06/01/2014

In Memoriam Dalal al Mughrabi

1. pêcheurs gazaoui.JPG

 

In Memoriam Dalal al Mughrabi

Cinquième anniversaire du carnage israélien dans le camp de Gaza
( 27 décembre 2008 - 21 janvier 2009)

Aline de Dieguez


"Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et à aimer ceux qui les oppriment."

Malcolm X

2. dalal.jpg

 Une photo rare de Dalal al Mughrabi

 

A la lecture de la nouvelle dérangeante pour les amis de la Palestine, selon laquelle trois mille Palestiniens, principalement membres du Hamas, combattent en Syrie aux côtés des égorgeurs et des cannibales wahhabites on ne peut qu'évoquer avec tristesse la mémoire des résistants qui ont donné leur vie afin que la Palestine ne sombre pas dans l'oubli et constater avec chagrin les dérives suicidaires de dirigeants qui envoient leurs combattants se faire tuer pour le double bénéfice et l'extrême jubilation de leur oppresseur.

Voir des Palestiniens tourner le dos à des Etats et à des groupes politiques qui ont soutenu leur résistance à l'occupation sioniste et qui les ont nourris et armés pendant des décennies, puis découvrir comment ils trahissent leurs seuls véritables soutiens en se rangeant dans le camp de leurs propres oppresseurs, laisse sans voix tout être normalement doué d'une étincelle de raison et de sens moral. [1]

En effet, il est clair pour tous ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, que les hordes de fanatiques, qualifiés "rebelles", "opposants" ou "djihadistes", mais jamais "terroristes", et qui se ruent en rangs serrés sur la Syrie ne sont que des mercenaires sponsorisés par les riches et rétrogrades Etaticules pétroliers et gaziers du Golfe, armés et entraînés par les services secrets de l'OTAN et ceux du Mossad israélien. Les illusions d'un "printemps arabe" en Syrie n'ont duré que ce que durent les roses.

D'importants groupes de mercenaires palestiniens, principalement affiliés au Hamas, recrutés par l'inénarrable Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani lors de sa visite à Gaza en octobre 2012, combattent donc dans le même camp qu'Israël et se font tuer pour le plus grand bénéfice de leur occupant !


3. emir.jpg

Le Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, l'une de ses épouses, Cheikha Moza, Ismaël Haniyeh

 

Voir le responsable du Hamas à Gaza, M. Haniyeh, baiser les mains en public et en privé du pire pousse-au-crime et incitateur au meurtre de malheureux citoyens syriens qui n'ont pas l'heur de plaire à ce prétendu "religieux" qatari richissime et serviteur zélé du maître qui le couvre d'or - le Cheikh Qaradaoui - est un spectacle douloureux pour l'idée que l'on peut se faire de la dignité humaine: "Ceux qui agissent avec le pouvoir [syrien], il nous est obligatoire de TOUS les tuer: militaires, civils, oulémas ignorants..." clamait avec hargne ce prêcheur fanatique et haineux sur la chaîne du Qatar Al-Jazeira à l'intention de millions de cervelles prêtes à se saisir sur le champ d'un coutelas et à se ruer sur d'innocents Syriens. Son appel a d'ailleurs été suivi à la perfection par des dévoreurs de foie et de coeur humains encore sanguinolents. [2]


4. qaradawighazza.jpg5. haniye-qaradaoui.jpg

Cheik Yûssuf Al- Karadâwî en visite à Gaza, 10 mai 2013

Des images sont souvent plus parlantes qu’un long commentaire


C'est donc dans le même minuscule, mais richissime, émirat gazier du Qatar que s'est délocalisé le chef du bureau politique du Hamas, M. Khaled Meschaal, après avoir changé son fusil d'épaule et effectué une giration mentale à 180° qui l'a conduit à trahir le pays-hôte qui l'avait hébergé pendant plusieurs dizaines d'années et lui avait même, en son temps, sauvé la vie. Il a pu continuer à entretenir sa forme physique et jouer tranquillement au ping-pong dans son luxueux hôtel de Doha pendant que le Moyen Orient était en feu !


6. Meschal-hamad2.jpg

Khaled Meschaal – Cheik Hamad Ben Khalifa al-Tani

 

Néanmoins, le dieu Mars s’est enfin montré plus propice au patriotisme du soldat syrien et une révolution de palais menée par la CIA et la belle et influente seconde épouse, Moza, en faveur de son fils, nommé calife à la place du calife, a mis un terme prématuré au grandiose destin du cheikh Hamad. Elle rappelle l’histoire d’Agrippine et de son fils Néron.

M. Meschaal est alors devenu indésirable à Doha. On l’a vu errer ici et là, de la Turquie à la Tunisie, afin de trouver un nouveau point de chute et même tenter de se rapprocher de ses anciens soutiens. S’il avait lu Son Excellence Eugène Rougond’Emile Zola, il aurait su qu’en politique la félonie est un mauvais calcul politique et finit toujours par se retourner contre l’ingrat. La lecture de L’art de la guerre du célébre général chinois SUN-TZU (- Vie siècle) lui aurait appris qu’en toute guerre, la première et la plus importante des conditions du succès est de savoir identifier clairement son ennemi, d’apprécier les forces de l’adversaire et de bien connaître les siennes propres.

Quant à l’ancien Président de la République d’Egypte, M. Morsi, sur lequel le peuple palestinien fondait d’immenses espoirs, rapidement déçus, hélas, il a, dans son dernier discours de chef d’Etat dit « démocratique », prôné le « djihad », c’est-à-dire rien moins que la « guerre sainte » … mais contre la Syrie, un autre Etat à majorité musulmane.

Aucune guerre n’est sainte et tout « djihad » politique n’est qu’une monstruosité barbare. Ainsi, M. Morsi venait ex abrupto de déclarer la guerre à un Etat avec lequel il n’avait aucun différend politique, et cela pour le plus grand bonheur et jubilation de l’axe otano-qataro-saoudo-sioniste qui manipule à son profit les faibles esprits religieux fanatisés et les politiciens corrompus de la région, mais à la grande fureur d’une partie importante de la société égyptienne, violemment hostile à une dictature religieuse. La lettre personnelle d’allégeance adressée au Président Peres, par laquelle le Président égyptien fraîchement élu avait souhaité à l’Etat d’Israël « bonheur et prospérité » demeure dans toutes les mémoires et a pris tout son sens à la lumière des évènements qui ont suivi. [3]


7..jpg

Lettre de félicitations et d’affection du Président égyptien Morsi au Président israélien Peres (traduction en note)


Trois jours après le prêche religieux sectaire de M. Morsi, qui aurait envoyé des dizaines de milliers d'Egyptiens grossir les rangs des hordes internationales d'égorgeurs et de décapiteurs de civils syriens sous prétexte qu'ils ne priaient pas leur Dieu de la même manière qu'eux, la junte militaire en a profité pour reprendre le pouvoir - avec le soutien d'une importante proportion de la société civile, il faut bien le constater. Peut-être subsistait-il chez les généraux égyptiens quelques traces de l'authentique patriotisme égyptien qu'avait incarné le Colonel Nasser. Peut-être se souvenaient-ils qu'il n'y a pas si longtemps, l'Egypte et la Syrie ne formaient qu'un seul Etat. Les deux étoiles qui ornent encore le drapeau syrien en sont les vestiges.

Quant aux citoyens ordinaires qui ont soutenu les généraux, ils refusaient la dictature religieuse en germe dans la constitution en préparation par M. Morsi, mais ils ne souhaitaient évidemment pas l'établissement d'une dictature militaire qui semble se profiler. Mais pour les habitants de Gaza, le changement de régime en Egypte se traduisit par le passage du Charybde d'un Morsi soucieux de ne déplaire en rien à Israël et aux Etats-Unis, au Scylla de généraux, violemment hostiles aux Frères musulmans et à la direction prise par le Hamas.


8. barbares.jpg

Les « combattants » de l’axe otano-saoudo-sioniste jouent au foot-ball avec une tête de soldat chiite


"Ils font pourtant du bon boulot"
M. Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères du gouvernement de M. Hollande

 

Néanmoins, le coup d'Etat militaire en Egypte a au moins eu le mérite d'avoir sauvé la vie de milliers de malheureux chiites, alaouites, chrétiens, kurdes, druzes, sunnites modérés, assyriens, arméniens, yezidis, juifs et autres variétés de croyants qui font l'originalité de la mosaïque sociale syrienne - et y compris des minorités religieuses égyptiennes, notamment coptes et chiites. Par la même occasion des masses d'écervelés égyptiens, dont les cadavres seraient allés nourrir la terre syrienne, ont également eu la vie sauve faute d'être allés se suicider en compagnie des cannibales wahhabites drainés par le grand "démocrate", Son Excellence Bandar ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, non moins "démocrate", aux yeux des Occidentaux, que son collègue qatari dont il a pris la succession en tant que financier et pourvoyeur d'engins de mort des mercenaires internationaux.


9. bandar1.jpg10. bandar2.jpg

Son Excellence Bandar ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, Ministre de l’intérieur du royaume des Saoud 

À gauche, version couleur locale, à droite, version cosa nostra.

 

Son Excellence Hamad ben Khalifa al-Thani, quant à lui, déchu et trahi, il peut désormais goûter les délices d'un luxueux exil dans l'île d'Ithaque, qu'il avait achetée à un Etat grec impécunieux - sage précaution - et rêver à Ulysse et à Nausicaa. Pendant ce temps, son fils nouvellement promu à la tête de l'empire gazier de sa pustule d'Etat, détricote toute la politique du père et rame à contre-courant, chéquier à la main, afin de tenter de se "réconcilier" avec la Syrie et avec l'Algérie.

Quant au Quisling qui règne sur des confettis cisjordaniens emmurés, il est engagé depuis plus de vingt ans dans une véritable "économie" des négociations qui ressemblent à la tapisserie de Pénélope, mais qui nourrissent grassement tout une administration de conseillers, d'experts, de géomètres ou de secrétaires, véritables sangsues du budget de ce fantôme d'Etat. En collaborateur conséquent, c'est contre les résistants de Cisjordanie que M. Abbas lance ses supplétifs armés, tout en mendiant des miettes aux uns et aux autres. Il se vante d'avoir empêché quatre-vingt dix prises en otage de soldats israéliens destinés à être échangés contre la libération des milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les geôles de l'occupant. Il se garde bien de protester contre l'enfermement dans des cages en plein air, et sous la pluie et le vent, de prisonniers et même d'enfants raflés par une brutale et impitoyable soldatesque. Y a-t-il une limite à l'ignominie contre les Palestiniens?

Alors que le parlement de l'Etat hébreu vient de voter l'annexion pure et simple de la vallée du Joudain et la construction de mille cinq cents nouveaux logements dans les colonies, les forces d'occupation de la Cisjordanie ont offert à M. Mahmoud Abbas une petite sucrerie destinée à rendre moins amère la pillule à avaler, à savoir la libération - pour combien de temps avant de les "convoquer" de nouveau ? - de vingt-six Palestiniens détenus depuis plus de vingt ans dans leur Archipel du Goulag. Or, durant la seule année 2013, quatre mille citoyens ont été enlevés et brutalisés, la plupart après de violentes incursions dévastatrices dans les logements familiaux des malheureux kidnappés.

Pendant ce temps l'occupant cligne de l'oeil et s'étale sur les restes du maigre territoire imparti aux autochtones, qu'il grignote mètre carré par mètre carré et colline par colline.

 

11. abbas-netanyahou.jpg

Nième rencontre Abbas-Netanyahou, décembre 2013

 

*

A l'occasion du cinquième anniversaire de la tuerie israélienne à Gaza (27 déc. 2008 - 21 janvier 2009) et parce que la situation politique de la Palestine et du Moyen-Orient tout entier, sont aujourd'hui plus catastrophiques que jamais, comme il est esquissé dans le rapide tour d'horizon ci-dessus, il m'a semblé important de tenter de faire revivre une héroïque et lumineuse figure de la résistance patriotique palestinienne.

Mais auparavant, je rappellerai quelques exploits particulièrement remarquables de la manière dont le sionisme s'est imposé en Palestine.

 

12. dalal-militaire.jpg

Dalal Mughrabi

"Point your guns in only one direction- your enemy - Israel " .

"Dirigez vos fusils dans une seule direction - celle de votre
ennemi - Israël"


Héroïne de la résistance et honorée par le peuple palestinien et certaines autorités locales qui ne sont pas encore atteintes par la lèpre de la collaboration et de la démission, la mémoire de Dalal al Mughrabi est délibérément occultée par la direction d'une "Autorité" dépourvue non seulement de toute autorité réelle, mais de toute légitimité depuis quatre ans, puisque M. Abbas occupe son poste par la grâce de l'occupant, de celle de l'allié privilégié et soutien américain de l'Etat sioniste , ainsi que de celle de bailleurs de fonds des pays du Golfe.

Son action audacieuse demeure gravée dans la pauvre histoire de la résistance palestinienne. Il n'est évidemment pas étonnant, en revanche, que l'État d'Israël, se soit senti humilié par la "réussite" - il faut le reconnaître, même si elle ne fut que partielle - d'un commando dirigé par une toute jeune fille et que cet Etat, qui s'emploie à terroriser la population palestinienne par les moyens les plus vicieux et les plus pervers, la proclame une des "pires terroristes" de sa courte histoire de colonisateur de la Palestine.

Tout d'abord, je rappellerai quelques points d'un droit international dont l'Etat hébreu n'a jamais respecté la moindre injonction. Fort du soutien d'une diaspora puissante et fortunée, il a toujours méprisé toutes les injonctions du droit international.

Or, le droit à l'autodétermination, à l'indépendance nationale, à l'intégrité territoriale, à l'unité nationale et à la souveraineté sans interférence extérieure a été affirmé à maintes reprises par de nombreux organes des Nations Unies, dont le Conseil de sécurité, l'Assemblée générale, la Commission des droits de l'homme, la Commission du droit international et la Cour internationale de justice.

Voir: - Ils ont crucifié Marianne... Les nouveaux exploits de Tartuffe en Palestine .

 

Le principe de l'autodétermination stipule que lorsque le droit à l'autodétermination a été supprimé par la force, le recours à la force est permis pour contrer cette situation et atteindre l'autodétermination.

La Commission des droits de l'Homme a régulièrement réaffirmé la légitimité de la lutte contre l'occupation par tous les moyens disponibles, dont la lutte armée (Résolution de la CDH No. 3 XXXV, 21 février 1979 et Résolution de la CDH No. 1989/19, 6 mars 1989)

Le droit international donne donc expressément à un peuple occupé le droit de se défendre par tous les moyens. En effet, la Résolution 2621 XXV, du 12.10.1970 des Nations Unies affirme "le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l'indépendance", donc, y compris par les armes et par la force.

De façon explicite, la Résolution 37/43 , de l'Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 3 décembre 1982 : "Réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour l'indépendance, l'intégrité territoriale, l'unité nationale et la libération de la domination étrangère et coloniale et de l'occupation étrangère par tous les moyens disponibles, incluant la lutte armée." (Voir aussi les Résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies 1514 , 3070 , 3103 , 3246 , 3328 , 3382 , 3421 , 3481 , 31/91 , 32/42 et 32/154 ).

Le droit à la résistance est non seulement conforté, mais légitimé par l'article 1er §4 du premier protocole additionnel de Genève du 08.06.1977 , qui précise que, parmi les conflits armés internationaux, figurent ceux "dans lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et l'occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes… "


Les grands exemples de Jean Moulin, jugé terroriste par l'occupant allemand de la France de 1940, et aujourd'hui honoré au Panthéon ou celui de Mandela, considéré comme terroriste durant plusieurs décennies par de nombreux chefs d'Etat occidentaux avant de se métamorphoser en héros mondial de l'anti-apartheid aux yeux des mêmes et d'avoir drainé la quasi totalité des chefs d'Etat de la planète à ses funérailles - hormis les dirigeants israéliens, qui jugèrent le prix du vol vers l'Afrique du Sud trop élevé - ces exemples, dis-je, sont des métamorphoses éloquentes du terroriste en héros international au gré des évolutions politiques.

Il existe néanmoins un exemple un peu moins flatteur: celui d'Yitzhak Shamir. Son activisme au sein du Lehi et de sa section la plus violente, le Stern Gang, qui compta entre 60 et 200 personnes, puis dans celui des assassins de l'Irgoun spécialisés dans les attentats anti-arabes entre 1936 et 1939 fut à l'origine de milliers de victimes. Il est également le principal organisateur de l'assassinat du comte Folke Bernadotte et de celui de Lord Moyne. Cela ne l'a pas empêché d'occuper plusieurs postes ministériels importants lorsque le mouvement sioniste a été reconnu par l'ONU et même celui de Premier Ministre entre 1986 et 1992. Mais M. Shamir n'est jamais devenu un modèle moral, et pour cause ! Il n'a d'ailleurs jamais été autorisé à se rendre en Angleterre.

Lord MOYNE, secrétaire d'Etat britannique, avait déclaré le 9 juin 1942 devant la Chambre des Lords que "les Juifs n'étaient pas les descendants des Hébreux antiques et qu'ils n'avaient aucune réclamation légitime sur la terre sainte." Déclaré "ennemi de l'indépendance hébreu", il a été assassiné le 6 novembre 1944 au Caire par le Stern Gang dirigé par Yitzhak Shamir.

Je rappelle également l'assassinat par le Lehi, toujours dirigé par le même Yitzhak Shamir, du comte Folke Bernadotte, le 17 septembre 1948 à Jérusalem - les terroristes sionistes jugeaient le médiateur des Nations Unies trop "pro-palestinien". Le diplomate suédois n'avait-il pas osé s'indigner devant « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente». 

13. lord-moyne.jpg

   Lord Moyne

14. bernadotte.jpg

                                                                                                                                          Comte Folke Bernadotte



15. shamir.jpg

Itzak Shamir

L'assassin frappe toujours deux fois

 

Bien avant qu'une existence légale ait été fournie à l'ONU par un vote contesté et contestable, à la colonie de peuplement d'immigrants juifs, majoritairement orientaux, en terre palestinienne, le groupe armé radical Lehi, qui se qualifiait lui-même de "terroriste" et sa branche la plus meurtrière, le Stern Gang, auxquels s'est ajoutée une nouvelle organisation terroriste, l'Irgoun, ont compté à leur actif d'innombrables assassinats au moyen de camions, de voitures et de trains piégés, de bombes jetées contre des bus, ou au milieu d'attroupements "d'Arabes", d'assassinats individuels, d'opérations de sabotage, y compris en Angleterre où le groupe Lehi a fait exploser un engin dans le Club Colonial. L'ancien chef des opérations du Lehi, Yaakov Eliav a révélé dans ses Mémoires, que les terroristes sionistes avaient eu le projet de recourir à un attentat bactériologique en répandant du bacille de choléra dans le réseau d'eau potable de Londres.

En effet, n'étant à l'époque les représentants d'aucun Etat constitué, qui aurait été victime d'une agression ou d'une occupation, les commandos meurtriers ne peuvaient en aucun cas se réclamer de la moindre légitimité internationale. Il s'agissait purement et simplement de l'avant-garde meurtrière d'une colonisation de peuplement dont les membres étaient mus par le désir de s'approprier un territoire habité par un autre peuple. Les comploteurs militarisés juifs se réclamaient d'une idéologie messianique née dans les vapeurs des shtetls d'Europe orientale. Ils formaient des milices armées et des groupes d'assassins animés par un double objectif: terroriser la population indigène afin de l'inciter à fuir, tout en cherchant à évincer par la force les Anglais détenteurs d'un mandat international sur la Palestine et qui, dans un premier temps, s'étaient dressés contre eux.


16. train.jpg

Déraillement du train Le Caire-Haïfa sur des mines posées sur la voie par le Stern Gang : 40 tués, 60 blessés.

 

C'est pourquoi il est bon de rafraîchir la mémoire des pleureuses de l'Etat hébreu, oublieuses de leurs propres turpitudes, et de situer leur vertueuse indignation envers de légitimes résistants palestiniens en la replaçant dans le contexte historique des évènements qui ont précédé et directement suivi la naissance de cet Etat. J'ai donc rappelé quelques épisodes marquants du terrorisme violent et meurtrier auquel se sont livrés de véritables groupes organisés d'assassins qui ensanglantèrent la terre palestinienne pendant des années par des meurtres de masse et des attentats ciblés. Se considérant déjà comme jouissant de privilèges et de droits exceptionnels, poser des bombes, faire dérailler des trains et assassiner des civils en masse était aux yeux des groupes de terroristes juifs un moyen politique légitime.

Ce même moyen à petite échelle devient illégitime à leurs yeux et fait l'objet de clameurs indignées lorsqu'il est utilisé, conformément au droit international, par les victimes spoliées, volées, chassées, martyrisées par les moyens les plus sadiques et les plus cruels. L'actuel Etat d'Israël repose sur des monceaux de cadavres palestiniens et, dans une moindre mesure, anglais. Ses mains, comme celles de lady Macbeth, sont couvertes d'un sang indélébile.

N'oublions pas un autre attentat sioniste marquant, commis par un autre ancien terroriste, Menahem Beguin, devenu Premier Ministre d'Israël à la fin des années 1970. Il est l'initiateur et la cheville ouvrière de l'attentat meurtrier perpétré le 22 juillet 1946 contre l'hôtel King David qui fit 91 victimes et 46 blessés. Cette attaque à la bombe a été préparée et menée par l'organisation extrémiste juive de l'Irgoun de M. Beguin. Elle visait les autorités britanniques dont les bureaux étaient situés au sein de cet hôtel à Jérusalem, ville alors sous mandat anglais.


17. hotel_king_david.jpg

Hôtel King David… après l’action de l’Irgoun

 

Deir Yassin, l'Oradour palestinien, fut rayé de la carte en une nuit . Plus de 300 civils furent exécutés froidement, femmes, enfants, hommes , vieillards. Les tueurs ne faisaient pas de quartiers et pour faire bonne mesure, ils jetèrent les corps suppliciés dans le puits du village. Fiers de leur exploit, ils organisèrent des visites guidées des ruines et des cadavres. Cette initiative connut un vif succès parmi les colons.

Deir Yassin, Haïfa, Jaffa, Acre, Oum Al Fahem et AL-Ramla, Al-Daouayma, Abou Shousha, Qazaza, Jaffa à plusieurs reprises, Tannoura, Tireh, Kfar Husseinia, Haïfa encore et encore, Sarafand, Kolonia, Saris, Biddu, Lod, Bayt Surik, Sasa, Balad al-Cheikh, hier Jenine , Gaza hier et aujourd'hui ont expérimenté dans leur chair la mise en pratique des directives vétéro-testamentaires en usage dans l'armée et l'efficacité des criminels militarisés des organisations juives chargées de semer la terreur et la mort.

Il m'est impossible de citer ici - la liste en serait trop longue - les innombrables meurtres, exactions et attentats commis par les terroristes du Lehi, de l'Irgoun, de la Haganah créée un peu plus tard , en attendant les attentats du Mossad plus ciblés, redoutablement efficaces - organisation qui opère désormais sur la planète entière. [4]

Face à de tels professionnels des assassinats et des attentats - y compris bactériologiques - et qui jouissaient visiblement d'une manne financière inépuisable - les victimes autochtones palestiniennes de la colonie de peuplement sioniste, devenue Etat d'Israël en 1948, ne sont que de rustiques amateurs.

L'histoire est rédigée par les vainqueurs. La narration israélienne s'est donc imposée - en tout cas en Occident - si bien que le pauvre Etat d'Israël est toujours présenté par la quasi totalité d'une presse paresseuse, oublieuse ou complice comme une malheureuse victime du "terrorisme palestinien". Sa "sécurité" n'est jamais suffisamment assurée. C'est pourquoi la mise en garde de Malcolm X est plus que jamais d'actualité: "Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et à aimer ceux qui les oppriment."

 

Lettre d'Albert Einstein à l'éditeur du New-York Times, New York, 2 décembre 1948

Les dirigeants israéliens sont des fascistes

Parmi les phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque, il y a dans l'État nouvellement créé d'Israël, l'apparition du "Parti de la Liberté" (Tnuat Haherut), un parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis nazis et fascistes. Il a été formé par les membres et partisans de l'ancien Irgun Zvai Leumi, une organisation terroriste d'extrême-droite et nationaliste en Palestine.

La visite actuelle de Menahem Begin, le chef de ce parti, aux États-Unis est évidemment calculée pour donner l'impression d'un soutien américain à son parti lors des prochaines élections israéliennes, et pour cimenter les liens politiques avec les éléments sionistes conservateurs aux États-Unis. (...)

Avant que des dommages irréparables ne soient faits par des contributions financières, des manifestations publiques en soutien à Begin et avant de donner l'impression en Palestine qu'une grande partie de l'Amérique soutient des éléments fascistes en Israël, le public américain doit être informé sur le passé et les objectifs de M. Begin et de son mouvement. Les déclarations publiques du parti de Begin ne montrent rien quant à leur caractère réel. Aujourd'hui ils parlent de liberté, de démocratie et d'anti-impérialisme, alors que jusqu'à récemment ils ont prêché ouvertement la doctrine de l'État fasciste. C'est dans ses actions que le parti terroriste trahit son véritable caractère. De ses actions passées, nous pouvons juger ce qu'il pourrait faire à l'avenir.

Attaque d'un village arabe : Un exemple choquant fût leur comportement dans le village Arabe de Deir Yassin. Ce village, à l'écart des routes principales et entouré par des terres juives, n'avait pas pris part à la guerre et avait même combattu des bandes arabes qui voulaient utiliser comme base le village. Le 9 avril, d'après le New York Times, des bandes de terroristes ont attaqué ce village paisible, qui n'était pas un objectif militaire dans le combat, ont tué la plupart de ses habitants - 240 hommes, femmes et enfants - et ont maintenu quelques-uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem. ( Imitation des défilés de "triomphe" des empereurs romains. N.de l'A)

La majeure partie de la communauté juive a été horrifiée par cet acte,et l'Agence Juive a envoyé un télégramme d'excuses au Roi Abdullah de Trans-Jordanie. Mais les terroristes, loin d'avoir honte de leurs actes, étaient fiers de ce massacre, l'ont largement annoncé et ont invité tous les correspondants étrangers présents dans le pays à venir voir les tas de cadavres et les dégâts causés à Deir Yassin. (...)

Ont signé:

ISIDORE ABRAMOWITZ, HANNAH ARENDT, ABRAHAM BRICK, RABBI JESSURUN CARDOZO, ALBERT EINSTEIN, HERMAN EISEN, M.D., HAYIM FINEMAN, M. GALLEN, M.D., H.H. HARRIS, ZELIG S. HARRIS, SIDNEY HOOK, FRED KARUSH, BRURIA KAUFMAN, IRMA L. LINDHEIM, NACHMAN MAJSEL, SEYMOUR MELMAN, MYER D. MENDELSON, M.D., HARRY M. ORLINSKY, SAMUEL PITLICK, FRITZ ROHRLICH, LOUIS P. ROCKER, RUTH SAGER, ITZHAK SANKOWSKY, I.J. SHOENBERG, SAMUEL SHUMAN, M. ZNGER, IRMA WOLPE, STEFAN WOLPE.

(C'est moi qui souligne)

*

18. Dalal_Mughrabi.jpg

Dalal al Mughrabi

 

"Point your guns in only one direction - your enemy - Israel " . Telle était la prière en forme de testament laissée par la jeune résistante avant de se lancier dans une mission qu'elle savait sacrificielle pour elle et ses treize compagnons et qui, a posteriori, paraît effectivement d'une folle témérité..

Dalal avait vingt ans. Née en 1958 dans le camp de réfugiés de Sabra, au Liban, qui connaîtra, en 1982, le triste sort des massacres supervisés par l'actuel moribond comateux - Ariel Sharon - durant l'une des nombreuses guerres d'agression de l'Etat hébreu contre le Liban, la jeune palestinienne poursuivait un double objectif: officiellement, il s'agissait de kidnapper des soldats israéliens afin de les échanger contre des prisonniers palestiniens. Mais surtout, elle était consciente que même si ses chances de réussite étaient minces, seule une action d'éclat pouvait remettre dans la voie d'un juste combat une résistance encalminée et embourbée dans des conflits entre factions à l'intérieur et à l'extérieur des camps. Hier comme aujourd'hui, certains chrétiens libanais se présentaient en collaborateurs actifs d'Israël et donc violemment hostiles aux Palestiniens.

L'exil et la déportation mûrissent les êtres d'exception. Peut-être savait-elle que le fil de sa vie serait court. A peine sortie de l'enfance, la jeune étudiante infirmière était déjà une militante et une fervente patriote, aguerrie aux techniques de la guérilla et au maniement de tous les types d'armes en vigueur à l'époque. Elle avait compris que la liberté n'est pas quelque chose qui serait donné aux peuples. C'est quelque chose qui se conquiert.

A la tête du groupe qui prit le nom de Deir Yassin, le célèbre village martyrisé par la soldatesque, les quatorze volontaires se sont lancés dans une incroyable épopée. Partis de la côte libanaise, le groupe a d'abord voyagé dans un navire marchand, puis a tenté d'aborder la côte israélienne près de Tel Aviv à l'aide de bateaux gonflables, mais une météo défavorable a contraint les combattants à passer une nuit en mer. Ayant fini par gagner la terre ferme, ils ont réussi à arrêter deux bus, dont l'un rempli de soldats. Ils disposaient donc à ce moment-là de soixante huit otages.

Dalal a averti les otages de leur intention, qui n'était nullement de les tuer, mais de les échanger contre des prisonniers palestiniens. Le bus contraint de se diriger vers Tel-Aviv, un drapeau palestinien accroché à une fenêtre figurait symboliquement la patrie reconquise. Le groupe a alors entonné l'hymne national palestinien et, disent les survivants, s'est mis à sauter de joie - voilà qui révèle une gaminerie qui n'était pas le fait de meurtriers.

Les forces israéliennes ont fini par découvrir la prise d'otages. Malgré les tentatives de négociation avec Ehud Barak, le responsable des soldats et des garde-frontière envoyés sur place. Malgré l'assurance que les otages ne seraie

,,0nt pas touchés, il a refusé tout compromis face à des "saboteurs", exigeant une reddition pure et simple. Les soldats ont commencé à tirer. Dalal a alors ordonné à ses compagnons de riposter

Un combat à mort s'est trouvé engagé. Après une résistance acharnée six compagnons de Dalal blessée ont été tués. De plus, très rapidement le groupe mal équipé a manqué de munitions. Des explosions ont retenti dans le bus. Les Israéliens prétendent que c'est le groupe de Dalal qui aurait lancé des grenades à l'intérieur, d'autres témoins parlent de mitraillages par l'armée. Comme il est dit ci-dessus, l'histoire est écrite par les vainqueurs, et surtout... par les survivants. Dalal et onze de ses compagnons ont été tués ainsi que trente soldats israéliens. Des civils ont également péri dans la fusillade. Il y eut également quatre-vingts blessés.

Au seul survivant palestinien du groupe, Yahya Skaf, toujours depuis lors enfermé dans les geôles israéliennes sous l'appellation "Prisonnier X", Barak a demandé qu'il désigne le chef du groupe. Il montra le cadavre de Dalal. La fureur de Barak s'est alors déchaînée sur la dépouille encore chaude de la jeune fille qu'il a atrocement martyrisée. Après l'avoir tirée par les cheveux en lui donnant des coups de pied, il arraché ses vêtements, découvert sa poitrine et a frappé ses seins et son bas-ventre à coups de poignard.


19. martyr.jpg

Le cadavre de Dalal al Mughrabi martyrisé par Ehud Barak

 

Lors de l'échange de prisonniers qui eut lieu en 2000 entre le Hezbollah et Israël, les noms de Yahya Skaf et la dépouille de Dalal figuraient sur la liste proposée par le valeureux mouvement de résistance libanais, Hezbollah. Israël a prétendu que les autorités de son Goulag n'avaient aucun détenu de ce nom dans leurs geôles. En revanche, un cercueil censé contenir les restes de Dalal fut livré.

Lorsque la famille l'ouvrit, elle vit qu'il contenait des pierres et un peu de terre. Les os de Dalal sont toujours emprisonnés en Israël dans le fameux cimetière-prison dont les tombes ne portent qu'un numéro. [5]

Le célèbre poète et écrivain syrien, Nizar Kabbani (1923-1998) , a rendu un hommage vibrant à la jeune résistante palestino-libanaise par l'émouvant poème ci-dessous.

 

20. nizar-kabbani.jpg

Nizam Kabbani

 

Je suis pour le terrorisme

De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De notre femme et de la rose
Et de l'azur et du poème
Si nous osons prendre défense
D'une patrie sans eau sans air,
D'une patrie qui a perdu
Sa tente et sa chamelle
Et même son café noir.
(...)

De terrorisme on nous accuse
Quand nous décrivons les dépouilles
D'une patrie
Décomposée et dénudée
Et dont les restes en lambeaux
Sont dispersés aux quatre vents…,
D'une patrie
Cherchant son adresse et son nom…
D'une patrie ne conservant
De ses antiques épopées
Que les élégies de Khansa…,
D'une patrie
Où ni le rouge, ni le jaune, ni le vert
Ne teignent plus les horizons…,
D'une patrie qui nous défend
D'écouter les informations
Ou d'acheter quelque journal…,
D'une patrie où les oiseaux
Sont censurés dans leurs chansons,

D'une patrie où, terrifiés,
Les écrivains ont pris le pli
D'écrire la page du néant…,
(...)

Dans notre nation,
Il n'y a plus de Mu'awya
Plus de Abu Sufiane
Plus personne pour crier "Gare" !
A la face de ceux qui ont abandonné
A autrui notre foyer
Et notre huile et notre pain
Transformant notre maison
Si heureuse en capharnaum.
Il ne reste plus rien de notre poésie
Qui n'ait sur le lit d'un tyran
Perdu sa virginité.

Du mépris nous avons pris
Le pli de l'habitude.
Que reste-t-il donc de l'homme
Lorsqu'il s'habitue au mépris ?

(...)
De terrorisme on nous accuse
Quand nous refusons notre mort
Sous les râteaux israéliens
Qui ratissent notre terre
Qui ratissent notre Histoire
Qui ratissent notre Evangile
Qui ratissent notre Coran
Et le sol de nos prophètes.
Si c'est là notre crime
Que vive le terrorisme !

De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons que les Juifs
Que les Mongols et les Barbares
Nous effacent de leur main.
Oui, nous lançons des pierres
Sur la maison de verre
Du Conseil de Sécurité
Soumis à l'empereur suprême.

De terrorisme on nous accuse
Lorsque nous refusons
De négocier avec les loups
Et de tendre nos deux bras
A la prostitution.
L'Amérique
Ennemie de la culture humaine
Elle-même sans culture,
Ennemie de l'urbaine civilisation
Dont elle-même est dépourvue,
L'Amérique
Bâtisse géante
Mais sans murs.

De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons un siècle
Où ce pays de lui-même satisfait
S'est érigé
En traducteur assermenté
De la langue des Hébreux.

 

 

NOTES

[1] " The Syrian soldier had to show courage to fight against the international coalition which brought together western special forces officers and murderous Wahabi thugs from all over the planet. But he also had to show a different kind of courage not to get discouraged with the so-called "friends of Syria" got together for that international meeting on how to crush Syria. It took a very special courage for the Syrian soldier not to get disgusted and bitter when he saw the wave of betrayals coming from all over the Muslim and Arab world, especially from the political prostitutes of Hamas and the rest of the Palestinian "intellectuals" who sided with Uncle Sam and his Empire. "

"Le soldat syrien a dû faire preuve de courage afin de lutter contre la coalition internationale qui a réuni les membres des forces spéciales occidentales et des voyous wahhabites meurtriers venus de tous les coins de la planète. Mais il avait aussi dû montrer un autre type de courage, celui de ne pas avoir été découragé par les soi-disant "amis de la Syrie" et leurs rencontres internationales destinées à planifier la meilleure manière d'écraser la Syrie. Il a fallu un courage très spécial au soldat syrien pour n'avoir pas été écoeuré et amer lorsqu'il a été témoin des vagues de trahisons venant de tous les pays du monde arabe et musulman, en particulier de celle venant des prostituées politiques du Hamas et du reste des «intellectuels» palestiniens qui ont pris le parti de l'Oncle Sam et de son empire."

http://www.vineyardsaker.blogspot.co.uk/2013/12/sakers-man-of-year-2013-syrian-solider.html , mercredi 25 décembre 2013

[2] Le cheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, au nom de l'Union Mondiale des Savants Musulmans, prêche prononcé en décembre 2012 , au cours de l'émission phare d'Al-Jazîra ("La charia et la vie") 

[3] Ci-après le texte de la lettre publié par The Times of Israël : « Votre excellence Monsieur Shimon Peres, président de l’Etat Israël, mon cher et grand ami… Compte tenu de mon grand désir de développer les relations amicales qui lient heureusement nos deux pays, j’ai choisi comme ambassadeur extraordinaire, Atef Mohammad Salem, mandaté de ma part auprès de votre excellence. Je vous prie de le soutenir (…) et de croire à tout ce qu’il vous rapporte de ma part. Je souhaite à votre excellence le bonheur, et à votre pays la prospérité. » A la fin de la lettre, datant du 19 juillet dernier, on pouvait lire, « votre ami fidèle…" Mohammad Morsi 

[4] Liste des attentats de l'Irgoun pendant la Grande Révolte arabe :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_attentats_de_l%27Irgoun_pendant_la_Grande_R%C3%A9volte_arabe

Voir également l'excellent site de Catherine Lieutenant et notamment : http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/archive/2010/06/19/il-pleut-de-l-actualite-sinistre-partie-1.html

[5] Israel failed to return Dalal Al-Mughrabi's remains, says sister
http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=216714


le 6 janvier 2014

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/pales...


Mis en ligne le 6.1.2014




18:56 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/01/2014

Rita MONALDI et Francesco SORTI sont-ils en train de ré-écrire l'histoire d'Europe ?

1. LuigiPrina5.JPG

 

Rita MONALDI et Francesco SORTI sont-ils en train de ré-écrire l’histoire d’Europe ?

 

2. monaldi_sorti_mwn.jpg

Il y a longtemps que nous voulions parler ici de ce couple d’écrivains, et nos tribulations nous en ont fait différer le plaisir. Nous y voici, avec les carabiniers.

Rita et Francesco, respectivement nés en 1966 et 1964, ont été mariés, un beau jour de nous ne savons pas quand, à Castel Gandolfo, par Mgr. Lorenzo Dell’Agio, qui deviendrait plus tard un personnage de leur premier livre. Elle était licenciée en philologie classique, lui en musicologie. Elle s’était spécialisée dans l’histoire des religions, lui dans la musique baroque. Tous deux étaient journalistes : Rita, au département de presse de la Chambre des Députés, Francesco produisait des programmes musicaux pour la RAI et pour Radio Vatican.

Tout aurait pu aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si ce n’était que l’Italie berlusconienne commençait à sentir mauvais. Fatigués de la pourriture en politique et des medias aux ordres – pas qu’en Italie, mais, bon… - ils envisagèrent sérieusement de tout laisser tomber et de prendre le chemin de l’exil. Mais pour aller où ?

Ils avaient passé leur lune de miel à travailler dans les archives de la Bibliothèque Impériale de Vienne et en avaient gardé un excellent souvenir. Pourquoi ne pas aller s’y installer ? Pourquoi ne pas essayer d’y gagner leur vie en mettant leurs connaissances en commun pour écrire des livres à quatre mains ?

Un jour, ils sautèrent le pas, dirent « Adieu à tout ça » et s’en furent. Avec leurs deux bambini.

Restait à savoir quel genre de livres ils allaient écrire. Leur goût pour certains auteurs et peut-être l’exemple d’Umberto Eco les poussèrent vers le « thriller historique ». Et – à quoi bon lésiner ? – l’idée leur vint d’écrire carrément une heptalogie, c’est-à-dire un ensemble de sept romans, qui pourraient se lire séparément ou à la suite les uns des autres, dont les titres, alors, mis bout à bout, formeraient une phrase latine comme celle-ci par exemple :

IMPRIMATUR

         SECRETUM

                  VERITAS

                          MYSTERIUM

          UNICUM

           ……………

                  …………….

 Qui peut se traduire par :

« Bien que soient imprimés tous les secrets du monde, la vérité est toujours un mystère. Ne reste à la fin que…………. »

Les deux derniers titres ne seront révélés qu’en leur temps,  mais il est déjà clair, pour les lecteurs des trois premiers romans, que cette phrase exprime exactement l’idée sur laquelle tout le cycle se fonde. Il s’agit bien, pour les auteurs, de chercher la vérité qui, quoi qu’imprimée, reste mystérieuse à beaucoup sinon à tous.

C’est ainsi qu’à trifouiller dans des archives ouvertes mais dédaignées et à courir sur les traces d’Alexandre Dumas, d’Agatha Christie et d’Ellis Peters, on se retrouve en train d’écrire une nouvelle histoire d’Europe. Est-ce la vraie ? Seul le temps, dont la vérité, comme on sait, est la fille, le dira.

À la fin de ses études, Francesco avait consacré sa thèse à l’abbé Atto Melani, castrat célèbre au Grand Siècle, qui, non content de mener de front sa carrière artistique et celle d’espion au service de Mazarin d’abord, de Louis XIV ensuite, avait aussi beaucoup écrit, notamment un curieux ouvrage intitulé Les secrets des conclaves, destiné au roi de France et resté inédit. Pourquoi ne pas prendre pour personnage central ce fils d’une famille de Pistoia, qu’elle avait fait châtrer pour l’offrir à l’Église et qui devait finir non seulement créateur de l’Orfeo de Rossi mais familier de papes, de princes et de rois ? Avec un tel héros, tant Rita que Francesco pourraient s’en donner à cœur joie, marier musique et histoire des religions. Ils ne s’en privèrent pas.

Tout cela, bien sûr, aurait pu n’être que velléité, tentative plus ou moins réussie des’imposer dans le monde de l’édition où les places sont si chères. Mais – aux innocents les mains pleines – leur premier coup fut un coup de maître et leur premier roman un best seller. Comme dans les contes de fées, Imprimatur ne mit pas longtemps à paraître dans une quarantaine de pays, traduit dans plus de 20 langues, au point de dépasser le Da Vinci Code  au tableau des meilleures ventes, et fut interdit en Italie.

2 bis. Imprimatur .jpg




Monaldi & Sorti

IMPRIMATUR

Paris, Jean-Claude Lattès – 14 novembre 2002

620 pages.


2 ter - Imprimatur Pocket.JPG




Monaldi & Sorti

IMPRIMATUR

Paris, Pocket – 7 septembre 2004

Collection Best (11929)

855 pages

 

C’est toute une histoire.

Voyons d’abord ce que raconte Imprimatur. Si vous l’avez lu, sautez.

Tout commence un 11 septembre : celui de 1683, veille de la décisive bataille de Vienne, assiégée par les troupes ottomanes. La sanction va tomber dans quelques heures. Toute la chrétienté retient son souffle.

L’action, cependant, se passe à Rome, où, à l’auberge du Damoiseau, meurt un vieux voyageur français, le chevalier de Mourai, dans des circonstances qui font craindre un cas de peste. Aussitôt, portes et fenêtres sont murées par les autorités, et les occupants mis en quarantaine. Or, ceux-ci ne sont pas n’importe qui. Outre le mystérieux chevalier – qui, en fait, meurt empoisonné – on y trouve l’abbé Atto Melani, en sa qualité non de chanteur mais d’agent secret de Louis XIV, chargé par lui de retrouver Nicolas Fouquet, théoriquement mort à la forteresse de Pignerol, mais en réalité libéré contre la recette du secretum morbi, soit la manière de diffuser la peste, que le roi de France a l’intention d’utiliser à des fins militaires. Hélas pour Sa Majesté Très Chrétienne, l’ex-surintendant victime de Colbert a livré à ses ennemis la recette de l’antidote. Quelle est la mission de Melani ? Trucider Fouquet ? Lui arracher la recette manquante ? Le nom de ceux qui la détiennent ? Mystère. Quoi qu’il en soit, de Mourai meurt. C’était Fouquet incognito. Mort de la peste ou empoisonné ? Pour Melani, empoisonné. Mais par qui ? Par lequel des autres voyageurs mis en quarantaine ? Dont un jésuite espagnol, un verrier vénitien, un chirurgien toscan, un poète napolitain, un musicien français et un jeune anglais. Sans oublier Cloridia, ravissante courtisane, ex-esclave italo-turque, qui exerce sa profession dans une tour surplombant le toit, à laquelle on accède par deux escaliers : l’un réservé aux clients qui ne doivent pas être vus, l’autre qui descend dans l’auberge. Ajoutons-y le Signor Pellegrino, patron du lieu, en grand danger de faire faillite, et son garçon à tout faire, orphelin recueilli par lui, qui n’a pas de nom.

 3. fouquet nicolas 1615 - 1680.JPG

                                                                                          Nicolas Fouquet

Quoi qu’il en soit, c’est sur le garçon qu’Atto jette – en tout bien tout honneur – son dévolu, entreprenant d’en faire à la fois son élève et son assistant. Et nous voici avec le deuxième personnage central des livres de Monaldi et Sorti, puisque ce garçon d’auberge est le narrateur de leur saga. Narrateur anonyme, que tous appellent ici « garçon », « petit » ou « jeune homme » (ce n’est qu’à la fin du roman qu’on croit deviner qu’il s’agit d’un nain, sans que cela soit jamais dit), et qui le restera jusque dans son âge mûr, à la fin du 3e livre.

Comment « Monsieur Atto » et son disciple vont s’aventurer dans les égouts de Rome, sur la piste de perles déposées par un des voyageurs dans le coffre-fort de l’auberge et aussitôt volées… et comment leurs explorations vont les amener à découvrir que si Louis XIV a fait secrètement alliance avec les Turcs et entend se servir d’une arme de destruction massive contre le pape et l’empereur du Saint Empire Romain, le pape de son côté (Innocent XI), est prêt à favoriser l’accession de Guillaume d’Orange, prince protestant, au trône d’Angleterre, au détriment des catholiques Stuart, constitue l’essentiel de ce roman où se mêlent et s’affrontent toutes les questions qui ont passionné l’époque et déterminé la suite de l’histoire du continent.

Si Le nom de la Rose doit beaucoup à la grande érudition et à la fertile imagination d’Umberto Eco, Imprimatur se fonde avant tout sur des documents d’archives, voire sur des livres d’histoire (« bien que tous les secrets du monde aient été imprimés… »). Or, on sait ou on devrait savoir que le pape Innocent XI est tenu pour le sauveur de la chrétienté, au motif que lui et sa famille auraient plus ou moins financé les troupes chargées d’arrêter l’envahisseur au cimeterre entre les dents.

Sauveur de la chrétienté et pas saint ?  Comment cela peut-il être ? À croire que de mauvais coucheurs s’y sont opposés pour les raisons évoquées par Imprimatur… Quoi qu’il en soit, l’opposition a persisté jusqu’à ce que Pie XII mette fin à ce désordre en béatifiant – en 1956 – son lointain prédécesseur. Restait à le déclarer saint. Ce que s’apprêtait à faire SS. Jean-Paul II, pour le 320e anniversaire de la bataille gagnée, justement, bienheureuse coïncidence, par le prince polonais Jean Sobieski.

4. Jean III Sobieski de Pologne.PNG

                                                                              Jean III Sobieski

 Supposons les fins stratèges de la CIA, de la NED, de la NSA, de l’USAID, du MOSSAD, de l’OTAN et tutti quanti occupés à prêcher la guerre sainte contre l’islam, déclenchée par un 11 septembre qui nous fit « tous Américains »…

Supposons cette opportunité merveilleuse : la canonisation – enfin ! – du « sauveur de l’Occident » par un autre Polonais…

Supposons cette épatante répétition de l’histoire à faire avaler par les cerveaux béants des troupeaux béats en délire…

Et voilà que ces deux zozos de Rita et Francesco, au nom d’une foutaise appelée par eux « vérité historique » viennent vous couper les pâquerettes sous le pied. Que fait-on dans un cas pareil ? Si on a un accommodant cavaliere sous la main, on censure, on interdit, on boycotte. Mais les festivités sont néanmoins remises à plus tard.

Et ailleurs ? Ailleurs, on ne sait pas vivre ! À la Foire de Francfort de 2006, où les auteurs sont reçus comme des souverains en visite, on projette en première mondiale en documentaire intitulé Monaldi et Sorti, quand un roman réécrit l’histoire. Un débat, modéré par un journaliste du Stern se tient sur le sujet « Monaldi et Sorti, un cas d’exil littéraire dans l’Italie de Berlusconi ». Et enfin, l’éditeur (allemand) du troisième roman, Veritas, donne une grande fête en l’honneur de sa sortie. Rita et Francesco sont interviewés par des journalistes venus du monde entier, y compris de la lointaine Australie. Et en Italie ? Rien. Pas une ligne. Même dans la presse d’opposition.

Ce que voyant, un petit groupe de lecteurs italiens, qui s’étaient déplacés exprès en Allemagne après avoir lu leurs compatriotes en anglais, s’unissent pour leur consacrer un site Internet (« Pour chercher un espace libre où pouvoir informer le peuple libre d’Internet sur ce qui se passe dans notre pays. ») C’est ainsi que trois femmes – Simona, Nicola, Marta – et deux hommes – Ettore et Simone – animent, en italien et en anglais, le site

http://www.attomelani.net

 Mieux encore : ils ont rencontré, à Francfort, un éditeur hollandais, qui s'est engagé à publier tous les livres de Monaldi et Sorti en italien, et de les vendre à prix coûtant. (« Ils n’y gagnent pas un centime »). Cet éditeur, qui eût en d’autres temps publié Rousseau, Voltaire ou Diderot, s’appelle De Bezige Bij (« L’abeille diligente »), Amsterdam et Anvers, maison bien connue des néerlandophones.

5. logo bezige bij.jpeg

 

IMPRIMATUR(E) ou CENSURE ?

Les deux auteurs, en remerciement, lui ont donné en exclusivité, pour la sortie d’Imprimatur en italien, la préface que voici :

Histoire d’un boycott

« Nul n’est prophète en son pays ».

La censure est toujours l’effet d’un régime totalitaire. Quand il en est frappé, un auteur a deux possibilités : renoncer à la publication de son oeuvre ou la faire publier en dehors des frontières nationales. S’il opte pour la seconde solution, il convient qu’il choisisse un endroit où la liberté d’expression ne soit pas un vain mot. De ceci, la Hollande offre un bon exemple. L’histoire récente rapporte le cas de Klaus Mann, le fils de Thomas, qui, s’étant enfui de l’Allemagne nazie, y fonda une revue, aidé par Gide et Aldous Huxley. Plus anciennement, c’est à Amsterdam que s’imprimèrent les livres d’auteurs de tous les pays, persécutés par l’Inquisition. Aujourd’hui, ce roman écrit en italien, grâce à la disponibilité d’un éditeur courageux et dynamique, est imprimé dans la langue de Dante mais en terre hollandaise.

Il est bon de rappeler qu’Imprimatur est traduit en 22 langues et publié dans 53 pays, cas presque unique parmi les romans historiques italiens, mis à part Le nom de la rose et Le guépard. Ce n’est que dans le pays des auteurs, dans la démocratique Italie, que le lecteur ne peut le trouver.

Les récentes élections ont porté au gouvernement une nouvelle coalition politique [février 2010 – NdGO ]. Nous verrons si elle abolira la dictature éditoriale qui empêche le retour dans leur patrie de nos livres, ou si, comme dans Le guépard, de Giuseppe Tommasi di Lampedusa, « tout doit changer afin que rien ne change ».

L’aventure singulière de ce roman commence au printemps 2001, quand le manuscrit est acheté poar une maison d’édition qui est la propriété d’un homme politique et néanmoins chef d’entreprises en même temps que Président du Conseil. Le livre sort en mars 2002 et, nonobstant une promotion égale à zéro, il occupe immédiatement la 4e place dans la liste des dix livres les plus vendus, selon le Corriere della Sera, et son tirage est très rapidement épuisé. Le deuxième tirage sort avec quatre semaines de retard. La troisième édition arrive encore plus lentement, alors que les libraires sont en rupture de stock depuis près de trois mois et que les ventes tombent.

Entre-temps, dans un journal milanais appartenant à l’éditeur-Président du Conseil, un historien catholique connu publie un compte-rendu anormalement hostile, dans lequel, se référant aux auteurs (jusqu’alors inconnus) il commente « on en a assez de ce genre de gens ». Après quoi, inexplicablement, le livre disparaît de la circulation. Sur Internet, commencent à se multiplier les messages de lecteurs qui cherchent en vain à s’en procurer un exemplaire. Les libraires demandent un nouveau tirage à l’éditeur, qui répond invariablement : « Il est en cours. Il arrive. » Mais il n’arrive pas. Le titre Imprimatur est même supprimé de son catalogue, de même que de son site Internet, où certains lecteurs ont commencé à signaler les anomalies de sa publication.

Après quelques mois, se produit un petit tremblement de terre politique : le prêtre qui a célébré le mariage des deux auteurs, archiprêtre et curé de la résidence estivale des papes à Castelgandolfo, est dégradé de ses fonctions et transféré, sans préavis ni explication valable, dans une lointaine ville roumaine des rives de la Mer Noire, Constanţa. C’est l’antique Tomis, où l’empereur Auguste avait exilé le poète Ovide, coupable d’avoir révélé dans ses écrits les secrets de la maison impériale. Le message n’est que trop clair : l’ecclésiastique a été puni pour un péché littéraire… commis par d’autres. Il a, en fait, été représenté dans le roman comme un de ses personnages, sous un autre nom que le sien mais facilement identifiable. L’évêque par qui débute et se termine l’histoire, c’est lui.

À l’étranger, les choses se passent tout autrement. Imprimatur grimpe en tête des « best sellers » dans tous les pays où il est publié, au point de ravir son sceptre au Da Vinci code pendant plusieurs semaines. Et cela, jusque dans les pays les plus éloignés de notre culture : de la Corée à la Turquie,  de la Bulgarie à l’Ukraine. Partout, les jugements de la critique sont particulièrement généreux, certains grands quotidiens et hebdomadaires le plaçant même devant les romans d’Umberto Eco. Les droits des livres suivants sont achetés blind, c’est-à-dire avant même d'être écrits.

Pendant ce temps, en Italie, la maison d’édition du Président du Conseil présente aux auteurs des comptes truffés d’étranges anomalies. Excédés d’autant d’étrangetés, les auteurs et leur agent réclament la rupture du contrat, annonçant une action en justice en cas de refus. La société du Président du Conseil accepte immédiatement.

Les journaux et les télévisions étrangères interviewent les auteurs sur leur mésaventure italienne ; dans les principaux pays d’Europe, les télévisions publiques y consacrent de longs documentaires. Un quotidien va jusqu’à envoyer quelqu’un en Roumanie, interviewer le prêtre exilé. Les journaux étrangers se répandent en commentaires ironiques sur ce qu’est devenue l’édition dans notre pays. En Italie : silence.

Les auteurs, alors, choisissent l’embargo. Tant pis pour l’Italie : leurs livres ne sortiront plus désormais qu’à l’étranger, en traductions. Les peuples de beaucoup de pays pourront les lire dans plus de vingt langues, l’original en italien restera dans leurs tiroirs.

Inutile de dire que le «système italien » fait piètre figure : à Francfort et dans les autres foires du livre internationales, la juteuse histoire court de bouche en bouche. Les patrons de l’édition italienne doivent même essuyer quelques sarcasmes de leurs collègues étrangers. C’est alors que, par surprise, au printemps de 2005, se manifeste le second groupe éditorial italien, le seul à pouvoir entrer en compétition avec le précédent. Il offre de republier Imprimatur et de sortir Secretum, deuxième roman de la série, dès l’automne de la même année. Étrange hâte, étant donnés les rythmes des maisons d’édition, qui programment presque toujours leurs publications un an à l’avance. Les auteurs prennent l’avis de leurs éditeurs étrangers, qui leur conseillent de se méfier des boulettes empoisonnées. Ils demandent alors une date de sortie plus éloignée et des garanties contractuelles égales à celles qu’ils obtiennent ailleurs. Pour toute réponse, « le second groupe éditorial italien » disparaît dans le néant.

Le lecteur de cette préface se demandera certainement « mais pourquoi tout cela ? ». Comme dans tout polar qui se respecte, il lui faudra attendre la fin pour connaître la clé de l’énigme. 

En lisant Imprimatur, il apprendra que les auteurs, en faisant des recherches pour construire leur thriller historique, ont découvert des documents originaux, sur lesquels ils se sont basés pour écrire leur histoire. Il découvrira que certains de ces documents, recherchés pendant des siècles par les historiens, ont été retrouvés par les auteurs dans les Archives secrètes du Vatican et dans celles de la ville de Rome. Que, faisant l’objet d’annexes publiées en fin de volume, ils s’avèrent mortels pour la réputation d’un pape béatifié en 1956. Un pape, lit-on dans le roman, qui s’est rendu coupable de crimes graves envers sa propre religion, et donc élevé injustement à l’honneur des autels.

6. Innocent XI.jpg

Innocent XI

 Il faut savoir qu’à la suite du 11 septembre 2001, le Vatican avait préparé, pour ce pape, une cérémonie de canonisation colossale. De fait, lors de la bataille de Vienne - le 12 septembre 1683 – les troupes catholiques avaient sauvé l’Europe des Turcs , et ce pape était réputé avoir été la cheville ouvrière de la victoire. C’est pourquoi le Vatican voulait en faire un saint, sa canonisation ayant pour but de sanctionner officiellement l’appui de l’Église au déchaînement international programmé contre l’Islam. Imprimatur une fois sorti avec ses révélations, le projet partait en fumée.

Le reste est de notoriété publique. Sur la place Saint Pierre, le 27 avril 2003, fut béatifié, en guise de pis-aller, l’obscur frère capucin Marco d’Aviano, qui avait été, à Vienne, le factotum du peu vertueux pape.  Sa béatification, après 300 ans de liste d’attente, était tout à coup devenue urgente.

On chercha quand même à donner quelque lustre à l’événement. De grands articles parurent dans la plupart des principaux journaux italiens : « Cette béatification va faire trembler l’Islam » titra le Corriere della Sera sur cinq colonnes à la une. Du Proche-Orient, on demanda en riant : « Marco d’Aviano ? Qui est-ce ? » Du grand absent, du pape d’Imprimatur, il ne fut pas question. La presse dut se livrer à des acrobaties pour ne pas imprimer le nom de celui qui, tout en donnant ses ordres à Marco d’Aviano, finançait l’invasion de l’Angleterre par l’hérétique Guillaume d’Orange, au détriment des catholiques Stuart. C’était un peu comme si, dans une biographie de Sancho Pança, on avait dû s’interdire de nommer Don Quichotte.

Et voilà comment un simple roman historique, dont la trame se déroule dans la Rome d’il y a trois siècles, a pu mettre sens dessus-dessous  journaux, maisons d’édition et jusqu’au Vatican. Il ne pouvait en aller autrement, du reste. Des signaux rares mais clairs – l’anathème de l’historien catholique, l’exil du curé de Castelgandolfo – avaient donné le « la » au boycott d’Imprimatur. Et aucun éditeur-Président du Conseil à la tête d’une majorité parlementaire disparate dont il fallait maintenir la cohésion à tout prix ne pouvait rester insensible à de telles admonestations.

On a beaucoup discuté en Italie sur le fait de savoir s’il était opportun qu’une seule personne puisse être à la fois propriétaire d’équipes de football, de palais, de journaux, de compagnies d’assurance, de chaînes de télévision, de librairies, de la plus grande concentration de maisons d’édition jamais vue, et qu’il lui soit permis, en même temps, d’être Président du Conseil. Le problème, à notre avis, a été mal posé. Il faudrait plutôt se demander s’il ne conviendrait pas de le faire aussi pape.

7. silvio_papa.jpg

Comment cela finira-t-il ? Nous ne le savons pas. En ce moment, il n’y a pas place pour nous dans un pays où les propriétaires de presque toutes les librairies et des principaux groupes d’édition peuvent confortablement s’asseoir à une table pour quatre.

Au début de 2005, cette concentration de pouvoirs,  qui n’a d’égale dans aucun pays civilisé, est allée jusqu’à expulser de ses chaînes de librairies tous les petits éditeurs, c’est-à-dire tous ceux qui ne peuvent s’asseoir à la table pour quatre. Et cela, pendant que les journaux du système exaltent, avec des accents de représentants de commerce, les habituels auteurs-système, propageant avec un aplomb incroyable des chiffres de ventes gonflés jusqu’au grotesque (il suffit d’interroger les libraires…) En guise de feuille de vigne, on fait aussi, bien sûr, le compte-rendu de quelques livres d’auteurs indépendants, étant bien entendu que, dans les librairies appartenant à ceux de la table pour quatre, on ne les trouve pas. Et le lecteur, plutôt que repartir les mains vides, se résigne à se laisser fourguer un livre-système

Ainsi, le nœud coulant dictatorial d’une élite fallacieuse, dirigée par l’éditeur-Président du Conseil, se resserre autour du cou des auteurs et des éditeurs indépendants, et surtout autour de celui des lecteurs, auxquels ont cache l’existence de milliers de titres.

Ce n’est pas une surprise si l’« Italie- Système », comme aux temps du fascisme, applique aux dissidents la relégation et va grossir les rangs des pays comme l’Iran, le Nigeria, le Tchad et l’Albanie, où le métier d’écrivain conduit à l’exil [« l’Iran, le Nigera, le Tchad et l’Albanie » ? NdGO].

Nous verrons bientôt si la défaite électorale de l’éditeur-Président du Conseil aura l’effet bénéfique de ramener au pays ses exilés ou si le système est désormais trop pourri pour se reprendre.

Grâce à Internet, un groupe de lecteurs italiens, soucieux de corriger cette situation paradoxale, a fondé un Imprimatur fan club [ On le trouve – en italien et en anglais – à l’adresse : http://www.attomelani.net/ dont nous avons parlé plus haut. NdGO ].

C’est aux encouragements de ceux qui nous estiment et à de nombreuses demandes de réimpression que la présente édition doit de voir le jour, sans pour autant lever l’embargo de protestation que nous opposons au « système Italie » : on ne pourra pas acheter ce livre dans les librairies italiennes d’Italie, mais uniquement via Internet, dans les librairies italiennes à l’étranger ou dans les librairies étrangères en Italie.

À l’éditeur De Bezige Bij et à son courageux directeur Robbert Ammerlaan va notre plus sincère gratitude pour nous avoir permis de satisfaire les demandes des lecteurs.

Mai 2006

Monaldi & Sorti.

*

Nous avons dit qu’à ce jour seuls les trois premiers volumes avaient paru en français, et encore, pas vite ! C’est que les droits du deuxième avaient été achetés par la maison Plon et que, tandis que Mondadori faisait l’objet d’une OPA de la part de Silvio Berlusconi, les éditions Plon (et quelques autres) avaient été achetées par Ernest-Antoine Seillères, milliardaire bien connu, ami du précédent. Entre oligarques, on se rend parfois de ces petits services : Ernest-Antoine gela, en France, la diffusion de Secretum, comme Silvio avait gelé, en Italie, celle d’Imprimatur.

En conséquence de quoi les auteurs refusèrent de signer avec Plon pour leur troisième titre. Si Veritas a finalement paru chez cet éditeur, c’est qu’entretemps, celui-ci avait à nouveau changé de mains, c’est-à-dire qu’Ernest-Antoine l’avait revendu à quelqu’un d’autre et que le quelqu’un d’autre (De Wendel) l’avait à son tour revendu à quelqu’un d’autre (actuellement le groupe espagnol Planeta) lequel a accepté les exigences contractuelles des auteurs. Ouf ! Pour l’instant.

 

*

Parce que leur premier livre a été un best seller et qu’il contient non des révélations mais des rappels d’actions qui ont eu le Vatican pour cadre, on a dit de Monaldi et Sorti qu’ils attaquaient l’Église et on les a comparés à Dan Brown. Rien n’est plus faux.

Si on peut les comparer à d’autres auteurs, c’’est à leurs compatriotes Umberto Eco,  Giuseppe Tomasi di Lapedusa, Alessandro Manzoni. C’est à ceux dont ils se réclament. C’est aussi, à notre avis, et bien qu’ils semblent ne pas le savoir, à la Josephine Tey de La fille du temps, qui a tant fait pour réhabiliter le roi Richard III, si maltraité par ce propagandiste à gages de William Shakespeare. C’est sûrement aussi au grand poète et romancier historique Robert Graves (sans aller jusqu’à King Jesus, nous pensons surtout à Bélisaire, à Épouse de M. Milton, à La fille d’Homère). C’est, évidemment, à Jean d’Aillon, auteur de thrillers historiques français, à qui il serait doublement intéressant de les comparer, dans ceux de ses romans où il traite de la même époque et, parfois, des mêmes personnages. C’est surtout à l’Anglaise du Cap, Mary Renault, dont le Nikeratos, acteur tragique (prêtre de Dionysos) et espion grec d’Alexandre  (Le Masque d’Apollon), est une parfaite préfiguration d’Atto Melani en France comme de Farinelli en Espagne.

Rien à voir, donc, avec Dan Brown, c’est-à-dire avec l’ordinateur dans lequel ont été enfournés les ingrédients censés produire un immanquable succès commercial. Faire de nos deux Italiens des adversaires, à son instar, du Vatican est tout aussi faux. Dan Brown attaque, c’est vrai, non le Vatican mais les fondements mêmes de la religion catholique. C’est normal : le Da Vinci Code est une arme de guerre. S’en prendre, quand on veut atomiser un continent, aux deux formes d’organisation religieuse – l’Église catholique et l’Église orthodoxe – encore en état d’y maintenir une certaine cohésion, est l’abc de l’art de la guerre qu’on dit « soft » après l’avoir si longtemps prétendue « froide ». Oui, le Da Vinci Code, outre un très mauvais ersatz de roman est une de ces armes de destruction (cérébrale) massive dont raffole l’Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord. Et, bien entendu, ce livre et son auteur n’ont jamais été boycottés ou si peu que ce soit censurés, ni en Italie ni ailleurs.

Nous parlons ici de littérature, de secrets ouverts n’ayant intéressé personne pendant trois cents ans et de vérités historiques restées mystérieuses en dépit de tant de livres publiés. Monaldi et Sorti, bien sûr, n’attaquent pas le catholicisme : ils sont catholiques.

Ainsi qu’ils l’ont déclaré à quelqu’un (Davide Malacaria) qui les interviewait :

« L’idée d’écrire ce livre nous est venue dans le cadre de notre activité de journalistes, à force de constater les si nombreux torts d’aujourd’hui, devant lesquels on reste impuissants. Il a été pour nous une manière de réparer au moins les torts du passé. Notre livre, en fait, est dédié « aux vaincus », parce que, l’histoire, ce sont les vainqueurs qui la font.

À propos de celle d’Innocent XI :

« Elle n’est venue s’ajouter au reste que par la suite. L’idée originelle du livre, nous l’avons eue en relisant sous un éclairage différent les vicissitudes historiques de Nicolas Fouquet et d’Atto Melani, que notre roman, dans les limites du genre, tente de réhabiliter. »

Voilà qui eût enchanté Madame de Sévigné, grande amie du surintendant déchu, et Jean de La Fontaine, qui ne le fut pas moins et qui écrivit ces vers quand son autre ami, Melani, traversa, à la Cour de France, une longue période de disgrâce :

« Niert, qui, pour charmer le plus juste des rois,
Inventas le bel art de conduire la voix,
Et dont le goût sublime à la grande justesse,
Ajouta l’agrément et la délicatesse ;
Toi qui sais mieux qu’aucun le succès que jadis
Les Pièces de Musique eurent dedans Paris,
Que dis-tu de l’ardeur dont la Cour échauffée
Frondoit en ce tems-là les grands Concerts d’Orphée
,
Les passages d’Atto, et de Leonora (…) »

ÉPÎTRE À M. DE NIERT
Sur l’Opéra
. 1677.

 

*

8. Livre animé fleur.gif

Tous leurs livres après celui-là

 

Secretum

Rome. Dix-sept ans on passé. C’est l’année du jubilé : 1700. Notre narrateur toujours sans nom a épousé la ravissante courtisane de son ex-auberge, qui a quitté son ancien métier pour se faire sage-femme. Il est aide-jardinier chez le cardinal Spada.

9. bernardino-spada-busto-2.jpg

Mgr. Bernardino Spada

Lequel célèbre avec faste, dans sa villa du Janicule, le mariage d’un sien neveu. Faut-il dire que les noces ne sont qu’un prétexte à nouer et si possible à dénouer des intrigues machiavéliques ? Le vieux pape se meurt, il y a du conclave en vue, et le roi d’Espagne ne va pas bien lui non plus. Or, il n’a pas d’héritier direct. Là, c’est la guerre de succession d’Espagne qui est en vue.

Au milieu de ces fêtes, réjouissances, banquets, danses, concerts et feux d’artifice, où se croisent grands de tous les pays d’Europe, représentants des principales familles italiennes et presque tous les prélats de la Curie, débarque un Atto Melani vieillissant, toujours au service d’un Louis XIV qui ne rajeunit pas mais qui n’a rien perdu de ses dents longues. Atto sait-il que son ancien factotum de l’auberge du Damoiseau est marié, père de deux filles et qu’il vient donner des coups de main aux jardiniers de son hôte ? Oui, bien sûr. Atto sait tout sur tout. Et voilà notre pauvre narrateur réembarqué, avec des promesses qui ne seront pas nécessairement tenues, dans de nouvelles péripéties rocambolesques. Auxquelles sont mêlés de nouveaux personnages hauts en couleurs que le lecteur pourra se délecter à découvrir.

Parmi nos préférés, deux sont des personnages historiques. Le premier est un musicien du nom d’Albicastro, sorti d’une ombre injuste par Francesco Sorti, en réalité militaire allemand, violoniste virtuose et compositeur, qui finira par prendre parti dans la guerre qui va opposer la France à l’Europe en s’engageant dans l’armée hollandaise. L’autre est Marie Mancini. Nos auteurs ont fait, de celle des « petites mazarines » qui avait été la première flamme du roi dans sa jeunesse, une espionne à son service et… l’amie de cœur d’Atto le castrat. Se non è vero è ben trovato ! Nous ne voudrions pas déflorer cette intrigue romanesque, peut-être réelle après tout, qui se mêle aux intrigues politiques, mais c’est une des plus jolies trouvailles du livre.

10. Marie_Mancini Mazzarini.jpg

                                                                                          Marie Mancini

Cette fois encore, Francesco et Rita ont fondé leur thèse sur des documents réels, à commencer par le testament du roi d’Espagne qui, pour eux, est un faux (ils ont fait expertiser la signature par des graphologues). Autrement dit, Louis XIV aurait fait fabriquer ce faux pour imposer son petit-fils, le duc d’Anjou, sur le trône d’Espagne destiné à un Habsbourg. Rien ne vaut une guerre pour trancher de ces choses. Elle aura lieu. Et Atto redisparaît, plantant là, une fois de plus, son assistant bénévole et involontaire.

11. Secretum - Plon.jpg



Monaldi & Sorti

SECRETUM

Paris, Plon – 4 novembre 2004

762 pages

(C’est celui-là qui fut gelé)

 

12. Secretum Pocket.JPG



Monaldi & Sorti

SECRETUM

Paris, Pocket – 4 mars 2010

1081 pages


*

Veritas

Vienne. Onze ans plus tard.

Notre narrateur romain, entretemps devenu ramoneur, y débarque désormais quadragénaire, avec épouse et jeune fils. Les deux filles, devenues sages-femmes comme maman, sont restées à Rome, proches de leurs promis qu’elles ne peuvent hélas épouser pour cause de trop grande misère. Car, en Italie, c’est la crise.

Que viennent faire dans la capitale de l’empire ces trois êtres qui ne parlent pas un mot d’allemand ? Y prendre possession d’une maisonnette et d’une vigne que leur a léguées Melani. L’abbé tient donc quelquefois ses promesses ? Un bonheur n’allant pas toujours seul, il s’avère que la Cour a besoin d’un ramoneur qualifié pour les cheminées d’un palais qu’avait fait construire l’empereur Maximilien II avant de mourir inopinément. Il s’agit de remettre en état cette construction inachevée et – murmure-t-on – maudite.

Tout serait pour le mieux ou presque si notre Italien, qui recommence à peine à manger à sa faim, ne tombait soudain sur un vieillard cacochyme, en qui il croit reconnaître son ancien mentor. Il ne serait donc pas mort ? Eh, non. Et… devinez… il a besoin de son obligé pour l’assister dans de nouvelles intrigues plus dangereuses que jamais. C’est donc reparti pour un tour.

Si tant est qu’il dise la vérité, l’abbé, devenu aveugle et cornaqué par un de ses nombreux neveux, doit entrer en contact – incognito ! - avec l’empereur Joseph Ier, qu’un grave danger menace. Tout se ligue évidemment pour l’en empêcher, tandis que la vie jusque là paisible de Vienne est soudain bouleversée par une série de meurtres.  C’est en se lançant sur la piste du (ou des ?) meurtrier (s ?) que Melani et son aide  mettent au jour une vaste conspiration qui ne connaît pas de frontières. Bien sûr, Atto, rentré à Paris, meurt à la fin du livre (qui s'ouvre d'ailleurs sur son enterrement), mais quelque chose nous dit qu'il va réapparaître dans les suivants, sinon, ce ne serait pas la peine d'avoir inventé le flash back.

Si Veritas est, comme les auteurs nous y ont accoutumés, plein de dangers, de pièges, de mystères et de coups de théâtre, c’est aussi, à ce jour, le plus sombre des romans de la saga. La guerre à l’ancienne, c’est fini. Les règles du jeu d’échecs des rois, c’est fini aussi. L’or et l’argent sont remplacés par le papier, les héros par des entités sans visages, sans foi comme sans lois. Le continent commence à perdre son âme en même temps que ses plumes. C’est le lointain XXIe siècle qui s’annonce  et ils ne le savent pas.  Que peuvent Atto et son aide, pour empêcher l’Europe de sombrer dans un conflit général ? La dédicace « aux vaincus » est plus que jamais de mise.

Un palais inachevé, connu comme « Le Palais Sans Nom », une ménagerie exotique et un fantastique bateau volant ne sont que quelques-uns des ingrédients inattendus de cette histoire d’espionnage baroque.

13. passarola-gusmao-viena.jpg

14. passarola-gusmao-vaticano.jpg

Esboços da Passarola, de 1709 : em cima, publicado num jornal de Viena,

em baixo, encontrado numa missiva na Biblioteca do Vaticano.


(La Passarola, inventée en 1709 par Bartolomeu Lourenço de Gusmão, prêtre et savant brésilien,pour le roi de Portugal, fut le premier aeronef de l’Histoire)

Tandis que Rita et Francesco la font atterrir à Vienne et en redécoller deux fois sans que quiconque en ait le moindre soupçon, la Princesse Elisabeth Christine, épouse de Charles III d’Espagne, très intéressée par la nouvelle invention, en parle, dans une lettre du 2 juillet 1709, à sa mère Christine Louise d'Oettingen-Oettingen, Duchesse de Brunswick :

« Je me souhaiterais seulement un seul jour aupres de Votre Altesse. Que j’aurais de choses à Luy dire ! La Reine de Portugal ma feit la proposition de venir la trouvé sitôt qu’un navire volant serai fait, étant a Lisbonne un homme qui se vante de pouvoir faire qui passe par l’air. Se cette invention réussit, je viendrais toutes les semaines un jour trouver Votre Altesse. Ce seroit un charmant moyens et tres aggréable pour moi, mais je doute fort qu’il réussira dans son entreprise. »

15. Veritas - PLON.JPG 


Monaldi & Sorti
VERITAS
Paris, Plon, 3 novembre 2011
740 pages

 



16. Veritas - Pocket.jpg




Monaldi & Sorti
VERITAS
Paris, Pocket, 4 avril 2013
1120 pages

 



*

Mysterium

Nous avions deviné juste ! L’action se passe en 1646 et Atto – qui a 20 ans – est agent secret au service des Médicis. [Puisqu’il n’existe pas encore en français, nous empruntons ce résumé succinct au fan-club de nos auteurs.]

Les Medicis l’envoient à Paris interpréter un opéra dont nul ne sait rien. Pendant la traversée, le navire à bord duquel il voyage est attaqué par des pirates musulmans. Atto et quelques autres survivants se réfugient dans l’ancienne abbaye de Gorgona, la plus petite île de l’archipel toscan.

17. Gorgona.jpg

Il y découvrira un manuscrit en latin qui remet en question toute l’histoire de l’humanité, en mettant au jour bien des vérités cachées sur l’Egypte ancienne, sur la Grèce et sur la splendeur de l’empire de Rome. Ce sont les notes de Jacques Bouchard, assassiné cinq ans plus tôt dans des circonstances étranges, alors qu’il venait de découvrir un très ancien codex caché entre les volumes de la Bibliothèque du Vatican.

Atto Melani saura faire le lien entre les deux textes et découvrira ce qui se cache derrière la mort de Bouchard

Mais ce sont là des choses que les docteurs de l’Église n’entendent pas révéler…

 18. Mysterium - flam..jpg


Monaldi & Sorti

MYSTERIUM

Amsterdam, De Bezige Bij – Septembre 2011

Edition en néerlandais.

795 pages

 

19. Mysterium - allem..jpg



Monaldi & Sorti

Der Mysterium der Zeit

Édition en allemand

Aufbau Verglag GmbH – Novembre 2011

859 pages

 

20. Mysterium-Baja.jpg



Monaldi & Sorti

MYSTERIUM

Édition en espagnol

Baja - 24 février 2012

792 pages

 

21. Mysterium ital..jpg



Monaldi & Sorti

MYSTERIUM

Édition en italien

Amsterdam – De Bezige Bij – 11 octobre 2012

798 pages

 

*

Les doutes de Salai

Celui-là, en revanche, ne fait pas partie de la Saga. C’est un outsider, un électron libre jailli de la Renaissance comme un diable d’une boîte. Mais c’est un roman par lettres, tels ceux qui allaient être si furieusement à la mode aux XVIIe et XVIIIe siècles

Qui fut Salai ?

Gian Giacomo Caprotti (1450-1524), fils adoptif (et amant ?) de Léonard de Vinci, qui le prit en apprentissage alors qu’il avait 11 ans. Beau comme un Adonis. Il servira de modèle pour le Saint Jean-Baptiste.

22. salai.jpg

                                                                                 Salai

Salai signifie « petit diable », et c’est son père adoptif lui-même qui le décrit comme « voleur, menteur, entêté et glouton ». On sait, par les notes de Léonard, qu’à peine arrivé sous son toit, Salai lui déroba deux peaux de grand prix reçues en cadeau de Russie pour qu’il s’en fît faire une paire de bottes, que le petit diable alla vendre pour s’acheter des réglisses. Larcin dont il ne se cacha nullement, d’ailleurs, quand on l’interrogea. Il fut pardonné et en dépit de son douteux pedigree, on sait qu’il resta aux côtés du Vinci jusqu’à sa mort à Amboise et qu’il fut son principal héritier.

Rita et Francesco se servent ici d’une des « disparitions » de Léonard, qui ne s’en expliqua jamais sinon par des carabistouilles (un peu à la manière de Me Vergès), pour imaginer une correspondance entre Salai et un mystérieux « quelqu’un » resté à Florence, à qui le disciple accepte – contre espèces sonnantes et trébuchantes – de rendre compte des moindres mouvements de son maître. On devine que le personnage en question veille sur les intérêts des autorités de la ville et veut savoir à qui Léonard s’en est allé faire des offres de service. Le pape ? (C’est à Rome qu’ils se trouvent). César ? Ou qui d’autre ?

Salai s’acquitte à sa manière de sa mission, non sans se plaindre à intervalles réguliers des maigres émoluments qu’il reçoit… ou même qu’il ne reçoit pas, bref, de la ladrerie de son officieux employeur. Quant à la manière dont il cafarde le grand homme… « Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre » ont dit plus ou moins Montaigne, Hegel et Tolstoï. Salai nous en administre la preuve.

Mais de quoi est-il vraiment question dans ce livre ? De réhabiliter les Borgia, père et fils. De montrer ce que fut l’irrésistible ascension du protestantisme germanique. De révéler de quelles armes – ô combien contemporaines – il s’est servi pour saper le pouvoir de l’Église de Rome et faire monter vers le nord le centre européen des affaires et du pouvoir.

Comme tout ce qui est systématique, un roman épistolaire peut assez vite devenir ennuyeux. Il n’en est rien ici, grâce à la truculence du mauvais sujet, grâce à la richesse des détails historiques révélés et grâce à celle des tableaux de mœurs vibrants d’authenticité d’une période charnière de notre histoire.

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! » s’exclame le lecteur, quand il apprend, à la fin du livre, qui est le mystérieux correspondant de Salai.


 23. Salai couverture.jpg


Monaldi & Sorti

LES DOUTES DE SALAI

Paris, Éd. SW Télémaque – 25 mai 2010

395 pages

 



*

Les secrets des conclaves

Révélés par Atto Melani

ne sont évidemment pas l’œuvre de Monaldi et Sorti, qui n’ont fait que les retrouver et en assurer la publication.

Écrit en 1700, alors que la mort du pape Innocent XII était imminente, et dédié à Louis XIV, Les secrets des conclaves est une mine d’informations sur les papes, les cardinaux et leurs dits conclaves. Petit chef d’œuvre de cynisme et d’ironie, illuminé par la mémoire historique de l’abbé et par sa défense totalement dénuée de scrupules de la raison d’état, ce document remarquable est un guide de l’initié pour qui veut s’orienter sans se perdre dans le dédale des machinations d’une élection papale.

Selon Melani, les chausse-trapes, dans un conclave, ne se repèrent pas à l’œil nu : haines personnelles, embuscades, vendettas, erreurs phénoménales et malentendus tragiques s’y bousculent. Dans un monde grincheux ou des gangs comme la Brigade Volante ou les Zélotes se prennent à la gorge, il convient de ne faire confiance à rien ni à personne. Est-il besoin de préciser que les voies et les moyens recommandés pour triompher dans un conclave font largement appel aux arts les plus sombres ? Mais ce sont bien ces techniques-là, n’est-ce pas, qui ont ouvert à Atto Melani le chemin du succès : l’adulation, la tromperie, la corruption et, par-dessus tout, l’espionnage ?

Le document d’origine écrit en français a été découvert par Rita Monaldi et Francesco Sorti dans les archives de la Bibliothèque du Sénat, à Paris.

 

*

Il a été fait grand cas ici, et à juste titre, des tares de l’édition italienne. Mais que dire de l’édition française ? S’agissant des ouvrages de Monaldi et Sorti, elle est bel et bien lanterne rouge, derrière les traductions allemande, anglaise, espagnole, portugaise, néerlandaise, tchèque, grecque et on en passe. Depuis l’entrée en scène de De Bezige Bij, elle est même derrière l’édition italienne !

Le comble est atteint avec le livre d’Atto Melani, publié depuis 2005 dans quantité de traductions, mais jamais dans sa langue d’origine : le français.

 24. conclaves.jpg


ta ystika ton konklavion / τα ?υστικά των κονκλαβίων

édition grecque

Diigisi  - 1er janvier 2005

 


25. os conclavos.jpg



OS SEGREDOS DOS CONCLAVES

édition en portugais

Editorial Presença - 1er janvier 2005

 



26. Los secretos del conclave.jpg



De Geheimen van het Conclaaf

édition en néerlandais

De Bezige Bij, 2005

 



27. De Geheim.jpg



Los secretos del conclave

édition en espagnol

Salamandra, 2005


 


28. die-geheimnisse-der-konklaven-und-die-laster-der-081942313.jpg



Die Geheimnisse der Konklaven und die Laster der Kardinäle

édition en allemand

Klett-Cotta Verlag – 28 février 2013

 



29. Secrets of the conclaves.jpg


The secrets of the Conclaves

Revealed by Atto Melani

by Rita Monaldi & Francesco Sorti

Birlinn eBooks – 4 avril 2013

édition en anglais

Available as an e-book only - £ 2.50

 

*

Un château mythique, une villa-fantôme et un palais mort-né


Dans les romans de Monaldi et Sorti – en tout cas dans les trois premiers -  il y a des personnages inventés, des personnages historiques – archi-connus ou ressuscités – et il y a aussi des lieux qui sont des personnages.

Chacun des romans est ainsi hanté, que ce soit à l’arrière ou à l’avant-plan, par une construction qui fut en son temps célèbre. Qui, parfois, l’est encore.

Vaux-le-Vicomte

Ainsi, dans Imprimatur, même si nul des personnages n’en parle, le château de Vaux-le-Vicomte, qui joua un si grand rôle dans la chute de Nicolas Fouquet, ne se laisse pas oublier.

30. Chateau de Vaux-le-vicomte.JPG

On sait que Louis XIV y fut reçu avec faste la veille même du jour où il fit arrêter son trop brillant surintendant.

Ce château existe encore. Les habitants du lieu le maintiennent plus ou moins dans son état d’origine « en souvenir de Nicolas Fouquet ». C’est une curiosité à la fois historique et architecturale, qui se visite et où se tiennent des banquets à thème.

31. Armes de Fouquet.jpg

Les armes de Nicolas Fouquet : D'argent à l'écureuil rampant de gueules.

Et sa devise : « Jusqu’où ne grimperai-je pas ? »

Nous avons dit que La Fontaine et Madame de Sévigné avaient été des amis du surintendant et qu’ils l’étaient restés après sa chute. Voici ce qu’en disait la célèbre épistolière, dans une lettre à Pomponne, datée de Paris, le lundi 1er décembre 1664 :

« Il y a deux jours que tout le monde croyait que l’on voulait tirer l’affaire de M. Foucquet en longueur ; présentement, ce n’est plus la même chose. C’est tout le contraire : on presse extraordinairement les interrogations. Ce matin, Monsieur le Chancelier a pris son papier, et a lu, comme une liste, dix chefs d’accusation, sur quoi il ne donnait pas le loisir de répondre. M. Foucquet a dit : « Monsieur, je ne prétends point tirer les choses en longueur, mais je vous supplie de me donner loisir de répondre. Vous m’interrogez et il semble que vous ne vouliez pas écouter ma réponse ; il m’est important que je parle. Il y a plusieurs articles qu’il faut que j’éclaircisse, et il est juste que je réponde sur tous ceux qui sont dans mon procès. » Il a donc fallu l’entendre, contre le gré des malintentionnés ; car il est certain qu’ils ne sauraient souffrir qu’il se défende si bien. Il a fort bien répondu sur tous les chefs. On contuinuera de suite, et la chose ira si vite que je crois que les interrogations finiront cette semaine.

Je viens de souper à l’hôtel de Nevers ; nous avons bien causé, la maîtresse du logis et moi, sur ce chapitre. Nous sommes dans des inquiétudes qu’il n’y a que vous qui puissiez comprendre, car pour toute la famille du malheureux, la tranquillité et l’espérance y règnent. On dit que M. de Nesmond a témoigné en mourant que son plus grand déplaisir était de n’avoir pas été d’avis de la récusation de ces deux juges, que s’il eût été à la fin du procès, il aurait réparé cette faute, qu’il priait Dieu qu’il lui pardonnât celle qu’il avait faite.

(…) Je suis au désespoir que ce ne soit pas moi qui ai dit la métamorphose de Pierrot en Tartuffe. Cela est si naturellement dit que, si j’avais autant d’esprit que vous m’en croyez, je l’aurais trouvé au bout de ma plume.»

32. Pierre Séguier.jpg

« La métamorphose de Pierrot en Tartuffe… »
Le chancelier Pierre Séguier, qui présida les débats au cours du procès de Nicolas Fouquet, et dont Mme de Sévigné a déjà raillé, dans une précédente lettre, l’hypocrite piété. (Buste par Charles Hérard. Musée du Louvre.)


*

Il vascello

Dans Secretum, c’est une autre curiosité architecturale dont il est question. Une villa appelée Il vascello (« le vaisseau »), parce qu’elle affectait la forme d’un bateau.

Pas d’arrière-plan cette fois, puisqu’une grande partie de l’action s’y déroule.

Mais pourquoi « fantôme » ? Parce qu’elle fut détruite, en 1849, par les troupes françaises venues combattre Garibaldi. Pour qui croirait que le « droit d’ingérence » est une invention récente…

33. il-vascello 1..png

 Il Vascello

Cette villa si particulière avait été construite en 1663, sur les pentes du Janicule (où se trouvait la villa Spada), pour l’abbé Elpidio Benedetti, agent du cardinal Mazarin à Rome, sur le projet des architectes Basilio et Plautilla Bricci (ils étaient frère et sœur). Elle avait d’abord été conçue dans une forme traditionnelle – en forme de « L » - mais ses plans avaient ensuite été modifiés par Plautilla, pour aboutir à une solution beaucoup plus novatrice et originale, qui lui donna la silhouette d’un navire, symbole de l’Église.

En fait, Plautilla Ricci – une des toutes premières femmes-architectes – est la seule désignée comme créatrice de la villa par les documents les plus anciens (on dit que ce fut le Bernin qui lui conseilla d’utiliser de faux rochers comme éléments architecturaux). On dit aussi que Mgr Benedetti était si fier de sa villa révolutionnaire qu’il fit publier un « guide » à l’usage de ses visiteurs importants, mais qu’il répugnait à admettre qu’elle fût l’œuvre d’une femme. D’où le « Basilio et Plautilla Ricci » chargé de sauver les apparences.

Splendeur absolue du baroque, au moment où le classicisme commençait à lui être préféré, la villa du Vascello fut voulue comme une synthèse de la connaissance du monde contemporain et du monde antique, exposée pour enseigner aux hôtes privilégiés « un modèle de vie différent ».

Voici ce qu’en disent, dans le livre, Monaldi & Sorti :

La proue était constituée par le double escalier de la façade, enfoncé dans la verdure du jardin, qui menait avec une double courbure symétrique et convergente à une petite terrasse, fidèle image d’une figure de proue. La poupe, du côté opposée, était, en revanche, représentée par une façade semi-circulaire, au-dedans de laquelle une loggia couverte par de vastes fenêtres en forme d’arc regardait la via di Porta San Pancrazio, à l’arrière. Enfin, la coque était composée de quatre étages habitables, au trait agile et aérien, surmontés par quatre tourelles, que dominaient autant d’étendards, telles des bannières perchées sur la mâture d’un voilier.

Quelques pages plus loin, ils ajoutent :

 Ondoyant sur des flots imaginaires, le Vaisseau semblait ancré à une falaise. Au milieu des pins, des lauriers, des trèfles et des marguerites, il offrait l’image délicieuse et absurde d’un voilier accosté sur la colline du Janicule.

L’intérieur était richement décoré de tapisseries, de peintures et de statues. Des miroirs allongeaient les perspectives, les sols étaient recouverts de faïences et les murs ornés de stucs dorés. Galeries, salons, chambres, salles de bain même, se succédaient dans un luxe inouï, presque digne de Fouquet. Ne déshonorant pas, certes, les armes de Louis XIV fièrement exhibées.

34. il-vascello - Avant la bataille - 2.png

Le destin de cette magnifique villa, fut scellé le 3 juin 1849, lors de la bataille qui opposa Giuseppe Garibaldi, qui défendait la république romaine, aux troupes françaises menées par le général Nicolas Oudinot, qui voulaient rendre Rome au pape Pie IX exilé à Gaeta. Le Janicule, par sa position stratégique dominant la ville, fut l’objet de violents combats qui détruisirent presque toutes les magnifiques villas qui s’y trouvaient. Le Vaisseau, qui hébergeait les farouches partisans de la république, subit le feu continu des Français postés en face, dans le Palais des Quatre-Vents.

35. il vascello - Le 3 juin 1849 - 3.jpg

Goethe et Châteaubriand comptent au nombre des chanceux voyageurs qui eurent le bonheur de visiter cette petite merveille d’architecture avant qu’elle fût détruite.

36. il vascello - aujourd'hui - 4.jpg

Le vaisseau après la bataille

 

37. Il vascello - resti  oggi - 5.jpg

Quelques pauvres vestiges

 

38. il vascello - sede del grande oriente d'Italia - 6.jpg

Ce qui reste du Vaisseau est aujourd’hui le siège du grand orient d’Italie

 

*

Neugebau (« Château Neuf »)

 

39. Maximilien II.jpg

               Maximilien, II

Dans Veritas, l’action tourne autour d’une autre construction exceptionnelle : le palais de Neugebau, rêve inachevé de l’empereur Maximilien II qui l’avait voulu faire construire sur le site même du camp des envahisseurs ottomans de 1529 – celui de Soliman le Magnifique - et apparemment sur son modèle. Il est situé à Simmering, XIe arrondissement de Vienne, en Autriche.

Maximilien voulait ainsi célébrer, à chaud, la victoire du Saint-Empire sur les Turcs.

40. Soliman le Magnifique sous les murs de Vienne - 1529.jpg

Soliman le Magnifique sous les murs de Vienne – 1529

41. Schloss_Neugebäude ou Château Neuf en 1715.jpg

Schloss Neugebäude – 1568

(dont la construction avait commencé en 1529)

Après la mort de l’empereur, le palais fut abandonné et il est aujourd’hui en ruines, bien que, selon Rita et Francesco, des efforts soient en cours pour le restaurer. (Voir ce qu’ils en disent dans leurs notes annexes, en fin de volume).

Voir aussi ce qu’en dit l’auteur de cet historique en anglais : http://www.tourmycountry.com/austria/neugebaeude-palace-vienna.htm 

Au moment où se déroule l’action de Veritas, il ne servait plus que de ménagerie exotique. L’impératrice Marie-Thérèse, qui lui préférait Schönbrunn, finit par y faire transporter les animaux et fermer la ménagerie. Ce fut le début d’une irrésistible destruction, œuvre non d’envahisseurs étrangers mais des Viennois eux-mêmes. Ce palais avait eu pourtant la réputation d’être le plus bel exemple d’architecture (maniériste) Renaissance en dehors d’Italie, ce qui n’est pas peu dire. Il sert aujourd’hui, entre autres choses, de crematorium.

42. neugebaeude.jpg

 Ce tableau, qui se trouve au Musée de Vienne, représente Neugebäu au temps de sa transitoire splendeur.

 

*

 Deux musiciens sortis d’un injuste oubli

Atto Melani

Est né le 30 mars 1626 à Pistoia, un des sept fils de Domenico di Santi Melani, sonneur de cloches de la cathédrale San Zeno et conducteur de litière de l’évêque. Domenico fit châtrer qautre de ses fils, dont Atto, pour les offrir à l’Église. Dans cette famille de musiciens, deux des cousins des petits Melani subirent le même sort. Deux des frères d’Atto, Alessandro et Jacopo, devaient plus tard se faire un nom comme compositeurs de musique sacrée et d’opéras et fréquenter, comme lui, plusieurs des cours d’Europe. Jacopo est généralement considéré comme le père de l’opéra bouffe.

Atto, pour sa part, allait mener de front la double carrière d’un des castrats alto les plus célèbres de son temps et d’un agent secret, espion et diplomate, au service de plusieurs maîtres, dont un roi et un pape. Le premier de ceux-ci fut Mattias de Medicis, dont il fut aussi l’amant. On devrait même parler de triple carrière, si l’on n’oublie pas qu’il fut écrivain.

Atto était déjà brillamment connu comme chanteur en Italie lorsque les Medicis l’envoyèrent en cadeau à la cour de France, n’ignorant pas à quel point la reine Anne aimait l’opéra. C’est bien sûr le cardinal Mazarin qui l’y avait initiée et qui avait introduit ce goût en France, où il avait fait venir quantité de chanteurs, mais aussi de musiciens, de compositeurs et même de décorateurs comme le célèbre Torelli.

Il existe, à Versailles, une propriété dite « Maison des Musiciens Italiens », qui abrita, au temps du cardinal, jusqu’à huit castrats simultanément. Elle se visite encore.

42 bis. Versailles Maison des Italiens.jpg

Le cardinal Mazarin, très désireux de sensibiliser le public français au baroque italien, avait invité à Paris le compositeur Luigi Rossi. Il lui commanda un opéra, qui devait être le tout premier jamais joué en France, sur le thème d’Orphée et Eurydice.

L’Orfeo fut créé le 2 mars 1647 au Petit-Bourbon, devant le roi et toute la cour, avec Marc’Antonio Pasqualini (castrat soprano) dans le rôle d’Aristé et Atto Melani (castrat alto) dans celui d’Orphée.

43. atto as orfeo.JPG

Atto en Orphée

La représentation – à grand spectacle – avait duré six heures. Le succès fut immense et l’oeuvre fut rejouée plusieurs fois la même année. Elle ne contribua pas seulement à faire connaître l’opéra en France mais exerça également, par la suite, une influence certaine sur ce qu’allaient produire Lully en France, Cavalli et Cesti en Italie. Les ennemis du cardinal en dirent pis que pendre et stigmatisèrent ces « dépenses extravagantes », les autres la portèrent aux nues.

Monseigneur, en grand politique, fit d’une pierre deux coups en introduisant le jeune et brillant interprète dans le monde de la diplomatie et de l’espionnage. Pour notre chanteur, se déplacer d’une cour à l’autre et s’y produire devant des reines et des princesses ravies constituait une couverture idéale pour observer, espionner, nouer des contacts et accomplir toutes les missions dont le chargeait son mécène. On ne survit pas à la Fronde sans beaucoup de talents divers, et Jules Mazarin n’y avait pas seulement survécu, il y avait fait survivre la royauté.

C’est ainsi qu’Atto fut un jour envoyé en Bavière, à la cour du Prince-Électeur Ferdinand (dont l’épouse raffolait elle aussi d’opéra) pour le persuader de se porter candidat au trône du Saint-Empire. L’entreprise ne réussit pas, mais Mazarin n’en fut pas moins très satisfait des services de son agent et ne cessa de l’employer toujours davantage.

En 1661, la mort du cardinal-ministre donna un coup d’arrêt à la carrière d’espion et même de chanteur d’Atto Melani. D’abord parce que les ennemis « du Mazzarini » se rapprochèrent dangereusement du pouvoir, mais aussi parce qu’elle fut suivie, presqu’immédiatement, de la chute de Nicolas Fouquet, et qu’en perquisitionnant à Vaux-le-Vicomte, on y trouva des lettres confidentielles de Louis XIV qu’Atto avait recopiées pour les communiquer à son autre protecteur et ami.

Tout cela – son indiscrétion, la mort de Mazarin et la chute de Fouquet – s’était produit en l’espace de quelques semaines. Atto apprit d’un seul coup qu’il était indésirable à la Cour, qu’il ne chanterait pas comme prévu l’Hercule amoureux de Cavalli et que la mesure d’éloignement qu’on lui signifiait frappait également quantité d’autres Italiens, dont le décorateur Torelli. Le cardinal n’étant plus là pour défendre ses artistes, le parti de l’opposition avait assez relevé la tête pour obtenir du roi cette mesure d’épuration. Le goût pour l’opéra allait rapidement décroître et être remplacé par des formes de divertissement plus françaises, comme la tragédie classique, dont la vogue n’allait alors plus cesser de s’affirmer. C’est de cela qu’il est question dans l’Épître de La Fontaine à M. de Niert. Il se murmura aussi, à l’époque, que l’exil de Melani avait été réclamé au roi par l’avare, bigot et grincheux duc de la Meilleraye, époux d’Hortense Mancini, qui suspectait une liaison entre sa femme et le trop séduisant castrat.

43 terHortense Mancini.jpg

« Une des plus belles femmes de son temps » :

Hortense Mancini

Banni de France, Atto passa les quinze années suivantes à Rome, où il se mit au service du cardinal Rospigliosi, comme lui natif de Pistoia.

À la mort d’Alexandre VII, c’est Rospigliosi qui fut élu et devint pape sous le nom de Clément IX. Inutile de dire qu’Atto avait assisté et activement participé au conclave. Or, cette élection convenait tout à fait à la Cour de France. Louis XIV ne pouvait dès lors que rapporter la mesure d’exil qui frappait son ancien agent. Il fit mieux : il lui donna l’abbaye de Normandia, qui lui assurait, outre le titre d’abbé, un considérable bénéfice, et il lui accorda en plus la naturalisation française.

Atto Melani avait chanté, pour la dernière fois de sa carrière d’artiste, au palais Colonna, devant la famille Rospigliosi, en 1668. Rentré à Paris, il y poursuivit son autre carrière jusqu’en 1714, où il mourut âgé de 88 ans. Il laissait à ses héritiers beaucoup d’argent en dépôts bancaires, plusieurs riches immeubles tant en Italie qu’en France, et une vaste bibliothèque. Les 108 volumes de sa correspondance ont été perdus : il n’en reste que l’index. Plus tard, son corps fut rapatrié en Italie, où il repose, dans le chœur de la cathédrale dont son père avait été le sonneur.

44. attomelani e marcantoniopasqualini.jpg

Apollon (Atto Melani) couronnant Aristé (Marcantonio Pasqualini).

 

Qui est l’auteur de cette belle toile ? Nous ne le savons. Et où se trouve-t-elle ? Peut-être au Louvre, avec les Trois portraits de musiciens dessinés par Watteau…

 

*

45. violon et cedrats - Francesco Fieravino 1650.jpg

« Violon. Instrument qui titille les oreilles humaines par le frottement d’une queue d’un cheval sur les boyaux d’un chat. »
       Ambrose Bierce

Henrico Albicastro

(c.1660-1730)

De son vrai nom Johannes Heinrich von Weissenburg fut un violoniste virtuose et un compositeur allemand, né aux environs de 1660 à Pappenheim, dans le Saint-Empire Romain Germanique.


Dans son Musicalischen Lexicon de 1732, le musicien allemand Johann Gottfried Walther affirme sans preuve qu’Albicastro était originaire de Suisse. Cette invention est encore assez répandue aujourd’hui, mais tout ce qu’on a pu établir de certain, c’est qu’Albicastro a grandi à Bieswang, en Bavière, près de Pappenheim où il est né. La localité toute proche de Weissenburg est sans doute à l’origine du nom de la famille. Mais les légendes ont la vie dure : c’est dans le cadre des festivités du 700e anniversaire de l’existence de la Confédération Suisse qu’a été gravé le tout premier disque contenant des œuvres d’Albicastro.

Non content d’être allemand et pas du tout suisse, c’est aux Pays-Bas espagnols, c’est-à-dire en Hollande, que le jeune Heinrich a fait ses études musicales, à l’université de Leyde, où il avait, en 1686, le titre de Musicus Academiæ, ce qui en fait un chef d’orchestre (maintenant, on dit concertmeister) responsable des exécutions musicales officielles de l’Académie lors des solennités, comme, par exemple, l’installation d’un recteur.

On ne sait rien de sa vie entre ce moment et 1708, date à laquelle on retrouve sa trace dans les archives de l’armée hollandaise, où il est mentionné comme capitaine de cavalerie. À l’instar d’Atto Melani chanteur-espion, Albicastro fut un sabreur-violoniste. Mais fut-il un militaire qui jouait du violon ou un violoniste qui s’engagea pour vivre ? Ou par conviction ? Fut-il noble (von Weissenburg) ou roturier (des habitants de Weissenburg) ? On ne sait.

Ce qui est sûr, c’est qu’il a participé, dans les rangs hollandais, à la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714). D’un bout à l’autre pour Rita et Francesco, qui le font partir de Rome en 1700 pour s’y engager.

Il est mentionné pour la dernière fois dans les registres de l’armée en 1730. Il devait avoir alors plus ou moins 70 ans et on suppose qu’il est mort peu après. À cheval ?

[ Les « Wallonnes de cavalerie » furent les armes utilisées pendant les guerres des XVIIe et XVIIIe siècles. Albicastro mania une de celles-ci aussi souvent qu’un archet : fr.wikipedia.org/wiki/Épée_wallonne . Illustrations : taper wallonne de cavalerie dans Google ]

Dans son autre domaine – musical - il était alors, et depuis longtemps, considéré à l’égal des plus grands virtuoses du violon, puisqu’on le comparait à Biber et à Walther. On sait à présent – après l’avoir longtemps oublié – qu’il fut aussi un compositeur comparable aux plus célèbres de ses contemporains, même si, hélas, beaucoup de partitions de ses œuvres ont été perdues.

Pourquoi ce nom italien d’Albicastro ? Quelqu’un a émis l’hypothèse qu’il fut un petit noble allemand qui se produisait en virtuose dilettante dans les salons, où ses auditeurs auraient fini par lui suggérer de ne pas laisser perdre ses improvisations et de les faire publier. Ce qu’il fit à partir de 1701. Et c’est son éditeur hollandais, Etienne Roger, « qui surfait sur la vague italienne » et venait d’imprimer le célébrissime opus V de Corelli, qui décida de transformer Weissenburg en Albicastro (« Château Blanc » dans les deux langues). Pour des raisons commerciales, donc.

Dans le CD des « morceaux de musique exécutés dans le roman » qui accompagnait l’édition Plon de Secretum, on trouve plusieurs œuvres d’Albicastro. Un des plus importants est sa Follia.

Mais qu’est-ce qu’une « Follia » ou une « Folie » 

46. La_Folia  - Esp.jpg

D’après Le Lutin d’Ecouves :

« La Folia est, à l’origine, une danse dont il est fait pour la première fois mention dans un texte portugais du XVe siècle.

Il s’agissait d’un rite chorégraphique lié à la fertilité, lors duquel les danseurs portaient des hommes habillés en femmes sur leurs épaules. Le rythme rapide de la danse ainsi que son aspect insensé furent certainement à l’origine de son nom.

Parmi un certain nombre de thèmes, émergea une mélodie de base. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, elle se répandit en Espagne (Follia) et en France (Folie d’Espagne) puis le thème évolua rapidement pour prendre sa forme définitive dans cette suite d’accords : réM/La7/réM/do/fa/do/réM/la7 réM/La7/réM/do/fa/do/rém-la7/réM. Apparue aux alentours de 1650 puis publiée en 1672 par Lully, cette mélodie se stabilisera en se ralentissant et deviendra le thème d’innombrables variations dont les plus célèbres seront celles de Corelli, parues en 1700.

À partir de ce moment, les Folies habitèrent consciemment, et parfois inconsciemment, la musique occidentale et ne la quittèrent plus. La plupart du temps, elles prirent la forme «thème et variations » ; parfois elles ne furent qu’une citation sans grand développement (J.S.Bach, Keiser) ; quelquefois, elles ne furent qu’une inspiration pour une autre mélodie (sarabande de Händel, chaconne de Purcell) ; elles sont même dissimulées dans certaines œuvres comme dans l’andante de la 5ème symphonie de Beethoven. Même si les XIXème & XXème siècles furent moins riches en Folias, elles inspirèrent de nombreux compositeurs tels que Liszt, Paganini, Rodrigo ou Rachmaninov, qui intitula ses variations «sur un thème de Corelli » car il ignorait l’origine exacte de la mélodie. De nos jours, les Folies hantent encore notre imaginaire musical et l’on peut les retrouver dans des musiques de films (La B.O. du Barry Lyndon de Kubrick, inspirée de la sarabande de Händel, ou encore celle de 1492 de Ridley Scott, composée par Vangelis.) et, plus surprenant, dans l’univers des jeux vidéo (bande sonore de Final Fantasy IX, composée par Nobuo Uematsu). »

La Follia di Albicastro

Sonate opus 9, n°12, pour violon et basse continue

Par l’Ensemble 415

Dir. Chiara Bianchini, violon continu


Nous regrettons beaucoup que les deux CD qui accompagnaient l’édition originale d’Imprimatur et de Secretum ne soient pas commercialisés. Nous regrettons surtout que leurs interprètes ne soient pas identifiés, car, en ce qui concerne la Follia et surtout le cristallin et déchirant Adagio qui accompagne, dans le roman, le départ d’Albicastro pour la guerre, ils atteignent une perfection qu’on ne trouve pas dans la plupart des autres enregistrements, pourtant loin d’être négligeables.

Concerto à 4 en Do mineur opus 7, n°4, pour hautbois et cordes

Grave-Allegro-Adagio-Allegro

Ici dans l’interprétation du Collegium Marianum, Collegium 1704

Dir. Vάclav Luks

Hautbois. Xenia Löffer


Il n’existe pas d’œuvre d’Albicastro interprétée par Nigel Kennedy. Qui lui suggérera de le mettre à son répertoire ?

 

*

On aura compris que nous sommes des inconditionnels de Rita Monaldi et Francesco Sorti, même si nous ne partageons pas leur forme d’idéalisme, qui est celle de l’évangile chrétien, ou, si on veut, leur grille de décodage.

Ce qui nous intéresse, c’est leur revisitation de l’Histoire et la manière dont ils s’y prennent pour la revisiter : en retournant aux sources réelles et en ne prenant pas pour argent comptant tout ce qui en a été dit et même « imprimé ».

Robert Graves n’a-t-il pas écrit en substance (nous citons de mémoire) : « Tous les historiens mentent. Il suffit de savoir pourquoi et comment ; il suffit de les comparer et, à la lumière de ces comparaisons, de chercher la vérité la plus proche de « ce qui s’est réellement passé ».

Si on suit la méthode de Graves et si on y ajoute celle de Rita et Francesco, on n’a peut-être pas la vérité vraie, seule, absolue et totale, mais on est assurément devenu plus riche et plus intelligent.

Voilà, c’est dit, nos deux Italiens en exil rendent leurs lecteurs plus intelligents. Est-ce à dire qu’ils sont faciles à lire, que, même ignare, on n’a qu’à y aller, foncer dans leurs histoires comme dans Les trois mousquetaires (après tout, ils se réclament d’Alexandre Dumas) et qu’à l’arrivée on se retrouve épaule contre épaule avec les Pic de la Mirandole de l’univers ? Assurément pas. Les romans de Rita et Francesco ne sont pas des livres pour lecteurs pressés ou superficiels, moins encore pour lecteurs partisans du moindre effort. Tous ceux de la saga sont des briques (853, 1088 et 1120 pages dans les éditions de poche) et l’action ne s’y déroule pas comme chez Agatha Christie (autre référence). C’est au point que certains lecteurs, alléchés par les sujets, s’arrêtent en route, observant avec dépit qu’« à la page 170, il ne s’est encore rien passé »

C’est vrai et c’est faux. Car, jusqu’à la page 170 et au-delà, les auteurs vous plongent littéralement dans l’époque, dans les lieux, dans les habitudes, les mentalités, les préoccupations de leurs protagonistes. Ils vous révèlent des choses dont vous n’aviez jamais entendu parler. L’action n’avance pas au rythme habituel des romans à énigme, parce que l’énigme n’en est qu’une des parties constituantes. Immersion totale ! Mais celui qui arrive au bout y arrive couvert de richesses.

Prenons un exemple dans notre propre expérience de lecteurs... de Robert Graves encore. Quiconque a lu sa Déesse blanche, s’est assurément, comme nous, demandé jusqu’à passés les trois-quarts du livre : « Mais où veut-il en venir ? De quoi est-il question au juste ? », pour ne commencer à entrevoir la limpidité du propos et l’implacable simplicité du théorème que tout à la fin. Pour découvrir enfin, à sa relecture et à sa re-relecture, la nécessité d’un foisonnement à l’apparence de jungle impénétrable. C’est que, malgré sa désorientation initiale – quelquefois même teintée d’ennui – le lecteur n’aura pas plus que nous été capable de le lâcher.

C’est la grâce que nous souhaitons à ceux de Monaldi et Sorti.

Quel échantillon vous offrir, de ces 3061 pages ?

Bornons-nous à Veritas.

L’enterrement de Maximilien II – quatre mois, de Vienne à Prague – s'achevant sur une espèce de printemps arabe d’il y a trois siècles en plein hiver, est une page d’anthologie. Mais elle est bien trop longue pour une citation autorisée.

Nous nous contenterons donc d’un bref passage, qui a le mérite de réunir le Narrateur (nain et ramoneur), le Lieu Sans Nom, la Machine Volante du padre Gusmão, une ménagerie en déréliction et des réminiscences de Rome, de sa villa du Vaisseau – vouée, mais on ne le sait pas encore, à la destruction – et d'un mystérieux musicien-soldat qui joue du violon comme personne.

Veritas

Dimanche 12 avril 1711

Quatrième journée

Géant abandonné, le Lieu Sans Nom reposait sous sa couvertutre de neige. Je traversai le grand jardin aux tours hexagonales sous une myriade de flocons blancs qui pirouettaient en un ballet gracieux. Il n’y avait pas de vent, l’air était limpide et immobile comme dans un souvenir. Se dressant comme des minarets, les pinacles des tours étaient saupoudrés d’une blancheur féerique.

Devant la façade du manoir, je dus me protéger les yeux pour ne pas être aveuglé par l’éclat de la pierre alabastrine, renforcé par la réverbération de la neige et la luminosité du ciel laiteux. Je tournai sur la droite, dépassai la maior domus, arrivai dans la cour de l’entrée principale et descendis l’escalier en colimaçon qui conduisait à l’enclos des fauves.

La neige tombait en bénédiction sur ma tête, tout scintillait comme au paradis. Même les arbres aux branches dépouillées et crochues comme des griffes s’attendrissaient devant tant de candeur. En descendant l’escalier en colimaçon, j’aperçus par la fenêtre le vivier situé au nord du Lieu Sans Nom. Il était obstrué par une légère couche de glace, opalescente comme de la pâte d’amandes et craquante comme un biscuit.

J’arrivai à l’enclos des lions où Frosch m’attendait.

« Mustapha s’est échappé, m’annonça-t-il. Il a filé dans l’enceinte du jeu de Paume et a disparu. »

Comment était-ce possible ? Je me fis accompagner dans l’enceinte, soupçonnant qu’une fois de plus Frosch avait trop levé le coude et oublié où il avait bien pu remiser son lion préféré.

« Voilà, ça s’est passé ici. »

Il désignait le Bateau Volant qui reposait toujours sur le ventre, au centre du terrain. Dans le tourbillon des événements de ces dernières heures, j’avais presque oublié son existence.

Enréponse, je regardai Frosch pour lui communiquer mes doutes muets. Un lion, ça ne s’envole pas.

Mais comme le gardien du Lieu Sans Nom s’obstinait à montrer du doigt le vieux vaisseau des airs (à supposer qu’il eût jamais volé ), je me résolus à y jeter un œil.

« Si Mustapha devait s’approcher, venez aussitôt me secourir », ordonnai-je à Frosch.

Je fis un tour complet du Bateau Volant. Rien. La neige portait en effet les empreintes du vieux lion, lesquelles toutefois disparaissaient soudain, à l’endroit précis où je me trouvais, à hauteur d’une des deux grandes ailes.

Je m’agrippai à l’aile, me hissai à bord et explorai l’habitacle de la nacelle. C’est là que tout commença.

Je sentis tout d’abord un léger tangage, puis un tremblement marqué qui s’amplifiait de manière constante. Comme si, partant de la queue et des ailes du Bateau Volant, de puissantes secousses parcouraient sa structure en bois et se communiquaient au reste du navire jusqu’à le faire gémir. Soudain, ces vibrations cessèrent.

Frosch m’observait avec attention, mais ne semblait pas étonné. Le navire décollait.

Me retenant d’instinct à la rambarde en bois, je vis les hauts murs de l’enceinte du jeu de paume s’enfoncer, l’horizon s’ouvrir, le toit du Lieu Sans Nom se rapprocher, la clarté diffuse du paysage hivernal s’étendre et, comme j’ai toujours imaginé que cela se passe quand on arrive au paradis, la lumière bénie du ciel jaillir de toute part, autour de moi, dessus, dessous. Le Bateau Volant avait enfin repris son vol. Je me retournai et le vis. Le noir pilote regardait droit devant lui, tandis que d’une main sûre il conduisait son navire dans les courants aériens. Mais il lâcha bientôt la barre qui garda seule le cap, comme si elle était tenue par un esprit invisible. Il se pencha et réapparut avec un violon. Maniant l’archet avec dextérité, il modula les premières notes d’un air que je connaissais. À cet instant, je le reconnus. C’était Albicastro, le violoniste que j’avais rencontré il y a bien longtemps dans la villa du Vaisseau, et cette mélodie était la folìa portugaise qu’il jouait toujours.

Je compris soudain que la gazette que Frosch m’avait fait lire ne mentait pas. Deux ans plus tôt, cette vieille embarcation avait en effet volé et frôlé le clocher de Saint- Étienne, passant à portée de main du pinacle où trônait la Pomme d’or et son mystérieux conducteur – foin de religieux brésilien ! – n’était autre que Giovanni Henrico Albicastro, le Hollandais volant et son vaisseau fantôme. C’est ainsi que l’avait apostrophé Atto Melani, pétrifié par la peur, la première fois que nous l’avions rencontré, alors qu’il semblait voler dans son manteau de gaze noire sur les murs crénelés du Vaisseau.

Mon regard embrassait désormais les jardins du Lieu Sans Nom et la plaine enneigée de Simmering, et plus loin les toits de Vienne et la flèche de Saint-Étienne. Je m’avançai vers Albicastro, qui jouait sa folìa en me souriant, pour le serrer dans mes bras, quand tout s’arrêta. Derrière moi, je perçus de nouveau un frémissement et un grondement sourd et hostile. «J’aurais dû y penser : il était caché ici », me dis-je dans un éclair d’intuition, et je me retournai, frappé de plein fouet par l’haleine chaude et inhumaine de ce cri infernal. Mustapha rugit une fois, deux fois, trois fois, lança sa patte avant droite sur moi et ses griffes s’abattirent sur mon visage, le réduisant en charpie. Un autre cri, le mien, s’éleva alors, désespéré. Enfin, je m’éveillai.

C’était un cauchemar auquel je m’étais condamné tout seul, et d’où je parvenais enfin à ressortir. Je me retrouvai dans mes draps trempés de sueur, le visage aussi brûlant que l’haleine de Mustapha, les pieds et les mains aussi froids que la neige de mon rêve. Le Lieu Sans Nom ne se contentait plus d’accaparer mes pensées le jour, il envahissait aussi mes nuits. C’était comme si Neugebäu contenait trop de secrets pour être relégué au rang de préoccupation raisonnable. Cloridia était déjà levée avec notre garçonnet, et tous deux étaient sortis. Ils m’attendaient sûrement pour la messe. Le ciel soit loué, pensai-je, la prière et la communion m’arracheraient définitivement aux trompeuses ombres nocturnes.

 

*

Vous avons-nous dit que les romans sont suivis d’un important appareil de notes annexes, où les auteurs s’expliquent sur leur démarche, racontent un peu la genèse (maintenant, on dit making of) de leur œuvre, et justifient les conclusions qu’ils ont tirées de leurs recherches ?

En voici un exemple, tiré de celles du même Veritas. Toute l’action du roman tourne autour de l’empereur Joseph Ier de Habsbourg.

 

La variole de Joseph Ier

47. Joseph Ier de Habsbourg.PNG

              Joseph 1er

L’empereur Joseph Ier mourut à 10h15 le vendredi 17 avril 1711, à moins de trente-trois ans. Diagnostic officiel : variole.

Un préambule s’impose. La variole, horrible maladie aujourd’hui (presque) éradiquée, n’a jamais été vaincue par aucun traitement. En d’autres termes, il n’existe pas de traitement contre la variole.

Dans le célèbre manuel Harrison de médecine interne (Dennis L. Kasper, Harrison’s Manual of Medicine, XVI edizione, New York, 2005, traductionn française : Principes de médecine interne, XVIe édition, Paris, 2006), ouvrage fondamental pour tout étudiant en médecine, on lit que la variole est, avec l’anthrax, un des dix virus de classe A, c’est-à-dire la plus dangereuse, placée « sous surveillance spéciale » dans la lutte contre le bioterrrorisme.

En 1996, des délégués de cent quatre-vingt-dix pays prirent une résolution. Le 10 juin 1999, toutes les souches de variole encore existantes dans le monde allaient être détruites. Mais ce ne fut pas le cas. Le CDC d’Atlanta (Center for Disease Control and Prevention), aux États-Unis, en possède toujours.

Quand Joseph tomba malade, le 7 avril 1711, personne à la cour n’était atteint de variole. Des études ultérieures (voir par exemple C. Ingrao, Joseph I der « vergessene Kaiser », Graz-Vienne-Cologne, 1982), rapportent qu’à cette époque, une épidémie de variole sévissait dans tout Vienne. C’est faux.

L’historien Hermann Joseph Fenger, dans son répertoire des épidémies à vienne depuis 1224 (Historiam Pestilentiarum Vindobonensis, Vienne, 1817), ne mentionne aucune épidémie de variole en 1711, pas davantage Erich Zöllner dans son Histoire de l’Autriche (Geschichte Osterreichs, p. 275-278).

Nous avons voulu vérifier par nous-mêmes. Nous avons consulté, aux archives municipales de Vienne les Totenbeschauprotokolle, c’est-à-dire les certificats de décès remplis par les autorités médicales de la ville pour chaque mort. Nous avons passé en revue jour après jour les mois de mars, d’avril et de mai 1711. Non seulement il n’y avait aucune épidémie de variole, mais le nombre de décès est toujuours resté dans la moyenne de la période.


Dix jours avant de mourir, Joseph Ier était un jeune homme robuste en parfaite santé, sportif et grand chasseur.

Le certificat de décès décrit le visage du cadavre couvert de nombreuses pustules. Mais il n’en est pas fait mention dans la gazette distribuée à ce moment-là, où sont décrites la mort de l’empereur et l’exposition de sa dépouille (Umständliche Beschreibung von Weyland Ihrer Mayestät / JOSEPH / Dieses Namens des Ersten / Römischen Kayser /Auch zu Ungarn und Böheim Könih u. Erz~Herzegen zu Oesterreich / u. u. Glorwürdigsten Angedenckens Ausgestandener Kranckheit /Höchst~seeligstem Ableiben / Und dann erfolgter Prächtigsten Leich~Begängnuß / zusamengetragen / und verlegt durch Johann Baptist Schönwetter, Vienne, 1711). D’ailleurs, on n’aurait sûrement pas montré à ses sujets un  visage défiguré par des vésicules. Faut-il y voir l’œuvre des embaumeurs ?

 

Selon le journal personnel du docteur Franz Holler von Doblhof, tenu en langue latine (Archives nationales de Vienne, HausHof- und Staatsarchiv, Familienakten, Karton 67), l’empereur vomit des glaires et du sang dès les premiers symptômes. Juste après le décès,  lit-on dans cette chronique, « du sang s’écoula longuement des narines et de la bouche ». Le cou était enflé et « atro livore soffuso », c’est-à-dire bleu sombre à cause de l’hémorragie interne  À l’autopsie, effectuée par le même médecin, foie et poumons aussi sont décrits comme « bleus et gangréneux, ayant perdu leur couleur naturelle » (« amisso colore naturali, lividum et gangrenosum ») : une hémiorragie donc, là aussi. À cause de l’odeur insupportable, l’autopsie fut écourtée et on n’ouvrit pas le crâne.

Cette description médicale est cataloguée chaque jour comme « variole hémorragique », une forme particulièrement virulente et mortelle de la maladie. Chose étrange, cette forme de variole n’a pas existé de tout temps.

 

Avant la mort de Joseph Ier, aucun traité de médecine ne connaît la forme hémorragique de la variole.

Les premiers auteurs à parler de variole sont avant tout Galien, puis les médecins du Xe siècle : le Persan Rhazes, Ali Ben el Abbas et Avicenne, ainsi que, au XIe siècle, Constantin l’Africain, secrétaire de Robert le Guiscard. Tous se répandent en descriptions détaillées de la variole, de ses complications et évolutions possibles, mais aucun d’entre eux ne mentionne la possibilité d’une hémorragie. Bien au contraire : l’évolution de la variole est décrite comme habituellement bénigne. Son issue n’est mortelle que chez les enfants déjà affaiblis. Même chose dans les siècles suivants, jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles : Ambroise Paré, Niccolò Massa, Girolamo Fracastori, l’Alpinus, Ochi Rizetti, Scipione Mercuri et Sydenham, pour ne citer que les plus célèbres, consacrent de longs chapitres de leurs œuvres à la variole, mais pas trace de variole hémorragique. Eux aussi décrivent cette maladie comme très commune et bénigne. Elle ne devient mortelle que pendant les vastes pandémies provoquées par la guerre et la famine. La variole est généralement décrite dans les chapitres qui traitent des maladies infantiles, souvent en même temps que la varicelle et la rougeole. Thazes, dans son Traité de la variole et de la rougeole, opère une distinction très détaillée entre ces deux maladies : « l’agitation, la nausée et l’anxiété sont plus fréquentes avec la rougeole qu’avec la variole ; les douleurs dans le dos sont plus caractéristiques de la variole ». De même, Ambroise Paré (Œuvres, Lyon, 1664, livre XX, chap. 1-2) ne consacre qu’un chapitre à la variole et à la rougeole, en insistant sur les différences entre les deux. Des précisions qui, pour nous modernes, apparaissent totalement incompréhensibles. Aujourd’hui, la variole est malheureusement très différente de la presque toujuours inoffensive rougeole. Les horribles pustules varioliques et l’ensemble de ce grave syndrome n’ont rien à voir avec les petits boutons de la rougeole ni avec les troubles qui les accompagnent. Sydenham aussi établit un diagnostic différentiel précis entre la variole et la rougeole. Du Xe au XVIIe siècle, la variole est donc restée identique, à savoir une maladie contagieuse qu’on pouvait confondre avec la rougeole. La fille de Joseph, Marie-Josèphe, l’avait contractée en janvier 1711, trois mois avant son père, et en avait guéri. Pas d’hémorragie non plus.

 

Le premier témoignage de variole hémorragique arrivé jusqu’à nous est précisément ce certificat du médecin de Joseph Ier.

Deux ans plus tard, en 1713, le médecin grec (ou, selon d’autres, bolonais) Emmanuele Timoni, dans son traité intitulé Historia Valiolarum quae per insitionem excitantur, rapporte pour la première fois une pratique suivie à Constantinople : l’inoculation sous-cutanée.

Préambule : l’inoculation est le terme désignant l’ancienne façon d’immuniser, avant que le médecin anglais Edward Jenner, à la fin du XVIIIe siècle, ne mette au point la méthode de vaccination encore employée aujourd’hui. L’inoculationn consistant à prélever du sérum dans des pustules de varioleux chez qui l’évolution était sans gravité, et à l’injecter au moyen d’une incision cutanée à un patient sain, afin de provoquer une variole, bénigne chez lui aussi. Le patient contractait ainsi une forme brève et bénigne de variole et était protégé pour toujours de sa forme grave. Il était universellement reconnu, en effet, que la variole ne frappait jamais deux fois la même personne.

Bien sûr, l’inoculation sous-cutanée peut aussi servir à des fins non-préventives, mais criminelles, avec une forme mortelle du virus.

Timoni rapporte la présence, à Constantinople, de deux vieilles guérisseuses d’origine grecque, appelées la Thessalienne et la Philippopolis. Dès la fin du XVIIe siècle, ces deux femmes pratiquaient dans la capitale ottomane des inoculations sur la population « franque », c’est-à-dire non musulmane, les musulmans pour leur part refusant de se laisser inoculer. En 1701 et en 1709, c’est-à-dire quelques années après la diffusion de cette pratique dans la ville, Constantinople subit les premières hécatombes dues à la variole. Les deux guérisseuses ne furent pas lynchées, bien au contraire : on les encensa. En effet, des médecins renommés avaient affirmé que, sans l’intervention des deux Grecques, l’épidémie aurait frappé encore plus fort. Bientôt, le clergé local donna son aval, ouvrant définitivement la porte à l’inoculation.

En 1714, un an après les faits rapportés par Timoni, l’ambassadeur de Venise à Constantinople cite à son tour la pratique de l’inoculation dans son Nova et tuta variolas excitandi per transplantationem methodus nuper inventa et in usum tracta.

L’inoculation sous-cutanée connut une véritable explosion en Europe, deux ans plus tard, entre 1716 et 1718, quand la femme de l’ambassadeur anglais à Constantinople, Lady Mary Wortley Montagu, l’importa officiellement de Turquie en Angleterre. L’aristocrate britannique défendit avec enthousiasme la cause de l’inoculation auprès de toutes les cours européennes, et fit inoculer ses propres enfants. Comme en atteste son journal, elle était à Vienne en 1716, où elle rencontra la veuve et les filles de Joseph. En 1720, en Angleterre, elle convainquit le roi de faire inoculer des condamnés à mort. À partir de 1723, l’inoculation devint une pratique de masse.

Mais au cours des mêmes années, non seulement la variole ne perdit pas de terrain, mais elle cessa d’être « une maladie bénigne » pour devenir mortelle dans la presque totalité des cas. Elle ne fut plus considérée comme une maladie infantile. Les symptômes devinrent beaucoup plus graves que ceux décrits dans les siècles précédents. Ils étaient surtout d’une monstruosité sans équivoque. Impossible désormais de confondre les horribles pustules varioliques avec celles de la varicelle, et encore moins avec les petits boutons de la rougeole.

L’étude de Marco Cesare Nannini, La storia del vaiolo (Modène, 1963) fournit des statistiques effroyables. Dans les vingt-cinq années qui ont suivi l’ntroduction de l’inoculation, 10% de la population mondiale mourut. Les cas de variole hémorragique étaient très nombreux. L’inoculation se révéla bien vite un excellent instrument de conquête coloniale. On décima de la sorte Indiens d’Amérique, Peaux-Roouges et Indios. E. Bertarelli (Jenner e la scoperta della vaccinazione, Milan, 1932) rapporte que, dans la seule Saint-Domingue par exemple, 60% de la population mourut en quelques mois. À Haïti, la variole importée en 1767, tua rapidement les deux tiers des habitants. Au Groenland, en 1733, elle extermina les trois-quarts de la population.

En Europe, entre l’introduction de l’inoculation et la fin du XVIIIe siècle, soixante millions de personnes moururent de la variole. (H.J. Parish, A History of Immunization, Londres, 1965, p. 21). À la fin du XVIIIe siècle, les estimations donnaient les mêmes chiffres (D. Faust, Communication au congrès de Rastadt sur l’extirpation de la petite vérole, 1798, Archives nationales de France, F8 124). En 1716, à Paris, la variole causa 14.000 décès et 20.000 en 1723 ; en 1756, ce fut l’hécatombe en Russie, tandis qu’en 1730 c’était l’Angleterre qui avait été frappée, laquelle totalisa, en à peine quatre décennies, 80.505 décès dus à la variole ; à Naples, en 1768, on dénombra en quelques semaines plus de 6.000 morts ; à Rome en 1762, 6000 décès ; à Modène en 1778, à la suite d’une seule intervention d’inoculation sous-cutanée, la ville fut décimée par une épidémie qui dura huit mois ; à Amsterdam, en 1784, 2.000 morts ; en Allemagne en 1798, 42.379 ; rien qu’à Berlin, en 1766, 1.077 morts ; à Londres, en 1763, 3.528. L’Angleterre fit des affaires en or avec l’inoculation. Daniel Sutton avait fondé une entreprise florissante d’inoculation. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ses succursales étaient disséminées jusque dans les contrées orientales de la Nouvelle Angleterre et de la Jamaïque.

Combien de personnes mouraient de la variole avant l’introduction de l’inoculation ? Quelques chiffres pour Londres : 38 morts en 1666, 60 en 1684, 82 en 1636. Bref, quasiment personne. À la cour de Vienne, la variole n’avait frappé que Ferdinand IV avant Joseph. En revanche, la maladie explosa après le décès de Joseph. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, elle ne tua pas moins de neuf autres Habsbourg. À cette époque, les cas de variole hémorragique, désormais innombrables, se terminèrent par la mort du malade.

 

Voici la comparaison entre deux descriptions de la maladie. La pmremière, de Scipione Mercuri, le célèbre médecin romain qui vécut entrev 1540 et 1615 (La commare, Venise, 1676, livre trois, chap. XXIV, p. 276, Delle varole e cure loro), est antérieure à l’introduction de l’inoculation. On notera que Mercuri aussi assimile la variole à la rougeole (il s’y attarde dans son De morbis puerorum, lib. I, De variolis et de morbillis, Venetiis, 1588).

La seconde description de la variole, du docteur Faust, est tirée du rapport déjà cité datant de 1798, c’est-à-dire en pleine euphorie de vaccination.

Voici ce qu écrit Mercuri :

« Je traiterai maintenant des maladies universelles externes, et en premier lieu de la plus commune, qu’on appelle en ce pays petite vérole. Il y a des différences entre la petite vérole et la rougeole, mais comme elles se soignent de la même façon, je les aborderai ensemble. Dans la petite vérole, des pustules ou vésicules apparaissent partout sur le corps de façon spontanée, ell’es provoquent douleurs, démangeaisons et fièvre et quand elles éclatent, elles donnent des plaies… Les signes annonciateurs sont les maux de ventre, les maux de gorge, les rougeurs au visage, les maux de tête, les éternuements pituiteux. Les signes montrant que  la maladie est déjà installée sont le délire, les pustules ou vésicules sur tout le corps, tantôt blanches, tantôt rouges, de taille variable selon les patients. En général, la petite vérole n’est pas mortelle, sauf certaines fois où, à cause de l’air ou d’erreurs commises par ceux qui s’occupent de ces enfants, il meurt autant de gens que pendant une peste. »

Et voici la description de Faust en 1798 :

« La variole prolifère en pustules innombrables de la tête aux pieds. Le corps semble plongé dans l’eau bouillante, les douleurs sont atroces Avec la suppuration, le malade dont le visage enfle de façon monstrueuse est défiguré ; les yeux sont fermés, la gorge enflammée et contractée est incapable d’avaler l’eau qu’un râle réclame sans cesse. Le malade est privé à la fois de la lumière, de l’air et de l’eau ; de ses yeux coulent du pus et des larmes, ses poumons exhalent une odeur fétide ; sa salive aigre coule de façon incontrôlée ; les excréments sont corrompus et purulents, de même souvent que l’urine. Le corps n’est que pus et pustules et ne peut ni bouger ni être touché ; il gémit et gît immobile, tandis que la partie sur laquelle il repose est souvent gangrenée. »

En 1773, dans son poème L’inoculation, l’abbé Jean-Joseph Roman donne du varioleux une description en vers non moins terrible :

La douleur contre lui s’arme de nouveaux traits,

Ses yeux sont arrosés d’une liqueur ardente,

La salive, sortant de sa bouche écumante,

N’apaise point la soif qui brûle son palais ;

De ses sens enchaînés il a perdu l’usage :

Il ne voit qu’à travers le plus sombre nuage,

Sa voix n’a point de timbre et son corps oppressé

N’est plus que la prison d’un esprit affaissé.

 

&&&

 

La description de l’hémorragie décelée chez Joseph Ier semble très proche de la Purpura variolosa décrite par le médecin allemand Gerhard Buchwald dans son ouvrage Vaccinations. Le marché de l’angoisse (traduction française d’Alain Bernard, Riom, 2003). En 2004, quand nous l’avions contacté, le Dr. Buchwald était un des rares médecins vivants à avoir observé et étudié en personne des cas de variole (il est hélas décédé le 19 juillet 2009, à l’âge de 89 ans). Nous lui avions alors envoyé la documentation relative à la maladie de Joseph Ier, puis nous avions longuement conversé au téléphone. Sur la base de son expérience personnelle, Buchwald affirmait qu’on ne rencontre de lésions aux vaisseaux sanguins que dans les cas de variole provoquée par le virus injecté dans ces vaisseaux. On lit la même conclusion dans son ouvrage (p.43) :

« Il faut mettre de tels développements [c’est-à-dire hémorragiques ndr], qui par ailleurs sont toujours fatals, sur le compte de la vaccination administrée peu de temps auparavant. »

Pour Buchwald, la variole hémorragique n’existe pas dans la nature : elle a été artificiellement suscitée par l’introduction des pratiques d’inoculation et de vaccination.

 

&&&

 

La littérature moderne sur la variole abonde d’études affirmant que l’inoculation sous-cutanée était connue depuis des millénaires en Chine et en Inde On retrouve là le même discours de propagande qu’au XVIIIe siècle, destiné à inspirer la confiance en cette pratique. Or, c’est faux.

En ce qui concerne la Chine, on cite en général le père jésuite d’Entrecolles, missionaire à Pékin. Celui-ci n’écrit cependant pas avant 1726, et se contente de citer un livre chinois où l’on décrit une pratique d’immunisation contre la variole, mais par inhalation. Rien à voir, donc, avec l’inoculation.

Dans son ouvrage History of Indian Medicine (Delhi 1922-1929, vol. I, p. 113-133), le célèbre médecin indien et professeur à l‘université de Calcutta, Girindranath Mukhopadhyaya, examine toutes les affirmations selon lesquelles, en Inde, la pratique de l’inoculation s’enracinerait dans la nuit des temps. Mukhopadhyaya arrive à la même conclusion que nous : il n’en existe pas la moindre preuve. Des médecins, presque tous anglais, rappellent dans leurs ouvrages qu’ils ont entendu en Inde des récits concernant cette pratique qui remonteraient à l’Antiquité. L’un d’eux, un certain docteur Gillman, a même mis en avant un traité de médecin sanscrit qui citerait l’inoculation. Mukhopadhyaya l’a fait expertiser par deux spécialistes du sanscrit, qui l’ont reconnu comme « interpolé ». En d’autres termes, il s’agit d’un faux en bonne et due forme. Dans les anciens traités de médecine indiens de Caraka, Suśruta, Vāgbhata, Mādhava, Vrnda Mādhava, Cakradatta, Bhāva Miāra et d’autres, Mukhopadhyaya n’a pas trouvé la moindre allusion à la pratique de l’inoculation de la variole. Plus encore, dans les hymnes à la déesse Śitala, tirés du Kāśikhanda de Skanda Purana, il est dit explicitement qu’il n’y a pas de remède à la variole, sinon les prières à cette déesse. Pourtant, souligne Mukhopadhyaya, « personne encore ne remet en discussion le fait que l’inoculation ait été fréquemment pratiquée en Inde ».  

Comme nous, Mukhopadhyaya souçonne une machination dans le but de fournir un pedigree à l’inoculation d’abord et à la vaccination ensuite, tout cela pour inciter les masses à se fier à de telles pratiques et à se faire vacciner, enfants comme adultes.

Constellée de faux, l’histoire de la variole l’est aussi de silences embarrassants. L’inventeur de la vaccination – étape qui suit immédiatement l’inoculation –, le célèbre médecin anglais Edward Jenner, vaccina avec des matières extraites des pustules d’un varioleux son fils de dix mois qui resta handicapé mental et mourut à l’âge de vingt et un ans. En 1798, Jenner vaccina un enfant de cinq ans qui mourut presque aussitôt et une femme enceinte de huit mois qui, un mois plus tard, avorta d’un petit corps couvert de pustules semblables à celles de la variole. Malgré ces précédents, Jenner envoya des souches de ces matières utilisées pour ses expériences aux dynasties régnantes en Europe, lesquelles en firent large usage sur des enfants orphelins, afin de développer de nouvelles maladies et d’en tirer de nouvelles souches de matière infectée. Les manuels d’histoire de la médecine se gardent bien de rapporter ces faits.

 

&&&

 

Mais revenons au XVIIIe siècle. De nombreuses voix s’élevèrent bientôt contre l’inoculation. On dénonça le cas tragique de Mme de Sévigné qui, atteinte de variole, mourut elle aussi en 1711 dans d’atroces souffrances, non de la maladie elle-même, mais des effets de son traitement (cf. J. Chambon, Traité des métaux et des minéraux, Paris, 1714, p. 408 et suivantes). Luigi Gatti, médecin italien qui exerçait à Paris au milieu du XVIIIe siècle, soigna la variole de Mme Helvetius en exécutant devant sa patiente toutes sortes de cabrioles et de pitreries. Il était intimement convaincu du fait que la gaieté était le seul remède en pareil cas, et que les varioles mortelles n’avaient d’autres causes que les traitements des médecins. Pour des raisons mystérieuses, le même Gatti changea radicalement d’opinion un beau jour, devenant l’un des inoculateurs les plus actfs. Et les plus riches.

Au XIXe siècle encore, van Swieten rapportait que les nobles et les riches qui attrapaient la variole mouraient presque tous, alors que les gens du peuple, qui ne recevaient aucun soin, survivaient (cf. Rapport de l’Académie de Médecine sur les vaccinations pour l’année 1856, p. 35).

Ce n’est pas tout. Des rumeurs circulèrent selon lesquelles l’inoculation, quand elle ne tuait pas, était de toute façon inopérante. On relevait des cas de patients in oculée qui, ayant déclaré une forme bénigne de la variole ainsi provoquée, attrapaient quand même la variole, parfois des années plus tard. Le Mercure de France de janvier 1765 (tome II, p. 148) rapporte ainsi le cas de la duchesse de Boufflers.

Mais il y a un soupçon encore plus grave. L’inoculation peut-elle provoquer la variole chez les sujets qui l’ont déjà eue ? Comme dit Avicenne, il est notoire que « la variole ne frappe qu’une fois dans la vie », conférant une immunité définitive. Selon de nombreux médecins opposés à l’inoculation, la variole artificiellement donnée bouleverse cette loi de la nature. La preuve ? Un cas hyper célèbre : Lousi XV, qui avait eu la variole à l’âge de dix-huit ans, en mourut en 1774, à soixante-quatre ans, dans des circonstances très proches de celles de la mort de Joseph Ier.

Louis XV avait une particularité. Enfant, il avait été le seul survivant de l’incroyable hécatombe qui avait décimé les rangs des enfants et petits-enfants du Roi Soleil, son grand-père, frappant brutalement la dynastie des Bourbons de France engtre 1711 et 1712. Le comte de Mérode-Westerloo (Mémoires, Bruxelles, 1840) raconte avoir entendu Palatino prophétiser ces morts en 1706, les attribuant à des meurtres. Le petit Louis n’avait que deux ans en 1712, c’était le deuxième fils des ducs de Bourgogne. Ses parents et son jeune frère aîné étaient morts de la variole, mais Louis en avait réchappé. Quand les premiers signes de la maladie s’étaient déclarés chez l’enfant, ses nourrices s’étaient barricadées avec lui dans sa chambre, interdisant aux médecins de l’approcher. En effet, elles étaient persuadées que les autres membres de la famille royale avaient été tués par les médecins eux-mêmes. C’est ainsi que Louis échappa à la prophétie de Palatino. À sa majorité, il monta sur le trône de France, succédant à son grand-père Louis XIV. Entre-temps, la France avait subi les longues années de la Régence où avait sévi le maléfique John Law, l’inventeur des billets de banque, qui, comme le rappelle le ramoneur, avait mené le royaume à un désastre économique sans précédent.

Mais certaines « prophéties », tôt ou tard, se réalisent… À soixante-quatre ans, Louis XV n’avait plus ses braves nourrices pour le protéger.

Sa mort rappelle beaucoup celle de Joseph Ier. Tous deux étaient ennemis des jésuites (Louis XV abolit la compagnie de Jésus) et, tout comme Joseph, Louis XV entendit d’un prédicateur l’annonce menaçante, mais exacte, de sa propre mort. C’était le 1er avril 1774, un jeudi de carême. En chaire, l’évêque de Senez, pointant un doigt sur le roi, s’écria : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! ». Quarante jours plus tard, jour pour jour, le 10 mai, Louis XV rendait son dernier soupir (Pierre Darmon, La variole, les nobles et les princes, Bruxelles, 1989, p. 93-94). Une semaine auparavant, il ne cessait de murmurer : « Si je ne l’avais pas déjà eue, je jurerais que c’est la variole. » Enfin, le 3 mai, il comprit : « C’est la variole !... Mais c’est la variole. » Devant l’approbation muette des personnes présentes, il avait détourné le visage en disant : « Voilà qui est vraiment incroyable. »

Une mort ironique à plus d’un titre, dont le moindre n’est pas que Louis XV s’était toujours opposé avec ténacité à la pratique de l’inoculation.

 

&&&

 

Nos recherches historiques sur la variole achevées, et forts de l'avis du docteur Buchwald sur la mort de Joseph Ier, nous décidons de passer à la dernière phase de nos études : la recherche d’un anatomopathologiste qui appuie notre demande d’exhumer la dépouille de l’empereur et soit disposé à l’autopsier.

D’entrée de jeu, nous éliminons certains médecins qui occupent le devant de la scène quand il s’agit d’exhumer les corps de personnages historiques. Cette pratique sert avant tout à mettre au point de nouveaux vaccins, et les médecins impliqués sont régulièrement sponsorisés par les colosses de l’industrie pharmaceutique.

Nous nous adressons à plusieurs professeurs d’université italiens et autrichiens, mais notre requête ne suscite aucun intérêt, provoquant parfois même une certaine irritation.

Ce qui n’est pas pour nous surprendre. En 2003, quand il nous avait fallu trouver des experts en graphologie pour examiner la signature figurant sur le testament du roi d’Espagne Charles II de Habsbourg, la plupart des graphologues s’étaient défilés par crainte de mécontenter l’actuel roi d’Espagne, Juan Carlos de Bourbon. Pensez un peu, maintenant qu’il s’agit de variole…

En attendant, nous adressons une demande par lettre recommandée au Denkmalamt de Vienne (la direction du patrimoine) pour lancer les démarches d’exhumation de la dépouille de Joseph Ier. Nous savons que la procédure est longue et nous ne voulons pas perdre de temps.

Dans l’espoir de trouver une personne un peu plus courageuse, nous passons par notre réseau de connaissances. Nous arrivons ainsi au professeur Andrea Amorosi, anatomopathologiste originaire de la même ville qu’un de nous. Amorosi travaille au département de médecine expérimentale et clinique de l’université Magna Grecia de Catanzaro, dans le sud de l’Italie. Nos premiers contacts sont excellents. Le professeur Amorosi est attentif et disponible. Après avoir étudié la documentation que nous lui adressons, il est très séduit par l’idée d’exhumer la dépouille de Joseph. C’est lui qui nous apprend que la variole est « sous surveillance spéciale », classée « A » dans la lutte contre le bioterrorisme.

Nous lui demandons s’il est possible, si longtemps après, de prouver que Joseph a été empoisonné ou tué par une variole artificielle ou si, au contraire, il est vraiment mort d’une variole naturelle. Dans le cas d’un poison, nous répond-il, ce ne devrait pas être trop difficile, car on employait surtout des métaux à cette époque, dont le matériel moderne détecte la trace aujourd’hui. Les poisons actuels, en revanche, ne laissent aucune trace.

Dans le cas d’une mort par inoculation d’une maladie, explique encore le professeur, l’entreprise, sans être impossible, est plus compliquée. Il faut exhumer plusieurs dépouilles en plus de celle de Joseph. L’idéal serait d’avoir à disposition des corps morts de la variole longtemps avant Joseph, quand la variole n’était pas encore aussi mortelle, pour lesquels on pourrait donc raisonnablement partir du principe que le décès est dû à une variole naturelle – et des corps décédés de cette variole vers la fin du XVIIIe siècle, c’est-à-dire à l’époque des inoculations. Il faut également prélever l’ADN de ces dépouilles et le comparer avec celui de Joseph Ier. Au téléphne, le professeur Amorosi nous explique de fond en comble et avec force termes scientifiques les méthodes pour déceler une éventuelle cause artificielle à la mort du jeune empereur. Seule notre condition de profanes nous empêche de rapporter dans leur terminologie rigoureuse les idées et les intentions du professeur Amorosi.

Nous convenons avec le professeur Amorosi qu’avant toute chose, il nous enverra par la poste les pages du manuel Harrison de médecine interne relatives au bioterrorisme, et qu’entre-temps il consultera des collègues, dont il ne précise pas le nom de façon à travailler en équipe pour l’exhumation et l’autopsie de la dépouille.

Nous n’avons plus jamais eu de nouvelles de lui.

Nous n’avons jamais reçu les photocopies du manuel de Harrison (qu’au bout du compte, nous nous sommes procuré par nos propres moyens). Il n’a pas répondu à nos courriels et pendant des mois, nos nombreux appels téléphoniques se sont heurtés à la barrière d’une secrétaire, d’une infirmière ou d’une assistante qui nous demandait régulièrement notre nom, nous priant d’attendre, puis nous informait que le professeur Amorosi n’était pas là. Jusqu’au jour où nous décrochons notre téléphone, bien décidés à ne plus nous contenter d’une réponse évasive, qui nous oblige à rappeler ultérieurement. Nous insistons, rappelons cinq fois le même jour, puis le lendemain, et ainsi toute la semaine. Chaque fois, nous réexpliquons l’affaire depuis le début, même si nous sentons bien que la personne à l’autre bout du fil ne veut pas l’écouter. Peu à peu, nous sommes en mesure de reconnaître les voix et ces voix nous reconnaissent également. Nous surprenons nos interlocutrices en flagrante contradiction, certaines raccrochent après avoir tout juste pris le temps de dire bonjour. Ils font preuve d’une grande patience, car ils pourraient nous traiter beaucoup plus mal. En juin 2006, alors que nous prononçons pour la énième fois les mots « exhumation», « variole », « inoculation », quelqu’un nous murmure enfin d’une voix lasse et traînante : « Mais quel âge avez-vous ? Vous ne vous rendez donc pas compte ? Arrêtez avec cette histoire. Ne harcelez plus le professeur. »

Nous n’avons plus appelé. Pour la première fois depuis que nous menons nos enquêtes historiques à contre-courant, nous avons peur. La voix n’était pas menaçante, au contraire. Elle semblait sincère. C’était clair. Le professeur Amorosi avait reçu des intimidations, au point de rompre tout contact avec nous, fût-ce pour inventer un prétexte et se dégager de cette affaire. Serions-nous en train de jouer avec le feu ? Nous rouvrons alors le chapitre du manuel de médecine interne de Harrison consacré au bioterrorisme.  Nous lisons et relisons le même passage, comme si nous n’en comprenions la portée que maintenant. En dépit des recommandations réitérées de l’Organisation mondiale de la santé de détruire toutes les souches in vitro de variole, le CDC d’Atlanta, aux États-Unis, en conserve toujours qui servent à toutes sortes d’expériences. Le manuel souligne que la variole recombinante (c’est-à-dire artificielle) est beaucoup plus dangereuse et meurtrière que sa forme naturelle.

Reprenons le livre du professeur Buchwald. Il dresse une liste des scélératesses commises voici quelques décennies encore, pour cacher les morts dues au vaccin antivariolique et les faire passer pour des cas de variole naturelle : substitution de dossier médical, disparition de documents et ainsi de suite En voyant les photos terrifiantes de Waltraud B., une fillette horriblement couverte de pustules et de croûtes de sang à cause de la variole provoquée par le vaccin antivariolique, ainsi que celles du sang coulant des yeux et de la bouche ouverte du cadavre d’une jeune infirmière morte d’une variole hémorragique due elle aussi à la vaccination à Wiesbaden, dans les années soixante (p. 42 et 43) la plume nous tombe des mains. Et ce n’est pas une métaphore.

Au moment où ce livre va être imprimé, notre lettre recommandée au Denkmalamt de Vienne, contenant la demande d’exhumation de la dépouille de Joseph Ier, ainsi que la relance de cette demande n’ont reçu aucune réponse.

 

*

Ce 1er janvier 2014

 

En guise d’étrennes, il nous a semblé opportun de vous offrir, au prix d’un clic ou deux, ce bouquet de « Folies ». Entre les portraits des deux grands contemporains italiens d’Albicastro,

48. Vivaldi  xxx.jpg

             Antonio Vivaldi

les voici presque toutes…

http://classic-intro.net/introductionalamusique/Encyclope...

À moins que vous préfériez celles-ci :

http://www.musicme.com/#/Follia/videos/?res=vidweb&v=2

Ou celle de Santiago de Murcia :

http://www.youtube.com/watch?v=L0_FB-vJ0O4

Une des plus anciennes : celle de Rodrigo Martinez – c. 1490 (peut-être celle ou la folie est la plus perceptible).

http://www.youtube.com/watch?v=V1HlSymdnB8

 

49. Arcangelo+Corelli.jpg

Arcangelo Corelli


Tout à fait d’actualité n’est-il pas ?

*

In cauda…

 

De l’art de laver l’argent sale.

Recettes vieilles comme le monde.

Les notes annexes d’Imprimatur nous l’apprennent : la manière dont Guillaume ex-d’Orange a payé sa dette à la famille du pape Innocent XI n’a pas manqué de sel ni d’ingéniosité.

Il faut savoir qu’entretemps, la célèbre Reine Christine avait rendu, à Rome, son dernier soupir, laissant derrière elle une collection de peintures, de sculptures et d’objets d’art du genre fabuleux. Il a suffi à Guillaume de racheter tout le fourbi à ses héritiers et de le revendre, pour trois francs cinquante, au neveu du pape Odescalchi (défunté lui aussi dans l’intervalle) pour que le tour soit joué.

Oui, mais, comment et où avait-il trouvé de quoi acheter le dit fourbi ? Eh, c’est qu’il était devenu William III d’Angleterre, voyez-vous, et que les contribuables anglais n’ont pas été inventés pour les chiens, sinon ce n’est pas la peine de faire roi.

N’est-ce pas ainsi que le petit Bonaparte remboursera cent vingt-cinq ans plus tard au Suisse Perregaux le financement de son 18 Brumaire, en créant la « Banque de France » et en lui en faisant cadeau, au nom et aux dépens du peuple français ? (Allez, un petit coup de Guillemin pour le Nouvel An  : http://reseauinternational.net/les-grandes-arnaques/207-2/ .)

 

« Il faut que tout change pour que rien ne change » et les livres de Monaldi et Sorti sont, rappelons-le, dédiés

 

« aux vaincus ».

 

 

 

Oui, c’est aussi long qu’un banquet au temps de Balzac.

Non, nous n’aimons pas les fast foods.

Mis en ligne par Catherine, le 1er janvier 2014.

 

 

 

 

 

 

19:01 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

25/12/2013

BONNE ANNÉE !

1. Bonne Année 2014.JPG

Les Grosses Orchades, Les Amples Thalamèges, bref toute l’escadre, à commencer par notre webmaîtresse enfin sous toit

2. HOME SWEET HOME.JPG

Vous souhaitent une excellente année 2014

Sans guerre mondiale si possible !

 

Que MM. Bachar al-Assad, Fidel et Raùl Castro, Rafael Correa, Nicolas Maduro, Bradley Manning, Evo Morales, Hassan Nasrallah, Vladimir Poutine, Edward Snowden

(ordre alphabétique)

Continuent de tenir à deux mains la barre de leurs navires, pirogues ou barquettes…

Que M. François Ier redresse s’il peut le gouvernail de sa nave à lui…

Que Madame Peng Liyuan continue de chanter comme un rossignol…

Que George Galloway ne lâche pas les couilles de Tony Blair…

Que les Palestiniens réussissent à se débarrasser des couteaux qu’ils ont dans le dos, et de tout le reste ensuite…

3. Voeux Palestine.jpg

Que Bahar Kimyongür rentre à Bruxelles et s’arrête de voyager…

Qu’une partie au moins de vos souhaits se réalisent !

 

 

catsong.gif


Et que nos amies les bêtes aient un paradis

sans nous !

6. VOEUX 2014 - 2.jpg

Mis en ligne le 25 décembre 2013





20:08 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/10/2013

WIKILEAKS trace sa route à l'Est

1. wikileaks-iceberg-pirate-ship-zaw2.png

Wikileaks trace sa route à l'Est

par Israël Shamir

 *

À propos de

MEDIASTAN, A Wikileaks Road Movie

Un long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d'un autre festival, la semaine suivante.


2. Mediastan1.jpg

I.

Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d'Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d'expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n'est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château d’Ellingham, au pays des Angles de l'Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu'il ait réussi à trouver refuge à l'ambassade d'Équateur) Il vit toute l'aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l'urgence et la part décisive d'Assange, personnellement, dans l'affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l'équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C'est ainsi que nous apprenons  que le but de l'expédition est de répandre jusqu'aux confins de l'univers les câbles du Département d'État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s'agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d'un médiateur, les médiats.

Quelqu'un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu'ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d'Assange rencontrent des directeurs de journaux, d'agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d'entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu'aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s'ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j'ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le sentiment anti-américain est vivace). Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l'Asie centrale est loin d'être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l'Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d'où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu'ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d'abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu'ils en paraissent plus respectables.

D'ailleurs, un certain nombre d'éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d'un journal important : chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu'il ne veut pas d'ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d'architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n'ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d'une longue grève de la faim : pas un journal n'y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu'ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d'autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu'elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s'abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, parce qu'ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médiats mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu'une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l'un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d'autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l'horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu'on leur reproche. Quand il apprend qu'il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu'il leur parle de l'humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: "ils n'avaient qu'à me le demander et me laisser repartir!" s'écrie-t-il.

L'épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies : le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l'Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu'il n'a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu'ils s'en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s'agit, pour les Américains, d'impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la "radio libre" du coin, c'est à dire l'antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l'informe solennellement que Radio Liberté jouit d'une totale liberté d'expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l'ambassade US...

II.

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s'étend jusqu'aux rives de l'Hudson et de la Tamise, car c'est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique : à Londres, l'éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d'une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l'histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden.(2)  Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l'ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu'il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des services d'espionnage, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C'est ce qu'ils ont fait avec Julian Assange : ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d'ordures, tous les ragots qu'ils ont pu trouver, et ils l'ont décrié tant et plus. Le New York Times a été encore plus sordide, dans la mesure où il n'a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début(3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés(4), comment le Guardian a calomnié Assange (ce journal a reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en a biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit : "les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation." Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s'est permis d'attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des USA, le plus souvent destinés à miner l'image de la Russie et à priver son président de légitimité.(5) C'est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l'attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l'hégémonie américaine.

Les câbles d'Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s'exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d'État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle : ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès. 

III.

Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir (The Fifth Estat), le film d'Hollywood sur le même sujet. Ce n'est pas une coincidence : Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l'a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l'acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n'est donc pas un film de groupies sur leur gourou : le personnage central n'est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L'un se base sur le récit du collaborateur d'Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d'un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan est l'oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d'Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et, malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant, qui hantera longtemps les gens capables de réfléchir, car il s'agit d'une quête épique sur un sujet épineux : comment insuffler une vérité vitale à ceux qui n'en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire se servant de toutes les ressources du film de fiction : dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l'œil et assouvir la faim de reflexion du spectateur. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless(7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n'ose pas dire tout le bien que j'en pense, parce que c'est mon fils, je l'avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l'âge de douze ans. C'est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l'arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d'en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

___________________  

Notes

 (1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans "L'or noir et la colère"http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l'article de I. Shamir : "Snowden à Moscou", http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l'article de I. Shamir : "Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire...",  http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

 (4) Voir l'article de I. Shamir : "A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l'empire", http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

 (5) Autre article de I. Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir :  "Assange agent du Mossad ! ou Oignon cru en Iran", http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l'article de I. Shamir : "Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks" http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir : http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

Traduction : Maria POUMIER.

 

Israel Shamir vit à Moscou. On peut le contacter à l’adresse  adam@israelshamir.net

Sources :

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1497

 

*

Nigel Kennedy & le Kroke Band – Yiddish Klezmer

 


*

 

Mis en ligne le 26 octobre 2013.

20:50 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/10/2013

Présence d'Henri Guillemin

1. Landerneau le navigateur solitaire.JPG

Présence d’Henri Guillemin

 Henri Guillemin

1903-1992

aurait eu 110 ans cette année

 

À Paris,

le 26 octobre prochain,

l’association « Présence d’Henri Guillemin »

organise un colloque en son honneur sur le thème

« Henri Guillemin et la Révolution française : le moment Robespierre »

auquel participeront les personnalités suivantes :

 

2. etienne-chouard-democratie-leurre.jpg


Etienne Chouard : Thème d'intervention : Henri Guillemin explique Robespierre et le gouvernement prétendument représentatif - de façon générale,  la problématique de la représentation politique.


3. Claude Mazauric.JPG





Claude Mazauric :

Thème d'intervention : la représentation politique de Robespierre (son démarquage d'avec Jean-Jacques Rousseau).






4. Florence Gauthier.jpg




Florence Gauthier

Thème d'intervention : Robespierre, théoricien et acteur d’une république démocratique et sociale.





5. marc belissa.jpg



Marc Belissa

Thème d'intervention : Robespierre et la religion dans l'historiographie (1794-2012).



6. Yannick Bosc.jpg




Yannick Bosc

Thème d'intervention : Robespierre ou la Terreur des droits de l'homme.




7. Olivier-Blanc.jpeg





Olivier Blanc

Thème d'intervention : l'argent de la Terreur : les augmentations de patrimoine des élus de l'an II.






8. Deruette 2.jpg



Serge Deruette

Thème d'intervention : le problème Robespierre, celui de son héritage... ou celui de ses héritiers (de la difficulté actuelle à assumer l'héritage révolutionnaire dont Robespierre est le représentant, et des raisons idéologiques, sociales, politiques de cette difficulté).



Auxquels s'ajoutent deux membres de l’association :

9. Patrick Rödel.jpg





Patrick Rödel, écrivain, agrégé de philosophie, qui animera la table ronde finale sur le thème Henri Guillemin et la philosophie de l'histoire. 

 

 


10. patrick berthier.jpg

 


Patrick Berthier, professeur émérite, agrégé de lettres, spécialiste de Henri Guillemin.

Thème d'intervention : la genèse du livre de Henri Guillemin sur Robespierre « Robespierre, mystique et politique ».

 



MEDIAPART contribue à cette journée d’hommage

en offrant à ses organisateurs un blog :

http://blogs.mediapart.fr/blog/colloque-henri-guillemin

On peut y faire plus ample connaissance avec les intervenants

en cliquant sur ce lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/colloque-henri-guillemin/150913/colloque-henri-guillemin-biographie-des-intervenants

Horaires : 1ère partie : 9h00 – 12h30   2ème partie : 14h00 – 18h00

Droit d’entrée servant à couvrir la location de la salle :

10 € (8 € pour les pré-inscrits) – Étudiants et chômeurs : 5 €

 

L’adresse de la journée :

I.C.P. – Salle des actes – 21, rue d’Assas, 75006 – Paris

Ce lieu n’étant pas le stade de France, il est prudent de se préinscrire.

On le fait par simple envoi d’un courriel à l’adresse manginedouard@yahoo.fr

en mentionnant ses nom et prénom

 

CONTACTS ORGANISATEURS :

-Antenne de Paris - Edouard Mangin, Vice-Président – Tél 06 70 70 97 23 - courriel : manginedouard@yahoo.fr

-Antenne de Bordeaux – Patrick Rödel, Vice-Président – tél 06 81 82 92 74 - courriel : patrick.rodel@wanadoo.fr

CONTACTS ASSOCIATION PHG :

Siège social - Académie de Mâcon - 41 rue Sigorgne - 71000 MÂCON

Courriel : asso.hguillemin@gmail.com

 

PARTENAIRES DE L’ÉVÉNEMENT

Association Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution (ARBR). Créée en février 1987 à Arras, ARBR a pour objectif de mieux faire connaître la vie et l’œuvre de Maximilien Robespierre.  

Contact : Maison des sociétés- rue A. Briand - 62000 ARRAS

Courriel : amisderobespierre@orange.fr

Site Internet : hhtp://amis-robespierre.org


Témoignage chrétien est un hebdomadaire français d'informations générales, d'inspiration chrétienne, fidèle aux idéaux  de la résistance et de l'Évangile, fondé en 1941 pendant l’Occupation allemande.  C’est l'un des derniers journaux issus de la Résistance à être encore publié.

Contact : 28 rue Losserand - 75014 PARIS

Courriel : redac@temoignagechretien.fr

Site Internet : http://www.temoignagechretien.fr/


Mediapart est un journal d’information en ligne créé en 2008, fort de 75 000 abonnés, Mediapart héberge depuis l’été, en Une, le blog spécifique d’information sur le colloque.  

Contact : 8 passage Brulon - 75012 PARIS

Courriel : prenom.nom@mediapart.fr

Site Internet : http://www.mediapart.fr/

 

*

Ce qui ne sera peut-être pas dit au cours d’une journée qui promet d’être bien remplie et passionnante :

L’association « Présence d’Henri Guillemin » publie un cahier dont la fréquence de parution ne nous est pas connue :

11. Cahier Présence d'H.G..JPG

Pour tout savoir sur ses buts, ses activités et ses animateurs, consulter la page que lui consacrent les éditions UTOVIE :   http://www.utovie.com/assoguillemin.htm et le blog MEDIAPART.

Il y a un Cercle d’Histoire Henri Guillemin : à Haine Saint-Pierre, en Belgique

http://cercledhistoirehenriguillemin.wordpress.com/2011/0...

Et… mais oui, il y a une rue Henri Guillemin quelque part : à Rethel (08300), sur les bords de l’Aisne.

12. Rob4.jpg

En revanche, il ne reste pas trace de la série d’émissions télévisées que le Professeur Guillemin a consacrées à Robespierre dans les années 70 et qui ont laissé, à ceux qui ont eu la chance de les voir, une impression si indélébile. La Radio Télévision Belge de langue Française (RTBF) les a « perdues » ou « égarées » (exprès ?), on ne sait. Incompétents crasse ou faux-derches ? Peut-être vaut-il mieux ne pas savoir. Rappelons quand même que c’est à la suite de ce très grand succès public que le conférencier a été « remercié » par nos médiateux nationaux et qu’a débuté une collaboration avec RTL, qui ne devait cesser qu’à sa mort

13. silence-aux-pauvres-henri-guillemin-.gif

Enfin, il n’est dit nulle part, car sa préface a sauté, que le pamphlet Silence aux pauvres ! a été écrit pour marquer au fer le pseudo-historien et vrai propagandiste à gages François Furet, lequel tenait, aux environs du Bicentenaire, le haut du pavé mercantile en matière d’écrits sur la Révolution française. Les éditeurs d’Henri Guillemin, sans doute, ont bien voulu le lui publier, son pamphlet, mais non se mettre à dos la Fondation d’extrême-droite OLIN (des USA), mécène et maîtresse à penser du laveur de cerveaux.

Et last mais pas du tout least, rappelons que la Télévision Suisse Romande (TSR, ils ont bien de la chance les Suisses, d’avoir une télévision pareille ! ) a mis et maintient en ligne un grand nombre de conférences d’Henri Guillemin. Toutes ses archives, en fait.

Passion de l’histoire

http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477761-passion-de-l-histoire.html

http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/

http://www.rts.ch/archives/tv/culture/signes-des-temps/3448683-henri-guillemin.html

Fabuleuse documentation !

http://gillemin.blogspot.be/2011/11/tous-les-videos-de-henri-guillemin-sur.html

Tiens, il leur en manque une ! La voilà :

 

 

 

*

14. H.G..jpeg

Henri Guillemin et l’Histoire

Par Patrick Rödel

Philosophe et écrivain.

 Je partirai d’une remarque simple. Henri Guillemin est d’abord un historien de la littérature et cette discipline est regardée de haut par les historiens patentés, parce que la littérature est un domaine où règne la subjectivité la plus complète et que son histoire est traversée par des polémiques incessantes : faut-il ne s’intéresser qu’à l’œuvre ? À ce moment-là, l’histoire littéraire sera une histoire des genres littéraires, des grands mouvements littéraires, des structures des œuvres. Faut-il ne s’intéresser qu’à l’homme ? À ce moment-là, l’histoire littéraire peut se réduire à n’être qu’une collection d’anecdotes et d’indiscrétions – Henri Guillemin s’est souvent vu reprocher une telle réduction : ne voir les choses que par le petit bout de la lorgnette, quand le critique était aimable ; pratiquer le voyeurisme quand il ne l’était pas1. Dans un cas comme dans l’autre, l’histoire littéraire a un intérêt pour les littéraires, il n’est pas sûr qu’elle en ait pour les historiens eux-mêmes. Mais il ne faut pas oublier que pour les historiens de la littérature, l’histoire tout court n’est pas une préoccupation essentielle – on sait ce que tout le monde sait, c’est tout.

Mais voici que son travail d’historien de la littérature amène Guillemin, de plus en plus, à contextualiser les œuvres qu’il étudie, c’est-à-dire non seulement à poser le problème des rapports dialectiques entre l’homme et l’œuvre, mais à s’intéresser au contexte sociopolitique dans lequel cet homme et cette œuvre se trouvent inscrits. Et, du même coup, il entre sur le territoire de l’histoire générale. C’est à partir de sa thèse sur Lamartine que Guillemin commence à se pencher sur la Révolution de 1848, puis de fil en aiguille à explorer, en amont et en aval, l’histoire des républiques et des révolutions qui en ont marqué la succession.

Va-t-il pour autant être reconnu comme historien à part entière ? Nullement. Il y aurait certainement un florilège amusant à constituer des amabilités que lui prodiguent les professionnels qui n’ont pas du tout envie d’accueillir parmi eux un collègue aussi peu -d’objectivité, une histoire partisane dans laquelle les catégories de pensée sont aussi manichéennes qu’elles le sont dans les westerns que Guillemin appréciait. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Les méchants son t les riches, les possédants, prêts à toutes les vilenies ; les bons sont les pauvres et ceux (ils ne sont pas légion) qui se mettent à leur service. Ce manque d’objectivité peut-il aller jusqu’à la dissimulation de preuves contraires à la thèse qu’il défend, jusqu’à la falsification de certains textes par omission de tel ou tel passage ? L’accusation n’est jamais très loin et Guillemin n’a pas toujours été très rigoureux.

Voilà qui suffit à le disqualifier, pourrait-on penser. Or, à mes yeux, il n’en est rien : je voudrais penser que la position non-conformiste d’Henri Guillemin a un double effet :

— elle permet d’amener à notre connaissance  des éléments nouveaux, elle exploite des documents qui, curieusement, n’avaient pas retenu l’attention des historiens de son temps.

— elle met au jour, sous l’objectivité proclamée des historiens, une prise de parti qui, pour n’être pas explicite, n’en existe pas moins. Elle comprend que le champ historique est bien le lieu d’un combat dont la signification est politique.

Du coup, Henri Guillemin dégage quelques thèmes forts, qui se situent aux antipodes de l’histoire dominante, des lignes de force qui structurent toute la période historique qu’il étudie, celle qui va de 1789 à la Cinquième République. Il y repère des constantes et des similitudes d’intérêts ou de comportements, la répétition de certaines situations paradigmatiques. Est-ce que tout cela concourt à édifier une théorie de l’histoire ? Nous n’en sommes pas loin, même si Henri Guillemin n’a jamais pris le temps de formaliser ce qui ressortait de ses découvertes. Quel rapport cette théorie de l’histoire entretiendrait-elle avec le marxisme ? La question demeure ouverte et dépasse le cadre de cet exposé.

La discipline historique a considérablement évolué depuis l’époque des chroniques qui rapportent la geste , les hauts faits de tel ou tel roi et où se mêlent récit et ragot, enquête et enluminures, selon des schémas préétablis. Elle a considérablement évolué, aussi, depuis l’époque où le Roi comprend l’utilité que représenterait, pour lui, d’avoir un « historiographe » qui ordonne à sa gloire exclusive les principaux événements de son règne ; ainsi, le personnage de l’historiographe apparaît — et ce n’est pas un hasard — avec Louis XIV mais, il n’y a pas si longtemps encore, le pouvoir stalinien “corrigeait” l’histoire, gommait tel ou tel personnage qui n’était plus dans la ligne, qui n’était plus du tout, d’ailleurs. Elle a évolué, ensuite, depuis le XIXe siècle, où les historiens bourgeois de la Révolution française — d’Edgar Quinet à Adolphe Thiers, d’Alphonse de Lamartine à Jules Michelet — ont contribué, pour une large part, à l’élaboration d’une véritable mythologie révolutionnaire. Elle est devenue enfin, au XXe siècle, sous l’influence de l’École des Annales, avec des historiens de haute volée comme Marc Bloch et Lucien Febvre, une “science humaine ». C’est-à-dire qu’elle a défini une méthode de construction et de traitement de son objet qui tend à être aussi objective que celles des sciences qu’on dit “dures” (mathématiques, physique, etc.) ; elle posait ainsi l’exigence d’une neutralité axiologique de l’historien. Elle s’est aussi entourée  de disciplines annexes (statistiques, démographie, etc.), dont le caractère scientifique était reconnu, et dont elle s’est fait comme un rempart qui garantirait sa propre scientificité. Elle a pensé surmonter le vieil interdit aristotélicien qui disait qu’il n’y a de science que du général, pas du particulier. Elle se targue de rigueur, d’exactitude, d’objectivité, de neutralité axiologique. Elle joue dans la cour des grands ! Pourtant, la question est loin encore d’être tranchée du caractère scientifique des “sciences humaines” — ces « prétendues sciences humaines »,  comme disait Georges Canguilhem

Dans La Traversée des frontières, Jean-Pierre Vernant écrit :

« Dans la vie sociale, l’historien n’est nulle part. Il a une place fixée dans le réseau d’institutions qui conditionnent l’exercice de son métier. Il existe dans un lieu d’où il parle quand il s’exprime ès qualités, en tant qu’historien… »2.

Cela implique que, comme pour toute discipline, il existe des protocoles de validation des compétences ; des lieux dont le prestige varie selon une hiérarchie précisément codée — la Sorbonne, le CNRS, l’École des Hautes Études… Tout cela contribue à conférer à tel ou tel historien un statut particulier, une autorité dans un domaine particulier de connaissances. Or, est-il besoin de le rappeler ? Henri Guillemin est détaché de l’Éducation nationale. Et “détachement” doit être pris au sens le plus total, il a rompu des liens, on le lui fera bien sentir quand il posera sa candidature à la Sorbonne. D’où parle-t-il maintenant ? De l’extérieur… De plus, il intervient dans un domaine quoi n’est pas le sien. Il n’est pas un historien de formation. Il n’a pas, en ce domaine, de compétence universitaire validée. Il est, en histoire, un autodidacte — ce qui est toujours suspect aux yeux de l’université. Même mésaventure arrivera à Philippe Ariès. Bien sûr, il sait des choses en histoire, il en sait même beaucoup, comme tous les khâgneux. Mais enfin, il ne fait pas partie de ces réseaux d’institutions dont parle Jean-Pierre Vernant.

« …Quand il sort de ce lieu, il a le droit comme tout un chacun d’affirmer ses sympathies et ses antipathies, de proclamer ses amours et ses haines… »

Dans une formule qui n’a pas peu fait pour créer sa légende, Pasteur disait : « Quand j’entre dans mon laboratoire, je laisse ma foi à la porte ». Jean-Pierre Vernant dit la même chose. Ce qui est une “preuve” qu’il se comporte en “vrai” scientifique.

« …Mais dans le silence de son bureau et des bibliothèques… »

Sont-ce des lieux clos où ne parvient aucun écho des luttes qui se livrent à l’extérieur ? Qui pourrait le croire ?

«…dans les séminaires qu’il anime, aux archives qu’il dépouille ou dans les colloques et congrès scientifiques auxquels il participe, il se doit de faire autre chose et de tenir impérativementà l’écart ce qui relève de ses préférences ou détestations personnelles ».

Je ne crois pas exagérer en disant que ce devoir impératif fonctionne ici comme un véritable impératif catégorique kantien, c’est-à-dire que plus qu’une exigence déontologique, il a une dimension morale indéniable. Cette intransigeance, ce rigorisme même, font partie d’une vision très traditionnelle du métier d’historien pour les historiens eux-mêmes, même si Vernant souligne la difficulté qu’il y a à les suivre jusqu’au bout. Et cela pourrait être un exemple parfait de ce que Pierre Bourdieu appelle la “collusio dans l’illusio” 3, qui donne naissance à l’esprit de corps.

Or, c’est justement parce que Henri Guillemin ne fait pas partie de la famille, qu’il n’en partage pas l’esprit, qu’il n’en partage pas l’idéologie. Du coup, la neutralité, l’impartialité, ce n’est pas vraiment son problème. Il se revendique comme “partisan”. « Je sais bien qu’en dépit de tout, je resterai toujours, comme vous dites, un “partisan”, parce que je participe trop à cette aventure que je raconte »4. La formule est amusante parce qu’il ne va pas jusqu’à dire qu’il « prend parti » (qu’il est d’un côté plutôt que de l’autre, qu’il choisit son camp) — ce qui, il le sait bien, débouche sur le « parti pris » (préjugé, aveuglement...), qui a une connotation péjorative, ou sur « l’esprit de parti », qui n’est pas plus estimé. Il laisse croire qu’il est comme un gamin qui se projette dans le livre qu’il lit, l’histoire qu’on lui raconte, les images qui défilent devant ses yeux, parce qu’il a un cœur prompt à s’émouvoir et une imagination vive qui brouille les frontières entre le fictif et le réel. Mais le verbe participer, étymologiquement partem capere, signifie bien prendre parti De l’art de dire les choses sans les dire !

Henri Guillemin assume sa “partialité”, il y a des choses qu’il ne supporte pas, l’hypocrisie des bien-pensants, qui font passer leurs intérêts particuliers pour l’intérêt général, le mépris dont ils accablent ceux-là même qui les font vivre — ces petites gens dont il n’a jamais cessé de se dire solidaire, par fidélité à son enfance —, le mensonge éhonté, la trahison comme mode de gouvernement. Mais, par un beau renversement, l’accusation se retourne contre l’accusateur :

« Impartial ? Evidemment non. Comme disait Victor Hugo “L’impartialité ? Étrange vertu que Tacite n’avait pas”. Je voudrais savoir s’il existe un historien impartial quand il écrit sur des sujets qui lui tiennent à cœur… » (ibid).

Remarque de bon sens : sur l’histoire des Aztèques ou sur celle de la dynastie Ming, on peut tenir ce discours neutre de bon aloi, qui paraît l’apanage de l’historien convenable. Mais sur celle des républiques de 1789 à 1958, est-il possible de conserver cette même neutralité alors que les affrontements, les intérêts contradictoires demeurent à peu près les mêmes ? Guillemin, lui, ne peut pas et il pense que les autres historiens ne font pas mieux que lui et il tient à son exemple :

«… le livre qui continue à “faire autorité” sur la Seconde République, le gros livre de Pierre de la Gorce, quelle rigolade, sa “sérénité” ! »5.

Pourquoi sa partialité à lui, Guillemin, est-elle condamnée alors que celle des autres n’est pas perçue en tant que telle ? Tout simplement parce qu’il a choisi le mauvais camp, celui des petits que l’on spolie et que l’on envoie se faire tuer pour défendre les gros, celui des dominés. Dès lors, il lui faut tout reprendre : « La légende que je m’efforce de détruire, [c’est] l’histoire telle qu’on nous l’a faite ».

Henri Guillemin affectionne la formule christique : « On vous a dit…, moi, je vous dis… ». Quelques exemples ? La nuit du 4 août et l’abolition des privilèges : une énorme mystification ! On a pudiquement oublié qu’ils ne seront abolis que s’ils sont rachetés et au prix fort encore. La Déclaration des Droits de l’homme ? Guillemin ne s’en laisse pas davantage conter : sa mesure essentielle est de réserver le droit de vote aux possédants. Les Girondins, les Brissotins : les meilleurs des révolutionnaires ? En réalité, des bourgeois prêts à pactiser avec l’ennemi pour venir à bout de la résistance populaire. La Fête de la Fédération du 14 octobre 1790 ? C’est, dit Guillemin en une formule qui fleure bon son roman policier, « la nouba des nantis » ! Danton, un grand homme ? Plus sûrement un affairiste vénal, l’inventeur de la Terreur. Robespierre, l’inventeur de la Terreur ? Non !

Ces légendes, d’où viennent-elles ?

« Ce dressage, que j’ai subi comme tous les petits écoliers de la IIIe République — où, dans les manuels, on nous présentait une certaine image convenable de la Révolution française — était une mise en condition : les écoliers, c’est [sic] des futurs électeurs et il est important qu’ils soient orientés »6.

Ce dressage — le mot est fort, mais il rend bien compte de ce que, dans le vocabulaire marxiste, on appelle « l’idéologie dominante », ce rapport faussé ou illusoire au réel, aussi bien passé que présent, qui dissimule les rouages de la domination —, Henri Guillemin en prend conscience, quand il découvre que l’histoire officielle est pleine de mensonges et de demi-vérités. Pourtant, les documents (les preuves) sont là ; il suffit d’aller les consulter et Henri Guillemin s’étonne, se scandalise, qu’on ne l’ait pas fait avant lui. Lui, il a tout lu sur le sujet qu’il travaille. Par exemple, sur la guerre de 1870 : les dépêches télégraphiques officielles, les correspondances, les souvenirs, les mémoires des principaux protagonistes, Le Gouvernement de la Défense nationale, de Jules Favre, un livre trop peu connu, sans doute parce qu’il « mange le morceau », les carnets inédits de George Sand, pour comprendre la peur des bien-pensants, les mémoires inédites de Mac-Mahon, les “papiers” de Thiers, Favre, Picard (qui sont aux Archives), les Archives historiques de l’Armée et… toute la Presse ! Cela donne le vertige.

Guillemin parle de la « sottise ou [de] l’empressement rémunéré des historiens courtisans »7, des « historiens courtois », qui se gardent bien de s’intéresser à des « détails » qui révèlent pourtant la vraie nature du pouvoir8. « Courtois » est de la même famille que « courtisan » ! Ces historiens ne veulent pas aborder des sujets délicats ni heurter la bienséance — ce sont des gens extrêmement convenables — mais cette convenance ne va pas sans connivence. Guillemin se flatte au contraire de n’être pas convenable. Il ne parle pas de lui, mais de Flourens, membre de la Commune : « Il faut la sottise de Flourens pour s’abandonner à ce style de démagogue où l’inconvenance est de règle, à cet odieux excès de langage : les généraux de 70 ? Des soldats de Bismarck habillés en Français », dit-il, en adoptant avec ironie le langage des bien-pensants. Mais, bien sûr, Guillemin pense la même chose que Flourens et son propos est reçu de la même manière. Quelle inconvenance ! Quel goût, ce Guillemin, pour les égouts ; pas dégoûté d’aller y fouiller pour en ressortir ce qu’on s’était tant de mal à dissimuler ! « Il a passé sa vie, dira Georges Pompidou, à fouiller dans les boîtes à ordures de tout le monde » !

Et Henri Guillemin se place sous l’autorité de Victor Hugo :

« Je ne dirai jamais assez la reconnaissance que je dois au William Shakespeare de Victor Hugo [texte de 1864] dont je n’ai pas oublié l’avertissement du jour où il m’est parvenu : que toute l’histoire est à refaire ; qu’elle a trop longtemps fait sa cour ; que bonne personne, elle ferme les yeux lorsqu’une altesse lui dit : Histoire, ne regarde pas ! »9.

Il ajoute : « Modestement, honnêtement, j’essaie de fournir ici10 une fois de plus — la troisième — sur notre France du XIXe siècle, un livre où l’auteur regarde et montre ce que ne veulent pas voir et cachent, les historiens de bonne compagnie, un livre d’histoire vraie, ad usum populi », à l’usage du peuple et non ad usum delphini,disait-on jadis des livres expurgés de ce qui aurait pu choquer le royal héritier. Un livre d’histoire vraie dénonce les mensonges de l’histoire officielle. C’est l’historien Gérard Noiriel qui parle des « usages politiques de l’histoire ».

 

*

*    *


Ceci étant dit, il est temps de repérer quelques uns de ces « partis pris » d’Henri Guillemin. Nous savons que, globalement, il se met aux côtés des petits, des pauvres, des oubliés…, de ceux qui sont toujours perdants — c’est là un engagement de chrétien et d’homme de gauche. Sur ce dernier point, Henri Guillemin n’est pas un homme de parti ; je ne sache pas qu’il ait jamais milité dans un des partis traditionnels de gauche, socialiste (PS) ou communiste (PC) ; il a cependant suivi Marc Sangnier dans quelques campagnes électorales ; il raconte, par exemple, cette échauffourée au cours d’un meeting, d’où il ressort avec un œil au beurre noir — le coup étant destiné à Marc Sangnier et Henri Guillemin, par instinct, s’est interposé.. Mais ces aventures se limitent aux années 1924-1930.

Un texte de Cette curieuse guerre de 1870 éclaire de manière très symbolique l’attitude de Henri Guillemin vis-à-vis des luttes de l’histoire réelle. Il y est question des messagers que Bazaine envoie un peu partout à travers les lignes ennemies ; il écrit beaucoup, Bazaine, et ce n’est pas pour annoncer la sortie qu’il pourrait faire ; et il se soucie assez peu du sort de ses messagers : « ces risque-tout qui franchissent les lignes (..) , ces petites gens de chez nous, dont les noms parurent un instant au procès de Versailles et qui s’appelaient Déchu, Braidy, Fissabre, Guillemin, Mercier, Marchal… »11. Ce Guillemin qui est glissé là, on ne peut s’empêcher de penser que Henri Guillemin y reconnaît quelqu’un de sa propre famille, un proche — l’est-il ? ne l’est-il pas ? Ce n’est pas la question. Admiration, certes, mais ce sont d’autres qui agissent.

Ce qu’Henri Guillemin découvre et qui me paraît essentiel, c’est une structure à l’œuvre dans notre histoire et qui oppose le patriotisme, réaction du peuple devant l’invasion étrangère qui le conduit à la résistance et le nationalisme, position favorite de la bourgeoisie possédante, qui n’exclut pas sa collaboration avec l’ennemi pour régler ses comptes avec le peuple, des orléanistes qui n’ont d’autre souci que de continuer leurs affaires. Mais cette structure est partout à l’oeuvre12.

Il n’est pas le seul à défendre cette idée. Dans un Bloc-notes de 1954, François Mauriac écrit :

« En ces jours de rentrée, je songe que l’écolier français peut ouvrir au hasard son histoire de France : il tombera, selon les siècles, sur le parti anglais, sur le parti espagnol, sur le parti autrichien, sur le parti allemand.  Ce sont toujours les mêmes gens qui ont recours aux mêmes moyens pour la défense de leurs privilèges. Il y a là une donnée permanente de notre histoire, une sorte d’émigration de l’intérieur qui ne s’interrompra jamais : ce sont les collaborateurs éternels »13.

Veut-on une confirmation de ce fait, qui nous vienne d’ailleurs ? Claudio Magris, essayiste italien, écrit dans Danube que « la droite est patriote, mais elle fait feu plus souvent et plus volontiers sur ses compatriotes que sur les envahisseurs de la patrie »14.

Henri Guillemin découvre que la république bourgeoise, bien loin des idéaux proclamés, n’est qu’une certaine organisation du pouvoir, qui permet que les rouages essentiels (la finance et l’économie, la banque et l’entreprise) soient et demeurent entre les mains des « gens de bien(s) ». Ce n’est donc qu’une démocratie formelle, il n’y a qu’à voir à qui le droit de vote est réservé... Quand c’est nécessaire, c’est-à-dire pour régler les rivalités entre fractions de la bourgeoisie, on arme le peuple — mais ces civils armés, c’est bien dangereux. Donc, le plus vite possible, il faut les désarmer pour que les choses reviennent en ordre, pour que “l’ordre” soit rétabli.

Dans La Capitulation de Paris, Henri Guillemin parle de l’équipe des Jules, équipe d’honnêtes gens, il va sans dire, même si leur étiquette de Républicains a donné la nausée à ceux qui, étant habitués à « être aux affaires », comme on dit, pour mieux défendre les leurs, s’étaient identifiés à la France même. Ces derniers ne s’étaient résolus à leur laisser exercer le pouvoir que parce qu’ils préféraient qu’ils soient les seuls à endosser l’ignominie de la capitulation.

« Ces hommes de “gauche”, depuis qu’ils sont au pouvoir, passent leur temps à donner des gages à la droite. On les voit affamés d’obtenir la considération des milieux où ils se sentaient, jusqu’ici, méprisés. À se renier comme ils le font pour séduire la société élégante, ils ne gagnent rien du reste. On les emploie, mais avevc un sourire où la condescendance se mêle au dégoût »15.

Et, en 1956, François Mauriac : « Qu’est-ce qu’un ministère socialiste ? Nous le savons aujourd’hui : c’est un ministère qui exécute les mesures que le pays n’accepterait pas d’un gouvernement de droite ».

Henri Guillemin met au jour un mécanisme, à la fois politique et idéologique, qui consiste en ce que la classe dominante est prête à tout pour détourner l’attention du peuple de ce qui est essentiel et de ce à quoi il ne faut surtout pas toucher — le pouvoir de l’argent. Mécanisme du bouc émissaire. Donc, on crie ou on fait crier : « Tous à la Bastille ! », ou « À bas les curés ! » ou « À mort les juifs… ou les arabes ! » et jamais « À mort les banquiers ! », le pire étant que le moyen est presque imparable. Parce que le peuple manque souvent de sens critique, qu’il a une confiance qu’on peut juger naïve en ceux qui le gouvernent et sont censés avoir de l’instruction ; parce que les « têtes pensantes » savent jouer en virtuose de la division et du mensonge. Diviser pour régner : vieil adage, mais toujours vérifié. Alors, quand ceux qui sont censés s’opposer à une politique se divisent tout seuls, quelle aubaine pour le pouvoir !

«À bas les curés !». Ce qu’Henri Guillemin ne supporte pas, c’est bien l’antichristianisme, à ne pas confondre avec l’anticléricalisme — sur ce point, il ne rend des points à personne ! — , qui est le propre d’une bourgeoisie voltairienne, d’une classe de possédants qui sait bien que le message d’amour évangélique est incompatible avec sa propre soif de possession, avec le culte qu’elle rend à Mammon. Et dont on se sert pour détourner le peuple de ses véritables ennemis, pour faire diversion. Mais, pire encore est l’instrumentalisation de la religion par ceux qui n’en ont rien à faire, mais s’en servent comme d’un instrument de domination (voir Talleyrand célébrant la messe de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 !). Il y a fort à parier qu’Henri Guillemin aurait bondi d’indignation s’il avait entendu un discours à la louange du prêtre, censé corriger ce que l’instituteur peut apporter comme mauvaises idées. Il ne faut pas oublier de mentionner que la sympathie d’Henri Guillemin pour les petits curés de campagne, proches de leurs ouailles, soucieux de leur dignité — et que met à mal le système économique bourgeois —, authentiquement chrétiens, est justifiée par quelques figures emblématiques, comme celle de Pierre Dollivier, curé de Monchamps (en 1790), qui condamne avec sévérité l’ordre des possédants : « Il est odieux, ce curé, c’est un communiste, c’est un type qui parle dans le genre de Marat ! ».

S’il fallait résumer d’un mot le parti pris d’Henri Guillemin, il est pour ce peuple « cariatide » sur lequel repose l’édifice entier de la société, selon la belle expression de Victor Hugo que Guillemin affectionne : s’il cessait de supporter cet édifice, ce dernier s’écroulerait, c’est sûr. Alors, on fait tout pour qu’il ne bouge pas :

— recours à la violence, au moins potentielle, de la police et de l’armée (dernier rempart de la société libérale, comme disait un député giscardien) mais bien réelle, lorsqu’il s’agit de la guerre, intérieure ou extérieure ;

— recours à l’idéologie : rôle de l’éducation et de la religion pour prôner l’obéissance à un ordre social présenté comme ordre naturel, voulu par Dieu ou par la Raison :

— recours à une certaine pratique de l’histoire, comme reconstruction du passé pour la plus grande gloire de la classe dominante ;

— recours à l’abêtissement télévisuel, ajouterait-on aujourd’hui…

C’est tout cela qu’Henri Guillemin, historien, entend dénoncer. Et pour secouer, ébranler, cette chape de certitudes d’évidences qui nous empêche de parvenir à la vérité, il lui faut casser la prétendue neutralité des historiens patentés et adopter ce ton, qu’on lui a tellement reproché et qui est sa marque de fabrique. « J’essayerai de changer de ton, écrit-il à Henri Hoppenot en 1953, et de proscrire cette perpétuelle et grinçante ironie qui vous rendit désagréable la lecture de mon Coup d’État »16. Mais il n’y parvient pas, malgré les admonestations d’Henri Hoppenot. Il dit faire des efforts, honnêtement, mais chaque fois, il retombe dans son péché mignon. Il justifie cette écriture par l’indignation dont il est la proie dès qu’il perçoit le mensonge et l’abjection des « gens de bien ».

Et c’est bien ce côté de son œuvre qui la rend irremplaçable.


_____________________

1 Voir certains de ses articles dans les magazines féminins. Voyez aussi les reproches scandalisés qui accueillent son Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.

2 J-P. Vernant, La Traversée des frontières, Paris, Le Seuil, 2004, p.52 (de même que les trois citations suivantes).

3 Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, 2004 (Éd. Raisons d’agir, p. 19).

4 Lettre à Henri Hoppenot, août 1951.

5 Lettre à Henri Hoppenot, août 1951.

6 Radio-Télévision Belge (RTBF), série d’entretiens sur la Révolution française.

7 Les Origines de la Commune, tome II, L’héroïque défense de Paris (1870-1871), Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2008, p.288.

8 Ibid, p. 292

9 Les Origines de la Commune, tome II, Cette curieuse guerre de 1870, Thiers, Trochu, Bazaine, Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2007, p.8.

10 Ibid.

11 Cette curieuse guerre…, p.192.

12 Voir Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris (Gallimard, coll. Idées n°321, 1974 ; Les origines de la Commune, les émissions de la RTBF sur 1789, depuis Pétion, le Girondin, qui écrit « plutôt le despotisme que le règne de la canaille », jusqu’à ceux qui, lors de la dernière guerre, préféraient le nazisme au communisme.

13 F. Mauriac, D’un bloc-notes à l’autre, 1952-1969, édition établie par Jean Touzot, Paris (Éd. Bartillat), 2004, p. 94.

14 C. Magris, Danube, Paris, Gallimard, Folio n°2162),1986, p.274.

15 Les origines de la Commune. La Capitulation de Paris, Bats-en-Tursan (Éd. Utovie), 2008, p. 90.

16 En réalité, il s’agit du Coup du 2 décembre, Paris (Gallimard), 1951.

 

____________ 

M. Patrick Rödel anime, par ailleurs, son propre blog sur Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-rodel

*

15. livres-emprisonns-dans-les-décombres-d-un-immeuble-aprs-le-sisme-de-2010-haiti-.jpg

Henri Guillemin

  • Le Jocelyn de Lamartine. Étude historique et critique avec des documents inédits, Paris, Boivin, 1936, 858 p.
  • Les visions. Poème inachevé de Lamartine (thèse complémentaire pour le doctorat ès-Lettres), Paris, Les Belles Lettres, 1936, 255 p.
  • Flaubert devant la vie et devant Dieu, Paris, Plon, 1939, 235 p. Préface de François Mauriac. Réédition Utovie.
  • Lamartine, l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin, 1940, 166 p. Réédition Utovie.
  • Une histoire de l’autre monde, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1942. Réédition Utovie.
  • Connaissance de Lamartine, Fribourg, Bibliothèque de l’université, 1942, 312 p. Réédition Utovie.
  • « Cette affaire infernale ». Les philosophes contre Jean-Jacques. L’affaire Rousseau-David Hume, 1766, Paris, Plon, 1942. Réédition Utovie.
  • Un homme, deux ombres (Jean-Jacques, Julie, Sophie), Genève, Au milieu du monde, 1943, 323 p. Réédition Utovie.
  • Les affaires de l’Ermitage, 1756-1757, Genève, Annales Jean-Jacques Rousseau, 1943.
  • La bataille de Dieu. Lamennais, Lamartine, Ozanam, Hugo, Genève, Au milieu du monde, 1944, 246 p. Réédition Utovie.
  • Les écrivains français et la Pologne, Genève, Au milieu du monde, 1945.
  • Sous le pseudonyme de Cassius : La vérité sur l’affaire Pétain, Genève, Au milieu du monde, 1945, 218 p. Réédition Utovie.
  • Rappelle toi, petit, Porrentruy, Portes de France, 1945. Réédition Utovie.
  • Lamartine et la question sociale, Paris, Laffont, 1946. Réédition Utovie.
  • Histoire des catholiques français au XIXe siècle (1815-1905), Genève, Au milieu du monde, 1947, 393 p. Réédition Utovie.
  • Lamartine en 1848, Paris, P.U., 1948. Réédition Utovie.
  • La tragédie de Quarante Huit, Genève, Au Milieu du Monde, 1948.
  • Cette nuit-là, Neuchâtel, Le Griffon, 1949. Réédition Utovie.
  • L’humour de Victor Hugo, Boudry, La Baconnière, 1951.
  • Victor Hugo par lui-même, Paris, Le Seuil, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", 1951, 190 p.
  • Victor Hugo. Pierres (vers et prose), Genève, Éditions du Milieu du monde, 1951.
  • Le coup du 2 décembre, Paris, Gallimard, 1951. Réédition Utovie.
  • Victor Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.
  • M. de Vigny homme d’ordre et poète. N.R.F. Gallimard 1955, in- 12 de 202 pp. + 3 ff. non chiffrés. Fac-similé, en frontispice, d’une page du manuscrit de Vigny.

H. Guillemin donne les preuves que Vigny fut indicateur de police (voir le dossier dédicaces). C’est un portrait bien curieux et bien inattendu d’Alfred de Vigny que celui qui émerge de ce livre. Henri Guillemin, grâce à de nombreux documents inédits, enfin mis au jour, nous restitue la figure complexe et assez inquiétante du poète des Destinées. La révélation capitale de cette étude est celle du rôle (qu’on n’imaginait guère) que Vigny joua spontanément, dans une espèce de passion civique, auprès de la police impériale, qu’il renseigna, pendant plusieurs années, sur les « mauvais esprits » et gens dangereux de la région charentaise où il avait ses terres. On trouvera ici en outre un important supplément au Journal d’un Poète, des indications précieuses sur la genèse des Destinées, des projets de poèmes, des notes pour Daphné et pour les Mémoires, et une vingtaine de lettres inédites.

  • Claudel et son art d’écrire, Paris, Gallimard, 1955.
  • Les origines de la Commune. t. I : Cette curieuse guerre de 70. Thiers - Trochu - Bazaine, Paris, Gallimard, 1956, 266 p. Réédition Utovie.
  • À vrai dire, Paris, Gallimard, 1956, 214 p.

Guillemin y reprend contre André Gide les accusations portées deux ans plus tôt dans son article « À propos du Journal de Gide », Journal de Genève, 9 janvier 1954, page 3. André Gide aurait, en 1946, dissimulé des passages collaborationnistes de son Journal publiés en 1940. Comme le remarqua très vite Henri Massis, l’accusation ne tient pas, Guillemin ayant mélangé les textes des deux périodes.

  • Benjamin Constant muscadin, Paris, Gallimard, 1958. Réédition Utovie.
  • Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon, Paris, Plon, 1959, 210 p.
  • Les Origines de la Commune. t. II : L’héroïque défense de Paris, Paris, Gallimard, 1959. Réédition Utovie.
  • Zola, légende et vérité, Paris, Julliard, 1960, 193 p. Réédition Utovie.
  • Les Origines de la Commune. t. III : La capitulation, Paris, Gallimard, 1960. Réédition Utovie.
  • Éclaircissements, Paris, Gallimard, 1961.
  • L’Énigme Esterhazy, Paris, Gallimard, 1962, 263 p. Réédition Utovie.
  • Présentation des Rougon-Macquart, Paris, Gallimard, 1964. Réédition Utovie.
  • L’Homme des Mémoires d’Outre-Tombe, Paris, Gallimard, 1965. Réédition Utovie.
  • L'Affaire Dreyfus documentaire, 1965
  • L’Arrière-pensée de Jaurès, Paris, Gallimard, 1966, 235 p. Réédition Utovie.
  • La Première résurrection de la République, 24 février 1848, Paris, Gallimard, 1967. Réédition Utovie.
  • Le « converti ». Paul Claudel, Paris, Gallimard, 1968, 242 p. Réédition Utovie.
  • Pas à pas, Paris, Gallimard, 1969.
  • Napoléon tel quel, Paris, Trévise, 1969, 153 p. Réédition Utovie.
  • Jeanne, dite Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1970. Réédition Utovie.
  • L’Avènement de Monsieur Thiers, suivi de Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971. Réédition Utovie.
  • La liaison Musset-Sand, Paris, Gallimard, 1972. Réédition Utovie.
  • Précisions, Paris, Gallimard, 1973.
  • Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris, Gallimard, « Idées », 1974, 476 p.
  • Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976. Réédition Utovie.
  • Sullivan ou la parole libératrice, Paris, Gallimard, 1977.
  • Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1978.
  • Charles Péguy, Paris, Le Seuil, 1981. Réédition Utovie.
  • L’Affaire Jésus, Paris, Le Seuil, 1982, 152 p.
  • Le Général clair-obscur, Paris, Le Seuil, 1984.
  • L’Engloutie. Adèle, fille de Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1985, 158 p.
  • Robespierre, politique et mystique, Paris, Le Seuil, 1987, 422 p.
  • Silence aux pauvres !, Paris, Arléa, 1989, 120 p.
  • Vérités complémentaires, Paris, Le Seuil, 1990, 386 p.
  • Du courtisan à l’insurgé. Vallès et l’argent, Paris, Arléa, 1990, 164 p.
  • La Cause de Dieu. Essai, Paris, Arléa, 1990, 215 p.
  • Regards sur Nietzsche, Paris, Le Seuil, 1991, 310 p.
  • Une certaine espérance. Conversations avec Jean Lacouture, Paris, Arléa, 1992, 186 p. Réédition Utovie.
  • Malheureuse Église, Paris, Le Seuil, 1992, 250 p.
  • Les Passions d’Henri Guillemin, Boudry, La Baconnière, 1994, 448 p.

Livres sur Henri Guillemin

·  Patrick Berthier, Le cas Guillemin, Paris, Gallimard, 1979, 243 p.

·  Patrick Berthier, « Retour au « cas » Guillemin », Revue historique neuchâteloise, 2005/4, p. 321-340.

·  Maurice Maringue, Henri Guillemin le passionné, Éditions de l’Armançon, 1994, 152 p. Préface de François Mitterrand.

 

Etienne Chouard

·  Anime le site  http://etienne.chouard.free.fr/ où, entre autres choses, il reproduit et commente certains des textes d’Henri Guillemin.

· et aussi  le-message.org

(site offrant une présentation synthétique des travaux, des vidéos et des documents d'Étienne Chouard )

·  Conférence sur le traité de Maastricht et l’Article 104

Débat entre Étienne Chouard et Florence Gauthier sur une Constituante : Tirage au sort ou Suffrage universel ?    http://www.youtube.com/watch?v=PSkuvFJ6iUQ


Livres de Florence Gauthier, Marc Belissa, Yannick Bosc et alii

(non exhaustif !)

http://www.decitre.fr/auteur/322016/Florence+Gauthier/

Conférence de Florence Gauthier sur Robespierre

 http://www.youtube.com/watch?v=zt6z1hFgVng


Livres de Marc Belissa tout seul

  • Fraternité Universelle et Intérêt National (1713-1795). Les cosmopolitiques du droit des gens, Paris, Éditions Kimé, janvier 1998, 480 p., (version abrégée de la thèse de doctorat).
  • Révoltes et Révolutions En Europe (Russie comprise) et aux Amériques de 1773 à 1802, collection "Objectif concours", Hachette Université, 2004.
  • Aux origines d’une alliance improbable : le réseau consulaire français aux États-Unis, 1776-1815, (avec S. Bégaud et J. Visser), P. I. E. Peter Lang, Ministère des Affaires Étrangères, coll. "Diplomatie et Histoire", Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2005.
  • Repenser l’ordre européen 1795-1802, Paris, Éditions Kimé, 2006.
  • La Russie mise en Lumières, Représentations et débats autour de la Russie dans la France du XVIIIe siècle, Paris, Éditions Kimé, 2010.
  • Haendel en son temps, Paris, Éllipses, 2011.

ou presque…

  • Cosmopolitisme, Patriotisme, Europe, Amériques, 1776-1802, avec Bernard Cottret, Rennes, Les Perséides, 2005.
  • Identités et Appartenances à l’époque moderne, avecMonique Cottret, Laurence Crocq, Jean Duma, Actes du colloque de Paris X Nanterre, Nolin, 2005.
  • Acteurs diplomatiques et ordre international XVIIIe - XIXe siècle, avec G. Ferragu, Paris, Éditions Kimé, 2007.
  • Républicanismes et droit naturel. Des Humanistes aux révolutions des droits de l'homme et du citoyen, avec Yannick Bosc et Florence Gauthier, Paris, Kimé, 2009.
  • Le Martyr. Moyen Âge – Temps modernes, avec F. Collard et M. Cottret, Paris, Éditions Kimé, 2010.

Page personnelle Paris X Nanterre

À noter que ces Messieurs-Dames animent avec une rigueur et un talent rares au moins deux sites :

http://revolution-francaise.net/

http://www.lecanardrépublicain.net/

http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?auteur33   (Florence Gauthier)

 

Livres de Claude Mazauric

  • Babeuf et la conspiration pour l'égalité, Éditions sociales, 1962
  • Sur la Révolution française, Éditions sociales, 1970
  • De la Première République à la seconde Restauration. Quarante ans de dessins de presse, illustrations de Jean Effel, Temps Actuels, 1981
  • Jacobinisme et révolution : autour du bicentenaire de Quatre-vingt-neuf, Éditions sociales, 1984
  • La Révolution française : octobre 1789-septembre 1791, avec Michel Vovelle, Messidor, 1986
  • Vive la Révolution, avec Antoine Casanova, Messidor, 1989
  • Un historien en son temps, Albert Soboul (1914-1982). Essai de biographie intellectuelle et morale, éditions d'Albret, 2004
  • La Révolution française, avec Pascal Dupuy, Vuibert, 2005
  • Frontières et espaces frontaliers du Léman à la Meuse. Recompositions et échanges de 1789 à 1814, avec Jean-Paul Rothiot, Presses universitaires de Nancy, 2007
  • La Révolution française. Dynamique et ruptures, 1787-1804, avec Michel Biard, Armand Colin, 2008
  • L'histoire de la Révolution française et la pensée marxiste, PUF, 2009
  • Jean-Jacques Rousseau à 20 ans : Un impétueux désir de liberté, Au diable vauvert, 2011

 

Livres de Patrick Rödel

  • Le Livre du cèpe, éditions Confluences, 2005.
  • Le Coiffeur du Splendid Hôtel, éditions Confluences, 2003.
  • Marguerite et Salomé, éditions Confluences, 2001.
  • Pour solde de tout compte, éditions du Passant, 2000.
  • Spinoza ou le masque de la sagesse, éditions Climats, 1997.
  • Le Lycée Montaigne, avec Michel Pétuaud-Létang, éditions Confluences, 1996.
  • L’Été d’Elsa, éditions du Tournefeuille, 1996.
  • La Maison blanche de la rue Dubarry, éditions du Tournefeuille, 1995.

 

Livres de Patrick Berthier

Voir : http://lamo.univ-nantes.fr/CV-Patrick-Berthier

http://upnpdc.pagesperso-orange.fr/conf/berthier/berthier.html


Livres d’Olivier Blanc

  • Olympe de Gouges (avec une préface de Claude Manceron, Éditions Syros, Paris, 1981, 238 p.

Traduit en allemand et en japonais.

    • Réédition, revue et augmentée, sous le titre « Olympe de Gouges : une femme de libertés » : coédition Syros et Alternatives, Paris, 1989, 236 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • La Dernière Lettre, prisons et condamnés de la Révolution, préface de Michel Vovelle, Robert Laffont, 1984 & Collection Pluriel 1986 (avec critiques et commentaires).

Traduit en allemand, italien, hollandais, japonais, anglais, etc.

  • Madame de Bonneuil : femme galante et agent secret, 1748-1829 (avec unepréface de Jacques Godechot), Éditions Robert Laffont, coll. « Les Hommes et l’histoire », Paris, 1987, 285 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Les Hommes de Londres, histoire secrète de la Terreur, Éditions Albin Michel, Paris, 1989, 253 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Voir le compte rendu de Antoine Boulant paru dans la Revue d’histoire diplomatique, 104e année, 1990, p.181-182 : « L’ouvrage d’Olivier Blanc se termine par des annexes d’un grand intérêt, de nombreuses notes de références et un index. Il nous confirme en apportant de nouveaux renseignements que l’activité des agents anglais en France fut bel et bien réelle, et qu’elle toucha les milieux les plus élevés. D’aucuns contesteront sans doute la signification donnée par Olivier Blanc à la Terreur et continueront après Soboul à voir en elle un "instrument de défense nationale". Ne doutons pas cependant de la place essentielle tenue désormais par cet ouvrage dans l’historiographie de la Révolution comme dans celle de la diplomatie moderne. »
  • La Corruption sous la Terreur : 1792-1794, Éditions Robert Laffont, coll. « Les hommes et l’histoire », Paris, 1992, 238 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Traduit en portugais.
  • Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Éditions Perrin, Paris, 1995, 371 p.

Voir François Crouzet, « L’aventure des espions de 1789 à 1810 », Le Figaro, jeudi 18 février 1996 : « le livre d’Olivier blanc apporte une foule de révélations passionnantes sur le dessous des cartes, de Valmy à Waterloo… »

  • Les Libertines : plaisir et liberté au temps des Lumières, Éditions Perrin, Paris, 1997, 277 p.

Ouvrage couronné par le prix Thiers de lAcadémie française. Traduit en allemand.

  • L’Amour à Paris au temps de Louis XVI, Éditions Perrin, coll. « Pour l’histoire », Paris, 2002, 355 p. + 8 p. de planches illustrées.

Également traduit en italien et en letton.

  • L’Éminence grise de Napoléon : Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Éditions Pygmalion, Paris, 2002, 331 p. + 8 p. de planches illustrées.
  • Marie-Olympe de Gouges : une humaniste à la fin du XVIIIe siècle, Éditions René Viénet, Belaye, 2003, 270 p.
  • Portraits de femmes : artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Éditions Didier Carpentier, coll. « Patrimoine », Paris, 2006, 348 p.  

 

Livres de Serge Deruette

http://www.decitre.fr/auteur/392023/Serge+Deruette/

http://lpa.atheisme.ca/montreal2010/sp/deruette_serge_fr....

 

16. Lire Jean Meslier.gif



À propos de 

Lire Jean Meslier.

de Serge Deruette.

 


Henri Guillemin a eu des mots très durs pour Meslier, dont il n’a, hélas, connu que les extraits de son Testament publiés – et quelque peu rewrités – par Voltaire. Il a pris Jean Meslier le révolutionnaire, le champion des humiliés et des offensés, pour un prêtre renégat, un « athéiste » s’avançant masqué. C’était d’ailleurs probablement ainsi que le voyait Voltaire.

Le sire de Ferney a beaucoup – et peut-être même pas de mauvaise foi - tiré à lui des penseurs qu’il n’a pas compris. Ainsi de Rabelais, où il n’a jamais vu qu’un Swift manqué, totalement inconscient de l’influence énorme – génétique ! – du père de Pantagruel sur la Révolution française et sur celles qui allaient la suivre, en Russie, en Chine et ailleurs.

On regrettera, mais qu’y peut-on, qu’Henri Guillemin n’ait pas vécu assez longtemps pour connaître les travaux, qui font date et seront difficiles à dépasser, de Serge Deruette sur le singulier abbé.

Et on rappellera, car cela s’impose, le péril pas du tout théorique que le pouvoir temporel de l’Église faisait encore courir à quiconque osait penser à la fin du XVIIIe siècle. 

« Jusques au feu exclusivement » a pu être la devise de Meslier comme elle a été celle de Rabelais. Qui aurait l’audace de l’en blâmer ?

Quand Robespierre disait « (Ces superstitions que vous leur reprochez) ils les abandonneront d’eux-mêmes quand ils seront heureux », c’était le verbe de Rabelais fait chair qui s'exprimait. Jean Meslier n’a rien pu penser d’autre.

 

*

Place du Marché – Leipzig – 2002

Erbarme Dich mein Gott

J. S. Bach - Passion selon Saint Mathieu  - BWV 244

Nigel Kennedy : « C’est un honneur pour nous de jouer ici, avec l’église du divin Bach dans le fond. Nous allons faire de notre mieux. »

 

 

 

*

 Mis en ligne le 20 octobre 2013.

 

18:42 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

11/10/2013

Notre Cap de Bonne Espérance

1. TheCape.jpg

Notre Cap de Bonne Espérance

Israël Shamir

Commençons par la bonne nouvelle: l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que celui de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances pour que se déclenche la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en Méditerranée orientale. Il nous faudra un certain temps avant de percevoir la réalisation de ce à quoi nous avons travaillé dans l’ombre, et c’est normal pour des événements d’une telle grandeur. Les turbulences aux USA, depuis la folle course poursuite à Washington jusqu’à la fermeture de l’administration fédérale et la possibilité du défaut de paiement,  sont les conséquences de ce moment historique-là.

Souvenons-nous de la chute du Mur de Berlin. Quand il s’est effondré, je me trouvais à Moscou, j’écrivais pour Haaretz. Je m’étais rendu à une conférence de presse donnée par des membres du Politburo à l’hôtel Président, et je leur avais demandé s’ils pensaient que c’était la fin de l’URSS et du système socialiste. Ils m’avaient ri au nez, parce que c’était une situation trop embarrassante pour eux. « Mais non, disaient-ils en chœur, le socialisme va se mettre à fleurir, voilà ce que va donner la chute du Mur ». Deux ans plus tard, il n’y avait plus d’URSS. Notre mémoire voit tout cela en raccourci, maintenant, comme une seule courte séquence. Or, cela avait pris un certain temps.

Le point de tension culminant, en ce mois de septembre 2013, fut la vision, sous le soleil de midi, des cinq destroyers US face aux rivages du Levant, pointant leurs Tomahawks sur Damas, et, leur faisant face, la flotte de onze  navires russe - avec, à sa tête, le fameux Moskva transporte-missiles «tueur de porte-avions», renforcée par des bateaux de guerre chinois. Apparemment, deux missiles ont bel et bien été lancés vers la côte syrienne, et tous deux ont échoué à atteindre leur cible.

Un quotidien libanais, citant des sources diplomatiques, a prétendu que les missiles étaient partis d’une base de l’OTAN en Espagne et avaient été abattus par le système russe de défense air-air, à partir d’un navire. Une autre explication – celle proposée par Asia Times - mentionne un détournement par les Russes, qui, grâce à leurs GPS puissants et bon marché, auraient rendu inutilisables les Tomahawks sophistiqués et chers, en les égarant et en les faisant chuter. Il y a encore une autre version, qui attribue le lancement aux Israéliens, soit qu’ils l’aient fait pour tenter de provoquer le déclenchement des hostilités, soit qu’ils se soient, comme ils le prétendent, contentés d’observer les nuages. Quoi qu’il en soit, après cet étrange incident, la pétarade n’a pas commencé, parce que le président Obama a gardé son sang-froid et rengainé son colt. Cela fut précédé, il faut le rappeler, d’un vote inattendu au parlement britannique, ce corps vénérable ayant décliné l’honneur de se joindre à l’attaque proposée par les USA. Pour la première fois depuis deux cents ans, le parlement britannique a refusé une offre bien réelle de prendre l’initiative d’une guerre. D’habitude, ils ne résistent pas à la tentation...

Puis le président Obama a décidé de refiler la patate chaude au Congrès. Sans doute n’avait-il pas envie d’être celui qui déclencherait l’Armageddon. Mais à partir de là, c’était trop tard. Le Congrès ne voulait pas entrer en guerre, une guerre aux conséquences imprévisibles. Obama a essayé de froncer les sourcils devant Poutine lors du G20 à Saint Petersbourg, mais cela n’a pas marché.  La proposition russe d’en finir avec les armes chimiques de la Syrie permettait au président Obama de sauver la face. Cette mésaventure a réglé leur compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini, le « destin manifeste » des USA. Nous l’avons tous appris des productions hollywoodiennes, le héros ne saurait afficher profil bas : viser et tirer, c’est tout ce qu’il peut faire. S’il rengaine, ce n’est plus un héros, c’est un capon.

Après quoi, tout s’est accéléré. Le président US a eu un entretien avec le nouveau président iranien, ce qui ne pouvait que peiner Tel Aviv. Les rebelles de l’Armée Syrienne Libre ont décidé de discuter avec Assad au bout de deux ans de harcèlement, et leur délégation est arrivée sans encombre à Damas, laissant les extrémistes islamistes le bec dans l’eau. Le Qatar, leur grand soutien, s’écroule à tous les étages. Ce qui se passe maintenant au niveau de l’administration fédérale donne aux citoyens US de vrais soucis pour des enjeux bien réels. Avec la fin de l’hégémonie US, les jours du dollar comme monnaie de réserve mondiale sont comptés.

La Troisième Guerre mondiale a failli avoir lieu, comme le souhaitaient les banksters. Ils ont trop de dettes, sans compter la dette extérieure monstrueuse des USA. Si les Tomahawks avaient fait mouche, ils auraient crié «c’est un cas de force majeure !» et ils en auraient profité pour effacer la dette. Des millions de gens auraient péri et des milliards de dollars se seraient planqués, sains et saufs, dans les caves de JP Morgan et de Goldman Sachs. En septembre, le monde a su bifurquer et se tirer de leurs griffes parce que le président Obama a refusé de faire le jeu des banksters. Il se pourrait qu’il l’ait bien mérité, son prix Nobel de la paix, après tout.

Le futur proche s’annonce turbulent mais il n’y a plus d’issue fatale. Les US vont perdre leurs droits à tirer leurs revenus de la planche à billets. Le dollar US cessera de servir de monnaie de réserve au monde entier, mais restera la monnaie de l’Amérique du Nord. D’autres parties du monde vont faire appel à leurs euros, yens, roubles, bolivars ou dinars. Le budget de la défense US retrouvera des proportions normales, et la fermeture de bases à l’étranger ainsi que la réduction des armements permettra à la population US de réussir la transition sans trop écoper. Personne n’a envie de s'en prendre à l’Amérique, mais le monde e monde en a marre de ses chevauchées flingue au poing. Les États-Unis vont devoir trouver de nouveaux emplois pour tous leurs banquiers, gardiens de prisons et soldats, sans oublier un certain nombre de politiciens.

Comme j’étais à Moscou pendant la crise, j’ai observé ces événements tels que les ont ressentis les Russes. Poutine et la Russie ne cessent - et cela dure depuis pas mal de temps - d'être soumis à d'énormes pressions :

* Les USA ont soutenu et financé l’opposition libérale russe et nationaliste; les élections ont été présentées comme une immense fraude, en bloc, le gouvernement russe en a perdu une partie de sa légitimité.

* L’Acte Magnitsky au Congrès a permis aux autorités US de confisquer les biens de tous les Russes et d’arrêter ceux dont ils subodorent qu’ils pourraient «mal» agir, et sans qu’ils puissent recourir à la justice.

* Certains fonds russes ont été saisis à Chypre,  où les banques avaient de gros soucis.

* Les US ont encouragé les Pussy Riots, les gay parades et autres à Moscou, dans le but de faire passer Poutine pour un dictateur, un ennemi des libertés et un homophobe, dans les media occidentaux et dans les media russes tenus par l’oligarchie.

* Le soutien de la Russie à la Syrie a été critiqué, ridiculisé et présenté comme un acte brutal de déni d’humanité. Au même moment, les magnats de la presse occidentale affirmaient que la Russie finirait par laisser tomber la Syrie.

Comme je l’ai écrit il y a déjà longtemps, la Russie n’avait pas l’intention de lâcher la Syrie, pour un certain nombre de bonnes raisons : les chrétiens orthodoxes syriens mettent leur confiance dans la Russie, et géopolitiquement parlant, la guerre se rapprochait trop des frontières russes. Mais la raison principale, c’est que les Russes en avaient assez que l’Amérique leur tienne la dragée haute. Les Russes considéraient que des décisions aussi importantes devaient être prises par la communauté internationale, plus précisément par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils n’appréciaient nullement le rôle d’arbitre mondial que se donnait l’Amérique.

Dans les années 1990, la Russie était très affaiblie, et ne pouvait guère manifester son opposition, mais les Russes avaient mal ressenti le bombardement de la Yougoslavie et l’avancée des troupes de l’OTAN vers l’est, en violation de la promesse donnée par les États-Unis à Gorbatchev. La tragédie libyenne a rajouté à l’indignation. Ce malheureux pays s’est vu bombardé par l’OTAN, et s’en est trouvé désintégré. D’État le plus prospère de l’Afrique, la Libye est passée au rang des plus misérables. La présence russe en Libye était des plus limitées, mais la Russie y a quand même perdu quelques investissements. La Russie s’était abstenue de voter lors du vote sur la Libye parce que c’était la position du président Dimitri Medvedev, qui croyait au partenariat possible avec l’Occident. Mais Poutine n’était absolument pas prêt à livrer la Syrie au même avenir.

La rébellion russe contre l’hégémonie US a commencé en juin dernier, lorsque le vol d’Aéroflot qui transportait Ed Snowden a atterri à Moscou. Les Américains ont appuyé sur tous les boutons à leur portée pour le récupérer. Tout le spectre de leurs agents s’est déployé en Russie. Et très peu de voix, parmi lesquelles celle de votre serviteur, ont appelé la Russie à offrir un refuge sûr à Snowden, mais ce sont nos voix qui ont prévalu. Malgré les pressions US, l’asile politique a été garanti à Snowden.

Étape suivante, l’escalade syrienne. Je ne veux pas entrer dans les détails des attaques chimiques présumées. Du point de vue russe, cela ne pouvait absolument pas constituer une raison pour que  les USA entrent en guerre en Syrie ni nulle part ailleurs. En un sens, les Russes ont remis la loi des nations à sa place révérée d’autrefois. Le monde est devenu un endroit meilleur et plus sûr pour ses habitants.

Rien de tout cela n’aurait pu se passer sans le soutien de la Chine. Le géant asiatique considère la Russie comme sa «grande sœur», et lui fait confiance pour négocier adroitement avec le monde des yeux ronds. Les Chinois, avec leur style placide et leur air de ne pas y toucher, ont joué dans le camp de Poutine. Ils ont fait passer Snowden jusqu’à Moscou. Ils ont opposé leur veto aux projets anti-syriens du Conseil de Sécurité, et ont envoyé leurs navires de guerre en Méditerranée. Voilà pourquoi Poutine a tenu bon, pas seulement pour le compte de la Russie, mais pour la masse entière de l’Eurasie.

2. cerf-volant-« de-bateau-d-arc-en-ciel »-14310769.jpg

L’Église, elle aussi, a soutenu les efforts de Poutine : et non seulement l’Église russe, car les catholiques et les orthodoxes ensemble se sont élevés contre la campagne de soutien yankee aux «rebelles» massacreurs de chrétiens. Le pape a fait appel à Poutine en tant que défenseur de l’Église; les Églises de Jérusalem et d’Antioche ont fait de même. Le pape a quasiment menacé Hollande d’excommunication, et la menace voilée a troublé le président français. De sorte que Poutine a bénéficié d’un double soutien : celui des patriarches orthodoxes et celui du pape, cas de bénédiction double extrêmement rare.

Il y a eu bien des épisodes palpitants dans la saga syrienne, de quoi remplir des volumes. L'un d'entre eux fut la tentative de faire plier Poutine, lors du G8 en Irlande. Il devait y faire face au front uni de l’Occident, mais il s’est débrouillé pour en mettre quelques-uns de son côté et a semé les graines du doute dans le cœur des autres, en leur rappelant les hauts-faits des chefs anthropophages dans le camp des rebelles.

La proposition d’éliminer les armes chimiques syriennes fut introduite adroitement; et la résolution du conseil de Sécurité bloqua la possibilité d’attaquer la Syrie en se prévalant de l’article 7. Miraculeusement, les Russes avaient gagné dans la lutte sans merci. Le risque avait été immense : la Syrie était sur le point de se retrouver détruite comme la Libye; une attaque israélo-américaine sur l’Iran devenait inévitable; la chrétienté orientale perdait son berceau; l’Europe se voyait envahie par des millions supplémentaires de réfugiés; la Russie aurait prouvé qu’elle ne comptait pas, que sa parole était du vent, qu’elle pesait à peu près autant que la Bolivie, dont on peut se permettre d’arraisonner et de fouiller l’avion présidentiel à tout bout de champ. Incapable de défendre ses alliés, incapable de tenir sa position, la Russie se serait vu gratifier d’une victoire morale, euphémisme pour la défaite. Tout le travail accompli par Poutine en treize ans aurait été à vau-l’eau. La Russie serait revenue à son statut de 1999, quand Clinton bombardait Belgrade.

Le point culminant de la confrontation fut atteint lors de l’échange entre Obama et Poutine à propos de l’exceptionnalisme. Déjà les deux hommes n’étaient pas spécialement copains, et Poutine était plus qu'agacé par l’hypocrisie et le manque de sincérité d’Obama. Or, parti de très bas pour arriver très haut, il attache beaucoup de prix à sa liberté de s'adresser sans détours aux gens de tous bords. Son franc parler peut même parfois passer pour brutal. Ainsi, le jour où un journaliste français l’a un peu trop cherché sur le problème des séparatistes tchétchènes, il lui a répondu :

« les extrémistes musulmans (takfiristes) sont les ennemis des chrétiens, des athées et même des musulmans parce qu’ils considèrent que l’islam traditionnel est hostile aux buts qu’eux-mêmes poursuivent. Si vous voulez devenir un islamiste radical et si vous êtes décidé à vous faire circoncire, venez à Moscou. Notre pays est multi-confessionnel, et nous avons des experts capables de faire l'opération dans les règles. Je leur conseillerais pour ma part de la pratiquer de manière à ce que rien ne repousse à cet endroit ! »

On a eu un autre exemple de son discours scandaleusement sincère lorsqu'il  a répondu, à Valdaï, aux questions de Bridget Kendall, de la BBC. Elle lui avait demandé si la menace des frappes militaires US n'avait pas joué un rôle dans le fait que la Syrie accepte de mettre ses armes sous contrôle. Poutine lui a rappelé que l'armement chimique syrien avait été conçu comme une protection contre l’arsenal nucléaire d’Israël. Logiquement, il a alors appelé au désarmement d’Israël et a invoqué l'exemple de Mordechai Vanunu, savant israélien opposé aux armes nucléaires (mon interview de Vanunu venait de paraître dans le plus important quotidien russe et s’était acquis une certaine notoriété).

Poutine a essayé de parler franchement à Obama. Nous connaissons la teneur de leur dialogue grâce à l’enregistrement fuité de la conversation confidentielle Poutine-Netanyahu. Poutine en a appelé à l’Américain et lui a posé la question : « C’est quoi, votre objectif en Syrie? ». Obama lui a répondu : « Ce qui m’inquiète, c’est que le régime d’Assad ne respecte pas les droits humains. » Poutine a failli vomir devant pareille hypocrisie, et il l’a prise pour un refus de la part d’Obama de discuter avec lui « les yeux dans les yeux ».

Au lendemain de la crise aigüe en Syrie, Obama s’est adressé au monde entier au nom de l’exceptionnalisme américain. La politique des USA « est ce qui fait la différence de l’Amérique. C’est ce qui nous rend exceptionnels », a-t-il dit. Poutine a rétorqué : « C’est très dangereux d’encourager les gens à se voir comme des exceptions. Nous sommes tous différents, mais lorsque nous implorons la bénédiction divine, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a fait égaux. » Ce débat n’était donc pas seulement un débat idéologique : il était aussi théologique.

Comme je l’ai développé dans mon ouvrage PARDES*, les USA se sont construits sur la théologie judaïque de l’exceptionnalisme, du peuple élu. C’est le pays de l’Ancien Testament. C’est là une raison très profonde de l’alliance spéciale entre Israël et les USA. L'Europe traverse une étape d'apostasie et de rejet du Christ, alors que la Russie est profondément chrétienne. Ses églises sont pleines, on se souhaite Joyeux Noël et Joyeuses Pâques les uns aux autres, il n'y a pas de «morte» saison. La Russie est un pays du Nouveau Testament. Et le rejet de l'exceptionnalisme, de la notion de peuple élu, est le soubassement de la chrétienté.

Voilà pourquoi, tandis que la communauté juive des USA voulait la guerre, condamnait Assad et appelait à une intervention US, la communauté juive de Russie, assez nombreuse, riche et influente, n'a pas soutenu les rebelles syriens mais plutôt les efforts de Poutine pour préserver la paix. Il en a été de même en Iran, où la riche communauté juive a choisi, elle aussi, le Cap de Bonne Espérance. Il apparaît que les pays guidés par une église solidement implantée sont immunisés contre l’influence délétère des lobbies; alors que les pays qui n’ont pas d’institution comparable, qu’il s’agisse des USA ou de la France, cèdent aux pressions et adoptent l’interventionnisme illégal comme norme.

Tandis que l’hégémonie des USA décline, nous voyons s’ouvrir devant nous un avenir bien incertain. La puissance militaire américaine, telle un Béhémot de légende, peut encore provoquer ravages et naufrages; et la bête blessée n’en est, on le sait, que plus dangereuse. Les Américains feraient bien d’écouter la voix du sénateur Ron Paul, qui a appelé à fermer les bases d’outremer et à sabrer dans les dépenses militaires. Il faut enfin que les normes de la loi internationale et la souveraineté de tous les États soient respectées. Les peuples du monde aimeront de nouveau l’Amérique quand elle cessera d’espionner et de brutaliser tout ce qui existe. Ce n’est pas gagné, mais nous avons déjà doublé le Cap et gagné la Bonne Espérance

3. cape-point01.jpg

* http://plumenclume.org/home/10-pardes-une-etude-de-la-kab...

Intervention au Forum international de Rhodes, le 5 octobre 2013.

Traduction: Maria Poumier

Sources :

http://www.israelshamir.net/English/TheCape.htm

http://www.israelshamir.net/French/NotreCap.htm

http://www.plumenclume.net/article.php?pg=art1490


*

Et d’ailleurs…

Au Sommet de l’APEC

(Coopération Economique pour l’Asie-Pacifique)

qui s’est ouvert ce lundi 7 octobre à Bali

4. APEC_Logo_2003.jpg

 

Le président XI JINPING, son épouse et toute la délégation chinoise ont chanté « Happy Birthday » à Vladimir Poutine.

Source : http://weloveputin.net/archives/2180

 

*

Monti : Czardas – Nigel Kennedy

Trois versions, trois interprétations.

 

Dernière nuit des Proms 2013

 

Avec le groupe Kroke de Cracovie

Spirits of Music III (Leipzig) 2010


Un faux tzigane chez les vrais bourgeois

(25 Novembre 2008)

(Drôle de son, drôles d’images, drôle de caméra pirate, mais Monti et Kennedy passent outre)


*

Mis en ligne le 11 octobre 2013

22:09 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/10/2013

Il était une fois Picrocholand

1. Pirogue peau-rouge - 1ere_partie_dessin_20.jpg

 

Aline de Diéguez

 

2. Il était une fois.jpg

Il était une fois Picrocholand...

Petit conte sur le monde tel qu'il va


3. peaux-rouges.jpg*

I

Il était une fois un pays qui avait fabriqué des armes si puissantes qu'il rêvait de faire la guerre aux étoiles.

De même qu'une grosse colonie de fourmis envoie des éclaireuses, puis un groupe entier dirigé par une nouvelle reine, fonder une colonie reliée à la maison mère, le paradis des Picrocholiens a été fondé par un détachement de colons issu du paradis des déiphages.

Ils s'installèrent sur une terre qu'ils déclarèrent pure de toute souillure.

Il y avait bien sur place quelques bipèdes emplumés, mais les éclaireurs avaient rapidement nettoyé le terrain. Pas de pitié pour les primitifs qui se permettaient de défendre leurs terres et de s'opposer à l'arrivée de la civilisation dans ces contrées sauvages. Ces sous-hommes ne méritaient pas de vivre et les Picrocholiens le prouvèrent de la manière la plus expéditive qui soit.

Ainsi, grâce à l'ingénieuse collaboration d'un éminent représentant de cette peuplade, Sir Jeffrey Amherst, associé à un commerçant avisé du nom de Rabbi Sharfman, les tribus Shawnee, Mingo et Delaware furent prestement éliminées. Nos deux compères avaient en effet inventé le judicieux stratagème qui consistait à offrir à des populations naïves et confiantes des couvertures et du linge infectés par la variole des Juifs caucasiens. Un plein succès a récompensé leurs efforts et le prix de leur investissement.

Dans le Colorado, un autre célèbre Picrocholien, le colonel John Chivington fit, avec ses cavaliers, un travail remarquable – «du bon boulot » selon l'expression élégante d'un domestique de l'empire à propos des assassinats commis dans une contrée exotique par des égorgeurs cannibales. Le « boulot » du colonel Chivington connut son apogée à Sand Creek. La troupe se rua sur un paisible camp Cheyenne et trucida tout le monde de la manière la plus sanguinaire et la plus barbare possible afin d'inspirer une salutaire terreur à toutes les autres tribus qui se seraient avisées de résister à l'innocent envahisseur. Les soldats scalpèrent les hommes, étripèrent femmes et enfants, mutilèrent les corps et fracassèrent les crânes des nourrissons.

D'innombrables exploits du même tonneau vinrent à bout de la racaille miséreuse qui avait l'audace de se prétendre propriétaire de son territoire. Ces sauvages ne savaient pas encore que les nouveau-venus étaient une espèce humaine supérieure, une race de maîtres, qu'ils avaient donc toujours raison et qu'ils l'emportaient partout où se posaient leurs augustes semelles. « Nous sommes justes par essence et forts par nature. Nous incarnons la Démocratie et la Liberté en marche sur la planète », tel était leur discours conscient et inconscient. En un mot comme en cent, « nous sommes exceptionnels » se susuraient-ils à eux-mêmes, avant même que leur « exceptionnalisme » débarque dans le discours officiel de leur dernier empereur..

En éradiquant les emplumés, les Picrocholiens avaient découvert la stratégie victorieuse de la conquête territoriale qu'ils nommèrent benoîtement pacification.

Durant un interminable siècle, il surent utiliser ce procédé avec un succès grandissant, faisant fi de la souffrance, de la désolation et de la mort que leur pacification engendrait partout où ils passaient.

 

3. peaux-rouges.jpg

II

Forts de leurs premiers exploits les pieux colons originels clamèrent alors aux quatre vents que le territoire qu'ils occupaient était parfaitement désert. Se référant à notre éminent fabuliste, ils se proclamèrent les premiers occupants. En bonne logique capitaliste, ils déclarèrent dans la foulée et urbi et orbi, qu'ils étaient désormais les seuls et uniques propriétaires des plaines, des fleuves, des montagnes et de tout ce qui vole, court ou rampe sur cette terre, ainsi que de toutes ses richesses et cela jusqu'au noyau ferreux qui gît en son centre.

Ils avaient d'abord baptisé leur Nouveau Monde Eden, mais sous l'impulsion de leurs belliqueux empereurs successifs, cette région prit le nom de Picrocholand.

Il faut savoir que leur ancêtre éponyme, Picrochole 1er, s'était illustré dans la féroce Guerre des fouaces dont les échos résonnent encore en pays angevin. Les épisodes de cette guerre mémorable nous sont connus grâce au récit minutieux qu'en fit le talentueux chroniqueur de l'époque, François Rabelais, dans ses célèbres Aventures du géant Gargantua, de son père Grandgousier et de son fils Pantagruel.

En effet, cette Odyssée auprès de laquelle celle du grand Homère est une bluette pour demoiselle, reposait sur une méchante querelle de voisinage entre le cruel Picrochole et le gentil souverain voisin, notre illustre Grandgousier, à propos d'une question de brioches vilainement malmenées. Elle avait conduit le belliqueux Picrochole à mettre en branle une gigantesque soldatesque, équipée jusqu'aux dents. L'impressionnante artillerie de l'agressif Picrochole avait décimé tout ce qui se trouvait sur son passage, les porcs, les truies, les fermiers, les canards, les gorets et avait failli dévaster les vignes des saints ermites de l'abbaye de Seuilly, lesquelles n'avaient été sauvées de la destruction que grâce à l'intervention musclée de Frère Jean des Entommeures. Le saint homme expulsa les malotrus à grands coups de bâton et réussit à préserver le divin nectar produit par les vignes du Seigneur.

Sur le point d'être submergé, Grandgousier fit alors appel à son géant de fils, Gargantua, qui arriva à bride abattue sur son énorme jument, laquelle, en urinant, provoqua une crue si phénoménale qu'elle noya toute l'armée de Picrochole et sauva le royaume de Grandgousier.

Ce dernier paragraphe révèle d'une manière aveuglante la persistance et la force du patrimoine génétique dans les comportements humains et confirme que les deux derniers empereurs de la funeste lignée picrocholique - leurs Altesses impériales Picrochole XLIII, dit Bushus Debilus et Picrochole XLIV, plus connu sous le nom de Barakus Dronomaniacus - sont bien les dignes descendants de leur belliqueux et acariâtre ancêtre, le méchant Picrochole 1er.

 

3. peaux-rouges.jpg

III

Comme il arrive souvent, la prospérité de la colonie a dépassé celle de la maison-mère. Les Pïcrocholiens en furent tellement fiers, et même tellement bouffis d'orgueil, que leur tête s'est mise à enfler. La petite bulle d'air et de folie qui permet à chacun de flotter légèrement au-dessus du sol a si puissamment gonflé dans leur cervelle que telle l'hélium d'une montgolfière, elle s'est propagée dans l'ensemble des circonvolutions cérébrales et a fini par envahir la totalité de leurs lobes frontaux.

Désormais, tous les Picrocholiens sont affligés d'une grosse tête dans laquelle se loge commodément leur bonne conscience, leurs illusions sur eux-mêmes, leur arrogance, leur cupidité, leur cruauté et leur indifférence à tout ce qui grouille au-delà de leurs frontières.

Ils sont persuadés qu'ils représentent, comme le proclamait un des leurs ancêtres, Thomas Jefferson, « the world's best hope », l'«indispensable nation » du monde civilisé, autant dire un phare destiné à guider tous les autres peuples sur la route du Bien et des félicités terrestres avant que celles-ci se métamorphosent en félicités éternelles. La terre conquise sur les emplumés devenait le lieu idéal où se réaliseraient les desseins de la divine Providence.

C'est donc en ce lieu béni, laboratoire d'un futur mirobolant, que le retour du messie allait coïncider avec un avenir glorieux dont ils seraient les heureux bénéficiaires.

En conséquence, ils se sont donné pour devise: Per aspera ad astra.

 

3. peaux-rouges.jpg

IV

Pour faire court, les Picrocholiens appellent ROW - abréviation de Rest of the World - les territoires mystérieux, barbares et effrayants qu'ils se proposent de sauver des maléfices de Satan. D'ailleurs ne se proclament-ils pas eux-mêmes, et en toute modestie, tantôt « la nouvelle Jérusalem », tantôt «le nouveau Canaan »  ?

Les contrées qui clapotent à leurs frontières occupent-elles 98% de la superficie de la machine ronde ? Qu'à cela ne tienne, les vaillants missionnaires de la Démocratie bottée, messagers du Progrès et de la Justice, sont en permanence sur le pied de guerre. Brandissant l'étendard du « Manifest Destiny » qui leur permet de débouler sur le monde, ils en profitent pour s'approprier terres et richesses sous couleur de délivrer le monde de l'oppression des tyrans et d'apporter aux peuples Liberté, Bonheur et Démocratie par les mêmes moyens que ceux utilisés contre les tribus d'emplumés.

Comme l'écrivait notre sage Montaigne, « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». Mais cette belle pensée est incompréhensible à une peuplade habitée par un complexe de supériorité chez laquelle un étalage de la force tient lieu de politique.

C'est pourquoi les Picrocholiens appellent tyrans tous les dirigeants rowiens qui ont l'audace de ne pas se plier à leurs lois et à se prétendre les maîtres de leur boutique. Quant aux gouvernements légitimes qui leur déplaisent, ils sont qualifiés péjorativement de régimes: toutes les «voix de son maître » dans la presse écrite ou audiovisuelle, tant à l'intérieur de l'empire que chez ses vassaux, se sont empressées d'entonner en choeur, en bons petits soldats, leur mépris pour le «régime de Bachar », pour le «régime de feu Chavez », pour le «régime des mollahs » ou pour le «régime de Poutine », personne n'osant évoquer le «régime de Netanyahou ».

Les Picrocholiens clament qu'eux seuls sont les détenteurs privilégiés d'une mission chue directement de la galaxie, qui fait d'eux des gestionnaires mondiaux de toutes les crises qui secouent la planète, en vertu de leur «responsabilité de protéger » les populations victimes d'Etats «maléfiques » ou «voyous ».

En application de ce généreux projet, les innocents missiles de la Démocratie picrocholine et autres «bombardements démocratiques » ont libéré, en les écrasant sous des tapis de bombes, trente neuf tribus, États et Étaticules rowiens depuis l'an de grâce 1945 et plus d'une centaine depuis leur débarquement au paradis.

Quelques exploits particulièrement éclatants émaillent les célèbres «interventions humanitaires » calquées sur les méthodes de pacification utilisées lors des guerres indiennes évoquées ci-dessus. Ainsi, en 1898, les Picrocholiens inventèrent «l'amendement Platt », l'ancêtre du moderne et bien connu « droit d'ingérence humanitaire » et qui, sous le commandement du général J. Franklin Bell les lança dans une croisade destinée à «libérer » Guam, Cuba, Porto-Rico de la «tyrannie coloniale » espagnole.

Mais figurez-vous qu'à l'instar des Indiens, ces sauvages refusaient mordicus leur libération. Les braves libérateurs ont donc dû recourir à la contrainte contre ces ingrats : «Toute la population en dehors des villes principales à Batangas a été dirigée vers des camps de concentration », a rapporté l'historien Stuart Creighton Miller. Quant aux récalcitrants opiniâtres, hommes, femmes et enfants, ils ont purement et simplement été exécutés. Tous. Les corps exposés, empalés afin de susciter l'horreur et la terreur chez les survivants.

Les empereurs picrocholiens successifs appellent bénévolente assimilation l'ensemble des méthodes de coercition qui permet d'aboutir à une domestication des populations traitées et à une non moins bénévolente appropriation des terres et des richesses des peuplades pacifiées.

Les méthodes expérimentées à cette occasion se retrouvent, perfectionnées, modernisées et affinées dans les annexes du paradis que sont aujourd'hui Guantanamo, Abu Ghraib ou Bagram.

Mais la générosité des Picrocholiens ne connaît pas de limites. C'est pourquoi, selon la philosophie bien connue du Sapeur Camember, l'empire a dépassé les bornes du cynisme, penseront les naïfs, en s'instituant, en douce, un pédagogue mondial ès torture. Il est vrai qu'il s'est employé avec zèle à enseigner à ses vassauxson immense savoir-faire en cette spécialité. Comme il est prudent et n'a que peu confiance dans le QI et le talent des Rowiens, il a édité des manuels à l'intention des apprentis-tortionnaires. Il a même fait produire tous les outils nécessaires à leur art et les leur a charitablement offerts afin d'équiper au mieux les centres de torture disséminés un peu partout au milieu des États rowiens complaisants qui acceptaient de jouer le rôle de poubelle de l'empire.

Confortablement assis à son bureau, tel ou tel bureaucrate peut donc ordonner le kidnapping des Rowiens jugés suspects et les livrer aux mains expertes des professionnels formés par les excellents pédagogues picrocholiens. Pour finir, les loques qui survivent à la machine pénitentiaire picrocholienne sont jetées dans un de ces culs-de-basse-fosse où ils disparaissent aussi totalement que dans un puits sans fond.

La pureté de Picrocholand est préservée, les déchets sont traités hors des frontières .

La calcification de la cruauté aseptisée et innocente constitue, chez le Picrocholien une forme de tradition culturelle aussi fortement incrustée dans son patrimoine génétique que l'impossible sédentarisation des Roms, comme vient de le déclarer un ami de l'empire.

 

3. peaux-rouges.jpg

V

L'opinion de l'amas exogène et indistinct des Rowiens de tout poil et de toutes couleurs possède aux yeux des Picrocholiens aussi peu d'importance que celle du vermisseau qu'ils écrasent d'un gros orteil dédaigneux. Or, leur orteil, les Picrocholiens l'ont vraiment très gros, comme tout le reste de leur personne d'ailleurs. En effet, la silhouette d'une grande partie de la population a, elle aussi, subi des modifications morphologiques spectaculaires. Comme beaucoup d'entre eux se gavent de grosses miches de pain fourrées de mélanges sucrés ou dégoulinants de graisse, ils ressemblent de plus en plus aux beignets soufflés que nous cuisons dans l'huile ou aux vers blancs qui se cachent sous les pierres plates.

Ainsi, un Martien débarquant sur notre planète saura reconnaître au premier coup d'œil qu'il existe, en Picrocholand, deux variétés d'humains. Très vite il se rendra compte que les dominants sont plutôt maigres, en général de teint clair, et les dominés - les plus nombreux - plutôt gras et bronzés. Nul besoin d'imaginer un meilleur des mondes futur. Il est déjà là.

Néanmoins, du haut en bas de l'échelle sociale, les Picrocholiens se sentent uniques et exceptionnels. Ils écartent d'un Pfttt méprisant les jaloux qui s'avisent d'invoquer contre leurs actions des lois internationales ou toute autre foutaise appelée morale universelle ou lois internationales. Ils sont persuadés que la nation picrocholine est dotée de qualités uniques et qu'en conséquence, elle est moralement supérieure à toutes les autres nations qui peuplent la machine ronde.

Ainsi, quand Picrochole Bushus Debilus fait promulguer des lois autorisant les traitements dégradants, quand Picrochole Dronomaniacus légalise la torture, seuls des esprits suspicieux et malveillants ne voient pas que les tortures de la picrocratie sont d'une autre essence que les tortures des infâmes tyrans au «régime » pestilentiel, dont ils arrosent les pays de bombes, écrasant au passage la population - les victimes étant qualifiées pudiquement de « dommages collatéraux ».

C'est pourquoi le pouvoir picrochratien est le maître du langage et sa puissance lui permet de rendre blanc le noir et noir le blanc le plus immaculé. Le Bien est Bien quand le régime picrocratique le proclame tel.

Comme chacun peut le constater au pays des mille et une nuits, dans les déserts libyens ou les vallées himalayennes, les vertueuses troupes de la Démocratie picrocholienne ont apporté le bonheur, la paix et la prospérité aux peuples pacifiés et libérés à la pointe de leurs saints missiles et de leurs bombes démocratiques.

 

3. peaux-rouges.jpg

VI

Comme le surgissement des Picrocholiens dans les affaires de la planète date de la dernière pluie, leur assurance et leur arrogance sont inversement proportionnelles à l'épaisseur de leur histoire collective et à leur expérience de la politique, si bien que leur compréhension du monde se résume au binôme noir-blanc, Bien-Mal.

Aussi ne connaissent-ils qu'une seule forme de stratégie militaire, celle dite «du tapis de bombes », largement utilisée en Mésopotamie et récemment reprise par leur meilleur allié, que six milliards de Rowiens ont vu ravager le Pays du Cèdre pendant trente trois longues journées, et cela avec la bénédiction et l'aide active du grand protecteur. Ces deux «peuples élus » censés être divinement guidés par la Providence ont d'ailleurs inventé et appliqué «the art of creative destruction », variante picrocholienne du très ancien: «Tuez les tous,Dieu reconnaîtra les siens ».

A la fin de la seconde guerre mondiale, la générosité libératrice de l'armée picrocholienne a si bien libéré les Philippines du joug japonais, que Manille fut la ville la plus détruite de tout le continent asiatique... et que trois quarts de siècles après, la capitale n'a toujours pas retrouvé la qualité de vie et les infrastructures qu'elle possédait avant sa libération.

Les Picrocholiens clament haut et fort que ceux qui ne sont pas avec eux sont contre eux.

Point n'est besoin de dictature policière visible pour canaliser les troupeaux à l'intérieur et à l'extérieur de l'empire. Les Picrocholiens dominants sont de redoutables professionnels dans l'art de soumettre les masses à une manipulation permanente par l'image, la publicité pour toutes les formes de consommation et cela avec la complicité spontanée ou grassement lubrifiée des organes de presse et des innombrables sectes religieuses.

En conséquence, la masse des Picrocholiens elle-même est désormais si bien domestiquée que l'espionnage généralisé qu'elle subit de la part de ses dominants est non seulement accepté sans murmure, mais plébiscité, au nom d'une «sécurité » menacée à chaque seconde par une invasion de Rowiens jaloux ou même d'extra-terrestres.

Il faut dire qu'une propagande et une désinformation soigneusement conçues et habilement distillées par les porte-paroles du gouvernement picrocholien et de ceux des dociles vassaux imprègnent si totalement les cervelles pauvrement nourries des masses de la certitude que le monde et la politique sont d'une simplicité biblique et que la consommation et l'accumulation de biens sont les conditions nécessaires du bonheur, que les Picrocholiens sont persuadés que la gestion politique du pays et du monde se réduit aux catégories «divin » et «satanique ».

En Picrocholand la richesse est vénérée en ce qu'elle constitue le signe de l'élection divine, alors que la pauvreté prouve que le «God » dans lequel «trust » les Picrocholiensméprise les peuplades qui traînent dans le peloton de queue de la course au profit. N'est-il pas écrit sur tous les billets généreusement imprimés dans les sous-sol des banksters: In God we trust ? Plus un Picrocholien possède de cartes de crédit, mieux il est considéré car c'est là le signe qu'il est un excellent consommateur, donc un excellent citoyen.

De plus, tous, maîtres et dominés, prétendent que leurs empereurs successifs possèdent une ligne téléphonique directe avec le Créateur et que celui-ci non seulement veille sur l'empire d'une manière toute particulière, mais qu'il a chargé ses habitants de la mission de civiliser des Rowiens incultes en leur faisant avaler, de gré ou de force, les règles et les lois picrocholines. Leur Dieu tout-puissant n'est pas, ils en sont sûrs, un Grand Trompeur comme un de ces Frenchies honnis, gardien des portes de l'enfer, avait voulu l'insinuer.

 

3. peaux-rouges.jpg

VII

Les Picrocholiens ont le génie et la bosse du commerce. Ils peuvent d'autant plus aisément accumuler des richesses qu'ils ont trouvé une fabuleuse martingale qui leur permet de satisfaire tous leurs désirs. Il s'agit d'une trouvaille miraculeuse et beaucoup plus efficace que celle des alchimistes qui rêvaient de changer le plomb en or. Les Picrocholiens ont fait beaucoup plus fort: ils métamorphosent du vulgaire papier imprimé en lingots d'or.

Certains malveillants vont jusqu'à appeler cette juteuse opération l'escroquerie du millénaire. Des envieux affirment qu'on n'a rien vu de plus pervers et de plus néfaste pour la population rowienne depuis l'apparition de l'homo erectus et que l'empire aux pieds d'argile repose sur une magouille de faux monnayeurs.

Toujours est-il que c'est bien cette ruse financière qui leur a permis depuis un siècle de vivre grassement en bénéficiant d'un jackpot permanent. Les Picrocholiens ont ainsi pu, d'abord subrepticement, puis ouvertement, édifier un gigantesque empire économique et militaire. Ils se sont alors imaginé qu'ils étaient tout puissants et omniscients - en un mot, géniaux. Ils se sont alors persuadés qu'il était logique qu'ils jouissent en tous domaines d'une impunité et d'une immunité qui leur assurent un statut suréminent par rapport à la masse des Rowiens.

Oublieux des conditions monétaires exceptionnellement favorables que les Picrocholiens avaient extorquées au reste du monde au fil des années, les Rowiens leur ont longtemps voué une admiration béate et même un amour ardent. Ils voyaient en eux l'hyper-puissance bienveillante chargée de régler avec sagesse et lucidité tous les conflits internationaux. C'était leur guide et leur modèle. Il est bien connu que l'amour rend aveugle.

L'image d'un de leurs représentants particulièrement flagorneur et quasi en extase d'avoir pu toucher le bout des doigts de son Altesse impériale Debilus, même s'il lui a fallu grimper sur un tabouret pour parvenir à sa hauteur, a frappé tous les esprits.

Cette attitude extatique quasi universelle a eu pour conséquence calamiteuse de geler les neurones des Rowiens et de paralyser leur esprit critique. Cependant, des tentatives de rébellion et de sortie de l'hibernation mentale commencent à se manifester de plus en plus ouvertement. Il se peut que le réchauffement climatique produise un effet bénéfique indirect et que les cervelles des Rowiens commençant à dégeler, les neurones redeviendront alertes et se libèreront de la gangue glaciale de vénération, de soumission et de passivité qui les emprisonne.

 

3. peaux-rouges.jpg

VIII

La guerra, la guerra, la guerra chante Clorinde avant d'engager un combat à la vie à la mort contre Tancrède, dans le célèbre madrigal de Monteverdi. Les Picrocholiens, quant à eux, sont une incarnation de la guerre. En guerre permanente depuis leur débarquement sur la terre volée aux emplumés, on compte à leur actif plus d'une centaine d'expéditions durant le dernier siècle. Un record qu'il sera impossible de battre.

Le monde entier a été témoin de l'aisance avec laquelle l'armée de sa Majesté Picrochole Bushus Debilus a quasiment réduit en un amas de gravats une des plus anciennes civilisations du monde. Un feu d'artifice de missiles, de bombes au phosphore et à l'uranium a illuminé la région durant de longues semaines et a pétrifié ses alliés d'admiration, de terreur. «Shock and Awe ». A la suite de cet exploit, Picrochole XLIII Debilus, en extase, n'a pas hésité à claironner, afin que nul n'en ignore : «Nous sommes exceptionnellement bons. Nous sommes le peuple élu ».

A l'instar de son célèbre ancêtre éponyme Picrochole 1er, Debilus quarante troisième a écrasé sous les chenilles de ses chars non seulement les poules, les canards ou les chiens, mais les hommes, les femmes, les enfants, les maisons, les gares, les hôpitaux, les musées, les centrales électriques, les usines, les théâtres et tout ce qui aurait eu la malchance de se trouver sur le chemin du destin glorieux de l'angélique armée du paradis démocratique.

Des théoriciens de cette nation à l'esprit inventif et primesautier appellent «chaos constructif » les ruines et les dévastations qui accompagnent chacune des interventions « humanitaires » de la picrocratie.

Quant à son Altesse impériale Picrochole XLIV Dronomaniacus, elle est à la fois plus rusée et plus sournoise. Aux boum boum sonores et éblouissants des missiles et des bombes, elle préfère l'ombre des bureaux et la tactique hypocrite et proprette de la mort fonctionnarisée.

Silhouette élastique, dents blanches, un sourire de publicité pour marque de dentifrice, une décoration de prix Nobel de la paix en bandoulière, chaque début de semaine, Dronomaniacus, tranquillement assis à son bureau, assassine bureaucratiquement une poignée de Rowiens qui vaquaient à leurs affaires à six ou dix mille kilomètres du douillet bureau de son Altesse picrocholienne.

L'empereur picrocholien se sent un substitut de Dieu. Comme la justice divine, la sentence picrocholienne est sans appel et sans miséricorde. Une signature, un clic d'ordinateur et un jouet électronique vous pulvérise, aux antipodes, le condamné à mort qui ignorait sa sentence. Certes, elle pulvérise en même temps une poignée de Rowiens de tous âges qui avait eu la mauvaise idée de se trouver dans les parages. Mais un Rowien de plus ou de moins n'empêchera aucun Picrocholien de dormir.

Pichrocole Dronomaniacus s'en lave les mains, l'âme légère et le sommeil profond.

Car c'est toujours au nom de la morale, que les Picrocholiens incarnent de la pointe des cheveux aux orteils, qu'un ancien responsable de la politique étrangère de cet empire a inventé la théorie dite de «l'intervention humanitaire » au nom d'une «responsabilité de protéger » les peuples victimes de gouvernants «voyous », «tyrans », «barbares », «dictatoriaux », et tutti quanti, théorie qui connaîtra un succès éclatant chez les domestiques de l'empire sous la dénomination de «droit d'ingérence humanitaire ».

En vertu de ce droit que l'empire picrocholien s'est généreusement accordé à lui-même, il se donne le pouvoir d'intervenir où et quand il lui semble bon ou de tracer des lignes rouges - la ligne jaune est déjà prise - déclenchant automatiquement une pluie de missiles sur l'État voyou qui a osé provoquer sa réprobation. Il se donne également le droit et le pouvoir de provoquer la déstabilisation de gouvernements qui lui déplaisent en suscitant, favorisant et finançant des révolutions aux noms multicolores ou gracieusement champêtres: révolution orange, blanche, rouge, verte, printemps arabe, et cela au moyen des innombrables cellules d'espionnage camouflées en Organisations non gouvernementales, plus connues sous le nom d'ONG, parfaitement gouvernementales et grassement alimentées en monnaie facilement imprimée par Picrocholand.

 

3. peaux-rouges.jpg

IX

Dronomaniacus s'est récemment avisé qu'un méchant tyran sévissait quelque part dans un étaticule sis dans les marches de l'Asie - que ses sujets seraient d'ailleurs bien incapables de situer sur la mappemonde. Des voix de l'au-delà l'ont informé que ce vilain dictateur répandait sur sa population une vapeur illicite. Son nez délicat, snif, snif, a décelé une odeur de gaz, snif, snif.

Plus fort encore. Ayant levé un index mouillé en direction de l'orient, snif snif, il a conclu sentencieusement et l'a proclamé avec toute l'autorité de son éminente fonction, qu'il reconnaissait sans l'ombre d'une hésitation le S8H14GKLMNOPQ99, c'est-à-dire le pestilentiel et venimeux assadarin. Le tyran avait bel et bien signé son crime, Dronomaniacus l'a dit et cochon qui s'en dédit !

Le sang du généreux Barakus Dronomaniacus n'a fait qu'un tour. Sans attendre que des autorités scientifiques expédiées sur place confirment l'identité du responsable de ce forfait, tel don Quichotte enfourchant sa haridelle, l'empereur omniscient a instantanément ameuté ses Sancho d'outre-Atlantique spécialisés dans les aboiements les plus féroces et toujours prêts à se précipiter à son service. En même temps, il s'est mis à tympaniser l'univers d'invectives indignées et de menaces de punitions dont la sévérité allait provoquer crainte et tremblements chez tous les Rowiens. Il fallait pulvériser le coupable émetteur de ce fumet nauséabond, clamait-il urbi et orbi, et cela à la manière la plus picrocholique qui soit, c'est-à-dire en pulvérisant le pays tout entier.

A propos d'émetteurs de vapeurs mortifères et d'armes illicites, le besacier de notre grand fabuliste qui fit pour nos défauts la poche de derrière et celle de devant pour les défauts d'autrui, en rit encore.

 

3. peaux-rouges.jpg

X

L'empire picrocholien possède un talon d'Achille.

Une excroissance douloureuse, sorte de furoncle purulent, l'empêche de jouir pleinement de ses perfections et de sa puissance.

Depuis quelques décennies, une sorte de Picrocholandicule s'est incrusté dans son corps. Telle la pomme pourrissante dans le dos du Gregor Samsa de la Métamorphose de Kafka, ce corps étranger, à la fois lointain et omniprésent enflamme toute la région autour de lui et infecte le corps de son protecteur dans son entier.

Un garnement vicieux, bagarreur, incommode à ses voisins, hargneux, toujours à se plaindre que personne ne l'aime, alternant les gémissements et les insultes, chapardeur des biens et du territoire des voisins, menaçant et trouillard à la fois est une sorte de révélateur intempestif, une photographie en pleine lumière de ce que le Picrocholand original cache sous le masque d'ange de la démocratie idéale, tout comme Dorian Gray dissimulait le tableau qui révélait sa véritable nature derrière un lourd rideau de velours dans le roman d'Oscar Wilde.

Ce Pricrocholandicule représente son portrait hideux et véridique de lui-même que l'empire voudrait cacher. Il aimerait se débarrasser de ce "meuble inutile" qui pollue sa réputation, alors qu'il est contraint, par des centaines de filins invisibles à l'œil nu, de le soutenir à bout de bras et de s'en montrer solidaire.

Car les Picrocholand père et fils, si je puis dire, sont liés par une toile d'araignée de fils serrés et entrelacés d'intérêts qui forment un binôme à la fois soudé et haineux, le plus petit de plus en plus arrogant et le plus grand lassé et honteux de sa dépendance financière aux amis du premier. Mais tous deux sont des champions toutes catégories, des recordmen mondiaux dans l'utilisation d'armes chimiques et nucléaires illégales et particulièrement venimeuses.

Des générations entières ont été ravagées au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan, en Irak, en Libye, ainsi qu'en Amérique centrale, au Kosovo et en Serbie et également à Gaza et au Liban. C'est en toute impunité que Picrocholand a déversé des millions de litres d'un défoliant qui a brûlé la végétation et les humains au Vietnam, c'est en toute impunité que Picrocholand a utilisé le phosphore blanc contre les civils irakiens et son protégé contre les habitants du camp de concentration de Gaza, provoquant d'atroces malformations chez les nourrissons, c'est en toute impunité que les deux Picrocholand voyous n'ont pas hésité à bombarder des populations civiles de bombes au napalm, à l'uranium appauvri, à tester sur les civils des armes nouvelles qui carbonisent le foie et coagulent le sang, c'est en toute impunité que Picrocholandicule a assassiné des opposants au moyen d'armes biologiques qui auraient suscité l'horreur universelle si un autre Etat rowien s'était rendu coupable d'une telle infamie.

Comme vient de le clamer l'empereur picrocholien qui sévit actuellement sur la planète: «La politique des États-Unis est ce qui rend l'Amérique différente. C'est ce qui nous rend exceptionnels ». 

La planète entière expérimente, en effet, à quel point le Picrocholand d'outre-Atlantique se révèle une nation exceptionnellement dangereuse pour la paix, la prospérité et la sécurité du monde.

 

3. peaux-rouges.jpg

Épilogue

Ainsi va le monde picrocholien dans lequel la Maritorne du village de Sagayo a réussi, durant deux siècles, à se faire passer pour la Dulcinée idéale du Toboso démocratique.

Mais l'enchanteur a perdu son pouvoir. Le charme se dissipe, les oreilles se débouchent et les yeux se dessillent. La Maritorne en haillons apparaît enfin aux yeux des Rowiens telle qu'elle est réellement. Ils découvrent, amers, dépités et honteux que leur vénération s'est portée sur une fille de ferme inculte, égoïste, cynique et uniquement soucieuse de ses poules et de ses cochons.

… En attendant la révolte qui vient ...

* L'image figure (en plus grande taille) dans le site web de MM. René Thévenin et Paul Coze, Moeurs et histoire des Peaux-rouges, classiques.uqac.ca [ Celle de la pirogue également – NdGO ]

le 2 octobre 2013

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/picro...

 

*

The Doors – The End (Apocalypse Now)

(version symphonique par Nigel Kennedy)

 

 Mis en ligne le 6 octobre 2013.

 

 

 

 

14:08 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |