02/01/2013

A propos d'un livre consacré à John Cowper Powys

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A propos de la publication d'un livre consacré à

John Cowper POWYS

par

Les Perséides

 

Nous dédions ce petit post sans prétention à Monsieur Manuel de Dieguez, philosophe entre les philosophes, infiniment nécessaire à notre temps de Tohu et Bohu, qui eût excité le plus vif intérêt chez l'ermite de Blaenau Ffestiniog, comme lui jusqu'au bout indéfectible champion des humiliés et des offensés. Quelle chance nous aurons eue d'être les contemporains de ces chênes qu'on n'abat pas !

 

2 octobre ! C'est le 2 octobre que ce livre a été présenté dans une librairie de la Rive Gauche en présence de ses deux auteurs. Et nous voici le 2 janvier, à venir enfin vous en parler ! Non, l'intendance ne suit pas toujours, quoi qu'en ait dit mongénéral. Cela étant, et même si les bons livres, comme le bon vin, peuvent s'accomoder sans mal de quelques années de cave, mieux vaut en parler avant que l'absence de bruit les ait envoyés au pilon. Retard, donc. Circonstances indépendantes de notre volonté. Notre faute quand même !

Adonc, ce livre, écrit en français, consacré à l'auteur anglais John Cowper Powys, et plus spécifiquement à sa philosophie, venait de sortir aux éditions Les Perséides. Et comme on ne parle jamais trop des « petits » éditeurs en train de sauver l'honneur de l'édition en France, un mot d'abord sur ces dernières, situées au coeur du village de Bécherel, qui est à la Bretagne ce que Redu est à l'Ardenne et Hay-on-Wye au Pays de Galles : un village du livre.

[ http://www.becherel-autour-du-livre.com/categorie-1079014...

http://il-bouge-le-livre.blog.lemonde.fr/2009/04/16/beche...

http://www.redu-villagedulivre.be/index.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hay-on-Wye  ]


En plein accord avec la philosophie du lieu, Les Perséides sont à la fois une maison d'édition et une librairie, qu'animent Thomas van Ruymbeke et Solen Cueff.

5 rue du Faubourg Bertault 35190 Bécherel

Tél. 02 99 66 68 79 - 06 70 44 74 83

Ouvert tous les jours de 10 heures à 19 heures sauf le mardi après-midi.

e-mail : lesperseides@free.fr

Nous ne croyons même pas nous avancer trop en ajoutant qu'on peut aussi y prendre le thé, mais il vous est loisible, chers internautes, de leur rendre, sans attendre le printemps, une petite visité électronique :

http://lesperseides.fr/la-librairie-les-perseides-2/


Pour être brefs, Les Perséides est une maison d’édition de littérature et d'histoire fondée à Rennes en 2004, qui décline sa production en plusieurs collections : La Lune Attique, qui alterne les fictions inédites d'auteurs contemporains, des textes à dominante surréaliste à redécouvrir et des œuvres traduites issues du patrimoine de la littérature mondiale. La collection Aux Sources de l'histoire, qui décrypte les mythes de l'histoire de France à travers des textes clés. Enfin, Le Monde Atlantique, qui s'adresse aux chercheurs et étudiants en histoire atlantique, et plus généralement à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des révolutions ou à celle de l'esclavage et du colonialisme.

Il semble aussi que la maison ait à coeur de mettre, quand elle le peut, le pied à l'étrier aux écrivains de la région, ce qui est tout à son honneur.

 

Le livre :

 

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Pierrick Hamelin

Goulven Le Brech


John Cowper POWYS`

Une philosophie de la vie


Bécherel, Les Perséides, 2012

21 x 14 cm, 128 pages, 15 €

 

 


Les auteurs :


Goulven Le Brech est archiviste et il vit à Gentilly. Spécialiste du philosophe Jules Lequier auquel il a consacré une biographie (La Part Commune, 2007), il est aussi l’auteur d’un récit de pérégrinations en Nouvelle-Calédonie, (Sur le Caillou, Petit Pavé, 2010).

Pierrick Hamelin vit et enseigne en Loire-Atlantique, près de Nantes. Aux Editions Les Perséides, il a déjà publié Point de fuite (2005), Une dernière fois la mer (2007), Promenades philosophiques (2009) et Manège (2010).

Quant à John Cowper Powys, qu'en dire sinon qu'il est d'autant plus cher à notre coeur que nous l'avons, dans une autre vie, traduit et publié nous-mêmes.


 

*

 

Nous ne dirons rien de la première partie, « L'expérience de la vie », traitée par Goulven Le Brech, parce que notre ami Edouard Lecèdre nous a envoyé, là-dessus, un compte-rendu si enthousiaste, que nous ne voyons pas ce que nous aurions pu vous en conter de plus intéressant.

Nous avons donc (votre servante a) l'agréable tâche de dire tout le bien qu'il faut penser du travail de M. Pierrick Hamelin, qui a choisi, lui, d'aborder l'espèce d'Himalaya dont il avait à rendre compte en moins de quarante pages sous la forme d'un « Abécédaire ».

Ce parti pris peut paraître étrange à ceux qui ne connaissent pas du tout Powys, mais les powysiens, eux, y reconnaîtront au passage des plages, des pics, des promontoires dont ils sont familiers et admettront que ces « bornes d'histoire littéraire» sont aussi pertinentes qu'elles pouvaient l'être pour présenter l'auteur à ceux qui n'en savent peut-être rien encore. Il fallait bien commencer par quelque part et dieusait que l'entreprise n'était pas facile. Impossible de celer qu'en rédigeant ces lignes, il nous est venu à l'esprit, de façon irrésistible, des mots ou des expressions qui eussent pu être ajoutés au choix fait par M. Hamelin. Ils viendront peut-être, qui sait, étoffer une réédition future. En attendant, que les lecteurs ne boudent pas leur plaisir, celui de la découverte pour les uns, de la reconnaissance parfois amusée pour les autres.

 

Bibliographie :

Un bémol cependant : l'ouvrage est suivi d'une bibliographie qui serait parfaite si elle était complète, d'autant qu'elle est suivie d'une recension détaillée des moindres articles consacrés à John Cowper Powys par divers sites et revues de langue française. A l'évidence, les auteurs ont consulté, de bonne foi, une source qui pratique l'apartheid. Ce sont des choses qui arrivent.

Bouchons donc les trous et ajoutons aux oeuvres de JCP traduites en français. :

Jugement suspendu sur Oscar Wilde, (avec L'âme de l'homme sous le socialisme d'Oscar Wilde), Verviers, La Thalamège, 1986, (traductions de Suspended judgements : Oscar Wilde et de The Soul of Man under Socialism par Catherine Lieutenant)

Spectres réels, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de Real Wraiths, par Catherine Lieutenant.

Le Hibou, le canard et Miss Rowe ! Miss Rowe !, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de The Owl, the Duck, and Miss Rowe ! Miss Rowe ! par Catherine Lieutenant, la réédition de 2007 par l'Atelier de l'agneau (Saint-Quentin-de-Caplong) reproduisant et modifiant sans autorisation, l'édition originale.

Manque aussi (ostracisme aussi ?) dans la liste des articles consacrés à Powys, un texte de Marc-Edouard Nabe, qui a pourtant paru en son temps dans la Powys Review. Faute de pouvoir le retrouver, signalons, parce qu’elle le mérite, sa préface à l’édition française de Dostoïevski, chez Bartillat :

 

2 bis - Nabe - Préface  -906x673-images-stories-couvertures-complete-dostoevski_-_powys.jpg

 

http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&...


 

*

 

UNE VIE PHILOSOPHIQUE

Edouard Lecèdre

 

Qui en France aujourd’hui connaît suffisamment bien John Cowper Powys (1872-1963) pour se tenir à l’affût des soubresauts de l’actualité éditoriale le concernant et réagir promptement au moindre écrit dont il serait le sujet ? Car, à ce jour, l’iceberg que représente cet immense auteur garde encore profondément immergée une part importante de son œuvre, qu’il s’agisse par exemple de Atlantis, ou de Porius, deux monuments encore non traduits, ou de rééditions d’ouvrages devenus introuvables (on pense à Une philosophie de la solitude, à La vision complexe…), de ses poèmes, ou encore d’essais sur son œuvre, (il vaudrait mieux ici parler de facettes de son œuvre tellement sa production est vaste et variée).

Apparemment, si l’on en croit les deux auteurs et le petit groupe de spécialistes qui étaient présents à la présentation du livre le 2 octobre dernier à la librairie « L’écume des pages » située près de l’église Saint Germain-des-Prés à Paris, les connaisseurs et les amateurs de l’homme et de l’œuvre seraient plus nombreux qu’on ne le croit, malgré le silence tonitruant dont John Cowper Powys fait l’objet dans la sphère littéraire française. Ils seraient assez nombreux pour permettre à la France de se distinguer parmi les premiers pays où ses livres sont traduits et diffusés….et donc lus. Que penser alors de l’embrasement des esprits des milieux autorisés, comme on dit, si des articles, voire des dossiers Powys étaient publiés dans les suppléments livres des quotidiens nationaux ou dans les magazines spécialisés en littérature, à la place des recensions obligées sur la pitoyable création littéraire française contemporaine !

C’est pourquoi il faut saluer l’événement que constitue la sortie du livre John Cowper Powys – Une philosophie de la vie et remercier les auteurs d’avoir effectué ce salutaire travail de sensibilisation à l’œuvre si dense de Powys, écrit sous forme d’une présentation générale, se voulant simple, rédigée dans le but d’une appropriation aisée et rapide de l’univers powysien par le lecteur néophyte. Une sorte de propédeutique donc, pour comprendre, sinon appréhender l’œuvre complet de cet auteur important. Et pour cela, le livre se compose de deux parties très différentes. Il revient à Goulven Le Brech le mérite d’avoir très bien développé au long des soixante-douze pages de son essai, ce qu’il y a derrière le sous-titre même de l’ouvrage « Une philosophie de la vie » en nous présentant de façon claire et appétissante, les principes de vie qui dirigèrent Powys dans sa vie et dans ses écrits.

Pierrick Hamelin, quant à lui, a choisi d’établir un abécédaire, forcément restreint tant l’œuvre est immense, où il a retenu les thèmes, les termes et parfois les thèses, qui lui ont semblé être assez représentatifs de l’univers powysien pour figurer dans une sorte de guide pratique avant voyage et de boussole si on est perdu dans les romans ou les essais.

 

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La première partie, rédigée de façon scrupuleuse est une réussite (on sent immédiatement que Le Brech a à la fois découvert l’auteur - qui l’a intrigué - et a apprécié sa vision des choses). Une sensation de confort s’installe dès les premières pages, due autant à la clarté du propos qu’à la conjugaison harmonieuse de l’inévitable axe narratif de la chronologie, avec la mise en valeur thématisée des grandes données conceptuelles et philosophiques de l’œuvre powysienne. Le lecteur a l’impression d’être guidé pour pénétrer dans un monde singulier, parfois complexe, voire difficile, de la même façon qu’il serait mis en confiance sur un sentier de randonnée pédestre inédit, grâce à la carte d’état major qu’on lui aurait remise en main. Comme toute randonnée, celle-ci comporte également des étapes. Le Brech a choisi, pour nous expliquer à la fois la philosophie de John Cowper Powys et sa genèse, du moins son évolution, de faire halte sur certains ouvrages, et pas des moindres. Qu’on en juge : La vision complexe, Wolf Solent, Les sables de la mer (Weymouth Sands), Le Hibou, le Canard et - Miss Rowe ! Miss Rowe !, Une philosophie de la solitude, L’Art du bonheur, Apologie des sens, Le sens de la culture.

On ressort de cette lecture très galvanisé. Découvrir, ou, pour les connaisseurs, apprécier de cette nouvelle façon, une partie significative de l’univers powysien, fait prendre conscience de la grande modernité de cet auteur et de la pertinence de ses textes pour comprendre ce XXIème siècle si confus, si incertain, sans dessein de civilisation. Une fois le livre refermé, on est lesté de plusieurs gros concepts que Goulven Le Brech a réussi à faire suffisamment apparaître pour donner envie d’aller plus loin. Il appartiendra ensuite à chacun de les étudier de plus près. Pour cela il a fait le choix particulier de prendre comme matrice de départ le premier essai que Powys écrivit à l’âge de quarante-huit ans, La vision complexe, sur lequel il consacre l’important premier chapitre qui agit à son tour comme matrice du livre. La vision complexe étant hélas introuvable aujourd’hui, on ne peut que remercier l’auteur d’avoir fait une très bonne synthèse de ses quatorze chapitres, jusqu’à détailler les plus importants. Pour lui en effet, les idées force qui structurent la pensée de Powys prennent naissance dans ce premier essai. On peut les regrouper en quatre ensembles qui sont intimement liés et donc se recoupent.

Le premier concerne le principe de volonté comme principe premier pour atteindre le bonheur malgré toutes les vicissitudes de la vie. Pour Powys en effet, l’harmonie avec soi-même s’obtient par un combat permanent contre l’adversité, représenté notamment par la façon dont s’organise la société moderne. Afin de lutter contre [l’état dépressif], l’individu a la capacité de se rapporter aux objets qui l’environnent non seulement par la raison et la sensation, mais aussi par l’éventail des ouvertures de la conscience au monde qu’offrent la volonté, le sens esthétique, l’imagination, la mémoire, la sensation, l’instinct, l’intuition et l’émotion. Mais, est-il précisé fort heureusement, la philosophie de la vision complexe n’a rien à voir avec la jouissance et n’est pas une nouvelle forme d’hédonisme. Pour Powys, le but de la vie dans sa haute signification philosophique n’est pas la recherche de la jouissance, mais l’art de ne pas s’attarder sur les moments de déplaisir (on pourra lire dans L’art d’oublier le déplaisir, comment Powys développe cette idée). La note en bas de la page 57 est à ce titre éloquente, tirée d’un passage de Une philosophie de la solitude : « …à chaque crise, quand nous sommes harassés, surmenés, poursuivis, persécutés, totalement confondus, misérablement humiliés, nous avons besoin d’une image mentale significative à laquelle nous puissions sans délais recourir, image qui soit en même temps un acte et une idée, une peinture mentale et une incitation à l’effort psychologique, image qui représente déjà en soi-même un effort psychologique. ».

Le deuxième ensemble conceptuel porte sur le fait de convoquer la culture pour combattre l’adversité (les ennuis quotidiens, la médiocrité de la vie moderne). Ce concept est très important. Dans notre société appelée post-moderne, où toutes les valeurs se valent, où il faut être consensuel en toutes choses pour ne pas choquer et où les mots ont perdu leur véritable sens, le mot culture est l’un des plus galvaudés. Le Brech présente très efficacement la pensée de Powys dans ce domaine en exprimant clairement les choses pour éviter les confusions. Powys insiste sur le fait que la culture, comprise comme le développement de soi, n’a rien à voir avec l’érudition. Effectivement ! Et plus loin il ajoute : [Powys] distingue par conséquent l’attitude de l’homme cultivé avec l’attitude de l’homme éduqué. Ce dernier, même doté d’une grande érudition, s’il ne conçoit pas le développement de sa culture comme un moyen de densifier son rapport personnel à la vie et se sert uniquement de ses connaissances pour briller en société, n’a rien de commun avec l’homme cultivé. L’intelligentsia germanopratine appréciera !!! Plus loin encore : La culture […/…] est, selon Powys, une attitude personnelle adoptée face aux vicissitudes de la vie, qu’il convient d’élargir et d’approfondir tout au long de son existence. […/…]. Face aux aléas de l’existence, face aux diktats de la science et de la religion, face aux nécessités économiques de son pays, la culture est le socle inaliénable à partir duquel chaque individu se construit. De la culture, on passe bien sûr à la littérature comme principe actif dans la vie quotidienne et non pas comme un stock froid de connaissances livresques. Conscient  des maux de la société […/…], des horreurs perpétrées un peu partout sur la surface de la Terre […/…], son attitude se nourrit de l’ironie désabusée qu’il trouve dans les œuvres des […/…] grands écrivains et poètes. Son optimisme forcené n’est pas sans ignorer par exemple les tourments de l’homme du souterrain de Dostoïevski ou les errements de Jim dans Lord Jim de Conrad. On ne peut éviter de penser ici aux travaux de Frédérique Leichter Flack qu’elle a présentés dans son livre Le laboratoire des cas de conscience. Le Brech nous donne un très bel exemple d’application de ce principe powysien à travers un long extrait d’un de ses essais écrit en 1929 : Le sens de la culture (pages 49 à 51) qu’on laisse aux lecteurs le soin de savourer.

Le troisième concept a trait à l’érection de l’imagination créatrice comme antidote à la mort sociale et intellectuelle. Même s’il recoupe les thèmes précédents, ce principe philosophique, développé dans La vision complexe, est un fil rouge qui traverse tous les récits de Powys, notamment ses grands romans (Givre et sang, Wolf Solent, Les sables de la mer…). C’est une attitude mentale de refuge de la conscience grâce au pouvoir sans borne de l’imagination. Cette conscience est comparée à un instrument précieux qu’il faut maintenir vivant. Philosopher consiste à maintenir pur l’éclat de ce cristal […/…] et le polir sans cesse. Empruntant aux philosophes William James (1842-1910) et surtout Henri Bergson (1859-1941) et en convergence par ailleurs avec le courant de l’individualisme-anarchisme John Cowper Powys affirme l’irréductible liberté créatrice [qui se trouve] au cœur de l’homme. Il partage avec les penseurs de ce courant la conviction que les hommes peuvent être libres et égaux, non par le biais de l’action d’organisations collectives, mais par leur propre effort individuel. Pour développer ce point, Le Brech s’appuie sur un ouvrage de David Goodway : Anarchist seeds beneath the snow – left-libertarian thought and british writers from William Morris to Colin Ward, où est établie une filiation entre Powys et des auteurs comme Oscar Wilde,  Herbert Read, Aldous Huxley ou George Orwell.

Mais, s’agissant à la fois de ce dernier auteur, et dans la mesure où Le Brech indique dans sa préface la pertinence de l’œuvre de Powys encore aujourd’hui, on aurait pu citer comme référence contemporaine, à la fois sur la philosophie anarchiste et sur l’infinie puissance créatrice du cerveau humain, un auteur aussi essentiel que Noam Chomsky, dont les travaux en linguistique et les conceptions philosophiques anarchistes sont en rapport avec le sujet.

Plus loin, sur la force de l’imagination créatrice, Le Brech n’oublie pas d’indiquer que Powys insiste en particulier sur le sens esthétique qu’il place au-dessus […/…] car orienté vers les racine mêmes de la vie. […/…]. Néanmoins, il ne s’agit pas pour l’artiste, l’écrivain ou le poète d’exercer son talent uniquement en direction de hautes idées esthétiques et morales, car ce qui est révélé par le sens esthétique est aussi une lutte, un conflit, une guerre, une contradiction, situés au cœur des choses. Le sens esthétique ne révèle pas seulement la beauté et le bien, il révèle aussi le grotesque, l’étrange, le scandaleux, l’indécent et le diabolique. Ceci nous renvoie aux travaux du philosophe Jacques Rancière et notamment à un de ses derniers ouvrages Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l'art  dans lequel il dresse une sorte de contre-histoire de la modernité artistique en s’interrogeant sur la notion d’événement culturel et en montrant que le sens artistique se transforme en accueillant des images et des objets opposés à l’idée du beau. 

Le dernier concept, la philosophie ichtyosaure ou le concept de la Cause Première est exposé dans un chapitre particulier. C’est sans doute le principe le plus original développé et pratiqué par John Cowper Powys au long de sa vie. Exprimé la première fois dans La vision complexe, il y développe le fait que chaque être vivant, chaque élément naturel possède une personnalité, une conscience propre ou âme-monade unique […/…]. Sur le plan cosmogonique, Powys explique que ces âmes-monades existaient déjà il y a des millions d’années. […/…]. La conscience de soi, élément primordial de l’âme-monade de l’homme était présente dans un état rudimentaire dans des temps immémoriaux, quand il n’existait ni plantes, ni animaux, ni terre, ni mer, mais une nébuleuse. Même si ce n’est pas cité ici, on pense à l’univers de H. P. Lovecraft qui part du même postulat mais en le développant dans le fantastique monstrueux.

Il s’agit donc d’adopter la position vertueuse consistant à pratiquer une conscience immanente et poétique du monde, étendue aux domaines du végétal et du minéral ; jusqu’à être l’égal du plus petit insecte, du moindre caillou ou de la plus fragile plante. Revenu au Pays de Galles, il suggère à son lecteur de s’imaginer dans la peau d’un chétif insecte, tel un banal et inoffensif ver de terre. En se plaçant de ce point de vue, le lecteur situera son illusion vitale au degré le plus bas qu’il soit et ne sera plus choqué et meurtri par les outrances qui lui sont infligées au quotidien. Plus loin : « …ce mode de vie […/…] consiste à affirmer, dans le secret de son for intérieur, son égoïsme contemplatif à l’encontre de l’égoïsme vulgaire faisant de la quête du plaisir grossier, actif, grégaire qui représente l’essentiel de la vie des esclaves de notre temps, asservis qu’ils sont à la Machine… ». Plus loin encore : «…l’égoïsme ichtyosaurien, indolent et rêveur, s’opposant à l’égoïsme terre à terre et atrabilaire de l’homme moyen, n’est pas synonyme de repli sur soi ou d’amour propre. Il est au contraire un facteur d’ouverture vers autrui car pour celui ou celle qui se place du point de vue éternel et immuable des éléments, les différences et les barrières créées par la société n’ont plus lieu d’être… ».

Le Brech souligne à juste titre ici l’ombre de Jean-Jacques Rousseau et des stoïciens et précise que pour Powys, cette attitude relevait quasiment d’une sorte de nouvelle religion païenne dont il se serait fait le prophète pour montrer l’extase d’être simplement en vie sur la terre. On est évidemment loin des thèses et des pratiques pullulantes de la psychanalyse d’aujourd’hui, devenue la nouvelle religion des temps modernes ; psychanalyse que Powys, à la fin de sa vie, avait en aversion et qu’il jugeait antiphilosophique. Considérant l’inconscient comme l’enfer des prédicateurs d’autrefois, il suggère d’ailleurs à son lecteur d’être son propre psychiatre.

John Cowper Powys - Une philosophie de la vie est un livre qui a été écrit pour mettre en appétit le lecteur, l’invitant à entrer dans l’œuvre protéïforme de Powys. S’agissant d’une « introduction à », on aurait toutefois aimé que Goulven Le Brech propose, aux lecteurs, en aparté, une autre voie d’accès, celle qui est généralement recommandée par les fervents powysiens, à savoir commencer par « Autobiographie » qui est de l’avis quasi unanime, le point de départ au voyage. Puis alterner, sur le plan chronologique, romans et essais car ils sont intimement liés, en se réservant les derniers romans (La fosse aux Chiens, Atlantis, Owen Glendower, Morwyn, Porius) pour la fin, car leur complexité est due au fait qu’ils réunissent tous les thèmes powysiens à la fois, n’hésitant pas à mêler personnages historiques, fictionnels et mythologiques, tout en les émaillant  de ses principes philosophiques. 

Une question, philosophique, restera sans réponse. Comment Powys arrivait-il à concilier ces deux valeurs antagoniques qu’il érigeait comme principes : d’une part l’articulation de l’état ichtyosaure, où règne la primauté des sens de la façon la plus primitive possible, sans intervention de la Raison donc ; et d’autre part, la convocation du fonds culturel et littéraire pour chasser les déplaisirs, qui relève, lui, d’une position totalement opposée puisqu’il repose sur un niveau supérieur et élaboré de l’individu.

Goulven Le Brech termine son essai par un très bel extrait de Powys, qui mérite d’être cité in extenso : « …supposons que je sois cloué sur mon lit dans une de ces petites maisons toutes semblables, noircies par la fumée, quelque part entre Birmingham et Wolverhampton, et que j’aie seulement de pâles souvenirs de jeunesse, randonnées de vacances dans le région avec étapes à l’auberge ou chez d’aimables logeuses. Je ne suis pas sûr que certaines des grandes vérités des Anciens sur lesquelles repose ma philosophie ne me permettraient pas, après tout, de m’en sortir. Peut être, quand je verrais des gouttes de pluie sur ma vitre, ou la fumée de la maison d’en face, ou une branche de frêne portant encore exactement onze feuilles, telle ou telle pensée célèbre d’Héraclite, de Pythagore, de Rabelais, de Goethe ou de Walt Whitman me tirerait d’affaire, transformant en un triomphe le combat qu’en cymrique obstiné je mène pour me contraindre à jouir de la vie. »

On ne peut éviter, en lisant ces lignes de penser à un autre témoignage tout autant émouvant ; celui de Tony Judt, écrivain, historien anglais, penseur à contre-courant des mythes intellectuels européens, né de parents juifs, et devenu progressivement antisioniste, voire pro-palestinien, mort il y a deux ans. Dans ses mémoires parues sous le titre Le chalet de la mémoire il y décrit librement, alors qu’il est atteint de la maladie de Charcot, sa quadriplégie (perte de la voix, des membres, perte des sensations, puis immobilité totale) et la façon dont il arrive à vivre malgré tout avec bonheur : « …plus de sensations, mais pas de douleur. On est donc libre de contempler à loisir la catastrophique progression de sa propre dégradation. Ma solution a été de dérouler ma vie, mes pensées, mon imagination, mes souvenirs, exacts ou déformés, et ainsi de suite jusqu’à tomber par hasard sur des événements, des personnes ou des récits dont je puisse me servir pour distraire mon esprit du corps dans lequel il est engoncé. Je me réjouis de pouvoir utiliser les mots. Ils sont tout ce que nous avons. »

John Cowper Powys aurait certainement apprécié.

 

*

Et la philosophie de Powys pour les nuls ?

 

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Nous entendons par là ceux qui, l’ayant lu dans tous les sens possibles, ne savent pas quel rapport il peut y avoir entre leur inclassable auteur et les « vrais » philosophes, les patentés, ceux qui ont laissé un nom « de philosophe » dans l’histoire.

Pas un vrai philosophe, Powys ? Euh... Si, comme le démontrent fort bien MM. Le Brech et Lecèdre. Mais pas un philosophe doté d’un système déterminé bien à lui. Pas un Descartes, un Spinoza, pas un Hume, pas un Nietzsche (même si Nietzsche l’a fasciné).

C’est qu’à nos yeux d’autodidactes, Powys paraît plutôt avoir été un pragmatique, voire un empirique de la philosophie ; quelqu’un en tout cas qui tenait pour certain qu’aucun système philosophique n’a jamais aidé personne à vivre. D’où, semble-t-il, la forme prise par ses ouvrages philosophiques, ambitieux ou modestes, qui se présentent surtout, pour certains, comme de petits vade-mecum, des manuels pratiques destinés avant tout à aider les humains dans leurs efforts quotidiens d’adaptation aux aléas de la vie.

Il y a eu aussi des raisons pratiques à cela : un certain nombre de ces écrits lui ont été commandés par des éditeurs américains, à l’intention d’un public U.S. très friand de ces choses.

[ Lorsqu’il sillonnait « tous les Etats Unis sauf deux », y donnant plus de dix mille conférences devant toutes les sortes de publics imaginables, il avait pour compagnon d’écurie, si on ose ainsi parler, son ami-ennemi de toute une vie, le trop méconnu écrivain édouardien Louis Wilkinson (« Louis Marlowe »), lequel, le voyant un jour en action, ne put s’empêcher de s’écrier « et, en plus, il les aime ! » ]

Cette rencontre de Powys avec le public américain des années 10, 20 et 30, avec ses aspirations et ses particularités – qualités pour les uns, travers pour les autres – est à ne jamais oublier quand on pense à John Cowper Powys philosophe de la vie et adversaire des systèmes philosophiques. De cette période et de ces nécessités (oui, certains des manuels de philosophie de Powys furent des potboilers), sont sortis The War and Culture, The Complex Vision, Psychoanalysis and morality, The Secret of Self-Development, The Art of Forgetting the Unpleasant, A philosophy of Solitude, The Art of Happiness, The Art of Growing Old et In Spite of, sinon l’Apologie des sens. Par ailleurs, Le Brech et après lui Lecèdre le font bien comprendre, Obstinate Cymric ou Ma philosophie à ce jour telle que me l’inspire ma vie au Pays de Galles a été au contraire l’expression d’une véritable nécessité interne. Il ne faut pas oublier non plus que, simultanément, Powys n’a pas cessé d’approfondir sa connaissance de Lao Tseu et surtout de Tchouang-Tseu, que lui avait fait découvrir sa compagne américaine, Phyllis Playter.

Et, bien sûr, il y a eu Rousseau !

Votre servante ne se pardonnera jamais d’avoir essayé de convertir l’historien Henri Guillemin à Powys en lui donnant à lire l’essai sur Jean-Jacques, extrait de Suspended Judgements. Pas du tout convaincu, le flamboyant catholique, par ce qui n’était en effet pas « son » Rousseau, mais un autoportrait éhonté du flamboyant gallois. Et pourtant, il y a du vrai Rousseau quand même dans ces quelques pages. On a l’impression, en les lisant, d’avoir sous les yeux un hologramme, où tantôt le visage de l’un tantôt celui de l’autre apparaissent. Bref, on n’a pas fini de sonder Rousseau, on n’a pas fini de sonder Powys, et on n’a pas fini de méditer sur leurs troublantes et profondes ressemblances.

Ce qui affleure en définitive, de la montagne d’écrits (essais, romans, analyses dithyrambiques, poèmes, correspondance, journal) c’est une espèce de recherche du bonheur. Ou, pour mieux dire, une définition de ce que pourrait être le bonheur, mais aussi et surtout de ce qu’il n’est pas, des voies d’accès possibles, de celles qui sont légitimes et de celles qui ne le sont pas, souvent par le biais des mille cas de conscience qui se posent à des personnages de roman, dont chacun est l’auteur lui-même.

Peut-on l’appeler une philosophie ?

Risquons-nous-y.

Il nous paraît évident qu’il n’existait pas, pour Powys, de bonheur imaginable en dehors de la contemplation. On a rarement exécré autant que lui les gens actifs. Ce que nous appelons contemplation allait, dans son cas, jusqu’à une communion totale, une fusion avec tout et n’importe quoi, puisqu'on sait qu'il convoquait à volonté l'extase à partir d'un peu de lichen sur un vieux mur. Ses moments de bonheur le plus intense – et qu’il a réussi à communiquer dans ses œuvres – donnent une impression de dilatation empathique vers tout, de « perméabilisation » à tout ce qui est matière (ou éther) en quoi se fondre ou se perdre, une forme de communion avec tout ce qui existe, atome par atome, ion par ion et ainsi jusqu’au plus infime. Il ne s’est pas pour rien inventé le mot « multivers », univers ne lui suffisant pas. Car ce drôle d’homme que d’aucuns prennent pour un mystique fut peut-être le plus grand matérialiste de tous les temps. Matérialiste au point de diviniser la matière, de l’appeler Déméter,  de la prier lorsqu’il assistait à la messe dite par son fils, prêtre catholique, et de s’en confier à l’officiant, s’attirant un désolé « Papa, tu blasphèmes», qu’il balayait d’un « Mais non, mon petit, c’est toi, n’importe, l’essentiel est que tu sois heureux ».

Et voilà, on y revient. Au bonheur.

Lequel ne va pas, nous l’avons dit, sans questions corollaires , dont la principale était : « Comment jouir d’un bonheur légitime, c’est-à-dire de manière inoffensive ? » Ceci n’étant pas une clause de style, car Powys a souffert toute sa vie et jusqu’à un âge très avancé, de pulsions sadiques. Le soulagement qu’il a exprimé lorsque, enfin, sa libido a lâché prise, en témoigne, et témoigne en passant de l’origine sexuelle du sadisme, si jamais quelqu’un en doutait.

 

Petite digression historique à propos de philosophie

Une des notions qui se retrouve de manière presque obsessionnelle chez Powys est que la plupart des malheurs des hommes leur viennent d’une fausse conception du bonheur. Le vrai bonheur, idée toujours neuve en Europe, bien plus qu’on ne le croit ! Il nous semble que cette quête du bonheur et cette interrogation sur sa nature rendent Powys très proche de ceux qui ont posé pour la première fois la question non pas philosophiquement mais politiquement.

Difficile pourtant d’imaginer hommes plus dissemblables que ce pur produit de l’ère victorienne, descendant d’une longue théorie de prêtres poètes (John Donne et Francis Cowper entre autres) et les jeunes juristes fondateurs de la première vraie démocratie. Cependant, quoi qu’il ait nourri à leur égard les préventions de qui a lu Burke plutôt que Stanhope, il y a une parenté philosophique réelle entre John Cowper Powys et cette poignée de jacobins qui a rêvé de poser les bases du bonheur du monde.

Après tout, pourquoi l’ami d’Emma Goldman n’eût-il pas pu être aussi celui d'un Marat aussi maltraité qu'elle ? Et, bien sûr, lien essentiel entre eux et lui, il y a Rousseau, même si le Rousseau de Powys est celui des Rêveries et le leur celui du Contrat social.

Ce qu’il y a de sûr et d’important, c’est que le chemin qu’ils ont pris passe par le même chas d’aiguille : celui de l’individualisme (voilà qui surprendra ceux qui ont fait de Maximilien Robespierre l’ancêtre du collectivisme, en le prenant pour Babeuf). Cette voie de l’individualisme non égoïste est la voie la plus longue et la plus difficile qui soit. C’est la seule aussi qui ne soit pas sans issue.

Certes, les explorateurs partis, en 1793 à la découverte de cette dimension encore inconnue, ont dû verser le sang, ne fût-ce qu’à la guerre. A Powys aussi, il est arrivé de faire du mal, à ceux surtout qui lui étaient les plus proches. La biographie que lui a consacrée le Dr. Morine Krissdottir ne permet pas d’en douter. Cela n’infirme rien. Nous sommes des créatures faillibles, incomplètes, inachevées, et les révolutions ne se font pas in vitro.

Par ailleurs, nous avons la conviction profonde, absolue, que le lien originel, organique, la racine commune à l’excentrique Gallois et aux renverseurs de trônes, ce n’est pas tant Rousseau que Rabelais, grand-père de notre République et notre premier prophète du bonheur.

Powys lui a voué un culte. En le prenant pour un quaker, certes, mais en le comprenant aussi, sur certains points très intimes, infiniment mieux que les plus autorisés seizièmistes.

Des choses que Powys n’a pas sues mais qui furent.

Quand l'occasion s'en présentera, il faudra que nous vous racontions plus à loisir comment François Villon s’est trouvé un jour à décider du sort futur de la France, en prenant, devant un petit couteau taché de sang, une décision de juriste aux conséquences incalculables. Rabelais et ses contemporains (Dolet, entre autres) ont profondément admiré Villon. Pas seulement pour ses vers sublimes, soyons-en sûrs.

La transgression de Villon et celle des régicides furent du même ordre. Et la question du bonheur avait été, dès la première, posée.

Après, il n’y avait plus qu’à laisser glisser. Rabelais n’avait plus qu’à imaginer la manière idéale de gouverner (par la persuasion) ; son verbe n’avait plus qu’à se faire chair, et Saint-Just n’avait plus qu’à attirer notre attention sur l’idée neuve du bonheur. En Europe. Car il est vrai que Lao Tseu et Tchouang Tseu ne sont pas rien.

Des choses que Powys et lui seul a sues

Rabelais a passé et passe encore, dans cette révolution qui n’est pas finie, pour un misogyne. Rien n’est plus faux. Il fut, en revanche, indéniablement matriphobe, ce qui est bien plus radical encore qu’il n’y paraît, s’agissant d’en finir avec le pouvoir infantilisant du patriarcat. Or, ce n’est pas Abel Lefranc, ni Manuel de Dieguez, ni Jean Paris, ni Mikhaïl Bakhtine qui ont mis le doigt sur la blessure jamais refermée qui fut à l’origine de sa détestation des mères, étendue de la sienne à celles de ses enfants, c’est Powys – le grand imaginatif – s’identifiant au gamin de six ans et demi habillé, tondu et trahi par celle qui lui avait donné le jour, c’est-à-dire envoyé par elle à la mort civile, sous couleur d’aller « voir le geai parleur de l’oncle Frapin ».

Et puisqu’on en est là, comment ne pas se rappeler le jeune Saint-Just trahi lui aussi par sa mère, sans s’étonner de ce que les deux fils aient traité leurs génitrices respectives de « simpiternelles » (avec un i, dans les deux cas) et se soient semblablement soignés comme ils pouvaient : par le rire.

Rabelais n’a jamais pardonné. Saint-Just, au moment d’aller « chercher la mort » à Fleurus et d'y conduire trois fois la charge sans une égratignure, a fait un crochet par Blérancourt pour s’y réconcilier avec la terrible Marie Anne. Selon toute apparence être trahi à la fin de l’adolescence ou à «même pas sept ans» n’est pas tout à fait la même chose.

Fin de la parenthèse « Philosophie du bonheur et histoire de France. »

 

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*


Que reste-t-il à découvrir de Powys pour les francophones ?


Malgré le très grand nombre d’œuvres déjà publiées en français, il en reste. A commencer par son mastodonte de chef d’œuvre, Porius – 1589 pages de manuscrit – qu’aucun éditeur n’a pris le risque, au moment où il fut écrit, de publier intégralement. Après qu’il eût, la mort dans l’âme, réduit son roman de plus d’un tiers et que MacDonald eût accepté de le publier, en 1951, comprimé en 600 pages, il restait à l’auteur 15 £ à la banque.

Nous l’avons lu, pour notre part dans l’édition spartiate, à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux, de l’intrépide Jeffrey Kwintner.

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John Cowper Powys

PORIUS

Londres, The Village Press, 1974.





Il a fallu des années à d’érudits powysiens des deux côtés de l’Atlantique, pour restaurer autant que faire se pouvait le texte d’origine. Cela se passa en deux temps. La première version (la plus longue) fut celle de Wilbur T. Albrecht  (1994, Colgate University Press).

 

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Porius: A Romance of the Dark Ages

Powys, John Cowper; Albrecht, Wilbur T. (Editor & Foreword)

 



Elle fut suivie, en 2007, de la version estimée définitive :

 

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John Cowper Powys

PORIUS  - A novel

Edited by Judith Bond et Morine Krissdottir

Overlook – Duckworth & C° Ltd.

Réimpression en 2011

 


Ambitieux projet que celui de peindre ce « blank century » (le Ve A.D.) d’un Pays de Galles abandonné par les impériaux romains (oui, comme demain le seront l’Afghanistan, l’Irak et la Palestine), où Artur, dux bellorum, impatient de prendre leur suite, piaffe, sa féodalité sous le bras., dans les coulisses. Un Pays de Galles avec son matriarcat en fin de règne (« nos grands-mères, les reines de Marrakech », c’est là), et ses strates de populations diverses : autochtones sans nom, dits « gens de la forêt », Gaëls, Gallo-Romains, envahisseurs vikings et, déjà, missionnaires chrétiens. Avec, même, ses derniers géants, mais aussi (multivers oblige) ses règnes cohabitants : humains, animaux, végétaux et minéraux.

Qui peut oublier cette langue de petit chien sur le museau d’une jument morte, surprise d’y rencontrer un insecte « de la famille des scarabées » qu’elle dérange ? Qui peut oublier la première apparition de Merlin, où Powys, par le verbe, égale le Goya du Colosse ?

Où est passée l’édition française capable de publier un tel livre ? Celle qui en aurait l’audace n’en a pas les moyens. Celle qui en a les moyens… passons.

Mais à côté des œuvres-montagnes, il y a aussi chez Powys les œuvres-miniatures, si on peut les qualifier ainsi. Nous voulons parler des contes philosophiques et autres fictions de l’espace de la «seconde enfance» revendiquée de l’auteur.

Comme Shakespeare en fin de vie, Powys en fin de vie a touché à la suprême légèreté de son art. Un art épuré des tragédies comme des idées reçues, tout lest jeté par-dessus bord.

Cette légèreté a passé chez lui par la revisitation des Grecs (après tout, il est mort en traduisant Aristophane), et par Grecs, il faut entendre les dieux, l’Iliade et l’Odyssée, à l’exclusion, répétons-le, des tragédies. A ce multivers enchanté de son enfance d’écolier se sont ajoutées les spéculations cosmiques de son grand âge. C’était dix ans avant Gagarine, mais on y tendait, et que voulez-vous, les planètes faisaient rêver. C’était l’époque du Matin des Magiciens, de Pauwels et Bergier et de tous leurs semblables – dieusait qu’il y en eut – mais pas de SF pour Powys ! « Science » était, chez lui, un mot anathème (qui manque à l’abécédaire de M. Hamelin). La volonté, la contemplation, l’identification avec chaque atome de la matière suffisaient à faire s’élever dans les airs des quartiers entiers de Londres, avec leurs caves et leurs égouts. Les fantômes d’humains et les fantômes d’objets y partaient ensemble en voyage, à la découverte aussi bien de Venise et de Florence que de Mars et de Vénus, de l’Erèbe et du Tartare, et même du Paradis, où saint Pierre,  saint Paul et les anges, affolés, cherchaient Dieu sans évidemment le trouver puisque Dieu était mort (la faute à Voltaire et Nietzsche ne l’avait-il pas dit ?), Paradis autour duquel rôdait un Diable SDF, que la disparition de son ennemi avait privé de son foyer, l’Enfer, c’est bien connu, n’ayant jamais existé que dans la tête de Dieu …

Ces petits contes de sa vieillesse sont, nous le craignons, considérés avec un rien de condescendance par les savants exégètes de Powys. Ils ne vont pas jusqu’à oser penser le mot « gâtisme », mais on le sent voleter. Feu François-Xavier Jaujard avait le projet d’en faire une anthologie. Il est mort trop tôt, à tous égards.

Enfin, il reste, entre ces extrêmes, un superbe roman de longueur normale, que personne encore n’a songé à publier en français et qui ferait à notre avis très bel effet dans le catalogue des Perséides.

 

 

ATLANTIS


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Pourquoi vous en parler ? Parce qu’il offre un bel exemple de la manière dont fonctionnait l’imaginaire de John Cowper Powys.

Certes, on a déjà vu, avec Le Hibou, le Canard et… Miss Rowe ! Miss Rowe !, comment un tableau célèbre pouvait servir de point de départ, de tremplin en quelque sorte, à une histoire mêlant les animés et les inanimés. Le lecteur curieux a peut-être déjà repéré le hibou philosophe embrassé par son assassin et ami, le canard voyeur et le cheval blanc à qui manquent les pattes de devant, là où Powys les a trouvés lors d’un voyage qu’il fit en Espagne en passant par la Belgique, sinon, il ira les chercher, au Musée du Prado, dans Le Jardin des Délices, de Jérôme Bosch :

 

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Alors que pour le poisson à la bouche ouverte, il lui faudra aller scruter La Tentation de Saint-Antoine . Même peintre, même voyage.

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L’’histoire de la genèse d’Atlantis est plus curieuse.

Quelqu’un a mentionné le poème « Ulysse » de Tennyson, qui lui aurait été suggéré comme point de départ, mais il n’y a tout simplement aucun rapport entre l’héroïsme de Tennyson et l’espèce de comédie métaphysique de Powys, même s’il est certain qu’il l’a lu.

Nous avons parlé plus haut du Matin des Magiciens et des spéculations de l’époque. Il parut  en 1954, chez Denoël, un petit livre de ce genre intitulé L’Atlantide et le règne des géants, dont l’auteur était Denis Saurat. Qui ne l’a lu, alors ? Il était dans l’air du temps. Certes, il fallait beaucoup de bonne volonté pour suivre l’auteur dans ses reconstitutions, preuves délirantes à l’appui, d’un passé fantasmatique (ah, ces deux lunes successives qui nous sont tombées dessus en attendant la troisième) et qui trahissait même une mentalité aussi discutable que répandue (ah, ces sempiternelles élites venues d’ailleurs pour expliquer tout ce que ces minus d’humains ne pouvaient avoir fait eux-mêmes !).

Les deux livres ayant paru la même année, il est impossible de dire si Powys s’est inspiré de Saurat ou plutôt, si les élucubrations de Saurat ont servi de tremplin à l’imagination de Powys. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a, dans sa correspondance, une lettre où il recommande chaudement la lecture de ce livre. A qui ? Notre mémoire flanche… (et avons-nous dit que notre bibliothèque est dans un garage ?).

Une au moins des illustrations qui s’y trouvent offre des ressemblances troublantes avec un de ses propres dessins : aucun familier de Powys ne peut avoir oublié la lettre où il s’est représenté gravissant une colline, son bâton Sacré à la main, dessin tellement semblable à celui-ci  :

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Quoi qu’il en soit de Tennyson, de Saurat ou de son propre multivers sans limites, Atlantis raconte l’histoire du dernier voyage d’Ulysse, qu’on peut considérer comme une sorte d’Odyssée à l’envers.

Résumons.

Lorsque débute cette histoire, il y a de la révolution dans l’air, sur terre et dans le Cosmos. Les habitants d’Atlantis ont préféré la science aux dieux et, comme on sait, quand les hommes cessent de croire en eux, les dieux disparaissent. En outre, les anciens dieux s’y sont mis pour les déloger du pouvoir. Quoiqu’affaiblis, les Olympiens se sont vengés sur les Atlantes en engloutissant l’orgueilleuse et mécréante mégalopole au fond de l’océan.

Rumeurs de révolution aussi dans la provinciale Ithaque, dont les habitants sont divisés en progressistes et conservateurs. Le trône d’Ulysse vacille, et pour tout dire, le vieil aventurier nourrit le projet de tout abandonner, de laisser ses compatriotes se débrouiller entre eux et de re-hisser la voile sans espoir de retour. Vers l’ouest… Car un désir incoercible le pousse à chercher l’Atlantide engloutie et à descendre voir ce qu’il en reste. Il le fera, c’est un des passages les plus réussis du livre.

En attendant, tout le monde – entendez par là toutes les créatures animées ou inanimées – a son avis sur la chose et l’exprime. On se croirait sur Internet.

Ainsi, l’action est commentée par un drôle de chœur antique fait d’un moucheron et d’une mite, qui vivent une torride histoire d’amour inter-espèces dans une fente du gourdin d’Ulysse, très fier (le gourdin) d’avoir été celui d’Héraclès et d’avoir, lui et lui seul, tué le lion de Némée. Participent aussi aux conciliabules un pilier de pierre de l’entrée du palais et une pousse d’olivier qui a surgi entre les dalles. Sans parler de la dryade Kleta, qui vit dans un très vieil arbre, au fond du jardin, et avec qui Ulysse, les nuits d’insomnie, va volontiers faire la causette, jusqu’à ce que Zeus, mesquin mais disposant encore d’un tout petit tonnerre, la foudroie et son arbre avec elle. Les dieux sont mauvais perdants.

L’équipage d’Ulysse  - rien à voir avec celui qui l’a ramené de Troie – sera hétéroclite. En feront partie, outre le gourdin et ses deux insectes, un jeune homme dont Ulysse a fait son fils adoptif, Nausicaa, venue revoir son béguin de jeunesse et prête, cette fois, à l’accompagner où qu’il aille, Zeuks, fils de Pan (vous le voyez, mon petit blasphème ?).  qui n’est autre que Rabelais en fermier d’Ithaque, plus une captive troyenne, fille inconsolée d’Hector, du nom d’Arsinoé. Le reste à l’avenant.

Powys, grâces lui en soient rendues, n’a jamais tenté de rendre ses inventions vraisemblables, et il est clair qu’au moment où il a écrit cette histoire, il avait définitivement jeté tout contrôle au vent. A l’opposé exact de M. Saurat, dont les inventions à prétentions réalistes n’ont rien à voir non plus avec la folle du logis (et les astres) de Cyrano.

Aux dernières nouvelles (2011-12), l’Atlantide serait une partie de la Sardaigne, engloutie par un tsunami un demi siècle avant la naissance de Platon. Pour Powys, c’est n’importe où entre Ithaque et l’Amérique. Pour Saurat, c’est chez les Incas, du côté de Tiahuanaco (si, si !).

Revenons-y donc à L’Atlantide et le règne des géants, dont une autre illustration a ou n’a pas donné des idées à John Cowper Powys. Elle nous permettra au moins d’établir le dinstingo entre les deux sortes d’inspiration. Le dessin est celui-ci :

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Il représente un ensemble totémique observé chez les Malekula de Nouvelle Guinée (qui, oui, au temps des géants, auraient eu des contacts avec les Indiens des Andes). Il est composé d’un menhir, d’un dolmen et d’une statue de bois. Le totem de pierre aurait été sculpté par les gigantales élites disparues, pour que les âmes de leurs morts puissent venir y habiter. Quant à celui de bois, considérablement décati, il serait l’œuvre des humains ordinaires, persuadés, avec leur cerveau d’homo à peine sapiens que, dans l’incapacité où ils sont de reproduire le totem de pierre, le simulacre en bois peint fera tout aussi bien l’affaire pour attirer à lui les âmes de leurs grands-pères, lesquelles, de là, auront peut-être l’idée d’aller loger dans le vrai : celui en pierre. C’est un peu compliqué, mais qui sait ?

Voici, résumé, le passage d’Atlantis qui peut correspondre à cela :

Arsinoé enfant a été amenée captive de Troie. Esclave, elle sert aux cuisines. Interdiction lui a été faite de quitter son costume national, qui permettrait de la repérer, au cas où l’idée lui viendrait de s’évader. Son étoile jaune, en quelque sorte, et sa burqa sans grille.

Il existe, non loin du palais, une sorte de Gaste Terre frappée par la foudre, où tout est mort et où personne, par crainte superstitieuse, n’ose s’aventurer. Sauf Arsinoé, parce que c’est là et là seulement qu’elle peut jouir d’une bienheureuse solitude, loin du regard de ses geôliers.

N’ayant jamais fait le deuil de son héros de père, elle y a, au fil du temps, sculpté dans un énorme tronc d’arbre mort, avec son petit couteau à légumes, une statue d’Hector assis en majesté. Et c’est grâce aux nombreux plis de sa robe de captive qu’elle a pu sortir du palais, une à une, en catimini, toutes les pièces en or de l’armement d’Achille, ces mêmes armes qui avaient semé la zizanie dans le camp des Grecs, lorsque Ulysse se les était fait attribuer, alors qu’elles auraient dû revenir au grand Ajax, proche parent du mort, et qui croupissaient, depuis, au fond d’une cave (bien la peine !) Et pourquoi l’inconsolable Arsinoé se livre-t-elle à ces dangereux larcins ?  Eh, mais, pour en revêtir son père. Tout y est : le casque, le pectoral, les jambières, les lances et le grand bouclier.

Qu’on me croie sur parole : un jour arrive au port un navire, à bord duquel se trouve le grand Ajax, incroyablement vieux. Zeuks le fermier, chargé d’aller l’accueillir, le trouve en si mauvais état qu’il lui faut le transporter à califourchon sur ses épaules. Et comme il est, lui, sans peur, sans reproche et, donc, sans superstition, il prend un raccourci, à travers la fameuse Gaste Terre, où, à la vue de son ennemi mort, tout rutilant de l’or d’Achille, le cœur du grand Ajax a son premier raté. Quoi de plus naturel que de l’asseoir entre les jambes du Troyen ? C’est là qu’il meurt, la joue appuyée sur son héritage.

Quand on en est à ce point, Denis Saurat, le peut-être tremplin, et ses géants civilisateurs sont loin, très loin, à des années-lumière, et Powys, aux Champs-Elysées, fume des asphodèles avec Savinien.

Vous raconter la fin d’Atlantis ? A quoi bon déflorer votre plaisir futur ? Sachez seulement que nos voyageurs atteignent un jour l’île de Manhattan, où ils sont accueillis par de bienveillants indigènes, et que, décidés à n’en pas repartir, ils brûlent leur vaisseau.

 

*

De l’Atlantide engloutie par la colère des dieux aux lunes « capturées » par notre terre, en passant par la Dame Noire (météorite) de Pessinonte peut-être devenue celle de La Mecque, l’imaginaire humain n’a jamais cessé de jouer à se faire peur avec des catastrophes cosmiques passées ou futures. Pourtant, le président Poutine a bien dit que nous cesserons d’exister dans 4,5 milliards d'années. Il n’y a donc pas lieu de s’affoler et nous avons encore plein de factures à payer. En dépit de quoi, M. Seiko Nakajo et les savants japonais de NHK ont passé leur temps à simuler l’impact d’un astéroïde sur la terre et nous le font voir en collaboration avec le NFB (National Film Board) du Canada.

Bienvenue aux amateurs de sensations fortes !

 

 

 

*

Une biographie

 

Parlant de Powys à des lecteurs qui ne le connaissent peut-être pas, nous nous en voudrions de passer sous silence une des biographies les plus impressionnantes qu’il nous ait été donné de lire depuis bien des années.

 

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Morine Krissdottir, membre éminent de la Powys Society, l’a écrite, d’une part pour s’acquitter d’un devoir envers le fils de Marian Powys, Peter Gray, qui venait de se suicider, d’autre part, comme elle l'a elle-même précisé, pour « se le (J.C.P.) sortir du système ».

Le résultat n’a pas plu à tout le monde. C’est que l’image d’Epinal petit à petit forgée par des admirateurs bien intentionnés en sort écornée. Morine Krissdottir, qui n’a pas volé son titre de docteur en psychologie, a eu la très grande honnêteté – et le courage – de se pencher sur l’abîme d’une âme humaine peu commune (quelqu’un a parlé de « terrifiant labyrinthe »). Elle rapporte ce qu’elle y a vu et cru comprendre. Elle a eu raison. Si l’image a changé, la stature est intacte. On pourra difficilement faire mieux.

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 Morine Krissdottir

 

The Life of John Cowper Powys

DESCENTS of MEMORY


Overlook Duckworth, 2007 

 




Le 11 octobre 2007, son livre étant sorti peu de temps auparavant, Morine Krissdottir a posté le billet que voici sur le Books Blog du Guardian.

 

Acquérir un goût pour John Cowper Powys

Posté par Dr. Morine Krissdottir

Jeudi 11 octobre 2007

 

Ce n’est pas un auteur que n’importe qui peut digérer, mais ceux qui l’aiment n’en sont jamais rassasiés.

Je viens de passer les cinq dernières années de ma vie à écrire la biographie d’un auteur que des tas de critiques détestent. John Cowper Powys est une espèce de « Marmite »1 littéraire.

Si vous adorez la Marmite, comme Iris Murdoch et John Bailey, vous voudrez lire Powys au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner. Si vous aimez que vos romans et vos auteurs soient sans complications, vous êtes l’oiseau de la pub récente qui, à peine y a-t-il goûté, s’enfuit à tire d’ailes. Soit vous pensez qu’il est un génie, soit qu’il est un charlatan sado-maso, chef du siphonné clan Powys. Le poète Philip Larkin a comparé Powys à un gigantesque volcan poético-mythologique ; son propre ami, Louis Wilkinson, déplorait qu’il pût écrire « des sottises aussi ridicules et fastidieuses ». Un critique a qualifié Les enchantements de Glastonbury de « roman épique d’une force terrible unie à une formidable intensité lyrique », et un autre en a décrit le premier paragraphe, surchargé de métaphysique, comme « Le Beecher’s Brook2 de la fiction anglaise ».

Les jeunes années de Powys furent assez ordinaires. Ses parents, le révérend C.F. Powys et Mary Cowper, son épouse, étaient de petite noblesse, John, l’aîné de 11 enfants reçut l’éducation qui convenait (Sherborne et Cambridge), fit un bon mariage et eut un fils. Il était destiné à mener une vie tout à fait conventionnelle dans le Sussex quand il décida subitement de tenter sa chance aux Etats-Unis, où il se lança dans une carrière de conférencier itinérant.

Son succès fut immédiat. Il attirait des foules énormes, qui écoutaient intensément et applaudissaient avec extase sa manière dramatique de discourir sur des auteurs célèbres. Parallèlement à cela, il s’était mis lui-même à écrire. Et, après quelques romans sans succès, il produisit un best seller, Wolf Solent.

En 1923, il rencontra une jeune Américaine, Phyllis Playter, et, avec l’argent que lui avait rapporté Wolf Solent, il se retira dans une maison du nord de l’état de New York, pour s’y consacrer à l’écriture à plein temps. C’est là qu’il écrivit deux autres romans sur la région de l’Ouest de l’Angleterre, Les enchantements de Glastonbury et Les sables de la mer, ainsi que son Autobiographie, qui est une des confessions les plus originales jamais écrites. A cette époque, son excentricité n’était plus un secret pour personne, ni son adhésion à une pensée magique, ni sa haine de la vie moderne. En 1934, il retourna au Royaume-Uni et, après une année passée dans le Dorset, il alla s’installer au Pays de Galles, où il écrivit ses deux étonnantes chroniques galloises, Owen Glendower et Porius. Il est quasiment impossible de résumer ses histoires tentaculaires, pleines de personnages étranges aux noms invraisemblables, mais, bien après qu’on en ait oublié les détails, ces romans continuent à vous hanter.

Powys a été décrit comme « une des grandes énigmes de la littérature du XXe siècle ». Pour ses détracteurs, il n’est qu’un mystagogue détraqué. Ses admirateurs en revanche, et ils sont nombreux, ont plus de mal à décrire ce qui, chez lui, s’empare de leur imagination. L’un des aspects fascinants de son génie est qu’il attire des lecteurs aux centres d’intérêt extrêmement variés, qui raffolent de ses romans pour des raisons très différentes – ses scènes comiques, ses fantasmes érotiques, ses images enchanteresses, sa finesse psychologique, sa philosophie de la vie.

On a bien du mal à ne pas identifier Powys aux anti-héros de ses romans, et ceux qui n’apprécient pas ce qu’ils perçoivent de sa personnalité sont également rebutés par ses personnages et ses intrigues.

D’une part, sa « conscience malade » exigeait qu’il passe beaucoup de sa vie à fournir un soutien émotionnel, par ses livres, ses conférences et ses lettres, aux jeunes disciples (presque toujours  masculins) qui lui ont fait escorte sa vie durant et qui continuent à dévorer avec avidité ses livres de philosophie. D’autre part, pour avoir lu les parties non publiées de son journal et de sa correspondance, je sais à quel point il a pu être destructeur pour son entourage le plus proche, en particulier la compagne de quarante ans de sa vie, Phyllis Playter. En tant que psychologue, j’ai scruté sa vie autant que son œuvre. Pourtant, malgré toutes ces années passées à me glisser à travers les frontières de son esprit, je doute être jamais capable de savoir si Powys fut un puissant magicien ou un enfant perdu, terrifié à l’idée d’entrer quelque part, un clown ou un fou sacré, un écrivain des marges ou un écrivain marginal, mais cela n’a pas vraiment d’importance : je suis accrochée à l'hameçon.

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1   Pâte à tartiner anglaise, à base de concentré de viande.

2   La Rivière Beecher est un des principaux obstacles du Grand National, célèbre course de chevaux qui se déroule près de Liverpool. Elle est responsable de nombreuses chutes, dont plusieurs ont été mortelles.

Source :

http://www.guardian.co.uk/books/booksblog/2007/oct/11/acquiringatasteforjohncow

traduction de Kahem

pour Les grosses orchades


 

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 La descendance de Powys

 

est trop importante pour qu’on n’en parle pas, bien qu’il ne faille y chercher aucune ressemblance directe. Disons pour être plus près de la vérité que John Cowper Powys peut se vanter d’avoir donné des idées au plus grand écrivain américain vivant.

Le plus ?... Ceci est notre opinion personnelle. Cependant, en 2000, le Writers’ Digest (ne pas confondre avec le Readers’ !) l’a classé parmi les cent meilleurs écrivains du XXe siècle, et la critique italienne Fernanda Pivano, a écrit de lui, dans le Corriere della Sera, qu’il était « l’écrivain le plus dangereux du monde ». Le plus dangereux ? Difficile à dire. Si on parle de l’ordre établi depuis dix mille ans – celui du patriarcat sous tous ses régimes et dans toutes ses religions – la Signora Pivano pourrait bien n'avoir pas tort.  Le plus subversif en tout cas. Et de la même manière, surtout, que John Cowper Powys et nos propres fondateurs de la République : en passant par un individualisme sans faille, assumé jusqu’à l’héroïsme.

Là aussi, il semble bien que le dénominateur commun soit l’auteur de Pantagruel et de Gargantua. Nous avons beaucoup réfléchi avant d’oser dire que Tom ROBBINS est sans doute le Rabelais américain d’aujourd’hui. Et pourquoi diable l’histoire ne se répéterait-elle pas dans le bien comme elle le fait si obstinément dans le mal ?

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Mais commençons par le commencement. Dès son tout premier livre, écrit en 1967 et publié en 1971, Une bien étrange attraction, (l ‘édition française, qui a du nez, l’a découvert quarante ans plus tard), Robbins se révélait disciple de Robert Graves, en même temps qu’il empruntait son grand singe papion à Jarry.

Ce qui est curieux, c’est que les deux grands mytheux (mythophiles ?) de la littérature anglaise, celui d’origine irlandaise et celui d’origine galloise, ne s’aimaient pas. Ou plutôt que l’un (Powys) n’aimait pas l’autre. Pourquoi ? Cela reste pour nous un mystère. Si Graves fut féministe, Powys ne le fut assurément pas. Mais égalitaire, oui, avec tout ce qui existe d’humain, d’animal, de végétal et de minéral, sans compter le reste.

Lorsque, le  8 octobre 1962, Powys fêta son 90e anniversaire, il reçut, du maire de Deià (Majorque) un télégramme libellé « Félicitations, Monsieur ». (Le maire de Deià était un viticulteur qui ne savait que l’espagnol.) Le petit-fils de Leopold von Ranke avait trouvé ce moyen espiègle de désarmer son adversaire.

On trouve tout cela et ce genre d’humour-là, chez Tom Robbins, qui se dit avec raison « cheerfully insubordinate ». La filiation avec Graves, clairement revendiquée, ne s’est jamais démentie. (Mais pourquoi les seuls féministes conséquents sont-ils des hommes ?) 

En 1990, dans un livre à haute ambition politique autant que philosophique, Skinny legs and all (« Jambes maigres et tout », inédit en français), il allait s’affirmer aussi de la descendance de Powys en créant une série d’inoubliables personnages inanimés. La réussite fut, du premier coup, à la hauteur du modèle.

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Livre à haute ambition politique et néanmoins d’une intense drôlerie, ce qui peut paraître impensable, puisqu’il ne s’agissait de rien moins que de prendre à bras-le-corps le problème palestinien. Victime de la même illusion qu’Israël Shamir (voir sur notre post précédent : « Automne en Crimée »), Robbins rêvait d’un monde enfin adulte où juifs et Palestiniens pourraient cohabiter, en bonne intelligence, sur la terre de leur antique déesse-mère à tous, l’ânesse à phallus Palès. Les vingt-deux ans qui viennent de s’écouler et des tonnes de phosphore blanc ont réduit ses illusions en cendres. Il ne pourrait plus aujourd’hui, écrire le même livre, qui reste un chef d’œuvre cependant. Tout comme les guerres « de religion » françaises ont réduit en cendres l’utopie de Thélème, sans jamais réussir à rendre obsolète un seul des chefs d’œuvres de celui qui l’avait rêvée.

Tom Robbins est un des auteurs les plus lus au monde. Et nulle part, quel que soit le lieu, quelle que soit la langue, le public n’a attendu la sanction de la critique pour se jeter dessus, le lire et le relire.

Avec vingt à quarante ans de retard, dépendant des titres, l’édition française daigne enfin s’intéresser à cet énorme écrivain d’outre-Atlantique, qui a connu la situation biscornue d’être l’invité d’honneur du festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo alors que le public ne savait rien de lui. Et quand nous disons « édition française », nous parlons de « petits » éditeurs, pas des marchands d’armes.

Ah, oui : les inanimés. Sont ici une boîte de haricots à la tomate, une chaussette sale, une petite cuiller, un bout de bois peint et une conque.

Leur lieu de naissance est une grotte, où certains, qui y dormaient depuis des millénaires,  ont été réveillés par les ébats amoureux d’un couple de jeunes mariés. La chaussette appartient au jeune homme, qui s’en va en l’oubliant ; la boîte de haricots, abandonnée elle aussi, aurait dû servir de pique-nique. Le bout de bois peint est un objet rituel païen du culte d’Astarté, un très classique phallus taché de sang emporté par on ne sait quel prêtre fuyant l’envahisseur juif et embarqué avec lui sur un navire phénicien (vous ne le saviez pas que les Phéniciens avaient découvert l’Amérique ?) ; la conque enfin, symbole non moins sexuel de la même déesse, est une relique de la reine Jézabel, massacrée vous savez comment.

Tous ces objets se mettent en route dans le sillage des deux jeunes gens et vont même suivre la moitié masculine du couple jusqu’à Jérusalem : leur hégire sur les flots vaut bien la navigation d’Ulysse vers l’Atlantide engloutie, et deux d’entre eux iront même jusqu’à reprendre leurs antiques fonctions dans le Troisième Temple de Jérusalem, évidemment dédié à Palès-Astarté.

Le bonheur est toujours une idée neuve, hélas, mais il reste à l’ordre du jour.

 

 

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Les livres de Tom Robbins ne se résument pas. La seule solution, si on veut savoir, est de les lire, dans un désordre chronologique total.

 

Mickey le Rouge, 10/18, 2005

Villa Incognito, Cherche-Midi, 2005

Comme la grenouille sur son nénuphar, Gallmeister, 2009

Même les cowgirls ont du vague à l’âme, Gallmeister, 2010

Une bien étrange attraction, Gallmeister, 2010

Un  parfum de jitterbug, Gallmeister, 2011

Féroces infirmes retour des pays chauds, Gallmeister, 2012

B comme bière, Gallmeister, 2012

 

Et il ne vous reste plus, chers internautes qu’à bombarder les éditions Gallmeister de mails, de lettres et d’appels téléphoniques : « Jambes maigres et tout, c’est pour QUAND ? ».

 

 

*




Mis en ligne le 2 janvier 2013 par Théroigne

 

26/12/2012

Bonne Année 2013 !

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Bonne Année 2013 !

Meilleurs voeux à nous tous et à nos déchets dans l’espace.

Catherine,

Kahem,

Marie,

Théroigne

et toute l'escadre.

00:29 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/12/2012

Depuis le palais Livadia...

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Depuis le palais Livadia...

 

Quand nous avons quitté Israël Shamir, en octobre dernier, il se préparait à laisser le Vietnam et le Cambodge. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous tous les ponts du monde, et M. Shamir a poursuivi sa tournée des grands ducs. Le voici présentement en Crimée, après un détour par le Bosphore dont nous vous dirons quelques mots plus loin.

En Crimée : plus précisément au palais Livadia, ex-résidence estivale des tsars.

 

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Ce que les moins de 40 ans ne savent sans doute pas et que les plus de 40 ans ont probablement oublié, c'est que le palais Livadia est un des plus célèbres du monde, car c'est là qu'en 1945 l'Europe a été partagée en deux « blocs », après moultes discussions et marchandages entre Franklin Delano Roosevelt et Winston Churchill d'une part, représentant le bloc anglo-saxon, et Joseph Staline d'autre part, représentant les vainqueurs d'Hitler et « alliés » de principe, qu'il avait importé si fort d'empêcher d'atteindre l'Atlantique.

 

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Bref, le palais Livadia se trouve à Yalta, les pieds dans la Mer Noire, et c'est la raison pour laquelle notre bateau d'aujourd'hui, est un détail du tableau monumental Vue de Yalta, d'Ivan Constantinovitch Aivazovsky.

Ce voyage était l'occasion, pour Israël Shamir et pour le professeur A.D. Hemming, de l'Université de Canterbury (Nouvelle Zélande), de revenir sur cette époque et de nous livrer un portrait revisité de Winston Churchill. Si vous avez été surpris par Pol Pot, vous le serez peut-être davantage encore par l'homme à l'éternel cigare, quoique pas nécessairement dans le même sens.

L'idée de se repencher sur ce moment de l'histoire, après la mise dans le domaine public (enfin ! enfin ! enfin!) des archives britanniques, vient du Pr. Hemming, qui est un passionné de ces choses. Les deux hommes se sont rendus ensemble in situ et ont signé ensemble, dans les colonnes de Counterpunch, le texte qui suit.

Une perspective depuis le palais Livadia

Israel Shamir et A.D. Hemming

J'avais eu du mal à conduire jusqu'au somptueux palais Livadia à la blancheur éclatante. Jadis résidence royale d'été édifiée par le dernier tsar de Russie, qui s'y rendait souvent, il se dresse en haut d'une pente assez raide, au milieu d'un parc spacieux qui descend jusqu'à la Mer Noire, au loin, et la route n'est pas rassurante du tout. Mais le détour en vaut la peine, car la vue est superbe, on embrasse toute la baie de Yalta, les quelques bateaux au port, et la mer reflétant les montagnes revêtues de pourpre automnale. J'avais donc tout le palais pour moi, lorsque je répondis à un appel depuis Washington, reçu en fait grâce au téléphone portable dans la chambre tapissée de chêne qui avait jadis été assignée à Roosevelt.

C'est dans ce palais que s'était tenue la conférence historique de Yalta en février 1945; la table circulaire autour de laquelle avaient pris place Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Staline est toujours là; il s'y partagèrent le butin de la guerre et fixèrent l'ordre résultant de la Deuxième Guerre mondiale qui a tenu près d'un demi siècle. Mon guide «Lonely Planet» mentionne Livadia come le lieu où Staline a «fait reculer Churchill». Mais que s'était-il vraiment passé entre Staline et Churchill ? Nous savons que tout de suite après la guerre, dans son discours de Fulton, Churchill mit en route la Guerre froide, mais tout le monde ne sait pas que c'était là son second choix, car son premier choix avait été une guerre bien réelle contre la Russie soviétique, afin «d'imposer à la Russie la volonté des USA et de l'empire britannique» projet explicite.

Il y a des découvertes historiques qu'il faut rappeler constamment, parce quelles n'ont pas encore pénétré notre perception commune du monde. L'une des révélations de ce genre qui ne doit jamais être oubliée est l'histoire bien cachée de l'ultime tricherie prévue en 1945 : après quatre ans d'une guerre terrifiante, alors que les alliés venaient juste de battre Hitler, le premier ministre britannique Winston Churchill préparait une attaque surprise contre l'un d'eux, la Russie, en coalition avec les troupes nazies de la Wehrmacht allemande. L'assaut surprise contre les Russes aurait dû commencer tout près de Dresde le 1er juillet 1945.

Churchill essaya d'utiliser, outre 47 divisions britanniques et américaines, dix divisions allemandes de choc qu'il n'avait pas désarmées afin de pouvoir les renvoyer sur le front est pour attaquer les Russkoff. Churchill avait hâte de déclencher cet assaut sur l'armée de Moscou, sans déclaration de guerre, exactement comme l'avait fait, en toute perfidie, Hitler, en 1941. Sir Alan Brooke, officier à la tête de l'armée britannique dit de Churchill qu'il était «impatient de se jeter dans une nouvelle guerre».

Staline eut connaissance du plan, et cela confirma ses pires craintes quant aux intentions britanniques; cela lui fit renforcer sa main mise sur l'Europe orientale et contribua à le rendre encore plus implacable. Après mûre réflexion, le président Truman refusa de donner à Churchill son soutien : la guerre contre le Japon était loin d'être finie, la bombe atomique n'était pas encore opérationnelle, et il avait besoin de l'aide soviétique. (Peut-être Roosevelt aurait-il refusé plus rapidement, mais il était mort très peu de temps après Yalta). «L'opération impensable» avorta, fut archivée et dormit sur une étagère durant de longues années, jusqu'au jour où elle fut livrée au public en 1998. 

En mai 1945, les Britanniques se gardèrent donc de désactiver quelque 700.000 soldats allemands et officiers. Les Allemands rendirent leurs armes, mais celles-ci furent stockées, et non détruites, sur ordre explicite de Churchill, qui essaya de réarmer les Allemands et de les lâcher sur les Russes. Le gouverneur militaire britannique, Montgomery, tenta d'expliquer, dans ses Notes sur l'occupation de l'Allemagne, que les unités allemandes n'étaient pas dispersées parce que «ne nous ne savions pas où les mettre si on les relâchait dans la nature, et nous ne pouvions pas les surveiller s'ils se dispersaient». Pire encore : les Anglais n'auraient pas pu s'en servir comme de travailleurs esclaves et les affamer, s'ils étaient considérés prisonniers de guerre («ll aurait fallu les nourrir, ce qui voulait dire leur fournir des rations à grande échelle». ) Cette explication ne tient guère, mais dans une note manuscrite qu'il a laissée derrière lui, il donnait la vraie raison, qui était la pire de toutes : Churchill «m'a ordonné de ne pas détruire les armes des deux millions d'Allemands qui s'étaient rendus à Lunebourg Heath le 4 mai. Il faut tout garder, nous pourrions avoir à combattre les Russes avec une assistance allemande». 

L'histoire complète a été publiée par David Reynolds dans son étude sur la Seconde guerre mondiale (il avait remarqué que Churchill omettait ce chapitre dans ses Mémoires). Les documents originaux ont été publiés par les archives nationales britanniques et ont été plus ou moins repris sur le web, et transcrits sur l'excellent blog How it really was.

Mais l'histoire n'a pas encore atteint la conscience collective au même niveau que les accusations contre les Soviétiques, qui constituent une bonne part du décor de notre vision historique. Nous savons tous que Staline avait passé un accord avec Hitler avant la guerre, et qu'il a gardé l'Europe de l'Est sous contrôle après la guerre. Mais on ne nous donne pas le récit des circonstances de la chose. Même ceux qui ont entendu parler de «l'Opération Impensable» s'imaginent en général que c'est là juste un exemple de propagande staliniste.

C'est pourtant ce qui explique pourquoi Staline considérait Churchill, dans les années 1930, comme un ennemi encore plus implacable des Soviétiques que Hitler, et pourquoi il était prêt pour le pacte Molotov-Ribbentrop. Il comprenait Churchill mieux que beaucoup de ses contemporains, et il connaissait sa haine pathologique du communisme.

Déjà lorsqu'avait pris fin la Première Guerre mondiale, en novembre 1918, Churchill avait proposé une nouvelle politique : «Liquider les bolchos et caresser les Huns dans le sens du poil» (ces remarques sont citées par son hagiographe sir Martin Gilbert). En avril 1919, Churchill faisait allusion aux «objectifs infra-humains» des communistes de Moscou, et particulièrement aux «millions d'Asiatiques» de Trotski. La montée du fascisme ne changea rien à sa façon de penser. En 1937, alors que les lois de Nuremberg étaient déjà en place, il proclama à la Chambre des Communes: «je ne prétendrai pas que, si je devais choisir entre communisme et nazisme, je choisirais le communisme». Les communistes étaient des «babouins», mais Adolf Hitler en revanche «s'inscrirait dans l'histoire comme celui qui avait restauré l'honneur et la paix de l'esprit dans la grande nation germanique». En 1943, il suppliait Benito Mussolini d'arracher l'Italie aux communistes, et il a dit que «les grandes routes de Mussolini resteront comme un monument à la gloire de son pouvoir personnel et de son long règne». Cette remarque, il l'a gravée pour l'éternité en la casant dans le cinquième volume intitulé «L'anneau se referme» de son histoire en plusieurs tomes de la Seconde Guerre mondiale.

Churchill considérait le communisme comme un «complot juif», et son amour pour le sionisme était en partie fondé sur sa croyance que les sionistes sauraient extirper les idées communistes de la mentalité juive. En 1920, bien avant Henry Ford, il parlait du juif international : «cet élan parmi les juifs n'est pas nouveau. Depuis l'époque de Spartacus Weishaupt (1798) jusqu'à l'époque de Karl Marx, puis sa descendance chez Trotski (en Russie), Bela Kun (en Hongrie), Rosa Luxembourg (en Allemagne) et Emma Goldman (aux USA), cette conspiration mondiale pour en finir avec la civilisation et reconstruire la société sur la base d'un développement bloqué, qui a sa source dans une malignité envieuse, et un rêve impossible d'égalité, n'a pas cessé de croître. Ils sont devenus pratiquement les maîtres indisputés de cet énorme empire (la Russie)». Hitler ne faisait en somme que plagier Churchill…

Si Churchill avait pu suivre son idée, qui sait comment cela aurait fini, et combien d'autres personnes auraient été tuées ? L'Armée Rouge avait quatre fois plus de soldats et deux fois plus de tanks que les Anglais et les Américains réunis. Une armée entraînée sur les champs de bataille, bien équipée, et qui venait de prendre deux mois de repos. Il est probable que les Russes auraient été capables de refaire la geste de 1815 et de libérer la France, avec le soutien de son mouvement communiste puissant. Ou alors les Soviétiques auraient été repoussés jusque dans leurs frontières, et la Pologne aurait rejoint l'Otan en 1945 au lieu d'attendre 1995. Le président US fit échouer le plan de Churchill; Truman était bien l'assassin de masse d'Hiroshima, mais il n'était pas d'humeur suicidaire.

En 1945, Churchill redoutait que les Russes continuent leur marche vers l'ouest jusqu'en France et jusqu'à la Manche. Voilà l'explication du son «Opération Impensable». Pourtant, Joseph Staline était scrupuleusement droit, dans ses négociations avec l'Occident : non seulement il n'envoya pas ses tanks vers l'Ouest, mais il ne franchit jamais les lignes établies dans le palais Livadia par la conférence de Yalta en février 1945.

Il n'offrit pas de soutien aux communistes grecs qui étaient tout près de la victoire et qui auraient gagné, si les Britanniques n'étaient pas intervenus. Les Grecs supplièrent Staline de leur envoyer de l'aide, mais il leur répondit qu'il avait donné sa parole à Churchill : «les Russes auront 90% de pouvoir en Roumanie, les Britanniques 90% en Grèce, et ce sera 50/50 en Yougoslavie». Il n'aida pas non plus les communistes français, ni les italiens, et retira ses troupes d'Iran. Il était un allié de toute confiance, même avec des gens qui n'étaient absolument pas fiables. Ce n'était pas un adepte de la démocratie parlementaire, mais ses partenaires, les dirigeants anglo-américains, ne l'étaient pas non plus; ils acceptaient la démocratie seulement quand les résultats électoraux leur convenaient; ils empêchaient la victoire électorale des communistes par les armes, ils imposaient la victoire anti-communiste par les mêmes moyens.  

Ainsi donc la félonie de Churchill ne lui fut pas indispensable pour atteindre ses objectifs initiaux. Il est probable que les soldats anglais et américains n'auraient pas compris l'idée de combattre les Russes, pour la victoire desquels ils avaient prié à peine quelques semaines plus tôt, ces mêmes Russes qui les avaient sauvés alors que la contre-offensive allemande, dans les Ardennes, était sur le point de refouler leurs armées jusqu'à Dunkerque. Heureusement, cela ne déboucha pas sur un procès : le peuple anglais vota contre le vieux fauteur de guerres.

L'idée d'utiliser le potentiel militaire allemand et nazi contre les rouges ne disparut pas, cependant. Dans un morceau de bravoure au titre provocant, Comment les nazis ont gagné la guerre, Noam Chomsky a pu écrire ; «...le Département d'Etat et le renseignement britannique (...) prirent avec eux certains parmi les pires criminels nazis et les utilisèrent, tout d'abord en Europe. C'est ainsi que Klaus Barbie, le boucher de Lyon, fut récupéré par le renseignement US et remis au travail».

« Le général Reinhard Gehlen était le chef du renseignement militaire allemand sur le front de l'est. C'est là où se passaient les véritables crimes de guerre. Maintenant nous parlons d'Auschwitz et d'autres camps de la mort. Gehlen et son réseau d'espions et de terroristes furent rapidement récupérés par les services américains, et reprirent les mêmes rôles pour l'essentiel ».

C'était un coup de canif dans les accords de Yalta, parmi bien d'autres qu'allait commettre l'Occident.

« Recruter des criminels de guerre nazis et les sauver était très mal, mais imiter leurs activités était pire». « L'objectif des USA et de l'Angleterre », écrit encore Chomsky, « était de détruire la résistance anti-fasciste et de restaurer l'ordre traditionnel, essentiellement fasciste, celui du pouvoir ».

« En Corée, restaurer l'ordre traditionnel signifia faire périr environ 100.000 personnes à la fin des années 1940, avant que la guerre de Corée pût commencer. En Grèce, cela signifia briser la résistance antinazie et restaurer le pouvoir des collaborateurs du nazisme. Lorsque les troupes anglaises et américaines arrivèrent en Italie du sud, elles réinstallèrent tout bonnement l'ordre fasciste : celui des industriels. Mais le gros problème survint lorsqu'elles atteignirent le nord du pays, que la résistance italienne avait déjà libéré. La vie avait repris, l'industrie s'était remise à tourner. Nous avons dû démanteler tout cela et restaurer l'ancien pouvoir.»

« Ensuite nous (les Américains) avons travaillé à détruire le processus démocratique. La gauche allait visiblement gagner les élections : la résistance lui avait apporté beaucoup de prestige et l'ordre traditionnel conservateur était discrédité. Il n'était pas question que les USA tolèrent cela. Dès sa toute première réunion, en 1947, le National Security Council décida de suspendre toute aide alimentaire à l'Italie et d'utiliser tous les autres moyens de pression possibles pour saboter ces élections ».

« Mais que se serait-il passé si les communistes avaient gagné quand même ? Dans son premier rapport – NSC 1 -, le Conseil dressa ses plans pour y faire face : les USA déclareraient l'état d'urgence dans tout le pays, mettraient la Sixième Flotte en alerte dans la Méditerranée, et soutiendraient des activités paramilitaires chargées de renverser le gouvernement italien. C'est un patron qui a été réactivé dans beaucoup d'autres cas. Si vous observez bien la France, l'Allemagne, le Japon, pour ne citer qu'eux, vous verrez que l'histoire s'y est répétée à peu près de la même façon. »

Selon Chomsky, les USA et la Grande Bretagne ont toujours été en priorité hostiles au communisme. Les nazis ne venaient pour eux qu'au second rang des régimes détestés. Bien que le racisme soit aujourd'hui officiellement tabou, il n'y a aucune raison de penser que l'Allemagne nazie ait été beaucoup plus raciste que l'Angleterre ou les USA. Aux USA, le mariage entre noirs et blancs a été considéré comme illégal ou criminel jusqu'à une date très récente; le lynchage des noirs y était chose courante. Les Britanniques ont pratiqué le nettoyage ethnique dans le monde entier, de l'Irlande à l'Inde. L'URSS était le seul grand État non raciste, gouverné par (outre des Russes) des Géorgiens, des Juifs, des Arméniens et des Polonais. Les mariages mixtes y étaient encouragés, et une sorte de multiculturalisme était la doctrine opérationnelle. Mais ce qui était impardonnable, inadmissible, c'était son communisme. 

Même si Churchill n'a pas envoyé la Wehrmacht attaquer les Russes en 1945, le virage vers la Guerre froide a été loin de se faire sans effusion de sang. En Ukraine, les USA ont soutenu et armé les nationalistes pro-nazis pendant de nombreuses années. Et le bombardement d'Hiroshima au nucléaire peut lui-même être considéré, selon le New Scientist, comme le premier acte de la Guerre froide :

« La décision US de lâcher des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 fut conçue comme le coup d'envoi de la Guerre froide plutôt que comme le point d'orgue de la Seconde Guerre mondiale. C'est ce que disent deux historiens spécialistes du nucléaire, qui affirment détenir de nouvelles preuves pour étayer leur théorie. Selon eux, la décision de tuer plus de 200.000 personnes fut prise, il y a 60 ans, pour intimider l'Union soviétique, bien plus que pour venir à bout du Japon. Et le président US qui prit la décision, Harry Truman, fut sans conteste le coupable», ajoutent-ils. (Pour davantage de preuves qu'Hiroshima fut bombardée au nucléaire pour impressionner les Russes, voir ici.) 

Si c'est le cas, la guerre de l'OTAN de 1999 contre la Yougoslavie était l'une des dernières guerres contre ce qui restait du communisme; et ce que nous observons en ce moment en Syrie peut être vu comme un ultime coup de torchon, dans la mesure où le régime syrien est plus ou moins socialiste.

Cependant, je me dois de vous dire que, parmi les historiens russes modernes, cette théorie - selon laquelle les politiques occidentales sont totalement motivées par un violent anti-communisme idéologique - a été mise en doute et même niée, pour les excellentes raisons qu'à 60 miles de Livadia se trouve la forteresse de Sébastopol, où les forces unies britanniques et françaises ont tenté, dans les années 1850, de soumettre les Russes tsaristes, non communistes, et qu'en 2008, la baie de Yalta a reçu la visite de navires de guerre US, durant la confrontation entre la Géorgie pro-occidentale et la fort peu communiste Russie de Poutine.

Devrait-on expliquer cela par la lutte géopolitique pour occuper le centre (Heartland), comme le fait Mackinder, ou par le raisonnement théologique selon lequel la chrétienté orthodoxe est confrontée à une offensive des hérétiques ? ou encore par le concept chomskien du noyau contre la périphérie ? La réponse dépasse l'horizon de cet article.

Les Russes restent les Russes, qu'ils soient communistes, orthodoxes chrétiens ou un simple Etat de la périphérie qui ne se soumet pas au centre. Joseph Staline est l'homme qui en a eu, à une certaine époque, la charge : un homme dur, mais qui avait une dure tâche à accomplir, face à des gens durs. Le blanc palais de Livadia est particulièrement indiqué pour méditer sur ces événements historiques si lourds de conséquences. 

[Documentation et idée du professeur Hemming] Israël Shamir est actuellement en Crimée. On peut le joindre à l'adresse  adam@israelshamiur.net .

Traduction: Maria Poumier

Sources :

http://www.counterpunch.org/2012/11/30/a-view-from-livadi...

http://www.israelshamir.net/French/Livadia.htm



[ Le Pr. A.D. Hemming a commencé sa carrière de militant des causes progressistes au début des années 1960. C'est un chercheur, un poète, un journaliste, un historien, et il a commencé à user ses chaussures dans les manifestations pour les Droits civiques dans le sud des Etats-Unis, lorsqu'il était adolescent. - N.d.LGO]


*

Rien de tout ceci ne devrait nous surprendre, depuis les décennies que l'irremplaçable William Blum s'échine à nous le démontrer. C'est d'ailleurs sur son site Third World Traveler, qu'a paru le texte de Chomsky How the nazis won the war.

D'aucuns continuent à trouver que le socialisme dans un seul pays, défendu par Staline,  n'était pas vraiment une bonne idée, même en préférant l'efficacité aux principes, et à penser qu'il a joué, à Yalta et ensuite, le rôle d'un parfait jobard. Mais avait-il le choix, avec pas loin de trente millions de morts et un pays dévasté sur les bras ?

«Comprendre et ne pas juger» dit le camarade Simenon. C'est «comprendre» qui est diablement difficile.

Quant à Winston Churchill, qu'est-ce, en fait, une fois évacuées les propagandes de guerre ? Un aristocrate. Un aristocrate au sens – ô combien péjoratif – où l'entendaient les jacobins de la Première République : un représentant extrême de l'irréductible lutte des classes. Du genre à revenir de Coblence pour incendier les moissons.

De ses débuts à sa mort, le légendaire Sir Winston n'a jamais été rien d'autre et n'a jamais défendu d'autres intérêts que ceux de sa classe, c'est-à-dire de l'empire (bien plus que la reine elle-même et tous les Hanovre mis ensemble).

Que ce soit comme militaire – en Inde, au Soudan, en Afrique du Sud (2e guerre des Boers) – comme ministre du commerce, comme secrétaire du Home Office, autrement dit ministre de l'Intérieur ou comme chef à vie du Parti Conservateur, Churchill n'a jamais fait la guerre qu'aux pauvres. Aux «infra-humains», comme il l'a dit, aux sous-hommes.

Un épisode encore mal connu parce que mal étudié et surtout occulté de la lutte des classes à l'échelle européenne, prouve qu'en projetant d'attaquer son allié, Sir Winston était tout simplement fidèle à lui-même.

L'affaire de Sidney Street


Pour comprendre cet épisode de l'histoire d'Angleterre, il faut remonter jusqu'à la révolution balte de 1905.

Qui étaient les révolutionnaires ? Des juifs lettons. Pour la plupart anarchistes, même si quelques-uns appartenaient au Parti Démocratique Letton, à tendance marxisante. Ils avaient été victimes de pogroms, s'étaient organisés, puis soulevés. La police tzariste les avait réprimés avec une férocité rare même pour elle : ceux qui n'avaient pas été exécutés avaient eu à subir de si terribles bastonnades, que les rescapés s' étaient juré de ne pas retomber vivants – jamais ! - aux mains du pouvoir quel qu'il fût. Ceci est important pour comprendre ce qui allait se passer en Angleterre.

En 1910, il y avait dans ce pays et principalement dans l'East End de Londres, un certain nombre de ces vaincus en exil. Tous nommément connus des services secrets et répertoriés « anarchistes ».

De ces désespérés qui n'avaient littéralement plus rien à perdre, quelques-uns se mirent à pratiquer le cambriolage à main armée, tant pour subvenir à leurs besoins immédiats que pour aider les activités révolutionnaires de ceux restés au pays.

Le 16 décembre 1910, deux de ces hommes tentèrent de braquer une bijouterie, sise au 119 Houndsditch, dans la City. Mais quelqu'un les entendit, donna l'alerte et neuf policiers se pointèrent. A cette époque, les bobbies n'étaient pas armés, détail qu'ignoraient les Lettons. Aux premières sommations, ils tirèrent, abattant cinq policiers : trois morts et deux blessés. Un des Lettons aussi était mort, victime d'une erreur de tir d'un de ses camarades. Il s'appelait George Gardstein.

Le choc, dans la population, fut énorme, compte même non tenu de l'influence des journaux et autres moyens de semer la panique.

C'est là qu'intervient probablement Winston Churchill, car une décision dut bien être prise quelque part : Une chasse à l'anarchiste fut décrétée, préfigurant toutes les chasses aux « terroristes » d'aujourd'hui. Plus de 700 hommes, armés cette fois jusqu'aux dents (200 policiers et 500 militaires, principalement des Scotch Guards) furent déployés pour traquer deux hommes, réfugiés dans une maison de Sidney Street (n°100). Aucun des deux n'avait rien à voir avec le cambriolage qui avait mal tourné à Houndsditch, mais qu'importe, c'étaient des anarchistes. Ils s'appelaient Fritz Svaars et William Sokoloff.

Le siège de Sidney Street (dit aussi bataille de Stepney) se déroula le 3 janvier 1911, sous les yeux d'une foule considérable, de nombreux journalistes, reporters, caméramen des actualités cinématographiques et... de Winston Churchill. Il ne fut jamais question d'inviter les deux hommes à se rendre. Faute d'arriver à les déloger, même en leur tirant dessus des toits et de tous les bâtiments environnants, les assiégeants finirent par mettre le feu à l'immeuble où ils se trouvaient. Les deux assiégés retournèrent les tirs jusqu'à la dernière minute, de l'intérieur même du brasier. On retrouva leurs corps carbonisés.

Force était restée à l'empire, sinon à la loi, et on ne devait plus entendre parler de lutte des classes à Londres jusqu'en 1912, où eut lieu, dans ce même East End, la grande grève des tailleurs, qui fut le chant du cygne de l'anarchie londonienne d'origine balte.

Qu'était-il arrivé aux autres révolutionnaires en exil ? Avons-nous dit que les services secrets britanniques n'ignoraient rien de leurs identités et de leur localisation ? Mais alors, à quoi avait bien pu rimer le sanglant épisode du massacre à grand spectacle de deux hommes ? On sait que Winston Churchill a été présent sur les lieux presque du début à la fin. Des questions ont été posées, y compris par Lord Balfour, dont aucune n'a jamais reçu de réponse.

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Siège de Sidney Street.

Winston Churchill est le premier des deux hommes en chapeau haut de forme.

 

De l'Inde à la Guerre Froide, en passant par le Soudan, le Transvaal, l'Irlande, Sidney Street, la Palestine, et aujourd'hui l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, la Syrie et l'Afrique pas encore sous la protection de la Chine, l'empire britannique et ses représentants de pointe, qu'ils s'appellent Churchill, Blair ou Cameron, n'ont jamais fait la guerre, répétons-le, qu'aux pauvres et à ceux qui, comme la Russie, même tzariste, ne se soumettent pas à leurs insatiables appétits.

Et Hitler ? Oh, Hitler, il n'avait qu'à ne pas se faire battre par Staline, tant pis pour lui !

 

 

*

 

Vers un rapprochement de la Grèce et de la Turquie ? Il serait temps !

 

Nous avons parlé du Bosphore et du détour qu'y a fait, apparemment à loisir, M. Shamir, en route pour la Crimée.

Il serait dommage de se priver des réflexions qu'il a tirées de cette visite. Laquelle avait été précédée d'une exhortation aux Turcs en général et à M. Erdogan en particulier : Cessez le feu ! Ne faites pas la guerre à la Syrie ! Rapprochez-vous plutôt des Grecs ! Et autres conseils de bon sens, que les Turcs ne demandent qu'à suivre mais que M. Erdogan n'écoutera pas, parce que celui que Zeus veut perdre...

Quoi qu'il en soit, voici ces deux textes passionnants qui traitent à la fois de l'actualité et de la Turquie :

 

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Cessez le feu les Turcs !

par Israël Adam Shamir

Dans la corrida qui se déroule au Moyen Orient, le moment de vérité se rapproche à grands pas. La Syrie d'Assad est le taureau blessé qui fonce lourdement dans l'arène, fatigué par une longue année de harcèlement. Les banderilles des moudjahidines sont fichées dans son échine déchirée. Le public, Européens, Américains, dirigeants du Golfe, s'égosillent : à mort, à mort, Assad ! Et le matador turc de faire un pas en avant, et de tirer son épée. Ses canons envoient des rafales mortelles sur les pentes syriennes, une tempête de feu et de plomb s'abat sur les collines. Erdogan se prépare à donner le coup de grâce à son voisin harassé.

 « Arrête, Erdogan, ne fais pas ça, laisse tomber ! » lui crient des milliers de Turcs qui manifestent contre cette guerre sanglante. La Syrie a été un bon voisin pour la Turquie: Assad n'a pas permis aux séparatistes kurdes d'ouvrir leur second front contre les Turcs, il leur a remis Ocalan, il n'a pas fait de la perte d'Antioche une cause nationale, il a maintenu l'armée israélienne au large, il a encaissé le choc de la guerre au Liban en soutenant les vaillants guerriers du Hezbollah. La Syrie, après Assad, sera bien pire pour la Turquie.

Si les janissaires d'Erdogan organisent une attaque par traîtrise contre la Syrie, et provoquent son effondrement, il s'ensuivra une tornade terrifiante qui s'abattra sur la Turquie aussi. L'inévitable massacre de Syriens chrétiens par les moudjahidines, avec le soutien de la Turquie, rappellera au monde les nombreux villages et bourgs chrétiens que les Turcs victorieux ont jadis écrasés et dépeuplés, et qui sont maintenant bien oubliés. Les fantômes des Arméniens et des Grecs massacrés se dresseront au dessus des ruelles de Smyrne et des rives de Van. Depuis la Syrie brisée, un Kurdistan définitif verra le jour, qui réduira la Turquie aux proportions que lui avait dévolues le Traité de Versailles.

Ce sont les Saoudiens qui seront les grands gagnants de la guerre, et non pas les Turcs. Le rêve du califat aura pour centre le Golfe, et non pas le Bosphore. De leurs propres mains, les Turcs sont en train de creuser leur défaite.

Les bonnes relations avec la Russie en souffriront gravement. La Russie a invité la Turquie à restreindre ses actions, et lui a rappelé la terrible responsabilité que doit endosser l'agresseur. La Russie veut que la Syrie trouve sa propre issue à la crise. La Russie est le plus grand partenaire commercial de la Turquie; des milliers d'ingénieurs turcs et de techniciens travaillent en Russie, des milliers de Russes passent leurs vacances en Turquie.

Et surtout, les relations entre la Russie et la Turquie sont importantes au-delà des considérations mercantiles. Ce sont deux grands pays, les deux héritiers de l'empire romain d'Orient, ou empire byzantin. Les Ottomans en ont hérité l'essentiel de leur territoire, plus tard morcelé en 1918; la Russie pour sa part héritait de son esprit et de sa foi, ses ramifications les plus importantes. Si l'on cherche à établir des symétries, il faut regarder du côté de l'empire romain d'Occident: son corps central, l'Europe de l'Ouest, a été fragmenté et se trouve en processus de réunification, et sa ramification la plus importante, ce sont les USA qui  ont hérité de son esprit impérial.

Les Russes et les Turcs sont très semblables; les Turcs sont « des Russes en shalvars », comme ils disent. Les deux nations ont traversé la modernisation et l'occidentalisation sans perdre leur identité propre. Les deux nations sont passées par un violent déni de leur foi entre les années 1920 et 1990, et ont redécouvert leurs pentes religieuses naturelles ensuite.

Les Russes voient les Turcs comme des humains égaux, et ils  sont en empathie avec eux. Le brillant historien russe Lev Goumilev a exalté la camaraderie des frères d'armes russes et turcs qui avaient su briser la vague des croisades occidentales des XIII° et XIV° siècles. A l'époque moderne, Lénine a donné un coup de main à Mustapha Kemal et  a renoncé à toutes les prétentions russes sur la Turquie vaincue, parce qu'il espérait que la Turquie reprendrait son rôle historique de protecteur de l'Orient. Les Russes et les Turcs doivent rester amis. Si les Russes disent à Erdogan « n'y va pas », il devrait  les écouter. Seulement c'est lui qui a abattu leur avion.

Les Russes ne sont pas obsédés par Bachar al-Assad, et il n'est pas non plus leur meilleur ami. Il est arrivé au pouvoir en 2000, mais sa première visite à Moscou n'a pas eu lieu avant 2005, car il frayait jusque là avec Paris et Londres. Le commerce de la Russie avec la Syrie n'est pas énorme, d'ailleurs. Le premier ministre israélien Netanyahu a promis au président Poutine de protéger les intérêts russes en Syrie  si les rebelles gagnent. Les Russes ne sont pas égoïstes; ils insistent sur une transformation pacifique, selon la volonté des Syriens, et s'opposent au viol de la Syrie qu'envisagent les Saoudiens et l'Occident.

Les relations de la Turquie avec l'Iran vont en souffrir. Pour l'Iran, la Syrie est un partenaire important, une fenêtre sur la Méditerranée. La victoire des forces pro-américaines en Syrie refermera cette fenêtre. Les Iraniens en voudront terriblement à la Turquie, ce n'est pas une bonne idée de saccager ces relations.

Le peuple turc ne veut pas de la guerre contre la Syrie; les généraux turcs eux-mêmes ne sont pas chauds pour qu'on lâche la meute. Seuls les pro-Otan occidentalisés, à l'intérieur de la classe dirigeante turque, veulent renverser le gouvernement légitime de Damas. Il y a d'autres Turcs qui se souviennent que la soumission envers les Occidentaux  n'a  jamais été le bon choix  pour la Turquie, ni pour la Russie.

Je comprends pourquoi les dirigeants turcs ont décidé de soutenir les rebelles il y a un an : ils se sont laissé égarer par la ritournelle commune du Golfe et de l'Ouest,  selon laquelle le gouvernement syrien allait s'effondrer très vite, et ils voulaient se retrouver du côté des gagnants. Mais après la bruyante campagne médiatique, la réalité s'est imposée, et elle a démenti les prophéties : malgré les milliards de dollars dépensés par le Qatar, les Saoudiens et les Occidentaux, malgré les tas d'armes amenés par la frontière turque, le régime d'Assad est resté solide, et jouit encore du soutien populaire.

C'est le moment de se ressaisir. Dans tous les jeux, il arrive un moment où il faut revoir ses positions, quand le joueur décide ne pas mettre sur la table sa bonne monnaie après avoir déjà perdu la mauvaise. Et le repositionnement a commencé, avec le mouvement des Turcs qui demandent des comptes, le bilan des pertes, que l'on arrête de soutenir les rebelles et qu'on essaye de restaurer la normalité avec un excellent mot d'ordre: «pas d'embrouilles avec les voisins». Le  New York Times a déjà rapporté il y a quelques jours une flambée annonciatrice du virage à 180° dans l'état d'esprit des Turcs : les gens sont déçus, à cause du flot de réfugiés, de l'avalanche de moudjahidines syriens sans foi ni loi, de la pagaille et du regain de la résistance kurde.

Les Turcs sont réputés pour leurs pirouettes intrépides. En 1940, ils étaient aux côtés de l'Allemagne, parce qu'ils étaient sûrs de la victoire du Reich, mais en 1944, ils ont compris que l'URSS était en train de gagner, et ils ont viré de bord. C'est le moment d'en faire autant, de revenir à la neutralité stricte, de cesser de soutenir les rebelles et de refermer la frontière: voilà ce que le peuple a expliqué au reporter du New York Times.

Mais les gens qui ont planifié la débâcle syrienne de l'autre côté de la mer,ont tiré des conclusions opposées de ce changement d'état d'esprit : ils ont décidé d'accélérer leurs opérations et ont provoqué les échanges de tirs d'artillerie. Nous ne savons pas qui a armé les mortiers dans les villages à la frontière turque; si c'est l'armée syrienne dans le feu de la bataille, ou les rebelles pour déclencher la guerre. Le quotidien turc Yurt a fait savoir que les tirs venaient d'engins de l'OTAN récemment fournis aux rebelles par les Turcs : « le gouvernement d'Erdogan a fourni les mortiers aux groupes armés (de l'Armée syrienne 'libre') en Syrie, qui ont bombardé la ville d'Akcakale », titrait-il. Les munitions étaient, selon la même source, des munitions de l'Otan, des 120 AE HE-TNT.

Même le New York Times a admis qu'on ignore qui est responsable de l'atterrissage des mortiers en Turquie. La chaîne allemande ZDF a annoncé que les tirs de mortier venaient de territoires contrôlés par des combattants de l'Armée syrienne « libre ». Un clip vidéo dérobé ajoute qu'ils ont reconnu leur responsabilité pour l'attaque d'Akcakale et le meurtre de cinq citoyens turcs.

Mais il se peut que les tirs soient partis des troupes gouvernementales, lorsqu'ils ont tiré sur les rebelles, et que les villageois turcs en aient été les victimes innocentes. Dans la mesure où les Turcs permettent aux rebelles d'opérer librement sur leur territoire, c'est tout à fait possible.

Mais ce n'est pas une raison pour déclencher la guerre. Souvenons-nous, en 2010, lorsque les Israéliens ont abattu, comme d'authentiques mafieux, neuf volontaires turcs désarmés à bord du Mavi Marmara. C'était un assassinat brutal en plein jour, et tout à a été filmé, aucun doute ne subsiste. Erdogan avait menacé d'envoyer la marine turque sur les rivages palestiniens et de délivrer Gaza par la force. Mais est-ce qu'il l'a fait? Que nenni. Le voici maintenant qui fait le brave face à la Syrie épuisée et dévastée; mais pourquoi n'a-t-il donc pas eu le courage de s'en prendre à Israël, comme les Syriens l'ont fait ?

Et maintenant les Israéliens espèrent qu'Erdogan va aider les rebelles à détruire la Syrie; ils ont demandé aux Turcs de coordonner des actions conjointes avec eux. De sorte qu'au lieu de punir Israël, Erdogan est en train de combler les désirs des Israéliens.

Je me rappelle un certain mois de février couvert de neige, à Istanbul, en 2003, lorsque j'étais venu pour argumenter contre le passage de l'armée US pour aller dévaster l'Irak. Je leur disais : « le vieux projet sioniste tenace est en train de se réaliser. D'abord l'Irak doit être réduit en cendres. Ensuite ce sera l'Iran, l'Arabie saoudite, la Syrie, puis tout ce qui constituait jadis l'empire ottoman jusqu'à ce que tous, avec les voisins, du Pakistan jusqu'à l'Afrique, soient  devenus zone d'influence pour les intérêts spéciaux d'Israël, zone dont la police sera confiée aux Turcs ». 

Ce plan, le général Sharon l'avait ébauché bien des années auparavant, puis il avait été reformulé par les néo-conservateurs sionistes Richard Perle et Douglas Feith en 1996, et il est maintenant mis à jour par le clan de Wolfowitz, les gens qui continuent à faire la politique étrangère des USA. Si tout cela est parachevé ce sera avec la connivence de la Turquie, de son gouvernement soi-disant islamique.

J'en suis désolé pour vous, mes amis. Vous étiez les bergers du Moyen Orient, et maintenant vous êtes passés dans le camp des loups. Vous étiez des meneurs d'hommes, et vous voici devenus les larbins de vos maîtres. Vous étiez les protecteurs de l'islam, et vous êtes sur le point de permettre la profanation de la Mosquée d'Al-Aqsa.

Ce que j'annonçais alors est devenu vérité; rien de bon n'est sorti de la guerre d'Irak. Et maintenant, je peux le redire : rien de bon de sortira de la guerre de Syrie.

Les histoires de massacres multipliés bien souvent ne sont que des histoires. Wikileaks a publié un rapport de Stratfor qui disait: « la plupart des affirmations les plus sérieuses de l'opposition syrienne se sont avérées de grossières exagérations, ou simplement des mensonge ». Et ce qui se passe sur le terrain n'est certainement pas pire que tout ce qui a pu être fait aux Kurdes en Turquie. Et les Turcs n'ont probablement pas envie du tout d'une intervention dite humanitaire dans leur pays.

Mon conseil : n'essayez pas d'abattre la Syrie, retournez à votre politique de neutralité stricte, cessez le feu et le soutien logistique aux rebelles. Laissez les Syriens régler leurs problèmes entre eux, sans intervention étrangère.

Traduction: Maria Poumier


Source : http://www.israelshamir.net/French/TurkSyrFR.htm

 

 

*

 

Vue sur le Bosphore

par Israël Adam Shamir

 

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Les cargos lourds, les bateaux de croisière, les transports de voyageurs et les ferries débordants de touristes longent la tour Maiden qui surgit de la roche noire baignée d'eaux translucides; ils se fraient énergiquement un chemin entre les mosquées dressées comme des montagnes sur la terre ferme, pour s'engager dans le Bosphore, cet énorme fleuve creusé par Dieu entre la Méditerranée et la Mer Noire. La Ville par excellence, l'une des plus grandes capitales de l'humanité de tous les temps, chevauche l'Europe et l'Asie depuis l'époque de l'empereur romain Constantin, qui y établit sa nouvelle Rome. C'était la plus grande ville au monde il y a mille ans, et elle reste imposante. Quinze millions de personnes y vivent, vingt millions y passent tous les ans. Son envergure explique l'étrange vision de l'historien russe hérétique Anatoli Fomenko, qui assurait que Jérusalem, Rome, Babylone, Moscou et Londres ne sont que des répliques déplacées de cette cité, l'empire originel.

Et malgré ses dimensions et son histoire, la ville est alerte, vibrante à son rythme propre, paisible, voire faussement modeste. Elle ne se sent pas surpeuplée, en dehors des points névralgiques. Les rues sont propres, les espaces verts sont soignés, les vilains marchés aux puces qui étaient apparus il y a quelques années sont partis ailleurs, les vieux bâtiments ont été ravalés, les palaces croulants ont été restaurés à grands frais. Le Bosphore aussi a été nettoyé, et les égouts ne s'y jettent plus, pour la première fois dans l'histoire. Des rocades modernes encerclent le centre et traversent les banlieues, mais sans faire intrusion dans les enceintes historiques.

Ancien siège du Califat, et maintenant celui d'un gouvernement islamique, la ville a trouvé son équilibre, entre foi et modernité. Les collèges soufis sont pleins, et des érudits y débattent de théologie, se plaisant à comparer Thomas d'Aquin et Grégoire Palamas avec Ibn Arabi et Ibn Tufayl. Les appels harmonieux des muezzins à la prière ne dérangent pas les clients des cafés qui sirotent leurs verres. Les filles sont libres d'arborer voiles ou minijupes, et pratiquent effectivement les deux options.

Plus important, le gouvernement ne souscrit pas à l'économie de marché débridée et a su éviter les excès néo-libéraux de ses voisins. Il y a beaucoup de cafés qui sont propriété de la municipalité, en particulier dans les jardins, et les prix y sont abordables, même dans les vieux palaces impériaux, où l'entrée est gratuite. On n'y sert pas d'alcool, et cela attire les familles avec enfants. En ville, les loyers sont contrôlés, si bien que les librairies y sont florissantes. L'emprise de la globalisation est aussi visible en Turquie qu'ailleurs, mais ici les gens pauvres reçoivent des aides tangibles en nature, tandis que les classes salariées accèdent à des crédits généreux. Les prix sont contrôlés, ce qui évite les hausses brutales, et la consommation voyante est découragée. Les riches sont riches, et les pauvres sont pauvres, mais les riches ne font pas d'ostentation, et les pauvres ne sont pas désespérés.

Les gens sont modestes, serviables et aimables, bien loin de la vision de la Turquie qu'offrait Midnight Express. Ils sont plutôt honnêtes et droits, et ne se mettent pas en avant. Pas très artistique, leur cuisine est comparable à celle des Britanniques. Si ce n'est pas là un grand compliment, c'est normal : les Turcs ont été des bâtisseurs d'empire, et les nations de ce genre ne sont en général pas des temples de la gourmandise. Les Français mangeaient trop bien, et leurs femmes étaient trop attirantes pour que leur empire puisse tenir longtemps.

Istanbul n'est pas la seule oasis de prospérité du pays, comme c'est souvent le cas pour les villes importantes hors d'Europe. J'ai traversé la Turquie de long en large, et partout j'ai constaté la modernisation effective durant ces dix dernières années. Les routes sont entretenues, les logements sont en bon état, les marchés sont pleins, les gens s'habillent bien, les villes ne sont ni crasseuses ni m'as-tu-vu, mais à jour. C'est une grande réussite du gouvernement islamiste modéré conduit par le premier ministre Erdogan.

La Turquie n'est plus à la traîne comme dans les années 1960-70. J'ai rencontré plusieurs immigrés turcs en Allemagne, qui m'ont dit que leurs parents avaient agi trop vite en prenant la décision de quitter leur pays pour l'Europe quarante ans plus tôt. Ils voudraient retourner en Turquie, où il ne leur serait pas facile de trouver du travail et de s'adapter au nouvel environnement, parce qu'ils ont été maltraités en Europe occidentale. Quoiqu'il en soit, il n'y a pas d'émigration massive à partir de la Turquie, le cauchemar de millions de Turcs s'installant en Europe s'est dissipé. Ils préféreraient rester chez eux, parce que les Turcs sont très fiers de leur pays.

Erdogan est populaire, vraiment charismatique, me disent les gens. Il a battu ses adversaires, et sa position aux commandes n'est pas disputée, pour de bonnes raisons : la Turquie s'en sort bien, merci pour elle. Le pays prospère, les revenus ont doublé, et le PNB a triplé (ils envisagent 10 milliards d'euros pour bientôt, c'est tout à fait remarquable). Le gouvernement Erdogan peut vraiment se féliciter de ses réalisations en Turquie. 

 

II.

Les Turcs ont surmonté le grand traumatisme du transfert, comme ils appellent les déportations de masse et les expulsions des années 1920. Les Grecs n'avaient pas été expulsés de la Ville, mais presque toutes les autres communautés chrétiennes de Turquie avaient été envoyées en Grèce, tandis que les musulmans de Grèce étaient déportés en Turquie ; ce fut un divorce violent et douloureux, entre deux communautés étroitement liées. Comme dans bien des divorces, les partenaires séparés, une femme intelligente et un mari solide, ont passé des années à s'adapter à leur nouvelle situation.

Ce sont les Grecs qui ont souffert le plus. Ils étaient répandus dans tout l'Empire et occupaient des positions centrales. Certains historiens turcs préfèrent appeler la période ottomane "empire gréco-turc". Les Grecs furent les grands vizirs de l'Empire, et ils ont fait la loi en Méditerranée depuis Alexandrie jusqu'à Damas en passant par Istanbul. Ils faisaient du commerce et de la poésie aux temps de la deuxième Rome exactement comme ils le faisaient sous la première. Brusquement, ils se sont retrouvés confinés dans une Grèce étriquée et provinciale où ils avaient du mal à trouver leur place. Kavafy, le poète alexandrin, avait le sentiment très fort que la petite Athènes ne se remettrait pas de la perte des grandes cités côtières. La crise grecque ne saurait se comprendre sans tenir compte de cette tranche d'histoire.

Les Turcs ont souffert tout autant. Traditionnellement, ils servaient dans l'armée et travaillaient la terre; sans les Grecs, le commerce et les productions locales déclinèrent, la militarisation s'emballa, le rationnement devint courant, la vie devint sordide et brutale, comme si leur culture avait pris la mer avec les Grecs. C'est seulement maintenant, bien des années plus tard, que les Turcs se sont remis, et les voilà bien en pleine forme.

Le gouvernement Erdogan est bon pour les communautés chrétiennes. Les gouvernements kémalistes précédents étaient furieusement anti-chrétiens, encore plus qu'ils n'étaient nationalistes et anti-islamiques. Ils avaient même déporté les Turcs Caramanlis, parce qu'ils étaient chrétiens. Ils avaient interdit la remise en état des églises restantes, et on ne pouvait plus faire venir de prêtres de l'étranger. Maintenant, les propriétés de l'Église sont restaurées, les prêtres sont autorisés à s'installer et à acquérir la nationalité turque.

Le gouvernement islamiste a permis aux Grecs et aux Arméniens qui avaient quitté le pays après les troubles et pogroms des années 1950 de revenir, de revendiquer leurs propriétés et de s'installer de nouveau en Turquie. Autrefois impensable, l'idée d'union avec la Grèce commence à être envisagée de nouveau.

Les Turcs ne sont pas les seuls à courtiser la belle Hellène; les Russes aussi voudraient s'en emparer, à titre de sœur dans le Christ, raptée par l'Occident, pour une étreinte dans l'union eurasienne. C'est ce qu'a déclaré Sergueï Glaziev, coordinateur du projet (qui inclut désormais le Bélarus, la Russie et le Khazakhstan) dans le cadre du Forum de Rhodes qui s'est tenu récemment, un rassemblement de la crème des Russes, des Asiatiques et des dissidents occidentaux [ dont Noam Chomsky, N.d.LGO ]. Les différentes offres ne sont pas exclusives : on peut imaginer un ménage à trois, un nouvel empire byzantin ressuscité. Le Khazakstan modérément musulman et turc est un vieil ami de la Turquie, c'est une alliance plausible. Si Frau Merkel donne un tour de vis de trop, la chose pourrait bien se faire.

En Grèce, la réévaluation de l'Empire avance aussi. Il y a des voix qui appellent à un retour sur le passé, à la reconnaissance des avantages pour les deux côtés, et à des avancées prudentes. Dimitri Kitsikis en fait partie, et j'en ai appris plus sur cette mouvance en me rendant à Athènes. L'interaction ne se limite pas au niveau pratique d'ailleurs. Dimanche dernier, je me suis rendu dans une église grecque modeste d'une banlieue d'Istanbul, et là j'ai rencontré un jeune prêtre grec, qui venait d'arriver de Grèce et qui maîtrisait déjà le turc, et, à ma grande surprise, j'y ai aussi rencontré quelques Turcs ethniques qui ont embrassé le christianisme orthodoxe et qui assistaient à ses messes. Les paroissiens leur souriaient gentiment en les entendant réciter le Notre Père en turc.

 

III.

Et toutes ces magnifiques réalisations, eux ils veulent les mettre en pièces, les dilapider, les évacuer. « Eux », c'est-à-dire le gouvernement turc, en train de comploter contre la Syrie. Ce serait catastrophique s'ils envoyaient leurs légions à Damas. Ce serait une erreur, mais elle serait encore compréhensible, parce que Damas et Alep font partie du passé turc, au même titre que Kiev et Riga pour les Russes, ou Vienne et le Tyrol pour les Allemands. Mais ce qu'ils font en ce moment est bien pire.

Les Turcs sont sur le point de rejouer le scénario afghan tel que l'a joué le Pakistan : ils amènent depuis tout le monde musulman les militants les plus fanatiques, leur fournissent des armes et les infiltrent par la frontière syrienne en les couvrant avec leur artillerie.

Il y a des rapports selon lesquels les jihadistes d'Al-Quaeda et les Talibans ont été transbordés du nord Waziristân au Pakistan jusqu'à la frontière turque avec la Syrie, par exemple sur un certain vol 709 de l'airbus turc le 10 septembre, sous les auspices de l'agence de renseignement turque, par le couloir aérien Karachi-Istanbul. Les 93 militants étaient originaires d'Arabie saoudite, du Koweït, du Yémen, du Pakistan, de l'Afghanistan, et comportaient un groupe d'Arabes résidant au Waziristân. Cette information n'a pas pu être vérifiée en toute indépendance, mais il y a beaucoup de données sur des jihadistes étrangers s'étant introduits en Syrie par la Turquie.

C'est exactement ce qu'a fait le Pakistan sous direction US dans les années 1980. A ce moment-là, l'Afghanistan avait un gouvernement laïque, les femmes travaillaient dans l'enseignement, les universités étaient pleines, on construisait des usines, et on n'entendait pas parler d'opium; le Pakistan s'en sortait bien aussi. Quelques années plus tard, l'Afghanistan a implosé dans une guerre civile (sous prétexte de « combat contre les infidèles communistes »), et le Pakistan a pris le même chemin. Après avoir dévasté l'Afghanistan, les combattants ont commencé à terroriser leur hôte pakistanais. Maintenant le Pakistan est l'un des pays les plus misérables du monde. Il a été dévoré par la calamité qu'il a lui-même nourri et exporté, par le jihadisme sans cervelle.

La maladie idéologique s'apparente à la guerre biologique. Vous espérez que vos voisins seront infectés par la peste que vous avez lâchée, mais vous pouvez être sûrs que votre population aussi l'attrapera. C'est pour cette raison que personne n'a entrepris de guerre biologique à grande échelle. Ce serait suicidaire. Et c'est l'équivalent de ce que le gouvernement turc est en train de faire maintenant. Il amène des jihadistes en Syrie, mais c'est juste une question de temps, les jihadistes vont se retourner contre la Turquie.

Je respecte les sentiments islamiques des turcs. Je les vois dans les mosquées, je connais leurs ordres soufis, et leur puissant attrait. Tant de Turcs se rassemblent à Konya, où ils vénèrent la mémoire de Roumi, le grand poète soufi, vénéré depuis Téhéran jusqu'à la Californie. Le gouvernement islamique a été une vraie réussite en Turquie. Pourquoi donc veulent-ils absolument suivre le chemin de perdition du Pakistan ?

Un essai de Ahmet Davutoglu, actuel ministre des Affaires étrangères et promoteur en chef de l'intervention turque en Syrie, répond à cette question. Il l'a rédigé alors qu'il était étudiant à l'université, il y a vingt ans environ, et une vieille connaissance qui faisait ses études avec lui s'en souvient bien. Ce qu'il avait écrit dans sa jeunesse, c'est que nous pouvons et devons nous entendre avec le diable, si nous estimons que c'est nécessaire.

A son avis, l'islam sunnite, tel qu'il se pratiquait dans l'empire sous le sultan Salim le Terrible et ses successeurs (l'islam qui postule une cassure irrémédiable entre le créateur et sa création), est non seulement la seule foi véridique, mais aussi une protection d'acier, une garantie de résultat. Un État guidé par cet islam-là ne peut pas mal agir. Car même les mauvais agissements d'un tel État seront retournés par le Tout- Puissant en effets positifs. C'est pour cette raison, écrivait-il, que l'empire turc avait pu survivre et faire la loi pendant 600 ans.

Voilà pourquoi, écrivait le jeune Davutoglu, la Turquie islamiste peut construire des alliances avec des partenaires puissants, et que ces puissances soient bonnes ou mauvaises n'importe nullement. Ce qui signifie que nous pouvons aller jusqu'à signer un pacte faustien avec le diable en personne, parce que nous  triompherons toujours grâce à nos croyances et avec l'aide du Tout-Puissant. L'Amérique est, certes, un Satan, pour Davutoglu, comme pour bien des musulmans, mais se sentant armé par sa philosophie douteuse, le voilà prêt à rejoindre Satan pour la gloire de la Turquie à venir. 

Se pourrait-il que cette lecture fort peu orthodoxe de l'islam ait été influencée par ses contacts avec les Yezidis, dont l'attitude face au Diable est pour le moins ambigüe, ou, plus probablement, avec les Dönmeh, les disciples de Sabbatai Zevi qui croyaient que tout est permis, et que le péché est le chemin le plus court vers le salut ? Ceux qui ont des croyances plus orthodoxes savent que toute personne qui pactise avec Satan en paiera le prix, parce que nul ne saurait souper avec le Diable : notre cuiller ne sera jamais assez longue.

Puis est venu le moment où la théologie douteuse d'Ahmet Davutoglu s'est faite politique douteuse. Les USA lui ont demandé d'amener des militants en Syrie, et il a obtempéré.

Mes amis turcs ont souligné qu'Erdogan personnellement ne souscrit pas à ces schémas théologiques, mais se laisse guider par des considérations pratiques. La question d'une alliance avec les USA et l'Otan a créé une cassure entre Erdogan et son maître de jadis Necmetin Erbakan. Erbakan était contre, mais Erdogan considérait qu'il n'y avait pas lieu de revenir en arrière. Erdogan a gagné la partie; une majorité de disciples d'Erbakan se sont ralliés à Erdogan, ils ont constitué le parti réformiste AK, sont arrivés au pouvoir il y a dix ans, et ont globalement réussi. La minorité a constitué la ligne dure (ou même islamiste révolutionnaire) du parti Saadet, qui n'a pas gagné dans les urnes, mais garde une influence certaine.

De façon inattendue, pour qui observe de l'extérieur, c'est la ligne dure du parti Saadet qui s'oppose fermement à l'aventure syrienne d'Erdogan et de Davutoglu. En dépit du fait que l'intervention en Syrie soit souvent décrite comme un « secours islamique aux musulmans massacrés », les dirigeants de Saadet la perçoivent comme un complot américain contre la Syrie ET la Turquie. Le parti Saadet a organisé de grosses manifestations contre l'intervention.

Peut-être que c'est le moment pour le premier ministre Erdogan d'écouter ses vieux camarades, de désavouer le flirt avec le diable contre la Syrie, et d'arrêter la machine de guerre avant qu'elle mette en pièces toutes les réussites dont il est en droit de s'enorgueillir. Le rêve d'amener la Syrie à une union plus étroite avec la Turquie peut encore se réaliser, mais cela ne se fera pas en lâchant les chiens de guerre.

Traduction: Maria Poumier

Source :  http://www.israelshamir.net/French/Bosphore.htm

 



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Dernière minute :


Sur le point de fermer, nous trouvons ce dernier billet en provenance de Crimée.

Il y est question, bien sûr, de la Crimée et de ses habitants, mais aussi – beaucoup – des Palestiniens et des Tatars, de la Nakba des uns et de l'Awda des autres, de l'Armée Rouge, de Boukhara et de Samarkand, des nazis, du Comité Juif Antifasciste (JAC) et du lobby qui rata son coup, de Staline et de Molotov, de Beria et d'Averell Harriman, du complot des blouses blanches et même d'un plan Marshall qui faillit échoir à l'URSS. Sans compter quelques merveilleux paysages et autres Palais-Jardin des Khans pour mettre l'eau à la bouche, car la Crimée, ne l'oublions pas, c'est la Riviera russe.

Nous sommes prêts à parier notre dernière chemise que, quand vous aurez lu, vous admettrez que vous ne saviez rien de ce qu'y révèle l'inépuisable Shamir. Nous non plus... Eh, mais que voilà une excellente occasion de ne pas commencer l'année idiots !

 

Un automne en Crimée

par Israël Adam Shamir


J'adore cette contrée à la morte saison. Les touristes fatigants sont partis. Le nord est déjà sous la neige, mais ici en Crimée, l'automne se prolonge dans toute sa mûre beauté. Les forêts débordent de couleurs, du verdoiement au jaune évanescent, du violet au violent. Et les vignes déploient plus de rouges et de pourpres que microsoft n'en imaginera jamais. Des ruisseaux joueurs dévalent les pentes raides, depuis les plateaux âpres et nus, jusqu'à la mer profonde et placide, bondissant en cascades coquettes. Les routes qui sillonnent ces coteaux avec des virages impossibles sont vides, et les palaces que je visite partagent avec moi seul l'histoire unique de cette terre.

 

 

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Mis en ligne par Théroigne le 25.12.2012


23:01 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2012

Il était une fois un paradis...

 

 

1 - MAGRITTE - Les merveilles de la nature - 1953. jpg.jpg

 

« Il était une fois un paradis…


dont la construction remontait au temps où l'esprit planait sur les eaux. L'eau a fini par s'évaporer. C'est pourquoi les anges ont des ailes, sinon ils auraient des nageoires. »

Dans son Interlude n°2, Aline de Dieguez, avant de continuer sa remontée aux sources de tant de misères actuelles, livre à ceux que l’humour n’a pas déserté, sa version personnelle de la création du monde.

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Le véridique récit de la Genèse

Aline de Dieguez

 

Une terre est alors apparue.

Les plantes et les animaux y prospéraient dans une harmonie qui réjouissait la vue et la logique: petits soleils terrestres, melons mamelus et potirons bien ronds s'arrimaient au sol par de mignonnes vrilles, tandis que les prunes et les cerises se balançaient dans les hauteurs et piquetaient l'azur de taches écarlates. Tous les animaux cohabitaient fraternellement : la souris tirait les moustaches du chat, le loup et l'agneau se désaltéraient côte à côte le long d'une onde claire et l'éléphant soulevait très haut ses grosses pattes afin que les lézards qui paressaient au soleil eussent le temps de se réveiller et de se mettre à l'abri.

 Un jour, l'esprit chagrin et pisse-vinaigre qui administrait le verger décida de mettre de l'ordre dans cette luxuriance brouillonne et bon enfant. Ce coquin tendit un piège à deux bêtas qui baguenaudaient dans la clairière.

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En guise de respiration entre l’interlude et la « pièce de résistance », plus tellement humoristique, nous vous offrons une petite Histoire de Yahvé en BD :

 

http://enutil.canalblog.com/archives/2011/04/25/20975707.html

 

Il semble que le dessinateur ait eu comme une prémonition de la suite.

 

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2 bis - guerre des dieux - fantasy-fantastic-guerre-dieux-big.jpg


Aline de Dieguez


AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

 

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. " ( Edward Mandell HOUSE )

 

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2ème Partie

Aux sources du sionisme

 

XIV – La guerre des dieux


A - L'enjeu du conflit

 S'il est avéré que les hommes marchentsur la terre, il n'est pas moins vrai qu'ils habitentdans la moyenne région de l'air. Est-ce en leur corps, est-ce hors de leur corps, ils ne savent? Dans un espace flottant, ni sur la terre ferme, ni dans l'infini, ils sont persuadés qu'ils cohabitent avec des personnages ni entièrement vaporeux, ni entièrement corporels et qu'ils appellent des dieux. Or, ces personnages aussi mystérieux qu'insaisissables sont les véritables maîtres de leur destin terrestre et, croient-ils, extra, infra et supra terrestre.

Longtemps, bien longtemps avant la célèbre "Guerre des deux roses" que connut l'Angleterre au XVe siècle, la Palestine, puis le monde occidental tout entier furent déchirés par une guerre autrement plus féroce et plus durable que le conflit qui opposa les partisans de deux prétendants au trône de nos voisins Grands Bretons et plus fertile en rebondissements que l'illustre "Guerre des fouaces" qui opposa, nous raconte François Rabelais dans son Gargantua,Picrochole à Grandgousier.

 Quant à la Guerre de cent ans, elle fait figure d'aimable plaisanterie à côté de la conflagration qui embrasa la planète durant deux millénaires. Je veux parler de la fabuleuse « Guerre des deux Célestes »

 

3 - Miniature-Mont-Athos-Jesus-priant-son-Pere.jpg

Jésus priant son Père – Miniature du Mont Athos

 

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Où l’on apprendra que la tant vantée consubstantialité des « trois qui n’en font qu’un » fut surtout une guerre au finish entre un père et un fils, tous deux bien décidés à régner seuls.

 

 

*


Ah, si le « vieux barbu avec sa casserole sur la tête » (Vallès dixit), avait eu le sourire de Giuseppe !

 

Giuseppe - Les ailes du paradis

 


*

 Et dans le monde d’ici-bas, celui des infidèles et des sans-dieu, que se passe-t-il ?

 

Humanisme...

Droits de l'homme...

Droit de grève...

Justice...

Fariboles...

... mais les mineurs de fond sont-ils vraiment des hommes ?

Lu dans les gazettes :

 

5 _ journal.jpg

L'histoire se passe en 1948. Oui, je sais, c'est vieux, il y avait encore des mines en activité (se reporter pour info à l'article « Chiens écrasés » de Marcel Aymé dans notre post précédent). Les mineurs du Nord-Pas-de-Calais s'étaient mis en grève. Une grande grève. Pas pour de rire. Et pas sans de fortes raisons.

Le gouvernement de l'époque – du rad-soc Henri Queuille - dont le ministre de l'Intérieur, le Manuel Valls du temps, était le socialiste Jules Moch, décide de quoi ? De tirer dans le tas. Fusils, matraques, trois mille arrestations. Histoire de les mater. (Cela se passe deux ans avant que le socialiste belge Paul-Henri Spaak fasse tourner les canons contre ses propres électeurs et décrète que « la Belgique a besoin de monarchie comme de pain », ce qu'approuve des deux mains le généralissime Franco. Pardon, c'était une parenthèse.)

 Des centaines de grévistes, dont d'authentiques héros de la Résistance, sont condamnés à de la prison ferme « pour entrave à la liberté du travail », alors que le droit de grève est reconnu par une loi, mais bast ! Les Houillères du Nord-Pas-de-Calais s'empressent de les virer. Des gens à casier chez nous ? Ouak beurk, pas de ça Lisette ! Dans les conditions de cet immédiat après-guerre, être licencié de la sorte signifie plus de logement, plus de remboursements médicaux, plus d'école pour les gosses. Que faire ? S'expatrier ou crever la dèche pendant des années... dans une autre région de France, où on peut se joindre aux immigrés sous-payés qui arrivent d'Italie, de Pologne, etc. Et même là : liste noire. Car les « Houillères » ont le bras long.

Les années passent et, un beau jour, la retraite finit quand même par arriver. L'un de ces anciens condamnés – il s'appelle Georges Carbonnier - occupe ses loisirs à mettre à jour ses vieux papiers et une idée lui vient. Avec 17 de ses camarades, ils va voir Tiennot Grumbach, avocat réputé de la cause ouvrière et lui raconte leur calvaire.

Il y avait évidemment prescription (selon que vous serez puissant ou misérable, les prescriptions vous favoriseront tôt ou pas, et on ne vous dit rien des amnisties-demandez-aux-généraux-félons-de-l'OAS). L'avocat réussit à faire révoquer la prescription et réclame réparation à la justice. Motifs : licenciements abusifs et terrorisme d'Etat.

6 - Norbert gilmez - article_1610-LIL03-GILMEZ.jpgLa justice n'est pas pressée. Georges Carbonnier meurt en 2006. C'est un des autres qui doit se présenter à sa place à l'audience enfin fixée, en avril 2011, devant le tribunal de Versailles. Il s'appelle Norbert Gilmez. Il a 91 ans.

Cette cour d'appel déclare officiellement révoquée la prescription et vote aux dix-sept plaignants (c. à d. surtout à leur veuves et descendants puisque presque tous sont morts) quelques clopinettes de dommages et intérêts : 30.000 € chacun.

Un semblant de justice a enfin été rendue.

Euh... c'est compter sans dame Christine Lagarde, l'alors ministre de l'Economie du gouvernement Fillon, qui a sous sa tutelle les Charbonnages de France. Et que fait dame Lagarde ? Elle introduit un pourvoi en cassation contre la cassation..

Survient le changement de gouvernement. Les avocats des mineurs espèrent que la nouvelle majorité abandonnera ces nouvelles honteuses poursuites, au bout de 64 ans. Euh... eh bien, non. Prié de s'expliquer, le ministère de M. Pierre Moscovici n'a pas jugé utile de répondre du tout. Avec les manants, n'est-ce pas plus simple ?

Et ce 13 octobre 2012 :

La Cour de cassation vient d'annuler la condamnation contre les Charbonnages de France pour licenciements abusifs des mineurs grévistes de 1948 et 1952. La prescription levée l'an dernier par la cour d'appel de Versailles s'est ainsi brutalement rabattue sur les ex-mineurs.

Ce qui veut dire que les malheureux vont sans doute devoir rembourser les clopinettes et apprendre une bonne fois pour toutes, par le fait, comment les riches deviennent riches et comment ils le restent.

C'est que, voyez-vous, l'histoire est en train de se répéter dans les Asturies, le Leon, l'Aragon... et que les Prix Nobel de la Paix européens ne se mordent pas entre eux.

Nos excuses pour cette video en anglais – Youtube a supprimé toutes les videos relatives à ces événements en espagnol et en français.


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Choses sérieuses ou prétendues telles :

 

On vote cette semaine aux U.S.A.

Pour élire ou réélire un grand timonier

 

Un citoyen US appelle ses compatriotes à s’abstenir. Il explique comment et pourquoi :

Voter pour la mort

par Linh Dinh

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4 octobre 2012, "Information Clearing House"

Amérique, tu es devenue une  nation de complices et de défenseurs de la tyrannie et des meurtres de masse. Alors même que tu condamnes les nazis et les gardiens des goulags d’autrefois, tu célèbres tes propres mercenaires et bourreaux et tu minimises, voire glorifies, les crimes indicibles commis par tes fils et tes filles. Tant que tes soldats sont payés et que tes usines d’armement ronronnent, tu ne te soucies pas de savoir qui tu assassines.

Confortablement nichés dans leurs Luna Parks universitaires, tes intellectuels les plus en vue penchent légèrement à gauche ou à droite, mais jamais assez pour mettre en péril ce navire en feu, craignant trop de gâcher les cocktail-parties ou, dieu les en préserve, d’être révoqués de leurs postes. Des antipasti plein la bouche, ils sont experts dans l’art d’esquiver les sujets tels que la pléthore de crimes d'Israël, le 11 septembre 2001, la fausse mort de Ben Laden ou la Réserve Fédérale parasite et, à l’approche d’une nouvelle élection-mascarade, leur enthousiasme va aux candidats qui prônent les guerres illégales et les fraudes bancaires, puisque les unes comme les autres sont à leurs yeux des moindres maux.

Lors des cinq dernières élections, les vainqueurs l’ont emporté avec respectivement 52.9%, 50.7%, 47.9%, 49.2% et 43%  des votes populaires, ce qui dans aucun des cas n’a représenté un mandat écrasant, les finalistes de l’autre parti majoritaire arrivant bien souvent juste sur leurs talons, et depuis 2000, les devançant même par le nombre réel de voix, le système bipartite a confisqué notre vie publique et  nos porte-monnaie. Quant à nos sénateurs, seuls deux d’entre eux ne sont ni démocrates ni républicains. A partir de là, une élection aux Etats-Unis n’est plus qu’un référendum bidon en faveur de ce système profondément corrompu et meurtrier ; et, par le seul fait de voter, vous lui donnez le feu vert pour qu'il continue ses massacres et ses pillages. Tous les quatre ans, on nous amène par le bout du nez à cautionner  une guerre qui n’en finit pas et une corruption qui n'a pas de fond. Si nous nous montrons déçus, nos média abrutissants et laveurs de cerveaux sont là pour faire de nous des clones de ceux qui nous violent.

Le « Bon Vieux Parti » (républicain, NdK) flanque la frousse aux classes moyennes et supérieures en les menaçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Dems vous piqueront votre fric durement gagné pour le refiler à des parasites, des accros au crack et autres ratés de toutes sortes ! », tandis que dans le même temps les démocrates paniquent à leur tour les classes inférieures en les semonçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Reps laisseront pourrir vos culs à couches de retraités sous un pont, vous dormirez sur un bout de carton ! » mais, seigneur, seigneur, seigneur, tout ça est déjà en train de se passer, alors, motus sur les détails.

Il est dans l'ordre qu'au moment où notre bulletin de vote le plus important n'a pratiquement plus de signification,  on nous fourgue une myriade d’incitations à voter pour des tas de choses et de gens insignifiants, qui vont des balourds chantants aux bouffons dansants, en passant par les hypertrophiés aux anabolisants. Les Américains n’ont jamais autant ni aussi souvent voté pour rien.

Chaque parti dépeint l’autre comme le mal absolu, alors que tous deux sont prostitués jusqu'à la glotte à un complexe militaro-bancaire qui n'en finit pas de répandre le malheur et la destruction dans le monde entier, y compris ici. Tout en délocalisant vos emplois, il peut se faire qu'ils vous balancent un téléphone cellulaire gratuit ou vous permettent de vous marier avec un partenaire de votre sexe, mais, sérieusement, le temps n'est-il pas venu d’exiger que notre argent soit dépensé de manière responsable et dans notre intérêt ? Hélas, non : tout ce qu’il nous est pemis de faire, c'est mendier de misérables petites modifications sans portée, au lieu d'exiger et d’obtenir des changements véritables, et nous devons voter, et revoter encore, pour des menteurs et des criminels avérés, et espérer contre toute évidence que, cette fois, ils ne nous empaleront pas. Cela ne vous fait-il rien de sentir tous ces mensonges et ces trahisons vous sodomiser à sec ? Mais, le pire de tout, c'est que c'est vous-mêmes qui avez permis à cette chose de vous arriver, même si ce n'est que symboliquement, en votant comme vous l'avez fait pour l'un des deux partis de la guerre et de la corruption tous azimuts. Tout laisse penser qu'ils vont encore obtenir 99% de vos voix, et l'Amérique aura encore une fois soutenu en masse un programme ouvertement criminel, et le monde en sera une fois de plus atterré.

Avec sa dynamite de bande dessinée, le récent discours de Netanyahu à l'ONU rappelle Powell et son graphique bidon d'avant l’invasion de l’Irak, mais Bush, au moins, avait essayé de convaincre qu'une guerre était nécessaire, alors qu’Obama ne s’est même pas donné cette peine. Ignorant le Congrès et le peuple américain, il a simplement donné l’ordre de bombarder massivement la Lybie, crime qu'il a cyniquement qualifié d’«action militaire cinétique», déchaîné des frappes moindres contre la Somalie, le Yémen et le Pakistan, et envoyé en Syrie des terroristes mercenaires, tout cela sans aucune protestation notable de notre peuple anesthésié ni de notre intelligentsia rampante.

Abrutis par la propagande non-stop menée par nos media aux ordres dans cette maison (de fous) des miroirs, nous ne voyons pas et nous ne nous soucions pas de la manière dont les autres nous perçoivent, car, alors même que des protestations internationales s'élèvent, que nos drapeaux brûlent, que nos soldats sont tués par de prétendus alliés et que, sondage après sondage, nous apparaissons comme une des nations les plus méprisées sur la terre,  nous continuons de croire que nous sommes aimés et admirés de par le monde. Nos politiciens ne sont que trop heureux de flatter ce sentiment de vanité. Romney, «  Nous avons la responsabilité morale de maintenir l’Amérique au rang de la nation la plus forte sur terre, l’espoir de la terre, la cité brillante sur la colline. » Obama, « Ne soyez jamais contre les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont été, et seront toujours, la seule nation indispensable aux affaires du monde. » Seuls des enfants peuvent croire en quoi que ce soit d'éternel, mais c’est ainsi que nos papas et nos mamans politiciens nous parlent aujourd’hui.

Ainsi, le monde sera une fois de plus atterré, comme le sera la postérité, à moins que nous ne puissions prouver que nous ne nous tenons pas tous derrière le criminel heureux. Déjà, presque la moitié des Américains ne donnent plus leur voix dans aucune élection, mais nous devons en faire une abstention volontaire, un signe de protestation clair et non pas un acte d’apathie. Le monde doit voir que les Américains ne sont pas tous aussi dérangés et hypnotisés que ceux qui votent avec allégresse pour un criminel après l’autre. Nous valons mieux que ça, alors prouvons-le. Imaginez des milliers d’entre nous dans des lieux publics, déclarant « PAS EN NOTRE NOM ! » Plus tôt nous pourrons divorcer d'avec notre gouvernement voyou, plus tôt nous pourrons nous en débarrasser. A défaut de mieux,  résister à cette farce électorale, c'est nous laver les mains, au moins partiellement, du sang innocent que l'on verse. C’est la seule décision morale.

Linh Dinh est un poète, auteur, traducteur et photographe vietnamo-américain né à Saïgon en 1963 et arrivé aux Etats-Unis en 1975. Il est l’auteur de deux livres de nouvelles, de cinq recueils de poèmes, et d'un roman qui vient juste de sortir, Love Like Hate. Il a traduit des poètes occidentaux en vietnamien et des poètes vietnamiens en anglais. Il témoigne de l'évolution de notre société en déclin par les photos qu’il publie très fréquemment sur son blog State of the Union.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32649.htm

 

traduction de Kahem

pour Les Grosses Orchades

 

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Analyse confirmée par Thierry Meyssan, toujours aussi lucide et parfaitement informé :

Show électoral aux Etats-Unis

 Au cours des 30 dernières années, aucune élection présidentielle US n’a marqué de changement dans la politique extérieure de Washington. Les décisions importantes ont toujours été prises en dehors de cette échéance. Il est tout à fait évident que le président est le maître d’œuvre d’une politique dont il n’est pas le décideur. L’impérialisme yankee sera t-il plus performant avec le sourire d’Obama ou avec celui de Romney ?

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Et pendant qu’on y est, et parce que le sort des Syriens nous importe au moins autant que celui des citoyens US :

 

Les mauvais perdants de la crise syrienne

En 2010, la France a fait le choix de relancer sa politique coloniale. Cela l’a conduit à changer le régime en Côte d’Ivoire et en Libye, puis à essayer de la faire en Syrie. Mais face à l’échec de cette troisième opération, Paris se trouve emporté par les événements qu’il a provoqués. Après avoir armé et encadré des groupes terroristes en Syrie, la DGSE a frappé au cœur de la capitale libanaise.

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Enfin, pour le cas où d’aucuns n’auraient pas compris en quoi tout ceci nous concerne, rien ne vaut un saut chez Jean-Pierre Dubois qui, sur son blog Le Petit Blanquiste, se fait un plaisir et un devoir de nous le rappeler :

 

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17 octobre 2012

Européocentrisme et impérialisme

Sans réalité géographique, « Occident » est un euphémisme utilisé pour désigner le bloc des pays capitalistes/impérialistes constitué des principales puissances européennes et de certaines de leurs extensions historiques : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

Les peuples de ces pays, qui ne représentent qu'environ 20% de la population mondiale, ont le privilège de bénéficier du niveau de vie moyen le plus élevé de la planète.

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 31 octobre 2012

Etats-Unis : Pseudo-démocratie et vraie idéologie

« Parce que l’armée reste dans les casernes et que la domination n’est pas totale, nous pouvons prétendre vivre en "démocratie" », observait Howard Zinn. [1]

« Son ouverture et sa souplesse rendent une telle société plus séduisante que bien d’autres, mais elles induisent également un type de contrôle bien plus efficace ».

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 Vient de tomber, au moment où nous mettons en ligne :

 

Cercle des volontaires

 Bibi à l’Elysée : Juifs, « faites d’Israël, votre chez vous ». Un affront aux juifs, un affront à la République.

 

IN ACTUALITÉ, FRANCE, TRIBUNE / BY JONATHAN MOADAB / ON 1 NOVEMBRE 2012 AT 11 H 38 MIN /

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Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, actuellement en visite en France, a exercé ses talents de VRP à l’Elysée pour l’Agence Juive. Il a en effet appelé les citoyens français juifs à partir en Israël pour en faire leur « chez eux ».(Voir la vidéo BFM)

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« Jusques à quand nous les briseras-tu, François Normal, avec tes c…….s impérialistes étiquetées socialotes ? »

 

Questions d’Hugo Chavez au président  de la République (sic) Française…

 


 

« Il est espiègle le roi d’Espagne ! »

et quelques considérations du même sur l’Empire, en réponse à une improbable descendante de Newton, qui réussit le tour de force de faire la gueule pendant  20 minutes sans reprendre haleine.

 


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 Pour prendre date :

 

Tous place Stalingrad à Paris le 2 février 2013, pour le 70ème anniversaire de la bataille !

Le rassemblement national avec représentation internationale aura lieu

SAMEDI 2 FÉVRIER 2013 à 15 h. 00

Place de la bataille de Stalingrad à Paris  

(métro Stalingrad)

avec prises de parole et dépôt de fleurs au monument des héros de Stalingrad.

 

Lire ici…

 

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Combien de temps avant que Volgograd retrouve son véritable nom ? Il est étonnant, vu leurs habitudes, que les bookmakers grands-bretons n’aient pas encore ouvert de paris là-dessus.

 

mis en ligne par Théroigne  le 1er novembre 2012.

 

 

 

 

07/10/2012

Guerre à la guerre nondedieu !

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Guerre à la guerre nondedieu !

 

Et à tous ceux qui nous y poussent.

 

Non, vous ne verrez pas ici Benjamin Netanyahu à l'ONU, on l'a vu partout.

 

Pour la bombinette, c'est dans L'oreille cassée. Page 23, Tintin et le général Alcazar jouent aux échecs. Un terroriste armé d'une bombe à la mèche allumée s'apprête à lancer celle-ci sous la fenêtre de la pièce où se trouvent Tintin et le général. Page 24, la bombe arrive dans le bureau et Tintin la rejette par la fenêtre.

Et vous direz qu'on ne vous gâte pas !

 

 

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Сднемрождения

 

À Moscou, ce dimanche 7 octobre,

le président Vladimir Poutine a fêté ses 60 ans.

Occasion rêvée pour nos média de masse de distiller un peu de fiel.

 

3 - medias de masse 0_a_Bock_m_dias.jpg

 

Ils ne vont pas faire de cadeaux non plus à Hugo Chavez,

qui vient d'être réélu comme prévu

à la présidence du Venezuela.

 

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 Une ou deux photos que vous ne verrez pas dans votre pressetituée habituelle :

4 - chavez_ccs10.jpg

5 - Caracas - 7.10.12   -51.jpg

 

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 On était dimanche. Nous revoici, à la bourre. Et pas tout de suite sur la guerre. Quoique...

*

La charité est la mère de tous les vices. Elle dégrade ceux qui la font autant que ceux qui la reçoivent.

Au tout début des années 1780, Jean-Joseph FYON, jeune bourgmestre(1) de Verviers, en Principauté de Liège(2), prenait, avec ses amis politiques, une décision qu'on peut qualifier de révolutionnaire : celle de soustraire l'éducation des orphelins à la charité de l'Église, en les rendant autonomes dès leur plus jeune âge. Jusque là, le clergé local avait, seul, grâce aux aumônes reçues en leur nom, assumé la responsabilité de les maintenir en vie et de les éduquer.

 La révolution apportée par Fyon consistait en deux ou trois décisions simples, appliquées aussitôt que décidées : construire un orphelinat adapté à la vie en commun d'enfants depuis le berceau jusqu'à la majorité, rétribuer des enseignants clercs ou laïcs, chargés de leur donner une base d'instruction aussi solide que s'ils eussent eu des parents pour y pourvoir, et leur apprendre un métier.

 Pour ce métier, qu'ils allaient commencer à exercer à mi-temps dès l'âge de sept ans, ils recevraient un salaire, géré pendant leur minorité par la Commune, qui y prélèverait des sommes concourant à les nourrir, à les habiller, les loger, les soigner et les chauffer, et qui mettrait en réserve le reste, de quoi leur constituer un pécule de départ dans la vie, qu'ils recevraient à leur majorité.

 Fyon et les siens estimaient que la vie et l'éducation de ces enfants étaient la responsabilité de tous et ne pouvaient être laissées au bon vouloir – c'est-à-dire au caprice – des chrétiens, si généreux fussent-ils. C'était une question de principe : qu'ils soient éduqués, armés pour la vie et maintenus en bonne santé était un dû, pas une libéralité. D'où l'instauration d'un impôt approprié, prélevé selon les moyens de chacun, autre innovation lourde de sens et de conséquences. Le but : que les enfants n'aient jamais à dire merci à personne pour des soins élémentaires, qu'ils soient et qu'ils restent non dépendants.

 Ce sont ces principes et ces dispositions qu'allait reprendre, presque trait pour trait, des années plus tard, Michel Lepeletier de Saint-Fargeau dans son fameux et trop méconnu Plan d'Éducation Nationale (allez, chiche, on vous le balance un de ces jours !), plan que Maximilien Robespierre défendrait bec et ongles et réussirait à faire voter à la quasi unanimité, après y avoir apporté quelques modifications de son cru (dictature ! dictature ! Encouragée par toute l'Assemblée Nationale en plus), comme doubler le salaire des instituteurs/trices, dont il estimait le rôle, pour la République, égal à celui de généraux gagnant des batailles, et allouer aux orphelins, dès l'âge de 7 ans, un argent de poche censé les habituer à leur autonomie financière pour plus tard. Ce Plan, qui interdisait – idée chère à Lepeletier - l'endoctrinement des gosses par quelque religion ou philosophie que ce fût jusqu'à leur majorité , c'est-à-dire jusqu'à ce qu'ils soient en état de faire un choix par eux-mêmes (et voilà pour le « curé » de l'Être Suprême), n'a jamais pu être appliqué pour cause d'assassinat de ses auteurs. Y revenir aujourd'hui pour l'essentiel ne serait pas un luxe, est peut-être même une nécessité urgente.

 Pourquoi vous parler de cela aujourd'hui, en plein post d'opposition à la guerre ? Parce qu'au moment où nous allions le mettre en ligne sont arrivés non seulement l'anniversaire de Vladimir Poutine et la victoire électorale d'Hugo Chavez, mais aussi un remarquable article de Gérard Mordillat, si important à nos yeux qu'il en prend le pas sur tout le reste. Notre post sera donc, comme d'habitude, interminable, mais...

si vous devez n'en lire qu'une seule page, lisez celle-là !

Contre la charité, par Gérard Mordillat

1. Maximilien Robespierre bis jpg.jpg

Le 2 décembre 1792 Robespierre déclarait à la tribune de la Convention : « Quel est l’objet de la société ? C’est le maintien des droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous ses membres les moyens d’exister ». Exister n’est pas un droit, c’est un fait : l’homme existe mais les conditions de son existence sont – pardon de le préciser ! – tout entières régies et conditionnées par la société dans laquelle il vit ; il est à la fois l’acteur et le produit de cette société. Reconnaître aux hommes et aux femmes, en tant que citoyens, d’avoir des droits, c’est leur reconnaître d’abord le droit d’avoir des droits.

Des droits égaux à celui de leurs semblables.

Or, dans la société où nous sommes, (sans chercher à regarder plus loin que la France en 2012, mais cela vaut pour l'Europe et tout le monde occidental), chaque jour le droit d’avoir des droits est combattu par toutes les forces réactionnaires, la droite au sens large, le patronat, ses organisations, ses affidés, ses hérauts dans les médias . Les sans-droits prolifèrent ; qu’ils soient sans papiers, sans abri, sans travail, sans logement…

Car, si, juridiquement, les citoyens ne sont privés de leurs droits qu’en matière criminelle, dans les faits, l’individu que l’accumulation des malheurs, la perte d’un emploi, d’un logement, d’une famille pousse hors de la société, se retrouve, sans droits, non techniquement, mais pratiquement.

Incapable de faire reconnaître ses droits, de les faire accepter et appliquer à son profit, cet individu n’a plus le droit d’exister.

Il est, mais il n’existe pas.

Lorsqu’il a utilisé son ignoble expression « la France d’en bas », Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre français, a parfaitement entériné cette rupture du principe d’égalité, puisqu’il se voyait, lui, de « la France d’en haut », condescendant, penché vers le sol, la terre, la foule indistincte du peuple, des autres, étrangers à sa classe, à son clan, à son parti…

Une fois rompu le principe d’égalité entre les citoyens, une fois vendue l’idée de deux réalités sociales et politiques, l’une supérieure à l’autre, une fois acceptée comme naturelle et inévitable la multiplication des injustices : injustice salariale, injustice fiscale, injustice sociale etc. que voit-on ?

On voit la charité se substituer à l’égalité.

La charité abroge l’égalité.

 La charité est fondamentalement une notion religieuse. Elle est un des cinq piliers de l'Islam et présente également dans la tradition juive et chrétienne « vendez vos biens et donnez-les en aumônes » faisait-on dire à Jésus dans l’évangile selon Luc (Lc 12-33). Mais il est évident, comme l’enseigne la sagesse des nations, que « charité bien ordonnée commence par soi-même », tant il est vrai que le geste charitable est d’abord gratifiant pour celui qui l’accomplit avant même d’atteindre celui qu’il secourt. Gratifiant dans la mesure où la charité est toujours publique et doit toujours l’être pour exprimer sa valeur sans attendre la rétribution de l’au-delà. Il faut non seulement donner mais se montrer donnant. Que ce soit dans l’Antiquité ou au XIXe siècle quand les bourgeois organisaient « la donne » en faisant aligner les pauvres devant chez eux pour leur distribuer de la soupe jusqu’au déploiement médiatique de la charité business des XXe et XXIe siècles : Téléthon, Sidathon, Pièces jaunes et autre bazar des bonnes œuvres et des grands profits…

Cette idée de « charité » a désormais glissé le champ du religieux pour s’enraciner dans celui du politique. Ou, plus exactement, disons que le politique a investi le canal religieux pour se désengager des devoirs qui lui incombent, tout en produisant une image séduisante qui masque la réalité de ses actions ou de son inaction. Comme le disait déjà Roland Barthes, dans Mythologies, à propos de l’abbé Pierre : « j’en viens à me demander si la belle et touchante iconographie de l’abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise une fois de plus pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».

La charité se vend d’abord elle-même et c’est en cela qu’elle lève un nuage de fumée devant le réel. Cyniquement, à bon compte, elle permet à peu de frais de se grandir aux yeux des autres et à ses propres yeux sans jamais toucher aux causes de sa nécessité. Ainsi, dans le réel, dans la société où nous vivons, on est passé du droit d’exister à l’existence d’aumônes pour vivre, voire pour survivre. La charité ne coûte rien à ceux à qui elle devrait coûter, alors que l’application de lois sociales remettrait en cause l’injuste répartition des richesses et la criminelle inégalité qu’elle produit entre les citoyens.

 Il suffit d’ouvrir les journaux, ou tout simplement de regarder autour de soi, pour voir que les désengagements successifs de l’état - des états - l’idéologie capitaliste néo-libérale, la loi du marché, font qu'en France comme ailleurs la première des lois sociales dont parlait Robespierre, celle de garantir à tous ses membres les moyens d’exister, est vilipendée, stigmatisée, décrétée caduque, obsolète, dépassée. Mais comme il faut, ne serait-ce qu’au nom du maintien d’une paix civile, assurer un minimum de moyens aux citoyens qui sans cela ne pourraient vivre et se révolteraient, petit à petit s’est imposée la pratique d’une charité à grande échelle se substituant à la nation et à l’état.

La charité vaut comme signal d’alerte. Les domaines où elle s’exerce sont des marqueurs du réel.

C’est-à-dire d’où-ça-ne-va-pas.
A partir de là, il ne faut pas confondre le symptôme et la maladie.

 « Les Restos du Cœur », cette remarquable initiative de Coluche, porte par sa réussite même (le mot « réussite » est cruel), disons par sa pérennisation et son développement, la plus terrible accusation contre un système qui condamne tant et tant à s’en remettre à la générosité individuelle, alors que les moyens d’existence des uns et des autres devraient, au nom de l’égalité et de la justice, être assurés par l’état lui-même et garantis par la loi.

A titre d’exemple de cette perversion des valeurs, de ce détournement, il faut entendre le lieu commun qui accorde aux patrons la licence de « donner » du travail.

Donner !

Dans notre société capitaliste néo-libérale, rien n’est donné, surtout pas le travail. Aucun employeur n’est un saint offrant son manteau à un pauvre démuni et il n'est pas nécessaire d'avoir lu Marx pour savoir que le salarié vend sa force de travail à celui qui l'emploie. Le patron est un commerçant qui achète au plus bas prix, le savoir, le métier, la technique que l’ouvrier, l’employé, le cadre, l’ingénieur lui cède. Et que cette acquisition de la force de travail offre pour particularité de rapporter plus qu'elle ne coûte. C'est indépassable plus-value. Inutile aussi d'avoir lu Marcel Mauss, pour constater que lorsqu’un employeur (du patron de PME à la multinationale) « donne » du travail, ce « don » occulte en réalité la manifestation de son pouvoir - qu’il soit financier ou industriel - l’installation d’une subordination, d’une domination d’un individu sur un autre. C’est un marché parfaitement inégalitaire que le vocabulaire voudrait draper de vertu. 

La charité est cousue d’un drap de même tissu. C’est un leurre comme celui qu’on agite au nez des taureaux dans l’arène. Derrière il n’y a que du vide, du rien, du vent… dans la mesure où, aussi grandiose soit-il, un acte de charité ne s’attaque pas aux causes qui l’ont rendu nécessaire mais soigne, je le répète, avec les moyens du bord, les effets des catastrophes, qu’elles soient sociales, économiques ou personnelles.

L’objection est aisée : vaudrait-il mieux ne rien faire ?

Demeurer le spectateur aux bras croisés, indifférent aux souffrances, à la misère, au désarroi…
Bien évidemment non.

 La réponse est nécessairement politique puisqu’il y va de la justice et du rétablissement de l’égalité entre tous. L'égalité est le concept fondamental de la République. Les révolutionnaires français (et Robespierre en premier !) l'avaient parfaitement compris, la plaçant entre la liberté et la fraternité dans la devise qu'ils nous ont transmise. Il est évident que la liberté poussée à son extrême peut conduire à l'oppression (exemple le capitalisme) et que la fraternité (on dirait aujourd'hui la solidarité) suppose de la vertu et qu'il n'est pas prouvé que l'homme soit vertueux par nature. Il revient donc à l'Etat d'assurer le juste équilibre entre la liberté à laquelle chacun aspire et la solidarité dans la répartitions des richesses de la nation ; richesses non seulement économiques mais aussi intellectuelles, culturelles, scientifiques….

A l’idéologie libérale (du nom que veut se donner le capitalisme pour faire meilleure figure), celle qui professe que la société n’existe pas, qu’il n’y a que l’individu et sa famille, il faut opposer l’idée du droit d’exister comme un droit imprescriptible, garanti par la loi et non dépendant de la bonne ou de la mauvaise conscience individuelle. Je ne suis pas naïf, cette égalité est un idéal vers lequel nous devons tendre, pas un équarrissage pour tous, ni une utopie totalitaire. Pour dire les choses autrement : tant qu’il y aura de la charité, il y aura de l’injustice ; plus il y aura d'égalité, plus il y aura du droit, plus il y aura de la justice…

Une fois encore, je veux l'affirmer avec force, la France n’a pas besoin de réformes, elle a besoin d’une révolution, d’une insurrection des idées, des consciences, d'une nouvelle nuit du 4 août pour qu'à nouveau soient abolis les privilèges qui offensent la justice et l’égalité ; pour que plus personne, jamais, n’ait à tendre la main, à s’humilier, à supplier, à réclamer la charité pour exister. Vous me direz que je rêve, que ce n’est que folie, déraison mais, tant pis pour moi ou tant mieux, je crois à la puissance du rêve capable, jusqu’à la déraison, de transformer le monde.

Version intégrale de la tribune parue dans l'Humanité des débats de ce vendredi 5 octobre.

Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste

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(1) Bourgmestre et commune étaient et sont encore à la Belgique ce que maire et municipalité sont à la France.

(2) Principauté théocratique de même qu'aujourd'hui l'Iran est une République théocratique.

 

Pour la baudruche de la nuit du 4 août (1789), voir Henri Guillemin. Nous lui préférerons toujours la journée du 10 août (1792). Mais Mordillat a raison de rappeler que, comme la République est Une et Indivisible, les trois branches de sa devise « Liberté-Égalité-Fraternité » sont indissociables et que faire abstraction de l'une condamne les autres au néant.


*

 

Les Français POUR la guerre

ostracisant les Français CONTRE

et quelques étrangers de raccroc.

 

2. Affiche Fête de l'Huma par Breughel l'Ancien.jpg

 « Les Gauches européennes »

Affiche pour la Fête de l'Huma, par Pieter Breughel l'Ancien

 

Guerre à la liberté de parole :

La « Gauche » française réduit au silence les intellectuels anti-guerre.

 

Par Gearóid Ó Colmáin

Global Research, 24 septembre 2012

Chaque année, le Parti Communiste Français (PCF) organise à Paris la Fête de l'Humanité, une festivité de gauche où se donnent des concerts et où les partis communistes d'un peu partout dans le monde tiennent des stands pour y échanger des livres, des tracts et des idées. De nombreux auteurs, journalistes et intellectuels y sont invités chaque année à participer à des débats sur la philosophie, la culture, la politique et l'actualité.

Mais cette année-ci restera probablement dans les mémoires pour les débats importants que les participants à la fête n'ont pas eu le droit d'y tenir. Deux auteurs, le physicien théorique belge Jean Bricmont et la journaliste française Caroline Fourest ont été forcés d'annuler leurs exposés suite à des manoeuvres d'intimidation et à des menaces de la part d'organisations s'appelant respectivement « Antifa » et « Les Indigènes de la République » .

3. Fourest Oumma.jpg

Caroline Fourest est une réactionnaire pro-israélienne qui se fait passer pour une féministe « de gauche ». Qu'elle ait été invitée à la Fête pour y plancher sur la montée de l'extrémisme islamiste et de l'extrême-droite française a dérangé beaucoup de gens à gauche.

Réactionnaire et islamophobe, Fourest l'est assurément, mais l'empêcher de parler ne fait pas que donner de la crédibilité à ses fausses théories, cela viole aussi son doit constitutionnel à la liberté d'expression.

Alors qu'elle était sur le point de parler des dangers de l'extrémisme islamique et de la montée du Front National (le parti d'extrême-droite français), des gens d'un groupe appelé Les Indigènes de la république sont entrés sous la tente qu'elle occupait et ont commencé à lancer des objets sur l'estrade. Certains ont même tenté de s'en prendre à elle physiquement.

La tente a été envahie alors par de plus en plus de protestataires qui criaient des slogans contre le racisme et l'islamophobie et qui ont fait mine de vouloir occuper l'estrade, sur quoi le public présent s'est mit à crier « liberté d'expression ! ». L'affrontement entre le public venu pour assister au débat et les protestataires venus pour l'empêcher s'est poursuivi pendant une vingtaine de minutes, chacun des deux camps traitant l'autre de « fasciste ».

Les Indigènes de la république ont fini par gagner : le débat a été annulé et Caroline Fourest a dû s'enfuir jusqu'à une voiture, sous la protection de gardes du corps.

Le jour suivant, le physicien, auteur et intellectuel belge Jean Bricmont devait faire un exposé infiniment plus important sur la crise en Syrie et le spécieux discours d'«intervention humanitaire» propagé par les media dominants pour justifier des guerres d'agression.

Depuis des années, Bricmont s'est fait le critique des politiques d'intervention militaire sous prétexte de protection des « droits de l'homme ». L'hérésie de Bricmont sur la question et son anti-sionisme ont fait de lui un paria dans les salons de l'intelligentsia convenable de France.

Les prises de position anti-impérialistes sans équivoque du physicien belge ont également fait de lui la cible d'une campagne de diffamation assez vile, tant sur Internet que dans les media français dominants, où on l'a traité de « rouge-brun », de « confusionniste », etc.

En outre, les franges les plus extrémistes de la police de la pensée qui sévissent sur l'Internet lui ont réservé une attention particulière. Quelques jours avant la Fête de l'Humanité, une organisation se disant « anti-fasciste et anarchiste », du nom d'Antifa, a lancé une campagne sur Indymedia contre la participation de Bricmont à la « Fête de l'Huma », dans laquelle ils menaçaient de l'attaquer physiquement, s'il osait aborder le sujet des interventions humanitaires. Dans le monde insane des activistes d'Antifa, l'opposition de Bricmont au terrorisme fomenté par l'OTAN en Libye et en Syrie fait de lui un « fasciste ».

Antifa n'est autre chose qu'un des groupes anarchistes internationaux actuellement utilisés par les services d'espionnage des états impérialistes pour semer la confusion et le chaos dans les rangs de la jeunesse mécontente et la pousser à commettre des actes violents irréfléchis, de façon à permettre à des états de plus en plus policiers d'arriver à leurs fins. Cette organisation en particulier prend pour cibles les intellectuels qui dénoncent le sionisme aussi bien que les organes de presse alternatifs qui mettent à nu les mécanismes et les institutions participant de l'impérialisme US à travers le monde. Et, bien entendu, elle fait tout cela sous les oripeaux de l'« anti-fascisme ».

Par leurs professions de foi débiles et la stupidité de leurs actes, les Antifa attirent des jeunes naïfs en colère, qui s'introduisent dans les manifestations en capuchons noirs pour y provoquer de violentes répressions policières et saboter ainsi toute résistance réelle et significative à l'actuel ordre des choses. En d'autres termes, Antifa est un groupe d'idiots utiles, dont le programme véritable est de promouvoir le fascisme sous couvert d'« anti-fascisme ».

Bricmont, informé de la campagne et des menaces le concernant, avait demandé aux organisateurs de la Fête de l'Huma d'assurer sa sécurité. Les responsables s'étaient engagés à le protéger. En dépit de quoi, une heure avant de prendre la parole, Bricmont fut averti que son exposé était annulé. Les menaces de violences des provocateurs d'Antifa avaient fourni à Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, le prétexte rêvé pour supprimer la conférence hérétique du scientifique belge. Pour les dirigeants de PCF, permettre à Bricmont de parler aurait risqué - du moins feignent-ils de le croire - de les faire passer pour les fantoches impérialistes de droite qu'ils sont, aux yeux de leurs adhérents dont le nombre ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin.

 

4. Capture-d’écran-2012-09-19-à-17.02.30.png

 Jean Bricmont en compagnie de Michel Collon, à la Fête de l'Huma .

 

La direction de la Fête de l'Huma a donc décidé qu'elle ne pouvait pas assurer la sécurité du physicien belge dans le cas d'une attaque des « Antifa ». Pourtant, la pontifesse pro-guerre et pro-israélienne Caroline Fourest avait, elle, obtenu sa pleine et entière protection, bien qu'ayant fait l'objet de menaces identiques.

Ceci n'est pas vraiment surprenant, si on considère que le journal L'Humanité est l'organisateur de la fête. L'Humanité a, en effet, apporté son soutien à la déstabilisation de la Syrie par l'OTAN, dès que la violence y a éclaté l'an dernier, se livrant à la même propagande de guerre, exactement, que ses concurrents « de droite ».

Selon le porte-parole du PCF en matière d'affaires internationales Jacques Fath, la seule solution susceptible de ramener la paix en Syrie est le renversement d'Assad. Fath ne fait, bien entendu, nulle mention des escadrons de la mort de l'OTAN qui n'ont cessé, depuis mars 2011 de tuer des civils innocents et des soldats des forces de sécurité, faits indéniables qui ont été vérifiés par de nombreux journalistes indépendants et admis par la mission d'observation de la Ligue Arabe elle-même.

Aucun des partis communistes de Syrie n'a été, non plus, invité à la Fête. Pourtant les deux partis communistes syriens Bakdash et Faisal Aka Unifié, ont obtenu onze sièges aux élections parlementaires qui ont suivi la mise en application de la nouvelle constitution démocratique de la Syrie, en mai de cette année.

Les deux partis ont constamment dénoncé le terrorisme fomenté contre leur pays par l'OTAN et par les états du Golfe, depuis que les violences ont éclaté à Darna en 2011. Aucune des deux formations n'a été autorisée à dresser un stand à la Fête communiste française.

Ceux qui croient que le Front de Gauche(1) de Jean-Luc Mélenchon (le candidat d'« extrême-gauche » qui a obtenu 11% des voix au premier tour de la dernière élection présidentielle) représente une quelconque alternative au statu quo, feraient bien de se rappeler que Mélenchon et le Front de Gauche ONT SOUTENU l'intervention de l'OTAN en Libye l'année dernière. Le FdG est une organisation qui prétend s'opposer à l'OTAN. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

 Les supporters de Mélenchon – un démagogue qui aime légitimer ses lettres de créance d'homme de gauche en prétendant soutenir le président Hugo Chavez du Venezuela et d'autres gouvernements latino-américains de centre gauche - n'ont pas l'air de se rendre compte que tous les pays de l'ALBA ont soutenu l'an dernier le colonel Kadhafi de Libye et, maintenant, déclarent ouvertement soutenir le président Bachar el-Assad, dans sa lutte contre l'OTAN et le terrorisme financé par les états du Golfe.

En 2011, alors que le président Hugo Chavez cherchait à s'entremettre dans la crise libyenne pour tenter d'empêcher une agression militaire contre ce pays, médiation qui était accueillie avec reconnaissance par le gouvernement libyen et qui aurait pu empêcher la guerre, il n'a reçu absolument aucun soutien de Jean-Luc Mélenchon, qui, aujourd'hui, pose néanmoins à l'anti-impérialiste. Mélenchon est un foutu menteur et un imposteur politique de la pire espèce.

Il n'est pas nécessaire d'être un physicien comme Jean Bricmont pour voir et pour comprendre l'horrible réalité de la guerre par procuration que l'OTAN mène en Syrie, mais quel camouflet inopportun cela eût été, si les soi-disant communistes de la Fête avaient été tout à coup mis en présence de la vérité nue, méphitique, sur les guerres humanitaires de l'OTAN et les dupes volontaires prétendument de gauche qui les soutiennent. Bricmont devait être baîllonné.

L'«extrême-gauche» française n'est rien d'autre qu'une bande hétéroclite, méprisable, de lâches, de menteurs et d'irresponsables, dont les egos boursouflés et les slogans creux trahissent à la perfection le cynisme absolu de la classe petite-bourgeoise qu'elle représente.

Mais il y a une autre raison encore à l'ostracisme de Bricmont par la « respectable » société  française : Bricmont est un scientifique, et ce scientifique est capable d'appliquer une pensée critique aux problèmes quotidiens qui se posent au citoyen lambda. Autrement dit, contrairement à ses collègues universitaires élitistes et conformistes, pour qui leurs communications commentées par leurs pairs, leurs titres et leur image sociale comptent plus que la vérité scientifique, Bricmont représente le type d'homme de science capable de soumettre à son microscope les lois qui gouvernent la société civile, lois dont le viol par les gouvernements occidentaux est commodément ignoré par les moines néo-scolastiques de l'université post-moderne.

Dans les jours qui ont suivi la Fête de l'Huma, l'expulsion de Caroline Fourest a été rapportée et commentée à grand bruit par tous les média conformes, qui n'ont évidemment pas manqué de vociférer au viol de la « liberté d'expression ».

Fourest est une des propagandistes majeures du Nouvel Ordre Mondial, et son ubiquité est telle dans le réseau touffu des media français, qu'elle y est devenue une référence familière. Fourest la belliciste y a donc été présentée comme une martyre des droits de l'homme, du féminisme et de la liberté d'expression grâce aux idiots utiles d'Antifa. Est-il besoin de dire que les harpies va-t-en-guerre de l'information couchée n'ont aucunement cru devoir mentionner le viol de la liberté de parole de Jean Bricmont ?

Si Fourest, Antifa, le PCF, le Front de Gauche et tout l'establishment français de pseudo-gauche avaient loisir d'en faire à leur guise, Bricmont et ceux de son espèce ne seraient plus jamais autorisés à monter sur une estrade pour y prendre la parole.

Les activistes qui admirent et ceux qui détestent Caroline Fourest peuvent s'époumoner tant qu'ils veulent à braire au « fasciste » dans leur burlesque et infantile théâtre de l'absurde : ce sont eux qui ouvrent la voie à la prise de pouvoir par l'extrême-droite dans ce pays, car les vrais fascistes du Front National de Marine Le Pen n'auront aucun mal à capitaliser sur leurs singeries. Qui osera blâmer l'ouvrier de base quand il se laissera séduire par les arguments fallacieux de Marine Le Pen, alors qu'il n'y a en face d'elle, pour lui porter la contradiction, que des bavards imbéciles ?

Ce n'est pas la première fois que d'authentiques activistes anti-guerre sont interdits de parole en France. Michel Collon, un journaliste belge, auteur et rédacteur en chef d'un site web d'informations et d'analyses, InvestigAction, s'est vu interdire de prendre la parole à la Bourse du Travail de Paris, le 9 novembre 2011, déjà par les agents provocateurs d'Antifa. Ces meutes servent l'état impérialiste en empêchant le public de débattre sérieusement de l'engagement de la France dans des guerres étrangères.

D'autres organisations ont fait l'objet d'attaques par les agents provocateurs d'Antifa ; l'URCF (Union des Révolutionnaires Communistes de France ) et le PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France ).

Ces organisations comptent parmi leurs adhérents d'authentiques héros de la Résistance et vrais combattants contre le fascisme. Le président du PRCF est Léon Landini, un homme qui, dans la Résistance Française, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, a mis hors combat 40 soldats nazis, a détruit 300 de leurs véhicules et a participé à des douzaines d'attaques contre leurs transports ferroviaires. L'URCF et le PRCF sont, à l'heure actuelle, les seules formations en France qui militent pour la reconstruction d'un véritable parti communiste.

A l'opposé des imposteurs du Front de Gauche, du PCF, du NPA et d'autres organisations du même genre, l'URCF et le PRCF apportent leur total soutien aux partis communistes de Syrie, dans la lutte qu'ils mènent contre l'agression fasciste de l'OTAN et des pétromonarchies du Golfe, et ils dénoncent aussi, sans équivoque, les mensonges et la désinformation de la presse réactionnaire française.

C'est un des accomplissements les plus remarquables de la propagande létale, dans l'histoire récente, que ce soient précisément ceux qui dénoncent les mensonges par lesquels on fait avaler au public des guerres d'agression travesties en interventions humanitaires, qui soient étiquetés « fascistes », alors que ceux qui battent sans scrupule aucun les tambours de guerre passent pour être « de gauche » et « progressistes ». C'est là le modèle général vendu une fois pour toutes par l'ensemble des media français, et les vrais intellectuels anti-impérialistes paient au prix fort leur intégrité, en faisant l'objet d'une véritable chasse aux sorcières qui s'acharne sans répit sur leur « hérésie ».

La censure exercée contre Jean Bricmont par l'establishment libéral dit « de gauche » est un signe de la direction profondément dangereuse qu'est en train de prendre la société française : la voie d'une nouvelle forme de totalitarisme, où la pensée critique est tuée par les platitudes, les slogans émasculés de sens et le jargon fumeux de la caste qui prétend dominer la pensée.

Le comportement inadmissible, malhonnête et odieux de la petite bourgeoisie pseudo de gauche conduira inéluctablement, s'il n'est combattu, à un dénouement sinistre de cette farce tragi-comique qu'est la France contemporaine.

Source :

http://www.globalresearch.ca/the-war-on-freedom-of-speech-frances-left-silences-anti-war-intellectuals/

Traduction de Catherine L. pour

Les Grosses Orchades...

Gearóid Ó Colmáin est un journaliste indépendant né à Cork, Irlande, qui vit actuellement à Paris. Il a été chroniqueur bilingue à Metro Eireann. Il collabore, sur cette même base, à Global Research et à Mondialisation, Canada. Il anime aussi son propre blog, Metro Gael, qui porte en exergue :

Sed assiduitate quotidiana et consuetudine occularum assuescunt animi ; neque admirantur, neque requirunt rationes earum rerum, quas semper videt.

Ce qui, pour Cicéron (De la nature des dieux) voulait dire à peu près :

« Parce que nous sommes accoutumés à voir quotidiennement certaines choses, nos esprits les acceptent et cessent de rechercher les causes de ce qui est constamment sous nos yeux. »

_______________

(1) Le parti de Jean-Luc Mélenchon est le Parti de Gauche, qui, avec d'autres formations, constitue le Front de Gauche. Un étranger, même résidant à Paris, peut s'y perdre.

 

 

 

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En revanche, de plus en plus d'Américains sont contre

 

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Obama menacé de destitution

 

22 septembre 2012, Information Clearing House

 

Walter B. Jones, représentant républicain de la Caroline du Nord au Congrès des États-Unis, a donné le 21 septembre dans le local Rayburn B 318 de la Chambre, une conférence de presse portant sur la « Résolution 107 ».


Le représentant Jones était entouré d’un groupe composé d’officiers militaires à la retraite, de spécialistes de droit constitutionnel, et de membres du Congrès, pour évoquer ce texte de loi qui permet d'envoyer au président Obama une mise en garde de destitution, initiative actuellement assumée par onze personnalités.

Cette résolution bipartite, présentée en mars dernier, réaffirme le pouvoir du Congrès de déclarer la guerre, et stipule que tout Président qui passera outre ce pouvoir, sauf en cas d’attaque des États-Unis, encourra une procédure de destitution.


 

 

Les intervenants à cette conférence de presse incluaient :

Le représentant au Congrès pour la Caroline du Nord Walter B. Jone
s.


Bruce Fein, spécialiste en droit constitutionnel et en droit international, ancien procureur général adjoint sous le président Reagan, auteur de L’empire américain : avant la chute.

Le lieutenant-colonel Lawrence Wilkerson, ancien Chef d’Etat-Major à la retraite du Ministre des Affaires Etrangères Colin Powell (2002-2005)


Le lieutenant-colonel Anthony Shaffer, auteur de Opération Dark Heart, qui a révélé le programme d'étude de cas ( « data mining » ) du Pentagone connu sous le nom de Able Danger, et découvert deux cellules terroristes impliquées dans les attentats du 11/09.

A été lu également, au cours de cette conférence , un message de soutien de Joseph P. Hoar, Général à la retraite du corps des « marines », qui a servi comme Chef d’Etat-Major, puis comme Commandant en Chef du Central Command (Département de la Défense).

 

***

 

TEXTE DE LOI

RÉSOLUTION 107

112e Congrès (2011-2012)

2ème session

Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4, de la Constitution,

 

À LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS,

le 7 mars 2012,

M. Jones a présenté la résolution parlementaire suivante, qui a été envoyée pour examen à la Commission des questions judiciaires :

 

RÉSOLUTION PARLEMENTAIRE

 Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution,

 

Et attendu que le principe fondamental de la République reconnaît au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, selon l’article 1, section 8, clause 11 de la Constitution,

la Chambre des Représentants (soutenue par le Sénat) a résolu , suivant la loi votée par le Congrès, que, hormis en cas d’attaque réelle ou imminente du territoire des Etats-Unis, l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue une violation du pouvoir exclusif du Congrès de déclarer la guerre selon l’article 1, section 8, clause 11, de la Constitution, et par conséquent constitue un crime capital et une forfaiture passibles de destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution.

traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32528.htm

 

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*


Les femmes aussi, les femmes surtout :


 


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Depuis qu'en 2008, nous avons soutenu leur Marche vers Gaza, les dames de CODEPINK, une association de femmes US contre les guerres, nous écrivent régulièrement, comme à tous leurs sympathisants, pour nous tenir informés de leurs initiatives et activités. À leur tête : Medea Benjamin, une petite bonne femme qui totalise à elle seule un nombre impressionnant de gardes à vue et de jets de poivre dans les yeux, mais que rien n'arrête, et qui vient de sortir un livre sur la courageuse guerre par drones téléguidés : Drone Warfare.8. Drone_small.jpg


 


Le 27 septembre dernier elle nous a écrit :

Chère Véronique, cher Michel, chère Catherine,

Alors que nous lançons une délégation pour la paix au Pakistan pour protester contre la guerre des drones menée par l'administration Obama, certains nous disent que, au vu des troubles occasionnés par le film détestable Innocence des Musulmans  (« Innocence of Muslims »), le moment est mal choisi. Nous n'envisageons pas les risques à la légère, mais nous pensons aussi qu'il est crucial (et précisément en ce moment) de montrer au monde musulman qu'il y a des Américains qui veulent des relations basées sur la paix et l'amitié, et non pas sur des insultes religieuses, des attaques de drones ou des occupations militaires.

 

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Nous serons au Pakistan du 28 septembre au 14 octobre afin de rencontrer des familles de victimes de drones, des avocats, des universitaires, des associations de femmes, des élus des principaux partis politiques pakistanais et des officiels américains. Le 7 octobre, nous nous joindrons à Imran Khan, un homme politique pakistanais, ainsi qu'à des victimes de drones, à des chefs tribaux et à des milliers de locaux, pour une marche pour la paix vers le Waziristan afin de protester contre les attaques de drones américains qui ont tué entre 2.500 et 3.330 personnes depuis 2004.

Dans la mesure où les USA ne procurent aucune assistance aux victimes innocentes, nous récoltons des fonds en faveur de leur rééducation, pour acheter des prothèses de jambes, notamment. Une des personnes que nous aiderons vit au nord du Waziristan. Il a 16 ans, s'appelle Sadaullah et a perdu un oeil et les deux jambes lors d'une attaque visant sa maison. « Je rêvais de devenir médecin, mais je ne peux même plus marcher pour aller à l'école. » a-t-il dit. Son histoire est racontée dans livre La guerre des drones, de Medea Benjamin. Nous essayons de récolter 5.000 $ pour aider les victimes. Cliquez ici pour faire un don.

Nous amènerons également des pétitions à l'ambassade des États-Unis à Islamabad ; assurez- vous que vous avez signé. Nous souhaitons fournir 5.000 signatures à l'ambassadeur. Pour l'instant, nous en avons 2.000. Aidez-nous à atteindre notre objectif.

Les 40 délégués américains ont entre 23 et 85 ans, sont originaires de nombreuses villes aux Etats-Unis, et représentent des étudiants, des écrivains, des médecins, des analystes politiques, des vétérans et des artistes. Ce qui nous lie, c'est la conviction que les attaques de drones sont immorales, illégales et contre-productives, et que nous devons être des « citoyens diplomates » incarnant des modèles de politiques que nous souhaitons voir appliquées par notre gouvernement. Pour en savoir plus sur la délégation, lisez le dernier article de Medea sur www.commondreams.org ainsi que Vivre avec les drones, un récent rapport détaillé écrit par l'Université de New York (NYU) et les écoles de droit de Stanford.

Aux États-Unis cette fois, des associations anti-guerre marqueront la date du 7 octobre, 12ème anniversaire de la guerre en Afghanistan, par des protestations dans tout le pays. Cliquez ici pour savoir où elles sont prévues, ou ajouter la vôtre. Vous pouvez aussi suivre notre délégation au Pakistan sur le site www.droneswatch.org.

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Gardant l'espoir dans la paix

Medea Benjamin et Ann Wright



P.S. Aidez-nous à nous faire connaître dans le monde ! Faites circuler nos pétitions sur Twitter et Facebook.

 

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ADN : Lysistrata

 

Traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades


*

Oui. Bon. Nous sommes en retard pour répercuter. Battons notre coulpe d'inefficaces de compétition ! Pour suivre leurs activités sans les carabiniers, c'est ici :

http://www.codepinkalert.org/article.php?list=type&type=3

 

 

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Quelques autres marques d’opposition US en images


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En mars 2011 déjà, à propos de l'attaque de la Libye, Dennis Kucinich, sénateur de l'Ohio et seul membre du Congrès qu'Israël n'ait pu acheter avait réclamé la destitution du président.

 

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15. obama-warmonger-nazi.jpg

16. obama_evil_war_nobel_peace_warmonger.jpg

17. kill_all_god_sort1.jpg

18. obama_hypocrite.jpg

19. Obama-as-warmonger anunews net.jpg

 American Buddhist Journal

 

22. obama-sucking-the-life-out-of-the-constitution-275x300.jpg

23. bama-warmonger-cropd-300x180.jpg

24. Obama - cockburn-1242742349876545001.jpg

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26. obama-nuclear threat poster_big.jpg

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28. alice au pays de la guerre - mad tea party_700.jpg

Alice à la Tea Party des va-t-en guerre...

29. Hillary-Calls-For-War-Against-Iran-While-Laughing-About-It.jpg

... qui n'y avait pas vu la Reine Rouge

 

32. us_israel_bloodpact - snippits.jpg

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Même les Suisses ! (Dessin de Chappatte pour Le Temps)

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Les Brésiliens en 2010

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Les mêmes en 2012, car rien n'a changé.

 

OUPS ! On avait dit pas de bombinette... Oh, et puis tant pis après tout:


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It's a (nuclear) duck !


 

*

Manifestations spontanées en Turquie contre la guerre avec la Syrie

 

principalement à Istanbul, mais aussi à Izmir (c'est Smyrne, non?), Mersin, Eskişehir et d'autres villes turques. « Plusieurs centaines de manifestants », annonce la bouche en coeur la spikerine d'AFP. Autant dire quelques zozos pathétiques... Ah, que deviendrait-on si on ne les avait pas pour nous informer ? Les jamais contents iront quand même jeter un oeil sur Dazibaoueb :

 

Istanbul : des milliers de manifestants contre la guerre avec la Syrie

 

L'armée turque vient à peine de marteler les positions de l'armée syrienne proches de la frontière que les forces politiques et sociales opposées à l'aventurisme militaire de M. Erdogan sont descendues avant-hier (4 octobre, NDLR) dans les rues d'Istanbul pour manifester leur opposition à la guerre à la Syrie. Le rassemblement avait commencé par agréger le matin des dizaines de personnes près du Parlement à Ankara. Un rassemblement qui a grossi à vue d’œil.

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33. manifestation-anti-guerre-istanbul1.jpg

 

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Mais à quoi pensent-ils ces Zuniens et ces Turcs ?

 

Nous sommes allés voir chez le Canard Enchaîné, feuille fondée pendant et contre la Première Guerre Mondiale par le farouche anti-militariste Maurice Maréchal, et réputée politiquement indépendante car ne vivant que de ses ventes : rien. nada de nada. Tous à la Tea Party d'Alice ! La liberté de la presse, effectivement, s'use quand on ne s'en sert pas.

Chez Charlie-Hebdo alors ? Ren de ren. Tous à la chasse au rouge-brun avec soeur Ornella et les copains d'Avaaz.

De ce côté-ci du Quiévrain ? Rien vu, mais nous achetons peu les gazettes. Vous avez des tuyaux, vous ?

 

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Un moment d'entr'acte pour respirer. Et pour déballer un petit cadeau d'anniversaire à Vladimir Poutine, d'un qui n'a même pas voté pour lui.

 

Israël Shamir revient sur les Pussy Riot :


Les Pussies Riot contre Poutine: une action concertée de Londres jusqu'à Moscou

par Israël Adam Shamir

Le Morning Star www.morningstaronline.co.uk ayant voulu republier l'article de Shamir sur les Pussy Riots, "mégères non apprivoisées" s'est vu vivement sommé de retirer l'article, et s'est exécuté illico. Shamir ne voit là rien d'étonnant, et il explique ce qui s'est passé.

Voici le paragraphe qui n'a pas plu du tout à certains :

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Mais il revient aussi sur Pol Pot... et pendant qu'il y est, sur Staline, sur Lénine, sur Mao et sur Robespierre. Que dis-je ? Il revient même sur Godard ! On ne sait pas ce qu'en pense Vladimir Poutine, mais nous, on aime. Leçons de politique à la Shamir.

 

Pol Pot revu et corrigé

par Israel Shamir

En ce moment, à la saison des moussons, le Cambodge est verdoyant, frais et paisible. les rizières au flanc des collines basses sont inondées, les forêts qui abritent de vieux temples sont impénétrables, la mer violente repousse les nageurs. C'est bien agréable pour revisiter ce modeste pays: le Cambodge n'est pas surpeuplé, et les Cambodgiens ne sont pas des gens âpres au gain, ils sont apaisés. Ils pêchent la crevette, le calamar, tout ce qu'offre la mer, et Ils cultivent du riz sans herbicides, repiqué et récolté à la main. Ils en produisent assez pour eux-mêmes, et en exportent aussi; bref, ce n'est pas le paradis, mais le pays s'en sort.

Lire la suite...

 

 *

Nous avions, ici, regretté la démission de René Balme et le sabordage d'Oulala.

Une nouvelle qui nous a fait drôlement plaisir : Oulala revient.

Et de Oulala.net devient Oulala.info. René Balme vous explique :

 

Oulala, le retour !

7 OCTOBRE 2012 À 11 H 28 MIN /

On vous l’avait annoncé. Un retour triomphant, amusant, décalé, offensif… Et prière d’éviter de nous les briser menu. On a autre chose à faire chez Oulala que de lire les rengaines d’Ornélla Guyet et de celles et ceux qui lui indiquent le chemin à défaut de lui tenir la plume ou le clavier.

Lire, regarder, écouter la suite...


 *


Enfin votre servante avait quelque chose à dire à quelqu'un. Sur la guerre aussi, sans quoi ce serait outrecuidant.

 

Lettre à Ariane WALTER


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Chère Ariane,

que je ne connais pas

et qui ne me connaissez pas non plus,

Je vous lis depuis quelque temps avec bien du plaisir, mais vous me faites peur. Je vous vois vous avancer en gambadant sur votre fil au-dessus du vide et je me dis, mondieu mais elle va se casser la figure !

Certes, vous êtes majeure et vaccinée, ce que vous faites de votre vie vous regarde. Cependant... quand on écrit dans les gazettes (ou sur Internet, c'est pareil), cela vous colle des responsabilités. En particulier à l'égard des gens très jeunes que des malintentionnés ont savamment désarmés, avant de les jeter dans une marmite infâme d'oppression, d'injustices et de tromperies de toutes sortes. Quand on se respecte à peu près, on leur doit la vérité. Qui ne coûte rien qu'un peu de lucidité, de courage et de générosité. De courage, vous ne manquez pas, de générosité, vous débordez. Pour la lucidité, c'est autre chose.

 Vous avez pris feu en mars dernier pour « la Révolution à portée de  main » et vous tentez de communiquer à vos compatriotes votre enthousiasme, qui est rafraîchissant, votre énergie, qui est impressionnante, et vos certitudes. Vous le faites au nom de Robespierre et de Mélenchon. Il n'y a pas de mal à aimer les gens, et tout personnage un peu populaire, surtout en politique, a ses cheer leaders. Robespierre aussi en son temps a eu les siens. Mais la ressemblance entre vos deux grands hommes s'arrête là. M. Mélenchon, certes, se réclame de l'Incorruptible, mais il ne va pas jusqu'à l'imiter. Or, un homme, voyez-vous, n'est pas ce qu'il dit qu'il est ; il est ce qu'il fait.

Que fait M. Mélenchon ? Il parle bien et il prend, verbalement, un certain nombre de positions politiques, sur toutes sortes de sujets, dont la guerre, qui nous occupe aujourd'hui, justement, sur Les Grosses Orchades. C'est la raison de cette bafouille.

M. Mélenchon a reçu des dieux (ou du diable) le don d'éloquence. Il possède le secret dangereux de galvaniser les foules. Hitler aussi l'avait. Et Mussolini. Et Juan Peron. Pour n'en citer que trois. Tous socialistes. Et Robespierre, donc ! Il faut dire que le dernier quart du XVIIIe siècle fut faste en orateurs. Il suffit de les lire, quels qu'aient été leurs camps. Tous orateurs-nés, et en outre, maniant tous la même rhétorique. Mais entre eux, quand même, une différence nette : il y avait ceux qui parlaient pour se faire comprendre et ceux qui parlaient pour, surtout, n'être pas compris, sous peine de se faire écharper séance tenante. C'est, je le crains, à cette catégorie qu'appartient M. Mélenchon. Le fameux discours du 18 mars, que vous avez retranscrit avec tant de dévotion, est le discours d'un parfait démagogue occupé à ratisser large. Il faut être bien jeune, bien naïf ou bien neuf en politique pour ne pas s'en apercevoir.

Un démagogue est quelqu'un qui dit aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre, qui chauffe à blanc leurs fantasmes et qui les saoûle de lendemains qui ne peuvent que chanter, au lieu de leur dire la vérité. Qu'il leur doit. On ne ment pas au peuple. Ni par stratégie ni pour aucune autre raison. « Seule la vérité est révolutionnaire. »

Tout ce que préconise M. Mélenchon – qu'il va jusqu'à promettre – il ne pourra le réaliser ou le pérenniser dans le cas de ce qui a été fait par d'autres, et il le sait. Donc il ment. Il ment aussi par omission, se gardant bien d'annoncer en même temps la couleur de ses prises de positions en politique extérieure. Et là , il y a carrément comme un crime. Croyez-vous qu'on puisse passer là-dessus au nom du reste ? Croyez-vous que la politique intérieure et la politique extérieure ne soient pas indissociables, attachées serré comme des siamoises ? La République est Une et Indivisible . La Révolution ne se morcelle pas. La morale publique moins encore.

Dans sa biographie de Robespierre, Gérard Walter (un aïeul à vous?) a écrit ceci :

« Mais, chose qui pèsera d'une honte éternelle sur la mémoire des législateurs montagnards de 1793, aucun des cinq articles de Robespierre qui avaient proclamé la solidarité internationale des peuples de la terre n'a été jugé digne de figurer dans leurs Déclaration des droits de l'homme. »

Ils ne sont pas cinq, ils sont quatre, et bien suffisants. Les voilà :

Article 35 – Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

Article 36 – Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

Article 37 – Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.

Article 38 – Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

En s'alignant sur le PS, c'est-à-dire sur l'OTAN, c'est-à-dire sur des assassins et des brigands rebelles, en Libye, puis en Syrie, en soutenant les provocatrices à gages Pussy Riots, Jean-Luc Mélenchon piétine ces principes, il les bafoue, il se conduit comme un complice des Coalisés de 93, comme un traître à la République. C'est ce qu'on pourrait appeler le syndrome d'Anacharsis Cloots, vous savez, ce banquier prussien élu représentant du peuple français, qui écrivait de si belles choses, en rajoutant toujours sur tout le monde en gauchisme pur et dur, et toujours s'alignant sur la pire des réactions dès qu'il fallait passer aux actes.

Ariane, c'est si sérieux que c'est rédhibitoire. Je ne vous écris pas tout ça pour le plaisir de vous chagriner ou de dénigrer M. Mélenchon. Il n'est pas le seul de sa sorte et nous n'avons pas eu depuis cent ans, en Europe de l'Ouest, un seul homme politique qui fût révolutionnaire. Ni au PS, ni au PC ni ailleurs. Votre pays a eu deux hommes politiques de qualité depuis la mort de Jaurès : Pierre Mendès-France et Coluche. Le premier, qui n'était pas un révolutionnaire a fait de la politique avec rigueur et probité. Le second n'était même pas du « métier », c'était un comique. Mais ce que cet homme sorti du peuple a enseigné par le rire était terriblement sérieux. Il y a des chances qu'il en soit mort. Le peuple a feint de croire qu'on voulait seulement l'amuser, parce qu'il n'avait pas envie de faire ce qui, logiquement, devenait de son ressort. Par paresse ? Égoïsme? Indifférence ? Veulerie ? Parce qu'il avait, si peu que ce soit, quelque chose à perdre ? Un peu de tout cela, mais il ne pourra jamais dire qu'on l'a égaré, qu'il ne savait pas, même après avoir entendu, et cru, M. Mélenchon. Il aurait su bien avant s'il avait voulu, et si M. Mélenchon réussit à l'égarer, ce sera sa propre faute.

En fait de héros, nous n'avons eu, en Europe, et depuis très très très longtemps, que la bande à Baader et les gens d'Action Directe, lesquels ont certes commis quelques actes réprouvés par le Décalogue (mais veut-on des révolutions sans révolution ?). Ils ont payé et paient encore pour les plus chanceux d'un prix exorbitant leur altruisme et leur héroïsme, dans l'indifférence opiniâtre, massive et générale de soixante millions de personnes rien que dans l'Hexagone. Je ne dis rien de Georges Ibrahim Abdallah (c'est qui ?), mais enfin, si M. Mélenchon avait eu en lui la moitié du quart de ce que vous en espérez, il y a longtemps qu'il aurait retroussé ses manches pour essayer de les sortir des geôles ou au moins gueuler au charron. Danielle Mitterrand l'a fait, toute seule et sans pouvoir, donc sans résultat... pour les héros de l'étranger lointain, pas pour les nôtres, mais ce n'est pas à elle qu'il faut le reprocher.

Il y a des années, j'ai failli espérer, moi aussi, en M. Mélenchon, me disant mais quand donc va-t-il sortir du PS, il attend qu'il soit trop tard ou quoi ? Eh bien, voilà, il a fini par en sortir, mais en fait il y est toujours. Il en est toujours. Il a, comme d'autres, des sortes de circonstances atténuantes, si on peut parler ainsi quand on n'a le droit de juger personne. C'est que quiconque appartient à une grande formation ou à une formation tout court y trouve les moyens de faire carrière : une structure, une bureaucratie, un soutien logistique, une caisse de résonance. Ce qu'il dit est entendu d'un grand nombre, à condition qu'il dise non pas ce qu'il pense mais ce qui est jugé bon pour la formation. S'il veut secouer le joug et en sortir, il le peut, au prix de n'être plus rien du jour au lendemain, car personne ne l'entendra : plus de plate-forme, plus de porte-voix, plus de relais dans tous les media. Au contraire, la formation s'arrangera pour que son discours hérétique soit étouffé. Seule une forte assise populaire pourrait le porter jusqu'à un point de quelconque utilité. C'est ce qu'ont trouvé dans leurs peuples, les Castro, les Chavez, les Moralès, les Correa. C'est ce qu'aucun Européen n'a trouvé jusqu'ici sauf Vladimir Poutine. Les hommes comme Jean-Luc Mélenchon se décarcassent donc à faire retomber, faute de mieux, sur leurs peuples-clients, les miettes des rapines opérées sur d'autres peuples, miettes qui déshonorent ceux qui les reçoivent et leur servent, bien sûr, de chaînes. On ne fait pas des révolutions avec des gens qui ont quelque chose à perdre, moins encore avec des consommateurs. D'où les prises de positions indéfendables de ce qui n'est pas une classe mais du personnel politique, contre l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et maintenant contre la Syrie, pour ne rien dire de la Palestine et de tant de pays d'Afrique, contre tous les damnés de la terre à l'écrasement perpétuel de qui nous devons nos machines à laver.

Chère Ariane, quand vous vous apercevrez que vous avez été flouée, s'il vous plaît n’allez pas vous pendre, ne cédez pas non plus au cynisme ou au nihilisme, et surtout ne jetez pas Robespierre avec l'eau sale du bain de « la gôche ». Robespierre, ce n'est pas du tout pareil. Là, l'exemple est frais comme un oeuf du jour. Indestructible. Intangible. Incorruptible. Inaliénable. Intact. Du roc. Vous pouvez danser dessus.

Catherine

 

Articles d'Ariane WALTER :

Sur Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/petain-de-hollande.html

http://www.legrandsoir.info/victoire-de-chavez.html

http://www.legrandsoir.info/le-non-de-gaby-charroux-fdg-a...

http://www.legrandsoir.info/chaos-dans-la-nuit-de-madrid....

http://www.legrandsoir.info/sodimedical-n-avait-pas-les-s...

http://www.legrandsoir.info/dans-les-cris-du-volcan-disco...bastille.htm

http://www.legrandsoir.info/socialistes-on-vous-hait.html

Sur Agoravox

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-union-euro...

(Là, elle m'a ôté les Ha ! Ha ! de la bouche.)

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/trierweiler-...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tscg-requiem...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/peuples-d-eu...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/melenchon-au...


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 37. LIVRES - M. AYMÉ.gif



 





LIVRES

 

 

Notre livre d'aujourd'hui, vous aurez du mal à le trouver chez les marchands de papier, et même chez les vrais libraires, voire chez les bouquinistes. Rien à voir avec l'actualité commerciale, mais d'actualité sans aucun doute.

 

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Marcel AYMÉ

DU CÔTÉ DE CHEZ MARIANNE

Paris, Gallimard, 1989

 


De quoi s'agit-il ? D'un recueil d'articles des années 30. Plus précisément des années 1933 à 1937, celles de l'irrésistée montée du nazisme. 

En bref, les éditions Gallimard, pour concurrencer les deux grandes revues politico-littéraires de l'époque, Gringoire et Candide, qui étaient de droite, ont eu l'idée d'en fonder une, plus ou moins de gauche : Marianne. Elles en ont confié la rédaction en chef à Emmanuel Berl, qui avait fréquenté Louis Aragon, les surréalistes et quelques autres – Drieu la Rochelle par exemple – et qui a eu l'idée de confier une rubrique à Marcel Aymé, dont il avait fort apprécié La jument verte.

Du 22 mars 1933 au 12 mai 1937, Marcel Aymé allait donc publier, dans Marianne, des articles de 2 à 3 pages, sur des sujets d'actualité. Il s'y révèle non seulement ce qu'on savait qu'il est, un des plus grands auteurs du XXe siècle, mais également moraliste, et prophète. 

Les deux que nous vous offrons ici traitent, l'un, de la nature du communisme, ou si on veut, des buts réels de la gauche en général, l'autre, de la guerre. Le premier a été écrit au lendemain de l'assassinat du roi de Yougoslavie et du ministre Barthou à Marseille. Le second est une réponse à ses amis de gauche, qui lui reprochaient d'avoir signé une pétition de droite, contre une entrée en guerre de la France... en Abyssinie (pour y combattre Mussolini), alors que Mussolini faisait la guerre à l'Espagne – autant dire à leurs portes - sans que personne à gauche ou à droite songe à l'aller combattre (à l'exception des brigades internationales bien sûr, et, par la plume, François Mauriac et Bernanos).

Quand on vous dit que c'est d'actualité.

 

CHIENS ÉCRASÉS

Marcel AYMÉ

                                                                      

17 octobre 1934

Le jour de la tuerie de Marseille (1), vingt-neuf mineurs ont péri au fond d’une mine de pyrite, à Saint-Pierre-la-Palud. Ils n’ont pas eu de chance, leur mort n’a pas fait grand bruit. Bloqués au fond d’une galerie en feu, à cent soixante-dix mètres de profondeur, ils ont souffert pour mourir. Trois compagnons de travail, descendus dans la mine pour leur porter secours, sont morts aussi. Les femmes attendaient à l’entrée du puits, soutenues par l’espoir d’embrasser les cadavres. Tout ça n’a pas fait grand bruit. L’assassinat d’un souverain et d’un ministre a soulevé une vive émotion parce qu’on ne l’attendait pas et qu’on ne le voulait pas. Mais la mort d’une poignée de mineurs, on s’y attend à chaque instant, et l’on y consent bien volontiers. Elle ne révolte personne, peut-être même pas les familles des victimes. Hier à Cognac, aujourd’hui à Saint-Pierre-la-Palud, demain dans la Ruhr ou en Angleterre, c’est une aventure banale dont nous sommes tous complices, sur laquelle nous fermons les yeux avec complaisance. Il faut bien qu’il en soit ainsi, puisqu’il existe des mines et qu’on n’envisage pas de les supprimer. Il paraît que c’est une nécessité qu’il convient d’accepter avec tous les risques de mort qu’elle comporte. Les journaux les plus avancés, ceux qui travaillent de bonne foi à améliorer les conditions des ouvriers, parlent souvent de la sécurité des mineurs et réclament d’utiles précautions. Mais à L’Humanité ou au Populaire,pas plus que dans les conseils d’administration des trusts miniers, il n’est question d’abandonner l’exploitation des mines. Pourtant, un abandon progressif n’a rien d’utopique, au moins pour les mines de charbon où les catastrophes sont les plus fréquentes. Il ne manque pas d’autres sources d’énergie pour y suppléer. Ce serait sans doute une commodité de moins pour l’industrie, un clavier bloqué pour les gammes du travail en série, et c’est assez pour que les amis déclarés du prolétariat se défendent d’y songer. Car la grande affaire n’est pas l’homme, mais l’industrie. Autrement, quel besoin y aurait-il de faire descendre des êtres dans des trous pour y crever ou y mener une existence de taupe ? L’existence de milliers d’années pendant lesquelles on se passa de charbon prouve que le bonheur de l’humanité n’y est pas attaché et qu’on peut très bien vivre sans ça.

Les amis du progrès social sont des artistes qui se plaisent à jouer la difficulté, mais ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils savent que l’industrie a fait surgir un prolétariat, qu’il n’y aurait pas de mineurs sans mines, mais ils n’ont en tête que de perfectionner l’industrie et améliorer les puits de mine. Ils ne sont révolutionnaires qu’en apparence. Leur rêve le plus cher est de conserver, de mettre de l’ordre dans un monde baroque, né des appétits du capitalisme. Tous leurs efforts d’imagination ne peuvent les transporter en dehors de ce monde sordide, sale de suie et de charbon, où la perfection  ne devra rien au caprice, à l’humeur de l’homme. Ils renoncent à Satan, mais non pas à ses pompes et à ses œuvres. Ils ne veulent la mort du bourgeois que pour s’emparer de son chapeau melon. Révolutionnaires pour faire peur, qui entendent ne rien révolutionner. Étant donné un bourbier, le problème consiste pour eux à s’en accommoder ; étant donné un puits de mine, à y faire mourir le moins d’hommes possible. C’est sûrement bien mieux que rien. Ce n’est même pas mal, et l’on aurait mauvaise grâce à se plaindre. On ne peut leur demander de dire : « J'efface tout et je recommence », qui serait autant dire comme : « Revenons en arrière. » On ne peut pas aller contre une certaine façon de parler. Aussi bien, que deviendrait ce rêve de cabinet, cette glorieuse et reposante conception du progrès à sens unique ? Aujourd’hui, l’on s’accorde encore à penser que la mort de trente-deux mineurs est presque une catastrophe. Peut-être même y a-t-il des personnes sensibles qui en souffrent, des administrateurs rongés par le remords. Quand l’industrie sera parvenue au plus haut degré de la perfection et que les puits seront aménagés aussi bien qu’ils peuvent l’être, il n’y aura plus de catastrophe ; la mort de trente-deux mineurs sera un phénomène régulier, prévu par les normes et les minima, le sacrifice rituel qui apaisera les exigences de la statistique.

Les enfants et les veuves des victimes de Saint-Pierre-la-Palud sont moins malheureux qu’il ne semble : ils ont encore le droit de pleurer sans être ridicules.

_____________________

(1)  Alexandre Ier de Yougoslavie fut assassiné à Marseille le 9 octobre 1934 par des terroristes croates. Le ministre français Barthou, qui l’accompagnait, périt également dans l’attentat.


Ce que Marcel Aymé avait compris des communistes, et qu'il ne leur reproche même pas, c'est l'imposture de s'être fait passer pour des révolutionnaires, ce qu'ils n'ont jamais ambitionné d'être, mais qu'ils ont laissé croire, à leurs adhérents d'abord, pour en avoir, aux ennemis de classe ensuite, lesquels ne les ont jamais crus mais ont très bien fait semblant, d'où la Guerre Froide à sens unique, la Perestroika et tout le reste. Trop tard pour pleurer.




   UNE SIGNATURE(1)

Marcel AYMÉ


16 octobre 1935

Je suis un renégat, un écrivain en saindoux, un porte-plume à tout faire. Au lieu de prendre du galon parmi les intellectuels de gauche en réclamant des sanctions contre l'Italie, j'ai signé un manifeste de droite, et même d'extrême-droite, qui s'insurgeait contre des mesures propres à nous entraîner, de l'aveu de leurs plus zélés partisans, dans une guerre de droit. Entre la paix européenne et une guerre sanglante à la guerre, j'ai choisi sans hésiter. C'est ma conviction qu'il faut être un fou de l'espèce furieuse pour vouloir s'embringuer, quels que soient ls torts de l'Italie, dans une guerre de principes. Je suis stupéfait de l'empressement des intellectuels de gauche à donner leur accord aux lords de l'Amirauté, nous signifiant, par la voie hiérarchique dont ils disposent (et disposent absolument), d'avoir à mettre sac au dos. Voilà, en gros, ce qui m'a conduit à signer un manifeste dont tous les termes ne me conviennent pas, il s'en faut, mais qui renferme l'essentiel : pas de guerre. Certes, j'aurais souhaité, pour une manifestation de ce genre, me trouver en autre compagnie que celle d'archevêques et d'académiciens. C'est un monde avec lequel je ne suis pas précisément familiarisé, et je me sens quelque peu gêné par le voisinage de cette vieillesse dorée. Tant pis. Si j'avais eu le choix, j'aurais pu ménager ma coquetterie à cet égard, mais j'ai vainement attendu une résolution des écrivains de gauche en faveur de la paix. Un Jules Romains(2), par exemple, semblait tout désigné pour prendre l'initiative d'une pareille tâche. Nombre d'intellectuels de gauche, qui craindraient de passer pour des suppôts de la réaction en donnant, comme moi, leur signature à un manifeste de droite, sont tout prêts à bêler pour la bonne cause sous la conduite d'un berger bon teint. Pour ma part, j'en connais plus d'un. Mais Jules Romains entend que les hommes de bonne volonté fassent leurs preuves jusqu'au sang. C'est très regrettable.

Depuis un an, des intellectuels français mettent toute leur fierté à être des gens disciplinés et briguent des bons points pour l'exactitude à l'obéissance. De plus en plus, les chefs d'école font place aux chefs de section et, bientôt, on connaîtra un bon écrivain à sa science du pas cadencé. Déjà, il paraît qu'on ne peut plus, quand on a donné ses sympathies à une idée, s'en désolidariser sur un seul point sans la rejeter tout entière.

Le jour où ma signature a paru sous le manifeste en question, j'ai senti peser sur moi la réprobation de mes confrères de gauche. Il était clair qu'à leurs yeux, je m'étais déshonoré. Ceux-là mêmes qui entraient dans mes raisons secouaient la tête avec accablement pour me signifier qu'on ne collabore pas avec un réactionnaire, quand même il s'agit de sauver un noyé. Dans la rue, j'ai rencontré un groupe d'écrivains « sanctionnistes » et jusqu'au-boutistes qui marchaient comme dans des bottes. L'un d'eux m'a arrêté en me demandant s'il était vrai que j'eusse signé « cette saloperie » ? J'ai essayé de lui expliquer ma détermination, mais sans réussir à me faire entendre. J'étais vaincu d'avance. On voyait bien qu mon âme ne chantait pas dans les clairons d'airain. J'en arrivais à me demander si mon interpellateur n'était pas dans le vrai, et à penser qu'après tout, le sang des soldats français n'était peut-être que du pissat de cheval en comparaison du noble sang abyssin. J'ai eu la tentation de faire amende honorable et de crier « force à la loi ! » avec cette exaltation girondine qui va si bien au cheveu et qui mouille d'une adorable rosée les yeux des jeunes femmes sensibles.

Le lendemain, j'apprenais une grande nouvelle : la C.G.T. du Mexique exigeait des sanctions contre l'Italie. Et, ma foi, on ne pouvait dire qu'en cette affaire, son désintéressement fût profond.


P.S. Le jour où l'Allemagne envahira Memel(3), je signerai le manifeste de gauche pour la non-intervention.

__________________

(1) Cet article fut précédé d'un chapeau dû à la rédaction de Marianne ainsi rédigé : « Marcel Aymé a accordé sa signature à un manifeste que Marianne réprouve de toutes ses forces – les protestations que ce geste a provoquées autour de Marcel Aymé incitent celui-ci à expliquer son attitude. »

(2) Dont Les Hommes de bonne volonté étaient en cours de publication (1932 à 1947).

(3) Port de la Baltique, actuellement soviétique sous le nom de Klaipeda.



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GAZETTES

 

 BELGIKISTAN ÜBER ALLES

 

39. Votez Sugus 79960785_p.jpg

Ce 14 octobre, on vote en Belgique

Le trimestriel El Batia Moûrt Soû (« Le Bateau Ivre ») qui mouille du côté de La Louvière, dans le Hainaut, sort son numéro 68, spécial « c’est pourquoi au juste qu’on vote ». En vente chez les marchands de journaux au prix de 2 Euros.

Achtung ! Les AMP (Agences et Messageries de la Presse) lui donnent une avant-dernière chance avec une distribution de 3000 exemplaires sur toute la Belgique  (on le trouve aussi dans le Nord de la France), mais pour maintenir cette diffusion, il faut que vous leur en achetiez au moins 1500 exemplaires, sinon bernique.

Ce n° de 20 pages dont 12 en couleurs contient de nombreux dessins entre autres de Giemsi, Sergio, Flavien, Decressac, Lisette Delooz... et textes de Noël Godin, Florian Houdart, la Bruxellôse, le Galopin d’André Stas, Théophile de Giraud, Henin Liétart, Serge Deruette, Olivier Doiseau, Dr Litchic ... « Au Cabaret des Âmes », la chanteuse rare Fanchon Daemers tient chronique de chansons populaires et autres : c’est délectable et savant.

Soutenez Le Bateau Ivre en vous jetant dessus. Faites-en cadeau à vos amis (et à vos ennemis, ne soyez pas sectaires).

 

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Mis en ligne avec la célérité de rigueur

du 7 au 14 octobre 2012, par Catherine L.





 

28/09/2012

Aux sources du chaos mondial actuel - 2 - XIII.

 

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Aline de Dieguez

 

AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. " ( Edward Mandell HOUSE )

* 


2ème Partie

Aux sources du sionisme

Chapitre XIII

XIII - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire … 

1 - Un tremblement de terre géopolitique 


2 - Petit rappel démographique


3 - Pourquoi les Juifs se sont détournés de la Palestine entre le IVe et le XXe siècle 


4 - La Palestine avant le sionisme 


5 - Les vagues migratoires successives à partir de la naissance du mouvement sioniste 


6 - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire

7 – Comment le Talmud devint le fil d'Ariane qui conduisit au sionisme. 


 

1- Un tremblement de terre géopolitique

Impossible de ne pas voir que la transplantation en plein cœur d'un monde majoritairement arabo-musulman d'une population hétérogène, aussi bien ethniquement que sociologiquement, demeure le pivot autour duquel tourne l'histoire du monde depuis le milieu du XXe siècle.

Unis par un contenu commun des cervelles remplies à ras bords de mythes et de songes élaborés en des temps lointains durant lesquels chaque ethnie se plaçait sous la protection de sa divinité personnelle, des groupes d'immigrants fanatisés issus des quatre coins de la machine ronde, mais se réclamant néanmoins d'ancêtres communs, et soutenus par des Etats aveugles aux conséquences géopolitiques de leurs décisions, se sont déversés en vagues successives sur un territoire déjà abondamment peuplé.

 

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 Arrivée de juifs européens à d'Haifa. 1950

Un tremblement de terre géopolitique d'une intensité telle en est résulté que les répliques qui affectent la politique internationale n'ont plus cessé depuis lors d'ébranler non seulement tous les Etats du bassin de la Méditerranée, mais la quasi-totalité de la planète. En effet, ces humains-là se déclarent eux-mêmes si profondément différents et si allogènes au reste de l'humanité, qu'ils éprouvent un besoin incoercible de ne vivre qu'entre eux et de chasser du territoire qu'ils ont investi les représentants d'autres variétés d'humains lorsqu'ils sont les plus nombreux - et donc, détiennent le pouvoir. Ils refusent vigoureusement toute forme d'assimilation au groupe chez lequel ils se sont installés lorsqu'ils sont minoritaires, tout en exigeant haut et fort de bénéficier des droits universels des sociétés-hôtes.

Comme l'écrit François Fejtö, écrivain juif hongrois, dans son ouvrage Dieu et son Juif : " Ce n'est pas l'antisémitisme qui a crée le Juif. A l'origine se trouve le Juif, peuple élu, prototype des nations nationalistes, expansives, xénophobes, intransigeantes et dont l'orgueil, l'auto-affirmation fervente ont survécu aux désastres de l'Etat et se prolongent à travers les siècles d'exil jusqu'à la résurgence sioniste et à la naissance d'Israël ." (Ed. Grasset 1960, p.32)

Voir - 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012

2 - Petit rappel démographique

La destruction de Jérusalem et de son temple par les légions romaines avait porté un coup très rude à la présence juive en Palestine. La Judée était dépeuplée, mais d'innombrables et prospères communautés juives étaient présentes dans toutes les provinces et les villes de l'empire romain et notamment en son centre, à Rome.

Durant deux millénaires, les communautés juives ont donc prospéré dans la quasi totalité des pays d'Europe occidentale et orientale, ainsi que dans toutes les provinces du bassin de la Méditerranée… sauf en Palestine. La Palestine est le seul endroit de la terre que les Juifs boudaient. Jacques Attali nous en donnera la raison ci-dessous.

En effet, depuis le règne de l'empereur Julien, dit l'Apostat, les Juifs s'étaient détournés de la Palestine et n'avaient plus le moindre désir d'y retourner Cependant, une faible présence juive s'était malgré tout maintenue dans la région depuis l'antiquité. Il semble que cette catégorie, connue sous le nom de Yichouf ancien, ne représente pratiquement plus personne aujourd'hui. Les démographes de l'actuel Etat hébreu n'ont trouvé qu'une seule famille, les Zinati de Pek'in, qui aurait résidé en Palestine sans aucune interruption depuis l'antiquité.

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 Juifs de l'ancien Yichouv, Jérusalem 1895

Jusqu'en 1880, c'est-à-dire jusqu'à la naissance du sionisme, seuls de petits groupes d'étude et de prières, en général sépharades et plutôt pauvres, étaient installés à Tibériade, Safed, Jérusalem ou Hébron et vivaient misérablement de l'argent envoyé par les Juifs de l'étranger. A partir du XVe siècle, quelques communautés exclusivement religieuses composées de groupes expulsés d'Espagne et du Portugal s'étaient également installées en Palestine. Hier comme aujourd'hui, leurs prières étaient censées hâter la venue du Messie et le soutien financier des juifs de la dispersion représentait une sorte de placement commercial dans un système d'échange gagnant gagnant, puisqu'il était prévu que le Messie attendu rétablirait le mythique royaume de David, d'autant plus glorieux qu'il n'a jamais existé que dans l'imagination des rédacteurs de la fiction sacrée. Ce royaume à venir comblerait les Juifs de toutes les richesses de la planète.

3 - Pourquoi les Juifs se sont détournés de la Palestine entre le IVe et le XXe siècle

A partir du moment où, vers le VIIIe siècle, les Etats européens se sont constitués peu à peu en nations régies par la doctrine et la morale du catholicisme, les communautés juives, qui niaient la divinité du Christ, se sont trouvées en situation d'ennemis de l'ordre social né du triomphe de l'Eglise catholique, c'est-à-dire universelle, face à l'étroit particularisme juif.

Mais cette situation de paria social n'avait pas que des inconvénients. Elle produisit des conséquences particulièrement favorables aux Juifs sur le plan économique. En effet, comme je l'ai développé dans le texte précédent les communautés dispersées, unies par un lien religieux puissant et des règles sociales impérieuses, demeuraient en rapports constants avec un centre, dirigé par un exilarque (gaon) dont le lieu de résidence a varié selon l'influence exercée par ce groupe humain dans telle ou telle région du monde. Après avoir été localisé en Babylonie jusqu'à la naissance de l'islam, le centre s'est déplacé en Espagne, puis en Pologne.

Voir - 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012

Devenus d'habiles commerçants dans la prospère province mésopotamienne, leur dispersion, l'unité politique et la solidarité tribale des fidèles du dieu Jahvé leur offrirent d'excellentes opportunités d'échanges de marchandises de pays à pays. Ce commerce d'importation et d'exportation particulièrement lucratif, permit à quelques-uns d'amasser les richesses considérables. L'historien juif de l'antisémitisme, Bernard Lazare, nous apprend qu'avant de diversifier leurs activités, les commerçants jufs s'étaient spécialisés dans la vente d'esclaves . (L'Antisémitisme, chapitre V)

Petit à petit, ils se sont spécialisés dans l'usure et le commerce de l'or. Mais ils n'étaient ni les seuls, ni les premiers à êtres fascinés par le métal jaune. On connaît la cupidité des feneratores romains auxquels la loi des Douze Tables reconnaissait le droit de couper des morceaux de chair sur le corps vivant de l'emprunteur insolvable; les Lombards ont été des usuriers voraces, l'or fut la principale motivation de la conquête de l'Amérique, l'avidité des colons hollandais ou anglais est célèbre et les alchimistes s'épuisaient à essayer de fabriquer de l'or à partir de métaux grossiers. Au Moyen Age, l'or était devenu une véritable divinité...et il l'est resté.

Interdisant le prêt à intérêt et à plus forte raison l'usure, l'Eglise a empêché la formation d'un capitalisme chrétien. Ses interdits n'avaient évidemment aucune prise sur les Juifs qui faisaient commerce de l'argent et qui occupèrent tout naturellement la place laissée vacante par les riches bourgeois chrétiens. Ils se sont donc rendus utiles au développement du commerce et odieux par les abus que leur pouvoir a engendré. C'est ainsi qu'ils sont devenus progressivement les banquiers du monde.

  

 

"Peuple énergique, vivace, d'un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulut être une puissance. Il avait instinctivement le goût de la domination puisque,

Pour exercer cette sorte d'autorité, les Juifs n'eurent pas le choix des moyens. L'or leur donna un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusaient, et c'était le seul qu'ils pouvaient espérer. Détenteurs de l'or, ils devenaient les maîtres de leurs maîtres, ils les dominaient." (Bernard Lazare, L'antisémitisme)

 

 

Aux causes sociologiques et politico-économiques mises en avant par l'historien du judaïsme, Jacques Attali ajoute des arguments théologico-étymologiques. Dans son ouvrage Les Juifs, le monde et l'argent il analyse longuement les relations étroites entre la religion juive et le commerce à partir de l'étymologie du vocabulaire: "L'argent substitut du sang : on asperge l'autel avec le sang de l'animal sacrifié, acheté avec l'argent de celui qui offre le sacrifice. (p.40, souligné par l'auteur) (…) Le peuple juif fait de la monnaie l'instrument unique et universel d'échange, tout comme il fait de son Dieu l'instrument unique et universel de la transcendance." (p.41) 

Et notre Attali ajoute, en point d'orgue: "La valeur en argent de chaque chose est indissociable de sa valeur éthique." (p.42 )

Il en résulte qu'un lingot d'or est infiniment plus éthique qu'une miche de pain et que la famille Rothschild, M. Jacob Schiff , M. John Pierpont Morgan , M. Paul Warburg et tous leurs acolytes et complices qui sont parvenus à mettre la main sur le système financier américain au moyen de grandes et de petites manœuvres politiciennes et grâce à l'invention de leur monnaie privée - le dollar - sont les humains les plus moraux de la création. La fin justifie les moyens et seule la victoire est jolie. Toujours est-il qu'aujourd'hui, ils sont en mesure de manifester aux yeux du monde entier tout l'éclat de leur éthique en tapissant de lingots d'or les murs de leurs banques et de leurs logis.

La naissance de la Fed (Federal Reserve System) a permis non seulement un enrichissement exponentiel des heureux propriétaires de ces institutions bancaires privées, mais elle témoignait de la sollicitude de Jahvé envers des spécimens particulièrement "pieux" de son "peuple élu". Et M. Attali explique complaisamment que "pour un juif, la pauvreté est intolérable." C'est pourquoi, "pour les Juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. (…) L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent - comme le temps - ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel." (p. 120)

Il se délecte à énumérer quelques belles réussites financières: "Peu de gens savent que l'agence Havas et l'agence Reuter au XIXe siècle sont des créations juives, au même titre que la Deutsche Bank, Paribas ou les principales banques d'affaires américaines. Et encore bien d'autres destins fascinants en France, en Allemagne ou en Russie."

Le même ancien conseiller spécial du Président François Mitterrand fournit la clé qui ouvre la porte de ces cavernes d'Ali Baba: "Comme les prêts sont de très courte durée - un an ou moins - et à des taux d'intérêt très élevés, de l'ordre de 50 à 80%, l'accumulation va très vite".

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Le Président François Mitterrand et Jacques Attali

Mais le monde est très méchant, alors notre hagiographe de la haute finance est brusquement saisi par un doute. Il s'inquiète de voir "les Juifs prendre le risque d'être haïs pour services rendus", alors que "les Juifs ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire". [1]

D'ailleurs dans la section de son ouvrage consacrée au commerce, notre faux naïf et ancien directeur de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à la tête de laquelle il a été remercié en raison d'un train de vie pharaonique, ajoute une forte sentence, qui aurait enchanté Alice en son pays des merveilles: "Le commerce n'est pas le résultat d'un calcul de bénéfice, mais la juxtaposition de deux dons équivalents, la simultanéité de deux actes généreux, unilatéraux, où chacun des deux protagonistes est en situation d'égalité."(p.42) (Cette fois, c'est moi qui souligne)

Le marché simoniaque se poursuit de nos jours puisqu'une forte minorité de 20% de juifs ultra orthodoxes passent leur vie à étudier le Talmud et à prier afin d'accélérer l'arrivée d'un Messie pourvoyeur de munificences, tout en étant entretenus par de riches membres de la communauté, notamment américaine, qui ont, comme il se doit et conformément aux principes énoncés par le théoricien du judaïsme financier cité ci-dessus, acquis leur fortune grâce à la "générosité" dont ils font preuve à l'égard de l'humanité dans l'activité bancaire à laquelle ils s'adonnent si brillamment et espèrent un "retour sur investissement" à la hauteur de leur éthique.

Et voilà pourquoi il y eut si peu de candidats durant deux mille ans pour peupler, entretenir et cultiver à la sueur de leur front la terre "promise" par le Dieu Jahvé à son "peuple" bien-aimé, lequel a snobé son cadeau pendant près de deux millénaires, avant de se raviser à la fin du XIXe siècle. Il s'est alors engouffré dans le grand mouvement de colonisation des Etats européens en direction de l'Afrique et de l'Asie.

4 - La Palestine avant le sionisme

Lorsque les populations autochtones de Galiléens honnis, de Cananéens détestés, de Samaritains méprisés et d'autres sous-hommes, tous qualifiés péjorativement d' "arabes", eurent, durant deux mille ans d'un labeur acharné, transformé une Palestine plutôt aride en un jardin florissant et en une serre prospère, le mouvement sioniste des marches de l'Asie s'est souvenu de sa "terre promise".

Il a refusé avec horreur d'aller défricher l'Ouganda ou la Patagonie, comme certains naïfs le lui proposaient. La Thora d'une main et le Talmud de l'autre, il s'est rué sur le lopin qu'il avait sporadiquement et partiellement habité deux millénaires auparavant. Réitérant le vol accompli lors de sa première installation dans une région déjà hautement peuplée et civilisée, il a fait main basse pour la seconde fois sur les propriétés et les richesses des "indigènes" et s'est auto-justifié de ses rapines en brandissant les écrits rédigés in illo tempore par des notables religieux en Babylonie.

 

 

"Lorsque Yahvé ton Dieu t'aura conduit au pays qu'il a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de te donner, aux villes grandes et prospères que tu n'as pas bâties, aux maisons pleines de toutes sortes de biens, maisons que tu n'as pas remplies, aux puits que tu n'as pas creusés, aux vignes et aux oliviers que tu n'as pas plantés. Dt 6:11

"Lorsque Jahvé, ton dieu, t'aura amené dans le pays où tu vas entrer pour en prendre possession et qu'il aura délogé devant toi de nombreuses nations (…) alors, Jahvé ton dieu les aura livrées à ta merci et que tu les livreras à l'anathème (à la destruction) . Tu ne concluras pas d'alliance avec elles, tu n'en auras point pitié ! " (Dt 7:1-2)

"Des villes de ces peuples que Jahvé, ton Dieu, te donne en héritage, tu ne laisseras rien vivre de ce qui a souffle de vie. Détruisez-les jusqu'au dernier… comme Jahvé, ton Dieu, vous l'a ordonné. " (Dt 20.16)

 

 

Voir : VI - Le messianisme biblique à l'assaut de la Palestine 

Les images sont souvent plus plus parlantes qu'un long discours. Quelques documents particulièrement représentatifs datant du temps de la Palestine heureuse suffisent à anéantir l'affirmation cynique des sionistes qui prétendaient que la Palestine était une "terre sans peuple" - donc vide depuis deux mille ans - qui attendait un "peuple sans terre" , lequel aurait réfléchi durant deux mille ans avant de se mettre en route. Ces clichés d'un temps paisible et heureux crèveront le coeur de tous ceux qui sont aujourd'hui sensibles à l'irréparable injustice dont le peuple palestinien est la victime innocente.

 

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Brodeuses palestiniennes, Ramallah 1940 (à gauche) 1920 (à droite)

 

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Classe de fillettes, Palestine, Ramallah, 1890

 

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Classe de fillettes, Palestine, XXIe siècle

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Port de Jaffa, 1914

Tous ces clichés viennent du site incontournable http://www.palestineremembered.com/MissionStatement.htm qui, dans sections "images" en présente des centaines.

5 - Les vagues migratoires successives à partir de la naissance du mouvement sioniste

L'immigration de masse n'a vraiment commencé qu'à partir de 1880 avec la première colonie fondée par les Amants de Sion. Cette fois, il s'agissait de juifs originaires d'Europe de l'Est en majorité, ainsi que de quelques groupes de juifs askhenazes allemands.

En 1885, le nombre de résidents auto-déclarés "juifs" en Palestine était de 24 000.

En 1914 leur nombre se montait à 85 000 personnes sur une population totale de 725 000 habitants: soit 12 % de l'ensemble.

Dès l'origine, l'expropriation des Palestiniens s'est installée quasi naturellement. En effet, de riches banquiers comme les barons Edmond de Rothschild et Maurice de Hirsch ont ouvert largement les vannes financières afin d'acheter des terres à n'importe que prix.

 

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Baron Edmond de Rothschild

 

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Baron Maurice de Hirsch

La "Jewish Colonization Association" fondée dès 1891 est à l'origine des premières colonies juives agricoles et son activité ne fera que croître au fil du temps.

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 FONDS NATIONAL

Il faut reconnaître que les "arabes" de Palestine et des Etats environnants ont manifesté un aveuglement et une passivité révélateurs de ce total manque de sens politique dont continuent de faire preuve tous les dirigeants de la région, notamment ceux de la mal nommée "Autorité palestinienne" qui, de l'Arafat signataire des calamiteux "Accords d'Oslo" à Mahmoud Abbas, l'actuel complaisant collaborateur du Jüdenrat de Cisjordanie, ont conduit les Palestiniens dans un gouffre dont ils auront le plus grand mal à sortir - s'ils en sortent un jour.Les actuels dirigeants du Hamas à Gaza semblent tentés à leur tour par les délices à courte vue de la collaboration. Les héros sont fatigués. [2] Les dirigeants palestiniens pelotonnés sous l'aile de l'occupant seraient bien inspirés de méditer sur le sort de Chaim Rumkowski, le "Président" du ghetto de Lodz, dont Primo Levi raconte l'histoire édifiante dans son ouvrage Les naufragés et les rescapés.

Voir :8 - La zone grise. Israël et la Palestine sous le regard de Primo Levi et de Kafka, 4 juin 2007.

En effet, le sionisme n'a rencontré pratiquement aucune résistance de la part des Palestiniens ni même de l'ensemble des Arabes de la région. Comme l'écrit le chercheur égyptien, Mounir Mahmoud, spécialiste de la presse sioniste au sein du Centre d'études politiques et stratégiques : "Les décisions émotionnelles irréfléchies des Arabes ont contribué à la réussite des projets sionistes en Palestine pendant près de cinquante années, avant même la création de l'entité sioniste, avec le prétendu "Yichouv " qui signifie l'implantation juive en Palestine."

Cette passivité des Palestiniens s'explique par une totale absence de racisme anti-juif. Les Palestiniens n'avaient pas compris qu'ils n'avaient plus en face d'eux des juifs, c'est-à-dire des hommes normaux qui honoraient simplement leur dieu d'une autre manière qu'eux-mêmes et avec lesquels ils avaient cohabité tranquillement jusqu'alors, mais une autre catégorie humaine, composée de colons fanatiques et impérialistes pour lesquels tout "arabe" palestinien était un ennemi à chasser ou à tuer.

C'est pourquoi notre anthropologue égyptien précise que "les Juifs qui vivaient dans les pays musulmans jouissaient d'une vie tranquille et stable, avec une liberté religieuse totale sans persécutions, et étaient investis dans les sociétés islamiques tolérantes pendant des centaines d'années jusqu'à l'époque moderne."[3]

Cette naïveté des Palestiniens trouve son expression dans la Charte de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) qui, dans son article 6, prévoie candidement que "les Juifs qui demeuraient en Palestine jusqu'au début de l'invasion sioniste, seront considérés comme Palestiniens".

Les Palestiniens ont été bien mal récompensés de leur générosité. Les sionistes qui ont eu connaissance de cet article ont dû être secoués d'un rire à se décrocher la mâchoire devant une telle ignorance de leur psychologie, de leur projet secret et de leur mentalité messianique de colons.

6 - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire

Jahvé s'était installé dans l'exil durant dix-sept siècles et le Dieu local d'une écharpe de terre du bassin oriental de la Méditerranée était devenu une divinité itinérante qui avait pérégriné durant deux millénaires dans le monde entier au gré des déplacements de ses fidèles.

Or, ses fidèles avaient la bougeotte. Tout en le refusant et en le combattant de toutes ses forces, Jahvé avait collé aux talons du Dieu Jésus. Malgré l'inimitié réciproque que les partisans des deux divinités se manifestaient, ses fidèles s'étaient immédiatement installés dans les régions progressivement converties au nouveau Dieu trinitaire. C'est ainsi qu'à la fin du premier millénaire, et alors que le Dieu Jésus régnait en maître sur toute l'Europe occidentale - Jahvé ne l'avait précédé qu'en Espagne - ses fidèles s'étaient attachés aux pas des chrétiens et on les trouvait en France, en Allemagne et jusqu'en Europe centrale, notamment en Bohême et en Pologne.

C'est là que s'était produit l'évènement extraordinaire qui permit au judaïsme de gonfler brusquement sa population, et donc de survivre jusqu'à nos jours en tant que groupe humain spécifique .

En effet, loin de s'épuiser au fur et à mesure qu'il s'éloignait de son camp de base judéen et qu'il expédiait tous azimuts des petits groupes d'éclaireurs, Jahvé avait offert à ses fidèles éberlués la surprise et le cadeau sans prix de découvrir que dans les plaines orientales de l'Europe et jusqu'aux confins de l'Asie vivait une immense population de co-religionnaires dont personne ni en Orient, ni en Occident n'avait entendu parler.

12 - kazaria.jpg

 L'empire Kazar au moment de sa conversion à la religion du Dieu Jahvé

C'est ainsi que les Kazars judaïsés étaient entrés dans l'histoire. Ils entrèrent dans l'histoire locale par la force des choses, puisqu'ils étaient là. Mais ils ne sont jamais entrés dans la narration officielle car leur existence même contredit le mythe sur lequel se fondent les revendications des colons installés en Palestine. C'est pourquoi la narration mythologique qui tient lieu d'histoire dans l'Etat né en 1947 continue de refuser officiellement leur existence et une filiation dont leurs descendants semblent avoir honte.

7 - Comment le Talmud devint le fil d'Ariane qui conduisit au sionisme

La simple présentation du tableau d'une biographie succincte de tous les Premiers Ministres qui se sont succédés depuis qu'un vote de l'Assemblée générale de l'ONU en date du le 27 novembre 1947 a crucifié les Palestiniens, permet de comprendre au premier coup d'œil pourquoi je dirigerao mes pas en direction des marches de l'Asie plutôt que vers les rives qui auraient semblé plus accueillantes et plus logiques des bords de la Méditerranée, ou vers les paysages verdoyants et cléments de notre Europe occidentale qui ont connu, elles aussi, d'importantes et puissantes implantations juives au cours des siècles.

On sait, en effet, que toutes les grandes vagues migratoires se sont toujours déroulées d'est en ouest. La mythologie judaïque ne s'y est pas trompée, puisque les communautés de nos régions se proclament les descendantes légitimes d'ancêtres "chassés" de la province de Judée par les armées victorieuses de Vespasien et de Titus lors de la deuxième Guerre des Juifs en l'an 70 et qui auraient été "contraints" de se réfugier en direction de l'Occident.

Il est vrai que des groupes ont suivi les conquêtes chrétiennes et musulmanes en direction de l'Ouest européen et méditerranéen, comme je l'ai montré ci-dessus. Mais il s'agit d'une minorité par rapport à l'immense population juive qui résidait déjà en Europe de l'Est et avec laquelle les petits groupes venus de l'ouest ont établi une jonction. Aucun des premiers ministres qui ont dirigé l'Etat créé en 1947 en terre palestiniennene peut exciper de racines méditerranéennes ou occidentales susceptibles de donner une apparence de crédit à cette prétention. Tous, sans exception aucune, sont issus des régions talmudiques de l'Orient européen ou des marches de l'Asie. Il en est de même pour l'immense majorité des immigrants venus s'y installer. Ce fait n'est évidemment pas le fruit du hasard.

Il est hautement significatif et presque comique de voir à quel point cette réalité historique est occultée, quand elle n'est pas farouchement niée par les autorités officielles de l'actuel Etat d'Israël, qui, depuis David Grün, alias Ben Gourion, s'échinent à refuser la vérité historique et à imposer une narration mythologico-théologique de leur passé et de leur présent.

Voir : 20 - David Grün, alias Ben Gourion, et la naissance de l'"Etat juif", 22 mars 2011

 

 

1 - David Ben Gourion (né David Grün) 16 octobre 1886-1er décembre 1973est né à Plonsk en Polognedans une famille sioniste . Son père, professeur d'hébreu, était un membre des Amants de Sion. Il émigre en Palestine britannique en 1906.

2 - Moshé Sharett (né Moshé Shertok), 15 octobre 1894 - 7 juillet 1965) est né à Kherson, dans l'Empire russe, aujourd'hui en Ukraine. Il émigra en Palestine britannique en 1908.

3 - Levi Eshkol( 25 octobre 1895 - 26 février 1969) est né dans un village à proximité de la ville de Kiev , dans l'empire russe, aujourd'hui Ukraine. Il émigre en Palestine ottomane en 1914.

4 - Ygal Allon(né Ygal Païcovitch) 10 octobre 1918- 29 février 1980, est né Kfar Tabor, au pied du Mont Tavor dans l'est de la Basse Galilée d'une famille originaire de Roumaniequi émigre en Palestine en 1901.

5 - Golda Meir ( Golda Meirson, née Golda Mabovitz), 3 mai 1898 -8 décembre 1978, est née à Kiev , au cœur de l'empire russe, aujourd'hui capitale de l'Ukraine. Sa famille émigre aux Etats-Unis en 1903, le couple Meirson arrive en Palestine en 1921.

6 - Yitzhak Rabin(Yitzhak Rubitzov) , 1er mars 1922 - assassiné à Tel Aviv par un colon juif extrémiste le 4 novembre 1995 est né à Jérusalem. Ses parents, Nehemiah et Rosa Rubitzov originaires d'Ukraineémigrèrent d'abord vers les Etats-Unis

7 - Menahem Volfovitz Begin(Mieczyslaw Biegun) , 16 août 1913 -9 mars 1992 . Il est né à Brest-Litovsk, alors ville polonaise à majorité juive, aujourd'hui Biélorussie.Il n'arrive en Palestine qu'en 1942.

8 - Yitzhak Shamir(Yitzhak Jazernicki), 15 octobre 1915( 30 juin 2012, est né à Ruzhany, en Pologne, actuelle Biélorussie. Il émigre en Palestine en 1935.

9 - Shimon Peres(Szymon Perski ) Il est né le 2 août 1923 à Wisniew, Pologne, actuellement Biélorussie. Il émigre en Palestine en 1934.

10 - Benyamin Netanyahou, (nom réel du père: Benzion Mileikowsky) né le 21 octobre 1949 à Tel Aviv, petit-fils d'un rabbin émigré de Lituanieen Palestine en 1920

11 - Ehud Barak (Ehud Brog) , né le 12 février 1942 au kibboutz Mishmar Hasharon, fils d'Israel Brog et d'Esther Godin, immigrés respectivement de Lituanie et de Pologne.

12 - Ariel Sharon (Ariel Scheinermann), né le 26 février 1928 à Kfar Malal en Palestine . Son père Shmouel Scheinerman est originaire de Brest-Litovsk alors en Pologne,actuellement Biélorussie. Sa mère Véra est un médecin originaire de Mohilev en Biélorussie.

13 - Ehud Olmert , né le 30 septembre 1945 à Binyamina en Palestine. Son père Mordechaï - né à Buguruslan en Russie, émigre en Chine en 1919, à Harbin, et arrive en Palestine en 1933

14 - Netanyahou (voir n° 10)

 


Pour comprendre qui sont réellement ces dirigeants originaires de l'Est et imbibés jusqu'à la moelle de messianisme sioniste, il est précieux de jeter un regard sur les circonstances historiques qui ont conduit les communautés juives d'Europe occidentale d'abord, puis orientale, au fil des déplacements et des conversions, à ériger le Talmud
en rempart mental infranchissable derrière lequel elles se sont enfermées à double tour.
 

Le triomphe du talmudisme notamment dans les communautés juives de l'Europe de l'Est largement composées de descendants de Kazars ignorants et frustes, constituait, pour les rabbins et autres notables du judaïsme, une manière d'unifier les esprits, de sauvegarder et de bétonner une identité nationale autonome face à un christianisme qui régnait alors en maître dans l'Europe occidentale tout entière et qui modelait les sociétés des différents Etats. Dans un environnement social et politique chrétiens, les Juifs représentaient un groupe allogène, qui refusait catégoriquement de s'assimiler. Comment l'auraient-ils pu sans renier leur religion?

Mais les conséquences de cet isolement social étaient prévisibles. Les sociétés humaines, tout comme les sociétés animales, sont spontanément hostiles aux intrus et s'emploient à les rejeter avec plus ou moins de brutalité, en fonction du tempérament national et du degré de civilité des autorités politiques, si bien que des persécutions, parfois très violentes, ne manquèrent pas de se produire au fil des siècles dans de nombreux pays. Dans les sociétés intolérantes, comme le furent longtemps les Etats chrétiens, les motifs religieux officiellement brandis cachaient fréquemment, en réalité, des causes financières et économiques. Leurs victimes en voulaient aux prêteurs abusifs ou à aux usuriers, mais une fois déchaînée, la violence populaire ne faisait pas de quartier et s'en prenait également à la foule des besogneux innocents pour la simple raison qu'ils participaient à cette communauté et qu'ils étaient là.

A une situation politique et sociale qui leur fut très défavorable durant les siècles régis par un christianisme triomphant, donc arrogant, qui les tolérait du bout des lèvres, les notables des communautés juives répondirent par le renforcement de l'auto-exclusion, laquelle renforça à son tour l'animosité des sociétés-hôtes. La spirale était enclenchée car toutes les sociétés modelées par la religion aspirent à l'unité des cerveaux.

D'ailleurs l'actuel Etat créé en 1947 en Palestine en est un exemple particulièrement éloquent. Les moyens d'information du monde contemporain et la diffusion des images ne lui permettent plus de se comporter avec la brutalité qui fut celle des sociétés plus anciennes à l'égard des populations autochtones, bien que l'indulgence dont il a été l'objet durant des décennies lui a permis de procéder à des centaines de milliers d'expulsions - la nakba - de raser des milliers de villages, de tuer des milliers d'habitants, d'en emprisonner des centaines de milliers et d'ignorer superbement les recommandations et même les condamnations du Conseil de Sécurité de l'ONU qu'il considère comme des chiffons de papier.

Voir : 7 - Ils ont crucifié Marianne... Les nouveaux exploits de Tartuffe en Palestine, Pâques 2007.

A partir du XIIe siècle environ, le nouveau parti de zélotes bigots, bornés et ignorants, ennemi des sciences profanes qui avaient rayonné du temps de l'Espagne arabe avec Maïmonide et Ibn Gabriol, et qui n'avaient que le Talmud pour tout horizon intellectuel, posa un lourd couvercle sur les cervelles et les enferma avec une férocité incroyable dans l'espace ratatiné de ses ratiocinations.

 

 "Les Juifs (...) persécutèrent leurs coreligionnaires plus âprement, plus durement qu'on ne les avait jamais persécutés. Ceux qu'ils accusaient d'indifférence étaient voués aux pires supplices; les blasphémateurs avaient la langue coupée ; les femmes juives qui avaient des relations avec des chrétiens étaient condamnées à être défigurées : on leur faisait l'ablation du nez. " (Bernard Lazare, L'Antisémitisme)

 

 

Les conséquences intellectuelles, psychologiques et morales de l'enfermement tyrannique des esprits dans le coral du Talmud furent désastreuses pour le monde et pour fidèles de Jahvé. En effet, le Talmud est censé avoir tout prévu et tout décrit. Toute recherche intellectuelle ou scientifique se trouvait ipso facto non seulement délégitimée, mais violemment combattue. Comme seuls les actes extérieurs comptaient, il suffisait de suivre sans états d'âme et à la lettre les règles prescrites. La dictature des talmudistes réussit, certes, à maintenir par la terreur, l'unité du troupeau, mais elle le sépara irrémédiablement de son environnement et développa dans la population un esprit ritualiste, positiviste et pinailleur, ennemi de tout ce qui n'est pas juif, tourné vers les satisfactions matérielles et donc vers la recherche frénétique de la richesse.

On imagine l'effet des ratiocinations de certains des rabbins dont le Talmud a pieusement recueilli les élucubrations sexuelles, immorales et choquantes sur des cervelles uniquement gavées de cette nourriture-là.

Voir dans 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012 , le tableau d'un petit florilège de grossières absurdités .

Une des des victimes les plus célèbres de l'obscurantisme et de la tyrannie des talmudistes hollandais fut le philosophe Baruch Spinoza qui s'était permis de penser par lui-même.

En effet, le 27 juillet 1656, le philosophe fut ostracisé et frappé de l'infamie et de la malédiction du herem, autrement dit, d'une mort sociale et religieuse. Un fanatique juif issu des fidèles de la grande synagogue d'Amsterdam, située sur le quai du Houtgrach, a même tenté de l'assassiner. Blessé, heureusement superficiellement, il a conservé durant de longues années son manteau troué par le poignard afin de garder sous les yeux les preuves des méfaits de tous les fanatismes, y compris et surtout de celui de ses co-religionnaires.

En 1948 David Grün, alias Ben Gourion a tenté de faire lever ce "herem", qui maudit le philosophe, y compris post mortem, mais les rabbins de l'Israel actuel s'y opposèrent. Le philosophe Baruch Spinoza demeure donc, aujourd'hui encore, frappé de pestifération par les rabbins juifs contemporains

Voir : -5 - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire, 3 janvier 2011

 

 

Le terme " herem " signifie beaucoup plus qu'une exclusion de la communauté, équivalente à une excommunion dans le christianisme. Il induit la "destruction", l'"anéantissement" du renégat, au point que le philosophe a été réellement frappé d'un coup de poignard.

" Les messieurs du Mahamad vous font savoir qu'ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s'efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu'il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu'il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l'accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d'Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes:

A l'aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d'Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés.

Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l'encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l'on trouve dans la Torah.

Qu'il soit maudit le jour, qu'il soit maudit la nuit, qu'il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu'il veille. Qu'il soit maudit à son entrée et qu'il soit maudit à sa sortie.

Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps. Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu'elle soit égarée dans les ténèbres et le néant.

Que Dieu lui ferme à jamais l'entrée de Sa maison. Veuille l'Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l'Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu'il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d'Israël en l'affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah.

Et vous qui restez attachés à l'Eternel , votre Dieu, qu'Il vous conserve en vie.

Ce texte a été affiché dans tous les lieux d'Amsterdam où vivaient des juifs et envoyé dans les principales villes d'Europe où il y avait d'importantes communautés juives.

 

 

L'afflux de centaines de milliers de fidèles nés d'une conversion de masse de la population d'un gigantesque territoire de l'Est européen et des marches de l'Asie, dont les ancêtres n'avaient évidemment jamais mis les pieds au Moyen-Orient et qui vivaient sous la poigne de fer de rabbins talmudistes métamorphosa définitivement le judaïsme. Et c'est ce talmudisme-là qui finit par donner naissance au sionisme contemporain.

J'aborderai plus longuement cette question dans le prochain texte.

 

Notes:

[1] Jacques Attali : "Les juifs ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire", propos recueillis par Eric Conan http://www.denistouret.fr/ideologues/index.html

[2] Joseph Massad , Hamas et le nouveau/vieux croissant américain http://www.ism-france.org/analyses/Hamas-et-le-nouveau-vieux-croissant-americain-article-17320

[3] Mounir Mahmoud
http://www.wmaker.net/etreinformer/Chercheur-egyptien-les-regimes-arabes-ont-contribue-au-succes-de-la-judaisation-en-Palestine_a3422.html

 

Bibliographie

Professor Abdel-Wahab Elmessiri: 
The function of outsiders : http://weekly.ahram.org.eg/1999/435/op2.htm
The kindness of strangers: http://weekly.ahram.org.eg/1999/436/op2.htm
A chosen community, an exceptional burden : http://weekly.ahram.org.eg/1999/437/op5.htm
A people like any other : http://weekly.ahram.org.eg/1999/438/op5.htm
Learning about Zionism: http://weekly.ahram.org.eg/2000/476/eg6.htm

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2003, trad. Ed. Bayard 2008

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001 ,trad. Ed. Bayard 2002

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

Arno J. Mayer, De leurs socs, ils ont forgé des glaives, Histoire critique d'Israël, Fayard 2009

Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël, 5 tomes, Calmann-Lévy 1887

Douglas Reed , La Controverse de Sion

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008, coll. Champs Flammarion 2010

Avraham Burg, Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste , Fayard 2008

Ralph Schoenman, L'histoire cachée du sionisme, Selio 1988

Israël Shahak, Le Racisme de l'Etat d'Israël, Guy Authier, 1975

Karl Marx, Sur la question juive

SUN TZU, L'art de la guerre

Claude Klein, La démocratie d'Israël,1997

Jacques Attali: Les Juifs, le monde et l'argent, Histoire économique du peuple juif. Fayard, 2002

18 septembre 2012

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos...

 

 

*


FILMS

et pourquoi pas ?

Deux mots sur un film qu'on vient de voir :

 

Sept jours à la Havane

 

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Comme la plupart d'entre vous doivent le savoir, « Sept jours à La Havane», c’est donc sept chapitres, sept réalisateurs, sept regards, un pour chaque jour de la semaine. Un film construit en cadavre exquis porté par sept talents du cinéma international chargés de dérouler autant de récits. Des récits indépendants qui, mis bout à bout, rassemblés dans une trame commune constituent au final un instantané inédit de La Havane. Au fil des quartiers, des atmosphères, des générations, des classes sociales et des cultures, les réalisateurs entrecroisent leurs sensibilités, leurs parcours et leurs styles pour offrir un véritable portrait contemporain de la mythique capitale cubaine. » (Grand Ecart).

Et, n'en déplaise aux Inrocks, qui ne l'aiment pas, le résultat n'est ni hirsute, ni de bric et de broc, ni fade, mais atteint à une unité, ou si on préfère à une fusion, qui doit bien être un peu due à la vertu particulière du lieu et de ceux qui l'habitent.

Je mentionnerai juste pour mémoire les sept réalisateurs :

Le lundi revient à Benicio del Toro, avec El Yuma, histoire d'un jeune Américain venu faire un stage à l'école de cinéma de La Havane. On l'appelle ainsi, parce que « Yankee » est une injure. Il est pris en charge par un chauffeur de taxi entre deux âges, qui lui fait faire un tour de la ville by night dont il se souviendra.

Le mardi voit l'arrivée d'Emir Kusturica venu recevoir un prix récompensant sa carrière de cinéaste. Ici, il est acteur, fortement imbibé et tracassé par la colère probablement justifiée d'Anita, son épouse restée en Serbie. Il déteste les mondanités, les soupers de gala et le reste. C'est simple, il refuse de quitter le malheureux chauffeur noir qu'on a chargé de veiller sur lui et de le mener sans faute à bon port. Cette Odyssée – ce n'est pas Leopold Blum mais il y a un peu de ça – passe notamment par une cour d'immeuble, où, au milieu des poules et en présence d'un petit cochon, le chauffeur exténué par ses efforts inutiles joue de la trompette comme un dieu. C'est Jam Session, de Pablo Trapero.

Mercredi, Julio Medem suit le parcours de Cecilia, jeune chanteuse noire, qu'un Espagnol, ébloui par son talent, veut emmener à Madrid. Tentation amoureuse plus tentation de la gloire dans la riche Europe. Or, Cecilia vit avec José, un bronze de Riace noir qui a des ennuis dans sa carrière de champion de base-ball. José est portoricain, et veut prendre la mer en bateau gonflable pour passer à Miami, où il croit qu'il renouera avec le succès . Le film s'appelle La Tentación de Cécilia. Cecilia résistera à la tentation espagnole, mais pas à celle de suivre José dans son mirage américain.

Vendredi, Gaspar Noe raconte, dans Ritual, que les parents d'une jeune fille, ayant découvert qu'elle s'est fait séduire par une jeune gringa, bref, qu'elle est lesbienne, la font désenvoûter ou contre-envoûter, comme on voudra.

Samedi, c'est Dulce Amargo de Juan Carlos Tabio et l'histoire de Mirta Gutierrez, psychologue, animatrice d'un show télévisé où elle donne, une fois par semaine, des conseils aux gens pour mieux vivre. Dans la réalité, elle ne vit pas trop bien elle-même, entre son mari qui boit parce qu'il n'a plus d'emploi et sa fille (Cecilia) qui s'apprête à s'expatrier dans un sens ou dans l'autre. Et avec l'embargo qui n'arrange pas les choses, il faut bien qu'elle ait, comme presque tous, une seconde activité pour arriver à nouer les deux bouts. Un gros client lui commande des gâteaux, beaucoup de gâteaux, pour une occasion spéciale. Et voilà que son mari, rendu maladroit par l'alcool et la déprime, lui casse tous ses oeufs. Comment trouver autant d'oeufs d'un coup, à La Havane ? La débrouille et la solidarité entre petites gens y pourvoient. Comme on dit : la suite à l'écran. L'émission de Ménie Grégoire en direct est un petit morceau d'anthologie.

Dimanche enfin, vient une espèce de feu d'artifice tiré par Laurent Cantet : La Fuente, histoire d'une fontaine. Marta est une Havanaise d'un certain âge, qui habite au premier étage d'un immeuble à locataires multiples. Une statuette de la Vierge Marie trône dans son salon, car elle est très pieuse. Ce dimanche matin, elle réveille à grands cris toute la maison : la Vierge lui est apparue en rêve et a exigé une nouvelle robe – jaune – ainsi qu'une fontaine à ses pieds. Et, bien entendu, une grande fête. Aussitôt, tous de s'activer de gré ou de force. On se croirait au siège de Paris raconté par Rabelais. Maçons, peintres, couturière, tous portent, courent, volent, pédalent, s'échinent. Pas assez de place ? Qu'on abatte un mur. Pas d'eau courante ? Qu'on traverse la route et qu'on ramène de l'eau de mer !

La mer, c'est le domaine d'Ochun, mais Ochun et la Sainte Vierge s'entendent plutôt bien, elle ne dira rien. [ Ochun, déesse de la beauté dans la santeria, et première épouse de Chango, qu'on représente justement vêtue de jaune, un miroir à la main. Oui, vous avez compris, c'est l'Aphrodite de par là. Les Cubains, oecuméniques, l'ont assimilée à la Vierge de la Caridad del Cobre, sainte patronne de Cuba. La voilà. ]

Oshun - 2 .jpgComme de bien entendu, la vision de Marta s'accomplit. La Vierge avait dit : « Et une robe jaune aussi pour toi. » On lui en a fait une. L'apothéose, c'est quand une vieille dame noire très distinguée, chante a capella, en concertiste consommée, un très classique Ave Maria de Gounod, puis, sans transition, des chants africains peu susceptibles de déplaire à Ochun, chants et battements de mains que tous reprennent en choeur jusqu'à l'écroulement. L'histoire de Marta, c'est celle de tous les chefs et de tous les fondateurs de religion.

J'ai sauté le jeudi. Je le gardais pour la fin. C'est Diary of a beginner, d'Elia Suleiman, qu'il a réalisé et où il joue son propre rôle.

Quand les Inrocks disent de Sept jours à La Havane : « Une semaine à Cuba et sans inspiration. Deux jours auraient suffi. », ils se plantent le doigt dans l'oeil jusqu'aux cheveux. Quand ils ajoutent que seuls sauvent le « fade ragout » un « rituel vaudou moite et sensuel » et le film de Suleiman, ils se plantent davantage encore. Le vaudou passe assez mal à l'écran et le rituel du film, d'ailleurs, n'est pas du vaudou, c'est de l'exorcisme. Les rites d'exorcisme sont toujours un peu ridicules, qu'ils se déroulent dans une église ou en plein air. Tous font ample consommation d'eau bénite, celui-ci plus que d'autres : tout le monde est dans l'eau. La séquence de Gaspar Noe m'a fait l'effet d'être la plus faible des sept, même s'il réussit à communiquer la passion du coup de foudre entre les deux gamines, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Quant à ce que nos bobos du VIe ou du VIIe (à vue de nez plutôt des Champs) disent de Suleiman, c'est à se demander s'ils n'ont pas visionné le film au soleil, sur la Croisette :

 

 « En résulte un brillant court-métrage d’une quinzaine de minutes, quintessence du cinéma suleimanien où le réalisateur se filme lui-même, impavide voyageur à la démarche lunaire, face à des situations absurdes dont le sens semble lui échapper [c'est à eux qu'il échappe, NdC]. Il voudrait interviewer Castro, mais n’a accès, depuis sa chambre d’hôtel, qu’à ses (interminables) discours télévisés ; alors il attend, observe le triste ballet des touristes et des jolies cubaines photographiées comme des trophées de chasse… “Il ne s’agit pas de juger le régime, mais de poser un regard politique sur un pays, c’est-à-dire un regard conscient. Tout est politique, même filmer la mer vide” ».

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Les Inrocks n'aiment pas Cuba, ils n'aiment pas Castro, et parce que Suleiman leur a dit que « tout est politique, même filmer la mer vide », ils s'imaginent avoir vu un film critique à l'égard de Cuba. Comme si un artiste de cette envergure pouvait manquer de savoir-vivre au point d'aller donner des leçons à des gens qui ne lui ont rien demandé. C'est Suleiman qu'il s'appelle, pas Kouchner ou BHL.

 

Elia Suleiman - 1 .jpeg

Voici comment le film est décrit dans Première :

« Elia Suleiman arrive à La Havane et flâne dans les rues de la ville en attendant un rendez-vous organisé par l’ambassade de Palestine. Toute communication étant rendue impossible par son ignorance de l’espagnol, sa supposée solidarité politique avec le peuple cubain se heurte bientôt à son ignorance des codes culturels. Peu à peu, alors qu’il pénètre le cœur de la ville et s’imprègne de ses sons et de ses images, ce qu’il pensait n’être qu’une façon de tuer le temps, devient un test pour redéfinir son identité. »

Que signifie « toute communication étant rendue impossible par son ignorance de l'espagnol » ? Il parle anglais, Suleiman, et les Cubains aussi. Kusturica et le jeune Américain du lundi ne savent pas un traître mot d'espagnol non plus. Et alors ? La communication n'est pas impossible pour eux. Elle l'est pour lui. Y compris avec le fonctionnaire de son ambassade. Mais pourquoi ? Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas nouveau dans son oeuvre.

Qui, ayant vu Le temps qu'il reste, n'est pas hanté par les premiers instants du film, où un ami du réalisateur, au volant d'un camion, par une nuit de tempête, dans un pays d'Europe du Nord, lui crie dans son téléphone cellulaire qu'il est perdu, qu'il fait noir comme en enfer, que les éclairs l'aveuglent, que le tonnerre est assourdissant, qu'il pleut, qu'il n'en peut plus et pourquoi ne répond-il pas ? « Eli Eli ! Lamma Sabachtani ! ».

Silence.

Ce que ces critiques paraissent ignorer, c'est que Suleiman ne parle jamais que de la Palestine, ne filme jamais que l'absence de la Palestine. A la rigueur, le silence de Dieu.

Je vous raconte le film que j'ai vu :

Elia Suleiman arpente les couloirs d'un luxueux hôtel, celui où les Cubains logent leurs hôtes de marque et qui sert de décor à plusieurs des autres films, leur donnant ainsi une sorte d'unité de lieu. Dans ces couloirs, il croise des gens : une femme de chambre noire qui passe un aspirateur, un maître d'hôtel, etc. Aucun ne lui parle ni ne lui adresse le moindre signe car aucun ne le voit. Ce n'est pas Elia Suleiman qui est là, vêtu en touriste et le chapeau de paille sur la tête, c'est la Palestine. Et la Palestine n'existe pas. Comment les gens pourraient-ils la voir ? A plus forte raison lui parler ! Il sort et, apparemment sans but, se rend à son ambassade. Belle villa en bord de mer, élégante, sereine, presque luxueuse elle aussi, avec son buste d'Arafat en marbre dans le hall d'entrée, et la clim, c'est sûr. Quelqu'un - un fonctionnaire ? l'ambassadeur ? - lui annonce que le commandant Fidel Castro est en train de prononcer un discours à l'Université de la Havane et le recevra dès qu'il aura fini. Suleiman l'entend mais ne répond pas, et l'ambassadeur, si c'est lui, n'a pas l'air de s'en formaliser. On dirait qu'il a parlé de derrière une vitre épaisse. Suleiman arpente maintenant les pièces de cette ambassade d'un pays qui n'existe pas, une des seules qu'il ait au monde sans doute. On a même allumé pour lui un téléviseur, où il peut suivre le discours en train de se dérouler. La voix qui en sort est celle d'un très vieil homme, cassée. La rhétorique est toujours la même, les gestes toujours énergiques, les visages attentifs, les applaudissements nourris, mais où cela se passe-t-il ? Sur quelle planète ? Suleiman sort sur le pas de la porte, d'où il domine la route. Une voiture (vintage, années 50) s'arrête pile, en panne. Le chauffeur en sort, soulève son capot et commence à trifouiller. Ses passagers, une jeune femme et un homme, sans s'émouvoir, se mettent, elle à prendre des poses à la manière des magazines hollywoodiens (années 50 aussi), lui, à la mitrailler de son Nikon en sautoir : sur le toit, contre une portière, un pied dans le coffre. Le chauffeur claque son capot et repart, tout le monde rejoint sa place en courant. Routine. Suleiman a peut-être souri, comme un qui comprend les petites misères d'un pays sous embargo. La Palestine, elle, reste impavide. On ne voit que son dos. Une autre voiture arrive en sens inverse et tombe en panne à son tour. Le chauffeur s'encourt armé d'un petit bidon. Panne d'essence. Routine on vous dit. Suleiman traverse la route et gagne le bord de mer. Une femme, sur un rocher, a l'air d'attendre. Suleiman est à quelques pas. Elle ne le voit pas. Il ne la regarde pas. Comme elle, il regarde la mer vide. D'où sort, au bout d'un très long temps, un plongeur – combinaison, palmes,tuba. La femme et lui s'enlacent et s'en vont. Suleiman n'a pas bougé. Ce genre de « bateaux qui se croisent dans la nuit » se répète plusieurs fois. A la fin de la journée, Suleiman repart en taxi pour l'aéroport, comme il en était venu. « Sans avoir vu Castro », disent les critiques. On n'en sait rien. Qu'importe ? Ce n'est pas le sujet du film. La Palestine est sortie de son néant pour venir à Cuba. Elle y rentre. Il ne s'est rien passé, car même les Cubains ne peuvent pas voir les fantômes et même Castro ne peut pas les matérialiser. Elle laisse derrière elle ce seul morceau de son territoire qui ne soit pas souillé par les bombes, les offenses et les humiliations : son ambassade, où vaquent des gens qui ont l'air de poissons dans un bocal, autour d'un buste d'Arafat en marbre.

Le jour du Shock & Awe sur l'Irak, un représentant de l'Algérie dont je n'ai pas retenu le nom est monté à la tribune des Nations Unies et, au lieu d'un discours inutile, il a récité, en français, Le loup et l'agneau. Il y fallait un certain courage et pas mal de désespoir. Ce Jeudi à La Havane est une parabole semblable, dont même le titre est politique en effet : « Journal d'une débutante »... parmi les nations souveraines, et ce n'est sûrement pas pour rien qu'il est en anglais, quand tous les autres sont en espagnol. Ce septième d'un film international et collectif est une épure, une fable de La Fontaine, Le loup et l'agneau. Admirable Elia Suleiman.

Carte d'identité du film, de la part des producteurs :


http://www.7joursalahavane.fr/


Catherine


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 Mis en ligne par Théroigne, le 28 septembre 2012.  

 

 

0ù Koffi Cadjehoun reparle du 9/11 et nous de Charlie-Hebdo


Où Koffi Cadjehoun reparle du 9/11 et nous de Charlie Hebdo

 

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Very tea

 

Koffi Cadjehoun

 

DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012

 

Depuis plusieurs années, le sénateur Graham, ancien président de la Commission sur le renseignement du Sénat américain à l'époque du 911 et membre de la Commission parlementaire de 2004 ad hoc, dénonçait le caractère mensonger de la VO telle qu'elle fut édictée à l'abri de toute légalité par l'administration W., avec un article de Kissinger paru sur le site Internet du Washington Post et appelant, en réponse au traumatisme, à lancer la guerre contre le terrorisme. La commission de 2004 a commencé par accréditer cette version scabreuse, puis la plupart de ses membres se sont rétractés pour des raisons diverses. 

La plus sérieuse autocritique émane de Graham depuis quelques années, sans qu'on ne la relaye en France, où tout contestataire de la VO se trouve apparenté à un complotiste; mais cette tribune dans le Huffington Post est d'autant plus éclairante qu'elle émane d'un organe de presse démocrate, dont la fondatrice a dénoncé la tiers-mondisation des États-Unis et la politique d'Obama au service de Wall Street et contre les classes moyennes (main street). Pourquoi les médias français ne relayent-ils pas les accusations de Graham, qui ne datent pas de cet article, remontent à plusieurs années et ont été sorties par des centaines de sources variées, abondamment calomniées sous le vocable stupide et incohérent de complotisme/conspirationnisme?

La réponse est évidente : les médias ne servent pas la vérité et ne sont pas un contre-pouvoir dénonçant les mensonges et les complots du pouvoir, mais des services de propagande soutenus par des actionnaires favorables à l'idéologie atlantiste. Que dit Graham? Le point principal de sa critique se résume en une phrase : la VO du 911 est fausse. Certains le savaient depuis plusieurs années, de plus en plus d'Occidentaux dénoncent l'imposture dans les sondages (il est plus attendu que les peuples victimes de l'impérialisme n'y aient adhéré, ce qui permet à certains médias de s'interroger doctement sur le complotisme de la rue arabo-musulmane et de participer à l'islamophobie propre au choc des civilisations des néo-conservateurs et de leurs mentors britanniques).

Mais Graham ne s'arrête pas à dénoncer l'implication des Saoudiens dans le 911. Il ne dit pas : ce sont les Saoudiens qui l'ont perpétré de A à Z, seuls, sans implication américaine sur le sol américain, sans complicité d'autres États - et de factions financières. Graham ne dit pas non plus : les Saoudiens ont fait le coup, comme il dirait : les Russes did it (par ces temps de russophobie complaisamment entretenue par les médias occidentaux, ce serait assez bien accepté, avec la résurgence des théories de l'arc de cercle; notamment propagées par Brzezinski depuis Carter, et avant lui par Lewis, vous savez, celui qui a lancé le choc des civilisations avant son élève Huntington). 

Graham dit : le rapport de la Commission de 2004 a été censuré de 28 pages cruciales qui mettent en lumière l'implication des Saoudiens et qui depuis ont toujours été couverts par les institutions américaines, de W. à Obama, en passant par le FBI et la CIA. La question fondamentale à poser est donc : pourquoi les officiels américains couvrent-ils les crimes saoudiens contre leur propre peuple? La réponse se situe dans l'article de Graham, qui ne se contente pas d'incriminer les Saoudiens.

1) Graham pose la question : "Les pirates de l'air ont-ils agi seuls ou ont-ils bénéficié du soutien d'autres puissances que celles connues des leaders d'Al-Qaïda - un réseau équivalent qui leur aurait fourni fonds, assistance et couverture ?" Si Graham parle au pluriel de "puissances", c'est qu'il n'incrimine pas seulement les Saoudiens, mais des cercles dont les Saoudiens ont fait partie. Par ailleurs, le choix de puissances en lieu et place d'Etats ou d'institutions montre que Graham incrimine des structures autres que des États. Je crains qu'il ne subodore lui-même l'implication de cercles financiers derrière la main saoudienne, comme l'accord al-Yamamah le montre.

2) Graham continue ses questions dévastatrices : "Si les terroristes disposaient alors d'un réseau de soutien, pourquoi devrions-nous penser qu'il a été démantelé ? Il est peut-être toujours actif, capable de soutenir Al-Qaïda ou l'un des nombreux groupes extrémistes haïssant les États-Unis." Le sénateur parle d'un enjeu de sécurité nationale : si le réseau n'a pas été démantelé, c'est qu'il est toujours actif sur le sol américain. Graham ne vise pas seulement des Saoudiens vivant en Arabie saoudite et ayant fomenté le complot du 911 il y a plus de dix ans maintenant. Par ailleurs, l'identité d'al Quaeda se trouve démystifié : il ne s'agit pas d'un groupe indépendant et hiérarchisé, mais de cellules qui furent créées par l'Arabie saoudite pour lutter avec les Afghans et contre les Soviétiques (officieusement, cette base de données servit à alimenter les finances du trafic de drogue dans la région, puis fut recyclé dans les différentes guerres menées par l'OTAN, comme en Yougoslavie, avec de multiples soubresauts stratégiques, al Quaeda servant les intérêts atlantistes, puis servant d'ennemi insaisissable, enfin se trouvant réhabilité dans les Printemps arabes Inc., des récupérations contre-révolutionnaires de colères autochtones contre les régimes dictatoriaux de la région).

3) Puis Graham attaque les accusations principales. A partir de son rappel des évidences de l'implication saoudienne sur le sol américain, il en vient à poser la question sans laquelle ses accusations ressortiraient du déni, voire couvriraient le mensonge islamophobe : sachant les connivences institutionnelles entre les États-Unis et l'Arabie saoudite, comment les agissements criminels des Saoudiens, ayant permis le 911, ont-ils pu demeurer couverts? Graham pointe du doigt la complicité des organes de sécurité des institutions américaines, qui n'ont pas seulement failli, comme s'ingénient à le clamer les béotiens, mais qui ont couvert sciemment le complot. Graham incrimine le FBI, le célèbre bureau de renseignements chargé des affaires intérieures, qui se trouvait en charge de l'enquête sur le 911 : "Quand l'affaire de Sarasota éclata en septembre 2011, le FBI produisit deux communiqués". La question du silence complice du FBI, qui a couvert la complicité active des Saoudiens, comme celle passive des Israéliens, recoupe d'autres collusions de même type : la CIA, d'autres services de renseignements, certains liés aux armées américaines ou au Pentagone.

Je profite de la mention de l'implication israélienne pour rappeler qu'elle se trouve mentionnée par le journal israélien de gauche Haaretz, peu soupçonnable d'antisémitisme (terme impropre de surcroit) et que le fait d'incriminer des factions sionistes et/ou israéliennes dans le 911 ne signifie en rien que l'on accuse les juifs, les Israéliens ou les sionistes d'avoir fomenté le 911, tant s'en faut. Comme de nombreux dénonciateurs de la VO mensongère du 911, j'ai du respect pour les juifs, qui sont pour moi des citoyens normaux, et j'éprouve de l'admiration pour certains aspects de la culture juive, qui recèlent de trésors d'intelligence et d'humanisme. Au lieu de craindre les calomnies, agissons avec les Israéliens comme avec les Saoudiens : si des implications officielles d'éléments saoudiens existent, que les coupables seuls soient condamnés - et que l'on désamalgame les islamistes, les musulmans et les Arabes de certains Saoudiens, comme l'on désamalgame les juifs, les sionistes ou les Israéliens de certains groupes soupçonnables à juste titre. Et qu'on en arrête avec l'accusation amalgamante d'antisémitisme, aussi peu cohérente que le créneau du complotisme/conspirationnisme.

4) Graham va plus loin. Il veut montrer qu'au-delà de l'inanité de la VO et de l'implication saoudienne, il serait réducteur et dangereux d'en rester à l'implication de certaines autorités américaines (minoritaires) contre leur propre population. Pour Graham, le slogan : "911 was an inside job" est terriblement réducteur. S'il est certain qu'au-delà du nominal FBI, les Saoudiens n'ont pu agir sans lien américain sur le sol américain, d'autant que les alliances solides entre Saoudiens et Américains remontent à la Seconde guerre mondiale, le problème est plus profond. Graham évoquait les puissances ayant soutenu al Quaeda et aidé les Saoudiens. Il va en nommer la partie la plus proéminente : "En juillet dernier, le sous-comité permanent aux investigations du Sénat, le Comité de la sécurité intérieure, a publié un rapport reprochant au géant de la banque HSBC d'avoir ignoré les liens de financement avec le terrorisme de Al Rahji Bank, la banque privée la plus importante d'Arabie Saoudite". L'accusation n'est pas innocente : suite au  rapport de la sous-commission d'enquête du Sénat américain, que Graham ne peut que très bien connaître, l'affaire HSBC a éclaté. HSBC se trouve accusée d'être l’une de principales lessiveuses d’argent sale des cartels de la drogue à l’échelle mondiale. En particulier, elle :

- a hérité des comptes en banque de personnalités saoudiennes lorsque fut fermée la banque Riggs de Washington, après les attentats du 911. Se trouve impliqué le prince Bandar "Bush" ben Sultan, qui serait mort dans un attentat en Arabie saoudite fin juillet. Il aurait reversé de l'argent à des agents saoudiens, qui à leur tour auraient aidé certains des présumés pirates de l'air du 911. 

- a entretenu des connexions solides avec l'al Rahji Bank, connue pour soutenir al Qaeda et le terrorisme international avant et après le 911.

5) Graham accuse certains financiers saoudiens de premier plan de collusions via des organisations caritatives wahabbites avec le cerveau présumé des attentats du 911, le complaisant KSM, qui a reconnu sa culpabilité à Guantanamo suite à des pratiques de torture intensives. Le lien entre la HSBC et l'al Rahji Bank n'est pas anodin : de même que les banques saoudiennes sont liées aux banques américaines et britanniques via la City et Wall Street, de même l'implication dans le 911 des Saoudiens, notamment du prince Bandar, n'a pu s'effectuer sans la complicité d'Américains et surtout de Britanniques. A cet égard, il faudrait monter du doigt les factions anglophiles sur le sol américain, dont Wall Street constitue le meilleur terreau (mais les milieux de Chicago, dont Obama est issu, constituent une alternative solide). Le prince Bandar est au centre de l'affaire de financement du terrorisme international al-Yamamah, qui implique la multinationale britannique BAE. La collusion entre l'Empire britannique et l'Arabie saoudite intervient à ce niveau. Londres fut accusé par les services secrets français d'abriter le Londonistan, pépinière complaisante de foyers terroristes multiples, notamment islamistes, et notamment saoudiens. 


Conclusion : l'accusation de Graham visant les Saoudiens implique les Américains à différents niveaux (officiels comme financiers), mais surtout les Britanniques, via la HSBC. Si l'on ne comprend pas ce lien, l'on passe à côté de l'essentiel : le changement de stratégie politique qu'a permis le 911 a débouché sur la guerre contre le terrorisme, dont les effets ont encore gradé depuis l'assassinat ubuesque d'Oussama. Désormais, nous nous trouvons dans une spirale de chaos, dont les Libyens et les Syriens sont les victimes du moment, avec les mêmes mensonges (la promesse démocratique) et les même bailleurs (les Saoudiens & Cie.) L'effort de Graham pour obtenir la vérité derrière l'écran de fumée actuel (entre VO mensongère et dénonciations vagues) est d'autant plus salvateur qu'il intervient pour enrayer le processus de guerre nucléaire, dont le 911 fut l'étincelle symptomatique. Si nous persistons à couvrir les mensonges autour du 911, comme l'ingérence démocratique dans les Printemps arabes au nom de la R2P, l'Occident affrontera d'ici peu la Russie et la Chine dans des conflits dont les répercussions peuvent être dramatiques. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le chef d'Etat-major américain le général Dempsey, qui s'oppose à Obama et aux faucons Israéliens concernant l'intervention contre l'Iran et qui a peur de répercussions nucléaires contre la Russie et la Chine. 

Nous en sommes en train de voir pourquoi la provocation du 911, attentat médiatisé à outrance, fut intentée : pour légitimer le conflit qui survient, possiblement nucléaire, entre l'Occident et l'Asie. L'Occident en faillite, la City et ses paradis fiscaux, n'a d'autre choix pour prolonger sa domination que la guerre. Jamais les populations occidentales n'auraient accepté le choix s'il avait été livré franco (de porc). Par contre, le 911 a légitimé le changement de politique, au point que la plupart des Occidentaux condamnent confusément l'invasion de l'Irak en approuvant celle de l'Afghanistan, pourtant tout aussi illégale (mais oui).

L'intervention de Graham, figure du Parti démocrate, est un camouflet contre Obama, en pleine campagne de réélection. Obama a trahi tous ses idéaux, renflouant les financiers et ruinant encore plus les classes moyennes (prolongeant l'action de son prédécesseur républicain W.). Il avait promis aux familles des victimes du 911, qui pour beaucoup condamnent la VO inepte, de réouvrir l'enquête et de rendre public le rapport classifié de 28 pages sur les implications saoudiennes. Fidèle à ses mensonges éhontés, il a ordonné au procureur Kagan en mai 2009 d'empêcher toute poursuite contre les Saoudiens, comme il a étendu la pratique de la torture, notamment à Guantanamo, comme il a légalisé l'assassinat sans jugement sur décret présidentiel, comme il a autorisé les Etats-Unis à guerroyer contre la Libye sans autorisation démocratique du Congrès, comme il a permis l'assassinat de Kadahfi, chef d'Etat en exercice...

Espérons que l'intervention vertueuse de Graham n'est pas trop tardive. Il ne s'agit pas de limiter les accusations aux Saoudiens, commodes boucs émissaires, ou de couper les liens entre le prétexte du 911 et l'actuelle crise systémique mondiale, qui a poussé les financiers à changer de stratégie, passant des accords de souveraineté entre Etats-nations au chaos impérialiste. Il s'agit de démasquer les multiples rouages de l'Empire britannique. Dans le 911, la principale connexion se situe entre Saoudiens et Britanniques. Elle n'exclut pas l'implication plus lointaine de certains cercles israéliens ou la participation suicidaire de certaines factions américaines sur leur propre sol. Au fond, tous croient tirer profit de leur participation à l'impérialisme dominant, pour des motifs divers et contradictoires, sans se rendre compte qu'ils servent une stratégie qui les dessert et les pousse au suicide. Quand je dis : "les", je pourrais dire : "nous". Car nous sommes tous impliqués, au moins par intérêts mal compris, parfois par lâcheté (la guerre, ça fait peur, le complot, ça sent le roussi).

PUBLIÉ PAR KOFFI CADJEHOUN À L'ADRESSE 04:45

Source : http://aucoursdureel.blogspot.be/2012/09/very-tea.html

 

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Merdias et fabrication du consentement

 

Qu'on nous pardonne de revenir sur un événement récent, qui ne mériterait en fait que le silence. Mini-anecdote qu'on se raconte en passant entre voisins, comme on se parlerait du temps qu'il fait et de l'automne qui revient.

Or donc, dans la foulée du trailer islamophobe mis en ligne, semble-t-il, par quelques amis d'Anders Breivik, Charlie Hebdo a remis ça, ses caisses étant probablement vides, mésaventure qui arrive assez souvent aux feuilles de chou avariées n'intéressant plus grand monde.

Aussitôt les autres merdias de se lancer dans de graves interrogations sur le droit au blasphème, la liberté de ceci-cela.

Et voilà que quelqu'un a l'idée d'envoyer à Robert Bibeau (l'Alceste du Québec) un article du Soir de Bruxelles intitulé « La liberté d'expression instrumentalisée ». Bibeau prend feu (= se met en rogne) et répond à son correspondant avec la verdeur de langage qui le caractérise (+copie aux abonnés de sa Lettre d'infos dont nous sommes. Fin du 1er acte).

Acte II : Serge ULESKI, blogueur sur le site du NouvelObs, se fend à son tour d'un article, qu'il intitule « Hebdo, business et diversion ». (Nous sommes abonnés à sa Lettre aussi.) Il y remarque notamment que « Charlie Hebdo semble avoir la fâcheuse habitude de renflouer ses caisses sur le dos d’une religion qui, certes, a quelques problèmes avec la modernité et le droit au blasphème, mais aussi et surtout… une religion pratiquée par les plus fragiles de notre communauté nationale.». Votre servante a l'idée de lui communiquer la réaction de Bibeau, accompagnée de deux lignes perso, puisque nous le lisons couramment avec intérêt, sans penser qu'il s'agit d'un commentaire en ligne et non d'un émile d'internaute à internaute.

Or, les blogueurs locataires du NouvelObs sont « modérés » par leur proprio. A plus forte raison les internautes qui les visitent. Nous avons donc eu – Acte III - la joie et pas tout à fait la surprise de recevoir du NouvelObs un avis de modération « pour propos haineux ». La rédaction du NouvelObs se serait-elle reconnue dans ceux de Robert Bibeau ? Allez savoir. Voici les objets des trois délits (le nôtre, celui d'opinion non conforme du Canadien et la censure du Nouvel Obs) :

«« D'accord avec vous. J'ai tout de suite pensé "les finances doivent être en-dessous du niveau de la mer" ! Et ça, ce n'est la faute d'aucun intégrisme, mais du manque de talent et de principes (en matière de morale publique) de Charlie Hebdo. Val est parti mais il est toujours là. Et ils ne sont pas masos comme le dit Cohn Bendit, ils sont vendus. Ils ne pourraient pas compter sur la protection dont ils jouissent, s'ils ne l'étaient pas. Tout ça pue le Pussy Riot à plein nez. Incidemment, j'ai reçu ça de Robert Bibeau (Québec), répondant à quelqu'un qui a dû lui envoyer un article du Soir de Bruxelles sur la liberté d'expression :

«« LES BOUTEFEUX CONTRE LES BOBOS DE CHARLIE-HEBDO

FOUTAISE que cette flagornerie de liberté d’expression engoncée, pseudo préoccupation des “bobos” en limousine.

La pensée de gauche n’a pas droit de cité dans vos médias à la solde dirigée par la pensée unique – où tous vos laquais journalistes – éditorialistes – columnistes – commentateurs pseudos-experts entonnent tous en choeur le même refrain aseptisé puis se relancent le micro – la page de journaux - et je te cite pour te complaire mon cher compère et quand moi-même je publierai tu me revaudras cela –

Alors de grâce ne mêlez pas le “privilège” à l’information comme ils l’entendent – et la liberté d’expression – et cette foucade – ce carnaval provocateur raciste – islamophobe – qui fait le jeu des gros capitalistes monopolistes propriétaires des médias français pour démontrer la vindicte arabe et de la rue musulmane contre ces «bobos» planqués à Paris dans leur bureau – grassement payés – et donnant des leçons de liberté à qui ne leur a rien demandé – ces esclaves de leurs propriétaires – subventionnaires – qui ne savent rien faire pour apaiser la misère qui s’étale sur les trottoirs de vos villes amères.

La révolte de la rue arabe a pour prétexte ce torchon de Charlie-Hebdo après ce trouffion de film moron et pour raison réelle la frustration de millions d’ouvriers, de jeunes à qui les impérialistes du Nord ont exproprié leur «printemps arabe»...qu’ils doivent maintenant – tout et tous – recommencer comme nous l’avons écrit il y a longtemps.

L’affaire du vidéo morpion et des saletés de Charlie-Hebdo n’ont rien à voir avec la liberté d’expression – la liberté d’expression c’est celle de manifester encore et encore et de tout casser pour cause de pauvreté, de chômage, de misère, de famine, de maladie, de mal logé, d’esclavage salarié mal payé, pour cause de mort par pollution et par guerre interposées dans tous ces pays de misère où l’on crève brulé dans les «sweet chops» des impérialistes, gérés par les marguillers locaux dominés que les nationaleux voudraient nous faire épouser et aimer. Le harki devra périr comme son maître.

À bas l’apaisement – boutefeux du monde entier «haro sur Charlie Hebdo ce baudet niais et cette vidéo dégénérée et tous ceux qui sont planqués».

Les réactionnaires fascisants n’ont pas le droit à la parole voilà la liberté de pensée.

Robert ML.

(Note de Catherine : Je ne suis pas d'accord pour qu'on insulte les baudets en les comparant à Charlie-Hebdo. Ce sont des animaux pleins de grâce.) »»

 

Réponse du « modérateur nouvelobsien» :

 

Bonjour Catherine Après lecture et analyse attentive de votre article du 21.09.12 14h05 par notre équipe de modération, celui-ci a dû être retiré de la publication en raison de sa non-conformité vis-à-vis de la charte d’utilisation du NouvelObservateur. Nous tenons à vous assurer que nous faisons tout notre possible pour accepter le plus grand nombre de messages et que tous nos modérateurs sont tenus à une stricte obligation d’impartialité. La neutralité de leur analyse est d’ailleurs régulièrement vérifiée par un superviseur. Toutes les opinions sont acceptées dans la limite des règles définies dans la charte éditoriale et sous réserve de les exprimer de manière courtoise, argumentée, et sans agressivité. Le motif de retrait de votre participation est : Propos insultants Les propos insultants ou haineux envers un utilisateur, une personne, une communauté, une entreprise ou une organisation, ne sont pas autorisés par la charte du site. Sont considérés comme injurieux les propos haineux, grossiers ou dégradants, utilisés pour qualifier autrui dans le but prémédité de l’offenser. Cordialement, L’équipe de modération.

 

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Non, ce ne sont pas des billets verts, ce sont des couvertures de Charlie.

Pas insultantes pour une communauté, pas haineuses, pas injurieuses, pas grossières, pas dégradantes, pas utilisées pour qualifier autrui dans le but prémédité de l’offenser, que dis-je, courtoises, argumentées et sans une once d'agressivité.

 

C'est là où nous voulions en venir. Il ne suffit pas de savoir que, dès l'instant où ses caisses sonnent le creux, Charlie Hebdo se rend coupable d'incitation à la haine entre peuples, en s'abaissant au niveau des pires feuilles judéophobes d'avant et de pendant la guerre (on n'a pas changé de moeurs, on a juste changé de bouc émissaire). Il faut bien voir qu'il le fait, surtout, à chaque fois qu'est lancée, contre ces peuples, une meurtrière offensive de ce que Grasset appelle « le bloc BAO ». Disons-le clairement : à chaque fois que Charlie-Hebdo se paie une tranche de rigolade et fait remonter ses ventes, il y a du sang qui coule.

Faire de la provoc pour forcer les gens à réfléchir peut être une chose estimable et même courageuse. Faire de la provoc, dont le but froidement concerté est de déclencher une guerre apocalyptique, mérite la corde.

La feuille de feu Choron est tombée si bas qu'elle a participé, récemment, à une campagne infecte de dénigrement calomnieux d'un des sites d'information alternative les plus recommandables qui soient, je veux parler du Grand Soir. Bien sûr, l'attaque ne s'est pas limitée à la concurrence heureuse qui ne joue pas le jeu de la vénalité ordinaire en fonctionnant gratuitement(1). La fine équipe des Charlie Hebdo, NouvelObs-Rue 89 (ils sont pacsés), Chapitre XI, CQFD, s'en est pris aussi à tout ce qui gêne le fameux Bloc sus-cité (Israël y étant inclus plutôt deux fois qu'une), à savoir les autres sites d'information non alignés tels que le Réseau Voltaire, Eva R-sistons, etc., et les personnalités non conformes à leurs voeux telles que Thierry Meyssan, Silvia Cattori, Jean Bricmont, Michel Collon, Jonathan Moadab, François Asselineau, Dieudonné, Michel Chossudovsky, Annie Lacroix-Riz, Paul-Eric Blanrue, Ginette Skandrani, Israel Shamir, Maria Poumier, et bien d'autres, tous marqués au fer de l'infamant « rouges- bruns ».

Que nous voulions le savoir ou pas, nous sommes en guerre, et la guerre prend aussi ces formes-là. Il serait dangereux de s'en désintéresser ou de prendre à la légère ces apparences d'escarmouches entre folliculaires. Il ne s'agit pas de cela du tout. Et Charlie Hebdo, le Nouvel Obs-Rue 89, Article XI, CQFD, et leurs compères ne sont pas rouges-bruns, ils sont bruns tout court.

On peut voir le déroulement de l'offensive et de la riposte ici-même :

http://www.legrandsoir.info/analyse-de-la-culture-du-mensonge-et-de-la-manipulation-a-la-marie-anne-boutoleau-ornella-guyet-sur-un-site-alter.html

http://www.legrandsoir.info/petits-potins-sur-le-front-national-les-nazis-charlie-hebdo-article-11-ornella-guyet-et-autres.html

http://www.legrandsoir.info/ii-les-potes-de-nos-calomniateurs-infiltres-par-la-dcri.html

http://www.legrandsoir.info/i-les-bidonnages-repetitifs-des-calomniateurs-du-grand-soir.html

http://www.legrandsoir.info/quand-charlie-hebdo-chasse-av...

http://www.legrandsoir.info/de-la-liberte-d-expression-a-la-censure-elevee-au-rang-de-vertu-ou-comment-la-gauche-se-suicide.html

A suivre...

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(1) Ce n'est pas une raison pour ne pas les aider en leur envoyant votre obole, car, à leur tour, ils soutiennent Wikileaks qui a de sacrés frais d'avocats.

Catherine

 

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Et pourquoi pas un petit dernier pour la route :

C'est Sébastien Fontenelle sur Bakchich, avec des images :

Quand Charlie Hebdo fait de l'humour

http://www.bakchich.info/medias/2012/09/20/quand-charlie-hebdo-fait-de-lhumour-61700


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Dernière minute :

Samedi prochain, 29 septembre, des parisiens vont se réunir pour commémorer, avec quelques mois de retard mais on s'en fiche, le 141e anniversaire de la Commune de Paris, du fameux «Printemps 71».

Nous en avons reçu l'annonce d'El Diablo :

 

commune03.jpg

Le 29 septembre 2012 , nous nous retrouverons place de la Commune de Paris pour fêter tous ensemble la révolution du printemps 1871. (Place de la Commune, Paris 13ème, angle des rues de la Butte-aux-cailles et de l’Espérance. M° Place d’Italie ou Corvisart)

De la Commune, reste souvent le souvenir d’une capitale insurgée, d’une ville couverte de barricades et d’une guerre civile qui s’achève par la tragédie de la semaine sanglante, aux lueurs des incendies et aux bruits des fusillades accompagnant une répression massive. Pourtant, une œuvre sociale d’avant-garde est née pendant cette période, une période bien courte : 72 jours pour des mesures très importantes sur le chômage, sur l’autogestion ouvrière, sur l’école, sur la place des femmes dans la société, sur la paix, sur la guerre, sur la justice. Il existe des parallèles avec la situation d’aujourd’hui et les combats menés pour défendre des avancées gagnées de hautes luttes pendant tout le XXe siècle, particulièrement pendant le Front populaire et à la Libération, avec le programme du Conseil national de la Résistance, et qui sont remises en cause par les héritiers et successeurs des versaillais. Nous aurons l’occasion d’en parler lors de l’intervention qui suivra, avec notamment l’actualité de la Commune : la réhabilitation des communards.

P R O G R A M M E

14h30Nag’air

15H30Riton la Manivelle, son orgue de barbarie et ses musiciens

16h30 La Chorale du Chœur Populaire de Seine-St-Denis

17h30 allocution

18H30Serge Utgé-Royo avec son florilège de chansons de la mémoire sociale internationale de 1865 à nos jours

Sur la fête, vous trouverez un stand littérature, des tee-shirts, des objets de mémoire de la Commune et une buvette où nous aurons le plaisir de nous retrouver devant un café, un communard, un rafraîchissement ou un gâteau confectionné par nos adhérents.

Sources :

http://eldiablo.over-blog.org/article-fete-de-la-commune-...

Association des amis de la Commune 1871 : http://www.commune1871.org/

 

 


Et à l'intention de ceux qui sont trop jeunes pour savoir de quoi il a retourné, voici – au diable l'avarice ! – 12 (oui, douze) conférences d'Henri Guillemin (en 13 clips) très heureusement conservées par la Télévision Suisse Romande, ce n'est pas à la RTBF qu'on verrait des choses pareilles.

C'est mieux – et plus court – que deux ans de Sciences Po.


Henri Guillemin – La Commune de Paris

 

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http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/34777...

 

 

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Mis en ligne le 28 septembre 2012 par Théroigne