants de la tuerie, deux furent condamnés par la Justice israélienne, non pour meurtre mais pour appartenance à une organisation terroriste. Ils seront relâchés quinze jours plus tard et amnistiés avec tous les autres par Ben Gourion. Tous occuperont ensuite des fonctions importantes au sein de l’État. Yitzhak Shamir, chef des opérations du Lehi, deviendra même deux fois premier ministre.


Sur Folke Bernadotte, voir :
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/israel-bernadotte.html

Sur André Sérot :
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/serot-biographie.html


 

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8 juin 1967

Attaque de l’uss LIBERTY

USS_Liberty

 

Le Liberty était un navire de l’US Navy, un navire-espion, qui croisait dans les eaux méditerranéennes, en mission d’observation. La Guerre des Six jours venait de commencer, mais il n’y était pas engagé. Il avait reçu l’ordre de se diriger vers Gaza. Très facilement reconnaissable, il était hérissé d’énormes antennes et battait pavillon américain bien visible. Son nom s’étalait clairement sur sa coque.

Il fut attaqué sans sommations par des appareils non identifiables de l’aviation israélienne, puis par un lance-torpilles, puis par un porte-hélicoptères qui dépêcha sur lui ses frelons. En dépit des appels-radio de l’équipage à ses alliés israéliens, l’attaque se déroula en trois vagues successives et dura plus d’une heure. Contrairement à ce qui était le but indiscutablement poursuivi, le Liberty ne coula pas et il y eut des survivants, c’est-à-dire des témoins. Mais 34 hommes étaient morts et 176 avaient été grièvement blessés, dans ce qui reste une des plus grandes félonies de tous les temps.

Pourquoi les Israéliens ne « finirent-ils pas le travail », selon la si heureuse expression de Nicolas Sarkozy ? Les rescapés disent qu’ils ne le savent pas. On peut supposer que la présence de plusieurs bâtiments de la marine soviétique dans les parages ne fut pas étrangère à cette relative timidité, puisque le seul navire qui proposa son aide au Liberty sinistré et resta bien en vue, prêt à intervenir, jusqu’à l’arrivée des secours (seize heures plus tard !) fut une des unités de la marine de l’URSS.

D’abord, les Israéliens soutinrent contre toute évidence qu’il s’agissait d’une tragique erreur, qu’ils avaient pris le Liberty pour le navire égyptien El Qseir (mensonge que même un enfant de douze ans n’aurait pas avalé). Quand la chutzpah ne fut plus tenable, ils offrirent des excuses, mais pas d’explications. On leur a prêté des tas de motifs, dont le plus vraisemblable - que certains Israéliens ont fini par reconnaître officieusement – est qu’ils voulaient entraîner les États-Unis à leurs côtés dans la guerre contre l’Égypte (celle de Nasser, pas celle de Moubarak). Le Liberty aurait ainsi été coulé par un navire égyptien (toujours les faux drapeaux) et les États-Unis n’auraient décemment pas pu refuser d’attaquer l’Égypte, bien entendu au nucléaire. Oui, il en était déjà question, les Israéliens alors, n’avaient pas la bombe, et ne pouvaient qu’essayer de forcer la main aux Yankees. Ils l’ont aujourd’hui et menacent trop souvent de s’en servir pour ne pas céder un jour à la tentation.

Les autorités politiques et militaires des États-Unis occultèrent complètement cette affaire. La magistrature aussi. Il fut interdit aux survivants d’en parler, sous peine d’emprisonnement à vie ou même de mort. Depuis quarante deux ans, leurs demandes de comptes et au moins d’explications se sont heurtées à ce mur et à ces menaces. Ils ne se résignent pas et persistent. Car ils savent qu’au plus fort de l’attaque, deux escadrilles d’avions ont décollé du Saratoga pour leur porter secours, et qu’elles ont reçu l’ordre de faire demi-tour : une fois de McNamara, une fois directement de la Maison Blanche.

Que l’attaque meurtrière des Israéliens ait été délibérée et même froidement fomentée ne fait depuis longtemps plus aucun doute pour personne. La question qui reste sans réponse est celle-ci : les plus hautes autorités civiles et militaires américaines se sont-elles contentées de blanchir leurs alliés israéliens après coup pour des raisons difficilement imaginables, ou étaient-elles au courant avant le coup, c’est-à-dire complices ? En d’autres termes, MM. Lyndon Johnson,  McNamara et l’amiral McCain ont-ils froidement et avec préméditation envoyé un plein navire de leurs propres soldats à la mort pour avoir une bonne excuse d’attaquer  l’Égypte ? (Sinon, que signifie l'exclamation de Lyndon Johnson : « Je veux que ce foutu bateau aille au fond ! » ?). On était en pleine guerre froide, l’Égypte était alliée à l'URSS et John F. Kennedy était mort quatre ans plus tôt, selon certains pour avoir refusé de donner son feu vert à une attaque massive contre Cuba, de même type que celle projetée contre l'Égypte. Ce qui est sûr, c’est que tous les présidents successifs, depuis Lyndon Johnson, ont été complices a posteriori de l’état assassin, puique nul d’entre eux n’a jamais fait droit aux demandes des rescapés ni autorisé la moindre enquête.

L’amiral McCain – celui qui reçut les appels au secours de son navire et qui interdit qu’on lui vînt en aide  – est le père du sénateur  John McCain (candidat à la présidentielle de 2008), lequel a choisi de traiter par le dédain les trois livres écrits par des survivants du Liberty et de faire le plus grand cas, en revanche, de l’ouvrage de propagande sioniste, écrit sur le sujet par un activiste pro-israélien, blanchissant bien sûr totalement Israël.

Des milliers de pages ont été noircies sur la (ou les) trahison(s) dont le Liberty a été l’objet. Il en existe au moins une étude détaillée en français, dont voici le lien : http://palestine1967.voila.net/discorde/D.discorde.usslib... C’est une lecture fascinante. Pour les anglophones, j’ajoute le lien du site historique officiel de l’uss Liberty : http://www.ussliberty.org/index2.html dont la base de données a fourni la matière de la version française.

Il existe en outre un certain nombre de vidéos, réalisées par toutes sortes de gens, dont les principaux intéressés, mais aussi par la BBC ou d’autres documentaristes professionnels. J’en ai retenu deux (il est aisé d’en trouver d’autres).

joe meadors

Dans la première, vous verrez brièvement passer le M. Joe Meadors dont parle Justin Raimondo.


Joe Meadors était timonnier (est-ce le mot exact pour signalman ?) sur le Liberty. Pendant toute l’attaque, il était sur le pont. C’est lui qui a hissé un second drapeau américain, quand le premier, mitraillé de toutes parts, est tombé en lambeaux.

M. Meadors, qui se trouvait à bord du Mavi Marmara lors de l’attaque du 31 mai dernier, est une des très rares personnes au monde qui puisse se vanter d’avoir vécu deux fois un événement aussi extraordinaire, exactement au même endroit, à quarante-deux ans d’intervalle.





On peut lire aussi :

De Franklin Delano Roosevelt à George W. Bush : le chaînon manquant d’infamie
: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=15870

L’envers du décor
:
http://purpleliquor.blogspot.com/2009/06/il-y-42-ans-le-uss-liberty-etait.html

 

 

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26 mars 2010

Attaque du CHEONAN


raised-cheonan

Repêchage d’une partie du Cheonan



Pour le cas où la nouvelle vous aurait échappé :

Le 26 mars dernier, une corvette de la marine de guerre sud-coréenne a été coulée dans la mer Jaune, à peu près à la limite des deux Corées, mais plutôt à l’intérieur des eaux nord-coréennes, où elle n’aurait pas dû se trouver. Aussitôt, la Corée du Sud a accusé un sous-marin de la Corée du Nord d’avoir torpillé son navire. Pyongyang a démenti avec indignation.

Séoul a mis en place une « commission indépendante » chargée d’enquêter.  En font partie l’Australie, le Canada, le Royaume Uni et la Suède. La République Populaire de Corée du Nord n’a pas été invitée à collaborer, ne fût-ce que pour lui prouver qu’on est de bonne foi.

Le Cheonan a été coupé en deux par l’explosion. Le 15 avril, on a remonté la proue, le 24 avril la poupe, ou l’inverse. Le 20 mai, la commission a remis son rapport : c’est un sous-marin nord-coréen qui a torpillé le navire, car on a retrouvé, dans une des deux moitiés de l’épave, un fragment de torpille portant distinctement l’inscription « N°1 » écrite en coréen.

C.Q.F.D.

Mme Hillary Clinton (Hilarious ou Hitlary, au choix, pour les Américains qui pensent mal), parle de « preuves accablantes » et tance Pyongyang avec fermeté. M. Kim Jong Il proteste avec non moins de fermeté et se rend en Chine (il ne voyage jamais).

C’est que... quand une torpille frappe une cible, généralement, c. à d. toujours, elle se pulvérise. C’est que, euh... la torpille était de fabrication allemande et que l’Allemagne n’a jamais livré ne fût-ce qu’une balle dum-dum à la Corée du Nord. C’est aussi que les marins rescapés parlent de façon dérangeante, d’une explosion à l’intérieur du navire. Quoi ? Pas un remake du 9/11 quand même ?

Pékin n’a pas attendu la visite du président nord-coréen pour exprimer des doutes, et pour annoncer vouloir se livrer à une enquête indépendante en vue de découvrir de vraies preuves, si possible indiscutables. C’est à quoi s’emploie d’ailleurs, en ce moment, une commission technique de l’Armée de la République Populaire de Chine.

Moscou non plus n’y croit pas. Et M. Lavrov a fait comme ses homologues chinois : désigné une commission d’enquête indépendante, dont les conclusions, « quelles qu’elles soient » seront rendues publiques.

Un qui n’avait pas attendu ces développements pour exprimer publiquement son scepticisme, c’est M. Fidel Castro. Dès le 3 juin. Car il connaît ses Américains sur le bout des doigts et les soupçonne souvent, à priori, du pire (chat échaudé, voyez-vous). Il connaît aussi, contrairement à nous, M. Kim Jong Il.

Il faut savoir que, depuis son éloignement des affaires pour cause de grand âge et de maladie grave, Tonton Fidel n’est pas resté à se tourner les pouces et à regarder «Questions pour un champion » à la télé. Non seulement il suit l’actualité de près, mais il continue à l’analyser et à faire profiter qui le veut de ses analyses, en bloguant sur Internet via l’Agence Cubaine de Nouvelles (ACN). À la cadence d’une ou deux fois par semaine, voire trois, paraissent ses Réflexions du camarade Fidel, régulièrement reprises par les sites communisants, mais aussi par pas mal d’autres et dans toutes sortes de langues.

La « Réflexion du camarade Fidel » qui suit n’est pas le dernier mot sur cette grave affaire , c’est même un des tout premiers. Mais ce document possède à mes yeux un intérêt que les autres n’ont pas, en ce qu’il montre comment fonctionne (on voit tourner les rouages de son cerveau), à 84 ans, le seul chef d’état au monde, depuis Robespierre, qui n’ait pas vécu un seul jour de sa vie publique sans éduquer en politique. Son peuple d’abord, bien sûr, mais nous aussi, par ricochet. Je sais qu’il y a eu Lénine et qu’il y a eu Mao. Je maintiens que le phénomène, depuis deux siècles, est unique. Privilège peut-être d’une démocratie directe à échelle humaine, inaccess
ible aux nations plus volumineuses.

 

 

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L’Empire et le mensonge

par Agence Cubaine de Nouvelles, Fidel Castro Ruz


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« Fidel Castro ne croit pas à la version officielle sud-coréenne du torpillage du Cheonan. Dans ce billet, il envisage que cette affaire soit un coup monté par les États-Unis pour justifier leur présence au Japon. » (Réseau Voltaire)

Fidel Castro n’a pas coutume de jouer les Cassandre. Son angoisse, ici, est palpable, et paraît malheureusement justifiée. (N.d.MM)

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fidel_castro11

 

Je n’ai pas le choix : il me faut écrire deux Réflexions sur l’Iran et la Corée pour expliquer qu’il existe un danger de guerres imminent où serait employée l’arme nucléaire. J’ai dit aussi qu’il était possible de faire tourner court le premier si la Chine décidait de recourir à son droit de veto pour bloquer la résolution que les États-Unis promeuvent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le second dépend de facteurs qui échappent à tout contrôle, étant donné la conduite fanatique d’Israël, converti par les USA en une forte nation nucléaire qui n’accepte aucun contrôle de la part de la superpuissance.

Lors de la première intervention des USA visant à écraser la Révolution islamique en juin 1953, pour défendre leurs intérêts et ceux de leur fidèle allié, le Royaume-Uni, et pour installer Mohammed Reza Pahlevi au pouvoir, Israël était un petit État qui ne s’était pas encore emparé de la quasi-totalité du territoire palestinien, d’une partie de la Syrie et d’une bonne part de la Jordanie voisine, défendue jusqu’alors par la Légion arabe dont il ne resta même pas l’ombre.

Aujourd’hui, les centaines de missiles à ogives nucléaires d’Israël, appuyés par les avions les plus modernes que lui fournissent les USA, menacent la sécurité de tous les États de la région, arabes ou non, musulmans ou non, à portée de leur vaste rayon d’action, parce que leur précision est de quelques mètres.

Dimanche dernier, le 30 mai, quand j’écrivais les Réflexions intitulées L’Empire et la drogue, Israël n’avait pas encore attaqué brutalement la flottille qui transportait des vivres, des médicaments et des articles destinés au million et demi de Palestiniens assiégés dans un petit fragment de ce qui avait été leur patrie durant des milliers d’années.

 

Palestine Peau de Chagrin

 

L’immense majorité des gens occupent leur temps à résoudre les besoins que leur impose la vie, dont les aliments, le droit aux loisirs et à l’étude, et d’autres problèmes vitaux de leurs familles les plus proches, et ils ne peuvent partir en quête d’informations sur les événements de la planète. On les voit partout, pleins de noblesse, espérant que d’autres se chargeront de chercher des solutions aux problèmes qui les écrasent. Ils sont capables de se réjouir et de sourire. Ils rendent ainsi heureux les gens qui, comme nous, ont le privilège d’observer avec équanimité les réalités qui nous menacent tous.


On accuse la Corée du Nord d’avoir torpillé la corvette sud-coréenne Cheonan, conçue selon une technologie de pointe, dotée d’un vaste système de sonar et de senseurs acoustiques sous-marins, dans des eaux situées face à ses côtes, cette action atroce ayant coûté la vie à quarante marins sud-coréens et causé des dizaines de blessés.

J’avais du mal à déchiffrer le problème. D’une part, je ne parvenais pas à m’expliquer comment un gouvernement, même s’il jouit de beaucoup d’autorité, pouvait utiliser des mécanismes de commandement pour donner l’ordre de torpiller un bâtiment de ce genre ; de l’autre, je n’ai pas cru une seconde la version selon laquelle Kim Jong Il avait donné cet ordre.

Je n’avais pas assez d’éléments en main pour aboutir à une conclusion, mais j’étais sûr que la Chine opposerait son veto au projet de résolution soumis au Conseil de sécurité pour sanctionner la Corée du Nord. Mais je ne doute absolument pas, par ailleurs, que les États-Unis ne peuvent éviter que le gouvernement incontrôlable d’Israël emploie l’arme nucléaire.

Le 1er juin, dans la soirée, la vérité a commencé à se faire jour au sujet de ce qui s’était vraiment passé.

J’ai écouté à 22 h 30 le journaliste Walter Medina, animateur d’un programme phare de la télévision vénézuélienne, « Dossier », faire une analyse percutante. Sa conclusion est que les États-Unis ont fait croire aux deux parties de la Corée ce que chacune affirmait de l’autre, en vue de régler le problème du territoire occupé par la base d’Okinawa dont le nouveau Premier ministre japonais, se faisant l’écho des aspirations de paix de la population, réclamait la rétrocession. Si son parti avait remporté un soutien électoral énorme, c’est justement parce qu’il avait promis d’obtenir le retrait de la base militaire installée là, comme un poignard planté depuis plus de soixante-cinq ans au cœur même du Japon, aujourd’hui développé et riche.

Le Global Research1 permet de connaître des détails absolument sidérants de ce qui est arrivé, grâce à l’article de Wayne Madsen2 journaliste enquêteur de Washington, qui a diffusé des informations émanant de sources de renseignements sur le site web Wayne Madsen Report.

Ces sources, affirme-t-il :

« soupçonnent que l’attaque à la corvette de guerre anti-sous-marin de la marine sud-coréenne Cheonan, a été organisée sous un faux pavillon afin de faire croire qu’elle provenait de Corée du Nord.

« L’augmentation des tensions dans la péninsule coréenne visait surtout, entre autres objectifs, à exercer des pressions sur le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama afin qu’il modifie sa politique relative au retrait à Okinawa de la base des marines étasuniens. Hatoyama a admis que les tensions créées par le torpillage du Cheonan avaient eu une grande influence sur sa décision de permettre aux marines étasuniens de rester à Okinawa. La décision de Hatoyama a provoqué une division dans le gouvernement de coalition de centre-gauche, ce dont Washington s’est réjoui, puisque le leader du Parti social-démocrate Mizuho Fukishima a menacé de s’en retirer à cause de cette volte-face au sujet d’Okinawa.

« Le Cheonan a été coulé près de l’île Baengnyeong, un endroit de l’extrémité occidentale éloigné de la côte sud-coréenne, mais face à la côte nord-coréenne. Cette île est fortement militarisée et à portée de l’artillerie de défense côtière nord-coréenne, située de l’autre côté d’un étroit canal.

« Le Cheonan, une corvette de guerre anti-sous-marins, était équipée de sonars de pointe, de vastes systèmes de sonars hydrophone et de senseurs acoustiques sous-marins. La Corée du Sud ne possède aucune preuve sonar ou audio d’une torpille, d’un sous-marin ou d’un mini-sous-marin dans le coin. Comme il n’y a quasiment aucune navigation dans le canal, la mer était silencieuse au moment du torpillage.

Or, l’île Baengnyeong abrite une base de renseignements militaires des USA et de Corée du Sud, et les forces spéciales de la marine étatsunienne y opèrent. Il y avait aussi quatre bâtiments étatsuniens dans le secteur, dans le cadre des manœuvres Foal Eagle entre les deux pays, durant le torpillage du Cheonan. Une investigation des traces métalliques et chimiques laissées par la torpille suspecte indique qu’elle est de fabrication allemande.

« On suspecte que les forces spéciales de la marine étatsunienne disposent d’une gamme de torpilles européennes afin de pouvoir recourir au « déni plausible » lors d’attaques sous de fausses couleurs. De plus, Berlin ne vend pas de torpédos à la Corée du Nord, mais maintient en revanche avec Israël un programme de coopération étroite de mise au point de sous-marins et d’armes sous-marines.

« La présence du Salvor, qui participait aux manœuvres Foal Eagle, si près de l’île Baengnyeong, durant le torpillage de la corvette sud-coréenne, suscite des questions.

«  Le Salvor, un navire civil de sauvetage de la marine, qui a participé à des actions de pose de mines par les marins thaïlandais dans le golfe de Thaïlande en 2006, était présent au moment de l’explosion, avec un complément d'équipage de douze hommes-grenouilles d’eaux profondes.

«  Beijing, satisfaite de l’affirmation d’innocence du Nord-Coréen Kim Jong Il qui a fait un voyage d’urgence depuis Pyongyang, suspecte que la marine étatsunienne a joué un rôle dans le torpillage du Cheonan, associée à des soupçons particuliers au sujet du rôle joué par le Salvor. Les soupçons sont les suivants :

« 1. Le Salvor participait à une opération de pose de mines dans le lit marin ; bref, il posait des mines anti-sous-marins tirées horizontalement au fond de la mer.

« 2. Le Salvor réalisait une inspection routinière de maintenance de mines dans le lit marin, les plaçant sur un mode électronique actif – déclenchement par gâchette sensible – dans le cadre du programme d’inspection.

« 3. Un homme-grenouille des forces spéciales a posé une mine magnétique sur le Cheonan, dans le cadre d’un programme clandestin, afin d’influencer l’opinion publique en Corée du Sud, au Japon et en Chine.

« Les tensions dans la politique coréenne ont éclipsé opportunément tous les autres points à l’ordre du jour des visites de la secrétaire d’État Hillary Clinton à Beijing et à Séoul. »


Ainsi, d’une manière étonnamment facile, les USA ont réglé un important problème : liquider le gouvernement d’unité nationale du Parti démocrate de Yukio Hatoyama3, mais à un coût très élevé :

1. Ils ont profondément offensé leurs alliés de Corée du Sud.

2. Ils ont souligné l’habileté et la rapidité avec lesquelles leur adversaire Kim Jong Il a agi.

3. Ils ont mis en relief le prestige de la puissante Chine, dont le président, plein d’autorité morale, est intervenu personnellement et a dépêché les principaux dirigeants du pays pour converser avec l’empereur Akihito, avec le Premier ministre et d’autres personnalités éminentes du Japon.

Les leaders politiques et l’opinion mondiale ont une preuve du cynisme et de l’absence totale de scrupules qui caractérisent la politique impériale des États-Unis.

Fidel Castro Ruz
Le 3 juin 2010

 

 

Sources :

http://www.voltairenet.org/article165680.html

http://www.legrandsoir.info/L-Empire-et-le-mensonge.html

 

_____________________________________________________


1. Les deux sources citées par Fidel Castro sont en anglais. Global Research.ca est un site canadien anglais, qui possède un volet français (Mondialisation.ca) où ne se trouve qu’une partie de ses nombreux articles.

« Did an American Mine Sink the South Korean Ship? »

(Est-ce une mine américaine qui a coulé le bateau sud-coréen ?) par Yoichi Shimatsu
31 mai 2010.
Lien url de l’article : http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=19428
L’auteur a été longtemps rédacteur en chef du Japan Times. Il est maintenant consultant environnementaliste et sur les affaires asiatiques, pour CCTV-9 Dialogue.

2. Journaliste d’investigation indépendant, Wayne Madsen est connu comme le loup blanc aux États-Unis. Sa base est Washington D.C., mais ses articles sont diffusés sur tout le territoire des USA. Il est par ailleurs l’animateur du site WAYNE MADSEN REPORT, dont les études au complet ne sont accessibles qu’à ses abonnés.

« Beijing suspects false flag attack on South Korean corvette »
« Pékin soupçonne un attentat sous faux drapeau dans l’affaire de la corvette sud-coréenne », par Wayne Madsen - 28 mai 2010.
Lien url de l’article repris par le Online Journ
al : http://www.onlinejournal.com/artman/publish/article_5930....

On peut voir aussi l’analyse assez détaillée publiée le 26 avril, en français,  par l’Association d’amitié franco-coréenne :
« Le gouvernement sud-coréen veut-il couler la vérité sur le naufrage du Cheonan ? »
Lien url de l’article :
http://www.amitiefrancecoree.org/article-le-gouvernement-sud-coreen-veut-il-couler-la-verite-sur-le-naufrage-du-cheonan-49327664.html

3. Enfin, sur la crise japonaise, qui aurait été délibérément provoquée par l’administration Obama grâce à l’incident du Cheonan (plus de 40 marins disparus quand même...), on peut lire :
« Obama a poussé Hatoyama vers la sortie »
http://www.voltairenet.org/article165696.html

« La base américaine d’Okinawa fait chuter le Premier ministre Hatoyama »

http://www.france24.com/fr/20100602-base-usa-okinawa-cause-demission-yukio-hatoyama-premier-ministre-japonais-centre-gauche

Il est curieux que Fidel Castro ne mentionne pas – non plus que les autres - la sauvage campagne de diffamation de Toyota, lancée par les États-Unis en prélude au torpillage du Cheonan. Campagne qui ressemble si fort, par ses effets, à celle de discrédit de la Grèce, lancée par les officines de cotation, qui devraient plus justement être appelées « gangs ».



*



Le compañero Castro écrit plus vite que son ombre et surtout que moi.  Voici deux de ses derniers articles, prolongeant celui publié ci-dessus :


http://www.legrandsoir.info/Au-seuil-de-la-tragedie.html
http://www.legrandsoir.info/Le-coup-de-griffe-en-suspens.html

 

Au moment où je mets ce post en ligne, des bâtiments de l'US Navy et de Tsahal, d'un gabarit rarement vu dans la région, ont passé le Canal de Suez et se dirigent vers l'Iran.


Cuba postCastro.php

 


*

 

 

Eux non plus ne sont pas des bateaux...



rabins montreal 2007

Ni par la puissance, ni par la force, mais bien par mon esprit…
Zacharie 4 :6

 

Et comme ils ne sont pas davantage des marins ni des hauts fonctionnaires qu’on assassine, et encore moins des infâmes, je ne devrais pas vous en parler du tout, mais j’en ai envie. Alors, voilà :

« Eux », ce sont des croyants qui professent une variété ultra-orthodoxe de judaïsme. Ceux qui ne les aiment pas les appellent une secte.

Les ultra-orthodoxes de la religion juive sont appelés en hébreu des haredim, mot qui vient de harada (terreur), et cette terreur est celle dans laquelle ils vivent de commettre des péchés, c’est-à-dire des infractions aux lois du Très-Haut, compromettant ainsi la venue du Messie, ce qui serait, vous en conviendrez, un sale tour joué à l’humanité. Bref, ils se sont mis une sacrée responsabilité sur les bras.

Ceux que vous voyez ci-dessus sont des Neturei Karta ou « Gardiens de la Cité ». Ils sont une branche des haredim. Comme les autres, ils ont une conception extrêmement stricte de la halakha (loi religieuse), sont convaincus que l’état juif de l’Antiquité fut détruit par la volonté divine et que toute tentative humaine d’en recréer un autre avant la venue du Messie est une attaque contre la volonté divine. Les Neturei Karta qui vivent en Palestine boycottent d'ailleurs, systématiquement, les élections israéliennes. Ils sont ouvertement pro-palestiniens et s’opposent très souvent aux destructions de maisons ou d’oliveraies en faisant barrage de leurs corps, et quand la destruction a eu lieu quand même, ils aident les expropriés à rebâtir ou replanter ailleurs. Ils ont bien entendu condamné l’invasion du Liban et soutiennent non moins ouvertement le Hezbollah et le Hamas. Un des leurs, le rabbin Hirsch, a été nommé Ministre des Affaires Juives, par Yasser Arafat.


hirsh-arafat

 

À l'origine des temps modernes, Juifs Khazars venus d’on ne sait quel fin fond du Caucase, ils vivaient surtout en Hongrie. Au début du XIXe siècle, une partie d’entre eux a émigré en Palestine, assurément pour des motifs religieux et non pour y fonder un état, dont l’idée même, à leurs yeux, est anathème.  Persécutions nazies aidant, ils ont à présent quelques petites communautés dans le monde, notamment aux États-Unis, au Canada, en France, à Londres, à Vienne et à Anvers.


Très portés sur le spirituel, ils aimeraient mieux s’occuper d’autre chose que de l’état d’Israël, mais, comme Gilad Atzmon, qui a essayé aussi, ils ont découvert que c’était impossible. Cela fait des décennies qu’ils s’égosillent dans le désert. Peut-être même sont-ils les premiers à avoir dit ce qui, maintenant, commence à crever tous les yeux et qu’ils disaient déjà avant la IIe Guerre Mondiale

Ces Gandhi et ces François d’Assise à tire-bouchons étant aussi non-violents qu’irréductibles, leur conscience – pardon, le Très-Haut – leur a valu de se faire plus souvent qu’à leur tour tabasser à Jérusalem et agresser verbalement à New York ou à Washington. Qu’importe. Ils persistent. Pathétiques et grandioses dans leur fragilité (car, en plus, ils ont des voix d’intellectuels plutôt fluettes, ce ne sont pas des tribuns), on les voit surgir dans la rue, avec leurs pancartes, à chaque fois que l’événement le leur commande.

Le 1er juin dernier, au vu des réactions internationales, les troupes de choc de l’AIPAC ayant organisé une manifestation pro-israélienne devant le consulat de Turquie à New York, ils étaient là, contre-manifestant. Mais cette fois - grande première - ils n’étaient pas seuls : des Turcs et des Arabes les avaient rejoints.




Le 24 septembre 2007, on aurait pu les voir (mais il, s’agissait là d’une démarche privée) rencontrer le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, de passage à l’ONU, où il devait prononcer un discours mémorable :




Le 11 décembre suivant (2007), ils étaient à Téhéran, où voici les rabbins Weiss et Cohen interviewés par la télévision iranienne (désolée, pas de sous-titres en français; ils parlent en anglais et quelqu'un traduit en farsi) :


Leur site : http://www.nkusa.org/
et sa partie en français : http://www.nkusa.org/Foreign_Language/French/index.cfm

L’entrevue avec Mahmoud Ahmadinejad ne pouvait avoir pour objet que le soutien qu’il apporte aux Palestiniens et/ou la paix dont jouit la communauté juive d’Iran.

On sait peu que les Juifs d’Iran ne sont pas des Khazars mais d’authentiques Hébreux, descendants de ceux qui sont restés dans la région après la captivité à Babylone, lorsque les souverains achéménides du premier empire perse ont permis aux Hébreux déportés de retourner à Jérusalem (avec la déesse Ishtar et le dieu Marduk dans leur bagages, déguisés en Esther et Mardochée). Ceci se passait, si on en croit la Bible (Rois, 17, 6 ; 18, 9-12), en 622 avant notre ère. Ceux-là ont jadis préféré rester dans l'endroit où ils se trouvaient, où ils sont encore aujourd’hui, ayant survécu à tous les empires (perses, d’Alexandre, ottoman, etc.), et où ils vivent en paix.


Ils ont été jadis plus de cent mille. Ils sont 25.000 aujourd'hui. Si les monstres malades (Gideon Levy) d’Israël vont jusqu’au bout de leur marche suicidaire et attaquent l’Iran au nucléaire, la dernière communauté purement hébraïque au monde finira vitrifiée avec ses hôtes.

Elle était double, cette communauté : géographiquement partagée en Juifs d’Iran et Juifs d’Irak. Où sont les Juifs d’Irak à présent ? Probablement réduits en cendres avec  les lions de la Porte d’Ishtar et les presque deux millions d’Irakiens sacrifiés au Moloch israélo-occidental.

C’est beau comme tout les croisades... On y va en armure, on peut violer, voler, saccager avec la bénédiction de notre dieu (Petit Jésus) ou de notre déesse (Démocratie)... On peut même devenir roi de Jérusalem... C'est arrivé à un Belge.

Les autorités de Tel Aviv ont offert 10.000 $ par personne aux Juifs d’Iran qui voudraient émigrer en Israël. Les Juifs d'Iran ont répondu : « Notre identité nationale n’est pas à vendre. » Phrase difficile à traduire aux esclaves volontaires d'Occident.

 

 

*

 

Drôle de post scriptum...


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Dernier Européen à s'être exilé pour des motifs religieux – c’est Voltaire qui serait jaloux ! –


José Saramago est mort hier.


Tant qu’il y aura des gens pour le lire, il ne le sera qu’en apparence,

et son nom restera lié, pour nous, à la Révolution des Oeillets, dont nous attendons toujours qu’elle recommence.


Comme beaucoup d’Ibères, l’illustre Portugais est issu d’une famille d’origine berbère... Cette occasion est aussi bonne qu’une autre pour rappeler à un borgne célèbre que «Bretagne » est un mot berbère, et que ce sont les ancêtres de M. Saramago qui nous ont appris à cultiver le blé, à élever des abeilles et à domestiquer les petits cochons... il y a plus ou moins 5.000 ans.

 

Souvenir... souvenir...

 

 

Les traîtres :  Plus de service militaire, nulle part !

Les sots : Joie ! Joie ! Pleurs de joie !

Les pélicans : Humains de merde !


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*

 

Ah, oui... Il paraît que Souchon va chanter à la Fête de l'Huma. Ceci devrait aider les jeunes qui débarquent à comprendre pourquoi le PCF est tombé en quenouille. Cinquante ans qu'ils oublient bêtement de demander au camarade Castro de - svp - leur rappeler ce que c'est qu'un principe !


*

 

Un État qui fut libre d'abord, comme la Grèce avant Philippe de Macédoine, qui perd ensuite sa liberté, comme la Grèce la perdit sous ce prince, fera de vains efforts pour la reconquérir; le principe n'est plus; la lui rendît-on même comme la politique romaine la rendit aux Grecs, l'offrit à la Cappadoce pour affaiblir Mithridate, et comme la politique de Sylla la voulut rendre à Rome elle-même, c'est inutilement; les âmes ont perdu leur moelle, si je puis ainsi parler, et ne sont plus assez vigoureuses pour se nourrir de liberté; elles en aiment encore le nom, la souhaitent comme l'aisance et l'impunité, et n'en connaissent plus la vertu.

 

Saint-Just

 

 

Marie MOUILLÉ

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LIVRES

 


Rashid KHALIDI


PALESTINE, Histoire d’un État introuvable, Arles, Actes Sud, 2007

Israël Adam SHAMIR


L’autre visage d’Israël, Luxembourg, Al Qalam, 2004 – (Librairie du monde arabe, Paris  &  FNAC)
Notre-Dame des Douleurs, New York, Booksurge, 2006
Pardès, Une étude de la Kabbale, (non disponible dans le commerce – v/ l’Association culturelle « Entre la Plume et l’Enclume » : plumenclume@yahoo.com)
La bataille du discours, New York, Booksurge, 2008.
Le pin et l’olivier, ou le charme discret de la Terre Sainte, Esch-sur-Alzette, Oser Dire, 2010

Sabbatai BEIT-TSVI

La crise du sionisme post-ougandais aux jours de la catastrophe des années 1938-1945, non traduit, publié en russe, à compte d’auteur, en 1977.


Justin RAIMONDO

Reclaiming the American Right: The Lost Legacy of the Conservative Movement
(Center for Libertarian Studies, 1993)
Into the Bosnian Quagmire: The Case Against U.S. Intervention in the Balkans (AFPAC, 1996)
An Enemy of the State: The Life of Murray N. Rothbard, Prometheus Books, July 2000,
The Terror Enigma: 9/11 And the Israeli Connection, Universe, November 2003,

Alain GRESH

Palestine 47, un partage avorté (avec Dominique Vidal),  Bruxelles, Éditions Complexe, 1994.
Les 100 portes du Proche-Orient (avec Dominique Vidal), Paris, Éditions de l'Atelier, 1996. - rééd. Hachette sous le nom Les 100 clés du Proche-Orient, 2006.
L'islam en questions (avec Tariq Ramadan), Arles, Actes Sud, 2000
Israël, Palestine : Vérités sur un conflit, Paris, Fayard, 2001; rééd. actualisée, 2010.
L'Islam, la République et le Monde, Paris, Fayard, 2004.
1905-2005 : les enjeux de la laïcité, Paris, L'Harmattan, 2005.


Fidel CASTRO


Le socialisme et l’homme à Cuba (avec Che Guevara), s.l., Pathfinder (pathfinderpress.com).
Les première et deuxième déclarations de La Havane. Manifeste de la lutte révolutionnaire dans les Amériques adopté par le peuple de Cuba. s.l. Pathfinder (pathfinderpress.com)

Ignacio RAMONET
(directeur de l’édition espagnole du Monde Diplomatique)

Fidel Castro, biographie à deux voix, Paris,  Fayard, 2007.


José SARAMAGO

Contes et nouvelles
Quasi objets, Paris, Salvy, 1990,
Le conte de l'île inconnue, Paris, Le Seuil, 2001.

Romans
Manuel de peinture et de calligraphie, Paris, Le Seuil, 2000.   
Le Dieu manchot, Métailié et Albin Michel, Paris, 1987
L'Année de la mort de Ricardo Reis, Paris, Le Seuil, 1988.
Le Radeau de pierre, Paris, Le Seuil, 1990.
Histoire du siège de Lisbonne, Paris, Le Seuil, 1992,
L'Évangile selon Jésus-Christ, Paris, Le Seuil, 1993. 
L'Aveuglement, Paris, Le Seuil, 1997.
Tous les noms, Paris, Le Seuil, 1999.
La Caverne, Paris,Le Seuil, 2002.
L'Autre comme moi, Paris, Le Seuil, 2005.
La Lucidité, Paris, Le Seuil, 2006.
Les Intermittences de la mort, Paris, Le Seuil, 2008.
Le Voyage de l'éléphant, Paris, Le Seuil, 2009.
Le Cahier (Cadernos de Lanzarote – textes du blog tenu par l’écrivain  de 2008 à sa mort) préface d’Umberto Eco, Paris, Le Cherche Midi, 2010


Antoine SAINT-JUST

Œuvres complètes, édition établie par Michèle Duval, volume relié, Champ libre, Paris, 1984. Réédité par les éditions Ivrea, Paris, 2003.

Œuvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel Abensour, Gallimard, coll. Folio/histoire, 2004.


_________________________________________    

 

Stefan CZARNOWSKI,

Le culte des héros et ses conditions sociales. Saint Patrick héros national de l'Irlande, Paris, Alcan, 1919

 

SUR LES KHAZARS :

Arthur KOESTLER, La Treizième tribu, Paris, Tallandier, 2008

Milorad PAVIC
Le Dictionnaire Khazar – traduit du yougoslave, 2 vol. Paris, Belfond, 1988.
1 vol. Paris, Mémoire du Livre, 2002.


Shlomo SAND

Comment le peuple juif fut inventé, Paris, Fayard, 2008.

Jacques SAPIR & Jacques PIATIGORSKI
L’empire Khazar – VIIe-Xie siècles – L’énigme d’un peuple, cavalier, Paris, Autrement, 2005.


________________________________________  



Roger GARAUDY


Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, Librairie du savoir, (1996)
Grandeur et décadences de l'Islam, Paris, Alphabeta & chama, (1996)
Réponse au lynchage médiatique de l'abbé Pierre et de Roger Garaudy, Samiszdat Roger Garaudy, 1996[8]
Mes témoins, Paris, Editions A Contre-Nuit, 1997
Les Etats-Unis avant-garde de la décadence, Paris, Éditions Vent du Large, 1997
Le Procès du sionisme israëlien, Éditions Vent du Large, 1998
Le Procès de la liberté, en collaboration avec Jacques Vergès, Paris, Vent du large, 1998
L’Avenir, mode d'emploi, Paris, Vent du large, 1998
L'Islam en Occident, Cordoue capitale de l'esprit, Paris, L'Harmattan, ( 2000)
Le Terrorisme occidental, Luxembourg, Al-Qalam, (2004)
(liste non-exhaustive)


Jean GENET

« Les Palestiniens », commentaire de dix photographies de B. Barbey publiées dans Zoom, n° 4, 1971
« Les Palestiniens », publié sous le titre Shoun Palestine, Beyrouth, 1973, puis dans Genet à Chatila, Actes Sud, Arles, 1994.
« Près d’Ajloun » in Per un Palestine, dediche a piu voci a Wael Zouateir, Mazzota, Milan, 1979.
Quatre heures à Chatila, extraits du Captif amoureux, spectacle réalisé par Alain Milianti au Théâtre du Volcan du Havre, en 1991.
Genet à Chatila, entretiens avec Leila Shahid à Beyrouth, propos recueillis par Jérome Hankins, Arles, éd. Solin, Babel Sud n°105, 1994.

 

Germaine TILLION

Fragments de vie. Textes rassemblés par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 2009. Comme l'épouse du colonel Serot, Germaine Tillion a été libérée du camp de Ravensbrück par Bernadotte.

 

_________________  


Menahem BEGIN, La Révolte d’Israël, s.l., Albatros, 1978

David BEN GOURION

La Palestine dans le monde d'après guerre - Rapport présenté par Ben-Gourion, président de l'exécutif de l'agence juive au congrès sioniste extraordinaire tenu à New-York le 9 mai 1942, Terre Retrouvée, 1945
Israël, années de lutte, Flammarion, 1964, 1993, 2006
Mémoires - Israël avant Israël, Grasset, 1974

Meir MARDOR, Strictly illegal, R. Hale & Comapany, 1964  (non traduit)

Yitzhak RABIN, Mémoires, Paris, Buchet-Chastel, 1980.

Yitzhak SHAMIR, Ma vie pour Israël. Mémoires de combat, Paris, NM7 Ramsay, 2000 (indisponible chez l'éditeur).

________________    


Norman FINKELSTEIN

L’Industrie de l’Holocauste, Paris, La Fabrique, 200.
Tuer l’espoir : introduction au conflit israelo-palestinien, préface de Jean Bricmont, Bruxelles, ADEN, 2003.
Mythes et réalités du conflit israelo-palestinien, préface de Dominique Vidal, Bruxelles, ADEN, 2007.

Alfred LILIENTHAL

What price Israël ? Chicago, Henry Regnery Cy, 1953.
There goes the Middle East, 1957.
The other side of the coin, 1965.
The Zionist Connextion. What Price Peace ? 1978.
The Zionist Connection II (version augmentée), 1982.
Tous ces ouvrages – non traduits – sont en cours de republication.
Le Dr. Lilienthal (N.Y. 1915-2008)  a été, avec Noam Chomsky, des 500 signataires de la pétition de soutien au droit de Robert Faurisson à  la liberté d’expression.
Son site internet http://www.realnews247.com/alfred_lilienthal.htm , toujours actif, est une mine pour les historiens et les chercheurs.

Ilan PAPPÉ

La guerre de 1948 en Palestine, La fabrique, 2000.
Les démons de la Nakbah, Les libertés fondamentales dans l'université israélienne,  Paris, La fabrique, 2004.

Bernard WASSERSTEIN

Britain and the Jews of Europe 1939-1945, Oxford University Press, 1979.


Auteurs – et non des moindres - absents de cette liste (à compléter plus tard ou par vous-mêmes) :

Noam CHOMSKY
Bruno GUIGUE,
Richard LABÉVIÈRE
Thierry MEYSSAN
Tom ROBBINS
etc.
etc.
etc.


FILMS

Mohammed BAKRI

Jenin, Jenin (2002).

Elia SULEIMAN

Chronique d’une disparition (1998)
Intervention divine (2002)
Le temps qu’il reste (2009)

Merci de m’aider à étoffer cette liste embryonnaire !

 

*



Toutes nos excuses pour les liens non-activés : skynetblogs n'en autorise qu'un nombre restreint par message.


23:22 Écrit par Theroigne dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/05/2010

Encore Patrick Ledent

 

BP Catastrophe - US Navy bis

 

 

Encore Patrick Ledent

                                                                   (suite impromptue)

 

Le post de Marie sur l’actualité d’il y a quinze jours, vous vous en serez aperçus, est en rade. Pépins de santé, très chers amis en visite... tous les prétextes lui ont été bons  pour tirer au flanc. Elle cravache, paraît-il, pour rattraper.
Pendant ce temps, la Belgique n’a de nouveau plus de gouvernement. Ce n’est pas comme si c’était rare. C’est même, peut-on dire, une spécialité nationale. Ce n’est pas non plus comme s’il y avait lieu de s’en plaindre : pendant les longues, très longues, périodes « sans », le personnel politique ne peut qu’expédier les affaires courantes. Pendant les courtes, très courtes, périodes « avec », il se rattrape (comme bientôt Marie) en prenant à la hussarde les décisions que seul peut prendre un exécutif en exercice, comme, par exemple, de débrancher d’une preste pichenette les insuffisants respiratoires (les vieux et les pauvres s’entend). On adore avoir un gouvernement.

Mais il faut que j’arrête de marcher sur les plates-bandes de mon estimée consoeur. Retenez juste que les Belges n’ont, pour l’instant et pour longtemps, pas de gouvernement, et que les voilà derechef de corvée de vote le 13 juin prochain.
Or, mon nouvelliste liégeois préféré, qui est un citoyen exemplaire, va jusqu’à lire dans les gazettes ce que racontent les candidats. (Dieux du ciel où va-t-il chercher le courage ?) D’où la lettre qu’il vient d’envoyer à une douzaine de personnes triées sur son volet (dont moi) et sans Facebook svp ! Puisque je n’ai pas de secrets pour vous, la voilà. (Métro est un machin distribué gratuitement chaque matin dans toutes les gares – en français au sud, en flamand au nord – histoire de convenablement formater le cerveau des navetteurs pas encore chômeurs.)


élections

 

Chères amies,
Chers amis,

Je lis dans "métro" une interview de l'eurodéputé socialiste Marc TARABELLA. Ce dernier rapporte qu'une taxe minime, de 0.025%, sur les transactions financières rapporterait 135 millards d'euros par an à l'Europe.


On va supposer que les chiffres sont à peu près exacts et qu'il n'y a pas de faute de frappe...

Je n'ai pas tiqué sur les 135 milliards. Il y a belle lurette que l'on entend (même moi) valser des chiffres du même ordre. Le milliard est une unité de mesure courante. Elle l'était déjà à l'époque du franc belge et, bizarrement, elle n'a pas dû être convertie au moment du passage à l'euro. C'est à n'y rien comprendre ! J'ai dû relire, par contre, à plusieurs reprises, le 0,025%, tant ce taux d'imposition ne m'était pas familier. Les taux d'imposition moyens des revenus du travail d'un ménage (35%, soit 1400 fois plus) ou de la TVA (21%, soit 840 fois plus) m'étaient plus familiers.

Si familiers qu'il m'apparaissait normal, à moi, par souci d'équité, d'aligner le taux de taxation des transactions financières sur le taux moyen de la TVA en Europe (environ 20%, soit 800 fois plus). Ceci , bête règle de Troie, permettrait donc d'engranger chaque année des économies de 135 x 800 milliards d'euros, soit 108.000 milliards d'euros, juste un peu plus que le nombre de sonnets potentiels chers à Raymond Queneau.

Avec ça on pourrait renouveler 1.080 fois chaque année (c'est-à-dire trois fois par jour) le plan d'aide à la Grèce, fixé à environ 100 milliards d'euros. Ceci sans toucher aux revenus de ses travailleurs. Ça me paraît tellement fou que j'en viens à me demander s'il n'y a pas vraiment une faute de frappe dans la gazette. Mais bah ! On n'a que le plaisir que l'on se donne, n'est-ce pas ?

C'est bien, hein ? Il nous resterait encore une petite poire pour la soif. Par exemple, de quoi sauver chaque année, et toutes les nonante minutes cette fois, soyons pois chiches, la Wallonie, après la scission. Ou toutes sortes d'autres applications qui laissent rêveurs.

Si on a encore soif, après, on peut instaurer un impôt sur la fortune pour les pays qui en sont dépourvus, revoir le taux d'imposition des héritages, du revenu de l'argent, des placements extraboursiers, etc.

Que les plus frileux d'entre vous se rassurent, la mesure avancée par Marc TARABELLA n'est, dieu soit loué, pas encore votée. On y pense seulement. Pour certains, on y pense tant que l'intéressé, à la veille de la présidence européenne belge, est d'ores et déjà traité de communiste. Il faudra par conséquent trouver un arrangement. Soit oublier cette mauvaise idée, soit réfléchir ensemble à un taux de taxation moins usuraire.

Voilà, ça va mieux quand c'est dit !

Pat

 

L'argent - LibertéL'argent - égalitéL'argent - fraternité

__________     

 

balançoire

Balançoire que tout ça !

 

 

*

 

C’est drôle : pendant que je copiais-collais à votre intention la lettre de Patrick, voici qu’il m’en arrive une autre. De Michel Collon. Qui s’en est allé à Genève interviewer Jean Ziegler.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler de milliards, et même de milliards de presque morts, comme de la pluie et du beau temps ? !

 

*


Jean Ziegler interviewé par Michel Collon :

« Les enfants du tiers monde meurent à cause des gangsters de la Bourse »


Dans ses livres qui ont marqué l'opinion, Jean Ziegler n'a cessé de dénoncer le caractère absurde et criminel des politiques du capitalisme envers les peuples du tiers monde. Il a été le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme aux Nations unies de 2000 à 2008. Michel Collon l'a interrogé à Genève sur la crise, la Bourse, la faim, Obama, Israël...

Jean-Ziegler-1-2CollonMichel

La crise t’a surpris ?

Dans sa violence, oui. Je ne pensais pas que les truands de la finance allaient ruiner l’économie mondiale à une telle vitesse : 1.800 milliards de valeurs patrimoniales ont été détruites. Pour les pays du tiers-monde, c’est une catastrophe totale. Mais aussi pour les pays industrialisés.

 

Ce sont encore les pauvres qui paient ?

Oui. Le 22 octobre 2008, les quinze pays de l’euro se sont réunis à Paris. Sur le perron de l’Elysée, Merkel et Sarkozy ont dit : « Nous avons libéré 1.500 milliards d’euros  pour le crédit et pour augmenter le  plafond d’autofinancement de 3 à 5% ». La même année, les mêmes pays européens ont réduit leurs subventions pour le programme alimentaire mondial (qui ne vit que de ces subventions) de 40 %. De six milliards de dollars à moins de quatre milliards.
Ce qui fait qu’au Bangladesh, on a supprimé les repas scolaires. Un million d’enfants  sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ces enfants meurent donc à cause des gangsters de la Bourse. Il y a là des morts véridiques. Les spéculateurs, aujourd’hui, devraient être jugés au tribunal de Nuremberg.

 

Quelle leçon les puissants ont-ils tiré de la crise ?

Aucune. Prenons l’exemple de la Suisse. Le contribuable suisse y a payé 61 milliards de dollars pour le sauvetage de la plus grande banque : UBS. L’an dernier, en 2009, les dirigeants d’UBS, toujours proches de la  faillite, se sont distribué entre eux des bonus pour quatre milliards de francs suisses ! Le pillage est total et l’impuissance des gouvernements qui se comportent comme des mercenaires est totale aussi. En tous les cas en Suisse, en France, en Allemagne où j’ai quelques renseignements. C’est un scandale permanent.
Le masque néolibéral est tombé, évidemment, avec sa prétendue légitimité. Mais le cynisme et  l’arrogance des banquiers triomphent totalement.


Et du côté du public, sens-tu une évolution ?

Non, si tu regardes les chiffres, ils sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Un milliard de personnes (c’est-à-dire un homme sur six) sont gravement et en permanence  sous-alimentés. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains avec 2.700 calories par individu par jour ! Donc, au début de ce siècle, il n’y a plus aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est assassiné. C’est catastrophique.
L’ordre mondial du capital financier globalisé est meurtrier - épidémies, décès par la pollution de l'eau , etc… - et en même temps absurde : il tue sans nécessité. C’est l’ordre des oligarchies et du capital financier mondialisé. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total.


Tu as été, de 2000 à 2008, le rapporteur des Nations-Unies sur le problème de la faim dans le monde. Quel bilan tires-tu ? As-tu servi à quelque chose ?

Oui. La conscience a augmenté. Plus personne aujourd’hui, ne considère ce massacre quotidien comme un fait de la nature. On va en Europe, je crois, et en tout cas dans les pays de la périphérie, vers une insurrection des consciences. Il faut une rupture radicale avec ce monde cannibale.
Alors que le problème de la faim n’est pas résolu, on dépense de plus en plus pour faire la guerre.
En 2005, pour la première fois, les dépenses mondiales d’armement (pas les budgets militaires, juste les dépenses  d’armement) ont dépassé mille milliards de dollars par an. Nous vivons dans un monde d’une absurdité totale.


Obama avait pourtant fait de belles promesses…

Il est vrai qu’Obama suit totalement la surdétermination de l’Empire. Je ne l’ai jamais rencontré, c’est sûrement quelqu’un de bien, mais la réalité qu’il affronte est effrayante. Les Etats-Unis restent la plus grande puissance industrielle au monde : 25 % des marchandises industrielles sont produites  par eux, avec pour matière première le pétrole : 20 millions de barils par jour, dont 61% sont importés. On peut l’importer de régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, ce qui  les amène à maintenir une force armée totalement hypertrophiée, et le budget fédéral est donc complètement parasité par les crédits militaires… Mais telle est la logique de l’Empire.


Quel est ton sentiment sur ce qui se passe maintenant en Israël et comment cela peut-il évoluer ?

Je pense que Tel-Aviv dicte la politique étrangère des Etats-Unis avec le lobby de l’AIPAC, comme puissance déterminante.


Avant les politiciens, ce sont quand même d’abord les multinationales pétrolières qui décident d’armer Israël.

Oui, la logique fondamentale est que pour les intérêts pétroliers, il faut un porte-avion stable. Et l’Etat d’Israël mène - ce n’est pas moi qui le dit, c’est un rapporteur spécial des territoires occupés - une politique permanente de terrorisme d’Etat. Tant que ce terrorisme continue, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient, il n’y aura pas de fin au conflit Iran - Irak, ni rien du tout. Tout est sans issue sauf si enfin l’Union européenne se réveillait, tu comprends ?


Que pouvons-nous faire, nous Européens, pour la réveiller ?

Depuis juin 2002 existe un accord de  libre échange entre Israël et les 27 pays de l’Union européenne, qui absorbent 62% des exportations  israéliennes. Dans cet accord, l’article 2 (c’est le même dans tous les traités de libre échange) dit : "le respect des droits de l’homme par les parties contractantes est  la condition pour la validité de l’accord". Mais les violences faites aux Palestiniens - vol de la terre, torture permanente, éliminations extrajudiciaires, assassinats, organisation de la sous-alimentation comme "punition" collective – tout cela, ce sont des violations permanentes des droits de l’homme les plus élémentaires. Si la Commission européenne suspendait pendant 15 jours l’accord de libre-échange, les généraux israéliens reviendraient à la raison immédiatement. Or, l’Europe des 27, ce sont des démocraties, c’est à nous de jouer, nous, opinions publiques.


Comment ?

Il faut forcer nos gouvernements. Nous ne sommes pas impuissants. En Belgique, il y a beaucoup de problèmes, en Suisse et en France aussi. Mais une chose est certaine : les libertés publiques existent. Il faut se saisir de ces libertés publiques pour imposer à nos gouvernements un changement radical de politique, c’est tout. S’ils ne le font pas, alors il ne faut plus voter pour eux, tu comprends, c’est aussi simple que ça !


Mais tous ces gouvernements sont d’accord de soutenir Israël. En France, par exemple, que ce soit l’UMP ou le PS, ils soutiennent Israël.

Soutenir la sécurité et la permanence d’Israël, c’est une chose. Mais cette complicité avec le terrorisme d’Etat et la politique de colonisation, ce n’est pas possible. C’est la négation de nos valeurs, c’est « du fascisme extérieur » : c’est-à-dire que nos valeurs sont démocratiques à l’intérieur de nos frontières et à l’extérieur, nous pratiquons le fascisme par alliance.


Et enfin, le rôle des médias dans tout ça ?

Ils sont complètement soumis. Notamment en période de crise, les journalistes ont peur pour leur  emploi. L’agressivité du lobby israélien est terrible. Moi, j’ai subi la diffamation la plus effroyable, et ça continue aux Nations-Unies d’ailleurs, c’est grâce à Kofi Annan que j’ai survécu. Israël est un danger pour la paix du monde, Israël cause d’effroyables souffrances. Et dans ce pays, les opposants comme Warschawski sont complètement marginalisés. Mais si l’opposition israélienne anticoloniale et anti-impérialiste n’a pas la parole, n’a pas d’influence, eh bien, nous allons vers la catastrophe. Il faut soutenir les opposants.


Et le rôle des médias à propos de la crise ?

La crise est présentée comme une fatalité, une catastrophe naturelle. Alors que les responsables sont identifiés !

 

*

 

Catastrophe d'Issy

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La catastrophe d'Issy.

Le patron - Toujours aimable, ce cher Président !... Le fait est que notre douleur sera grande ! C'est une affaire qui va peut-être nous coûter cher !

 

*

 

Comme le faisait remarquer ce matin Thomas Gunzig dans Café serré, chronique matinale (RTBF-La Première - 8h30) où il s'essaie à jouer les Stéphane Guillon belge :  «  Il paraît qu'un milliard d'humains meurent de faim. Voyons le bon côté des choses : ça en fait quand même cinq milliards qui s'en tirent. »


*

 

Illustrations :

Catastrophe BP -
Photo US Navy - Mai 2010
L'argent,
trois dessins de Frantisek KUPKA (1871-1957) pour L'Assiette au beurre (de la série "Danse macabre ou l'Argent" - 1901 à 1907)
« Balançoire que tout ça ! »,
même série de KUPKA pour L'Assiette au beurre.
La catastrophe d'Issy (explosion dans une fabrique d'armes de la région parisienne, qui fit 17 morts en juin 1901), dessin de Théodore-Alexandre Steinlein (1859-1923) pour L'Assiette au beurre du 27 juin 1901.

 


LIVRES

Jean Ziegler (énumération non exhaustive)


Les Rebelles contre l'ordre du monde, Seuil,
1983, 1997.
# Les Seigneurs du crime : les nouvelles mafias contre la démocratie,
Seuil, 1998.
# Le Livre noir du capitalisme,
co-auteur, Édition Temps des Cerises, 1998.
# La Faim dans le monde expliquée à mon fils,
Seuil, 1999.

# Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Éditions Fayard, Paris, 2002. 
# Le Droit à l'alimentation,
Mille et une nuits-Arthème Fayard, 2003.
# L'Empire de la honte, Éditions Fayard, Paris, 2005.


Michel Collon


- Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation,
EPO, Bruxelles, 1992
- Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres
, EPO, Bruxelles, 1998
- Monopoly, L'Otan à la conquête du monde,
EPO, Bruxelles, 2000
- L'Empire en guerre,
(ouvrage collectif), Le Temps des Cerises, Paris, 2001
- Médias et Censure
(ouvrage collectif), Ed. Université de Liège, 2004
- Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes,
Oser dire, 2005
- Les 7 Péchés d'Hugo Chavèz,
Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
- Israël, Parlons-en !
, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/ Charleroi, 2010


FILMS

Michel Collon

- Avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, reportage, 45', Bruxelles, 1999
- Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78', Bruxelles, 2002
- Avec Vanessa Stojilkovic : Bruxelles - Caracas ; documentaire, 78', Bruxelles, 2007

 

posté par Catherine L.

 

 

Dernière minute...

Travail de cimenteurs en Afrique et de briquetiers au Bengladesh.

Trois vidéos reçues d'une autre Marie (Paule)...

 

 

 

 

...sur ces athlètes qui seraient médailles d'or si leurs disciplines étaient homologuées par les Jeux olympiques. Simplets qui gagneraient des millions s'ils se contentaient de taper sur des baballes avec des raquettes au lieu de se rendre utiles.
















 

18/04/2010

Un écrivain liégeois : Patrick LEDENT

Péniche à Liège de nuit

                 

Un écrivain liégeois :  Patrick LEDENT
                               et son tout premier Joli coup



Nous allons bien finir par nous entretenir de littérature, sur ce blog !


Patrick 1.JPGUn hold-up qui commence mal, un rêve de retraite dans le Sud, un souvenir de tripotées, une file de caddies qui n'avance pas, un cadavre interchangeable, des larmes intarissables, une amnésie inopportune, une délocalisation en Roumanie, une belle femme trop gentille, un meurtre bien propret devant la télé, une dernière cigarette, un soldat saponiphile, une villa côtière transformée en hôtel de luxe, une passion trouble pour la boucherie, et pour finir... un joli coup.

Dix-sept nouvelles pour le premier recueil du premier auteur que nous embarquons en tant que tel.

D'une admiratrice qui est également une consoeur :

« Sous la légèreté et la quotidienneté, c'est d'une plume mordante que Joli coup s'attaque à quelques petites angoisses comme le cancer, le chômage, la guerre, l'argent ou son absence, l'économie, l'éducation, la violence ou la difficulté des relations humaines. Dans l'invective ou la jubilation verbale, l'auteur s'inscrit à la suite des humoristes qui, depuis Swift, dénoncent les plaies du monde moderne avec savoir-dire et élégance :

« Pour autant, je n'en voulais à personne. J'avais si bien essoré le temps, si bien égoutté chaque seconde que je savais mieux que quiconque combien la vie est riche, imprévisible et fantasque. Émancipée et victorieuse. Combien elle se moque des révolutions solaires et lunaires. De toutes ces planètes qui tournicotent autour du soleil et sur elles-mêmes, cherchant un mouvement qui les rassure, une équation qui les apaise ou une réponse à leur errance stérile. Combien les hommes se trompent en levant les yeux au ciel, quand ils devraient les baisser ; combien ils se fourvoient en s'émerveillant de la trajectoire des astres, quand la leur est tellement plus libre, plus folle et poétique. »

 

 

Mais commençons par les commencements biographiques :



Pat-1[1] 

Littérairement parlant, les choses ont commencé, pour Patrick Ledent, comme souvent dans les provinces, par quelques gamins en fin d'études secondaires, qui se réunissaient le soir pour vider des pots autour d'une personnalité locale connue jusqu'à l'extérieur - même du pays -, ce qui, dans la morne mesquinerie ambiante, leur permettait de ne pas se laisser totalement anesthésier. La personnalité était André Blavier, bibliothécaire communal  en chef, pataphysicien, traducteur d'Ubu en wallon, queneaulâtre, grand collectionneur de fous littéraires et animateur d'une revue où les temps étaient mêlés. L'endroit  était le café des Brasseurs, haut-lieu, depuis les temps immémoriaux où il s'appelait la Brassinne, de la consommation de liquides fermentés voire distillés, aujourd'hui devenu MacDo, comme tout ce qu'il y avait de beau à saloper.

Pratiquement parlant, elles ont commencé par la création, avec et autour du maître, d'une petite revue bricolée, presque de potaches, autodérisivement nommée L'Alphablet, qui a bien paru dix fois entre 1985 et 1991. Les six ou sept (huit ?) membres co-fondateurs s'y essayaient aux formes et aux sujets qui leur chantaient, y affrontaient quelques contraintes oulipiennes et s'y délassaient en bouts rimés. C'était tapé à la machine même pas électrique, photocopié, agrafé, et illustré à la plume par Madame (Odette), artiste ès collages et docte traductrice du Münchhausen d'Immermann, une fois le ménage fini. Certains y firent même quelques prometteuses étincelles, sous l'oeil mi-clos du « chef » tétant sa pipe, écoutant sans broncher une assez grande quantité d'insanités et vidant force Rodenbach pour faire passer.

Car tout ce petit monde pintait en refaisant la Genèse et la littérature. Déjà vu ? Oh oui. Souvent. Comme souvent aussi, presque tous ces jeunes gens ont fini par mettre de l'eau dans leur vin ou de la grenadine dans leur Leffe et par élever des enfants. Patrick Ledent n'a pas échappé à la règle, mais, lui, sans jamais cesser d'écrire ni d'ailleurs d'éveiller chez ses commensaux, la même relative amicale indifférence. Il en aurait fallu davantage pour le dissuader.

On sait qu'il est de bon ton, quand on entre en littérature, de se réclamer d'un illustre aîné, de s'inventer à posteriori quelque parraînage flatteur. Le bon ton n'y étant pour rien, Ledent a eu la chance d'avoir, en Blavier, un lecteur d'abord, de tout ce qu'il a écrit, un mentor ensuite, d'une bonne volonté inaltérable, toujours prêt à répondre patiemment aux multiples questions que se pose un écrivain débutant autodidacte : les expressions toutes faites à éviter, les belgicismes qu'on peut se permettre et ceux qu'on ne peut pas, le mot précis préférable à tout, la traîtresse concordance des temps et j'en passe. C'est lui aussi qui a critiqué sans complaisance les premières productions sérieuses (deux romans), et encouragé plutôt le choix des nouvelles, enfin conseillé la participation à l'un ou l'autre concours, histoire d'y pêcher quelque assurance. Transmission de savoir si réussie que - chose rare - l'élève n'imite en rien le maître. L'univers de Patrick Ledent est le sien et l'usage qu'il fait de la langue lui est propre. Si on y retrouve un peu de la goguenarde misogynie de Frédéric Dard, ce n'est pas par hasard, la sortie régulière du « dernier San-A » ayant rythmé les années de formation de ces jeunes gens, mais aussi parce que Patrick Ledent est visiblement persuadé (à tort) qu'On est toujours trop bon avec les femmes. Si on rencontre, ça et là, dans sa galerie de personnages, un petit cousin de Monsieur Ripois, ce n'est pas non plus par coïncidence : affinités électives. Une critique récente parle du plaisir qu'à l'évidence Patrick Ledent prend à écrire. On peut même dire jubilation. Contagieuse.

Je lui trouve, pour ma part, une autre particularité que je suis peut-être la seule voir.

Comme Simenon disait « je suis liégeois » et non pas « je suis belge », ce qui ne devait avoir de sens précis que pour lui et très peu d'autres, Ledent est un écrivain liégeois. Parce qu'il est né à Liège ? Même pas. Il est né à Juslenville, village dont l'existence resterait obscure, si on n'y avait découvert un autel de Mithra. D'ailleurs, des écrivains « nés à Liège », il y en a des flopées.

Qu'est-ce donc alors qu'un écrivain liégeois ?

Une expression du terroir dit d'une femme de moeurs décomplexées : « Il n'y a que le tram qui n'est pas passé dessus ». Eh bien, la principauté épiscopale de Liège, même le tram est passé dessus. Pendant pas loin de mille ans. République, mais théocratique. Neutre, mais labourée et fourragée par toutes les armées du monde, sauf peut-être les africaines et les chinoises qui n'ont pas dit leur dernier mot. Théâtre de la révolution populaire la plus radicale (et la seule victorieuse) du début du XIVe siècle, comme d'une deuxième révolution non moins radicale juste avant et pendant la Révolution Française, et avec tout cela, génocidée par le Téméraire si complètement au XVe s., qu'il n'y est pas resté alors six douzaines d'humains debout. Une des caractéristiques les plus étranges de ce pays oublié des dieux et snobé des hommes est que ceux qui l'ont repeuplé après la mère de toutes les Naqbas se sentent - et ont fini par être - les héritiers et les continuateurs de ceux qui, pourtant, sont morts sans descendance. « Nos ancêtres les Éburons », etc. C'est cette histoire-là peut-être, qui fait porter par certains de ses artistes, sur les choses et sur les gens, un regard particulier, irrémédiablement dénué d'illusions, mais non pas de bienveillance. C'était le regard de Simenon. C'est le regard de Ledent, quelle que soit leur importance respective dans la République des Lettres. C'était celui aussi de Blavier, assorti, là, d'une pointe de léger sardonisme à la Voltaire (étant entendu que Voltaire et la bienveillance n'ont jamais gardé les cochons ensemble). Je le répète, le talent n'a rien à y voir. C'est juste une façon de considérer les choses. Entre ceux qui ont ce regard-là et les autres, il y a la même différence qu'entre Giovanni Agostino della Torre et son fils Nicolo, dans le portrait qu'a fait d'eux Lorenzo Lotto.

Or, voici qu'à l'heure où des sangsues à la Berlusconi-Seillières, sous prétexte que le fruit de leurs rapines leur a permis de s'emparer du moyen de faire des livres, pratiquent dans la vie intellectuelle une censure qui n'a rien à envier à feue l'Inquisition espagnole et enfoncent de concert un pieu bien affûté dans le cercueil de Gutenberg, Patrick Ledent s'est trouvé une éditrice. On ne peut que leur souhaiter à tous deux beaucoup de courage, car faire des livres et réussir à les diffuser n'est pas tout à fait la même chose, et cette chasse-là, justement, est bien gardée par les sangsues.

Quoi qu'il en soit, l'auteur débutant a tout livré, en vrac, à l'éditrice débutante - une moisson de nouvelles écrites sur une vintaine d'années - et l'éditrice a fait son choix. Le résultat est ce premier recueil intitulé Joli coup, qui doit être bientôt suivi d'un autre. Le train est sur les rails.

Ah, les trains...

« Il écrit comme un train de marchandises » a décrété Dantzig, peu enthousiaste de Simenon. Patrick Ledent aussi, en quelque sorte, écrit comme un train de marchandises. La jouissance d'en écrire encore et encore une autre, vous savez... Et alors ? Ce qu'on ignore, dans le VIIe chic, c'est qu'un train de marchandises peut prendre, aux yeux de certains, selon les cas, les temps et les lieux, des allures d'archange Gabriel, voire de déesse Cornucopie.

 

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  La métaphore des chemins de fer s'applique d'autant plus heureusement à notre auteur qu'il y travaille. Non seulement il y travaille, mais le regretté quoique toujours vif Claude Villers mis à part, je ne connais personne d'aussi passionné par tout ce qui se déplace sur rails. On admettra que se passionner pour un gagne-pain non choisi est d'une originalité certaine de nos jours. Et peu lui importe que sa gare nourricière, par la grâce de l'architecte Santiago Calatrava Valls et de l'administration liégeoise soit devenue un morceau de Brazilia au coeur de l'Europe, une pharaonnerie futuriste au milieu d'un quartier pourri, et que son bureau personnel  soit passé de 75 m2 à 8 ! Il en faudrait bien davantage pour dégoûter Patrick Ledent des chemins de fer. Tout au plus M. Calatrava Valls risque-t-il de se retrouver, dans un prochain recueil de nouvelles, victime d'un meurtre ingénieux dont l'auteur ne sera jamais pris.

 

gare-liege-guillemins                                                          

   Car qu'il vente ou qu'il pleuve des petits chiens, Patrick Ledent ne peut pas s'empêcher d'écrire des nouvelles.

En voici une, inédite, que nous avons l'honneur et l'avantage de vous offrir sur ce blog, avec la gracieuse permission des éditions Calliopées. Oublions pour un instant les gares. Là, on est dans une grande surface.


*



À VOS CADDIES !

                                 
   

     Alors, on fait ses petites courses ? T'as de la chance de pouvoir, moi je m'arrête avant de glisser un jeton ou une pièce dans le cadenas du caddie. Je ne supporte pas qu'on ne me fasse pas confiance. Ce n'est pas parce qu'une douzaine de caddies disparaissent chaque semaine qu'il faut obliger dix mille honnêtes clients à prendre ceux qui restent pour des machines à sous. S'ils veulent  les garder, leurs chariots, ils n'ont qu'à les surveiller.
     Avant, t'avais deux ou trois types qui faisaient ça. Ils ramenaient l'engin de ta voiture au magasin. Gratos. Pour te remercier d'avoir claqué ton fric dans les rayons de chez Trucmuche. Mais aujourd'hui, tu penses, l'heure n'est plus aux égards. Depuis qu'on a compris que tu étais disposé à servir de larbin tout en vidant les rayons, on a viré la valetaille. Toujours ça de gagné.
     Mais vas-y, entre ! Que ça ne t'empêche pas de consommer ! Non ! Tu te sers de ça, toi ? Tudieu ce naturel, cette assurance un peu empressée que tu as eue en te dirigeant vers le présentoir pour saisir l'engin ! Je n'en reviens pas, une fille comme toi, si jolie, qui a l'air si gentille ! Ça te bouchbée, cette innocence presque amusée avec laquelle tu t'apprêtais à commettre une telle insanité. Faut-il que l'on t'ait battue, torturée - pardon de le dire, je ne veux pas être méchant, mais décérébrée, oui, désolé, décérébrée - pour te conduire à self-scanner ! Pourtant t'as l'air humaine, alors qu'est-ce qui se passe ?  Qu'est-ce qu'elles t'ont fait les caissières ? T'es jalouse ? Tu ne revendiques quand même pas leur place, si ? Je veux bien que les temps soient durs, mais tout de même ! Ça t'ennuie tellement de leur laisser ce travail-là ? De les laisser vivoter de ça ? Tu les préfères sur le trottoir, à tendre la main ou à vendre leur corps ? Faudra bien qu'elles s'y résignent, si tu fais leur boulot pour pas un rond. As-tu seulement mesuré l'étendue du désastre ? Mesuré combien on se payait ta tête en te glissant cet engin dans les mains pour que tu t'auto-factures ?
     Je vais t'aider en te donnant une idée du chemin parcouru. Avant, c'est pas loin, moins de trente ans, une bonne génération, on s'entre-déchirait pour te livrer la marchandise à domicile. Aujourd'hui, on a réussi à te faire acheter une bagnole, à te sortir de chez toi, à te faire payer une caution pour utiliser un chariot et à te transformer en caissière. Joli travail, tu ne trouves pas ? À ce rythme, je ne leur donne pas dix ans pour te faire douiller une place de parking et le prix de revient d'un ticket de caisse. Et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Parce que c'est déconcertant, ta docilité. Te savoir plus soumise qu'un caniche, ça donne des idées! Ce n'est plus un supermarché, c'est un chenil, cette saloperie, avec des clientes comme toi ! Tu ne te rends pas compte, mais tu recules les frontières du possible, là. Ils n'en reviennent pas de ta candeur, elle les excite. Si tu jouis quand on te bat, on te bat pour pas que t'arrêtes de jouir, c'est de l'altruisme, en quelque sorte. Continue comme ça et demain c'est toi qui dépèces le bœuf, découpes les steaks, les pèses, les mets sous cellophane, les étiquettes, les scannes et paies un supplément pour le nettoyage des installations. Ris pas ! Tu le fais déjà pour les fruits et légumes ! Et s'ils ne t'envoient pas les cueillir, c'est parce qu'ils ont peur de te donner des idées. Des fois que tu t'apercevrais que les pommes, les poires, les fraises, les prunes, les cerises, les salades - et merde, je ne vais pas tirer à la ligne - ça prospère sous nos latitudes. Dans ton jardin, si ça se trouve.
     Comme les vaches, d'ailleurs, qui paissent juste à côté de chez toi, enfin... deux rues plus loin. On ne va pas chipoter pour cinq cents mètres quand ton bœuf sous cellophane vient des États-unis, t'es bien d'accord, hein ? Au fait, que je te suggère : si t'allais le voir, le propriétaire des vaches ? On dit fermier, tu savais ? Si tu lui demandais un bon steak ? T'as pas l'impression qu'il serait meilleur ? Tu dis ? Plus cher ? T'es sûre, vraiment sûre de ça ? Pas moi. Je peux te l'affirmer : j'ai essayé.
     Allez, je te raconte, je ne peux pas résister : l'autre jour, je lui ai acheté un saucisson et deux morceaux de fromage, tellement je m'étais régalé de son steak, la semaine avant. Bon, le saucisson, une fois le boyau retiré, il se « défaisait », c'est le moins qu'on puisse dire. T'avais du mal à former une rondelle. Elle s'effritait aussitôt, faute de graisse, d'antioxydant, d'acidifiant, d'E42, 936, 354 et six-quatre-deux (je l'écris toujours en lettres, celui-là, c'est plus drôle). Qu'est-ce qu'il était bon, son saucisson, émietté sur une tartine de pain ! Et son fromage, donc! Toi, pauvre cloche, tu l'asphyxies sous une consoeur en verre, pour pas qu'il pollue ta cuisine ; lui, avisé, il le coiffe juste d'une moustiquaire, pour qu'il aère à l'abri des mouches ! Il t'en a de plusieurs sortes : des jeunes, des demi-vieux et des vieux. Ça suffit pour ton bonheur, tu peux me croire. Vas-y donc ! Tu dis que tu viens de ma part, il te fera un rabais.
     Et tant qu'à digresser, faut que je te parle de sa fille, qui revenait de la boulangerie, le jour du saucisson. C'était un dimanche matin frisquet. Bonnet de laine multicolore, jupe de serge beige, manteau marron avec des boutons en forme de bâtonnets, tu vois ? Bottes de caoutchouc et joues roses, la fille. Elle m'a souri. J'ai cru mourir. J'avais plus vu une fille aussi naturelle depuis... Je dis des conneries. J'avais jamais vu une fille aussi naturelle ! Sauf au cinéma. Mais c'était moins bien au cinéma parce que si l'herbe était verte, s'il y avait du brouillard au ras du sol, comme ce jour-là, ça ne sentait pas la prairie détrempée et l'argile. Je n'avais aucune envie de m'enterrer au cinéma, tandis que là, cette glaise, qu'est-ce qu'elle était accueillante ! Je m'y serais couché et j'y aurais creusé mon trou, la repoussant de part et d'autre, avant de la rabattre sur moi, comme un drap. Et je me serais endormi pour toujours, dedans cette terre qu'elle marquait de ses bottes, la fille du fermier. Ou de ses pieds nus, j'en étais sûr, lorsque, l'été revenu, l'odeur du foin l'emportait sur celle de l'herbe grasse.
     Une digression champêtre qui semble n'avoir pas été inutile, puisque tu le remets en place, sans que je te le demande, le self-machin. Juste pour me faire plaisir. Je t'inviterais bien à l'écrabouiller sous tes talons, mais il s'en trouverait pour te punir or je ne te veux pas de mal, tu l'as compris.
     Voilà, dans son reposoir, merci. Non ! Ne le donne pas à la gamine qui te tend la main ! Elle n'a qu'à l'arracher à son socle, zut. Faut qu'elle assume !
     Laisse ! Cherche pas à la convaincre, elle est foutue, elle, ça se voit. Elle est trop jeune, à peine sortie de l'adolescence. Chiche qu'elle trouve ça fun, vachement in, de se taper le boulot ? Elle est contente de glisser le code barre sous le laser rouge. Ça l'amuse, le petit bip qui résonne. Demain, tu vas voir, ils lui offriront un « merci », avec la voix de son acteur préféré en prime, au lieu d'un « bip ». Et on lui fera payer le service au passage ! Foutue, je te dis. Le bidule lui délivrerait un sucre par tranche de dix euros, qu'elle se foutrait sur la paille pour le happer d'un coup de gueule. Allez ! Filons, sinon je vais la gifler et on me foutra en tôle, que je pourrais même plus gueuler ou qu'il n'y aura plus personne pour m'entendre. Que d'ailleurs, si ça trouve... Ah non, merde ! Pas le moment de craquer.
     Nous, on poireautera à la caisse, drapés dans notre dignité, quand elles self-scanneront, les salopes. On fera des sourires à la caissière en attendant. On l'encouragera à supporter ce spectacle-là, tellement éprouvant, tellement désespérant. Imagine des bovins, à la queue leu leu, à l'abattoir. Eh bien pareil ! Sauf qu'elle est obligée de continuer à bosser pendant qu'on abat les siens sous ses yeux, la malheureuse. Tant de sadisme, ça défrise, non ? On ira l'embrasser pour la réconforter, soulèvera deux ou trois bouteilles pour l'aider. On tâchera de lui faire comprendre qu'on l'aime, qu'on compatit, qu'on a mal pour elle, que si on pouvait l'arracher cinq minutes à la méchanceté des autres, on le ferait. Qu'on lui cassera la gueule, au client qui ne sourit pas. Qu'on le pendra sur l'heure celui qui osera trépigner et la regarder de travers pour qu'elle se magne un peu. Que si on doit attendre trop longtemps, c'est pas à elle qu'on s'en prendra, mais aux responsables. Au gérant qu'on sortira manu militari de son bunker de miroirs sans tain et qu'on assoira de force à une caisse pour qu'il voie ce que c'est, combien c'est épuisant, tuant, de sourire à tous ces cons. Parce que c'est trop facile, ça, attendre sans regimber, sans gueuler. D'autant que c'est voulu, ton attente. Tu le sais, ça, que c'est voulu ? Calculé. Pour t'obliger à en venir, petit à petit mais néanmoins de force, avec cette lâcheté émétique qui les caractérise, au self-scanning. Créer le besoin pour imposer leur loi. C'est leur devise à ces salauds-là... Lola, justement. Chiche qu'elle s'appelle Lola, la caissière. J'aimerais bien qu'elle s'appelle Lola. C'est joli Lola. Jolilola, joli lilas. Ouf ! Ça fait du bien de souffler un peu.
     T'as remarqué, l'agencement des rayons ? Rien n'est laissé au hasard. J'ai vu un reportage là-dessus. Instructif. On place à ta droite ce dont tu n'as pas besoin, parce qu'on est sûr que tu regarderas d'abord à droite en entrant. C'est prouvé. Par contre, on placera l'essentiel à gauche, puisque tu vas de toute façon le chercher. On fait plus que se foutre de ta gueule, tu sais, on te méprise ! Le panier pour les petits achats, par exemple, il sera toujours à gauche, même si nous sommes très majoritairement droitiers. On t'obligera à te dévisser le bas du dos pour le saisir, on prendra soin de ta hernie, parce que si on te le mettait sous la main, il prendrait la place des pots de fleurs en promotion que tu achèteras peut-être, sûrement, puisque tu les auras sous les yeux. Moi, ces procédés, ça me donne envie d'entrer à reculons !
     Pareil pour les rayonnages, scientifiquement étudiés. Tu devras te baisser pour l'eau, la farine et l'huile, voire tendre la main ou te dresser sur la pointe des pieds pour atteindre le lait. Par contre, à hauteur de ceinture, tu trouveras l'inutile ou les produits de luxe. De l'huile aussi, par exemple, faut pas croire, ils ont de l'humour, mais pas de friture, celle-là : le bénéfice est trop maigre. De l'huile d'olives, labellisée, que tu paieras douze fois son prix, croyant enrichir un artisan des hauteurs du lac de Garde, quand tu n'auras engraissé que l'une de leurs succursales, en banlieue.
     Tu n'es rien ici. Qu'un produit parmi les autres. Ni plus, ni moins que ce que tu t'apprêtes à acheter. Ils savent tout de toi. Pourraient te dire ce tu gagnes, comment tu le dépenses et le moyen de t'y prendre autrement, si d'aventure ça ne faisait pas leur affaire, le comment que tu le balances, ton fric. Pourraient te dire tes petites habitudes, tes préférences, tes goûts, ton humeur et tes faiblesses. Tout, absolument tout. Avec tes cartes bancaire ou de fidélité, que tu présentes spontanément par facilité - toujours ça qu'ils te vanteront, la facilité, pour justifier leurs exactions - ils savent tout. Combien de pommes et d'oranges tu manges par semaine, ta consommation de papier-cul, de bières, de vin, de flotte, de légumes ou de viande. Pourraient te donner ton taux de cholestérol, de gamma GT, de sucre et d'insuline ; l'état de tes reins, de ton foie et de ton pancréas, exactement comme s'ils t'avaient fait une prise de sang. Ta carte de fidélité, c'est un protocole médical et ton ticket de caisse, une ordonnance. Te dresseraient un diagnostic et sa thérapeutique, s'ils ne craignaient pas que tu te calmes, que tu diminues un peu le vin, la graisse ou les féculents car, tu penses, c'est leur chiffre d'affaires qui en prendrait un coup !
     Que leur clientèle cesse de s'empiffrer et voilà qu'ils dégonflent. Ce qui te prouve qu'il y a une justice, que la solution est là, à portée de mains, facile comme une fille de joie, mais que tu ne veux pas la saisir - la solution, naturellement, pas la fille, ah ! c'est malin -- parce que tu te souviens de la guerre ou qu'on te l'a racontée, que tu as peur du manque, comme d'autres ont peur de mourir - mais c'est autrement légitime - et qu'au lieu de te rassurer en gérant tes réserves, tu les digères, tant bien que mal, quitte à vomir de temps en temps d'un trop-plein qui te gonfle, oh combien davantage que ces rayons qui le devraient, pourtant, ou que cette phrase interminable qui ne peut que, je l'admets et te le prouve : .  Tout ça pour te dire que ça les arrange, que tu joues au yo-yo avec ton tour de taille : z'ont un rayon textile au deuxième qui aurait bien besoin d'un coup de fouet ! Comme toi.
     T'es là, à balader ton sourire niais et à bénir ta liberté de consommateur, quand il y a des dizaines de caméras qui te filment et enregistrent le moindre de tes gestes. Tiens, justement, ce paquet de biscuits que tu viens de saisir dans le rayon avant de l'y remettre, ils sauront demain pourquoi tu ne l'as pas acheté. Exactement pourquoi, bien mieux que toi qui penses n'y avoir renoncé que confusément, lors que chacun de nos gestes - n'importe quel psychologue te le dira - est foncièrement déterminé.
     La conscience que tu n'as pas, ils l'ont, eux ! Tes actes manqués, ils pourraient te les détailler aussi précisément et infailliblement qu'un ordinateur afficherait ton génome, in extenso, si on lui soumettait le squame que tu viens d'abandonner négligemment sur la machine à pains. Un pain que tu as, sans même t'en rendre compte, tranché, calibré et emballé à leur place.
     Trop tard ! Ton geste arrêté et ton regard qui lit l'étiquette de la boîte de biscuits sont photographiés. Demain, tu feras l'objet d'une conférence. Un rétroprojecteur affichera ta photo sur un écran géant, avec à tes pieds une poignée d'experts la commentant devant un parterre de futurs cadres : « Alors, Messieurs, pourquoi a-t-elle renoncé à son achat, la petite dame ? Quelqu'un est-il capable de me répondre ? »
     Les jeunes loups vont rester cois parce que le merchandising - t'iras te faire voir pour la version française, pas question de traduire cette saloperie ! - ça s'apprend. Bouche bée, béats, babas, qu'ils vont rester, disais-je, jusqu'à ce qu'un éminent docteur daigne leur souffler la réponse. Le comment on décode chacun de tes gestes, les enregistre, les rassemble, les passe au mixer et les restitue en algorithme imparable qui fera que demain, infailliblement, tu achèteras cette babiole dont tu n'as pas voulu hier. Et que tu laisseras moisir dans une armoire. Avant d'enfin la jeter, cherchant la lâcheté qui t'a conduite à l'acheter. Olé !
      Pardon ? Excuse-moi, j'étais distrait. Tu disais ? Que j'exagère ? Que tu ne me crois pas ? Menteuse ! Tu as la chair de poule. Ça se voit. Je le vois. Ils le voient ! Toutes les caméras l'enregistrent à l'instant. Le service de sécurité est déjà au courant. Ils t'ont à l'œil. Se méprennent sur ton émoi. Pensent que tu as ou vas voler quelque chose. J'en connais qui doivent saliver derrière leurs écrans : « On va se farcir la bourgeoise, allée 12, rayon 32, elle n'est pas nette. » Tu vas les décevoir parce que tu ne voleras rien. Les vexer de s'être trompés sur ton compte. Mauvais ça, la provocation. Qui sait ? Ils pourraient très bien, en représailles, juste pour mesurer leur pouvoir, te conduire à voler vraiment. Avec un bon pourcentage de réussite, même avec toi qui es d'une honnêteté d'un autre temps. Alors, s'il te plaît, arrête de paniquer et surtout cesse de chercher partout ces caméras dont je te parle. Elles sont susceptibles : aiment à voir, pas à être vues. Si tu insistes, tu vas aggraver ton cas. On te trouvera plus que jamais louche, avec ta chair de poule et tes yeux en l'air. Ils n'auront de cesse de te confondre, si tu les tentes !
     Qu'as-tu ? Voilà que tu es nerveuse à présent. Calme-toi donc ! Je ne voulais pas t'effrayer. T'as envie de sortir, c'est ça ? Tout t'écoeure brusquement, je comprends. C'est insupportable, hein ? Faudra bien que tu restes, pourtant, car on n'a pas fini notre petite visite. Allez ! Encore une couche pour te dégoûter définitivement. C'est nécessaire. Tu n'imagines pas comme nos réflexes ont la peau dure. Ce qu'un texte est éphémère ! Suffit pas que tu me donnes raison le temps de me lire, faut encore que je sois dans ton caddie, à l'heure de la rechute.
     Ne proteste pas ! Tu reviendras, c'est certain.  C'est que je ne peux rien contre toutes leurs lumières, moi, avec mes mots. Dis ! T'as vu cette débauche ? Aveuglant par là, tamisé ailleurs. Ces couleurs criardes ici, pastel à côté. Tout ça aussi, c'est du boulot. Il n'y a pas un photon qui ne soit canalisé, dompté, posé. Ça te change du soleil, hein ?
     Justement, le soleil ! T'as remarqué comme ils l'éludent, dans leur usine à néons? Ça aussi, c'est voulu : ils n'ont pas envie de te refiler des idées buissonnières, que tu les plaques ici avec ton chariot en rade pour courir vers la lumière. La vraie, celle du dehors, celle qui chauffe. Qui t'a doré les joues, si peu maquillées, c'est bien, tu n'as pas touché aux cosmétiques. Je sais pourquoi je t'ai choisie, maintenant, toi parmi toutes les autres. Si tu n'es pas encore ma fermière, tu es belle quand même, et plus à ma portée. On se tient les coudes, hein ? On finit, courageusement nos emplettes. En héros ! Plus tard, on ira rire au rayon vacances. Là où ils sont si maladroits, tellement lamentables, tellement eux-mêmes ! Parce qu'ils ne peuvent pas, quoi qu'ils fassent, malgré toutes leurs études, l'assujettir, le mahomet ! Ils le dessinent, le caricaturent, mais se gardent bien de lui abandonner ne serait-ce qu'une fenêtre. Tant ils devinent qu'un seul de ses rayons suffirait à balayer tous les leurs ! Alors, ils se claquemurent, bannissent le moindre carreau, pis que des vampires ! Regarde : ils s'enterrent ! Chiche que les néons éteints, c'est le vol des chauves-souris ?
     Ça sent le café, non ? Une arme terrible, les odeurs. Bien plus redoutable que la lumière. Parce que ça ne se trafique pas. Enfin... Je ne crois pas.
     Peut-être bien après tout, je ne suis pas chimiste. T'as raison, j'édulcore. Je me dégoûte à force d'à force, alors moi aussi je veux croire que quelque chose leur échappe. Quand ce n'est pas vrai, t'as raison. Merci de me reprendre. Il y a des laboratoires en sous-sous-sol, distillateurs de parfums artificiels, hallucinogènes, c'est vrai.
     T'as pris quoi comme café ?  Fais voir ! Ah oui, dix euros le kilo, quand même ! Ils ne se mouchent pas du coude, hein ? Tu dis ? Que c'est du machin garanti commerce équitable. T'es certaine ? T'as payé combien en plus ? Trois euros ! Pas mal !  Sauf que... Que t'es pas sûre qu'ils vont directement dans la poche des petits producteurs, tes trois euros. Je ne voudrais pas te faire de peine, mais il n'y a pas de raison qu'ils ne prennent pas leur bénéfice là-dessus aussi. À du mille pourcents, du producteur au consommateur, marge habituelle, t'as filé trente centimes aux cueilleurs Kenyans ou Colombiens - qui bossent jusqu'à l'évanouissement ; contre deux euros septante à ton distributeur - qui n'a pas levé le petit doigt. Tu comprends pourquoi il était à portée de mains, ton café équitable ?
     Rien n'est laissé au hasard, je te le répète. Tiens, tes pommes, par exemple, si tu savais... Bien sûr, c'est bon pour la santé, les pommes. T'as même un président qui s'est fait élire avec ce seul programme ! Mais quand il exhortait ses concitoyens à manger des pommes, il ne devait pas parler des mêmes. Parce que les tiennes, bonjour la planète ! Eh oui ma belle, faut se gaffer de tout ici. Être sur le qui-vive, ne pas risquer une main vers un rayon, avant de s'être coupé les deux bras. Qu'est-ce que t'imagines ? Rien de plus dangereux qu'une pomme. Celle qu'Adam a mordue continue à faire des milliers de victimes de par le monde, alors six d'un coup, comme les tiennes, ça jette un froid. Allez, sois gentille, remets-les bien vite dans le rayon : on évitera peut-être l'holocauste et je pourrais rester avec toi. Moi, exagérer ? Pense-tu ! Approche que je t'explique.
     À ta gauche, salement éclairées, d'accès difficile - faut se baisser - des pommes inoffensives et saines, en vrac. À ta droite, sous les sunlights, à portée de mains - de bouche, s'ils le pouvaient - des pommes tueuses et polluées, sous cellophane. Avec un ravier et un collier en mailles d'hydrocarbure rose autour de chaque fruit, pour faire joli. Bonjour le recyclage ! Des emballages immortels qui viendront gonfler les décharges. Contre lesquels tu pesteras dans moins d'une heure, parce que le grincement du polystyrène sous tes doigts te fera grimper aux murs. Mais des emballages que tu auras pourtant préférés au produit brut, parce t'aimes bien le rose, que t'es plus docile qu'un système binaire et que tu t'imagines que c'est plus propre ainsi. Ce qui ne t'empêchera pas, de retour au bercail, loin des attrape-nigauds, de passer ta pomme sous le robinet ou de la lustrer avec ton pull, histoire d'en éliminer les pesticides. Te dire que la méfiance règne, l'air de rien, mais qu'ils parviennent à te l'emballer le temps d'un achat, à grands coups de spots et d'appâts rances.
     Attends ! Je n'ai pas fini. L'emballage inutile, ce n'est qu'un hors-d'oeuvre. Regarde donc sous le ravier ! T'as vu : « Made in Japan » ! Ne t'y trompe pas, on ne te parle pas du ravier, mais de la pomme. Oui, ma belle, ta pomme est japonaise. Ça t'en bouche un coin, hein ? Des cerisiers japonais, t'admets, mais des pommiers ! Elle est japonaise et te coûte moins cher dans son écrin de pétrole que sa consoeur du terroir, bonne pomme, nue sous sa pelure. En achetant ta pomme exotique, t'as contribué à l'affrètement de milliers d'avions cargos. On les voit bien au crépuscule, par temps clair : le ciel orange et bleu est zébré du  kérosène de leurs réacteurs. L'autre jour, j'en ai dénombré plus de vingt dans un même ciel. C'est ta pomme du bout du monde qui s'en va joyeusement croquer la couche d'ozone et grossir les gaz à effet de serre. Ta pomme qui s'en va gaiement inonder l'Indonésie, ravager la Nouvelle Orléans et décimer le Bangladesh ! Ça ne tiendrait qu'à moi, je t'enfermerais sur l'heure pour génocide.
     Quand tu n'avais qu'à traverser la rue ! Que mon fermier t'attendait les bras ouverts, qu'il te l'aurait vendue pour deux sous avec le sourire, ta pomme. Heureux de ne pas devoir la renvoyer au compost, la mort dans l'âme, alimenter un cycle inutile. Heureux de ne pas devoir accepter, contre son gré, parce qu'il faut bien vivre, une aide gouvernementale et ses quotas de production. Du pognon pour qu'il ferme bien sa gueule et renonce à abattre, comme il le voudrait tant - comme il le devrait - les cargos fructifères survolant ses vergers.
     Dis donc ! Je cause, je cause, mais j'ai l'impression qu'on nous suit. Je te jure, c'est vrai. Ce type, là, avec son calepin en mains, il était déjà derrière nous quand nous sommes entrés. Regarde, il prend des notes. Tout ce que tu veux qu'il est de la maison. Les caméras ne leur suffisent pas, ils veulent mater jusque dans les moindres recoins, pis que des voyeurs à la serrure des cagoinces.
     Tu sais le pourquoi de ce gus à nos guêtres ? Notre itinéraire un peu fantasque. Deux ou trois écarts improvisés, imprévisibles. Ça les a intrigués, alors ils ont envoyé un espion, pour suivre et dessiner notre parcours, histoire de déterminer l'origine de notre errance. Bien la circonscrire pour éviter la récidive. Plus jamais ça! Et si cela ne suffit pas à nous parquer, ils ne se gêneront pas pour interdire toute trajectoire transversale ou demi-tour. Les rayons courront d'un bout à l'autre du magasin, sans discontinuité, à la façon de ces barrières qui canalisent la clientèle des parcs d'attraction ou des guichets aux heures de pointe. La première allée enquillée, tu devras faire le grand tour : deux kilomètres inutiles, du manteau d'astrakan à la télé plasma, du gigot surgelé à la fausse plage dominicaine. Tout ça pour un quart de sucre ou un litre d'eau. Si ce n'était le risque d'incendie et celui de nous voir cramer en file indienne - plus par souci des procès que de nos vies, tu penses ! - ça serait déjà adopté, les rayons en lacets, façon route de montagne.
     On claustrophobe rien qu'à l'idée, hein ? Nie pas, tu transpires ! T'as peur, pis que tout à l'heure. Tu n'en peux plus ? Moi non plus, mon amour. Je suis à bout. Vite, tirons-nous ! Mais cours bon sang, cours ! Par là, sur ta droite, c'est un raccourci. Plus vite ! Ils nous rattrapent. Vont dégainer, tu crois ? Ils peuvent ? Nous abattre ici comme de vulgaires pillards ?
     « Ça va, c'est bon, on se rend. Par pitié, ne tirez pas ! On n'a rien piqué. »
     Lève les bras, ma chérie. Lève les bras ! Tu ne peux pas ? Le cœur ? Ça cogne ? Alors, couche-toi et ne bouge plus surtout. Laisse-les faire, surtout laisse-les faire ! Tu vois bien qu'ils sont à bout... Si on en réchappe, je te jure que plus jamais...
     « Sortir, Monsieur, juste sortir. Malade, vomir, sortir. S'il vous plaît. Merci. »
     Ouf, le soleil ! Tudieu cette lumière ! Et le ciel, mon amour, j'avais oublié. T'as vu comme il est beau, comme il est bleu ? Et grand, si grand qu'on pourrait le croire infini. On l'a échappé belle, hein ? On l'a vraiment échappé belle ! Cette trouille ! Verte ! J'ai cru crever. Jamais plus on ne nous y reprendra, hein, dis, jamais plus ? Jure, jure-le !
     Mais... mais... T'es où ? Restée ? Oh non, merde, tu n'as pas pu me faire ça !
     J'ai tout donné et t'es là, tranquille, à l'intérieur, consommée et consommant, comme si je n'avais rien dit. D'accord, j'ai paniqué, détalé, mais tout de même, j'ai bien bossé. Enfin... je croyais.
     C'est injuste. Ça n'aurait servi à rien, tout ça ? Je pensais pourtant tenir le bon bout cette fois. Les doigts couraient sur le clavier, t'aurais dû voir comme ! La transe ou presque. C'est rare, tu sais, très rare. Je croyais que c'était un signe qui ne trompait pas. Erreur, puisque je n'ai rien suscité chez toi. Que le mépris. Le mépris et ton caddie. Boursouflé, dégorgeant son trop-plein sur le tapis.  Ai-je été à ce point lamentable ?
     C'est qui le grand con qui te dépasse, se faufile entre ton chariot et l'autre caisse ? Ensache en souriant. Salivant, même, quand ce sont des chips ou des petites boîtes de saucisses.
     Qui ? Ton mari ? Ça ! Ton mari ! Ciel ! Quand j'étais là, moi, à ta portée, attentif et aimant ! Mais qu'est-ce que tu lui trouves de plus que moi, hein, qu'est-ce que tu lui trouves de plus que moi ?

Patrick LEDENT

Décembre 2006

 

27-02-09-(3) les bièstries de gaelle                                                                                             

Car, bien sûr, les clients qui s'autofacturent sont contrôlés à la sortie...

(Image « empruntée », sans self-scan, au blog Les bièstries de Gaëlle,
http://gaellecarlier.blogspot.com/2009/02/le-self-scannin... )



LIVRES

couv-jolicoup.jpgJ'en avais bien fourgué quelques-unes à gauche et à droite (plus à gauche qu'à droite, d'ailleurs - on ne se refait pas), à la faveur de l'un ou l'autre concours, mais je n'avais encore jamais dégotté une éditrice qui accepte de brasser tout ça - et le reste - pour accoucher d'un premier volume intitulé « Joli Coup ». Personnellement, elles ne me font plus vraiment rire, mes nouvelles - je les connais par cœur - mais pour vous, pour qui c'est nouveau, ça devrait marcher. C'est fait pour ça !

226 pageS - 15,75 € - ISBN 978-2-916608-12-9 - Mise en vente : 2009
ÉDITIONS Calliopées SYLVIE TOURNADRE
TÉL./FAX : + 33 1 46 42 15 77 - GSM : + 33 6 25 21 73 09
editions@calliopees.fr - www.calliopees.fr

La maison a très intelligemment décidé de jouer Internet contre les sangsues et d'ouvrir une e-librairie, que voici :
http://www.calliopees.fr/calliopees/e-librairie/index.html

Si on est belge, on peut aussi trouver ce livre ici :

Tropismes Libraires  (http://www.tropismes.com/)
11, Galerie des Princes - Bruxelles
02 512 88 52
info@tropismes.be

et là :

Le Comptoir - Petits éditeurs et métiers du livre (http://www.lecomptoir.be/boutique/info)
20 en Neuvice
B-4000 Liège
Tél : (+32) 04 250 26 50
Fax : (+32) 04 250 28 50
info@lecomptoir.be

 

L'admiratrice et consoeur - également nouvelliste - est Magali Duru, de Toulouse, et son blog est ici : http://magali.duru.over-blog.com/

 

 

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fouslitt.jpg

Blavier André
Les Fous Littéraires
1052 p. (17 x24) ; papier bible, nombreuses illustrations ; ISBN: 2-86742-094-6 ; Paris, des Cendres, 2000 ; 69 €.
Édition corrigée et très considérablement augmentée de l'ouvrage de référence en matière de «fous littéraires». «Ils sont ou ne sont pas dans le Blavier...»

L'auteur d'Occupe-toi d'homélies, fondateur de temps mêlés et du Centre de Documentation Raymond Queneau n'a cessé de fréquenter (littérairement) les hétéroclites (francophones). La première édition (1982) était depuis longtemps introuvable. On se réjouit d'avoir accès à nouveau aux inventions des fous littéraires.

Voir aussi: Raymond Queneau : Comprendre la Folie, Charles Nodier : Bibliographie des Fous. (Ces deux volumes et A propos des Fous Littéraires, tous trois ornés d'un collage d'André Stas, forment la première "série" de la nouvelle collection: "De 3 en 3").

« Dans les années trente, Raymond Queneau a conçu le projet d'une anthologie des fous littéraires français du XIXème siècle, qu'il avait repérés à la Bibliothèque Nationale; mais, tel quel, son manuscrit, comprenant des extraits, biographies, bibliographies et parfois quelques commentaires, quand il y avait lieu, n'a pas été édité. Le texte comptait plusieurs centaines de pages in-4° dactylographiées. J'en ai une copie, et il en existe une au Centre de Documentation Raymond Queneau, à Verviers.

«  Pour ne pas perdre complètement le fruit de plusieurs années de travail - en ce temps-là, il n'était pas question de photocopies, et Queneau retranscrivait à la main de longs passages -, il a utilisé une partie de ces notes dans un roman: Les Enfants du Limon.

«  Calvino, je crois, a dit que Raymond Queneau était un explorateur d'univers imaginaires. Le côté exorbitant et ahurissant de certains fous l'amenait à se demander comment il était possible de penser comme ça. Comment, dans un monde prétendument rationnel, toutes ces excroissances, ces exubérances avaient-elles pu naître dans des cerveaux humains ? Il dit quelque part que les fous littéraires sont la honte de la science, du moins la science officielle de l'époque.»

 

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Immermann 1

         

Karl-Lebrecht Immermann (1796-1840)

Münchhausen
Une histoire en arabesques


TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR ODETTE BLAVIER
d'après Münchhausen. Eine Geschichte in Arabesken, Berlin, Aufbau Verlag, 1955
Paris, Cartouche, 2 vols. 2007 et 2008.

 

Ah, ce Münchhausen, biscornu jusque dans l'édition de ses histoires !

Comme tout le monde le sait ou devrait le savoir, celui-ci est le neveu de l'autre. Il serait triste de se priver du dossier que leur a consacré en son temps le site voilà.fr :

http://munchhausen.site.voila.fr/Munchhausen.html



Catherine L.