26/10/2013

WIKILEAKS trace sa route à l'Est

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Wikileaks trace sa route à l'Est

par Israël Shamir

 *

À propos de

MEDIASTAN, A Wikileaks Road Movie

Un long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d'un autre festival, la semaine suivante.


2. Mediastan1.jpg

I.

Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d'Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d'expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n'est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château d’Ellingham, au pays des Angles de l'Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu'il ait réussi à trouver refuge à l'ambassade d'Équateur) Il vit toute l'aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l'urgence et la part décisive d'Assange, personnellement, dans l'affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l'équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C'est ainsi que nous apprenons  que le but de l'expédition est de répandre jusqu'aux confins de l'univers les câbles du Département d'État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s'agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d'un médiateur, les médiats.

Quelqu'un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu'ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d'Assange rencontrent des directeurs de journaux, d'agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d'entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu'aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s'ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j'ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le sentiment anti-américain est vivace). Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l'Asie centrale est loin d'être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l'Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d'où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu'ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d'abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu'ils en paraissent plus respectables.

D'ailleurs, un certain nombre d'éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d'un journal important : chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu'il ne veut pas d'ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d'architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n'ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d'une longue grève de la faim : pas un journal n'y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu'ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d'autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu'elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s'abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, parce qu'ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médiats mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu'une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l'un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d'autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l'horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu'on leur reproche. Quand il apprend qu'il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu'il leur parle de l'humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: "ils n'avaient qu'à me le demander et me laisser repartir!" s'écrie-t-il.

L'épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies : le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l'Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu'il n'a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu'ils s'en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s'agit, pour les Américains, d'impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la "radio libre" du coin, c'est à dire l'antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l'informe solennellement que Radio Liberté jouit d'une totale liberté d'expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l'ambassade US...

II.

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s'étend jusqu'aux rives de l'Hudson et de la Tamise, car c'est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique : à Londres, l'éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d'une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l'histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden.(2)  Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l'ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu'il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des services d'espionnage, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C'est ce qu'ils ont fait avec Julian Assange : ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d'ordures, tous les ragots qu'ils ont pu trouver, et ils l'ont décrié tant et plus. Le New York Times a été encore plus sordide, dans la mesure où il n'a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début(3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés(4), comment le Guardian a calomnié Assange (ce journal a reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en a biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit : "les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation." Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s'est permis d'attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des USA, le plus souvent destinés à miner l'image de la Russie et à priver son président de légitimité.(5) C'est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l'attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l'hégémonie américaine.

Les câbles d'Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s'exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d'État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle : ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès. 

III.

Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir (The Fifth Estat), le film d'Hollywood sur le même sujet. Ce n'est pas une coincidence : Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l'a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l'acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n'est donc pas un film de groupies sur leur gourou : le personnage central n'est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L'un se base sur le récit du collaborateur d'Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d'un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan est l'oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d'Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et, malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant, qui hantera longtemps les gens capables de réfléchir, car il s'agit d'une quête épique sur un sujet épineux : comment insuffler une vérité vitale à ceux qui n'en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire se servant de toutes les ressources du film de fiction : dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l'œil et assouvir la faim de reflexion du spectateur. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless(7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n'ose pas dire tout le bien que j'en pense, parce que c'est mon fils, je l'avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l'âge de douze ans. C'est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l'arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d'en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

___________________  

Notes

 (1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans "L'or noir et la colère"http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l'article de I. Shamir : "Snowden à Moscou", http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l'article de I. Shamir : "Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire...",  http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

 (4) Voir l'article de I. Shamir : "A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l'empire", http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

 (5) Autre article de I. Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir :  "Assange agent du Mossad ! ou Oignon cru en Iran", http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l'article de I. Shamir : "Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks" http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir : http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

Traduction : Maria POUMIER.

 

Israel Shamir vit à Moscou. On peut le contacter à l’adresse  adam@israelshamir.net

Sources :

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1497

 

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Nigel Kennedy & le Kroke Band – Yiddish Klezmer

 


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Mis en ligne le 26 octobre 2013.

20:50 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/10/2013

Présence d'Henri Guillemin

1. Landerneau le navigateur solitaire.JPG

Présence d’Henri Guillemin

 Henri Guillemin

1903-1992

aurait eu 110 ans cette année

 

À Paris,

le 26 octobre prochain,

l’association « Présence d’Henri Guillemin »

organise un colloque en son honneur sur le thème

« Henri Guillemin et la Révolution française : le moment Robespierre »

auquel participeront les personnalités suivantes :

 

2. etienne-chouard-democratie-leurre.jpg


Etienne Chouard : Thème d'intervention : Henri Guillemin explique Robespierre et le gouvernement prétendument représentatif - de façon générale,  la problématique de la représentation politique.


3. Claude Mazauric.JPG





Claude Mazauric :

Thème d'intervention : la représentation politique de Robespierre (son démarquage d'avec Jean-Jacques Rousseau).






4. Florence Gauthier.jpg




Florence Gauthier

Thème d'intervention : Robespierre, théoricien et acteur d’une république démocratique et sociale.





5. marc belissa.jpg



Marc Belissa

Thème d'intervention : Robespierre et la religion dans l'historiographie (1794-2012).



6. Yannick Bosc.jpg




Yannick Bosc

Thème d'intervention : Robespierre ou la Terreur des droits de l'homme.




7. Olivier-Blanc.jpeg





Olivier Blanc

Thème d'intervention : l'argent de la Terreur : les augmentations de patrimoine des élus de l'an II.






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Serge Deruette

Thème d'intervention : le problème Robespierre, celui de son héritage... ou celui de ses héritiers (de la difficulté actuelle à assumer l'héritage révolutionnaire dont Robespierre est le représentant, et des raisons idéologiques, sociales, politiques de cette difficulté).



Auxquels s'ajoutent deux membres de l’association :

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Patrick Rödel, écrivain, agrégé de philosophie, qui animera la table ronde finale sur le thème Henri Guillemin et la philosophie de l'histoire. 

 

 


10. patrick berthier.jpg

 


Patrick Berthier, professeur émérite, agrégé de lettres, spécialiste de Henri Guillemin.

Thème d'intervention : la genèse du livre de Henri Guillemin sur Robespierre « Robespierre, mystique et politique ».

 



MEDIAPART contribue à cette journée d’hommage

en offrant à ses organisateurs un blog :

http://blogs.mediapart.fr/blog/colloque-henri-guillemin

On peut y faire plus ample connaissance avec les intervenants

en cliquant sur ce lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/colloque-henri-guillemin/150913/colloque-henri-guillemin-biographie-des-intervenants

Horaires : 1ère partie : 9h00 – 12h30   2ème partie : 14h00 – 18h00

Droit d’entrée servant à couvrir la location de la salle :

10 € (8 € pour les pré-inscrits) – Étudiants et chômeurs : 5 €

 

L’adresse de la journée :

I.C.P. – Salle des actes – 21, rue d’Assas, 75006 – Paris

Ce lieu n’étant pas le stade de France, il est prudent de se préinscrire.

On le fait par simple envoi d’un courriel à l’adresse manginedouard@yahoo.fr

en mentionnant ses nom et prénom

 

CONTACTS ORGANISATEURS :

-Antenne de Paris - Edouard Mangin, Vice-Président – Tél 06 70 70 97 23 - courriel : manginedouard@yahoo.fr

-Antenne de Bordeaux – Patrick Rödel, Vice-Président – tél 06 81 82 92 74 - courriel : patrick.rodel@wanadoo.fr

CONTACTS ASSOCIATION PHG :

Siège social - Académie de Mâcon - 41 rue Sigorgne - 71000 MÂCON

Courriel : asso.hguillemin@gmail.com

 

PARTENAIRES DE L’ÉVÉNEMENT

Association Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution (ARBR). Créée en février 1987 à Arras, ARBR a pour objectif de mieux faire connaître la vie et l’œuvre de Maximilien Robespierre.  

Contact : Maison des sociétés- rue A. Briand - 62000 ARRAS

Courriel : amisderobespierre@orange.fr

Site Internet : hhtp://amis-robespierre.org


Témoignage chrétien est un hebdomadaire français d'informations générales, d'inspiration chrétienne, fidèle aux idéaux  de la résistance et de l'Évangile, fondé en 1941 pendant l’Occupation allemande.  C’est l'un des derniers journaux issus de la Résistance à être encore publié.

Contact : 28 rue Losserand - 75014 PARIS

Courriel : redac@temoignagechretien.fr

Site Internet : http://www.temoignagechretien.fr/


Mediapart est un journal d’information en ligne créé en 2008, fort de 75 000 abonnés, Mediapart héberge depuis l’été, en Une, le blog spécifique d’information sur le colloque.  

Contact : 8 passage Brulon - 75012 PARIS

Courriel : prenom.nom@mediapart.fr

Site Internet : http://www.mediapart.fr/

 

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Ce qui ne sera peut-être pas dit au cours d’une journée qui promet d’être bien remplie et passionnante :

L’association « Présence d’Henri Guillemin » publie un cahier dont la fréquence de parution ne nous est pas connue :

11. Cahier Présence d'H.G..JPG

Pour tout savoir sur ses buts, ses activités et ses animateurs, consulter la page que lui consacrent les éditions UTOVIE :   http://www.utovie.com/assoguillemin.htm et le blog MEDIAPART.

Il y a un Cercle d’Histoire Henri Guillemin : à Haine Saint-Pierre, en Belgique

http://cercledhistoirehenriguillemin.wordpress.com/2011/0...

Et… mais oui, il y a une rue Henri Guillemin quelque part : à Rethel (08300), sur les bords de l’Aisne.

12. Rob4.jpg

En revanche, il ne reste pas trace de la série d’émissions télévisées que le Professeur Guillemin a consacrées à Robespierre dans les années 70 et qui ont laissé, à ceux qui ont eu la chance de les voir, une impression si indélébile. La Radio Télévision Belge de langue Française (RTBF) les a « perdues » ou « égarées » (exprès ?), on ne sait. Incompétents crasse ou faux-derches ? Peut-être vaut-il mieux ne pas savoir. Rappelons quand même que c’est à la suite de ce très grand succès public que le conférencier a été « remercié » par nos médiateux nationaux et qu’a débuté une collaboration avec RTL, qui ne devait cesser qu’à sa mort

13. silence-aux-pauvres-henri-guillemin-.gif

Enfin, il n’est dit nulle part, car sa préface a sauté, que le pamphlet Silence aux pauvres ! a été écrit pour marquer au fer le pseudo-historien et vrai propagandiste à gages François Furet, lequel tenait, aux environs du Bicentenaire, le haut du pavé mercantile en matière d’écrits sur la Révolution française. Les éditeurs d’Henri Guillemin, sans doute, ont bien voulu le lui publier, son pamphlet, mais non se mettre à dos la Fondation d’extrême-droite OLIN (des USA), mécène et maîtresse à penser du laveur de cerveaux.

Et last mais pas du tout least, rappelons que la Télévision Suisse Romande (TSR, ils ont bien de la chance les Suisses, d’avoir une télévision pareille ! ) a mis et maintient en ligne un grand nombre de conférences d’Henri Guillemin. Toutes ses archives, en fait.

Passion de l’histoire

http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477761-passion-de-l-histoire.html

http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/

http://www.rts.ch/archives/tv/culture/signes-des-temps/3448683-henri-guillemin.html

Fabuleuse documentation !

http://gillemin.blogspot.be/2011/11/tous-les-videos-de-henri-guillemin-sur.html

Tiens, il leur en manque une ! La voilà :

 

 

 

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Henri Guillemin et l’Histoire

Par Patrick Rödel

Philosophe et écrivain.

 Je partirai d’une remarque simple. Henri Guillemin est d’abord un historien de la littérature et cette discipline est regardée de haut par les historiens patentés, parce que la littérature est un domaine où règne la subjectivité la plus complète et que son histoire est traversée par des polémiques incessantes : faut-il ne s’intéresser qu’à l’œuvre ? À ce moment-là, l’histoire littéraire sera une histoire des genres littéraires, des grands mouvements littéraires, des structures des œuvres. Faut-il ne s’intéresser qu’à l’homme ? À ce moment-là, l’histoire littéraire peut se réduire à n’être qu’une collection d’anecdotes et d’indiscrétions – Henri Guillemin s’est souvent vu reprocher une telle réduction : ne voir les choses que par le petit bout de la lorgnette, quand le critique était aimable ; pratiquer le voyeurisme quand il ne l’était pas1. Dans un cas comme dans l’autre, l’histoire littéraire a un intérêt pour les littéraires, il n’est pas sûr qu’elle en ait pour les historiens eux-mêmes. Mais il ne faut pas oublier que pour les historiens de la littérature, l’histoire tout court n’est pas une préoccupation essentielle – on sait ce que tout le monde sait, c’est tout.

Mais voici que son travail d’historien de la littérature amène Guillemin, de plus en plus, à contextualiser les œuvres qu’il étudie, c’est-à-dire non seulement à poser le problème des rapports dialectiques entre l’homme et l’œuvre, mais à s’intéresser au contexte sociopolitique dans lequel cet homme et cette œuvre se trouvent inscrits. Et, du même coup, il entre sur le territoire de l’histoire générale. C’est à partir de sa thèse sur Lamartine que Guillemin commence à se pencher sur la Révolution de 1848, puis de fil en aiguille à explorer, en amont et en aval, l’histoire des républiques et des révolutions qui en ont marqué la succession.

Va-t-il pour autant être reconnu comme historien à part entière ? Nullement. Il y aurait certainement un florilège amusant à constituer des amabilités que lui prodiguent les professionnels qui n’ont pas du tout envie d’accueillir parmi eux un collègue aussi peu -d’objectivité, une histoire partisane dans laquelle les catégories de pensée sont aussi manichéennes qu’elles le sont dans les westerns que Guillemin appréciait. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Les méchants son t les riches, les possédants, prêts à toutes les vilenies ; les bons sont les pauvres et ceux (ils ne sont pas légion) qui se mettent à leur service. Ce manque d’objectivité peut-il aller jusqu’à la dissimulation de preuves contraires à la thèse qu’il défend, jusqu’à la falsification de certains textes par omission de tel ou tel passage ? L’accusation n’est jamais très loin et Guillemin n’a pas toujours été très rigoureux.

Voilà qui suffit à le disqualifier, pourrait-on penser. Or, à mes yeux, il n’en est rien : je voudrais penser que la position non-conformiste d’Henri Guillemin a un double effet :

— elle permet d’amener à notre connaissance  des éléments nouveaux, elle exploite des documents qui, curieusement, n’avaient pas retenu l’attention des historiens de son temps.

— elle met au jour, sous l’objectivité proclamée des historiens, une prise de parti qui, pour n’être pas explicite, n’en existe pas moins. Elle comprend que le champ historique est bien le lieu d’un combat dont la signification est politique.

Du coup, Henri Guillemin dégage quelques thèmes forts, qui se situent aux antipodes de l’histoire dominante, des lignes de force qui structurent toute la période historique qu’il étudie, celle qui va de 1789 à la Cinquième République. Il y repère des constantes et des similitudes d’intérêts ou de comportements, la répétition de certaines situations paradigmatiques. Est-ce que tout cela concourt à édifier une théorie de l’histoire ? Nous n’en sommes pas loin, même si Henri Guillemin n’a jamais pris le temps de formaliser ce qui ressortait de ses découvertes. Quel rapport cette théorie de l’histoire entretiendrait-elle avec le marxisme ? La question demeure ouverte et dépasse le cadre de cet exposé.

La discipline historique a considérablement évolué depuis l’époque des chroniques qui rapportent la geste , les hauts faits de tel ou tel roi et où se mêlent récit et ragot, enquête et enluminures, selon des schémas préétablis. Elle a considérablement évolué, aussi, depuis l’époque où le Roi comprend l’utilité que représenterait, pour lui, d’avoir un « historiographe » qui ordonne à sa gloire exclusive les principaux événements de son règne ; ainsi, le personnage de l’historiographe apparaît — et ce n’est pas un hasard — avec Louis XIV mais, il n’y a pas si longtemps encore, le pouvoir stalinien “corrigeait” l’histoire, gommait tel ou tel personnage qui n’était plus dans la ligne, qui n’était plus du tout, d’ailleurs. Elle a évolué, ensuite, depuis le XIXe siècle, où les historiens bourgeois de la Révolution française — d’Edgar Quinet à Adolphe Thiers, d’Alphonse de Lamartine à Jules Michelet — ont contribué, pour une large part, à l’élaboration d’une véritable mythologie révolutionnaire. Elle est devenue enfin, au XXe siècle, sous l’influence de l’École des Annales, avec des historiens de haute volée comme Marc Bloch et Lucien Febvre, une “science humaine ». C’est-à-dire qu’elle a défini une méthode de construction et de traitement de son objet qui tend à être aussi objective que celles des sciences qu’on dit “dures” (mathématiques, physique, etc.) ; elle posait ainsi l’exigence d’une neutralité axiologique de l’historien. Elle s’est aussi entourée  de disciplines annexes (statistiques, démographie, etc.), dont le caractère scientifique était reconnu, et dont elle s’est fait comme un rempart qui garantirait sa propre scientificité. Elle a pensé surmonter le vieil interdit aristotélicien qui disait qu’il n’y a de science que du général, pas du particulier. Elle se targue de rigueur, d’exactitude, d’objectivité, de neutralité axiologique. Elle joue dans la cour des grands ! Pourtant, la question est loin encore d’être tranchée du caractère scientifique des “sciences humaines” — ces « prétendues sciences humaines »,  comme disait Georges Canguilhem

Dans La Traversée des frontières, Jean-Pierre Vernant écrit :

« Dans la vie sociale, l’historien n’est nulle part. Il a une place fixée dans le réseau d’institutions qui conditionnent l’exercice de son métier. Il existe dans un lieu d’où il parle quand il s’exprime ès qualités, en tant qu’historien… »2.

Cela implique que, comme pour toute discipline, il existe des protocoles de validation des compétences ; des lieux dont le prestige varie selon une hiérarchie précisément codée — la Sorbonne, le CNRS, l’École des Hautes Études… Tout cela contribue à conférer à tel ou tel historien un statut particulier, une autorité dans un domaine particulier de connaissances. Or, est-il besoin de le rappeler ? Henri Guillemin est détaché de l’Éducation nationale. Et “détachement” doit être pris au sens le plus total, il a rompu des liens, on le lui fera bien sentir quand il posera sa candidature à la Sorbonne. D’où parle-t-il maintenant ? De l’extérieur… De plus, il intervient dans un domaine quoi n’est pas le sien. Il n’est pas un historien de formation. Il n’a pas, en ce domaine, de compétence universitaire validée. Il est, en histoire, un autodidacte — ce qui est toujours suspect aux yeux de l’université. Même mésaventure arrivera à Philippe Ariès. Bien sûr, il sait des choses en histoire, il en sait même beaucoup, comme tous les khâgneux. Mais enfin, il ne fait pas partie de ces réseaux d’institutions dont parle Jean-Pierre Vernant.

« …Quand il sort de ce lieu, il a le droit comme tout un chacun d’affirmer ses sympathies et ses antipathies, de proclamer ses amours et ses haines… »

Dans une formule qui n’a pas peu fait pour créer sa légende, Pasteur disait : « Quand j’entre dans mon laboratoire, je laisse ma foi à la porte ». Jean-Pierre Vernant dit la même chose. Ce qui est une “preuve” qu’il se comporte en “vrai” scientifique.

« …Mais dans le silence de son bureau et des bibliothèques… »

Sont-ce des lieux clos où ne parvient aucun écho des luttes qui se livrent à l’extérieur ? Qui pourrait le croire ?

«…dans les séminaires qu’il anime, aux archives qu’il dépouille ou dans les colloques et congrès scientifiques auxquels il participe, il se doit de faire autre chose et de tenir impérativementà l’écart ce qui relève de ses préférences ou détestations personnelles ».

Je ne crois pas exagérer en disant que ce devoir impératif fonctionne ici comme un véritable impératif catégorique kantien, c’est-à-dire que plus qu’une exigence déontologique, il a une dimension morale indéniable. Cette intransigeance, ce rigorisme même, font partie d’une vision très traditionnelle du métier d’historien pour les historiens eux-mêmes, même si Vernant souligne la difficulté qu’il y a à les suivre jusqu’au bout. Et cela pourrait être un exemple parfait de ce que Pierre Bourdieu appelle la “collusio dans l’illusio” 3, qui donne naissance à l’esprit de corps.

Or, c’est justement parce que Henri Guillemin ne fait pas partie de la famille, qu’il n’en partage pas l’esprit, qu’il n’en partage pas l’idéologie. Du coup, la neutralité, l’impartialité, ce n’est pas vraiment son problème. Il se revendique comme “partisan”. « Je sais bien qu’en dépit de tout, je resterai toujours, comme vous dites, un “partisan”, parce que je participe trop à cette aventure que je raconte »4. La formule est amusante parce qu’il ne va pas jusqu’à dire qu’il « prend parti » (qu’il est d’un côté plutôt que de l’autre, qu’il choisit son camp) — ce qui, il le sait bien, débouche sur le « parti pris » (préjugé, aveuglement...), qui a une connotation péjorative, ou sur « l’esprit de parti », qui n’est pas plus estimé. Il laisse croire qu’il est comme un gamin qui se projette dans le livre qu’il lit, l’histoire qu’on lui raconte, les images qui défilent devant ses yeux, parce qu’il a un cœur prompt à s’émouvoir et une imagination vive qui brouille les frontières entre le fictif et le réel. Mais le verbe participer, étymologiquement partem capere, signifie bien prendre parti De l’art de dire les choses sans les dire !

Henri Guillemin assume sa “partialité”, il y a des choses qu’il ne supporte pas, l’hypocrisie des bien-pensants, qui font passer leurs intérêts particuliers pour l’intérêt général, le mépris dont ils accablent ceux-là même qui les font vivre — ces petites gens dont il n’a jamais cessé de se dire solidaire, par fidélité à son enfance —, le mensonge éhonté, la trahison comme mode de gouvernement. Mais, par un beau renversement, l’accusation se retourne contre l’accusateur :

« Impartial ? Evidemment non. Comme disait Victor Hugo “L’impartialité ? Étrange vertu que Tacite n’avait pas”. Je voudrais savoir s’il existe un historien impartial quand il écrit sur des sujets qui lui tiennent à cœur… » (ibid).

Remarque de bon sens : sur l’histoire des Aztèques ou sur celle de la dynastie Ming, on peut tenir ce discours neutre de bon aloi, qui paraît l’apanage de l’historien convenable. Mais sur celle des républiques de 1789 à 1958, est-il possible de conserver cette même neutralité alors que les affrontements, les intérêts contradictoires demeurent à peu près les mêmes ? Guillemin, lui, ne peut pas et il pense que les autres historiens ne font pas mieux que lui et il tient à son exemple :

«… le livre qui continue à “faire autorité” sur la Seconde République, le gros livre de Pierre de la Gorce, quelle rigolade, sa “sérénité” ! »5.

Pourquoi sa partialité à lui, Guillemin, est-elle condamnée alors que celle des autres n’est pas perçue en tant que telle ? Tout simplement parce qu’il a choisi le mauvais camp, celui des petits que l’on spolie et que l’on envoie se faire tuer pour défendre les gros, celui des dominés. Dès lors, il lui faut tout reprendre : « La légende que je m’efforce de détruire, [c’est] l’histoire telle qu’on nous l’a faite ».

Henri Guillemin affectionne la formule christique : « On vous a dit…, moi, je vous dis… ». Quelques exemples ? La nuit du 4 août et l’abolition des privilèges : une énorme mystification ! On a pudiquement oublié qu’ils ne seront abolis que s’ils sont rachetés et au prix fort encore. La Déclaration des Droits de l’homme ? Guillemin ne s’en laisse pas davantage conter : sa mesure essentielle est de réserver le droit de vote aux possédants. Les Girondins, les Brissotins : les meilleurs des révolutionnaires ? En réalité, des bourgeois prêts à pactiser avec l’ennemi pour venir à bout de la résistance populaire. La Fête de la Fédération du 14 octobre 1790 ? C’est, dit Guillemin en une formule qui fleure bon son roman policier, « la nouba des nantis » ! Danton, un grand homme ? Plus sûrement un affairiste vénal, l’inventeur de la Terreur. Robespierre, l’inventeur de la Terreur ? Non !

Ces légendes, d’où viennent-elles ?

« Ce dressage, que j’ai subi comme tous les petits écoliers de la IIIe République — où, dans les manuels, on nous présentait une certaine image convenable de la Révolution française — était une mise en condition : les écoliers, c’est [sic] des futurs électeurs et il est important qu’ils soient orientés »6.

Ce dressage — le mot est fort, mais il rend bien compte de ce que, dans le vocabulaire marxiste, on appelle « l’idéologie dominante », ce rapport faussé ou illusoire au réel, aussi bien passé que présent, qui dissimule les rouages de la domination —, Henri Guillemin en prend conscience, quand il découvre que l’histoire officielle est pleine de mensonges et de demi-vérités. Pourtant, les documents (les preuves) sont là ; il suffit d’aller les consulter et Henri Guillemin s’étonne, se scandalise, qu’on ne l’ait pas fait avant lui. Lui, il a tout lu sur le sujet qu’il travaille. Par exemple, sur la guerre de 1870 : les dépêches télégraphiques officielles, les correspondances, les souvenirs, les mémoires des principaux protagonistes, Le Gouvernement de la Défense nationale, de Jules Favre, un livre trop peu connu, sans doute parce qu’il « mange le morceau », les carnets inédits de George Sand, pour comprendre la peur des bien-pensants, les mémoires inédites de Mac-Mahon, les “papiers” de Thiers, Favre, Picard (qui sont aux Archives), les Archives historiques de l’Armée et… toute la Presse ! Cela donne le vertige.

Guillemin parle de la « sottise ou [de] l’empressement rémunéré des historiens courtisans »7, des « historiens courtois », qui se gardent bien de s’intéresser à des « détails » qui révèlent pourtant la vraie nature du pouvoir8. « Courtois » est de la même famille que « courtisan » ! Ces historiens ne veulent pas aborder des sujets délicats ni heurter la bienséance — ce sont des gens extrêmement convenables — mais cette convenance ne va pas sans connivence. Guillemin se flatte au contraire de n’être pas convenable. Il ne parle pas de lui, mais de Flourens, membre de la Commune : « Il faut la sottise de Flourens pour s’abandonner à ce style de démagogue où l’inconvenance est de règle, à cet odieux excès de langage : les généraux de 70 ? Des soldats de Bismarck habillés en Français », dit-il, en adoptant avec ironie le langage des bien-pensants. Mais, bien sûr, Guillemin pense la même chose que Flourens et son propos est reçu de la même manière. Quelle inconvenance ! Quel goût, ce Guillemin, pour les égouts ; pas dégoûté d’aller y fouiller pour en ressortir ce qu’on s’était tant de mal à dissimuler ! « Il a passé sa vie, dira Georges Pompidou, à fouiller dans les boîtes à ordures de tout le monde » !

Et Henri Guillemin se place sous l’autorité de Victor Hugo :

« Je ne dirai jamais assez la reconnaissance que je dois au William Shakespeare de Victor Hugo [texte de 1864] dont je n’ai pas oublié l’avertissement du jour où il m’est parvenu : que toute l’histoire est à refaire ; qu’elle a trop longtemps fait sa cour ; que bonne personne, elle ferme les yeux lorsqu’une altesse lui dit : Histoire, ne regarde pas ! »9.

Il ajoute : « Modestement, honnêtement, j’essaie de fournir ici10 une fois de plus — la troisième — sur notre France du XIXe siècle, un livre où l’auteur regarde et montre ce que ne veulent pas voir et cachent, les historiens de bonne compagnie, un livre d’histoire vraie, ad usum populi », à l’usage du peuple et non ad usum delphini,disait-on jadis des livres expurgés de ce qui aurait pu choquer le royal héritier. Un livre d’histoire vraie dénonce les mensonges de l’histoire officielle. C’est l’historien Gérard Noiriel qui parle des « usages politiques de l’histoire ».

 

*

*    *


Ceci étant dit, il est temps de repérer quelques uns de ces « partis pris » d’Henri Guillemin. Nous savons que, globalement, il se met aux côtés des petits, des pauvres, des oubliés…, de ceux qui sont toujours perdants — c’est là un engagement de chrétien et d’homme de gauche. Sur ce dernier point, Henri Guillemin n’est pas un homme de parti ; je ne sache pas qu’il ait jamais milité dans un des partis traditionnels de gauche, socialiste (PS) ou communiste (PC) ; il a cependant suivi Marc Sangnier dans quelques campagnes électorales ; il raconte, par exemple, cette échauffourée au cours d’un meeting, d’où il ressort avec un œil au beurre noir — le coup étant destiné à Marc Sangnier et Henri Guillemin, par instinct, s’est interposé.. Mais ces aventures se limitent aux années 1924-1930.

Un texte de Cette curieuse guerre de 1870 éclaire de manière très symbolique l’attitude de Henri Guillemin vis-à-vis des luttes de l’histoire réelle. Il y est question des messagers que Bazaine envoie un peu partout à travers les lignes ennemies ; il écrit beaucoup, Bazaine, et ce n’est pas pour annoncer la sortie qu’il pourrait faire ; et il se soucie assez peu du sort de ses messagers : « ces risque-tout qui franchissent les lignes (..) , ces petites gens de chez nous, dont les noms parurent un instant au procès de Versailles et qui s’appelaient Déchu, Braidy, Fissabre, Guillemin, Mercier, Marchal… »11. Ce Guillemin qui est glissé là, on ne peut s’empêcher de penser que Henri Guillemin y reconnaît quelqu’un de sa propre famille, un proche — l’est-il ? ne l’est-il pas ? Ce n’est pas la question. Admiration, certes, mais ce sont d’autres qui agissent.

Ce qu’Henri Guillemin découvre et qui me paraît essentiel, c’est une structure à l’œuvre dans notre histoire et qui oppose le patriotisme, réaction du peuple devant l’invasion étrangère qui le conduit à la résistance et le nationalisme, position favorite de la bourgeoisie possédante, qui n’exclut pas sa collaboration avec l’ennemi pour régler ses comptes avec le peuple, des orléanistes qui n’ont d’autre souci que de continuer leurs affaires. Mais cette structure est partout à l’oeuvre12.

Il n’est pas le seul à défendre cette idée. Dans un Bloc-notes de 1954, François Mauriac écrit :

« En ces jours de rentrée, je songe que l’écolier français peut ouvrir au hasard son histoire de France : il tombera, selon les siècles, sur le parti anglais, sur le parti espagnol, sur le parti autrichien, sur le parti allemand.  Ce sont toujours les mêmes gens qui ont recours aux mêmes moyens pour la défense de leurs privilèges. Il y a là une donnée permanente de notre histoire, une sorte d’émigration de l’intérieur qui ne s’interrompra jamais : ce sont les collaborateurs éternels »13.

Veut-on une confirmation de ce fait, qui nous vienne d’ailleurs ? Claudio Magris, essayiste italien, écrit dans Danube que « la droite est patriote, mais elle fait feu plus souvent et plus volontiers sur ses compatriotes que sur les envahisseurs de la patrie »14.

Henri Guillemin découvre que la république bourgeoise, bien loin des idéaux proclamés, n’est qu’une certaine organisation du pouvoir, qui permet que les rouages essentiels (la finance et l’économie, la banque et l’entreprise) soient et demeurent entre les mains des « gens de bien(s) ». Ce n’est donc qu’une démocratie formelle, il n’y a qu’à voir à qui le droit de vote est réservé... Quand c’est nécessaire, c’est-à-dire pour régler les rivalités entre fractions de la bourgeoisie, on arme le peuple — mais ces civils armés, c’est bien dangereux. Donc, le plus vite possible, il faut les désarmer pour que les choses reviennent en ordre, pour que “l’ordre” soit rétabli.

Dans La Capitulation de Paris, Henri Guillemin parle de l’équipe des Jules, équipe d’honnêtes gens, il va sans dire, même si leur étiquette de Républicains a donné la nausée à ceux qui, étant habitués à « être aux affaires », comme on dit, pour mieux défendre les leurs, s’étaient identifiés à la France même. Ces derniers ne s’étaient résolus à leur laisser exercer le pouvoir que parce qu’ils préféraient qu’ils soient les seuls à endosser l’ignominie de la capitulation.

« Ces hommes de “gauche”, depuis qu’ils sont au pouvoir, passent leur temps à donner des gages à la droite. On les voit affamés d’obtenir la considération des milieux où ils se sentaient, jusqu’ici, méprisés. À se renier comme ils le font pour séduire la société élégante, ils ne gagnent rien du reste. On les emploie, mais avevc un sourire où la condescendance se mêle au dégoût »15.

Et, en 1956, François Mauriac : « Qu’est-ce qu’un ministère socialiste ? Nous le savons aujourd’hui : c’est un ministère qui exécute les mesures que le pays n’accepterait pas d’un gouvernement de droite ».

Henri Guillemin met au jour un mécanisme, à la fois politique et idéologique, qui consiste en ce que la classe dominante est prête à tout pour détourner l’attention du peuple de ce qui est essentiel et de ce à quoi il ne faut surtout pas toucher — le pouvoir de l’argent. Mécanisme du bouc émissaire. Donc, on crie ou on fait crier : « Tous à la Bastille ! », ou « À bas les curés ! » ou « À mort les juifs… ou les arabes ! » et jamais « À mort les banquiers ! », le pire étant que le moyen est presque imparable. Parce que le peuple manque souvent de sens critique, qu’il a une confiance qu’on peut juger naïve en ceux qui le gouvernent et sont censés avoir de l’instruction ; parce que les « têtes pensantes » savent jouer en virtuose de la division et du mensonge. Diviser pour régner : vieil adage, mais toujours vérifié. Alors, quand ceux qui sont censés s’opposer à une politique se divisent tout seuls, quelle aubaine pour le pouvoir !

«À bas les curés !». Ce qu’Henri Guillemin ne supporte pas, c’est bien l’antichristianisme, à ne pas confondre avec l’anticléricalisme — sur ce point, il ne rend des points à personne ! — , qui est le propre d’une bourgeoisie voltairienne, d’une classe de possédants qui sait bien que le message d’amour évangélique est incompatible avec sa propre soif de possession, avec le culte qu’elle rend à Mammon. Et dont on se sert pour détourner le peuple de ses véritables ennemis, pour faire diversion. Mais, pire encore est l’instrumentalisation de la religion par ceux qui n’en ont rien à faire, mais s’en servent comme d’un instrument de domination (voir Talleyrand célébrant la messe de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 !). Il y a fort à parier qu’Henri Guillemin aurait bondi d’indignation s’il avait entendu un discours à la louange du prêtre, censé corriger ce que l’instituteur peut apporter comme mauvaises idées. Il ne faut pas oublier de mentionner que la sympathie d’Henri Guillemin pour les petits curés de campagne, proches de leurs ouailles, soucieux de leur dignité — et que met à mal le système économique bourgeois —, authentiquement chrétiens, est justifiée par quelques figures emblématiques, comme celle de Pierre Dollivier, curé de Monchamps (en 1790), qui condamne avec sévérité l’ordre des possédants : « Il est odieux, ce curé, c’est un communiste, c’est un type qui parle dans le genre de Marat ! ».

S’il fallait résumer d’un mot le parti pris d’Henri Guillemin, il est pour ce peuple « cariatide » sur lequel repose l’édifice entier de la société, selon la belle expression de Victor Hugo que Guillemin affectionne : s’il cessait de supporter cet édifice, ce dernier s’écroulerait, c’est sûr. Alors, on fait tout pour qu’il ne bouge pas :

— recours à la violence, au moins potentielle, de la police et de l’armée (dernier rempart de la société libérale, comme disait un député giscardien) mais bien réelle, lorsqu’il s’agit de la guerre, intérieure ou extérieure ;

— recours à l’idéologie : rôle de l’éducation et de la religion pour prôner l’obéissance à un ordre social présenté comme ordre naturel, voulu par Dieu ou par la Raison :

— recours à une certaine pratique de l’histoire, comme reconstruction du passé pour la plus grande gloire de la classe dominante ;

— recours à l’abêtissement télévisuel, ajouterait-on aujourd’hui…

C’est tout cela qu’Henri Guillemin, historien, entend dénoncer. Et pour secouer, ébranler, cette chape de certitudes d’évidences qui nous empêche de parvenir à la vérité, il lui faut casser la prétendue neutralité des historiens patentés et adopter ce ton, qu’on lui a tellement reproché et qui est sa marque de fabrique. « J’essayerai de changer de ton, écrit-il à Henri Hoppenot en 1953, et de proscrire cette perpétuelle et grinçante ironie qui vous rendit désagréable la lecture de mon Coup d’État »16. Mais il n’y parvient pas, malgré les admonestations d’Henri Hoppenot. Il dit faire des efforts, honnêtement, mais chaque fois, il retombe dans son péché mignon. Il justifie cette écriture par l’indignation dont il est la proie dès qu’il perçoit le mensonge et l’abjection des « gens de bien ».

Et c’est bien ce côté de son œuvre qui la rend irremplaçable.


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1 Voir certains de ses articles dans les magazines féminins. Voyez aussi les reproches scandalisés qui accueillent son Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.

2 J-P. Vernant, La Traversée des frontières, Paris, Le Seuil, 2004, p.52 (de même que les trois citations suivantes).

3 Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, 2004 (Éd. Raisons d’agir, p. 19).

4 Lettre à Henri Hoppenot, août 1951.

5 Lettre à Henri Hoppenot, août 1951.

6 Radio-Télévision Belge (RTBF), série d’entretiens sur la Révolution française.

7 Les Origines de la Commune, tome II, L’héroïque défense de Paris (1870-1871), Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2008, p.288.

8 Ibid, p. 292

9 Les Origines de la Commune, tome II, Cette curieuse guerre de 1870, Thiers, Trochu, Bazaine, Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2007, p.8.

10 Ibid.

11 Cette curieuse guerre…, p.192.

12 Voir Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris (Gallimard, coll. Idées n°321, 1974 ; Les origines de la Commune, les émissions de la RTBF sur 1789, depuis Pétion, le Girondin, qui écrit « plutôt le despotisme que le règne de la canaille », jusqu’à ceux qui, lors de la dernière guerre, préféraient le nazisme au communisme.

13 F. Mauriac, D’un bloc-notes à l’autre, 1952-1969, édition établie par Jean Touzot, Paris (Éd. Bartillat), 2004, p. 94.

14 C. Magris, Danube, Paris, Gallimard, Folio n°2162),1986, p.274.

15 Les origines de la Commune. La Capitulation de Paris, Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2008, p. 90.

16 En réalité, il s’agit du Coup du 2 décembre, Paris (Gallimard), 1951.

 

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M. Patrick Rödel anime, par ailleurs, son propre blog sur Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-rodel

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Henri Guillemin

  • Le Jocelyn de Lamartine. Étude historique et critique avec des documents inédits, Paris, Boivin, 1936, 858 p.
  • Les visions. Poème inachevé de Lamartine (thèse complémentaire pour le doctorat ès-Lettres), Paris, Les Belles Lettres, 1936, 255 p.
  • Flaubert devant la vie et devant Dieu, Paris, Plon, 1939, 235 p. Préface de François Mauriac. Réédition Utovie.
  • Lamartine, l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin, 1940, 166 p. Réédition Utovie.
  • Une histoire de l’autre monde, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1942. Réédition Utovie.
  • Connaissance de Lamartine, Fribourg, Bibliothèque de l’université, 1942, 312 p. Réédition Utovie.
  • « Cette affaire infernale ». Les philosophes contre Jean-Jacques. L’affaire Rousseau-David Hume, 1766, Paris, Plon, 1942. Réédition Utovie.
  • Un homme, deux ombres (Jean-Jacques, Julie, Sophie), Genève, Au milieu du monde, 1943, 323 p. Réédition Utovie.
  • Les affaires de l’Ermitage, 1756-1757, Genève, Annales Jean-Jacques Rousseau, 1943.
  • La bataille de Dieu. Lamennais, Lamartine, Ozanam, Hugo, Genève, Au milieu du monde, 1944, 246 p. Réédition Utovie.
  • Les écrivains français et la Pologne, Genève, Au milieu du monde, 1945.
  • Sous le pseudonyme de Cassius : La vérité sur l’affaire Pétain, Genève, Au milieu du monde, 1945, 218 p. Réédition Utovie.
  • Rappelle toi, petit, Porrentruy, Portes de France, 1945. Réédition Utovie.
  • Lamartine et la question sociale, Paris, Laffont, 1946. Réédition Utovie.
  • Histoire des catholiques français au XIXe siècle (1815-1905), Genève, Au milieu du monde, 1947, 393 p. Réédition Utovie.
  • Lamartine en 1848, Paris, P.U., 1948. Réédition Utovie.
  • La tragédie de Quarante Huit, Genève, Au Milieu du Monde, 1948.
  • Cette nuit-là, Neuchâtel, Le Griffon, 1949. Réédition Utovie.
  • L’humour de Victor Hugo, Boudry, La Baconnière, 1951.
  • Victor Hugo par lui-même, Paris, Le Seuil, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", 1951, 190 p.
  • Victor Hugo. Pierres (vers et prose), Genève, Éditions du Milieu du monde, 1951.
  • Le coup du 2 décembre, Paris, Gallimard, 1951. Réédition Utovie.
  • Victor Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.
  • M. de Vigny homme d’ordre et poète. N.R.F. Gallimard 1955, in- 12 de 202 pp. + 3 ff. non chiffrés. Fac-similé, en frontispice, d’une page du manuscrit de Vigny.

H. Guillemin donne les preuves que Vigny fut indicateur de police (voir le dossier dédicaces). C’est un portrait bien curieux et bien inattendu d’Alfred de Vigny que celui qui émerge de ce livre. Henri Guillemin, grâce à de nombreux documents inédits, enfin mis au jour, nous restitue la figure complexe et assez inquiétante du poète des Destinées. La révélation capitale de cette étude est celle du rôle (qu’on n’imaginait guère) que Vigny joua spontanément, dans une espèce de passion civique, auprès de la police impériale, qu’il renseigna, pendant plusieurs années, sur les « mauvais esprits » et gens dangereux de la région charentaise où il avait ses terres. On trouvera ici en outre un important supplément au Journal d’un Poète, des indications précieuses sur la genèse des Destinées, des projets de poèmes, des notes pour Daphné et pour les Mémoires, et une vingtaine de lettres inédites.

  • Claudel et son art d’écrire, Paris, Gallimard, 1955.
  • Les origines de la Commune. t. I : Cette curieuse guerre de 70. Thiers - Trochu - Bazaine, Paris, Gallimard, 1956, 266 p. Réédition Utovie.
  • À vrai dire, Paris, Gallimard, 1956, 214 p.

Guillemin y reprend contre André Gide les accusations portées deux ans plus tôt dans son article « À propos du Journal de Gide », Journal de Genève, 9 janvier 1954, page 3. André Gide aurait, en 1946, dissimulé des passages collaborationnistes de son Journal publiés en 1940. Comme le remarqua très vite Henri Massis, l’accusation ne tient pas, Guillemin ayant mélangé les textes des deux périodes.

  • Benjamin Constant muscadin, Paris, Gallimard, 1958. Réédition Utovie.
  • Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon, Paris, Plon, 1959, 210 p.
  • Les Origines de la Commune. t. II : L’héroïque défense de Paris, Paris, Gallimard, 1959. Réédition Utovie.
  • Zola, légende et vérité, Paris, Julliard, 1960, 193 p. Réédition Utovie.
  • Les Origines de la Commune. t. III : La capitulation, Paris, Gallimard, 1960. Réédition Utovie.
  • Éclaircissements, Paris, Gallimard, 1961.
  • L’Énigme Esterhazy, Paris, Gallimard, 1962, 263 p. Réédition Utovie.
  • Présentation des Rougon-Macquart, Paris, Gallimard, 1964. Réédition Utovie.
  • L’Homme des Mémoires d’Outre-Tombe, Paris, Gallimard, 1965. Réédition Utovie.
  • L'Affaire Dreyfus documentaire, 1965
  • L’Arrière-pensée de Jaurès, Paris, Gallimard, 1966, 235 p. Réédition Utovie.
  • La Première résurrection de la République, 24 février 1848, Paris, Gallimard, 1967. Réédition Utovie.
  • Le « converti ». Paul Claudel, Paris, Gallimard, 1968, 242 p. Réédition Utovie.
  • Pas à pas, Paris, Gallimard, 1969.
  • Napoléon tel quel, Paris, Trévise, 1969, 153 p. Réédition Utovie.
  • Jeanne, dite Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1970. Réédition Utovie.
  • L’Avènement de Monsieur Thiers, suivi de Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971. Réédition Utovie.
  • La liaison Musset-Sand, Paris, Gallimard, 1972. Réédition Utovie.
  • Précisions, Paris, Gallimard, 1973.
  • Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris, Gallimard, « Idées », 1974, 476 p.
  • Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976. Réédition Utovie.
  • Sullivan ou la parole libératrice, Paris, Gallimard, 1977.
  • Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1978.
  • Charles Péguy, Paris, Le Seuil, 1981. Réédition Utovie.
  • L’Affaire Jésus, Paris, Le Seuil, 1982, 152 p.
  • Le Général clair-obscur, Paris, Le Seuil, 1984.
  • L’Engloutie. Adèle, fille de Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1985, 158 p.
  • Robespierre, politique et mystique, Paris, Le Seuil, 1987, 422 p.
  • Silence aux pauvres !, Paris, Arléa, 1989, 120 p.
  • Vérités complémentaires, Paris, Le Seuil, 1990, 386 p.
  • Du courtisan à l’insurgé. Vallès et l’argent, Paris, Arléa, 1990, 164 p.
  • La Cause de Dieu. Essai, Paris, Arléa, 1990, 215 p.
  • Regards sur Nietzsche, Paris, Le Seuil, 1991, 310 p.
  • Une certaine espérance. Conversations avec Jean Lacouture, Paris, Arléa, 1992, 186 p. Réédition Utovie.
  • Malheureuse Église, Paris, Le Seuil, 1992, 250 p.
  • Les Passions d’Henri Guillemin, Boudry, La Baconnière, 1994, 448 p.

Livres sur Henri Guillemin

·  Patrick Berthier, Le cas Guillemin, Paris, Gallimard, 1979, 243 p.

·  Patrick Berthier, « Retour au « cas » Guillemin », Revue historique neuchâteloise, 2005/4, p. 321-340.

·  Maurice Maringue, Henri Guillemin le passionné, Éditions de l’Armançon, 1994, 152 p. Préface de François Mitterrand.

 

Etienne Chouard

·  Anime le site  http://etienne.chouard.free.fr/ où, entre autres choses, il reproduit et commente certains des textes d’Henri Guillemin.

· et aussi  le-message.org

(site offrant une présentation synthétique des travaux, des vidéos et des documents d'Étienne Chouard )

·  Conférence sur le traité de Maastricht et l’Article 104

Débat entre Étienne Chouard et Florence Gauthier sur une Constituante : Tirage au sort ou Suffrage universel ?    http://www.youtube.com/watch?v=PSkuvFJ6iUQ


Livres de Florence Gauthier, Marc Belissa, Yannick Bosc et alii

(non exhaustif !)

http://www.decitre.fr/auteur/322016/Florence+Gauthier/

Conférence de Florence Gauthier sur Robespierre

 http://www.youtube.com/watch?v=zt6z1hFgVng


Livres de Marc Belissa tout seul

  • Fraternité Universelle et Intérêt National (1713-1795). Les cosmopolitiques du droit des gens, Paris, Éditions Kimé, janvier 1998, 480 p., (version abrégée de la thèse de doctorat).
  • Révoltes et Révolutions En Europe (Russie comprise) et aux Amériques de 1773 à 1802, collection "Objectif concours", Hachette Université, 2004.
  • Aux origines d’une alliance improbable : le réseau consulaire français aux États-Unis, 1776-1815, (avec S. Bégaud et J. Visser), P. I. E. Peter Lang, Ministère des Affaires Étrangères, coll. "Diplomatie et Histoire", Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2005.
  • Repenser l’ordre européen 1795-1802, Paris, Éditions Kimé, 2006.
  • La Russie mise en Lumières, Représentations et débats autour de la Russie dans la France du XVIIIe siècle, Paris, Éditions Kimé, 2010.
  • Haendel en son temps, Paris, Éllipses, 2011.

ou presque…

  • Cosmopolitisme, Patriotisme, Europe, Amériques, 1776-1802, avec Bernard Cottret, Rennes, Les Perséides, 2005.
  • Identités et Appartenances à l’époque moderne, avecMonique Cottret, Laurence Crocq, Jean Duma, Actes du colloque de Paris X Nanterre, Nolin, 2005.
  • Acteurs diplomatiques et ordre international XVIIIe - XIXe siècle, avec G. Ferragu, Paris, Éditions Kimé, 2007.
  • Républicanismes et droit naturel. Des Humanistes aux révolutions des droits de l'homme et du citoyen, avec Yannick Bosc et Florence Gauthier, Paris, Kimé, 2009.
  • Le Martyr. Moyen Âge – Temps modernes, avec F. Collard et M. Cottret, Paris, Éditions Kimé, 2010.

Page personnelle Paris X Nanterre

À noter que ces Messieurs-Dames animent avec une rigueur et un talent rares au moins deux sites :

http://revolution-francaise.net/

http://www.lecanardrépublicain.net/

http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?auteur33   (Florence Gauthier)

 

Livres de Claude Mazauric

  • Babeuf et la conspiration pour l'égalité, Éditions sociales, 1962
  • Sur la Révolution française, Éditions sociales, 1970
  • De la Première République à la seconde Restauration. Quarante ans de dessins de presse, illustrations de Jean Effel, Temps Actuels, 1981
  • Jacobinisme et révolution : autour du bicentenaire de Quatre-vingt-neuf, Éditions sociales, 1984
  • La Révolution française : octobre 1789-septembre 1791, avec Michel Vovelle, Messidor, 1986
  • Vive la Révolution, avec Antoine Casanova, Messidor, 1989
  • Un historien en son temps, Albert Soboul (1914-1982). Essai de biographie intellectuelle et morale, éditions d'Albret, 2004
  • La Révolution française, avec Pascal Dupuy, Vuibert, 2005
  • Frontières et espaces frontaliers du Léman à la Meuse. Recompositions et échanges de 1789 à 1814, avec Jean-Paul Rothiot, Presses universitaires de Nancy, 2007
  • La Révolution française. Dynamique et ruptures, 1787-1804, avec Michel Biard, Armand Colin, 2008
  • L'histoire de la Révolution française et la pensée marxiste, PUF, 2009
  • Jean-Jacques Rousseau à 20 ans : Un impétueux désir de liberté, Au diable vauvert, 2011

 

Livres de Patrick Rödel

  • Le Livre du cèpe, éditions Confluences, 2005.
  • Le Coiffeur du Splendid Hôtel, éditions Confluences, 2003.
  • Marguerite et Salomé, éditions Confluences, 2001.
  • Pour solde de tout compte, éditions du Passant, 2000.
  • Spinoza ou le masque de la sagesse, éditions Climats, 1997.
  • Le Lycée Montaigne, avec Michel Pétuaud-Létang, éditions Confluences, 1996.
  • L’Été d’Elsa, éditions du Tournefeuille, 1996.
  • La Maison blanche de la rue Dubarry, éditions du Tournefeuille, 1995.

 

Livres de Patrick Berthier

Voir : http://lamo.univ-nantes.fr/CV-Patrick-Berthier

http://upnpdc.pagesperso-orange.fr/conf/berthier/berthier.html


Livres d’Olivier Blanc

  • Olympe de Gouges (avec une préface de Claude Manceron, Éditions Syros, Paris, 1981, 238 p.

Traduit en allemand et en japonais.

    • Réédition, revue et augmentée, sous le titre « Olympe de Gouges : une femme de libertés » : coédition Syros et Alternatives, Paris, 1989, 236 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • La Dernière Lettre, prisons et condamnés de la Révolution, préface de Michel Vovelle, Robert Laffont, 1984 & Collection Pluriel 1986 (avec critiques et commentaires).

Traduit en allemand, italien, hollandais, japonais, anglais, etc.

  • Madame de Bonneuil : femme galante et agent secret, 1748-1829 (avec unepréface de Jacques Godechot), Éditions Robert Laffont, coll. « Les Hommes et l’histoire », Paris, 1987, 285 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Les Hommes de Londres, histoire secrète de la Terreur, Éditions Albin Michel, Paris, 1989, 253 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Voir le compte rendu de Antoine Boulant paru dans la Revue d’histoire diplomatique, 104e année, 1990, p.181-182 : « L’ouvrage d’Olivier Blanc se termine par des annexes d’un grand intérêt, de nombreuses notes de références et un index. Il nous confirme en apportant de nouveaux renseignements que l’activité des agents anglais en France fut bel et bien réelle, et qu’elle toucha les milieux les plus élevés. D’aucuns contesteront sans doute la signification donnée par Olivier Blanc à la Terreur et continueront après Soboul à voir en elle un "instrument de défense nationale". Ne doutons pas cependant de la place essentielle tenue désormais par cet ouvrage dans l’historiographie de la Révolution comme dans celle de la diplomatie moderne. »
  • La Corruption sous la Terreur : 1792-1794, Éditions Robert Laffont, coll. « Les hommes et l’histoire », Paris, 1992, 238 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Traduit en portugais.
  • Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Éditions Perrin, Paris, 1995, 371 p.

Voir François Crouzet, « L’aventure des espions de 1789 à 1810 », Le Figaro, jeudi 18 février 1996 : « le livre d’Olivier blanc apporte une foule de révélations passionnantes sur le dessous des cartes, de Valmy à Waterloo… »

  • Les Libertines : plaisir et liberté au temps des Lumières, Éditions Perrin, Paris, 1997, 277 p.

Ouvrage couronné par le prix Thiers de lAcadémie française. Traduit en allemand.

  • L’Amour à Paris au temps de Louis XVI, Éditions Perrin, coll. « Pour l’histoire », Paris, 2002, 355 p. + 8 p. de planches illustrées.

Également traduit en italien et en letton.

  • L’Éminence grise de Napoléon : Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Éditions Pygmalion, Paris, 2002, 331 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Marie-Olympe de Gouges : une humaniste à la fin du XVIIIe siècle, Éditions René Viénet, Belaye, 2003, 270 p.
  • Portraits de femmes : artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Éditions Didier Carpentier, coll. « Patrimoine », Paris, 2006, 348 p.  

 

Livres de Serge Deruette

http://www.decitre.fr/auteur/392023/Serge+Deruette/

http://lpa.atheisme.ca/montreal2010/sp/deruette_serge_fr....

 

16. Lire Jean Meslier.gif



À propos de 

Lire Jean Meslier.

de Serge Deruette.

 


Henri Guillemin a eu des mots très durs pour Meslier, dont il n’a, hélas, connu que les extraits de son Testament publiés – et quelque peu rewrités – par Voltaire. Il a pris Jean Meslier le révolutionnaire, le champion des humiliés et des offensés, pour un prêtre renégat, un « athéiste » s’avançant masqué. C’était d’ailleurs probablement ainsi que le voyait Voltaire.

Le sire de Ferney a beaucoup – et peut-être même pas de mauvaise foi - tiré à lui des penseurs qu’il n’a pas compris. Ainsi de Rabelais, où il n’a jamais vu qu’un Swift manqué, totalement inconscient de l’influence énorme – génétique ! – du père de Pantagruel sur la Révolution française et sur celles qui allaient la suivre, en Russie, en Chine et ailleurs.

On regrettera, mais qu’y peut-on, qu’Henri Guillemin n’ait pas vécu assez longtemps pour connaître les travaux, qui font date et seront difficiles à dépasser, de Serge Deruette sur le singulier abbé.

Et on rappellera, car cela s’impose, le péril pas du tout théorique que le pouvoir temporel de l’Église faisait encore courir à quiconque osait penser à la fin du XVIIIe siècle. 

« Jusques au feu exclusivement » a pu être la devise de Meslier comme elle a été celle de Rabelais. Qui aurait l’audace de l’en blâmer ?

Quand Robespierre disait « (Ces superstitions que vous leur reprochez) ils les abandonneront d’eux-mêmes quand ils seront heureux », c’était le verbe de Rabelais fait chair qui s'exprimait. Jean Meslier n’a rien pu penser d’autre.

 

*

Place du Marché – Leipzig – 2002

Erbarme Dich mein Gott

J. S. Bach - Passion selon Saint Mathieu  - BWV 244

Nigel Kennedy : « C’est un honneur pour nous de jouer ici, avec l’église du divin Bach dans le fond. Nous allons faire de notre mieux. »

 

 

 

*

 Mis en ligne le 20 octobre 2013.

 

18:42 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

11/10/2013

Notre Cap de Bonne Espérance

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Notre Cap de Bonne Espérance

Israël Shamir

Commençons par la bonne nouvelle: l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que celui de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances pour que se déclenche la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en Méditerranée orientale. Il nous faudra un certain temps avant de percevoir la réalisation de ce à quoi nous avons travaillé dans l’ombre, et c’est normal pour des événements d’une telle grandeur. Les turbulences aux USA, depuis la folle course poursuite à Washington jusqu’à la fermeture de l’administration fédérale et la possibilité du défaut de paiement,  sont les conséquences de ce moment historique-là.

Souvenons-nous de la chute du Mur de Berlin. Quand il s’est effondré, je me trouvais à Moscou, j’écrivais pour Haaretz. Je m’étais rendu à une conférence de presse donnée par des membres du Politburo à l’hôtel Président, et je leur avais demandé s’ils pensaient que c’était la fin de l’URSS et du système socialiste. Ils m’avaient ri au nez, parce que c’était une situation trop embarrassante pour eux. « Mais non, disaient-ils en chœur, le socialisme va se mettre à fleurir, voilà ce que va donner la chute du Mur ». Deux ans plus tard, il n’y avait plus d’URSS. Notre mémoire voit tout cela en raccourci, maintenant, comme une seule courte séquence. Or, cela avait pris un certain temps.

Le point de tension culminant, en ce mois de septembre 2013, fut la vision, sous le soleil de midi, des cinq destroyers US face aux rivages du Levant, pointant leurs Tomahawks sur Damas, et, leur faisant face, la flotte de onze  navires russe - avec, à sa tête, le fameux Moskva transporte-missiles «tueur de porte-avions», renforcée par des bateaux de guerre chinois. Apparemment, deux missiles ont bel et bien été lancés vers la côte syrienne, et tous deux ont échoué à atteindre leur cible.

Un quotidien libanais, citant des sources diplomatiques, a prétendu que les missiles étaient partis d’une base de l’OTAN en Espagne et avaient été abattus par le système russe de défense air-air, à partir d’un navire. Une autre explication – celle proposée par Asia Times - mentionne un détournement par les Russes, qui, grâce à leurs GPS puissants et bon marché, auraient rendu inutilisables les Tomahawks sophistiqués et chers, en les égarant et en les faisant chuter. Il y a encore une autre version, qui attribue le lancement aux Israéliens, soit qu’ils l’aient fait pour tenter de provoquer le déclenchement des hostilités, soit qu’ils se soient, comme ils le prétendent, contentés d’observer les nuages. Quoi qu’il en soit, après cet étrange incident, la pétarade n’a pas commencé, parce que le président Obama a gardé son sang-froid et rengainé son colt. Cela fut précédé, il faut le rappeler, d’un vote inattendu au parlement britannique, ce corps vénérable ayant décliné l’honneur de se joindre à l’attaque proposée par les USA. Pour la première fois depuis deux cents ans, le parlement britannique a refusé une offre bien réelle de prendre l’initiative d’une guerre. D’habitude, ils ne résistent pas à la tentation...

Puis le président Obama a décidé de refiler la patate chaude au Congrès. Sans doute n’avait-il pas envie d’être celui qui déclencherait l’Armageddon. Mais à partir de là, c’était trop tard. Le Congrès ne voulait pas entrer en guerre, une guerre aux conséquences imprévisibles. Obama a essayé de froncer les sourcils devant Poutine lors du G20 à Saint Petersbourg, mais cela n’a pas marché.  La proposition russe d’en finir avec les armes chimiques de la Syrie permettait au président Obama de sauver la face. Cette mésaventure a réglé leur compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini, le « destin manifeste » des USA. Nous l’avons tous appris des productions hollywoodiennes, le héros ne saurait afficher profil bas : viser et tirer, c’est tout ce qu’il peut faire. S’il rengaine, ce n’est plus un héros, c’est un capon.

Après quoi, tout s’est accéléré. Le président US a eu un entretien avec le nouveau président iranien, ce qui ne pouvait que peiner Tel Aviv. Les rebelles de l’Armée Syrienne Libre ont décidé de discuter avec Assad au bout de deux ans de harcèlement, et leur délégation est arrivée sans encombre à Damas, laissant les extrémistes islamistes le bec dans l’eau. Le Qatar, leur grand soutien, s’écroule à tous les étages. Ce qui se passe maintenant au niveau de l’administration fédérale donne aux citoyens US de vrais soucis pour des enjeux bien réels. Avec la fin de l’hégémonie US, les jours du dollar comme monnaie de réserve mondiale sont comptés.

La Troisième Guerre mondiale a failli avoir lieu, comme le souhaitaient les banksters. Ils ont trop de dettes, sans compter la dette extérieure monstrueuse des USA. Si les Tomahawks avaient fait mouche, ils auraient crié «c’est un cas de force majeure !» et ils en auraient profité pour effacer la dette. Des millions de gens auraient péri et des milliards de dollars se seraient planqués, sains et saufs, dans les caves de JP Morgan et de Goldman Sachs. En septembre, le monde a su bifurquer et se tirer de leurs griffes parce que le président Obama a refusé de faire le jeu des banksters. Il se pourrait qu’il l’ait bien mérité, son prix Nobel de la paix, après tout.

Le futur proche s’annonce turbulent mais il n’y a plus d’issue fatale. Les US vont perdre leurs droits à tirer leurs revenus de la planche à billets. Le dollar US cessera de servir de monnaie de réserve au monde entier, mais restera la monnaie de l’Amérique du Nord. D’autres parties du monde vont faire appel à leurs euros, yens, roubles, bolivars ou dinars. Le budget de la défense US retrouvera des proportions normales, et la fermeture de bases à l’étranger ainsi que la réduction des armements permettra à la population US de réussir la transition sans trop écoper. Personne n’a envie de s'en prendre à l’Amérique, mais le monde e monde en a marre de ses chevauchées flingue au poing. Les États-Unis vont devoir trouver de nouveaux emplois pour tous leurs banquiers, gardiens de prisons et soldats, sans oublier un certain nombre de politiciens.

Comme j’étais à Moscou pendant la crise, j’ai observé ces événements tels que les ont ressentis les Russes. Poutine et la Russie ne cessent - et cela dure depuis pas mal de temps - d'être soumis à d'énormes pressions :

* Les USA ont soutenu et financé l’opposition libérale russe et nationaliste; les élections ont été présentées comme une immense fraude, en bloc, le gouvernement russe en a perdu une partie de sa légitimité.

* L’Acte Magnitsky au Congrès a permis aux autorités US de confisquer les biens de tous les Russes et d’arrêter ceux dont ils subodorent qu’ils pourraient «mal» agir, et sans qu’ils puissent recourir à la justice.

* Certains fonds russes ont été saisis à Chypre,  où les banques avaient de gros soucis.

* Les US ont encouragé les Pussy Riots, les gay parades et autres à Moscou, dans le but de faire passer Poutine pour un dictateur, un ennemi des libertés et un homophobe, dans les media occidentaux et dans les media russes tenus par l’oligarchie.

* Le soutien de la Russie à la Syrie a été critiqué, ridiculisé et présenté comme un acte brutal de déni d’humanité. Au même moment, les magnats de la presse occidentale affirmaient que la Russie finirait par laisser tomber la Syrie.

Comme je l’ai écrit il y a déjà longtemps, la Russie n’avait pas l’intention de lâcher la Syrie, pour un certain nombre de bonnes raisons : les chrétiens orthodoxes syriens mettent leur confiance dans la Russie, et géopolitiquement parlant, la guerre se rapprochait trop des frontières russes. Mais la raison principale, c’est que les Russes en avaient assez que l’Amérique leur tienne la dragée haute. Les Russes considéraient que des décisions aussi importantes devaient être prises par la communauté internationale, plus précisément par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils n’appréciaient nullement le rôle d’arbitre mondial que se donnait l’Amérique.

Dans les années 1990, la Russie était très affaiblie, et ne pouvait guère manifester son opposition, mais les Russes avaient mal ressenti le bombardement de la Yougoslavie et l’avancée des troupes de l’OTAN vers l’est, en violation de la promesse donnée par les États-Unis à Gorbatchev. La tragédie libyenne a rajouté à l’indignation. Ce malheureux pays s’est vu bombardé par l’OTAN, et s’en est trouvé désintégré. D’État le plus prospère de l’Afrique, la Libye est passée au rang des plus misérables. La présence russe en Libye était des plus limitées, mais la Russie y a quand même perdu quelques investissements. La Russie s’était abstenue de voter lors du vote sur la Libye parce que c’était la position du président Dimitri Medvedev, qui croyait au partenariat possible avec l’Occident. Mais Poutine n’était absolument pas prêt à livrer la Syrie au même avenir.

La rébellion russe contre l’hégémonie US a commencé en juin dernier, lorsque le vol d’Aéroflot qui transportait Ed Snowden a atterri à Moscou. Les Américains ont appuyé sur tous les boutons à leur portée pour le récupérer. Tout le spectre de leurs agents s’est déployé en Russie. Et très peu de voix, parmi lesquelles celle de votre serviteur, ont appelé la Russie à offrir un refuge sûr à Snowden, mais ce sont nos voix qui ont prévalu. Malgré les pressions US, l’asile politique a été garanti à Snowden.

Étape suivante, l’escalade syrienne. Je ne veux pas entrer dans les détails des attaques chimiques présumées. Du point de vue russe, cela ne pouvait absolument pas constituer une raison pour que  les USA entrent en guerre en Syrie ni nulle part ailleurs. En un sens, les Russes ont remis la loi des nations à sa place révérée d’autrefois. Le monde est devenu un endroit meilleur et plus sûr pour ses habitants.

Rien de tout cela n’aurait pu se passer sans le soutien de la Chine. Le géant asiatique considère la Russie comme sa «grande sœur», et lui fait confiance pour négocier adroitement avec le monde des yeux ronds. Les Chinois, avec leur style placide et leur air de ne pas y toucher, ont joué dans le camp de Poutine. Ils ont fait passer Snowden jusqu’à Moscou. Ils ont opposé leur veto aux projets anti-syriens du Conseil de Sécurité, et ont envoyé leurs navires de guerre en Méditerranée. Voilà pourquoi Poutine a tenu bon, pas seulement pour le compte de la Russie, mais pour la masse entière de l’Eurasie.

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L’Église, elle aussi, a soutenu les efforts de Poutine : et non seulement l’Église russe, car les catholiques et les orthodoxes ensemble se sont élevés contre la campagne de soutien yankee aux «rebelles» massacreurs de chrétiens. Le pape a fait appel à Poutine en tant que défenseur de l’Église; les Églises de Jérusalem et d’Antioche ont fait de même. Le pape a quasiment menacé Hollande d’excommunication, et la menace voilée a troublé le président français. De sorte que Poutine a bénéficié d’un double soutien : celui des patriarches orthodoxes et celui du pape, cas de bénédiction double extrêmement rare.

Il y a eu bien des épisodes palpitants dans la saga syrienne, de quoi remplir des volumes. L'un d'entre eux fut la tentative de faire plier Poutine, lors du G8 en Irlande. Il devait y faire face au front uni de l’Occident, mais il s’est débrouillé pour en mettre quelques-uns de son côté et a semé les graines du doute dans le cœur des autres, en leur rappelant les hauts-faits des chefs anthropophages dans le camp des rebelles.

La proposition d’éliminer les armes chimiques syriennes fut introduite adroitement; et la résolution du conseil de Sécurité bloqua la possibilité d’attaquer la Syrie en se prévalant de l’article 7. Miraculeusement, les Russes avaient gagné dans la lutte sans merci. Le risque avait été immense : la Syrie était sur le point de se retrouver détruite comme la Libye; une attaque israélo-américaine sur l’Iran devenait inévitable; la chrétienté orientale perdait son berceau; l’Europe se voyait envahie par des millions supplémentaires de réfugiés; la Russie aurait prouvé qu’elle ne comptait pas, que sa parole était du vent, qu’elle pesait à peu près autant que la Bolivie, dont on peut se permettre d’arraisonner et de fouiller l’avion présidentiel à tout bout de champ. Incapable de défendre ses alliés, incapable de tenir sa position, la Russie se serait vu gratifier d’une victoire morale, euphémisme pour la défaite. Tout le travail accompli par Poutine en treize ans aurait été à vau-l’eau. La Russie serait revenue à son statut de 1999, quand Clinton bombardait Belgrade.

Le point culminant de la confrontation fut atteint lors de l’échange entre Obama et Poutine à propos de l’exceptionnalisme. Déjà les deux hommes n’étaient pas spécialement copains, et Poutine était plus qu'agacé par l’hypocrisie et le manque de sincérité d’Obama. Or, parti de très bas pour arriver très haut, il attache beaucoup de prix à sa liberté de s'adresser sans détours aux gens de tous bords. Son franc parler peut même parfois passer pour brutal. Ainsi, le jour où un journaliste français l’a un peu trop cherché sur le problème des séparatistes tchétchènes, il lui a répondu :

« les extrémistes musulmans (takfiristes) sont les ennemis des chrétiens, des athées et même des musulmans parce qu’ils considèrent que l’islam traditionnel est hostile aux buts qu’eux-mêmes poursuivent. Si vous voulez devenir un islamiste radical et si vous êtes décidé à vous faire circoncire, venez à Moscou. Notre pays est multi-confessionnel, et nous avons des experts capables de faire l'opération dans les règles. Je leur conseillerais pour ma part de la pratiquer de manière à ce que rien ne repousse à cet endroit ! »

On a eu un autre exemple de son discours scandaleusement sincère lorsqu'il  a répondu, à Valdaï, aux questions de Bridget Kendall, de la BBC. Elle lui avait demandé si la menace des frappes militaires US n'avait pas joué un rôle dans le fait que la Syrie accepte de mettre ses armes sous contrôle. Poutine lui a rappelé que l'armement chimique syrien avait été conçu comme une protection contre l’arsenal nucléaire d’Israël. Logiquement, il a alors appelé au désarmement d’Israël et a invoqué l'exemple de Mordechai Vanunu, savant israélien opposé aux armes nucléaires (mon interview de Vanunu venait de paraître dans le plus important quotidien russe et s’était acquis une certaine notoriété).

Poutine a essayé de parler franchement à Obama. Nous connaissons la teneur de leur dialogue grâce à l’enregistrement fuité de la conversation confidentielle Poutine-Netanyahu. Poutine en a appelé à l’Américain et lui a posé la question : « C’est quoi, votre objectif en Syrie? ». Obama lui a répondu : « Ce qui m’inquiète, c’est que le régime d’Assad ne respecte pas les droits humains. » Poutine a failli vomir devant pareille hypocrisie, et il l’a prise pour un refus de la part d’Obama de discuter avec lui « les yeux dans les yeux ».

Au lendemain de la crise aigüe en Syrie, Obama s’est adressé au monde entier au nom de l’exceptionnalisme américain. La politique des USA « est ce qui fait la différence de l’Amérique. C’est ce qui nous rend exceptionnels », a-t-il dit. Poutine a rétorqué : « C’est très dangereux d’encourager les gens à se voir comme des exceptions. Nous sommes tous différents, mais lorsque nous implorons la bénédiction divine, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a fait égaux. » Ce débat n’était donc pas seulement un débat idéologique : il était aussi théologique.

Comme je l’ai développé dans mon ouvrage PARDES*, les USA se sont construits sur la théologie judaïque de l’exceptionnalisme, du peuple élu. C’est le pays de l’Ancien Testament. C’est là une raison très profonde de l’alliance spéciale entre Israël et les USA. L'Europe traverse une étape d'apostasie et de rejet du Christ, alors que la Russie est profondément chrétienne. Ses églises sont pleines, on se souhaite Joyeux Noël et Joyeuses Pâques les uns aux autres, il n'y a pas de «morte» saison. La Russie est un pays du Nouveau Testament. Et le rejet de l'exceptionnalisme, de la notion de peuple élu, est le soubassement de la chrétienté.

Voilà pourquoi, tandis que la communauté juive des USA voulait la guerre, condamnait Assad et appelait à une intervention US, la communauté juive de Russie, assez nombreuse, riche et influente, n'a pas soutenu les rebelles syriens mais plutôt les efforts de Poutine pour préserver la paix. Il en a été de même en Iran, où la riche communauté juive a choisi, elle aussi, le Cap de Bonne Espérance. Il apparaît que les pays guidés par une église solidement implantée sont immunisés contre l’influence délétère des lobbies; alors que les pays qui n’ont pas d’institution comparable, qu’il s’agisse des USA ou de la France, cèdent aux pressions et adoptent l’interventionnisme illégal comme norme.

Tandis que l’hégémonie des USA décline, nous voyons s’ouvrir devant nous un avenir bien incertain. La puissance militaire américaine, telle un Béhémot de légende, peut encore provoquer ravages et naufrages; et la bête blessée n’en est, on le sait, que plus dangereuse. Les Américains feraient bien d’écouter la voix du sénateur Ron Paul, qui a appelé à fermer les bases d’outremer et à sabrer dans les dépenses militaires. Il faut enfin que les normes de la loi internationale et la souveraineté de tous les États soient respectées. Les peuples du monde aimeront de nouveau l’Amérique quand elle cessera d’espionner et de brutaliser tout ce qui existe. Ce n’est pas gagné, mais nous avons déjà doublé le Cap et gagné la Bonne Espérance

3. cape-point01.jpg

* http://plumenclume.org/home/10-pardes-une-etude-de-la-kab...

Intervention au Forum international de Rhodes, le 5 octobre 2013.

Traduction: Maria Poumier

Sources :

http://www.israelshamir.net/English/TheCape.htm

http://www.israelshamir.net/French/NotreCap.htm

http://www.plumenclume.net/article.php?pg=art1490


*

Et d’ailleurs…

Au Sommet de l’APEC

(Coopération Economique pour l’Asie-Pacifique)

qui s’est ouvert ce lundi 7 octobre à Bali

4. APEC_Logo_2003.jpg

 

Le président XI JINPING, son épouse et toute la délégation chinoise ont chanté « Happy Birthday » à Vladimir Poutine.

Source : http://weloveputin.net/archives/2180

 

*

Monti : Czardas – Nigel Kennedy

Trois versions, trois interprétations.

 

Dernière nuit des Proms 2013

 

Avec le groupe Kroke de Cracovie

Spirits of Music III (Leipzig) 2010


Un faux tzigane chez les vrais bourgeois

(25 Novembre 2008)

(Drôle de son, drôles d’images, drôle de caméra pirate, mais Monti et Kennedy passent outre)


*

Mis en ligne le 11 octobre 2013

22:09 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/10/2013

Il était une fois Picrocholand

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Aline de Diéguez

 

2. Il était une fois.jpg

Il était une fois Picrocholand...

Petit conte sur le monde tel qu'il va


3. peaux-rouges.jpg*

I

Il était une fois un pays qui avait fabriqué des armes si puissantes qu'il rêvait de faire la guerre aux étoiles.

De même qu'une grosse colonie de fourmis envoie des éclaireuses, puis un groupe entier dirigé par une nouvelle reine, fonder une colonie reliée à la maison mère, le paradis des Picrocholiens a été fondé par un détachement de colons issu du paradis des déiphages.

Ils s'installèrent sur une terre qu'ils déclarèrent pure de toute souillure.

Il y avait bien sur place quelques bipèdes emplumés, mais les éclaireurs avaient rapidement nettoyé le terrain. Pas de pitié pour les primitifs qui se permettaient de défendre leurs terres et de s'opposer à l'arrivée de la civilisation dans ces contrées sauvages. Ces sous-hommes ne méritaient pas de vivre et les Picrocholiens le prouvèrent de la manière la plus expéditive qui soit.

Ainsi, grâce à l'ingénieuse collaboration d'un éminent représentant de cette peuplade, Sir Jeffrey Amherst, associé à un commerçant avisé du nom de Rabbi Sharfman, les tribus Shawnee, Mingo et Delaware furent prestement éliminées. Nos deux compères avaient en effet inventé le judicieux stratagème qui consistait à offrir à des populations naïves et confiantes des couvertures et du linge infectés par la variole des Juifs caucasiens. Un plein succès a récompensé leurs efforts et le prix de leur investissement.

Dans le Colorado, un autre célèbre Picrocholien, le colonel John Chivington fit, avec ses cavaliers, un travail remarquable – «du bon boulot » selon l'expression élégante d'un domestique de l'empire à propos des assassinats commis dans une contrée exotique par des égorgeurs cannibales. Le « boulot » du colonel Chivington connut son apogée à Sand Creek. La troupe se rua sur un paisible camp Cheyenne et trucida tout le monde de la manière la plus sanguinaire et la plus barbare possible afin d'inspirer une salutaire terreur à toutes les autres tribus qui se seraient avisées de résister à l'innocent envahisseur. Les soldats scalpèrent les hommes, étripèrent femmes et enfants, mutilèrent les corps et fracassèrent les crânes des nourrissons.

D'innombrables exploits du même tonneau vinrent à bout de la racaille miséreuse qui avait l'audace de se prétendre propriétaire de son territoire. Ces sauvages ne savaient pas encore que les nouveau-venus étaient une espèce humaine supérieure, une race de maîtres, qu'ils avaient donc toujours raison et qu'ils l'emportaient partout où se posaient leurs augustes semelles. « Nous sommes justes par essence et forts par nature. Nous incarnons la Démocratie et la Liberté en marche sur la planète », tel était leur discours conscient et inconscient. En un mot comme en cent, « nous sommes exceptionnels » se susuraient-ils à eux-mêmes, avant même que leur « exceptionnalisme » débarque dans le discours officiel de leur dernier empereur..

En éradiquant les emplumés, les Picrocholiens avaient découvert la stratégie victorieuse de la conquête territoriale qu'ils nommèrent benoîtement pacification.

Durant un interminable siècle, il surent utiliser ce procédé avec un succès grandissant, faisant fi de la souffrance, de la désolation et de la mort que leur pacification engendrait partout où ils passaient.

 

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II

Forts de leurs premiers exploits les pieux colons originels clamèrent alors aux quatre vents que le territoire qu'ils occupaient était parfaitement désert. Se référant à notre éminent fabuliste, ils se proclamèrent les premiers occupants. En bonne logique capitaliste, ils déclarèrent dans la foulée et urbi et orbi, qu'ils étaient désormais les seuls et uniques propriétaires des plaines, des fleuves, des montagnes et de tout ce qui vole, court ou rampe sur cette terre, ainsi que de toutes ses richesses et cela jusqu'au noyau ferreux qui gît en son centre.

Ils avaient d'abord baptisé leur Nouveau Monde Eden, mais sous l'impulsion de leurs belliqueux empereurs successifs, cette région prit le nom de Picrocholand.

Il faut savoir que leur ancêtre éponyme, Picrochole 1er, s'était illustré dans la féroce Guerre des fouaces dont les échos résonnent encore en pays angevin. Les épisodes de cette guerre mémorable nous sont connus grâce au récit minutieux qu'en fit le talentueux chroniqueur de l'époque, François Rabelais, dans ses célèbres Aventures du géant Gargantua, de son père Grandgousier et de son fils Pantagruel.

En effet, cette Odyssée auprès de laquelle celle du grand Homère est une bluette pour demoiselle, reposait sur une méchante querelle de voisinage entre le cruel Picrochole et le gentil souverain voisin, notre illustre Grandgousier, à propos d'une question de brioches vilainement malmenées. Elle avait conduit le belliqueux Picrochole à mettre en branle une gigantesque soldatesque, équipée jusqu'aux dents. L'impressionnante artillerie de l'agressif Picrochole avait décimé tout ce qui se trouvait sur son passage, les porcs, les truies, les fermiers, les canards, les gorets et avait failli dévaster les vignes des saints ermites de l'abbaye de Seuilly, lesquelles n'avaient été sauvées de la destruction que grâce à l'intervention musclée de Frère Jean des Entommeures. Le saint homme expulsa les malotrus à grands coups de bâton et réussit à préserver le divin nectar produit par les vignes du Seigneur.

Sur le point d'être submergé, Grandgousier fit alors appel à son géant de fils, Gargantua, qui arriva à bride abattue sur son énorme jument, laquelle, en urinant, provoqua une crue si phénoménale qu'elle noya toute l'armée de Picrochole et sauva le royaume de Grandgousier.

Ce dernier paragraphe révèle d'une manière aveuglante la persistance et la force du patrimoine génétique dans les comportements humains et confirme que les deux derniers empereurs de la funeste lignée picrocholique - leurs Altesses impériales Picrochole XLIII, dit Bushus Debilus et Picrochole XLIV, plus connu sous le nom de Barakus Dronomaniacus - sont bien les dignes descendants de leur belliqueux et acariâtre ancêtre, le méchant Picrochole 1er.

 

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III

Comme il arrive souvent, la prospérité de la colonie a dépassé celle de la maison-mère. Les Pïcrocholiens en furent tellement fiers, et même tellement bouffis d'orgueil, que leur tête s'est mise à enfler. La petite bulle d'air et de folie qui permet à chacun de flotter légèrement au-dessus du sol a si puissamment gonflé dans leur cervelle que telle l'hélium d'une montgolfière, elle s'est propagée dans l'ensemble des circonvolutions cérébrales et a fini par envahir la totalité de leurs lobes frontaux.

Désormais, tous les Picrocholiens sont affligés d'une grosse tête dans laquelle se loge commodément leur bonne conscience, leurs illusions sur eux-mêmes, leur arrogance, leur cupidité, leur cruauté et leur indifférence à tout ce qui grouille au-delà de leurs frontières.

Ils sont persuadés qu'ils représentent, comme le proclamait un des leurs ancêtres, Thomas Jefferson, « the world's best hope », l'«indispensable nation » du monde civilisé, autant dire un phare destiné à guider tous les autres peuples sur la route du Bien et des félicités terrestres avant que celles-ci se métamorphosent en félicités éternelles. La terre conquise sur les emplumés devenait le lieu idéal où se réaliseraient les desseins de la divine Providence.

C'est donc en ce lieu béni, laboratoire d'un futur mirobolant, que le retour du messie allait coïncider avec un avenir glorieux dont ils seraient les heureux bénéficiaires.

En conséquence, ils se sont donné pour devise: Per aspera ad astra.

 

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IV

Pour faire court, les Picrocholiens appellent ROW - abréviation de Rest of the World - les territoires mystérieux, barbares et effrayants qu'ils se proposent de sauver des maléfices de Satan. D'ailleurs ne se proclament-ils pas eux-mêmes, et en toute modestie, tantôt « la nouvelle Jérusalem », tantôt «le nouveau Canaan »  ?

Les contrées qui clapotent à leurs frontières occupent-elles 98% de la superficie de la machine ronde ? Qu'à cela ne tienne, les vaillants missionnaires de la Démocratie bottée, messagers du Progrès et de la Justice, sont en permanence sur le pied de guerre. Brandissant l'étendard du « Manifest Destiny » qui leur permet de débouler sur le monde, ils en profitent pour s'approprier terres et richesses sous couleur de délivrer le monde de l'oppression des tyrans et d'apporter aux peuples Liberté, Bonheur et Démocratie par les mêmes moyens que ceux utilisés contre les tribus d'emplumés.

Comme l'écrivait notre sage Montaigne, « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». Mais cette belle pensée est incompréhensible à une peuplade habitée par un complexe de supériorité chez laquelle un étalage de la force tient lieu de politique.

C'est pourquoi les Picrocholiens appellent tyrans tous les dirigeants rowiens qui ont l'audace de ne pas se plier à leurs lois et à se prétendre les maîtres de leur boutique. Quant aux gouvernements légitimes qui leur déplaisent, ils sont qualifiés péjorativement de régimes: toutes les «voix de son maître » dans la presse écrite ou audiovisuelle, tant à l'intérieur de l'empire que chez ses vassaux, se sont empressées d'entonner en choeur, en bons petits soldats, leur mépris pour le «régime de Bachar », pour le «régime de feu Chavez », pour le «régime des mollahs » ou pour le «régime de Poutine », personne n'osant évoquer le «régime de Netanyahou ».

Les Picrocholiens clament qu'eux seuls sont les détenteurs privilégiés d'une mission chue directement de la galaxie, qui fait d'eux des gestionnaires mondiaux de toutes les crises qui secouent la planète, en vertu de leur «responsabilité de protéger » les populations victimes d'Etats «maléfiques » ou «voyous ».

En application de ce généreux projet, les innocents missiles de la Démocratie picrocholine et autres «bombardements démocratiques » ont libéré, en les écrasant sous des tapis de bombes, trente neuf tribus, États et Étaticules rowiens depuis l'an de grâce 1945 et plus d'une centaine depuis leur débarquement au paradis.

Quelques exploits particulièrement éclatants émaillent les célèbres «interventions humanitaires » calquées sur les méthodes de pacification utilisées lors des guerres indiennes évoquées ci-dessus. Ainsi, en 1898, les Picrocholiens inventèrent «l'amendement Platt », l'ancêtre du moderne et bien connu « droit d'ingérence humanitaire » et qui, sous le commandement du général J. Franklin Bell les lança dans une croisade destinée à «libérer » Guam, Cuba, Porto-Rico de la «tyrannie coloniale » espagnole.

Mais figurez-vous qu'à l'instar des Indiens, ces sauvages refusaient mordicus leur libération. Les braves libérateurs ont donc dû recourir à la contrainte contre ces ingrats : «Toute la population en dehors des villes principales à Batangas a été dirigée vers des camps de concentration », a rapporté l'historien Stuart Creighton Miller. Quant aux récalcitrants opiniâtres, hommes, femmes et enfants, ils ont purement et simplement été exécutés. Tous. Les corps exposés, empalés afin de susciter l'horreur et la terreur chez les survivants.

Les empereurs picrocholiens successifs appellent bénévolente assimilation l'ensemble des méthodes de coercition qui permet d'aboutir à une domestication des populations traitées et à une non moins bénévolente appropriation des terres et des richesses des peuplades pacifiées.

Les méthodes expérimentées à cette occasion se retrouvent, perfectionnées, modernisées et affinées dans les annexes du paradis que sont aujourd'hui Guantanamo, Abu Ghraib ou Bagram.

Mais la générosité des Picrocholiens ne connaît pas de limites. C'est pourquoi, selon la philosophie bien connue du Sapeur Camember, l'empire a dépassé les bornes du cynisme, penseront les naïfs, en s'instituant, en douce, un pédagogue mondial ès torture. Il est vrai qu'il s'est employé avec zèle à enseigner à ses vassauxson immense savoir-faire en cette spécialité. Comme il est prudent et n'a que peu confiance dans le QI et le talent des Rowiens, il a édité des manuels à l'intention des apprentis-tortionnaires. Il a même fait produire tous les outils nécessaires à leur art et les leur a charitablement offerts afin d'équiper au mieux les centres de torture disséminés un peu partout au milieu des États rowiens complaisants qui acceptaient de jouer le rôle de poubelle de l'empire.

Confortablement assis à son bureau, tel ou tel bureaucrate peut donc ordonner le kidnapping des Rowiens jugés suspects et les livrer aux mains expertes des professionnels formés par les excellents pédagogues picrocholiens. Pour finir, les loques qui survivent à la machine pénitentiaire picrocholienne sont jetées dans un de ces culs-de-basse-fosse où ils disparaissent aussi totalement que dans un puits sans fond.

La pureté de Picrocholand est préservée, les déchets sont traités hors des frontières .

La calcification de la cruauté aseptisée et innocente constitue, chez le Picrocholien une forme de tradition culturelle aussi fortement incrustée dans son patrimoine génétique que l'impossible sédentarisation des Roms, comme vient de le déclarer un ami de l'empire.

 

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V

L'opinion de l'amas exogène et indistinct des Rowiens de tout poil et de toutes couleurs possède aux yeux des Picrocholiens aussi peu d'importance que celle du vermisseau qu'ils écrasent d'un gros orteil dédaigneux. Or, leur orteil, les Picrocholiens l'ont vraiment très gros, comme tout le reste de leur personne d'ailleurs. En effet, la silhouette d'une grande partie de la population a, elle aussi, subi des modifications morphologiques spectaculaires. Comme beaucoup d'entre eux se gavent de grosses miches de pain fourrées de mélanges sucrés ou dégoulinants de graisse, ils ressemblent de plus en plus aux beignets soufflés que nous cuisons dans l'huile ou aux vers blancs qui se cachent sous les pierres plates.

Ainsi, un Martien débarquant sur notre planète saura reconnaître au premier coup d'œil qu'il existe, en Picrocholand, deux variétés d'humains. Très vite il se rendra compte que les dominants sont plutôt maigres, en général de teint clair, et les dominés - les plus nombreux - plutôt gras et bronzés. Nul besoin d'imaginer un meilleur des mondes futur. Il est déjà là.

Néanmoins, du haut en bas de l'échelle sociale, les Picrocholiens se sentent uniques et exceptionnels. Ils écartent d'un Pfttt méprisant les jaloux qui s'avisent d'invoquer contre leurs actions des lois internationales ou toute autre foutaise appelée morale universelle ou lois internationales. Ils sont persuadés que la nation picrocholine est dotée de qualités uniques et qu'en conséquence, elle est moralement supérieure à toutes les autres nations qui peuplent la machine ronde.

Ainsi, quand Picrochole Bushus Debilus fait promulguer des lois autorisant les traitements dégradants, quand Picrochole Dronomaniacus légalise la torture, seuls des esprits suspicieux et malveillants ne voient pas que les tortures de la picrocratie sont d'une autre essence que les tortures des infâmes tyrans au «régime » pestilentiel, dont ils arrosent les pays de bombes, écrasant au passage la population - les victimes étant qualifiées pudiquement de « dommages collatéraux ».

C'est pourquoi le pouvoir picrochratien est le maître du langage et sa puissance lui permet de rendre blanc le noir et noir le blanc le plus immaculé. Le Bien est Bien quand le régime picrocratique le proclame tel.

Comme chacun peut le constater au pays des mille et une nuits, dans les déserts libyens ou les vallées himalayennes, les vertueuses troupes de la Démocratie picrocholienne ont apporté le bonheur, la paix et la prospérité aux peuples pacifiés et libérés à la pointe de leurs saints missiles et de leurs bombes démocratiques.

 

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VI

Comme le surgissement des Picrocholiens dans les affaires de la planète date de la dernière pluie, leur assurance et leur arrogance sont inversement proportionnelles à l'épaisseur de leur histoire collective et à leur expérience de la politique, si bien que leur compréhension du monde se résume au binôme noir-blanc, Bien-Mal.

Aussi ne connaissent-ils qu'une seule forme de stratégie militaire, celle dite «du tapis de bombes », largement utilisée en Mésopotamie et récemment reprise par leur meilleur allié, que six milliards de Rowiens ont vu ravager le Pays du Cèdre pendant trente trois longues journées, et cela avec la bénédiction et l'aide active du grand protecteur. Ces deux «peuples élus » censés être divinement guidés par la Providence ont d'ailleurs inventé et appliqué «the art of creative destruction », variante picrocholienne du très ancien: «Tuez les tous,Dieu reconnaîtra les siens ».

A la fin de la seconde guerre mondiale, la générosité libératrice de l'armée picrocholienne a si bien libéré les Philippines du joug japonais, que Manille fut la ville la plus détruite de tout le continent asiatique... et que trois quarts de siècles après, la capitale n'a toujours pas retrouvé la qualité de vie et les infrastructures qu'elle possédait avant sa libération.

Les Picrocholiens clament haut et fort que ceux qui ne sont pas avec eux sont contre eux.

Point n'est besoin de dictature policière visible pour canaliser les troupeaux à l'intérieur et à l'extérieur de l'empire. Les Picrocholiens dominants sont de redoutables professionnels dans l'art de soumettre les masses à une manipulation permanente par l'image, la publicité pour toutes les formes de consommation et cela avec la complicité spontanée ou grassement lubrifiée des organes de presse et des innombrables sectes religieuses.

En conséquence, la masse des Picrocholiens elle-même est désormais si bien domestiquée que l'espionnage généralisé qu'elle subit de la part de ses dominants est non seulement accepté sans murmure, mais plébiscité, au nom d'une «sécurité » menacée à chaque seconde par une invasion de Rowiens jaloux ou même d'extra-terrestres.

Il faut dire qu'une propagande et une désinformation soigneusement conçues et habilement distillées par les porte-paroles du gouvernement picrocholien et de ceux des dociles vassaux imprègnent si totalement les cervelles pauvrement nourries des masses de la certitude que le monde et la politique sont d'une simplicité biblique et que la consommation et l'accumulation de biens sont les conditions nécessaires du bonheur, que les Picrocholiens sont persuadés que la gestion politique du pays et du monde se réduit aux catégories «divin » et «satanique ».

En Picrocholand la richesse est vénérée en ce qu'elle constitue le signe de l'élection divine, alors que la pauvreté prouve que le «God » dans lequel «trust » les Picrocholiensméprise les peuplades qui traînent dans le peloton de queue de la course au profit. N'est-il pas écrit sur tous les billets généreusement imprimés dans les sous-sol des banksters: In God we trust ? Plus un Picrocholien possède de cartes de crédit, mieux il est considéré car c'est là le signe qu'il est un excellent consommateur, donc un excellent citoyen.

De plus, tous, maîtres et dominés, prétendent que leurs empereurs successifs possèdent une ligne téléphonique directe avec le Créateur et que celui-ci non seulement veille sur l'empire d'une manière toute particulière, mais qu'il a chargé ses habitants de la mission de civiliser des Rowiens incultes en leur faisant avaler, de gré ou de force, les règles et les lois picrocholines. Leur Dieu tout-puissant n'est pas, ils en sont sûrs, un Grand Trompeur comme un de ces Frenchies honnis, gardien des portes de l'enfer, avait voulu l'insinuer.

 

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VII

Les Picrocholiens ont le génie et la bosse du commerce. Ils peuvent d'autant plus aisément accumuler des richesses qu'ils ont trouvé une fabuleuse martingale qui leur permet de satisfaire tous leurs désirs. Il s'agit d'une trouvaille miraculeuse et beaucoup plus efficace que celle des alchimistes qui rêvaient de changer le plomb en or. Les Picrocholiens ont fait beaucoup plus fort: ils métamorphosent du vulgaire papier imprimé en lingots d'or.

Certains malveillants vont jusqu'à appeler cette juteuse opération l'escroquerie du millénaire. Des envieux affirment qu'on n'a rien vu de plus pervers et de plus néfaste pour la population rowienne depuis l'apparition de l'homo erectus et que l'empire aux pieds d'argile repose sur une magouille de faux monnayeurs.

Toujours est-il que c'est bien cette ruse financière qui leur a permis depuis un siècle de vivre grassement en bénéficiant d'un jackpot permanent. Les Picrocholiens ont ainsi pu, d'abord subrepticement, puis ouvertement, édifier un gigantesque empire économique et militaire. Ils se sont alors imaginé qu'ils étaient tout puissants et omniscients - en un mot, géniaux. Ils se sont alors persuadés qu'il était logique qu'ils jouissent en tous domaines d'une impunité et d'une immunité qui leur assurent un statut suréminent par rapport à la masse des Rowiens.

Oublieux des conditions monétaires exceptionnellement favorables que les Picrocholiens avaient extorquées au reste du monde au fil des années, les Rowiens leur ont longtemps voué une admiration béate et même un amour ardent. Ils voyaient en eux l'hyper-puissance bienveillante chargée de régler avec sagesse et lucidité tous les conflits internationaux. C'était leur guide et leur modèle. Il est bien connu que l'amour rend aveugle.

L'image d'un de leurs représentants particulièrement flagorneur et quasi en extase d'avoir pu toucher le bout des doigts de son Altesse impériale Debilus, même s'il lui a fallu grimper sur un tabouret pour parvenir à sa hauteur, a frappé tous les esprits.

Cette attitude extatique quasi universelle a eu pour conséquence calamiteuse de geler les neurones des Rowiens et de paralyser leur esprit critique. Cependant, des tentatives de rébellion et de sortie de l'hibernation mentale commencent à se manifester de plus en plus ouvertement. Il se peut que le réchauffement climatique produise un effet bénéfique indirect et que les cervelles des Rowiens commençant à dégeler, les neurones redeviendront alertes et se libèreront de la gangue glaciale de vénération, de soumission et de passivité qui les emprisonne.

 

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VIII

La guerra, la guerra, la guerra chante Clorinde avant d'engager un combat à la vie à la mort contre Tancrède, dans le célèbre madrigal de Monteverdi. Les Picrocholiens, quant à eux, sont une incarnation de la guerre. En guerre permanente depuis leur débarquement sur la terre volée aux emplumés, on compte à leur actif plus d'une centaine d'expéditions durant le dernier siècle. Un record qu'il sera impossible de battre.

Le monde entier a été témoin de l'aisance avec laquelle l'armée de sa Majesté Picrochole Bushus Debilus a quasiment réduit en un amas de gravats une des plus anciennes civilisations du monde. Un feu d'artifice de missiles, de bombes au phosphore et à l'uranium a illuminé la région durant de longues semaines et a pétrifié ses alliés d'admiration, de terreur. «Shock and Awe ». A la suite de cet exploit, Picrochole XLIII Debilus, en extase, n'a pas hésité à claironner, afin que nul n'en ignore : «Nous sommes exceptionnellement bons. Nous sommes le peuple élu ».

A l'instar de son célèbre ancêtre éponyme Picrochole 1er, Debilus quarante troisième a écrasé sous les chenilles de ses chars non seulement les poules, les canards ou les chiens, mais les hommes, les femmes, les enfants, les maisons, les gares, les hôpitaux, les musées, les centrales électriques, les usines, les théâtres et tout ce qui aurait eu la malchance de se trouver sur le chemin du destin glorieux de l'angélique armée du paradis démocratique.

Des théoriciens de cette nation à l'esprit inventif et primesautier appellent «chaos constructif » les ruines et les dévastations qui accompagnent chacune des interventions « humanitaires » de la picrocratie.

Quant à son Altesse impériale Picrochole XLIV Dronomaniacus, elle est à la fois plus rusée et plus sournoise. Aux boum boum sonores et éblouissants des missiles et des bombes, elle préfère l'ombre des bureaux et la tactique hypocrite et proprette de la mort fonctionnarisée.

Silhouette élastique, dents blanches, un sourire de publicité pour marque de dentifrice, une décoration de prix Nobel de la paix en bandoulière, chaque début de semaine, Dronomaniacus, tranquillement assis à son bureau, assassine bureaucratiquement une poignée de Rowiens qui vaquaient à leurs affaires à six ou dix mille kilomètres du douillet bureau de son Altesse picrocholienne.

L'empereur picrocholien se sent un substitut de Dieu. Comme la justice divine, la sentence picrocholienne est sans appel et sans miséricorde. Une signature, un clic d'ordinateur et un jouet électronique vous pulvérise, aux antipodes, le condamné à mort qui ignorait sa sentence. Certes, elle pulvérise en même temps une poignée de Rowiens de tous âges qui avait eu la mauvaise idée de se trouver dans les parages. Mais un Rowien de plus ou de moins n'empêchera aucun Picrocholien de dormir.

Pichrocole Dronomaniacus s'en lave les mains, l'âme légère et le sommeil profond.

Car c'est toujours au nom de la morale, que les Picrocholiens incarnent de la pointe des cheveux aux orteils, qu'un ancien responsable de la politique étrangère de cet empire a inventé la théorie dite de «l'intervention humanitaire » au nom d'une «responsabilité de protéger » les peuples victimes de gouvernants «voyous », «tyrans », «barbares », «dictatoriaux », et tutti quanti, théorie qui connaîtra un succès éclatant chez les domestiques de l'empire sous la dénomination de «droit d'ingérence humanitaire ».

En vertu de ce droit que l'empire picrocholien s'est généreusement accordé à lui-même, il se donne le pouvoir d'intervenir où et quand il lui semble bon ou de tracer des lignes rouges - la ligne jaune est déjà prise - déclenchant automatiquement une pluie de missiles sur l'État voyou qui a osé provoquer sa réprobation. Il se donne également le droit et le pouvoir de provoquer la déstabilisation de gouvernements qui lui déplaisent en suscitant, favorisant et finançant des révolutions aux noms multicolores ou gracieusement champêtres: révolution orange, blanche, rouge, verte, printemps arabe, et cela au moyen des innombrables cellules d'espionnage camouflées en Organisations non gouvernementales, plus connues sous le nom d'ONG, parfaitement gouvernementales et grassement alimentées en monnaie facilement imprimée par Picrocholand.

 

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IX

Dronomaniacus s'est récemment avisé qu'un méchant tyran sévissait quelque part dans un étaticule sis dans les marches de l'Asie - que ses sujets seraient d'ailleurs bien incapables de situer sur la mappemonde. Des voix de l'au-delà l'ont informé que ce vilain dictateur répandait sur sa population une vapeur illicite. Son nez délicat, snif, snif, a décelé une odeur de gaz, snif, snif.

Plus fort encore. Ayant levé un index mouillé en direction de l'orient, snif snif, il a conclu sentencieusement et l'a proclamé avec toute l'autorité de son éminente fonction, qu'il reconnaissait sans l'ombre d'une hésitation le S8H14GKLMNOPQ99, c'est-à-dire le pestilentiel et venimeux assadarin. Le tyran avait bel et bien signé son crime, Dronomaniacus l'a dit et cochon qui s'en dédit !

Le sang du généreux Barakus Dronomaniacus n'a fait qu'un tour. Sans attendre que des autorités scientifiques expédiées sur place confirment l'identité du responsable de ce forfait, tel don Quichotte enfourchant sa haridelle, l'empereur omniscient a instantanément ameuté ses Sancho d'outre-Atlantique spécialisés dans les aboiements les plus féroces et toujours prêts à se précipiter à son service. En même temps, il s'est mis à tympaniser l'univers d'invectives indignées et de menaces de punitions dont la sévérité allait provoquer crainte et tremblements chez tous les Rowiens. Il fallait pulvériser le coupable émetteur de ce fumet nauséabond, clamait-il urbi et orbi, et cela à la manière la plus picrocholique qui soit, c'est-à-dire en pulvérisant le pays tout entier.

A propos d'émetteurs de vapeurs mortifères et d'armes illicites, le besacier de notre grand fabuliste qui fit pour nos défauts la poche de derrière et celle de devant pour les défauts d'autrui, en rit encore.

 

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X

L'empire picrocholien possède un talon d'Achille.

Une excroissance douloureuse, sorte de furoncle purulent, l'empêche de jouir pleinement de ses perfections et de sa puissance.

Depuis quelques décennies, une sorte de Picrocholandicule s'est incrusté dans son corps. Telle la pomme pourrissante dans le dos du Gregor Samsa de la Métamorphose de Kafka, ce corps étranger, à la fois lointain et omniprésent enflamme toute la région autour de lui et infecte le corps de son protecteur dans son entier.

Un garnement vicieux, bagarreur, incommode à ses voisins, hargneux, toujours à se plaindre que personne ne l'aime, alternant les gémissements et les insultes, chapardeur des biens et du territoire des voisins, menaçant et trouillard à la fois est une sorte de révélateur intempestif, une photographie en pleine lumière de ce que le Picrocholand original cache sous le masque d'ange de la démocratie idéale, tout comme Dorian Gray dissimulait le tableau qui révélait sa véritable nature derrière un lourd rideau de velours dans le roman d'Oscar Wilde.

Ce Pricrocholandicule représente son portrait hideux et véridique de lui-même que l'empire voudrait cacher. Il aimerait se débarrasser de ce "meuble inutile" qui pollue sa réputation, alors qu'il est contraint, par des centaines de filins invisibles à l'œil nu, de le soutenir à bout de bras et de s'en montrer solidaire.

Car les Picrocholand père et fils, si je puis dire, sont liés par une toile d'araignée de fils serrés et entrelacés d'intérêts qui forment un binôme à la fois soudé et haineux, le plus petit de plus en plus arrogant et le plus grand lassé et honteux de sa dépendance financière aux amis du premier. Mais tous deux sont des champions toutes catégories, des recordmen mondiaux dans l'utilisation d'armes chimiques et nucléaires illégales et particulièrement venimeuses.

Des générations entières ont été ravagées au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan, en Irak, en Libye, ainsi qu'en Amérique centrale, au Kosovo et en Serbie et également à Gaza et au Liban. C'est en toute impunité que Picrocholand a déversé des millions de litres d'un défoliant qui a brûlé la végétation et les humains au Vietnam, c'est en toute impunité que Picrocholand a utilisé le phosphore blanc contre les civils irakiens et son protégé contre les habitants du camp de concentration de Gaza, provoquant d'atroces malformations chez les nourrissons, c'est en toute impunité que les deux Picrocholand voyous n'ont pas hésité à bombarder des populations civiles de bombes au napalm, à l'uranium appauvri, à tester sur les civils des armes nouvelles qui carbonisent le foie et coagulent le sang, c'est en toute impunité que Picrocholandicule a assassiné des opposants au moyen d'armes biologiques qui auraient suscité l'horreur universelle si un autre Etat rowien s'était rendu coupable d'une telle infamie.

Comme vient de le clamer l'empereur picrocholien qui sévit actuellement sur la planète: «La politique des États-Unis est ce qui rend l'Amérique différente. C'est ce qui nous rend exceptionnels ». 

La planète entière expérimente, en effet, à quel point le Picrocholand d'outre-Atlantique se révèle une nation exceptionnellement dangereuse pour la paix, la prospérité et la sécurité du monde.

 

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Épilogue

Ainsi va le monde picrocholien dans lequel la Maritorne du village de Sagayo a réussi, durant deux siècles, à se faire passer pour la Dulcinée idéale du Toboso démocratique.

Mais l'enchanteur a perdu son pouvoir. Le charme se dissipe, les oreilles se débouchent et les yeux se dessillent. La Maritorne en haillons apparaît enfin aux yeux des Rowiens telle qu'elle est réellement. Ils découvrent, amers, dépités et honteux que leur vénération s'est portée sur une fille de ferme inculte, égoïste, cynique et uniquement soucieuse de ses poules et de ses cochons.

… En attendant la révolte qui vient ...

* L'image figure (en plus grande taille) dans le site web de MM. René Thévenin et Paul Coze, Moeurs et histoire des Peaux-rouges, classiques.uqac.ca [ Celle de la pirogue également – NdGO ]

le 2 octobre 2013

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/picro...

 

*

The Doors – The End (Apocalypse Now)

(version symphonique par Nigel Kennedy)

 

 Mis en ligne le 6 octobre 2013.

 

 

 

 

14:08 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

MORT DU GENERAL GIÁP

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VIETNAM

MORT DU GÉNÉRAL GIÁP

 

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Décès du général Giap, génie militaire qui a humilié l'Occident

La Libre, 4 octobre 2013

Le général Võ Nguyên Giáp, décédé vendredi à 102 ans, a été l'architecte des victoires du Vietnam communiste contre la France et les États-Unis, succès qui ont fait de lui une icône populaire malgré une carrière politique brisée par le régime communiste.

Considéré comme l'un des plus importants stratèges militaires de l'Histoire, il a infligé en 1954 dans la « cuvette » de Ðiện Biên Phủ (nord-ouest) une cuisante défaite aux troupes colonisatrices françaises, événement fondateur de l'émergence d'un Vietnam indépendant et de la fin de la domination française en Indochine.

Pendant les vingt années qui suivent, ce fils de paysan lettré, à la maîtrise impeccable du français, continue de diriger ses troupes pendant la guerre du Vietnam contre les Américains et leurs alliés du Sud-Vietnam, jusqu'à la prise de Saïgon le 30 avril 1975.

« Quand j'étais jeune, je rêvais un jour de voir mon pays libre et unifié », racontera plus tard dans un entretien à PBS celui qui était le dernier dirigeant historique du Vietnam communiste encore en vie.

« Ce jour-là, mon rêve est devenu réalité (...). C'était comme tourner une page sur un chapitre de l'histoire ».

Ecarté sans ménagement par le pouvoir ces trente dernières années, ses heures de gloire font malgré tout de cette icône populaire la figure la plus emblématique du Vietnam moderne, après le fondateur du Parti communiste vietnamien Hồ Chí Minh.

(…)

Né le 25 août 1911 dans la province centrale de Quảng Bình, Giáp n'était pas destiné à devenir un soldat. Mais les tactiques de cet autodidacte, formé à la stratégie militaire à coups de lectures, inspireront les combattants du monde entier pour des décennies.

3. Giap-Ho-2.jpgVenu étudier puis enseigner l'histoire à Hanoï, il s'enfuit à la fin des années 1930 en Chine. Il y rencontre l'«Oncle Ho », qui le charge de fonder l'armée révolutionnaire Viet Minh fin 1944.

Entre-temps, sa haine de la puissance colonisatrice n'a cessé de croître, alimentée par le décès de sa première femme dans une prison française.

En 1945, Giáp devient ministre de l'Intérieur du premier gouvernement auto-proclamé du Vietnam, avant de passer un an plus tard à la Défense, un poste qu'il conservera au nord plus de 30 ans.                            

Malgré sa victoire à Ðiện Biên Phủ, son influence s'affaiblit après la mort d' Hồ Chí Minh en 1969 et, lors de la réunification du Vietnam, Giáp n'est déjà plus chef de l'armée du Nord-Vietnam communiste.

Il est en conflit ouvert avec le numéro un du régime, Lê Duẩn, qui cassera sa carrière politique, et son successeur à la tête des forces militaires, Văn Tiến Dũng, lui vole en grande partie la vedette.

Mais dans cette campagne aussi, parce qu'il est resté ministre de la Défense, les analystes lui attribuent encore un rôle clé d'architecte. «Derrière chaque victoire, on retrouvait Giáp, qui en était la force motrice », estimera l'un de ses rares biographes, Cecil Currey.

En 1980, il est remplacé à la Défense, puis exclu du bureau politique du Parti communiste en 1982.

Et sa mise sur la touche ne s'arrête pas là: il conserve son rang de vice-Premier ministre, mais est désormais chargé des Sciences, Technologies et du Planning familial. Il est finalement évincé du comité central du Parti en 1991.

Pour les grands anniversaires de Ðiện Biên Phủ, en 1994 et 2004, Giáp refera toutefois des apparitions remarquées aux côtés des dirigeants.

Et la célébration de ses 100 ans lui aura aussi valu une pluie d'hommages, les plus hauts dirigeants vietnamiens lui rendant visite à l'hôpital militaire où il était soigné depuis trois ans.

Même très affaibli, on lui aura aussi, épisodiquement, attribué des lettres dénonçant le fléau de la corruption ou des projets industriels, jugés dangereux pour la sécurité du pays.

En 2006, il avait ainsi écrit que le Parti communiste « était devenu un bouclier pour les responsables corrompus ». En 2009, il avait publié une lettre ouverte joignant sa voix aux critiques contre un projet gouvernemental très controversé d'exploitation de la bauxite dans les hauts plateaux du centre du pays.

Il laisse derrière lui sa deuxième femme Đặng Bích Hà, et quatre enfants. Sa fille aînée, née de son premier mariage, est décédée en 2009.

Source : http://www.lalibre.be/actu/international/deces-du-general...

5. fleur-coquelicot fond noir.jpg

 


LIVRES

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T. Derbent
GIAP ET CLAUSEWITZ

précédé de Guerre du peuple, Armée du peuple de Ernesto Che Guevara
et suivi de

Contribution à l’histoire de Dien Bien Phu du Général Võ Nguyên Giáp.

Bruxelles, ADEN, 2006 – 144 pages.


Le 22 décembre 1944, un jeune communiste vietnamien, Vo Nguyen Giap est placé par son parti à la tête de la branche armée du mouvement de libération : trente et un hommes, trois femmes, deux revolvers, quelques fusils, une mitrailleuse.
Le 7 mai 1954, dans la vallée de Dien Bien Phu, les trente-quatre hommes de Giap sont devenus 55.000 combattants aguerris qui infligent une défaite écrasante au corps expéditionnaire français : 5.400 morts, dix mille prisonniers dont un général, seize colonels et lieutenants-colonels, 1.749 officiers et sous-officiers. C’est la fin du colonialisme français en Indochine, le prélude à l’intervention américaine et à une nouvelle guerre que Giap mènera avec autant de détermination, d’intelligence, et de succès. Le général Giap s’est ainsi révélé être un des meilleurs praticiens de la guerre populaire, théorisée au début du XIXe siècle par Carl von Clausewitz dans son monumental Vom Kriege
  (De la guerre). Quelles relations peut-on établir entre la théorie de Clausewitz et les analyses, les choix et la personne du général Giap, qui fut un lecteur attentif de Vom Kriege ?

C’est cette question qui intéresse tant l’histoire de la stratégie que celle des luttes révolutionnaires qu’étudie ici T. Derbent.

Le texte de T. Derbent est complété par la Contribution à l’histoire de Dien Bien Phu
du général Giap (Hanoi, 1965) et par un texte inédit en français d’Ernesto Che Guevara, préface au livre du général Giap édité à La Havane en 1964 : Guerre du peuple, Armée du peuple.


T. Derbent a déjà publié aux éditions ADEN :

Clausewitz et la guerre populaire– 2004


Sa propre bibliographie :

Les deux livres importants de Võ Nguyên Giáp sont L'expérience du peuple vietnamien dans la lutte armée et les trois tomes des Mémoires, dans de nombreuses éditions et rééditions. Il est aussi l’auteur de Guerre du Peuple - Armée du Peuple, Éditions François Maspero, « Petite Coll. Maspero », Paris, 1968, 190 p.

 

Son biographe :

Cecil B. Currey, Victory at Any Cost : The Genius of Vietnam's Gen. Vo Nguyen Giap, 2005, p. 25 – inédit en français.

 


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Nigel Kennedy - PURPLE HAZE 


 Mis en ligne le 6 octobre 2013

 

 

13:37 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/10/2013

CULTURE-TURECUL

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Ce tableau ne s’intitule pas « L’origine du monde » ni « L’origine de la guerre » mais « Loosing your Marbles on the Ship of Fools »

 

CULTURE-TURECUL

ou

Le retour d’Alcibiade

 

«Telles étaient les populations grecques et barbares qui habitaient la Sicile. Telle était l'étendue du pays contre lequel les Athéniens s'apprêtaient à faire la guerre. En réalité, ils voulaient le soumettre entièrement, mais ils couvraient leurs intentions du spécieux prétexte de porter secours à des gens de leur race et antérieurement leurs alliés. »

Thucydide, Guerres du Péloponnèse (Livre VIe).

 

En l’an de grâce païenne ± 415 avant Qui-Vous-Savez, un scandale secoua de bon matin la population d’Athènes.

Que s’était-il passé ? En une seule nuit, tous les Hermès de la ville avaient été châtrés, certains, même, privés de leur nez.

Pour les enfants décervelés par les Éducations Nationales, précisons qu’un Hermès était une borne de forme quadrangulaire, surmontée de la tête du dieu des métamorphoses, des messages, du commerce, des voleurs, etc., et d’où se dressait fièrement un phallus en érection.

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                       Hermès en bronze

 

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                                                                                             et en marbre

Les Athéniens vouaient au Trismégiste (Trois Fois Grand) non seulement leurs limites territoriales, mais aussi la fertilité de tous et de chacun, autrement dit la survie de l’espèce à laquelle ils appartenaient. Chaque famille avait le sien – somptueux ou modeste – dressé devant sa porte. La maisonnée mettait ainsi la capacité de reproduction du pater familias sous la protection du dieu qui, dans sa fonction de protecteur des jardins et de toute forme de fécondité dans la nature, allait jusqu’à s’appeler Priape.

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Priape se pesant

Pompéi – Maison des Vetii

Qui avait bien pu commettre un tel sacrilège ?  La rumeur publique ne tarda pas à en accuser Alcibiade et quelques chitons dorés de sa bande. Elle vit, dans cet attentat, une provocation des oligarques et un signe avant-coureur de coup d’état contre le demos. En quoi elle ne se trompait pas.

Alcibiade, jeune, beau, né d’une famille riche et puissante, adopté par Périclès et amant occasionnel de Socrate quoique se partageant avec un égal bonheur entre ces dames (hétaïres) et ces messieurs, se croyait tout permis. Il méprisait le peuple et n’en faisait pas mystère. Vous avez dit arrogance ? 

Mais on ne s’attaque pas impunément à la foi des gens. Alcibiade était parti en mer avec la flotte (on était en pleine guerre du Péloponnèse). Il fut rappelé pour être jugé, mais faussa en route compagnie à son escorte et se réfugia chez les Spartiates. Il fut banni par contumace et, après une décennie de trahisons, finit assassiné par ceux en faveur desquels il avait renversé la démocratie athénienne. (Il a bonne mine Vladimir Poutine avec ses malheureux deux ans de cabane pour les Pussy Riot émules du bellâtre !)

On ne voudrait scandaliser personne, mais l’Hermès phallique était aussi sacré pour les Grecs que l’est la lampe du Saint-Sacrement pour les chrétiens ou la Pierre Noire de la Ka’aba pour les musulmans.

On (des historiens spécialistes de l’Antiquité) a voulu relativiser la profanation d’Alcibiade en la faisant passer pour une étourderie de jeunes sots après boire. L’un n’empêche pas l’autre mais les contemporains, eux, ne s’y sont pas trompés. Car le culte du phallus n’était pas seulement populaire, c’était surtout une survivance matriarcale, que le patriarcat en pleine ascension n’avait pu éradiquer.

Le message de ceux qui s’autoproclamaient « aristocrates » était clair, net et précis : «Nous voulons bien des privilèges que nous confère ce membre – le pouvoir absolu pour nous, les femmes au gynécée et les petits garçons pour notre récréation – mais nous ne voulons pas des servitudes qu’il implique, nous ne voulons pas être astreints à des performances « utiles à la société » dont nous nous contrefichons. Ils venaient d’entamer leur longue marche vers la brebis Dolly.

Tout l’art grec témoigne avec éclat de cette volonté de s’affranchir des obligations sexuelles liées à la nécessité de la reproduction : que ce soit dans la statuaire ou la poterie (puisque la peinture est perdue) ce ne sont partout que dieux surdimensionnés, qu’athlètes aux muscles hypertrophiés arborant tous, sans exception, des zizis d’enfants de dix ans, bistouquettes minuscules qui ne correspondent nullement à une esthétique particulière mais à une volonté politique.

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Qui a dit que l’histoire se répète ?

Rosa Llorens est allée voir une exposition au Musée d’Orsay. Elle raconte.

 

1er octobre 2013

Masculin/Masculin : y a-t-il encore une place pour les femmes dans la culture unigenre ?

8. Masculin-Masculin.jpgRosa LLORENS

Même si le musée d’Orsay annonce "un projet innovateur et très ambitieux", les critiques ne semblent pas enthousiastes : "une exposition confuse, parce que dépourvue de toute réflexion historique" (Le Monde), "L’homme nu en mal de sens" (Exponaute), "Dans ce festival de fesses, les oeuvres académiques, hélas, abondent" (Télérama).

La visite a de quoi, en effet, laisser perplexe ; mais on peut, derrière les déclarations affichées, y saisir quelques fils conducteurs, religieux, socio-historiques anti-féministes, qui confirment le rôle que joue aujourd’hui l’homosexualité en tant que nouveau chien de garde.

La première question qu’on se pose porte bien sûr sur le but d’une telle exposition : la présentation officielle insiste sur "les dimensions et les significations du nu masculin dans l’art". Est-ce vraiment une entrée féconde ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne parvient guère à englober de belles oeuvres ; elle aboutit plutôt à un musée des horreurs pompier, où on nous promène de Bouguereau et Flandrin aux kitschissimes Pierre et Gilles, et à une sorte de réalisme "homo-soviétique" avec Le Bain de Paul Camus et ses deux garçons nus dans une salle de bain, se lavant "après l’amour" (nous informe le commentaire).

Peut-on prendre au sérieux cette volonté pédagogique ? Difficile de s’imaginer conduisant une classe dans cette exposition ; du reste, on peut lire, avant une des dernières sections, un avertissement, assez discret, mais très pertinent : "Attention, certaines oeuvres présentées dans cette section de l’exposition sont susceptibles de heurter la sensibilité du jeune public." (Une visiteuse se félicitait de ne pas être venue avec son fils, ni, d’ailleurs, avec son mari).

Mais c’est toute l’exposition qui dément le prétexte pédagogique : comment s’interroger sur "les dimensions et significations...", etc, alors qu’elle suit une ligne de confusionnisme décidé, encadrant savamment un tableau religieux (le Christ après la déposition) par des corps d’éphèbes langoureux, ou quelques auto-portraits électriques d’Egon Schiele par des photos érotiques ? Nous sommes volontairement égarés le long d’"un parcours thématique aux intitulés interchangeables" (selon l’expression d’Exponaute).

Certains regrettent que l’exposition n’assume pas ce qui est sa véritable finalité : l’exaltation du corps masculin, vu dans le cadre d’un imaginaire homosexuel. Cependant, malgré un saupoudrage d’oeuvres strictement académiques (comme Les Baigneurs de Cézanne), cette orientation est évidente et trouve son "apothéose" dans les photos de grand format aux couleurs fluo de Pierre et Gilles et de David LaChapelle.

Cette exaltation produit-elle du moins des effets subversifs, comme elle voudrait le faire croire ? Les panneaux explicatifs évoquent une épopée dont l’enjeu serait la représentation sans voiles du sexe masculin ! cette lecture héroïque occulte des réalités plus sérieuses.

D’un bout à l’autre de l’exposition, s’affirme une volonté cynique de dégrader tout ce qui est religieux, commune aujourd’hui à toute l’industrie de la propagande (à commencer par la publicité). De chaque tableau religieux, on nous invite à ne retenir que la représentation de la (semi-)nudité masculine et à le considérer comme une préparation aux tableaux ou photos modernes ouvertement homo ; ainsi du thème de l’Ecce Homo, qui aboutit à l’Ecce Homo (version an 2000) de Kelinde Wiley, où un Noir dévoile tendrement un autre Noir qui regarde le spectateur : que peut-il bien avoir à nous dire ?

On sait que le thème du Saint Sébastien a souvent donné lieu à des tableaux ambigus, avec des martyrs trop beaux qui, selon une lecture psychanalytique, reçoivent avec volupté les flèches qui les blessent. Mais les peintres et photographes homo prennent cette lecture au pied de la lettre, et on voit, dans l’Ex-voto à saint Sébastien, d’Alfred Courmes, un jeune marin d’une esthétique Jean-Paul Gaultier, en béret à pompon, et marinière qui met en valeur ses fesses nues. Et on termine l’exposition sur une toile gigantesque, L’Ecole de Platon, de Jean Delville, où Platon est représenté comme un Christ entouré de 12 jolis disciples androgynes.

Mais le comble de l’odieux est atteint avec une des photos-tableaux vivants de LaChapelle : Wouldbe Martyr and 72 Virgins, où un beau Gulliver noir est ficelé par 72 poupées Barbies voilées, sur un sol jonché de pierres, de cocktails molotov et d’un bazooka : la prétendue transgression homosexuelle sert à reconduire les pires clichés de la presse bien-pensante, avec son association obsessionnelle entre Islam, violence et fanatisme (le terroriste dont la seule finalité serait de goûter au Paradis d’Allah !).

Malgré l’esthétisme de l’expo, le contexte socio-historique ne peut pas être occulté, sous peine d’ aboutir à l’apologie de comportements jugés "élégants" à l’époque symboliste mais qu’on doit aujourd’hui qualifier de criminels. On s’extasie sur le Jeune Homme au bord de la mer de Flandrin (1836) et la communion de l’homme et la nature qu’il traduirait ; mais, une section plus loin, on apprend que le tableau était devenu une icône dans "les cercles homosexuels de l’avant Première Guerre mondiale" ; on revient alors sur une photo de Wilhelm von Gloeden, Nu masculin à Taormine, qui représente un jeune berger en pagne, dans la même position foetale, et on comprend que ce photographe faisait partie de ces riches Européens du Nord qui allaient chercher dans les pays méridionaux et maghrébins des amours homosexuelles bon marché, tel Gide en Algérie. La décontextualisation esthétisante vise à nous faire oublier l’exploitation sexuelle des pays colonisés.

Dans la même veine, un critique qui trouve que l’expo ne va pas assez loin dans l’exhibition du sexe masculin et son activité, cite comme un exemple d’audace la danse érotique et le sexe enrubanné d’un jeune noir dans Paradis : Amour, d’U. Seidl ; mais il ne pense pas à le resituer dans le contexte de l’exploitation touristique, y compris sexuelle, du Kenya.

Mais, parmi tous les exclus de l’expo, il faut citer aussi les femmes : "du désir féminin, il n’est quasiment jamais question", remarque Exponaute ; en fait, les artistes femmes présentes ne font qu’aller dans le sens des fantasmes homoérotiques, de façon parfois encore plus crue (c’est en cela que consiste un certain porno-féminisme). Et cette absence va beaucoup plus loin : l’exposition nous enferme dans un univers d’où les femmes sont exclues, parce qu’on n’a plus besoin d’elles. Le dernier fil conducteur de l’expo semble être que les hommes les remplacent avantageusement dans tous les domaines.

Sur le plan esthétique, d’abord, un des panneaux explicatifs nous fait savoir, d’emblée, que le corps masculin, plus ferme et musclé, a l’avantage. Ce que confirme la photo Pin-up. Jennifer Miller as Marilyn Monroe, de Zoé Léonard, où un transsexuel s’étire voluptueusement sur un tissu rouge, montrant en effet des courbes dignes de Marylin ! De même, Pierre et Gilles remplacent le mythe de Léda (fécondée par un cygne) par celui de Ganymède, où le bel éphèbe câline son aigle.

Sur le plan sexuel et affectif, aussi, on voit les photos de couples masculin/masculin se multiplier. Mais on va plus loin : les hommes peuvent aussi remplacer les femmes dans leur fonction de maternité, et en tant que symboles de fécondité. Ainsi, George Platt Lymes montre, dans un montage-photo, une Deuxième naissance de Dionysos. Certes, c’est un thème mythologique, mais, tandis que, dans l’iconographie classique, Zeus garde toute sa majesté, ici, au moment où le petit Dionysos sort de sa cuisse, il se tord dans les douleurs de l’enfantement - fantasme homosexuel illustré, mais sur un mode grotesque, par Malaparte, dans La Peau.

On peut aussi citer le tableau de Lucian Freud : Parties de Leigh Bowery, sorte de réplique parodique à L’Origine du monde, où le sexe masculin remplace le sexe féminin. (Le thème est aussi décliné par une artiste, Orlan, où la même image est intitulée : L’Origine de la guerre, ce qui conduit à se demander jusqu’à quand on va continuer à iconiser ce tableau de Courbet, qui avait d’abord trouvé sa place dans un harem égyptien).

Curieuse présentation que celle de l’exposition, où le sous-titre savant et objectif - le nu masculin dans l’art- est contredit par l’enfermement et le prosélytisme du titre- Masculin / Masculin (l’exposition de Vienne qui a servi de modèle était plus directe : Nackte Männer, Hommes nus). La glorification du corps masculin y apparaît comme une cause héroïque à défendre : auprès d’elle toute culture et croyance religieuses deviennent dérisoires, et elle doit passer avant les luttes de libération des peuples. Enfin, en intégrant ce qu’il y a de plus contestable dans la vision de la femme (la réduction de la personne à un corps-objet érotique) et en s’annexant ses spécificités, elle exclut les femmes de façon radicale.

Rosa Llorens

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Pendant qu’on y est…


L’AFFAIRE DU BANKSY DÉCOUPÉ. À QUI APPARTIENT LE STREET ART ?

9. Mural de Banksy  volé - à qui appartient le Street art.jpg

10. Banksy 2.jpg

NEWS NEWS NEWS Dans la nuit du 16 au 17 février 2013, un mural peint au nord de Londres par le célèbre peintre de rue Banksy  est découpé. Quelques jours plus tard, le morceau de mur peint réapparait dans une galerie de Miami, mis en vente pour 500,000 dollars. Les habitants du quartier manifestent, Banksy proteste, les galeristes affirment que l'oeuvre leur a été vendue par le propriétaire du mur. A qui appartient donc le "street art" ? Enquête (une version courte de cet article est parue dans Le Monde).

C’est un garçonnet pied nus, en chemise déchirée, cousant à la machine une guirlande de petits drapeaux anglais. Le pochoir s’appelle « Slave work », « travail d’esclave ». D’un mètre carré environ, il a été peint en juin 2012 sur un mur de Haringey, au Nord de Londres, pour se moquer des festivités du Jubilé de diamant de la Reine. Les médias anglais l’ont beaucoup montré. Son auteur est le plus fameux artiste de rue d’Angleterre, et le plus coté, l’invisible Banksy. On retrouve sa patte : de l’émotion, un humour noir, très politique.

Au cours du week-end du 16-17 février 2013, « Slave work » disparaît, découpé dans le mur, à la grande surprise des habitants. Quelques jours plus tard, il est mis aux enchères pour 500000 $ (375000 €) sur le catalogue de la salle de ventes, Fine Art Auctions Miami, aux Etats-Unis. Aussitôt, un élu de Haringey, Alan Strickland, écrit au Arts Council d’Angleterre, en charge de la promotion et la défense des artistes anglais, pour lui demander de s’opposer à la vente. Il lance sur tweeter la pétition Saveourbanksy (Sauvez notre Banksy) : « La communauté de Haringey estime que cette œuvre nous a été donnée gratuitement, et qu’elle doit la garder.»

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Source : http://fredericjoignot.blog.lemonde.fr/2013/03/02/laffair...

 

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11. Des films - TITRE.JPG

Mais – revenons-y – Rosa Llorens, critique d’art, est aussi notre critique de cinéma préférée. Que voilà une belle occasion de vous servir ses derniers délectables comptes-rendus.

Moisson de l’été

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24 septembre 2013

Cinema Komunista : hommage à la Yougoslavie.

12. Cinéma Komunista.jpgRosa LLORENS

Deux films de mémoire sortent cette semaine : Cinema Komunisto, de Mila Turajlik et : Barcelone, avant que le temps ne l’efface, de Mirèia Ros. Tous deux auraient pu se référer, en sous-titre, au livre de G. Orwell, Hommage à la Catalogne.

Malheureusement, le deuxième se contente de dérouler les souvenirs de quelques grandes familles de la bourgeoisie industrielle et mécène de l’époque moderniste (fin XIXe-début XXe) ; il apporte certes des informations intéressantes et même amusantes, ainsi l’étymologie du mot "culé" (supporter du Barça) : le choix du terrain du nouveau stade, le futur Camp Nou, s’était porté sur un champ de choux, "col" en catalan ; "coler", amateur de choux, s’est ensuite déformé en culé, qui se prononce de la même façon. Mais c’est un film narcissique, et on a du mal à partager la nostalgie des auteurs (du film, et du roman qui l’a inspiré) qui semblent penser que la fin des grandes dynasties bourgeoises est la fin de Barcelone (pas la moindre allusion au projet de deuxième Renaissance catalane à travers la revendication de l’indépendance).

Au contraire, Cinema Komunisto est un hommage au peuple yougoslave et au projet fédérateur de la Yougoslavie. Avec l’histoire des studios Avala de Belgrade (qui rivalisaient avec Cinecittà), c’est toute l’histoire de la Yougoslavie (1945-1991) qui défile sous nos yeux, à travers les souvenirs d’un directeur d’Avala, un acteur idole du public yougoslave, Bata Zinojenovic, et, surtout, le projectionniste privé de Tito, Leka Konstantinovic, qui, pendant plus de 30 ans, lui a montré un film par jour.

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Source : http://www.legrandsoir.info/cinema-komunista-hommage-a-la...

 

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5 août 2013

Offline : un Passé conjugué en flamand.

13. Offline - flamand.jpgRosa LLORENS

L’été est déprimant au cinéma : dans Journal intime, Nanni Moretti, resté à Rome, constate qu’il a le choix entre films d’horreur américains et pornos. Le Nouvel Observateur, lui, nous conseille les rééditions. Mais il y a plus stimulant : découvrir des "petits" films, plus visibles, maintenant que nous ne sommes plus assommés par de grosses campagnes de pub. Plutôt que Wolverine et autres loups-garous, vampires et amateurs de tronçonneuses américains, pourquoi ne pas aller voir du côté des voisins belges, tellement plus surprenants que les Persans en habits parisiens estampillés par les médias officiels ?

Que peut-on en effet trouver chez des Iraniens qui ont renié leur pays et qui ne tournent que pour le public européen et, plus spécialement, le Tout-Paris ? des clichés insipides comme de la world food, autour, par exemple, d’une famille recomposée suivant les canons du sociétalement correct.

Dans Offline, par contre, tout a la saveur du réel, l’accent du vrai : nous sommes à Gand (mais nous ne verrons pas de canaux, seulement des quartiers de grands ensembles), en territoire flamand ; Rudy est spécialisé dans la réparation de machines à laver, sa femme est coiffeuse, son meilleur ami, Rachid, un immigré francophone connu en prison, est chauffeur de taxi. Pas de familles recomposées ici : Rachid tient à la réussite de son mariage, dont sont nés trois garçons. Quant à la famille de Rudy, elle reste décomposée depuis sa condamnation à la prison : sa femme vit seule, dans le chagrin et la rancoeur, leur fille Vicky essaie de financer ses études (bien compromises) grâce à la messagerie rose, sous le pseudo de Sweetlips.

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Source : http://www.legrandsoir.info/offline-un-passe-conjugue-en-...

 

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28 juin 2013

Diaz, les G8 et le vrai visage de la démocratie.

14. DIAZ.jpgRosa LLORENS

Après Piazza Fontana, de M.T. Giordana, Daniele Vicari vient encore illustrer avec force le genre du cinéma politique italien : bien que Diaz, Un crime d’Etat, concerne les terribles événements du G8 de Gênes en 2001, sa sortie pendant le récent G8 qui s’est tenu en Irlande lui redonnait une pleine actualité.

On peut sans doute faire des reproches au film (Vicari en a reçu aussi bien de la droite et de la police, que de l’extrême-gauche qui lui reproche de ne pas avoir assez parlé de son projet politique) ; mais on a trop besoin de ce type de film pour ne pas le saluer avec gratitude, alors que les medias traditionnels ne sont plus que bourrage de crâne, et en ces temps de trahison des clercs : dimanche dernier, l’inénarrable Michel Serres dissertait sur France-Info (à propos de récentes manifestations) sur Expertise ou Vérité et Opinion, suivant l’opposition scolastique entre Logos et Doxa (pont aux ânes de tout candidat au Bac de philo), pour conclure que les chiffres donnés par la police, relevant de l’Expertise, et donc de la Vérité, sont incontestables, tandis que ceux donnés par les organisateurs des manifestations, relevant de l’Opinion, ne devraient pas être cités (car les mettre en parallèle avec les premiers serait offusquer la Vérité).

Il ne reste donc, pour ouvrir de petites fenêtres sur la réalité, que le cinéma. Le G8 de Gênes a fait un mort, un jeune de 22 ans, Carlo Giuliano, tué d’une balle, mais aussi écrasé à deux reprises par un véhicule de la police. Ceci a marqué les esprits ; mais qui se souvient de la suite ? C’est de cette suite que traite le film.

Diaz s’ouvre sur une scène énigmatique (qu’on reverra plusieurs fois et qui ponctue la première partie du film) : un jeune lance une bouteille qui vient s’écraser à côté d’un véhicule de la police, selon une trajectoire qui se déroule au ralenti et à l’envers : c’est en effet le petit incident fatidique qui va aboutir à un déchaînement de violence policière. Après la mort de Giuliano, les autorités italiennes, voulant en finir avec les jeunes qui continuaient à tenir tête à la police, multipliaient les provocations, cherchant un prétexte : cette bouteille leur permet de se présenter comme menacées et d’utiliser un certain article de loi pour justifier une vaste opération, l’assaut de l’Ecole Diaz. Des centaines de policiers, de Gênes, mais aussi des renforts venus de plusieurs autres villes, attaquent pendant la nuit moins d’une centaine de jeunes anti-système qui dormaient dans le gymnase. La caméra, très mobile, nous plonge dans la violence, la confusion et la panique de cette nuit : elle suit l’irruption des hordes de policiers, les coups de matraques qui s’abattent sur garçons et filles indifféremment, mais aussi sur des médecins et des journalistes, la chasse à l’homme dans les étages de l’école, où on débusque de petits groupes de leurs précaires cachettes, et les mares de sang qui s’élargissent (d’où le sous-titre italien : Don’t clean up this blood) : et tout cela est scrupuleusement exact, il suffit de comparer le film aux vidéos tournées sur le vif.

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Source : http://www.legrandsoir.info/diaz-les-g8-et-le-vrai-visage...

 

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19 juin 2013

La Bataille du Chili, 40 ans après.

15. Bataille du Chili.jpgRosa LLORENS

Le 11 septembre 2013, il y aura 40 ans du coup d’État de Pinochet et de la mort d’Allende, mais c’est aussi les 40 ans du Coup d’État du 27 juin 2013 en Uruguay (petit pays dont on parle moins souvent mais où la dictature militaire a mené une répression plus sanglante, proportionnellement au nombre d’habitants, qu’en Argentine). Grâce à la Coordination "40 ans après", on a pu revoir au cinéma Action Christine La Bataille du Chili, de Patricio Guzman.

Le film, tourné pendant la présidence d’Allende, dans des conditions dramatiques, pourrait s’intituler Chronique d’un Coup d’État annoncé : effectivement, dès la victoire d’Allende aux élections de septembre 1970, les partis politiques de droite, les secteurs radicaux de l’armée et la CIA avaient mis au point la stratégie du chaos qui devait conduire au coup d’État.

La grande difficulté, pour l’équipe de tournage, dit P. Guzman, était le décalage entre le peu de moyens matériels (le film fut tourné grâce à la pellicule offerte par Chris Marker, et monté, après le coup d’État, à Cuba) et la masse d’événements et l’effervescence des années 70-73 : il fallait choisir et planifier ce qu’on allait couvrir ; les choix furent judicieux, puisqu’on suit le film dans l’angoisse, l’estomac noué, revivant les possibilités extraordinaires de cette période, tout en pensant aux tragédies humaines auxquelles elle a abouti ; mais on assiste aussi, au-delà du documentaire, à de grands moments de cinéma.

Les séquences font alterner trois groupes, trois centres de pouvoir : les ouvriers dans leurs usines, la droite parlementaire appuyée sur l’armée, et, entre les deux, Allende et le gouvernement d’Unité Populaire.

Face à la stratégie de tension et de sabotage de la part de la droite, Allende ne pouvait compter que sur le peuple : il a donc encouragé les ouvriers à s’organiser, ce qu’ils ont fait avec une détermination et une efficacité impressionnantes ; les usines passent entre les mains du peuple, constituant les nouveaux "cordones", où le travail est inséparable des actions de défense : on voit les ouvriers dresser des barricades et obliger la police mais aussi le gouvernement, qui voulait revenir sur ces nationalisations sauvages, à reculer.

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Source : http://www.legrandsoir.info/la-bataille-du-chili-40-ans-a...

 

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16. Rohani vs Bibi.jpg

Sans raison. Juste parce qu’elle nous fait rire.

 

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Jean-Sébastien-Bach et Fats Waller

 

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Mis en ligne le 6 septembre 2013.







22:09 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/09/2013

Espoirs brisés (suite au précédent)

1. To Gaza with love.jpg

 

Espoirs brisés

(Suite au précédent)

 

20 septembre 2013

Broken Hopes : superbe documentaire sur la fragmentation du territoire palestinien

20 ans après les accords d’Oslo…

En 1993, la signature des accords d’Oslo a suscité un immense espoir, celui de la reconnaissance de l’existence du peuple palestinien et de ses droits.
La poignée de main entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin à Washington reste une image forte imprimée dans notre mémoire collective. Autrefois symbole de l’espoir de l’établissement d’une paix durable, cette rencontre historique est aujourd’hui synonyme d’échec pour la plupart des analystes et d’une grave régression sociale et économique pour les Palestiniens.

Le webdocumentaire

L’Agence VU’, Action contre la Faim et Darjeeling s’associent pour vous présenter BROKEN HOPES | Oslo’s legacy, une expérience documentaire de 20 minutes réalisée par le photographe Cédric Gerbehaye et la journaliste Eve Sabbagh en territoire palestinien occupé.

Alternant des séquences de voyage tournées grâce à un dispositif GoPro et des témoignages de Palestiniens et d’Israéliens, l’internaute est plongé dans un voyage interactif du Sud au Nord de la Cisjordanie. L’interface principale composée d’une carte dynamique et interactive vient apporter des éléments de compréhension en regard des séquences de voyage.

Source : http://www.legrandsoir.info/broken-hopes-superbe-document...

 

BANDE ANNONCE

 

Film à visionner ici : http://broken-hopes.fr/#

 

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29 septembre 2013

Les plans israéliens en Cisjordanie ne laisseront pas grand chose aux Palestiniens (Znet)

2. PALESTINE partage.jpgNoam CHOMSKY

Les dialogues de paix qui commencent à Jérusalem se déroulent dans un cadre et sur la base de principes qui méritent qu’on y regarde de près.

L’un des principes de base c’est qu’il existe deux options : soit on parvient à un accord pour deux États, soit on ira inévitablement vers ce qui est la réalité – un État « de la mer au Jourdain », une issue qui représenterait « un risque immédiat de disparition de l’identité d’Israël comme État juif et démocratique », cela étant dû à ce qu’on appelle « le problème démographique », une future majorité palestinienne dans un État unique.

C’est Yuval Diskin, ancien agent du Shin Beth (les services de sécurité en Israël), qui a employé cette formule, mais ces idées font quasiment l’unanimité aussi bien chez les commentateurs politiques que chez les universitaires. Cela est toutefois très incomplet. Il existe en effet une troisième option, la plus réaliste : Israël continuera sa politique actuelle avec le soutien des États-Unis, soutien économique, militaire et diplomatique – bien que parfois accompagné de quelques mots de désapprobation.

Les objectifs politiques sont assez clairs. Leurs racines remontent à la guerre de 1967. Et ils ont été maintenus avec une détermination spéciale après les Accords d’Oslo de septembre 1993. Ces Accords avaient déterminé que Gaza et la Cisjordanie représentaient une entité territoriale indivisible. Israël et les États-Unis ont aussitôt fait en sorte de les diviser, ce qui signifie que quelle que soit l’autonomie que les Palestiniens obtiendraient en Cisjordanie ils resteraient coupés du monde extérieur.

L’étape suivante a été de créer une vaste zone appelée le Grand Jérusalem, incorporée à Israël, en tant que capitale – cela en violation directe des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette zone représente un obstacle de taille pour la construction d’une éventuelle entité palestinienne. Un corridor vers l’est de la nouveau Grand Jérusalem inclut la ville coloniale de Ma’aleh Adumim, fondée dans les années 1970, mais construite dans une grande mesure après les Accords d’Oslo. Elle représente quasiment une barrière de séparation à l’intérieur de la Cisjordanie.

Des corridors vers le nord – incluant d’autres villes coloniales – divisent ce qui resterait comme territoire sous contrôle palestinien – des « bantoustans », comme les appelle l’un des principaux architectes de cette politique, Ariel Sharon, en référence aux territoires qui en Afrique du Sud étaient réservés aux noirs durant l’apartheid.

Dans le même temps Israël continue de faire passer des territoires de son côté le long du « mur de séparation » qui coupe au travers de la Cisjordanie ; ainsi Israël saisit des terres arables et des ressources en eau, ainsi que des villages palestiniens. Cela inclut aussi des blocs de colonies qui « resteront partie intégrante d’Israël quelque soit l’accord de paix qui adviendra » ; c’est que qu’avait affirmé le porte-parole du gouvernement israélien, Mark Regev, lorsque les négociations en cours ont été annoncées.

La Cour internationale de justice (CIJ) a déclaré que tout cela est illégal ; le Conseil de sécurité de l’ONU avait d’ailleurs déjà déclaré que toutes les colonies sont illégales. Les États-Unis s’étaient ralliés au reste du monde et avaient accepté cette décision durant les premiers temps de l’occupation. Mais sous Ronald Reagan, cette position a été modifiée, parce que considérée « néfaste pour la paix », et Barack Obama l’a encore plus affaiblie, puisqu’il a considéré « qu’elle n’aide pas à la paix ».

Israël a aussi nettoyé la vallée du Jourdain de Palestiniens, y a établi des colonies juives, y a creusé des puits, et prépare donc l’intégration de la région à Israël.

Cela achèvera d’isoler toute future entité palestinienne en Cisjordanie. Dans le même temps d’énormes projets d’infrastructures à travers toute la Cisjordanie – excluant les Palestiniens – font avancer l’intégration à Israël, avec une probable annexion à la clé.

Les espaces qu’Israël saisit seront quasiment libres d’Arabes. Il n’y aura plus de « problème démographique », ou de droits civiques, ou de lutte anti-apartheid, contrairement à ce que beaucoup de défenseurs des droits des Palestiniens prévoient dans un État unique.

Il reste des questions. Avant l’ère Obama les présidents États-uniens avaient interdit à Israël de construire des colonies dans la zone E1 – une zone en dispute qu’Israël espère développer. Cela achèverait de séparer le Grand Jérusalem des zones sous contrôle palestinien. Ce qui va se passer là demeure incertain.

Alors que les négociations s’ouvraient, Israël a clairement affirmé ses intentions et a annoncé de nouvelles constructions à Jérusalem-Est et dans diverses colonies. La liste des colonies constituant des « priorités nationales » a été augmentée. Les constructions sont encouragées, avec des incitations à la clé pour les colons juifs.

Obama a clairement fait connaître ses intentions en désignant Martin Indyk comme chef des négociateurs ; il est issu du lobby pro-israélien. Il aura comme proche collaborateur le conseiller présidentiel Dennis Ross. Ce dernier part du principe qu’Israël a des « besoins », lesquels sont bien plus importants que les desiderata des Palestiniens.

Ces évolutions nous mènent à un deuxième principe de base : les Palestiniens ont entravé le processus de paix en imposant des pré-conditions. En réalité ce sont les États-Unis et Israël qui imposent d’importantes pré-conditions. La première pré-condition c’est que le processus doit rester sous le contrôle des États-Unis, alors qu’ils sont participant actif au conflit, du côté israélien, et non pas un « honnête médiateur ». La deuxième pré-condition c’est que la colonisation doit pouvoir se poursuivre.

Il existe un immense consensus international en soutien à la solution à deux États, sur les frontières internationalement reconnues, peut-être avec « des ajustements mineurs et réciproques » sur la ligne du cessez-le-feu de l’année 1949. Ce sont les mots qu’employait la diplomatie états-unienne à une époque plus ancienne. Ce consensus inclut les États arabes et l’Organisation de la conférence islamique (et donc l’Iran). Depuis 1976 les États-Unis et Israël font opposition à cette position consensuelle. En 1976 les États-Unis avaient opposé leur veto à une résolution basée sur ce consensus et qui avait été proposée par l’Égypte, la Jordanie et la Syrie.

Cette longue histoire de refus se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Le plus récent veto états-unien au Conseil de sécurité de l’ONU concernant le territoire palestinien remonte à février 2011. Il s’agissait d’une résolution qui était en principe conforme à la position officielle des États-Unis – la fin de l’expansion des colonies illégales israéliennes. Et l’histoire du refus va bien au-delà du Conseil de sécurité de l’ONU.

Erronée aussi est la question de savoir si le premier ministre israélien, faucon, accepterait un « État palestinien ». En fait son administration a été la première à admettre cette possibilité lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1996, après Yitzhak Rabin et Shimon Peres, qui eux rejetaient cette option. David Bar Ilan expliquait que certaines zones seraient laissées aux Palestiniens, et que s’ils voulaient les appeler « un État » Israël ne s’y opposerait pas – ils pourraient aussi bien les appeler « poulet frit ».

Ce commentaire reflète l’attitude de la coalition États-Unis-Israël quant aux droits des Palestiniens. Dans la région il y a un grand scepticisme au sujet de la réactivation actuelle du « processus de paix » par Washington. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi.

Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/israels-west-bank-plans-wi...

Traduction : Numancia Martinez Poggi

URL de cet article 22683

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29 septembre 2013

La "Conférence de paix" occulte la destruction de la Palestine.

Jacques BUDE

3. Destruction Palestine.jpg

 « Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et s’est multipliée par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement. » (Marwan Barghouti, mars 2012)

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure - est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les ’conférences de paix’ entre Israéliens et Palestiniens - Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces ’dialogues de paix’ n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés - aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

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Source : http://www.legrandsoir.info/la-conference-de-paix-occulte...

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Agenda belgo-palestinien 23 09 2013-1.pdf

 

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Mais à quoi bon lésiner…

Passons de Palestine en Iran, ce n’est pas loin : Pour ceux qui se sont laissé vendre la fable du président Rohani se rapprochant des États-Unis, rien de tel que le texte intégral – même en traduction rapide - de son discours à l’ONU. Nous y voyons, nous, le maintien d’une position ferme autant que justifiée, en même temps qu’une impeccable leçon de morale politique dans la droite ligne de Mahmoud Ahmadinejad. (À faire copier cent fois chaque jour par MM. Laurent Fabius et Guy Verhofstadt. Et à la main, pas en copié-collé !)


29 septembre 2013

Le discours du président iranien Rohani à l’AG de l’ONU (Texte intégral)

4. Rohani.jpeg 

Grâce au nom de Dieu, le Tout-miséricordieux, le Très-miséricordieux

Louange au Seigneur des deux mondes, paix et bénédictions divines au grand Messager et aux Gens de la demeure

 

M. le Président, M. le Secrétaire général ! Mesdames et Messieurs !

Au début, je tiens à présenter mes sincères félicitations à l’occasion du choix de Son Excellence à la présidence de l’Assemblée générale de l’Onu et saluer le travail inlassable de M. Ban Ki-moon.

M. le Président ! Notre monde est empli de crainte et d’espoir : crainte de la guerre et des hostilités à l’échelle régionale et internationale ; crainte du clash meurtrier des identités confessionnelle, ethnique et nationale ; crainte de l’institutionnalisation de la violence et de l’extrémisme, crainte de la pauvreté et des discriminations humiliantes, crainte de l’anéantissement des ressources vitales, crainte de la négligence de l’honneur et des droits de l’homme, crainte de l’ignorance de l’éthique.

En revanche, il y a aussi de nouveaux espoirs face à ces craintes : l’espoir en l’accueil favorable des populations et des élites du monde entier à la devise « oui à la paix et non à la guerre » ; l’espoir à la préférence du dialogue à la lutte, de la modération à l’excès.

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Source : http://www.legrandsoir.info/le-discours-du-president-iran...

5. Retour triomphal rtbf.be.jpg

À l’aéroport de Téhéran :  retour triomphal de Hassan Rohani,

après sa semaine new yorkaise.

 

 

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Et chose promise chose due :

 

Nigel Kennedy et Moustapha (quinze ans) :

Melody in the Wind - Dernière nuit des Proms 2013

 

 

 

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Mis en ligne le 29 septembre 2013

21:06 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |