25/10/2017

LA PARTIE D'ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS -

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« LA PARTIE D’ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS »

 

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Théroigne – L.G.O. 25 octobre 2017

 

Dans leur dernier chef d’œuvre en date, consacré à l’écrivain italien Curzio Malaparte (Morte come me, on vous en parle en fin de post), Rita Monaldi et Francesco Sorti évoquent la partie d’échecs qui a opposé pendant plusieurs jours de 1908, dans l’île de Capri, Vladimir Ilitch Lénine et Aleksandr Aleksandrovitch Bogdanov, sous l’œil attentif de Maxime Gorki.

Il nous a semblé que vous offrir cette page était une façon comme une autre de célébrer, avec nos très modestes moyens, ce que Malaparte – précisément – a qualifié de « fait de nature », semblable à l’« éruption d’un volcan ».

Dans ce livre du célèbre duo, une jeune poétesse anglaise a été trouvée morte au pied d’une falaise, après une brève rencontre avec Malaparte et un duel qui a opposé l’écrivain au Sturmbannführer SS Helmut Aichinger à propos de la jeune femme. Meurtre ? Suicide ? Accident ? On ne le sait toujours pas aujourd’hui. C’était en 1935. En 1939, certains ont accusé Malaparte de l’avoir tuée. La trame anecdotique de ce roman extraordinaire, fondé sur des événements historiques réels, raconte les efforts du « suspect », poursuivi par l’OVRA (police secrète de Mussolini) qui veut l’embastiller discrètement, dans le but de découvrir la vérité et se sauver ainsi d’une arrestation qu’il redoute définitive. Dans le chapitre ci-dessous, il va interroger Axel Munthe, médecin et romancier suédois, qui vit en solitaire à Capri, réputé aveugle, mais Malaparte sait que, derrière ses lunettes noires, le vieil homme y voit très bien. Malaparte a trouvé, dan sa « Maison comme moi » en construction - celle-là même où Jean-Luc Godard a tourné Le Mépris – un mystérieux échiquier sur lequel sont gravés les mots « Qui est comme Dieu » et « PAM ». Le Febo (Phoebus en français), dont il est ici question, est le célèbre chien de l’écrivain toscan.]


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« Casa come me » - Cap Massullo, Capri,

léguée à la République Populaire de Chine mais captée par les héritiers de l’écrivain, à la suite d’un procès qui ne grandit ni la famille Suckert-Perelli ni les tribunaux italiens.

 

[…]

10. Axel Munthe.jpgMais, dites-moi, Malaparte, que puis-je faire pour vous ?

– Il y a quelques années, ici, à Anacapri, est morte une jeune fille anglaise, Pam Reynolds. Il semble qu’elle se soit suicidée en se jetant dans un précipice.

– Je m’en souviens. Ce fut une bien triste chose. On dit qu’elle s’est jetée de la falaise d’Orrico.

– Je voudrais vous confier quelque chose de très délicat, docteur Munthe. Mais j’aimerais avoir votre parole que vous n’en soufflerez mot à personne.

– Vous avez ma parole, Malaparte. N’oubliez pas que je suis un médecin. J’ai l’habitude du secret.

– Eh bien, quelqu’un essaie de monter un coup contre moi. On dit que j’ai quelque chose à voir dans la mort de Pam. Que peut-être même c’est moi qui l’ai tuée.

– Vous n’êtes pas sérieux ? Mais c’est horrible ! Comment puis-je vous aider ?

Je pris, sur une petite table octogonale, un des livres poussiéreux qui s’y trouvaient. C’était la traduction anglaise des mémoires de Munthe, intitulé Le livre de San Michele, parce qu’elles racontaient l’histoire de la construction de la villa San Michele.

– La villa San Michele… Que voulez-vous savoir ? C’est un morceau de ma vie. Je l’ai construite de mes propres mains, mais je n’y habite plus. Même les domestiques, maintenant, je les fais dormir ici. J’y vais de temps en temps.

Je lui montrai l’échiquier avec ses graffiti, que, jusqu’à présent, j’avais laissé emballé dans du papier. Je lui expliquai l’équivalence « Qui est comme Dieu = saint Michel ».

– Je ne comprends pas qui a voulu m’envoyer cet étrange message, dis-je pour conclure. Vous, qu’est-ce que vous en dites ? Peut-être la mort de Pam Reynolds a-t-elle quelque chose à voir avec la villa San Michele ?

Munthe se tut quelques instants. Je l’entendis frémir un peu, comme pour réprimer un éternuement. Puis, je me rendis compte qu’il riait. Nous étions tous les deux assis dans l’obscurité en train de parler d’un homicide dont j’étais accusé, et Munthe riait poliment, gentiment, comme seul peut le faire un cher, vieux médecin suédois.

– Mon pauvre Malaparte, mais vous ne comprenez pas ! L’allusion contenue dans cet échiquier est des plus claires et n’a rien à voir avec la villa San Michele.

– Et qu’est-ce qu’elle signifie, alors ?

– Vous savez ce qu’est la Construction de Dieu ?

 

Le bonhomme Lénine

Sans attendre ma réponse, il me conduisit dehors.

– C’est l’heure où les oiseaux chantent. Mes oiseaux, dit Munthe, d’une voix extatique, de prophète.

Nous sortîmes de la tour, dans la propriété de Munthe. La clarté du jour me blessa les yeux. Munthe, en revanche, passa de l’obscurité à la lumière comme si de rien n’était ; il était entraîné à rester des après-midi entiers dans l’obscurité, à recevoir ses visiteurs dans l’ombre, à percevoir courants et vibrations comme une chauve-souris, puis à sortir tout à coup avec ses chiens et ses oiseaux. Le parfum de la mer et de la résine des pins m’ôta des narines l’odeur douce et grasse du médecin suédois et de son faux musée. Nous fîmes quatre pas dans les pins et les arbustes, Munthe s’appuyant sur son bâton. Febo nous suivait en remuant la queue.

– Malaparte, vous êtes jeune. Vous ne connaissez pas Capri comme le petit vieux que vous avez devant vous. Ceux de mon âge ont vécu une période entre 1908 et 1910, quand vous étiez encore un enfant, où l’Europe était pleine de Russes. C’étaient des errants clandestins, qui avaient pris le maquis depuis des années, qui s’étaient enfuis de la mère patrie parce que la révolution de 1905, par laquelle ils avaient tenté de renverser le tsar, avait échoué. Ils cherchaient à tirer, depuis l’étranger, les fils d’une nouvelle révolution qui n’allait se réaliser que dix ou douze ans plus tard. Un de leurs chefs spirituels, pour ainsi dire, était le grand écrivain Maxime Gorki. Et Gorki, comme vous devez le savoir, vivait ici, à Capri.

Naples et l’Italie, à cette époque, grouillaient d’exilés russes, dit Munthe, et aussi de socialistes italiens, de nature plus ou moins subversive. La police italienne les contrôlait tous, mais ne pouvait avoir la main trop lourde, parce que les socialistes étaient fortement représentés au Parlement et dans la presse. Quand Gorki était arrivé à Capri, en novembre 1906, on avait vu, sur le mole, des centaines de Napolitains et de Caprais venus l’applaudir.

– J’ai rencontré Gorki. À Moscou, il y a sept ans, dis-je.

– Alors, il vous aura peut-être parlé de l’École de Capri, ou peut-être pas. Ce sont là des choses, cher Malaparte, que, dans le fond, tout le monde connaît, mais dont personne aujourd’hui ne bavarde volontiers. Et un jour viendra où on ne s’en souviendra plus. Ce n’est pas sans raison que Staline a fait tuer Gorki, comme tant d’autres.

À Capri, poursuivit Munthe, Gorki et d’autres exilés avaient fondé une véritable école révolutionnaire. Ils voulaient former les cadres dirigeants du parti qui organiseraient la révolution, celle qui devait être définitive, qui a fini par éclater en 1917. L’île devait servir de base stratégique, de centre de sélection du personnel politique et d’école de formation idéologique. Elle s’appelait, justement, École de Capri.

– Et excusez-moi, cher Malaparte, si je vous raconte encore des choses que vous savez peut-être déjà, mais un souvenir en amène un autre. Qu’est-ce qui reste à un pauvre aveugle comme moi ? Des souvenirs, rien d’autre que des souvenirs.

L’École de Capri n’était pas qu’un point de ralliement organisationnel. Gorki voulait créer une nouvelle culture, un nouveau savoir ouvrier et prolétaire, une idée du monde, de l’art, de la littérature, de la musique faite sur mesure pour les ouvriers, les paysans, les pauvres et les exploités. Il ne s’agissait pas seulement de les faire se rebeller, de les faire s’emparer des richesses des bourgeois et des aristocrates, il fallait créer une nouvelle idée du monde, de sorte que les révolutionnaires se voient, eux et les autres hommes et tout l’univers, de façon très différente et inédite.

– Cette opération s’appelait en russe bogostroitel’stvo, « Construction de Dieu ». Une idée perverse, mais très russe. Les hommes modernes, les constructeurs du futur, étaient destinés à avoir une religion de l’avant-garde, mais une religion terrestre, une religion athée qui ne se réalisât pas par la connaissance de Dieu mais par la formation de la société communiste. Vous comprenez ce que je dis quand je parle de religion athée, mon bon ami ?

– Oui, je le comprends, dis-je.

Je le comprenais parce que, à Moscou, j’avais connu des communistes comme Demyian Bedny, l’Ennemi de Dieu, le chef de la Ligue des besbojniki, les Sansdieu, qui écrivait des évangiles blasphématoires pour complaire à Staline.

– Gorki était le premier inspirateur de cette théorie, poursuivit Munthe, mais il y en avait d’autres avec lui. Le plus important était Alekzandr Bogdanov.

– Bogdanov était un grand cerveau. Scélérat peut-être, mais grand, dis-je.

– Oui, c’était un grand cerveau, répéta Munthe, le cerveau théorique de l’École de Capri. C’était un ennemi de la religion évidemment, parce qu’il restait toujours un communiste, donc un athée, un mécréant. Mais il voulait introduire la Construction de Dieu, l’Antireligion. C’était le moment exact pour le faire. Les Russes étaient affamés de révélations extraordinaires, le pouvoir les y avait habitués. En 1914, pour annoncer au peuple naïf qu’il allait y avoir la guerre, les militaires russes envoyaient tous azimuts des soldats habillés en archanges, avec des ailes en plumes et en carton attachées aux épaules, sur des chevaux blancs, attifés eux aussi de fausses ailes. Les Russes sont ainsi, à mi-chemin entre la morbidité, l’exaltation et le calcul politique.

Gorki était galvanisé par les idées de Bogdanov, dit Munthe. Il l’appela à Capri pour fonder l’École et lancer le nouveau marxisme, antiautoritaire, humanitaire, nourri par la littérature, par la philosophie et par la science. C’étaient des idées confuses mais proches de celles de la fameuse Fabian Society* anglaise, qui avait prospéré justement à cette époque. Petit à petit arrivèrent de Russie des douzaines de peintres, d’écrivains, de musiciens, de sculpteurs, d’hommes de sciences, mais aussi de simples ouvriers. Sur l’île, ils étaient accueillis, logés, nourris, soignés. Ils disposaient même d’une cantine et d’une infirmerie à eux.

– Ils se réunissaient chez Gorki, à la villa Behring, mais aussi à l’extérieur, au grand air, sur les plages, dans les grottes. Ils étaient souriants, détendus, enchantés par la beauté de l’île, de la mer, de Capri. Ils avaient presque l’air d’un groupe de joyeux touristes. Ils montaient des comédies dans les grottes de Capri, sur les plages, ils chantaient des chansons, composaient des bouts rimés et des charades en russe, en italien et même en anglais. Mais, bien à l’abri de leurs chambres, ils préparaient le bain de sang de la révolution, les attentats, les pillages, les vols à main armée, les mutineries, les massacres. Je sais que vous, Malaparte, avez écrit des livres sur Lénine et sur la révolution russe.

– J’en ai écrit trois, et plusieurs articles de Russie. Je connais aussi assez bien le russe.

– Donc, vous savez parfaitement que Gorki et Bogdanov faisaient partie des bolcheviques, majoritaires dans le parti, où montait depuis peu l’astre de Lénine. Mais, entre eux, il y avait une inimitié puissante. Et cette inimitié était aussi causée par l’École de Capri. Lénine s’inquiétait du projet de Bogdanov. Sa ligne politique avait un bien autre but que la Construction de Dieu. Pour lui, c’était une sottise bourgeoise, une déviation du projet révolutionnaire.

Munthe s’interrompit, regarda vers le haut et commença à siffloter, d’une façon inimitable qui lui était propre, à mi-chemin entre un ocarina, une flûte et une pendule à coucou. J’allais presque me mettre à rire quand, des arbres, s’éleva un chœur qui lui répondait. Les oiseaux répondaient à Munthe et non par deux ou trois, mais par douzaines. Lui les appelait, eux répondaient. L’incroyable dialogue se poursuivit pendant quelques minutes, puis Munthe me demanda : « J’adore parler avec les oiseaux. Vous ne parlez jamais avec les animaux, Malaparte ? »

– Parfois, oui. Je parle avec Febo.

Febo remua la queue, me regardant tout fier, il montra qu’il avait compris.

– Ah, bien, dit Munthe, un peu vexé de ne pas être le seul homme de Capri à communiquer avec les bêtes, et il poursuivit son récit.

Bogdanov était plein d’imagination et ardent, un feu de joie purificateur. Lénine, en revanche, était froid et coupant comme le nom de son journal clandestin, Iskra, « L’Étincelle ». Lénine méprisait Bogdanov. Il le prenait pour un utopiste et un hérétique. Il lui rappelait les socialistes anglais de la Fabian Society, qui disaient vouloir secourir les pauvres par esprit humanitaire et qui, pour Lénine, étaient des opportunistes, des espions de la bourgeoisie. Bogdanov, pour sa part, jugeait Lénine froid et incapable de soulever les foules, de les entraîner dans la lutte, de faire véritablement la révolution.

Puis, il y avait le problème de l’argent. Pour financer la révolution, Lénine manœuvrait des gangsters, des proxénètes, des trafiquants d’armes, des assassins, dont Staline lui-même, et l’argent affluait en abondance, au point que Lénine se permettait des voitures, des appartements de luxe à Paris, des hôtels et des vacances. Il pouvait se payer ses maîtresses et se rattraper ainsi de sa femme, très fidèles au parti mais froide et pédante.

– Tout de même, le groupe concurrent, de Bogdanov, dit Munthe, réussissait à accumuler lui aussi un beau paquet d’argent. Gorki, ici, à Capri, recevait de riches mécènes, des artistes, des armateurs. Des sommes énormes passaient par ses mains.

On ne pouvait pas continuer ainsi. Il fallait résoudre la fracture et se mettre d’accord sur l’avenir de la révolution, y compris sur la question essentielle des fonds, de la caisse commune. Gorki invita Lénine à Capri, où l’avait rejoint depuis un moment déjà Bogdanov, qui s’était installé à la villa Monacone, une des plus belles et panoramiques de l’île. Lénine tout d’abord hésita, puis accepta. L’objectif de Gorki était de réconcilier les deux âmes du parti, la léniniste et la bogdanoviste, en vue de la révolution. Mais comment s’y prendre ? Lénine était privé de sens de l’humour, rigide, pointilleux et méfiant. Bogdanov était un animal à sang chaud, impulsif, ardent. Dans une discussion face à face, on risquait l’irréparable. Gorki, alors, eut une idée : ne les faisons pas se parler mais jouer.

Lénine aimait les échecs Il se considérait comme un excellent joueur. Il avait appris les échecs en famille et continuait d’y jouer parce que cela le détendait. Dans la maison de Bogdanov, la villa Monacone, il y avait un échiquier (et quelle maison de villégiature n’en a pas ?), un bel échiquier de bois avec toutes les pièces prêtes pour la bataille. À vrai dire, il n’existe pas de sport plus agressif que les échecs. Bogdanov et Lénine pourraient se déchaîner à leur guise sans pour autant se déclarer ennemis et faire capoter la médiation de Gorki.

 

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Sur la terrasse de la villa Blaesus, de gauche à droite : Aleksandr Bogdanov, Maxime Gorki et Vladimir Lénine

 

La partie se tint en présence d’un grand nombre de révolutionnaires russes, élèves de l’École de Capri. Qui, pendant des jours, assistèrent à l’interminable rencontre entre les deux âmes du parti, sur la terrasse de la villa. De nombreuses photos en furent prises, pour célébrer l’importance de l’événement.

 

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Bogdanov (à droite) jouant avec Lénine (à gauche) sous le regard de Gorki (chapeau de travers) et de Lounatcharski (assis à côté de Lénine).

 

– Et comment a-t-elle fini, demandai-je ?

– Lénine a gagné.

– Et la médiation de Gorki

– Il n’avait pas été explicitement prévu que la partie d’échecs déciderait aussi de la partie politique, mais, de fait, il en fut ainsi. Dans le mouvement marxiste, c’est la ligne de Lénine qui prévalut, et Gorki s’aligna. L’École de Capri, lentement, se dépeupla. En 1913, Bogdanov retourna en Russie, profitant de l’amnistie accordée par le tsar. En 1917 éclata la révolution, et le tsar fut renversé. Mais Bogdanov n’adhéra pas à la révolte, parce qu’il était opposé aux crimes commis par les léninistes. Après la chute du régime tsariste, il fut mis à l’écart pour un certain temps et finit même en prison. En 1924, Lénine mourut et le pouvoir passa à Staline. Gorki se vendit au régime, dont il justifia tous les crimes. Pour toute récompense, Staline le fit tuer avec une bactérie fournie par les services secrets. Et nous en arrivons ainsi à trois ans d’ici à peine : 1936.

– Comment pouvez-vous dire que c’est Staline qui a tué Gorki ?

– Gorki est mort d’une étrange pneumonie et, étrangement, son fils aussi, que Staline détestait, est mort de pneumonie. Deux semaines auparavant, tous les domestiques de Gorki, jeunes et sains, avaient été frappés de pneumonie. Curieux, vous ne trouvez pas ? Je suis médecin, et je me méfie des situations aussi anormales. En outre, Lénine est venu à Capri deux fois, la première, en 1909, la seconde en 1910. La seconde fois, il y est venu avec Staline, qui était incognito, sûrement pour prendre quelque accord secret avec Gorki aux dépens de Bogdanov.

 

13. Staline en 1910 - Dossier criminel après arrestation à Bakou, Azerbaïdjan.jpg

Staline en 1910… prisonnier – Dossier criminel établi lors de son arrestation à Bakou, Azerbaïdjan.

 

– Alors, c’est vrai ce qu’ont écrit les journaux, même Staline est venu ici ?

– Bien sûr. Il savait que, pour mettre fin à l’École de Capri, il fallait venir sur les lieux, parler avec Gorki.

Mais Gorki, vieux, était désormais inutile. C’était devenu un romancier frustré et fatigué, célébré par le régime mais sans liberté et, tous comptes faits, malheureux. Il avait fini par approuver publiquement la haine de classe, la répression, les massacres.

– Il avait été le spectateur incommode de trop de choses. Un héros mort leur convenait mieux qu’un témoin vivant. Et ils l’ont fait éliminer, dit Munthe.

– Il y a sept ans, à Moscou, outre Gorki, j’ai rencontré un grand nombre de gros bonnets, Lounatcharski, Maïakovski…, j’ai côtoyé des agitateurs et des bureaucrates, je suis allé au théâtre avec Karakhan, avec Florenski, avec Kalinine… Mais personne ne m’a jamais rien dit de cette histoire de partie d’échecs.

– Évidemment. Elle ne devait pas arriver à trop d’oreilles. Vous doutez de ma parole, Malaparte, Allez, allez le demander aux Caprais. Et vous verrez qu’ils vous confirmeront tout.

– Donc, l’inscription « Qui est comme Dieu » se rapporte aux discussions qui ont eu lieu à Capri entre Lénine et Bogdanov : la révolution froide et impitoyable de Lénine contre celle, humanisée, chaude, de la Construction de Dieu de Bogdanov et de Lounatcharski ? C’est ainsi, docteur Munthe ?

– Cette phrase, à mon avis, n’est qu’une simple remarque écrite par quelque bon à rien. Ou peut-être, qui sait, par Gorki lui-même. Mais elle a été écrite sur l’échiquier du grand défi Lénine-Bogdanov. Votre échiquier, cher Malaparte.

– Un moment. Vous, comment expliquez-vous la présence du nom de Pam Reynolds sur l’échiquier ?

– Malaparte, vous me décevez. Vous savez le russe et vous vous noyez dans un verre d’eau ! Ce mot PAM confirme précisément ma conjecture. N’oubliez pas que ces révolutionnaires étaient russes, qu’ils parlaient russe et qu’ils écrivaient en russe, c’est-à-dire en alphabet cyrillique. Donc, PAM ne signifie pas Pamela. Parce que, en cyrillique, le r majuscule s’écrit P.

Je sursautai. Je retirai l’échiquier de son enveloppe de papier.

– Votre homme mystérieux, cher Malaparte, n’a pas écrit pam, mais ram. Mot anglais, certes, mais qui équivaut à l’italien capro. Au pluriel Capri. Par conséquent notre mystérieux scribe a tout simplement écrit Capri en anglais, mais en caractères russes. Cela confirme bien que celui qui écrivait était un Russe, pas un Italien ou un Anglais. Il s’agit d’une plaisanterie, d’un jeu de mots. Je ne vous l’ai pas dit que ceux de l’École de Capri s’amusaient à faire des chansons et des charades dans toutes les langues ? C’était un groupe bariolé et plutôt gai qui n’avait pas eu trop de mal à remplacer la vodka par le vin de Capri. Demandez confirmation à qui vous voulez : beaucoup, ici, s’en souviennent. Au milieu des jeux de mots, et entre deux verres, il sera venu à l’esprit de l’un ou l’autre d’entre eux ce stupide petit jeu de mots RAM/Capri. Et il l’a gravé sur l’échiquier. Voilà tout.

Munthe dut lire la déception sur mon visage, parce qu’il se dépêcha d’ajouter : « Je vais vous confier un secret que je dois à ma longue expérience de médecin : ne posez jamais de diagnostic compliqué si ce n’est pas absolument nécessaire ».

– Et alors, qui m’a mis cet échiquier dans la maison ? dis-je.

– Peut-être un de vos ouvriers qui ne s’attendait pas à vous voir débarquer de Rome, qui croit que vous aurez envie de l’acheter comme objet d’antiquité et qui l’a déposé là en attendant. Peut-être même que, dans les jours qui viennent, il va vous le proposer. Ou peut-être l’échiquier a-t-il été volé par quelque ouvrier à la villa Monacone où habitait Bogdanov, et pour un moment cachée dans un lieu très isolé comme l’est la pointe Massullo. Il peut y avoir diverses explications toutes valides. Vous, Malaparte, vous êtes un écrivain, et vous êtes habitué à vous servir de votre imagination. Mais, d’après ce que vous m’avez dit, vous êtes aussi dans un sérieux pétrin. Ne perdez pas de temps avec cette histoire d’échiquier, croyez-moi. Et si vous avez encore besoin de moi, je suis à votre disposition.

Je retournai l’échiquier entre mes doigts.

­– Et puis, consolez-vous, dit Munthe. Vous avez en mains un objet qui a fait l’histoire. Vous vous rendez compte ? L’échiquier de la fameuse partie entre Lénine et Bogdanov… Si Bogdanov l’avait gagnée, il n’y aurait peut-être pas eu de révolution russe … aujourd’hui, le tsar serait encore là et toute l’histoire du monde aurait été différente. Moi, à votre place, je ne montrerais cet échiquier qu’à des amis très sûrs, qui soient capables d’en comprendre l’énorme valeur historique. Mais maintenant, excusez-moi, il faut que j’aille donner à manger à mes chiens, ils doivent avoir une faim du diable. Vous reviendrez me voir, promis ?

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* On se rappellera peut-être que c’est après avoir assisté, sur l’invitation de Bernard Shaw, à une séance de cette Fabian Society, qu’Oscar Wilde a écrit son texte trop peu connu : L’âme de l’homme sous le socialisme.

 

Monaldi et Sorti, Malaparte : Morte come meMilan, Baldini & Castaldi 2016 - pp. 138-147.

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

Bien entendu, Malaparte se fait ici somptueusement mener en bateau par un Munthe qui saupoudre allègrement des détails et des faits historiques indiscutables de carabistouilles de son cru, tels que les béliers qui deviennent des boucs en passant de l’anglais à l’italien via le russe, alors que Capri, comme on le sait, ne vient même pas du bouc latin mais du sanglier grec.

Malaparte, pourtant un monstre de lucidité dans la vraie vie, sauf quand il se plantait en politique, avale l’hameçon et la ligne avec, car, s’il savait que Munthe était un faux aveugle, il ne savait pas – l’a-t-il jamais su ? - que le bon docteur a été, du début du siècle jusqu’à son retour définitif en Suède (1942) l’agent du MI6 dans ce repaire du fascisme, du nazisme et de la jet set internationale qu’était son île d’élection.

 

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Avant que Capri ne devienne une colonie grecque…

Ajax et Achille jouant aux échecs sous les murs de Troie – Amphore attique à figures noires attribuée à Exchias (v. 540-530 av. J.-C.) – Musée du Vatican

 

Quant à savoir ce qui serait arrivé si Bogdanov avait gagné la partie ? Ce qui est arrivé dans la réalité. Bogdanov était un esprit encyclopédique. Lénine aussi, mais assujetti à un but unique dont il ne dévia jamais, alors que Bogdanov n’a cessé de se démultiplier dans tous les sens. Quand a-t-on vu, dans un duel entre un éventail et un fer de lance, gagner l’éventail ?

Il n’en reste pas moins que Bogdanov (ce n’est là qu’un de ses trente pseudos) est un des pères de la culture soviétique et même de la révolution qu’il n’a pas faite (parce que Lénine, s’apercevant que les menchéviques se servaient de la philosophie de Bogdanov pour marginaliser les bolcheviques, l’a fait exclure du parti). En Italie, il avait aussi fondé et animé l’École de Bologne, où enseigna Trotski. Son apport culturel est immense. Ses livres théoriques d’économie, de politique et de science, ont été lus et discutés dans les soviets à l’égal du « Que faire ? » de Lénine. Il a traduit Le Capital en russe, mais il est aussi – entre autres choses - le plus important auteur de science fiction d’avant 1917 (cf. L’étoile rouge et L’ingénieur Menni). Philosophe d’inspiration nietzschéenne, il voulait intégrer la philosophie dans la science et eût préféré sans doute faire la révolution « par la culture », en évitant les affrontements à sang coulant. Il a aussi été médecin psychiatre et s’est enfin jeté à corps perdu dans les recherches sur la transfusion sanguine. En 1926, c’est sous sa direction que fut fondé le premier institut soviétique spécialisé dans la transfusion du sang (qui porte d’ailleurs son nom depuis sa mort). En mars 1928, Bogdanov fit l’expérience de se transfuser le sang d’un étudiant atteint de malaria et d’une forme bénigne de tuberculose. Quinze jours plus tard, au terme d’une longue agonie, qu’il observa et décrivit lui-même avec lucidité et le plus grand scrupule professionnel, il mourut.

Sur le plan des coïncidences, il est étrange de constater l’importance du sang dans l’œuvre de Malaparte, qui eut, sur ce fluide vital, des idées si arrêtées qu’au cours de son agonie à lui (en 1957, à Rome) il refusa farouchement toute transfusion, comme allant à l’encontre de la notion quasi magique qu’il en avait.

La fiche Wikipedia la plus complète et objective sur Aleksandr Bodganov est, de loin, celle en italien  : https://it.wikipedia.org/wiki/Aleksandr_Aleksandrovi%C4%8...

 

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Note des auteurs

(Extrait)

 

La partie d’échecs entre Lénine et Bogdanov s’est déroulée en 1908, à Capri, sur la terrasse de la villa Blaesus [Aujourd’hui villa Krupp, ben oui, ndt]. Beaucoup de gens seraient aujourd’hui intéressés à retrouver l’échiquier sur lequel se joua la partie d’échecs la plus importante de tous les temps. Malheureusement, on en a perdu la trace.

Sur la confrontation Bogdanov-Lénine, il y a la brillante analyse de Vittorio Strada, L’altra rivoluzione, Gorki, Lunacharski, Bogdanov [« L’autre révolution : Gorki, Lounatcharski, Bogdanov »], La Conchiglia, Capri, 1994. En 1909 ou 1910, suivant les témoignages, se situerait la visite de Staline à Capri en compagnie de Lénine. Elle a été excellemment traitée dans le bel essai de Gennaro Sangiuliano, Scacco allo tsar 1908-1910 : Lenin a Capri, genesi della rivoluzione [« Échec au tsar 1908-1910 : Lénine à Capri, genèse de la révolution »], Milan, Mondadori, 2012.

Le rôle d’organisateur du défi Lénine-Bogdanov et de fondateur de l’École de Capri n’a pas porté chance à Maxime Gorki : d’après certains historiens, l’écrivain fut tué par Staline en 1936, au moyen d’une arme bactériologique fournie par les services secrets de la Loubianka.

Ibid, p. 493

 

Reste à savoir quel intérêt Staline pouvait avoir à liquider Gorki en 1936, même s’il « ne lui servait plus à rien ». D’autres historiens éclaireront peut-être ce point d’histoire, grâce aux archives de la Loubianka par exemple, en même temps que celui de l’assassinat de Trotski sur un autre continent.

Quant à l’opposition Lénine-Bogdanov, la copie est si conforme à l’opposition Robespierre-Danton que c'est à se demander si les historiens-propagandistes ne trouvent pas leur imagination dans des pochettes-surprise.

Comme dit pertinemment le Pr Faurisson : « Vos preuves ! »

 

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En attendant, les habitants de Capri ont organisé, l’an dernier, leur deuxième tournoi international d’échecs « en souvenir de Lénine ».

 


 

Dont les vainqueurs ont été :

         Dans la catégorie OPEN A :

1er prix : le GM serbe Miroljub Lazic

2e prix : l’IM philippin Virgilio Vuelban

3e prix : la VG italo-russe Olga Zimina

4e prix ex-aequo : le FM italien Maurizio Caposciutti et l’IM serbe Gojko Laketic

         Dans la catégorie OPEN B :

1er prix : le petit Claudio Paduano, de Boscotrecase, âgé de 10 ans, qui est déjà vice-champion européen.

 

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Ils avaient inauguré leur nouvelle vocation de capitale mondiale des échecs en octobre 2015, sur le lieu même de la partie historique :

http://napoli.repubblica.it/cronaca/2015/09/22/news/capri...

 

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Et ils récidivent cette année

 

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Du 26 au 29 octobre 2017 se déroulera, tous les jours, le :

 

TOURNOI D’ÉCHECS INTERNATIONAL « ÎLE DE CAPRI – VLADIMIR LÉNINE »

 

Hotel la Residenza, Capri – Participation : 50 €

 

Torneo valido per variazioni ELO Italia/Fide e per il conseguimento della norma di maestro FSI

Info, costi e iscrizioni: Club Scacchi Capri
Tel. 388 909 1730 - 331 379 6095
www.clubscacchicapri.it

 

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Un des soviétiques avec qui Malaparte est allé au théâtre à Moscou est Pavel Florensky. Théologien, mathématicien, électro-technicien et philosophe russe, mort en 1937, il y a juste 80 ans (devenu saint Pavel Florensky). Il se trouve que ses œuvres ont été largement publiées en français. Il serait dommage de les passer sous silence.

 

 

Publications de Florensky en français :

La colonne et le fondement de la vérité, Lausanne, Suisse, Éditions L’Âge d’Homme, 1994, 508 p.

Le Sel de la terre, Lausanne, Suisse. Éditions l’Âge d’Homme, coll. « Petite bibliothèque slave », 2003.

Souvenirs d’une enfance au Caucase, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Au cœur du monde ».

La Géhenne, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Archipel slave », 2010. Ceci est en fait la lettre VIII de La Colonne.

Stupeur et dialectique, Paris, France, Éditions Payot et Rivages, coll. « Bibliothèque Rivages », 2012, 94 p.

Perspective inversée, iconostase, Lausanne, Suisse, L’Âge d’Homme, 1992

La Perspective inversée, Paris, Éditions Allia, 2013, 111 p.

Lettres de Solovki, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Classiques slaves », 2012, dont la traduction en français par Françoise Lhoest a été récompensée par le Prix Russophonie 2014

Les Imaginaires en géométrie, Bruxelles, Belgique, Éditions Zones sensibles, 2016, traduction de Françoise Lhoest et Pierre Vanhove. Préface de Cédric Villani

 

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Chose promise chose due…

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Rita MONALDI et Francesco SORTI

MALAPARTE – Morte Come Me

Milan, Baldini & Castoldi, 7 juillet 2016

Langue : italien

Couverture rigide

494 pages

 

 

Ce titre fait évidemment référence à la maison que s’était fait construire Malaparte à l’extrême pointe de Capri et qu’il avait baptisée « Maison comme moi », après avoir renvoyé l’architecte et décidé de la finir seul avec de simples maçons de l’île. Mais La Mort comme moi se réfère aussi à un autre livre de l’auteur (« Une femme comme moi », recueil de nouvelles consacrées aux femmes que se rêvait Malaparte)

C’est la première infidélité de Rita et Francesco à leur cher baroque et c’est une infidélité qui s’affiche en fanfare. Leurs raisons nous sont inconnues ­­– il doit y en avoir plusieurs, à commencer par le 60e anniversaire de la mort de Malaparte qui arrivait – mais je parierais qu’il y a aussi le fait qu’ils semblent partager un de ses sentiments les plus forts sur l’Europe, à savoir que le destin de notre continent post-romain catholique est devenu, depuis Luther, un destin anglo-saxon protestant et que cela n’a peut-être pas été pour notre bien.

La « justification » du roman est limpide :

Malaparte, tombé amoureux de la Chine, a dû être rapatrié pour mourir dans son pays d’un cancer des poumons en phase terminale, qu’il voulait, lui, se faire soigner en Chine, car il n’entendait pas mourir et se croyait capable de remporter cette ultime guerre.

Engagé à seize ans dans la légion Garibaldi pour voler au secours de la France, que son pays abandonnait dans la première des deux grandes boucheries du siècle, il avait été gazé au Chemin des Dames et il a jusqu’au bout prétendu mourir de la tuberculose causée par l’ipérite et non du cancer. De l’ipérite, de la tuberculose, du cancer et des cigarettes, comme mon grand père est mort d’un cancer du foie agrémenté d’une cirrhose.

Héros, donc, de ce roman, Curzio Malaparte est un des deux plus grands écrivains italiens du XXe siècle, mais c’est un écrivain maudit – aujourd’hui encore – parce que le choix qu’il a fait, à un certain moment, du fascisme, a sufi à plonger dans le néant tout le reste, comme Louis-Ferdinand Destouches est toujours Céline l’antisémite et non Céline l’écrivain de génie. Dans un pays comme dans l’autre, les médiocres n’en finissent pas de les juger sans essayer de les comprendre. Je ne vais pas le faire ici aujourd’hui, parce qu’il s’agit de vous parler d’abord d’un roman tout neuf assuré de faire date (que vous aurez peut-être la chance de lire en français dans dix ans) et parce qu’on a déjà d’autres maudits sur les bras : Lénine, Staline, etc.

Un peu à la fois !

Kurt Erich Suckert est né à Prato, d’un père allemand (saxon) et d’une mère milanaise. Il se voudra toscan – et pourquoi pas – et changera son nom, y compris pour l’état-civil, en celui de Malaparte, parce que, héritier de Machiavel, il a pris Napoléon pour César Borgia. Première erreur historico-politique et première admiration mal placée.

« Il s’appelait Bonaparte et il a mal fini. Je m’appellerai Malaparte et je finirai bien. »

(Vous le saviez, vous, que la tribu s’appelait en réalité Malaparte et qu’elle avait obtenu d’un pape l’autorisation de s ‘appeler Buonaparte ?)

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a réussi sa sortie.

Ayant légué par testament sa célèbre maison à la République Populaire de Chine, pour qu’y soient accueillis des artistes chinois et que des liens se tissent entre l’Italie et le pays de Mao, il redemanda sa carte du PCI, qui lui avait toujours été refusée. Cette fois, c’est Palmiro lui-même qui la lui apporta sur son lit d’agonie. Et qui dut, en partant, croiser dans les couloirs le père Rotondi, jésuite, venu entendre la confession du mourant et le recevoir dans l’Église, non sans qu’il ait d’abord abjuré La Peau, qu’elle avait mise à l’Index. L’Autre devra de même abjurer sa Trilogie de la vie, et pour les mêmes raisons, puisqu’ils sont partis tous les deux catholico-communistes. À mon avis, ils s’en sont tirés à bon compte. Watteau, lui, avait dû laisser brûler tous ses dessins érotiques, pour ne pas finir en enfer.

L’idée de Monaldi et Sorti est simple, on est le 19 juillet 1957 à Rome, à la clinique Sanatrix. Malaparte va mourir, veillé par une petite Sœur Carmelita qui s’assoupit. La mort arrive sous l’apparence d’une très belle femme qu’il a jadis connue à Capri, escortée de deux assistants. Des anges, évidemment. Elle révèle au moribond qu’elle est « la Justice du ciel » et que, oui, l’Enfer existe – si, si – et le Paradis et tout le reste, et que s’il ne veut pas, lui, Malaparte, finir dans les flammes éternelles, il a intérêt à se repentir avant qu’il ne soit trop tard. Mais comment faire ? « Je suis écrivain, je ne sais rien faire d’autre qu’écrire. » Qu’il fasse comme il veut, un roman s’il veut, mais que son repentir soit sincère, sinon, il sait ce qui l’attend. « Écrire un roman dans un poumon d’acier ? » Qu’à cela ne tienne, il n’a qu’à le dicter. Un des anges installe une Remington et s’assied. L’autre déballe une rame de papier, entrouvre un peu la fenêtre, change l’eau des fleurs, Sœur Carmelita ronflote doucement, et c’est parti. Malaparte n’a plus mal, ses jambes se réchauffent, sa respiration redevient normale, il peut même s’asseoir. N’est-on pas censé voir défiler sa vie quand on meurt ?

Cet examen de conscience in articulo mortis – on peut dire autocritique si on préfère – est écrit à la première personne. C’est Malaparte lui-même qui raconte et qui passe en revue sa vie, ses sentiments, ses opinions, ses jugements et ses choix. Plaidoirie ? Exposé candide ? Demandez à la Justice du ciel. Il faut saluer au passage l’idée de génie des auteurs d’avoir donné à la Mort le visage de cette Mona Williams – la femme la mieux habillée du monde et une des plus belles – qui finira par épouser le neveu homosexuel du Chancelier de Fer et deviendra ainsi Mona von Bismarck. Il n’y a pas une photo de la dame qui ne justifie ce choix.

L’anecdote qui, elle, justifie le roman se situe à Capri, où l’écrivain a rencontré, en 1935, une jeune poétesse anglaise, fille d’un des fondateurs de la Fabian Society (socialiste) et néanmoins courtisée par un Sturmbannführer SS. La rencontre est brève : Malaparte ne faisait que passer. Aussitôt après, la jeune fille trouve une mort tragique au pied d’une falaise.

L’histoire est vraie. Elle n’a jamais été élucidée. Il est vrai aussi qu’en 1939, des bruits ont couru accusant Malaparte d’assassinat et que la police secrète de Mussolini, l’OVRA, a tenté de l’arrêter. Discrètement, vu la société huppée dans laquelle il évoluait. Mais à cause de cette mort de quatre ans plus tôt ou pour une autre raison ? Malaparte n’a jamais eu la langue dans sa poche et il a toujours cru qu’il pouvait tout dire à n’importe qui. C’est ainsi qu’on se fait de nombreux et puissants ennemis.

On n’est pas à proprement parler dans un roman policier (même si les flics y circulent comme chez eux) mais dans un roman à énigme sans aucun doute. Pour échapper à une arrestation secrète et à un plongeon définitif dans les oubliettes, l’écrivain prend le maquis, dort à la belle étoile et essaie en même temps de faire la lumière sur la mort de la jeune fille.

Le grand art des deux sorciers est de mêler à ce qu’ils inventent tant de faits et de détails historiquement indiscutables qu’on a le plus grand mal à démêler ce qui relève de la chronique de ce qui appartient au roman. On passe ainsi, au fil des souvenirs de Malaparte, des tranchées de l’Argonne aux îles Lipari (où il a été deux fois relégué) et des villas de quelques originaux comme Axel Munthe à celles des successeurs de Tibère : milliardaires américains, nobles décadents d’Europe, hiérarques fascisto-nazis étroitement mêlés comme toujours. Malaparte, réputé bourreau des cœurs croise, dans cette histoire, principalement quatre femmes ; la jeune fille, qui disparaît trop tôt pour compter, Edda Ciano, fille du Duce, épouse bafouée du vrai tombeur, et Mona Williams, richissime américaine, qui le traitent toutes les deux fort mal, ainsi qu’une jeune femme qu’il prend pour une institutrice, dont il semble sincèrement s’éprendre, et qui est en réalité une agente de l’OVRA chargée de le faire tomber sans trop d’histoires. Pour Don Juan, on repassera.

J’ai dit ailleurs que les auteurs sont peut-être en train de ré-écrire l’histoire de l’Europe.

Il y a, dans ce roman, une habituelle mais toujours surprenante richesse d’informations (qui n’empêchent nullement l’art) sur de nombreux moments-clés de notre histoire, généralement mal ou pas connus. Sur la vie à Capri au début du siècle, puis sous le fascisme, sur sa population locale incroyablement pauvre et sa population cosmopolite incroyablement riche (remarquable portrait d’Edda Ciano en passant). Sur la guerre 14-18 du jeune caporal Adolf Hitler… et ses suites psychiatriques. Sur celle de Malaparte (la mort du jeune boulanger « de la classe 99 » à Bligny est une des plus grandes pages de roman jamais écrites sur la première guerre mondiale). Sur les autres guerres de Malaparte, en Éthiopie, dans les Balkans, en Ukraine, au siège de Léningrad (côté assiégeants), à la libération de Naples (côté alliés).

Il est dit dans les traditionnelles notes de fin de volume : « La prose de ce roman se réclame intentionnellement des particularités du style de Malaparte (parmi lesquels un goût musical pour la répétition) qui continue à trouver des admirateurs même en dehors d’Italie ». Il ne faudrait quand même pas oublier qu’un des deux auteurs est musicologue. Mais il n’y a pas que le style et pas que les répétitions. On peut, dans ce cas particulier, parler de véritable osmose (rien à voir avec le pastiche !) et pas seulement dans la forme.

Je mentionnerai un autre passage pour finir : s’agissant d’un auteur qui est dans l’enfer des lettres depuis soixante ans, Rita et Francesco se sont payé le luxe de le lui faire promettre et montrer par la mort. Pas celui des lettres : l’autre. Ce vers quoi se sent aspiré le mourant dépasse les visions – un peu enfantines, du coup – de Dante. D’autant plus impressionnant pour le lecteur d’aujourd’hui qu’il court un certain risque de le rencontrer lui-même.

 

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Un des nombreux ouvrages du héros de leur livre :

 

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Curzio Malaparte

Ces chers Italiens

Paris, Les Belles Lettres, 2013

Coll. Le goût des idées

192 pages

 

 

 

Extrait

[ …] Cette liberté tout italienne, on la retrouve, non seulement dans les coutumes, mais dans l’art, en particulier dans la peinture et la sculpture, pleines de madones seins à l’air (les têtes des chérubins volant autour des bouts dorés comme des oiseaux autour de grains de raisin), de saints, de prophètes, d’apôtres les pudenda à découvert, d’anges blonds avec leur petit derrière rosé et leur petite bouche suce-miel, d’hommes et de femmes vêtus de leur seul poil, tout occupés à regarder les grands personnages de la Bible et leurs faits et gestes, de sorte qu’on ne sait s’ils contemplent le couteau d’Abraham ou les fesses d’Isaac, la verge d’Holopherne ou la chute de reins de Judith. Et ce n’est pas seulement la peinture sacrée, mais aussi la profane qui apparaît aux yeux des Italiens, comme une occasion d’étaler chairs nues, membres virils, héros le derrière en l’ air, héroïnes séchant leur sein au soleil ; sans compter les papes bénissant des foules de pèlerins nus ; des rois, des empereurs, des reines tout nus sur leurs trônes dorés ; des cardinaux à genoux dans de magnifiques églises peuplées de statues nues ; des ambassadeurs, tyrans, courtisans, tribuns du peuple, plébéiens, olives pendantes sous le nombril, haranguer, tenir conseil, pendre les pauvres diables, tramer et ameuter conjurations et séditions, brûler les demeures des seigneurs. Les trompettes sonnent et c’est une confusion d’étendards et de testicules, d’épées et de seins nus ; ce sont Marius et Sylla, César et Brutus, Pompée, Antoine, Auguste, Titus, Constantin qui montent au Capitole les fesses ouvertes ; des guerriers nus à cheval bataillant bourses au vent et jetant bas des ennemis nus, ou poursuivant des bandes nues de fuyards, on ne sait si c’est pour leur trancher la tête ou le sifflet.

Ce n’est pas là impudicité ; c’est une façon de mêler la nature à l’histoire, la chronique des faits naturels à celle des faits politiques ou militaires ; d’entendre l’histoire des hommes et des peuples comme une histoire de la nature. Et cela me semble, à moi, une façon juste et vraie, l’histoire n’étant, en Italie du moins, que l’histoire des faits humains en tant que faits de la nature, alors que l’histoire des Anglais, des Allemands, des Français, des Espagnols n’est que l’histoire des faits humains en tant que faits politiques, étrangers à la nature.

Vouloir tirer de l’histoire d’Italie, à commencer par celle de Rome, des principes d’éthique, une règle morale comme le firent, par exemple, Montaigne et Montesquieu, c’est commettre une erreur. Autant vouloir tirer une règle morale de l’histoire de la nature. Quel principe moral peut-on déduire, mettons, de l’apparition des mammifères sur la terre ? L’histoire de Rome n’est qu’un chapitre de l’histoire naturelle : le chapitre qui rapporte l’origine d’une espèce d’hommes et leur façon de l’emporter sur d’autres espèces d’hommes et non de la supériorité d’un principe moral sur d’autres principes moraux. Et cela est si vrai que, avec le triomphe du christianisme, qui est un fait moral et non un fait de la nature, l’histoire de Rome en tant que chapitre de l’histoire naturelle s’achève.

Voilà la raison pour laquelle les Italiens sont vis-à-vis de l’histoire comme vis-à-vis de la nature et en face des faits historiques comme en face des faits naturels. Ils considèrent l’histoire des hommes comme celle des arbres, des fleuves, des bêtes, des saisons. Ils regardent les peuples naître, croître en âge, en force, en richesse ; combattre, fonder des villes, envoyer des hommes à la mort ; les villes s’effondrer dans les flammes, les royaumes s’écrouler, d’autres nations surgir, d’autres cités, d’autres empires ; la terre se repeupler d’autres hommes, de murs, de palais, de temples et, tout à coup, n’être plus que désert.

Pareillement, ils regardent naître les arbres, les plantes, les herbes ; les fleuves couler et déborder ; le ciel s’abattre sur les champs, les moissons, les troupeaux ; la mer engloutir les vaisseaux ; la terre trembler, s’ouvrir et les villes s’y abîmer, et d’autres arbres, d’autres plantes, d’autres herbes naître, d’autres moissons murir. Les faits historiques se succèdent comme les saisons et se confondent avec les faits naturels au point de nous sembler des faits de la nature. La mort de César équivaut à une crue de fleuve, à un incendie de forêt, au fléau d’une épidémie ; une bataille est comme une tempête ; une invasion est une façon d’inondation ; une révolte évoque l’éruption d’un volcan ; la chute d’un règne rappelle une ville détruite par un tremblement de terre.

C’est la raison pourquoi les Italiens, plus proches de la nature que toute autre espèce d’hommes, ont une si grande familiarité avec les choses du sexe. Ce n’est pas là de l’impudicité, mais simplement une façon de prendre la nature comme elle est, c’est-à-dire comme un fait, non moral, mais physique. Cette familiarité date de leurs plus tendres années. Dès ce moment, ils voient statues et fresques avec hommes et femmes nus, Apollon, Vénus, Madones, Madeleines, martyrs peuplant les places et les églises d’Italie.

C’est chose commune que de voir de petits garçons et petites filles jouer avec les parties viriles d’Hercule, de Cacus, de David, de Goliath, d’Hector et d’Achille, de saint Jean-Baptiste et de saint Georges. Allez après cela plaquer le feuille de vigne sur le David de Michel Ange, ou les Dioscures du Quirinal, ou le Ménélas et le Patrocle de la loge des Lanzi ou sur le Neptune de la Seigneurie à Florence. Tous les gosses, garçons et filles, savent ce qu’il y a dessous, comment c’est fait, combien ça pèse, et à quoi ça sert. Inutile de leur dire que ça ne sert à rien ; ils savent. Et que serait-ce s’ils ne le savaient pas ou croyaient que ça ne sert à rien ? Ils finiraient par croire que ce que les Vénus ont sous la feuille, ça non plus ne sert à rien.

Par bonheur, en Italie, nul ne rougit en regardant ces statues. Et si je dis « par bonheur », c’est que, tout au moins en Italie, les yeux sont faits pour regarder.

J’allai un jour, encore gamin, au Dôme de Prato, voir danser Salomé, avec quelques camarades. Ô grâce de Filippo Lippi, quelle bonne leçon tu m’as donnée en m’apprenant que le nu est chaste ! Pour nous, gamins, assis en silence dans les stalles du chœur, derrière le maître-autel, il n’y avait rien d’étrange à ce que Hérode, Hérodiade, les courtisans, les pages, autour de la longue table luisante de lin candide et scintillante de cristaux, et les serviteurs avec les plateaux chargés de mets et les jarres de vin, rien d’étrange à ce que tous regardassent d’un œil tranquille la jeune danseuse sous ses voiles transparents qui laissaient à nu les tendres chairs, le duvet blond, les ombres secrètes. Que faisaient là de mal Hérode, Hérodiade et les commensaux et les serviteurs ? Ils regardaient cette jeune fille nue, si pudique, avec son pied levé, sa tête légèrement penchée en arrière, ses menus seins rosés et fermes, visibles sous la transparence des voiles. Il n’est pas jusqu’à la tête du baptiste, servie sur un plat d’argent qui n’ouvrît des yeux extasiés, où il n’y avait pas l’ombre de pudeur offensée, ni de désir, ni de reproche, mais uniquement le plaisir que donnent les choses belles et pures. Jusqu’à ce qu’enfin, du haut du beau campanile en pierre grise et marbre vert de Figline, les cloches laissaient tomber leurs appels graves et profonds ; l’onde sonore dérange les voiles de Salomé qui, un instant, dans la pénombre du chœur nous apparaît jusqu’à l’aine. En entendant les voix des chanoines, sortis un à un de la sacristie pour venir chanter les vêpres, nous courions nous blottir au fond du chœur, sous le grand vitrail. Les chanoines s‘asseyaient dans les stalles, fermaient les paupières et se mettaient à chanter, les yeux clos, pour ne pas voir Salomé.

Non, ils ne fermaient pas les yeux, ils faisaient semblant. Ils regardaient Salomé d’en dessous, à travers leurs cils baissés et chantaient. »

Curzio MALAPARTE, Benedetti Italiani [« Bienheureux Italiens », Ces chers Italiens dans l’édition française des Belles Lettres, 2003. Traduction : Mathilde Pomès. Chapitre 3.]

 

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Oh, que les souvenirs sont trompeurs ou l’imagination puissante !

 

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Pour le luxe :

 

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Abbé Atto MELANI

Manuscrit retrouvé et publié par MONALDI & SORTI

Gli intrighi dei Cardinali

Langue : italien

Milan, Baldini & Castoldi, 27 octobre 2016

127 pages

 

 

Ce texte, écrit en français Louis Quatorzième par le célèbre castrat italien Atto Melani (offert par sa noble famille à l’Église) qui fut pendant quarante ans l’agent secret du Roi-Soleil, s’intitulait en réalité Les secrets du conclave et racontait comment Melani, en qualité d’assistant du cardinal Rospigliosi, avait pu participer au conclave qui a porté son protecteur au pontificat sous le nom de Clément IX. Autrement dit que la cour de France avait fait un pape de plus à la barbe de quelques autres puissances.

Rita et Francesco ont découvert l’original autographe – rapport destiné à Louis XIV – dans les archives du Palais Bourbon, où il dormait depuis près de quatre siècles. Atto Melani étant le personnage principal de leur célèbre série baroque, ils ont eu à cœur de le publier.

C’est donc seulement traduit en italien qu’on le trouve, car, en français, il n’a semblé intéressant à personne de le faire imprimer.

 

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Curzio MALAPARTE

Technique du coup d’État

Paris, Grasset, (revu et corrigé, 2008)

Les Cahiers Rouges

224 pages

 

 

 

« Je vous connais bien, M. Malaparte. Et depuis longtemps. Votre Technique du coup d’État est mon livre de chevet. »

Mao Tse Toung

Présentation de l'éditeur

Comment on s’empare d’un État moderne et comment on le défend : à l’aide d’exemples pris dans l’histoire (le 18 Brumaire de Bonaparte) ou dans l’actualité plus proche (le coup d’Etat bolchévique de 1917, la marche sur Rome de Mussolini, l’inexorable montée de Hitler), Malaparte analyse les diverses méthodes d’insurrection moderne. Le Duce lui fit payer la justesse de ses réflexions de plusieurs mois de prison et de cinq ans d’assignation à résidence… À sa sortie en 1931, Technique du coup d’Etat fut salué dans le monde entier comme un « traité de l’art de défendre la liberté ». La fiévreuse clarté de ses théories tactiques, l’art du portrait et la finesse psychologique de l’auteur appliqués au personnel politique et militaire n’ont pas vieilli. Et font de ce livre un classique.

[Notons quand même que Malaparte s’est planté en attribuant à Napoléon le coup du 18 Brumaire, qui fut en réalité l’œuvre de Sieyès assisté de Lucien, tandis que Napoléon se contentait de s’évanouir ou de faire semblant, jusqu’à ce que l’on sût de quel côté le sort avait penché, comme le rapporte avec sa sécheresse de ton coutumière Paul Léautaud (Journal), qui n’aimait pas qu’on raconte n’importe quoi. N.d.GO]

Biographie de l'auteur

Curzio Malaparte (1898-1957) a été journaliste, reporter de guerre sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre Mondiale et écrivain. Il est l’auteur des romans Kaputt (1944) et La Peau (1949), de biographies, comme Le Bonhomme Lénine (Grasset, 1932) et du célèbre Technique du coup d’État (Grasset -1931). Il est considéré comme un des plus grands écrivains italiens du XXe siècle.

 

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Mais pourquoi a-t-il tenu leurs manteaux aux bourreaux qui lapidaient saint Étienne ?

 

Le Malaparte qui s’est engagé à seize ans et a risqué sa vie pendant quatre ans pour défendre une France qu’il adorait, qui a été gazé au Chemin des Dames, qui a été relégué par deux fois aux îles Lipari par un régime qu’il servait pourtant, est le même que celui qui a trouvé la campagne de Russie « romantique » (et pour cela, il faut avoir un grain dans le cerveau qui n’est pas à sa place), qui a tremblé de timidité impressionnée devant Benito Mussolini, assisté de sa plume les assassins de Matteotti, applaudi aux massacres des Baléares et dîné avec Frank, le bourreau de Varsovie. Pour l’interviewer peut-être, mais bon. C’est difficile à concevoir, mais c’est ainsi. C’est lui aussi que les Allemands ont fait réexpédier du front de l’Est, parce que ce qu’il en écrivait dans le Corriere della Sera outrageait le Reich.

Entretemps, il avait fait, en correspondant de guerre mais avec la grade de capitaine, la campagne des Balkans, raté les combattants, Tito et Mikhailovitch, qui tenaient le maquis, mais interviewé Pavelich, l’ogre croate. L’histoire du panier plein d’yeux humains, c’est lui. Histoire dont s’est amèrement plaint l’intéressé dans son exil sud-américain : il se souvenait très bien que, quand Malaparte était venu le voir, on venait de lui faire cadeau d’un panier de groseilles. « Qu’est-ce qu’il voulait que je fasse avec un panier de groseille ?! » s’est exclamé l’auteur de génie à celui qui lui posa la question. « On ne frappe pas l’imagination avec des groseilles.»

On croit presque entendre Jules Michelet, venu questionner Élisabeth Duplay sur ce qu’elle savait des suppliciés de Thermidor, lui promettre : « Vous verrez, Madame, ce sera bien plus beau comme je vais le raconter. »

C’est que l’écrivain français qu’a le plus admiré Malaparte était Chateaubriand, hélas. Pas qu’il écrivît mal, mais enfin, c’était le roi des menteurs dont Michelet était le prince, à moins que ce soit l’inverse. Tous les Bretons sont des virtuoses ès-mensonge. Pardon. Mais si. À commencer par Céline, qui s’est prétendu normand. Mais ceci nous entraînerait vraiment trop loin… Alors, basta pour l’instant.

Il y a cent ans ce jour, un volcan s’éveillait et commençait à cracher des flammes.

 

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Mis en ligne le 25 octobre 2017

 

 

 

21:25 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

LA PARTIE D'ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS - II.

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« LA PARTIE D’ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS »

 

(2)

 

Le discours de 3h1/2 de Xi Jinping devant le 19e Congrès National du PCC était en fait une introduction succincte à la feuille de route de la Chine pour le futur.

Le discours de Xi Jinping était à longue portée mais, ce qui est beaucoup plus important, absolument faisable, si on se fonde sur l’impressionnant bilan de la Chine

Adam Garrie – TheDuran18 octobre 2017.

 

Le président chinois Xi Jinping a pris la parole à la séance d’ouverture du 19e Congrès du Parti Communiste. Jusqu’ici, les principaux commentaires sur ce discours parlent de sa longueur monumentale, puisqu’il a duré plus de trois heures et demie.

 

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Le président chinois Xi Jinping

 

Bien qu’endurer un discours d’une telle longueur ne soit pas spécialement facile, avec le recul, le discours de Xi constitue un résumé remarquablement succinct des réalisations de la Chine, tout en offrant une feuille de route aisée à comprendre de la Chine et d’ailleurs aussi de ses partenaires, pour le reste du XXIe siècle. Si on essaie de condenser et de synthétiser plus de cent ans de succès passés et de programmation future, écouter trois heures et demie d’un discours est en réalité plus court que les copieux documents et analyses politiques qu’on pourrait avoir à lire autrement pour engranger une information aussi essentielle.

À cause de cela, beaucoup des médias dominants occidentaux ont décidé d’occulter le discours complet en invoquant sa longueur, alors qu’en réalité ces « journalistes » ne tiennent pas à affronter l’ascension de la Chine à sa place de superpuissance du monde moderne.

Vous pouvez voir ici le discours en entier. Sous la vidéo, je vais essayer d’expliquer ce que j’ai ressenti comme en étant les points les plus importants.

 


 

L’intervention de Xi Jinping fut tout entière enchâssée dans le thème principal de sa présidence : le développement continué du marxisme dans sa particularité chinoise. Ceci signifie essentiellement l’engagement de conserver les habitudes culturelles et socio-économiques chinoises dans le contexte de l’économie de marché socialiste, dont Deng Xiaoping, qui fut le leader primordial de la Chine de 1978 à 1989, a été le pionnier.

L’aspect le plus révolutionnaire du discours comprenait un engagement à construire le progrès industriel, infrastructurel et financier de la Chine, pour en faire, à l’intérieur, un pays toujours plus prospère. Alors que des mots comme « luxe » charrient encore une certaine stigmatisation dans le contexte d’un parti communiste, ce qu’a promis Xi est en réalité exactement ça.

Alors que les travailleurs chinois ont travaillé inlassablement pour faire passer la Chine d’une économie agraire à une économie prospère qui va bientôt dépasser les USA en termes de puissance économique totale (dans beaucoup d’autres domaines, la Chine a dépassé les USA depuis quelque temps déjà), Xi a fait comprendre que le temps était venu, pour les Chinois et les Chinoises de jouir davantage des bénéfices de la richesse qu’ils ont créée.

Pour que ceci se réalise, Xi a parlé de plusieurs stades de développement du « grand socialisme moderne », excroissance naturelle du socialisme de marché de Deng.

Dans la pratique, cela exigera deux choses. Avant tout, Une Ceinture-Une Route aidera à raccorder le modèle chinois de croissance économique à d’autres économies dynamiques et croissantes à travers de multiples régions du monde. La Chine est en train de créer un monde où les pays en développement pourront augmenter leur productivité tout en maintenant fondamentalement une totale indépendance politique. Deuxièmement, Xi a un vaste programme destiné à faire pivoter les investissements intérieurs de la Chine de projets basés primordialement sur l’infrastructure vers des projets qui amélioreront la micro-direction de la vie quotidienne. De beaucoup de manières, des programmes de ce genre, au niveau des villes, sont déjà en très bonne voie.

La réticence de la Chine à intervenir dans les questions politiques des autres pays a constitué un thème récurrent du discours de Xi. Ceci avait pour but de rassurer les nouveaux partenaires de la Chine, mais faisait aussi partie d’une déclaration plus large, selon laquelle, dans un XXIe siècle dominé par la Chine, la domination serait organiquement économique en termes de ressources accessibles et non une domination politiquement ou idéologiquement impérialiste. De multiples façons, il n’y a pas de meilleur endroit pour rassurer ses partenaires du manque d’intérêt de la Chine à exporter une idéologie qu’un congrès du Parti Communiste. Dans ce sens il a été exprimé clairement que la dialectique idéologique de la Chine est réservée à la Chine et non à ses partenaires. On pourrait résumer cela en une seule phrase de la façon suivante : « Le grand socialisme moderne dans un seul État et Une Ceinture-Une Route pour tous les partenaires indépendants ». Pour le dire autrement : « Beaucoup de systèmes politiques, un but de prospérité commun ».

Entre aujourd’hui et l’année 2020, la Chine travaillera a solidifier les gains économiques et sociaux de la dernière décennie, chose qui sera couronnée par l’achèvement du projet de modernisation de l’Armée de Libération Populaire en 2020, en même temps que des efforts seront poursuivis pour éliminer totalement la pauvreté rurale et développer les secteurs de l’agriculture moderne et de l’industrie en dehors des régions urbaines modernes de la Chine.

Entre 2020 et 2035, la Chine travaillera à bâtir un pays « prospère, fort, démocratique, culturellement avancé, harmonieux et beau ». En termes plus pratiques, cela signifie un pays où les standards de vie réels des Chinois continueront de croître, tandis que les conditions de vie resteront à l’abri des pics et des effondrements qui ont été le fléau des sociétés occidentales au cours des dernières décennies.

Tandis que les capitalistes critiquent souvent les pays socialistes pour leur pauvreté en objets de luxe et en activités de loisirs et qu’à l’inverse beaucoup de socialistes critiquent les pays capitalistes parce qu’ils rendent la culture inaccessible et une stabilité de vie impossible, le programme de Xi ambitionne d’offrir à la fois la stabilité, des environnements résidentiels et de travail constants et satisfaisants, tout en augmentant également la capacité des citoyens de base d’enrichir leurs vies par des activités culturelles et que les nouvelles avenues de l’amélioration sociale seront rendues possibles par les technologies modernes auxquelles la Chine s’est à la fois préparée mentalement et a fait œuvre pionnière.

Dans ce sens, la Chine se prépare à la réalité économique et sociale de l’âge de la mécanisation industrielle. Là où beaucoup d’entrepreneurs occidentaux tels qu’Elon Musk ont préconisé un salaire vital fixe pour tous les citoyens, de façon à pouvoir affronter une mécanisation accrue, les propositions de Xi veulent garantir effectivement le partage et la distribution de l’immense richesse de la Chine par un programme d’investissements directs au bénéfice des gens et de leur environnement social. Ainsi, plutôt que de payer aux gens un salaire arbitraire, la Chine, après 2035, fera de plus en plus en sorte que se développe une société où la richesse sera transférée à l’ensemble des citoyens sous forme d’investissements diversifiés, chose qui pourra être harmonieusement réalisée grâce à l’entrée dans l’âge de la méga-mécanisation.

Une partie des recommandations de Xi pour améliorer la qualité de la vie des Chinois est de veiller à toujours équilibrer le développement infrastructurel et la protection écologique. Étant le pays qui s’est plus rapidement industrialisé que n’importe quel autre dans l’histoire, la Chine a déjà commencé à s’engager dans la technologie verte, particulièrement dans le domaine de la création d’énergies plus complètement que n'importe où ailleurs. Quand la Chine commencera à exporter ses technologies vertes, Pékin sera presque devenue un leader mondial dans ce domaine.

Xi Jinping a aussi parlé de la nécessité de s’assurer davantage encore que la corruption ne s’implante pas en Chine malgré la diversification économique et la croissance. Il a encouragé les fidèles du parti à rester attachés aux valeurs traditionnelles en préparant le développement des nouvelles manières de penser et des nouvelles manières de résoudre les problèmes.

 

Cela marchera-t-il ?

Prises au pied de la lettre, toutes les propositions de Xi sont impressionnantes. Il serait difficile pour quiconque autre qu’un idéologue de ne pas être d’accord avec le champ d’application global de ce long discours.

C’est pourquoi la plus grosse question qui reste à poser est : la Chine sera-t-elle capable d’accomplir ces exploits ?

La simple réponse, fondée sur le bilan moderne de la Chine est un OUI retentissant.

La Chine a été capable de créer et de bénéficier d’une révolution industrielle moderne, une révolution dans l’organisation et la vie dans les villes, une révolution de la consommation, une révolution des standards de vie et une révolution technologique, tout cela en une période de 30 à 40 ans.

Ce qui reste à faire à la Chine, c’est bâtir, sur ces fondations qu’elle a posées à une vitesse phénoménale, si on considère le volume de sa population et la masse de son territoire.

Parce que toutes les propositions de Xi comprennent une combinaison d’investissement intérieur et de partenariats extérieurs qui comprennent à leur tour de nouvelles opportunités d’investissements multilatéraux en même temps qu’un engagement déterminé envers la paix, la seule manière dont le progrès de la Chine puisse être compromis serait par l’intervention d’une puissance étrangère.

Quoi qu’il soit clair que les USA ont l’intention de compromettre le développement extérieur de la Chine par le moyen d'Une Ceinture-Une Route, il est également clair que les indubitables tentatives US de le faire se sont traditionnellement soldées par des échecs. Le pivotement de Washington vers l’Inde, tentative évidente de faire échouer l’alliance sino-pakistanaise, est devenu honte publique lorsque Washington a en quelque sorte pris diplomatiquement ses distances d’avec New Delhi, après qu’il fût devenu clair que l’Inde ne croit pas qu’il soit bien prudent de sauter dans le train du nouveau désastre afghan de l’Amérique. Ceci limite d’autant les options de l’Inde à long terme, si New Delhi ne réussit pas à rejoindre la Russie et le Pakistan sur le parcours d’Une Ceinture-Une Route. Bien que les USA aient pris soin de sortir quelques déclarations pro-Inde le jour du discours de Xi, le timing et la nature des remarques montrent qu’il peut s’agir là du dernier hoquet d’une politique en plein cul-de-sac plutôt que d’une réelle revitalisation.

Pour ce qui est de l’Asie du Sud-Est, la crise prolongée au Myanmar semble devoir être maîtrisée de l’intérieur. Le danger, c’est que les États-Unis pourraient encore internationaliser les conflits dans l’espoir de faire barrage aux partenariats de la Chine en Asie du Sud-Est. Ailleurs dans l’Asie du Sud-Est cependant, les Philippines pourraient bientôt devenir une double « success story », à la fois pour Manille et pour Pékin, puisque, dès cette année, Xi Jinping a salué « une ère dorée » des relations entre l’ex-colonie US et la Chine, chose qui a été rendue possible par le pivotement du président Rodrigo Duterte, qui s’est détourné de Washington pour se rapprocher à la fois de la Russie et de la Chine. La Chine se prépare aussi à construire tout un nouveau quartier à Manille, qui servira de vitrine aux Philippines pour le reste du XXIe siècle et au-delà.

En ce qui concerne le Moyen Orient, alors que les États-Unis y ont causé une dévastation majeure, il y a désormais davantage de pays disposés à (et capables de) travailler avec la Chine qu’il n’y en a jamais eu auparavant, en ce compris des pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte, le Liban et l’Irak, la Syrie et la Turquie.

L’ouverture récente, par la Chine, d’une base militaire logistique à Djibouti, semble devoir aussi lui assurer de futurs partenariats en Afrique. De plus, la chaleur des relations de la Chine avec la Russie signifie que deux des trois superpuissances du monde sont sur la même longueur d’ondes, et c’est quelque chose de très différent de ce qui a caractérisé l’époque de la Guerre Froide, quand l’URSS, la Chine et les USA avaient trois ordres du jour très différents, dont chacun rendait possible à une des trois puissances d’exploiter les deux autres.

Par-dessus tout, sur le point de savoir si Xi Jinping et ses successeurs seront capables de concrétiser les monumentales promesses faites dans le discours d’aujourd’hui, les pronostics paraissent réalisables à un point surprenant. La Chine a montré au monde qu’elle peut faire se produire ce qui est difficile à une vitesse qui choque beaucoup de sceptiques et avec une exactitude qui laisse confondus les observateurs ou les précédents géants économiques émergents

Dans ce sens, il n’est pas du tout hors les bornes du réel qu’un discours de 3h1/2 puisse façonner les cent ans à venir de l’histoire de la Chine et du monde.

Source : http://theduran.com/xi-jinpings-3-5-hour-speech-before-th...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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J’y reviens parce que j’en ai marre d’entendre caqueter de fascisme et d’antifascisme par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.

 

 

Déjà Caméléon perçait sous Malaparte

 

Théroigne – L.G.O.25 octobre 2017

 

C’était trop tentant pour qu’on y résiste et il ne faut jamais résister aux tentations.

Cela dit… est-ce juste ? Ou ses retournements vrais ou apparents, voire opportunistes, ont-ils eu une logique interne et des causes qui ont échappé à tous, y compris peut-être à lui-même ?

Il y a tout juste 60 ans qu’il est mort (juillet 1957) et il est toujours en enfer. Celui de la bien-pensance évidemment, mais celui de l’ignorance qui en découle n’est pas mal non plus. Je propose qu’on y revienne un peu plus tard, non pas pour vider l’abcès – que les italiens se débrouillent avec leur histoire ! ­–, mais pour essayer d’y voir clair, de « comprendre » comme le suggérait Simenon.

Dans l’immédiat, oubliez s’il vous plaît les petits maoïstes franchouillards à qui José Artur disait « À 40 ans, vous serez tous notaires » en ne se trompant pas. Oubliez Sollers, July et tutti quanti.

Le dernier très grand amour de Malaparte fut la Chine. Coup de foudre instantané.

 

Extraits de Io, in Russia e in Cina [Moi, en Russie et en Chine]

Publication posthume de 1958

(En français : « En Russie et en Chine » parce que les éditeurs français sont incapables de respecter un titre original)

 

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Malaparte à l'hôpital Sanatrix - Rome - Juillet 1957

 

« Oui, c’est sûr, je suis encore très fatigué. Le voyage de Pékin à Rome a été long, fatigant, bien que toutes les précautions aient été prises pour m’épargner l’excès de fatigue du vol de dix mille kilomètres de la Chine à l’Italie. Et peut-être la raison de ma fatigue n’est-elle pas tant physique que la douleur de la séparation d’avec mes amis chinois.

Je le savais même avant d’aller en Chine, ce que signifiait le mot frère, mais la vraie, profonde, éternelle signification de l’expression amour fraternel, je ne l’ai apprise que pendant mon séjour et ma maladie en Chine. Et si j’insiste sur mon expérience en affection, gentillesse et solidarité humaine, ce n’est pas par esprit à la De Amicis*, mais parce que c’est un fait rare et merveilleux qu’un peuple engagé dans une lutte aussi dure contre l’héritage de misère et de souffrance du passé, pour la construction d’un grand pays moderne, libre, juste et humain, sache tourner une si grande partie de son esprit vers la bonté, la générosité et la fraternité.

La faim, la souffrance, l’esclavage, l’injustice rendent souvent les peuples durs et méchants. Le peuple chinois, nonobstant des siècles d’esclavage, de faim, d’humiliation, de terreur, est resté bon. Et la grande leçon qu’on apprend en Chine, dans la Chine Populaire de Mao Tse Toung, ce n’est pas seulement une leçon de courage, de sacrifice, de ténacité dans la lutte et dans le travail, mais c’est aussi, surtout, une leçon de modestie, de bonté, d’honnêteté. Pendant mon voyage à travers la Chine, du Shaanxi du nord à l’extrémité nord-occidentale du Turkestan, du Gansu au Hubei, j’ai vu de près un peuple de paysans et d’ouvriers uni et compact dans la construction d’une patrie neuve, libre et juste, d’une Chine socialiste.

Ce que j’avais vu à Ta Tun, dans le Shaanxi, à Urumçi, au Turkestan, à Langchou, au Hangzhou, à Xi’an, dans le Shenxi, à Tchoungking, au Setchouan, c’était une armée engagée dans une bataille contre les misères héritées du féodalisme, contre toute une histoire millénaire de tyrannie et de faim. Mais ce que j’ai vu pendant le cours de ma maladie, pendant les trois mois et demi passés dans les hôpitaux de Tchounking, de Hankou, de Pékin, c’est un spectacle encore plus extraordinaire et plus émouvant : celui d’un peuple entier engagé dans une bataille colossale contre la tuberculose, le rachitisme, l’anémie, la malaria, la dénutrition, c’est-à-dire contre les cent et cent maux qui, siècle après siècle de féodalisme, ont laissé un héritage épouvantable dans le sang de la population chinoise. […] Qu’on ne croie pas que les médecins des hôpitaux soient des médecins quelconques : ce sont en général des spécialistes de grande réputation, d’un niveau sûrement pas inférieur, et souvent même supérieur à celui des médecins américains et allemands. Le département psychiatrique de l’hôpital de Hankou est sans doute celui qui est équipé de façon la plus moderne de tout ce que j’ai pu voir, et il n’arrive pas, en Chine, comme c’est malheureusement le cas ailleurs, que les enfants qui peuvent y être hospitalisés soient seulement les enfants des riches. Ce sont les enfants d’ouvriers, de paysans, de pauvres gens. […] La directrice du département pédiatrique, le professeur Tao, m’a dit : « Les enfants ont une importance décisive pour l’avenir du monde, bien plus grande que beaucoup d’entre nous ne le croient ». Cette phrase du professeur Tao m’a fait ressouvenir de ce que m’avait dit un paysan chinois dans une coopérative agricole du Shaanxi: « Il n’y aura pas la guerre, parce que les enfants ne la veulent pas ».

Ce que j’ai télégraphié au président Mao Tse Toung en quittant la Chine est vrai : « Je suis venu en Chine en ami, j’en pars amoureux de la Chine ». Je ne pourrai jamais oublier ce que les autorités et le peuple chinois ont fait pour moi, et ce sentiment de gratitude et d’affection s’ajoute à mon sentiment d’admiration, de solidarité pour la grande œuvre de construction socialiste de ce peuple.

Comme je l’ai dit l’autre jour dans une interview à la Pravda, celui qui a vécu, de près, l’expérience chinoise, peut mieux que quiconque estimer sereinement et objectivement les douloureux épisodes survenus en Europe ces derniers mois. Ce sont des événements tragiques, pénibles, qui font de la peine à toute âme juste et honnête, mais qui ne peuvent toutefois, en aucune façon, ébranler la foi en l’avenir d’un monde de liberté, de justice et de bien-être, qui est le monde dont la Chine Populaire nous offre une image encore un peu verte, mais sûre et définitive.

Moi aussi, j’ai souffert de lire dans les journaux les nouvelles de Budapest, mais cette souffrance n’a jamais été accompagnée du moindre doute. La grande et positive expérience chinoise absout toutes les erreurs quelles qu’elles soient, parce qu’elle est la preuve manifeste et indiscutable que la somme des faits positifs, dans le mouvement du progrès, est supérieure toujours à la somme des erreurs. […]

J’aime les Chinois. Et je serai toujours à leurs côtés dans tous les cas, quoi qu’il puisse arriver dans le monde. J’aime les Chinois non seulement pour la raison personnelle du bien qu’ils m’ont fait, mais pour la raison plus valable et plus vraie du bien qu’ils font à tous les hommes et à tous les peuples. L’autre matin, à l’aéroport de Pékin, quand j’ai commencé à monter la raide passerelle d’embarquement du turboréacteur soviétique mis à ma disposition par le gouvernement chinois pour me ramener en Italie, la petite foule des autorités, de journalistes, de médecins, d’infirmières, d’employés de l’aéroport, d’écrivains, de diplomates, qui était venue me saluer – il y avait dans cette foule le ministre de la Culture de la République Populaire chinoise – est devenue tout à coup silencieuse. Je n’arrivais pas à monter les marches trop raides et je me suis affalé, à moitié évanoui. Le commandant du turboréacteur soviétique, un Russe blond aux mains énormes, est descendu en courant et m’a soulevé, presque porté, me hissant marche à marche vers la cabine de l’avion. La foule, frappée de ce spectacle pénible, se taisait. Arrivé en haut de la passerelle avec le souffle coupé (depuis plus de trois mois, je respire avec un seul poumon) je me suis arrêté pour reprendre des forces. C’est alors que je me suis rendu compte du silence de la foule. Je voulais dire quelque chose pour saluer mes amis, pour remercier, et me sont venus spontanément aux lèvres trois mots chinois, que j’ai prononcé lentement avec grande difficulté : « Uò ai zungkuojen », qui veulent dire « J’aime les Chinois ». Et ils se sont mis à pleurer.

_______________

* Edmondo de Amicis est un auteur italien mort en 1908, qui a écrit des livres pédagogiques, dont Cuore et Les deux amis, classiques de la littérature enfantine, exaltant l’amitié entre camarades d’école, le courage, le patriotisme, etc.

Io, in Russia e in Cina – La Feltrinelli

Source : « Fu la Cina l’ultimo amore di Malaparte » https://www.agi.it/cultura/curzio_malaparte_60_anni_cina_...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

(de l’italien parce que pas l’édition française sous la main)

 

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[Si je ne me trompe, c’était pendant les Cent Fleurs. Vladimir Vladimirovitch avait cinq ans, Xi Jinping en avait quatre. Malaparte n’a donc pas connu le « Grand bond en avant » ni la Révolution culturelle. Tant mieux pour lui.

Il n’aura pas connu non plus la Révolution cubaine, ses soixante et quelques années de blocus meurtrier, la Révolution des œillets portugaise, le Chili, l’Angola, la victoire des Sud-Africains, les petits Gazaouis vitrifiés au lance-flamme… Il n’aura pas connu les années Eltsine, Beslan, la guerre de Tchétchénie, la Russie de Poutine, la « libération verticale » qu’il avait pourtant annoncée (par les bombes) de la Yougoslavie, les années de plomb de son pays, Aldo Moro dans son coffre de voiture, le retour des nazis en Ukraine, les destructions systématiques de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, du Yémen et j’en passe.

Il n’y a rien à répondre à ce qu’il dit, sinon le croire de toutes nos forces :

« …absout toutes les erreurs quelles qu’elles soient, parce qu’elle est la preuve manifeste et indiscutable que la somme des faits positifs, dans le mouvement du progrès, est supérieure toujours à la somme des erreurs ». ]

 

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Curzio Malaparte

En Russie et en Chine

Paris, Les Belles Lettres, 2014

Coll. Le goût des idées

272 pages

 

 

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Malaparte et les croix chinoises

Un récit d’Igor Man – La Stampa.it - 2002

 

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« Curzio Malaparte in hora mortis », par Luca del Baldo

 

Sur la poche de poitrine du pyjama (de soie) de Malaparte, il y avait une petite broderie, un dessin simple et pourtant complexe. « C’est le signe de la longévité – expliquait Curzio – un dessin de mes amis chinois. Ce n’est pas juste pour conjurer le sort, c’est un réconfort. Une aide pour le cas où il faille s’en aller. On peut continuer à vivre aussi de l’autre côté, dans le nouveau territoire qui nous est assigné par le créateur. Ce sera une vie plus difficile, mais peut-être moins pénible. Parce que, comme on le sait, vivre bien est assez facile, ils ne sont que trop nombreux à y réussir. Mais ça ne m’a jamais été possible. Ce qu’il y a, c’est que les choses difficiles me plaisent trop. Et que ça fatigue, parfois. Tant.

Curzio Malaparte préférait la lumière tamisée. Il avait appris à l’apprécier en Chine et ainsi désirait que dans sa chambre n’entrât jamais une trop forte clarté. Un après-midi pourtant, il voulut que j’ouvre la fenêtre en grand. C’était l’après-midi du 13 avril 1957. Il disait, content : « On est en avril, on ouvre la fenêtre et c’est le printemps. Laissons-le entrer, il ne lui faut qu’un moment. Maintenant, referme, s’il te plaît, Igor. Merci. Même si on ferme la fenêtre, c’est toujours le printemps. Il est entré. Désormais, si je touche quelque chose, c’est le printemps : le printemps est dans l’air, partout. Dans l’eau que je verse dans mon verre. Je bois le printemps dans l’eau. Dans une gorgée d’eau à peine. C’est comme ça. »

Quand il était là-bas, en Chine, dans cet hôpital près du Fleuve Bleu, il lui arrivait souvent de penser au printemps. Il y avait dans l’air une suave couleur de rose, racontait Curzio. C’étaient les persiennes de la fenêtre qui rendaient rose la lumière. Et verte aussi. Ou grise. Ou d’un bleu voilé d’argent. Comme le bleu de la Montagnola ou l’argent des oliviers de Poggiboni et des collines du Val d’Elsa. De Spazzavento. Fermant à moitié les yeux, Malaparte disait : « Alors, je me trouvais tout d’un coup au milieu d’un pays toscan. En Chine, la lumière fait de ces miracles ».

Les Chinois disent que la lumière est bonne et qu’on doit être gentils avec elle, qu’il faut la traiter bien, la lumière, ne pas s’en emparer avidement. Si on est gentils avec la lumière, la lumière te fait cadeau de plein de couleurs. Comme cela se passait là-bas, quand Malaparte était dans un hôpital voisin du Fleuve Bleu. Novembre finissait, et pourtant la lumière avait les tons délicats du printemps. La même chose se produisait en approchant de Noël. Curzio, toutefois, n’était plus soulevé par celle lumière gentille. Le directeur de l’hôpital lui demanda ce qu’il avait : « Vous avez perdu votre sérénité » dit-il. « J’avais promis, m'expliqua Curzio, aux enfants des phares, aux gamins des gardiens des phares qui toutes les nuits s’allument en Italie, que je leur ferais faire une belle fête de Noël. Pauvres petits, si loin et si perdus, toujours au milieu des vipères et sans jouets. J’avais espéré pouvoir être rentré à la maison pour Noël. Mais j’étais encore à l’hôpital. Je regrettais pour les enfants des phares. J’allais les décevoir. » C’est pourquoi Malaparte était triste, de mauvaise humeur. Même la lumière qui filtrait de la fenêtre ne réussissait pas à le soulager. Mais le directeur sourit. Comme seuls les Chinois le font et on ne peut pas comprendre s’ils sont émus ou indifférents, s’ils t’aiment ou s’ils te haïssent. On ne comprend pas. Jamais. Il sourit, le directeur, et dit : « Ici aussi il y a des enfants comme ceux que vous dites. Ils sont quatre, les enfants du gardien du phare qui se trouve au milieu du grand fleuve. Quelle différence y a-t-il entre un enfant et un autre, entre un enfant italien ou chinois ou russe ou américain ? Ce sont tous des enfants ». Ainsi, les enfants du gardien de phare chinois ont eu des cadeaux inattendus. « Et Noël a aussi été bon pour moi – disait Curzio – : j’ai reçu un très beau télégramme. Le ministre Tambroni avait débloqué un million pour le Noël des phares, pour les enfants italiens qui vivent isolés. J’ai eu un beau Noël, même si j’étais à l’hôpital et si l’Italie se trouvait de l’autre côté du monde. Même si les douleurs me rongeaient les os et m’ôtaient le sommeil. Un Noël avec les enfants des phares ».

Les enfants du gardien de phare chinois voulurent remercier Malaparte. Ils vinrent à l’hôpital avec un cadeau pour lui. « Oh, comme le cœur me battait, disait Malaparte, leur cadeau, c’était deux bocaux dans lesquels frétillaient deux petits poissons. Ils les avaient pêchés dans le grand fleuve qui va très loin, expliqèrent-ils. Curzio devait plonger les doigts d’abord dans l’un, puis dans l’autre des bocaux et effleurer les poissons. Comme ça son mal, la mauvaise maladie, passerait aux petits poissons. Une fois retournés au phare, les enfants les rendraient au grand fleuve et le fleuve les emporterait, eux et la maladie appelée cancer, quoique Curzio refusasse d’avoir le cancer : « J’ai la tuberculose, moi. Je l’ai attrapée avec les gaz d’ipérite quand je jouais aux cartes avec les morts de Bligny » disait-il au mépris de la vérité.

Une fois arrivés à la mer, les petits poissons eux-mêmes perdraient la maladie et elle disparaîtrait pour toujours. « J’ai fait comme ils disaient – racontait Malaparte – j’ai agité les doigts dans les bocaux, et les petits ont murmuré, satisfaits. Ils se sont inclinés, ils ont repris leurs bocaux, et après s’être encore inclinés, ils s’en sont allés. Ils marchaient tout doucement, en faisant bien attention que les poissons ne s’échappent pas, parce qu’il fallait les reverser dans le grand fleuve bleu qui devait les porter loin. Eux et la maladie. Oh, comme le cœur me battait, maintenant que je t’en parle, Igor, je me rends compte que j’ai été heureux ». […]

Source : http://www.farodihan.it/2002/11/30/malaparte-e-la-croce-c...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades.

 

 

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Curzio Malaparte

La Volga naît en Europe

Paris, Les Belles Lettres, 2012

Collection « Mémoires de guerre »

304 pages

 

 

 

 

Pourquoi la Volga est un fleuve européen et pourquoi la Seine, la Tamise, le Tibre (et le Potomac aussi) sont ses affluents.

Pendant la guerre contre la Russie, dès le début de la campagne, au cours de l'été 1941, ma connaissance de la Russie soviétique et de ses problèmes m'aida beaucoup à juger de la nature des événements, et à prévoir leur inévitable évolution.

Il ne faut pas oublier que j'étais un correspondant de guerre de l'Italie, pays de l'Axe, au même titre que les trois cents correspondants de guerre affectés aux troupes italiennes sur tous les fronts, en Libye, dans les Balkans et même en Russie : que l'on ne s'étonne pas, par conséquent, que je fusse avec les troupes de l'Axe et non point avec les Anglais ou les Russes. Ce n'est pas ma faute personnelle si j'étais un citoyen de l'Axe et si les citoyens russes, anglais et américains étaient des citoyens des pays alliés. Ce que j'observais sur les champs de bataille n'était autre chose que la confirmation, la preuve de ce que j'écrivais sur la Russie communiste depuis plus de vingt ans. Dans toute mon expérience personnelle des choses russes, je me suis toujours refusé à juger la Russie soviétique du point de vue qu'on pourrait appeler « bourgeois », c'est-à-dire d'un point de vue nécessairement subjectif.

[…]

Il faut rappeler cette vérité, à la veille de la grande lutte qui pourrait se terminer par l’effondrement de la Russie soviétique. Car beaucoup de gens s’abandonnent au préjugé trop simpliste que la guerre contre la Russie soviétique, celle d’hier comme celle de demain, est tout bonnement une lutte de l’Europe contre l’Asie, contre des idéologies asiatiques. C’est contre des idéologies européennes que l’Allemagne dans sa guerre contre l’URSS a combattu hier : c’est contre des idéologies européennes que l’Amérique combattra demain, dans sa guerre inévitable contre l’autre Europe.

[…]

L’Europe bourgeoise ne peut plus rien désormais ­ – et je crois ne pas me tromper – contre la Russie prolétarienne. Elle a passé les cartes de son jeu à la grande démocratie « bourgeoise » américaine.

Il y aura peut-être, et elle me paraît inévitable et hélas prochaine, une tentative américaine pour s’opposer au communisme russe. Même si l’Amérique réussissait dans son intention d’abattre la puissance soviétique (ce qui est probable), sa victoire laisserait sans solution, en Europe, les problèmes qui agitent profondément l’esprit des masses prolétariennes.

Extraits de la préface écrite en français par Malaparte, pour l’édition de 1948.

 

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Malaparte jouant au samourai pour rire devant un public chinois bon enfant.

(Oui, je sais que les samourais c’est japonais !)

 

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CATALOGNE

 

Réponse de Bruno Drweski

à Do, de Mai 68 (http://mai68.org/spip2/spip. php?article843) :

 

« Si nous soutenons le gouvernement bourgeois indépendantiste de Catalogne, alors il faut être logique, il faut soutenir l'indépendance "kouchnérienne" du Kurdistan irakien, le combat kurdo-israélo-usano-antisyrien pour le Rojava, l'indépendance néo-fasciste du Vlaams Blok flamand ou de la Padanie nord-italienne et du Xinjiang/Turkestan chinois ainsi que de la Tchétchénie russe, sans pour autant faire le bilan des résultats concrets qu'ont apporté aux peuples concernés et, plus largement, à l'humanité progressiste, le démantèlement déjà réalisé de l'URSS, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie, du Soudan, etc. »

 

On ne saurait mieux dire.


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Mis en ligne le 25 octobre 2015.

 

 

 

21:24 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/09/2017

Moi pas vouloir « speaker » globish

1. Bottle women in a boat x.JPG

« Veuillez avoir l’obligeance de tirer sur la chaînette après usage » – «  Please flush ».

Avis bilingue dans les toilettes de Montreal

 

Moi pas vouloir « speaker » globish

Ingrid Riocreux –  Causeur 11 septembre 2017

 

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Jean-Paul Brighelli

 

Si l’on m’avait dit qu’un jour je rédigerais la recension d’un livre signé Brighelli, moi qui appartiens à la génération des « crétins »…

C’est le français qu’on assassine se lit avec plaisir : le souvenir de Du Bellay (Deffence et illustration de la langue françoyse, 1549) et de Rivarol (Discours sur l’universalité de la langue française, 1784) irrigue un texte qui allie le sérieux didactique de l’essai avec le mordant du pamphlet. Brighelli s’efface parfois pour donner à entendre ici un poème, là un extrait de roman ou une tirade, qu’il commente, qu’il dissèque, qu’il étudie avec autant de rigueur que d’humour, à vous donner le goût de la littérature. Son style est chatoyant et varié, ne répugnant pas à employer, où il s’impose, le subjonctif imparfait, ni le mot bas où il est sûr de faire effet, ni tel autre signe d’oralité bienvenu qui vient conférer au texte sa force expressive et confirme ce que l’on sent tellement : que l’auteur a mis tout son cœur dans cette défense du français qui est aussi (la casse du titre, intégralement en majuscules, autorise cette lecture), une défense du Français, le vrai, celui qui sait « affiner les mots comme on affine un fromage, et les offrir à déguster à ses amis ».

 

« Démissions scolaires »

C’est ma vie que raconte Brighelli quand il parle de ces « quelques millions d’enfants nés entre 1985 et 2017 », victimes de l’« effet Meirieu » et de l’idéologisation croissante de l’école. J’ai sans doute été plus épargnée que d’autres, parce que j’ai dû tomber sur quelques profs qui « continuaient à appliquer ce qu’ils savaient faire ».

Tout de même, j’ai subi un nombre considérable de « projets pédagogiques » débiles assortis de leurs heures perdues au CDI (perdues pour les apprentissages, pas pour les bons moments entre copines, cela va de soi). Le programme d’histoire-géo du CM2 qui allait « jusqu’à nos jours » s’est achevé pour moi avec Louis XIV, notre classe ayant été choisie pour participer au Parlement des Enfants (renseignez-vous sur cette ineptie chronophage), ce qui fut aussi l’occasion de mon premier passage à la radio et de ma première rencontre avec des journalistes. Je n’ai jamais entendu parler de Napoléon durant ma scolarité puisqu’il était au programme de quatrième et que je me trouvais dans cette classe en 1999, année de naissance de l’Euro. Toute l’année fut donc consacrée à des exposés, films, projets, rencontres, recherches au CDI, visites et interventions diverses en mode glorification enthousiaste, sur le thème de la monnaie unique. Napoléon était aussi au programme de seconde mais dans une perspective « problématisée et non narrative, reposant sur l’étude de documents », aussi n’en ai-je évidemment rien retenu. À un mois du bac de français, je confondais encore Voltaire et Verlaine, Malraux et Marot et n’avais, de manière générale, aucune notion d’histoire littéraire, les grands auteurs flottant en complet désordre dans un passé brumeux ; ce qui ne m’empêchait pas d’être abonnée aux félicitations du conseil de classe. « Ce n’est pas le niveau qui a baissé, ce sont les ambitions », dit fort bien Brighelli. Et cela oblige à des prouesses : l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle fut pour moi une divine surprise puisque l’arrêt momentané des cours, justifié par l’impératif de la lutte antifasciste, me permit de me plonger dans le Lagarde et Michard de mon père et d’ingurgiter en deux semaines ce que les enfants de son temps apprenaient en sept ans ! Ce Lagmich dont Brighelli dit qu’il lui paraissait naguère « franchement un peu limité » est, comme il le constate, devenu « un monument de résistance à la paupérisation culturelle ».

Mais j’ai eu une chance, énorme, outre celle d’avoir appris à lire dès la grande section de maternelle avec la plus pure méthode syllabique : c’est d’avoir des institutrices qui, sans échapper aux vogues et défauts de notre temps, étaient restées très attachées à l’enseignement de la langue, à l’ancienne. Je me souviens des exercices d’analyse (nature-genre-nombre-fonction, pour chaque mot d’une longue phrase) occupant des après-midis entiers ; j’aimais cela follement. Et les verbes à conjuguer à tous les temps de tous les modes, y compris le conditionnel passé deuxième forme. J’en redemandais. C’est de cela que sont privés les élèves d’aujourd’hui, et Brighelli donne à voir la triste condition de ces crétins fabriqués à la chaîne, et le sombre sort qui en découle pour notre pays et même, notre humanité.

C’est dramatique et grotesque à la fois : on rit en lisant les aberrations débitées par les IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux) afin de convaincre les professeurs d’appliquer la réforme Belkacem. Et, malin, Brighelli signale qu’il peut « identifier nommément les auteurs de ces calembredaines ». Que quiconque mettrait en doute l’authenticité des citations se le tienne pour dit !

 

« Je plaide pour le français, mais je plaide aussi pour l’anglais »

Brighelli dénonce ce qu’il appelle la « trahison linguistique », qu’une citation de Valérie Pécresse, en épigraphe de chapitre donne à entendre sans ambiguïté : « oui, l’anglais nous a envahis, alors cessons de le considérer comme une langue étrangère ! » Mais, démontre Brighelli, ce n’est pas l’anglais qui nous a envahis, plutôt une espèce de sabir bâtard qui, combiné à la dégradation de l’orthographe et de la syntaxe, est en passe de faire ressembler notre langage à celui de Salvatore dans le Nom de la rose d’Umberto Eco !

Il fustige la tendance actuelle des distributeurs de films à ne plus traduire les titres, ou bien, ce qui est peut-être pire, à substituer au titre anglais original un titre en globish. Ainsi The Hangover devint-il Very Bad Trip et Wild Things, Sexcrimes. Il dénonce la réécriture simplifiée des romans d’Enyd Blyton, non seulement dans leur traduction française mais également dans leur version originale. Défense du français, le livre de Brighelli est aussi une déclaration d’amour à la langue de Shakespeare : dans ses pages, Corneille, Mallarmé et Flaubert côtoient James Joyce et Virginia Woolf.

 

Les patries en danger

Quelle agaçante schizophrénie que celle dont s’offusque Brighelli : l’hypocrisie de cette Europe obsédée par le retour à l’unité linguistique d’avant Babel, et qui prône dans le même temps le développement des langues régionales. Tout particularisme linguistique, des patois locaux au parler banlieue, devient ainsi digne d’être valorisé, pour peu qu’il ne soit pas national, pour peu, en réalité, que sa valorisation contribue à démembrer la nation. Diviser pour faire régner le globish. La tâche d’unification linguistique que s’était assignée la Révolution française est ainsi méthodiquement ruinée. J’ai récemment appris que j’avais quelques gènes en commun avec l’un des grammairiens qui ont collaboré à cette mission révolutionnaire. Je ne sais ce qui ferait le plus de peine à Etienne Molard, petit instituteur parti en croisade contre les régionalismes : découvrir que mon mari emploie « déprofiter », un « lyonnoissisme » par lui condamné dans son ouvrage de 1792, que mon père utilise « beurziller », un verbe qu’il n’aurait pas manqué de proscrire s’il eût été breton plutôt que lyonnais, ou bien s’apercevoir que tous les Français ont délaissé « stationnement » au profit de « parking », un mot qui n’est pas même anglais, rappelle Brighelli.

La langue de l’Europe, la langue de la paix, ce ne peut être le globish qui n’est la langue de personne. C’est la polyglossie (ou multilinguisme) qui suppose l’effort du mouvement vers l’autre.

 

L’humanité en péril

Rien n’est dispensable ni inutile dans le fonctionnement d’une langue, des combinaisons phoniques aux compositions syntaxiques en passant par son lexique. Elle a son génie propre : ce que la plupart des gens se contentent de dire sans trop y croire ni le comprendre, Brighelli le démontre, exemples à l’appui. Or, les programmes reposent sur l’idée que les enfants d’aujourd’hui sont nés plus stupides que ceux d’hier et ne seraient, par conséquent, plus en mesure d’apprendre ni de comprendre les subtilités de leur langue. Brighelli aurait pu dire un mot de la pénible atteinte à l’estime de soi qui en résulte : on vit mal quand on a l’impression d’avoir volé son bac et j’avoue éprouver des difficultés à donner du « cher collègue » à des professeurs qui disposaient sans doute, avant même de commencer à enseigner, d’une culture bien plus vaste que la mienne le sera jamais.

Parce que la langue articulée, conceptuelle et subtile est ce qui arrache l’homme à son animalité, négliger son enseignement est une catastrophe pour l’humanité. Brighelli prononce deux grands mots :

« Racisme ». « Pourquoi l’indigène n’aurait-il pas le droit d’apprend la langue qu’ont maîtrisée Senghor, Hampâté Bâ, Césaire ou Ben Jelloun, sinon parce qu’on le méprise foncièrement ? » Notre auteur va plus loin et accuse les pédagos de complicité objective dans la résurgence du djihad

« On comprend mieux, écrit-il, comment l’islam rigoriste, qui exige de connaître l’arabe classique, a développé ses arguments. Face à une langue française en lambeaux, l’islam wahhabite impose une langue rigoriste, donnée de surcroît comme divine », quand la nôtre est réduite à des « compétences langagières qui appartiennent davantage au verbiage incontrôlé qu’au bon usage ».

Et ce professeur de s’offusquer que l’on valorise la propension des élèves à « s’exprimer », fût-ce par le bavardage (un IPR fait l’éloge du « papotis » !), alors qu’il faudrait « se taire pour apprendre ».

« Fascisme ». Brighelli exhume la réforme de l’éducation accomplie par Mussolini en 1923, dont les principes rappellent furieusement ceux qui ont dicté nos récentes réformes :

« en finir avec l’austérité des enseignements traditionnels, expurger l’école de ses éléments dogmatiques et livresques, valoriser les activités récréatives pour laisser s’épanouir l’expression spontanée de chacun, privilégier l’enseignement fonctionnel destiné à faciliter l’insertion professionnelle ».

Déjà, « la haine de l’intelligence ». Et ce fut le philosophe communiste Gramsci qui protesta du caractère libérateur de l’école « désintéressée » et exigeante qui seule rend l’enfant capable d’apprendre à réfléchir afin de diriger sa vie de manière responsable et autonome.

 

« L’UMP condamne cet acte de barbarisme sans nom »

Cette phrase, placée en tête d’un chapitre, a été prononcée par Jean-François Copé après un attentat suicide en Afghanistan, qui a fait quatre morts et cinq blessés parmi les soldats français. Il faut croire que cet acte n’avait pas de nom, en effet, puisqu’on le réduit à une faute de langue. Mais la confusion lexicale de Jean-François Copé est intéressante car, de fait, l’appauvrissement du lexique, l’assèchement de la syntaxe, l’accumulation des barbarismes, des impropriétés et des trahisons linguistiques sont bien les signes d’un glissement vers la barbarie. Mais la nôtre. Et l’on pense au mot de Sternberger à propos des nazis : « Leur langue est leur barbarie et leur barbarie est leur barbarisme, car parler et penser ne font qu’un ». Tant il est vrai que la dégradation de la langue constitue un coup porté à la civilisation.

Qui osera dire que Brighelli exagère ? Conséquence directe de l’incapacité à mener le combat par les mots, la violence gangrène notre société. L’illettrisme galopant engendre des comportements agressifs. La loi du plus fort reprend ses droits. L’illettrisme n’est pas l’analphabétisme : est illettrée une personne qui, bien qu’ayant été scolarisée, demeure incapable de lire et d’écrire avec aisance. Obtiennent donc leur bac aujourd’hui, et parfois même avec mention, des gens qui sont, à proprement parler, des illettrés. L’illettrisme est une frustration. L’école qui le produit trahit sa mission, son engagement, la confiance des parents, la soif d’apprendre des petits. Elle engendre de la bestialité et, loin de permettre la fermeture des prisons comme le voulait Hugo, cette école causera bien des guerres. Freud disait que la civilisation avait commencé le jour où l’on avait substitué l’insulte à la pierre. Brighelli propose bien quelques solutions et semble fonder quelques espoirs dans la nomination de Jean-Michel Blanquer. N’étaient ces lueurs dans la nuit, son livre apparaîtrait fort comme la chronique d’un retour à l’âge de pierre.

Publié sur La voix de nos maîtres, sous le titre « Je voglio nicht speaker globish »

Source : http://blog.causeur.fr/lavoixdenosmaitres/je-voglio-nicht...

Via : https://www.causeur.fr/francais-assassine-jean-paul-brigh...

 

Les très nombreux commentaires suscités par cet article – et la question qu’il traite – non seulement méritent d’être lus mais de susciter un débat aussi vaste et approfondi que possible. C’est une question de survie.

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Pendant qu’on y était, on a lu aussi, à propos du livre de l’auteur La langue des médias qu’on avait raté quand il est sorti :

Un décryptage acerbe de la presse et de son langage

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http ://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2...

 

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M. Brighelli, également cinéphile, vient d’aggraver son cas avec ceci, qui ne traite qu’en apparence d’un autre sujet :

 

Sofia Coppola is a fraud

Jean-Paul Brighelli – « Bonnet d’âne » 9 septembre 2017

 

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Disons-le tout net pour commencer — et en finir : les Proies, le film de Sofia Coppola, est d’une nullité absolue. Pas un navet (ça peut être drôle, un navet, il y en a même pour lesquels on a une sorte de tendresse), mais un film de degré zéro, à partir duquel nous étalonnerons désormais le cinéma contemporain. Un zéro qui malheureusement multiplie parce que le réalisateur est une femme : c’est devenu un gage de qualité pour certains médias abonnés au politiquement correct — d’autant que pour se dédouaner devant de grotesques accusations de racisme, elle a déclaré avoir voulu faire un film sur les « genres ». Un zéro multiplicateur parce qu’elle est la fille d’un homme de génie, auquel je ne reprocherai pas d’avoir contribué à la naissance d’une buse : on n’est jamais trop responsable de ses enfants, et la mode actuelle consistant à promouvoir les « fils et filles de » n’est qu’une perversion typique de ces temps de crise où l’état-civil sert de passeport bien davantage que le talent. Curieux, quand on y pense, que tous ces progressistes qui exaltent la fille de son père croient au fond à une fatalité génétique à l’ancienne.

Alors, nul ?

Nul.

Savez-vous ce qu’est un chromo ? C’est une reproduction lithographique d’un paysage de carte postale. Le genre dont Flaubert se moque quand, se mettant dans le regard post-coïtal d’Emma, il écrit : « Les ombres du soir descendaient ; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Çà et là, tout autour d’elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillé leurs plumes. Le silence était partout ; quelque chose de doux semblait sortir des arbres ». Vous voyez le genre — mauvais genre. Pour y arriver, on est allé chercher un directeur photo français, Philippe Le Sourd — le même qui a filmé Gordes et Cucuron comme une collection de chromos dans l’un des plus mauvais films de Ridley Scott, Une grande année. Pour bobos du Luberon only.

Eh bien, le film de Sofia C*** (on est bien obligé de lui donner un prénom, puisque Coppola tout court, c’est son génie de père) est bourré de ces cartes postales à épingler sur le buffet de votre arrière-grand-mère. La réalisatrice s’est dit que son film se passant pendant la guerre de Sécession, elle devait copier les tableaux de Corot de cette période, style Mortefontaine, jeunes filles et bouquets d’arbres traversés de lumière.

Lire la suite…

Source : http://blog.causeur.fr/bonnetdane/sofia-coppola-is-a-frau...

 

N.B. On le savait depuis Marie-Antoinette.

 

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Et la guerre de l’art, on la livre quand ?

 

Est-il nécessaire de dire que les différents fléaux que déplore M. Brighelli font partie d’un tout ? Que l’anéantissement – je parle ici pour la France et la Belgique mais pas que – de toute forme d’éducation, que le meurtre de notre langue et notre gavage à coups de sucreries hollywoodiennes au cyanure ne sont que les diverses formes de ce que l’on nous a fait, que nous nous sommes laissé faire.

Sans remonter au déluge ni se prendre pompeusement au sérieux, on peut dire que la guerre froide, la vraie, a été bien plus une guerre à la sensibilité et à l’intelligence qu’à n’importe quoi d’autre, bombe atomique incluse. Que le but était de faire de tout un continent un animal docile, sans volonté, ni réactions, ni pulsions.

Si on veut introduire une chronologie, on peut dire que « Kennedy-Berlin-1963 » a été le pivotement vers l’irrémédiable, la pente savonneuse au bas de laquelle nous sommes, en même temps qu’un péan de victoire de nos vainqueurs des deux côtés de l'Atlantique. Mais la défaite avait commencé bien avant.

Votre servante n’a vu que deux films pendant la guerre (la IIe mondiale). Le premier était Les aventures du baron de Munchausen, merveilleux film de propagande nazie à la gloire de von Braun. L’autre s’appelait Petite princesse. Starring : Shirley Temple. À la gloire d’un héros du Transvaal je crois. Britannique. En Belgique occupée et en provenance directe de Hollywood. Dont trois grands vaincus allaient bientôt débarquer : Von Stroheim, Chaplin, Welles.

 

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Mais suis-je la seule à me souvenir aussi douloureusement de l’extraordinaire floraison du cinéma italien de l’immédiat après-guerre ? Et du français d’ailleurs ? Pendant dix ans, on a cru que cela allait durer toujours… Peu se souviennent encore de Nikolaï Tcherkassov en visite au TNP et du discours qu’il y fit en russe d’une des plus belles voix du monde*, Gérard Philippe alors au sommet de sa jeune gloire traduisant au fur et à mesure chacune des phrases du député de la Baltique. Et de Chaplin reçu à l’Opéra et au Théâtre-Français avec plus de faste que la reine d’Angleterre. Où est-il le temps où, entre deux cuites avec Dash Hammett, Lilian Hellman mettait Candide en opéra ? Nous n’avons pas, alors, manqué de nous indigner comme il se devait des méfaits du MacCarthysme, tout en absorbant avec délices ses bourdes sur la nullité de l’art soviétique, le ridicule du réalisme socialiste, le Bolchoi resté ringardement XIXe et la supériorité si évidente – si, si – du non figuratif, des Pollock, Warhol et consorts, sans parler de la musique « pop », « rock » and so on – Ah,Woodstock !... Ah, Wight !... L’avons-nous avalée avec assez d’enthousiasme la potion empoisonnée… Et l’ombre s’est étendue sur l’Europe. Voulue. Planifiée. Inexorable. Grâce à nous.

Dans les commentaires suscités par l’article d’Ingrid Riocreux ci-dessus, une internaute  écrit notamment :

 

«  Moi qui ai enseigné longtemps et vu beaucoup de réformes, je peux vous assurer qu’il a toujours été possible, quelle que fût « la réforme » en cours, d’enseigner la nature des mots et des propositions ainsi que leur fonction… ainsi que les grands classiques et qu’aucun inspecteur ne vous aurait sanctionné. C’étaient les professeurs les premiers à s’engouffrer dans des « réformes » ineptes. L’absence de bon sens et de culture fut toujours, dans l’E.N, la chose du monde la mieux partagée. (…) »

 

C’est maintenant que ceux qui dérangent se font arracher des rangs, comme nous avons pu le voir il y a peu avec l’affaire Salah Lamrani. Et pas même par le Pouvoir, qui n’a aucun besoin d’y mettre les mains, mais par des sous-fifres, soucieux de leur propre confort comme toujours. Reconnaissons-le : quand les « maths modernes » et le « français rénové » ont entamé leur progression de métastases, ils l’ont fait avec l’adhésion enthousiaste de ceux qui auraient dû savoir mieux et jouer les anticorps au risque de leur vie.

La vérité n’est pas toujours gaie à considérer. Tout de même, elle vaut mieux que n’importe quoi d’autre.

C’est alors qu’on a vu, au théâtre surtout mais aussi dans les films et dans la littérature, surgir la bien-pensance du politiquement correct. On a vu Théophile de Viau mis plus bas que terre par des « critiques » qui ne voulaient entendre parler que du Vietnam, partout et à toutes les sauces. Le propre des malfaisants est de savoir se servir des sentiments les plus sincères de leurs proies contre elles-mêmes. Se branler sur les souffrances des autres est alors devenu, et pour longtemps, le sport européen n°1. Même à l’Opéra ! Ça tombe bien. C’est là que je voulais en venir.

Sans autre raison qu’une Xième crise d’urticaire à la vue d’une vidéo de 2012 – ben, oui – celle de Jules César en Égypte, version Festival de Salzbourg, qui m’a rappelé une crise de foie de 2005 causée par David McVicar à Glyndebourne. Minces prétextes que des états d’âme personnels, mais c’est comme ça. L’actualité nous sortant par les trous de nez et par les oreilles, pourquoi pas ?

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* Les autres étant selon moi celle du polonais Mieczyslaw Voit et de Richard Burton dans ses bons jours.

 

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Haendel chez les freaks

ou

qui nous délivrera des metteurs en scène à ch… qui se prennent pour des innovateurs audacieux ?

Théroigne

 

Giulio Cesare in Egitto

Version Antonini – Festival de Salzbourg  2012

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On entend une symphonie. Le Parnasse s’ouvre et l’on voit la Vertu, sur son trône, entourée des neuf muses. – César : « Que vois-je ? Quand donc les dieux, dans un torrent de lumière, sont-ils descendus sur terre ? »

 

 

Tu l’as vu, mon gros symbole phallique ? Mieux vaut écouter sans regarder, mais si vous voulez regarder, c’est là :

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https://www.youtube.com/watch?v=Nu9i5ExXazE

 

Quelques réactions d’internautes :

~ « Los regisseurs están arruinando lo más sagrado del drama musical ! »

~ « Registi imbelli e narcisi ....studiatevi il Torelli i Galli Bibbiena e lo Juvarra .... avete rotto con queste egocentriche regie del CAZZO !!!! » 

~ « La musique est superbe et les chanteurs si talentueux malgré une mise en scène à la con. Ecouter sans regarder est l'idéal. »

~ « Absolutely awful sets, an insult to Handel's music. Singing and orchestra good. »

~ « Beautiful music,beautiful singing, ugly dreadful production. I don't like to see opera taken out of context. »

~ « Jaroussky is dreadful in this. »

[Il n’est pas dreadful, il est victime de ses metteurs en scène. Imaginez un beau grand jeune homme, plutôt baraqué, d’une tête plus grand que sa mère (qui n’est pas petite) déguisé en écolier des années 20 : culottes courtes, chaussettes aux genoux et sandales à pattes. Histoire de l’achever, on lui fait jouer son Sesto craintif et velléitaire…]

 

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Sesto-Jaroussky jouant à se faire peur avec un serpent

 

C’est cette version qui m’a fait piquer une crise d’urticaire et de ras-le-bol à la fois. Celle où on voit Cécilia Bartoli s’élever dans les airs à cheval sur une fusée à la Tintin, pendant que le maître du monde lui tourne le dos mais la voit quand même grâce à des lunettes en 3 D.

Imaginez-vous Scholl, un peu ridicule mais touchant en soldat d’opérette chez les Danois ci-dessous, ici en costume trois-pièces bleu Union Européenne, avec, dans le fond, promis au dépeçage, un mannequin le représentant plus grand que nature, vêtu pareil, avec une chaîne d’huissier à étoiles autour du cou.

Mme Bartoli est petite et fut peut-être mince un jour. On l’a donc sanglée dans du cuir, assez pour la faire précéder d’un demi mètre par une poitrine en obusiers et suivre d’un autre demi-mètre par une croupe à l’avenant, qui s’agite beaucoup car on la fait se tortiller au petit bonheur la chance sur des cuissardes à talons aiguilles. Mais, dans sa première scène de séduction (où elle est censée s’être déguisée en Vertu entourée des Neuf Muses), elle est en balayeuse de rues du Caire, enfin, d’Alexandrie, voilée cela va sans dire et flanquée d’une vieille romanichelle plus mère maquerelle que nature : Nireno, joué par un homme bien sûr (Jochen Kowalski), qui s‘amuse comme un petit fou. Au moins lui, si pas nous. On dirait Michou à la fin de sa carrière.

Christophe Dumaux – en dreadlocks et tatoué des pieds à la tête – quoique bien mal dirigé se révèle acteur doué. Son Tolomeo existe. C’est le vrai sale gamin caractériel et immature, sexuellement indécis, mal dans sa peau, qui veut pour lui seul les joujoux de sa sœur-épouse. Quand il se déculotte pour la première fois, on n’est pas surpris par l’audace – on les a toutes vues - et c’est même en situation. Mais quand il le fait pour la quatrième fois et se masturbe avec un coussin, on finit par se lasser. Dommage qu’il n’ait pas eu le von Stroheim de La veuve joyeuse pour lui donner quelques indications…]

 

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Tolomeo s’efforçant de provoquer sexuellement Cornélia

 

C’est dans ce lit où tout le monde passe que s’introduit, en liquette, au bout d’un strip-tease plus Feydau que nature, Scholl-César, pour y rejoindre sa technicienne de surface, laquelle s’est voilée d’un torchon pour l’occasion. Voir l’époux si discret de Tamara Halperin, en slip, tirer nerveusement sur son marcel – orné d’une couronne de lauriers il est vrai – est un spectacle trop triste pour qu’on ait le coeur d'en rire.

C’est de sous le matelas de ce même lit que Ruben Drole-Achilla, sort ensuite un fusil d’époque, baïonnette au canon, pour s’y coucher botté en le serrant dans ses bras, avant d’aller trahir le tyran qui l’a vexé.

Cornelia, ajoutée à son harem par Tolomeo, vient faire du ménage elle aussi, en tablier vert et gants de caoutchouc, également poursuivie comme on sait par les assiduités d’Achilla qui, ô surprise, a plus ou moins l’air d’un Égyptien, quoique suisse, et se révèle grand acteur dans le trio Cornelia-Achilla-Sesto du IIe acte (moment sublime au milieu d’une mer d’immondices).

Un des sommets de cette représentation si délicate est atteint lorsque Tolomeo, en pleine crise d’infantilisme pervers, finit par étriper le mannequin de son ennemi, en sort les tripes en guirlande, se les passe autour du cou et finit par en manger le cœur à belles dents. Cru of course. En se mettant de l'hémoglobine partout.

Pourtant, le meilleur est pour la fin, je veux dire pour la presqu'indécente caresse sonore du fameux duo « Caro » - « Bella ». Imaginez un piano demi-queue plus ou moins couleur bois de rose, autour duquel viennent s’agglutiner les personnages survivants (César et Curio en frac et nœud pap, Cleopâtre en combinaison courte noire, Louboutins et manteau doré à traîne, etc, etc., tous cotillons en tête, se repassant un joint et tirant sur des langues de belle-mère, la reine d’Égypte et la veuve éplorée du décapité se déhanchant sur des rythmes intérieurs (bamba ?) dont Haendel n’a jamais rien su. Bientôt rejoints par les morts relevés. Extase !

Tout le monde n’est pas Jérome Bosch, hélas.

Bref, MM. Patrice Caurier et Moshe Leiser sont des malfaiteurs de l’humanité, non moins que M. David McVicar avant eux. Et l’ovation que le public leur réserve à la fin ne fait qu’accroître leur culpabilité : faire applaudir la laideur et la vulgarité par un public sans méfiance est même le premier et le plus grand de leurs méfaits.

Pour la symbolique Occident-Moyen Orient-Pétrole, je passe la main.

 

Si vous voulez voir la version McVicar de Glyndebourne dont celle-ci n’est que le pâle remake (définition Brighelli), c’est là :

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https://www.digitaltheatreplus.com/education/collections/...=

 

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« À regarder », je vous en ai quand même trouvé une (les actes 2 et 3) qui n’est pas exempte de l’insupportable militarisation à la mode depuis plus de soixante ans, mais croyez-le ou pas, c’est la moins pire de toutes.

 

On passera sur le premier acte, où Livia-Cléopâtre navigue entre Carmen et Bardot de La vérité. On a droit aussi, bien sûr, aux rangers et aux battle-dress, le contraire eût été trop beau.

Il faut voir l’immense Andreas Scholl en trouffion pataud, avec des épaulettes que même la grande–duchesse de Gérolstein n’en aurait pas voulu pour ses gardes ! Al Sissi avec une voix d’ange !… Cléopâtre, pour sa part, quoique nordique (Inger Dam Jensen), est une des meilleures qui se puissent concevoir : non seulement jolie, dotée d’un irrésistible sourire à fossettes, elle passe sans broncher d’une perruque à l’autre et finit par chanter chauve. À ravir. C’est aussi une comédienne accomplie, à l’aise dans tous les registres, de la commedia dell’arte à la tragédie en passant par Marivaux. Que demande le peuple ?

Bon. Certains aficionados n’ont pas apprécié que le metteur en scène (Francisco Negrin) fasse du jeune frère de Cléopâtre un Levantin libidineux en âge d’être son père, voire son grand-père. Cela donne certes à l’inceste ptolémaïque une saveur inattendue, mais une fois le parti pris avalé, il faut reconnaître que Christofer Robson s’amuse beaucoup et fignole son avatar aux petits oignons. Randi Stene est une Cornelia belle et racée. On ne comprend pas trop que Palle Knudsen-Achilla avec son physique impressionnant de héros wagnérien, ne réussisse pas à lui faire oublier son Pompée qui, si mes souvenirs sont exacts, n’était pas aussi sexy qu’elle le chante. Michael Maniaci est, comme le dit son admirateur ci-dessous, vocalement époustouflant et très crédible en Nireno, même chauve. La jeune Tuva Semmingen est d’une grande fraîcheur en Sesto, ce qui par les temps qui courent n’est vraiment pas à dédaigner. Et John Lundgren arrive à se faire remarquer en Curio, chose rare, surtout dans la scène très réussie du basculement d’Achilla.

Ce qui caractérise avant tout cette production, c’est son admirable direction d’acteurs. L’inverse absolu de Salzbourg. Et quelques heureuses trouvailles de mise en scène : ainsi, quand César, ivre d’admiration, titube devant le Parnasse qui se referme, c’est en compagnie d’un premier violon monté de la fosse (une dame à la chevelure pré-raphaélite en plus)  qu’il chante son fameux aria « Se in fiorito ameno prato ». Match au finish, pour violon et rossignol.

Enfin, il n’y a pas dans tout cela une once de vulgarité. Si je vous dis que c’est le moins pire.

 

Giulio Cesare in Egitto

Version danoise de Lars Ulrik Mortensen

Actes II & III


 

Les internautes :

~ « Excellent, great singing sets better in this part except the naff modern military outfits. »

~ « Of course Andras Scholl is amazing as Gulio Cesare...but what about Michael Maniaci with his incredible voice (Nireno) ? He isn't countertenor but natural castrato voice, perfect for this role. »

~ « Espléndido A. Schol en el rol de G. Cesare e igualando su nivel, el resto del elenco. Gran duelo entre el violin y la voz, de A. Schol. »

 

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Au diable l’avarice ! Sans raison particulière.

Pour le plaisir de partager avec ceux qui voudront : ma version préférée entre toutes.

 

César est ici la grande contralto serbe Marijana Mijanović, accessoirement un des plus beaux visages qui existent, mais vous ne le verrez pas car c’est une version audio, enregistrée en concert. Dans le rôle de Cléopâtre, lady Rattle soi-même, la mezzo-soprano tchèque Magdalena Kožená. Dans celui de Tolomeo, le contre-ténor US d’origine indienne Bejun Mehta, plus ou moins élève de papa pianiste, de maman violoniste et de tonton Zubin, chef. Tranquillement devenu, depuis, le meilleur contre-ténor du monde. Anne Sofie von Otter, ici bien plus convaincante en Sesto qu’en Cornélie à ramassette dans l’horreur de Salzbourg. C’est Charlotte Hellekant qui rend justice – et quelle ! - à la veuve de Pompée. Dans les quatre autres rôles, Alan Ewing, Pascal Bertin et Jean-Michel Ankaoua ne pourraient pas être meilleurs.

Quinze ans et pas une ride.

 

Giulio Cesare in Egitto

Version Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre

Enregistrée au Wiener Konzerthaus, Grosser Saal

Novembre 2002


 

Les internautes :

~ « Amazing »! »

~ « In my opinion, some of the most beautiful music on God's green earth... thank you maestro Handel... »

~ « Handel y unas buenas voces, la compañía ideal. GRACIAS. »

  

 

Parenthèse

Dans un roman de 1966 [Le masque d’Apollon], l’auteur anglais Mme Mary Renault raconte l’histoire d’un acteur tragique athénien du IVe siècle avant notre ère appelé Nikostratès.

Comme on le sait, les tragédiens jouaient masqués : montrer leur vrai visage en scène eût été pour eux comme se prostituer dans la rue. Ils étaient toujours trois ou quatre à se partager tous les rôles, changeant à chaque fois de masque, de voix et de costume, soutenus par un chœur et des figurants.

Au cours d’une tournée pas très fortunée, un vieux masque d’Apollon échoit à Nikostratès, merveilleusement sculpté dans du bois d’olivier, mais de facture archaïque : sévère, démodé, sa peinture écaillée. L’acteur s’y attache. Il sent dans les yeux vides une présence, quelque chose qui le pousse à révérer, à dresser à l’objet un autel sur sa table de chevet, entre une branche de laurier frais et une petite lampe.

 

17. Apollon grand.JPG

 

Un jour, sa troupe est invitée à jouer pour une conférence de paix qui se tient à Delphes. Les envoyés perses qui la financent optent pour Les Myrmidons, d’Eschyle. Nikostratès, « protagoniste », jouera donc Achille, mais il s’adjuge aussi le rôle d’Apollon qui, dans le prologue, apparaît dans les airs et prophétise. « On n’est pas à Delphes tous les jours », dit-il à son associé qui s’étonne. « Appelle ça mon service au dieu. » Et il fait venir un peintre pour lui demander de raviver son masque. L’autre, qui est un artiste aussi, tombe en arrêt devant ce qu’on lui présente et murmure, après un long silence : « À quoi devait ressembler le monde, quand les hommes avaient de pareilles certitudes ? ». Bon, d’accord, il le repeindra.

L’anecdote est celle-ci :

Nikostratès, sanglé d’un harnais, est hissé dans les airs au bout d’un filin. Un acteur déchu qui lui en veut et qu’il n’a pas vu depuis des lunes a trafiqué le filin pour « se venger » peu importe de quoi. Comme il commence à parler, sa cithare à la main gauche, pour mille huit cents personnes qui ne peuvent perdre un seul de ses soupirs, il sent que quelque chose d’anormal se passe. Une secousse. C’est l’un des quatre brins du filin qui vient de lâcher. Il comprend que, s’il ne fait rien, dans un instant il s’écrasera sur les dalles, trente pieds en contrebas. Mais, incapable de ridiculiser le dieu qu’il incarne en appelant à l’aide, il s’abandonne à sa volonté et continue. Un spectateur qui a vu s’écrie. Il lève la main droite pour le faire taire et dit « Nous sommes tous dans les mains des dieux ». L‘assistance retient son souffle, des petits chevriers du tout dernier rang à Dion de Syracuse et Platon assis au premier. Le silence est si énorme qu’on entend le vent agiter les oliviers en contrebas. Et quand, au bout d’une éternité d’angoisse, il achève son monologue, il sent le sol sous son pied : le machiniste, ruisselant de sueur, l’a fait descendre aussi doucement qu’il pouvait sans casser le dernier brin. Nikostratès a juste la présence d’esprit de couper son dernier vers « Et maintenant je m’envole vers l’Olympe » et tout est fini. On s’empare de lui. Il endosse le costume d’Achille et – heureusement qu’Achille boude ostensiblement pendant une bonne partie de l’acte – sort peu à peu de sa transe.

Quand le visiteur sicilien le félicite pour son courage et lui dit qu’il ne jouera plus jamais aussi bien, il répond, hébété : « C’est le dieu, pas moi. » Et est frappé par la foudre. Parce que c’est aussi un roman d’amour. Grec. Mais ceci est une autre histoire.

 

C’est comme ça que chante Marijana Mijanović : en danger de mort. À chaque fois. Que ce soit en représentation ou en concert, voire même en séance de travail, sans rien voir, ni personne, ni les instruments ni les murs. Seule avec son dieu. Comme le jaune et le blanc dans un œuf.

 

 

« Svena, uccidi, abbatti, atterra piaghe, morte, strage, guerra sempre in vita incontrerò. e tu padre, in me riposa, dietro, all'ombra generosa a momenti volerò »

Bajazet, Vivaldi


 

La voici, pour finir, dans la scène de la folie du Roland furieux, se ruant sur les notes assassines sans en esquiver une seule si meurtrières soient-elles, quand d’autres s’accorderaient le répit d’un parlando.

La mise en scène est nulle et la prise de son pas terrible, mais l’artiste est unique, incomparable.

 

« Ah, Medoro, Medoro… Ah ! Stigie larve »

Orlando, Haendel, Opera de Zurich, 2007

Martina Jankova (Angelica), Marijana Mijanović (Orlando)


 

Pour cette hébétude, je donnerais toutes les Bartoli du monde, en dépit de leur beau nez, de leur art du chant et de leurs performances d’athlète.

 

 

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L’Apollon de Gaza [Statue en bronze d’1,70 m découverte par un pêcheur en 2014.]

Ce sosie de Mme Mijanović a 2500 ans.

 

 

 

Mis en ligne le 25 septembre 2017

 

18. freccia nera grande x.GIF

22:12 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2017

CONTINENT CENTRIFUGE

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Continent centrifuge

 

USA : la dévolution à marche forcée

Wayne Madsen – Strategic Culture10 juillet 2017

 

2. Devolution US Transp. GD.gif

 

Demandez à la plupart des spécialistes de la Constitution des États-Unis et ils vous diront que la Constitution interdit aux États américains de se séparer. Ils souligneront que la Guerre civile américaine a réglé la question de la sécession, en fait aussi bien qu’en théorie. Mais tous les principes constitutionnels considérés n’empêchent pas les États-Unis de déléguer l’autorité du centre politique de Washington DC aux États et même au niveau des grandes métropoles.

Sous l’effet des politiques musclées de Donald Trump, les États-Unis expérimentent la même décentralisation que l’on a pu voir se produire dans d’autres fédérations qui se sont séparées rapidement. Certes, les États-Unis n’ont pas les mêmes causes sous-jacentes comme l’origine ethnique, la langue ou la religion qui ont contribué à la dissolution de l’Union soviétique, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie, mais les actions unilatérales du gouvernement fédéral éloignent régulièrement des États américains du centre de Washington DC.

Trump et ses conseillers, qui ont enfourché le slogan des « droits des États » à la Maison Blanche, ont tendance à ne pas tenir compte de l’autorité de ceux-ci et de leur représentation à Washington, incarnées par le Congrès, au bénéfice d’un exécutif unitaire fort. Le mouvement des États vers une plus grande indépendance vis-à-vis des souhaits du centre, ainsi que la tentative parallèle de l’administration Trump de se substituer aux intérêts des États est pleine de potentialités dangereuses.

Lire la suite…

Source : http://lesakerfrancophone.fr/usa-la-devolution-a-marche-f...

 

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Climat

 

Puisqu’ils en parlent tant…

 

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Il semble, à lire Wayne Madsen, que la fronde des États-dés-Unis contre leur président prenne de plus en plus pour prétexte sa prise de position sur le réchauffement climatique. Sont-ils sincères ? Et lui ? Ce qui est sûr, c’est qu’Aline de Diéguez n’y croit pas plus que Donald Trump, et elle dit pourquoi.

 

S.O.S. Nounours sur un glaçon

Aline de Diéguez – Interludes 31 juillet 2017

 

Alors que je contemplais distraitement mes branchouilles de coupes de rosiers en train de se consumer gentiment, la cloche du portail agitée avec vigueur me fit sursauter. La seule personne qui respire dans un voisinage de quelques centaines de mètres à la ronde était là, l'air plutôt revêche. Elle avait humé une fumée suspecte. Horreur ! Du CO2 se répandait dans l'atmosphère. Elle tendit un index accusateur en direction du petit tas de braises. Assurément, j'empoisonnais l'air qu'elle respirait. Est-ce que je n'avais pas entendu parler du réchauffement de la planète ? J'étais en train d'augmenter la pollution avec mon feu criminel. Savez-vous que c'est interdit ?

 

5. Chasse au criminel.gif

 

Son caractère querelleur est connu. Je lui tournai donc le dos, fuyant la discussion. Elle fit semblant de ne pas comprendre que c'était ma manière de lui montrer la porte. Elle continua son sermon et son indignation montait crescendo. Et la montée des eaux dans le Pacifique qui commence déjà à submerger certaines îles et les malheureux réfugiés climatiques, cela vous laisse indifférente ? Je n'avais donc pas pitié des pauvres ours polaires voguant sur des morceaux d'iceberg ?

Et puis, et puis... Agacée, je lui ris au nez, ce qui lui cloua le bec et la fit déguerpir.

Nous voilà brouillées à mort. Tant mieux.

Je regroupai tranquillement les cendres et les restes du petit tas de braises qui viendraient nourrir de potasse mes futures courgettes. L'écologie est sauve. Ouf.

*

Ce petit incident m'a permis de comprendre à quel point une croyance aussi puissante qu'une religion est en marche. Tout y est, manque de discernement et d'esprit critique, psittacisme, certitude en béton armé. Les fidèles de la nouvelle religion sont farouchement persuadés que les discours des politiciens et de leurs relais médiatiques sont porteurs de LA vérité. Du coup, des armées de Torquemada fanatiques sont prêts à condamner tout hérétique au bûcher à la moindre déviation par rapport à la doxa officielle. L'inquisition est en marche.

L'instillation de la peur dans l'esprit des masses est un moteur capital de la politique. C'est l'arme préférée des gouvernants. Comme l'écrivait le journaliste américain Henry-Louis Mencken (1880-1956) : « Tout l'objectif de la pratique politique est de faire en sorte que la populace ait, en permanence, quelque chose à redouter et donc qu'elle réclame bruyamment qu'on assure sa sécurité. On lui fait croire à toutes sortes de menaces et de maléfices, la plupart imaginaires ».

Comme il est facile de faire avaler aux masses n'importe quelle baliverne. Un zeste d'émotion, une bonne dose de terreur sous la forme de prévisions apocalyptiques, une campagne médiatique efficace et répétitive et l'affaire est dans le sac.

C'est ainsi que la revue américaine Nation a publié le 18 avril 2017, un article de Juan Cole intitulé: « Cet autre gaz toxique qui tue des Syriens : les émissions de dioxyde de carbone », où il disait notamment : «Si Trump et ses sbires s'intéressaient vraiment aux enfants tués par des gaz toxiques, ils n'essaieraient pas de rejeter plus encore de CO2 dans l'atmosphère ».

Ciel ! On reste sans voix face une telle dose de stupidité. Tant que les petits Syriens n'auraient à se protéger que du CO2 et pas des gaz méphitiques que le pays de M. Cole livre aux coupeurs de têtes anthropophages, nous serions pleinement rassurés pour eux. Mais, hélas, c'est bien la politique imposée à la Syrie par les Juan Cole américains qui nous fait trembler pour les enfants syriens.

Le lavage de cerveau de certains éditorialistes américains fonctionne donc à merveille et cela d'autant mieux qu'ils semblent ignorer que le CO2 n'est nullement un gaz toxique (à ne pas confondre avec CO). Bien au contraire, il est absolument essentiel à la vie sur terre. Sans CO2, pas d'arbres, pas de végétation, pas de micro-organismes… donc pas d'humains. D'ailleurs les scientifiques révèlent que durant certaines périodes glaciales, le taux de CO2 était trois à quatre fois supérieur à celui mesuré aujourd'hui, ce qui disculpe irréfutablement ce gaz des méfaits qui lui sont imputés.

Le CO2 est une molécule indispensable à la vie sur terre et elle existait dans la nature avant l'apparition de l'homme. Or, il est dorénavant si bien considéré comme un poison par les « réchauffistes » qu'ils oublient d'expliquer que tous les gaz composés de plus de trois atomes - ou de deux atomes s'ils sont différents - participent peu ou prou à un effet de serre, à commencer par la vapeur d'eau, dans la mesure où ils absorbent le rayonnement infra rouge.

Mais la nature, dont nous ignorons 90% de son mécanisme, semble absorber parfaitement les petites différences induites par l'activité humaine. Dans l'analyse des prétendus changements climatiques anthropiques des alarmistes professionnels, rien sur les cheminements des courants marins, rien sur le mystère de l'apparition d’El Niño ou de La Niña, rien sur le mystère de leur circuit et sur celui de leur disparition, rien sur le mystère des différences de salinité entre des couches de l'eau de mer, rien sur le mystère des déplacements des zones de haute et de basse pression et sur le régime des vents qui en est la conséquence, et surtout rien sur le fonctionnement du soleil, sur son activité, sur les causes de la présence des taches, sur l'influence que peuvent avoir sur notre astre les orages magnétiques et les violentes explosions observées sur sa couronne, rien sur l'influence du cycle de onze ans de cet astre sur les températures, sur la couverture nuageuse et sur les vents de la stratosphère, ainsi que sur leur impact sur la troposphère.

Or, on sait que les périodes d'activité solaire « minimale » ont correspondu à la période appelée « petit âge glaciaire » des XVIe-XVIIe siècles. Mais, nos réchauffistes anthropiques, le nez collé sur le guidon au lieu de regarder le ciel, ne jurent que par les gaz à effet de serre d'origine carbonée et ils clament sans complexe que le réchauffement - si réchauffement il y aura, ce qui est loin d'être assuré - que le réchauffement donc sera bloqué si la concentration de gaz à effet de serre, et principalement de CO2, aura « diminué de 40 à 70% entre 2010 et 2050, et devra disparaitre d'ici 2100 », afin d'ajouter une louche de terreur à leur potage.

Je reviendrai à la fin du texte sur les causes véritables de leur acharnement sur le malheureux CO2.

Et d'ici là tous les moyens de basse démagogie sont utilisés. Ah, le poncif des ours polaires ! Le malin Al Gore est le génial initiateur de la campagne ciblant le danger que courraient les si mignons ours polaires à cause d'un réchauffement climatique dont nous serions coupables. L'image d'un ours blanc jugé sur un morceau de banquise à la dérive, c'est lui, c'est une idée lumineuse du staff d'Al Gore.

 

6. Ours polaire.jpg

 

Ce pauvre nounours cramponné à son glaçon en a fait pleurer plus d'un dans les chaumières. Mais pourtant rien de plus simple que de réaliser une image parfaite avec Photoshop ! D'ailleurs, personne ne s'est demandé où se trouvait le photographe de la jolie image si bien cadrée, toujours la même, abondamment reprise par tous les médias. Elle est censée illustrer l'horrible catastrophe d'une pauvre bête qui allait mourir de faim sur son glaçon.

Or, tout éthologiste connaisseur de ce mammifère parfaitement adapté à son environnement sait que les ours polaires peuvent nager sans difficulté deux cents kilomètres et qu'ils ne sont nullement gênés par une diminution, d'ailleurs saisonnière, de la glace polaire. S'il arrivait, dans la vraie vie, qu'un ours facétieux, un ours en chair, en os et en poils, réussisse à grimper sur un morceau de banquise à la dérive, ce ne pourrait être que par plaisir ou parce que son instinct lui aurait fait juger ce promontoire particulièrement propice à la chasse.

La population d'ours blancs avait diminué c'est vrai, mais pas du tout à cause de la fonte saisonnière de la banquise : en raison d'une chasse intensive. Elle a, depuis, si bien ré-augmenté que la traque est de nouveau ouverte à l'encontre de cette pauvre bête, et aucun écolo-verdâtre ne réagit à ce massacre.

Al Gore, ex-vice-président des États-Unis, initiateur et gourou du réchauffement climatique - mais derrière lequel s’avance Goldman-Sachs - est bien à l'origine de l'hystérie qui a envahi la planète avec son documentaire Une vérité qui dérange (2006).

L'apocalypse était censée pour demain : la fonte d'un gigantesque glacier du Groenland, la banquise tant en arctique qu'en antarctique allait fondre comme un esquimau chocolaté sous l'Équateur et augmenter le niveau global de la mer de... six mètres, pas moins : la hauteur d'un immeuble de deux étages ! Les côtes de l'Europe et de l'Amérique sous les eaux, des millions de « réfugiés climatiques » en Europe même, le Gulf Stream refroidi par l'apport de toute cette eau glaciale. Tous ces malheurs en chaîne créeraient une situation dramatique dans les États côtiers du Vieux Monde .

Bref, le scénario du film Le jour d'après, qui décrit la catastrophe de New-York submergée par la glace. Ainsi, à en croire le pape de la religion du réchauffisme, le réchauffement du climat… produirait un froid glaciaire !

Et la faute à qui et à quoi ? À l'homme et à son usage des énergies fossiles qui produisent du CO2. Diminuons donc les rejets de ce pelé, de ce galeux. Il ne reste que « très peu de temps » pour agir pour la planète, reprennent en écho les aficionados du GIEC. Mais « nous avons les moyens de limiter le changement climatique », estime aujourd'hui encore Rajendra Kumar Pachauri, l'actuel président de ce Groupement Intergouvernemental de Recherche sur le Climat, le complice et la caution « scientifique » d'Al Gore, avec lequel il a partagé le prix Nobel de la paix en 2007.

Tout cet échafaudage repose sur des « modèles » climatiques, des courbes et des graphiques d'apparence irréfutable. Mais, en douce, les réchauffistes prennent soin d'écarter les données qui ne confirment pas la doxa officielle. Ils se livrent même à des « ajustements » subreptices afin de maintenir le principe que nous vivons un réchauffement « sans précédent », afin de maintenir la pression sur les gouvernants et le bon peuple qui n'imaginent pas qu'il pourrait y avoir une intention malfaisante dans un organisme officiel parrainé par l'ONU.

Et pourtant...

Comme l'a révélé le Climategate bienvenu, la tricherie est partout. Un grand nombre de courriers électroniques envoyés par divers scientifiques « climato-alarmistes » ont été révélés. Mais la presse officielle est d'une timidité remarquable dans la couverture des révélations.

Et pourtant...

On voit alors tous ces gourous réchauffistes discuter entre eux sur la meilleure façon de supprimer les opinions différentes des leurs. Ils demandent comment faire disparaître les observations qui les gênent. Ils complotent sur les procédés les plus efficaces destinés à intimider les éditeurs de revues scientifiques. Ils se demandent même comment manipuler les données d'observation.

L'objectif est d'être le plus terrifiant possible et de supprimer tout ce qui ne confirme pas leur pseudo théorie.

Contrairement aux prévisions des « modèles » du GIEC, les variations constatées du niveau de la mer sont infimes et peuvent être causées par des modifications normales du niveau du sol, par une activité volcanique ou par un tremblement de terre. La preuve qu'il n'y a aucun danger à ce sujet, c'est qu'Al Gore a lourdement investi dans des propriétés en bord de mer et qu'il fait donc fi de sa propre propagande alarmiste de montée des eaux !

Toujours dans le même objectif de terroriser les populations, il s'agit pour le synode des réchauffistes d'attribuer au « réchauffement climatique anthropique » la responsabilité des tornades, des ouragans, des sécheresses, des inondations (Katrina, snif !), un printemps trop chaud, un été trop froid, alors que les scientifiques honnêtes relèvent que ces événements ont toujours existé et n'ont rien à voir avec le CO2 rejeté par l'activité humaine. À les entendre, le réchauffement climatique serait la cause de tout et de n'importe quoi.

Comme le disait avec humour Vladimir Poutine, un peu de réchauffement ne nous déplairait pas. Il disait aussi que le climat obéit à des variations cycliques et que les hommes n'y peuvent rien.

Et pourtant, contrairement à Donald Trump, il ne s'est pas opposé aux conclusions de la grand-messe de la COP21 présidée par un Laurent Fabius plus bouffi de prétention que jamais et n'ayant, évidemment, aucune compétence scientifique en la matière, puisque n'ayant jamais cherché à en acquérir.

La Russie comprend qu'il est impossible d'arrêter un torrent furieux et qu'il arrivera un moment où le principe de réalité prévaudra. « Il faut savoir hurler avec les loups », écrivait Plaute. Sagesse reprise par notre Corneille:

 

Une vertu parfaite a besoin de prudence
Et doit considérer, pour son propre intérêt
Et les temps où l'on vit et les lieux où l'on est.

 

Contrairement aux prévisions alarmistes du GIEC, la température moyenne annuelle globale est stable depuis 1997, pas la moindre trace de réchauffement. Les niveaux océaniques n'ont monté que d'un millimètre et demi, ce qui est insignifiant et ne peut être attribué à aucune cause réellement isolable. Quant à la banquise australe, elle atteint des records de superficie. La somme des surfaces des deux banquises est à peu de chose près constante, même si la banquise boréale a légèrement et momentanément diminué.

Nous voilà pleinement rassurés pour les ours blancs... si les chasseurs de fourrure leur prêtent vie.

*

J'en viens à la géniale invention des financiers : la taxe carbone.

 

6 bis. Taxe carbone.jpg

 

On entre cette fois dans le dur de l'opération.

En effet, l'escroquerie ne serait pas complète si elle n'avait pas débouché sur des manipulations financières. Je passe sur les magouilles de quelques fricoteurs, notamment du « milieu affairiste franco-israélien », qui, en 2009, ont exploité « trois failles originelles », par eux immédiatement reniflées, du système d'échange européen de droits à polluer sous la forme de bricolage sur la rétention de la TVA.

Un cerveau de l'une de ces escroqueries s’en est d’ailleurs candidement étonné : « La faille du système était énorme. Je me demande toujours comment des États ont pu mettre en place un machin pareil ». Les États devraient toujours prendre les filous pour conseillers...

Mais il est un escroc qui est loin d'être un pied nickelé, je parle toujours d'Al Gore. Car, non content d'être à l'origine d'une hystérie climatique, habilement créée, alimentée, gonflée, entretenue avec une efficacité diabolique, ce pape du réchauffisme a réussi l'exploit de s'enrichir d'une manière phénoménale via des placements judicieux dans des entreprises qui bénéficient de la législation mise en place par la bourse américaine du carbone.

A partir du moment où les cours de la tonne de carbone ont été cotés en bourse, l'enfance de l'art a été de séduire suffisamment de complices bien placés, afin de se constituer en une sorte de maffia parfaitement honorable en apparence. Ils ont alors pu utiliser leurs nombreux et bienveillants contacts dans les médias, afin de diffuser des informations tantôt optimistes et tantôt pessimistes sur l'évolution des données climatiques grossièrement falsifiées. Une machination de haut niveau des cours de la tonne de carbone échangée sur le marché du Chicago Climate eXchange a permis à Al Gore, détenteur d'une part importante des fonds spéculatifs de ce marché, de réaliser de juteuses transactions à terme. (v. Paul Joseph Watsen sur www.prisonplanet.com).

Dans cette escroquerie à plusieurs millions de dollars, on trouve les habituels spécialistes de Goldman Sachs qui sont à l'origine de la grande crise des subprimes de 2008 : David Bloom son ex-directeur et surtout Henry Paulson, qui sera nommé Secrétaire au Trésor des États-Unis et qui, en récompense des malversations des banquiers et sous le prétexte d'assurer le « sauvetage » de l'économie américaine (le plan Paulson), avait offert aux banques un bonus de sept cents milliards (je dis bien 700 milliards) de dollars dont elles refuseront de justifier l'utilisation.

Voir L'agonie du dieu dollar.

Dans l'affaire de la cotation boursière de la taxe carbone, la même fine équipe était à l'œuvre.

C'est ainsi que, grâce à une efficace propagande sur une panique artificielle astucieusement gérée provoquée par un réchauffement climatique anthropique imaginaire, beaucoup d'astuce, de persévérance et de complicités diverses, on devient milliardaire.

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/interludes/climat/nounours.htm  

 

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3.  Devolution US small.gif

 

« When in doubt, nuke China »

En cas de doute, atomisez la Chine

Pepe EscobarAsia Times 29 juillet 2017

Via Information Clearing House

 

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D’un cas de figure où l’armée US ne se sent « pas entravée », il existe un précédent et, comme les efforts du général MacArthur en Corée le prouvent, c’est quelque chose dont il faut avoir peur.

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Le 29 juillet 2017 – Information Clearing House – L’effondrement en cours du monde unipolaire et l’inexorable émergence d’une structure multipolaire sont en train de permettre à une intrigue secondaire de prendre des proportions qui pourraient devenir incontrôlables – la normalisation de l’idée de guerre nucléaire.

Sa dernière manifestation en date n’est autre qu’un amiral US nous assurant tous qu’il est prêt à suivre l’ordre du président Trump de lancer un missile nucléaire contre la Chine.

 

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L’Amiral Scott Swift

 

Oubliez le fait qu’une guerre nucléaire impliquant des grandes puissances au XXIe siècle sera La Dernière Guerre. Notre amiral – admirablement nommé Swift – est simplement préoccupé par quelques menus détails démocratiques, du genre « tout membre de l’armée US a prêté serment de défendre la constitution des États-Unis contre tous les ennemis du dehors et du dedans, et d’obéir aux officiers et au président des États-Unis, qui est notre commandant en chef ».

Il n’est donc question que de loyauté envers le Président et du contrôle civil de l’armée – indépendamment du risque d’incinération d’innombrables masses des civils en question, Américains inclus (puisqu’il y aurait une inévitable réplique chinoise).

Swift encore, à la rescousse : « Ceci est le cœur même de la démocratie américaine et, chaque fois que vous avez un militaire qui s’éloigne de l’objectif et d’une allégeance au contrôle civil, alors, nous avons un réel problème. »

Il importe peu que le porte-parole de la flotte US du Pacifique – dans ce cas, Charlie Brown (le bien nommé ?) – se soit empressé avec une louable célérité [swiftly] de contrôler les dégâts en qualifiant la question (nucléaire) de « ridicule ». La réponse et la question sont en fait très révélatrices.

MacArthur Park se fond dans le noir*

Pour ajouter quelques nuances au « contrôle civil de l’armée », un petit retour en arrière jusqu’à septembre 1950 et la guerre de Corée, avec l’aide de Korea : The Unknown War [inédit en français, cf. article], de Bruce Cummings et  Jon Halliday, sera loin d’être ridicule. Surtout à présent que les factions du Parti de la Guerre à Washington plaident pour une atomisation non de la Chine mais de la Corée elle-même.

Il est essentiel de se rappeler qu’avant 1950, le président Truman avait déjà donné l’ordre – « contrôle civil de l’armée » – de larguer deux bombes atomiques sur la Japon. C'était en 1945 – une grande première historique.

Truman était devenu Vice-Président en janvier 1945.  F.D. Roosevelt l’avait traité avec le plus grand dédain, et il ne savait rien du Projet Manhattan. Quand FDR est mort, Truman n’avait été Vice-Président que 82 jours et il devint Président des États-Unis en ne sachant absolument rien de la politique étrangère ni de la nouvelle équation militaro-nucléaire.

Truman eut cinq ans après avoir bombardé le Japon au nucléaire pour tout en apprendre sur le tas. L’action se déroulait à ce moment-là sur le front coréen. Avant même un débarquement amphibie à Inchon sous le commandement du général MacArthur – le plus important depuis celui du V-Day de Normandie en 1944 – Truman avait donné la permission à MacArthur d'avancer au-delà du 38e parallèle. Il y a un débat historique sérieux sur le fait qu’on n’avait probablement pas dit en détail à MacArthur ce qu’il devait faire... du moment qu’il gagnait. Au poil, pour un homme qui adorait citer Montgomery : « On ne donne jamais de directives adéquates aux généraux ».

Quand même, il est sûr que MacArthur a bien reçu un memo top secret de Truman insistant sur le fait que toute opération au nord du 38e parallèle n’était autorisée que s’il n’y avait « pas d’entrée en Corée du Nord d’importantes forces soviétiques ou chinoises, pas d’annonce qu’elles avaient l’intention d’y entrer, pas de danger d’une contre-attaque militaire à nos opérations ».

Et alors… MacArthur reçut un message « pour les seuls yeux du  destinataire » en provenance du chef du Pentagone George Marshall, disant  : « Nous voulons que vous ne vous sentiez nullement entravé, tactiquement et stratégiquement, d’avancer au nord du 38e parallèle »

MacArthur continua donc d’avancer. Il était sûr que la Chine n’interviendrait pas en Corée : « Si les Chinois descendaient sur Pyongyang, il y aurait le plus grand des massacres».  Eh bien, c’était faux. Les forces US ont pris Pyongyang le 19 octobre 1950. Le même jour, exactement, pas moins de 250.000 soldats des Volontaires de l’Armée Populaire Chinoise ont traversé la rivière Yalu et sont entrés en territoire coréen. Le renseignement US n’a rien compris à ce que l’historien S.L.A. Marshall a décrit comme « un fantôme sans ombre ».

MacArthur a commencé à devenir incontrôlable, allant jusqu’à exiger que des bombes atomiques soient larguées sur la Corée du Nord. Il fallait qu’il s’en aille. La question était : de quelle manière ? Les civils – Dean Acheson, Averell Harriman – étaient pour. Les généraux – Marshall, Bradly – étaient contre. Mais ils se disaient aussi avec inquiétude que « si MacArthur n’était pas relevé de ses fonctions, une grande partie de notre peuple trouverait à se plaindre que les autorités civiles ne contrôlaient plus les militaires ».

Truman avait déjà décidé. MacArthur fut remplacé par le Lt. Général Ridgway. Mais la folie de la guerre continua de faire rage, au prétexte de la « menace » sino-soviétique » de « domination communiste du monde ». Plus de deux millions de civils nord-coréens furent tués. Et ce que le général Curtis LeMay – un Dr Folamour en chair et en os – suggéra plus tard en disant qu’il fallait bombarder le Vietnam jusqu’à le « renvoyer à l’âge de pierre » fut bel et bien infligé par les USA à la Corée du Nord.

L’industrie et les infrastructures du pays furent totalement détruites. Il est impossible de comprendre les actions du gouvernement de Pyongyang ces dernières décennies sans se représenter à quel point cette destruction totale des gens et des biens est encore présente à l’esprit de tous les Nord-Coréens.

Ainsi, ce que l’amiral Swift a vraiment dit, c’est – en code – que si un ordre civil lui est donné, l’armée US déclenchera la IIIe guerre mondiale (ou la IVe, si on compte la guerre froide) et appliquera sans sourciller la doctrine  « première frappe » du Pentagone. Ce que Swift n’a pas dit, c’est que le président Trump a aussi le pouvoir d’imiter Truman et de virer tout aspirant-clone de MacArthur en train de péter les plombs.

_____________  

* Allusion à une chanson de Donna Summer : MacArthur’s Park is melting in the dark

 

Source : http://www.informationclearinghouse.info/47544.htm

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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À bons entendeurs…

Parade militaire en Chine, pour célébrer le 90e anniversaire de l’Armée Populaire de Libération

30 juillet 2017

 


 

On remarquera que M. Xi Jinping tient ici les rôles que se partagent en Russie Vladimir Poutine et Sergueï Choïgou.

 

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Sur notre continent à nous

Petit rappel de choses oubliées…

 

Y a-t-il deux Vladimir Poutine ?

Sayed kremlin.ru 14 juillet 2017

Extrait d’une interview de Vladimir Poutine par le journal allemand Bild, le 5 janvier 2016

Traduit et sous-titré par Sayed

 


 

Transcription

Journaliste : – Il y a une théorie selon laquelle il y aurait deux Poutine. Le premier était le jeune M. Poutine d’avant 2007, qui a exprimé sa solidarité avec les États-Unis et qui était l’ami du chancelier Schröder. Et puis, après 2007, un autre Poutine est apparu. En 2000, vous avez déclaré : « Nous ne devrions pas avoir de confrontations en Europe, nous devrions tout faire pour les surmonter. » Et maintenant, nous nous retrouvons dans une telle confrontation [en Crimée, etc.].

Puis-je vous poser une question directe ? Quand allons-nous retrouver le premier M. Poutine ?

Vladimir Poutine : – Je n’ai jamais changé. Tout d’abord, je me sens encore jeune aujourd’hui. J’étais et je continue d’être l’ami de M. Schroeder. Rien n’a changé.

Mon attitude à l’égard de questions telles que la lutte contre le terrorisme n’a pas non plus changé. C’est vrai, le 11 septembre, j’ai été le premier à appeler le Président Bush et à exprimer ma solidarité. En effet, nous étions prêts à tout faire pour combattre le terrorisme ensemble. Il n’y a pas si longtemps, après les attentats terroristes de Paris, j’ai appelé puis rencontré le Président de la France.

Si on avait écouté Gerhard Schroeder, Jacques Chirac et moi-même, il est probable qu’il n’y aurait eu aucune des attaques terroristes récentes à Paris, car il n’y aurait pas eu de poussée de terrorisme en Irak, en Libye ou dans d’autres pays au Moyen-Orient. […]

Vous m’avez demandé si j’étais un ami ou pas. Les relations entre les États sont un peu différentes de celles entre les individus. Je ne suis ni un ami, ni une mariée ou un marié. Je suis le Président de la Fédération de Russie. C’est 146 millions de personnes ! Ces personnes ont leurs propres intérêts, et je dois protéger ces intérêts. Nous sommes prêts à le faire de manière non conflictuelle, à rechercher un compromis, mais bien sûr, en fonction du droit international, qui doit être compris uniformément par tous.

Source : http://lesakerfrancophone.fr/y-a-t-il-deux-vladimir-poutine

 

 

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Message à Ariane Walter

 

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Madame,

Qu’estce que vous foutez sur Agoravox ?

Ça vous amuse d’écrire pour des veaux ?

On vient d’essayer de vous déposer un mot de commentaire : impossible. On n’a pas réussi à se dépêtrer des formalités. Il y a pourtant plein de nuls qui y arrivent. Zut alors.

Et pourquoi votre délicieux Jupiter & Jupenlair n’est-il pas sur Le Grand Soir, i sont bégueules ?

S’il vous plaît, pour nous faire plaisir, trouvez-vous à crécher dans un endroit où... il y ait un minimum de Q.I.

Bien à vous.

Théroigne

 

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Il est 11 heures (23), on vient de trouver ça chez Mermet. On rouvre.

Je t’aurai cherché partout...

Le 31 juillet 2017

Surtout ne pas écouter la radio aujourd’hui, surtout ne rien lire sur elle, pas même l’écouter chanter, fuir les conversations, les superlatifs, se barrer dans les dunes, trouver un coin, un creux et rester là, seul avec elle, seul avec notre jeunesse, avec les nuages qui passent et les oiseaux, fermer les yeux et doucement entendre Miles et la voir elle dans Paris sous la pluie comme je la vis en noir et blanc de tous mes dix sept ans palpitants au fond du cinéma Champolion, et vous l’avouer enfin, quand elle dit "Julien je t’aurai cherché partout", je peux le dire maintenant, l’histoire n’avait plus aucune importance, le film n’avait plus aucun sens, sauf un : Julien c’était moi.

Daniel Mermet

(Jeanne Moreau est morte)

 

 

 

Mis en ligne le 31 juillet 2017.

 

 

 

 

22:31 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/07/2017

PILBAN-POITIERS

1. Jesus asleep.jpg

 

PILBAN-POITIERS

ou

Le Saker-Salah Guemriche, deux réflexions sur un même thème

 

Le thème étant évidemment l’incapacité des humains en général et des Européens en particulier à sortir de leur infantilisme pour devenir des grandes personnes. Il nous semble que tous deux le font en se livrant à ce que Manuel de Diéguez appelle « une étude anthropologique branchée sur l'évolution cérébrale de la bête disloquée ».

 

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Comment la Russie pourrait traiter le « syndrome Pilban » (PBS)

Le Saker – The Saker9 juillet 2017

 

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Un lecteur, SunriseState, a récemment posté la question suivante dans les commentaires : « Quelle serait selon vous la stratégie russe la plus optimale envers la Pologne ? » Lorsque j’ai lu cela, j’ai pensé : « Ça c’est une question intéressante, en effet ! » Aujourd’hui, je vais essayer d’y répondre, pas à pas.

 

D’abord, un diagnostic

Il y a un syndrome polonais. Nous pouvons lui attribuer toutes sortes de causes, certains décriront les Polonais comme des victimes héroïques, d’autres comme des hyènes cupides, mais pour notre but, nous n’avons même pas besoin de nous attarder sur l’histoire pour faire la liste d’une série de symptômes qui, pris ensemble, pourraient s’appeler « syndrome polonais ».

 

1 - La phobie (haine et peur) de la Russie et tout ce qui est russe.

2 - Un fort désir de « faire partie de l’Ouest » (par opposition à une « Asie despotique ») imaginaire, tout en n’ayant en réalité peu de choses ou rien en commun avec ledit « Ouest ».

3 - Un profond et amer ressentiment d’avoir été vaincue militairement à maintes reprises et l’espoir qui en découle d’une

4 - Un complexe d’infériorité profondément ancré à l’égard de l’Est et de l’Ouest, comme l’exprime avec lyrisme le slogan ukrainien « Noyons les Polonais dans le sang russe et juif ! ».

5 - Le rêve de soumettre enfin l’Église orthodoxe à la Papauté (ou, dans sa dernière version, de « consacrer la Russie au cœur immaculé de Marie »).

6 - Une insécurité profonde à son propos résultant d’une politique perpétuelle visant à trouver des alliés extérieurs, y compris Hitler, pour mettre le « costaud » de son coté.

7 - La volonté de dire et de faire n’importe quoi pour obtenir que l’allié extérieur étende sa protection, menace la Russie ou, encore mieux, participe à une « marche sur Moscou » attendue depuis longtemps.

 

De nouveau, cela ne fait aucune différence pour nos buts de savoir si c’est le résultat de siècles d’oppression, d’impérialisme, de violence et de persécutions russes ou celui de l’idéologie papiste.

Aussi, lorsque nous observons les divers symptômes de notre « syndrome polonais », nous voyons immédiatement qu’il n’est pas réservé aux Polonais ou à la Pologne – les Ukrainiens, en particulier les Ukrainiens de l’Ouest, présentent tous les mêmes caractéristiques que leurs voisins polonais (les Baltes aussi, mais ils sont trop petits, faibles et insignifiants pour être inclus ici). Le syndrome que nous observons n’est par conséquent pas « polonais », mais européen de l’Est, sauf que l’appeler « est-européen » serait également inexact. Donc, pour nos buts, je simplifierai et l’appellerai le « syndrome Pilban » (PBS) en l’honneur des deux « grands héros » des nationalistes polonais et ukrainiens de l’Ouest : Jozef Pilsudski et Stepan Bandera.

 

Deuxièmement, un pronostic

Lire la suite…

 

Source : http://lesakerfrancophone.fr/comment-la-russie-pourrait-t...

 

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Nous n’oublierons pas qu’un héros, en Pologne, se bat en ce moment seul contre cet esprit PILBAN, abandonné des dieux et des hommes. Pour mémoire, revoici sa récente lettre telle que publiée par A.S.I. :

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http://arretsurinfo.ch/63842-2/

 

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Abd e-Rahman contre Charles Martel

La véritable histoire de la bataille de Poitiers

Salah Guemriche – Perrin 12 mai 2010

 

4. Couverture Poitiers.JPG

Oui, c’est un livre.

Voici ce qu’en dit son éditeur :

 

Que s'est-il vraiment passé à Poitiers le 25 octobre 732 ? Dans un récit passionnant, Salah Guemriche, d'origine algérienne, retrace cette histoire épique qui opposa dans un face-à-face meurtrier l'Espagne de l'émir Abd er-Rahman au royaume franc gouverné par Charles Martel, et stoppa l'expansion des Arabes...

Peu de batailles dans notre histoire auront nourri autant de fantasmes que celle de Poitiers. Depuis Chateaubriand, les Français ont appris que la victoire de Charles Martel avait sauvé la France du péril musulman.

Mais de quelle France s'agit-il ? Ses frontières ne sont pas celles que l'on connaît aujourd'hui.

Et quel est ce péril musulman ? L'Espagne, conquise par les Arabes dès 711, s'étend, à la veille de Poitiers, au-delà des Pyrénées. Ainsi la Septimanie, notre actuel Languedoc-Roussillon, est-elle une province arabo-berbère gouvernée par Munuza depuis Narbonne. Les religions du Livre y cohabitent jusqu'au jour où Munuza épouse une chrétienne, Lampégie d'Aquitaine, fille du duc de Toulouse. Pour l'émir d'Espagne Abd er-Rahman, Munuza est un renégat qu'il faut punir ; pour le duc des Francs, Charles, cette alliance est une menace et une provocation. Se mettent alors en place les conditions d'une confrontation qui demeurait jusqu'alors méconnue.

Salah Guemriche raconte la véritable histoire de la bataille de Poitiers, telle qu'elle fut vécue des deux côtés, musulman et chrétien. Il dissèque ce mythe national construit au fil des siècles pour faire peur. Poitiers, dit-il, ne fut pas le Waterloo des Arabes et, malgré les lourdes représailles exercées par les Francs dans le Midi, beaucoup de musulmans y firent souche. Sans que cela ait jamais gêné personne...

 

Complétons :

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Salah Guemriche est journaliste, essayiste et romancier. Il est l'auteur d'Un été sans juillet (Le Cherche-Midi, 2004), de L'Homme de la première phrase (Rivages Noir, 2000) et d’un Dictionnaire des mots français d'origine arabe (Seuil, 2007). Entre autres.

 

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Les « livres du même auteur » :

 

*Dictionnaire des mots français d’origine arabe (ET TURQUE ET PERSANE), accompagné d’une anthologie littéraire : 400 extraits d’auteurs français, de Rabelais à Houellebecq. Préface d’Assia Djebar de l’Académie française (Seuil, 2007) ;

*UN ETE SANS JUILLET, roman (Cherche-Midi, 2004) ;

* L’AMI ALGERIEN, récit, avec Gérard Tobelem (Lattès, 2003) ;

* L’HOMME DE LA PREMIERE PHRASE, roman (Rivages/Noir, 2000) ;

* UN AMOUR DE DJIHAD, roman historique (Balland, 1995). Prix Mouloud Mammeri, Prix de l’Adelf ;

* SAPHO, biographie (Seghers, 1988) ;

* ALPHABETISER LE SILENCE (Poèmes, Enal, Alger, 1986) ;

*Poèmes algériens (Les Temps modernes, déc. 1971).

En collaboration (ouvrage collectif, sous la direction de Bernard Miège) :

* Le J.T. – Mise en scène de l’actualité à la télévision, essai (Ed. INA / Documentation française, 1986).

 

Et ce n’est pas tout :

 

Dans Feuilles de Ruth, son dernier essai (15 septembre 2013) chez Emmanuelle Caminade, Salah Guemriche, écrivain algérien et «laïc impénitent», s'attaque à un sujet très lourd avec l'honnêteté et l'humilité, l'exigence et l'impudence d'un esprit libre passant outre à cette « irréductible exception juive au nom de laquelle on dénie à un intellectuel arabe le droit de porter la moindre critique sur Israël » alors même que de nombreux intellectuels israéliens font preuve en ce domaine d'indépendance, de courage et d'esprit critique.

Allant à l'encontre des réticences et des défiances des uns et des autres, il tente ainsi « l'impossible dialogue » - auquel renvoie ce titre évoquant le plan de paix (1) élaboré en 2003 pour le règlement du conflit israélo-palestinien – dans un ouvrage dont la seule ambition est d'améliorer la compréhension de ces rapports conflictuels entre juifs et non-juifs en s'approchant d'une vérité depuis longtemps faussée et d'une grande complexité.

_________   

(1) "road map" ("feuille de route"), cette expression militaire fut employée au figuré pour désigner le plan de paix élaboré par les E.-U., l'ONU, la Russie et l'Union Européenne

On a perdu le lien, honte sur nous !

 

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Dans la foulée :

 

L’Austrasie (« Royaume de l’Est ») des Pépinides, successeurs des Mérovingiens, et berceau de l’Empire franc

 

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Charles Martel et sa bataille selon les Anglais :

 

Charles « Martel », Mayor of the Palace of AUSTRASIA, son of Pepin, Mayor of the Palace of Austrasia, and Alpaide, was born in 676 in Heristal, Neustria. He died on 15 Oct 741 in Cressy sur Oise, Neustria. He was buried in Monastère de Saint Denis, Saint Denis, France. He married Rotrude (Chrotude).

 

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 « Frankish ruler, illegitimate son of Pepin of Heristal and grandfather of Charlemagne. After the death of his father (714) he seized power in Austrasia from Pepin’s widow, who was ruling as regent for her grandsons, and became mayor of the palace. He subsequently subdued the W Frankish kingdom of Neustria and began the reconquest of Burgundy, Aquitaine, and Provence. Charles Martel defeated the Spanish Muslims at the battle of Tours (732-33) and began the military campaigns that reestablished the Franks as the rulers of Gaul. Although he never assumed the title of king, he divided the Frankish lands, like a king, between his sons Pepin the Short and Carloman. »

http ://www.encyclopedia.com   

 

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Quelque mal que se donne Salah Guemriche pour les éclairer, les Français n’en ont pas fini de s’entr’étriper sur la « bataille de Poitiers » (de Tours pour les Anglais ci-dessus) et sur Charles-au-marteau « père de la France » (et Clovis, alors ? Bon, Clovis aussi, ne chipotons pas). On a même trouvé ce qui suit chez des Occitans (et Auvergnats ?) qui n’aiment ni Ménard ni le petit Deutsch et on ne voit pas pourquoi on vous en priverait :

 

Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une « Journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme », le nom de Charles Martel, « sauveur de la chrétienté », est venu, dans bien de réseaux liés à l’extrême-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France « pays des droits de l’homme », mais de la France « fille aînée de l’Église ».

Comme si la théorie du « choc des cultures » s’était muée en celle d’une « guerre de religions », ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a résumé d’un cri : « Je suis Charlie Martel ! »

C’est précisément dans cette mouvance lepéniste que Robert Ménard a lancé sa énième provocation, en commençant par criminaliser les petits écoliers biterrois sur la seule base de la « consonance musulmane » de leurs prénoms ! Dans ma tribune, publiée sur Le Plus de l’Obs le 12 mai (« Robert Ménard, changez vitre de patronyme »), j’ai dit ce que je pensais de ce forfait antirépublicain. Cela m’a valu nombre d’incriminations avec, à l’appui, des arguments puisés dans les pages d’un Deutsch métronome promu rewriter du roman national. Comme tant d’autres thèses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leçon de Marc Bloch (dans son « Apologie pour l’Histoire ») :

« Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes […] C’est d’un bout à l’autre de l’Europe, comme une vaste symphonie de fraudes. Le Moyen Âge, surtout du VIIIe au XIIe siècle, présente un autre exemple de cette épidémie collective… Comme si, à force de vénérer le passé, on était naturellement conduit à l’inventer. »

 

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Charles Martel, « dilapidateur et enragé tyran »

C’est pour répondre à ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme à notre « rapporteur-sans-frontières » des thèses d’extrême droite, que je tiens à fournir, ici, quelques éléments d’information sur la véritable nature du « tombeur des Sarrasins », et, par la même occasion, sur l’histoire de Béziers (ville dont Robert Ménard a chargé Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, d’écrire l’histoire)…

Pour en finir, donc, avec cette légende qui fait de Charles Martel le « sauveur de la chrétienté », précisons d’emblée que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand « spoliateur des biens de l’Église », n’a jamais bouté les Arabes hors de « France » pour trois raisons : primo, ce pays n’existait pas encore en tant que tel ; secundo, c’est son fils qui réussira à reprendre Narbonne, trois décennies après la mythique bataille ; tertio, la présence sarrasine est attestée dans les Alpes et dans le Jura au moins jusqu’au Xe siècle.

Tout comme la légende du « Marteau de Dieu », celle du « spoliateur des biens de l’Église » aura, en son temps, la peau dure. De Liège (ou plutôt, la ville n’existant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du père de Charles, Pépin d’Herstal, et dont l’évêque, saint Lambert, fut assassiné sur ordre de l’oncle maternel de Charles) à Nîmes, en passant par Toulouse et Narbonne, l’homme est dénoncé comme aucun grand de ses contemporains ne l’aura été : « Ô Charles Martel, dilapidateur et enragé tyran ! », s’écriera Jean Boldo d’Albenas, l’un des pères du protestantisme nîmois [1]. Sans doute cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruiné sa ville (Nîmes) avant d’y mettre le feu : c’était en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dépité de n’avoir pas réussi à en déloger les Sarrasins, malgré un long siège éprouvant…

Plus cohérente est la thèse de Nicolas Germain Léonard, historien de la ville de Liège, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel méritait une telle charge : « Il donnait à ses officiers les évêchés et les abbayes. Les biens de l’Église devenaient héréditaires ; on en formait la dot des filles qu’on mariait. Pépin d’Herstal avait enrichi le clergé, Charles le dépouilla. » [2]

Évidemment, après la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de l’Église furent « l’instrument de la délivrance de l’Europe, et de la victoire de l’Évangile sur le Coran » ! [3]. Mais que durant toute l’existence de Martel (688-741), à Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Béziers, Nîmes, Lodève, Uzès, Agde, Maguelone, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des évêques ; voilà qui en dit long sur l’état d’abandon de la « Fille aînée de l’Église » !


Désordres, ruines, assassinats 

D’autres griefs ternissent la renommée de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le persécuteur d’Eucher, l’évêque d’Orléans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abbé de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprême pour une imaginaire conspiration… Désordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu’à sa mort.

Mais c’est le sort réservé à l’évêque d’Orléans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renommée. Accusé d’avoir comploté contre Martel, l’évêque « fut envoyé en exil avec tous ses proches, (puis) transféré dans le monastère de Saint-Trond où il mourra en 738 » [4]. Conclusion de Flodobert, l’évêque de Noyon et de Tournai (894-966) : « Ce bâtard né d’une servante n’était audacieux qu’à faire le mal envers les Églises du Christ. »

De ce martyre de saint Eucher, une légende naîtra plus d’un siècle après, qui sera consignée dans le compte-rendu d’un concile tenu en 858 à Quierzy, où il est fait mention d’un songe d’Eucher.

Extrait :

« Nous savons en effet que saint Eucherius, évêque d’Orléans fut entraîné dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl exposé aux tourments dans le plus profond de l’enfer. » Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : « Le texte ne laisse place à aucune équivoque. Karl, spoliateur résolu des biens de l’Église, est reconnu coupable à part entière. » [5]

La même justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui « les agressions de Karl contre le patrimoine de l’Église faisaient douter qu’il fût chrétien » ! [6]

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et après tout, des spoliations, quel envahisseur n’en commet pas ? Du IXe au XIe siècles, la renommée de Charles en souffrira. Étrangement, c’est aux siècles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de… sauveur de la chrétienté : comme si, écrira Chateaubriand, « Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades ! » [7].


Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

Sur le terrain, la réalité était tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, c’était la conquête de l’Aquitaine (dont la capitale était alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette région était menacée par les Sarrasins, il s’était contenté d’attendre son heure. Mais en apprenant avec stupéfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc d’Aquitaine, Martel comprit très vite le risque que pouvait représenter une telle alliance. Celle-ci n’arrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le maître de Cordoue (l’Espagne arabo-andalouse était déjà minée par les révoltes berbères contre le pouvoir arabe), ce qui l’amena à supprimer le « traître » gouverneur, un Berbère, avant d’offrir la fille du duc au calife de Damas… Si Charles Martel arrêta effectivement les Arabes à Poitiers, il ne réussit donc pas à les déloger de la Narbonnaise, qu’il attaqua par deux fois, sans succès.

La légende qui colle au nom de Martel doit être revue et corrigée sur un autre point : jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme « gallo-romain », et particulièrement le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus.

Furieux d’avoir échoué par deux fois à Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrétiennes) à qui il reproche de ne pas l’avoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Béziers, Maguelone, Nîmes (dont il brûle les arènes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Béziers :

« Les Francs pillent à outrance dans tous les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux sont démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles-Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays. » [8]

Ces dévastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-siècle plus tard la mort de Roland à Roncevaux (des historiens ont, enfin, démontré que l’attaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq siècles plus tard d’autres exactions, et là, c’est toujours l’historien de la ville de Béziers qui témoigne : « Plusieurs dépôts ont éprouvé des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont j’aurais pu profiter. Les anciennes archives de Béziers furent, elles, consumées par l’incendie qu’y allumèrent les croisés en 1209… » !

Plusieurs chroniques l’attestent (Continuation de Frédégaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cités susceptibles d’être ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravagées. Maguelone est rasée, Montpellier n’est pas épargnée, et encore moins Nîmes :

« Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles démolit les portes, abat les murailles et tente d’incendier les Arènes sous prétexte qu’elles sont aménagées en ouvrage défensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une forêt dans l’Amphithéâtre et y mettent le feu » [10]


Un retour du refoulé historique

Voilà la vraie nature et l’œuvre du héros de tant de générations d’écoliers de France ! Celui-là même dont le nom figura jusqu’à la veille de l’élection présidentielle de 2002, sur une affiche électorale : « 732 Martel, 2002 Le Pen ». En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Béziers, à l’approche de 2017 ?…

Mais comment peut-on imaginer que Béziers puisse, aujourd’hui et en connaissance de cause, dire merci à celui qui mit toute la région à feu et à sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoulé historique, des Biterrois de souche décidaient, un jour, de répondre à Robert Ménard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mémoire de leurs ancêtres : « Je ne suis pas Charlie Martel ! » ?


 [1] Jean Boldo d’Albenas, Discours historial de l’antique et illustre cité de Nîmes, Nota bene : toutes les références, accompagnant cette tribune, se trouvent  détaillées dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

 [2] N. G. Léonard, Histoire ecclésiastique et politique de l’État de Liège, 1801.

 [3] François Laurent, Le Moyen-âge et la réforme, 1866.

 [4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n°8 et 10, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum synodi Carisiacensis, année 858, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel.

 [5]  Cf. J. Deviosse, Charles Martel.

 [6] Michelet, Histoire de France, cité dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

 [7] Chateaubriand, Génie du christianisme, dans Œuvres complètes, éd. Furne, 1865.

 [8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des évêques de Béziers, Paris 1854, cité dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

 [9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, réf. Dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.

 [10] Jean Deviosse, Charles Martel.


Lire aussi : Charles Martel, imposture historique et mythe fasciste (sur Quartiers Libres)


L’animal aura également invoqué les mânes des Louis XIV, ce qui à quelques kilomètres des Cévennes ne manque pas de sel ; ainsi que de Napoléon, personnage fort apprécié en son temps par la jeunesse locale qu’il envoyait se faire trouer la peau à des milliers de kilomètres de ses foyers… Tout juste nous aura-t-il épargné « Saint » Louis, c’est déjà ça !

L’on pourrait au moins se prendre à espérer que ceci montre une bonne fois pour toute aux trop (beaucoup trop !) nombreux électeurs occitans votant ou tentés de voter pour le Front National quel parti de franchimands est celui-ci.

Mais il est vrai, comme nous l’a judicieusement fait remarquer par mail un soi-disant « maoïste », que les gens ne se sentant pas du tout français ne sont pas non plus légion en Occitanie… et c’est peut-être ça le problème, en fait.

Source : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/occitani...

 

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Tout ça vu de chez les Pippinides, 1285 ans plus tard…

Théroigne – Les Grosses Orchades23 juillet 2017

 

Puisque les valeureux de « servir le peuple » l’ont fait – et si bien – on ne va pas se mettre à vous raconter le livre de Salah Guemriche.  L’essentiel a été dit. Ne vous reste qu’à le lire.

Ce qui ne veut pas dire qu’on n’en pense rien.

Quand on descend à la fois des Ansegises, des Arnulfiens et des Pippinides (par les femmes de la main gauche) et de Saint-Just (par la proximité picarde et l’irréversible baptême républicain) on a tendance à se marrer doucement, quand on voit les habitants de l’Hexagone, qui se croient « de souche » parce qu’ils y habitent depuis trois ou quatre générations (et encore, pas toujours), remercier les Cieux de ce que Charles et son marteau (qui était une francisque) les aient « sauvés », eux et la chrétienté, des hordes musulmanes.

Quant on a l’esprit un peu mal tourné, on se demande de quoi les hispano-muslims auraient sauvé le monde, si c’étaient eux qui l’avaient remportée, cette foutue bataille estimée-dieusait-pourquoi-plus-importante-que-les-autres.

On peut toujours supputer : …de la guerre des Avars ? …des invasions des Vikings ? …de celles des Normands ? …des Croisades ? (huit !) …de la guerre de Cent ans avec les Anglais ? …de la croisade des Albigeois homemade ? …des guerres d’Italie (dix ou douze) ? Toutes guerres de la chrétienté, avec elle-même ou avec les autres…

Bien sûr on les a arrêtés aussi à Vienne, même si ceux-là, c’étaient des Turcs. De quoi auraient-ils pu nous sauver, eux, s’ils avaient réussi à passer outre ? De la Guerre de Hollande ? …de celle de la Ligue d’Augsbourg ? …de celle de Succession d’Espagne ? …de celle de succession de Pologne ? …de celle de succession d’Autriche ? …de celle de Sept Ans, …de Toulon, de Rivoli, de Marengo, d’Ulm, de Trafalgar, d’Austerlitz, d’Iéna, d’Eylau, de Friedland, de Wagram, de Leipzig, de la Berezina et pour finir de Waterloo ? …de l’Empire britannique ? …des Ière et IIe mondiales ? On en vient à se dire qu’ils auraient pu se donner un peu plus de mal, si on ne pensait pas qu’ils en auraient probablement, à notre place, inventé d’autres.

Quoi qu’il en soit, Salah Guemriche – qui est laïc – ne prend parti ni pour les uns ni pour les autres et son propos est historique, pas religieux. Il faut cependant lui savoir gré d’avoir discrètement rappelé le rôle qu’ont joué, pour aider les petits chefs locaux à se tailler un morceau des dépouilles de l’Empire (romain), les « hommes de Dieu » presque tous devenus saints de notre calendrier (il aurait fait beau voir que les papes résistent !), pour avoir su contourner le 6e commandement, sans parler des 3e, 8e, 9e et 10e… En a-t-il eu des prédécesseurs, le Richelieu botté du siège de La Rochelle !

Sachons-lui gré aussi de rappeler que le fameux marteau, loin d’être une des premières armes de guerre made in France était sans doute une manière de déférence envers le dieu Thor de ces purs-chrétiens-mais-quand-même, voire peut-être, envers le juge des Enfers gréco-étrusco-romain qui, sous le nom de Rhadamanthe et masqué d’un bec d’oiseau, s’en servait pour estampiller, depuis deux autres mille ans, les gladiateurs vaincus dans les jeux (funèbres) des arènes : « Bon pour le Styx ! ».

Si, de nos jours, Vladimir Poutine a porté en sautoir, pendant tout son premier mandat, une croix plutôt ostentatoire qui n’a pas peu contribué à rassembler le peuple russe autour de cet ancien soviétique, le Pépin a porté, lui – et y compris sans doute lorsqu’il entendait la messe et y communiait – un collier d’osselets : « …les osselets de Martieaux ! », écrit Guemriche, « son boulier et son mémorial fétiche. Dix-huit osselets provenant chacun du carpe d’un sanglier, offert en holocauste après avoir été baptisé du nom d’un vaincu ». Offert en holocauste à qui ? Au Petit Jésus, tiens… cette question ! L’auteur ne s’appesantit pas, en revanche, sur une autre particularité du grand-père de Charlemagne : sa propension à se procurer des reliques et à les loger dans des urnes somptueuses en métaux précieux. Encore une histoire d’osselets, trop nombreux pour qu’on les énumère ici. Notons quand même ceux de St. Caprais, aujourd’hui conservés dans la cathédrale Saint Paul, à Liège, où ils ont été transférés de la forteresse de Chèvremont, parce que ce sont probablement des os de bouc.

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Aux yeux des gens sortis d’enfance, ce ne sont pas les croyances des uns ou des autres qui sont risibles ou méprisables, mais l’hypocrisie qu’ils mettent tous à s’en servir pour justifier leurs rapines et leur insatiable soif de pouvoir (on ne dit pas ça pour Vladimir Vladimirovitch).

Des gens sortis d’enfance (ou de dislocation cérébrale) il semble qu’il y en ait eu en cet endroit et en ce temps-là. Salah Guemriche croit - veut croire - à une histoire d’amour exceptionnelle entre le gouverneur musulman de Narbonne et la fille chrétienne du duc d’Aquitaine. Il partage cette foi (de midinette ?) en la possibilité d’une union idéale, complète et durable entre un homme et une femme avec un autre auteur adepte d’une Histoire rigoureusement revisitée : l’anglaise Lindsey Davis, romancière imbattable sur la Rome antique. Conviction ou fantasme… mais qui sait s’ils n’ont pas raison. Ce qui est sûr, c’est que Munuza, le Berbère musulman qui a donné son nom à la ville de Munoz, a l’air d’avoir été un homme très en avance sur son époque (et sans doute aussi sur la nôtre), un de ces hommes rarissimes capables de regarder les idées reçues avec le détachement qu’elles méritent et de s’en affranchir. Il semble même que celle qu’il a prise pour épouse et qui a su s’affranchir, elle, de l’influence de sa dévote mère, exploit plus rare qu’on ne pense, ait été de même trempe que lui.  Peut-être en effet, dans ces conditions, une union inhabituellement profonde et durable est-elle possible entre deux êtres humains. Ce qui est sûr aussi, hélas, c’est que des gens à ce point différents des autres sont des proies rêvées pour un destin tragique. Même si Mme Davis a réussi (The Course of Honour) l’exploit d’y faire échapper l’empereur Vespasien et Antonia Caenis, l’esclave affranchie qui fut la compagne – à éclipses – de toute sa vie.

 

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Pour ce qui est du déroulement de la bataille elle-même, Salah Guemriche a le souffle épique qu’il fallait pour la ressusciter. Le vieux duc d’Aquitaine et l’émir de Cordoue qui ne verra pas la fin du jour s’élèvent au rang de personnages shakespeariens. Le cheval de l'émir aussi. Certains des protagonistes mineurs – l’évêque Milon, Flodobert, le vieux colombier des Maures – semblent tout droit sortis d’Henry V, la veille de St. Crépin.

Pour soutenir sa revisitation, Guemriche n’a pas hésité à herser l’enfer de tous les historiens qui ont écrit sur ce moment d’histoire, les pires comme les meilleurs. Un grand absent : von Ranke. Non qu’il ait écrit sur cette bataille particulière, mais son Histoire des Osmanlis et de la monarchie espagnole aux XVIe et XVIIe siècles (1839, repr. 2016) est difficilement contournable, sans compter que c’est là qu’il s’est acquis le titre de « père de l’histoire scientifique européenne ». Mentionnons aussi, parce que c’est le seul autre titre traduit en français d’une œuvre énorme qui reste à découvrir, son Histoire de la Serbie et de la révolution serbe (1828).

Point final (d’exclamation) : pour se farcir un livre entier d’Alain Minc et le citer, il faut être doué d’une dose inhabituelle de masochisme. Mais qui sommes-nous pour en discuter….

 

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Si Martel et son  collier de carpes de sanglier ne fut pas sacré roi par un pape, son  fils Pépin le fut. Et après lui, sont petit-fils Charlemagne…

 

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Carolus Magnus – Jupille 742 – Aix-la-Chapelle 814

Sur le socle de sa statue, ses aïeux : Sainte Begge, Pépin de Herstal, Pépin de Landen, Pépin le Bref, Charles (Martel) de Herstal, Bertrude.

 

Compter Bertrude comme une de ses arrière-grand-mères permettait à Charles Martel de se prétendre du même sang que les rois mérovingiens dont il usurpa la couronne après avoir battu par les armes la femme légitime de son père, qui fut bigame. Ces  choses-là se font plus souvent qu’on ne croit chez les zélites.

Statue de Charlemagne à Liège. Elle se trouve sur le boulevard d’Avroy, qui doit son nom à Godobald d’Avroy, de chez qui partirent un beau soir les assassins de Saint Lambert, avec à leur tête Dodon, frère d’Alpaïde et, donc, oncle maternel de Martel. Voyez qu'on n’est pas sectaires.

Si Pépin le Bref eut deux femmes, certains disent que Charlemagne fut polygame, ou alors qu’il eut une épouse et des tas de concubines en même temps. Nous n’en discuterons pas ici. Disons qu’outre avoir été sanctifié par le calendrier populaire wallon (la principauté de Liège a deux fêtes de saint Charlemagne par an), l’empereur à la barbe fleurie (moustachu et glabre pour les pinailleurs) reste pour nous celui qui, quoique ne sachant pas écrire, a donné son nom à une des plus belles formes d’écriture (la caroline)

 

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et inspiré un long poème à Saint Just (d’après Voltaire), dont ce petit extrait :

 

Le roi de France et sa gauloise armée,

Ivres de sang, de gloire et de fumée,

Devers le Rhin précipitaient leurs pas,

D’autant plus fous qu’ils ne s’en doutaient pas.

Pleins des vapeurs de leur sainte fortune,

Ils se flattaient de baptiser bientôt,

Et le Saxon et le Maure et le Goth ;

Et cependant le diable qui n’est sot,

Se flattait lui qu’il grossirait la lune

De leurs projets. Le démon est madré,

Et quand il a par sa griffe juré,

Ce n’est en vain. « Faisons pécher la France

Dit Satanas, et nous verrons bientôt

Le ciel vengeur abandonner Charlot. »

                                                   Organt, Chant II.

 

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Et puisque Salah Guemriche a consacré un  livre à Sapho… Musique !

 


 


 

 

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Non, ce n’est pas la bannière de l’Islam, c’est la Montjoie-Saint Denis des Carolingiens en personne.

 

 

 

 

Mis en ligne le 23 juillet 2017.

 

 

 

 

23:25 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/07/2017

ON VOULAIT S'ARRÊTER QUELQUES JOURS...

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On voulait s’arrêter quelques jours…

 

Mais l’actualité ne s’arrête pas et il y a des choses qu’on ne peut laisser passer sans au moins les relayer… En voici quelques unes, dans le désordre, comme on les a reçues.

 

NON À LA VENUE DU CRIMINEL NETANYAHOU EN FRANCE !

CAPJPO – EuroPalestine3 juillet 2017

 

Nous nous élevons contre la venue en France de Benjamin Netanyahou, premier ministre du gouvernement colonial israélien. L’invitation qui lui est faite par Emmanuel Macron de venir commémorer la rafle du Vel d’Hiv est indigne.

 

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Il est indécent pour les victimes de la Rafle du Vel d’Hiv – 13.000 Juifs dont une moitié d’enfants arrêtés à Paris et en banlieue entre le 16 et le 17 juillet 1942 par 7.000 policiers français pour être livrées aux nazis et déportées dans des camps dont moins d’une centaine reviendront – d’être représentées par un raciste à la tête d’un État terroriste qui persécute tout un peuple depuis des décennies.

Confier cette commémoration à celui qui s’est spécialisé dans l’enfermement du peuple palestinien, le massacre de populations civiles, la torture des enfants, et qui maintient hermétiquement fermé le ghetto de Gaza, est scandaleux.

D’autant que cette rafle de 1942 concerna essentiellement les Juifs étrangers réfugiés en France, et on sait comment le gouvernement israélien traite les étrangers et les réfugiés, qu’il s’agisse des demandeurs d’asile africains, qualifiés de « cancer » par la ministre de la « culture », ou des réfugiés palestiniens parqués dans des camps, privés de liberté de circulation, ou encore expulsés et bannis illégalement de leur propre pays.

Netanyahou, qui a remis à l’honneur le concept de races, qui pratique l’apartheid sur des bases ethniques et religieuses, n’a rien à faire dans un pays qui se présente comme un défenseur des droits humains et du droit international.

On ne peut pas dire « Plus jamais cela » en déroulant le tapis rouge aux responsables d’un terrible nettoyage ethnique.

C’est pourquoi nous appelons à une manifestation de protestation la plus large possible le samedi 15 juillet, veille de sa réception par le président de la République,

Rendez-vous à 15 H Place de la République à Paris le 15 juillet.

Premiers signataires : EuroPalestine, Droits Devant, Enfants de Palestine, Christine Delphy, Jacques-Marie Bourget, Mgr Jacques Gaillot, Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah, Nanterre Palestine, PIR, Marie-Jeanne Manuellan, Odile Tobner, Fethi Chouder, Les Désobéissants, Comité Israël Chateaubriant, Samidoun, Collectif 69 de Soutien au Peuple Palestinien, Alain Brossat, Paul Aries, Attac Paris Centre, Martine Sevegrand, Collectif Ni Guerre Ni Etat de Guerre, Union Française des Consommateurs Musulmans (UFCM), Mohamed Ben Yakhlef, Les Amis d’Al-Rowwad, Elisabeth Bourgain-Masse, Michel Bourgain, Mohamed Gnabaly (maire de l’Ile Saint-Denis), Alima Boumediene, Gilles Monsillon, Association Femmes Plurielles, ISM France, Comité Montreuil Palestine, Sylvette AMESTOY, le collectif Urgence Palestine Cergy, Dominique Lesparre, Maire de Bezons, Christian Leduey, président de l’association Bezons-West Bani Zaïd, Collectif Palestine Nord Essonne, Joanna Díaz-Feyder, FUIQP 42, Campagne Europénne pour la Levée du Blocus de Gaza...

(voir tous les signataires de cet appel sur http://www.europalestine.com/spip.php?article13166)

 

URGENCE : LEVÉE DU BLOCUS DE GAZA !

 

On ne peut plus attendre ! Vous avez vu les nouvelles qui nous parviennent de Gaza ? 321 malades souffrant de mucoviscidose, dont une majorité d’enfants, sont en train de mourir l’un après l’autre en ce moment, parce que les frontières sont hermétiquement fermées et le médicament dont ils ont besoin pour survivre rendu inaccessible depuis un mois !  http://www.europalestine.com/spip.php?article13197

 

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Muhammad al-Yaqoubi, père d’un enfant de 6 ans atteint de mucoviscidose indique que son état s’est gravement détérioré depuis qu’il ne reçoit plus les comprimés Cryon.

 

Jusqu’à quand allons accepter l’existence de cette prise d’otages de 2 millions de femmes, d’hommes et d’enfants par l’occupant israélien, et le martyre qui leur est imposé, sans eau potable, sans électricité et sans médicaments ?

Nous devons tous concourir à la levée de ce siège immoral et illégal, en interpellant nos députés, nos élus et tous ceux qui disent nous représenter.

Merci de signer cette pétition importante : président de la république: Urgence humanitaire à GAZA : levée du BLOCUS ! de la relayer autour de vous, et de demander à vos élus de la signer également, afin que le gouvernement français ne puisse plus faire semblant de ne pas être au courant de ces crimes.

Amicalement,

CAPJPO-EuroPalestine

www.europalestine.com

 

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La Judée déclare la guerre à Roger Waters

Gilad Atzmon ­– Arrêt sur Info 13 juillet 2017

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arret sur info

 

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Je ne suis pas le seul musicien dont ils ont tenté de briser la carrière.

Rogers Waters est également la cible d’une infâme et calomnieuse campagne sioniste. La presse juive annonce que le documentaire de Ian Halperin intitulé Wish You Weren’t Here (Puisses tu ne pas exister !)(1) est actuellement en passe de crever les écrans dans tous les shtetle (villages juifs) de la planète.

Si l’on en croit la bande annonce de Wish You Weren’t Here, Waters serait responsable de la montée de l’anti-sémitisme, du déclin d’Israël et, dans une grande mesure, des autres problèmes que rencontrent actuellement les juifs. Remarquable palmarès, je l’admets !

Halperin affirme : « Pour moi, s’attaquer à Israël revient à s’attaquer au peuple juif. » J’en déduis qu’Halperin place Israël et le peuple juif au-dessus de toute critique. Nous savons au moins ce que peuple élu signifie aujourd’hui. La question qui reste ouverte est de savoir si les goyims (non-juifs) sont prêts à gober ces inepties.

Halperin dit avoir rencontré des psychologues qui ont travaillé auprès de  survivants de l’Holocauste et de leurs familles. Au terme de ces entretiens il a pu établir l’effet « impardonnable » que « le porc flottant de Waters arborant l’étoile de David » a produit sur les  survivants. Pour une fois d’accord avec Halperin, j’admets, en tant qu’ex Juif mangeant exclusivement Kascher, avoir été quelque peu perturbé (offensé) par la tentative de Waters de labelliser le porc kascher.

Le documentaire use de ficelles cinématographiques archi-connues  pour diffamer Waters, entrecoupant la souffrance juive avec des images de Waters « sympathisant avec les terroristes » et prenant fait et cause en faveur des Arabes et des musulmans. Halperin met toute son imagination au service d’une  incitation à la xénophobie et au racisme. Bon, je suppose que Waters survivra facilement à cette campagne sioniste au style ampoulé, pour les mêmes raisons que Corbyn a survécu aux calomnies qui ont été répandues à propos de son prétendu antisémitisme. Les gens ne sont pas aussi idiots que l’imagine le Hasbara Book (la communication juive).

L’opposition de Waters au sionisme et à Israël est anti-autoritaire et conforme  au message de paix et de réconciliation qu’il a toujours délivré.

Le lobby juif britannique n’a pas su saisir que plus il attaquait Corbyn et sa sympathie pour le Hamas et le Hezbollah, plus ce dernier gagnait en  popularité. Il s’est passé la même chose avec Donald Trump : plus sa détestation des juifs et ses discours subliminaux étaient voués aux gémonies, et plus nombreux étaient les Américains qui le voyaient comme un sauveur.

Conçu dans le but de dénoncer le fanatisme de Waters, Wish You Weren’t Here, ouvre plutôt la voie à une vindicte d’ordre tribal. Faire défiler une cohorte de sionistes d’extrême droite pour leur faire dire qu’une personne engagée en faveur de la paix est fanatique et antisémite parce qu’elle critique l’apartheid d’Israël est un jeu dangereux qui pourrait se retourner facilement contre les juifs eux-mêmes.

Pour comprendre comment ils nous ont tous fait devenir pro-Palestiniens, Being on Time est le livre qu’il vous faut lire (2).

Gilad Atzmon – 10 juillet 2017

 

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(1)  Une manière de détourner le titre original de la chanson de Roger Waters : Wish you were here

(2)  Amazon.com et  gilad.co.uk      

Source : http://arretsurinfo.ch/la-judee-declare-la-guerre-a-roger...

Tous les articles de Gilad Atzmon sur Arrêt sur Info

 

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Un comité de soutien pour Saïf al-Islam Kadhafi à Niamey

Niamey et les 2 jours12 juillet 2017

 

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Un comité de soutien au fils de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a été créé hier à Niamey. Il fustige la volonté de la Cour pénale internationale qui demande l’arrestation de Saïf al-Islam Kadhafi.

De jeunes Libyens résidant au Niger, des étudiants et d’autres acteurs de la société civile nigérienne le composent.

Pour ce comité, le fils de l’ancien chef de la Jamahiriya libyenne reste un « espoir ».

« Nous soutenons Saïf al-Islam parce qu'en tant que fils de Mouammar Kadhafi, il connaît mieux les grands projets de son père et nous soutenons les projets africains de son père », a confié à Rfi, un acteur de la société civile nigérienne.

Le regroupement qui vient de naître, annonce sa volonté de se déployer dans les régions nigériennes proches de la Libye.

Pour rappel, Saïf al-Islam Kadhafi a été libéré puis blanchi par le Parlement libyen en juin dernier. À sa libération, la procureur de la CPI, Fatou Bensouda a demandé son arrestation, avançant un mandat d’arrêt international lancé en 2011.

Source : http://www.niameyetles2jours.com/la-gestion-publique/poli...

 

Qui, en Europe, va se décider à faire autre chose que pétitionner pour réclamer des comptes à la « CPI » sur 1) son origine, sa composition, ses statuts et ses buts réels, 2) ses œuvres ?

 

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S’opposer aux sanctions contre la Russie?

Eberhard HamerA.S.I.13 juillet 2017

 

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Le Congrès américain a décidé de renforcer les sanctions contre la Russie. La seule explication offerte au monde est celle-ci : la Russie aurait occupé la Crimée. Cependant, pour la première fois, Sigmar Gabriel et Angela Merkel se sont exprimés contre les mesures américaines, car elles auraient uniquement le but d’empêcher la construction du gazoduc North-Stream II. C’est par cette conduite que davantage de gaz russe devrait parvenir en Europe par la mer Baltique. Les Américains, cependant, veulent amener leur propre gaz liquéfié en Europe, pour conquérir le marché européen et couper court aux livraisons russes. M. Gabriel a affirmé cela ouvertement. Sans doute ne pouvons-nous guère échapper aux sanctions, car toutes les entreprises participant à la construction ou au financement de North-Stream sont menacées de boycott ou d’une demande en dommages et intérêts par les États-Unis. Il ne s’agit donc pas seulement du fait que les entreprises américaines veulent conquérir le marché du gaz européen mais aussi que nos entreprises sont soumises à d’énormes pressions américaines.

Maintenant, la raison pour laquelle la demande des pays de la zone euro et des politiciens européens d’abandonner les sanctions contre la Russie n’a pas porté ses fruits est devenue très claire. Il ne s’agit ici pas du tout de reproches quelconques qu’on aurait à faire à la Russie, mais d’une tentative pure et simple d’évincer la Russie du marché européen et de réserver celui-ci aux entreprises américaines. Le fait que l’Europe et les entreprises européennes encourent des dommages énormes ne peut que réjouir les entreprises américaines. Les USA qui les représentent se servent brutalement de leur pouvoir pour faire chanter les entreprises européennes si elles sont actives sur le marché américain ou traitent leurs affaires en dollars (cela suffit pour être soumis au droit américain, selon les décisions des tribunaux américains).

Le prolongement des sanctions concerne donc au premier chef le marché du gaz naturel, que les Américains veulent s’assurer en Europe. Et en ce qui concerne les pénalités de plus de 70 milliards imposées par les États-Unis aux multinationales européennes sous diverses justifications (atteinte aux sanctions, violation des taux américains d’émissions polluantes, etc.), il ne s’agit pas non plus de justice ou d’injustice, mais de pur impérialisme économique : dégradation brutale d’entreprises européennes pour débarrasser les entreprises américaines de toute concurrence.

Eberhard Hamer est professeur d’économie.

Source : http://arretsurinfo.ch/sopposer-aux-sanctions-contre-la-r...

Source d’origine :  Horizons et débats http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2017/nr-16-4-juli-2017/widerstand-gegen-russland-sanktionen.html

 

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Festivités du 14 juillet chez les grands de ce monde

 

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Madame JupiterPan, ambassadrice de la légendaire élégance française.

(La dame en visite a eu la délicate attention de se mettre en tricolore) 0. Dessin_macron_gare_je_suis_rien-85773-67022.gif

Oups ! Pas très bien élevé, mais on aime son écriture.

 

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Histoire belge.

Longtemps qu’il n’y avait pas eu.

 

Gouvernance wallonne : toujours plus bas

Philippe Huysmans – Investig’Action13 juillet 2017

 

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Des mandataires PS et MR ont été emmenés tous frais payés par EDF Luminus pour voir un match des Diables Rouges. Une peccadille au regard de Publifin ou du Kazakhgate ? Certes, mais ce petit cadeau aurait pu être sanctionné pour conflit d’intérêts par le code de déontologie des élus wallons. Hélas, le projet a été mis au frigo malgré les belles promesses. (IGA)

Ce matin, on apprenait par l’Écho que Luminus avait emmenés, tous frais payés, l’ex-ministre de l’Énergie, Paul Furlan (PS) et les élus wallons Jeholet (MR), Fourny (cdH) et Crucke (MR) pour aller voir les Diables Rouges en France, lors de l’Euro 2016. Jean-Luc Crucke ayant, pour sa part, été invité deux fois par EDF Luminus.

Prix estimé du voyage : 860 EUR par personne.  Transport, hébergement, frais de bouche, entrée comprise pour les matchs des Diables rouges.

Interrogé sur  La Première, Jean Luc Crucke botte en touche… et contre-attaque.  Il voit dans ces révélations une « fuite » organisée « pour déstabiliser la commission d’enquête parlementaire sur Publifin ».  Ben tiens.

Lire la suite…

Source : http://www.investigaction.net/fr/gouvernance-wallonne-tou...

 

Au moins sont-ils œcuméniques pour communier dans le football. Amis d’Outre-Quiévrain, vous portez vos croix, nous portons les nôtres.

 

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Il paraît que le pape a peur…

Un article de RT repris par l’excellent site Réseau International a provoqué pas mal de commentaires, dont la plupart expriment une indignation estomaquée.

Un des commentateurs dit qu’il est difficile de se faire une idée sur une phrase prise hors contexte. C’est vrai. Sauf qu’il n’y avait pas, à proprement parler, de « contexte ». La preuve :

 

Voilà l’article d’origine en entier :

http://www.repubblica.it/vaticano/2017/07/08/news/scalfar...

 

Et le voici à peu près totalement traduit par nous (nous n’avons sauté que ce qui concernait personnellement l’auteur) :

 

Scalfari interviouve François : « Mon cri au G20 sur les migrants »

La Repubblica8 juillet 2017

 

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[Eugenio Scalfari est un député socialiste italien et un journaliste. Il a fondé le quotidien La Repubblica en 1976 et l’a dirigé jusqu’en 1996. Il y assure encore une chronique dominicale. Il a 93 ans. Il se dit non-croyant. C’est sans doute pourquoi il appelle le pape Votre Sainteté ou Sainteté tout court, et non Saint Père comme font les Italiens en général.]

__________________

Conversation avec le pape à Santa Marta : « Je crains le péril des alliances dangereuses entre puissances. Nous avons, vous le savez bien, comme problème principal et hélas croissant dans le monde d’aujourd’hui, celui des pauvres, des faibles des exclus ».

Par Eugenio Scalfari

JEUDI dernier, avant-hier, j’ai reçu un coup de téléphone du pape François. C’était aux environs de midi et j’étais au journal quand mon téléphone a sonné et une voix m’a salué : c’était celle de Sa Sainteté. Je l’ai reconnue tout de suite et j’ai répondu : « Pape François, je suis heureux de vous entendre. » « Je voulais des nouvelles de votre santé. Vous allez bien ? Vous vous sentez bien ? On m’a dit qu’il y a quelques semaines vous n’aviez pas fait votre article dominical, mais je vois que vous avez repris. »

Votre Sainteté, j’ai treize ans de plus que vous. « Oui, je sais. Vous devez boire deux litres d’eau par jour et manger salé ». Oui, je le fais. D’autres conseils ont suivi, mais je l’ai interrompu en disant : ça fait un bout de temps que nous ne nous sommes plus parlé, j’aimerais venir vous saluer, je pars en vacances dans quelques jours et il y a longtemps que nous ne nous soyons vus. « Vous avez raison, je le souhaite moi aussi. Vous pourriez venir aujourd’hui ? À 4 heures ? » J’y serai certainement.

[…]

Le pape François m’a dit être très préoccupé par le sommet du G20. « Je crains qu’il y ait des alliances assez dangereuses entre puissances qui ont une vision faussée (déformée – distorta) du monde : l’Amérique et la Russie, la Chine et la Corée du Nord, Poutine et Assad dans la guerre de Syrie ».

Quel est le danger de ces alliances, Votre Sainteté ?

« Le danger concerne l’immigration. Nous avons, vous le savez bien, comme problème principal et hélas croissant dans le monde d’aujourd’hui, celui des pauvres, des faibles, des exclus, dont les émigrants font partie. D’autre part, il y a des pays où la majorité des pauvres ne proviennent pas des courants migratoires mais des calamités sociales, d’autres en revanche ont peu de pauvres locaux mais craignent l’invasion des migrants. Voilà pourquoi le G20 me préoccupe : il frappe [?] surtout les immigrants des pays du Tiers Monde et les frappe encore plus avec le passage du temps. »

Votre Sainteté, vous pensez que dans la société globale comme celle où nous vivons la mobilité des peuples est en augmentation, qu’ils soient pauvres ou pas pauvres ?

« Ne vous faites pas d’illusions : les peuples pauvres sont attirés par les continents et les pays d’antique richesse. Surtout par l’Europe. Le colonialisme est parti d’Europe. Il y a eu des aspects positifs dans le colonialisme, mais aussi des négatifs.tongue-out Quoi qu’il en soit l’Europe est devenue plus riche, la plus riche du monde. C’est donc elle qui sera l’objectif principal des peuples migrants. »

Moi aussi j’ai pensé plusieurs fois à ce problème et je suis arrivé à la conclusion que, pas seulement mais aussi pour cette raison, l’Europe doit assumer au plus vite une structure fédérale. Les lois et les comportements politiques qui en dérivent sont décidés par le gouvernement fédéral et par le Parlement fédéral, pas individuellement par les pays confédérés. Vous avez du reste plusieurs fois soulevé ce thème, y compris quand vous avez pris la parole au Parlement européen.

« C’est vrai, je l’ai soulevée plusieurs fois. » Et vous en avez été très applaudi et même ovationné. « Oui, c’est ainsi, mais malheureusement, ça signifie bien peu. Les pays se mettront en branle quand ils se rendront compte d’une vérité : ou l’Europe devient une communauté fédérale ou elle ne comptera plus dans le monde. Mais, maintenant, je voudrais vous poser une question : quels sont les qualités et les défauts des journalistes ? »

Vous, Votre Sainteté, devriez le savoir mieux que moi, parce que vous faites très couramment l’objet de leurs articles.

« Oui, mais ça m’intéresse de l’apprendre de vous. »

Eh bien, laissons de côté les qualités, mais il y en a aussi et parfois de très importantes. Les défauts : rapporter un fait sans savoir à quel point il est vrai ou non ; calomnier, interpréter la vérité en faisant valoir ses propres idées. Et même faire état des idées d’une personne plus sage et plus experte en se les attribuant. « Cette dernière chose, je ne l’avais jamais remarquée. Que le journaliste ait ses propres idées et les applique à la réalité n’est pas un défaut, mais qu’il s’attribue les idées d’un autre pour en retirer plus de prestige, ça, c’est certainement un défaut grave. »

Votre Sainteté, si vous y consentez, je voudrais vous poser deux questions. J’y ai déjà fait allusion une ou deux fois dans mes récents articles, mais je ne sais pas ce que vous en pensez : « J’ai compris, vous parlez de Spinoza et de Pascal. Vous voulez reproposer ces deux thèmes ? »

Merci, je commence par l’Éthique de Spinoza. Vous savez qu’il était juif de naissance mais qu’il ne pratiquait pas cette religion. Il est arrivé aux Pays-Bas en provenance de la synagogue de Lisbonne. Mais au bout d’un certain nombre de mois, après qu’il ait publié quelques essais, la synagogue d’Amsterdam a émis, à son encontre un édit très dur. L’Église catholique, pendant quelque temps, a cherché à l’attirer vers sa foi. Lui n’y répondait pas et avait pris des dispositions pour que ses livres ne soient publiés qu’après sa mort. Entretemps, cependant, certains de ses amis recevaient des copies des livres qu’il écrivait. L’Éthique, en particulier, est arrivée à la connaissance de l’Église, qui, immédiatement, l’a excommunié. Le motif en est connu : Spinoza soutenait que Dieu est dans toutes les créatures vivantes : végétales, animales, humaines. Il y a partout une étincelle du divin. Donc, Dieu est immanent, pas transcendant. Pour cette raison, il a été excommunié.

« Et à vous ça ne vous paraît pas juste. Pourquoi ? Dieu unique est transcendant. Nous aussi, nous disons qu’il y a partout une étincelle du divin, mais la transcendance reste intouchée, et voilà pourquoi il a été excommunié ». Et à moi il me semble, si je me rappelle bien moi aussi, qu’il l’a été sur sollicitation de l’Ordre des Jésuites. « À l’époque dont nous parlons, les Jésuites avaient été expulsés de l’Église, puis ils y ont été réintégrés. Quoi qu’il en soit, vous ne m’avez pas dit pourquoi cette excommunication devrait être révoquée ».

Pour la raison suivante : Vous m’avez dit, dans un de nos précédents entretiens, que dans quelques millénaires notre espèce s’éteindra. Dans ce cas, les âmes qui aujourd’hui ont le bonheur de contempler Dieu mais restent distinctes de Lui, ne feront plus qu’un avec Lui [se fondront en Lui]. À ce moment-là, la distinction entre transcendant et immanent n’existera plus. Et par conséquent, en prévision de cet événement, l’excommunication peut déjà être déclarée vidée de son sens. Il ne vous semble pas, Sainteté ?

« Disons qu’il y a une logique dans ce que vous proposez, mais la motivation s’appuie sur une hypothèse à moi, qui n’est pas une certitude et que notre théologie, en effet ne prévoit pas. La disparition de notre espèce est une pure hypothèse et, donc, ne peut motiver [la levée, sans doute, d’] une excommunication émise pour censurer l’immanence et confirmer la transcendance ».

Si vous le faisiez, Votre Sainteté, auriez-vous contre vous la majorité de l’Église ?

« Je crois que oui , mais s’il s’agissait seulement de cela et si j’étais certain de ce que je dis sur ce thème, je n’aurais aucun doute, seulement je n’en suis pas certain et, par conséquent, je ne vais pas affronter une bataille sur une motivations douteuse et perdue d’avance. Parlons maintenant, si vous voulez bien de la seconde question que vous vouliez me poser. »

Elle concerne Pascal. Après une jeunesse quelque peu libertine, Pascal a été, comme à l’improviste, saisi par la foi religieuse. Il était déjà très cultivé, il avait lu et relu Montaigne et aussi Spinoza, Jansénius, les mémoires du cardinal Carlo Borromeo. En somme, une culture à la fois laïque et religieuse. La foi, tout à coup, l’a frappé de plein fouet. Il a adhéré à la Communauté de Port Royal des Champs puis s’en est détaché. Il a écrit quelques oeuvres parmi lesquelles les Pensées, un livre à mon avis splendide et, d’un point de vue religieux, de grand intérêt. Mais ensuite il y a sa mort. Il était pratiquement moribond et sa sœur l’avait fait porter dans sa maison pour pouvoir l’assister. Lui voulait mourir à l’hôpital des pauvres mais son médecins n’en a pas donné la permission, il ne lui restait que quelques jours à vivre et le transporter n’était plus possible. Il a demandé alors qu’un pauvre, pris dans un hôpital qui s’occupait très mal des pauvres, lui aussi en fin de vie, soit transporté dans la maison où il se trouvait et dans un lit semblable au sien. Sa sœur a essayé de le contenter mais la mort a été plus rapide. Personnellement, je pense que quelqu’un comme Pascal devrait être béatifié.

« Vous, cher ami, vous avez là-dessus parfaitement raison, moi aussi je pense qu’il mérite la béatification. Je me réserve de faire instruire le dossier nécessaire et de demander l’avis des organes du Vatican préposés à ces questions, et de le joindre à ma conviction personnelle qui est positive. » Votre Sainteté, avez-vous jamais pensé à mettre par écrit une image de l’Église synodale ? « Non, pourquoi le devrais-je ? ». Parce que vous en verriez un résultat assez frappant, vous voulez que je vous le dessine ? Mais certainement, j’aime bien les dessins ». Le pape fait apporter du papier et une plume et je dessine. Je trace une ligne horizontale et je dis ceci, ce sont tous les évêques que vous réunissez en synode, ils ont tous un titre égal et une foinction égale qui est celle de prendre soin des âmes du diocèse dont ils ont la charge. Je trace cette ligne horizontale puis je dis : mais Vous, Saint Père, êtes évêque de Rome et, comme tel, vous avez la primauté dans le Synode parce que c’est à vous qu’il incombe d’en tirer les conclusions et d’en tracer la ligne générale de l’évêché [du vescovat ?]. Ainsi l’évêque de Rome se tient sur la ligne horizontale, et il y a une ligne verticale qui monte jusqu’à votre nom et votre charge. D’autre part, les prélats qui sont sur la ligne horizontale administrent, éduquent, aident le peuple des fidèles et, donc, il y a une ligne qui, de l’horizontale, descend à ce qui représente le peuple. Voyez-vous le dessin ? Il représente une croix.

« Elle est très belle cette idée. A moi, il ne m’était jamais venu à l’esprit de faire un dessin de l’Église synodale, vous l’avez fait et elle me plaît beaucoup. »

Il s’est fait tard, François a apporté avec lui deux livres qui racontent son histoire en Argentine jusqu’au conclave et contiennent aussi ses écrits qui sont nombreux, un volume de centaines de pages. Nous nous embrassons de nouveau. Les livres pèsent et il veut les porter. Nous arrivons par l’ascenseur au portail de Santa Marta surveillé par les gardes suisses et ses plus proches collaborateurs.

Ma voiture est devant le portail. Mon chauffeur descend pour saluer le pape (ils se serrent la main) et veut m’aider à entrer dans la voiture ; Le pape lui dit de se remettre au volant et de lancer le moteur. « Je l’aiderai » dit François. Et il arrive une chose qui, d’après moi, n’est jamais arrivée : le pape me soutient et m’aide à monter en voiture en me tenant la portière ouverte. Quand je suis à l’intérieur, il me demande si je suis bien installé. Je lui dis que oui, il referme la portière et se recule d’un pas pendant que la voiture s’ébranle, me saluant jusqu’à la fin en agitant le bras et la main pendant que moi, je l’avoue, j’ai le visage baigné de larmes d’émotion.

J’ai écrit souvent que François est un révolutionnaire. Il pense à béatifier Pascal, il pense aux pauvres et aux immigrants, il souhaite une Europe fédérée et – last mais pas least – il me met en voiture de ses propres mains.

Un homme comme celui-là, nous n’en avons jamais eu.

Source : http://www.repubblica.it/vaticano/2017/07/08/news/scalfar...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

Dieu reconnaîtra peut-être les siens, mais Il aura du mal. En tout cas, un qui va être content, c’est Blaise Pascal.

Résumons :

Soit le pape a téléphoné à un vieux monsieur qui venait d’être malade pour prendre de ses nouvelles et la conversation qu’ils ont eue était privée, soit il avait des choses à dire à la presse et cette entrée en matière était aussi bonne qu’une autre. La conversation a été publiée, et le Vatican n’a rien démenti.

Qu’en penser ?

Sa Sainteté, qui se préoccupe beaucoup des malheurs du monde, n’a pas l’air de s’inquiéter beaucoup de l’Amérique Latine. Pas un mot de Michel Temer du Brésil, de Mauricio Macri d’Argentine, de Juan Orlando Hernández du Honduras, pas un mot des mafias de la drogue qui ont fait de la Colombie et du Mexique, des Syrie sous une autre forme, pas un mot non plus de l’extrême violence actuellement exercée sur le Venezuela. Bizarre. Serait-ce que le Saint Père ne voit dans son continent de naissance nul sujet d’inquiétude ?

Nous sommes de ceux qui pensent qu’il est l’instrument du Deep State autant que le fut Jean-Paul II et que, si Benoît XVI a sauvé sa peau, contrairement à Jean-Paul Ier, c’est que deux meurtres coup sur coup eussent été un peu voyants. Mais nous ne croyons pas François I assez bête pour s’exprimer de la sorte.

Une brève recherche sur internet s’avère instructive : Eugenio Scalfari est connu en Italie comme « l’ami athée du pape », de la variété des athées plus catholiques que le pape. Les Italiens cependant semblent divisés sur le point de savoir s’il est devenu gâteux avec l’âge ou s’il était depuis toujours une andouille de compétition. Car c’est un récidiviste, qui publie régulièrement de longs articles sur ce que lui confie le pape François, relativement surtout aux points de doctrine les plus délicats. Les incroyants se marrent. Les croyants ne se marrent pas du tout. On peut même dire que certains grincent très fort des dents et ne comprennent pas bien pourquoi le Vatican laisse faire et dire. Comme ici par exemple : http://www.antoniosocci.com/ora-il-vaticano-deve-smentire...

Sur la toile, les humoristes s’en donnent à cœur-joie :

 

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Papa Eugenio

 

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Sua Santitá Eugenio I.

 

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Papa Scalfari Tuttacronaca

 

Quand même, quand le Pape a « confié » à Don Eugenio que les divorcés remariés allaient être reçus comme des enfants prodigues dans le sein de leur Sainte Mère l’Église, des Anglais (du Catholic National Register) sont allés poser des questions au porte-parole du Vatican, le père jésuite Federico Lombardi, qui leur a répondu sans ambages :

“As has already occurred in the past, Scalfari refers in quotes what the Pope supposedly told him, but many times it does not correspond to reality, since he does not record nor transcribe the exact words of the Pope, as he himself has said many times.

“So it is clear that what is being reported by him in the latest article about the divorced and remarried is in no way a reliable and cannot be considered as the Pope’s thinking.”

He added that those who have “followed the preceding events and work in Italy know the way Scalfari writes and know these things well” ». (https://onepeterfive.com/fool-me-twice-francis-scalfari-a... )

Ce qui, en bon français signifie :

« “Comme cela s’est déjà produit dans le passé, Scalfari met entre guillemets ce que le Pape est supposé lui avoir dit, mais souvent cela ne correspond pas à la réalité, puisqu’il n’enregistre ni ne transcrit les mots exacts du Pape, comme il l’a dit lui-même plusieurs fois.

“Il est donc clair que ce qu’il rapporte dans son dernier article sur les divorcés remariés n’est en aucune façon fiable et ne peut pas être considéré comme ce que pense le Pape.”

Il a ajouté que ceux qui ont “suivi les événements antérieurs et travaillé en Italie savent comment Scalfari écrit et connaissent tout cela très bien.”

 

Les graphistes anglais n’ont pas voulu être en reste :

 

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Scalfari-Moses

 

Des Italiens qui ont leurs entrées dans les cours de Saint Pierre ont remis ça :

 

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« Io e il Papa in R4 contromano
Non avevamo nemmeno la cintura »

Don Renzo Zocca, curé de Santa Lucia di Pescantina

 

Et si vous ne le croyez pas, c’est ici : http://www.liberoquotidiano.it/news/personaggi/1308899/Pa...

 

Pour ce qui est de la politique, Scalfari (élu du PSI on le rappelle) a aussi ses idées, qui ne peuvent qu’être partagées par le Pape

 

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« L’Italie devrait se soumettre au contrôle de la troïka internationale formée par la Commission de Bruxelles, la BCE et le Fond Monétaire International. »

 

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« Les Italiens détestent l’État parce que les Piémontais les ont envahis. Le Royaume des Deux Siciles était beaucoup plus riche et puissant que le Piémont. L’unité a été faite par des personnes qui parlaient français. C’est le Royaume de Naples qui aurait dû faire l’unité. »

 

La triple question qui s’impose est la suivante :

- À quoi joue RT ?

- Quel comité de rédaction choisit de livrer des inepties avérées au public ? Dans quel but ?

- Qui y détient le pouvoir ? Autrement dit : Qui sont ses actionnaires ?

 

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Mais notre incursion dans le monde fascinant de la presse laïque et socialiste italienne nous a fait tomber sur quelque chose d’intéressant chez le même blogueur catholique que ci-dessus :

 

Müller confirme une fois encore que les papes sont deux et sont tous les deux en charge. Combien de temps pourra-t-on encore faire semblant de ne pas comprendre ? Et pourquoi ne pas dire clairement ce qu’il en est ?

 

Dans mon article du 28 octobre (que vous pouvez lire ICI) je signalais la retentissante interview du cardinal Müller, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, sur Radio Vatican en langue allemande. Un vaticaniste (quoique très feutré et pas très fougueux), devant interviewer le même cardinal Müller (ICI), est parti des mêmes conclusions que moi. Il a écrit : « Il me semble donc comprendre que, pour le cardinal Müller aussi, nous sommes face à – pour utiliser les catégories auxquelles a eu recours il y a quelque temps Mgr Georg Gänswein  à une sorte de “ministère commun”, “collégial” ou “synodal”, à l’intérieur duquel chacun apporte une contribution spécifique. »

Sa première question au cardinal revient à ses deux déclarations (que j’avais signalées et relancées).

Et le cardinal Müller répond : « En effet, nous vivons une phase très spéciale de l’histoire de l’Église : nous avons le pape, mais aussi le pape émérite ».

En outre, dans sa dernière réponse, il ajoute : « Benoît et François (…) se consacrent pleinement à la mission du successeur de Pierre, et c’est une grande richesse pour l’Église ».

Source : http://www.antoniosocci.com/muller-conferma-ancora-volta-...

Traduction : c.l. pour les Grosses Orchades

 

Ce dont il était question, dans les articles précédents, trop longs pour que nous puissions vous les traduire, c’était de

 

« Déclarations retentissantes du cardinal Müller. Grandes manœuvres pour éviter de nouveaux déraillements de Bergoglio et conjurer le schisme »

 

Articles où il était dit entre autres choses, ceci :

« Beaucoup plus passionnants que la fiction sont les mystères du véritable Vatican. Où, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un pape – après des mois de lourdes attaques – s’est “démis” (pour des raisons obscures), mais en réalité en restant pape.

Un schisme à quel propos ? Différends spirituels ? Politiques ? Les deux ? Nous ne sommes pas devins.

Source : http://www.antoniosocci.com/muller-conferma-ancora-volta-...

 

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Puisqu’on est à Rome, tiens… petit cadeau des Grosses Orchades aux RIEN qui ne partent pas en vacances :

 

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Lucius Domitius Ahenobarbus « Nero »

 

La Maison Dorée (Domus Aurea) de Néron

 Théroigne

 

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Qualis artifex pereo : « Quel artiste meurt en moi », aurait dit Néron en se perçant la gorge sur ordre. Était-il fou ? Peut-être. Mais artiste, assurément.

La maison qu’il s’est fait construire après l’incendie de Rome dont il n’est sans doute pas responsable, couvrait 80 hectares (= 800.000 m2) : taille de la Rome intra muros des origines. Outre tous les bâtiments, galeries et terrasses qui la composaient, elle était entourée de jardins, de vignes et de bois, où s’ébattaient animaux domestiques et sauvages, de bassins et même d’un lac artificiel, navigable. Les sols des pièces étaient en mosaïque, les murs recouverts de marbres de toutes couleurs et provenances, de feuilles d’or et de pierres précieuses ou de peintures non moins précieuses (son peintre, Fabullo, ne consentait à peindre qu’en toge, y compris sur les échafaudages, chose très incommode). Le « clou » de la Maison Dorée était une salle à manger ronde éclairée par des ouvertures ingénieuses et surmontée d’une coupole qui tournait sans jamais s’arrêter, pour imiter le mouvement perpétuel des astres dans le ciel (actionnée par des esclaves ou un par un système hydraulique, on ne sait pas). Et pour surpasser le Colosse de Rhodes, merveille de l’Antiquité, Néron s’était fait représenter en Apollon solaire, en or bien sûr et colossal aussi. Dans la fameuse salle à manger, pleuvaient sur les invités pétales de roses et parfums.

Et avec tout cela, Néron était populaire. C’est que s’il avait pris leurs sols aux victimes de l’incendie qui avaient déjà tout perdu (on dit exproprier) il a donné du travail à des milliers d’esclaves et d’hommes libres. (Pas de chômage sous Néron). Pendant quatre ans. Car cette incroyable merveille a été construite en quatre années. Par un jeune homme qui a pu l’habiter avant de mourir à moins de 31 ans.

Les empereurs suivants (Flaviens pour les dames) ont enterré la merveille (l’ont littéralement ensevelie sous des mégatonnes de terre). Sur le lac comblé, ils ont fait construire un amphithéâtre à leur gloire : l’Amphithéâtre Flavien, autrement dit le Colisée, et ils ont, selon la formule consacrée : rendu la terre au peuple, entendez vendu le reste à des promoteurs.

Au XVe siècle, à cause d’un éboulement, un jeune homme tomba dans un trou et se retrouva dans une sorte de grotte aux murs couverts de peintures, extraordinaires de fraîcheur. Tous les peintres de l’époque voulurent les voir, les copièrent et accouchèrent ainsi du style grotesque (qui vient de « grotte »). Hélas, le contact avec l’air et l’humidité les condamnait à la dégradation : on en voit s’effacer à vue d’œil dans un film de Fellini.

La maison de Néron est aujourd’hui classée par l’UNESCO patrimoine de l’humanité, et les Italiens ont entrepris d’exhumer ce qu'il en reste.

Certes, on ne peut financer des entreprises de cette envergure qu’au prix de l’écrasement de nombreux peuples et on dirait que le jeune homme n'a eu qu'à puiser. Mais nos « empereurs »  d’aujourd’hui en écrasent bien davantage et quand on voit de quoi ils accouchent ! Vous avez vu leurs sinistres tours aveugles et leur siège de l’OTAN ? Quels sont les fous qui voudraient les exhumer dans deux mille ans ?

 

La Domus Aurea

digitalement reconstituée en 3 D par la fée Technologie

Des photos et deux vidéos

Sorry, c’est en anglais : rien en français, et même pas de sous-titres !

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https://www.realmofhistory.com/2016/03/21/animation-shows...

 

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Et à quoi bon lésiner, voici de quoi passer une paire d’heures de vos non-vacances à faire connaissance avec l’artiste :

 

Néron – Plaidoyer pour un monstre 1/2

 


 

 

Néron – Plaidoyer pour un monstre 2/2

 


 

Post Scriptum romain

Les doctes Germains responsables de ce documentaire ne sont pas sûrs que saint Pierre ait jamais mis les pieds à Rome, ni, à fortiori, qu’il y ait été supplicié. Ils ne sont sans doute pas sûrs non plus de son existence, même s’ils préfèrent ne pas en parler. Mais l’Église, elle, existe. Pour le bien ou pour le mal, les deux sans doute, elle est une réalité. Et maintenant, elle se déchire. Quand tout se partage en deux, c’est que les temps révolutionnaires sont venus. Savoir où tout finira…

 

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Mis en ligne le 14 juillet 2017.

 

 

 

 

 

21:14 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/07/2017

PALESTINE ENCORE ET TOUJOURS

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Palestine encore et toujours !

Hasta la victoria siempre…

 

8 juillet 2014 : début d’un des plus importants massacres israéliens en Palestine occupée

 

« J’ai tellement espéré que quelque chose de positif allait se passer en Cisjordanie, qu’il était impossible qu’il n’y ait pas un mouvement de révolte de la société, que  je n’ose plus, que je peux plus écrire sur ce thème, tellement je me sens en colère quand j’y pense. En colère contre les traîtres-dirigeants beaucoup plus que contre les bourreaux israéliens qui font leur boulot de bourreaux, normal, ils sont des bourreaux. Mais Abbas et le Fatah. Voilà les responsables du malheur, les mauvais bergers, les véritables traîtres qui s’engraissent en traficotant avec l’occupant. Peut-être qu’un jour je retrouverai assez de courage pour faire un tableau de ce qu’est le malheur absolu, l’enfer sur la terre : la vie à Gaza. En fait, il y a deux Palestines : le purgatoire en Cisjordanie avec des interstices de vie normale et l’enfer tout noir à Gaza. »

Aline de Diéguez, Correspondance.

« Aux sources du chaos mondial actuel » et autres contes de la Palestine occupée.

 

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Mercredi 12 juillet à 19 h

 

Rencontre avec le

Pr. Christophe Oberlin
de retour de Gaza



« Israël n’est pas un État, c’est un lobby »

Christophe Oberlin



Le Pr Christophe Oberlin nous fera part à son retour de sa nouvelle mission chirurgicale à Gaza, de la situation qu'il a constatée dans l'enclave palestinienne sous blocus, trois ans après le déclenchement des bombardements israéliens de l'été 2014.

Nous vous attendons nombreux. Faire passer l'information, rompre le silence, voir ensemble comment on peut se mobiliser pour la levée de ce siège barbare, est essentiel.

 

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« Ces jours-ci, les Palestiniens en général, les habitants de Gaza en particulier et avec eux, tous les solidaires internationaux, commémorent le troisième anniversaire de l'agression israélienne de l'été 2014. Plus de 2200 morts, parmi eux, 600 enfants, et 11000 blessés, civils et enfants en majorité, sans oublier la destruction massive de l'infrastructure civile de la bande de Gaza. Et il sera difficile d'oublier, même après des années et des années, difficile de sortir de nos mémoires ces images bouleversantes de 50 jours de bombes, de missiles et d'attaques sanglantes », écrit Ziad Medoukh, professeur de Français à Gaza.

« Trois ans après, souligne-t-il, aucune enquête officielle n'a été faite pour juger les criminels de guerre israéliens, et aucune commission internationale ne s'est rendue sur place pour constater l'ampleur de cette horreur absolue ».

« Les Palestiniens de Gaza craignent la reprise des attaques israéliennes à n'importe quel moment et sous n'importe quel prétexte, car la communauté internationale officielle qui a gardé un silence complice durant la dernière offensive israélienne, n'exerce pas de pressions sur le gouvernement israélien afin qu'il lève le blocus imposé à la population depuis plus de dix ans ».

Ils attendent une réelle réaction internationale qui mette fin à l'impunité de cet occupant. Ils attendent avec un courage à toute épreuve, une sérénité exemplaire et une volonté remarquable. Ils attendent avec un message simple et clair : nous n'oublierons pas. »

Pour plus d'informations et pour débattre avec le Pr.Christophe Oberlin, nous vous attendons ce mercredi 12 juillet à partir de 19 H à la librairie Résistances.

 

LIBRAIRIE RESISTANCES : 4 Villa Compoint 75017 Paris
(angle 40 rue Guy Môquet)
Métro ligne 13 : Guy Môquet ou Brochant
TEL. 01.42.28.89.52 - info@llibrairie-resistances.com - www.librairie-resistances.com

 

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Le Pr Oberlin écrit aussi des livres. Nous vous en avons parlé à l’occasion. Notamment ici : http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....  et  ici : http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....  - Voici, pour rappel, les trois derniers en date

 

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Christophe OBERLIN

Quelle est la blancheur de vos Blancs et la noirceur de vos Noirs ?

Edilivre (17 juillet 2014)

Collection : CLASSIQUE

87 pages

 

 

 

Quelle est la blancheur de vos Blancs et la noirceur de vos Noirs est un essai qui démontre scientifiquement que les soi-disant « races humaines » n'existent pas. Le parti pris pédagogique est l'ironie. Depuis l'origine du mot « caucasien » dans les fantasmes des voyageurs du XVIIe siècle qui visitèrent les harems orientaux, jusqu'à l'impossible définition de « races humaines », Christophe Oberlin, en s'appuyant sur nombre d'anecdotes personnelles, nous rappelle que la terminologie « races humaines » continue à être bien présente, notamment en science. Pourtant l'anthropologie moderne et la génétique démontrent, sans passion, l'ineptie que constitue cette notion. En illustrant son propos d'exemples historiques et actuels, l'auteur nous démontre à la fois l'absence de fondements scientifiques et en même temps la résistance opiniâtre, y compris parmi les médecins, de certaines idées reçues. La démonstration est claire et donne toutes les clés à ceux qui sont désireux de posséder un argumentaire solide, qu'ils soient élèves, enseignants, journalistes ou hommes politiques.

L'auteur

Christophe Oberlin est né en 1952. Titulaire d'un DEA d'anthropologie, chirurgien des hôpitaux et professeur de médecine à la faculté Denis Diderot à Paris, il est responsable de deux diplômes d'université, enseigne l'anatomie ainsi que la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l'étranger. Il participe depuis trente ans à des activités de chirurgie humanitaire et d'enseignement au Maghreb, en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient.

 

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Christophe OBERLIN

Le chemin de la cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale

Erick Bonnier (1 novembre 2014)

Collection : Encre d'Orient

140 pages

 

 

 

8 juillet 2014. Pour la troisième fois en six ans, Israël attaque la bande de Gaza, un territoire à peine plus grand que l’Île de Ré où s’entassent un million huit cent mille habitants. Très vite les images du massacre inondent les réseaux sociaux, tandis que les grands médias occidentaux et la plupart des responsables politiques campent sur une position « équilibrée », quand ils ne prennent pas fait et cause pour Israël. On parle encore de « possibilités de crimes de guerre » dans les instances internationales, alors que le grand public les constate pratiquement en direct, à la vue d’images terrifiantes. Plus de deux milles Palestiniens sont tués en quelques semaines, et personne ne conteste plus qu’il s’agit en grande majorité de civils.

Le 25 juillet 2014, au nom du ministre de la Justice de Palestine, Salim Al-Saqqa, et du procureur de Gaza, Ismaïl Jaber, un avocat lyonnais, maître Gilles Devers dépose une plainte contre Israël auprès de la Cour Pénale Internationale.

Débute alors une vaste polémique juridique, tandis que les bombes pleuvent toujours sur Gaza.

À partir de l’entrée en fonction de la Cour Pénale Internationale en 2002, Christophe Oberlin retrace les offensives sanglantes sur la bande de Gaza dont il est, depuis 2001, un témoin privilégié. Il montre comment la Cour Pénale Internationale est demeurée, jusqu’à présent, une instance de riches pour juger les pauvres. Il dénonce ceux qui, y compris au niveau de l’Autorité Palestinienne, ont saboté les saisines de la Cour contre les dirigeants israéliens. Il démontre que ce sont bien les forces combattantes palestiniennes qui demandent l’application du droit international, comme celle du droit interne palestinien.

Après des décennies de violences et de simulacres de négociations, le conflit israélopalestinien est-il entré dans l’ère du Droit ?

*****   

Christophe Oberlin est un grand connaisseur de la bande de Gaza où il séjourne plusieurs fois par an. Il est l’auteur à nos éditions de Bienvenue en Palestine, destination interdite, en collaboration avec Acacia Condes (2012) et de La Vallée des fleurs (2013).

 

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Christophe OBERLIN

L’échange – Le soldat Shalit et les Palestiniens

Erick Bonnier (1 avril 2016)

Collection : ENCRE D’ORIENT 

183 pages

 

 

 

« Il s'appelle Gilad Shalit, il a vingt ans, il est caporal dans l'armée israélienne, et le Proche-Orient tout entier est suspendu ce soir à son sort ». C'est par ces mots que le présentateur vedette de la principale chaîne de télévision publique française, David Pujadas, ouvre le journal télévisé de vingt heures le lundi 26 juin 2006. « Le soldat a été enlevé hier par des groupes armés islamistes palestiniens... Paris est concerné car l'otage est aussi français par son père. »

Ainsi débute une saga qui va durer cinq années. Tandis qu'une médiatisation sans précédent de la capture et de l'emprisonnement du soldat israélien envahit le quotidien des Français, les quelques dix mille Palestiniens emprisonnés en Israël ne constituent pour les pays occidentaux rien de plus qu'une statistique.

Christophe Oberlin s'attache ici à nous faire connaître le parcours de certains d'entre eux, leur vie et leurs espoirs. Il nous fait entrer aussi dans le secret des négociations qui ont abouti à l'échange de prisonniers le plus spectaculaire de l'histoire du conflit israélo-palestinien.

 

 

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Un autre livre à découvrir :

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Mazin QUMSIYEH

Histoire populaire de la résistance palestinienne

Préface : Michel Warschawski

Traduit de l’anglais par Jean-Marie Flémal

Éd. Demi-Lune, 2013

416 pages

 

 

 

Les médias occidentaux dépeignent la résistance palestinienne contre l'occupation israélienne comme étant exclusivement violente : résistance armée, attentats suicides, tirs de roquettes, prise d'otages, etc. Dans la réalité, si ces méthodes existent, elles relèvent de l'exception dans un vaste mouvement de résistance pacifique et non violente, voire créative. Dans ce livre fascinant, le docteur Mazin Qumsiyeh synthétise d'innombrables informations provenant de sources variées et originales afin de présenter l'étude la plus complète de la résistance civile en Palestine. Son ouvrage contient des centaines d'exemples de méthodes de résistance aussi héroïques qu'innovantes employées par les Palestiniens depuis plus d'un siècle. L'auteur analyse également les réussites, les échecs, les occasions manquées, et les défis que doivent surmonter les Palestiniens ordinaires dans leur lutte pour la liberté dans des conditions extraordinairement difficiles. Il est le seul auteur à avoir effectué le minutieux travail critique et l'étude comparative des soulèvements (de 1920-21, 1929, 1936-39, 1970), et des deux Intifadas de 1987-91 et 2000-06. Les histoires humaines fascinantes racontées dans ce livre sont autant de sources d'inspiration pour les personnes de toutes confessions et origines politiques afin qu'elles définissent une voie plus efficace et mieux informée pour un avenir de paix et de justice.

L’auteur

Chercheur en génétique et professeur aux Universités de Bethléem et de Birzeit, après avoir enseigné aux États-Unis, le docteur Mazin QUMSIYEH est président du Centre palestinien pour le rapprochement entre les peuples. Figure importante de la résistance populaire dans laquelle il prend une part active et qu'il organise, il collabore également avec de nombreux mouvements pacifistes de la société civile, et a publié plus de 1.000 articles dans des journaux, des livres et sur l’Internet. Il est aussi l’auteur de Sharing the Land of Canaan: Human Rights and the Israeli-Palestinian Struggle (2004, en anglais). Si vous lisez l'anglais, nous vous conseillons de visiter son blog : popular-resistance.blogspot.fr/

 

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Quelques liens pour vous rafraîchir la mémoire :

Interview du Dr. Christophe Oberlin

https://anniebannie.net/2015/07/08/interview-du-dr-christ...

Lettre ouverte à Françoids Hollande et autres racistes qui nous dirigent par Christophe Oberlin

http://reseauinternational.net/video-lettre-ouverte-franc...

 

On ne peut pas dire que le Conseil de l’Ordre des Médecins (création pétainiste jamais revisitée) se soit couvert de gloire, dans sa poursuite du Dr. Oberlin pour le compte du lobby israélien de France…

 

AMIF, Conseil de l'Ordre : entretien avec Christophe Oberlin

 

 

Et toujours au micro du Cercle des Volontaires

 

Christophe Oberlin, sur les plaintes contre Israël auprès de la CPI

 


 

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On a hésité, parce que l’ami Dieudo gesticule comme un mauvais acteur* (qu’est-ce qui lui arrive ? Il aurait fallu Brasseur père, qui se serait effacé et aurait dit ça sans bouger) mais les deux instruments sont tellement sublimes…

 

Palestine

 


 

___________  

* Les bons acteurs comiques ne sont pas toujours de bons acteurs tragiques, voyez Molière…

 

Pendant qu’on y est, on va y aller de notre critique. Il y a longtemps qu’on trouve que le blog de Gilad Atzmon devrait être systématiquement, au coup par coup, traduit en français, exactement comme le Saker. Par les gens du Saker francophone peut-être… ils ne sont pas assez nombreux ? N’ont pas le temps ? Gilad pourrait pourtant, à notre avis, en remplacer bien d’autres sans qu’on n’y perde rien...


 

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Et en attendant la 2e partie de la trilogie de Norman Finkelstein sur la Guerre des six jours (Guerre des 6 jours : que s’est-il réellement passé en juin 1967 ?), voici toujours ce qu’avait à en dire Hassan Nasrallah :

 

Israël n'a gagné aucune guerre depuis 1967 (1/3)

 


 

Transcription

[…] Eh bien, sixième (élément de force pour la cause palestinienne), la persistance et l’endurance des mouvements de Résistance au Liban et en Palestine. Ils ne se sont pas enfuis, ni retirés, ni n’ont déposé les armes, ni n’ont détruit leurs missiles, ni ne les ont jetés à la mer, ni ne les ont jetés à la poubelle, ni ne les ont troqués, ni n’ont changé de ligne, d’alliances ou de positions, malgré tout ce dont nous venons de parler : les menaces, intimidations, accusations de terrorisme, arrestations, assassinats, emprisonnement, blocus, assèchement des sources d’argent, lois imposant des sanctions, (inscription sur la) liste des organisations terroristes, etc. C’est également une chose (très) importante.

Mais le plus important, laissez-moi le souligner, et qui constitue également un véritable succès pour la Résistance au Liban et en Palestine à travers toutes ces (six ou sept) années passées : cette Résistance qui œuvre à sa perpétuation, à sa force, à son état de préparation, à l’augmentation de ses effectifs, sur les plans moral, psychologique, matériel, militaire et sécuritaire, ce même Israël, à (la conférence annuelle) d’Herzliyya (juin 2017), en considérant les pays qu’il a dénommés « les pays arabes sunnites modérés » (et en réalité, la responsabilité de répondre à ces déclarations incombe plus aux sunnites qu’à nous), mais en même temps, Liberman, cet extrémiste fanatique, que dit-il ? Lorsqu’il parle du problème de savoir pourquoi Israël n’est pas parvenu à des accords de compromis dans la région, il énumère un certain nombre de raisons, et je vais juste vous (en) lire deux lignes et demie.

L’une des raisons qu’il énonce, écoutez bien parce que ces paroles ont coûté (beaucoup de) sang, et constituent un succès (véritable), une victoire, une reconnaissance de l’ennemi (lui-même) (que devraient prendre en considération) ceux qui discutent toujours (de cette réalité). Dans ce discours à Herzilya, Liberman dit : « Je considère que l’un de nos problèmes est que depuis 1967, nous n’avons... nous n’avons... (rires) nous n’avons remporté aucune bataille. » Voilà (ce que déclare) Liberman. Je reprends ma lecture : « Je considère que l’un de nos problèmes est que depuis 1967, nous n’avons remporté aucune bataille. En réalité, la dernière bataille, et la dernière fois que nous avons gagné (une guerre), c’était la guerre des six-jours. Qui avait gagné et qui avait perdu ne faisait (alors) aucun doute pour quiconque. » C’est-à-dire qu’en 67, personne n’avait aucun doute qu’Israël avait gagné, et que les Arabes avaient perdu. « L’absence de victoires est une chose qui mène au peu de confiance (en nos capacités) de la partie adverse. » Je vais encore citer un extrait de ses propos (après mon commentaire).

Lire la suite…

Source : http://sayed7asan.blogspot.be/2017/06/hassan-nasrallah-is...

 

 

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Mis en ligne le 10 juillet 2017

 

 

 

 

12:01 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/07/2017

RÉALIGNEMENT STRATÉGIQUE MARITIME DE LA CHINE

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Avant de découvrir – et afin de mieux comprendre – ce qui va suivre, il nous paraît plus qu’utile de relire ce qu’écrivait le toujours si bien informé Georges Stanechy, dans son « Escale à Gwadar » du 17 mai 2015 (deux ans déjà !).

Pour rappel :

 

Escale à Gwadar

Georges Stanechy – À contre-courant – 17 mai 2015

 

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Paysage lunaire, bordé de vagues. Un port.

Gwadar...

Depuis la nuit des temps, vivotant de pêche et de cabotage.

Alexandre et ses troupes dit-on, dans leur frénésie de conquêtes y passèrent, épuisées, assoiffées ; la flotte du conquérant, sous le commandement de son amiral Néarque, y aurait fait escale pour procéder aux inévitables travaux de maintenance de sa flotte de 120 navires et au ravitaillement de ses 10.000 hommes...

Lire la suite…

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http://stanechy.over-blog.com/2015/05/escale-a-gwadar.html

 

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Réalignement stratégique maritime de la Chine

Par Brian Kalman, en exclusivité pour SouthFront

28 juin 2017

 

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Brian Kalman occupe un poste de direction dans l’industrie du transport maritime après avoir servi pendant onze ans dans l’US Navy avec le grade d’officier. Il vit et travaille à présent dans les Caraïbes.

 

Introduction

La Chine fait construire son premier LPD [Landing Platform Dock = Bâtiment militaire de transport de chalands de débarquement] Type 075 par les chantiers navals de la Compagnie Hudong Zhonghua, à Shanghaï. La construction a très probablement débuté en janvier ou février de cette année d’après les images satellitaires et les photos digitales publiées en ligne d’au moins une cellule de coque préfabriquée. Le Type 075 sera le plus grand vaisseau de guerre amphibie de la Marine de l’Armée Populaire de Libération (MAPL) avec les mêmes déplacements et dimensions que le LHD Classe Wasp de l’US Navy [LHD, Landing Helicopter Dock = Navire d’assaut amphibie polyvalent]. L’Armée Populaire de Libération (APL) a aussi fait savoir, par des canaux officieux, qu’elle avait l’intention de faire passer son corps actuel de Marines (CMAPL) de 20.000 à 100.000 hommes. La Chine, pendant qu’elle mettait la dernière main aux préparatifs de sa nouvelle base stratégique de Djibouti, à la Corne de l’Afrique, a aussi continué à investir de façon substantielle dans le développement du port de Gwadar, au Pakistan. Car Gwadar ne va pas seulement devenir une plateforme logistique-clé du Corridor Économique Chine-Pakistan (CECP) et de l’Initiative One Belt One Road (OBOR), il va devenir aussi une base navale-clé chargée d’assurer la sécurité du commerce maritime chinois dans la région.

Quand on envisage ces développements en les rapprochant de la décision des dirigeants de l’APL de réduire ses troupes de 300.000 hommes, il devient évident que la Chine est en train de réviser l’orientation stratégique de ses forces armées. Le corps des Marines de l’APL et sa Marine vont au contraire se dilater. La Chine continue à moderniser et à développer la MAPL en même temps qu’elle lui fait prendre ses quartiers en Mer de Chine Méridionale. La Chine a fait savoir son intention de fortifier les îles de cette région stratégiquement importante et d’y installer des garnisons, tout en établissant d’autres bases complémentaires dans l’Océan Indien et à proximité du Détroit d’Hormuz et du Détroit d’Aden. La flotte de guerre de plus en plus capable et conséquente de la MAPL, composée désormais de puissants porte-avions et bâtiments de guerre amphibies, va permettre à la Chine d’établir et de maintenir des lignes de communication entre ces bases militaires-clés. Bien que ses voisins de la région  puissent ressentir les capacités de projection de puissance et la présence navale de la Chine comme une menace, il est évident que la Chine fait en réalité ce qu’elle est obligée de faire pour protéger les sommes massives qu’elle a investies pour construire son réseau mondial de transport de commerce : la Route de la Soie terrestre « ceinture économique » et la Route de la Soie maritime du XXIe siècle.

 

Réalignement maritime

Le South China Morning Post a rapporté en mars dernier que des sources anonymes de l’APL et de la MAPL l’avaient informé que des plans étaient en cours d’élaboration visant à accroître la MAPL de façon conséquente et à répartir ces forces additionnelles entre les bases situées sur le territoire maritime chinois proprement dit et sur une sphère d’influence maritime plus étendue. Ces sources ont révélé l’intention de la MAPL de multiplier par cinq le corps actuel des Marines, en le faisant passer de deux brigades (20.000 hommes) à dix brigades (100.000 hommes). Elles ont aussi fait savoir que la MAPL allait être développée à la fois en volume et en capacités avec adjonction à la flotte actuelle de nombreux vaisseaux de guerre de grands déplacements en charge et de divers types. Particulièrement intéressante est l’adjonction d’au moins deux DDG [Guided missile destroyers = destroyers lance-missiles] de Type 055, d’un porte-avions d’une classe nouvelle entièrement conçu et construit en Chine, de deux LPD supplémentaires de Type 071 (ce qui portera à six le nombre de bâtiments de cette classe) et le premier LHD Type 075.

Les chantiers navals chinois continuent de produire à bride abattue des destroyers de la classe Type 052D, des frégates de la classe Type 054 et des corvettes de la classe Type 056. La Chine est en train d’acquérir très rapidement la capacité de projeter sa puissance et sa présence navale à des distances de plus en plus grandes de ses rives. Et la MAPL ne fait pas que se développer en tonnage, ses nouveaux vaisseaux sont considérablement plus capables, étant conçus pour avoir un bien plus grand rayon d’action, une plus grande puissance de feu et des systèmes radar, sonar, de communications et de gestion de combat de dernière génération. La MAPL va s’efforcer d’y ajouter et d’entraîner 25% d’hommes en plus sur les cinq ans à venir, pour s’assurer les équipages, les pilotes et le personnel de soutien qualifiés dont cette ambitieuse expansion a besoin. Dans le même laps de temps, l’APL licenciera 300.000 hommes.

Dans une précédente analyse sur les capacités amphibies de la Chine, j’ai détaillé l’augmentation planifiée des Marines de l’APL et la multiplication par deux des Divisions d’Infanterie Amphibies Motorisées. Les dernières informations données par le South China Morning Post soulèvent un certain nombre de questions. Le gouvernement chinois a-t-il l’intention de quintupler la taille de sa marine après avoir déjà doublé le nombre de ses AMID [Air and Marine Interdiction Divisions = Divisions de protection aérienne et marine des frontières] depuis 2014 ? Si c’est le cas, une augmentation de 100% de ses AMID et une de 500% de son Corps de Marines (CMAPL) dénotent un changement de cap majeur dans la stratégie de défense de l’État chinois. Avec le succès grandissant de la Route de la Soie terrestre et de la Route de la Soie maritime, il devient de plus en plus évident que la Chine doit concentrer ses efforts sur la sécurisation et la défense de ces grandes voies économiques mondiales. La Chine a investi massivement, en partenariat avec beaucoup de nations, pour assurer le succès de ce réseau de routes économiques qui va couvrir la moitié du globe. Beaucoup de ces artères logistiques vont transiter par des territoires maritimes stratégiques internationaux. À la lumière de ces développements, que la Chine abandonne l’optique d’une guerre de terrain sur son sol pour la remplacer par une projection de puissance accrue et une présence maritime plus étendue paraît tout à fait logique.

 

Bases maritimes à Djibouti et Gwadar

Tout en déployant de grands efforts pour assurer sa prospérité économique à long terme, la Chine a estimé nécessaire de protéger ces intérêts en négociant des accords mutuellement profitables avec des nations bordant un Océan Indien stratégiquement important. Elle a ainsi commencé en 2016 la construction d’installations de soutien maritime à Obock (Djibouti), bien entendu pour protéger ses intérêts en Afrique (continent où elle a investi 30 milliards de dollars US), mais aussi pour faciliter des opérations conjointes de lutte contre la piraterie dans la région et pour disposer d’une base navale capable de soutenir un grand déploiement dans le temps et dans l'espace des unités de la MAPL destinées à protéger les voies maritimes transitant par le détroit d’Aden. En outre, la Chine a investi quelque chose comme 46 milliards de dollars US dans le développement du Corridor Économique Chine-Pakistan (CECP), y compris un mise de fonds très importante dans l’infrastructure du port de Gwadar. Les gouvernements des deux nations souhaitent le stationnement permanent d’une flotille de guerre de la MAPL dans ce port et, si possible, une force de réaction rapide des Marines de l’APL. Gwadar occupe une position excellente pour non seulement protéger les intérêts économiques chinois au Pakistan, mais aussi réagir à toute crise qui menacerait d’interrompre ou de retarder le trafic maritime, surtout les transports d’énergies, à destination de la Chine.

 

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Vue simplifiée des lignes de communication maritimes de la MAPL entre ses principales bases navales en Chine du Sud et ses bases nouvellement établies outremer. Les bases situées dans des îles importantes de la Mer de Chine Méridionale ne sont pas reprises sur cette carte, mais devraient être prises en compte pour dresser un tableau précis de la position de défense maritime chinoise.

 

La base militaire construite à Obock, Djibouti est très proche de la base militaire US de Camp Lemonnier, ainsi que d’une implantation beaucoup plus petite, occupée par la JMSDF (Japanese Maritime Self Defense Force = Force d’Auto-Défense Maritime Japonaise). Bien que la Chine minimise le rôle militaire de sa base, il est évident que celle-ci n’a pas été conçue uniquement pour faciliter le réapprovisionnement, le ravitaillement en carburant et l’entretien des vaisseaux de la MAPL, mais aussi pour servir de base aux sous-marins patrouilleurs de la MAPL dans l’Océan Indien et pour y prépositionner des éléments de guerre amphibies. La dilatation significative des CMAPL et la construction incessante de nouveaux vaisseaux de guerre amphibies vont dans le sens de cette thèse. Le positionnement avancé de ses foces navales permettra à la MAPL de protéger ses importations vitales de pétrole brut et de gaz naturel qui transitent par le Canal de Suez (2% du total national annuel), par le Golfe d’Aden (4% annuellement) et dans l’Océan Indien, par les routes occidentales de la Corne de l’Afrique (34% annuellement). Vu que 6%  de ses importations de gaz naturel et 34% de ses importations de pétrole brut par voies maritimes transitent par cette région, le désir de la Chine de protéger ces passages est on ne peut plus clair.

 

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Situation de la base de la MAPL à Obock, Djibouti par rapport à Camp Lemonnier. La carte insérée montre très clairement la situation géographique stratégique de Djibouti, à l’intersection de la Mer Rouge et du Golfe d’Aden.

 

L’importance stratégique des installations navales de Gwadar, sur la côte sud du Pakistan est aussi très évidente. Non seulement la présence de la flotte de guerre et des Marines de la MAPL est nécessaire pour assurer la sécurité des intérêts vitaux de la Chine au Pakistan et le long du Corridor Économique Chine-Pakistan, mais elle assure aussi à la MAPL une base d’opérations proche du Détroit d’Ormuz. À peu près 51% de toutes les importations chinoises de pértrole brut passent par ce détroit, et 24% des importations de gaz naturel par voie maritime. Toute fermeture du Détroit d’Ormuz qui serait due à un conflit militaire hypothétique ou à un acte de terrorisme ou de piraterie aurait un impact énorme sur l’économie chinoise. Les récentes manœuvres conjointes entre navires de guerre des marines chinoise et iranienne mettent en évidence la volonté de la Chine de travailler en collaboration avec les pouvoirs régionaux, pour faire face à l’importance vitale de protéger le commerce maritime qui passe par ce goulot d’étranglement.

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Développement permanent et fortification d’îles en Mer de Chine Méridionale

Quoique les routes commerciales maritimes transitant par l’Océan Indien soient d’une importance vitale pour maintenir la machine de production industrielle chinoise en ordre de marche, la Mer de Chine Méridionale est d’une importance encore plus grande pour un certain nombre de raisons. La région ne fait pas que permettre le passage de 5 trillions (5 milliards de milliards) de dollars US du commerce mondial par an, mais une grande partie de ce commerce annuel est constitué par les importations énergétiques chinoises et les produits manufacturés en Chine. Le goulot géographique du Détroit de Malacca, au sud-ouest de la Mer de Chine Méridionale, permet le transit de 84% du pétrole brut et de 30% du gaz naturel importés par la Chine.  La fermeture de ce détroit ou une interruption notable du trafic dans cette mer aurait un effet dévastateur sur l’État chinois. Il en va de l’intérêt vital national de la Chine de sécuriser la région rien que pour empêcher cela. De plus, en établisant une série d’avant-postes dans des îles stratégiquement situées aux abords de la Mer de Chine Méridionale, la Chine se dote d’une plus grande possibilité d’assurer la sécurité dans la région tout entière, d’établir un A2/AD [Anti-Access/Area Denial = Anti-Accès/Zone de Déni] et de défendre les abords méridionaux du territoire chinois, tout en faisant valoir les réclamations de la nation en matière d’énergies précieuses et de ressources renouvelables dans la région.

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La Chine continue à étendre et à renforcer ses implantations à la fois dans les iles de l’archipel des Paracels et dans celui des Spratleys. Les constructions massives sur Mischief Reef, Fiery Cross Reef et Subi Reef [bases militaires construites sur des îles artificielles, ndt] devraient être achevées vers la fin de cette année. Ces trois îles représentent le plus gros investissement de la Chine pour établir un contrôle sur les Spratleys et la Mer de Chine Méridionale dans leur ensemble. Les trois îles possèdent de larges pistes renforcées de 2.500 à 2.700 mètres de longueur, des hangars d’aviation à l’épreuve des bombes, des bunkers à munitions, des logements et des installations (sanitaires et autres) à l’usage du personnel militaire, ainsi que des tours et des panneaux radar avancés (Adanced Radar Towers). Des avions de combat et des missiles sol-air HQ9 ont été déployés sur certaines des îles au cours de l’année écoulée. Ces trois îles, en conjonction avec les stations de surveillance, les installations portuaires et les bases d’hélicoptères disséminées sur un certain nombre de plus petits atolls, ainsi que sur des îles naturelles ou articielles des Spratleys, donnent à la Chine le moyen de projeter sa puissance et d’affirmer sa présence dans la région à un niveau inaccessible à quelque autre puissance régionale ou internationale que ce soit. Ces bases insulaires associées aux missiles et aux avions de combat situés sur le territoire chinois et aux forces navales qui mouillent en Chine du sud, peuvent très efficacement effectuer des opérations A2/AD sur la totalité de la Mer de Chine Méridionale. De fortes garnisons de Marines du CMAPL et l’infanterie légère amphibie de l’APL auront pour tâche de sécuriser et de renforcer les troupes de l’APL et de la MAPL chargées des champs d’aviation, des ports et des centres de radar.

 

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Cette image satellitaire illustre l’étendue du développement de Fiery Cross Reef depuis le début des principales réclamations territoriales chinoises en 2014. Fiery Cross Reef fait, en taille, à peu près les 2/3 de Subi Reef et la moitié de Mischief Reef.

 

La Chine a simultanément renforcé sa position dans les îles Paracel. La plus grande des îles, qui est aussi le centre administratif de la région, est l’île Woody. Cependant, la Chine a beaucoup avancé dans la construction de ses installations de soutien naval et par hélicoptères. C’est notamment le cas sur les îles Duncan, Palm et Tree. Ces îles pourraient bientôt servir de bases navales de réapprovisionnement et/ou de bases ASW [Anti Submarine Warfare = Guerre anti-sousmarine]. Des tensions entre la Chine et le Vietnam, à propos de la souveraineté revendiquée par les deux pays sur les îles Paracel, ont continué longtemps après que la Chine ait défait les forces vietnamiennes à l’issue d’une série d’escarmouches navales dans les années 1970 et 1980. La découverte de gisements de pétrole et de gaz naturel dans la région a alimenté, depuis quelques années, une recrudescence de ces tensions.

 

Une flotte de guerre amphibie en cours de croissance

Tout en progressant dans son accroissement du CMAPL et des divisions amphibies de l’APL, la Chine a soutenu le rythme rapide de son programme de constructions navales dans le but de se doter d’une capacité de transport maritime amphibie équilibrée et flexible. À l’heure actuelle, l’US Navy a, de loin, la flotte d’assaut amphibie la plus importante et la plus capable du monde. La Chine ne tente pas de la surpasser mais de se tailler une flotte de guerre amphibie moderne assez importante pour défendre les intérêts maritimes de la nation, et qui possède en même temps une capacité de projection de puissance susceptible d’être utilisée sur toute l’étendue de la Route de la Soie maritime. Ses forces doivent être extrêmement flexibles, à longue portée, sur le long terme, et en nombre suffisant pour couvrir un espace géographique très étendu.

 

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Deux Classe LPD Type 071 conduisant des opérations avec des hélicoptères et des LCAC [Landing Craft Air Cushioned = Véhicules de débarquement sur coussin d’air] Type 726A, au large des îles Hainan, en Mer de Chine Méridionale.

 

Les deux premières classes de navires amphibies qu’il a été considéré comme essentiel de concevoir, de construire et de fournir à la MAPL ont été les LST [Landing Ship Tanks = Bâtiments de débarquement de chars] Type 072A (dernière génération de tous les LST de Type 072), et les LPD [Transport de chalands de débarquement] de Type 071. La MAPL fait fonctionner 32 LST Type 072 dans toutes ses variantes, dont 15 du nouveau Type 072A. Le Type 072A a une superstructure plus élancée et un pont de coffre conçu pour recevoir un véhicule de débarquement sur coussin d’air. Ce vaisseau a un petit pont de décollage pour recevoir un hélicoptère et suffisamment d’espace sous pont pour y loger un maximmum de 10 MBT [Main Battle Tanks = Chars de combat principaux] ou 500 tonnes de véhicules légers ou autre cargo. Il peut transporter entre 250 et 300 hommes.

Un total de six LPD de Type 071 sont planifiés, dont quatre sont actuellement en service et un cinquième devrait être achevé cette année. Trois des quatre vaisseaux en service opèrent avec la Flotte de la Mer du Sud et un opère avec la Flotte de la Mer de l’Est. Le cinquième vaisseau de cette classe devrait être prêt pour des essais en mer cet été, tandis que le sixième et dernier est en cours de construction aux chantiers navals de la Compagnie Hudong Zhonghua. Ces LPD sont équipés d’un pont de décollage arrière et d’un hangar pour permettre des opérations par hélicoptères et d’un pont permettant les assauts par AAV [Assault Amphibious Vehicle = Véhicules blindés lourds amphibies], LC [Landing Craft = Véhicules de débarquement] ou LCAC Hovercrafts [Véhicules de débarquement sur coussin d’air]. Chaque vaisseau est équipé d’un hôpital, d’un vaste espace cargo pouvant contenir des fournitures de secours aux sinistrés et/ou des véhicules légers, ainsi qu’assez d’espace pour abriter un complément de 500 à 800 hommes selon les missions à accomplir. Ces vaisseaux sont idéalement conçus pour les opérations d’aide humanitaire et  les secours aux sinistrés [Humanitarian and Disaster Relief, HADR] dans le sud et le sud-est de l’Asie, grâce à leur faible titant d’eau et à leur flexibilité opérationnelle.

 

Le Classe LHD Type 075 prend forme

Comme les principales marines du monde, la MAPL a reconnu les bénéfices à retirer de la possession d’une grande plateforme navale multi-rôles comme le navire d’assaut amphibie polyvalent LHD, d’un LHA [Landing Helicopter Assault = Porte-hélicoptère d’assaut avec petit radier, pont d’envol continu et îlot de tribord] ou d’un LSD [Landing Ship Dock =  Transport de chalands de débarquement : à la différence des LPD, les LSD transportent du matériel lourd]. Plus grands en dimensions et en déplacement que les LPD, ces vaisseaux ont aussi une plus grande capacité de projection de puissance et donnent aux concepteurs navals une multitude d’options pour s’attaquer aux défis tant militaires qu’humanitaires. Le plus flexible de ces grands vaisseaux est sans doute le LHD.

 

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Un certain nombre de photos de ce qu’on croit être le premier classe LHD Type 075 ont fait leur apparition sur la toile au début de cette année. Des images-satellite d’une section complète de coque correspondant aux dimensions de ce vaisseau avaient déjà circulé en ligne fin 2016.

 

On a commencé à planifier la construction d’un vaisseau de ce genre en 2012, dont diverses versions ont été envisagées. La classe a été connue dans les années suivantes comme étant de Type 075 ou de Type 081. Les plans définitifs ont été approuvés et la construction a débuté en 2016. Le même constructeur qui avait produit les LPD Type 071 (les chantiers navals Hudong Zhongha) a cette fois encore été choisi pour construire le premier d’au moins deux LHD Type 075. Quoique beaucoup d’analystes croient que la MAPL a l’intention de construire seulement deux vaisseaux de ce genre, au moins un ou deux vaisseaux additionnels de cette classe seront nécessaires pour faire face aux besoins grandissants de la nation en matière de sécurité maritime et de projection de puissance. Tout semble indiquer en outre que la MAPL a l’intention de se doter de deux ou trois ARG [Amphibious Ready Groups = Groupes de bâtiments de guerre équipés pour des opérations amphibies], étant donné qu’elle n’a cessé, lentement et méthodiquement, de développer ses compétences dans la guerre amphibie tout au long des deux dernières décennies. Les Chinois s’y sont pris de la même façon pour mettre sur pied une force aérienne opérant à partir de porte-avions modernes. Le lancement réussi d’un programme de construction de porte-avions, encore dans l’œuf mais capable, a impressionné même les sceptiques les plus véhéments.

 

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Maquette du Classe LHD Type 075.

 

Le Classe LHD Type 075 est ce qu’il y a de plus proche, du point de vue conception et taille, du Classe LSD Wasp de l’US Navy. D’après ce que l’on en sait, le Type 075 déplacera 40.000 tonnes, aura une LOA [Length Over All = Longueur hors-tout] de 250 mètres et une largeur de 30 mètres. Le classe Wasp déplace juste un peu plus de 41.000 tonnes à plein chargenement, a une longueur hors-tout de 257 mètres et une largeur de 32 mètres. Son pont d’envol mesure à peu près 92.000 pieds carrés [= 8.547 m2] et peut prendre en charge des hélicoptères moyens et lourds ainsi que des avions de combat VSTOL [Vertical or Short Take Off and Landing = À décollages et atterrissages courts].

Le Type 075 sera doté d’un très grand pont, conçu pour permettre des opérations amphibies par des LCAC [Véhicules de débarquement à coussin d’air], des AAV [Véhicules blindés lourds amphibies] et des péniches de débarquement conventionnelles. Chaque LHD devrait théoriquement pouvoir transporter 1.500 à 2.000 Marines, un mélange complet de MBT [Chars de combat principaux] et d’AAV (25 à 40 véhicules blindés), 60 à 80 véhicules légers en plus d'un vaste espace de chargement de cargo. Le complément en hélicoptères devrait comprendre vingt hélicoptères de transport Z-8, deux hélicoptères ASW Z-18F [Anti-Submarine Warfare = anti-sousmarins], un ou deux hélicoptères AEW Ka-31 [Airborne Early Warning = Système de détection Alerte aérienne avancée], quatre hélicoptères utilitaires Z-9, et peut-être six à huit versions navales de l’hélicoptère d’attaque Z-10. Sans dispositif de décollage vertical en service, la MAPL devrait opter sans doute pour des éléments d’attaque à ailes rotatives pour ses LHD, du même genre que ceux que la Russie avait prévu d’adopter pour les vaisseaux de Classe Mistral que la France avait construit pour elle mais ne lui a pas livrés et a vendus en définitive à l’Égypte.

 

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Hélicoptères d’attaque Z-10 utilisés par l’APL. Un Z-10 modifié pour utilisation navale remplirait les mêmes fonctions que les Viper AH-1Z du Corps des Marines US et les hélicoptères d’attaque navale russes Ka-52k.

 

Efforts diplomatiques de désescalade

Alors que les États-Unis, sous l’administration actuelle et les trois précédentes, ont essayé d’influencer leurs adversaires potentiels par le « bâton » d’une menace d’intervention militaire et leurs alliés potentiels par la « carotte » de ventes d’armes, la diplomatie chinoise s’est avérée beaucoup plus créative dans la poursuite de ses buts. S’efforçant de construire leur Ceinture Économique Route de la Soie et leur Route de la Soie Maritime du XXIe siècle (Initiative One Belt One Road), les Chinois ont négocié et signé des traités commerciaux mutuellement bénéfiques avec un grand nombre de nations. Ces contrats comportent des projets d’infrastructures pour le transport des énergies et des marchandises qui seront très profitables aux nations qui les hébergeront et amélioreront immensément le bien-être économique et social de leurs populations pour les décennies à venir. De plus, les accords de sécurité bilatéraux, comme celui qui prévoit le stationnement d’une flotille de la MAPL à Gwadar, témoignent d'une volonté de partager le fardeau de la protection d’intérêts économiques partagés contre une multitude de menaces.

La Chine n’a pas craint d’utiliser son armée pour protéger ce qu’elle voit comme ses intérêts vitaux – économiques, territoriaux ou énergétiques – que ce soit à l’intérieur de ses frontières ou aussi loin que le golfe d’Aden. Tout en faisant de sa MAPL une force de combat crédible, à vrai dire une force trop envahissante aux yeux de beaucoup de ses voisins régionaux, le gouvernement chinois a tenté une désescalade des disputes régionales en même temps qu’il affirmait sa puissance et sa présence par des opérations navales. D'une part clairement résolue et déterminée à poursuivre les impressionnantes constructions entreprises dans les îles de la Mer du Sud, la Chine a toutefois offert quelque chose en échange à ses voisins, dans un effort diplomatique à facettes multiples. Certains de ces efforts ont réussi à désamorcer les conflits territoriaux, d’autres n’ont pas produit les résultats escomptés.

Quoique très loin d’arriver à un accord quant à leur souveraineté respective sur les hauts-fonds et à un traité formel sur les droits de pêche, la Chine et les Philippines ont fortement désamorcé les tensions depuis que les présidents Xi Jinping et Rodrigo Duterte se sont rencontrés au début de cette année pour discuter de ce très ancien conflit territorial. Voir les deux parties s’asseoir à la même table pour discuter de ces problèmes au plus haut niveau des gouvernements a été un développement bienvenu.

Le 20 juin, la Chine et le Vietnam ont mis fin prématurément aux discussions militaires bilatérales qui auraient dû amorcer une désescalade dans leur dispute territoriale sur les îles Paracel. Compte tenu de la longue et parfois sanglante histoire des relations entre les deux pays, qui se sont livré des batailles sur le sujet des Paracel et des Spratley en 1974 et en 1988, pour ne rien dire de l’invasion limitée du Vietnam par la Chine en 1979, beaucoup d’observateurs politiques s’étaient montrés très surpris que les deux nations veuillent même tenter une telle rencontre. La somme de volonté politique nécessaire pour mettre sur pied une entrevue de ce genre à la lumière de l’histoire passée en dit long sur les éléments qui, au sein des deux gouvernements, désirent une atténuation des disputes risquant de provoquer un conflit armé dans un proche avenir. Apparemment, les représentants militaires des deux pays ont estimé que leurs différences de points de vue sur la souveraineté et les droits aux ressources ne pouvaient pas être résolues à ce stade. La délégation chinoise n’a pas apprécié les manœuvres militaires conjointes des garde-côtes vietnamiens et japonais début juin, ni la récente visite officielle aux États-Unis et au Japon de l’actuel Premier ministre vietnamien. Les explorations pétrolières et gazières continuelles dans les iles Paracel par des entités vietnamiennes opérant en partenariat avec des compagnies américaines n’ont pas peu contribué à jeter de l’huile sur le feu. Les explorations chinoises dans la région ont, elles aussi, considérablement augmenté, y compris à l’intérieur des 200 miles de Zone Économique Exclusive du Vietnam.

 

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Vaisseaux de garde-côtes chinois et vietnamiens, dans un face à face tendu près de la plateforme de forage chinoise Haiyang Shiyou 981 en été 2014. La plateforme a fini par évacuer la région après un mouvement de protestation publique au Vietnam et à Hong Kong.

 

Assurer les Intérêts territoriaux économiques et maritimes pour de longues années

La Chine a lentement et méthodiquement jeté les bases économiques et militaires de sa sécurité, et, au lieu d’offrir aux autres pays le choix entre le vasselage et l’invasion comme le font les États-Unis, ou un jeu de règles économiques restrictives qui ne bénéficient qu’aux auteurs des règles comme le fait l’Union Européenne, la Chine offre aux nations qui coopèrent à ses nouvelles Routes de la Soie, un siège à sa table. Dans le but de créer un réseau de commerce et de transport mutuellement bénéfique, un réseau qui va bientôt supplanter ou concurrencer tous les autres, la Chine doit sécuriser ses intérêts vitaux en les faisant protéger par une force militaire et en assumant une présence maritime viable et durable dans les régions maritimes-clés.

 

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Carte des nouvelles Routes de la Soie. La MAPL doit s’étendre et augmenter ses capacités pour assurer la sécurité du segment maritime de cet ambitieux projet commercial.

 

Laissera-t-on la Chine construire sa Nouvelle Route de la Soie et sa Route de la Soie Maritime du XXIe siècle, sans que viennent s’y ingérer les mondialistes qui voient dans ce projet une menace pour leur prééminence sur l’économie mondiale et sur sa superstructure de pouvoir politique ? Comme l’amiral Alfred Thayer Mahan l’a écrit dans ce qui est peut-être son œuvre la plus importante The Influence of Sea Power upon History 1660-1783 [L’influence du pouvoir maritime sur l’Histoire – 1660-1783]

« La profonde influence qu’a le commerce maritime sur la richesse et la puissance des pays a été clairement discernable bien longtemps avant que les vrais principes qui gouvernent sa croissance et sa prospérité aient été détectés. Pour assurer à son propre peuple une part disproportionnée de ces bénéfices, tous les efforts ont été faits pour en exclure les autres, soit par les méthodes législatives paisibles du monopole, soit par des règlementations prohibitives ou, quand celles-ci ne suffisaient pas, par la violence directe. Le heurt des intérêts, les sentiments de colère éveillés par des tentatives conflictuelles de s’approprier une plus grande part sinon la totalité des avantages du commerce et des régions lointaines commercialement instables a conduit aux guerres. »

Cela se vérifiera-t-il dans le cas de la Chine, ou la Chine a-t-elle créé un meilleur modèle à suivre ? Les États-Unis et l’Union Européenne permettront-ils à la Chine d’assumer un rôle dirigeant dans le développement du commerce et de l’économie du monde ? Ou tenteront-ils de retarder ou même d’arrêter un tel mouvement ? Avec les nations européennes en position de bénéficier des plans de la Chine et peu ou pas de force militaire à leur disposition pour menacer la Chine en termes réels, les États-Unis semblent bien devoir se retrouver seuls dans une telle lutte. Alors que les administrations US successives n’en finissent pas de mettre en garde contre des intentions agressives et expansionnistes de la Chine, qu’elles disent faciles à déduire de la vitesse et de la qualité de la croissance de sa marine, il est important de se reporter une fois de plus à la sagesse de l’amiral A.T. Mahan :

« La nécessité d’une marine au sens restrictif du terme, naît par conséquent de l’existence d’un transport maritime paisible et disparaît avec lui, excepté dans le cas où une nation a des tendances agressives et conserve une flotte puissante qui n’est qu’une des branches d’un establishment militaire. »

Je voudrais demander au lecteur si la Chine a renforcé sa marine pour renforcer son commerce ou pour satisfaire ses tendances agressives ? La Chine représente la deuxième économie mondiale. Elle est de très loin le plus gros exportateur de marchandises et elle est aussi le plus grand constructeur de bateaux du monde. On aurait tendance à dire que la Chine se conforme à la thèse d’A.T. Mahan, selon laquelle l’accroissement d’un commerce maritime exige une présence navale accrue pour le sauvegarder. À l’opposé, la marine US est la plus importante et la plus puissante du monde, et pourtant, il n’y a pratiquement pas de marine marchande qui batte pavillon américain. Les États-Unis ont choisi de sous-traiter leur transport maritime à leurs partenaires étrangers en affaires et à déployer leur marine dans les eaux territoriales de ces partenaires. Les États-Unis occupent un rang très bas dans l’échelle des constructeurs navals et ne produisent généralement que de petits vaisseaux côtiers pour le commerce intérieur et des navires pour leur énorme flotte de guerre. Les États-Unis ont-ils prouvé qu’ils avaient des tendances agressives et que la très grande flotte qu’ils maintiennent est une des composantes d’un complexe militaire industriel mondial ? Les deux dernières décennies de guerres conduites par les État-Unis ont, à elles seules, prouvé ces tendances agressives, et les budgets successifs de la défense US, qui ont dépassé les 600 milliards de dollars annuels, prouvent l’influence écrasante du complexe militaro-industriel U.S.

La Chine a clairement signalé que sa stratégie de défense était en train de changer. Le gouvernement chinois sent que la souveraineté de son territoire intérieur est assurée et il modifie son orientation pour que soient assurées aussi ses routes maritimes vitales, qui ne font pas qu’assurer la sécurité de la nation mais devraient permettre à la Chine d’augmenter sa prospérité économique et d’améliorer ses relations avec une multitude d’autres nations. Une MAPL plus grande et plus capable est impérative, non seulement pour sécuriser les eaux territoriales de la Chine et assurer ses droits aux ressources dans les territoires de la région comme la Mer de Chine Méridionale, mais elle le sera aussi pour sécuriser et garder ouvertes les voies de communications maritimes de plus en plus étendues vers tous les points interconnectés de la Nouvelle Route de la Soie. Seront impératifs également des vaisseaux plus puissants et à plus grand rayon d’action, ainsi qu’une endurance et une flexibilité opérationnelles plus grandes. Une puissante force militaire amphibie d’hommes et de femmes équipés de grands vaisseaux plus capables est absolument nécessaire. Il faut aussi que certaines de ces troupes soient déployées et stationnées sur des points-clés stratégiques.

Les États-Unis décideront-ils de faire obstacle à la croissance chinoise ou choisiront-ils d’y participer de façon plus constructive dans une relation mutuellement bénéfique ? C’est ce qui doit encore être décidé. Le message officiel émanant de Washington semble indiquer qu’on s’approche d’un conflit d’intérêts. Il ne fait aucun doute pour personne que la Chine a décidé de sa voie et qu’elle n’en déviera pas, sauf si quelque chose d’irrésistible survient et réussit à l’en empêcher.

[L’hilote qui a traduit ce texte espère ne pas s’être trop pris les pieds dans les termes techniques de l’armement naval tous azimuts. Ses excuses au cas où. Toute correction de bourde sera la bienvenue. - Les acronymes, qui sont ceux des USA et de l'OTAN, ont été laissés en anglais parce qu'il n'existe pas d'équivalents en français.]

Source : https://southfront.org/chinas-maritime-strategic-realignm... 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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Et un nouveau caractère chinois pour l’occasion

 

Comment

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(Routes de la Soie)

est devenu

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le symbole du nouveau rêve chinois :

 

Dans la partie supérieure de ce caractère en 4 traits de pinceau – qui devrait être vu, symboliquement, comme le toit d’une maison – celui de gauche signifie Route de la Soie Ceinture Économique, et celui de droite Route de la Soie Maritime du XXIe siècle. Dans la partie du bas, le trait de pinceau de gauche représente le Corridor Chine-Pakistan, via la province de Xinjiang, et le trait de droite, le Corridor Chine-Myanmar-Bangladesh-Inde via la province du Yunnan.

Le signe entier – jie – signifie aussi « entre » (between).

Nous devons notre science à Tyler Durden, de Zero Hedge.

 

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Mais ces nouvelles routes ne seront pas, on s’en doute, un chemin semé de roses…

Paranoïa sur la Route de la soie afghane

Pepe Escobar – Asia Times­23 juin 2017

Traduction : Entelekheia.fr

 

Quiconque tentera de « reconstruire » l’Afghanistan aura du pain sur la planche. Le succès de la nouvelle Route de la Soie chinoise dépendra certainement des progrès qu’on aura pu y faire.       

 

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La nouvelle Route de la soie, alias Initiative Belt and Road, arrivera-t-elle à traverser un jour l’Hindou Kouch ?

La témérité est à l’ordre du jour. Même s’il est stratégiquement situé en travers de l’ancienne Route de la soie, et qu’il jouxte virtuellement le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) – une plate-forme-clé de l’initiative, d’un coût de 50 milliards de dollars – l’Afghanistan est toujours enlisé dans la guerre.

Il est facile d’oublier qu’en 2011 – avant même que le président Xi annonce l’Initiative Belt and Road au Kazakhstan et en Indonésie en 2013 – la Secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton, parlait de sa propre Route de la soie à Chennai. Rien d’étonnant si la vision du Département d’État à mordu la poussière de l’Hindou Kouch – elle prévoyait de l’axer autour de l’Afghanistan, un pays enfermé dans une guerre.

La situation de 2017 de l’Afghanistan est encore plus déprimante. Dire que l’administration qui a émergé des élections présidentielles factieuses de 2014, et qui passe pour un gouvernement, est dysfonctionnelle est un doux euphémisme.

Depuis 2002, Washington a dépensé la somme astronomique de 780 milliards de dollars dans son Opération (en cours) Enduring Freedom (« opération Liberté Immuable »). Un argent qui ne lui a rien rapporté – à part plus de 100.000 victimes afghanes.

Lire la suite…

Source : http://www.entelekheia.fr/paranoia-route-de-soie-afghane/

Source d’origine : http://www.atimes.com/article/fear-loathing-afghan-silk-r...

 

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pour les Anglophones…

Nous venons de découvrir ceci – du 27 avril – qui ne dément pas l’analyse de Brian Kalman. 

 

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Amid South China Sea dispute, Chinese President Xi says be combat-ready

 

Xi asked military personnel to strengthen their awareness in preparing for war, closely follow changes of situations and make unremitting efforts to enhance combat capabilities.

 

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Chinese President Xi Jinping meets with military officers during an inspection of the Southern Theater Command of the People’s Liberation Army (PLA) (Li Gang/Xinhua via AP)

 

Chinese President Xi Jinping has underlined the need for building a combat-ready army and accelerate the building of the theatre joint combat command system, amidst the PLA flexing its muscles in the disputed South China Sea. Xi, the ruling Communist party’s General Secretary and the Central Military Commission’s Chairman, made the comments while inspecting the Southern Theatre Command of the People’s Liberation Army (PLA) on Friday and stressed building a strong army which should also avoid being corrupt. Xi, 63, viewed as the most powerful leader heading the party, military and the government will complete his first five year term this year and expected to be re-elected for another five-year term during the 19th Party Congress to be held later this year.

Read more…

Source : http://indianexpress.com/article/world/chinese-president-...

 

[« Soyez prêts au combat », a dit le président XI aux officiers représentant les 2.3 millions d’hommes de l’Armée Populaire de Libération. « Nous devons aussi combattre ensemble la corruption et offrir au 19e Congrès National du Parti des réalisations exceptionnelles ». Le mandat de Xi Jinping – 63 ans – s’achève cette année, et il espère être réélu pour 5 ans.]

 

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Soumis à l’appréciation de Manuel de Diéguez

 

 

 

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Mise en ligne le 3 juillet 2017

 

 

 

 

20:31 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/06/2017

… Ce qui prouverait que la France à genoux est bel et bien en marche.

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… Ce qui prouverait que la France à genoux est bel et bien en marche.

 

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Larvatus prodeo

 

1 - La fatalité interne des déclins
2 - Cacher la vérité
3 - La soumission au despotisme du Pentagone
4- La parenthèse Macron

 

1 - La fatalité interne des déclins

Larvatus prodeo, je m'avance sous mes masques, écrivait Descartes.

On disait que la roche tarpéienne était proche du Capitole. Aujourd'hui, il devient clair que le Capitole court vers sa roche tarpéienne. La longue agonie des dieux du polythéisme était irréversible. Cela a été clairement démontré par les vains efforts de Julien l'Apostat (330 - 363) de les remettre en selle.

L'éjection du Vieux Monde de l'arène agissante de la planète est-elle inexorable et obéira-t-elle à ce modèle-là, ou bien une Europe actrice de l'histoire grandit-elle dans l'ombre ? Avons-nous rendez-vous avec le soleil d'Austerlitz ou avec la Bérézina ? Il ne s'agit plus de savoir s'il existera une Europe politique, mais si cette Europe-là sera vassale des États-Unis. De toute façon, il faut une philosophie de la fatalité des déclins, afin de répondre à la question de savoir si une Europe pensante et souveraine reviendra un jour sur le devant de la scène. En effet, dans l'empire romain hellénisé et quadrillé par des sophistes qui y couraient en tous sens, la Grèce n'a jamais retrouvé un rôle politique à l'échelle de la gouvernance du monde antique.

Si Montesquieu revenait parmi nous, ce serait cette question-là qu'il soulèverait dans un essai intitulé « Considérations sur les causes de la grandeur de la France et de sa décadence ». Valéry disait déjà de l'Europe qu'elle n'était que « l'extrémité minuscule d'un continent ».

Aujourd'hui, il convient de prendre pleinement conscience de la puissance politique de la démographie et de ce que seul Paris et ses banlieues demeurent à l'échelle des vingt millions d'habitants de Pékin. Les autres grandes villes de France ne sont plus que des bourgades d'à peine un demi-million d'habitants. Rappelons qu'au Siècle de Louis XIV, la France était le pays le plus peuplé d'Europe.

 

2 - Cacher la vérité

Le substantif même de « pensée » se trouve banni du territoire de la politique, et cela du seul fait que la politique se voit nécessairement prise en otage entre ce qu'il est possible d'expliquer au peuple et ce quel les gouvernants jugent suicidaire de lui enseigner. Hubert Védrine disait qu'il ne faut jamais parler de choses sérieuses devant les enfants! Le meilleur exemple en est la définition même que la loi de 1905 propose de la notion de laïcité: il y est dit noir sur blanc que cette loi ne « reconnaît aucun culte », ce qui, en bon français, signifie purement et simplement que les mythologies sacrées sont nulles et non avenues sur le terrain de la vérité philosophique et scientifique.

Puis la loi ajoute aussitôt que les croyances seraient cependant légitimées au nom d'une prétendue « liberté de conscience » pourtant disqualifiée d'avance, et cela tout simplement parce qu'il n'est pas politiquement payant d'échapper à la camisole de force du « politiquement correct ».

La Ve République fera l'expérience que, de son côté, l'histoire événementielle obéit à des rapports de force et que les rapports de force n'y vont pas par quatre chemins. Que se passe-t-il quand la classe dirigeante française découvre qu'il n'est pas insignifiant d'élire le Président de la République au suffrage universel si celui-ci ne s'appelle plus René Coty ou Vincent Auriol, mais peut devenir un despote qui vous tiendra à sa merci ?

C'est pourquoi on a vu François Fillon et Nicolas Sarkozy se rallier en toute hâte à un Président de la République qu'ils jugent d'avance redoutable. Puis ils se sont empressés de proclamer qu'ils quittent à jamais la vie politique, afin de se mettre prudemment à l'abri.

 

3 - La soumission au despotisme du Pentagone

Mais qui bénéficiera de l'élection d'un Président de la République devenu lui-même l'otage d'une puissance étrangère en tant qu'ex-banquier d'affaires du groupe Rothschild et récent Young Leader ? Le despotisme du président Macron sera lui-même l'otage du despotisme du Pentagone, de la tyrannie de l'OTAN et de la dictature de la CIA.

On l'a bien compris au spectacle des deux visites d'Emmanuel Macron au village d'Oradour-sur-Glanes. Celles-ci contenaient un message à décoder à l'intention d'une Allemagne tentée par un retour à sa fierté nationale. C'était rappeler aux descendants des Germains d'Arioviste leurs forfaits d'il y a soixante-treize ans. C'était se poser en bouclier de la civilisation mondiale représentée par les forces armées américaines victorieuses en 1945, face aux barbares d'hier et d'aujourd'hui. C'était tenter de faire oublier la mise en tutelle perpétuelle de l'Europe tout entière sous le joug du traité de Lisbonne. C'était souligner que le premier pas de cette politique sera de laisser ouverte pour toujours la blessure de l'occupation allemande de 1940 à 1945. C'était également dire à l'Allemagne qu'elle demeurera à jamais la nation vaincue de la deuxième guerre mondiale. C'était lui rappeler un péché éternel et inexpiable et lui interdire de jamais retrouver sa dignité et sa souveraineté.

 

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Une France aussi ouvertement prise dans la camisole de force de l'histoire réelle se trouvera entraînée à épouser les thèses fumeuses de la russophobie américaine et à diaboliser l'alliance de la Russie avec la Chine, ce qui s'est déjà clairement trouvé démontré par l'interdiction imposée par le Président Macron, à peine élu, de recevoir les journalistes russes à son quartier général, puis de dénoncer brutalement les organes de presse russes durant la conférence de presse du 29 mai 2017 à Versailles devant M. Vladimir Poutine en personne venu célébrer le tricentenaire de la visite à Paris du tsar Pierre 1er en 1717.

Je rappelle en passant que la République de Platon explique depuis vingt-cinq siècles l'extraordinaire pathologie psychobiologique d'une classe dirigeante qui - pincez-vous, tâtez-vous - tente de convaincre, de nos jours encore, de nombreux esprits, que le traité de Lisbonne serait « patriotique », donc compatible avec la définition même de la souveraineté.

 

4- La parenthèse Macron

Mais à quelque chose malheur est bon : la maturation politique du peuple français connaîtra nécessairement une accélération foudroyante, puisque cinquante sept pour cent du corps électoral a déserté les urnes le 18 juin 2017, afin d'échapper au formatage par les médias en faveur du nouveau pouvoir. Un réveil de la nation ne serait effectif que si le peuple français prenait conscience du joug de l'OTAN et de ses conséquences, à savoir l'américanisation systématique du monde, c'est-à-dire la participation forcée des Européens à la politique étrangère américaine et à ses guerres.

De toutes façons, le passage d'un américanophile et Young Leader par nature et par vocation, à la tête de la France démontrera qu'un homme d'État ne saurait se libérer de son long stage à la banque Rothschild et que les vrais Européens comprendront que, sans une alliance entre égaux avec la Russie, aucune force ne reconduira le Vieux Continent sur le chemin de sa souveraineté. Toute pseudo construction européenne dans le cadre du traité de Lisbonne n'est que fumisterie.

La parenthèse Macron sera nécessairement un temps mort, un passage à vide vers une Europe un jour délivrée du joug de sa mise sous tutelle, pour autant que ce prodige demeure envisageable. Georges Pompidou, lui aussi, portait les stigmates du joug américain. Mais à son époque, l'Angleterre n'obéissait encore qu'à une seule obsession, celle d'empêcher une unification politique de l'Europe face à ses rivages. Le Royaume uni était l'héritier du combat contre les ambitions successives d'Agricola, de Claude, de Jules César, de Domitien, de Charles-Quint, de Napoléon, de Hitler, qui tous avaient rêvé de l'envahir.

Aujourd'hui, le problème est différent : c'est de la vassalisation persistante et désespérante d'un continent par la volonté expresse de Washington et de la servilité des élites européennes qu'il s'agit. Et c'est de cette histoire-là de l'Europe que la parenthèse Macron ne sera qu'un accident de parcours et, en même temps, l'occasion d'une prise de conscience éventuelle. Mais l'ambition affichée d'une Europe politique et militaire demeurera une pure rêverie aussi longtemps que le traité abracadabrantesque de Lisbonne ne sera pas massivement rejeté.

Qui peut croire que le Parlement qui a été artificiellement composé le 18 juin 2017 d'une volière de trois cent cinquante perroquets, trouvera l'assise d'une véritable légitimation électorale? Peut-être fallait-il cette apparence momentanée de calme plat pour que l'histoire réelle ait des chances de se lever, qu'elle ait la force de dissiper les brumes de la communication et de la manipulation, qu'elle balaie les châteaux de cartes d'un Vieux Monde placé sous tutelle et qu'elle brise les chaînes du traité de Lisbonne.

On peut toujours rêver.

Voir : Halte à l'américanisation du monde , 14 avril 2017

Le 23 juin 2017

 

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024...

 

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En prime.

Des réflexions qui nous sont tombées sous les yeux et qu’on a eu envie de partager avec vous : deux hexagonales et une serbe suisse.

 

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Sortez le pop corn !

entrefilets 7 juin 2017

 

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Quel enchaînement mes amis ! Quelle déferlante ! Quelle diarrhée d’ampleur cosmique ! Depuis le soft-coup d’État qui a permis à l’oligarchie apatride de placer son « Loup de Wall Street » à l’Elysée, ça n’arrête pas. Le Système nous ballotte du cocasse au tragique, puis du pathétique à la bouffonnerie la plus crasse avec le même allant quasi primesautier.

Les sommets de l’OTAN et du G7 qui partent en sucette ; Trump qui se fait la malle de l’Accord de Paris ; Londres qui est attaquée par des barbus comme toujours connus de la police et/ou liés aux barbouzes ; et enfin des bédouins soutenant le terrorisme qui accusent d’autres bédouins soutenant le terrorisme… de soutenir le terrorisme. Du caviar. Un beau bordel en fait, de plus en plus bordélique d’ailleurs, comme seul peut en produire un Système en pleine décomposition. Un Système conçu comme une gigantesque bombe à fragmentation qui n’en finit pas d’exploser sous nos yeux ébahis. Sortez le pop-corn !

La rencontre de l’avidité et du désespoir

Bon, on ne s’étendra pas outre mesure sur la nomination de Macron à la présidence française par voies de merdias et d’argent. Sauf pour dire que c’est la rencontre d’une avidité et d’un désespoir. L’avidité d’une oligarchie globaliste qui a senti possible l’heure du festin hexagonal ultime, et le désespoir d’une société épuisée mais désormais passionnément amoureuse de sa servitude, et accessoirement affolée à l’idée de ne plus pouvoir goinfrer les miettes tombées de la table.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les sondeurs nous prédisent même un triomphe du macronisme aux législatives, ce qui prouverait que la France à genoux est bel et bien en marche.

Cinquante ans d’abrutissement télévisuel et de déconstruction sociale à coups de progressisme sociétal ont donc grippé tous les ressorts. Les globalistes hallucinés toucheraient au but : organiser un monde dans lequel une petite caste de Surmorts incultes pourra enfin contrôler des hordes de sots chassant le pokémon au milieu des ruines photoshopées d’un monde exsangue. La vraie fin de l’Histoire. C’est Fukuyama qui va être content.

Un google-goulag pas facile à gouverner

Sauf que bon, Attali a beau sonner sans répit l’hallali de « l’ancien monde » ; il a beau en appeler à un Gouvernement mondial pour gérer le troupeau bientôt définitivement confiné dans son google-goulag : ça ne va quand même pas tout à fait de soi. Y’a des résistances, des divergences de formes qui plombent le fond, bref, y’a le bordel habituel.

Les Sommets de l’Otan et du G7 par exemple, qui un peu comme les Oscars ou les Césars célèbrent et réchauffent d’année en année la même soupe idéologique : ratés tous les deux !

La belle amitié transatlantique en a même pris un sacré coup. Le Kaiser allemand, manager de la succursale européenne pour le compte de l’Empire jusque-là, en a pour ainsi dire fait un malaise, affirmant entre deux hoquets à la fête de la bière que « l’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue »[1].

On en est même venu pratiquement aux invectives entre la grosse Bertha et The Donald sur Twitter [2].

Diantre !

 

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Le vertige de la liberté

C’est que Trump s’en est donné à cœur joie pour frustrer ses caniches en les envoyant valser à la fois sur la question du climat et de la sécurité. Débrouillez-vous sans nous guys ! Exit par exemple l’automaticité du fameux article 5 de l’OTAN qui veut qu’un pays attaqué soit défendu par les autres, c’est-à-dire par l’Amérique. En gros Trump a gentiment expliqué aux Européens que s’ils voulaient être protégés, ils devraient d’abord passer à la caisse !

Pour des Européens habitués à sentir l’agréable tension de la laisse sur leur cou docile, inutile de dire que c’est un fameux choc. Le vertige de la liberté en somme, dont on ne saurait vraiment pas quoi faire.
On se rappelle alors la fameuse lettre écrite par le Président de l’UE, Donald Tusk, où il
disait en février dernier que « les USA sont quasiment autant une menace pour l’UE que la Russie, la Chine et Daesh ». [3]
Une prémonition ?

Ambiance.

 

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Management de la terreur

Et puis voilà que survient la série d’attentats de Londres. Entre stratégie de tension [4] et « management de la terreur » [5]  comme on voudra ; entre attentats « spontanés » et opérations effectivement commanditées de l’étranger, on ne sait plus quoi en dire, si ce n’est rappeler que ce sanglant bordel est la conséquence directe de 25 ans de boucheries perpétrées par le Bloc atlantiste au Moyen-Orient.

Tout cela pour du pétrole, du gaz, des pipelines et rien, absolument rien d’autre, et surtout pas les vertueuses sottises invoquées devant l’ONU.

Daesh est ainsi né de la destruction de l’Irak, a grandi grâce à celle de la Libye, et la dévastation entretenue par ce même Bloc atlantiste aujourd’hui en Syrie ne fait que nourrir la spirale infernale. On notera à toutes fins utiles que la matrice idéologique de tous les extrémismes musulmans n’est autre que le wahhabisme rétrograde de l’Arabie saoudite, principal allié du Bloc atlantiste dans la région bien évidemment.

En résumé, lorsqu’ils ne relèvent pas du « management de la terreur » à des fins politiques, les attentats ne sont que le résultat de la politique étrangère criminelle du Bloc atlantiste [6]. Dans les deux cas, nos gouvernements sont donc pleinement responsables, coupables et comptables de chaque victime de ces atrocités.

Les attentats islamistes en Europe ont déjà tué 321 personnes depuis 2015 et fait des centaines de blessés [7].

Rendez-vous donc au prochain massacre, à l’issue duquel on s’affirmera fièrement « plus forts qu’avant » et désireux de « continuer comme avant ».

Dont acte.

Humour bédouin

Enfin, le dernier buzz-Système en date est le soi-disant « séisme » provoqué par la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et une poignée de partenaires plus ou moins enthousiastes.

La chose est survenue au lendemain d’une visite très enjouée de Trump à Riyad, où avec la finesse d’analyse qu’on lui connaît le POTUS a appelé les pays de la région à « isoler » l’Iran accusé de soutenir le terrorisme [8] (alors même qu’il n’y a aucun exemple de groupe terroriste chiite).

D’où peut-être cette fumeuse idée saoudienne de s’en prendre à Doha, dont les bonnes relations avec Téhéran agacent volontiers le Royaume. Il faut dire que le Qatar et l’Iran partagent un fabuleux gisement gazier, ce qui favorise logiquement l’apaisement.

D’autres analystes affirment que c’est les ambitions démesurées du petit Qatar qui ont fini par irriter Riyad. Il est vrai que l’immense richesse de Doha lui a un peu fait enfler la tête. Sa chaîne TV Al-Jazeera est ainsi devenue la CNN arabe en quelque sorte, et on retrouve la patte du Qatar dans tous les coups fourrés survenus dans la région depuis dix ans. Mais pas plus que celle de l’Arabie saoudite.

Pour Thierry Meyssan en revanche, qui semble toujours particulièrement bien informé sur ce dossier, l’affaire confirme une fracture anglo-saxonne sur la manière de maintenir le Moyen-Orient sous tutelle [9]. Qui sait ?

Nous ne retiendrons quant à nous de cette affaire que l’aspect cocasse de la chose, qui sied si bien au Système qui la porte, et qui voit donc un sponsor du terrorisme accusant un autre sponsor du terrorisme… de sponsoriser le terrorisme. Chacun des deux sponsors en litige étant sponsorisé à son tour par le vertueux Bloc atlantiste.

Ambiance.

Conclusions

On le voit, notre joyeux Système patauge dans un désordre sans cesse renouvelé, où l’absurde le dispute à l’horrible, où la guerre et la violence qu’il produit en permanence sont devenus la trame de fond imposée de notre temps.

Dans ce gigantesque et sanglant désordre, les crises s’additionnent, grandissent les unes à côté des autres, sans qu’aucune ne soit jamais résolue, avec au milieu un capitalisme terminal qui cherche à prospérer comme la gangrène sur un champ de bataille.

Et cette fois, c’est le Bloc atlantiste lui-même qui se lézarde, contaminé par sa propre folie. Au fil des décennies, le Système atlantiste s’est ainsi révélé n’être qu’une gigantesque bombe à fragmentation.

Une bombe qui explose aujourd’hui sous nos yeux.

Sortez le pop-corn !

 

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____________________

Notes

1 Angela Merkel tire l'amère leçon du G7
2 Le ton monte d'un cran entre Angela Merkel et Donald Trump
3 L’Amérique de Trump est une menace pour l’UE selon Donald Tusk
4 Stratégie de tension
5 Le management de la terreur : Un business compliqué
6 Toutes ces dévastations ont aussi provoqué ce que l’on appelle aujourd’hui la « crise migratoire », un déplacement massif de populations en réalité voulu par l’oligarchie apatride du Système qui y voit d’abord un main d’œuvre à bas coût corvéable à merci, et ensuite le moyen de tuer définitivement toute idée d’appartenance nationale par un brassage forcé de population. Pour éviter qu’un tel déplacement de population soit compromis par l’hostilité des peuples européens, on lance alors systématiquement l’opération Charlie après chaque attentat, avec la ritournelle « padamalgame », « vous n’aurez pas notre haine», «on sera plus fort qu’avant », « vous ne nous vaincrez pas», les médias flattant les bons sentiments nécessaires au « on continuera comme avant ».
7 Liste des attentats terroristes dans l'Union européenne
8 À Riyad, Trump appelle à «isoler» l’Iran
9 Affrontement au Bilderberg 2017

 

Source : http://www.entrefilets.com/sortez_le_popcorn.html

 

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Le Nécronomacron

Le blog de Slobodan Despot17 juin 2017

 

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Une théologie du néant à la manière de Lovecraft

« Malheur à la cité dont le prince est un enfant. » (Ecclésiaste 10:16)

« Je suis la femme d’Emmanuel Macron et non sa mère ou sa grand-mère. L’amour n’a pas d’âge. » (Tweet de Brigitte Trogneux-Macron, le 30.4.2017, 18h46)

Je connais les Macrons depuis la nuit des temps. Leurs métamorphoses ne me trompent pas. Je suis plus vieux que si j’avais mille ans, car j’en ai trois fois autant, l’âge de cette civilisation. Eux sont éternellement jeunes, ils le font savoir et on les croit.

L’obscène imposture ! Moi seul vois clair dans leur jeu. Son jeu. Derrière ses tulkous, ses réplicants et ses incubes il est un. Ses pluralités, ses ouvertures, ses multitudes et ses étendards ne sont que les filaments de lumière sans pesanteur qui annoncent le trou noir, l’unique aboutissement de tout.

Il n’est qu’un oxymore en rotation, une contradiction absolue. Ce gouffre n’a aucue profondeur. Cette fraîcheur n’a pas d’âge. Malgré mes cicatrices et mes difformités, je suis encore trop jeune pour lui faire barrage. Je n’ai que le pouvoir de le suivre et de l’irriter. Je le reconnais dans ses mues et ses saisons, infailliblement. À quoi ? À je ne sais quoi. Je plaisante : je le sais. À son regard tout à la fois naïf et cynique, enfantin et roué, aigu et désespérément stupide. Le regard dit-on, est le miroir de l’âme. Quand l’âme n’y est pas, il se compose et du même coup se trahit. L'ennemi est habile à donner le change. « Il est vrai pourtant — a observé un de mes éclaireurs —, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper quelque sottise, qui est comme sa signature. »

Ses yeux sont frémissants et inquiets comme l’agent infiltré qui craint de perdre sa fausse moustache. Ses gestes sont surfaits, ses joies froides et ses colères infantiles. Ses pensées sont grégaires comme un banc de poissons. Il joue sa survie à coller au courant.

Vous ne le reconnaissez toujours pas ?

Je l’ai croisé partout. Il était ce mignon de Socrate qui s’abreuva de ses paroles avant de me les rapporter quand j’étais juge d’Athènes. Il se prélassait grimé dans le Satyricon quand je gardais les palais de la débauche. Ce frileux a toujours vécu adossé aux foyers du pouvoir. Brantôme et Saint-Simon l’ont croisé dans les antichambres sans même le savoir. Il était gandin quand je revenais des campagnes de l’Empereur, les orteils gelés et le crâne fendu. Il est apparu à Balzac comme journaliste, à Daumier comme avoué. Partout où soufflait un vent de mode, il montait en selle et se laissait propulser. Un être de chair eût été trop lourd.

La modernité est son heure de gloire. Quand la morale se confond avec la vertu et le verbe avec l’action, il triomphe. Il nage dans les nombres et les quantités, il calibre, élague et normalise. L’imprévu l’irrite, la diversité le déroute, la bravoure l’épouvante, la gratuité le détruit. La sagesse à ses yeux se résume à rester sage. Il se garde de la folie humaine comme le vampire se calfeutre contre la lumière du jour. Il a aplati les arts, castré la pensée, transformé le destin en pronostic. Il a envahi les académies et aussitôt les temples de la science sont devenus les tombeaux de l’évidence. Et aussitôt les esprits les plus instruits sont devenus ses plus grosses dupes.

Le voici donc qui s’avance à découvert. Seuls les poètes et les écrivains s’alarment de son passage. Il est le diable en complet veston de Gogol, l’Européen moyen en qui Léontiev voyait l’idéal et l’outil de la destruction universelle. Il est l’inspirateur de toutes les philosophies du nivellement et de la trivialité. De Stuart Mill à Proudhon, de Cabet à Marx, le dix-neuvième siècle ne chante que sa médiocrité et la prolonge à travers les âges.

Le voici donc à mes côtés, de plus en plus proche, de plus en plus nombreux. Il est mon collègue de HEC rêvant de sa première Jag, mon partenaire de squash, mon coloc équipé chez Roset et B&O, épris d’intérieurs blancs et de plantes vertes. Il est le gendre idéal dont rêvait ma mère, l’analyste financier qui rafle en un jour mes laborieux honoraires de six mois. Il aime tout le monde et ne veut blesser personne, mais son regard de bande dessinée continue de le trahir. Il rédige son moindre speech, affine son anglais d’aéroport, lit ce que chacun doit avoir lu mais porte ce que personne ne peut se payer. Il a trouvé sa fêlure dans un amour interdit, mais là encore, le texte n’est pas de lui :

 

Réveille-toi Maggie, je crois que j’ai quelque chose à te dire

Septembre est presque fini et je devrais tout de même reprendre l’école...

Je sais que je t’ai amusée, mais je me sens abusé...

Le soleil du matin quand il frappe ton visage révèle ton âge...

Tu m’as enlevé de chez moi juste pour ne plus être seule

Tu as volé mon cœur et c’est cela qui blesse vraiment.

 

Non, Maggie May n’est pas Brigitte et Macron n’est pas Rod Stewart. Le Macron n’est personne. Le Macron® est un produit synthétique et breveté comme le Nylon, le Teflon ou le Dacron. Le Macron est le tissu même de la société sans hommes.

 

  • Publié dans Eléments n° 166.

Source : http://blog.despot.ch/post/le-necronomacron  

 

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Comment la télévision taïwanaise voyait le futur

« Président des United States of France »

le 27 avril 2017

(vidéo st. en anglais)

 


 

2. Petite chouette.GIF

 

Allez, va pour Rod Stewart

1979


 

1972 (rare)


 

1993


 

… au choix.

 

2. Petite chouette.GIF

 

Législatives : le vrai visage de l’Assemblée nationale

Ce que représenteront vraiment nos élus

André Sénik – Causeur 15 juin 2017

 

L'Assemblée nationale à la proportionnelle intégrale (« parti » de l'abstention compris) sur la base des inscrits et des résultats du 1er tour des législatives 2017.

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Quelle est la représentativité du gouvernement et des députés siégeant à  l’Assemblée nationale ?

C’est le rapport entre d’une part le nombre des voix que leurs partis ont obtenues au 1er tour des élections législatives (un total de 22.654 164) et d’autre part le nombre total des citoyens français (56 millions).

L’écart entre ces deux nombres prouve que le parlement et le gouvernement qui sortiront du deuxième tour des législatives auront un problème de représentativité.

Mais en réalité, c’est tout le système de la démocratie représentative qui est miné par l’écart entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne le jouent pas, parce qu’ils estiment qu’ils ne sont pas représentés, pas défendus, pas pris en compte, qu’ils sont les citoyens oubliés ou de trop.

 

Une solution symbolique

Comment répondre à cette crise de représentativité du système démocratique ?

Voici un moyen symbolique de rappeler sans cesse aux gouvernants et aux élus la part du peuple qui n’est pas représentée au Parlement, ou qui l’est d’une façon disproportionnée.

C’est aussi un moyen de prouver à ce peuple absent ou minoré que les élus l’ont sans cesse devant leurs yeux.

Ce moyen consisterait à placer un tableau représentant ce que serait l’hémicycle du Parlement si ses 577 sièges étaient occupés d’une façon intégralement proportionnelle par toutes les composantes du peuple.

Les députés et les ministres auraient constamment sous les yeux la part des sièges qui reviennent aux non-inscrits ou aux mal-inscrits, puis aux abstentionnistes, puis aux votes blanc et nuls, puis, sur la partie restante  de l’hémicycle, la part proportionnelle des formations politiques qui ont recueilli des voix au 1er tour des législatives.

Source : http://www.causeur.fr/legislatives-assemblee-nationale-pr...

 

59,5% d’abstentions (et/ou de votes nuls)

au 1er tour.

Combien au 2e ?

 

12. Alx_dessin_des_putain_deputes_politique_corruption-bd38c-5d7a3.jpg

 

Résultats :

 

Nombre d’inscrits : 47.292.967

Abstentions + blancs + nuls :            29.116.190

Votes exprimés (total) :                     19.176.177

En marche (7.826.432)

Soit :

61,56% (abstentions + blancs + nuls)

 

Sur les 577 sièges à pourvoir 31 vont à la gauche ou à ce qui en tient lieu.

                                                8 vont au Front National

Les 538 autres sièges vont à la droite, quelles qu’en soient les nuances, dont l’énorme majorité à la droite capitaliste la plus caricaturale.

Ce tsunami porte un autre nom : parti unique.

La France est devenue salazariste.

Source : Ministère de l’Intérieur

 

 

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Une conscience et un cœur…

Il y a 31 ans…

…le 19 juin 1986…

Coluche, champion du monde de vitesse à moto,

« percutait » un camion dans une ligne droite, sur une route de campagne isolée à 7 h du matin

 

Pour se laver la tête et les oreilles du Micron… Souvenirs, souvenirs…

 

La politique


 

Coluche président ?


 

Coluche candidat à la présidence


 

Le chômage


 

 

2. Petite chouette.GIF

 

 

Mis en ligne le 21 juin 2017

 

 

 

 

 

18:59 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/06/2017

PIPELINEISTAN EN MOUVEMENT

1. Flynn Resignation.jpg 

Et le Grand jeu continue ...

Pipelineistan en mouvement

Observatus Geopoliticus – Chroniques du Grand jeu

16 juin 2017

 

2. pipe-woman.jpg

 

Si plusieurs cases du continent-monde sont en ébullition, le Grand jeu énergético-eurasien - affectueusement nommé Guerre froide 2.0 du côté de Washington - n'est pas en reste. Le Pipelineistan est en mouvement aux quatre coins de l'échiquier, affaiblissant toujours un peu plus la main de l'empire.

Et si quelqu'un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l'intégration de l'Eurasie et d'isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l'Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L'administration Obama et l'UE ont travaillé contre le Nord Stream II (...) L'administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L'administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Oh l'admission... Le fidèle lecteur du blog ne sera, quant à lui, évidemment pas surpris de ce que le système impérial se mêle d'un pipeline à 10 000 km de ses frontières et qui ne le concerne aucunement.

L'on sent par contre la sénatrice quelque peu désappointée par rapport au nouveau président, guère atteint semble-t-il de russophobie aiguë et moins intéressé à la division de l'Eurasie que ses prédécesseurs. De fait, le "parapluie" de la pax americana sur l'Europe commence à fuiter et des discussions que l'on croyait définitivement enterrées reviennent sur le tapis.

C'est le cas du défunt South Stream. Russes, Hongrois et Serbes recommencent à évoquer le projet, mais sur une plus petite échelle. L'Autriche aussi. De même la Bulgarie, qui avait tué le projet après la visite "amicale" de McCainistan, semble de nouveau intéressée, surtout depuis qu'un président pro-russe a été élu en novembre dernier. Vojislav Vuletic, le patron de l'agence serbe de gaz le déclare sans ambages : "Tout indique que l'Europe se libère des Etats-Unis, ce qui rendra possible le South Stream".

Diantre, quel aveu là aussi. On parie que la MSN même spécialisée n'en pipera mot ? L'ami Vojislav est peut-être un peu optimiste mais il est évident que, ici comme ailleurs, le reflux impérial laisse au jour des possibilités encore insoupçonnables il y a peu. Si les euronouilles vassales préfèrent encore s'accrocher aux inepties d'usage - témoin cette invraisemblable fanfaronnade du commissaire européen à l'énergie ("le transfert du gaz caspien sur le marché européen devient une réalité") simplement parce que l'Azerbaïdjan, le Turkménistan, l'UE et la Turquie ont créé un groupe de travail sur la question, alors que le premier n'a pas de gaz et que le second ne pourra jamais le faire passer -, le principe de réalité finira par s'imposer.

Et la réalité est que la demande européenne d'or bleu ne cesse de croître, ce qui fait dire à Gazprom, avec assez de pertinence d'ailleurs, que le Nord Stream II et le Turk Stream ne suffiront même pas à combler la demande grandissante du Vieux continent. Histoire de convaincre de la nécessité d'un nouveau tube (South Stream ou Turk Stream II) ? Pas impossible... Nous avions annoncé quelque chose de similaire il y a deux ans.

Notons d'ailleurs que le tracé prévu du Turk Stream laisse la porte ouverte (flèche noire) à une petite poussée vers l'euroland si Bruxelles se décide enfin à guérir de son légendaire masochisme...

 

2 bis - Turkstream.JPG

 

Lire la suite…

Source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/06/pipelineistan...

Cela se termine sur « C'est toute cette zone que Rosneft s'apprête à reprendre... ».

Il faut tout lire, sinon vous mourrez sans savoir…

 

3. TO RUSSIA WITH LOVE.gif

 

Eh, oui, qu’est-ce qu’il va faire ?

Vers une escalade USA c/ RUSSIE : Que fera Vladimir Poutine ?

 

4. cold-war.jpg

C’est vieux mais on ne s’en lasse pas.

 

L’élection de Donald Trump n’aura pas changé la nature des relations entre la Russie et les États-Unis, puisque le Sénat américain, Démocrates et Républicains ensemble, est en train de préparer de nouvelles « sanctions » contre la Russie qui devront, selon les mots employés par les sénateurs, infliger un « nouveau choc » à la Russie. Les Démocrates veulent même y ajouter une mesure qui interdira au Président Trump de modifier – et a fortiori d’annuler – ces nouvelles « sanctions ».

La raison invoquée n’a aucune importance, puisque mois après mois, de nouveaux prétextes sont découverts par les représentants américains : Ukraine, Crimée, Syrie, « hackers Russes », etc etc.

Ce qui importe est que ces nouvelles mesures sont destinées à favoriser des mouvements en Russie même, contre le gouvernement. Elles devraient en effet viser la partie « pro-occidentale » de l’élite Russe, ceux qui commercent à grand échelle avec les pays occidentaux, qui y envoient étudier leurs enfants, etc. Le but est clair : Alors que Vladimir Poutine doit composer avec cette faction (que l’on considère en général menée par le Premier Ministre Medvedeev) et la faction « nationaliste », ces nouvelles mesures devraient provoquer un durcissement des pro-occidentaux qui seront directement frappés. Ceci, alors que la « 5-ème colonne » s’active de plus en plus en Russie (voir les récentes manifestations en Russie organisées par Navalny, voir également la récupération par la 5-ème colonne du mécontentement des moscovites contre un plan de destruction de plusieurs milliers d’immeubles déclarés « insalubres »).

Actuellement le Président Poutine navigue donc entre la faction « pro-occidentale », ne voulant ou ne pouvant se mettre à dos certains des principaux acteurs économiques du pays, et la faction « national-patriote ». C’est justement ce tiraillement entre 2 factions ayant des intérêts diamétralement opposés (intérêts occidentaux contre intérêts de la Russie) qui risque de mener très vite Vladimir Poutine à une impasse, à cause du « réveil » de la « 5-ème colonne » qui peut parfaitement arriver à un accord avec la faction « pro-occidentale » pour renverser Vladimir Poutine par des manifestations de rue. Les « révolutions orange » ont en effet toujours vu des activistes violents financés par les pays occidentaux associés à une partie des dirigeants au pouvoir.

La seule solution pour Vladimir Poutine serait de riposter avec force aux nouvelles sanctions, sans tenter de vouloir amadouer l’administration Trump, ce qui n’a dans le passé rien apporté de bon pour la Russie. Souvenons-nous de l’expulsion de 35 diplomates Russes des États-Unis en décembre dernier. Alors que le Ministre des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov recommandait une réponse « symétrique », le Président Poutine a finalement refusé, sans aucun doute dans l’espoir que Donald Trump fraichement élu allait une fois entré en fonction, apaiser les relations avec la Russie. Nous voyons aujourd’hui qu’il n’en est rien. Il est probable que ce soit la faction « pro-occidentale » du gouvernement Russe qui ait conseillé de ne pas répondre à cette expulsion…

Il faut donc souhaiter qu’une telle erreur ne se reproduise pas : D’une part la Russie peut parfaitement « vivre sans les États-Unis », mais aussi et surtout les valeurs de la Russie sont complètement opposées aux valeurs défendues par les États-Unis. Quel intérêt a donc la Russie de se laisser attaquer sans riposter, pour l’instant sur les plans économiques et financiers « seulement », par les États-Unis ? Elle n’a rien à y gagner, mais tout à y perdre. Une riposte aux nouvelles sanctions doit donc être faite avec force, certains suggèrent par exemple l’interdiction de la vente de moteurs de fusées… aux américains ! Ce qui bloquerait leur programme d’envoi de satellites, puisqu’ils utilisent des moteurs russes. Ce n’est qu’un exemple, mais il faut riposter de manière à ce que les intérêts américains soient directement concernés. Adopter une position conciliante avec un « partenaire » (…) qui ne pense qu’à nous frapper n’a que peu de sens, et aucune efficacité.

Une autre mesure en riposte pourrait être la reconnaissance des Républiques de Donetsk et de Lugansk par la Russie et l’annonce que tous les réfugiés en provenance d’Ukraine sont les bienvenus en Russie avec un statut d’asile politique. Ceci montrerait que la Russie attache plus d’importance à ses « principes » (La défense de la Nation Russe) qu’à des intérêts économiques avec les États-Unis.

Il semble que Vladimir Poutine ait parfaitement pris conscience de l’agressivité et des buts des États-Unis : Dans le « reportage interview » d’Oliver Stone, Vladimir Poutine a déclaré sans prendre de gants que les États-Unis veulent « détruire l’économie russe » et « remplacer la direction du pays » pour à terme « prendre le contrôle de l’arsenal nucléaire russe ».

Que le Président Russe admette à haute voix une telle possibilité signifie clairement qu’il considère que la Russie est en état de guerre, et s’adresse entre autres à l’ « élite Russe » en lui faisant comprendre qu’il va falloir choisir son camp. Elle annonce également indirectement que les prochaines nouvelles attaques américaines que sont les « sanctions » ne resteront pas impunies.

Source : https ://rusreinfo.ru/fr/2017/06/vers-une-escalade-r...

 

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C’est du 2 juin, mais il fallait le temps de le traduire :

 

Trump et les bulles d’un (vieux) monde englouti

Le Saker – The Saker 14 juin 2017

 

5. TRUMP-NATO GRRRRNavarS20170527_low.gif

 

Tout d’abord, un aveu : je ne sais vraiment pas comment les médias commerciaux ont couvert le voyage de Trump à l’OTAN et au sommet du G7. Pour le dire franchement, je ne m’y intéresse pas vraiment – il y a longtemps déjà que j’ai cessé d’écouter ces complices impériaux. Il y a un risque à les ignorer totalement, celui de dire « blanc » lorsque tous les autres disent « noir ». C’est un risque mineur – et après tout, qui s’en soucie ? – mais aujourd’hui, je vais le prendre pour vous donner mon propre point de vue sur le voyage de Trump en Europe : je pense que c’était un immense succès. Mais pas tant pour Trump que pour les ennemis de l’Empire, comme moi. Voici mon propre compte-rendu de ce que je pense qu’il s’est passé.

D’abord, Trump a été systématiquement grossier. Je ne peux pas juger si ce manque de manières est le véritable Trump ou s’il essayait de lancer un message subliminal. Pour ce que cela vaut, je ne connais qu’une seule personne qui ait eu des relations personnelles et privées avec la famille Trump, y compris avec The Donald lui-même, et selon elle, Trump est une personne impeccablement courtoise. Quel que soit le cas, qu’il s’agisse de nature ou de « message subtil », Trump s’est vraiment surpassé. Il a écarté sans cérémonie le Premier ministre du Monténégro, qui mérite vraiment d’être traité avec le plus grand des mépris. Ensuite, il a refoulé Angela Merkel pendant la séance de photo officielle. Il a fait attendre le G7 pendant plus d’une heure, il a refusé de marcher jusqu’au site d’une autre photo. Il n’a même pas coiffé son casque de traduction lorsque d’autres parlaient et, crime des crimes, il a dit aux États membres de l’OTAN de payer plus, sans dire un seul mot de l’Article 5. Il est difficile de deviner ce que les autres politiciens rassemblés pensaient réellement (les prostitués sont bons pour cacher et refouler leurs sentiments), mais Merkel était visiblement frustrée et en colère. Apparemment, tout le monde haïssait Trump, à la seule exception peut-être de Macron (mais c’est un prostitué haut de gamme). Autant Obama était un charmeur, autant Trump semble apprécier le rôle du rustre. Mais le plus important, c’est que Trump a traité la bande UE/OTAN avec le mépris qu’elle mérite et, franchement, je trouve ça tout à fait rafraîchissant. Pourquoi ?

L’affreuse vérité sur l’OTAN : des Euro-trouillards et des Euro-imbéciles

Qu’est-ce que l’OTAN ? À l’origine, l’OTAN était censée être une alliance militaire pour contrer les forces armées soviétiques et, plus tard, le Traité de l’organisation de Varsovie. Maintenant que les deux ont disparu, l’OTAN n’a pas de véritable mission. Mais ce qu’elle a toujours, c’est une énorme administration. Beaucoup d’argent se fait avec l’OTAN : des salaires, des contrats, des investissements, etc. Diable – ces types se sont simplement construit un nouveau siège gigantesque, probablement pour « dissuader l’agression russe », n’est-ce pas ? L’OTAN est également un immense ascenseur bureaucratique, qui peut hisser les gens vers les vrais centres de pouvoir, y compris financiers. En plus, c’est aussi une bande de gens qui l’utilisent pour faire avancer leur carrière ou leur agenda politique. Au mieux, l’OTAN est une gigantesque feuille de vigne couvrant l’obscénité de l’impérialisme occidental.

Ce que l’OTAN n’est pas, c’est une alliance militaire utile. (…)

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Source : https://thesaker.is/trump-and-the-bubbles-from-a-sunken-o...

Via : http://lesakerfrancophone.fr/trump-et-les-bulles-dun-vieu...

 

6. G. 7.jpg

 

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Et l’hexagone dans tout ça ?

 

L'état d'urgence (en coopération avec les terroristes ?), cela sert entre autre à cela : préparer le terrain à l'intimidation de tous, à la chasse aux sorcières, en ne visant d’abord que quelques militants associatifs, musulmans de préférence pour commencer puis non musulmans ensuite, puis, bien sûr,  des militants syndicaux et finalement n'importe qui – vous, nous - protestant ou soupçonnés de vouloir protester contre les décisions du pouvoir.

 

Scandale de la « fiche S » du militant Abdelaziz CHAAMBI

Bruno Drweski15 juin 2017

 

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Qui l’aurait cru ? Abdelaziz CHAAMBI est inscrit depuis plusieurs mois, comme un vulgaire terroriste, sur le fameux fichier S, fichier administratif constitué par la DGSI regroupant les personnes soupçonnées « d’atteinte à la Sûreté de l’État ».

Quel projet totalitaire a-t-il conçu ?... quel attentat a-t-il planifié ?… a-t-il été condamné pour racisme ?...  provocation à la haine raciale ?... OU POUR LIEN AVEC UNE ENTREPRISE TERRORISTE ? NON !!!

Il a tout simplement consacré sa vie, parallèlement à l’exercice de sa profession d’éducateur, au militantisme syndical, politique et enfin associatif, en faveur des populations des quartiers populaires, des minorités stigmatisées et des héritiers de l’immigration.

Il s’est impliqué, depuis 1976, dans la création et la vie de nombreuses associations et de plusieurs réseaux parmi lesquels le MRP Basse Ardèche, l’ASTI (Association de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés), avec laquelle il a contribué à l’organisation de la célèbre marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983, l’Union des Jeunes Musulmans, le collectif DiverCité, le Forum social des quartiers populaires, l’Association Les Amis de Bouazizi et la coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), dont il est président.

En 2011 il a été secrétaire général de l’Instance Régionale Indépendante pour les Elections tunisiennes et coordonnera les premières élections libres et démocratiques dans le Sud de la France.

Il est membre depuis une dizaine d’années du bureau de la Commission islam et laïcité fondée par la Ligue des Droits de l’homme, le Monde Diplomatique et la Ligue de l’Enseignement.

L’Etat, par cette décision administrative sans aucun fondement judiciaire, entend manifestement lui faire payer cette détermination à lutter contre l’islamophobie,alors même qu’il vient d’être acquitté par la justice du chef d’outrage à fonctionnaires quand il avait défendu des enfants enlevés à leurs parents. 

Toutes les protestations, les siennes et celles de son conseil, sont restées vaines.

La CNIL ayant à son tour rejeté sa demande de désinscription de ce fichier, il vient de porter l’affaire devant le Conseil D’Etat.

Par-delà sa personne et sa famille menacées dans leur  sécurité physique et leur intégrité morale par cette inscription au fichier S, laquelle est désormais assimilée par la société et les institutions à un acte d’implication dans le terrorisme, ce sont tous les militants associatifs des quartiers populaires de différentes appartenances politiques, idéologiques ou religieuses qui sont menacés dans leurs libertés d’opinion et d’action, leur légitime combat  démocratique plus que jamais nécessaire face aux injustices et aux dérives liberticides.

Nous ne croyons plus depuis longtemps au pouvoir des pétitions, mais ils en ont ouvert une et vous demandent de la signer :

Retrait de la “fiche S” du militant Abdelaziz CHAAMBI

C’est là :

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https://www.change.org/p/retrait-de-la-fiche-s-du-militan...

 

Voir le site d’Abdelaziz Chaambi : http://www.crifrance.com/

Voir les écrits de Bruno Drweski :

- sur INALCO : http://www.inalco.fr/enseignant-chercheur/bruno-drweski

- sur Réseau Voltaire : http://www.voltairenet.org/auteur4427.html?lang=fr

- sur Cairn.info : https://www.cairn.info/publications-de-Drweski-Bruno--496...

- sur le site de l’UPR : https://www.upr.fr/tag/bruno-drweski

 

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Une pépite :

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José Ortega y Gasset contre la barbarie de la spécialisation

Matthieu Giroux – PHILITT 15 juin 2017

 

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Dans La Révolte des masses, José Ortega y Gasset décrit la contamination des sociétés modernes par « l’homme-masse ». Le triomphe de celui-ci est tel qu’il a su imposer son tempérament médiocre à tous les domaines de la vie. Alors que les sociétés traditionnelles définissaient l’individu d’élite comme un homme « total », le XXe siècle fait du barbare spécialiste la figure de la nouvelle « aristocratie » intellectuelle.

 

10. Ortega y Gasset.jpgL’idéal d’intelligence dans les sociétés du passé était celui de l’homme « total », de l’homme « universel », plus tard de l’homme « encyclopédique ». « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », disait le portail de l’Académie de Platon, fondée au IVe av. J.-C. La philosophie, alors la plus haute des sciences, n’était accessible qu’à ceux qui étaient d’abord formés à la connaissance des règles spatiales. Au Xe siècle, à Bagdad, Al-Fârâbî, le « second maître », était à la fois philosophe, penseur du droit musulman et musicien. Le Quattrocento a produit Léonard de Vinci, peintre et inventeur de génie. Au XVIIe siècle, en France, Descartes, bien que fondateur de la philosophie moderne, écrivit le Discours de la méthode puis les Méditations métaphysiques. Plus tard, en Allemagne, Leibniz, auteur de la Théodicée, fut aussi l’un des inventeurs du calcul infinitésimal, après Archimède et avant Newton.

Lire la suite…

Source : https://philitt.fr/2017/06/13/jose-ortega-y-gasset-contre...

 

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Vous rappelez-vous quand Marilyn et Montand chantaient « Specialization » ?

Bon, là, c’est Frankie Vaughan, mais si vous regardez bien, sans vous laisser distraire, vous verrez passer Montand. Hollywood : Mecque des spécialistes !

 


 

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Sur le même sujet (par l’impératrice du polar romain antique made in Birmingham) :

Un livre

 

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Lindsey DAVIS

ALEXANDRIA

Arrow, 2010

368 pages

 

 

 

Dix-neuvième aventure de Marcus Didius Falco, agent secret de Vespasien, au Museion d’Alexandrie

Les Ptolémées - surtout Soter et Philadelphe - Démétrios de Phalère, Épiphane de Salamine, Zénodote d’Éphèse, Aristophane de Byzance, Aristarque de Samothrace, Apollonios de Rhodes, Callimaque de Cyrène, Ératosthène de Cyrène, Eumène de Mysie (et sa bibliothèque concurrente de Pergame), Cydas, Ammonios, Dioclès, Apollodore surnommé le grammairien, Sostratos de Cnide qui construisit le Pharos, Zenon, Theon, Ædemon… sans oublier Héron d’Alexandrie, le père des premiers automates… Ils sont tous là, en chair, en os ou statufiés, voire à l’état de cadavres… mais, hélas, seulement pour les anglophones, puisque, comme tout ce qui est exceptionnel, cette Comédie Humaine policière du monde antique est snobée par l’édition française.

 

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Un autre livre :

Carlos, un combattant contre l’empire

 



Quand donc inventeront-ils quelque chose d’autre que des manifs pour forcer leurs commis infidèles à sortir Georges Abdallah et Carlos de leurs geôles ?

 

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À la veille d’un triomphe électoral aussi attendu, on ne voudrait pas se passer de la couverture de Time :

 

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Mis en ligne le 16 juin 2017

 

 

 

 

17:58 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |