05/08/2011

Arriver à faire du bien commun autre chose qu’un poncif

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« Arriver à faire du bien commun
autre chose qu’un poncif »


Scutenaire



Parce que nous croulons sous les rébus domestiques et que nous avons contre nous une intendance qui s’obstine à ne pas suivre, ce blog devait rester au repos tout l’été.

Or, les blogueurs proposent et l’actualité la plus hideuse dispose... Il nous a fallu rompre notre voeu dimanche.

Parce que, quand on perd un chat, on n’a pas envie d’entendre la radio vous abrutir de ses éhontées bourdes quotidiennes et que, pour la musique, on n’est pas vraiment dans le coup, on apprend à retardement que « le terrorisme capitaliste » (Scutenaire) vient une fois de plus de frapper. Ce coup-ci, c’est en Norvège. Vous le saviez sûrement. Pas nous. Qu’à cela ne tienne. Nous allons nous rattraper en vous balançant quelques :



Nouvelles horribles d’un peu partout,
pour ceux qui ne sont pas en vacances.



Ou plutôt, quelques réflexions sur icelles, puisque avec les carabiniers.

Commençons par un rappel en forme d’incidente :

 

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Somalie :  au cours des trois derniers mois, 29.000 enfants de moins de 5 ans sont morts de faim.

640.000 autres, honteusement sous-alimentés, sont à toute extrémité.

D’ici fin août, la famine se sera étendue à toute la Somalie du Sud.
Des dizaines de milliers de réfugiés essaient de fuir vers la capitale, Mogadiscio, où les camps sont déjà saturés et où les réserves ont fondu.
Les bombardements sur la Libye continuent.
Ceux sur l’Afghanistan aussi.
On (nos protecteurs et nous) tue dans des dizaines de pays, de façon ouverte ou masquée.
Cela coûte (rapporte à certains) des centaines de milliards d’euros.
La guerre non déclarée fait rage sur le territoire de la Syrie, de la Russie et de l’Iran. Entre autres.
On n’en finit pas d’étriper l’Irak.
La Grèce garrotée achète pour des milliards d’euros d’armes dont elle n’a que faire à ses bourreaux.
La Belgique n’a toujours pas de gouvernement, mais ça ne fait rien, elle a des parrains qui lui disent où bombarder. Et à qui vendre les armes qu'elle produit.

Les enfants somaliens et leurs parents mourront.
Cela fera de la place pour les contractants et les mercenaires venus exploiter leur pays.
Il y a toujours eu des malchanceux partout. Pourquoi déranger la fatalité ?



*


Remontons vers les fjords.

 

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Donc, vendredi dernier, 22 juillet, à Oslo, Norvège, un attentat « à la voiture piégée » a détruit le quartier des ministères. Il semble que ce soit le bâtiment abritant les services du Premier ministre qui ait été visé.

Presque dans la foulée, sur la petite île d’Utøya, proche de la capitale, quatre-vingt cinq personnes au moins sont abattues, pour la plupart des enfants et de jeunes adolescents.

Dès le lendemain, la police arrête un suspect... qui avoue, se vante et affirme avoir agi seul.

Comment a-t-il fait ? 

 

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 Une voiture explose en bas... 

 

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Le feu se déclare en haut.
Un peu comme à Manhattan en somme.

 

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L’île d’Utøya,
Camp de vacances des membres de la Ligue des Jeunes Travailleurs (affiliée au Parti Travailliste).

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Le tireur en action.
Déguisé en policier, il achève, paraît-il, ses victimes.
Comment s’y est-il pris pour atteindre, d’une seule main, 85 cibles mouvantes, juste après avoir lancé une voiture pleine d’explosifs contre un bâtiment officiel ?
Mettons qu’il soit ambidextre.
Tout de même...

C’est peu dire que le web crépite de questions.
Une simple recherche d’informations de base vous fait atterrir sur plus de blogs identitaires, d’extrême-droite et bouffeurs de musus (pléonasme) qu’on ne pensait qu’il pût en exister. Et là, les questions sont quasi stéréotypées (ils se les repassent peut-être) : zones d’ombres... et je dirais plus (les Dupont-Dupond) : tout ça n’est pas clair... une voiture explosée et pas de cratère.... une voiture piégée et ses pneus sont intacts... et pourquoi, sur son compte Twitter, son profil a-t-il disparu ?... et pourquoi, juste avant qu’il disparaisse, quelqu’un a-t-il ajouté «chrétien conservateur» qui n’y était pas avant?... ben, tiens, quand c’est des intégristes musulmans qui font des attentats, c. à d. tout le temps, partout, on ne trafique pas leur compte Twitter... etc. Passons.

Quelqu’un a résumé le sentiment général de ces endroits :

 

caricature -attentat-oslo-norvege.jpg



Ailleurs, une question pertinente : « D’ou vient cette photo (Breivik tirant) ? Comment a-t-elle été prise et par qui ? ».
Réponse: « … de la chaine de TV norvégienne NRK, prise par hélicoptère…
Visiblement la chaine de TV fut plus rapide à intervenir que la Police qui elle est venue… en bateau. ».

Mais les questions de fond, ce sont des intellectuels qui les posent, et surtout des journalistes. Des journalistes alternatifs, bien sûr, tout le monde avait compris.

Passons sur le site sioniste crethi pethi, qui « ne va pas dire qu’ils l’ont bien cherché en fréquentant les terroristes palestiniens, mais enfin... ». Chacun sa pathologie.

Parmi les commentateurs qui nous ont paru intéressants, nous en avons glané quelques-uns pour vous. Les voici in extenso. C’est un peu long, mais la circonstance est exceptionnelle.



*

 

 

UNE POSSIBLE CONNECTION ISRAÉLIENNE
DANS LES ATTENTATS D’OSLO

 

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26.7.2011
par Stephen Lendman

Le 24 juillet, le journaliste d’investigation Wayne Madsen a émis l’hypothèse d’un lien avec le Mossad, disant qu’il existe de larges preuves («ample evidence») de son implication.

Anders Breivik, le supposé auteur des deux attentats se dit chrétien conservateur, adepte de la chasse, du body building et de la franc-maçonnerie. Il a aussi exprimé des opinions fortement pro-israéliennes, hostiles aux Palestiniens et aux musulmans.

Les registres commerciaux officiels de son pays le disent administrateur de Breivik Geofarm, ce quie les médias norvégiens traduisent par «fermier propriétaire, cultivant des légumes, des melons, des carottes et des pommes de terre ».

Le journal norvégien Verdens Gang a cité un de ses amis, disant qu’il était devenu un extrémiste « wing-wing » à l’approche de la trentaine. Il a maintenant 32 ans. Ce journal révèle aussi qu’il a participé à des forums en ligne, où il exprimait des vues fortement nationalistes et hostiles au multiculturalisme.

Le 24 juillet, le Daily Mail anglais disait :

« Selon les témoignages recueillis par les médias norvégiens, des gens ont mentionné deux sortes de tirs dans l’île d’Utøya, les uns au pistolet, les autres au fusil à lunette. Cependant, on ignore si les deux armes ont été maniées par deux tireurs différents ou par un seul.

La confusion était telle que personne n’a de certitude, mais la possibilité existe, étant donnée l’invraisemblance d’un seul tireur abattant 90 personnes d’une seule main. Il peut y avoir eu plusieurs tireurs non détectés. La police a déclaré qu’elle n’excluait pas cette possibilité. »

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Madsen a pu relier Breivik à Pam Geller(1) et à Richard Pipes(2), «synonymes de services secrets israéliens et agents de propagande... ce qui permet d’établir un lien sans équivoque entre Breivik et le Mossad, dont une des tâches est d’organiser des attaques sous faux drapeau, dans le but de susciter du soutien à Israël contre la Palestine, Chypre et la Norvège étant les deux théâtres les plus récents d’attentats mis en scène par cet organisme. ».

Ler 19 juillet, la Voix de la Russie a intitulé un de ses communiqués « La Norvège soutiendra les Palestiniens, déclare le ministre des Affaires étrangères norvégien », poursuivant :

« “La Norvège soutiendra les Palestiniens qui sont déterminés à réclamer la reconnaissance de leur indépendance par les Nations Unies” a dit le ministre des Affaires étrangères norvégien Jonas Gahr Støre. »

En janvier, Støre avait dit :

« La Norvège sera un des premiers états (européens) à reconnaître une Palestine (indépendante) aussitôt qu’une instance internationale agira dans ce sens. »

Il a dit encore :

« Nous travaillons à développer l’économie de la Palestine », et il croit que « le processus politique en direction de la paix peut réussir ».

À la tête d’un comité chargé de récolter des fonds d’aide à la Palestine, il a déclaré aussi que la Norvège s’efforçait d’obtenir toute l’aide possible pour mettre sur pied des institutions palestiniennes.

Son commentaire de juillet faisait suite à des entretiens avec le président Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Nationale Palestinienne. Il disait être persuadé que l’indépendance de ce pays n’était nullement un obstacle à la paix au Moyen-Orient.

Un peu plus tôt en juillet, le journal norvégien Dagbladet avait cité Eskil Pedersen, chef de la Ligue des Jeunes Travailleurs (affiliée au Parti Travailliste), qui avait déclaré :

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« Il est temps de prendre des mesures plus drastiques à l’égard d’Israël » et «(la ligue) veut que le ministre des Affaires étrangères applique un boycott économique à ce pays », ajoutant :

« Le processus de paix n’arrive nulle part, et bien que le monde entier attende des Israéliens qu’ils s’exécutent, ils n’en font rien. Nous, jeunes travaillistes, voulons un embargo économique unilatéral de la part de la Norvège. »

Dagbladet a écrit :

« L’AUF (Ligue des Jeunes Travailleurs) est depuis longtemps partisane d’un boycott international d’Israël et a pris la décision, lors de son dernier Congrès, d’exiger que la Norvège impose un embargo économique unilatéral, et que cet embargo soit plus strict que jamais auparavant. »

Le 24 août (2010) le chroniqueur Shuki Sadeh (de Reuters et de Haaretz) titrait: « La caisse nationale des pensions norvégienne désinvestit du groupe Africa Israël », écrivant :

« Le retrait de la caisse nationale des pensions norvégienne (GPFG), qui pèse 450 milliards d’euros, de deux firmes israéliennes engagées dans le développement de colonies en Cisjordanie et d’une firme forestière de Malaisie, sur des bases éthiques, a été annoncé lundi par le ministre des Finances de Norvège. »

Les firmes israéliennes exclues sont Africa Israël Investments Ltd et une de ses filiales, la société d’ingénierie Danya Cebus Ltd. Toutes deux sont contrôlées par Lev Leviev, un milliardaire israélien impliqué, entre autres choses, dans la construction de colonies.

La CFPG, qui est gérée par la Banque Centrale de Norvège, a adopté des principes moraux qui excluent tout investissement dans des société qui produisent des armes nucléaires, des bombes à fragmentation, des produits nocifs pour l’environnement, implantent des colonies illégales ou maltraitent leurs salariés.

La caisse a spécifié que la Danya Cebus de Leviev était bien engagée dans la construction de la colonie du quartier de Har Homa à Jérusalem Est, ainsi que dans celles de Ma’ale Adumim et de Modi’in Illit en Cisjordanie.

Elle a précisé que « (son) Conseil en éthique met l’accent sur le fait que l'implantation de colonies dans des zones occupées est une violation de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre ».

Le ministre des Finances, Sigbjørn Johnsen a pour sa part ajouté :

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« Plusieurs résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies et avis de la Cour de Justice internationale concluent que la construction des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés est interdite par cette Convention.»

Africa Israël Investments a réagi en disant que ni elle-même ni sa filiale n’étaient plus engagées depuis un certain temps dans l’établissement de colonies en Cisjordanie, que cela soit vrai ou pas. Toutefois, elle a omis de mentionner les projets dans lesquels elle est impliquée à Jérusalem-Est, où Israël est en train de voler des terrains palestiniens pour y développer des quartiers coloniaux nouveaux.

En 2009, la CFPG a désinvesti d’Elbit Systems, une firme israélienne spécialisée en électronique militaire, parce qu’elle participait à la construction par Israël du Mur de Séparation, également illégal.

Le 29 mars 2011, EuropeNews titrait : « Norvège : Le Parti Socialiste de Gauche votera la motion appelant à bombarder Israël en cas d’intervention armée contre le Hamas à Gaza », et l’article disait notamment :

L’ancienne ministre des Finances, aujourd’hui ministre de l’Éducation, Kristin Halvorsen, du Parti Socialiste de Gauche (SV), un des trois partis de la coalition qui gouverne la Norvège, avec le Parti du Centre et le Parti Travailliste, soutient une mesure visant à entreprendre une action militaire contre Israël, si Israël attaque le Hamas. Le texte dit notamment :

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« La crédibilité de la Communauté Internationale (dans sa confrontation avec le colonel Kadhafi), est nulle par le fait qu’elle ne réagit pas contre d’autres états de la région qui commettent des injustices contre leur population civile. La Communauté Internationale au sens large se doit de réagir contre les attaques aériennes d’Israël sur la bande de Gaza. »

La proposition n’a pas obtenu le soutien d’une majorité des voix, mais elle montre la préoccupation des Norvégiens pour les droits de la Palestine. Et elle indique assez pourquoi Breivik a pris pour cibles des enfants du Parti Travailliste sur l’île d’Utøya. La veille, ceux-ci avaient participé à une manifestation pro-palestinienne. Le ministre des Affaires étrangères, Jonas Garh Støre les avait, à cette occasion, rencontrés, et les enfants lui avaient dit qu’il fallait que la Norvège reconnaisse la Palestine.

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En réponse, il leur avait dit :

« Les Palestiniens doivent avoir leur propre état. L’occupation doit finir. Le mur doit être démoli, et cela doit se faire maintenant. »

Breivik a exprimé une forte haine à l’égard des musulmans et de ceux qui professent des opinions de centre-gauche. Son compte Twitter, ouvert récemment, a posté un seul commentaire le 17 juillet, dans lequel il citait John Stuart Mill :

« Une seule personne qui a une croyance en vaut 100.000 qui n’ont que des intérêts. »

Cependant, ce qui importe ici, ce n’est pas lui ni ses croyances. Ce qui importe, c’est de savoir qui a planifié ces attaques, qui l’a peut-être utilisé (avec d’autres sans doute) pour les commettre, et pourquoi.

Faire dérailler l’indépendance palestinienne et, de jure, son adhésion à l’ONU, de même que riposter à la Norvège parce qu’elle soutient les deux, désinvestit ses actifs d’Israël et critique sa politique, est un faisceau de trois raisons qui pourraient bien être derrière les attentats d’Oslo.

On retrouve de plus en plus et partout les empreintes du Mossad, peut-être en coopération avec la CIA et/ou le MI6. L’attentat à la voiture massivement piégée est une de leurs spécialités. Ils sont experts en ces sortes d’opérations, où ils utilisent des comparses, parfois à leur insu, pour la plausibilité de leurs démentis.

Faites passer le message et maintenez la pression sur Israël et sur son partenaire/bailleur de fonds de Washington, tous deux maîtres ès meurtres de masse.

 

 

Source : thepeoplesvoice.org

Traduction C. L.
pour : http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....

 

______________________   

(1) Pam Geller – de son vrai nom Pamela Reuben - est une journaliste américaine, qui a co-fondé, avec Robert Spencer (animateur de Jihad Watch (http://www.jihadwatch.org/) la Freedom Defense Initiative (FDI). Son weblog, Atlas shrugs (http://atlasshrugs2000.typepad.com) a été fortement critiqué par la presse progressiste américaine (comme ici ou ici) et Chris McGreal, du Guardian, l’a qualifié d’extrémiste. Caroline Glick, en revanche, l’a loué dans le Jerusalem Post. (NdT)


(2) Richard Pipes est un historien juif américain né en Pologne en 1923. Il a été brièvement conseiller de Ronald Reagan pour l’Europe de l’Est, période au cours de laquelle il a prêché une ligne dure à l’égard de l’URSS. Il est membre du Conseil de Sécurité Nationale. Il a aussi été membre du groupe de lobbying Committee on Present Danger, de 1977 à 1992, et il l’est toujours du think tank Council on Foreign Relations (CFR ou Conseil en relations étrangères), dont les liens avec  la CIA ne sont plus à démontrer. Il sera plus loin question de Daniel Pipes. Ce n’est pas le même, mais il ne vaut pas mieux. (NdT)


Stephen Lendman vit à Chicago, et on peut le joindre à l’adresse suivante :
Lendmanstephen@sbcglobal.net

Lecteurs anglophones, ne manquez pas de visiter son blog :
http://sjlendman.blogspot.com/ et d’écouter ses entretiens avec les hôtes distingués qu’il reçoit sur Progressive Radio Network les jeudis à 10h du matin (heure centrale US) et les samedis et dimanche à midi. Tous les programmes sont archivés pour rendre leur écoute aisée.


wayne madsen 1.jpgWayne Madsen, dont il a déjà été question dans un de nos posts prédédents, est un journaliste d’investigation américain très consulté par ses pairs. Le résultat de ses activités dérange si fort en haut lieu qu’au temps de l’administration Bush, il lui est arrivé – fait quand même assez rare – d’être averti par « quelqu’un » des services secrets US de ce que le gouvernement de son pays avait mis un contrat sur sa tête pour le faire assassiner. Comme on le sait, la même chose est arrivée, dans la France de Nicolas Sarkozy, à Richard Labévière et à Thierry Meyssan, lesquels ont choisi l’exil pour sauver leur vie. Madsen a choisi, lui, avant de prendre le maquis à l’intérieur des frontières, d’alerter un ou deux confrères, qui se sont mis en devoir de faire un maximum de publicité à la chose, avertissant les autorités que si un accident arrivait à M. Madsen, on saurait qui en accuser.

Sans rapport direct avec les événements d’Oslo – mais allez savoir... – voici deux vidéos consacrées à son travail de recherche sur la société de mercenaires Blackwater (qui a changé de nom depuis), omniprésente en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

 

 


1/2 Wayne Madsen: Blackwater Xe , ITRR S/T par hussardelamort

 

 


2/2 Wayne Madsen: Blackwater Xe , ITRR S/T par hussardelamort

 
Après tout, si les tueurs de Blackwater peuvent se déguiser en chi’ites pour massacrer des sunnites, et vice versa, dans le but de provoquer des guerres civiles, qui pourrait les empêcher de se déguiser, par exemple, en immigrés musulmans pour commettre de semblables méfaits en Europe ?

 



*

 

 

Tueur isolé ou battue au gibier humain du genre partie de chasse pour tueurs du Brabant ? Quelques témoignages des enfants de l’île :



« Lorsque j’ai vu des bateaux arriver je n’étais pas sûre de pouvoir leur faire confiance. »  (Propos de Lenita Jones, rapportés par NRK)

 « On nous tire dessus ici. Un homme qui est habillé en policier. Nous ne savons pas combien ils sont. Tous les membres de l’AUF sont dispersés pour se cacher. Love you. » (SMS envoyé par Emma Martinovic à ses parents à 17h53, rapporté par FVN)

« Après avoir nagé pendant 10 minutes, nous étions à 500 mètres du rivage. Nous nous somme fait tirer dessus. Ce fut la panique complète. L’un de nous a été touché, j’ai vu du sang dans l’eau, mais je ne sais pas comment c’est arrivé. ». (Propos de Emma Martinovic rapportés par FVN)


« Nous nous sommes cachés quand nous avons entendu des tirs provenant de différentes directions. » (Propos de Kaltenborn rapportés par NRK)

Source : Mécanopolis.org

 

 

*

 

certains ne font évidemment pas le détail.jpg


  Certains n’ont évidemment pas fait dans la dentelle.
Lui non plus.


 

*

 



La réaction norvégienne aux attentats terroristes et les gageures qui nous attendent

1er août 2011
Salim Nazzal

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La Norvège vient indubitablement de prouver son intégrité, par la manière impressionnante dont elle a répondu aux deux attentats récents. C'est d'une seule voix qu'y ont parlé les politiques : la Norvège ne va pas cesser d’être un  pays démocratique. Si l’on compare, dans des circonstances analogues, la réaction US et la réaction norvégienne, on est frappé par les différences criantes entre les deux pays.

Celles-ci vont bien plus loin que les différences de comportement entre un George Bush de droite et un Jens Stoltenberg de gauche. Bush a trouvé dans les attaques terroristes du 11 septembre l’occasion opportune de déchaîner une terreur d’état bien pire, de semer plus de mort et de destruction que n’en avaient causé les attaques, jusque dans des pays situés à des milliers de kilomètres de l’Amerikaca. Jens Stoltenberg, lui, a grandi, au sein du Parti Travailliste, dans une culture démocratique humaniste fortement liée aux forces du maintien de la paix dans diverses parties du monde. C’est cette culture qui explique assurément sa façon responsable de traiter la situation créée par la récente offensive terroriste.

Élargissons la comparaison et rappelons que la Norvège, dans cette tradition démocratique humaniste, est, parmi les nations du monde, celle qui contribue le plus aux missions de maintien de la paix des Nations Unies, alors que les États-Unis détiennent le triste record des agressions, des invasions et du soutien aux pires dictatures.

Le caractère de la Norvège l’a amenée à transformer sa tragédie du 22 juillet en une manifestation d’amour et de solidarité. Les USA ont fait du 11 septembre un jour de haine et de vengeance. Cette attitude a conduit à l’occupation d’autres pays, au meurtre de plus d’un million de personnes rien qu’en Irak, et à la destruction des vies, des infrastructures et du moral en Afghanistan et au Pakistan.

La culture démocratique de la Norvège a été mise en évidence demanière éclatante par la manifestation des 250.000 roses à Oslo, dont le but a été de marquer l’adhésion de la population aux valeurs humanistes revendiquées et maintenues par ses politiques.

Si on compare une telle attitude aux vociférations amérikaines, appelant au meurtre, à l’agression et à l’invasion, on se persuade aisément que là est le vrai choc des civilisations : dans cette opposition entre la culture de haine et de brutalité américaine et la culture de tolérance et de solidarité norvégienne. Le monde entier vient de voir, dans les rues de la capitale, à quoi ressemble une nation vraiment démocrate.

Confronter les réactions norvégienne et américaine n’est pas un vain exercice : le réflexe hystérique et revanchard qui a suivi les événements du 11 septembre, attisé et entretenu par l’ensemble des médias US, n’est pas éteint. Cette politique agressive  a, selon une très large opinion, mis le vent en poupe aux partis populistes dans l’Europe entière et leur a fourni le combustible idéologique dont ils avaient besoin pour lancer les campagnes de haine dont provient l’actuelle islamophobie.

Ceci est patent dans le discours de différents partis populistes tels que le Front National en France, le Parti de la Liberté en Hollande, le Parti Républicain en Allemagne et le Parti National britannique. Leur propagande a suscité une vague de haine et de suspicion à l’encontre des boucs-émissaires « venus d’ailleurs », qui a sans aucun doute réussi à empoisonner la culture politique de l’Europe.

Ces partis prétendent que leur but est de conserver à l’Europe sa culture chrétienne, par opposition à ce qu’ils décrivent comme l’islamisation de l’Europe, même si l'origine du christianisme est en Palestine et non en Europe.

 

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En Norvège, le Parti Populiste du Progrès détient 41 sièges au Parlement, ce qui en fait le deuxième parti de cette assemblée. Il a conduit une campagne contre les immigrants en général et les musulmans en particulier qui, de l’avis de nombreux analystes, a créé l’atmosphère dans laquelle des gens comme Anders Breivik finissent par passer à l’acte.

Dans un article critique de Petter Nome, intitulé « Qui a nourri le meurtrier ? », Nome fait endosser une partie de la responsabilité au P.P.P. pour avoir créé le climat propice au surgissement d’idéologies comme celle de Breivik.

On peut en dire autant des nombreux sites anti-musulmans tels que (honestdefinition) et (jihadwatch), qui se livrent couramment à des campagnes de haine contre les musulmans.(1)

Scott Shane a relevé l’influence des sites américains pro-Israël et anti-Islam sur le manifeste de Breivik(2), dans lequel on ne trouve pas moins de 64 citations de sites anti-musulmans US et quelques autres (3), où les immigrants et les musulmans sont présentés comme un danger pour l’Europe. Bien sûr, si le rôle joué dans cette affaire par les sites américains et pro-israéliens est évident, l’apparition d’un phénomène de ce genre doit être étudié sous tous les angles.

Il n’est pas surprenant que l’Europe commence à s’atteler au problème de la terreur auto-générée, mais elle ne le fait hélas qu’après des décennies de focalisation sur ce qu’elle a qualifié de « terrorisme islamique ».

C’est dans ce sens qu’une réunion vient d’avoir lieu à Bruxelles, où des experts en mouvements d’extrême-droite ont examiné la menace posée par ces individus « left behind » (laissés à la traîne ou déposés exprès ? NdMM) par la société, qu’ils caractérisent comme des «loups solitaires». Cependant, aucune personne de bon  sens ne peut s’attendre à ce qu’une poignée d'experts soit capable de faire surgir un remède miracle susceptible de guérir un mal aussi complexe. Mais c’est un début, et un premier pas dans la direction d’une thérapie qui a mobilisé jusqu’ici beaucoup moins d’énergies universitaires et de publicité que, par exemple, les mouvements extrémistes islamiques.

Ainsi, de même que les attentats de Norvège ont conduit à un  énorme débat dans la société norvégienne sur de nombreuses questions relatives à l’immigration, à l’intégration, etc., les nations d’Europe doivent ouvrir un vaste débat sur les racines idéologiques et sur les influences extérieures qui suscitent et nourrissent l’islamophobie, avant que celle-ci ne devienne un mouvement politique armé, capable de menacer la stabilité de l’Europe.

 

Source : thepeoplesvoice.org

Traduction C. L.
pour : http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....

 

______________________  

(1) Pour se faire très froid dans le dos, il suffit de consulter la liste des 185 sites recommandés par Jihad Watch rien qu’en langue anglaise et de cliquer au hasard.

(2)  http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110726.O...

(3) Dont le Vlaams Belang :
  http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1296...



(3)

 
Le Dr. Nazzal est un historien norvégien d’origine palestinienne. Spécialisé dans le Moyen Orient, il est l’auteur de nombreuses contributions à l’histoire sociale et politique de la région. Il collabore à des sites tels que Countercurrents, SabbahReport, The Arab Washingtonian, thepeoplesvoice, etc. On peut le joindre à l’adresse e-mail snazzal@ymail.com .

 

*

 

M. Nazzal n’a pas tort : la piste « islamiste intégriste » a été d'abord indiquée, selon sa décomplexée habitude, par la presse trash anglaise, même s’il lui a fallu faire ensuite machine arrière :

 

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Et même si Al Qaeda fait désormais partie des effectifs otano-usrahellesques dans leur lutte humanitaire contre les civils libyens, irakiens, afghans, pakistanais et autres foules à mater.

Cette « chose » se vend à plus de 3 millions d’exemplaires.




*

 

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Attentats à Oslo : quand l’OTAN et les USA
visaient Jens Stoltenberg et le Parti Travailliste

23.7.2011

Tant le modus operandi que les cibles et le timing laissent penser que l'attentat commis hier à Oslo ne relève pas de l'attentat terroriste [islamiste] sui generis mais bien de l'attentat politique et même de l'assassinat politique - de tentative - avec pour cibles le Premier Ministre Jens Stoltenberg et le Parti Travailliste - Arbeiderpartiet .

Cet attentat a été commis avec la volonté évidente de minimiser les dégâts collatéraux à ces deux cibles, en particulier en choisissant une période de la semaine où l'espace urbain autour des bâtiments gouvernementaux était quasi-désert, tandis que la fusillade sur l'île d'Utøya ne pouvait que frapper des militants du Parti Travailliste ou des sympathisants, puisque celle-ci est la propriété d'une association de jeunes travailleurs lièe au Parti Travailliste. On est en effet bien loin de la stratégie du "terrorisme international" [islamiste] qui vise à frapper de manière anonyme les foules afin que celles-ci se retournent contre leurs chefs politiques. Les moyens déployés lors de cet attentat politique, la simultanéité des attaques montrent qu'il n' a pas pu être commis par un groupe. Ces attentats ont bénéficié d'une sérieuse préparation, tant sur le plan du renseignement - Jens Stoltenbeg se trouvait bien a proximité de l'explosion et son bureau a été détruit - que de la logistique .

En partant de l'hypothèse de l'attentat politique dans un état Scandinave, on pense immédiatement à celui qui a visé Olof Palme le 18 février 1986. À la fois pragmatique et homme de conviction, Olof Palme mena une politique internationale courageuse pour certains, risquée pour d'autres [notamment contre la guerre du Viêt-Nam, l'apartheid et la prolifération des armes nucléaires]. Il provoqua la rupture des relations diplomatiques entre la Suède et les États-Unis pour avoir participé personnellement, en tant que ministre, à une manifestation d'opposants à la guerre du Viêt-Nam. Durant la crise des missiles, il prit fermement position contre le déploiement des missiles Pershing  américains en Europe, ce qui le rapprochait de l'URSS.

 Or, si l'on prend tant les prises de position en matière de politique internationale que les personnalités, Olof Palme et Jens Stoltenberg, le Parti Travailliste et le Parti Social Démocrate présentent des similarités beaucoup plus grandes qu'il n'y paraît. Bien sûr, la principale différence entre la Norvège et la Suède est que la première est un des piliers de l'OTAN tandis que la seconde ne fait pas partie de l’alliance. Mais une politique étrangère pro-active et indépendante sur plusieurs dossiers semble avoir provoqué des irritations du côté de la diplomatie Étasunienne et Atlantiste .

Cette grille permet non pas de désigner les coupables ou les commanditaires mais permet de s'affranchir de la traditionelle "analyse" Norvége-Islam- Afghanistan-Libye aussitôt mise en avant par les "experts", aprés l'annonce de l'attentat. J'ai donc choisi la grille Norvège-Russie-Défense anti-missiles-OTAN et j'ai utilisé les cablegates en provenance de l'ambassade d'Oslo.




(Nous n’avons pas eu le temps ni la force de traduire ces longs cables.
Acceptez-en notre parole : leur arrogante outrecuidance n’a d’égale que leur cynisme.
L’auteur en résume l’essentiel.
Et merci à Julian Assange. NdMM.)



1- Il est reproché à Jens Stoltenberg, au Parti Travailliste et à la MD Anne-Grete Strom-Erichsen de s'opposer au projet de bouclier anti-missiles tout comme Olof Palme s'était opposé au déploiement des missiles Pershing.



ID : 08OSLO72
SUBJECT : NORWAY STANDING ALONE AGAINST MISSILE DEFENSE
DATE : 2008-02-12 09:02:001. (C)

Summary: Norway remains opposed to U.S. plans for missile defenses and was the only NATO ally to publicly express skepticism over these plans during the recent Defense Ministerial in Vilnius. Defense Minister Anne-Grete Strom-Erichsen told the media that Norway doubts the need for missile defense and believes it could lead to an arms race. Responding to Ambassador Whitneys observation that it is unusual for Norway to block consensus in NATO, Strom-Erichsen stated that the GON has not yet decided on its approach to this issue (including whether to use its veto) at the Foreign Ministerial or the NATO summit in Bucharest. In a February 11 meeting with Ambassador Whitney, MFA State Secretary Raymond Johansen said that the GON is constrained on this issue but wants to frame the issue in such a way that they can keep from having to block it in NATO. The USG should point out that GON persistant and public support for Russias line on missile defense is troubling even if Norway eventually allows U.S. and NATO goals. End Summary

Alone in NATO: Public Opposition to Missile Defense
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2. (SBU) The Norwegian Defense Minister, Anne-Grete Strom-Erichsen, was the only Defense Minister to publicly oppose the U.S. plans for missile defenses against long-range missiles during the Vilnius Defense Ministerial. Repeating oft stated doubts over the threat and claiming that this system would create an arms race, Strom-Erichsen appeared surprised that the GON was alone in this public skepticism.

3. (SBU) Missile defense has been a hot issue for the GON, primarily because of the Socialist Lefts (SV) presence in the governing coalition. SV succeeded in inserting a commitment to oppose missile defense plans in the coalitions government platform (the Soria Moria document). Reluctant to break this commitment (and risk splitting the coalition) and generally skeptical of U.S. policies and goals (reftel A), the GON has been vocally opposed to missile defense plans, despite strong USG efforts to present information on the threat and the system, including visits by Ambassador Nuland, General Obering, journalist tours, and extensive outreach by Ambassador Whitney and other embassy officials

8. (C) Ref A noted the need to counter negative trends in bilateral relations. Missile defense is a good place for us to continue to stress the potential cost of Norways policies. Even if Norway eventually accomodates U.S. and NATO priorities on missile defense, the long, public campaign parroting Russias arguments has been damaging, something increasingly noted in Norway and the U.S



2 - Il est reproché à Jens Stoltenberg de favoriser une politique de rapprochement avec la Russie, qui prend trop en compte les intérets norvégiens face à ceux de l’Alliance. De la même manière, on avait reproché à Olof Palme sa proximité avec l'URSS.



ID : 07OSLO658
SUBJECT : PM STOLTENBERG´S RUSSIA TRIP: GRADUAL GAINS IN THE
DATE : 2007-06-18 11:39:001.

(SBU) Prime Minister Jens STOLTENBERG,s June 7-10 visit to Russia produced progress on Norwegian priorities in the Barents region. Despite some controversial statements on missile defense and some public criticism of Russia,s human rights record, STOLTENBERG,s visit was primarily characterized by some successes for Norway,s High North priorities, including resolution of a small part of Norway,s disputed sea-border with Russia and new Russian commitments on safety and economic development of the Barents Sea region. This result will likely encourage the government to continue Norway’s enthusiastically positive approach to Russia, downplaying tensions over security matters within NATO and other negative aspects.4. (C) Perhaps the most controversy of the visit was generated by a quote on missile defense STOLTENBERG made while in Murmansk. STOLTENBERG called on the U.S. and Russia to discuss missile defense, and said it was important for both sides to reduce harsh rhetoric and to avoid a new arms race. He continued to say that Norway has all along been skeptical of missile defense plans and would not allow missile defenses in Norway. Russian suspicions of the Vardoe radar site in northern Norway and false complaints about its supposed use in U.S. missile defense plans were a staple of past meetings of Norwegian and Russian leaders and continue to be a sub theme of Russian complaints about U.S. missile defense plans at NATO. However, during this visit the radar was not directly raised by either side.

And Gets Criticized
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5. (U) Norwegian media reaction to STOLTENBERG,s statement was critical, with editorials in Norway,s largest paper castigating STOLTENBERG for expressing his criticism of U.S. missile defense plans while in Russia, while not even mentioning Putin,s strong threats against NATO. The paper stated that the PM,s criticism of the U.S. on such a sensitive issue, without any balancing criticism of Russia, creates an impression of Norwegian servility towards Russia and shows that Norway is intimidated. The paper called for the PM to speak out against Putin,s harsh rhetoric, and make clear that Russia does not have veto power over missile defense plans in NATO countries. The editorial also stated that U.S. plans are no threat to Russia and that if the PM needs to criticize missile defense because of internal governmental reasons he should do so in another place than Russia. The Prime Minister,s office and the MFA have claimed that the PM,s comments reported in international media were taken out of context and that he intended to promote dialogue and make clear that Norway would not be used for any missile defense systems. See ref a for more the GON approach to Missile Defense.

Likely Results: Confirmation of Norways Current Russia Policy
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6. (C) In a summary to the press before he returned to Norway, STOLTENBERG highlighted his satisfaction with reaching an agreement over the border in Varangerfjord. He also called for more frequent contacts with Russian leadership and invited President Putin to Norway. The border agreement, Statoil,s meeting with Putin and the positive developments on nuclear safety in the Barents were all key successes for Norway,s High North priorities. These successful results will likely encourage the GON,s natural inclination to avoid criticism of Russia and to stress their interest in co-operative projects in the North. This does not mean that the GON is unaware or unconcerned about the developments in Russia. We hear frequent private expressions of concern from lower-level members of the Defense Department and the Ministry of Foreign Affairs over Russia,s new aggressiveness and Russia is a topic which will continue to generate media and public interest. However, the GON appears determined to continue its course of downplaying disagreements in order to focus on its goal of close cooperation with Russia in the Barents region and make progress in its high priority High North policy. Elite opinion, including in the MFA, also includes sympathy for the worn argument that Russian misdeeds are often reactions to mistakes by the west, and in particular the U.S. Whitney.

ID : 09OSLO399
SUBJECT
DATE : 2009-06-18 07:44:00

 RUSSIA: Public Positivism and a Focus on the Bilateral
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3. (C) The GONs official RUSSIA policy has been characterized by a consistent stress on the positive and a reluctance to publicly criticize RUSSIA actions (the Georgia war was one exception but the GON shows little public solidarity when RUSSIA pressures the Baltics, Poland or other allies). Norway has chosen to prioritize the bilateral aspects of its relations to RUSSIA, working to achieve greater cooperation in the Barents, defending its interests in a quiet manner and stressing the benefits of greater RUSSIAn integration into the European economic and political regimes. The GON works to maintain steady and positive contacts with RUSSIA as evidenced by the recent meetings of PM STOLTENBERG with President Medvedev and PM Putin, FM Stoeres meetings with FM Lavrov and other meetings between Ministers of Energy and Industry. (Reftel A and D)

4. (C) As a member of the wider European community, Norway has been much more passive, at times criticizing RUSSIAn actions, but primarily arguing for dialogue and inclusion. Norways focus on the bilateral relationship has resulted in cooperative and well-functioning relationships in environmental cleanup, nuclear safety, fisheries management and people-to-people exchanges. It also has led to a greater potential for cooperation in the development of energy resources in the Barents (StatoilHydros share of the Shtockman Development Company is the prime example).

5. (C) These achievements impact the wider relationship as the GON does not want to throw away the hard earned progress in bilateral relations (or damage the potential future cooperation on energy development or agreement on a maritime border) for events elsewhere. GON priorities were illustrated by a recent meeting between the Deputy Foreign Minister and a high-ranking USG official. When speaking about RUSSIA the Deputy Minister choose to focus on a recently concluded fishing agreement with RUSSIA, ignoring any other wider concerns.Comment -------

13. (C) Norway has succeeded in creating a low tension relationship with RUSSIA with real and functioning cooperative agreements in the Barents. This is positive but it is unclear that this is a result of GON policy or simply of RUSSIAn disinterest. Some are wondering if this is worth the price of GON reluctance to show solidarity when RUSSIA pushes allies or other states. Despite GON claims that other nations should follow their lead, it appears to us that Norways relationship is unique and a model RUSSIA might favor, but not other allies.

14. (C) Norways underlying concerns over RUSSIA will however continue to be an important piece of the continued close U.S.-Norway bilateral relationship. Close intelligence and military connections have continued despite the end of the cold war, and Norway had maintained its RUSSIAn expertise when others scaled back. Norways desire for increased attention to the High North is a healthy impulse and one which should compliment increasing U.S. interest in the Arctic. Norway has expressed a desire to re-start the dormant U.S.-Norway High North talks and discussing ways to combine our RUSSIAn expertise may be a topic of mutual interest for this initiative. Norway strongly supports U.S. determination to increase engagement with RUSSIA and "reset" the relationship. We should ask Norway to also support the firm U.S. and NATO positions on RUSSIA when necessary, rather than relying on others to do so.



3 - Cette politique indépendante, le gouvernement norvégien l'a aussi developpée au Proche-Orient, en s'opposant à la politique belliciste de l'Entité Sioniste aka "Israël". De la même manière que les brutales attaques contre le Liban et Gaza ont contribué à la détestation du sionisme en Norvège, les massacres de Sabra et Chatila avaient provoqué la détestation de ce sionisme dans la Suède d'Olof Palme . 

• En 2006, une crise diplomatique a éclaté entre les deux pays suite à des propos tenus par l'ambassadrice d'Israël.

• En juin 2010, la Norvège a exigé une enquête internationale sur l'abordage par Israël de la flotille turque.

• En aout 2010, la Norvège s’est désengagée de deux investissements israéliens, jugeant ces sociétés moralement condamnables.

• En octobre 2010, la Norvège a interdit des exercices de submersibles  israéliens construits en Allemagne dans ses eaux territoriales. Jonas Gahr Støre, le ministre des Affaires étrangères norvégien, a déclaré, pour l'occasion, que la Norvège n'exportait pas de «matériel ou de services dans le domaine de la défense vers des pays où la guerre menace».

• En 2007 la Norvége a reconnu le Hamas.

• Le Gouvernement Norvégien vient de se pronnoncer en faveur de l'admission de la Palestine à l' ONU.



ID : 09OSLO739
SUBJECT : SCENESETTER FOR YOUR VISIT TO OSLO
DATE : 2009-11-30 15:25:00

Mid-East Peace Process
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9. (S) During the Oslo Peace Process of the 1990s, NORWAY
hosted Israeli-Palestinian peace talks, and the Nobel
Committee awarded the Nobel Peace Prize in 1994 to Yasser
Arafat, Shimon Peres, and Yitzhak Rabin. Tragically, Rabin
was assassinated a year later by a figure opposed to his
peace overtures. Subsequently, NORWAY has played a
diminishing, often independent, and sometimes unhelpful role
in the Middle East. NORWAY strongly believes it should
engage everyone, including HAMAS, which it has not designated
as a terrorist organization, unlike the United States and the
European Union. In a break with the international Quartet,
NORWAY recognized the HAMAS-Fatah Unity Government in 2007.
NORWAY more helpfully serves as a highly effective Co-Chair
of the Ad-Hoc Liaison Committee (AHLC), the main
international donor group for coordinating economic
assistance to the Palestinian Authority, and works to keep
AHLC activities in concert with the political track of
negotiations led by the U.S. NORWAY's relations with Israel
have been strained in recent years due to its contact with
HAMAS, Norwegian disapproval of Israeli actions during the
fighting in Gaza last winter, and periodic, privately-led
boycott campaigns against Israeli businesses and
universities. The Norwegian Government fully supports your
intensive efforts to restart direct Israeli-Palestinian
negotiations. Norwegian and Israeli officials told us this
fall that NORWAY has now initiated steps to improve the
bilateral relationship with Israel, including through
scientific or other exchanges and other activities. In early
November, the government publicly condemned a private effort
at a university in Trondheim to boycott Israeli academics,
defining the effort as contrary to academic freedom. The
university's board ultimately unanimously rejected the
boycott proposal a few days later on November 12.



 4- Il est reproché à Jens Stoltenberg d'avoir fait une alliance avec un parti «Anti-OTAN», la Gauche Socialiste ( SV ).

ID : 07OSLO1161
SUBJECT : NORWAY'S DEFENSE POLICY AT A CROSSROADS: CLARITY
DATE : 2007-12-18 13:17:00

What ? Soldiers Actually Shoot ?
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2. (SBU) Background to this debate includes a government
which rhetorically affirms NATO as NORWAY,s primary security
provider but which is at heart skeptical of the use of
military power in all but the most benign ways, tempted by
the idea of closer Nordic defense cooperation and includes an
ANTI-NATO party, the Socialist Left (SV) as a member of the
governing coalition. The vigorous internal governmental
debate over NORWAY,s contributions to ISAF, as well as
repeated public negative comments concerning NATO and U.S.
missile defense plans are illustrative of the general impulse
of this government (see reftels for details).    

 Conclusion: Looking for Security and Ideological Comfort.
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15. (C) Comment: FM Stoere realizes the need for continued
close security ties to NATO and the U.S. but at the same time
is uncomfortable with the direction of U.S. and NATO security
policy. His evolving public comments indicate the GON is not
looking to replace NATO but seeks additional partners in
security which are a better ideological match with the GON
and can balance the U.S. heavy NATO alliance. One example is
NORWAY's increased defense ties with the EU and its
participation in the EU Nordic Battle Group, despite being a
non-EU member. Cooperation with Sweden and Finland offers
both the possibility of savings on equipment purchases and
the chance to work with likeminded nations who prioritize UN
involvement, favor peacekeeping over peacemaking and who are
concerned about Russia. Stoere's coalition partners from SV,
of course, are unabashedly ANTI-NATO and anti-defense.

Implications for U.S. Policy
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16. (C) The decisions made by the GON on the Defense
Studies, recommendations on funding, the purchase of new
aircraft and on its relations to its neighbors will have a
significant impact on NORWAY,s ability and desire to meet
NATO commitments and spark a reassessment of NORWAY's defense
policies. We expect NORWAY's move toward Nordic cooperation
and preference for UN mandated peacekeeping missions to
remain, even if the current government does not win the 2009
election. This tend combined with a general antipathy to
missile defense, efforts to ban cluster munitions, focus on
disarmament instead of non-proliferation and reluctance to
use its vast energy wealth to fund defense spending open
questions regarding NORWAY's commitment to be a serious and
dependable ally. Thus, despite continued close and
productive military to military relations, the GON,s actions
and long-term trends bear watching in NATO and bilaterally.
In this atmosphere it is more vital than ever that we speak
and act clearly and at senior levels when NORWAY is an
outlier on key issues. Eager to act more independently but
loathe to be seen as weakening trans-Atlantic ties, the GON
will listen and respond when confronted. Assuming generally
common interests and policies, however, would be a mistake. 


5 - Rechercherchait-on un successeur à Jens Stoltenberg au sein du Parti Travailliste ? Un Carl Bildt norvégien ?

 

ID : 08OSLO406
SUBJECT : NORWAY'S DEPUTY MINISTER OF DEFENSE, ESPEN BARTH EIDE, POWER IN NORWAY'S MOD AND RISING STAR IN THE LABOR PARTY
DATE : 2008-07-21 09:09:00

 1. (C) Summary. Ministry of Defense State Secretary, Espen Barth Eide is one of the more powerful politicians in the current GON despite his deputy minister portfolio. His ties to the Ministry of Foreign Affairs, think tanks, NGOs and the UN as well as his influential current position likely will result in either a ministerial position in a future Labor government or a high ranking UN or EU position. Barth Eide is particularly interested in UN peacekeeping operations and may be interested in a future UN position. End Summary.

--Power Behind the Throne--

2. (C) Ideologically on the more conservative side of the Labor Party, Barth Eide is one of the most experienced and influential government figures. After the 2005 national election many observers thought that PM Jens STOLTENBERG meant to appoint Barth Eide as a State Secretary in the MFA, but after being forced to appoint a weak defense minister, STOLTENBERG moved Barth Eide to the MOD. Barth Eide is regarded as the force which steers the defense ministry and is an eloquent and knowledgeable speaker and writer on defense and security matters. He is often quoted in the press, more so than the Defense Minister, Anne-Grete Strom-Erichsen. Strom-Erichsen was appointed minister without any background in defense matters and has relied on Barth Eide to be her subject matter and policy expert while she deals with political issues. Barth Eide has wide leeway in determining what areas to focus on and is self-confident in determining priorities.

--Past Positions--
3. (C) His current position as deputy minister (or state secretary in the Norwegian term) is the second time he has held that rank. The first was in the MFA from 2000-2001 under then Foreign Minister Thorbjorn Jagland (now President of Parliament). Interspersed between government posts, Barth Eide led the Norwegian Institute of International Affairs (NUPI) 2002-2005, focusing on UN issues and peacekeeping, particularly the Balkans. He also has been a long time supporter of Norwegian membership in the EU, acting as the general secretary for the European Movement from 1991-1993, prior to the failed 1994 referendum on EU membership in Norway. Barth Eide has also been involved in several UN projects, serving as a senior consultant on the UN reform process and on the UN Panel on Threats, Challenges and Change from 2003-2004. Barth Eide has been co-editor of the London Based journal International Peacekeeping and was nominated a "Global Leader of Tomorrow" by the World Economic Forum in 2003.

--Interactions with the USG--
4. (C) In his relations with the Embassy, Barth Eide has been difficult to characterize. Barth Eide is a skilled and subtle interagency player who is largely pro-U.S. but should not be trusted to reliably uphold U.S. interests. On several important issues Barth Eide has been helpful, such as missile defense (where he helped prevent a Norwegian veto of NATO plans), the sale of land to the USG for construction of a new embassy building (intervening on touchy real estate issues affecting the U.S. purchase of land for the new embassy) and pushing for Norwegian deployments to Afghanistan. On other issues, such as the decision process on the purchase of new fighter aircraft and the Norwegian approach on cluster munitions, he has hedged his bets. Barth Eide has avoided the gratuitous negative comments about the Bush Administration that other GON figures have made. Barth Eide also takes pains to stress NATO as the cornerstone of GON security policy and the importance of the Norwegian-U.S. relationship. He has given the Embassy good advice on how to approach the GON on several occasions. However, some very senior U.S. officials have felt that he has been hard to pin down on several issues of concern and characterized Barth Eide as "weasily". Senior Norwegian officials, with strong pro-U.S. instincts, have also told the Embassy in private that Barth Eide is not to be relied upon to promote U.S. priorities. One key test of Barth Eide's inclinations will be the MOD recommendation on which fighter plane to purchase, the Joint Strike Fighter or the Saab Gripen.

Stoltenberg et Pedersen.jpg

 


Source : Ice Station Zebra


Ice Station Zebra, qui officie à Marseille,  se décrit comme suit :

« Blog sur la géopolitique de l'Arctique. Il traite de l'actualité politique, économique, socio-culturelle, historique et militaire de la région et présente des analyses non conformistes. Il ne prétend pas à l’"objectivité" mais présente un point de vue alternatif et russophile, en opposition avec les prétendues "analyses" syndiquées des "mediats" des "démocrassies occidentales" ».

 

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En voici un quatrième, où il est question de... la Belgique :


Anders Breivik : tous les chemins mènent à Londres

 

28 juillet 2011 (Nouvelle Solidarité) – On sait que le Londonistan est une planque confortable pour bon nombre de fondamentalistes islamiques déployés aux quatre coins de la planète.

Cependant, avec l’affaire Breivik, le Norvégien à l’origine du carnage qui vient de frapper la Norvège, Londres émerge également comme le laboratoire d’une nouvelle version de fondamentalisme chrétien capable d’activer des jeunes kamikazes dans des nouvelles croisades et autres contre-djihads.

Alors que la presse mondiale s’acharne à vouloir nous démontrer que Breivik est un «psychopathe isolé», l’auteur des attentats a confessé aux interrogateurs qu’au moins deux autres «cellules» sont prêtes à passer à l’action.

Ce qui est sûr, c’est que certains indices pointent fortement en direction de Londres.


1. Le Daily Telegraph affirme que Breivik a participé en Mars 2010 à la manifestation organisée par la English Defense League (EDL) lors de la visite du parlementaire de la «droite populiste» néerlandaise, Geert Wilders. Wilders, lui-même en croisade contre un Islam qu’il traite d’idéologie fasciste, était l’invité de la Baronne Caroline Cox pour s’adresser à des parlementaires britanniques. La baronne Cox est la patronne de Christian Solidarity Worldwide, une ONG qui a été instrumentale dans la partition du Soudan. L’EDL fut créé en 2009 et prétend être un simple mouvement de citoyens irrités par le fondamentalisme islamique qui envahi la société britannique. Son dirigeant s’appelle Stephen Lennon, mieux connu sous le nom de Tommy Robinson, un jeune de 28 ans qui, selon la presse britannique, vient d’être condamné à une peine de 12 mois de travaux d’intérêt général et se trouve interdit de stade.

2. Daryl Hobson, la responsable de l’EDL pour l’organisation des manifestations, avoue que lors de sa visite en Angleterre, Breivik s’est entretenu avec des membres de son organisation. Un autre responsable admet que Breivik nourrissait un contact régulier avec des sympathisants de l’EDL via Facebook et exerçait un «effet hypnotique» sur eux. «Sur ma page Facebook, j’avais plus de 600 membres d’EDL comme ami et j’ai parlé avec des dizaines de membres et dirigeants», écrit Breivik dans son manifeste de 1518 pages. «En fait, j’étais une des personnes qui leur fournissait au tout début du matériel idéologique choisi (y compris des stratégies de rhétorique)».

3. Le 24 juillet, Lauren Collens, du New Yorker Magazine, a contacté Tommy Robinson, le patron de l’EDL, qui disait que les politiciens européens risquaient de voir des atrocités similaires s’ils continuaient à ne pas vouloir regarder «le putain d’éléphant qui est dans la pièce». «Je pense que c’était prévisible», a dit Robinson du carnage de Breivik. «Je pense que c’est répugnant et mes pensées et prières vont à toutes les victimes. Nous ne voulons pas que des jeunes Britanniques se fassent exploser sur notre territoire, mais cela arrivera si on ne nous offre pas une plateforme». Et il poursuivait : «Je pense que personne ne comprend la colère qui bouillonne en-dessous. C’est simplement un individu malade et isolé, mais il existe un tas de gens en colère. Et si les politiciens britanniques n’apprennent rien de cela, Dieu me pardonne, cela pourrait se reproduire. »

4. Le quotidien l’Independant rapporte que Breivik cherchait à mettre sur pied une Ligue de défense norvégienne (NDL), bien qu’elle existât déjà dans le pays.

5. La couverture du manifeste de Breivik, il le signe 2011, Londres, Andrew Berwick, une version anglicisée de son nom. Sur la même couverture figure la croix de l’Ordre des Templiers (croix rouge sur fond blanc) qui fut, tout comme la Croix de Saint-Georges du drapeau de l’Angleterre, la bannière des croisés à partir du XIe siècle. La croix de Saint-Georges figure également au centre de l’emblème de la City de Londres.

 

 

manifeste breivik.PNG

6. Lorsque Breivik exhibe tout son folklore autour des croisés et sa croix de l’ordre des templiers, on nous dit qu’il est un malade mental et isolé. N’empêche que les photos des manifestations de l’EDL qu’on trouve aisément sur internet montrent leurs militants exhibant les mêmes emblèmes y compris peints sur leurs visages. Très anglais ? En France, à Lyon, le bloc identitaire de Fabrice Robert vient d’organiser le 15 mai une «Marche des cochons» [les musulmans ne doivent pas en manger], une manifestation d’un millier de personnes. Venus pour l’occasion, une délégation de l’EDL dirigée par Tommy Robinson en personne, y exhibait les mêmes drapeaux. Croisés de tous les pays, unissez-vous !

7. Dans son manifeste, Breivik décrit sa participation à Londres en 2002 à la refondation de l’ordre des Templiers tout en précisant que son «mentor» s’appelait «Richard» (comme Cœur de Lion). Alors que les services de renseignement ignoraient l’existence de ce groupe, un certain Paul Ray, un ancien de l’EDL qui, suite à quelques ennuis avec la police, s’est installé à Malte, est l’animateur du site islamophobe Lionheart, la source d’inspiration de Breivik. Le nom de Ray fut communiqué par Tommy Robinson à l’agence Associated Press qui est allée l’interroger. Ray, dont le nom d’origine est Paul Sonato, a pris ses distances avec l’EDL et nie toute relation avec Breivik, tout en reconnaissant que ce groupe existe, non pas comme une structure, mais comme «une croyance». Une vidéo d’AP le montre se baladant en costume de croisé sur l’Ile de Malte. Pour les enquêteurs, Breivik n’avait pas qu’un seul mentor, mais plusieurs.

8. Si l’EDL repousse un certain nombre de néonazis qui tentent de la rejoindre, c’est notamment parce que, tout comme Geert Wilders et Anders Breivik, l’EDL donne un soutien inconditionnel à l’État d’Israël, peu importe l’orientation politique de l’État hébreu. Encore récemment, l’EDL, dans une haine commune de l’Islam, fut rejoint dans certaines manifestations par la Ligue de défense juive (JDL). Certaines sources n’excluent pas que la Norvège ait été «punie», pour ses condamnations répétées des brutalités de la part d’Israël envers les Palestiniens. Depuis les accords d’Oslo, la Norvège et son premier ministre, le socialiste Jens Stoltenberg, ont vivement critiqué les violations des accords d’Oslo par Israël.

9. En Belgique, les services de sécurité ont transmis au Ministre de la Justice un dossier sur le belge Paul Beliën, un journaliste conservateur qui anime le site The Brussels Journal. Beliën est le mari d’Alexandra Colen, une députée fédérale belge du parti séparatiste Vlaams Belang. Contributeur au Wall Street Journal et au Washington Times, Beliën est depuis septembre 2010 le principal conseiller de Wilders. Beliën travaille depuis 2006 pour les néo-conservateurs américains Daniel Pipes et David Horowitz, les mêmes qui, via leurs correspondants au Danemark, avaient provoqué des fortes tensions entre chrétiens et musulmans en publiant les caricatures de Mohammed.(1)

C’est par un jeu de provocations et de contre-provocations à répétition, que l’oligarchie financière veut noyer le monde dans le chaos, le sang et la guerre. Cela aidera à détourner l’attention de la faillite gravissime de leur système et à museler toute remise en cause qui changerait la donne.

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(1) Lesquelles se trouvent toujours affichées sur le site Jihad Watch


Source :

Solidarité & Progrès
BP 27 /92114 Clichy Cedex/01 76 69 14 50
www.solidariteetprogres.org

cheminade.jpg

Le site Solidarité & Progrès est animé
par Jacques Cheminade, ex-candidat à la présidence de République française et adepte des théories économiques de l’américain Lyndon LaRouche.

Site de Lyndon LaRouche : http://www.larouchepac.com/
Biographie de LaRouche sur le site de Solidarité & Progrès :
http://www.solidariteetprogres.org/Il-est-temps-que-vous-connaissiez-Lyndon-LaRouche_04609


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Couv. Résistances.jpg

Où il est dit que le Vlaams Belang serait plus ou moins « parraîné » par Israël et comme cul et chemise avec le B’nai Brith.
(Source : Résistance, feuille d’extrême droite française). NdMM.

Tout en réclamant la réhabilitation des collabos du nazisme ?

Allons, soyez postmodernes !  (NdMM.)

 

 

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Dernière minute (parce que c’est du Shamir des grands jours, surtout la deuxième partie) :



Le massacre du vendredi 22 : un coup de pub.

par Israël Adam Shamir

 

shamir+poumier.jpg

 

Quand les larmes auront séché et que le silence sera revenu, nous reconnaîtrons la qualité cinématographique du Massacre d'Utøya, sorti tout droit des films d'horreur les plus trash. Dans le genre Scream ou Vendredi 13 ou Cauchemar à Elm Street, nous avons vu souvent un serial killer s'introduire dans un paisible camp d'ados, l'été, pour assassiner des jeunes vacanciers. Le tueur du vendredi 22 a transposé la pellicule dans la vie, approfondissant ainsi l'interpénétration de l'art et de la réalité, depuis les films gore, les jeux de massacre en ligne, des attaques de drones sans nom dans des pays lointains, pour finir en beauté avec la longue tuerie sur l'île au milieu du fjord.

Tirer sur des gens qui ne peuvent pas riposter est le dernier degré de bassesse des assassins de masse, des bourreaux, et des soldats de l'OTAN. Pendant deux heures, le tueur a traqué sans risque, professionnellement, en toute confiance, froidement, les jeunes désarmés, les descendant un par un comme des pigeons. Breivik détestait les musulmans, les socialistes, probablement Kadhafi aussi, puisqu'il est musulman et socialiste, et son exploit devrait rappeler aux peuples d'Europe que les guerres hors de nos frontières amèneront la guerre sur notre sol en retour, bien mieux qu'un millier de terroristes que pourrait envoyer Kadhafi. Trop de permis de tuer ont été mis en circulation.

Pourquoi l'a-t-il fait ? Nous pouvons répondre à la question : ce massacre a été essentiellement un coup de pub pour le grand œuvre du tueur, les 1500 pages de son manifeste qui a pour titre 2083. Ce n'est pas vraiment un monument de l'esprit humain, plutôt un fatras copié-collé des écrits néoconservateurs sur l'Islam, violemment anticommunistes. Néanmoins cela nous est utile, précisément parce que la quantité de gens abattus se voulait une incitation à le lire. Si ce Breivik était atteint du syndrome d'Érostrate, voyons pourquoi il a fait feu sur le temple de tant de vies. Et surtout, voyons où il s'est trompé.

2083 révèle un nouveau virus politique vicieux, mis au point dans les laboratoires des think-tanks néoconservateurs, section génie génétique. Pendant des années on pensait qu'un nazi pouvait détester les juifs et être ami avec les musulmans, parce que c'était le cas sous le nazisme d'Hitler. Un nazi n'était pas censé détester les rouges, puisque le communisme était également une idéologie totalitaire pour Karl Popper et George Bush. Donc, un néo-nazi devrait aimer Adolf Hitler et brandir l'étendard du  racisme.

Or le travail prolongé des idéologues juifs liés aux néoconservateurs a réussi à renverser les positions. Aujourd'hui nous avons une kyrielle de partis et de mouvements qui allient des idées d'extrême droite à la sympathie pour les juifs, à la tolérance envers les gays et à la haine de l'Islam. L'auteur de 2083 est pro-juifs, pro-gays, mais violemment antimusulman et anticommuniste. Il est plus proche de Pym Fortuyn, l'homme politique hollandais d'extrême droite assassiné, qui était judéophile et gay. Il manifestait avec EDL, une mouvance anglaise vivement judéophile et antimusulmane.

Le 2083 de Breivik est lourdement influencé par les écrits juifs néocons d'extrême droite. Comme c'est souvent le cas avec les compilateurs qui font du copié-collé, il est difficile de séparer complètement les mots du compilateur et ceux des auteurs dont il est parti. Si cela devait être publié un jour, le copyright en reviendrait probablement à David Horowitz et à Bat Yeor, et Daniel Pipes et Andrew Bostom auraient les honneurs de la page trois. Ce sont ces auteurs-là qui luin ont inspiré son meurtre de masse.

Quelques heures à peine avant le massacre, écrit Gilad Atzmon, Joseph Klein avait publié un article intitulé "Les Quisling de Norvège" dans le magazine FrontPage, en y rajoutant un appel au meurtre. Klein écrivait: « l'infâme Norvégien Vidkun Quisling, qui avait prêté main forte à l'Allemagne nazie alors qu'elle conquérait son propre pays, doit être en train d'applaudir dans sa tombe... La Norvège est effectivement sous l'occupation de la gauche antisémite et des musulmans radicaux, et se révèle disposée à contribuer à la destruction effective de l'État juif d'Israël. »

Ce sont là des termes batailleurs, et Breitvik les reprenait en armant ses flingues. 2083 apporte la preuve de ces sources. Les citations du FrontPage de David Horowitz et de ses auteurs prennent des centaines de pages. Bernard Lewis y est à l'honneur. La célèbre Bat Yeor, une dame juive égyptienne qui réside en Suisse, qui a implanté le terme d'« Eurabie » (une prétendue conspiration pour soumettre l'Europe au joug arabe) et qui a beaucoup fait pour promouvoir la peur de l'Islam, était en correspondance avec le tueur, et elle l'avait « gentiment » conseillé, lui adressant des textes inédits de sa main. C'est la seule personne nommément mentionnée dans sa « Déclaration d'Indépendance Européenne », et elle devrait bientôt adresser ses conseils aux nouveaux Européens indépendants, selon Bat Yeor en personne.

Robert Spencer, un acolyte de David Horowitz du Jihad Watch, est une autre des idoles du tueur, de même que le sioniste américain Andrew G. Bostom, qui s'est auto-proclamé expert en « antisémitisme islamique ». Daniel Pipes est présenté avec sa thèse selon laquelle « le phénomène palestinien a été créé dans le but de justifier le Jihad ». Quant à Melanie Phillips, la sioniste anglaise d'extrême-droite, amie du dirigeant du BNP, elle est bien là aussi, avec d'autres pro-fascistes qui détestent l'Islam. Ce sont ces gens-là, d'ailleurs, qui m'ont plusieurs fois condamné pour mon « anti-sémitisme », ce qui est assez cocasse.

Politiquement, les sympathies du tueur vont aux USA et à Israël : « les créateurs de l'Eurabie ont mené avec succès une campagne de propagande contre ces deux pays dans les media européens. Ce montage a été facilité par les courants préexistants, antisémites et antiaméricains, dans certaines régions de l'Europe». Pour ce qui est de l'économie, il préférait Milton Friedman, n'aimait pas les impôts, et il était contre les systèmes de sécurité sociale.

Il détestait les Palestiniens, et parle d'un « Jihad terroriste palestinien ». Comme tout bon sioniste, il répétait avec des trémolos la rengaine: «Muhammad Amin al-Hussein, le grand Mufti de Jérusalem, et dirigeant nationaliste arabe, qui était derrière la création de la Ligue Arabe et qui a été le père spirituel de l'OLP, était un collaborateur proche de l'Allemagne nazie, et il avait rencontré Hitler en personne. Dans un appel à la radio depuis Berlin, il avait appelé les musulmans à abattre les juifs partout où ils en trouveraient... il avait visité incognito les chambres à gaz d'Auschwitz ». Bref, parmi les premières choses que les Européens indépendants devraient faire, il faudrait couper toute aide aux Palestiniens.

Pour Breivik, comme pour ses maîtres juifs, Adolf Hitler est l'incarnation du mal. Il a accepté et soutenu l'antiracisme, au moins pour des raisons tactiques. Sa haine pour le multiculturalisme est culturelle, et non pas basée sur la race : il a abattu des Norvégiens aux yeux bleus tout comme leurs hôtes basanés. Il détestait même David Duke, parce qu'il est contre les juifs. Sa haine pour l'Islam ne s'arrête pas aux frontières de la Norvège ou de l'Europe; comme les néocons, il haïssait les musulmans partout où il pouvait en dénicher.

Il consacre plusieurs pages à la description des crimes turcs, qui incluent les massacres d'Arméniens, de Grecs, et de Kurdes. Il y a un long chapitre sur l'histoire moderne du Liban, d'où, curieusement les guerres israéliennes sont absentes, et tous les problèmes de ce pays sont présentés en termes de division entre chrétiens et musulmans. Son héros historique favori est Vlad l'Empaleur, le prince roumain mieux connu sous le nom de comte Dracula.

Sa logique est primitive et défectueuse: « Si tous les groupes ethniques étaient égaux et toutes les cultures aussi, pourquoi donc les Africains noirs, les Afro-caribéens, les Pakistanais, les Indiens, les Chinois, et les Européens de l'Est veulent-ils quitter leurs pays en masse, pour s'en venir vivre en Occident? ». La réponse toute simple, « parce que l'Occident a constamment pillé leurs pays et continue à le faire », ne vient pas à l'esprit de Breivik.

Il se demande : « Si nous sommes vraiment égaux, pourquoi le reste du monde veut-il vivre à l' occidentale, ce style de vie créé principalement par les blancs ? De même, pourquoi donc veulent-ils prendre part au capitalisme, diriger des affaires, travailler pour l'industrie des blancs, aspirer au bien-être des blancs, et acheter et utiliser des biens issus de la créativité et de la naïveté des blancs occidentaux ? »

La réponse correcte est : « mais non, il n'en est rien; seulement ils reçoivent des bombes sur la figure ou subissent des blocus, dès qu'ils entendent suivre leur propre mode de vie, comme dans la Cuba socialiste, la Corée du Nord ou la Libye ».

On ne saurait caractériser Breivik comme un fondamentaliste chrétien, ni même comme un chrétien tout court, ou un chrétien sioniste. Ses sentiments envers le christianisme sont au mieux des sentiments tièdes. Il ne parvient même pas à décider s'il est chrétien, il en est encore à « peser le pour et le contre. Certaines des critiques contre le christianisme... sont légitimes. » Comme les militants juifs, il approuve le « Concile Vatican II des années 1960, qui a tendu la main aux juifs », alors que la droite conservatrice déteste habituellement cela, précisément.

Breivik est livide face à l'immigration musulmane. Quoique ses arguments vaillent pour l'immigration en général; il insiste toujours pour souligner l'élément « musulman ». Mais il n'appelle pas son pays à cesser de tourmenter les États musulmans, alors que c'est pourtant la principale raison de l'immigration musulmane.

Pourtant, le débat sur l'immigration est pratiquement réglé en Europe. La compréhension des coûts sociaux élevés de l'immigration a pénétré toutes les strates de la société européenne. L'immigration constitue un grand problème pour l'Europe, avec, en toile de fond, la dénatalité. Personne n'en veut, sauf les riches privilégiés. Si, à une époque, l'immigration apparaissait comme une baguette magique pour éviter aux citoyens l'ennui des corvées, quelque chose de comparable aux esclaves dans la Grèce antique, ou des machines, les peuples ne voient plus les choses de cette façon, dans la mesure où les immigrants se sont affranchis, quoique non intégrés. S'ils choisissent de travailler, ils provoquent certainement plus de chômage et de baisse des salaires, et dans le cas contraire, ils alourdissent les comptes de la sécurité sociale. C'est peut-être un peu tard, mais en tout cas maintenant le débat est clos en Europe. Aujourd'hui, un Norvégien n'a pas besoin de flinguer ses concitoyens pour exprimer son désaccord avec l'immigration : c'est devenu un lieu commun.

L'essayiste de Counterpunch Vijay Prashad a écrit: « les jeunes socialistes assassinés avaient dans leurs rangs des enfants d'immigrés du Sri Lanka et de l'Afrique du Nord. Leur Norvège n'était pas celle de Breivik. C'est probablement pour cela que Breivik ne les aimait pas: il n'avait pas envie que leur Norvège déplace sa Norvège ». Prashad a condamné les conservateurs européens qui «sont incapables de concevoir que des êtres humains puissent  partager leur existence avec des gens différents », mais l'histoire du Sri Lanka n'est pas la meilleure recommandation pour la coexistence pacifique. Si pourtant les habitants du Sri Lanka veulent « partager leur existence avec des gens différents », il va falloir qu'ils s'entraînent chez eux, pas en Norvège. Prashad peut bien qualifier Merkel et Sarkozy de nazis parce qu'ils refusent une immigration supplémentaire, mais le massacre d'Utøya a adressé un signal fort: c'est vrai que la plupart des gens en ont assez de l'immigration et veulent qu'on y mette un terme.

En fait, l'immigration a beaucoup ralenti en Norvège. Le gouvernement norvégien, comme beaucoup d'autres gouvernements d'Europe occidentale, a rendu l'immigration pratiquement impossible. On se souvient du cas d'une jeune femme du Caucase qui, après avoir vécu une dizaine d'années en Norvège, y avoir achevé ses études universitaires et y avoir écrit un roman en norvégien, s'est malgré cela trouvée déportée comme une vulgaire étrangère en situation irrégulière. Le multiculturalisme est un slogan dépassé, et Breivik est aussi périmé que Prashad.

 

Source : Israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier


 

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Le massacre du vendredi 22

Deuxième partie, Breivik l'anticommuniste

par Israël Adam Shamir

 

(passages en gras : c’est nous qui soulignons)

Un aspect bizarre dans la vision du monde de l'assassin de masse Breivik, c'est son extraordinaire anticommunisme. En tant qu'idéologie, l'anticommunisme est mort au moins depuis 1991, mais probablement même plus tôt. Aujourd'hui c'est quelque chose qui peut mobiliser quelques ringards à Washington DC, et encore.

Alors qu'il est admis que l'URSS a perdu la Guerre froide et a été brisée, Breivik écrit:

« Les USA mais plus particulièrement l'Europe occidentale ont perdu la Guerre froide parce que nous n'avons pas pourchassé les marxistes après la Seconde Guerre mondiale. Si nous avions exécuté chaque marxiste, un par un, et banni les doctrines marxistes (pas seulement en matière économique, mais aussi culturelle, l'internationalisme, le féminisme extrême, l'égalitarisme extrême, l'anti-élitisme, l'anti-nationalisme) nous ne serions pas dans la situation actuelle. Mais nos dirigeants traîtres et faibles d'esprit ont permis aux marxistes d'infiltrer graduellement bien des strates de la société après la guerre, particulièrement nos universités et nos media (voir le début de mon livre pour la description complète de ce processus). Les premiers pionniers marxistes léninistes ont eu le feu vert pour endoctriner la génération de 68, ceux-là mêmes qui sont aux commandes aujourd'hui. »

Le recueil de Breivik débouche sur la conclusion inattendue que tant l'Union Européenne que les USA sont désormais des États « socialistes », voire même «communistes», l'EURSS et l'URSS, organisés selon les enseignements de Marx. Je ne savais pas que Marx envisageait une société avec des centaines de milliardaires et des millions de pauvres. Il faut être fou pour décrire les USA et l'UE en termes de « dictatures communistes », car ces sociétés sont extrêmement inégalitaires, les travailleurs sont tout en bas de l'échelle, alors que les super riches ont un style de vie ostentatoire inouï, même par comparaison avec le temps de la splendeur des Medici à Florence.

La raison de cette conclusion démente c'est que Breivik choisit ses mots pour leur faire dire ce qu'il veut, comme dirait Lewis Carroll. Pour lui, le marxisme léninisme nest pas l'idéologie dominante de l'Union soviétique et de la Chine, mais l'idéologie occidentale néo-marxiste de Fromm et Adorno, Marcuse et  Lukacs. Sans vouloir vexer quiconque, rappelons que la Guerre froide n'avait rien contre eux, mais que c'était une guerre contre l'URSS et ses alliés, une guerre avec ses facettes géopolitiques et idéologiques. Les néo-marxistes occidentaux se sont conduits plutôt en alliés de l'Occident capitaliste dans cette guerre, et leur contribution à la chute de la citadelle orientale du communisme a été considérable, puisqu'ils ont réussi à miner la foi des élites russes dans leur propre idéologie. Les marxistes occidentaux qualifiaient leurs frères de l'Est de « staliniens » et ce sont eux qui ont bricolé la dénonciation de Staline à courte vue par Kroutchev en 1956.

Breivik souligne les origines communistes des fondateurs de l'Ecole de Francfort, de Theodor Adorno et de Georg Lukacs, mais les néo-conservateurs aussi étaient des rejetons plus ou moins rouges à l'époque, ou des trotzkystes actifs, avant de virer de bord. Gramsci rêvait bien de l'hégémonie culturelle comme d’un moyen pour parvenir au socialisme. Il pensait qu'un nouvel « homme communiste » pouvait être façonné avant toute révolution politique. Mais il se trompait. La théorie de Gramsci a été utilisée pour prêcher la voie non-révolutionnaire, pour éviter la prise violente des banques et des usines. L'idée a été mise en œuvre par les Eurocommunistes, et après l'effondrement de l'Union soviétique, elle a disparu aussi vite que les partis eurocommunistes.

Lénine avait raison, et Gramsci avait tort : il faut retirer aux capitalistes à la fois leurs carnets de chèques et leurs usines, leurs armes et leurs journaux, leur parlement et leur gouvernement, sans quoi ils retourneront n'importe lequel de vos mots d'ordre à leur profit. Un communiste peut être d'accord avec la critique de l'école de Francfort, mais il faut être un doux rêveur pour s'imaginer que c'était le vivier des ennemis de l'Occident pendant la Guerre froide.

Les néo-marxistes de l'Ouest se sont comportés comme cet homme proverbial qui cherchait sa pièce de monnaie sous le lampadaire. Il l'avait perdue ailleurs, mais on y voyait mieux au pied du lampadaire. Ils ne savaient pas interagir avec les travailleurs et préféraient travailler avec les minorités, les étudiants, les féministes. C'était plus facile, mais cela ne conduisait nulle part, comme nous le constatons aujourd'hui. Les travailleurs d'Espagne et de Grèce se sont soulevés le mois dernier, mais les néo-marxistes se sont fait remarquer par leur invisibilité. Ils n'ont pas pris la tête d'une véritable révolte populaire, parce qu'ils ont servi à faire de la révolution un joujou sémantique.

Les dirigeants de l'école de Francfort et leurs compagnons ont renoncé à la révolution, au socialisme, aux travailleurs, et en échange, ils ont préféré travailler à ce qu'aucun « nouvel Holocauste ne puisse avoir lieu ». Kevin McDonald de l'université d'État de Californie a écrit qu'ils avaient choisi de s'en tenir à leur agenda juif plutôt qu’à celui du communisme. Breivik n'a pas lu McDonald le terrible, ou en tout cas n'en a jamais fait mention, parce que c'est un bon élève des mandarins juifs. L'explication KMD lui était interdite. Il a juste entonné la ritournelle selon laquelle ce que ces gens-là avaient fait est à proprement parler le communisme.

Il faudrait rappeler au lecteur que ce n'est pas ça, le communisme. Nous n'avons pas avancé d'un pas vers le communisme en faisant avancer le mariage gay et le multiculturalisme. Combattre le christianisme et la famille ne fait rien avancer non plus. Toutes ces dynamiques, le capitalisme se les est appropriées, et les a utilisées contre les travailleurs. En fait, les objectifs d'une révolution socialiste et le slogan « plus jamais d'Holocauste à aucun prix » s'excluent mutuellement. Pour le premier objectif, il nous faut des hommes braves et audacieux, et pour le deuxième, ne mentionnons aucun type d'homme, car les hommes sont imprévisibles.

Une preuve que Breivik dit des absurdités (même selon ses propres critères) se trouve dans sa compilation, où il range les États européens selon leur degré d'acceptation du politiquement correct et d'autres éléments de ce qu'il appelle «marxisme culturel». Sans surprise, la Russie et d'autres pays du bloc communiste sont les plus affranchis de ce dogme, alors que l'Allemagne, la Suède et la Norvège y sont les plus soumis.

 

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Certes, les théories occidentales néo-marxistes destructives n'ont jamais été populaires à l'Est, où le capitalisme a été démantelé au sens propre, et où on n'éprouvait aucun besoin d'une pseudo-idéologie soi-disant communiste pour couronner une économie capitaliste.

Et pour ce qui est de 68, ce n'était pas, comme le dit Breivik, le jour de la victoire pour le marxisme, mais le début du virage vers le talon d'acier. Nos libertés ont connu leur zénith juste après cette lointaine année 1968. 1968 a été un point de non-retour pour l'Amérique. En 1968, les Américains les plus riches contribuaient à hauteur de 90% de leurs revenus à soutenir l'État, alors que maintenant cela ne dépasse pas 30%. Et n'en tenez même pas compte, puisqu'il y a les boucliers fiscaux, fonds de placement et autres astuces. C'est en 1968 que le salaire minimum de l'ouvrier américain a connu son point culminant, en termes réels. Si l'on regarde en arrière, 1968 est le moment historique où l'humanité a été le plus près du firmament.

Nous les enfants de la révolution vaincue de 1968 étions libres de fumer, d'aimer, de penser et d'agir. Nous pouvions voyager et prendre l'avion sans nous retrouver à poil dans chaque aéroport, et on ne nous confisquait pas nos petites ribotes. Nous pouvions faire l'amour et fumer dans les bistrots. Depuis lors, c'est la chute libre : plus le droit de fumer, et la libre pensée a été incarcérée par le politiquement correct, tandis que l'action politique se limite maintenant à rejoindre un groupe sur facebook.

Aux USA, comme me le disait Noam Chomsky, le virage avait eu lieu juste au moment de la grève des enseignants à New York, qui a rappelé aux juifs que leurs intérêts bien compris n'étaient pas forcément servis au mieux par les tactiques progressistes et révolutionnaires. En conséquence, les idéologues révolutionnaires de 68 acceptèrent d'apaiser les masses, et les chances d'un nouvel holocauste ou simplement d'une perte d'influence ont certainement diminué.

Pour Breivik et ses mentors juifs, c'était quelque chose d'impossible à comprendre. Il préférait appeler à une nouvelle croisade contre les marxistes.

 

Source : Israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

 

 


Qu’ajouter à cette page d’anthologie ?

 



« Staline vous dit merde ».
Scutenaire

 

 

île d'Utoya fillette.jpg

 

 

 

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LIVRE


Les livres dont il est question sur ce blog sont tous importants à nos yeux. Celui-ci est capital. Il faut l’avoir lu pour ne pas mourir idiot.

 


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Daniele GANSER

Les Armées Secrètes de l’OTAN
Réseaux Stay-Behind, Opération Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest

Editions Demi Lune
Collection : Résistances
416 pages
Titre original : NATO’s Secret Armies : Operation Gladio and Terrorism in Western Europe
Traduction : Thomas JAMET
ISBN : 978-2-917112-00-7
Parution : Septembre 2007
Prix : 22,00 €





Il n’est pas sans intérêt de savoir comment il est né.

Son auteur, Daniele Ganser, est suisse. Historien, il s’est spécialisé dans l’histoire contemporaine et plus particulièrement dans celle des relations internationales depuis 1945.

Au moment de s’atteler à sa thèse de doctorat, il a traversé l’Atlantique pour aller demander à William Blum quel sujet celui-ci lui conseillerait de traiter. Blum a répondu sans hésiter : les agissements secrets de l’OTAN en Europe de l’Ouest depuis la fin de la guerre. Et Ganser l’a écouté. Le résultat, c’est ce livre, qui a valu d’emblée à son auteur une réputation internationale

 Le Dr. Pr. Ganser enseigne à l’Université de Bâle. Ses travaux actuels portent sur la prétendue « guerre contre la terreur » et le pic pétrolier.

___________   




[Fruit du travail de 4 années de recherches, ce livre courageux d'un brillant spécialiste suisse rompt enfin le silence qui a longtemps prévalu sur les armées secrètes de l'OTAN.]
-Professeur Georg Kreis, directeur de l'Institut des études européennes de Bâle

[Avec l'intensification de la menace terroriste en Europe, les événements choquants relatés dans le livre remarquable de Ganser pourraient se répéter à notre époque.]
-Professeur Rohan Gunaratna, de l'Institut des études stratégiques et de défense, (IDSS) à Singapour

[Ganser ouvre un ensemble de questions inexplorées sur l'OTAN et la partie cachée de la guerre froide.]
-Professeur Andréas Wenger, directeur du Centre d'études sur la sécurité (CSS) de l'Institut fédéral suisse de technologie à Bâle

[Une page jusqu'ici inconnue de l'histoire secrète de la guerre froide est maintenant révélée.]
-Nigel West, World Intelligence Review

[Les découvertes du Dr Ganser posent des questions fondamentales sur la nature de la guerre froide et le rôle des services de renseignement dans les sociétés démocratiques.]
-Professeur Jussi Hanhimaki, de l'Institut des études internationales (GIIS) de Genève

[Cette étude méticuleuse et soignée, incisive, révèle pour la première fois l'ampleur, la noirceur et les implications menaçantes des armées secrètes créées par l'OTAN. La lecture de ce livre important de Ganser s'avère une urgence, particulièrement dans la période que nous traversons.]
-Noam Chomsky, professeur de linguistique au MIT

_______________  


Le Réseau Voltaire met en ligne le texte intégral de ce livre. Lien :   http://www.voltairenet.org/_Daniele-Ganser_?lang=fr

 

 

Autres, pour rappel :



René HAQUIN :

• Des taupes dans l’extrême-droite : la sûreté de l’État et le W.N.P., Bruxelles, EPO, 1984.

• (Avec Jean Mottard) Les tueries du Brabant : enquête parlementaire sur la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorisme est organisée,  Bruxelles Complexe, 1992.


Hugo GHIJSELS :

• L’Enquête : 20 années de déstabilisation en Belgique, Bruxelles, La Longue Vue, 1990.


Irène KAUFER :

• Fausses pistes, Bruxelles, Luc Pire, 1996.

 

 

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Marie Mouillé








 

 

 

 

 

18:09 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2011

Nef des fous (suite et toujours pas fin)

 

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 Nef des fous (suite et toujours pas fin)




 

« Que maudits soient à jamais
les Grecs qui détruisirent Ilion ! »
Louis Scutenaire

 



Un record mondial vient d’être largement battu : celui des 78 jours consécutifs de bombardements subis par la Yougoslavie en 1999.

Aujourd’hui 31 juillet 2011, il y a 133 jours que les bombes écologiques et humanitaires de Mme Juliette Boulet et de M. Pieter De Crem - à l’uranium appauvri, à l’uranium enrichi, au phosphore et à fragmentation - tuent des enfants libyens, des adolescents libyens et des adultes libyens qui, quoiqu’adultes, n’avaient qu’une seule vie, unique et irremplaçable.

Ce cambriolage à main armée de tout un peuple et de ses richesses, perpétré par nos représentants élus, ne peut l’être – démocratie oblige - qu’avec l’argent de nos impôts et notre assentiment.

Nous, Belges, sommes tous individuellement et collectivement coupables de ce crime contre l’humanité. Ni plus ni moins que feu Adolf Hitler et l’Allemagne, nazie ou non, qui l’a laissé faire.

C’est la toute première fois dans son Histoire que notre pays n’est pas agressé mais agresseur.

Il ne faudra pas pleurer quand la rétribution viendra.

Car elle viendra.



*

 

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ONE THIRD OF LIBYA TURNS OUT
TO SUPPORT QADDAFI
IN WORLD’S LARGEST MARCH EVER :

 



« La plus grande manif de tous les temps » : un million sept cent mille personnes dans la rue, soit 95% de la population de Tripoli, affirmant sans équivoque leur soutien au gouvernement de leur pays et le mépris que leur inspirent les envahisseurs (copieusement hués et sifflés).

 

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VIDEO OF HUGE WEAPONS ARSENAL 'FOR LIBYA REBELS' SEIZED ON QATAR BOATS :

 

 





LIBYAN OFFICIALS SAY THEY HAVE INTERCEPTED TWO BOATS FROM QATAR CARRYING A CACHE OF WEAPONS FOR REBEL FORCES IN THE COUNTRY. IT'S SAID THE LOAD INCLUDED ABOUT A HUNDRED BELGIAN-MADE ASSAULT RIFLES, ALONG WITH THOUSANDS OF ROUNDS OF AMMUNITION. SO FAR, ONLY THE FRENCH ADMIT TO SUPPLYING WEAPONS TO LIBYAN ANTI-GOVERNMENT FORCES. BRIAN JOHNSON-THOMAS, A FORMER ARMS TRAFFICKING EXPERT FOR THE UN SECURITY COUNCIL, SAYS IT'S A DANGEROUS VIOLATION OF THE ARMS EMBARGO.

 

bombe-alumette.jpgCela dit que les autorités libyennes ont intercepté deux navires du Qatar transportant un énorme arsenal d’armes à destination des «rebelles libyens», dont une centaine de fusils d’assaut de fabrication belge, avec des milliers de cartouches.

Cela dit aussi que, jusqu’à présent, seuls les Français avaient reconnu fournir des armes aux forces anti-gouvernementales, et que Brian Johnson-Thomas, expert en trafic d’armement pour les Nations Unies, estime que c’est là une violation dangereuse de l’embargo sur les armes.
« Dangereuse » ?

 

 

*

 

Marmite.jpg



Famine apocalyptique
annoncée pour la Corne de l’Afrique.
Cinq cent mille enfants vont mourir, rien qu’en Somalie.


L'arrêt d’un seul jour des bombardements belges sur la Libye suffirait à nourrir la Corne de l’Afrique pendant un an*. Cela ne sera pas, car à quoi bon lésiner et se priver de génocides quand on peut en avoir deux pour le prix d’un ?



C.L. et M.M.

 

 

__________________________    

*  D'autant plus aisément que la Libye a toujours généreusement aidé les autres pays d'Afrique en difficulté, ce qu'elle ne pourra faire cette fois pour cause de crapuleux blocus et de "no fly zone".

 

 

 

 

 

 

 



23:17 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/06/2011

Au bal des faux-culs on se dispute les places !

 

Le Vengeur du peuple.jpg

 

Au bal des faux-culs
on se dispute les places !



À propos d’une attaque récente contre le site non-aligné d’information LE GRAND SOIR, dont nous nous étions fait l’écho dans notre post du 17 avril dernier, il apparaît indubitablement aujourd’hui qu’elle émanait bien de faux anarchistes (ARTICLE XI) et vrais propagandistes salariés par une des nombreuses officines entretenues à cet effet  par les États-Unis, ou plutôt, par leur lobby militaro-industriel, puisque les vrais journalistes indépendants US sont eux aussi victimes de ces campagnes de calomnies, quand ce n’est pas carrément de descentes avec effraction dans leurs cuisines, par des gros bras du FBI, venus les prévenir de ce qui pourrait arriver à leurs femmes et à leurs enfants s’ils s’obstinaient à ne pas fermer leur clapet, comme c’est arrivé, il n’y a guère, à Tom Feeley, du site INFORMATION CLEARING HOUSE.

LE GRAND SOIR partage l’honneur d’avoir été pris pour cible par ces nanarchistes d’extrême-oligarchie avec rien de moins que Mme Silvia CATTORI, journaliste suisse dont l’engagement n’est plus à démontrer et la réputation d’intégrité plus à faire.

Les lecteurs de notre blog trouveront ci-dessous,  c’est la moindre des choses, la lettre ouverte que Silvia CATTORI vient d’adresser à ces professionnels de l’intoxe, faute d’avoir pu obtenir dans leurs colonnes un droit de réponse.

Ils trouveront aussi les édifiantes découvertes faites par LE GRAND SOIR, sur les identités si diverses et si variées de leurs corbeaux. Dans le forum qui suit l’article, un de ses lecteurs en recense beaucoup d’autres (voir à l'entrée Diogène, le 20 juin, 23h50). Ce forum est particulièrement long, mais doublement intéressant du fait que vient s’y greffer, sur le sujet proprement dit de la (sale) guerre médiatique, un débat sur la notion de «nationalisme». Ceci, grâce à une imprudente intervention de Serge CHARBONNEAU, du Québec, qui se refuse à participer à «la diabolisation de Front National, sous prétexte qu’il a le grave défaut d’être trop nationaliste. Défaut des Kadhafi, al-Assad, Mugabe, El-Béchir, Kim Jon Il, Zuma, Chávez et cette bande de socialistes latinos, Gbagbo, Zelaya ... ». N’en jetez plus ! Ah, il provoque un beau tollé, CHARBONNEAU, sur un sujet qui fait actuellement couler tant d’encre et de salive...

C’est le moment peut-être de rappeler qu’il y a nationalisme et nationalisme.

Dans une préface de 1981, l’éminent historien que fut Albert SOBOUL, rappelait à ce propos deux ou trois choses qui nous paraissent, ici, plus que jamais d’actualité. C’est pourquoi nous avons eu l’idée de la reproduire à l’intention des familiers de nos Grosses Orchades.

Les jeunes gens des pays en remous et ceux qui,  chez nous, « s’indignent », feraient bien de lire et de méditer ce genre de discours, ne fût-ce que pour prendre conscience de l’abîme qu’il y a de la coupe aux lèvres, quand on voudrait que tout change mais qu’on ne sait pas par où commencer ni comment s’y prendre, c’est-à-dire quand on est une proie rêvée pour d’innombrables manipulateurs, autrement dit pour tous les gambilleurs faux-culs de ce monde. Devient-on chanteur d’opéra sans maîtriser le solfège, l’art du chant et cinq ou six langues ? Ceux qui le croient se préparent des lendemains qui déchantent.



Catherine L.



Refus de publication
d’une demande de « Droit de réponse » par Article XI

Marie-Anne Boutoleau,
une bien étrange journaliste !


Ayant fait l’objet d’accusations extrêmement graves de la part de «Marie-Anne Boutoleau», prétendue « journaliste indépendante », dont le nom est un pseudonyme, dans un texte du 28 mars 2011 publié par Article XI, Silvia Cattori leur a adressé sa demande de publication d’un « Droit de réponse ».


Lire la suite...



*


17 juin 2011

Article XI, Marie-Anne Boutoleau, Ornella Guyet, Judas,
tous dans le même sac.

Quand Le Grand Soir recevait le baiser de Judas
(une histoire croustillante, incroyable mais vraie).


Le Grand Soir


De quoi s’agit-il ci-dessous ?

D’une polémique entre des sites Internet concurrents ? De la queue de comète d’une querelle entre LGS et un site qui l’a agressé et diffamé ? D’un règlement de comptes personnel ? D’un Clochemerle modernisé par transposition sur la Toile ? De l’expression d’un vil ressentiment occupant la place de nos articles d’information et d’analyse ?

Si c’était le cas, chacun perdrait son temps.

Il s’agit en vérité de répondre à des questions fondamentales qui sont :


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*



« Lorsque tout tremble devant le tyran, l’historien paraît,
chargé de la vengeance des peuples »




Préface d’Albert SOBOUL à

Joseph BARA (1779-1793) - Pour le deuxième centenaire de sa naissance




À PROPOS DU BICENTENAIRE
DE LA NAISSANCE DE BARA


PRÉSENCE
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE


Le massacre du jeune Bara, menant deux chevaux, par un parti de Vendéens, aux environs de Cholet, le 17 frimaire an II (7 décembre 1793) : simple épisode en temps de guerre civile. Mais à travers lequel, à condition de pousser l'analyse au-delà de l'événement comme au-delà de la transposition légendaire à laquelle il donna lieu, transpercent, comme à l'ordinaire, les motivations profondes qui en constituèrent le ressort essentiel.



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C'est en criant Vive la République ! que Bara tomba sous les coups des Vendéens.

Puissance mots !  Dans les bouleversements de la Révolution, dans ce vent formidable des passions qui a soulevé les coeurs, les mots ont pris un sens nouveau, emportés par une sorte de mystique, mystique de haine ou mystique d'amour. Ils ont pris une valeur affective qu'ils n'avaient jamais eue jusqu'alors. Certains ont été comme déifiés et sont devenus comme des forces vivantes, dont l'action se fait sentir jusque dans les événements eux-mêmes. « Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs ! » La liberté a combattu avec les volontaires, elle a vaincu avec eux à Valmy, à Jemappes.

La République, pour laquelle meurt le jeune Bara, revêtait la même valeur « mythique », le mythe se définissant comme un complexe d'idées sur l'avenir, idées génératrices d'initiative et d'énergie. Le mythe, comme Georges Sorel l'a défini, concerne l'avenir qu'il présente sous une forme propre à séduire l’imagination, et dont il promet la réalisation par une action concertée.

Le mythe séduit les imaginations, il exalte les cours, il soulève les masses dont il enrichit la capacité d'action. La République pour les plus humbles, c'était l'annonce de la transformation de la société et du sort des hommes; c'était l'espoir, éclatant et nébuleux à la fois, d'un avenir où tous seraient plus heureux. La République, chez les révolutionnaires pétris de culture classique et de philosophie des Lumières à la fois, c'était la cité idéale où règne la Raison, et donc la Justice. La République, pour les uns et les autres, c'était la Nation maîtresse de son destin, c'était la Patrie reconquise.

Le jeune Bara eut aussi bien pu crier Vive la Nation ! Nation, République, c'était tout un. Dès 1789, Etes-vous de la Nation ? avait été donné comme mot de passe. C'était là en effet la question fondamentale, et la réponse classait un homme. En juin 1791, à Varennes, quand les hussards chargés de protéger la fuite du roi passèrent au peuple, ce fut au cri de Vive la Nation ! A Valmy, le 20 septembre 1792, les soldats de Kellermann lancèrent ces trois mêmes mots aux Prussiens stupéfaits et à Goethe pensif. On a gravé sur le monument de Valmy cette phrase de Goethe rapportée par Eckermann : « D'aujourd'hui et de ce lieu, date une ère nouvelle dans l'histoire du monde ».

Dans son rapport à la Convention du 8 nivôse an II (28 décembre 1793), Robespierre exalta en Bara l'amour de la patrie. Le patriotisme était depuis 1789, aux yeux des révolutionnaires, la vertu suprême. Le patriotisme, entendons selon le Dictionnaire de la Constitution, non plus «la haine des hommes qui ne sont point nés nos compatriotes », mais « l'attachement à un pays règnent les lois de la justice et de l'humanité». Nation, patrie: notions d'autant plus révolutionnaires, à l'aube de 1789, qu'elles paraissaient renfermer tous les possibles, qu'elles étaient chargées de tout l'avenir. « La patrie, écrit le girondin Roland au roi, dans sa célèbre lettre du 10 juin 1792, ce n'est point un mot que l'imagination se soit complue à embellir; c'est un être auquel on a fait des sacrifices, à qui l'on s'attache chaque jour davantage par les sollicitudes qu'il cause ; qu'on a créé par de grands efforts, qui s'élève milieu des inquiétudes, et qu'on aime autant par ce qu'il coûte que par ce qu'on en espère ».

C'était cela, sa nul doute, la patrie pour le jeune Bara : ce que le peuple avait souffert pour elle depuis la prise de la Bastille au 14 juillet 1789, jusqu'au renversement du trône au 10 août 1792, plus encore ce qu'il en espérait.

Mais quelle espérance pour le peuple en cette fin du XVIIIe siècle ?

On connaît les origines du jeune Bara, né le 31 juillet 1779, fils d'un garde-chasse de la seigneurie de Palaiseau, neuvième d'une famille de dix enfants. Bara fut tenu sur les fonds baptismaux par le receveur général et procureur fiscal de son Altesse sérénissime, le prince de Condé, seigneur du lieu, qui, pour l'ensemble de ses terres de la région parisienne dont celles de Palaiseau et de Villegenis, percevait, d'après un état de 1726-1727, plus de 72.000 livres, sans compter les redevances en nature. Par son expérience familiale, le jeune Bara savait à quoi s'en tenir sur l'exploitation féodale, et la dureté de l'existence populaire. Le père mort en 1784, comment cette mère de dix enfants assurait-elle l'existence de sa famille, sans doute aux limites de la misère ? Dès l'enfance, Bara dut partager l'angoisse maternelle du pain quotidien. De là, le trait de piété filiale souligné par le lieutenant général Desmarres dans sa lettre à la Convention du 18 frimaire an 11 (8 décembre 1793) « ... se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à mère tout ce qu'il pouvait se procurer... J'implore la Convention de ne pas laisser cette malheureuse mère dans l'horreur de l'indigence ». On touche ici les motivations profondes des masses populaires dans l'engagement révolutionnaire, et sans doute celles du jeune Bara : la misère et la faim, et l'espoir d'un sort meilleur.

Le XVIIIe siècle a bien été le siècle de la prospérité bour-geoise, comme l'a souligné Jaurès dans son Histoire socialiste de la Révolution française, l'apogée se situant à la fin des années Soixante et au début des années Soixante Dix : «la splendeur de Louis XV ». Après 1778 commença « le déclin de Louis XVI », période de régression, puis de contraction que vint couronner en 1787 une crise cyclique génératrice de misère et de troubles. Jaurès n'a sans doute pas nié le rôle de la faim dans le déclenchement de la Révolution, mais il ne lui reconnaissait qu'un rôle épisodique : la crise, en éprouvant douloureusement les masses populaires, les a mobilisées au service de la bourgeoisie, mais elle n'aurait été qu'un accident. En fait, le mal était plus profond.

Les masses populaires des villes et des campagnes n'ont pas été mises en mouvement en 1789 par les menées séditieuses de la bourgeoisie : thèse du complot dont la franc-maçonnerie aurait été l'artisan essentiel. Esquissée dès 1792 par l'abbé Lefranc, amplifiée en 1798 par l'abbé Barruel dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, cette thèse a été inlassablement reprise jusqu'à Augustin Cochin dans son enquête sur Les sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne (1925), ouvrage aujourd'hui étrangement remis à l'ordre du jour par François Furet dans Penser la Revolution (1978).

Les masses populaires ne se sont pas non plus levées mues par leurs instincts sanguinaires, comme le voudrait Taine dans ses Origines de la France contemporaine (1875), oeuvre de déni-grement et de colère, Taine qui venait de vivre la Commune de 1871, reportant sa peur et sa haine sur le peuple de Quatre-vingt-treize, cette bête vautrée sur un tapis de pourpre ». La Révolution ne serait plus qu'un accès de délire alcoolique...

Les masses populaires ne se sont pas non plus levées sous le seul poids de leurs mythes et de leurs fantasmes, « le monde de l'inconscient sans-culotte » : l'intervention des masses populaires ne tiendrait qu'au mythe du complot aristocratique ; quant à la guerre, elle serait due, en dernière analyse, à l'expansionnisme passionnel des Français.

Du pain quotidien, motivation essentielle des masses populaires de 1789 à 1795, nulle question. C'est pourtant bien la faim qui les a soulevées en 1789,  « la sainte faim » dira bientôt Babeuf. Vérité d'évidence, sentie avec force par Michelet, à laquelle les travaux d'Ernest Labrousse ont donné une large base statistique. « Venez voir, je vous prie, ce peuple couché par terre, pauvre Job. La famine est un fait d'ordre civil. On a faim de par le roi ». De là, le comportement des masses populaires, la possession d'un minimum de sécurité sociale apparaissant comme la condition nécessaire à la rationalisation effective de leur comportement politique.

Prisonnier d'un horizon économique borné, vivant au jour le jour parce que payé à la journée ou à la tâche (le tarif), quand il a du travail, le travailleur n'avait pas de prise sur son futur : ce mode de paiement excluait tout calcul économique, le futur ne s'articulait pas au présent dans une relation rationnelle. Enfermé dans le quotidien, attaché à la satisfaction immédiate de besoins qui ne peuvent être différés, l'individu était dépassé par un monde qu'il ne pouvait comprendre et qu'il comprenait d'autant moins qu'il lui paraissait aberrant. Aberrante, l'exploitation seigneuriale que le paysan ne pouvait s'expliquer, et pour cause. Aberrante, la disette et la cherté qui persistaient à l'automne, alors que la récolte de 1789 avait été bonne. Pourquoi ces queues aux portes des boulangers ?... Ne pouvant intégrer cette contradiction dans une analyse cohérente de la conjoncture économique et sociale, le menu peuple la ressentait comme le résultat d'un complot, d'une volonté maléfique attachée à sa perte.

On ne peut cependant assurer que la rise économique et sociale aurait dressé le peuple contre l'Ancien Régime, si la convocation des Etats généraux ne l'avait profondément ému. Cette convocation fut accueillie comme la bonne nouvelle annonciatrice de temps nouveaux. L'espérance marcha dès lors de pair avec la peur.

L'espérance, tout au cours de la Révolution, souleva les masses populaires, souda même un moment les éléments hétéro-gènes du Tiers, soutint longtemps encore l'énergie révolutionnaire des plus purs. Le roi consultait son peuple : c'est qu'il le prenait en pitié, qu'il s'apprêtait à améliorer son sort, à alléger ses charges. Un avenir meilleur s'ouvrait, répondant à l'attente millénaire des hommes. Espérance quasi religieuse, génératrice d'énergie et de dévouement, qui nourrit l'idéalisme révolutionnaire et l'exalta jusqu'au sacrifice suprême. Cette grande espérance enflamma les volontaires, elle soutint jusqu'à l'échafaud « les martyrs de prairial » comme les héros du procès de Vendôme. Nul doute qu'elle n'ait nourri aussi l'engagement du jeune Bara et son courage exemplaire.

La peur accompagna l'espérance, elle fut à sa mesure. Les privilégiés consentiront-ils à se laisser dépouiller ? Dans la mentalité populaire, le noble ne peut qu'être égoïstement attaché à ses droits et à la supériorité sociale qui les lui garantit. Le comportement de la noblesse ne put que fortifier cette conviction et l'ancrer définitivement : que, dans sa majorité, elle repoussait toute concession  et se refusait à l'espérance populaire, elle le démontra de l'émigration à la contre-révolution. Mais les masses populaires surent opposer à la peur un vigoureuse réaction défensive. Il s'agit de sauvegarder l'acquit révolutionnaire de 1789, l'abolition de la féodalité et du privilège, l'égalité civile en attendant l'égalité sociale. Cette réaction défensive fit surgir les volontaires, puis décréter la levée en masse. C'est à la lumière de ce contexte que nous devons sans doute expliquer et comprendre le geste exemplaire
du jeune Bara.


- II  -



Dans l'Introduction à son Histoire de la Révolution française (1847), Michelet définit la Révolution comme « l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de l'équité, l'avènement tardif de la justice éternelle». Définition admirable, mais qui se rapporte plutôt à une interprétation mythique de la Révolution.

Interrogeons les contemporains. A ses débuts, ils s'imaginèrent volontiers que la Révolution était un événement unique, une explosion spontanée menant promptement le peuple de l'esclavage à la liberté. Cette foi en un succès facile et subit, nul ne l'a mieux exprimée que La Fayette: «Un peuple est libre aussitôt qu'il veut l'être ». Dans son Offrande à la patrie, au seuil de la Révolu-tion, Marat présentait ce même tableau d'une transformation immédiate de la France au lendemain d'une victoire de la liberté. Cette même idée se retrouve dans La France libre de Camille Desmoulins. Foi naïve que traduit aussi en un sens, le Ça ira. « Un jour plus pur est près d'éclore », selon un cahier de doléances de paysans do Nivernais.

Dès l'été 1789 cependant, les plus clairvoyants hésitent. « Serons-nous libres ? » interroge Robespierre dans une lettre à son ami Buissart. « Je croix qu'il est permis de faire encore cette question ». Et Loustalot, plus pessimiste encore, dans Les Révolutions de Paris, à le fin d'août 1789 : « Nous avons rapidement passé de l'esclavage à la liberté, nous marchons plus rapidement encore de la liberté à l'esclavage ». Il apparaît maintenant que la révolution n'est pas une explosion unique entraînant création immédiate d'un système parfait et immuable parce que conforme aux lois de la raison, mais un processus évolutif, un long chemin vers la terre promise. «Carthage n'est point détruite», écrit Mirabeau dans sa XIXe Lettre à ses commettants. Le résistance de l'Ancien Régime non seulement s’affirme, mais elle s'accroît à mesure que la révolution progresse. Le 26 mars 1793, au plus fort de la crise - vie chère et poussée populaire, défaite de Neerwinden et tahison de Dumouriez, insurrection de la Vendée - Jean Bon Saint-André écrivait à Barère : « L'expérience prouve maintenant que la révolution n'est point faite. Nous devons conduire au port le vaisseau de l'Etat ou périr avec lui ».

Ainsi, le règne de la liberté, un moment entrevu dans l'éclair de Juillet, s'était-il éloigné dans un avenir dramatique. Rêve de liberté, plutôt, dans cette grande espérance de Quatre-ving-neuf, que les événements, la guerre et la terreur ne parvinrent pas à entamer chez les plus optimistes. Les plus optimistes ou les plus naïfs. Lançant l'offensive indulgente au début de l'hiver de l'an II, Camille Desmoulins écrivait dans le numéro 4 du 30 frimaire (20 décembre 1794) de son Vieux Cordelier : « La liberté, c'est le bonheur, c'est la raison, c'est l'égalité, c'est la justice, c'est la Déclaration des droits. Admirable définition, mais qui tenait pour nulles quatre années de luttes révolutionnaires. « Il est de la nature de la liberté que, pour en jouir, il suffit de la désirer, poursuit Camille Desmoulins. Un peuple est libre du moment qu'il veut l'être : il entre dans la plénitude de ses droits dès le 14 juillet. La liberté n’a ni vieillesse, ni enfance. Elle n'a qu'un âge, celui de la force et de le vigueur »... Vision idéaliste démentie par tout le cours de l'histoire, plus simplement par le sacrifice même du jeune Bara.

Il ne suffit pas de désirer la liberté pour en jouir, un peuple n'est pas libre du moment qu'il veut l'être, les Français n'étaient pas entrés dans la plénitude de leurs droits dès le 14 juillet. Tout démontrait au contraire, depuis le 14 juillet, que la liberté n'est jamais donnée une fois pour toutes, mais qu'elle est une conquête de chaque jour. Et sans doute est-ce là le sens profond du principe de liberté affirmé par la Déclaration des droits : l'exercice de la liberté suppose chez tous les citoyens le sens de leurs responsa-bilités, le patriotisme au sens propre du terme, c'est-à-dire le dévouement raisonné à la communauté, le respect des droits des autres, la vertu, comme l'avaient affirmé Montesquieu et Rousseau. « L'âme de la République, devait redire Robespierre en l'an II, c'est la vertu, l'amour de la patrie, le dévouement magnanime qui confond tous les intérêts dans l'intérêt général ». La liberté, ce n'est pas la promesse d'un bonheur tranquille, comme l'affirmait Camille Desmoulins, d'un bien-être facile sans effort ni contrainte. Elle suppose au contraire rigueur et contrôle de soi, vertu civique, éventuellement résistance. « Quand l'autorité devient arbitraire et oppressive, la résistance est le devoir, selon Mirabeau, et ne peut s'appeler révolte ». Résistance, mais aussi à l'occasion sacrifice.

La liberté est invitation à vivre courageusement, parfois héroïquement. Et c'est sans doute ce que ressentait confu-sément le jeune Bara, refusant de crier Vive le roi ! Certains penseront peut-être qu'il eût mieux valu qu'il vive, fût-ce au prix d'un reniement. A ceux-là, Robespierre avait par avance répondu dans son rapport sur la situation de la République du 27 brumaire an II (18 novembre 1793) : « La mort même des fondateurs de la République n’est-elle pas un triomphe ? Tout meurt, et les héros de l'humanité et les tyrans qui l'oppriment; mais à des conditions différentes ».


Mais Quatre-vingt-neuf ne fut pas seulement l'avènement de la liberté. Ce fut aussi l'avènement de l'égalité devant la loi, sans laquelle la liberté ne serait qu'un privilège de plus au profit des notables de l'argent. Pour les Français de 1789, entendons la masse de la nation, la liberté et l'égalité étaient inséparables, et comme deux mots pour désigner la même chose. S'il leur eût fallu choisir, nul doute : c'est à l'égalité qu'ils eussent tenu par dessus tout. Lorsque les paysans, l'immense majorité d'entre eux, acclamaient la liberté, ce qu'ils acclamaient c'était la disparition de l'autorité du seigneur réduit au rang de simple citoyen, c'est-à--dire l'égalité. Aussi lorsque l'égalité fut menacée par la contre-révolution intérieure et la coalition étrangère, les plus conscients parmi les patriotes n'hésitèrent pas à instaurer « le despotisme de la liberté ». Encore fallut- il, pour ce faire, donner au principe d'égalité un sens nouveau qui répondît au voeu de la nation entière. « La force des choses, déclara Sain-Just le 8 ventôse an II (26 février 1794), nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n 'avions point pensé ». Et plus explicitement encore : « Concevez--vous qu'un empire puisse exister si les rapports civils [entendons sociaux] aboutissent a ceux qui sont contraires à la forme de gouvernement ?» «Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que creuser un tombeau». Vue prémonitoire.

Ce problème de l'égalité fut clairement posé dàs le 24 juin 1792, par l'adresse à l'Assemblée législative d'un certain Athenas, notable de la ville de Nantes. «Tous les hommes sont égaux en droits et inégauxen moyens ; mais si cette inégalité civile est inévitable, les excès en sont dangereux et nuisibles. Les droits de l'homme n’ont jamais été si méconnus que lorsque la disproportion des moyens a été extrême entre eux, Les soins d'une bonne administration doivent donc tendre sans cesse à rapprocher l'égalité civile de l'égalité naturelle, et l'égalité des moyens de l'égalité des droits, à atténuer les causes qui favorisent l'énorme accumulation des richesses dans les mains de quelques particuliers au préjudice de la multitude qui reste dénuée de tout : ce sont les individus de cette dernière classe que j'ai spécialement en vue ; la Révolution en a fait des hommes libres ; il reste à en faire des citoyens en les attachant à la patrie par ses bienfaits ». On ne pouvait mieux poser le problème des droits et des moyens de ces droits.

Pour les masses populaires, desquelles relevait sans conteste possible le milieu familial du jeune Bara, l'égalité ne pouvait être que celle des moyens, l'égalité des jouissances, mot d'ordre lancé à la tribune de la Convention par Félix Lepeletier, le 20 août 1793. « Il ne suffit pas que la République soit fondée sur l'égalité ; il faut encore que les lois, que les moeurs tendent par un heureux accord, à faire disparaître l'inégalité des jouissances ».

Qu'est-ce en effet que la liberté sans l'égalité, si ce n'est le privilège de quelques-uns ? Et qu'est-ce que l'égalité politique sans l'égalité sociale ? La revendication de l'égalité constitua le levier révolutionnaire par excellence de 1792 à 1794. Non plus l'égalité formelle de la Déclaration de 1789, mais l'égalité pratique, l'égalité de fait selon l'expression de Babeuf dans Le Tribun du peuple du 9 frimaire an IV (30 novembre 1795). Qu'importe la liberté à qui n'a pas son pain quotidien ? Nul mieux que le curé Jacques Roux, l'enragé de la section parisienne des Gravilliers, n'a formulé cette exigence, le 26 juin 1793, à la tribune de la Convention. « La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable ». Selon l'Instruction de la Commission tempo-raite de surveillance républicaine établie à Commune affranchie (Lyon) en brumaire an II, « c’eût été une dérision insultante à l'humanité que de réclamer sans cesse le nom de l'égalité, quand des intervalles immenses de bonheur eussent toujours séparé l'homme de l'homme, et qu'on eût vu étouffée sous les distinctions de l'opulence et de la pauvreté, de la félicité et de la misère, la déclaration des droits qui ne reconnaissait d'autres distinctions que celles des talents et de la vertu ».

Il s'agit dès lors de donner un contenu nouveau au principe d'égalité. Egalité : non plus le mot, mais la chose, comme le déclara à la Convention, le 16 messidor an III (4 juillet 1795), Dubois--Crancé. « La chose » pour le peuple: entendons le pain quotidien, le nécessaire assuré, la certitude enfin acquise d'un minimum vital. Alors disparaîtra, comme devait l'écrire Babeuf dans le Manifeste des plébéiens, le 9 frimaire an IV (30 novembre 1795), « le ver rougeur de l'inquiétude générale, particulière, perpétuelle de chacun de nous, sur notre sort du lendemain, du mois, de l'année suivante, de notre vieillesse, de nos enfants et de leurs enfants ».

Alors, pour suivre encore le texte de Babeuf, le sort sera enchaîné. Alors s'instaurera dans l'égalité parfaite «un bonheur universel, inaltérable, sans mélange : le bonheur commun, but de la société », comme l'avait déclaré le Préambule de la Constitution montagnarde du 24 juin 1793. «Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français, avait déclaré Saint-Just dans son rapport à la Convention du 13 ventôse an II (3 mars 1794) ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur. Le bonheur est une idée neuve en Europe! »

 

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Ces réflexions, pensera-t-on peut-être, ont entraîné le lecteur bien loin du jeune Bara. Il est évident que tout ne devait pas être clair dans la conscience de ce garçon de quatorze ans. Mais la tâche de l'historien n'est-elle pas de clarifier les rapports entre le social, l'économique et le politique, d'établir des catégories qui facilitent son analyse, en se gardant naturellement de supposer que de telles distinctions, claires pour lui, l'étaient aussi pour qui vivait la Révolution et combattait pour elle. Si l'on avait demandé ses raisons au jeune Bara, qu'aurait-il répondu?... Ses motivations furent sans doute inextricablement mêlées, et sans doute n'aurait-il pu les exprimer. Mais si la tâche de l'historien est de comprendre et ici de comprendre la Révolution, plus précisément encore de comprendre le sacrifice du jeune Bara, force est bien de recourir à quelque théorie rattachant les mentalités et les comportements des hommes aux besoins et aux pressions de la société.

Mais l'historien, s'il doit s'efforcer à l'explication d'après les causes et les effets, ne doit pas pour cela mépriser le récit : comprendre le geste du jeune Bara, mais aussi le raconter, par souci de vérité historique, mais aussi par exigence civique et pour sa valeur pédagogique. Mais au récit traditionnel qui place sur le devant de la scène les politiques et les conquérants, l'historien se devra de substituer un récit qui prenne soin de sauver de l'oubli la mémoire de ceux que Georges Lefebvre appelait « la lumière de l'histoire » : la foule des travailleurs qui peinent de leurs mains, mais aussi « les indépendants qui rompant avec le conformisme du monde où ils vivaient, osèrent en critiquer les tares et les abus », plus encore les audacieux qui encoururent le risque de se lever contre l'autorité et qui tombèrent sous les coups de l'ennemi ou sur la barricade révolutionnaire. «A condition que le récit prenne soin de sauver leur mémoire de l'oubli, je ne l'abandonnerai jamais ; car, à mes yeux, ces hommes sont la lumière de l'histoire ».

A tous ces hommes, une fraternité nous unit par delà les siècles, à ceux qui prirent la Bastille, à ceux qui renversèrent le trône au 10 août 1792, à ce jeune Bara mort lui aussi pour la liberté et l'égalité. En leur souvenir, en hommage à leur mémoire, et comme un serment que nous nous prêtons à nous-mêmes, nous reprenons le vieux mot d'ordre révolutionnaire, toujours actuel Vive la Nation !



Albert SOBOUL




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LIVRES



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Ville de Palaiseau
Société des Études Robespierristes

Joseph BARA
(1779-1793)
Pour le deuxième centenaire de sa naissance

Préface d’Albert Soboul

Paris, 1981.

 

 

  

« Albert Soboul, qui travaille si bien ! » (Henri Guillemin)

Albert Soboul (1914-1982), historien français. Professeur d’histoire à Montpellier puis au Lycée Henri-IV. Titulaire de la chaire d’Histoire de la Révolution Française à la Sorbonne. Il fut secrétaire, puis président de la Société des Études Robespierristes et dirigea la publication des Annales Historiques de la Révolution Française, jusqu’à sa mort.

Dans les années 70-80, Soboul dut affronter – et le fit avec une exemplaire pugnacité – les attaques virulentes autant que richement financées par l’ultra-réactionnaire fondation Olin (USA), par la Fondation Rockefeller (USA) et par qui sait combien d’autres, de l’école révisionniste en pleine offensive néo-restauratrice - sous la houlette de François Furet - des Mona Ozouf, Denis Richet, William Boyle et autres Luc Ferry, disciples de Raymond Aron, de William Burke, de Joseph de Maistre, d’Albert Cobban and C°, attaques préfigurant, sur le plan des études historiques, la guerre en cours sur le plan de l’information. Soboul s’y est tué, mais le vent a déjà tourné, y compris, par un juste retour des choses, dans les pays anglo-saxons.



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Claude Mazauric.

Albert SOBOUL
Un historien en son  temps

Nérac, Albret, 2003 - 256 pages




 

 

 Et, bien entendu, tous les écrits d’Albert Soboul
(classés selon l'année de première parution) :

  • La Naissance de l'Armée nationale. 1789-1794, Éditions Sociales Internationales, 1939. (sous le pseudonyme de Jules Leverrier)
  • L'Armée nationale sous la Révolution, 1789-1794, Éditions France d'abord, 1945.
  • La Révolution française, 1789-1799, Éditions sociales, 1948.
  • Les Sans-culottes parisiens en l'an II. Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire (1793-1794), La Roche-sur-Yon, 1958 (réédité Seuil, 2004, 248 p.).
  • Histoire de la Révolution française, 2 tomes, Éditions sociales, 1962.
  • Le Procès de Louis XVI, Paris, Julliard, 1966, 267 p.
  • Le Directoire et le consulat, PUF, coll. Que sais-je ?, 1967, 126 p.
  • La Première République : 1792-1804, Paris, Calmann-Lévy, 1968, 365 p.
  • La Civilisation et la Révolution française. La crise de l'Ancien Régime, Arthaud, 1970 (réédité Arthaud, 1993, 471 p.).
  • Précis d'histoire de la Révolution française, Paris, Éditions Sociales, 1972, 530 p.
  • 1789, l'an un de la liberté, Éditions sociales, 1973, 351 p.
  • Comprendre la révolution, recueil d’articles, Paris, Maspero, 1981.
  • Problèmes paysans de la Révolution (1789-1848), Paris, Maspero, 1983 (réédité La Découverte, 2001, 442 p.).
  • La Révolution française, Gallimard, 1984 (réédité PUF, Quadrige, 2005, 121 p.).
  • Portraits de révolutionnaires, Messidor, 1986, 312 p.
  • Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989 (réédité PUF, Quadrige, 2005, 1132 p.).
  • La France napoléonienne, Arthaud, 1990, 419 p.
  • La Maison rurale française, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1995, 171 p.




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P.S.

Notre bateau d’aujourd’hui :


Le Vengeur du peuple
peint par Nicolas-Antoine Taunay
(Musée National du Château de Versailles)

Un peu d’histoire complémentaire :

Au printemps de 1794, la situation de la République était la suivante : les Coalisés avaient décrété l’embargo contre la France et, de leur nid de vipères de Coblence, les émigrés revenaient en catimini mettre le feu aux récoltes sur le point d'être moissonnées. Seuls les États-Unis et la Suisse acceptaient de vendre du blé à la Convention. Encore fallait-il que leurs envois lui parviennent.

Le 13 prairial an II (1er juin 1794) l’escadre de Brest, commandée par l’amiral Villaret de Joyeuse, se déploya pour escorter un précieux chargement en provenance d’Amérique. Au large d’Ouessant, elle dut livrer bataille à la flotte anglaise, infiniment supérieure en nombre et en puissance de feu.  Elle parvint à assurer le passage du convoi, mais perdit sept vaisseaux, dont Le Vengeur du Peuple. Celui-ci sombra aux cris de « Vive la Nation ! Vive la République ! », les marins hissant à bout de bras jusqu'au dernier instant les couleurs et leurs bonnets rouges. Le tableau s’appelle Héroïsme des marins du Vengeur. On aperçoit, à l’arrière-plan, le drapeau anglais.

 


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 Les deux tableaux représentant la mort de Bara sont respectivement :

La mort de Bara
par Jean-Joseph WEERTZ, 1880
( Musée d’Orsay)

et

Mort de Joseph Bara
par Charles Moreau-Vauthier, 1880,
(Musée municipal de Nérac)

 

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18:37 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/06/2011

10e Anniversaire de l'occultation du T.S. André BLAVIER (1922-2001 vulg.)

 

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10e ANNIVERSAIRE DE L'OCCULTATION DU T.S. ANDRÉ BLAVIER (1922-2001 vulg.)

 

Déjà dix ans que le transcendant satrape a cassé sa pipe et rejoint ses chats Bicot, Suzy et Barbara, là où on ne trouve plus, en guise de Saint-Claude, que des asphodèles séchées.

On avait fini par le croire insubmersible. Et puis, non. Mais ses amis, qui avaient encore des choses à lui dire, ont décidé de lui offrir, pour ces dix ans d’absence, une fête de deuil qui va durer trois mois (à quoi bon lésiner) : du 11 juin au 11 septembre.

Si vous souhaitez savoir de quoi il retournera et – qui sait – vous y associer, cliquez sur Alfred et sur Ubu pour ouvrir les pdf.


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 Ah, c’est qu’il s’en est passé des choses en un demi siècle.

pirenne blavier 1950.jpgQui est aujourd’hui assez vieux pour se souvenir de la « bibli d'avant », sans libre-accès et sans fichier, où il fallait dire ce qu’on voulait sans avoir jamais rien lu ? Qui se souvient encore du grand registre où Silvestre et Blavier inscrivaient vos emprunts à la plume sergent-major ? Qui se souvient (c'était en 1950) de la cave de temps mêlés - sous le bâtiment des pompiers, derrière le Conservatoire - où l’on entrait par un « tape-cul » à fleur de rue ? Qui se souvient d’y avoir découvert Le Messie de Haëndel sur le Teppaz d’un mélomane friqué? Qui se souvient d’y avoir vu projeter Le sang d’un poète sur un drap de lit, au milieu des Magritte pour la première fois exposés ? Qui se souvient avoir vu Blavier fermer le tape-cul sur ces dizaines de millions d’euros potentiels avec un loquet de cage à poules et s’en aller en curant sa pipe avec la clé ?

Qui se souvient lui avoir vu faire « en moins de quinze minutes » les mots croisés du Canard sur son lit d’hôpital, quelques heures avant de passer l'arme à gauche ? .

Souvenirs-souvenirs...

Pour nous associer dans nos modestes moyens aux festivités en cours, voici, en guise de bouquet de fleurs, un petit chapitre du livre inédit de Catherine sur la Bête de Staneux : il contient un poème peu connu du Commandeur requis de l'Ordre la grande gidouille, écrit pour le 25e anniversaire de renaissance d’une marionnette.

La marionnette était celle de Tchantchès, le héros en bois des Liégeois, ressuscitée par Jacques Ancion, animateur du théâtre Al Botroûle (« Au Nombril »), qui l’avait trouvée en piteux état dans une brocante et en avait fait la star indiscutée de sa glorieuse troupe.

 

*

 



Tchantchès

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Il convient de dire en passant quelques mots d'une autre personnification du dieu phallique des Éburons (Virvir le "vert-et-vieux" à Verviers, Verpum à Anvers). Je veux parler ici de la marionnette aussi chère au coeur des Liégeois que le fut jamais Guignol à celui des Lyonnais.

Né «entre deux pavés», de père et de mère inconnus, il ne se reconnaît, comme génitrice, que «la terre wallonne». Son premier cri n'est pas, comme celui de Gargantua, «À boire ! À boire !», car il ne crie pas en naissant, il chante :



    «Allons, la mère Gaspard,
    «Encore un verre, encore un verre…
    «Allons, la mère Gaspard,
    «Encore un verre, il n'est pas tard !»



Recueilli aussitôt par un brave couple de D'la l'Mouse (habitants du quartier d'Outremeuse), il refuse le pichet d'eau que lui présente sa mère adoptive, mais se régale du «biscuit trempé dans le pékèt» que lui tend son ivrogne de simili-père.

Lors de son baptême, la sage-femme chargée de le porter lui confectionne un biberon également au pékèt, «en prévision de la soif que lui causera le sel sur la langue». Il en boit le quart, elle écluse le reste. En conséquence de quoi elle le laisse choir sur le bord des fonts baptismaux. Le traumatisme est cause que le nez lui pousse et forcit anormalement. Il a «la tête dure» et le nez itou. Celui-ci sera en outre toujours «plus grand que nature». N'insistons pas sur l'implication métaphorique du nez dans l'érotisme populaire.

Du jour où son père adoptif lui donne à manger un hareng saur, sa soif devient inextinguible et sa potion magique de prédilection reste, pour toujours aussi, cette eau-de-vie de grain appelée «genièvre» (gin, de l'autre côté de la Manche) ou pékèt.

Une rougeole enfantine est soignée par sa brave femme de mère à coups d'eau ferrugineuse, obtenue en faisant macérer dans de la flotte ordinaire un fer à cheval. Le Tout-Assoiffé (cela se dit aussi Pantagruel) avale si goulûment son remède, que le fer cornu lui reste pour toujours en travers du gosier. Il en garde une raideur dans le cou, qui ne lui permet de tourner la tête que de droite à gauche ou de gauche à droite, mais jamais de haut en bas. Pour voir le sol, il est obligé de se coucher à plat ventre.

Saint Macrawe.jpgLa veille de l'Assomption de la Sainte Vierge, c'est toujours lui qui «fait saint Macrawe», promené par les garnements, en chaise à porteurs, le visage barbouillé de suie.

Comme tout Liégeois qui se respecte, Tchantchès (diminutif de François, autant dire Fanfan, mais aussi factotum1) est un soukeû : son arme favorite est «le coup de tête empoisonné», et soukî veut dire «cosser», «donner des coups, de la tête, comme font les bêtes à cornes, principalement les béliers et les boucs»2.

Son cô d'tièse èpwèsoné n'est efficace, malgré la légendaire dureté de son chef, que s'il s'est au préalable craché dans les mains. Ceci implique, dans les bagarres importantes, une consommation accrue de pékèt, garantie de l'approvisionnement en salive.

Une des nombreuses aventures qu'on lui prête l'amène au pied des Pyrénées, en compagnie de Roland et de Charlemagne. L'empereur à la barbe en fleurs, voulant le féliciter d'avoir occis trois cent mille Sarrazins en moins d'une heure «sans autres armes que son sarreau bleu, sa casquette en soie et sa tête en bois», lui dit qu'il s'est «battu comme un lion». «Sire empereur, vous vous trompez, c'est comme un bélier !» répond le Pinocchio de la Meuse. Et à l'évêque Turpin voulant savoir s'il n'est pas blessé, il se plaint de «juste une petite migraine».

Un autre épisode - peu clair - le fait entrer sans s'annoncer sous la tente de Charlemagne, provoquant cette exclamation : «Que veux-tu, Tchantchès ? Laisse-moi manger mes moules!»

À la suite de quels excès Tchantchès est-il pris, en pleine bataille de Roncevaux, de baîllements incoercibles ? On l'ignore. Ce qui est certain, c'est que Roland, l'apercevant, lui crie : «Si tu t'ennuies, va te coucher, je finirai bien tout seul !» et qu'il y va. On connaît la suite.

Devant le corps du preux mort, l'oraison funèbre qu'il prononce est courte et bonne : «Il a eu sa daye.». L'expression signifie aujourd'hui : «il a attrapé une maladie fatale», mais, à l'origine, «avoir sa daye» était «recevoir un coup violent», principalement dans un guet-apens.

Le traître Ganelon est, on le sait, condamné par Charlemagne à être écartelé, mais Tchantchès s'y oppose : il veut que le méchant soit noyé dans une cuve d'eau claire. Les snobs, mal au fait des moeurs populaires, prétendent que c'est parce qu'il aurait entendu chanter souvent dans les rues de Liège :



                «Lâche, va-t-en, je te renie.
                «À toi l'opprobre et le mépris !»



en comprenant «À toi l'eau propre…», car la sottise du peuple est proverbiale chez les ignorantins instruits. Mais nous savons, nous, pourquoi on plongeait, quand on le faisait, les gens la tête la première dans un chaudron plein d'eau claire. Nous savons aussi que le héros tenait à la main, avant son exécution, ce serpent de bois à tête de bélier qui était l'essentiel de lui-même, et que les Égyptiens appelaient kametef. Les Italiens l'appelaient, nous le savons, Hermès ou Priape, et chez eux aussi, il était en bois, au point de n'être parfois qu'un tronc d'arbre, dont une seule branche, saillante, formait le «nez d'en-dessous», branche que le vent pouvait agiter de gauche à droite ou de droite à gauche, mais jamais courber de haut en bas.

Cela tombe bien car, en dépit de sa présence à Roncevaux Tchantchès ne serait pas né «vers l'an 700» comme le prétendent certains, mais au milieu du XIXe siècle, des oeuvres d'un marionnettiste italien émigré sur les bords de la Meuse, qui l'y tailla (voulons-nous parier dans du bois de saule ?) et se mit à le montrer aux Liégeois petits et grands, dans son «théâtre» de la rue des Écoliers.

Il semble bien, en effet, que la vogue des théâtres de marionnettes se soit fortement répandue en Europe, vers cette époque. Mais, au XVIIIe siècle déjà, le passage de montreurs de marionnettes et de joueurs de pantomimes nomades est attesté à Liège (Bourguet en 1736, Blanzy en 1775, Perico en 1776) et à Verviers (X en 1810). À ne pas oublier : Augustin L.J. Soyer, natif d'Arras (vers 1766), mort à Liège le 15 avril 1822, dont l'acte de décès porte «joueur de marionnettes».

Rodolphe de Warsage (Histoire du célèbre théâtre liégeois de marionnettes, Bruxelles, 1905) et Alexis Deitz («Les marionnettes liégeoises et leur théâtre», in L'Actualité illustrée, n° de Noël 1910, et in Wallonia, t. XIXI, Liège, 1911, pp. 357-420) penchent pour une existence beaucoup plus ancienne de Tchantchès.

Si Tchantchès apparaît pour la première fois sous ce nom dans les souvenirs des spectateurs d'Amon Conti («Chez Conti»), il semble tout de même qu'il soit la version définitive d'un héros liégeois type beaucoup plus ancien, dont plusieurs variantes ou brouillons se retrouvent sous les noms de Bètchou («Pointu»), Hène-è-cwèsse («Darde en biais»), Djôsèf («Joseph»), Li Flamin («Le Flamand»), Gnouf-gnouf («Nasard»), Trènoupèt («?»), Fwèt'bîh («Forte bise»). On rencontre aussi un Lafleur, mais celui-là est originaire d'Amiens.


«Né à Barga, sur le territoire de Castel-Vecchio (Toscane) en 1830, CONTI (Alexandre, Ferdinand, Pompée) vint s'établir à Liège en 1854, et avant de se fixer sur la rive gauche, habita quelque temps le quartier d'Outremeuse (rue des Écoliers). Il mourut à Liège en 1903. Son fils aîné, Ferdinand-Pierre, né à Liège en 1857, était mouleur en plâtre et habitait rue Saint-Séverin.»
«(...) le souvenir de la famille Conti n'est pas perdu à Barga, où subsiste notamment leur demeure, appelée Ai Conti.» (Selon un bourgmestre de Barga :) «Il Conti Alessandro, da giovane, come tanti altri Bargei, emigrò, sia all'estero che nelle citta d'Italia, facendo solo ritorno al paese natio per brevi periodi» - i. e.  «Alexandre Conti, dans sa jeunesse, comme tant d'autres natifs de Barga, émigra aussi bien à l'étranger que dans les villes d'Italie, ne revenant à son endroit natal que pour de brèves périodes.»

v. Maurice Piron, Tchantchès, histoire d'un type populaire, Éditions Libro-Sciences, Bruxelles, 1988, p. 22.

 

Un type populaire répondant aux particularités d'une communauté naît rarement de la seule invention d'un artiste, et d'autant moins si l'artiste n'appartient pas à la communauté qui se reconnaît dans le «type».

On peut en inférer que Tchantchès, malgré sa concrétisation tardive en marionnette, est bien l'Hermès, le Priape, le Panurge des Liégeois, factotum des dieux (Roland, Turpin, Charlemagne), mais irrémédiablement «fils de la terre», c'est-à-dire plébéien. Et, sans aller chercher la petite bête dans les tonsures, on ne peut laisser passer l'étrange volonté de ressusciter le traître Ganelon sans rappeler la thèse de M. Henri Dontenville, selon qui la Geste des Quatre Fils Aymon serait l'expression de la résistance populaire à l'impérialisme carolingien et de la résistance païenne au christianisme obligatoire imposé par les féodaux.

Je sais que Tchantchès se vante précisément d'avoir «réduit» les Quatre Fils Aymon (Dj'a rézou lès qwate fis Rêmon), mais… c'est dans un poème de 1923, dont l'auteur, V. Carpentier, a peut-être oublié de le consulter.

Après tout, La Véridique histoire des Quatre Fils Aymon a bien été, elle aussi, victime d'une interpolation (cléricale) tardive, Renaud de Montauban finissant par y faire sa soumission à Charlemagne et par laisser noyer dans la Meuse, une pierre au cou, son fidèle Bayard. La version d'origine, assure M. Dontenville, était très différente, et nous savons bien que «ce sont les vainqueurs qui écrivent les Chansons de Roland».

L'histoire de la cuve serait la manière qu'aurait trouvée Tchantchès de nous faire savoir qu'il était, lui aussi, du camp des païens agricoles. Et ne serait-ce pas à rapprocher de ce qu'il chante, chaque fois que l'Ampéreur le houspille :



        « Quand je gardais les vaches
            «J'étais bien plus heureux,
                Tra-la !
        «J'étais bien plus heureux…»  ?



Une telle éventualité ferait sans conteste pencher la balance du côté du Tchantchès d'origine ancienne de MM. de Warsage et Deitz, même si revient à l'artiste Conti l'honneur d'avoir cristallisé et logé dans un pupo de bois, l'âme indestructible des Liégeois. Cela est d'autant plus possible que ce petit dieu existe, sous des myriades d'autres noms, chez tous les peuples de la terre.



*


Cependant… Tchantchès n'est pas mort avec la disparition des castelets Conti. Après une éclipse due sans nul doute aux deux guerres mondiales, ce petit phénix de bois a rejailli de ses propres cendres, et voici comment :

Par un «doux après-midi d'automne» de 1964, alors que les Anglais célébraient le quatre centième anniversaire de la naissance de Shakespeare, Jacques Ancion, le barbu que nous avons vu dans un précédent chapitre animateur de la Botroûle, a rencontré la marionnette de sa vie, ainsi qu'il le raconte lui-même : 


«…à la brocante du vieux Gaston Motte, dans les rècoulis' du vieux Pont des Arches. Tu étais seul, oublié, perdu dans ton coin. Toute la troupe d'un ancien montreur, sans doute Pierre Wislet, s'offrait comme au marché d'esclaves, à des prix de bourgeois».


C'est vingt-cinq ans plus tard, dans un Éloge publié à l'occasion de leurs noces d'argent, qu'il évoque ce coup de foudre.


«Toi, heureusement, tu ne jouais pas les vedettes, ce qui me permit de te décrocher et de t'emporter sous mon bras, roulé - ironie ! - dans une Meuse, édition Bourse. Première vraie marionnette liégeoise et longtemps seule pour raison d'impécuniosité chronique.
«C'est ton grand sourire sculpté qui me conquit. Et surtout, tu étais un Tchantchès ! Ton nom? Il était taillé également : Ta bonète, avec sa floche, crâne sur ton oreille. Bonète tu avais, Bonète tu serais.»



Et voilà, pour celui de mes lecteurs qui ne saurait pas ce qu'est une bonète :


Bonète.jpgC'est le chapeau des Amazones, celui des paysans et des esclaves pendant des siècles, ce-lui aussi, pointu, du petit dieu Virvir snobé par les Apollon de ce monde, celui, obligatoirement rouge, des galériens naguère, et c'est le glorieux bonnet (phrygien) des sansculottes : couvre-chef de la plèbe depuis dix-mille ans au moins.


Notre marionnette-père-des-hommes s'est donc acquis chez les Ancion - Françoise et Jacques - un nom de famille : Tchantchès Bonète. Et une épouse, qu'il avait déjà : Nanesse (une «Anne», cela va de soi), «tirée d'un vieux houlé bois, comme si ce fût l'une de tes côtes». Et des copleûs, ou si on veut des plankèts, autrement dit des potes, des chums, des amici per la pelle : Tchofile Grofils (de tringle), Råbosse, Houbert, Lèyon l'cåbartî, sans compter les autres.


«Et si je te demandais ton avis ?» dit le montreur à son tringlot tringleur, «Je sais ce que tu me répondrais : c'est la marionnette qui, de par son crochet impitoyable, tire, guide et régit souverainement le bras séculier qui s'imagine naïvement le gouverner.»


Il ne faudrait même pas pousser loin, je pense, pour découvrir que Tchantchès a probablement tiré, guidé et régi la main de Karl Marx, lorsque cet autre barbu s'est mis à vaticiner de prolétariat dictateur.

 

 


*

 

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[ Chers amis, dans ce monde brumeux, c'est ici une des dernières réserves du plaisir humain, de la joie et de l'espoir. Ces marionnettes de bois nous rappellent comment nous, les hommes, nous devrions nous conduire. Et moi, Kasparek tchèque, je te remercie de tout mon coeur, cher Tchantchès, pour cette foi commune. Moi, on m'a attaché avec des fils - toi, tu pends par la tête à ta tringle. Tous les deux, on devrait faire ce que ceux de «là-haut» souhaitent. Mais on fera tout de même ce que nous voulons - c'est ce dont notre public a besoin et ce dont il rêve. ]


Écrit sous la dictée par Jan Dvorák «Artiste émérite» à Hradec Králové.

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La période de gloire de Tchantchès avait coïncidé avec le long et accidenté XIXe (siècle), qui avait vu l'insolente prospérité des armes liégeoises et des draps verviétois, fournisseurs de Grande Armée, et le dégoût correspondant d'une intelligentsia et d'un populo tchièsse di hoye, pas d'accord pour s'en aller avec les bourgeois baiser les bottes des empéreurs nouveau style.

Entre les deux soi-disant dernières mondiales, Tchantchès s'était, comme dit Albert Maquet3 , «institué en tradition». Il se produisait encore Amon nos ôtes, mais en fait il ne faisait plus que se survivre. Pas empaillé mais presque, dans un folklore assez convenu, un peu ringard. à la manière de ces îlots sacrés des vieilles villes, devenus pièges piétonniers à touristes.

Mais n'est-ce pas quand la nuit est la plus noire que l'aube est la plus proche ?
Après, donc, une éclipse d'un demi-siècle au moins, revoilà notre Punch-Pierke-Uilenspiegel-Pulcinella-Guignol de Liège qui, à la faveur des golden sixties, refait «une entrée fracassante sur les planches d'un théâtricule où l'on mûrit des projets de renaissance4» .

Son premier home va être un Centre Culturel du quartier Sainte Marguerite, qui s'appelle (en grec)  «Panta réi - tout s'écoule… avec comme devise désopilante : Å Panta rèi, tot l'monde rèye.5 ». Puis, quand le vrai théâtre s'ouvrira enfin, rue Hocheporte, si le nom glissera du grec au wallon Botroûle, la devise ne changera guère : Al Botroûle, n'a nouk qui tchoûle.6 Car «plus les poètes sont pauvres, plus les rimes sont riches»7 .

Rue Hocheporte, «Voilà déjà un nom prédestiné de rue»8. Et quelle rue ! Résolument XVIIIe siècle, dégringolant de tous ses pavés, à deux pas mais sans s'y mêler, de l'épiscopale et princière place Saint Lambert.

Et les spectateurs, ravis, de redécouvrir leur ancien petit dieu tel qu'en lui-même, et qui pourtant a changé. Comme eux et en même temps qu'eux. Moins ènocints, plus avisés ? Le peuple de Liège a perdu ses enthousiasmes et sa candeur d'antan. Il ne danse plus en sabots. Mais il fronde toujours, plus que jamais tchièsse di hoye. Il sardonise, il sarcastise et se reconnaît dans ce Bonète (sur l'oreille) qui s'exprime désormais en wallon d'lîdje et en français régional, fustige les clientéleux démagos, les incompétents satisfaits et les corrompus de tout poil, attachés comme sangsues à la carcasse de sa ville. Et qui fraie désormais avec Ubu autant qu'avec Charlemagne.

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Bref, la tradition est à la fois respectée et dépassée - il était temps - tandis que «Frantiska, l'éternelle jeune fille vend les billets et dirige les spectateurs à travers cour et petit jardin vers le mini-foyer; c'est là que l'on se débarrasse de son manteau, que l'on s'assied en buvant une bière, que l'on achète un souvenir et qu'ensuite on attaque les marches raides jusqu'à la salle avec ses 42 spectateurs9».

Et tout cela entre dans la composition du filtre de réussite. Jusqu'à ce vingt-cinquième anniversaire de 1989, à l'occasion duquel un quarteron d'admirateurs de nationalités et de disciplines diverses, va rendre hommage à Tchantchès désormais Bonète et à ses nouveaux parents d'adoption, Jacques et Françoise Ancion.  C'est bien entendu le jour de la saint François que paraîtra l'Éloge de la tringle, où se retrouvent une cinquantaine de contributions en prose, en vers et en dessins.

En voici deux, en vers.



*

 

La première est d'André Blavier :


Donc, Bonète Tchantchès, toi, champion de la tringle
    (Et le prenne qui veut pour allusion salingle!
    «Promoteurs, managers sont les vrais pornographes»
    Stigmatisait jadis un osscur ethnographe
    Qui, pour n'être de bois - comme toi - s'aigrissa
    D'un mal à son pays; d'une qu'il malbaisa :
    «Tu rêvas de grand schlem et ne fis que l'impasse»,
    Et tel un chien battu, délayas ta rimasse,
    Qu'on n'est pas encor près d'en augurer le bout
    Et d'ingérer enfin autre chose que mou
    De veau, vache, cochon, couvée ou sapajou);
Donc, Bonète Tchantchès, représentant du peuple
    (Pas député ni sénateur : on cause du bon peuple
    Qui me pardonnera ce faux alexandringle),
Toi dont le bonnet n'est une tête d'épingle
Non plus qu'un remoudou au fumet de métingle
    (Ah! fromages juteux qui dégouttent des urnes,
    Remangeant les serments, tels ses enfants Saturne),
Mais caboche prolo, entêtée et frondeuse,
Carrée et pourquoi pas ? mais dure et rouspéteuse,
D'un coup empoisonné rèvoyant-st-ås pèlotes



Les chefs, les margoulins, les barons de parlote,
Les empéreurs; sauf çui de l'Empire Impérial
Qui fit de Père Ubu paire pontificale;
Donc, honnête Tchantchès, citoyen d'Hocheporte,
Qui, de ton castelet, brocarde ces cloportes,
Tu fêtes vingt-cinq ans, bien sonnés, de Botroûle,
Scala engradinée ousqu'i n'a nouk qui tchoûle
A la Nonne sanglante ou la Vache à Pelou,
Au mort qui vike ou les Mèhins d'un marcatchou,
Tåtî le Figaro ou la Nativité;
Tu fêtes tes vingt-cinq ans, et plus, de dignité :
C'est pas toi qui vendrais des Gauguins à gogo,
Ni «l'art dégénéré», la Famille Soler,
Pour renflouer le trou de la place à Lambert!
Et dire que c'est toi que l'on traite in petto
De marionnette ou de guignol, ou de pantin!
Guignol vaudrait-il pas commissaire rossai ?
Ha ha! ho ho! dihez-m', avez-v'vèyou l'Torai ?
Alfred Jarry, Queneau les aimaient ces pantins,
Et Paul Fournel itou, qui fut leur historien.

 

 

*




La deuxième est de Jacques van de Weerdt :



SAINT BONÈTE, SOURIS
POUR NOUS !

Debout dans son théâtre,
Presque immobile,
Bonète regarde Liège
Et sourit !

Sa bonne bouille de bois
Regarde la cité
En train de devenir Dallas
Ou Lille-Roubaix-Tourcoing
Ou Manhattan
Ou n’importe quoi

Comme le Sphinx regarde le Nil,
Comme Notre-Dame regarde la Seine,
Et comme la Tour regarde l’Yser,
Bonète regarde la Meuse
Et sourit

Autour de lui
La bataille fait rage
Les Liégeois font des concours
Du plus ignoble,
Du plus irresponsable,
Du plus vénal.
On s’arrache les mandats.

Pendant qu’en scène, à la Botroûle
Tenu par la main de Jacques
Bonète a mal à sa ville
Mais sourit !

Tu seras bientôt le seul,
Bonète,
À regarder Liège
Et à pouvoir sourire encore

À regarder les Liégeois
Continuer à détruire leur cathédrale,
À détruire leur place,
À détruire leurs rues,
Bref continuer à détruire !

Alors tu risques fort,
Bonète,
De rester le seul
Avec ton bon sourire

Mais très bientôt peut-être
Ne nous restera-t-il plus que cela,
Ton sourire,
Pour nous accrocher,
Pour y croire encore,
À travers nos larmes et nos ruines,
Pour avoir la force d’y croire encore
À cette nom-de-Dieu de Liège !

Saint Bonète, souris pour nous !

 

*

 

Le dernier mot pourtant restera au marionnettiste polonais Miélek Abramovicz, qui a, lui, contribué à l'occasion par une BD, parce que Tchantchès, bouclant la boucle, y retrouve son originelle «raison d'être» :

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*



Aujourd'hui, Tchantchès a sa statue au milieu du quartier d'Outremeuse, dressée au bout de la rue Puits-en-Sock, endroit d'où il peut surveiller d'un oeil la maison natale de Georges Simenon, et de l'autre (en tournant un rien la tête latéralement), celle d'André-Modeste Grétry.

Les citoyens de la République de d'là l'Mouse font ainsi son portrait : «Mauvaise tête, mais bon coeur». «Grand gosier». «Toujours prêt». «Farouchement indépendant». «Frondeur de tous les pouvoirs et contempteur sarcastique de leurs pompes».

À propos de pompes… c'est autour de lui et à ses pieds que se conclut, chaque année, à la Mi-Août, l'enterrement solennel de Mathî l'Ohê («Mathieu l'Os»), cérémonie immuable qui, en ce dimanche d'août 1993, parce qu'on enterrait justement à Bruxelles feu le roi Baudoin et que les médias français s'y entendent à hystériser les foules, dut se dérouler sous la protection de la maréchaussée.

mathi l'ohè en 2010.jpg

 

___________________________________     

1 Jules Feller, Le bethléem verviétois, 2e éd., Verviers, 1931, p. 94 - Pour Alexandre Dumas, François fait partie des prénoms qui évoquent ordinairement les domestiques (cf. Georges Doutrepont, Les prénoms français à sens péjoratif, Bruxelles, 1929, p. 81)

2 L. Remacle, Dictionnaire wallon-français, op cit.

3 in Éloge de la tringle, collectif, Éditions de la Botroûle, Liège, 1989.

4 Albert Maquet, Éloge de la tringle, op cit.

5 Au Panta réi, tout le monde rit.

6 Au Nombril, personne ne pleure.

7 Jacques Ancion, Éloge, op cit.

8 Julos Beaucarne, Éloge, op cit.

9 Jan Dvorak, Éloge, op cit.

  
Extrait de :
Catherine Lieutenant
Arduinna
ou La bête du Staneux fut-elle
 pour quelque chose dans le Congrès de Polleur ?
(vol. II)

 

 

LIVRE

 

UBU RWè.jpg

 

 

Alfred Jarry
L’UBU RWÈ

traduit en wallon de Liège
par André Blavier

préface de Jacques Ancion
illustrations d’André Stas

Liège, 2011 (sortie imminente), 96 pages,
co-édité par les éditions Yellow Now
et l’Institut du Patrimoine wallon.


 

 

Bibliographie d'André Blavier :

Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de la ville de Verviers, Verviers, 1950-1960
    Sept graphismes colorés, Verviers, temps mêlés, 1954 (sous le nom d'André Dodet)
    Maurice Pirenne le peintre, Malvaux, 1954
    La Roupie de cent sonnets, Verviers, temps mêlés,1955
    Catalogue du Fonds Weber, Verviers, Administration, 1959
    De quelques inventions belges utiles et « tolérables », Verviers, temps mêlés, 1960
    L’Ubu rwè mètou è lidgwès, illustrations d'Aline Gagnaire, Liège, Aa Editions, 1970
    Occupe-toi d'homélies, Paris, Cheval d'attaque, 1976 Réédition au format de poche avec une préface de Jacques Bens et une lecture de Claude Debon, Bruxelles, Labor (collection Espace Nord), 1991
    Écrits complets de René Magritte, Paris, Flammarion, 1979
    Les Fous littéraires, Paris, Veyrier, 1982. Réédition : Paris, Édition des Cendres, 2000
    Le Mal du pays ou Les travaux for(ce)nés, La Pierre d'Alun, 1983; Éditions Yellow Now, 1986, 1993.
    Cinémas de quartier, suivi de La Cantilène de la Mal-baisée avec les remembrances du vieux barde idiot, et d'une Conclusion provisoire, Plein Chant, 1985
    Lettres croisées, 1949-1976. André Blavier, Raymond Queneau, correspondance présentée et annotée par Jean-Marie Klinkenberg, 1988
    Le Don d’Ubuquité, Didier Devillez Éditeur, 1997
    À propos des Fous Littéraires, Éditions des Cendres, 2001
    La Nuit du 6 au 7, avec Patrice Bauduinet, Éditions Yellow Now / PBC pictures, 2003

 

Bibliographie d'André Stas

Le grand karmaval, fable, Galopin, Spa, 2005, 108 p.
Sur les autres mondes, portfolio, Galopin, Spa, 15 pl. couleurs
Les cent nouvelles pas neuves, passe-temps livresque, Galopin, Spa, 2005, 108 p.
« Carte blanche à André Stas » (oui, déjà), in revue Les Amis de l’Ardenne,
Charleville–Mézières, n°8-9, printemps-été, 5 mars 2005
24 Heures dûment, passe-temps livresque, Galopin, Spa, 108 p.
Les Bornes reculées, aphorismes, etc. , Galopin, Spa, 2006, 128 p. 14 ill.
Stas André Collages, chez l'artiste, 118 p., 152 ill. couleurs.
Entre les poires et les faux mages, préface de Jean-Bernard Pouy, Paris, Éditions des Cendres, 2008, Grand Prix de l'humour noir 2009.
Ubu roi ou La Disparition du tyran polonais, Alfred Jarry et André Stas, Au crayon qui tue, éditeur, Paris, 2010

 

*

 

Post ni fait ni à faire,
mis en ligne par Marie Mouillé
le 13 juin 2011

 





 

21:54 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/05/2011

Époques et Sacco-Vanzetti

nyc-tugboat-race.jpg

 

Époques et Sacco-Vanzetti



Il y a aujourd’hui 85 ans – le 12 mai 1926 -  le trop fameux juge Thayer, de l’état du Massachussets, grand chasseur d’anarchistes, d’immigrés et autres bolcheviks, confirmait la condamnation à mort de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, prononcée le 14 juillet 1921 dans des circonstances plus que douteuses, en dépit d’une mobilisation internationale sans précédent dans l’Histoire. En dépit aussi du fait qu’un gangster nommé Celestino Madeiros, auteur d’un des délits pour lesquels on les a condamnés sans preuves, s’était lui-même dénoncé de la prison où il attendait son exécution pour autre braquage meurtrier.

Un an plus tard – le 23 mai 1927 à minuit – les trois hommes étaient exécutés ensemble : le coupable entre les deux innocents.

vanzetti et sacco enchaînés.jpg

Vanzetti et Sacco enchaînés




Rappel très succinct des faits, tels que les énonce la Librairie Libertaire, dans ses «Portraits d’anarchistes» : http://libertaire.pagesperso-orange.fr/portraits/saccovan...


 

Innombrables furent les manifestations en faveur des condamnés
et contre la peine de mort.
Parmi tant d’autres :


manif ny union square.gif

New York – Union Square

manif boston 3.jpg

 Boston

 

manif_a_londres_pour_sauver_sacco_et_vanzettiXXXXX-77b12.jpg

                                        Londres

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                                                                                                                  Paris

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                                           Berlin 1927                          

               

     manif aux usa.jpg

                                                                                                                                      Boycottez
                                                                                                                                    les produits du Massachusetts



La foule énorme qui assista aux funérailles :

 

Funéraille ssacco & vanzetti.jpg

Funeral s v.jpg

 

* 

 

L’affaire Sacco-Vanzetti est un des assassinats judiciaires les plus célèbres qui soient. Elle a fait beaucoup de petits depuis, à l’encontre surtout des Afro-Américains et des Amérindiens, pour ne parler que des USA. J’y reviendrai.

Edna St. Vincent Millay protestant contre le jugement.jpgComme on a pu voir, en avril 1960, Georges Brassens et Mick Micheyl solliciter des signatures sur les marches du Trocadéro pour une pétition de la dernière chance demandant la grâce de Caryl Chessman, et comme on avait vu quelque dix ans plus tôt les foules se mobiliser en défense d’Ethel et Julius Rosenberg, juifs américains communistes, accusés d’espionnage au profit de l’URSS (1), on avait déjà pu voir au début du siècle, pour Sacco et Vanzetti, beaucoup de gens célèbres monter au créneau et manifester publiquement contre la peine de mort en général et ces deux morts-là en particulier. Du nombre furent John Dos Passos, Dorothy Parker, Bertrand Russell, Edna St Vincent Millay, Upton Sinclair et George Bernard Shaw, mais aussi John Cowper Powys (2).

 

 

 

La poétesse Edna St. Vincent Millay
participant à une marche de protestation

 

jcp.jpgAnglais d’ascendance galloise, John Cowper Powys gagnait sa vie en sillonnant les États-Unis, où il donnait, pour qui voulait l’engager, des conférences philosophico-littéraires devant les publics les plus divers. Sa popularité fut si grande, alors, qu’il fut cité comme témoin littéraire et de moralité au procès fait à New York, en 1922, à l’Ulysse de Joyce. Et c’est à lui encore que devait faire appel le journal antifasciste de Boston, The Lantern, lorsque, le 23 août 1928, premier anniversaire de leur mort, il fut question d’inaugurer une plaque à la mémoire des deux anarchistes martyrs.  L’espèce de discours ou si on veut de méditation – « Sacco-Vanzetti and Epochs » - que prononça Powys au moment du dévoilement de la plaque, fut publié pour la première fois dans le numéro de Janvier-février 1929 du journal, suivi d’un poème à leur mémoire, La lune sur Mégalopolis, qui parut dans le n° d’avril-mai-juin.
Pour commémorer à notre tour la grâce refusée, nous vous offrons ces deux pièces de circonstance, publiées ici pour la première fois en français.

Plaque Sacco-Vanzetti Boston.JPG


Époques et Sacco-Vanzetti
The Lantern, Janvier-Février 1929

Le meurtre judiciaire de ces deux penseurs libres par la respectable opinion publique du Massachussetts fut un événement plein de lourdes implications étayant la notable théorie de Spengler. Si l’on considère la contemporanéité du moment présent de notre « civilisation » occidentale ou faustienne avec un moment similaire d’autres « cultures » mourantes, notre âge actuel correspond exactement à l’époque hellénistico-romaine ! Ici, suivant Spengler, nous trouvons « existence sans intériorité... art mégalopolitain de la banalité... luxe, sport, agitation nerveuse, modes artistiques rapidement changeantes... architecture prétentieuse... imitation de motifs exotiques... étalement impérial par le moyen d’inventions, de machines, de matières et de masses... domination de l’Argent (« Démocratie »)... pouvoirs économiques pénétrant, saturant les formes et les autorités politiques... »

Spengler, en fait, mettrait en parallèle comme précisément « contemporaines » non seulement la période hellénistico-romaine (quelques décennies avant les Césars) et la nôtre, mais aussi l’époque bouddhique en Inde, et celle du taoïsme tardif en Chine. Ainsi donc, l’enseignement de Bouddha, les doctrines de Lao-Tseu et la philosophie des stoïques correspondraient, si l’on suit ce regard d’émouchet plongeant sur les destinées irréversibles de tous les organismes sociaux, presque exactement à l’espèce de protestation vivante - tendre ou cynique selon les cas – de penseurs individuels (du type de ces deux hommes et d’autres semblables à eux) qui s’élèvent contre les citadelles mondiales de l’Argent propres à notre époque. Mais cette civilisation «hivernale» (toute d’ acier, de  pierre et de machines dans laquelle notre destin présent est de vivre, n’est pas – nous pouvons être reconnaissants de l’apprendre – destinée à durer plus d’un siècle ou deux (à peine une bagatelle dans les vastes éons dont disposent les forces de la vie), et doit être suivie – toujours selon notre « morphologie physiognomonique » - d’une époque correspondant à celle des Théodoric, des Attila, des Césars, des Odoacre : quand l’invisible pouvoir de l’argent sera brisé par la volonté arbitraire des conquérants en conflit, quand les hordes d’hommes et de femmes ordinaires en reviendront à l’état d’endurance internationale des fellahs, quand nous errerons dans des cités envahies par les herbes qui auront perdu leur opulence, parmi les vestiges de mécanismes scientifiques sophistiqués qui auront perdu leur secret, et que l’existence humaine, retournant pour des millénaires à la monotonie patiente, ahistorique, d’une lutte avec les éléments, atteindra la sagesse mystique d’une seconde religiosité !

Ainsi, l’état organisé étant mort, « la haute histoire », dit Spengler, « se couche, elle aussi, fatiguée, pour dormir. L’homme redevient une plante, adhérant à la terre, muet et endurant. Le village intemporel et l’éternel paysan réapparaissent, produisant des enfants et plantant des semences dans la Terre-Mère – essaim actif, pas trop inadapté, sur lequel souffle, éphémère, la tempête des soldats-empereurs... C’est seulement quand finit l’Histoire à majuscule que l’Existence, sainte et tranquille, réapparaît. C’est un drame noble dans son absence de but, noble et sans but comme la course des étoiles et la rotation de la terre... ».

Une telle spéculation – une telle prophétie – est-elle « trop belle pour être vraie » ? Peut-être. Mais, après tout, qui le sait ? L’inhumanité même du mécanisme compliqué qui hypnotise nos mégalopolitains en un si actif « service » peut travailler à sa propre perte. La chimie de la destruction est plus facile à acquérir que la chimie de la construction. La foule peut être rendue efficace par standardisation bien plus rapidement pour un dessein de mort que pour un dessein de vie. Un gaz toxique peut être produit beaucoup plus vite et plus scientifiquement que des charrues pour la terre et des carènes pour la mer. Contre une civilisation en armure comme la nôtre, la patience sans illusions d’un bouddhiste indien, d’un taoïste chinois, d’un anarchiste philosophe, d’un stoïque hellénique, sont autant de protestations « contemporaines ». Ce sont des projecteurs fouillant nos ténèbres électrifiées, qu’aucune persécution ne peut éteindre. D’avant en arrière et d’arrière en avant balayant notre ciel, ils continueront leur réquisitoire spirituel jusqu’à ce que l’heure précédant l’aube arrive. Alors sera entendu le prophète de ce qui pourrait être appelé « le Cinquième Évangile », et les forces planétaires se remettront à frémir pour un autre printemps, dont aucun homme encore ne peut distinguer les contours. 



***

 

full-moon-sur manhattan.JPG



La lune sur Mégalopolis
The Lantern, Avril-Juin 1929



L’acier et la pierre sont des choses cruelles
À porter, pour des coeurs mortels.
« Ils » font face aux remous mystiques de la vie
Avec des échafauds de désespoir.
En vain, le plus délicieux des matins s’ébroue...
« Ils » dominent la ville,
Masqués comme des bourreaux,
Leurs haches tourjours prêtes !

Mats, regardez ! La lune est au-dessus de tout !
Légère, elle avance, elle flotte,
Comme si ces maisons âpres et hautes
N’étaient que le décor d’une vieille chanson.
Voyez-la gouverner son bateau en croissant,
Tandis que la sève de toutes les choses vertes
S’enroule dans son sillage
En anneaux couleur de primevères !

Regardez ! Du croissant tombe
Une rosée, un mystère...
Il y a des feuilles vertes sur les toits !
Des fougères vertes dans le ciel !
L’acier et le marbre se vêtent
De lichen, de mousse et d’herbe ;
Et par-dessus chaque bastion gris,
Des ombres, comme des branches, passent !

Miracle ! Ella a fait monter
Du champ, de la haie et du bois,
La sève qui déborde comme une coupe
Du précieux sang de Jésus Christ !
Baume céleste, calmant divin,
Cette sève solitaire tombe en pluie
Et soigne, par délivrance,
La torture de la ville.

Ô Puissance bénie, ton propre étrange coeur
Reste en retrait, et froid,
Voyageant toujours à l’écart
Des chagrins anciens et nouveaux.
Mais les racines sombres sont partout
Arrosées de pluies brunes.
Ce que tu aspires à travers l’éther,
Tu as le pouvoir de le reverser sur notre désespoir,
En dépit de l’acier et de la pierre ! (3)



***




__________________    

(1) Les époux Rosenberg, qui ont toujours clamé leur innocence,  seront électrocutés le 19 juin 1953, dans la prison de Sing-Sing, victimes de la chasse aux sorcières communistes du sénateur Joseph McCarthy  et de sa sinistre HUAC (House of Un-american Activities Committee).  --  Caryl Chessman, coupable des crimes de droit commun pour lesquels il avait été condamné en 1948, s’était, lui, rédimé dans sa prison, où il avait étudié le droit au point de réussir à faire reporter huit fois son exécution. Elle aurait dû l’être une neuvième fois, mais l’ordre de suspension arriva trop tard, l’exécution était commencée et ne pouvait être interrompue sans danger mortel pour les assistants : c’est dans la chambre à gaz de la prison de San Quentin, que Chessman est mort le 2 mai 1960.


(2) « J.C.P. » est un auteur-maison : La Thalamège a publié quatre de ses livres.

(3) Source : The Powys Review, n° 9 - 1981/1982 - John Cowper Powys, fils de prêtre et père de prêtre, parlait de Jésus Christ comme on respire et priait Déméter. Un quart de siècle après avoir écrit ces lignes - l’histoire avait marché, dans le sens prévu par Spengler ou pas –, son acceptation philosophique des aléas de l’Éternel Retour avait fait place à tout autre chose, puisque, dans Spectres Réels, un des contes de sa vieillesse, il fait liquider l’espèce humaine par l’armée de ses propres morts, conjointement conduite par le roi des fantômes gallois et celui des fantômes russes. «Et le soupir de soulagement que poussera la Création montera jusqu’aux étoiles» s'écria le roi Fabulatorius.




***

 

 

TRACES, TÉMOIGNAGES...



Une infinité  d’oeuvres d’art -  textes, films, chansons, peintures - ont été consacrés à Niccolo, dit Nicola SACCO et à Bartolomeo VANZETTI. Nous ne pourrions, ici, les répertorier tous. Aussi bien les moteurs de recherche doivent-ils servir à quelque chose.

En voici quelques-uns qui nous reviennent à l’esprit.  Mémoire subjective... Choix arbitraires... Nos excuses.

ben_shahn passion of.jpg

Le célèbre Passion of Sacco and Vanzetti (1932)
de Ben Shahn, immigré lithuanien.


mural de ben shahn - The passion of sacco and vabn zetti.jpg

Détail d’une mosaïque murale du même Ben Shahn, également intitulée
La passion de Sacco et Vanzetti
Mur est du Huntington Beard Crouse Hall, Université de Syracuse (N.Y.)


***



Webster-Thayer.jpgDu juge Webster Thayer, qui voulut la mort des deux hommes et qui l’obtint, il nous reste cet extrait de ses recommandations aux jurés, à propos de Vanzetti :

« Cet homme, bien qu’il puisse ne pas avoir en réalité commis le crime qu’on lui impute, est néanmoins moralement coupable, parce qu’il est l’ennemi de nos institutions...  parce que les idéaux qu’il défend sont apparentés au crime... »

et ce portrait moral ébauché par un de ses contemporains :

« ... j’ai connu le juge Thayer toute ma vie... c’est un homme à l’esprit étroit, un homme à moitié éduqué, un homme sans intelligence, un homme que la peur des rouges met hors de lui... »



*



Tout le monde connaît la chanson d’Ennio Morricone pour le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, qui fut popularisée en 1971 par Joan Baez, mais connaissez-vous celle-ci, où Woody Guthrie prête sa voix à de libres animaux s’ébahissant des affaires des hommes et se mettant les uns les autres en garde contre les juges Thayer de ce monde ?

 

woodyguthrie.jpg



Old Judge Thayer, take your shackle off of me ;
Old Judge Thayer, take your shackle off of me.
Turn your key and set me free,
Old Judge Thayer, take your shackle off of me.

The monkey unlocked the courthouse door,
An’ the elephant oiled the hardwood floor ;
In did jump the kangaroo,
An’ in did hop the rabbits, too.
Next in come the two baboons,
Next in rolled a dusty storm,
Next in waddled the polar bear
To keep the judge and jury warm.

Ever’body knows the mockingbird
Wrote down ever’ word he heard ;
The lawyers all were foxy-sly,
With a foxy nose an’ a foxy eye.

The ‘possum used the big stiff broom,
Then he polished the new spitoon ;
Up did smile the crocodile,
Said, « Here comes the jury down the aisle. »

Old momma catfish asked the trout,
« What’s this trial here all about ? »
Little baby suckerfish upped and said,
« The Judge has caught him a couple of Reds. »

Well, the rattlesnake asked the bumble bee,
« Who’s this Sacco an’ Vanzetti ? »
« Are they the men, » asked the momma quail,
« That shot the clerks at the Slater Mill ? »

The mosquito sung out with his wings,
Said, « I was there an’ seen the whole durn thing ;
Saw the robbers fire their guns,
But I didn’t see these men, neither one. »

Well, the big-eyed owl looked around,
« They said that Sacco’s cap was found
Down on Pearl Street, on the ground,
Where the payroll guards both got shot down. »

« That cap don’t fit on Sacco’s head, »
The big black crow flapped up and said,
« They tried that cap on Sacco here,
And it fell down around both his ears. »

Well, the camel asked the old giraffe,
« Did these two fellas duck the draft,
By runnin’ down below the Mexican line ?
To keep from fightin’ on the rich man’s side ? »

The lumber duck did rattle his bill,
« All the ducks and geese are flyin’ still
Down toward Mexico’s warm sun
To try to dodge the rich man’s gun. »

Up did waddle a lucey goose,
« I think these men ought to be turned loose.
But old Judge Thayer, he swore to his friends
These men’ll get a chair or the noose. »

When the guilty verdict came,
An’ seven years in jail they’d laid,
When these two men there did die,
The animals met on the earth and sky.

« See what fear and greed can do,
See how it killed these sons so true.
Us varmints has got to get together, too,
Before Judge Thayer kills me and you. »


Ballads of Sacco & Vanzetti.jpg

Woody Guthrie
Ballads of Sacco & Vanzetti
Smithsonian/Folkways. 1992. CD.

« Old Judge Thayer » est la 7e plage de ce CD.
(La 12e – « Lettre de Sacco à son fils » -  est chantée par Pete Seeger.)

 



http://www.youtube.com/watch?v=XGoeuh54MIU




*


Réponse de Vanzetti au juge Thayer (9 avril 1927) :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

Dernier message des deux condamnés aux autres « humiliés et offensés » :

« Chers amis… Après 7 ans, 4 mois et 11 jours de lutte, maintenant que la tragédie touche sa fin, deux d’entre vous seulement meurent. Faites un trésor de nos souffrances, de notre douleur, de nos fautes, de notre passion pour les batailles futures et pour les grandes émancipations. Notre idéal vit. N’ayez qu’un seul cœur en cette heure la plus sombre de notre tragédie. . . Et ayez du cœur. Saluez tous les amis et camarades de toute la terre.
Nous vous envoyons notre suprême au revoir, le cœur plein de tendresse et d’affection et longue vie pour la liberté. »  Bartoloméo VANZETTI, Nicolas SACCO.




*



Un livre-audio (en anglais)  :

 

livre-audio howard zinn.jpg

 

 

 

 

Howard ZINN (sous la direction de)


HEROES AND MARTYRS :
Emma GOLDMAN, SACCO & VANZETTI
and the Revolutionary Struggle


CD.

AK Press – 1er juillet 2001



 


Et encore :

Sur un  site uruguyaen, un texte de Howard ZINN en espagnol :

http://www.elortiba.org/savanz.html




*



Un poème écrit à l’issue d’une manifestation où les camarades n’étaient pas venus assez nombreux :

 

SUR LE PORT DE DIEPPE
Louis Aragon

Le jour de Sacco-Vanzetti
Sur le port sur le port de Dieppe
Mais comment cela se fait-il
Qu’il y eût seulement des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti
Quand les affiches du Parti

Disaient d’aller au port de Dieppe
A quoi cela ressemblait-il
Qu’il y eût seulement des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Qu’est-ce que tu croyais petit
Qu’il allait se passer à Dieppe
Aussitôt venu que parti
Pour n’avoir trouvé que des guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Tu étais malheureux faut-il
Pour espérer autant de Dieppe
Comme un changement pressenti
Mais c’était compter sans les guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti

Le mal d’aimer qu’on s’en sortît
En criant sur le port de Dieppe
Tu le croyais ferme et tu t’y
Trouvas tout seul avec les guêpes
Le jour de Sacco-Vanzetti.




*

 

LIVRES

 

 

Lettres de S & V 10-18.jpg
SACCO & VANZETTI
Lettres

traduites par Jeanne Guéhenno
Collection : 10-18 n° 654 – 316 pages
10/18
1ère édition dans cette collection : 1971
toujours édité.



Livre - L'affaire S. &V. Creafg.gif

 Ronald CREAG
L'affaire Sacco et Vanzetti

Lyon, Atelier de création libertaire, 2004.
264 pages
   




russell vanzetti.jpg

 

 Francis RUSSELL
L'affaire Sacco-Vanzetti

Paris, Robert Laffont, 1964.





pierre duchesne sacco.jpg

 

Pierre DUCHESNE
Sacco et Vanzetti

Paris, Presses de la Cité, 1971.

 

 

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John DOS PASSOS
Devant la chaise électrique
Sacco et vanzetti : histoire de l'américanisation
de deux travailleurs étrangers

traduit par Alice Béja
Gallimard, Collection Arcades, 2009, 191 pages




John Cowper Powys à La Thalamège :

L'Ame de l'homme.jpg
Oscar WILDE
L’Âme de l’homme sous le socialisme

John Cowper POWYS
Jugement suspendu sur Oscar Wilde

Verviers, La Thalamège, 1986, 112 pages


Le Hibou.jpg

 

 John Cowper POWYS
Le hibou, le canard et... Miss Rowe ! Miss Rowe !

Conte philosophique
Verviers, La Thalam§ge, 1986, 48 pages

 


Spectres 2.JPG

 

John Cowper POWYS
Spectres réels

Conte fantastique et philosophique
Verviers, La Thalamège, 1986, 138 pages

 

Rabelais.jpg
John Cowper POWYS
RABELAIS
Sa vie, l’histoire qu’il raconte, et une interprétation de son génie et de sa religion

Essai
traduction, préface et notes de Catherine Lieutenant
Verviers, La Thalamège, 1989, 336 pages, illustr.



Affaire Rosenberg  (non exhaustif !) :


Meeropol - Nous sommes vos fils.jpgMichael et Robert MEEROPOL
Nous sommes vos fils

Par les fils d’Ethel et Julius Rosenberg, adoptés après l’exécution de leurs parents par Abel Meeropol, auteur de la célèbre chanson Strange Fruits, popularisée par Billie Holiday.
Avec plus de cent lettres d’Ethel et Julius.

Éditions Sociales - Éditeurs Français Réunis, 1976, 364 pages



Rosenberg lettres.jpg

 

Julius et Ethel ROSENBERG
Lettres de la maison de la mort
 
Gallimard, 1953, 254B pages

 

sobell on condamne bien  1.jpg

 


Morton SOBELL
On condamne bien les innocents

Hier et demain, 1975, 269 pages

 

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Gérard A. JAEGER
LES ROSENBERG
La chaise électrique pour délit d'opinion
 
Le Félin, 2003, 324 pages



Sur et de Caryl Chessman :

lapierre chessman m'a dit.JPG

Dominique LAPIERRE
Chessman m'a dit

Paris, Del Duca, 1960





Cellule 2455 - couloir de la mort.jpg

Caryl CHESSMAN
Cellule 2455 couloir de la mort

Paris, Presses de la Cité, 1960, 316 pages
Paris, Presses Pocket, 1962, 375 pages





À travers les barreaux.jpg

Caryl CHESSMAN
À travers les barreaux

Paris, Presses de la Cité, 1960, 314 pages
Paris, Presses Pocket, 1974.




Chessman face à la justice.jpg

Caryl CHESSMAN
Face à la justice (The face of Justice)

Paris, Presses de la Cité, 1962, 311 pages
Paris, Presses Pocket, 1964.




Fils de la haine.jpg

Caryl CHESSMAN
Fils de la haine

traduction Louis Chantemele

Paris, Presses de la Cité, 1959, 298 pages
Paris, Presses Pocket, 1963, 250 pages





***

 

 

AUJOURD'HUI...

 

Si les deux Italo-américains ont été condamnés sans preuves et si leur condamnation a été maintenue et finalement exécutée en dépit de la très forte mobilisation internationale en leur faveur, c’est qu’ils faisaient peur. Les pauvres – surtout ceux qui ne courbent pas docilement la tête – font toujours peur à ceux qui les oppriment. Quand on a peur, d’un homme ou d’un insecte, on l’écrase. C’est un réflexe qui n’a pas fini d'exposer la mauvaise conscience du monde.

L’Amérique du Nord, à l’issue de la Première Guerre Mondiale, était un chaudron de sorcières d’iniquités, d’injustices et de sauvagerie répressive. Si tant est qu’elle ait jamais été autre chose, elle l’était plus encore que d’habitude, du fait de certaines circonstances économico-historiques.

C’est peu dire que l’histoire se répète...

Un slogan qu’on vit beaucoup sur les murs de Paris en mai-juin 1968, oeuvre du Collectif des Beaux-Arts, disait :

 

Peur du rouge.jpg

 

Or, ce qui n’a pas changé, depuis Sacco et Vanzetti, c’est la peur que font toujours aux bêtes à cornes de la variété humaine, le rouge et le noir. Surtout lorsque ces deux couleurs subversives ont appris à communiquer avec efficacité.

C’est ainsi que Mumia Abu Jamal attend lui aussi son exécution dans le couloir de la mort, pour des faits qu’il n’a peut-être pas commis, mais surtout pour des raisons presque toutes inavouables. Et il l’y attend depuis 29 ans. Oui, vous avez bien  lu : vingt-neuf ans ; 10.585 jours ; 254.040 heures ; 15.242.400 minutes dans la salle d’attente de la chaise électrique, à deux pas de l’instrument de torture qui peut, d’un instant à l’autre, lui ôter la vie. Comment nos maîtres d’école ont-ils pu nous impressionner avec les onze ans dans sa cage suspendue du cardinal de La Balue ? ! Le progrès a fait tellement mieux depuis.



«Imaginez... Imaginez une pièce de la taille de votre salle de bains et imaginez que vous êtes condamné à y vivre, à y manger, à y dormir, à y soulager vos besoins naturels, à y rêvasser, à y pleurer et surtout, surtout, à y attendre. Imaginez que c'est pour tout le reste de votre existence que vous êtes condamné à l'attente. Imaginez ce que c'est qu'attendre, attendre et attendre ; attendre la mort. Moi, je n'ai pas besoin d'imaginer. Je "vis" dans cette pièce, tout comme trois mille hommes et femmes dans trente-huit États des États-Unis. Ça s'appelle le "couloir de la mort". Moi, j'appelle ça l'enfer. »


Mumia ABU-JAMAL.



Or, la Cour d’Appel fédérale, qui devait se prononcer ce mois-ci sur la confirmation de la peine de mort ou son remplacement par la réclusion à perpétuité – alors que le condamné demande depuis près de trois décennies la tenue d’un « vrai » procès -  vient de statuer que la condamnation de Mumia était anti-constitutionnelle. Ce qui ne le déclare pas du tout non coupable mais implique seulement que la peine prononcée est caduque pour vice de forme. Et c’est reparti pour quelques années dans le Death Row.

Quand donc apprendrons-nous ?  s’écrie Amy Goodman.



Qui est Mumia Abu Jamal ?

 

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Un journaliste Afro-Américain du nom de Wesley Cook, né à Philadelphie en 1954, dont la vocation d’activiste lui est venue à même pas 14 ans, après qu'il se fût fait arrêter et rouer de coups pour avoir manifesté pacifiquement contre la candidature à la présidence des États-Unis du pro-ségrégationniste George Wallace. Alors qu'il était encore au lycée, il choisit de s’appeler Mumia, prénom swahili, auquel il ajouta Abu Jamal (« père de Jamal ») en arabe, à la naissance de son premier fils. Il rejoignit alors – c’était leur grande époque – les Black Panthers, dont il devint le chargé de l’information pour la section de Philadelphie. Il officiait à cette époque sur les ondes de la station de radio WHYY.

 

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Bien vite, il se fit connaître « pour sa capacité à créer des atmosphères dans ses billets, qui mélangeaient le journalisme traditionnel et les préoccupations sociales » (Wikipedia). Mais, comme on l’a vu récemment en France avec Didier Porte et Stéphane Guillon, plus il se radicalisait, plus il attirait sur lui l’attention des « autorités ». Celles, justement, qui ont peur du rouge. Et du noir.

En 1980, neuf membres d’un groupe radical appelé MOVE furent lourdement condamnés suite à la mort d‘un officier de police lors d’une descente musclée à leur siège (1). Les billets d’Abu Jamal durcirent le ton et l’inévitable se produisit : WHYY le licencia. Chômeur et tricard dans sa profession, il se fit chauffeur de taxi pour survivre. Et lorsque, en janvier 1981, un magazine de Philadelphie le cita au nombre des « personnalités  à suivre », il y avait déjà des mois qu’il n'appartenait plus à ce monde.

Les faits :

C’est tôt le matin du 9 décembre 1981 que l’ex-brillant journaliste, au volant de son taxi, arrive à l’endroit où un officier de police du nom de Daniel Faulkner, vient de faire se ranger son frère, William Cook, sur le bord de la chaussée. Que se passe-t-il alors ? C’est ce qui, au terme d’un procès plus que douteux, est devenu impossible à démêler. Des coups de feu sont tirés et quand d’autres policiers arrivent, ils découvrent leur collègue mort de deux balles : une qui lui a été tirée dans le dos et l’autre à bout portant en plein visage. Abu Jamal, une balle dans la poitrine, est assis sur le trottoir, à côté d’un pistolet de calibre 38 qui lui appartient.

Il est arrêté, accusé du meurtre du policier et rondement condamné à mort en juillet 1982. Par un juge nommé Sabo, dont le racisme agressif est légendaire et qu’on a entendu dire : «Je m’en vais les aider à faire griller ce nègre !» (témoignage d’une greffière du Palais). «Les» ? Les jurés, bien sûr.

Le procès accumule trop d’irrégularités criantes pour que la condamnation ne soit pas très rapidement contestée, d’autant qu’au cours d’une audience d’appel, un témoin affirme avoir été présent sur les lieux du drame et avoir été dissuadé de témoigner au procès de 1982 par des pressions policières.  Selon lui, ce n’est pas Mumia qui a tiré sur le policier mais quelqu’un d’autre, qu’il a vu s’enfuir en courant.

En juin 1999, un ancien tueur à gages du nom d’Arnold Beverly, affirme avoir tué Faulkner dans le cadre d’un contrat mêlant police et mafia. Et il est vrai que la balle dans le dos et le coup de grâce à bout portant dans la tête ressemblent à une exécution mafieuse.

En dépit de quoi la condamnation d’Abu Jamal est confirmée.

En décembre 2001, un juge fédéral annule la condamnation  d'Abu Jamal pour vice de forme du procès, mais il confirme sa culpabilité dans le meurtre du policier.

Le 27 mars 2008, une cour d’appel fédérale annule derechef la condamnation à mort et reconfirme le verdict de culpabilité d’origine. Cela signifie que si l’accusation ne requiert pas dans les délais une nouvelle condamnation à mort devant un nouveau jury, celle-ci sera automatiquement commuée en condamnation à la réclusion perpétuelle.

À la suite de la décision de la Cour d’Appel qui vient de tomber, les avocats d’Abu Jamal ont fait savoir qu’ils allaient à nouveau faire appel pour tenter d’obtenir un nouveau procès – si possible équitable – basé sur des « faits nouveaux » : ceux qui n’ont jamais été pris en compte par le procès ayant abouti au verdict de culpabilité.

Mumia a-t-il blessé l’officier Faulkner ? C’est possible. Mortellement ? C’est possible aussi (bien qu’il ait déclaré n’avoir pas tiré sur lui). Mais il ne l’a certainement pas fait dans les conditions retenues par l’accusation. Un des détails que le procès a décidé d’ignorer : selon l’expert en balistique, la balle dans la tête de la victime était de calibre 44, alors que le pistolet que transportait Mumia – avec permis, comme presque tous les taxis de nuit – était de calibre 38. Et tout à l’avenant.

Comment de telles anomalies n’ont-elles été prises en compte ni par les enquêteurs, ni par les juges chargés d’instruire le jury ? C’est ce qui a mobilisé si tôt, si fort et si longtemps les adversaires de la peine de mort et les partisans d’une justice moins  caricaturale. Car l’état de Pensylvanie jouit à cet égard d’une réputation détestable. Le maire de Philadelphie, Frank Rizzo, ancien commissaire de police de la ville, n’a jamais hésité, par exemple, à utiliser des arguments racistes dans ses campagnes électorales. Il a aussi été inculpé par le Département de la Justice US « pour approbation d’abus policiers ». Plusieurs membres de la police de Philadelphie ont été jugés et condamnés pour fabrication de fausses preuves et détournement de fonds. Il faut ajouter à cela que (ce sont ses défenseurs qui l’affirment) Abu Jamal était étroitement surveillé par le FBI en raison de ses reportages socialement critiques, de son appartenance aux Black Panthers et de sa sympathie affichée pour l’organisation MOVE en conflit avec les institutions déjà si chères au juge Thayer. Voilà bien des choses qui ont sans aucun  doute pesé dans son procès. À quoi s’ajoute une évidente manipulation du jury.

On en est là.

Michael Moore (qui ne croit pas à la totale innocence d’Abu Jamal) milite activement pour qu’il ait enfin droit à un procès équitable et récuse en tout état de cause la peine de mort par principe.

Des centaines d’organisations politiques et d’associations telles qu’Amnesty International se sont mobilisées en défense de Mumia Abu Jamal, et cela, non seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde.

C’est en France peut-être qu’en dehors des États-Unis le cas de Mumia Abu Jamal a trouvé le plus de soutien. Une association spécifique s’y est créée, le Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu Jamal, qui a son siège au Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.

En 1999, Mumia Abu Jamal a été fait citoyen d’honneur de Bobigny, et son maire, Bernard Birsinger, lui a rendu visite dans le couloir de la mort. D’autres villes ont fait de même, notamment Malakoff, Villejuif et plusieurs dizaines d’autres villes françaises ou étrangères, telles que San Francisco, Palerme et Venise.

En 2001, il a été fait citoyen d’honneur de Paris, et la ville de Saint-Denis a donné son nom à une rue, ce qui a provoqué un dépôt de plainte par la ville de Philadelphie « pour apologie du crime ». Enfin, le Mouvement des jeunes communistes de France a fait campagne pendant deux ans à travers tout le pays pour demander la relaxe de Mumia Abu Jamal, exemple parfait, à leurs yeux, des dérives autoritaires et sécuritaires (disons racistes anti-noirs et anti-pauvres) du gouvernement U.S. Comme au temps de Nicola et de Bartolomeo.

Dave Lindorff, animateur du site d’information alternative This can’t be happening, que nous avons cité à propos de l’affaire Raymond Davis, a consacré un livre à Mumia Abu Jamal, Killing time, publié chez Common Courage Press en 2003, à ma connaissance toujours inédit en français.

Mais, de l'autre côté des convictions, on trouve aussi un Ordre Fraternel de la Police, qui appelle sans relâche à l'exécution du condamné et au boycott des personnalités coupables d'avoir pris fait et cause pour Mumia et coupables de réclamer, sans relâche elles aussi, un vrai procès, au nombre desquelles feu Paul Newman, Suzan Sarandon, Joyce Carol Oates, Spike Lee, Oliver Stone, John Landis, Gore Vidal, Norman Mailer, Noam Chomsky, Günter Grass, Naomi Campbell, Sting, Rage Against the Machine et une vingtaine de groupes musicaux, sans oublier les fabricants de crème glacée Ben & Jerry, qui sont donateurs au fond de défense.



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 (1) MOVE est un mouvement de libération afro-américain de Philadelphie fondé en 1972, sous le titre « Mouvement Chrétien pour la Vie », par John Africa. Après lui, tous les membres du groupe ont adopté Africa pour nom de famille, en souvenir de leur continent-mère. Ils prônaient le retour à la nature, la désobéissance civile, refusaient la science, la médecine et la technologie, militaient pour la libération des animaux et vivaient en communauté dans une maison du village de Powelton (Philadelphie-Ouest).

Leur mode de vie ne rencontrait pas que de l’approbation dans leur voisinage, où on se plaignait notamment de leurs tas de compost réputés attirer les rats, et de leurs proclamations politiques par mégaphone à toute heure du jour ou de la nuit.

En 1978, suite à un arrêté d’expulsion et à un an de mise en demeure sans résultat, la police de Philadelphie leur a donné l’assaut. Des coups de feu ont été échangés. Il y a eu des blessés de part et d’autre et même parmi la foule des badauds. Un officier de police, James J. Ramp, a été tué... d’une balle à l’arrière du crâne, alors qu’il faisait face aux assiégés. Balle perdue d’un de ses collègues vraisemblablement. Neuf membres de MOVE ont été collectivement accusés du meurtre et condamnés à de lourdes peines.

C’est cet incident et ses suites qui ont provoqué les prises de position virulentes de Mumia Abu Jamal.

En 1981, MOVE s’est installé dans un autre immeuble, toujours à l’Ouest de Philadelphie.

En 1985 – Abu Jamal étant déjà dans le couloir de la mort – la même police, invoquant de nouvelles plaintes de voisinage, est revenue assiéger le nouveau logis des rebelles, qu’elle a bombardé de gaz lacrymogènes (10.000 tirs quand même en deux heures), tandis que les pompiers détruisaient de l’immeuble tout ce qui pouvait l’être par deux canons à eau de forte puissance, et que la police, d’un hélicoptère, larguait sans avertissement sur ce qui restait de la maison une bombe de 4 livres (plastic C4 + Tovex, c. à d. dynamite). Onze personnes ont péri dans l’incendie provoqué par l’explosion : John Africa et dix autres, dont cinq enfants. Une seule survivante adulte, Ramona Africa, et une petite fille, Birdie Africa. Dommages collatéraux : l’incendie s’est propagé aux 65 maisons les plus proches, qui ont entièrement brûlé, du fait que les pompiers avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir « de peur qu’ils se fassent tirer dessus ». C’est à ce jour et à ce haut-fait que Philadelphie doit son surnom : «La ville qui se bombarde elle-même».

Suite au tollé général, le maire a nommé une commission d’enquête, qui a conclu que jeter une bombe sur une maison occupée était unconscionable (exagéré, excessif). Personne, cependant, n’a été inquiété pour l’avoir fait.

Onze ans plus tard, la Cour Fédérale a condamné la ville de Philadelphie à payer 1.500.000 $ à une survivante et aux parents de deux des personnes tuées.

Aujourd’hui, MOVE existe apparemment toujours et milite pour la relaxe de Mumia Abu Jamal et pour la libération des 9 de 1978, qui ont fini de purger leurs peines mais restent en prison. Il serait difficile de ne pas les considérer comme des prisonniers politiques. Ramona Africa donne des conférences aux États Unis et ailleurs. Elle est le co-auteur d’un livre : This Country Must Change. Essays on the Necessity of Revolution in the USA (« Ce pays doit changer. Essais sur la nécessité d’une révolution aux États-Unis »), publié par Arissa Media Group en 2009.

LIENS

http://mumiabujamal.com/site/index.php

http://www.hors-ecran.com/IPMWL/

http://www.oocities.org/zapatistablock/mumia.htm

http://mumialibre.over-blog.com/

http://www.mleray.info/article-mumia-abu-jamal-une-vie-un...

http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Mumia_Abu-Jam...

http://www.archive.org/details/ProgressDrive_un-itinerair...  (Film)

 

 DOCUMENT

VERBATIM DE LA VISITE DE RAYMOND FORNI, PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE FRANÇAISE, À MUMIA ABU JAMAL DANS LE COULOIR DE LA MORT DE LA PRISON DE S.C.I GREENE EN PENNSYLVANIE LE 28 AOÛT 2000

Raymond Forni  -  Je me présente. Je suis le président de l'Assemblée nationale en France. En 1981, en tant que président de la commission des lois, je fus le rapporteur du projet de loi portant sur l'abolition en France de la peine de mort dans le gouvernement où Robert Badinter, abolitionniste convaincu comme moi-même, était ministre de la justice. Je m'oppose non seulement à la peine de mort partout ou elle se pratique, mais j'observe qu'aux États-Unis, il y a une inquiétante différence quant à sa légalité et son application d'un État à l'autre.

Alors qu'approche l'époque de l'élection présidentielle aux États-Unis, nous partageons l'inquiétude des abolitionnistes américains devant lapossibilité de l'élection du gouverneur George W. Bush. Nous saluons en vous, Mumia Abu-Jamal, votre combat contre la peine de mort. J'ai moi-même eu à m'occuper, il y a un certain nombre d'années, du cas des quatre Panthères Noires qui avaient détourné un avion de Detroit à Alger et qui furent jugés et acquittés en france.

Mumia Abu-Jamal - Je vous félicite, Monsieur le président, pour le combat de longue haleine que vous menez - comme je félicite le gouvernement de feu François Mitterrand d'avoir mené à bien l'abolition de la peine de mort en France. Nous sommes ici dans un pays bien différent. Chaque État dispose d'un tel pouvoir, d'une telle autonomie ... C'est comme s'il s'agissait de 38 pays différents ! Chacun de ces États dispose du droit de faire à sa guise. Si vous éprouvez de l'inquiétude devant la possibilité de l'élection du gouverneur Bush à la Maison Blanche, vous pouvez imaginer la nôtre. Nous devons mener côte à côte un combat  qui n'est pas seulement contre la mort mais pour la liberté. C'est pourquoi je vous remercie d'avoir voyagé de si loin pour visiter ce comté de Greene. Je sais que vous venez d'avoir une visite guidée de la prison. Vous avez donc vu l'enfer de néon et de surfaces polies où nous vivons. Mais les parties de la prison qu'on vous a fait visiter ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Je sais qu'on ne vous a pas fait visiter les "Unités de gestion spéciale" (Special Management Units) où, sous prétexte de discipline ou de "mitard", nous pouvons passer, nous qui sommes condamnés à mort, des mois, même des années, sans aucun contact humain. Je puis en témoigner pour avoir été dans le couloir de la mort depuis dix-huit ans.

R.F. -  Depuis quelle année ?

M.A.J. - Depuis l'été de 1983, d'abord dans la prison de S.C.I. Huntingdon. Puis j'ai été transféré ici en Janvier 1995. Ici c'est plus propre qu'à Huntingdon, mais les pressions psychologiques y sont redoutables. L'objectif est, par exemple, de nous bannir loin de nos familles (sept heures de route depuis Philadelphie) afin que les visites coûtent aussi cher que possible à ceux que nous aimons et qui sont pauvres. Huntingdon était vieux et sale, mais ici c'est pire, c'est inhumain. Si on vous avait permis de poursuivre votre tournée, vous auriez vu les cages ou nous prenons une heure d'exercice quotidien. Ce sont littéralement des cages à chien. C'est une métaphore pour la vie de chien que nous impose le système américain.

R.F. : Oui, je suis conscient qu'on ne nous a montré que les aspects présentables. Mais nous sommes capables de voir au-delà. Nous avons pu tirer une idée de cette réalité que vous vivez : plus c'est propre et dépoussiéré, plus les pressions sont invisibles et psychologiques. Nous avons visité le bloc "L", celui où les condamnés à mort sont transférés et déplacés et subissent des pressions insupportables des années durant. C'est pourquoi le combat que vous menez ici de l'intérieur et aussi - par les relais qui sont les vôtres - à l'extérieur, ce combat est indispensable. Car il n'y a rien de pire que le silence et votre lutte le brise. Ce dont souffre l'Amérique, c'est d'un manque d'Histoire. Les traditions américaines relèvent encore de la loi du plus fort. C'est dire la chance qu'est la mienne d'être en France, le pays des droits de l'homme où, en tant que quatrième personnage de l'État, je peux faire avancer notre commun combat. Ma visite ici aujourd'hui a donc une grande signification. J'ai entendu dire de vous que vous transmettez votre énergie à ceux qui vous rendent visite. Allez-y, je vous écoute.

M.A.J. : Ici c'est un lieu de rencontre bien étrange. Mais le hasard a voulu que le travail et l'amour de ma famille et de mes amis ont transformé cet endroit en un lieu ou des personnes du monde entier se croisent.
Étrange carrefour qui fait partie de notre histoire et exauce mes rêves, puisque c'est ici que j'ai rencontré mes héros et héroïnes de toujours : Angela Davis, Alice Walker, la romancière, et Wole Soyinka, le prix Nobel, Danièle Mitterrand, de la fondation France-libertés, et bien d'autres ...
Un enfer ne doit pas forcément demeurer un enfer. Une cellule peut être un lieu de répression mais aussi un lieu d'enrichissement de l'esprit. C'est ce dernier que j'ai choisi. Voilà comment je résiste car le suicide psychologique nous guette tous ici : c'est le plus grand danger (Mumia désigne de ses mains menottées la paroi pare-balles en Plexiglas qui le sépare de son visiteur). Cette paroi est là pour vous qui nous rendez visite, pour fomenter la peur, pour vous isoler de ceux avec lesquels vous tentez de communiquer. Alors il me faut arriver à toucher les gens, à prendre contact avec eux, sans pouvoir les toucher physiquement – sinon l'État aura gagné.

R.F. : Je vous remercie pour la superbe leçon de courage et de persévérance que vous donnez. Une petite voix s'ajoutant à une autre petite voix et à une autre, ainsi de suite, cela aboutit à un grand cri. Ne me méprenez pas : j'aime l'Amérique pour sa diversité et bien d'autres qualités, mais ce qu'elle fait en condamnant à mort vos compagnons et vous même n'est pas digne d'elle. J'ai honte pour elle.

M.A.J. : Je ne puis que faire écho à vos sentiments pour mon pays. C'est le pays ou je suis né. C'est le pays ou sont nés mon père, le père de mon père. Malgré la répression politique, j'aime mon pays parce que ceux que j'aime y vivent. Il y a toute une génération de jeunes - celle qu'on appelle la génération "rap" - qui se font appeler "Africains-américains" alors qu'ils n'ont jamais mis les pieds en Afrique. Ils ne connaissent pas la terre d'Afrique, mais le sang africain coule dans leurs veines. Ce sang nous donne l'énergie pour résister contre la répression à laquelle se livre cette nation. Oui, une petite voix, puis deux, puis dix, puis vingt aboutissent à un choeur et puis à un chant. Ma voix rejoint la vôtre. Comme le disait un grand Africain-américain, Frederick Douglass : "Sans lutte il n'y a pas de progrès". Celui auprès duquel j'ai tant appris, feu John Africa a dit : "Si vous faites ce qui est juste, le pouvoir de la justice ne vous trahira pas". Cela n'est pas chose facile. Mais quand on mène un combat juste, le temps ne compte pas. C'est quand on commet une faute que le temps peut paraître une éternité. Ici, pour moi, le temps est suspendu ...
Je tiens à exprimer à la République française et à vous-même l'expression de ma profonde camaraderie et de ma solidarité fraternelle. Un grand merci.

(Propos recueillis et traduits par Julia Wright)



NOTE : Le règlement du couloir de la mort de S.C.I. Greene étant draconien en ce qui concerne l'utilisation de magnétophones, l'entretien entre Raymond FORNI et Mumia ABU-JAMAL est reconstitué à partir de notes prises par l'interprète afin de faciliter une traduction aussi fidèle que possible, Raymond FORNI s'exprimant en Français, Mumia ABU-JAMAL en Anglais. Le texte des propos recueillis reproduit donc, dans la mesure du possible, le verbatim d'une conversation de part et d'autre de la cloison pare-balles en Plexiglas (N.D.T.)

 

*

Cette démarche – et d’autres – prouve, s’il en était besoin, que ni l’épouse  d’un président, fût-il de la République Française, ni le quatrième personnage d’un état, quel qu’il soit, ne peuvent rien pour changer ni même alléger le sort de prisonniers politiques faussement accusés de meurtre et condamnés au mépris de toutes les lois de la jurisprudence et de la morale, dans ce qui se prétend être la première démocratie du monde et qui n’en est que le cancer en phase ultime.

Bien sûr, M. Forni ne pouvait pas parler, à son interlocuteur enchaîné, des mitards français ni de l’état des prisons de l’Hexagone en général (ne disons rien de celles de Belgique délocalisées en Hollande (1) ni de celles des autres pays d’Europe, cela nous entraînerait trop loin). Il ne pouvait pas non plus parler de Georges Ibrahim Abdallah (2)... il ne pouvait rien dire de Joëlle Aubron (3), de Regis Schleicher (4), de Georges Cipriani (5), de Nathalie Menigon (6) ou de Jean-Marc Rouillan (7) arrêtés en 1987 – Schleicher en 1984 – et tous condamnés à la réclusion perpétuelle. Il a certainement fait ce qu’il a pu cet homme. Aussi bien, n’est-ce pas à lui à empêcher une injuste justice de pratiquer une répression «de classe», indulgente aux riches et aux puissants autant qu’impitoyable aux autres, mais aux 65 millions de citoyens vaccinés et responsables, qu’il est chargé de servir, non d’asservir. À eux de s’en faire obéir. Ceci valant pour les 310 millions de citoyens U.S. Et pour les autres.

___________   

(1) Solution moins coûteuse paraît-il. À quand un retour aux pélerinages judiciaires, cette guillotine sèche de notre très chrétien Moyen-Âge, bien moins coûteuse encore que les prisons, qu’il faut construire, que les prisonniers, qu’il faut nourrir, et que le bourreau, qu’il faut payer.

(2) Résistant libanais,  membre du FPLP, condamné à la détention perpétuelle en 1987 pour complicité d’assassinat, suite à la découverte dans une de ses planques d’une arme ayant servi à abattre Charles Ray, attaché militaire américain à Paris et Yacov Barsimentov, responsable du Mossad à Paris, mais précédemment bourreau et meurtrier en masse dans son pays, le Liban. La liberté conditionnelle lui a été accordée en novembre 2003 par la juridiction de Pau et révoquée deux mois plus tard par une autre, suite à l’intervention de Dominique Perben, alors ministre de la justice. Toujours incarcéré à ce jour, à la prison de Lannemezan.

(3) Peine suspendue en 2004 pour raison de santé (cancer du poumon). Morte en 2006.

(4) En semi-liberté depuis juillet 2009. En semi-liberté, le prisonnier sort pour travailler dans la journée et rentre à la prison le soir.

(5) En liberté conditionnelle depuis 2010.

(6) En semi-liberté depuis mai 2007. Liberté conditionnelle accordée en août 2008, le parquet ayant fait appel en vain.

(7) Semi-liberté accordée en décembre 2007, révoquée en octobre 2008, « suite à des propos tenus ( ?) lors d’une interview accordée à L’Express ». Semi-liberté effective depuis avant-hier (19 mai 2011 –note ajoutée le 21 à notre post du 12). Au cours de sa détention, il a tenu une chronique sur l’univers carcéral dans le journal CQFD.


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Deux mots encore sur :



Léonard PELTIER l’Amérindien



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Militant de la première heure de l’American Indian Movement, Léonard Peltier est condamné à deux fois la réclusion à perpétuité en 1975, pour le meurtre de deux agents du FBI trouvés morts dans la réserve sioux de Pine Ridge.
À son procès, le procureur a reconnu que nul ne savait qui avait tué les deux agents fédéraux.
Mais un mandat d’arrêt était lancé contre Léonard Peltier depuis le début des années 70. Pour activisme. Le coupable, c’était donc lui. Il continue à nier ces meurtres.
Comme  Mumia Abu Jamal chez les Noirs et comme, aujourd’hui, Bradley Manning chez les Blancs, Léonard Peltier lutte contre les conditions inhumaines et inhumainement humiliantes de son injuste incarcération. Il «tient» depuis 36 ans.peltier2.jpg

 

 

 

 


 

 

 

LIENS

(à lire !)

http://algoma.over-blog.com/pages/LAffaire_Leonard_Peltier-532666.html

http://itancansioux.wordpress.com/2010/11/19/leonard-peltier-devant-un-enieme-refus-de-soin/




 

LIVRES



L'échappée - Panthères Noires.jpg

 

Tom VAN EERSEL
Panthères noires
Histoire du Black Panthers Party

Paris, L’Échappée, 2003
Collection «Dans le feu de l’action».

 

 

Voir les autres publications de cet éditeur :
LogoEchappee-2.jpg

130 rue Saint Maur 75011 Paris
http://lechappee.org
lechappee@no-log.org


MUMIA MORT EN FLEURS.jpgMumia ABU JAMAL
La mort en fleurs

Préface de Julia Wright
Postface de Leonard Weinglass

Paris, Le temps des cerises, 1998





MUMIA DIRECT DERRIDA.jpg

Mumia Abu JAMAL
En direct du couloir de la mort

traduction Jim Cohen
préface de Jacques Derrida
postface de Leonard Weinglass

Paris, La Découverte, 199



MUMIA SILEN CE.gif

Mumia ABU JAMAL
Condamné au silence

préface de Danielle Mitterrand

Paris, La Découverte, 2001.


 


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Mumia ABU JAMAL
Une vie dans le parti des Black Panthers
(We Want Freedom)

préface de Julia Wright

Paris, Le temps des cerises, 2011

 
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Léonard PELTIER
Écrits de prison - Le combat d’un Indien

préface de Danielle Mitterrand

Paris, Albin Michel, 2000
Collection « Terre indienne »

Danielle Mitterrand a rendu visite à Léonard Peltier dans sa prison, et les éditions Albin Michel ont décidé de reverser l'intégralité des bénéfices réalisés par la vente du livre au Comité de défense de Leonard Peltier (LPDC), raison péremptoire s’il en fallait une d’acheter ce livre.

FANON FRANTZ PEAU NOIRE.jpg

Frantz FANON
Peau noire, masques blancs

Paris, Seuil, 1971
Collection Points essais

Mort il y a tout juste cinquante ans, psychiatre et essayiste martiniquais, militant anti-colonialiste engagé dans la guerre d’indépendance de l’Algérie, Frantz Fanon, outre un grand penseur politique, est un considérable écrivain  français. 



FANON DAMNES DE LA TERRE.jpeg

 

 

Frantz FANON
Les damnés de la terre

Paris, La Découverte, 2002 – 311 pages.




Ces deux ouvrages n’épuisent pas, et de loin, les oeuvres de Fanon.
Voir l’hommage qui lui est rendu sur le site COMAGUER pour le cinquantième anniversaire de sa mort.

FRANTZ FANON, Film.jpg

 

Frantz FANON
Peau noire, masques blancs

Film documentaire d'Isaac JULIEN (U.K.) 1996.
Acteur : Colin SALMON
Durée 1h10’
Ce film n’est pas projeté en salles.
Un DVD – au format PAL – est sorti en avril 2011.


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Régis SCHLEICHER
Clairvaux, instants damnés

Paris, L’Éditeur, 2010 – 304 pages

Sur ce livre, voir :  Les gens de Régis Schleicher




ROUILLAN - INFINITIF.jpg



Jean-Marc ROUILLAN
Infinitif  présent

Paris, La Différence, 2010 – 311 pages.

L’oeuvre de Rouillan, outre ses contributions à CQFD, est abondante (pas moins de 11 titres sur Wikipédia). Celui-ci est le dernier paru.



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Ni vieux ni traîtres
Film de Pierre CARLES et Georges MINANGOY

Durée : 1h40’
Avec (entre autres) : Joëlle Aubron et Jean-Marc Rouillan.

Un  DVD, sorti en 2006, est en vente chez Pages et Images, prix : 27 €, dont 5 € sont réservés aux prisonniers politiques d’A.D. encore incarcérés.

La dernière version : Ni vieux, ni traîtres (suite et fin),
en montage, devrait sortir au 2e semestre de 2011.


Site officieux de Pierre Carles : http://www.homme-moderne.org/images/films/pcarles/

 

Catherine L.




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22:36 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/04/2011

Que sont devenus les gens de bien ?

 

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Que sont devenus les gens de bien ?

Lettre au Grand Soir



Aujourd’hui, l’envie me prend de vous mettre sous les yeux, pour commencer, un  texte de Viktor Dedaj, parce que c’est à lui et à son camarade et co-fondateur du Grand Soir Maxime Vivas, entre autres, que je me propose d’adresser cette bafouille, et parce que je souscris à ce qu’il dit à presque 100%. « Presque », car jamais je ne pourrais écrire «J’ai même ma page sur Facebook où j’attends encore des amis », allergique que je suis aux bacs à sable où veulent me faire jouer ceux qui tiennent le tourniquet du garrot qui m’étrangle. Qu’ils y jouent entre eux, sans moi.

Donc, voyons d’abord cette réflexion désenchantée de Viktor Dedaj :



mardi 12 avril 2011

Que sont devenus les gens de bien ?

Viktor DEDAJ


« 66% des français soutiennent l’intervention en Libye » - les sondages, il paraît.

Lorsque tout semble perdu, je m’invente parfois des consolations. Des consolations qui deviennent avec le temps comme des raccourcis saisissants vers une certaine réalité. Le genre de réflexion où je me dis, après coup, « finalement, ce n’est pas si bête que ça. »  Comme celle-ci, par exemple :

« L’humanité a de la chance que la Chine ne soit pas dirigée par un Obama, ou un Sarkozy. Parce qu’avec 66% de 1,5 milliard, les tambours de guerre feraient un sacré boucan. »

* * *

Il fut un temps, un temps lointain, où le camp progressiste pouvait mobiliser un million de manifestants à Paris (...selon les organisateurs, et zéro selon la presse de l’époque) contre la présence de missiles en Europe. Le temps est passé et désormais la gauche applaudit aux tirs de missiles pour des raisons « humanitaires ».

Il fut un temps, un temps lointain, où la gauche s’opposait aux aventures militaro-colonialistes de la France. Pouvait-il en être autrement ? Je ne pensais pas vivre le jour où la réponse serait «oui» : la France, au moment de la rédaction de ces lignes, est impliquée dans 3 conflits armés (Afghanistan, Côte d’Ivoire et Libye) dans une sorte de consensus mou.

Il fut pourtant un temps, un temps très proche, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, un certain Tribunal de Nuremberg avait conclu, édicté et gravé dans la pierre que faire une guerre «non provoquée» était le crime par excellence, le crime des crimes, celui qui englobe et entraîne tous les autres crimes. Sur ces bases-là, certains notables d’un régime belliqueux de l’époque furent pendus. Et aucun « je ne faisais qu’obéir aux ordres » ne réussit à attendrir le coeur des juges. Mieux : le Tribunal en profita pour préciser que l’argument ne sera jamais recevable. Jamais, ont dit les juges. Et le Droit International et aussi le sens commun général y adhéra (le respect ou non de ce principe étant un autre débat).

Bien sûr, aucune guerre, aucune, n’a été menée sous un prétexte du genre « j’ai perdu le ticket de vestiaire de mon manteau et ils ne veulent pas me le rendre, allons le chercher ». Toutes les guerres, toutes, ont été déclenchées au nom des principes les plus sacrés, au nom de valeurs humaines les plus nobles, au nom de l’épuisement de toutes les autres options, au nom des cas de force les plus majeurs (*). Toutes ont été précédées, accompagnées et suivies par des rhétoriques adaptées à leurs époques et aux publics visés. Et toutes, 20, 30 ou 50 ans plus tard, se sont révélées pour ce qu’elles étaient.

Puisque tel a toujours été le cas, quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi quelque chose aurait subitement changé ? Y’aurait-il eu un mystérieux déplacement massif des plaques tectoniques de la géopolitique que je n’aurais pas remarqué ? Aurions-nous vu arriver une nouvelle génération de dirigeants, plus respectable et respectueuse que la précédente ? Ceux qui proposaient encore il y a peu le «savoir-faire français» en matière de répression au dictateur Ben Ali, auraient-ils été pris d’un soudain remords ? Les grands médias ont-ils fait l’objet d’une épuration de tous ceux qui prétendaient, et prétendent encore, nous informer ? Nous serions-nous couchés avec un régime dont un ministre en exercice a été condamné deux fois pour propos racistes et réveillés avec une nouvelle équipe oeuvrant pour la paix dans le monde et l’amitié entre les peuples ?

Ou est-ce tout simplement que les salauds ont investi toutes les espaces de la vie publique française, politique, médiatique, économique et même culturelle ?

Nous sommes ici au sommet de la pyramide des crimes. Le crime de tous les crimes, le crime duquel découlent tous les autres et au-dessus duquel on ne trouve ni «terrorisme», ni  «génocide», ni «pogrom», ni «lapidation», ni «nationalisation des ressources», ni «antisémitisme», ni «la volonté de rayer Israël de la carte», ni «rouge-brunisme», ni «dictature», ni même la version de Comme d’Habitude par Claude François, ou toute autre raison inventée et/ou évoquée. Parce que l’Histoire a tranché, même si l’Occident fait semblant de ne pas le savoir.

Accepter le crime des crimes, c’est accepter tous les crimes qui en découlent, en découleront et donc tous les prochains. Accepter le crime des crimes, au nom d’une intervention humanitaire, d’une opération de sauvetage de bébés dans des couveuses ou pour instaurer une démocratie constitue l’oxymoron le plus absolu.

S’agissant du plus abominable des crimes, le premier réflexe d’une personne ayant conservé quelques qualités morales et éthiques, est évidemment de se placer du côté du «refus», et le plus éloigné possible. En langage clair : s’agissant du crime des crimes, le point de position le plus «humanitaire» qui soit est celle d’une opposition déterminée et totale. Alors comment arrive-t-on à convaincre une population occidentale que le crime des crimes est une opération humanitaire ? La réponse, vous la connaissez, puisque vous l’avez vécu.

Aujourd’hui, des pans entiers des discours d’Adolf Hitler pourraient être subrepticement glissés dans les discours des dirigeants occidentaux actuels et on n’y verrait probablement que du feu. Mieux encore : on pourra bientôt les glisser en VO, sans même prendre la peine de les traduire, car la transition d’une des dernières interventions de Barack Obama sur la Libye (« Il y aura toutefois des occasions où, même si notre sécurité n’est pas directement menacée, nos intérêts et nos valeurs le seront. ») au plus laconique « Amerika Über Alles » ne va pas tarder à se produire et offrira aux linguistes du futur un passionnant cas d’étude.

Le champion, toutes catégories et de loin, du crime des crimes qu’est la «guerre non provoquée» sont les Etats-Unis d’Amérique. Et ce n’est pas l’antiaméricain qui fait ce constat, mais au contraire ce constat qui fait l’antiaméricain – d’un antiaméricanisme non pas «primaire» mais revendiqué, raisonné, justifié, serein, assumé et total. Le deuxième du classement du crime des crimes est l’état d’Israël. Et ce n’est pas l’antisioniste qui fait ce constant, mais au contraire ce constat qui fait l’antisioniste – d’un antisionisme non pas «primaire» mais revendiqué, raisonné, justifié, serein, assumé et total. (Au fait, quand est-ce que le cri de ralliement «Non à l’Apartheid» a-t-il été supplanté par «vous ne seriez pas antisémite, des fois ?»).

Il fut un temps, un temps lointain, où la gauche s’appelait, et se faisait appeler dans les médias, «la gauche». Une époque où la droite n’osait pas se qualifier ainsi et préférait s’appeler, et se faire appeler dans les médias, «la majorité». Aujourd’hui, la droite revancharde s’appelle «la droite» et la droite libérale préfère s’appeler, et se faire appeler dans les médias, «la gauche». A destination des plus vieux d’entre nous qui ont encore la mémoire de ce temps jadis, on emploiera plus volontiers le terme de «gauche moderne» pour expliciter à ces retardés que «les temps changent, faut s’adapter, quoi».

S’adapter, je n’ai rien contre. J’ai un téléphone portable, un ordinateur. J’ai même ma page Facebook où j’attends encore des amis. J’écoute du rap pour avoir un sujet de conversation avec mon fils. J’ai décroché le portrait de Lénine et remplacé par une litho signée «Ben» (nan, j’déconne). J’ai même fait la paix avec certains militants de Lutte Ouvrière. Et j’ai bien compris que la classe ouvrière avait disparu (quoique) et que nous sommes au temps du «tertiaire», les services, les services, rien que les services (à qui ? sera la question posée probablement un chouia trop tard).

Que leur faut-il de plus ? Que j’applaudisse à l’intelligence de leurs bombes ?

D’un autre côté, comment être encore «de gauche» lorsqu’on se contente d’observer le monde à travers les filtres des médias les plus réactionnaires, monopolistiques, influentes et «désinformantes» qui soient ? L’illusion de la «liberté» de l’Internet montre encore ses tristes limites. L’information est à portée de click mais l’explication demeure hors de portée pour aboutir à une sorte de «tout savoir et ne rien comprendre».

Il n’en a pas toujours été ainsi. Les médias de masse, ces chevaux de Troie de la bêtise, pouvaient encore être contrés par mille et une petites astuces et actes de résistance. La «culture ouvrière» qui concrétisait les réalités économiques abstraites, quelques médias dignes de ce nom (en gros, la «presse communiste», mais pas que...), et même les expériences vécues (ces fameuses choses « une fois vues qu’on ne peut plus dévoir » dixit Arundhati Roy). Et surtout la voix, le courage et l’exemple de tous ces gens de bien que nous côtoyions tous les jours, tous ceux dont on pensait «arriverons-nous à leur ressembler un jour ? ».

Ne soyez pas étonnés par ce léger malaise qui vous saisit, ce n’est que l’effet produit par ces milliers et milliers de camarades qui se retournent dans leurs tombes. Alors quitte à les avoir réveillés, autant leur donner la parole :



    « Citoyens,

    Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un beau discours, à un effet oratoire ou à mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèrent jamais comme vos maîtres.

    Le Comité Central de la Garde Nationale »

    Texte de l’affiche apposée avant l’élection de la Commune de Paris, 25 mars 1871.



Car il fut un temps, un temps oublié, où les progressistes comprenaient assez naturellement pas mal de choses.

Viktor Dedaj
« pourquoi "vieux jeu" ? Les règles du jeu ont changé depuis ? »

________________   
(*) Pour un homme, il est admis de considérer comme un cas de force majeure le fait d’envoyer une armée pour aller récupérer une gonzesse à Troie. On dit d’ailleurs que c’est probablement de cette époque que vient l’expression « elle est canon ». (n’allez surtout pas rajouter ça dans Wikipédia. Ou alors faites-le sans me citer.)

URL de cet article 13379
http://www.legrandsoir.info/Que-sont-devenus-les-gens-de-bien.html




*



Feu Henri Guillemin avait coutume de dire que, pour la bourgeoisie, « gens de bien » sous-entendait toujours « gens de biens ». N’étant pas des bourgeois, nous nous en tiendrons à l’acception de l’auteur.

Qu’est-ce qui a provoqué cette réflexion ? La guerre de Libye, bien sûr, et les 66% de Français qui, paraît-il, y souscrivent (qui ne sont pas les seuls, on n’a pas fait le sondage ailleurs, et quelqu’un a rappelé à bon escient les chiffres de la fameuse expérience Milgram). Mais aussi, du moins je le pense, une attaque dont vient d’être la cible l’agence d’information alternative qu’il anime avec Maxime Vivas.

Cette attaque est venue d’un autre site (qui se dit de gauche) : ARTICLE XI, et de deux « journalistes » qui, si j’ai bien compris tout, ont jadis fait bénéficier de leur prose des endroits aussi respectables qu’ACRIMED et CQFD. Y sont-ils toujours ? Autrement dit, ces deux endroits où, théoriquement, « on pense à gauche » approuvent-ils (s’associent-ils à) l’attaque lancée contre LE GRAND SOIR ? J’avoue que je l’ignore. Au point de confusion volontaire des valeurs où on en est arrivés, plus rien ne peut étonner.

Laissons de côté ACRIMED et CQFD, et concentrons-nous sur les auteurs pas tout à fait anonymes mais presque de l’attaque. LE GRAND SOIR a publié leur texte. À mon avis, il a eu tort, mais ce qui est fait est fait. Qu’on ne compte pas sur moi pour l’imiter.

Ceux qui veulent savoir de quoi il retourne trouveront le machin sur son lieu d’origine, qui aurait dû ne pouvoir compter que sur ses propres forces mais tant pis. C’est ici :

http://www.article11.info/spip/Le-Grand-soir-analyse-des-derives

Si vous voulez le voir tel que reproduit donquichottesquement par LE GRAND SOIR, c’est là :

http://www.legrandsoir.info/Le-Grand-soir-analyse-des-derives-droitieres-d-un-site-alter.html

Et c’est ici que commence ma lettre à VD, à MV et à tout le monde au GS :

 

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Chers tous,

Eh, on ne peut pas à la fois plaire à tout le monde et au Betar !

Vous voulez vraiment l’opinion de vos lecteurs ? Voici la mienne : je ne comprends pas que vous ramassiez dans le ruisseau, même avec des pincettes et sans trier, tous les détritus qui s’y trouvent. Éboueurs ou journalistes, il faut choisir.

Surtout, je trouve que vous posez mal le problème. Il ne s’agit pas de savoir ce qui, dans les accusations qu’«ils» vous portent est vrai ou faux. Il s’agit de savoir s’ils ont le droit d’accuser quiconque de quoi que ce soit.

D’abord, qui sont-« ils » ? Des nègres à Botul ? Vous acceptez d’eux le mot polémique ! Il est totalement hors de propos. Vous voulez savoir si vos lecteurs vont découvrir leurs mensonges ? Mais quels mensonges ? Quelles opinions même différentes des vôtres ? Il s’agit – et vous le savez - de propagande. Salariée. À laquelle vous offrez une tribune. Est-ce que vous êtes tombés sur la tête ?

Vous les avez peut-être connus ailleurs qu’à ARTICLE XI vos corbeaux, mais depuis quand avoir collaboré à ACRIMED ou à CQFD est-il un talisman qui préserve de la tentation d’accepter quelques émoluments inodores en échange de vieilles calomnies pré-cuites qu’on n’a qu’à réchauffer avant de servir ? Polémique mon cul ! (citation). Il s’agit d’un rapport de police – trop informé pour n'être pas de la grande maison – et ce que je ne comprends pas, c’est que vous vous amusiez à gaspiller du temps et des énergies qui seraient mieux employés et surtout plus utiles ailleurs, à répondre, que dis-je, à vous justifier devant des sous-Javert pour Versaillais globaux. Vous ne pouviez pas les laisser fricoter entre eux dans leur coin ? Qui se serait aperçu qu’ils existaient sans votre aide ? Qui d’intéressant, je veux dire ?

Nous y voilà ! Vous déplorez que certains de vos lecteurs gobent ces mouches et s’en aillent grossir les rangs des cocus. Eh bien, s’ils le font, TANT PIS POUR EUX. Vous n’êtes pas là pour porter à bout de bras tout l’infantilisme et toute l’impéritie du monde. Vous ne pouvez pas raisonner chaque mouton avant qu’il saute à la mer. Ceux qui voudront sauter ne vous écouteront pas et tout ce que vous gagnerez sera de vous y faire emporter par leur piétinement d’ilotes asservis et fiers de l’être.

Les gens qu’on vous reproche d’accueillir dans vos colonnes en sont l’honneur, car ce sont ceux dont « on » a peur. Et il faudra bien les revendiquer un jour, ouvertement, une fois pour toutes – non seulement eux mais aussi ceux qu’on leur assimile -, c’est-à-dire mettre un terme au terrorisme intellectuel dont se sert la « pensée » non pas unique mais totalitaire que servent vos censeurs sans vergogne. Je veux dire qu’il est grand temps de remettre le totalitarisme à sa place. Qu’il émane, comme ici, des employés du pouvoir ou des trop nombreux cocos militants de base, pour qui ce qu’ils ne comprennent pas est ipso facto tatoué « fasciste » et « rouge-brun ». (Ah, et « antisémite » !) Avec ceux-là non plus, je ne trouve pas que vous devriez continuer d’argumenter-expliquer-convaincre, parce que leur erreur n’est pas intellectuelle – et donc pas accessible à la raison – elle est affective, ce mot englobant tout ce qu’on ne se risque jamais à nommer (par respect humain ?) : la bêtise assumée, l’ignorance élevée au rang de vertu cardinale, la présomption, etc., mais surtout leurs causes : la paresse, intellectuelle ou autre, l'indifférence, l'égoïsme, la passivité préférée à tout, la servitude volontaire affublée des oripeaux de la rhétorique pseudo révolutionnaire et j’en passe.

Il n’y a rien ni personne, dans ce que vous avez publié jusqu’ici, d’avec qui vous deviez prendre des distances. Au contraire. J’irai même plus loin :

Prenons des exemples aux extrémités qu’on dit infréquentables : je sais que Faurisson est judéophobe et je sais que Reynouard est catho intégriste, et en quoi cela frapperait-il de nullité tout ce qu’ils disent et tout ce qu’ils pensent ? Et qu’est-ce qui m’interdit, à moi qui ne suis – et de très loin – ni l’un ni l’autre, de soumettre ce qu’ils ont à me dire à mon libre examen ? Qui sont ceux qui veulent me l’interdire et m’imposer ainsi le statut d’éternelle mineure ? À quel titre se le permettent-ils ? Qu’ont-ils à faire valoir comme services rendus à l’humanité pour prétendre la mener en lisière ? Ils se prennent pour quoi ? À part la folie des grandeurs, je ne vois aucune justification à pareille outrecuidance (je parle de la folie des grandeurs de leurs maîtres, eux-mêmes n’étant que les gens de maison chargés de dire « Monsieur va vous recevoir » ou «Madame n’est pas là »). Ne serait-il pas temps d’envoyer tout ce beau monde pleurer dans sa cour, ou dans une cellule capitonnée où il ne puisse au moins se faire mal ? Ne serait-il pas temps de se décider à communiquer seulement entre adultes, sans plus faire attention à leurs criailleries de tyranneaux infantiles ?

Oui, voilà ce que je vous reproche : d’y faire attention. Il y a mieux, je le répète, et beaucoup plus urgent sur le feu.

Mais puisqu’on en est à parler de ces choses, l’occasion est aussi bonne qu’une autre de vous faire part d’une ou deux réflexions auxquelles vous êtes mêlés. Après tout, c’est vous qui avez demandé.

J’ai depuis longtemps un gros MONDE DIPLO sur l’estomac, dont ACRIMED, si je n’ai pas perdu le fil, est une extension dans le champ des médias. Il y a lurette – presque six décennies, non ? – que LE MONDE DIPLO nous sert des analyses souvent pertinentes et à tout le moins honnêtes, qui ne débouchent systématiquement sur RIEN. Je ne lui jette pas la pierre. Je sais que s’il s’autorisait ce qu’il faudrait pour bien faire qu’il s’autorise, il ne finirait pas la semaine. LE MONDE DIPLO est donc enfermé dans ce dilemme : se condamner à l’impuissance pour pouvoir durer, pour tout simplement continuer à exister. LE MONDE DIPLO explique, éclaircit, fait prendre conscience, mais ne pousse à rien.

Or, ce rôle, c’est vous qui l’assumez, avec les moyens du bord et parce qu’Internet vous permet relativement de vous passer de bailleurs de fonds. Vous et quelques autres. maudits. Dont certains viennent d’ailleurs assez souvent faire un tour sur votre site. Que vous vous retrouviez tous sur l’avis de recherche des petites mains des maîtres du monde alors que LE MONDE DIPLO n’y est pas est logique. Vous gênez. Vous faites peur, dans la mesure où ce que vous faites peut déboucher sur du concret. C’est un rôle d’autant plus important qu’aucune formation politique – je dis bien aucune – ne l’assume. Quant aux intellectuels patentés dont c’était jadis le rôle... soyons charitables, passons. Sartre est mort.

Parenthèse : si « faire prendre conscience » était suffisant, il y a longtemps que LE MONDE DIPLO aurait gagné le canard. Ce n’est pas que « les gens » (quand même un peu nous tous) n’ont pas conscience de la m..... dans laquelle ils sont et des abominables tragédies dans lesquelles se débattent tant d’autres, c’est qu’ils s’en foutent. C’est qu’ils préfèrent le confort (transitoire mais ils s’en foutent aussi) de la passivité, de l’égoïsme, bref de l’acceptation du pire pour tout ce qui n’est pas eux, arbres, bêtes et gens. Avoir le courage de regarder cette vérité en face, c’est jeter du lest par-dessus bord, c’est s’interdire l’impuissance, c’est prendre son courage à deux mains pour éduquer.

Ah, éduquer, c'est tout autre chose.

Si on part du principe qu’on n’éduque bien que par l’exemple – c’est ma conviction absolue – vous avez, plus que beaucoup d’autres, contribué à éduquer, rien qu’en relayant avec constance l’exemple cubain. Mettre sous les yeux des bases européennes ce qui se fait (se vit) à Cuba et au Venezuela, pour ne citer que ces deux pays, est ce qui peut se faire de plus constructif en matière d’information. Ce qu’il faut provoquer si on peut, ce n’est donc pas une prise de conscience de telle ou telle vérité dont on continuera à ne rien faire, c'est le sentiment intolérable de ce qui existe ailleurs et n’existe pas ici mais qui pourrait si seulement...  Ce qu'il faut, c’est faire douloureusement ressentir la différence qu’il y a entre leur futur possible, assorti d’un présent au moins digne, et notre no present no future indigne, c’est faire naître le besoin de concrétiser, c’est-à-dire de vivre, ce qu’on ne fait en ce moment que regarder comme si on était au spectacle (ô Debord), c’est pousser au passage à l’acte. C’est aussi rappeler, le plus souvent possible, quelques principes de base en matière de morale publique. Car il y a un sacré fossé entre vivre la révolution cubaine par procuration comme on le faisait dans les années soixante et vivre les guerres de l'OTAN par procuration comme on n'a pas honte de le faire aujourd'hui.

Pousser au passage à l’acte...

C’est par exemple ce que fait Bibeau (dans vos colonnes) quand il exhorte les Canadiens à boycotter les élections. Ce n’est peut-être pas la bonne solution. C’est une solution possible. Il est très important qu’elle soit formulée et discutée par ceux qu’elle concerne, nous tous, et non par des zigotos qui se mêlent de penser à notre place et à faucher dans l’oeuf le moindre élan généreux d’un « fasciste ! » ou d’un « rouge-brun ! » castrateur.

C'est aussi ce que font Hess et Poumier avec leur voyage en Libye et leur Commission d'Enquête. Même s'il n'y a pas besoin d'aller sur place pour savoir,  elles ont eu raison d'y aller, et même si leur Commission ne doit être qu'une voix dans le désert, elles ont raison de la vouloir.

Montaigne trouvait que «C’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire cuire un homme tout vif.» Marat mettait en tête de son journal « Magna est veritas et prevalebit ». C'était déjà plus péremptoire. Il serait peut-être temps que vous mettiez en tête du vôtre « On ne discute plus, on tire. »

Bien à vous.

Catherine
 

 

posté par Catherine L.

le 17 avril 2011.

12:13 Écrit par Theroigne dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/09/2010

Ne voilà pas de braves messagers qui vont errants par pays estrangers

 

 

Ne voilà pas de braves messagers
Qui vont errants par pays estrangers

  

Vous avez dit Roms ?

Oui, et guerre nucléaire mondiale.


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Tandis que l’Invincible Armada fonce sur Téhéran et sur Pyongyang, et que Marie s’escrime sur la déglingue de la Belgique soigneusement programmée et orchestrée par nos bons maîtres (merci, prince !), Catherine continue d’écumer les bibliothèques publiques, en ce compris Internet, qui en est une fameuse. Avant que le ciel lui tombe sur la tête, elle vous livre en vrac, ici, ses trouvailles. Et comme elle est infichue de faire court, ce post interminable est découpé en plusieurs tranches (quatre).


Votre webmaîtresse.



Chers tous,

Je commencerai par Internet.
D’abord, que tous ceux d’entre vous qui se passionnent pour l’Histoire la plus ancienne comme la plus récente, pour la politique et pour la morale, se jettent sur le dernier opus d’Aline de Diéguez. Ils y trouveront ample matière à réflexion, autant qu’à saine indignation (M.Mahmoud Abbas vient une fois de plus, en effet, de tenir à justifier aussi sanguinairement qu’il était en lui l’opinion exécrable qu’il a su inspirer à cette dame).




Aux sources du chaos mondial actuel



gravure-dore-bible---abraha.jpgIII

Israël, du mythe à l'histoire


        "L'organisation sociale des hommes ressemble beaucoup à celle des rats qui, eux aussi, sont, à l'intérieur de la tribu fermée, des êtres sociables et paisibles mais se comportent en véritables démons envers des congénères n'appartenant pas à leur propre communauté."


        Konrad Lorenz , L'agression, une histoire naturelle du mal


*


                  1 - Il était une fois un ciel vide et une terre toute petite...
                  2 - Le dieu de la tribu
                  3 - Du polythéisme à l'hénothéisme. Une déité mixte
                  4 - Les fondements religieux du comportement d'Israël
                  5 - Où l'on voit Samson essayer d'ébranler les colonnes du temple
                  6 -  Religion et morale
                  7 -  Où l'on comprend que la "bibliothèque de Babel" de Jorge Luis Borges situe Israël  
                        dans le Cosmos    
                  8 -  Où l'on suit de hardis explorateurs se lançant à l'assaut du mythe
                  9 -  Où l'on découvre comment le mythe crée un corps collectif et le pérennise
                10 -  Où l'on assiste à la chute du mythe dans la politique. Il était une fois Israël ...
                11 -  Une question de psychophysiologie
                12 -  Où l'on observe le "peuple élu" confronté à l'insurrection morale des peuples du
                         monde
                13 -  Où l'on verra le mythe prendre la forme d'une montgolfière cosmique



Lire la suite :  http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos...

 

*



Les mêmes, mais aussi les autres, feront bien de ne pas laisser passer sans un maximum d’attention le remarquable « point » que fait de notre peu enviable situation M. Georges Stanechy, sur son blog À contre-courant, que je pille une fois de plus sans vergogne. Je recommande la note 6 à ceux qui n’étaient pas nés.




IRAN, WAR GAMES ET SINUOSITÉS STRATÉGIQUES

 

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C’est ici :

http://stanechy.over-blog.com/article-iran-war-games-et-sinuosites-strategiques-55658839.html

 



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Autre lecture impérative (ça ne vous agace pas « incontournable » ?) : celle du premier discours prononcé en public par M. Fidel Castro (84 ans aux récentes prunes) depuis la grave maladie qui l’a frappé en 2006. Il l’a réservé à l’université de La Havane, tout comme, d’ailleurs, M. Serguei Lavrov, chef de la diplomatie russe, vient d’en prononcer un, d’importance indiscutable pour l’Europe, devant les étudiants de l’Institut des relations internationales de Russie (MGIMO)    
http://fr.rian.ru/world/20100901/187335523.html
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Ce n’est pas un discours gai que celui de Fidel Castro. Il n’y a rien dans les affaires du monde qui incite à la rigolade.

Ayant amené le peuple cubain à un niveau de conscience et de responsabilité rarement atteint par un ensemble humain pendant tout le cours d’un demi-siècle, le comandante s’est attelé, depuis peu, à deux tâches : crier casse-cou aux sept milliards de zozos qui courent à leur perte avec l’empressement écervelé des rats de Hans le Joueur de flûte et préparer ses compatriotes à ce pire qu’ils ne méritent pas.

 

fidel cazstro 9.JPGQuiconque sait lire entre les lignes ne peut ignorer ce que cet homme, qui devrait pouvoir mourir en paix après avoir échappé à plus de six cents attentats et usé dix présidents des États-Unis, ne cesse d’instiller dans le cerveau de ceux qui l’écoutent ou le lisent : si je ne réussis pas à convaincre cette foutue humanité suicidairement passive, tout ce que nous avons accompli ensemble depuis cinquante ans va se trouver réduit à néant. Il se peut même que notre espèce tout entière disparaisse. Il se peut aussi que les monstres malades aujourd’hui à l’oeuvre réussissent « seulement » dans leur projet de nous renvoyer tous à l’âge de pierre ( à pire que l’âge de pierre, car il était innocent !). Il se peut que Cuba n’échappe pas à la catastrophe universelle. Si tel est le cas, il faut vous préparer à voir sans broncher anéantir le résultat de siècles de luttes et d’efforts, et à tout reprendre à zéro sans désespérer. Le désespoir n’est pas digne et ne mène à rien. Courage.

Gouverner par la persuasion : cela ne s’était pas vu depuis Robespierre. La campagne d’un seul homme contre tous que mène actuellement cet octogénaire malade est l’entreprise la plus héracléenne que notre planète ait vu de longtemps. Que cette dernière bataille soit une dernière victoire ! C’est ce que, très égoïstement, on lui souhaite.

Texte de ce discours :  
http://www.legrandsoir.info/Message-aux-etudiants-cubains.html

Discours Castro 2.JPG

 

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Mais nous avions dit « Roms » ! J’y viens.

Nul n’ignore les contorsions récentes des Ubus d’Outre-Quiévrain. Même moi, qui n’ai pas la télévision et ne lis pas les journaux, j’en ai entendu parler. Plutôt que vous infliger davantage de ma prose, je m’en vais reproduire ce que vient de publier sur son blog Journal d’un avocat Maître Eolas (pseudonyme d’un avocat du barreau de Paris), car on ne saurait mieux dire.

 

Roms, uniques objets de mon ressentiment...  (Acte 1)
Maître Eolas


Le Gouvernement a donc décidé, pour des motifs d’opportunité politique assez évidents sur lesquels je ne m’étendrai pas, ayant assez de choses à dire par ailleurs, de mettre en œuvre une politique d’expulsion, au sens premier du terme : « pousser dehors », les Roms étrangers vivant en France.

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Ils sont fous, ces Roms, hein ?

Avant d’aller plus loin, qu’est-ce qu’un Rom ? Rom vient du mot Rrom, en langue romani (l’orthographe a été amputé d’une lettre en français, la double consonne initiale n’existant pas dans cette langue), qui signifie « homme » au sens d’être humain (féminin : Roma ; pluriel : Romané). Il s’agit d’un peuple parti, semble-t-il (la transmission de la culture étant orale chez les Roms, il n’existe pas de source historique fiable, mais tant la langue romani parlée par les Roms que la génétique confirme l’origine géographique indienne), du Nord de l’Inde (Région du Sindh, dans l’actuel Pakistan, et du Penjab pakistanais et indien) aux alentours de l’an 1000 après Jésus-Christ, sans doute pour fuir la société brahmanique de l’Inde qui les rejetait comme intouchables (c’est donc une vieille tradition pour eux que d’être regardés de travers par leur voisin).

Ils sont arrivés en Europe via la Turquie au XIVe siècle, suivant les invasions des Tatars et de Tamerlan, et s’installèrent dans l’Empire byzantin (qui les appelle Ατσίγγανος , Atsinganos, « non touchés », du nom d’une secte pré-islamique disparue, dont les zélotes refusaient le contact physique ; quand les Roms arrivèrent, les byzantins, qu’on a connu plus rigoureux dans leur réflexion, les prirent pour des membres de cette secte), ce qui donnera tsigane, Zigeuner en allemand et Zingaro en italien. Ceci explique que leur foyer historique se situe dans les actuelles Turquie, Roumanie, Bulgarie, pays qui restent les trois principales populations de Roms, et dans les Balkans (ex-Yougoslavie).

Outre des professions liées au spectacle ambulant, les Roms se sont spécialisés dans des professions comme ferronniers et chaudronniers, Γύφτοs, Gyftos, ce qui donnera Gypsies en anglais, Gitano en espagnol, et Gitan et Égyptien en Français (dans Notre Dame de Paris, la Recluse appelle Esmeralda « Égyptienne » ; et Scapin appelle Zerbinette « crue d’Égypte »).

Le roi de Bohême (actuelle république Tchèque) leur accordera au XVe siècle un passeport facilitant leur circulation en Europe, d’où leur nom de Bohémiens. De même, le Pape leur accordera sa protection (Benoît XVI est donc une fois de plus un grand conservateur) Leur arrivée en France est attestée à Paris en 1427 par le Journal d’un Bourgeois de Paris (qui leur fit très bon accueil) — C’est d’ailleurs à cette époque que se situe l’action du roman d’Hugo Notre Dame de Paris.

Pour en finir avec les différents noms qu’on leur donne, Romanichel vient du romani Romani Çel, « groupe d’hommes », Manouche semble venir du sanskrit manusha, « homme », soit le mot Rrom en romani, et Sinti semble venir du mot Sind, la rivière qui a donné son nom à la province du Sindh dont sont originaires les Roms. Sinti et Manouche désignent la même population rom établie dans les pays germanophones et presque intégralement exterminés lors de la Seconde guerre mondiale C’est pourquoi le mot Tsigane, évoquant l’allemand Zigeuner, d’où le Z tatoué sur les prisonniers roms, est considéré comme blessant aujourd’hui .

Il convient ici de rappeler que les Roms ont été, aux côtés des Juifs, les cibles prioritaires de la politique d’extermination nazie. Le nombre de victimes du génocide, que les Roms appellent Samudaripen (« meurtre collectif total »), se situe aux alentours de 500 000, avec pour les Sinti allemands entre 90 et 95% de morts.

Ces mots peuvent être utilisés indifféremment pour désigner les Roms, encore que les siècles d’installation dans des pays différents ont fait apparaître des différences culturelles profondes. Même la langue romani n’est plus un dénominateur commun, puisque les Roms d’Espagne et du sud de la France, les Gitans, parlent le kalo, un sabir mâtiné d’espagnol, depuis qu’une loi espagnole punissait de la mutilation de la langue le fait de parler romani (les espagnols ont un atavisme profond avec les langues, mais c’est un autre sujet).

En 1971 s’est tenu à Londres le Congrès de l’Union Rom Internationale (IRU) qui a adopté le terme de « Rom » pour désigner toutes les populations du peuple rom, d’où l’usage de ce terme dans ce billet (ce que les gitans refusent, eux se disent kalé). Le mot rom ne vient donc absolument pas de Roumanie, ni de Rome, bien que ce peuple se soit installé en Roumanie et auparavant dans l’Empire romain d’Orient.

Je ne puis conclure ce paragraphe sans vous inviter à lire les commentaires de cet article, où je ne doute pas que des lecteurs plus érudits que moi apporteront de précieuses précisions ou, le cas échéant, rectifications.

Tous les chemins mènent aux Roms

Les Gens du voyage sont-ils des Roms ? En un mot, non. Le nomadisme n’est pas une tradition chez les Roms, mais une nécessité historique. Aujourd’hui , entre 2 et 4% des Roms sont du voyage, c’est-à-dire ont fait le choix d’une vie nomade. Et beaucoup de gens du voyage ne sont pas roms, comme les Yéniches, que l’on prend souvent pour des Roms. Les forains sont aussi nomades, mais du fait de leur profession, et pour la plupart ne sont pas Roms. Et si demain, il vous prenait la fantaisie de vivre une vie nomade, vous deviendriez aussitôt Gens du Voyage, sans pour autant devenir Rom (sauf aux yeux des lecteurs du Figaro). Un abus de langage est apparu du fait que la Constitution française interdit toute distinction sur une base ethnique. Le terme de Gens du Voyage, neutre de ce point de vue, est souvent employé aux lieu et place du mot Rom. Or ce ne sont pas des synonymes.

Ce qui d’emblée montre que le problème des occupations illégales de terrains, publics ou privés, par des Roms ne vient pas uniquement du fait que la loi Besson (pas Éric, non, celui qui est resté de gauche, Louis) du 5 juillet 2000, qui oblige les communes de plus de 5000 habitants à prévoir des aires d’accueil, est allègrement ignorée par la majorité des maires.

Quand un Rom viole la loi, c’est mal. Quand l’État viole la loi, c’est la France. Laissez tomber, c’est de l’identité nationale, vous ne pouvez pas comprendre.

La majorité des Roms en France sont Français, et leur famille l’est même depuis plusieurs siècles. Les Roms ont de tout temps adopté le style de vie des pays où ils se sont installés, jusqu’à la religion (ils sont catholiques en France, protestants en Allemagne, musulmans en Turquie et dans les Balkans), et il ne viendrait pas à l’idée d’un Rom de donner à ses enfants un prénom qui ne soit pas du pays où il nait (lire les prénoms des enfants d’une famille rom permet parfois de retracer leur pérégrination ; exemple : Dragan, Mikos, Giuseppe, Jean-Pierre). Cela ne les empêche pas de garder vivace la tradition rom, à commencer par la langue romani, et l’importance primordiale de la famille élargie (la solidarité n’est pas un vain mot chez les Roms). Il est d’ailleurs parfaitement possible qu’un de vos collègues de travail soit Rom et que vous ne l’ayez jamais soupçonné.

Naturellement, ces Roms ne sont pas personnellement menacés par la politique actuelle, même s’il est probable qu’ils la vivent assez mal.

Les Roms étrangers sont donc quant à eux des migrants qui veulent une maison qui ne bouge pas, et habitent des habitations de fortune, triste résurgence des bidonvilles. Ils viennent de pays qui ont toujours refusé l’intégration des Roms, en faisant des parias dans leur propre pays. Même si l’intégration à l’UE de ces pays a conduit à un changement total de politique, les états d’esprit, eux n’ont pas changé, et le rejet répond hélas souvent au rejet. Certains Roms se sont sédentarisés et tant bien que mal intégrés, comme les Kalderashs (du roumain Căldăraşi, chaudronniers, habiles travailleurs du métal, en particulier du cuivre) ; d’autres, comme les nomades, forment une société fermée et hostile aux gadjé — aux non-Roms. La plupart des Roms de Roumanie qui viennent en France sont des kalderashs, et non des nomades, fuyant la misère et le rejet dont ils font l’objet dans leur pays. Donc, pas des gens du voyage.

Les roms des Balkans (ils sont nombreux en Serbie et au Kosovo) fuient eux aussi la misère, même si certains demandent l’asile (très peu l’obtiennent) prétendant faire l’objet de persécutions. Il faut reconnaître que lors de la guerre du Kosovo en 1999, des Roms ont été recrutés par les troupes serbes pour se livrer à des opérations militaires de nature à intéresser le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), et se sont acquittés de cette tâche avec un zèle qui n’a pas laissé de très bons souvenirs auprès des populations kosovares (j’entends par là : albanais du Kosovo).

Des Roms, des stats et de la bière nom de Dieu

Une question se pose, et je ne tiens pas à l’éluder : celle des Roms et de la délinquance. Le lien est certain, les chiffres ne mentent pas. Partout en Europe, les Roms sont bien plus victimes de la délinquance que les autres populations. Destructions de biens, agressions racistes, sur lesquelles les autorités ferment bien volontiers les yeux, d’autant plus que les Roms, on se demande pourquoi, ont développé à leur encontre une certaine méfiance, quand ce ne sont pas des pogroms. Sans compter les crimes contre l’humanité subis par ce peuple, que ce soit le génocide nazi ou la réduction en esclavage en Valachie et en Moldavie —oui, des esclaves en Europe— jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle.

Ce n’est pas une boutade, c’est une réalité : la délinquance, les Roms en sont d’abord victimes. On a déjà vu que même en France, État de droit imparfait mais État de droit, l’État ne respecte pas la loi Besson. Vous verrez dans la suite de ce billet qu’au moment où je vous parle, il fait encore pire à leur encontre puisque la politique d’expulsion mise en œuvre est illégale. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les juges administratifs. L’Union européenne l’a remarqué. Le Conseil de l’Europe l’a remarqué. L’ONU l’a remarqué. Le Pape l’a remarqué. L’UMP n’a rien remarqué.

Mais n’esquivons pas la question de la délinquance de Roms. De Roms, pas DES Roms. Elle existe, c’est indéniable, ne serait-ce du fait qu’aucun groupe humain n’est épargné. Est-elle plus élevée que dans les autres groupes sociaux ? C’est probable.

Évacuons rapidement une question sur laquelle je reviendrai dans le prochain billet : l’occupation sans droit ni titres de terrains publics ou privés. Il ne s’agit pas de délinquance, puisqu’au pire (occupation d’un terrain public), ces faits sont punis d’une contravention de grande voirie.

Les causes premières de la délinquance, au-delà du mécanisme intime et personnel du passage à l’acte, qui fonde la personnalisation de la peine, sont la pauvreté (liée au chômage ou à la précarité de l’emploi ; un CDD est aussi rare dans une audience correctionnelle que la vérité dans la bouche d’Éric Besson), l’exclusion (qu’entraîne mécaniquement le fait d’être sans-papier, notamment), le faible niveau d’instruction (qui empêche d’accéder aux professions rémunératrices), outre le fait que la délinquance concerne surtout des populations jeunes (le premier enfant a un effet remarquable sur la récidive).

Vous avez remarqué ? Je ne viens pas de vous dresser un portrait du jeune versaillais. Plutôt celui du jeune Rom des terrains vagues. Ou du jeune des cités, soit dit en passant pour la prochaine fois ou on tapera sur eux. À vous de voir avec votre conscience si vous voulez y ajouter une composante génétique.

Parce qu’aucune statistique n’existe sur la délinquance des Roms. Aucune. Tout simplement parce que ce serait interdit : Rom est une origine ethnique, or la loi prohibe la constitution de fichier sur des bases ethniques ou raciales — suite à un précédent quelque peu fâcheux.

Donc quand le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, que l’on a connu plus méticuleux en matière d’arithmétique ethnique, prétend présenter des statistiques de la délinquance des Roms pour justifier la politique du Gouvernement, il ment. Je sais, ça devient une tradition de ce Gouvernement, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à m’y faire. Quelqu’un, je ne sais plus qui, m’a mis dans la tête l’idée saugrenue de République exemplaire, du coup, je fais un blocage.

Le ministre de l’intérieur a cru devoir présenter publiquement (sur RTL) le 25 août des statistiques fondées sur « une étude des services de police », non sur l’origine ethnique, interdite, mais sur la nationalité du délinquant, roumaine en l’occurrence.

Mes lecteurs ayant suivi jusqu’ici ont déjà compris l’inanité de l’affirmation. Rom ne veut pas dire Roumain, et le ministre joue ici sur la ressemblance des termes, et l’inculture de son auditoire. Mes lecteurs sachant faire la différence entre un mot sanskrit et un mot latin, je ne m’attarderai pas sur ce stratagème grossier, qui ne trompera que qui veut être trompé.

De plus, les services de police, même si on leur fait perdre un temps précieux depuis des années à collectionner des statistiques inutiles hormis à la communication gouvernementale, ne sont pas un service de statistique. La méthode de récolement des données n’a rien de scientifique et n’a jamais eu la prétention de l’être. Elle repose sur les délits constatés ou dénoncés, ayant donné lieu à élucidation. Donc préalablement à enquête. Or la distribution des effectifs et des moyens (limités, et de plus en plus du fait de ce même Gouvernement) dépend pour l’essentiel des directives données par ce même Gouvernement.

Je m’explique. Le Gouvernement estime que l’opinion publique, qu’il confond hélas trop volontiers avec le peuple souverain, est particulièrement remontée contre les vols à la tire (les pickpockets) ou à l’arraché (qui en est une variante un peu plus bourrin) dans les transports en commun. Le ministre de l’intérieur va demander aux forces de police de mettre la pression contre cette délinquance. Le commissaire de police va recevoir cette instruction et va redistribuer ses effectifs, qui préalablement luttaient contre les violences faites aux personnes, sur les voleurs du métro. Mécaniquement, le nombre d’interpellation pour des faits de violence va baisser. Les policiers interviendront toujours lors d’une bagarre, mais n’arrêteront personne pour des faits de violences légères, puisque leur mission est de surveiller les voleurs à la tire. Un délit constaté de moins = baisse de la statistique correspondante, sans que la réalité n’ait changé en quoi que ce soit. En revanche, plus de voleurs à la tire seront arrêtés (car la police reste malgré tout plutôt efficace dans son boulot). Augmentation de la statistique, sans lien avec l’évolution de la réalité. Voilà la méthodologie qui préside à la confection de ces statistiques.

C’est pourquoi le ministre peut proclamer des chiffres aussi aberrants, et sans hélas faire tiquer qui que ce soit, qu’une augmentation de 138% en un an de la délinquance roumaine. Personne ne fait le lien avec une autre donnée, qui indique que 13,65% des auteurs de ces vols seraient Roumains (sous-entendu : Roms). C’est-à-dire que 13,65% des délinquants sont responsables d’une augmentation de 138% des délits. Qui a dit que les Roms étaient des feignants ?

D’autant plus que pour fréquenter un peu les prétoires parisiens, je suis assez bien placé pour savoir qu’il existe aussi une délinquance roumaine non-rom, assez active ces derniers mois, dite de l’escroquerie aux « Yes-card ». Une Yes-card est une fausse carte de crédit qui, quel que soit le code que vous tapez, renvoie toujours une réponse positive au lecteur, faisant croire que la banque a accepté la transaction. Des Roumains achètent ainsi des vêtements de marque et des parfums, et vont les revendre à Bucarest. C’est une atteinte aux biens, commise par des Roumains, mais pas par des Roms. Sauf dans les statistiques de M. Hortefeux.

Brisons là, ce billet mérite je pense d’être soumis à vos commentaires. Le deuxième volet sera centré sur le droit des étrangers et portera sur les mesures actuelles d’expulsion, pour lesquelles le Gouvernement use selon les cas de deux méthodes : soit violer la loi, soit se payer votre tête.

Et fort cher, si ça peut vous consoler.


CALLOT 1.jpg

Qu’hospitalière était la France,
au temps du Grand Cardinal !

 


Source : Maître Eolas ( http://www.maitre-eolas.fr/ ) Comme le dit l’auteur : la discussion se poursuit ailleurs, soit sur son blog, à la fin du présent article.

Image : détournement d’affiche d’Investig’Action, d’après Le temps des gitans, d’Emir Kusturica ( http://www.michelcollon.info/ ).

 

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23:59 Écrit par Theroigne dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |