08/04/2013

CINEMA D'AILLEURS

CINEMA

D’AILLEURS

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Cinéma américain

et esclavage

(on n’en sortira pas facilement, mais…) 

2. BLOG - CINOCHE - Lincoln .jpg

La dépravation morale de « Lincoln »

 

Sam Husseini

24 février 2013, Information Clearing House

Il n’y a pas un seul personnage substantiel dans le film Lincoln, qui soutienne, sur un plan moral, que les Afro-américains sont les égaux des blancs.

Le film commence par une scène où le président Lincoln écoute soliloquer un jeune noir qui explique comment il entend aller de l’avant, ce qui est très bien, je suppose, mais qui n’a rien d’un plaidoyer moral contre l’esclavage.

Les abolitionnistes – en qui on devrait voir des héros – sont présentés tout au long de ce film comme des cinglés, dans les rares occasions où ils ne sont pas ignorés.

On voit un membre du Congrès, le radical (Républicain) Thaddeus Stevens se livrer à des contorsions pour ne pas prononcer que les noirs sont intrinsèquement les égaux des blancs.

Une scène cruciale entre lui et Lincoln le montre en train d’essayer de persuader le Président de se régler sur sa boussole morale. Lincoln lui répond qu’on ne peut pas aller droit sur le nord quand on est devant un marécage. Et la question est réglée, comme s’il n’y avait pas de réponse à un tel argument. C’est le compromis qui est considéré comme le sommet des sommets, le but ultime, et non pas le soutien d’une cause juste, considéré comme inefficace et contre-productif.

Même en admettant que ce soit ce que doit être la politique – et je n’y crois pas une seconde – quelle sorte d’« art » glorifie une telle attitude, en écartant dédaigneusement ceux qui se dressent avec courage au nom de ce qui est vrai et juste ? Quelle sorte d’« art » dit que l’ambition la plus haute consiste à être de connivence avec le compromis, en se prétendant puriste défenseur de quelque but plus élevé ? Quelle sorte d’« artiste » se sert de son talent et de ses ressources pour délivrer ce genre de message au public ?

Eh bien, c’est quelque chose que le producteur et metteur en scène de Lincoln, Steven Spielberg, a déjà représenté, par exemple dans La liste de Schindler. On y voit Oskar Schindler amadouer des soldats allemandssusceptibles d’exterminer des enfants juifs, en leur faisant croire qu’il a besoinde leurs petits doigts pour son usine. Ce pourrait être une anecdote poignante. Mais est-ce que la nécessité probable de mentir aux nazis s’applique aux Etats-Unis de 1863 ? Ou d’aujourd’hui ?

Dans une certaine mesure, c’est la position d’un tas de progressistes depuis le début de l’ascension du président actuel. « Nous avons foi en les mensonges d’Obama » (In Obama’s lies we trust) a été leur devise de facto. Dans une autre mesure, cela reflète probablement des intérêts qui sont les leurs, quand ils font semblant de vouloir un changement, tout en sachant parfaitement qu’Obama n’apportera aucun changement significatif. Presque tout le monde est un « triangulateur » maintenant.

Mais tous ces jeux, joués par Obama et ses supporters, qui exaltent de présumés « compromis » – Obama accepte-t-il des compromis ou brade-t-il la baraque dès le départ ? -  ne font pas que trahir la haute vocation de l’art, ils sont aussi anhistoriques.

Pour un vrai coup d’œil sur la mentalité qu’il y a derrière Lincoln, considérez ce que Tony Kushner, l’auteur du scénario, a dit à Bill Moyers :

« Mais en même temps, ce niveau de critique doit permettre que, pendant les cycles électoraux, des gens qui n’ont peut-être pas fait tout ce que nous voulions qu’ils fassent soient réélus, de façon que nous puissions construire une base de pouvoir qui nous mette en mesure de faire réellement des choses. Et je pense que nous avons une législation bien équilibrée. Et je pense que nous avons perdu l’habitude de cet équilibre en passant toutes les années de la contre-révolution de Reagan loin du pouvoir. Nous sommes devenus très critiques. 

« Mais tout ça, ce sont des conneries. On ne va pas prétendre que Wall Street n’a pas une influence horriblement forte et illégitime sur le pays. Mais si vous voulez réussir à réguler le système financier, vous devrez malheureusement, jusqu’à un certain point, travailler avec Wall Street. Parce que, si vous foncez naïvement, vous apprendrez très vite que beaucoup de ce qui arrive dans ce pays est contrôlé par Wall Street. Et une chose que j’aime chez Obama, c’est qu’il n’est absolument pas naïf. Et, vous savez, vous ne vous faites pas élire président quand vous êtes un noir, si vous êtes naïf. Cet homme - vous savez, je ne pourrais pas me faire élire représentant des copropriétaires dans mon immeuble – il a réussi ce miracle, il est réélu président américain. »

A propos de conneries ! Ici, Tony Kushner, non seulement fait comme si Clinton n’avait pas été au pouvoir pendant huit ans, mais, incroyablement, lorsqu’il parle de l’interaction entre Wall Street et la politique, il fait également comme si Clinton et Bob Rubin et Larry Summers (qui a quand même été le conseiller économique d’Obama)  n’avaient pas fait passer la déréglementation de Wall Street à la fin des années 90. Bon, Moyers a fait de bon shows sur ces questions, mais, là, il a laissé Kushner et ses imbécilités s’en tirer à trop bon compte.

Alors, qui est le naïf dans tout ça ?

Quelle est la responsabilité de l’artiste, quand il s’attaque au cours de l’histoire ?

Où sont les films sur Dietrich Bonhoeffer, qui a été exécuté par les nazis ? Sur Nat Turner, qui a entraîné un soulèvement d’esclaves ? Sur John Brown qui, selon les termes mêmes de la biographie de S. Reynolds « a tué l’esclavage, fait éclater la guerre civile et semé les graines des Droits Civiques » ?

Non, Obama n’est pas naïf, et Kushner ne l’est pas non plus. Quiconque prend pour argent comptant ce que lui raconte Hollywood l’est.

 Traduction Catherine L. pour L.G.O.

Source :

http://www.informationclearinghouse.info/article34072.htm

 

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La dépravation morale du cinéma esp d’Almodovar

jeudi 28 mars 2013

Les amants passagers : atterrissage raté pour Almodovar.

Rosa LLORENS


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Après plusieurs années d’errances mélodramatiques, à la recherche d’un nouveau souffle, Almodovar revient à la comédie, avec un nouvel épisode de la série américaine Pan Am, version cage aux folles : l’action se centre sur deux pilotes bisexuels et surtout un trio de stewards homosexuels. Almodovar poursuit ainsi une trajectoire marquée par l’évitement des réalités sociopolitiques et un réductionnisme sexuel qui, dans les années 70, pouvait sembler audacieux, mais qui, aujourd’hui, n’est plus qu’infantile voire inquiétant.

L’avion des Amants passagers, avec ses problèmes techniques qui menacent de le conduire au crash, aurait pu symboliser l’Europe actuelle, enlisée dans une crise économique, morale et intellectuelle et, plus précisément, les scandales politico-financiers qui ont discrédité le gouvernement Rajoy et provoquent, dans la presse, de multiples appels à la démission.

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Source :

http://www.legrandsoir.info/les-amants-passagers-atterris...

 

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Cinéma américain

et esclavage

(suite)

3. bis BLOG - CINOCHE - AFRIQUE sur  drapeau US -0 a a agent analyse mali 5.jpg

 

 mercredi 3 avril 2013

L’invasion silencieuse de l’Afrique et les mensonges de Hollywood.

John PILGER

 

4. John Pilger 1.jpgUne invasion à grande échelle est en train de se dérouler en Afrique. Les Etats-Unis sont en train de déployer des troupes dans 35 pays africains, en commençant par la Libye, le Soudan, l’Algérie et le Niger. Signalée par l’agence de presse Associated Press le jour de Noël, cette information était absente de la plupart des médias anglo-américains.

L’invasion n’a pratiquement rien à voir avec « l’Islamisme », et presque tout à voir avec la mainmise sur les ressources, notamment les minerais, et une rivalité croissante avec la Chine. Contrairement à la Chine, les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à employer la violence, comme démontré en Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen et Palestine. Comme lors de la Guerre Froide, une certaine division du travail stipule que c’est au journalisme occidental et à la culture populaire de fournir une justification à la guerre sainte contre « l’arc de menace » islamiste, semblable en tous points à la soi-disant « menace rouge » d’une conspiration communiste mondiale.

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Source :

http://www.legrandsoir.info/l-invasion-silencieuse-de-l-afrique-et-les-mensonges-de-hollywood.html

John Pilger est un  journaliste, scénariste et réalisateur australien né le 9 octobre 1939 à Sydney. Il a été correspondant de guerre au Vietnam, au Cambodge, en Egypte, en Inde, au Bangladesh et au Biafra. Il a obtenu de nombreux prix de journalisme et d’associations de droits de l’homme et a été nommé deux fois « Journalist of the Year » en Grande Bretagne.

 

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Cinéma serbe

Emir Kusturica et son prochain film

Il y a quelques jours, La voix de la Russie annonçait que le bouillant Emir se préparait à tourner un film ayant pour sujet la vente, par le Kosovo, d’organes de prisonniers serbes un peu tués pour l’occasion, qui n’a jamais défrayé les chroniques BCBG de la presse-tituée occidentale.

Simultanément, quelques articles fielleux avaient paru, dans d’autres endroits de l’ex-Yougoslavie, accusant le réalisateur de choses peu claires, mais principalement d’être serbe, et son actrice vedette, Monica Bellucci, d’être une idiote et une aveugle.

Emir Kusturica met aujourd’hui deux ou trois choses au point. C’est sur Alterinfo :

5. Emir - 1 .jpg

Le réalisateur serbe culte a annoncé il y a quelques jours qu'il a l'intention de tourner un film sur la vente d’organes au Kosovo. L’union des cinématographes de ce pays auto-proclamé a exigé des autorités qu’elles interdisent à Kusturica l’entrée du territoire qui se trouve sous leur contrôle. Dans une interview accordée à La Voix de la Russie, le réalisateur explique que les médias des Balkans ont légèrement changé d'accent dans cette information.

Emir Kusturica : Cela fait longtemps que j’écris un roman qui s’appelle Mon cher Fedor. Ce roman parle d’un jeune homme qui se pose des questions existentielles et se demande si la morale existe. Le destin l’amène au Kosovo, où il retrouvera sa petite amie, qui est attachée à lui. Cette fille a des liens avec un autre héros principal de mon histoire qui s’appelle Fedor Dostoïevski. (…)

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Source :

http://www.alterinfo.net/Kusturica-Mon-film-ne-parle-pas-...

Deux ou trois informations sur Kusturica en général, pendant qu’on y est :

Il existe un site – en français et en anglais - consacré au réalisateur serbe : www.kustu.com dont voici la page d’accueil :

http://www.kustu.com/w2/fr:start.

Il a été créé et est animé par Matthieu Dhenin, cinéphile mais aussi écrivain (auteur, notamment, d’un roman, Saltarello, paru chez Actes Sud).

On fera bien, pour ne pas se perdre dans le labyrinthe des annonces en tous genres et en tous sens, de fourrager dans Le tiroir (aux projets de Kusturica) où Matthieu essaie de garder un peu d’ordre :

http://kustu.com/w2/fr:le_tiroir

 

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Pour son film La vie est un miracle, Emir Kusturica a construit, de toutes pièces, non loin de Belgrade, un village qu’il a baptisé Küstendorf, autrement appelé Drvengrad (« le village en bois»), lequel a remporté le prix européen d’architecture Philippe Rotthier.

6. Kustendorf-Dvengrad-Mokra-Gora.jpg

Après le tournage du film, loin d’être abandonné, Küstendorf est devenu « village du cinéma ». Kusturica y a fondé une école, où de jeunes apprentis-réalisateurs viennent faire des stages d’une semaine.

S’y déroule aussi, tous les ans, au mois de janvier, le Festival de Küstendorf, principalement consacré à des courts-métrages de jeunes réalisateurs.

7. Kustendorf - affiche.jpg

 

Enfin, le réalisateur, qui est aussi musicien, parcourt à la moindre occasion le monde avec ses amis et complices du No smoking orchestra.

8. No smoking orchestra.jpeg

 

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Méthode Coué !


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Mis en ligne le 8 avril 2013 par Theroigne

16:44 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/04/2013

Evolution foudroyante...

1. BLOG - ALINE - TRUANDS - Pompiers dégageant des bateaux - frozen-sea-china_2438027k.jpg

 

Aline de Dieguez

3 avril 2013

IV - Evolution foudroyante du système bancaire mondial


Du gangstérisme à la truanderie

 

" Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l'entité adéquate pour le faire”

David Rockefeller , 1999

 

"Les quelques banques qui, grâce au processus de concentration, restent à la tête de toute l'économie capitaliste, ont naturellement une tendance de plus en plus marquée à des accords de monopole, à un trust de banques. En Amérique, ce ne sont plus neuf, mais deux très grandes banques, celles des milliardaires Rockefeller et Morgan, qui règnent sur un capital de 11 milliards de marks."

Lénine , L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916

 

1 - C'est là que tout a commencé

2 - Des trous dans le manteau d'or

3 - Petit conte immoral

4 - Les banquiers deviennent des banksters

5 - L'exemple français

6 - Consolidation du statut des banksters

7 - Du gangstérisme bancaire et de la truanderie institutionnalisée

8 - La punition exemplaire infligée aux Chypriotes

9 - Conclusion pessimiste

 

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1 - C'est là que tout a commencé

Il était une fois un pays plus heureux que celui de Cocagne que la légende situe près de Naples et dont une montagne magique occupait le centre. Crachant à profusion de gros sandwichs bourrés de viande et des boîtes d'un liquide marron, sucré et pétillant, ce Vésuve alimentaire plongeait ses habitants dans la félicité. Plus béni des dieux qu'Argos, dans lequel Danaé, la belle captive, fut fécondée par le roi des dieux métamorphosé en une pluie d'or, ce lieu de rêve aimantait les aspirations d'une partie non négligeable de l'humanité.

Le Dieu-Dollar régnait en maître incontesté en ces contrées enchanteresses et ses tentacules enserraient la planète de l'orient au ponant et du septentrion au midi. Ses temples de verre et d'acier surgissaient de terre comme petits rosés dans les prés après la pluie.

2. BLOG - ALINE - TTRUANDS - New-York.jpg

New-York

Durant près d'un siècle les prêtres de cette divinité s'étaient gavés d'une nourriture alléchante offerte par les servants du Dieu de papier qui leur offrait des rendements qui dépassaient leurs espérances les plus folles. Ils n'avaient pas senti l'odeur de pourriture qu'elle dégageait. La Bourse flambait et la courbe des indices, telle l'échelle de Jacob, semblait devoir monter jusqu'au ciel.

Lire la suite…

 

 *

 

MANE, THECEL PHARES !

 

Le 6 mars 1987,

Naufrage du HERALD OF FREE ENTERPRISE

Entre Zeebruges et Douvres

193 morts

L’Apocalypse avait commencé.

 

 

 

*

Pour nous consoler des truands,

Des humains comme on les aime

Mongolie…

Une chamelle avait mis bas…

Un petit qu’elle ne reconnaissait pas et dont elle ne voulait pas…

Il allait mourir de faim…

On n’élève pas les petits chameaux au biberon…

Que faire ?…

 

 

 

*

Mis en ligne par Theroigne, le 3 avril 2013


13:33 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2013

Lux Æterna

1. LUX - Bateau .jpg

 

CARTE BLANCHE

A EDOUARD LECEDRE

 

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Fin 2012 ont été décernés les prix d’un concours de nouvelles « sur le cinéma », organisé par l’AFCAE (Association française des cinémas d’art et d’essai).

http://www.passeursdimages.fr/Prix-Jean-Lescure-concours-de

http://www.passeursdimages.fr/-Appels-a-participations-

Notre ami Edouard Lecèdre, qui n’est pas un inconnu pour les familiers de ce blog, y a obtenu – pour la deuxième fois ! -  le prix de la ville d’Antony. A l’occasion de cette carte blanche, Les Grosses Orchades vous en offrent la primeur.

 

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Lux Æterna

Tu dormais profondément, assis près de la fenêtre, la tête penchée contre la vitre, dans le doux balancement du train qui fonçait droit sur la fermeture éclair des rails rayant l’immense plaine jusqu’à l’horizon. Ce n’est pas la radio dans le compartiment voisin qui t’a réveillé, mais l’arrêt du train en plaine. La surprise a reflué lentement de ton esprit et c’est cet instant que tu choisis pour te lever et descendre du wagon.

 

2. Lux - Train en plaine .jpg


Tu as mis ton costume noir, ta chemise blanche, une cravate, noire aussi, qui oscille dans un vent du sud et de liberté qui t’invite à faire quelques pas droit devant, foulant l’herbe sèche qui bientôt deviendra un vaste champ qu’il faudra moissonner sous un ciel lumineux. Un long panoramique a achevé de te convaincre que nulle habitation n’avait germé du sol et tu te demandes bien ce que tu fais ici au milieu de cette lande déserte. Le soleil brille plein ciel, aucun bruit… le temps est comme immobile, et tu es là.

Tu pourrais commencer à angoisser pour peu qu’une musique à la Angelo B., celle qui noue ton estomac à chaque film de David Lynch, se mette à envahir progressivement la scène ; mais tu te rappelles que tu as décidé de mener un reportage, une sorte d’enquête un peu spéciale sur la nature profonde du cinéma et que tu ne dois t’étonner de rien. Même pas de la raison qui t’as poussé à entreprendre ce voyage, que tu sembles avoir oubliée de toute façon. Pourtant, te retrouver seul, ici, te semble bien étrange et tu aimerais t’appuyer sur tes talents critiques pour analyser rationnellement la situation. Aussi, un tourbillon de pensées s’empare-t-il de toi, car les mots te semblent malhabiles pour nommer quoi que ce soit en ce moment. Ça t’agace, toi un homme de mots. Alors tu convoques tes souvenirs professionnels à grands renforts d’anecdotes de la salle de rédaction de « 7ème art », ton journal depuis vingt ans.

Ça t’aide un peu, mais tu pressens que tes connaissances techniques ne pourraient pas t’aider. Inadaptées. Certes, elles sont éprouvées, mais les utiliser ici fait trop cliché. Et ça te fait rire ce mot, cliché, alors que tu baignes jusqu’au cou dans une réflexion sur l’art du mouvement.

C’est à ce moment-là que tes certitudes deviennent cette citadelle de verre qui s’écroule dans ton esprit. Tu es comme dénudé. Vierge du fatras de concepts qui t’avaient déguisé en enquêteur-explorateur, tu envisages timidement l’insolite et acceptes finalement l’idée que tu te trouves dans une autre dimension.      

-« Aaah ! » râles-tu bien fort pour te soulager. L’air est toujours aussi doux. Le train par quoi tout commença il y a plus d’un siècle, est toujours derrière ton dos. Tu es soulagé, tu respires, tu vas mieux et tu dis :

– « Une rencontre, peut-on m’accorder juste une simple rencontre ? » 

Il faudrait, à ce moment précis, un personnage à qui parler, là tout de suite, parce que tu viens d’acquérir une sérénité nouvelle, cette sorte de poésie de l’instant qui te rend un peu fébrile. Tu as une furieuse envie d’assommer quelqu’un en lui postillonnant au visage pour lui expliquer pendant des heures tout ce que tu ressens là, à l’instant, mais tu restes muet car tu penses que tu es le seul passager dans ce coin de désert.

Mais tu as tort.

Un simple crissement de gravier te fait retourner aussi vite qu’un éclair.

 

-« Vous avez donc pu venir jusqu’ici ? » - lance soudain un homme, debout à la place du train qui a disparu. Il est comme toi, habillé plus clair, le visage plus tranquille et porte des lunettes.

-« Vous êtes chargé de me guider n’est-ce pas ? »

-« Ou d’autres, nous verrons. »

Tu évalues cet instant particulier en apesanteur et acceptes l’évidence du silence relatif qui s’installe. Cependant, comme l’homme ne bouge pas, tu te sens obligé de le rompre. – « Je… » - commences-tu sans terminer, cherchant la suite dans le vague de l’horizon lointain. – « Je suis… »

-« Je sais qui vous êtes – t’interrompt-il. Vous êtes l’Ecrivain. »

On ne t’avait encore jamais affublé de ce titre éloquent à moins qu’on ne cherchât, comme à tes débuts, à te pervertir en te flattant grossièrement pour obtenir ta présence sur les plateaux TV, en faire-valoir d’un quelconque saltimbanque animateur  d’émission grotesque.   

-« Et vous ? » demandes-tu à ton tour.

-« Je suis graphiste - répond-il. Cinématographiste. »

Passé un bref moment de surprise, tu dis spontanément - « Nous sommes donc de la même famille ! Des cousins, oui… des sortes de cousins, c’est le mot qui me vient à l’esprit »

-« Si vous voulez. On peut le dire comme ça » répond-il d’un ton suave.

 

L’homme harmonieux te regarde, comme s’il lisait dans tes pensées. Il s’en amuse. Il faut dire que tu offres à cet instant un florilège de questions et d’interrogations propres à auréoler ta tête à la façon des peintures byzantines, tellement ton crâne est chaud et lumineux. Il n’a pas dit scénariste, ni metteur en scène, ni cinéaste, te dis-tu, car tu as une bonne mémoire. Il y a longtemps que ton imaginaire n’a pas été aussi déployé. Ce mot de cinématographiste, tu le dégustes comme un fruit tropical plein de jus, en le mâchant et le faisant tourner dans tous les sens. Tu savoures l’enchevêtrement de sens qu’il t’oblige à comprendre, à saisir et à découvrir, parmi tout ce que tu connais et tout ce que tu peux imaginer. Son odeur d’artisanat, de bois mouillé, de colle et de papier te fait apparaître Méliès et sa lune borgne. Tu entends le cliquetis de la manivelle d’une caméra énorme sur un trépied massif, cachée sous un drap épais. Tu imagines assister à un tournage, à la naissance d’un film et tu ne peux éviter de dénombrer les multiples appareils techniques mobilisés que tu t’amuses à reconnaître un par un, en bon critique que tu es, laissant divaguer ton esprit et ton regard tracer des lignes parallèles, en va-et-vient dans le ciel jusqu’à s’approcher lentement du sol pour s’attarder sur l’homme toujours immobile face à toi, le fixer, focaliser son regard, s’approcher de lui jusqu’à s’engouffrer dans la prunelle de ses yeux, lui que tu situes au centre de ce que tu cherches.

-« Vous souhaitez donc les rencontrer ? »

Il a lâché cela comme une évidence et au lieu de dire tout de suite oui, tu dis - « Est-ce possible ? »

-« Bien sûr ! Venez donc, suivez-moi, elles sont là-bas. »

Tu hésites et tu te trouves d’un seul coup rudement empoté.

-« Venez, venez, suivez-moi, n’ayez pas peur. »

-« Mais où m’emmenez-vous ? »

-« Là où elles sont bien sûr. Venez, vous dis-je. »

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Le fait qu’il fasse subitement nuit noire te paraît normal. Par contre, tu trouves curieux que le cinématographiste, qui trottine allègrement devant, soit beaucoup plus doué que toi pour éviter les obstacles du terrain que tu as l’air d’adorer, puisque lorsque tu ne te fiches pas le nez dans une branche, tu te tords les chevilles dans les ornières du chemin. Tu sais que tu es un piètre randonneur mais à ce point-là, tu t’étonnes. Tu progresses malgré tout et… Argh ! cette fois-ci c’est un caillou pointu qui s’infiltre dans ta chaussure. Le temps de sautiller et tu accroches ta manche à un branchage aussi inopportun qu’épineux.

-« Où êtes-vous ? » lance ton guide à la volée.

-« Ici, en bas, dans le trou ! » arrives-tu à dire sur un ton flûté.

-«  Ne faites pas l’enfant, venez, suivez-moi. Elles veulent bien vous rencontrer, mais, vous savez, elles sont si imprévisibles. Elles sont tellement sollicitées ! Vous les verrez peut être toutes à la fois, qui sait ? »

-« Moonff » réponds-tu recrachant la touffe d’herbe, à plat ventre sur le talus. 

Cette nuit noire comme l’encre te fascine. Pas tellement parce que malgré tes chutes et tes cabrioles, tu n’as jamais perdu de vue ton cicérone, mais l’impression de te déplacer dans un espace familier devient de plus en plus tenace. Le terrain est devenu plus doux. L’odeur, tiède, ne t’est pas étrangère. L’air sans souffle, presque palpable, tout cela te fait penser à …. non, pas à un théâtre, à… – « Mais bien sûr ! » cries-tu comme un savant heureux. – « Bien sûr, bien sûr, bien sûr ! » répètes-tu comme un idiot. - Une salle de cinéma, une immense salle de cinéma ! Et pourtant je suis dehors ! » Et tu exultes en dansant et en levant les bras – « Youpi ! » lances-tu à la nuit étoilée dans un saut extravagant. 

-« Humm ! »

Le cinématographiste, que tu avais oublié, se tient devant toi. Tu te figes aussitôt, un peu disloqué, et remets rapidement tout en toi, un peu en vrac, ce qui donne cette grimace en guise de sourire que tu lui offres faute de mieux.

-« Vous voulez toujours les voir ? Alors avancez, elles sont là. » - dit-il après que tu aies hoché plusieurs fois la tête.

 

Tu interrogeras plus tard ton ami car tu viens de comprendre que tu ne pourrais pas entendre ses réponses dans le vacarme qui tient maintenant lieu de décor. Comme une houle invisible, une immense clameur déferle régulièrement, pleine de cris, de vagissements, de murmures et de gazouillis, soufflant de partout à la fois des vents chargés de rumeurs, de cris d’extase et de ravissement, tels d’éternels ressacs hurlant et mugissant des multitudes de rires et de pleurs confondus en un gigantesque hourvari. Tu imagines des assemblées entières rire aux éclats, en même temps que des cortèges de plaintes étouffées. Tu perçois de timides gargouillis comme des cris étouffés mêlés à des râles de plaisirs. Tant de clameurs comme provenant de la Terre entière.

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Fasciné, tu ne vois pas l’étrange lueur changeante qui s’avance vers toi, qui s’approche, te frôle, t’envahit et te demande – « C’est donc vous l’Ecrivain ? »

-« Bonjour, oui, euh…, mais tous ces bruits… »

-« Tous ces bruits comme vous dites, ils vous font peur ? »

-« Oh non pas du tout ! Mais d’où viennent-ils ? »

-« Mais de vous…. et de tous vos semblables. »

-« Comment ça ? »

-« Ce sont les émotions, toutes les émotions humaines qui naissent dans les salles obscures. C’est nous qui provoquons tous ces merveilleux sentiments à chaque fois que nous nous offrons à vous, les humains, et c’est grâce aussi à cela que nous existons. Certaines d’entre nous sont tristes et vous pleurez ; d’autres sont amusantes et vous riez. C’est un tout, vous comprenez ? »

-« Mais qui êtes-vous ? »

-« Comment cela ? Vous, monsieur l’Ecrivain, vous n’avez toujours pas deviné ? Petit plaisantin ! Mais je suis I.A. »

-« Hya ? »

-« Non. I.A. »

-« I.A. comme Intelligence Artificielle ? »

-« Ah Ah ! Comme vous êtes drôle ! Non I.A. comme Image Analogique. Vous vouliez nous rencontrer n’est-ce pas, eh bien voilà, moi je suis une image historique. Oh, ne m’interrompez pas avant que je vous dise que je suis aussi, à la fois, toutes les images de ce que vous appelez le cinéma et qui ont été créées jusqu’à maintenant. Vous voyez, j’étais il y a un instant ce vaste panoramique d’un coucher de soleil sur une mer céruléenne et je suis maintenant ce joli profil de femme accoudée à son balcon. Qu’en dites-vous ? »

Evidemment tu es un peu sonné. Complètement ahuri, corriges-tu aussitôt par honnêteté intellectuelle. Finalement non, tu trouves que tu es ab-so-lu-ment abasourdi. Mais en même temps joyeux.

-« Tous ces bruits comme vous dites sont l’expression de vos cœurs humains lorsqu’ils nous voient dans ce que vous appelez un film. C’est fou la variété d’émotions que nous faisons naître, parfois sans le vouloir d’ailleurs. Nous sommes des images, des images de cinéma. »

-« Mais il a bien fallu vous créer ? »

-« Bien sûr ! Nous sommes nées en même temps que vous. »

-« C'est-à-dire ? »

-« Eh bien, vous savez, il y a bien longtemps, les images ont d’abord été fixes. Monsieur l’Ecrivain, ne me dites pas que vous ne connaissez pas cette histoire qui remonte aux premiers âges, de Lascaux, à la Renaissance, la peinture, puis la photographie… »

-« Et le cinéma ! »

-« Oui, vous les humains, vous êtes très inventifs. Il y a un peu plus d’un siècle, vous créâtes cet art merveilleux qui continue de vous envoûter. Savez-vous pourquoi ? »

Là, tu veux impressionner et marquer un point car tu viens de te rappeler que tu es un fameux critique de cinéma. Et tu dis : « le mouvement ? »

-« Bien plus que cela ! La vie ! La vie recréée mais en mieux. Une sur-vie en quelque sorte, surréelle, idéale et universelle. Des histoires que tout le monde comprend, ressent et veut vivre, comme si elles dévoilaient la pure vérité de la condition humaine. Je suis, nous sommes, des images éternelles. Vous comprenez ? »

 

Oui, tu commences à comprendre, mais l’émotion t’envahit à ton tour et tu ne peux rien dire. I.A. est maintenant un petit garçon qui rentre pour la première fois à l’école. Il a cinq ans et il est terrifié par tous les enfants qui courent en hurlant dans la cour de récréation. Personne ne lui a expliqué ce qu’il devait faire. Il attend et cherche désespérément un autre enfant perdu comme lui à qui il pourra prendre la main pour être moins seul. Tu ne sais plus si ce défilement d’images provient d’un film que tu aurais vu il y a des années mais tu es obligé d’admettre qu’elles ont une drôle de résonance avec une partie de ta vie. I.A. continue de parler et tu vois deux braves mecs, assez empotés, qui s’apprêtent à disperser les cendres d’un de leurs amis. Ils sont sur le bord d’une falaise qui domine la mer et il fait un vent du tonnerre. Celui qui porte l’urne funéraire se tient au bord du précipice et se met à déclamer une ode au défunt. Une ode complètement hors sujet par rapport aux circonstances. L’autre, qui est venu à reculons à cette cérémonie, porte un beau costume neuf, campe les bras croisés quelques pas en arrière et ronge son frein. Le vent lui arrive en pleine face. Il y a longtemps qu’on peut deviner ce qui va se passer, mais quand il reçoit le nuage de cendres en pleine poire, tu éclates de rire à t’en rouler par terre.

-« Vous voyez, je peux faire rire et faire pleurer le monde entier ! » - continue imperturbablement I.A.

-« Mais ce que vous me montrez là s’appelle un film, du cinéma ! »

-« Oui et non. De quoi est fait un film d’après vous ? »

-« D’images, d’images successives… »

-« Eh bien considérez que l’image dans un film est un peu comme l’ADN dans un corps humain. Un élément fondamental. Enlevez cette molécule et le corps n’existe plus. »

I.A. se métamorphose sans cesse et la tempête de clameurs commence à t’enivrer. Toi qui voulais une enquête spéciale, tu es servi ; mais surtout émerveillé, joyeux et excité comme si tu étais amoureux. Ton esprit rationnel ne se relâche pas pour autant et tu poses cette question : - « qui vous crée au juste ? »

-« Un petit peu vous Monsieur l’Ecrivain – répond I.A. électrique et espiègle. Puisque vous révélez l’imaginaire, d’autres après vous exploitent les mondes que vous avez créés. En particulier votre ami qui vous a conduit ici, le cinématographiste. C’est lui qui nous entraîne à chaque fois dans des histoires. Nous l’aimons beaucoup »

-« Il y a aussi tous les autres. Je veux parler des acteurs, des actrices, des…

-« Oh, n’allez pas plus loin, je les connais – rétorque I.A. en t’offrant une vue kaléidoscopique des stars hollywoodiennes.

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La fanfare des rires et des pleurs humains ne cesse de tourbillonner comme d’énormes volutes de mille sonorités. Tu veux la remercier pour ce voyage unique qu’elle te permet de vivre et tu penses évidemment à l’enlacer et l’embrasser, mais tu ne peux rien faire car elle n’est nulle part et partout à la fois, si changeante, si abstraite et bien là pourtant, si datée et si universelle. Tu te laisses bercer dans cet univers que tu as décidé de ne plus quitter. Tu planes comme après t’être empiffré de pâtisseries orientales et tu te tournes lentement vers elle.

-« Oui I.A. Que disiez-vous ? »

-« Je ne suis pas I.A. Je suis sa sœur »

-« Hein ! Mais qui êtes-vous ? »

-« Je m’appelle I. N. »

-« Hyène ? »

-« Non I.N. pour Image Numérique. Mais appelez-moi Noum, c’est plus joli »

-« Mais où est passée I.A. ? »

-« Elle est toujours là, ne vous inquiétez pas. D’ailleurs la voici. »

-« Oui je serai toujours là ma chère sœur, malgré les inventions et les trouvailles du génie humain. »

-« Pfft ! Rien ne vaut la netteté et la précision. »

-« Fi donc, rien n’égalera le grain ni la nostalgie. »

L’arrivée de Noum n’a pas fait varier le moins du monde le déferlement continuel des vagues de soupirs et de clameurs. Tu entends autant de cris d’épouvante que d’explosions de rires, de vrombissements sourds que de gloussements coquins. Noum t’éblouit. Elle est aussi… belle, dirais-tu, que I.A ? Non ce n’est pas ça. Tu cherches un mot plus adapté et tu te dis que tu manques terriblement d’inspiration. Envoûtante ? Bof ! Non. Tu penses finalement que numérique ou analogique, ce sont des images et peu importe, c’est la même chose.

-« Oui, peu importe c’est la même chose. » - leur lances-tu.

-« Qu’est-ce qui est la même chose ? » demandent en chœur les deux sœurs.

-« Eh bien, vous voyez, vous parlez en même temps ! Que vous soyez analogique ou numérique, vous êtes avant tout des images, et le rêve continue. »

 

Tu remarques aussitôt que ton intelligente répartie a provoqué un conciliabule secret entre Noum et I.A. Le tumulte environnant est devenu pour toi une sorte de musique de l’âme humaine. Tu attends patiemment, mais tu voudrais bien qu’elles t’associent à leur parlotte mystérieuse. Elles se démultiplient à l’infini, en couleur, en noir et blanc, parfois en sépia. Tu les regardes et tu es pris dans une tornade de souvenirs, de fantasmes, d’angoisse, d’allégresse selon que tu reconnais en elles des souvenirs heureux ou pénibles ou des idéaux romantiques, gardiens éternels de tes inspirations. Ton cœur chavire à chaque seconde comme un frêle esquif pris dans un typhon symphonique.

 

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-« Monsieur l’Ecrivain, Monsieur l’Ecrivain, atterrissez et venez, suivez-nous. Elle veut vous voir elle aussi. »[JC1] 

-« Qui donc ? »

-« Notre nouvelle sœur. »

-« Comment ça une autre sœur ? »

-« Oui, vous allez voir, la voici. »

-« Bonjour Monsieur l’Ecrivain. Je m’appelle Dédée. Dédée tout court, pas d’Anvers »

-« Dédée ? »

-« En réalité mon vrai nom est D.D.D. ou 3D. Je suis une image 3D, en relief comme vous dites. Mais 3D c’est tellement disgracieux que je vous demande de m’appeler Dédée. La grâce, vous comprenez, c’est pour nous comme une nature profonde, immuable. »

Tu balbuties quelque chose qui ressemble à un mâchouillis incompréhensible pendant qu’une tornade d’images t’engloutit. Les montagnes russes ne sont rien à côté des plongées que tu dessines. Tu as l’impression d’être la tête en bas mais ce n’est qu’une illusion car une seconde après, droit comme un piquet et maître de tes sens, tu  dis à Dédée qu’elle paraît bien timide face à ses deux sœurs.

-« Oui c’est vrai. C’est parce qu’elles savent porter le subtil, montrer la beauté. Elles sont d’une puissance inégalée pour exposer l’indicible d’une impression, l’atmosphère délicate d’une situation. I.A. et Noum sont imbattables pour vous montrer la tendresse d’un visage, l’amour d’une femme, la honte d’un repenti, ou l’aube se levant sur la mer. »

-« Et vous non ? »

-« Non. Ou pas encore. »

Tu es intrigué d’autant que tu ne peux t’empêcher de contempler la sarabande hallucinée que forment à cet instant Noum et I.A., comme dansant ensemble en un tourbillon multicolore. Tu te demandes si tu peux te permettre de lui demander pourquoi.

-« Euh…et pourquoi ? »

-« Tout simplement parce qu’on m’a créée pour montrer avant tout l’angoisse et la frayeur. Ne sont-elles pas aussi d’intéressantes émotions ? Et sur ce chapitre, je suis la meilleure, n’en déplaise à mes chères sœurs, n’est-ce pas mes petites chéries ? » 

-« Tout est relatif. Tu devrais le savoir ma chère Dédée. »

-« Et rien ne dépassera dans le cœur des gens ma beauté analogique ! »

-« Parle pour toi, rien ne pourra remplacer la pureté et la netteté de mes lignes ! »

-« Ah Ah Ah, Laissez-moi rire ! », roucoule Dédée tout en virevoltant.

 

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Décidemment l’image est facétieuse et tu t’apprêtes encore une fois à jouer les arbitres en disant qu’une image…..

-« Est une image, oui on sait – t’apostrophent-elles. Mais quand même, il y a des différences. Venez, je vais vous montrer quelque chose » gazouille Dédée.

 

Tes oreilles semblent se transformer en feuilles de chou géantes au surgissement d’une énorme vague de hurlements titanesques qui enveloppe tout ce qui était encore de la musique auparavant. Un flot d’images s’abat sur toi et te transperce de part en part. Les trois sœurs t’offrent la même image d’un clown hilare.

-« C’est malin ! Quelle bourrasque ! Qu’est-ce que c’était ? » - souffles-tu.

-« Le retour de l’abominable monstre vert de l’espace – me répond Dédée. Je suis très fière de cette image en relief. Elle fait partie d’un film qui va bientôt sortir comme vous dites. Vous verrez, quand la tête fumante du monstre vous arrivera droit dessus, vous ne pourrez pas longtemps rester muet. Comme je vous l’ai dit, le relief, la frayeur, la peur, sont mes spécialités. Mais je dois vous avouer que j’envie beaucoup mes sœurs lorsqu’elles sont le vent qui souffle sur le blé irlandais, ou l’odyssée de l’espace sidéral. »

 

Ton voyage dans ce monde enchanté t’emporte ailleurs. Tu sembles flotter mais c’est une impression. Tu  avances parmi les sons et les images dans un large couloir sans parois et tu vois au-dessus de toi la nuit étoilée. I.A., Noum et Dédée émettent leur flux de panoramas, de visages, d’objets, et, de-ci de-là, une image de dessin animé ; elles tournoient maintenant autour d’une ombre qui t’intrigue assez pour t’approcher un peu. Une sorte de silhouette se tient debout au centre comme le pivot de leur maelström. On dirait un homme qui semble leur parler et…mais oui, tu retrouves le cinématographiste que tu avais totalement oublié. Il te voit et te sourit. 

-« Etes-vous heureux de les avoir rencontrées ? »

-« Grâce à vous j’ai vu le monde entier. Ce monde est tout entier rassemblé ici et je ne souhaite plus en sortir. »

-« Dans ce cas, il vous faut voir tout le monde. Venez les rejoindre. Elles sont autour de leurs sœurs »

-« Encore une autre sœur ? »

-« En fait deux sœurs, mais irrémédiablement unies. Elles sont siamoises. Ne faites pas attention, elles se chamaillent sans cesse. »

De toutes façons, plus rien ne t’étonne. Ton cœur a rejoint ton esprit comme dans une fête perpétuelle. S’avance alors vers toi dans un bouillonnement de couleurs irradiantes, un spectre qui glisse en virevoltant comme une valse, montrant ce que tu nommes une face et un dos, comme le verso et le recto d’une insaisissable et immense carte à jouer.

-« Nous sommes des sœurs jumelles… » chantent-elles en double.

-« Je suis B.A. » dit le verso.

-« Je suis PUB » dit le recto.

 

Comme tu es devenu familier des lieux, c’est avec aisance que tu t’engouffres dans leur tourbillon et dans les tours de l’ample valse qu’elles t’offrent. Tu as deviné leur identité puisque tu les vois à chaque séance de cinéma.

-« B.A. comme Bande Annonce, n’est-ce pas ? »

-« Oui mais appelez moi Béa c’est plus charmant. »

-« Et vous PUB, avez-vous un petit nom également charmant ? »

-« Vous savez que c’est déjà un diminutif et je m’en contenterais. » 

-« Ne faites pas attention Monsieur l’Ecrivain, ma sœur a mauvais caractère car elle est jalouse de mon statut diplomatique, alors qu’elle se considère comme un simple agent commercial, si vous voyez ce que je veux dire, -me susurre Béa dans une spirale baroque. – Je représente les films à venir et mon rôle d’émissaire fait de moi un important ambassadeur »

-« Que nenni ! - tempête vivement PUB qui écoutait patiemment jusque là. – C’est moi qui suis l’ambassadrice des marques et des produits, que vous, les humains, n’arrêtez pas d’inventer. Et c’est ma sœur qui n’est en réalité qu’un simple agent commercial pour vendre les films à venir ! »

-« Mais non ! »

-« Mais si ! »

 

Tu toupilles ainsi de pirouettes en pirouettes, tantôt dans l’aura de Béa, tantôt dans le halo de PUB, quand le flux d’images et de sons s’agrandit encore à la venue des trois autres qui t’aspirent et t’entourent dans leur farandole effrénée. La vaste clameur est une cataracte infinie qui te berce autant qu’elle t’exalte.

-« Mes amies – déclames-tu comme enivré – mes chères amies, vous êtes toutes des images divines. »

-« Divines je ne sais pas – proclament-elles d’une seule voix. C’est tout de même vous qui nous avez créées ! »

-« Oui, bien sûr, je voulais dire extraordinaires, éternelles, universelles, que sais-je encore. Vous comprenez, dire image est un peu plat. Je voudrais nommer ce que je ressens au plus profond de moi quand je vous vois toutes à la fois… »

-« Vous avez dit éternité, vous pouvez aussi ajouter lumière » te glisse Noum au-dessus de toi.

-« Luminescence » chuchote I.A.

-« Image éternelle… oui, c’est cela. » - balbuties-tu.

-« Nous sommes une lumière éternelle. Lux æterna. Oui, Monsieur l’Ecrivain, appelez-nous Lux æterna. »

 

Et te voilà transbahuté dans une explosion de lumières, d’images et de musique. Tu es comme ton guide tout à l’heure, droit au milieu des images-sœurs qui tournent autour de toi à donner le vertige. Elles t’entraînent, t’embrassent, t’enveloppent

-« Arrêtez, vous me chatouillez ! Ah Ah ! Non Dédée, pas sous les aisselles ! Ouaah Ah Ah ! Arrêtez, pas non plus ici Béa, pas la plante des pieds ! Ouaaah arrêtez de me chatouiller, Ah Ah Ah ! Pas les cinq à la fois ! Noum ! Voyons ! Ouaaaargh !  J’en peux plus ! »

-« Monsieur… »

-« Ouah Ah Ah ! Arrêtez, j’en peux plus ! »

-« Monsieur ! »

-« Ouh Ouh Ouh !

-« Monsieur ! Réveillez-vous. »

-« ?!... »

-« Réveillez-vous Monsieur, nous sommes arrivés. »

-« Hein ! Quoi ! Que dites-vous ? »

-« Nous sommes arrivés à destination Monsieur. »

-« Comment ça ? Où sommes-nous ? »

-« A Cannes. C’est le terminus. »

 

L’air encore complètement ahuri, tu zigzagues vers la sortie alors que, farfouillant dans tes poches, tu sors cette drôle de carte de visite, blanche d’un côté, noire de l’autre, où deux mots minuscules aspirent tes yeux grands ouverts de stupeur : Lux Aeterna.  


Edouard Lecèdre

Août 2012

 

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Histoire(s) du cinéma américain

ou

Deux exemples de cinéastes américains rebelles, victorieux contre le système

ou

Une nouvelle illustration de la fable de David contre Goliath

Lors d’un récent voyage dans la blogosphère, je découvris qu’on avait écrit que Hollywood était une industrie qui, comme son ancêtre Moloch, soumettait à ses lois - celles du marché et de la propagande - tous les cinéastes, même les plus talentueux. C’était vrai ; presque vrai. Au moment où, vêtu de noir, je m’apprêtais à rejoindre le  long cortège funèbre de la mort du 7ème art, abattu par cette irréparable disparition, le téléphone sonna dans le vestibule.

« Allo ? C’est Stanley. Stanley Kubrick »

« ….. ? »

« Allo, vous m’entendez ? »

« Euh oui, mais je croyais que… »

« Je n’ai hélas pas le temps de vous expliquer. Enlevez tout de suite ces vêtements funestes ! Il n’y a pas de funérailles ! C’est un mensonge, c’est un coup de la propagande ! »

Inexplicablement, comme envouté par une évidence, je savais que c’était bien Stanley Kubrick qui me parlait. Le temps pressait, je le sentais. J’allai donc à l’essentiel, le cinéma, et laissai les questions métaphysiques pour plus tard (même si une telle occasion d’en savoir un peu plus sur l’après ne se présenterait pas de si tôt). 

« Mais…. Stanley, le cinéma est mal en point, vous le savez bien ! »

« Mal en point mais pas mort. Deux films vont sortir ce mois-ci, qui vont vous le prouver. Notez que ce sont deux films américains, réalisés par des américains. Deux grands seigneurs qui ont mis le système à genoux. »

« Ils sortent en mars ? Un rapport avec votre mort en mars 1999 ? »

« J’ai effectivement voulu que ces sorties aient lieu au mois de mars »

« Je vois que vous continuez à n‘en faire qu’à votre tête ! Puis-je savoir comment vous faites ? »

« Simplement je ne me laisse pas faire. La différence, là où je suis maintenant, est que j’embête beaucoup plus de monde qu’auparavant….Bon, je n’ai plus beaucoup de temps et je vais devoir vous quitter. Allez voir ces deux films et vous comprendrez que la résistance est possible. Soyez attentif car il y en aura d’autres… Au revoir »

Un bip interminable fut le point final de cette conversation.

Quelques jours plus tard, le premier OVNI sortait sur les écrans : A la merveille (To the wonder) de Terrence Malick. La semaine d’après, ressortait après trente trois ans de purgatoire, le film maudit qui coula la major United Artists : Heaven's Gate (La porte du paradis) de Michael Cimino.

Deux films américains, totalement hors normes, très différents l’un de l’autre, mais dont, parmi leurs points communs, l’audace s’impose tout de suite. L’audace de s’être opposé au colosse hollywoodien. D’avoir osé s’opposer sonnerait même plus juste. Puis le courage d’avoir tenu bon dans la durée malgré l’infernale pression. Enfin la détermination, l’indéfectible ténacité qui permit à Cimino et à Malick, d’aller jusqu’au bout de leur œuvre, de leur désir, de leur vision. Deux artistes.

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La porte du paradis est sorti en 1980. Western de plus de trois heures et demi, dont le tournage dans le Montana s’éternisa des mois et des mois, sans scénario précis, avec une héroïne (Isabelle Huppert, 27 ans, dans le rôle de Ella Watson, une prostituée française) inconnue des producteurs américains qui firent tout pour la rejeter (n’hésitant pas à l’appeler des States en pleine nuit pour sonder son niveau d’anglais), mais que Cimino imposa contre vents et marées, chantage, pressions en tout genre, ce film-monstre pour les esprits américains provoqua la faillite de la major United Artists. Ce fut un bide en Amérique, mais un succès critique en France. Un échec moins à cause de son format inhabituel (surtout pour un western), qu’en raison de son propos, de son esthétique, de sa musique, bref de son écriture cinématographique. Si, selon les codes en vigueur, c’est un western, La porte du paradis est surtout un film politique qui a mis KO l’establishment US et ses mythes fondateurs. Point d’Indiens, ni de duel où le bon s’en sort seulement blessé (au bras le plus souvent), ni de hold up qui tourne mal (le bon vieux toubib, ou la jeune fiancée, reçoit une balle dans le front), ni de saloon avec les pochards, les joueurs de poker qui finiront pas s’entretuer, ni de cavalerie (au triple galop au son du clairon).

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A la place, il y a des miséreux arrivés tout droit d’Ukraine, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, bref d’Europe Centrale, qui ayant fui la misère européenne, essaient de survivre dans une autre, celle de l’Ouest américain, en cherchant à s’installer dans les grandes plaines. Ils poussent et tirent d’énormes charrettes, où s’entassent leurs affaires; femmes et enfants poussant jusqu’à l’épuisement, l’homme devant, tirant comme une bête. Seulement voilà : les WASP éleveurs ne veulent pas de ces gueux, ne veulent pas partager la terre ; ne veulent surtout pas que ce nouveau monde rende ces concurrents prospères. Ces patriciens vont donc les exterminer en louant les services de mercenaires avec l’accord des politiques et même du Président des Etats-Unis. Une boucherie ; mais les gueux se défendront avec pugnacité et ruse (aidé par le héros blanc – Kris Kristofferson-, un brillant sujet de West Point en rupture de classe, qui reniera cet ordre et finira sa vie en solitaire). L’ordre blanc doit perdurer ! On pense aux Roms d’aujourd’hui, à tous les Africains qui s’échouent sur les côtes de l’Europe du Sud. 

 

Il y a aussi un bordel et des prostituées, filmées avec grâce. Elles seront tuées par les soudards puritains. Il y a ce peuple, filmé comme un documentaire, qui évoque incontestablement l’esthétique russe des films de Eisenstein ou de Tarkovski ; un peuple qui ne sait pas se battre, est inorganisé, dont les chefs ont la bêtise de défendre leurs oppresseurs par docilité et obéissance à la loi (allusion claire aux dirigeants juifs de Varsovie et d’ailleurs qui servirent les intérêts nazi en croyant agir pour leur sauvegarde) mais dont la majorité se soulèvent pour vivre et survivre. Il y a la musique d’Europe Centrale, ce morceau d’anthologie du bal en patins à roulettes. 

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Des esprits chagrins pourraient me rétorquer qu’en 1980, il était encore possible de faire un tel film aux Etats-Unis et que, malgré tout, Cimino a su habilement exploiter les libéralités de la décade des années 70 qui fut prodigue en films critiques de la société américaine (car effectivement après, l’ère reaganienne et les rejetons qui suivirent mirent tout le monde au pas). Eh bien j’affirme que non. D’abord il n’y eut pas tant de films critiques que cela. Mais ceux qui le furent employèrent rarement la forme quasi sacrée du western, qui est le logos fondateur américain et qui est devenue rapidement la figure esthétique légendaire qu’on n’ose plus égratigner. Et parmi les westerns critiques ou démythifiants, Cimino est allé à l’essentiel, au noyau dur de la société américaine, celui des rapports historiques de classe, très crus et très violents, de cette Amérique, et ce, à travers une écriture filmique éblouissante, sachant réunir sans dogmatisme ni dispersion la grande et la petite histoire, le sublime des panoramas et la précision des scènes de genre, sachant montrer, malgré tout, les ambiguïtés tant chez les miséreux que chez les dominants sans perdre la réalité des rapports sociaux, et sachant conjuguer grandes séquences cinétiques d’ample dramaturgie (les valses, les chevauchées circulaires..) avec tableaux statiques d’ensemble tels des peintures classiques.

 

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Mais qu’en est-il en 2013 dans un système hollywoodien plus impérial que jamais ? Trouve-t-on encore des francs-tireurs ?

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 Deux ans après Tree of life, film assez kubrickien, du moins dans sa fresque diachronique de l’histoire du monde, (de la création à nos jours) et qui en sidéra plus d’un, le mystérieux Terrence Malick sort son nouvel opus sous le titre To the Wonder, traduit par A la merveille, un titre qu’il eût mieux valu laisser en anglais (imaginez «l’arbre de vie » et on croira que c’est un film publicitaire pour recruter chez les cathos, ou plutôt chez les adeptes de sectes à la Coelho).

Sur le plan du mystère, Malick est au cinéma ce que Thomas Pynchon est à la littérature. Nul ne sait réellement où il vit. Il n’apparaît jamais en public, évidemment pas dans les medias. Son futur biographe aura bien du mal à nous resituer sa vie, à moins qu’il en reçoive les éléments de la bouche même de ce cinéaste hors du commun. Universitaire brillant, auteur d’une thèse sur Heidegger, il tourne La ballade sauvage (Badlands), son premier film à l’âge de 30 ans en 1973, suivi cinq ans plus tard du stupéfiant Les moissons du ciel (Days of Heaven), un tournage halluciné qui surprend encore aujourd’hui. Puis Malick disparaît pendant vingt ans sans donner de nouvelles. Personne ne sait aujourd’hui ce qu’il a entrepris pendant cette période. Ce fut donc un événement quand, en 1998, il sortit son troisième film : La ligne rouge (The Thin Red Line) magnifique fresque humaine sur la boucherie de la bataille de Guadalcanal. Ce film ouvre un nouveau cycle de recherche formelle et de sujet qui va se prolonger avec Le nouveau monde (The New world, 2005), Tree of life (2011) et aujourd’hui A la merveille.  

Terrence Malick est le seul cinéaste qui, à l’instar de Stanley Kubrick, peut réaliser des films-monde, à gros budget, non commerciaux, totalement en dehors des modes du moment, faisant fi du marketing pourtant roi dans ce secteur, tout en soumettant le système de production à sa volonté. Ainsi, il impose dans ses contrats qu’aucune photographie de tournage ne sera prise ; qu’il ne donnera aucune interview avant, pendant et après. Pareillement pour les acteurs. Avec lui, les délais de tournage sont plutôt élastiques, ne dépendant que de sa création. C’est pour cela qu’il fait immédiatement penser à Kubrick. 

Avec A la merveille, Malick, comme les grands artistes, poursuit son travail de recherche sur le même thème depuis des années : celui de la brisure, de l’égarement, de l’errance existentielle, de la discontinuité relationnelle qui caractérisent la vie des êtres d’ici-bas. Celui, parallèlement, de leur quête aveugle et éperdue pour y trouver un sens. Par rapport à Bergman, dont on le rapproche assez vite, Malick oriente sa recherche sur le plan métaphysique. Si Tree of life était empreint d’un mysticisme animiste hésitant entre délivrance ou réconciliation et entre pessimisme de la destinée humaine, le film A la merveille est franchement nihiliste quant au sens de la vie sur Terre. Les personnages (un couple, un prêtre), se comportent comme des êtres perdus, non pas à la recherche de l’amour, mais plus cruellement, comme des personnes dotées d’amour mais qui ne savent pas quoi en faire. L’amour, ce sentiment immense, est trop grand pour elles. L’homme, la femme l’ont reçu comme en héritage d’un Créateur qui les a abandonnés et qui est parti il y a très longtemps. Ils pataugent dans un quotidien insipide, à la recherche d’un sens de la vie qui les dépasserait, mais tournent en rond, insatisfaits. Le prêtre a perdu la foi et se sent abandonné.

Cette Amérique, Malick la filme sans détour, mais avec beaucoup de grâce, ce qui fait d’autant ressortir la misère de ce pays. Le rêve américain tel qu’on nous bassine depuis des décennies ? : les maisons éventrées, les exclus, les malades, les gens floués par les mensonges publics, toutes les victimes du système capitaliste ; les paysages vides, les supermarchés, les lotissements mortifères, au bout de nulle part, où on hésiterait entre se saouler sans cesse ou se tirer une balle pour en finir plus vite. L’amour est donc là mais en vain. Pourquoi ? La faute à nous même, à la manière dont nous nous organisons pour vivre. Seule subsiste la beauté de la Nature, les animaux, les arbres, l’herbe, l’eau, le vent.

Et regarder par exemple la femme cueillir du bout de la langue une simple goutte de pluie suspendue au bout d’une branche, dans une lande pleine de brume hivernale, ou la voir s’extasier au contact de ses mains sur le gravier d’un chemin, sur fond de la musique lancinante et si évocatrice du compositeur polonais Henryk Görecki est terriblement émouvant.  

« Allo ! C’est Stanley. Alors, vous les avez vus ? »

« Oui. Sacrés films ! Je viens d’écrire un article pour le blog d’une amie »

« Bon. Très bien. Sachez qu’il y a d’autres résistants dans le cinéma que ces deux là, plein d’autres qui sont tombés dans l’oubli ou qui peinent à exister, comme mon ami Elia Suleiman »

« Où dois-je chercher ? »

« Regardez du coté des Russes, de l’Asie. D’une manière générale vous ne vous étonnerez pas d’en trouver dans les pays de la périphérie. Mais attention ! Là aussi, il y a de la propagande et des produits avariés, plus qu’on ne pourrait le penser. Ah oui, avant de vous quitter, regardez aussi du côté des documentaires, un genre qui n’existait pas de façon aussi militante de mon temps. Comme quoi…. »

« Stanley ? »

« Oui »

« Votre prochain film ? »

« Eh bien, je pense que je vais… »

Un crachouillis. Puis une voix métallique : « pour des raisons de saturation du réseau, nous nous excusons de cette interruption momentanée du son »

 

 Edouard LECEDRE

Mars 2013



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Bandes-annonces

en ordre chronologique

 

La porte du paradis

 

Vu l’importance historique du film, nous prenons sur nous d’y ajouter :

Une critique… de 2007 (et alors ?) sur Citizen Poulpe

http://www.citizenpoulpe.com/la-porte-du-paradis-michael-cimino/

Et une autre, du 3 mars dernier, sur  Il a osé

http://ilaose.blogspot.be/2013/03/la-porte-du-paradis.html

 

Tree of life

 

A la merveille

 

 

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Note des Grosses orchades 

par Catherine

Que notre ami Lecèdre me pardonne, mais il me semble qu’en défendant avec chaleur une œuvre qui mérite certainement de l’être tant pour le fond que pour la forme (Heaven’s Gate), il donne implicitement raison aux contempteurs d’Hollywood auxquels il fait allusion au début de son article. (C’était il y a peu, sur le blog de Georges Stanechy, à propos du Django Unchained de Quentin Tarantino,  porté aux nues par l’animateur du blog : http://stanechy.over-blog.com/article-mali-afrique-tarentino-vous-l-explique-115470331.html ).

Les mots « Le second et dernier chef d’œuvre de Cimino » (critique d’Il a osé), ne sont pas moins définitifs qu’un couteau de guillotine ! Car ce n’est hélas pas Cimino qui a vaincu Hollywood, mais bien Hollywood qui a réduit Cimino pour toujours au silence.

Quant aux distributeurs en France de Tree of Life, qui n’ont pas traduit ce titre, ils n’ont jamais dû entendre parler de l’« Arbre de vie », un des plus anciens symboles de l’humanité, toutes civilisations confondues.

Enfin, à propos du film de Malick La ligne rouge, puis-je me permettre de rappeler que le roman dont il est tiré avait été inspiré en 1962 à son auteur James Jones par une autre bataille célèbre, celle de la Balaclava (Guerre de Crimée) qui a vu, le 25 octobre 1854, le 93e régiment des Sutherland Highlanders (vêtus de rouge), soutenu par un petit corps de Royal Marines et un autre de fantassins turcs, mettre en déroute la cavalerie du tsar au prix d’une indescriptible boucherie.

L’événement, monté en épingle par la presse britannique, s’est transformé en référence iconique aux qualités de l’uniforme rouge (ô propagande), dans une guerre conduite en dépit du bon sens, de plus en plus impopulaire.

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The Thin Red Line, tableau de Robert Gibb

« La fine ligne rouge» a inspiré un poème à Rudyard Kipling et, à George McDonald Frazer, un de ses romans historico-satiriques de la série des « Flashman » - dont deux sur douze ont été traduits en français, of course - : l’irrésistible Flashman at the Charge.

Et c’est en 1968 que Tony Richardson (pour United Artists !) a tourné le très peu conventionnel film anti-guerre The Charge of the Light Brigade, avec Trevor Howard, John Gielgud et Harry Andrews (excusez du peu) dans le rôle des inoubliables ganaches Lord Cardigan, Lord Raglan et Lord Lucan, ainsi que la belle Vanessa Redgraves, David Hemmings et une flopée d’autres, dont Laurence Harvey en prince russe. Ce film d’une actualité si brûlante – c’est la raison de ce grain de sel – mériterait certes un deuxième triomphal tour d’Europe. Mais si c’est Hollywood qui organise la distribution…


La charge de la brigade légère

 

 

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Voulez-vous tester vos connaissances cinématographiques ?

Une des lumineuses apparitions d’Edouard Lecèdre est sortie tout droit d’un film célèbre. Saurez-vous le reconnaître ?

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ET CARTE COUPE-FILE

AUX GROSSES ORCHADES 

(pour cause d’actualité non cinématographique)

 

 

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Nouvelles d’Orient et d’Occident

 

 

Rencontre entre Vladimir Poutine et le nouveau président chinois :


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IRIB- 22 mars 2013 - Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping ont affiché des relations au beau fixe entre les deux pays, qui devraient conclure des accords économiques, pour le premier déplacement à l'étranger du chef de l'Etat chinois depuis son investiture. Le chef de l'Etat chinois, accompagné par son épouse Peng Liyuan, a entamé une visite de trois jours en Russie en se rendant au Kremlin. « Nous sommes reconnaissants de votre décision d'avoir choisi notre pays pour votre première visite à l'étranger », a déclaré M. Poutine au début des entretiens. « Vous êtes le premier chef d'Etat que je rencontre », a indiqué de son côté M. Xi, investi la semaine dernière à la présidence de la République populaire après avoir pris les rênes du Parti communiste en novembre. « Nous sommes de bons amis, les relations entre la Russie et la Chine n'ont jamais été aussi bonnes », a-t-il souligné.

Source :

http://french.irib.ir/info/international/item/248482-rencontre-entre-poutine-et-le-nouveau-président-chinois

 

En relation avec ce qui précède, voir ou revoir pendant qu’on y est, l’article de Philippe Grasset : « Grande muraille souterraine en Chine et Red Scare US » sur notre post du 2 février dernier.

 

 

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Un peu de cancans pipoles, il faut avoir tout essayé :

L’épouse du président chinois, Peng Lyuan (49 ans) est une chanteuse immensément populaire dans son pays. 

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Contrairement à Carla Bruni, elle était célèbre bien avant l’ascension politique de son époux, et l’est restée davantage que lui jusqu’à son accession au sommet de la hiérarchie du pays.

Contrairement à Jiang Qing (Mme Mao Tse Toung), elle ne se mêle pas des affaires de l’état, quoique major-général de l’Armée de Libération Populaire. Elle chante principalement des airs traditionnels (chez les anglo-saxons on dirait du folk) mais ne dédaigne pas les chansons d’amour. Elle ne dédaigne pas non plus de chanter en costume national de l’une ou l’autre ethnie chinoise.

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Peng Liyuan et Xi Jinping ont une fille , Xi Mingze.

Agée de 21 ans, Xi Mingze a commencé ses études de traductrice à l’Université des Langues Etrangères de Hangzhou et les poursuit, depuis 2010, à l’Université de Harvard (USA).

 

Quelques tubes de la Présidente

 

Ma patrie (littéralement : Ma matrée)

Route céleste

Décor kitsch garanti made in China.

 

Et pour les deux suivantes, comme dirait le camarade Averty :  « A vos dictzionnaires ! »

 




 

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Nicolas Sarkozy et la justice

Ce vendredi 22 mars, l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, a été mis en examen « pour abus de faiblesse » dans l’affaire Bettencourt.

Quid des autres affaires ? Du meurtre d’un de ses bailleurs de fonds de campagne ? De crimes contre l’humanité dans la guerre de Libye ?. Il n’est question pour l’instant que de cette inculpation, dite « mise en examen », dans une affaire privée.

Sur le blog justice.be, des catholiques traditionalistes de droite (pléonasme) nostalgiques d’une certaine Allemagne et nantis de maîtres à penser qui ne sont pas les nôtres, se fendent quelquefois (assez souvent même) d’articles intéressants per se. Comme disent nos amis  du Cercle des Volontaires : « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise » ?  Espérons-le toujours. En voici un :

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MISES EN EXAMEN :  APRES DSK, SARKO

Sarkozy est mis en examen. Normal, c'est un voyou ! Cela lui pendait au nez, comme elle pend au nez de tous ceux qui pour satisfaire leur addiction sont prêts à tout. Après DSK, voici Sarko et, croyez-le, c'est le plus dangereux des deux !

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Perquisition à Paris au domicile de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde

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20 mars 2013 –

Des policiers ont perquisitionné ce mercredi le domicile parisien de Christine Lagarde, ex-ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi du gouvernement Fillon (II) de 2007 à 2011, actuellement directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) en remplacement de Dominique Strauss Kahn, dans le cadre d’une enquête sur la vente de l’équipementier sportif Adidas à la banque Crédit Lyonnais.

« Mme Lagarde n’a rien à cacher », a déclaré son avocat Yves Repiquet précisant que sa cliente n’avait pas été entendue en l’état de l’enquête.

Pour solder un contentieux qui opposait la banque française Crédit lyonnais à l’homme d’affaires, patron de presse et ancien ministre Bernard Tapie, Christine Lagarde avait choisi de recourir à un arbitrage.

Le tribunal arbitral - une juridiction privée - avait condamné en juillet 2008 le Consortium de réalisation (CDR) - structure publique gérant le passif du Crédit lyonnais - à verser à Bernard Tapie 285 millions d’euros d’indemnités (400 millions avec les intérêts).

C’est sur cet arbitrage qu’enquête à présent la justice française, et dans le cadre de cette enquête que des perquisitions ont été menées non seulement chez Christine Lagarde, mais aussi au domicile et au bureau de l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, de l’homme d’affaires Bernard Tapie et de Stéphane Richard, qui était directeur de cabinet de Christine Lagarde au moment de l’arbitrage.

A la fin janvier, les policiers s'étaient déjà rendus aux cabinets de l'avocat de Bernard Tapie, Me Maurice Lantourne, et d'un des avocats du CDR, Me Gilles August. Ils ont également perquisitionné les domiciles des trois juges arbitraux ayant soldé le contentieux, en l'occurrence l'avocat Jean-Denis Bredin, le magistrat à la retraite Pierre Estoup et l'ancien président du Conseil constitutionnel Pierre Mazeaud.

A suivre.

 

 

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Le racket général sur les comptes bancaires à Chypre crée un précédent qui pourra servir dans d'autres pays de l'Eurozone

Sur le site UPR de François Asselineau

Le 17 mars 2013

Le racket général sur les comptes bancaires à Chypre crée un précédent qui pourra servir dans d’autres pays de l’Eurozone

Voici 4 mois, le 15 novembre 2012, j’avais alerté mes lecteurs sur l’inquiétante situation financière de Chypre. Je l’avais même qualifiée de « nouveau cadavre dans le placard »  et j’avais souligné qu’elle  constituait « une redoutable quadrature du cercle pour les dirigeants de l’UE ».

Eh bien l’on vient d’apprendre, le 16 mars 2013 au matin, que les dirigeants de l’Union européenne, en concertation avec les dirigeants chypriotes et le FMI, ont fini par trouver une solution. Et quelle solution !

En fait d’aide, les bailleurs de fonds (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI) sont en réalité convenus d’un plan de secours de 10 milliards d’euros dont le volet essentiel consiste en un véritable racket sur les comptes bancaires détenus par des particuliers à Chypre.

UN RACKET SANS PRÉCÉDENT SUR LES COMPTES BANCAIRES DES PARTICULIERS

Le racket, qualifié de « prélèvement » ou de « taxe exceptionnelle » dans la langue de bois des dictateurs qui ont mis la main sur le continent européen, va être opéré directement par les banques chypriotes sur chaque compte bancaire de particulier. C’est-à-dire sur à peu près chaque Chypriote adulte et chaque étranger disposant d’un compte bancaire dans l’île.

 

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 Source :

http://www.u-p.-r.fr/

 

 

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Et ce n'est pas fini...

 

Chypre et le moment russe

Jacques Sapir

23/03/13

La crise chypriote est en train de tourner au psychodrame tant pour la zone Euro que pour la Russie et ses relations avec cette zone Euro. On peut se demander comment on en est arrivé là, et comment un pays, dont le PIB ne représente que 0,3% du PIB de la zone Euro, a-t-il pu provoquer une telle émotion.

En fait, cette dernière est largement le produit de l’action de l’Eurogroupe, l’instance intergouvernementale des 17 pays de la zone Euro, dont les décisions inadaptées ont transformé ce qui n’était qu’un simple problème de recapitalisation bancaire en une crise d’une particulière gravité.

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Source .

http://www.toutsaufsarkozy.com/

 

 

 

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Mis en ligne par Catherine, le 24 mars 2013

 

 

 


 [JC1]

20:15 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/03/2013

RIFIFI - SUITES

1. Vyacheslav Kalinin - Nef des fous .jpg

RIFIFI - SUITES

 

L’auteur nous avait promis quelques lignes supplémentaires pour accompagner son article. Nous pensions à tout sauf à… une suite non moins mouvementée. C’est pourtant de cela qu’il s’agit. D’où notre léger retard, puisqu’il nous a fallu traduire ces  aventures nouvelles, qui ne sont peut-être pas les dernières.



Des oligarques se castagnent en direct!

 

Un divertissement

 

par Israel Shamir

 

Qui a dit que les riches n'étaient bons à rien ? Leurs frasques sont follement divertissantes !  Les nouveaux riches ont de tout temps fourni de quoi alimenter la une des journaux, et la nouvelle moisson d'oligarques russes fait passer la génération précédente des requins de la finance pour de pâles amateurs. Les vieilles fortunes s'anémient, divisées et subdivisées par de scrupuleux juristes en un dédale de sociétés. Tandis que les fortunes toutes fraîches, elles, sont beaucoup plus drôles : elles font leurs cascades en public et n'y vont pas de main morte ! Ces nouveaux héros nationaux comblent le vide laissé par les cheikhs et les maharajas, d'une façon jamais atteinte par nos ternes bureaucrates ; ils paradent au volant de leurs jeeps Humvee à travers la foule moscovite, aussi fiers et sûrs d'eux que les rois indiens à l'époque où ils parcouraient la jungle, juchés sur leurs éléphants de guerre.

 

 

Ils sont plus puissants et moins réservés dans leurs actes que ne le furent jamais les parrains de mafias à la Scorsese . Brutaux, sans scrupules ni limites, de vrais personnages pour drames shakespeariens. Ils sont sans lois et piétinent allègrement les autres, jusqu'à ce que quelqu’un les piétine à leur tour. Un jour bandits sanguinaires, l'autre mécènes généreux ou les deux à la fois, le fait d'avoir choisi Londres pour terrain de règlement de leurs différends leur a donné une audience internationale.

Récemment, deux puissants magnats, Berezovsky et Abramovich, se sont affrontés dans un tribunal londonien pour des milliards – dévoilant ainsi au passage la façon dont ils ont dérobé au peuple russe ses biens les plus précieux sous le régime des privatisations de Boris Yelstine. Ces guerriers de salles d'audience n'ont d'ailleurs aucun scrupule à révéler l'origine de leurs crimes pour parvenir à la victoire; dans ce cas précis, un des mythes du néolibéralisme est tombé, et la lumière a été faite sur un des sombres chapitres de l'histoire russe.

Mais le pillage d'un pays, c’est du lourd, et le public avait plutôt envie d’une farce légère. C'est là que l’affaire Polonsky contre Lebedev a déboulé sous les feux de la rampe, bénéficiant d'une médiatisation internationale grâce au système judiciaire londonien. C'est l'histoire hilarante d'un nabab des médias et d'un baron de l'immobilier, qui se sont bigornés au cours d'une émission de télévision en direct. Seule la plume puissante de Nicolas Gogol, l'auteur russe du 19ème siècle qui a écrit La brouille des deux Ivan (voyez le texte ici) aurait pu rendre justice à l’incident. Il aurait pu l'intituler Comment Alexander Lebedevich tomba à bras raccourcis sur Sergei Polonovich, mais vous devrez vous contenter de mes humbles efforts.

 

BelleNews nous livre un compte-rendu coup par coup de la dérouillée à l'antenne.

 

1.  Devant un public médusé, Alexander Lebedev (le nabab russe) assène une série de coups sur la tête de Sergei Polonsky (le baron de l'immobilier), le faisant tomber de sa chaise. Ceci lors d'un débat télévisé sur la crise économique mondiale. 

2.  Les images de la scène postées sur Youtube montrent Lebedev hors de lui, dans une attitude menaçante à l'égard de Polonsky.

3.  Polonsky tente apparemment de le calmer et Lebedev retourne s'asseoir à nouveau. 

4.  Après quelques secondes, sans crier gare, alors que Polonsky lui tapote gentiment le bras, Lebedev sort à nouveau les poings.

5.  Lebedev frappe Polonsky plusieurs fois sur la tête, l'envoyant à terre.

6. Polonsky recule, sans moyen de se défendre, et les deux hommes se regardent rageusement dans les yeux tandis que les larbins du studio tentent de calmer le jeu. 

 

Note :  Alexander Lebedev est l'un des hommes les plus riches du monde; on estime sa fortune aux alentours de 3,1 milliards de dollars.


En fait, Polonsky et Lebedev sont deux magnats russes d'envergure moyenne; aucun d'eux ne pourrait acheter le Minnesota rubis sur l'ongle. Ils auraient pu devenir de super potes, se félicitant mutuellement de leurs succès respectifs, car tous deux sont des promoteurs immobiliers fiers de l’être, tous deux aiment nager, tous deux aiment s'habiller de façon décontractée plutôt que formelle, tous deux sont assez vains et tous deux sont confrontés à un brusque déclin de leur fortune. Mais, au lieu de cela, ils en sont venus aux coups, car leur destin est d’être des personnages qui s’opposent. Qui est le protagoniste? Qui est l’antagoniste ? Aucun des deux.

 

Sergei Polonsky a 40 ans et fait figure de jeune homme parmi les magnats de la première génération post-soviétique d’hommes d’affaires russes. Il est toujours grand et balaise, à l’image du commando de Bérets Bleus qu’il fut jadis, mais la vie tranquille qu’il mène depuis plusieurs années l’a privé de sa ceinture abdominale d’antan; aujourd’hui, il ressemble davantage à un dauphin joyeux et bien nourri. Sa compagne est elle-même une femme d’affaires connue et une championne de natation.

 

Alexander Lebedev a 12 ans de plus. Sa génération à lui est celle qui a privatisé l’URSS. C’est un caméléon; en quelques années, il est passé du look ex-homme du KGB, strict, ultra-musclé et portant des costumes, à celui de joueur de guitare métrosexuel à la séduisante coupe de cheveux, portant des jeans et des chemises légères. Il a troqué sa femme datant de l’ère soviétique contre une nouvelle qui passe beaucoup mieux devant les caméras.


2 - Lebedev.jpgLebedev a élu domicile, au centre-ville de Moscou, dans un ancien club de scouts bâti dans le plus pur style stalinien, avec colonnes et portiques, qu’il a transformé – après sa privatisation – en modeste manoir doté d’une piscine olympique dans laquelle il passe beaucoup de son temps. Chaque automne, il fuit la morosité moscovite pour sa villa de la Côte d’Azur ou son hôtel particulier de Londres.

 

Polonsky vit dans un luxueux appartement, perché comme le pont supérieur d’un bateau sur le toit avec vue à 360° d’un gratte-ciel surplombant Moscou. Architecte de formation et de profession, il a lui-même conçu et fait construire ledit gratte-ciel et son appartement. Il passe ses week-ends sur une péniche reconvertie, amarrée aux confins de la ville, en compagnie d’un raton laveur domestique, pratiquant le qi gong – technique de méditation chinoise - et dévorant des livres choisis au pif. En hiver, il conduit un traîneau high-tech tiré par des huskies blancs aux yeux bleus ; l’été, il parcourt les profondeurs marines en scooter des mers, ou bien pratique le deltaplane au-dessus de magnifiques paysages de collines.

  

Lebedev a bâti une station balnéaire en Crimée. Il a déversé sa générosité sur la ville en restaurant l’hitorique théâtre Tchekov), mais il préfère passer son temps à Londres, où il fraye avec la créatrice de Harry Potter, Mme Rowling, Sir Elton John et autres gens de qualité. Il joue de la guitare, et soutient DDT, un groupe de rock russe. Il possède également le journal britannique The Independentainsi qu’un tabloïd, l’Evening Standard, et la Novaya Gazetaen Russie.

 

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Polonsky, à l’inverse, s’est construit une forteresse de solitude, un palais de verre émergeant des vagues, sur une île au large des côtes de Sihanoukville, non loin de la maison d’Alain Delon, au Cambodge. Il y rencontre des professeurs de soufi, et reçoit l’enseignement de moines zen et d’adeptes du qi gong. Il est également épris d’ésotérisme et d’expériences mystiques.

 

Les deux hommes ont des origines très différentes. Lebedev a eu une enfance privilégiée; son père était professeur au sein de la prestigieuse Ecole des Services Diplomatiques. Jeune homme, il est entré au KGB et au Parti Communiste. Diplômé de l’école où enseignait son père, il a poursuivi ses études au collège du KGB,  puis est entré dans les services diplomatiques. Affecté à l’ambassade soviétique de Kensington, Londres , il avait pour mission d’endiguer les fuites de capitaux russes. En huit ans, il a eu le temps de bien apprendre les ficelles du métier, et avec la chute de l’URSS, le garde-chasse est devenu braconnier. 

 

Le lieutenant-colonel (KGB) Lebedev a quitté ses fonctions en 1992 et utilisé ses connaissances approfondies en matière de dettes soviétiques pour faire fortune et diriger l’argent fugitif vers des lieux sûrs. Peu de russes connaissaient le système bancaire aussi bien que lui. Et il y avait en effet beaucoup d’argent à se faire pour quelqu’un doté d’un bon réseau : il achetait des prêts à taux réduit pour se les faire rembourser à taux plein grâce à un ami employé au Trésor. Il a passé, avec Gazprom, un accord qui a rendu l’État russe plus pauvre de 200 millions et lui-même et ses collaborateurs plus riches d’autant. Il s’est lié d’amitié avec Victor Chernomyrdin, alors Premier ministre, et Chernomyrdin a obligeamment fait transiter les fonds d’Etat vers la banque que Lebedev venait de créer à Londres. Lebedev a usé de ses relations pour se faire adjuger des postes importants dans des entreprises subventionnées par l’état telles qu’Ilyushinet Aeroflot : les profits sont allés à Lebedev et les dépenses à l’Etat.

 

D’origine modeste Polonsky vient de Saint Petersbourg. Il  a grandi alors que l’URSS s’effondrait autour de lui. Il a étudié l’architecture, a travaillé dans le bâtiment et  la construction, a embauché des ouvriers ukrainiens à  l’époque où ils étaient encore peu chers, et est devenu un promoteur immobilier en bonne et due forme. Il est fier d’être un « self-made man » ; il n’a rien obtenu de l’État, et n’a jamais rien demandé à personne dit-il. Il n’a pas non plus privatisé d’usine d’État, préférant établir de bons rapports avec l’Hôtel de Ville de Moscou satisfaire les nouveaux riches moscovites. Il a l’air assez honnête pour qu’on lui achète une voiture d’occasion, bien que ceux qui sont à ce point dignes de confiance ne deviennent jamais milliardaires. Des sources bien informées disent qu’il a dû magouiller avec Mme Baturina, épouse du maire de Moscou et une des femmes les plus riches du monde : pas un seul bâtiment n’a été construit à Moscou sans un signe d’approbation de sa part.

 

Polonsky a essayé de se tenir à l’écart de la politique; il professe ne rien y connaître et ne pas s’y intéresser. Il se dit bâtisseur, pas plus. Il s’investit corps et âme dans d’énormes projets qui vont de Moscou à la Suisse, et de Londres à la Croatie. Il est démocrate à la russe, c'est à dire qu'il peut se mêler à des gens très ordinaires, mais il vaut mieux pour eux qu’ils obéissent à ses ordres, sinon… C’est un tyran au petit pied disent les employés qu’il a licenciés : il interdit l’envoi de textos pendant les réunions du conseil d’administration ! Les contrevenants voient leurs précieux iPhones fracassés contre un mur (fantasme que je n’ai pu moi-même jamais réaliser qu’en rêve...). Ses ambitions se situent dans la sphère spirituelle, et les affaires doivent souvent s'effacer devant sa quête de Dieu.

 

Lebedev a un penchant pour la politique. Il a essayé plusieurs factions, passant de l’ultra-nationaliste Rodina(Mère-Patrie) au socialiste SRet du SR au  parti actuellement au pouvoir Russie Unie, déchiré qu'il est entre ses ambitions politiques et l’envie se faire un dollar rapido-presto.  Parfois il fait les deux en même temps.

 

En 1996, pendant la période précédant les fatidiques élections présidentielles, Lebedev a soutenu Boris Yeltsin, président en exercice, mais surtout un alcoolique débauché qui a volé la richesse nationale russe pour engraisser les oligarques. Sous Yeltsin, la banque de Lebedev a été utilisée par le Trésor pour acheminer les fonds de l’État, en rouleaux de billets verts bien serrés, vers ceux qu’il fallait acheter. Ce sont des liquidités de Lebedev  qui ont été saisies par la Sécurité dans la tristement célèbre affaire de la Boîte Xerox, cette boîte à papier dans laquelle un militant a été pris en train d’emporter des millions de dollars pour la caisse à pots-de-vin de Yeltsin. Lebedev n’a pas nié les faits ; il en était assez fier, et a même payé le magazine à scandales Kompromat (« Affaires compromettantes ») pour qu’il sorte un numéro spécial contenant une version aseptisée de l’affaire, ainsi que d’autres exploits du même genre.

 

Les audacieux méfaits de Lebedev ont forcément attiré sur lui l’attention des autorités judiciaires, au point qu’en fin de compte, un acte d’accusation a été rédigé contre lui par le Procureur Général de l’Etat. Lebedev – c’est lui-même qui s’en vante - s’est débrouillé pour que le Procureur Général se retrouve avec deux filles faciles dans un sauna et que leurs ébats y soient filmés. Le film n’a plus eu alors qu’à être diffusé sur la chaîne de télévision privée d’un autre oligarque et le Procureur Général qu’à se démettre de ses fonctions.

 

Certains prétendent que Lebedev n’était pas le responsable de ce coup monté. Si c’est vrai, cela en dit long : M. Lebedev penserait-il qu’une mauvaise publicité vaut mieux que pas de publicité du tout ?  Les faits soutiennent la théorie. Lebedev a publié un livre sinistrement intitulé 666 ou La Bête est née, rempli d’attaques grossières contre presque toutes les personnalités publiques de Russie. Il s’y décrit modestement comme « le capitaliste idéal » et  il y revendique non seulement ces exploits criminels mais beaucoup d’autres.

 

Lebedev est toujours prompt à expliquer comment chacun de ses crimes était en fait une bonne action : c’était soit pour sauver la Russie des griffes des cocos – (il escamote ainsi commodément les titres de créance de son propre parti), soit pour sauver le monde du KGB. (là-encore, il se garde bien de rien dire de son propre passé au sein de cette organisation). Il n’a que mépris pour les origines prolétaires de Poutine et son accession au pouvoir. Cela l’irrite au plus haut point qu’ils aient eu tous deux le même grade au sein du KGB. Mais la vraie raison qui se cache derrière l’antagonisme de Lebedev, c’est que Poutine poursuit obstinément les oligarques. Ou devrait-on dire « les persécute » ?

 

Les oligarques souffrent en effet d’un complexe de persécution : à leurs yeux, toute interférence, si faible soit-elle, est profondément injuste. Ils se considèrent comme tout-puissants, alors qu’ils ne sont que puissants, et se hérissent à la moindre tentative de limitation de leur pouvoir.  Certes, leur argent leur a donné un pouvoir de vie et de mort, mais ce pouvoir compromet leur santé mentale. Ils se mettent à prendre au sérieux les flagorneries de leurs sycophantes. Ils rejettent les avis  de leurs conseillers les plus éprouvés. Ils finissent seuls et désacés, poursuivis par les lois. Trop de pouvoir corrompt, et les oligarques russes ont bien plus de pouvoir que n’en eut jamais aucun des satrapes du temps de Staline.

 

M. Poutine n’approuve pas que les oligarques se mêlent de politique. Il ne les punit pas de façon arbitraire ; il ne réécrit pas non plus les lois pour les viser directement. La Russie de Poutine permet à ces magnats de passer sans dommage au travers de beaucoup de choses, mais elle tire un trait devant la criminalité - parfois. C’est le grand sacrilège de Poutine de considérer que les oligarques sont comptables de leurs actes devant la loi. Un tel niveau d’indépendance à leur égard leur a causé un grand choc. Ils ont beaucoup de mal à se remettre de ce coup du lapin et à se faire à la nouvelle réalité, si différente de leur vie de bichons gâtés des années Yeltsine.

 

Les oligarques se souviennent avec mélancolie du temps où ils jouissaient impunément du droit de vie et de mort sur tout ce qui respire, tels les vice-rois des Indes au temps de Clive.

 

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Hélas, les ambitions politiques de M. Lebedev sont restées insatisfaites. Il a ramené ses hautes visées à un niveau plus accessible, et a décidé de devenir le maire de Moscou. Et a subi un échec. Inquiet, il s’est rabattu sur la mairie de Sochi (la Miami russe). Nouvel échec. Les squales, reniflant l’odeur du sang, se sont mis à tourner autour de lui et ses brillants exploits ont fini, quoique tardivement, par attirer sur lui l’attention des autorités.  En particulier, les 300 millions de $ de fonds publics de sauvetage qui lui ont été attribués pour, censément, renflouer sa banque. Il a accepté l’argent, mais il est très vite devenu évident que les coffres de ladite banque étaient vides, ou plutôt truffés de billets à ordres fictifs. Ses affaires dans l’industrie aéronautique ont également fait l’objet d’enquêtes et il semble que l’Etat, actionnaire principal, s’y soit fait escroquer de  main de maître.


En réponse à ces poursuites, l’astucieux Lebedev a fait marcher sa « police d’assurance » à long terme. S’il avait été juif, il aurait clamé être victime d’antisémites russes autoritaires, mais M. Lebedev n’est pas juif russe. Alors, il a prétendu être persécuté par des voyous du KGB, comme M. Poutine. Cette assurance l'a certes couvert mais lui a coûté très cher : pendant des années, il a été  obligé de financer plus que généreusement le journal anti-Poutine Novaya Gazeta, très lu dans le centre de Moscou et inconnu ailleurs. Pour influencer aussi le gratin international, il a acheté deux journaux britanniques, au moyen desquels il s’est ingénié à promouvoir une nouvelle image de lui comme d’une sorte de Khodorkovsky, autre pauvre homme riche victime des voyous poutiniens du KGB. Il a dit avoir été empoisonné comme Litvinenko, mais il a miraculeusement survécu... Les Britanniques n’ont été que trop contents de coopérer aux campagnes de propagande de Lebedev ; leur establishment était (et est toujours) prêt à soutenir tout et n’importe quoi qui s’en prenne à Poutine, y compris le mouvement des séparatistes tchétchènes.

 

C’est au cours de sa campagne pour la mairie de Moscou que M. Lebedev s’est aperçu de l’existence de M. Polonsky, lequel était en bons termes avec le maire en place. A cette époque, Polonsky était occupé à ériger les deux plus hauts gratte-ciel d’Europe : les Tours Fédération, joyaux de la ville de Moscou. Polonsky est donc devenu le nouvel objet de la haine de Lebedev : encore un de ces self-made men d’origine prolétaire; non, certainement rien d’un pukka sahib ! Or, c’était le moment opportun pour une mise à mort rapide et facile, car l’étoile de Polonsky était en train de dégringoler à toute vitesse.

 

En effet, Polonsky avait fini, lui aussi, par se retrouver dans les ennuis, comme c’est le cas, tôt ou tard, de tous les oligarques. Il n’avait pas été assez consciencieux, ni assez prudent. Il avait rejeté ses fidèles conseillers pour s’entourer de bénis oui-oui. Il s’était fié à ses intuition au lieu de calculer objectivement ses chances, et s’était ainsi engagé dans des affaires impliquant des millions sur une simple tape dans le dos. Ses partenaires ont pris le large avec des morceaux entiers de son empire et ses rêves d’honneur samouraï ont été mis en pièces par le pragmatisme de la nouvelle Russie des affaires.

 

Il a fait confiance à ses collaborateurs, qui l’ont volé comme dans un bois. Plus il leur a donné de pouvoir, plus vite ils se sont esbignés avec son argent. Son capital (estimé à plus de 3 milliards de dollars au sommet de sa prospérité) a commencé à rétrécir à vue d’oeil; il a eu des problèmes de liquidités et des difficultés à mener à terme ses projets les plus ambitieux. Les petites gens qui y avaient investi leurs économies en ont ressenti une colère justifiée.

 

C’est à ce moment-là que l’ingénieux Lebedev a dévoilé le tour qu’il avait imaginé pour détruire Polonsky. Le nabab des médias s’est tout simplement mis à propager la rumeur maligne (et apparemment fausse) que les fondations des Tours Fédération étaient fissurées. Polonsky était déjà sur la défensive, il avait le dos au mur. Il a eu beau inviter des journalistes de Moscou à venir vérifier par eux-mêmes, les laisser déambuler librement à 36 mètres sous terre pour essayer de localiser les fameuses fissures : ils ont refusé d’admettre qu’il n’y en avait pas. Il a même offert un million de roubles à quiconque pourrait en trouver une et personne n’a rien trouvé, mais la rumeur a persisté, alimentée par M. Lebedev et ses journaux.

 

Désormais seul et vacillant, Polonsky s’est mis à dire qu’il avait lui-même inventé cette histoire de fissures pour attirer l’attention du public sur son projet. Personne n’a gobé cette histoire. Ses projets ont continué à péricliter, les prédateurs ont continué à s’emparer de ses lotissements, ses amis ont continué à le piller. Cette histoire de fissures a fini par fissurer son empire.

 

Voici donc l’histoire qui se cache derrière la scène des coups de poings à la télévision. La rencontre devait avoir pour sujet l’économie mondiale. Ils n’avaient encore échangé que quelques mots lorsque M. Polonsky n’a pu s’empêcher d’évoquer le douloureux sujet des fissures. Le monde entier attendait la réponse de Lebedev. Il a regardé sa victime dans les yeux. Que pouvait-il ressentir à ce moment précis ? De l'orgueil ? De la haine ? Quoi qu’il en soit, seul et désaxé, il a envoyé quelques directs bien ajustés sur la mâchoire de Polonsky.  L’ex-commando assis s’est retrouvé par terre, prouvant ainsi la supériorité des méthodes d’entraînement du KGB sur celles des Parachutistes. Le programme télévisé a eu beaucoup de succès. Et après avoir ravi les spectateurs qui s’étaient préparés à un morne exposé sur la crise mondiale, il a fait un buzz sur YouTube

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Face à des millions de téléspectateurs qui venaient de voir l’agression en direct, Lebedev a nié avoir frappé Polonsky. Debout à l’extérieur des studios, il a répété avec entêtement, aux journalistes qui l'interrogeaient : « Je ne l’ai pas touché. C’est lui qui m’a attaqué, parce que je suis opposé à Poutine ! » Oui, Lebedev est incroyable ; il est prêt à nier n’importe quoi. Il y a des années, il s’est démené pour faire interdire les jeux de hasard à Saint-Petersbourg. Noble but s’il en fut. Quand il est devenu de notoriété publique que sa banque avait massivement investi dans les jeux de loterie (le principal concurrent des machines à sous), Lebedev a nié mordicus toute implication personnelle. Même après que le dirigeant de sa banque ait prouvé, sans l’ombre d’un doute, que cette stratégie était l’idée de Lebedev en personne,  il a continué à nier être au courant, sans battre un cil. Je me demande si James Bond serait capable d’en faire autant.   

 

Pendant la course à la mairie de Moscou, Lebedev a acheté un journal (le Moscow Correspondent). Il en a fait une machine de guerre. Laquelle a aussitôt fait courir une rumeur diffamatoire selon laquelle M. Poutine serait impliqué dans une affaire extra-conjugale. Lebedev ne s’attendait pas à la réaction de Poutine. D’ordinaire assez tolérant à l’égard des rumeurs, accusations et attaques diverses, le président russe a piqué une colère mémorable. Effrayé, Lebedev a fermé le journal, viré le rédacteur en chef et déclaré à l’antenne que cet article sans fondement était l’œuvre du maire de Moscou qui avait obtenu sa publication contre un pot-de-vin versé au rédacteur en chef. Ce mensonge éhonté a coûté au malheureux journaliste sa carrière : Lebedev ne s’est jamais rétracté.

 

Depuis l’agression télévisée, on a très souvent demandé à Lebedev pourquoi il s’était conduit de la sorte. Certaines de ses explications sont tellement délirantes qu’on a du mal à croire qu’il ait voulu les faire passer pour vraies. La palme revient certainement à : « Je pensais que j’allais devenir un héros populaire parce que j’avais mis à terre ce détestable oligarque. ».  N’est-ce pas merveilleux, venant de sa part ! Polonsky semble quant à lui sincèrement en peine d’explications. Non seulement Lebedev a refusé de s’excuser, mais il continue de nier ce qu’il a fait. Réclame-t-il l’irresponsabilité pénale pour troubles psychiques ? Il est plus probable qu’il réclame le droit primordial de son pouvoir oligarchique : l’impunité.

 

Polonsky n’a retiré aucun avantage de son humiliation publique. En réalité, cette affaire n’a fait que mettre encore plus à mal sa réputation d’homme d’affaires, déjà fragilisée, et un projet qu’il avait à Londres a capoté peu de temps après C’est pour cette raison qu’il a décidé de poursuivre Lebedev au civil devant un tribunal londonien, avant de se retirer dans son île cambodgienne, d’où il poste chaque jour sur Facebook ses prises de barracudas.

 

Presque une année s’est passée avant que les meules extrêmement lentes de la justice criminelle russe se mettent en branle à l 'encontre de M. Lebedev, mais en fin de compte, elle poursuit le baron des médias sous les inculpations de « hooliganisme » et de « voies de fait ». Les avocats de Lebedev prétendent que leur client s’est senti menacé et qu’il a dû se défendre. Lebedev (sans battre un cil) clame qu’il est persécuté par le foutu régime de Poutine à cause de son « amour pour la liberté ». Quelqu’un qui ment comme un arracheur de dents est toujours plus amusant qu’une ingénue, même de talent, et nous ne serons donc pas surpris si M. Lebedev s’en tire avec une petite tape sur les doigts. Tout ça pour dire que le régime de Poutine est bien clément avec les oligarques. Toutefois, cette affaire n’est pas terminée. Nous attendons l’élévation de M. Lebedev au rang de voix de laconscience russe. Avec l’aide de ses pisse-copies britanniques, cela ne devrait pas poser de problème.

 

L'auteur se trouve à Moscou. On peut lui écrire à l’adresse adam@israelshamir.net


 Traduction de Kahem

pour Les Grosses Orchades

Source :

http://www.israelshamir.net/English/Oligarch.htm

 

 

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Post Scriptum :  Polonsky en prison

 

Le protagoniste de cette histoire, Sergei Polonsky, est aujourd’hui dans une prison cambodgienne, dans la petite station balnéaire de Sihanoukville, où je suis allé lui rendre visite.

Le 30 décembre 2012, juste avant les fêtes de Nouvel An, sa vedette rapide a été arraisonnée après une course-poursuite et quelques salves de mitrailleuses en guise d’avertissement, par la Marine Royale Cambodgienne, et un remorquage jusqu’à une base navale, Polonsky a été arrêté et mis en garde à vue.

C’était la conclusion d’une assez terrible dizaine de jours de sa vie, qui venaient de couronner une année misérable. Après l’agression de Lebedev, Polonsky s’était mis à régresser. Cette correction publique n’avait pas déchiré que ses jeans mais quelque chose de plus important dans son âme. Il est reparti pour le Cambodge et sa demeure offshore, mais il n’a pas pu retrouver la paix de l’esprit, même sur son île minuscule – aussi minuscule que la planète du Petit Prince – en compagnie de deux gibbons et deux chats sauvages. Son entreprise, sans surveillance, a marché de travers ; les contrats qu’il avait signés n’ont pas été complètement respectés ; ses partenaires ne l’ont pas payé. Il a essayé de redémarrer à la manivelle son empire défaillant : il a loué au gouvernement un chapelet de petites îles et parlé avec éclat des plans qu’il avait d’y créer un super-refuge, pour la  fin des temps qui allait suivre l’effondrement de la civilisation. Dans les eaux du Golfe de Siam, grouillant de vie sous-marine, les réfugiés de Russie et de New-York trouveraient énergie et nourriture disait-il.

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Pendant ce temps, il vagabondait à travers l’archipel sur sa rapide et spacieuse vedette ex-de la Marine, séjournait et dormait sur les plages de ses îles inhabitées, jouant au marin abandonné. Vêtu seulement d’un sarong et un couteau sanglé à l’une de ses jambes, grand et pieds nus, bronzé et les cheveux décolorés par le soleil tropical, cet ex-commando ne manquait pas d’allure exotique, fin prêt pour tourner sans maquillage dans un film de pirates. Cette existence ne lui réussissait pas trop mal : il avait perdu du poids, retrouvé sa taille mince et ne faisait plus du tout ses quarante ans, l’air bien plus jeune, en fait, qu’un an auparavant. Mais il se conduisait bizarrement :

De personnage de Jack London, il était rapidement en train de devenir un personnage de Joseph Conrad, une espèce de Kurtz, d’Au cœur des ténèbres. Il ne pouvait plus se reposer, restait éveillé des jours et des nuits d’affilée, se précipitait sans cesse d’une île à l’autre ; ses manières – qui n’avaient jamais été très distinguées – devenaient grossières, même pour un Russe parvenu. Il en usait de façon carrément dictatoriale avec ses employés, leur donnant les ordres les plus délirants et exigeant d’eux une absolue docilité. Ainsi, il leur fit jeter ses chemises par-dessus bord, en offrande au dieu de la mer, et il leur fallut aussi tapisser le fond de cette mer de bouteilles du meilleur champagne.

Il est également devenu très soupçonneux ; s’alarmant du moindre bateau croisé, du moindre indigène, se mettant à dormir avec son couteau à la main, prêt à vendre chèrement sa vie. Un beau jour, il a décidé de déménager tout ce qu’il possédait sur une île solitaire et inhabitée : son personnel a reçu l’ordre de charger meubles, ordinateurs, vaisselle, argenterie, livres et peintures sur sa puissante vedette et de prendre la mer. Que comptait-il faire de tout cela sur une plage sauvage et déserte ? Il se conduisait exactement comme Mohammed ben Tughluq, le souverain indien du XIVe siècle qui avait ordonné à tous les habitants de Delhi d’aller à pied jusqu’à sa capitale Daulatabad, puis de refaire la même route en sens inverse.

Quoi qu’il en soit, ses gens n’ont jamais pu décharger sa cargaison : Polonsky n’arrivait pas à décider quelle île choisir. Ses ordres changeaient à chaque minute : tous devaient naviguer avec lui ; un peu plus tard, tous devaient s’en retourner. La nuit, il pensait qu’un bateau s’approchait d’eux – des pirates, sûrement ! – et il ordonnait à son équipage de lever l’ancre et de foncer en avant toutes.

L’équipage ne comprenait pas  ce qu’il voulait ni pourquoi il leur criait dessus. Les Khmers n’ont pas l’habitude qu’on leur crie dessus. Ils ne voyaient pas le vaisseau que leur patron redoutait, ou peut-être ne le pensaient-ils pas une source de danger. Le capitaine et le propriétaire n’avaient aucune langue en commun. Ils n’avaient pas d’interprète. Polonsky était dans un état de pure frénésie, convaincu que son bateau allait être capturé par des pirates. Enfin, il a ordonné à son équipage de sauter par-dessus bord et de nager jusqu’au rivage, distant de 20 à 50 mètres. Après quoi, il a mis les gaz avec deux de ses employés russes.

Le capitaine, pas content de cette éjection cavalière, a appelé la Marine. Après une chaude poursuite, Polonsky a été intercepté et arrêté. Il ne comprenait pas où était le problème : c’était son bateau ; son équipage refusait d’exécuter ses ordres ; il les avait virés sans mettre leur vie en danger et continué sa route. Il les avait soupçonnés de vouloir le braquer en haute mer. C’était un comportement anormal, certes, mais le milliardaire était loin d’être dans un état normal : la terrible tension des semaines précédentes l’avait rendu incontrôlable.

A première vue, il ne faisait que se conduire comme tant de riches Russes qui mettent à sac des restaurants parisiens ou cassent tout à bord de jets des Emirats. Mais ici, on a quelqu’un de plus grand que nature, un personnage sombre et tourmenté, qui transcende les normes de la civilisation. Je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver de la pitié pour un homme qui traversait une crise aussi terrible. Il est fait de la même étoffe que les souverains et les dictateurs, et on se sent rarement à l’aise en présence de cette sorte de gens.

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En prison, il s’est calmé. Pas tout de suite pourtant : il a d’abord refusé de s’excuser auprès de son équipage et a failli mettre la prison en pièces. Mais, en fin de compte, il a accepté de faire la paix. Il a pris les autres prisonniers sous son aile, dépensant sans compter ses ressources désormais limitées pour aider ceux qui sont dans le besoin. Il leur achète des médicaments et soudoie les gardiens pour alléger leur condition. Ses compagnons de détention le révèrent. En dépit des promesses, il est toujours sous les verrous plus de deux mois après les faits. Il s’est sans aucun doute mal conduit, mais n’a-t-il pas été assez puni ? C’est ce qu’on pense à Sihanoukville, où les gens espèrent qu’il sortira bientôt et qu’il viendra en aide aux habitants, après avoir reçu une leçon aussi dure.

Israël Adam Shamir

Traduction Catherine L.

 

 

 

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LIVRES


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Nikolaï GOGOL

La brouille des deux Ivan

Paris, Mille et une nuits, 1999

110 pages - Poche

 

 

 

 

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Nikolaï GOGOL

Comment Ivan Ivanovitch se brouilla avec Ivan Nikiforovitch

Préface de Dominique Fernandez

Paris, André Versailles, 2010

96 pages

 



LA BROUILLE DES DEUX IVAN, par Nicolas Vassilievitch Gogol Texte complet on-line.

http://www.livres-online.net/nouvelles-contes/865-la-brou...

 


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Photographies

 

Russie partout, même chez les photographes : Serguei P. Iron

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Twiggy revisited ? Allez, elles sont maigres mais elles ne manquent pas d’allure.

 

Source :

http://au-bout-de-la-route.blogspot.be/2013/02/voiles-de-...


 

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Astéroïdes

 

Les Japonais simulateurs de collision n’avaient pas tout faux finalement :

sur

 

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VIDÉO-PHOTOS.  Russie :  Une météorite crée la panique dans l’Oural (500 blessés, 6 villes atteintes)

 

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http://allainjules.com/2013/02/15/video-photos-russie-une...

Autres sources :

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossie...

Voir aussi :

http://zebrastationpolaire.over-blog.com/article-russie-m...

 

 

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En prime

Scandale à Londres : un hôpital responsable de la mort de 1.200 patients

http://www.legrandsoir.info/scandale-a-londres-un-hopital...

http://www.20minutes.fr/ledirect/1095599/scandale-hospita...

 

Mais qu’est-ce que font la City et M. Cameron de tous les milliards chouravés aux Russes ?

 

 

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CINEMA

En  cette période où les Oscars volent bas, il ne nous a pas semblé déplacé de dire tout le mal qu’on peut penser de deux films qui vont pourtant cartonner au box-office. Le premier a eu l’Oscar du meilleur film U.S., prix annoncé par dame Michelle Obama soi-même, depuis la Maison-Blanche ; le second ne l’a pas eu mais y a été cité cinq fois. La mission du premier est de fabriquer le consentement des foules yankees à une guerre d’invasion de l’Iran, comme d’habitude. Rosa Llorens, notre critique-fétiche, dit ce qu’il y a à en dire. Le second se veut, si nous avons bien compris, une dénonciation de l’esclavage. Il a provoqué l’enthousiasme de M. Georges Stanechy sur son blog ( http://stanechy.over-blog.com/article-mali-afrique-tarent... ) et de M. Claude Ribbe sur le sien ( http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_content&... ), mais il est très loin de faire l’unanimité, y compris dans son pays d’origine où d’aucuns se sont même mis à le boycotter, à commencer par Spike Lee, qui trouve que l’esclavage de ses ancêtres fut une tragédie et non un sujet de western spaghetti. Par ailleurs, ledit western a fait faire à Madame Aline de Dieguez quelques réflexions pratiques, dont nous nous faisons ici l’écho.

 

 

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Argo ou Dark Tchador.

Rosa LLORENS

Argo vient une nouvelle fois illustrer la stratégie élaborée par Hollywood pour traiter l’histoire récente des Etats-Unis : certes, elle n’est pas occultée (les Etats-Unis ont plus souvent traité de la guerre du Viet-Nam que les Français de la guerre d’Algérie), mais ils la réécrivent à leur façon (selon Apocalypse now, les Américains n’ont perdu la guerre que parce qu’ils ont refusé de se montrer aussi cruels que les Viet-Namiens !).

Le but, ici, était de cicatriser les blessures laissées, sous le mandat du président Carter, par la crise des otages américains de Téhéran, faits prisonniers lors de l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis : comment faire oublier cette longue humiliation de plus d’un an (de novembre 1979 à janvier 1981) ? D’une part par le choix d’un épisode bien ciblé, d’autre part en profitant du prestige de Hollywood.

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Hollywood et la politique américaine

A propos de "Django Unchained" de Quentin Tarantino.

Aline de Dieguez

 

Je ne voudrais pas trop doucher l'enthousiasme des cinéphiles, mais il me semble important de rappeler quelques vérités. Comme disait Malraux, "le cinéma est (aussi) une industrie". J'ajouterai que le cinéma est non seulement une industrie et un commerce, mais qu'il est surtout une arme politique plus efficace que le missile le plus meurtrier.

Avant de tourner le premier plan de son film, M. Tarantino s'est donc assuré de son financement par la Weinstein Company (TWC), fondée par MM. Robert et Harvey Weinstein. Une rapide recherche sur le capital de cette société vous fait rencontrer Colony Capital, Tutor-Saliba Corporation , Morgan Stanley , Qatar Investment Authority et notre grand ami le Sheikh Hamad bin Jassim bin Jaber Al Thani. Du beau monde, n'est-ce pas, pour lequel la valeur d'un film se mesure à la recette qu'il produit. (Petite parenthèse hors sujet, mais amusante: la vente des gladiateurs footballistiques parisiens par Colony Capital à Qatar Investment Authority est donc une petite opération entre amis.)

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Mis en ligne le1er mars 2013 par Catherine

20:25 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/02/2013

DU RIFIFI CHEZ LES OLIGARQUES - I.

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DU RIFIFI CHEZ LES OLIGARQUES


Aucun texte d’Israël Shamir à se mettre sous la dent depuis Noël, c’est long ! Revoici notre analyste globe-trotter à Moscou, et avec deux histoires russes. Une assez drôle, qu’il intitule d’ailleurs « divertissement », et une qui l’est beaucoup moins. Nous commencerons par celle qui l’est moins. Les choses sérieuses d’abord.

 

*

Dans la guerre prétendue froide qui oppose les USA à la Russie, on se bat aussi à coups de lois.

Loi Yakovlev - loi Magnitsky – 1 point partout.

 

Poutine contre les bébés

par Israël Adam Shamir

Après tellement d'autres crimes, voilà que Poutine a rempilé le mois dernier: il s'attaque aux innocents petits bébés, par pure méchanceté ! On nous a bassinés avec ça jusqu'au jour où Thomas Friedman en personne y a mis un point final dans le New York Times en ces termes: « Le premier réflexe de Poutine, confronté aux mauvaises manières de son régime, a été d'empêcher les parents américains d'adopter des orphelins russes, alors même qu'ils ont si cruellement besoin d'un foyer ». Curieusement, en Russie, les récriminations contre la nouvelle loi sont encore plus stridentes. Lorsque Poutine a donné une grande conférence de presse pour les media russes, pas moins de huit journalistes différents ont remis l'affaire sur le tapis, avec des insinuations malveillantes. L'opposition « blanche » a foncé sur les « gredins », comme ils appellent les partisans de la loi en question, et ont comparé Poutine au légendaire Hérode.

2. Dima.jpgLe porte-parole anti-Poutine des oligarques, Constantin Eggert, dans leur  quotidien Kommersant, a malaxé du Dickens avec de la mort aux rats pour compatir au malheur des orphelins russes privés de la chance unique de grandir à l'abri de la bannière étoilée: « et parmi eux il y en aura qui ne liront jamais Winnie l'Ourson, qui ne souffleront jamais leurs bougies sur le gâteau, qui n'iront ni à l'école, ni au collège, qui ne connaîtront jamais le chaud soutien de leur nouvelle famille au Texas ou en Californie... Leur destin hantera à jamais la conscience des députés de la Douma et du président qui les a privés de tout cela...! »

C'était à prévoir, les grands media russes sont pro-occidentaux et propriété de l'oligarchie. Mais il faut bien dire cependant que la grande majorité des Russes soutient cette loi (76%), selon un sondage indépendant financé par la société américaine WCIOM. Le parti communiste, dans l'opposition, l'a votée. La démocrate libérale et féministe célèbre Maria Arbatova, ex-dirigeante politique et écrivain, qui s'investit beaucoup dans les orphelinats et les problèmes d'adoption, à qui on demandait pourquoi l'opposition était si déchaînée, estime qu'il s'agit d'une position tactique: « il leur faut du carburant pour leurs manifestations. Les Pussy Riots c'est du passé, les orphelins, c'est de la chair fraîche. » Le poète radical Edouard Limonov, dirigeant du parti interdit NBP  a également soutenu la loi et raillé l'opposition en soulignant qu'elle défend les intérêts US plutôt que les enfants russes.

Non pas que les Russes aient soudain découvert que l'adoption aux USA fait du tort aux enfants. La loi a été assénée pour des raisons politiques, tout le monde le reconnaît, et le vote a longuement été retardé. Au départ, c'était simplement une clause additionnelle à un projet de loi qui était une façon de manifester le déplaisir russe face au décret Magnitsky. Ce décret constitue une  initiative  législative très contestable, puisqu'il autorise les USA à rafler, geler et confisquer les avoirs russes s'ils appartiennent à des gens qui figurent sur une certaine liste secrète toujours susceptible de s'allonger. Théoriquement, c'est la liste des responsables de la mort d'un avocat russe, Sergueï Magnitsky, qui représentait un fonds US, avait été arrêté pour évasion fiscale supposée, et avait fini par mourir en taule dans des circonstances suspectes. Personne ne tenait spécialement à défendre deux gardiens de prison et un ou deux enquêteurs qui correspondent au signalement. Le problème c'est que pratiquement n'importe quel citoyen russe pourrait se retrouver sur la liste noire et secrète, au motif qu'il tomberait dans la catégorie élastique des gens qui "ne respectent pas les droits humains".

Comme les USA sont fort généreux pour défendre les droits humains d'autres nationalités, cela englobe tout le monde. Pierre, Jean ou Jacques pourraient ainsi passer à la trappe. Les Russes avaient donc d'excellentes raisons de s'en faire, parce qu'ils détiennent quelque 500 milliards de dollars, au moins, en placements dans des banques occidentales. L'Occident a encouragé les investissements russes dans les banques occidentales et en propriétés foncières, comme un moyen de pression contre les élites russes. Le mot de Zbigniew Brzezinski est resté célèbre, car il avait proclamé: « Dans la mesure où 500 milliards de dollars appartenant à la soi-disant élite russe sont gardés dans nos banques, il n'est pas difficile de comprendre de quel pays c'est l'élite! » Le décret Magnitsky a créé une machinerie légale pour mettre la main sur leurs placements sans l'ombre d'un processus judiciaire. Et comme le président US a le pouvoir d'exécuter quiconque, sur la terre entière, grâce à ses drones omniprésents, rien ne l'empêche d'ajouter tel ou tel nom dans sa liste Magnitsky.

Les Russes fort marris ont préparé toute une série de mesures pour contrecarrer le décret. Ils ont d'abord essayé de copier la législation US et ont autorisé l'État à interdire l'entrée dans le pays aux Américains qui violeraient les droits humains, et ceux des citoyens russes; ils ont également autorisé l'État à s'emparer de leurs biens. Une telle loi pourrait servir contre les agents de la  DEA américaine gens qui ont enlevé, condamné à mort et séquestré Viktor Bout ou contre des gens susceptibles d'appliquer le décret Magnitsky, ou contre les flics américains qui avaient brutalisé des Indignés de Wall Street. Malheureusement, les relations Russie - US sont loin d'être symétriques. Il y a très peu d'Américains qui possèdent quoi que ce soit en Russie, et ils sont rares à y mettre les pieds. 

Voilà pourquoi les Russes ont ajouté un second point à leur projet; ils ont pris des mesures de rétorsion contre les ONG soutenues par les USA, et ont pris soin d'interdire à des citoyens américains d'être membres ou dirigeants d'ONG russes dont le programme serait politique. Cela devait arriver de toute façon: les Russes, comme tous les pays au monde à part l'Europe, détestent les ONG financées et cornaquées par le Département d'État US et les considèrent comme la cinquième colonne de l'Amérique. Cela s'est concrétisé dans une loi, obligeant les ONG à se faire enregistrer comme agents de l'étranger, comme cela se pratique aux USA. Mais, olympiquement bafouée par les ONG et par le procureur général de l'État russe, la loi restait lettre morte, le parquet refusait de la faire appliquer; car le système judiciaire russe est très attentif aux signaux qui émanent de Washington, bien plus qu'il n'obéit au Kremlin, ce que dénoncent vivement les nationalistes russes.

Toujours à la recherche d'une façon supplémentaire d'exprimer leur agacement face au décret Magnitsky, les politiciens russes ont choisi de  concert une proposition additionnelle  défendue par Catherine Lakhova, depuis longtemps  membre de la Douma, et responsable de la commission chargée des femmes, des enfants et de la famille, qui se battait presque toute seule contre les adoptions à l'étranger, avec de bien maigres résultats, jusqu'à ce mois de décembre, quand son projet a été adopté par la Douma. 

Les adoptions à l'étranger sont un héritage de l'ère Yeltsine. Au temps de l'Union soviétique, c'est l'Etat qui prenait en charge les orphelins, il n'était pas question de les refiler à d'autres pays. Au contraire, souvent des enfants d'ailleurs étaient amenés en Russie, et ce fut le cas pour bien des fils d'Espagnols, orphelins après que les combattants anti-fascistes espagnols eussent été abattus par Franco dans les années 1930. Dans les années 1990, après l'effondrement de l'URSS, avec des millions de gens au chômage, et d'autres entièrement occupés à désosser et à revendre tout ce qui pouvait être échangé contre du liquide, quelques petits malins découvrirent un gisement encore inexploité: les bambins. Il y a une forte demande, et cela ne fait que croître et embellir, de la part de couples stériles, de gays et de célibataires, sans parler des réseaux de pédophiles et des trafiquants d'organes. Ils étaient prêts à payer cent mille dollars par enfant et plus, des sommes considérables pour la Russie de Yeltsine. Des agents de l'État furent achetés, des médecins firent de faux certificats,  et les enfants russes firent l'objet d'un juteux trafic à l'étranger. 

Il y eut le cas de Masha Allen, que les media US appellent la « fille de Disneyworld ». Elle avait cinq ans en 1998 lorsqu'elle fut embarquée de sa Russie natale pour atterrir chez un millionnaire américain et pédophile, Matthew Mancuso, âgé de 41 ans. « Il l'avait adoptée légalement dans un orphelinat russe, et l'emmena chez lui dans le hameau de Plum en Pennsylvanie. Pendant les cinq années suivantes, Mancuso abusa d'elle à loisir, prenant moult photos et vidéos d'elle subissant des outrages divers, et envoyant sur internet son butin pour le partager avec d'autres membres d'un réseau de pédophiles on line et de fans de pornographie enfantine », comme l'a écrit Julian Assange. Elle finit par être sauvée par le FBI, son violeur se retrouva en taule, l'affaire fit scandale, et pourtant, les responsables qui avaient permis qu'une telle adoption se produise, tant en Russie qu'aux US, n'ont jamais été inquiétés, poursuivis ni punis.

L'histoire récente et choquante de Dima Yakovlev, alias Chase Harrison, de son nom américain, a donné son titre au texte de Katherine Lakhova, et son nom à la loi qui en est sortie.  Dima Yakovlev, c'est ce petit garçon oublié dans la voiture par son père adoptif, et qui y périt asphyxié au bout de neuf heures. Gene Weingarten a reçu le Prix Pulitzer pour son reportage sur l'affaire. Les Russes ont été particulièrement horrifiés parce que le père étourdi a été relaxé par le tribunal US. Plus tard, on a découvert que l'enfant avait été retiré sous la menace à sa grand-mère et à sa sœur à peine plus âgée; les responsables avaient été achetés, et son certificat médical falsifié.

Maria Arbatova et Catherine Lakhova citent bien d'autres affaires comparables: des histoires d'enfants exportés pour du trafic d'organes, d'enfants disparus après une adoption bidon, d'enfants revendus à d'autres après adoption, d'enfants renvoyés en Russie se retrouvant lâchés dans un aéroport sans billet de retour... Ces deux femmes qui viennent d'horizons très différents sont d'accord: il faut en finir avec les adoptions à l'étranger. Mais l'industrie de l'adoption rapporte près de cinquante millions de dollars par an aux agences... Il y a 80 agences US implantées en Russie, et leurs profits garantissent l'approvisionnement en chair fraîche. Catherine Lakhova dénonce le fait que les agences internationales pour l'adoption n'ont pas eu de mal à financer avec leurs marges l'organisation de manifestations ainsi que les manifestants. Catherine Lakhova et Maria Arbatova sont ravies que c'en soit fini des adoptions aux USA; elle se battent pour la fin de l'adoption dans tous les autres pays.

Il y a certaines bonnes raisons non politiques pour montrer du doigt les USA : ils raflent un tiers de toutes les adoptions à l'étranger; et ils n'ont jamais signé la Convention pour la protection des enfants ! Les autorités US refusent de permettre aux employés russes des consulats de rencontrer les enfants adoptés; et elles permettent l'adoption à l'étranger à des gens qui ne reçoivent pas l'agrément pour l'adoption d'enfants américains, ainsi que la ré-adoption et le libre transfert des enfants. Cependant, il vaudrait mieux en finir complètement avec l'envoi d'enfants adoptables à l'étranger. Je connais personnellement des enfants russes adoptés par des Israéliens; ils ont été convertis malgré eux et au mépris de la loi à la foi juive, tout a été fait pour leur faire oublier leur patrie, leur langue, et le christianisme.

Les virulents opposants à la loi russe prétendent que les Américains adoptent les enfants handicapés dont les Russes ne veulent pas. Cela serait une excellente raison, n'était la corruption russe: apparemment rien n'est plus facile que de faire plier un fonctionnaire russe, un travailleur social, un directeur d'orphelinat ou un médecin, pour leur faire produire les papiers qui feront d'un enfant sain un  handicapé. Sur plus d'un millier de petits Russes adoptés aux US l'année dernière, moins de cinquante sont considérés comme handicapés, mais une inspection récente a prouvé que presque tous avaient été annotés comme tels contre un pot-de-vin. Impossible autrement de comprendre comment les parents adoptifs étrangers réussissent à contourner la bureaucrate russe, ô combien réputée, en un jour, alors que cela prend plusieurs semaines pour un adoptant russe... dans le meilleur des cas.

Au début, on contrôla de nombreux cas qui s'avéraient bien troubles. La loi russe n'autorise l'adoption d'enfants à l'étranger que s'il n'y a pas d'adoptants russes éventuels. Les fonctionnaires ripoux mentaient aux adoptants russes, leur disant que les enfants qu'ils expédiaient à l'étranger avaient le SIDA ou d'autres maladies incurables. Ils séparaient les frères et les sœurs, les envoyant dans des pays différents. Bref, la nouvelle loi révélait d'horribles brèches dans la loi antérieure.

D'ailleurs, même les adoptions à l'intérieur d'un même pays sont souvent problématiques: si un couple (ou des célibataires ou des homosexuels) n'a pas d'enfant, peut-être ne devraient-ils pas en avoir; car il n'existe pas de droit à avoir des enfants: c'est un privilège que nous recevons du Tout-Puissant. Mais les enfants ont un droit naturel à avoir des parents naturels, et c'est ce droit qu'on bafoue avec l'aide de nantis qui louent des ventres ou achètent des nourrissons. Les adoptions par-dessus les frontières sont encore plus discutables, parce qu'il s'agit de priver l'enfant de son milieu, de sa langue et de sa foi. 

Peut-être que dans un monde idéal, les adoptions hors frontières pourraient être permises dans certains cas. Mais dans le monde réel, c'est l'expression des rapports impérialistes inégaux. C'est la misère des uns qui constitue le gisement pour les autres. Il y a des Américains qui adoptent des enfants en Russie ou au Malawi, mais point de gamins américains donnés à des parents adoptants russes ou malawis. Les Suédois importent des enfants de Corée, mais on n'a pas encore vu de Coréen recevoir la garde d'un enfant suédois. Les adoptants crient sur les toits que l'intérêt supérieur de l'enfant est leur seul mobile, mais de fait ils volent à un pays économiquement faible sa richesse, ses prochaines générations.

Pour la Russie, cette loi aurait pu arriver plus tôt, car après tout la Russie est un pays fort riche et prospère. Moscou est une ville aussi chic que Paris, et beaucoup plus chère. Les revenus moyens sont au niveau d'autres pays développés. L'ère Yeltsine est révolue. La Russie n'est plus une colonie, et cette façon de s'accrocher aux années 1990 quasi-coloniales n'a pas lieu d'être. Il est bon d'en finir avec le trafic d'enfants. L'argent ne doit pas servir à acheter des gosses à Moscou. Et si les adoptants potentiels se souciaient vraiment du bien des enfants, les US ont tout ce qu'il faut en matière d'orphelins, d'enfants abandonnés et affamés. Aux Américains de s'en occuper, et laissons les enfants russes pousser chez eux aussi heureusement que possible.

Traduction: Maria Poumier

Illustration : photo de Dima Yakovlev

Israel Shamir se trouve à Moscou. On peut lui écrire à l’adresse  adam@israelshamir.net

Sources :

http://www.israelshamir.net/French/Putin-Babies-Fr.htm

http://www.counterpunch.org/2013/01/29/putins-baby-crime/ 

 

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3. masha allen.jpg

 

L’histoire de Masha Allen, née Mariya Nikolaevna Yachenkova est une histoire abominable. Non seulement cette petite fille, adoptée à l’âge de 5 ans sans l’accord de sa famille a été abusée pendant des années par son père adoptif US (célibataire), mais après la découverte du délit, elle a été utilisée de toutes les manières possibles par les successeurs de son abuseur (autorités fédérales, travailleurs sociaux, mère adoptive de rechange, politiciens, journalistes, scénaristes hollywoodiens et romanciers douteux spécialisés dans les scandales rentables, qui ont fait courir sur elle les pires inventions.   

Rien n’existe en français sur la question, hormis des déclarations d’illustres inconnus, dont on ne connaît ni les sources ni les fantasmes.

Seuls Julian Assange et Christopher Witkowsky, pour WIKILEAKS, se sont intéressés avec rigueur à l'odyssée de l'enfant devenue adolescente, quand un avocat a déposé plainte en son nom contre la mère adoptive dont elle porte le nom (Allen)… pour les mêmes délits exactement qui étaient reprochés au « père » premier adoptant. Wikileaks est la source qu’a retenue Israël Shamir, qui la connaît bien. Les francophones (Français, Suisses, Belges et Canadiens) ne s’intéressant pas à ces choses, on ne trouve le texte d’Assange et Witkowsky qu’en anglais.


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Cette sombre histoire nous a remis en mémoire la croisade entreprise, il y a quelques années, par un chauffeur de taxi de nuit new-yorkais.

Cet homme, Eugene WEIXEL, juif US, dont les parents avaient fui, comme tant d’autres, l’Allemagne nazie, était communiste (eh bien, oui, il en reste, même si pas beaucoup) et ne se gênait pas pour le dire (ce qui est encore bien plus rare). Il avait épousé une Vénézuélienne et rêvait d’aller passer sa retraite dans la patrie de sa femme. Jusqu’alors, il n’avait jamais pu obtenir des Etats-Unis de visa l'autorisant à s’y rendre.

Comme cela doit arriver dans ces professions, il avait sympathisé avec un client véhiculé plusieurs fois, un journaliste free lance, qui avait fini par lui raconter sur quoi il travaillait : une affaire d’abus d’enfants par les autorités new-yorkaises… de protection de l’enfance, qui en avaient vendu (ou donné ?) à un centre de recherche sur le sida. Comme cobayes. Des enfants pauvres, évidemment, petits Latinos et  petits Noirs. Certains en étaient morts, d’autres en restaient handicapés à vie. Leurs familles, ne survivant que par l’assistance publique,  avaient bien essayé de s’unir pour dénoncer ces pratiques et récupérer leurs mouflets. On les avait menacés de leur enlever les autres au prétexte qu’ils n’étaient « pas aptes à les élever ». Chantage ? Oui. Terrorisme ? Oui. Eugene avait vu rouge (vous me direz…) et s’était embarqué, avec son copain journaliste, dans l’entreprise donquichottesque de mettre les enfants à l’abri en faisant cesser la chose et d’amener les autorités coupables devant la justice. Counterpunch leur avait ouvert ses colonnes, photos glaçantes à l’appui.

Il est toujours dangereux de s’attaquer, quand on n’est rien ou presque rien, à des gens puissants, maire de New York en tête. Nous nous demandions quand le taxi sexagénaire aurait un accident. Cela finit par arriver. Par quel miracle il s’en sortit vivant ? Nous ne savons. Le fait est qu’au bout de plusieurs mois de convalescence, il reprit ses activités et qu’il les exerce toujours.

4 . eugene weixel .jpgIl animait, à l’époque, un blog peu ordinaire appelé Fat-old-jewish-guy-who-lives-in-the-projects (« Vieux gros Juif qui vit dans les logements sociaux »). Nous y avons suivi pendant plus de deux ans sa croisade contre les magnats, les mafieux et les scientifiques à la conscience élastique, mais aussi, et simultanément, ses joutes avec les trolls de l’AIPAC, très désireux de lui voir faire son aliyah et aller exercer ses talents de chauffeur du côté de Tel Aviv. Nous n’avons pas oublié la dernière réponse par laquelle il les congédia : « Je ne vais pas m’installer chez des gens qui ont la clé de la maison et qui y reviendront un jour ou l’autre. »

Nous n’avons pas oublié non plus sa longue polémique avec une internaute Anglaise de gauche, qui lui reprochait de ne pas faire son devoir de juif en soutenant Israël. Il s’était tout fait traduire : des articles du Monde aux textes de Faurisson. Il s’était aussi rendu en Allemagne, pour aller voir, dans les différents camps,  ce qu’il en était de ces fours qui existaient ou qui n’existaient pas. Bref, Eugene WEIXEL est cette chose rarissime : un homme qui pense par lui-même.

Son blog a changé une ou deux fois de nom depuis lors. Il s’appelle aujourd’hui Please, don’t vomit in the taxi (est-il besoin de traduire ?). Eugene, sûrement septuagénaire, y met en ligne des petites videos bricolées à la maison, où il s’en prend (quelquefois en chantant) aux influents qui l’énervent - les Attali, Minc, Joffrin, BHL des USA, chaque pays a les siens – ici, Michael Bloomberg et Thomas Friedman, mais aussi Chuck Hagel, qu'il nous promet comme prochain président des Etats-Unis. 

Si le cœur vous en dit :

http://pleasedontvomitinthetaxi.blogspot.be/2013/01/videos-of-eugene-weixel-singing.html

 

 

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Quant à la pièce maîtresse de notre Rififi…

 

Des oligarques se castagnent en direct !

 

…c’est pour presque tout de suite, dans notre traduction (merci Kahem) avec un mot d’encouragement de l’auteur en prime.

Vous aurez donc droit, deux fois de suite, à la Nef des fous de Vyacheslav Vasilievitch KALININE en guise de bateau.

Les blogs bricolés par des autodidactes, c’est comme ça.

 

 

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Urgences !

 

Parmi ceux qui ont la clé de la maison, mais qui n’y rentreront jamais si on les laisse mourir …

 

SAUVONS SAMER ISSAWI : RASSEMBLEMENT MARDI SOIR À PARIS !

5. Issawi fauteuil roulant .jpg

Samir Issawi, prisonnier palestinien détenu par Israël, a dépassé les 200 jours de grève de la faim pour protester contre sa détention sans inculpation ni procès par Israël. Sa vie ne tient plus qu’à un fil. Elle dépend de nous.

TOUS AU RASSEMBLEMENT CE MARDI 19 FEVRIER A PARTIR DE 18 H

A LA SORTIE DU METRO SOLFERINO (LIGNE 12)

EN FACE DU SIEGE DU PS, A PROXIMITÉ DU PARLEMENT ET DU QUAI D’ORSAY


Source :

samedi 16 février 2013

http://www.europalestine.com/spip.php?article8073


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PRIX

 

 

7 février 2013

Julian Assange reçoit le Premier Prix Yoko Ono Lennon

imaginepeace.com

6. Prix Ono-Lennon à Assange -19241-e7a9f.jpg

photo : Allen Tannenbaum Polaris

3 février 2013 : New York, États-Unis. Yoko Ono a décerné (in abstentia) son Prix du courage pour les arts », pour l’année 2013, à Julian Assange de Wikileaks. Michael Ratner (deuxième à partir de la gauche sur la photo) et Balthasar Garzon Real ont reçu la récompense à la place de Julian Assange. Daniel Ellsberg (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères équatorien Ricardo Patiño Aroca ont également pris la parole lors de cette cérémonie.

Lire la suite…

Source :

http://www.legrandsoir.info/etats-unis-julian-assange-rec...

 

 

 

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Pour mémoire

(et pour ne pas mourir idiots)

 

QUAND LA CIA INFILTRAIT LA CULTURE EN EUROPE

Documentaire Arte – mai 2011

 

Fruit de trois ans de recherches, ce documentaire montre comment les services secrets américains ont manipulé les milieux artistiques et intellectuels européens pendant la guerre froide. Beaucoup d’écrivains travaillèrent ainsi pour la CIA.

Dans les années de l’après-guerre, les services secrets américains lancent une vaste opération d’infiltration des milieux européens de la culture. Ils lui consacrent plusieurs millions de dollars et s’appuient sur un organisme, le “Congrès pour la liberté de la culture”, dont le siège se trouve à Paris. La capitale française est un lieu stratégique pour publier des revues lues jusqu’en Afrique, en Amérique latine et dans les pays arabes. Le Congrès pour la liberté de la culture s’intéresse aux artistes et intellectuels de gauche, qu’il essaie de soustraire à l’influence marxiste et de gagner à la cause américaine. En France, la revue Preuves dirigée par Raymond Aron constitue le fer de lance de cette diffusion de la pensée anticommuniste.

En Allemagne, le “Kongress für kulturelle Freiheit” naît en juin 1950 à Berlin, en zone d’occupation américaine. La revue Der Monat reçoit les premiers subsides de la CIA vers 1958. Elle compte parmi ses collaborateurs d’éminents journalistes et les principaux représentants des maisons d’édition en Allemagne fédérale. Le Congrès dispose ainsi de relais à Berlin, Munich et Francfort. Il s’établit aussi à Cologne où il développe des relations privilégiées avec les rédactions de la presse écrite et de la télévision. Heinrich Böll, futur Prix Nobel de littérature (en 1972), est approché et travaillera – plusieurs documents le confirment – pendant plus de dix ans pour le Congrès et ses différentes organisations. Sans savoir qu’il œuvre en fait pour la CIA ?

C’est ce que pense Günter Grass, autre cible de l’agence américaine. Au-delà de ces deux personnalités, toute la fine fleur des arts et des lettres a été approchée par les services secrets américains et leur a apporté son soutien, le plus souvent sans le savoir. C’est ce que montre très bien ce documentaire, fruit de trois ans de minutieuses recherches.

Sources :

http://honneur-a-l-armee-rouge.over-blog.com/article-quan...

:http://guerre.libreinfo.org/manipulations/manipulations/564-cia-culture.html


sans oublier  :

La CIA mécène de l’expressionnisme abstrait

7. Pollock - The She-Wolf - 1943.jpg

(Un article publié en 2010 par Le Grand Soir)

http://www.voltairenet.org/article167497.html


 

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Dernière minute.

Les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Cela dépend d’où elles viennent.

 

La Havane,

Encore intubé, suite aux complications respiratoires survenues pendant sa dernière opération, mais avec des cheveux tout neufs et ses deux filles, Maria Gabriela et Rosa Virginia, Hugo Chavez fait la nique aux trolls d’El Païs.

8. CHAVEZ & SES filles -166CUBA-VENEZUELA-CHAVEZ-HEALTH-REPORT-G56HKOK5_1.jpg

Que se mejore Presidente ! Larga, muy larga remisión…

 

 

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Mis  en ligne le 17 février 2013 par Catherine

18:58 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/02/2013

Pseudo-antiterrorisme à l'européenne

1. Exterminateurs .jpg.png

 

Pseudo-antiterrorisme à l’européenne

 France

(avec un peu d’Angleterre dedans)


Pourquoi j'ai refusé de livrer mon ADN

05 février 2013 Par Les invités de Mediapart

2. Einstein langue tirée.jpgLe 6 février 2013, Charles Torres comparaît au tribunal de Rouen pour avoir refusé le prélèvement de son ADN lors d'une garde à vue de 35 heures début 2012. Forgeron, on le soupçonnait de complicité dans l'affaire de Tarnac et d'avoir fabriqué les crochets qui servirent à bloquer des TGV en 2008. 

Les policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire n'ont pas peur de la contradiction. Le 24 février 2012, à 11 h 15, ils ont recueilli l'ADN de Charles Torrès, 28 ans, à son insu. Puis, à 11 h 35, ils ont lancé une procédure contre le jeune homme gardé à vue dans le cadre de l'affaire de Tarnac pour... refus de prélèvement génétique.Forgeron, on le soupçonnait  de complicité dans l’affaire de Tarnac et d’avoir fabriqué les crochets qui servirent à bloquer des TGV en 2008.

Témoignage :

Le 23 février 2012, je fis bien malgré moi une entrée fracassante dans l’affaire dite « de Tarnac ».

Lire la suite…

 

Voir également :


Mark Kennedy: la taupe de Tarnac

Tarnac : les étranges écoutes posées par France Télécom

Fichage ADN : ce que les flics savent sur vous


 

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Un avant-goût du procès de Tarnac : le procès du forgeron

28 janvier 2013 Par Benjamin épicier-terroriste

3. cetautomatix-le-forgeron.1260725959.gifBientôt un nouvel acte dans la folle épopée entamée le 11 novembre 2008 dans les collines corréziennes, aux alentours de la petite commune de Tarnac. Les lecteurs avertis se souviendront du dernier épisode, au mois d'avril 2012, qui avait poussé les effets narratifs à leur paroxisme. Episode au cours duquel nous avions assisté à la dramatique disparition d'un des personnages principaux, le juge Fragnoli, que le bon sens avait poussé à demander son dessaisissement, avant qu'il ne lui tombe dessus.

Lire la suite…

 

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Il est si facile de falsifier de l'ADN

4. falsification.jpgDes scientifiques israéliens ont découvert qu'il est aisé de contrefaire de l'ADN humain dans un but frauduleux de substitution d'identité génétique, notamment dans le cadre de relevés de scènes de crime.

Dans le numéro de juin de la revue scientifique trimestrielle FSI Genetics, le chercheur Dan Frumkin et ses collègues publient les résultats d'une étude au cours de laquelle ils ont produit des échantillons de sang à partir d'ADN falsifié. Ils ont ensuite fait tester ce sang par les laboratoires de pointe de la police scientifique, qui n'ont rien décelé d'anormal.

Lire la suite…


Voir également :

Surveillez moi, oh oui, surveillez moi !

 

 

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5. ADN CHIENS . jpg.jpg

 

Crottes à Capri… c’est bientôt fini !

 ADN, la solution-miracle.

 

Les autorités de l’ile de Capri en Italie, devant le peu d’empressement des maîtres à éduquer leur compagnon (…et eux-mêmes) et lasses de devoir faire la chasse aux crottes de chiens plusieurs fois par jour, ont décidé du fichage de tous les chiens de l’ile avec prélèvement d’ADN. A l’avenir, chaque crotte trouvée dans la rue fera l’objet d’une analyse génétique qui permettra d’identifier le chien et donc son propriétaire qui se verra infliger une amende… en plus bien sûr du prix de l’analyse ADN (environ 200 €)…!! 

 


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Belgique

Juge Fragnoli par-ci, procureur monomaniaque par là… On prend presque les mêmes et on agite la boîte à fabriquer des « terroristes ». La boîte, en l’occurrence, s’appelle Parlement belge, et vient de voter – entre autres décisions déshonorantes comme l’entrée en guerre de la Belgique contre le Mali -  une extension de la loi scélérate du 13 janvier 2003, visant à conformer un pays prétendu souverain aux caprices de l’inénarrable Gerges W. Bush et de ses complices dans le crime. Comment pourrait-on leur refuser ce petit plaisir ?

Un meeting co-organisé par par le Collectif No-Procès, Bruxelles-Laïque, la Ligue des Droits de l'Homme, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et le Comité pour la Liberté d'Expression et d'Association aura lieu ce lundi 18 février dans les locaux de Bruxelles-Laïque à 19h30.  Le thème, à la veille de l'ultime audience dans l'affaire des quatre du Secours Rouge : De l’anti-terrorisme au terrorisme d’état ?

Le lendemain matin se déroulera l'audience qui doit définitivement trancher s'il y a lieu ou non d'appliquer la loi anti-terroriste aux quatre militants du Secours Rouge.  Dès lors, un rassemblement de solidarité se tiendra sur les marches du Palais de Justice entre 9h et 10h.  Il y aura des boissons chaudes pour affronter les intempéries.

 

De l’anti-terrorisme au terrorisme d’état ?

 La loi du 19 décembre 2003 sur l’infraction terroriste a déterminé qu'une infraction serait punie beaucoup plus sévèrement lorsqu’elle sera qualifiée de « terroriste » que lorsqu’elle échappera à cette qualification. Cette loi a été contestée dès l’origine en raison de la débauche de moyens répressifs hors véritable contrôle qu’elle prévoyait (méthodes de recherche, détention préventive, etc.) et en raison du flou extrême de sa définition du « terrorisme ». Et donc de son application possible à des mouvements sociaux et politiques.

Les premières applications de la loi (affaire de la prétendue "filière kamikaze", affaire DHKP-C) ont donné raison à ceux qui critiquaient son flou. Les tribunaux l'ont interprété de manière radicalement différente : ce qui était jugé "terroriste" par un tribunal ne l'était pas pour un autre.

Ce flou est encore au cœur des tours et détours de la procédure contre le Secours Rouge, l’accusation ayant fait appel contre une décision de justice de ne pas appliquer cette loi.

Loin de réévaluer cette législation, le parlement l'a... étendue ce 7 février, et criminalise désormais ce qu'il appelle « l’incitation indirecte », (même non suivie d’effet) à une « infraction terroriste ». Le flou s’ajoute au flou, les défauts et dangers de la législation anti-terroriste augmentent de manière exponentielle.

 

Quelques sources :

CLEA

http://www.leclea.be/pdf/moratoire-loi-antiterroriste.pdf

Progress Lawyers Network

http://www.iadllaw.org/files/LOI%20ANTI%20TERRORISTE%20OU...

Ligue des droits de l’homme

http://www.liguedh.be/2004/468-la-lutte-contre-le-terrorisme-ne-peut-se-faire-au-detriment-des-droits-fondamentaux

CESEP

http://www.cesep.be/SERVICES/PERIODIQUES/ARCHIVES/articu_...

JOC - OJIM

http://www.lejim.info/spip/spip.php?breve1233

Jean-Claude Paye : « Les lois anti-terroristes. Un Acte constitutif de l’Empire »

http://www.voltairenet.org/article151318.html

6. mééééttinque - 2013-02-18.jpg

 


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Et rendez-vous au Palais de Justice de Bruxelles

le lendemain mardi 19 février, à 8 h 50’

pour l’audience contre les quatre militants de

Secours Rouge

dans le cadre (enfin, enfin, enfin !) de cette loi tant attendue.

 

 

)



 Mis en ligne le 16 février 2013 par Marie Mouillé.

15:31 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

07/02/2013

AVEC LES CARABINIERS

1. Carabiniers napolitains .jpg

AVEC LES CARABINIERS

Notre matos nous joue quelquefois des tours. Le dernier en date : nous n’avions plus de son. Disparu. De façon abrupte et inexplicable. Nous voyions circuler partout une video « belge » : intervention du député fédéral Laurent Louis sur le Mali. Fichtre. Que racontait-il ? Nous n’en savions rien. Et voilà que, simultanément, le Réseau Voltaire publie sur son site non seulement la vidéo, mais aussi le texte intégral de l’intervention en français, en espagnol et en anglais, et que le site d’information U.S. Information Clearing House prend le relais. Nous ne pouvions pas faire moins que la mettre, nous aussi, en ligne. (Et voilà que- ô comble de bonheur - notre son est revenu, aussi inexplicablement qu’il était parti !)

Avec les carabiniers, donc :


Condamnation de la guerre au Mali et dénonciation du complot néocolonial de l’Occident

2. Laurent Louis - portrait .jpg

Réseau Voltaire –

Bruxelles, Belgique – 3 février 2013

Le 11 janvier 2013, la France déclenche une intervention militaire au Mali, pays africain où près de la moitié de la population vit avec moins de 1,25 dollars par jour. Les raisons que Paris invoque pour justifier cette opération reprennent en fait la rhétorique de la « guerre au terrorisme », chère à l’administration de Bush Jr. Le 17 janvier, le député indépendant Laurent Louis dénonce devant le Parlement belge les véritables objectifs de l’intervention. Seul député belge à s’opposer au soutien de la France à l’opération française, Laurent Louis rappelle aussi que les pays occidentaux – y compris la France – ont soutenu en Libye et soutiennent toujours, en Syrie, les djihadistes que Paris affirme vouloir combattre aujourd’hui au Mali.

Lire la suite…

 

 

Version US :

 

Information Clearing House

Preventive War Has Become The Rule

Belgian MP Laurent Louis stands against war in Mali and exposes the international neo-colonial plot :

« Preventative war has become the rule. And today in the name of democracy and the fight against terrorism, our states grant themselves the right to violate the sovereignty of independent countries and to overthrow legitimate leaders »



Video



On January the 17th, Belgian MP Laurent Louis, explained why he voted against the Belgian support for war in Mali. He expressed his disgust and wrath against the criminal foreign policies of the Belgian elite and its submission to foreign financial and interests groups.

Posted January 27, 2013

Click on the CC icon for english translation

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Un des commentaires : « Here is one decent Western politician saying what needs to be said ! »

Source :

http://www.informationclearinghouse.info/article33733.htm

 

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Allons-y de notre propre commentaire.

Premièrement, il importe de dire à quel point nous sommes d’accord avec chacun des termes employés par le député Louis, ainsi qu’avec leur sens général.

Deuxièmement, nous n’avons pas remarqué sans dégoût les efforts faits par quelques zozos (dont une femme) pour tenter, par diverses gesticulations, de désamorcer des paroles qu’ils auraient bien fait d’écouter avec respect. Nous avons espéré voir exploser l’apoplectique grimaçant dans le dos de l’orateur. Hélas…

Troisièmement, vous aurez apprécié comme nous le silence de mort qui a accueilli cette péroraison. Pas un seul qui ait eu le courage de se déclarer à haute voix pour ou contre. La meute, accoutumée à ramper sous la schlague, a de ces silences-là.

Quatrièmement, il est toujours bon de savoir par quoi on est « représentés » : on a les représentations qu’on mérite, et, depuis les honteuses sorties en masse des assemblées de l’ONU, à chaque fois que le Président Ahmadinejad y a pris la parole, nous sommes fixés.

Cinquièmement, la seule conclusion à tirer de tout ceci est qu’il y a en Belgique au moins un homme et qu’il fait de la politique. Si un trop grand nombre de Belges faisaient savoir de façon indiscutable qu’ils partagent ses vues (nous ne nous faisons aucune illusion là-dessus), le député Louis aurait vite un accident. Nous ne le lui souhaitons pas. Tant pis pour les Belges.

 

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ARCELOR-MITTAL arrête les hauts-fourneaux liégeois, licencie tout le monde : la routine depuis 40 ans.

 

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LAKHSMI MITTAL BELGIUM ou la pierre philosophale

Patrick LEDENT

Liège, 5 février 2013

J’aime bien les chiffres. Ceux qui suivent sont glanés sur le net et constituent une moyenne des différents sites consultés, de gauche comme de droite, y compris le très modéré « Trends », c’est vous dire ! Nos politiques ne contestent pas ces chiffres.

Entre 2008 et 2011, ARCELORMITTAL a réalisé en Belgique 5,8 milliards d’euros de profit, soit 1,45 milliard d’euros par an. Grâce aux intérêts notionnels et à diverses entourloupes fiscales, le groupe a été imposé à hauteur de 1,4%. Il a donc acquitté, pour l’exercice 2012, un impôt d’environ deux millions d’euros (1,45 milliard x 0,014).

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Si l’entrepreneur avait été imposé équitablement, c’est-à-dire à hauteur du taux moyen d’imposition des travailleurs et entreprises belges, soit +/- 35%, il aurait acquitté un impôt de plus de 507 millions d’euros (1,45 milliard x 0,35). Réduisons à 502 millions, par facilité.

Un rapide calcul (502 M€ - 2 M€) nous apprend que l’Etat belge a accordé à M. Lakhsmi MITTAL, pour l’exercice 2012, une réduction d’impôt d’un demi-milliard. Ce qui correspond, grosso modo, à 50 euros par habitant, soit près de 150 par travailleur.

MITTAL compte environ 12.000 travailleurs en Belgique. Accordons à chacun d’entre eux un salaire moyen confortable de 2.000 à 2.500 euros net par mois, ce qui représente une charge brute pour l’employeur de 5.000 € par travailleur et par mois, soit une masse salariale annuelle de 720 millions d’euros (12.000 travailleurs x 5.000€ x 12 mois).

Notre État a donc pris en charge, par le biais des intérêts notionnels, septante pourcent de cette masse salariale (500/720)*100. Ce qui revient à dire que Lakhsmi MITTAL a bénéficié, pour faire tourner sa boîte, de 8.400 (12.000*0,7) esclaves (c’est ainsi qu’il convient d’appeler les travailleurs non rémunérés par leur patron).

Décompte tenu des esclaves, le groupe MITTAL a constaté qu’il avait rémunéré, contre toute attente, 3.600 profiteurs ! Voilà qui dépassait l’entendement ! Payer la main d’œuvre, et puis quoi encore ? Il convenait de mettre un terme à l’hémorragie. Dont acte : 800 suppressions d’emplois voici quelques mois pour la phase à chaud, 1.300 aujourd’hui pour la phase à froid, et 1.500 demain pour la phase tempérée, attendez voir ! Objectif fin 2013 : masse salariale = zéro.

Voilà pour la comptabilité. Pour les modalités d’application, c’est à peine plus compliqué. Il s’agit de jongler avec les diverses niches fiscales, à les détourner de leur esprit et à contourner les éventuels garde-fous : rien qui soit sorcier. Quand on a laissé sa conscience au vestiaire, l’issue du match ne fait pas un pli.

Aujourd’hui, devant l’énormité du camouflet, nos politiques font mine de s’étonner : « Ah ben ça alors, on ne l’aurait jamais cru ! Notre montage financier reposait sur une confiance mutuelle, et voici que cette confiance est rompue. On nous avait promis de nombreux investissements en échange de notre flexibilité, et voici que l’on se rétracte ! Pire, que l’on sabote notre travail ! Pouvions-nous imaginer un seul instant que nous avions affaire à un escroc ? « Non, peut-être ! », répondrons nous pour affirmer, en bons surréalistes que nous sommes : « Oui, absolument ! ».

Placez un marmot dans une cuisine, posez un pot de confiture en haut d’une armoire et donnez la consigne : « Pas touche ! ». Là-dessus, abandonnez sur place deux tabourets, une table, quatre chaises, une échelle, un élévateur hydraulique et huit mille quatre cents assistants. Revenez vingt minutes plus tard. Vous attendez-vous à trouver le pot de confiture intact ? La réponse semble évidente. Sauf pour notre gouvernement qui s’exclame, mains sur les hanches : « Ah ben, ça alors ! »

Il ne vous reste plus qu’à pleurer et à gronder le gosse pour n’avoir pas respecté vos injonctions. Le gronder mais pas trop, parce que, réflexion faite, vous aviez un peu tenté le diable, non ? Simplement, à l’avenir, vous serez plus circonspect : l’élévateur hydraulique, pas question, trop facile !

C’est ce qu’il va se passer, c’est déjà ce qu’il se passe ! Déjà ce qu’il se dit : « Bien sûr, on peut nationaliser, mais sur le long terme, c’est intenable. Il ne faut pas se voiler la face, MITTAL est incontournable. Si on ne fait pas de concession, tel qu’on le connaît maintenant, il est capable de mettre la clé sous le paillasson sans même passer la serpillière. Alors, le carottage en profondeur et la décontamination des sols et sous-sols, je ne veux pas jouer les oiseaux de mauvais augure, mais ce n’est pas dans la poche. On marche sur des œufs, messieurs. Faut faire gaffe, drôlement gaffe, agir avec prudence, plus que jamais ! Donc, voilà ce que je propose : on retire l’élévateur hydraulique, faut pas exagérer, mais en contrepartie et en gage de notre bonne volonté, on indemnise nous-mêmes les travailleurs licenciés. Après tout, c’est de notre faute, s’ils sont sur le carreau. Si nous les avions payés tout de suite, comme les autres, nous n’en serions pas là. Alors ? Ça marche ? Il est adopté, mon plan ?»

Il le sera. On parie ?

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« …on indemnise nous-mêmes les travailleurs licenciés : il en a de bonnes, Patrick Ledent ! « On », c’est qui ? Les contribuables, non ? Donc, les travailleurs licenciés… Nous sommes bien d’accord ?

Et si on enfermait nos gouvernants avec Arundhati Roy jusqu’à ce qu’elle en ait fait du dal ou qu’ils sachent au moins épeler leur nom ?

 

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Dans le même ordre d’idées que l’article de Philippe Grasset sur la Grande Muraille Souterraine de Chine,  les valeureux du Cercle des Volontaires viennent de mettre en ligne une interview, qui nous avait échappé lorsque Center Blog, Alterinfo et Le Grand Soir l’avaient publiée en septembre dernier, honte sur nous et notre frivolité ! 

Cette interview est si importante à nos yeux qu’au lieu de vous y envoyer par un lien, nous nous sentons obligés de vous la balancer in extenso. La démonstration du Pr. Fursov est si magistrale et si limpide qu’un enfant de quatorze ans la comprendrait. Et on se fourrerait le doigt dans l’œil jusqu’aux clavicules si on pensait qu’elle ne nous concerne pas directement. Amis lecteurs, ne la zappez pas, sous peine de mourir idiots !

 

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Frappe contre la Syrie – cible : la Russie

Cercle des volontaires – 5 février 2013

L’interview de Andrej Iljitsch Fursov ci-après a été publiée le 9 août 2012 sur le site KP.ru et traduit par le site Horizons et Débats.

« Il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux » (Alexej Jedrichin-Wandam)

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Andrej Fursov est directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou et membre de l’Académie internationale des sciences (Munich). Compte tenu de l’orientation des questions au départ, il embrasse un large spectre imprévu de sujets abordés. Partant de la situation actuelle en Syrie et du «Printemps arabe», l’historien russe tente des prévisions et des réflexions sur les développements à venir, allant du concret au global. Dernière remarque liminaire: en russe, le terme de «régime» n’a pas forcément de connotation négative.

KP.ru : Pourquoi l’Occident est-il si pressé d’enfoncer les clous dans le cercueil du régime d’Assad ?

Andrej Fursov : Ce pays de taille moyenne au Proche-Orient est tout à coup devenu le point le plus névralgique de la planète. L’ONU siège en permanence à son sujet. La Russie et la Chine y adoptent une attitude inflexible. Une flotte russe de bâtiments de guerre avec de l’infanterie de marine à bord a mis le cap sur la Méditerranée et fera aussi escale en Syrie. Les USA mettent 15 millions de dollars supplémentaires à disposition des «rebelles». Est-il possible que ça sente la grande guerre ?

KP : En quoi la petite Syrie a-t-elle gâché la soupe au puissant Occident ?

A.F. : En tout, simplement. Procédons par ordre – allant du plus petit au plus grand, du régional au global. Dans les constellations proche-orientales et en général dans le conflit des Américains et des monarchies sunnites (Arabie saoudite et Qatar) contre l’Iran chiite, ce pays n’est pas seulement un allié de Téhéran, mais le membre d’une chaîne qui relie celui-ci avec les groupements chiites du monde arabe. Sans cet intermédiaire, l’influence de l’Iran dans le monde arabe serait passablement moins importante. Je ne veux même pas parler de l’oléoduc qui, provenant de l’Iran, traverse la Syrie. Sans solution de la question syrienne, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Britanniques et les Américains, ne pourront pas prendre le risque de s’attaquer à l’Iran.

Le régime syrien est de fait le seul régime fort et laïc du monde arabe. Le fait qu’il soit fort dérange les Atlantistes dans leurs plans de transformation du Proche-Orient et du monde entier. Qu’il soit laïc et en même temps économiquement couronné de succès dérange les dirigeants de l’Arabie saoudite et du Qatar.

KP : Bien des gens disent qu’il s’agit de la première guerre pour le gaz naturel.

A.F. : On a détecté des gisements de gaz naturel dans le Sud de la Méditerranée – autant en mer que sur terre en Syrie (Kara). C’est difficile de connaître leur dimension, mais ils existent. Le Qatar exporte du gaz naturel liquéfié à l’aide d’une flotte de tankers. Si le régime d’Assad s’effondre, le Qatar aura la possibilité de transporter directement le « combustible bleu » via le territoire syrien sur la côte de la Méditerranée. Cela doublerait au moins son volume d’exportations et gênerait simultanément les exportations de l’Iran. Le renforcement du Qatar sur le marché du gaz naturel affaiblit la position de la Russie. Si les Américains réussissent simultanément à prendre le contrôle du gaz naturel algérien, cela ressemblera bien à un blocage des exportations de gaz naturel pour la Russie. Ce qui signifie que les intérêts économiques du Qatar sont identiques aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis, et à leurs efforts d’affaiblir la Russie autant que possible, car la Russie ne doit pas de nouveau se renforcer.

KP : Cela signifie au fond qu’en Syrie, les Yankees attaquent indirectement le Gazprom aimé des Russes ?

A.F. : Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial, ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup (ce qu’on devrait apprendre d’eux). Le chaos orchestré se déroulant au grand Proche-Orient sépare la Chine des sources de pétrole et de gaz naturel dont elle a besoin, ce qui entraîne en même temps une rupture entre la partie chinoise de l’Eurasie et celle de l’Europe occidentale. Le contrôle du pétrole et du gaz provenant du Proche-Orient signifie en première ligne le contrôle des Etats-Unis sur l’Europe, notamment sur l’Europe occidentale, ce qui serait favorable à un affaiblissement de la Russie et de ses positions. Et si un jour cela devait déplaire à l’Europe, on pourrait là aussi provoquer pour un oui pour un non quelques troubles arabo-africains – de telle manière que les citoyens rassasiés désireraient que ça prenne fin.

Cette logique (bien que ce ne soit pas la seule chose) détermine la poussée vers l’Est des élites de l’Atlantique nord à travers le monde arabe : la Tunisie, l’Egypte, la Libye. Actuellement, ils sont arrivés en Syrie. Cependant, les Atlantistes se voient confrontés dans ce coin de terre syrienne à une autre puissance mondiale, qui peut se mesurer à eux du point de vue économique et même militaire, mais qui représente une civilisation totalement différente. C’est la Chine avec sa poussée vers l’Ouest. La poussée de la Chine est une espèce de croisade pour gagner des ressources. Le Pakistan se trouve déjà sous l’influence de la Chine. Les Chinois ont depuis longtemps des relations avec les talibans d’Afghanistan. L’Iran est aussi un allié, bien que très spécial. Le sud de l’Irak est déjà de facto contrôlé par les alliés chiites d’Iran. Du point de vue géostratégique et géoéconomique, la Chine parvient ici pas seulement jusqu’à la côte de l’océan Indien, mais, vu sous cet angle, jusqu’à l’Atlantique (à savoir jusqu’à la côte syrienne de la Méditerranée). Pour le dire objectivement, en Syrie, les croisés occidentaux sont parvenus à la Grande Muraille de Chine.

Pour la première fois, l’élite anglo-américano-juive, qui s’était formée au cours des derniers siècles et est devenue une conquête organisationnelle historique de l’Occident, a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental (car la direction de l’URSS était la transposition d’un projet de gauche de l’Occident, d’un jacobinisme de l’époque moderne). Par ailleurs, le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique. Orienté tout autant vers les valeurs matérielles, le commerce et l’argent. Mais ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial.

KP : La mafia chinoise est probablement encore un peu plus violente que l’italienne…

A.F. : Oui, et ne parlons même pas des réserves d’or chinoises comme arme financière menaçante.

Pékin a très bien compris que la Syrie n’est qu’une étape de la poussée principale des Atlantistes du Nord – et le but est de voir tomber la Chine, de la renvoyer à l’intérieur de ses frontières nationales, de la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et de l’étouffer technologiquement. C’est ce qui explique la position si dure de la Chine à l’ONU en ce qui concerne la Syrie.

KP : Qu’en est-il de la position de Moscou ? Pourquoi est-elle si différente que dans le cas de la Libye ?

A.F. : Premièrement, nous avons à présent un autre président. Deuxièmement, je pense que l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. Troisièmement, la Russie entretient une base navale en Syrie. Quatrièmement, l’industrie d’armement russe a des intérêts importants en Syrie, et les intérêts économiques sont une chose sacrée pour les dirigeants russes. Cinquièmement, la Syrie est bien plus proche des frontières de la Russie et de l’espace postsoviétique que la Libye. Tout ceci détermine la position de Moscou, une position qui par son potentiel nucléaire et diplomatique renforce la position chinoise. Ni la Russie ni la Chine ne parviendraient à affronter seuls la communauté internationale.

Les Anglo-Saxons peuvent sûrement se ficher du veto de la Russie et de la Chine, de l’ONU et du droit international en général, qu’ils ont de toute façon l’intention d’abroger. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des intentions. Car comme Staline a dit une fois, la logique des circonstances est toujours plus forte que la logique des intentions. Ces circonstances sont la Russie et la Chine qui provoquent une furieuse rage chez les Atlantistes du Nord – il n’y qu’à écouter quelques fois Madame Clinton et observer sa mimique.

KP : En dépit des positions intransigeantes de Moscou et de Pékin, l’Occident ne se retire pas. Pourquoi donc?

A.F. : Premièrement, cela ne fait pas partie des traditions des Anglo-Saxons de lâcher prise après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins. Deuxièmement, au cours des 25 à 30 dernières années, après avoir vaincu l’élite soviétique (il s’agit exactement de l’élite soviétique – elle a capitulé), ils sont simplement devenus arrogants. Ils se sont habitués à ce que la Russie abandonne tout et ils comptent sur le fait qu’ils peuvent faire pression sur l’élite russe, déjà rien que parce celle-ci a déposé son argent dans des banques occidentales. Troisièmement, et c’est la raison principale qui l’emporte sur toutes les autres : les mises sont beaucoup trop élevées, c’est le destin des élites de l’Atlantique nord elles-mêmes qui est en jeu, il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. L’affaire se présente ainsi : en dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les Etats-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. « Nihil dat fortuna mancipio » – le destin n’accorde rien pour l’éternité ! Le temps de l’Amérique est en train de passer. Afin de retarder la chute définitive ou même de l’éviter, l’Amérique a besoin de faire une pause pour souffler.

Ce n’est pas un hasard si dans la nouvelle doctrine militaire qu’Obama a proclamée le 5 janvier 2012, il ne s’agit plus maintenant que les USA – comme jusqu’ici – soient armés pour mener deux guerres parallèles, mais plus que pour une, plus des actions indirectes dans plusieurs régions. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les Américains regroupent jusqu’à 60% de leur puissance militaire dans l’océan Pacifique, l’espace du Pacifique oriental, et qu’ils se préparent ainsi à des confrontations avec la Chine. Ce n’est pas un hasard si la revue Foreign Affairs, une publication du Council on Foreign Relations (CFO) – une des structures américaines les plus influentes en matière de relations internationales – ne cesse de publier depuis peu des articles qui disent ouvertement : les Etats-Unis ont besoin de faire une pause « pour se concentrer sur la reconstruction des bases de la prospérité nationale ». Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). A cette époque, Rome a passé des offensives stratégiques à la défense stratégique ; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient.

KP : C’est une analogie directe. Les Etats-Unis ont l’intention de quitter l’Afghanistan, et ils se sont déjà retirés de l’Irak…

A.F. : Les résultats du Sommet de l’OTAN de Chicago, les 20 et 21 mai 2012, en ont apporté la démonstration : ni les États-Unis ni l’OTAN ne quitteront réellement le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ce n’est pas pour cela qu’ils s’y étaient rendus. Il est toutefois vrai qu’ils doivent en « sortir » mais avant tout pour y installer un nouveau modèle de commandement. Et cela, tout simplement pour éviter que la place ne soit prise par les concurrents, c’est-à-dire par l’UE et surtout par la Chine. Voilà la vraie raison de ce nouveau modèle de domination de la région : un chaos orchestré. On ne peut imaginer de meilleur candidat pour installer ce modèle et le maintenir que les Islamistes, « les chiens de garde de la mondialisation à la mode américaine ».

On voit donc au Proche-Orient – notamment dans le pays-clé qu’est l’Égypte – que le « Printemps arabe » a porté au pouvoir les Islamistes. En réalité, on leur a aplani le chemin. Mais, les Anglo-Saxons ont buté sur deux pays dans leur marche en avant, dans lesquels les Islamistes étaient faibles ou inactifs. Il s’agit de la Libye et de la Syrie. La Libye a déjà été écrasée par l’atroce attaque de l’OTAN, la Syrie est actuellement assiégée. L’armée syrienne se bat contre le terrorisme international, qui est, comme il se doit, dirigé par les manipulateurs des dirigeants anglo-américains.

KP : Permettez, Andrej Iljitsch ! Les médias occidentaux prétendent que le peuple s’est révolté contre le régime d’Assad. Les insurgés sont des Syriens qui ont déserté l’armée.

A.F. : En sont responsables les médias occidentaux, ou autrement dit : les moyens de propagande de masse, d’agitation et de désinformation. Leur tâche est purement militaire, soit de mener une campagne de désinformation et de guerre psychologique. Les « rebelles syriens » sont dotés d’armes de précision, de canons antichars, d’appareils de détection à infrarouge, d’excellents fusils pour tireurs d’élite, et de bien des autres armes, de production turque pour l’essentiel. N’est-ce pas un peu beaucoup pour des déserteurs et des réfugiés ? L’essentiel est, toutefois, l’organisation de ces combats. Depuis juin, la situation en Syrie a complètement changé. Assad se heurte à une culture d’état-major hautement qualifiée, de ceux qui planifient les diversions militaires dont seraient bien incapables les déserteurs, même au rang de capitaine ou de major. Les « insurgés » ont passé de la tactique d’usure et de harassement de l’armée syrienne à celle d’attaques massives, soutenues par des contingents comportant 25 000 à 30 000 hommes. Ces hommes armés viennent de Libye, de Tunisie, d’Afghanistan et d’autres pays islamiques. De les envoyer en Syrie permet aux Occidentaux et aux monarchies sunnites de résoudre un problème crucial. Car ces énergies meurtrières doivent être occupées quelque part. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se mettent à travailler sérieusement, et un chien enragé peut aussi mordre son maître.

Une partie des clans criminels syriens combattent avec les mercenaires professionnels et les terroristes internationaux contre les troupes gouvernementales ; ils assassinent leurs propres voisins et accusent le régime Assad d’avoir commis ces horreurs. La situation en Syrie a mis au jour une réalité : Le terrorisme international, contre lequel les États-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes. En Libye, c’est Al-Qaïda qui a accompli la tâche ordonnée par les Atlantistes. En Syrie, on a introduit les hommes d’armes de l’Islamiste Abd al-Hakim Balhadsch, qui fut commandant des « insurgés » libyens. Il est le militaire le plus influent de Tripoli et lié à Al-Qaïda depuis longtemps. Cette organisation est un instrument parfaitement adapté pour les services secrets américains et britanniques. En cas de besoin, on peut les utiliser pour faire exploser ses propres Twin-Towers, puis rendre responsable l’organisation de Ben Laden. Et, si le besoin s’en fait sentir, on peut s’allier à cette organisation pour se lancer contre Kadhafi ou contre Assad. Al-Qaïda peut reprendre du service ; comme le déclara en son temps notre patriarche Avvakoum « hier encore fils de pute, aujourd’hui déjà un prêtre ».

Il doivent cesser de nous raconter des stupidités : les Syriens ne se battent pas contre les Syriens, mais contre l’élite anglo-saxonne qui mène sa guerre au travers des terroristes internationaux. Leur façon d’agir ressemble fort à celle des escadrons de la mort de John Negroponte au Guatemala. Les « amis de la Syrie » (qui furent auparavant les « amis de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye ») voudraient, de leur point de vue, aussi devenir les « amis de la Russie », alors qu’ils sont le principal pouvoir terroriste international. J’espère bien qu’ils se retrouveront un jour, avec leurs complices (y compris ceux de La Haye), à « leur Nuremberg ». Nombreux sont ceux, à l’ouest aussi, qui comparent l’invasion de l’Irak par Bush jr. à celle de la Pologne, des Pays-Bas et de la France par Hitler. La question qui se pose est de savoir si la Syrie sera la dernière ligne avant une nouvelle guerre, non seulement mondiale, mais globale ? La criminalisation de la politique par les dirigeants occidentaux y conduira finalement, tôt ou tard.

KP : Les États-Unis ont de fait justifié les derniers actes terroristes à Damas qui ont coûté la vie à plusieurs membres du gouvernement syrien.

A.F. : Oui, parmi les victimes se trouvent le ministre de la Défense Daud Radschha, le chef des services secrets militaires Assef Schawkat et le chef du comité anticrise Hassan Turkmani. Des personnes très proches d’Assad, ses soutiens. Il fallait s’attendre à une pareille action, et je ne pense pas qu’elle ait été possible sans l’aide de services secrets occidentaux. Mais Bachar el-Assad tient bon, on n’a pas pu le briser au cours des 15 derniers mois, c’est pourquoi on vise maintenant à l’éliminer physiquement, lui et ses proches. On espère qu’une fois disparu, son régime s’effondrera. Y arrivera-t-on ? C’est une autre question. Mais dans ce contexte, il y a autre chose qui est important : l’élite occidentale s’est, après l’assassinat de Kadhafi, engagée ouvertement et sans scrupule sur la voie de l’assassinat de ces dirigeants, qui s’opposent à leurs projets, c’est-à-dire : sur la voie du terrorisme. Alors qu’avec Milosevic et Saddam Hussein on s’était donné la peine d’ouvrir un procès bidon, on a assassiné Kadhafi d’après des méthodes « concrètes » de grand banditisme et on n’a pas même caché sa satisfaction. Qu’on se souvienne de la scène présentant les dirigeants américains réunis à la Maison-Blanche devant le téléviseur pour assister à la mise à mort de « Ben Laden ». Quand on tombe pareillement dans l’abrutissement et dans la dégénérescence morale on se retrouve au niveau de la populace moyenâgeuse qui trouvait plaisir à assister aux exécutions. Les dirigeants occidentaux se comportent comme une organisation mondiale de criminels et ne s’en cache même pas. Selon le principe : « Tu es déclaré coupable uniquement parce que j’ai faim ! »

Ainsi, l’ancien président français pro-américain, Sarkozy, avait directement menacé les chrétiens syriens (environ 10% de la population syrienne) que, s’ils continuaient à soutenir Assad, ils pourraient se trouver victimes d’attentats. Et c’est bien ce qui se passe actuellement. Mais on ne se contente pas d’assassiner des chrétiens, mais aussi des Druzes, des Alaouites, des membres du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Mais les grands massacres commenceront, dans la mesure où l’Occident réussira à faire tomber le régime d’Assad. Ce qui ne sera possible que par une intervention militaire venant de l’extérieur.

KP : Pensez-vous que l’Occident ira aussi loin ?

A.F. : Il vaut mieux poser cette question à cette organisation criminelle qui a ses « actions » à Washington, New York, Londres et Bruxelles. Nous ne pouvons qu’imaginer des variantes. La seule puissance militaire sur laquelle s’appuie l’OTAN est la Turquie, laquelle rêve de voir la Syrie divisée en quatre ou six parties, d’obtenir le contrôle de la moitié, ce qui commencerait à lui donner l’image de ce que nous avons connu comme l’Empire ottoman. Toutefois, une telle guerre serait un vrai risque pour la Turquie, du fait des positions de la Russie, de la Chine et de l’Iran, sans compter la question kurde, cela même avec l’aide de la technique militaire de l’OTAN. Et la Syrie elle-même n’est pas dénuée de force. On peut donc plutôt s’imaginer que la guerre actuelle continuera de la même manière, l’Occident s’efforçant d’écraser la Syrie au moyen des mercenaires, en combinant la tactique de désorganisation et d’attaques massives, tout en cherchant à liquider physiquement Assad. Les États-Unis et la Grande Bretagne ont déjà trop investi pour la destruction du régime syrien et ne reculeront que si le prix d’une victoire est trop élevé.

KP : Ont-ils vraiment autant investi ?

A.F. : Oui. Tant en ce qui concerne la finance que l’organisation. Déjà en 2006, on a mis en place le programme « Démocratie en Syrie », avec un financement prévu de 5 millions de dollars. En 2009, le « Conseil pour la démocratie », qui répartissait cet argent entre les acteurs qui voulaient « démocratiser » de l’intérieur les pays qui devaient être affaiblis par les États-Unis, reçut du Département d’Etat la somme de 6,3 millions de dollars pour le programme, lié à la Syrie, intitulé « Initiative pour le renforcement de la société civile » (il faut croire que les Anglo-Saxons s’imaginent qu’on met en place une société civile en faisant assassiner des femmes et des enfants par des mercenaires).

Le « Syrian Business Forum » administre actuellement un budget d’au moins 300 millions de dollars. La moitié de ce montant sert à financer l’« Armée syrienne libre ». L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont signé un accord secret à ce sujet, jouent un rôle important dans le financement des forces anti-Assad. Les positions des Saoudiens et du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Dschassem Al Thani, démontrent parfaitement la collusion entre l’Occident et les Salafistes. C’est au Qatar que furent tournés des films sur de prétendus combats à Tripoli et à Damas, alors que ces combats n’avaient pas encore commencé. L’émir finança l’assaut de Tripoli et y envoya une troupe arabe de 6000 hommes qui portaient l’uniforme militaire du Qatar. D’ailleurs, c’était aussi Ben Dschassem qui ordonna l’attaque contre le diplomate russe Titorenko au Qatar.

KP : Certains politiciens occidentaux pensent que la Russie accueillera Assad et sa famille. Partant de l’idée que le peuple syrien en sera reconnaissant à la Russie. Quelles peuvent être les répercussions pour la Russie de la chute du régime Assad ?

A.F. : La Syrie est notre seul allié dans le monde arabe. S’il chute, nous perdrions nos dernières positions dans la région. Mais il ne s’agit pas seulement du monde arabe. La Russie peut facilement disparaître de la carte. Après la Syrie et l’Iran (car il est plus que probable qu’après la Syrie, les Atlantistes envahiront l’Iran – les analystes émettent déjà le nom de cette opération militaire « La grande tempête », qui devrait commencer par une attaque américano-israélienne contre le Hizbollah) ce sera probablement notre tour. On peut donc affirmer qu’on vainc la Syrie (et l’Iran), mais ce qu’on vise finalement c’est la Russie. Les préparatifs sont déjà en route dans toutes les directions : la situation au Proche-Orient, le « bouclier anti-missiles », l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, etc.

KP : Les affaires concernant le bouclier anti-missiles et l’extension vers l’Est de l’OTAN sont claires. Mais quels sont les liens entre la Syrie et l’Iran et notre sécurité ?

A.F. : Ils sont très proches de nos frontières et de nos zones d’influence – la Transcaucasie et l’Asie centrale. Si les régimes actuels de Damas et de Téhéran tombent, alors la zone du « chaos orchestré » par les Atlantistes s’étendra de la Mauritanie et du Maghreb, jusqu’en Kirghizie et au Cachemire. L’arc d’instabilité s’enfoncera comme un coin dans l’Eurasie centrale, d’où les Atlantistes menacent déjà directement la Russie et la Chine. Mais avant tout la Russie.

Tout cela pour la folie du pouvoir – au lieu d’acheter les matières premières.

KP : Pourquoi avant tout la Russie ?

A.F. : La crise du système mondial attendue augmente l’importance du contrôle des ressources de manière incommensurable. L’importance est encore potentialisée en prenant en compte les conditions de la catastrophe géo-climatique et géophysique pronostiquée. Je ne parle pas ici du « réchauffement global » mythique. Mais du recul prosaïque du courant du Golfe, du changement de la chaîne alimentaire dans les océans mondiaux (cela arrive une fois tous les 11 millénaires et demi à douze millénaires et demi) – ce sont là des bouleversements d’une dimension planétaire qui ont commencé environ au début du XXe siècle et se termineront environ dans le premier tiers du XXIIe siècle. Dans de telles conditions de crise et après une telle crise, la seule région stable avec suffisamment de ressources dans le monde est l’Eurasie du Nord, donc principalement le territoire géographique de la Russie. C’est pourquoi notre territoire devient l’une des plus importantes proies géo-historique du XXIe siècle et des siècles suivants. Les russophobes célèbres Brzezinski, Albright et d’autres Occidentaux ont déclaré à plusieurs reprises, qu’il était injuste que la Russie dispose d’un tel territoire et de telles ressources. Cela devrait appartenir à la communauté mondiale – c’est-à-dire aux élites atlantistes, qui sont organisées en loges, clubs, commissions, ordres et autres structures exceptionnelles.

Toutefois, pour cela, il est nécessaire d’obtenir le contrôle sur l’Eurasie du Nord, et le territoire pour déployer ses troupes est – l’Asie centrale. Les Américains sont déjà sur place. Bien qu’ils contrôlent déjà le Proche-Orient, ils sont néanmoins encore séparés de l’Asie centrale par la Syrie et l’Iran. Ici, la mèche qu’on a allumée en Afrique du Nord, reste jusqu’à présent interrompue et s’est éteinte. Sans la destruction de ces deux pays, les Atlantistes ne peuvent pas entamer leur combat pour l’Eurasie du Nord. Ils considèrent la Russie comme source de matières premières, la Chine comme source de main-d’œuvre, c’est-à-dire comme quelque chose de secondaire. Et si cette entité secondaire contrarie leurs plans, cela les rend fou. La solution pour la question russe et chinoise est abordée par l’Occident justement avec l’aide de l’Islam, des Arabes. Peu importe si cela se passe sous la forme d’un chaos orchestré, d’une nouvelle conquête arabe ou d’une guerre entre le Califat et les incroyants.

Fidèles à leur tradition, les Anglo-Saxons s’efforceront de monter de grands Etats et des peuples les uns contre les autres, de les affaiblir, voire de les exterminer (deux fois au cours du XXe siècle, la Russie et l’Allemagne ont été montés l’une contre l’autre), toutefois, ils s’efforceront aussi d’éliminer l’Islam. Cela se fait par sa radicalisation maximale avec le wahhabisme, le sevrage de sa force économique interne et démographique au cours des guerres eurasiennes, après quoi le monde islamique sera transformé plus tard en une sorte de Ghetto d’une nouvelle tradition, qui ne possèdera pas de propres ressources et technologies. Ceux qui ont joué dans leur enfance à « Donjons et Dragons » [un des tous premiers jeux de rôle médiéval-fantastique créé aux Etats-Unis dans les années 1970, ndt.], se souviennent probablement d’une variante d’un « Monde du soleil noir ». Les mondialistes tenteront de briser le monde islamique en une quantité de petites unités, avec lesquelles des entreprises militaires privées ou des mercenaires de multinationales arriveront facilement à extraire de ceux-ci les restes de ressources pour ensuite s’en débarrasser sur la décharge de l’histoire. L’Occident n’exercera son contrôle que ponctuellement dans des endroits avec grande concentration de ressources (par exemple, aujourd’hui déjà, le contrôle de la côte méditerranéenne de la Libye longue de presque 1800 km); le reste, on le met à libre disposition de tribus, de clans et de syndicats criminels, parmi lesquels chacun contrôlera son petit morceau. Des parties de l’Arabie saoudite, du Pakistan (séparé du Béloutchistan), de l’Iran pourront aussi devenir de tels « morceaux » – une véritable mosaïque islamique. En même temps, l’Occident a besoin de surveillants dans la région et ce rôle peut aller au Grand Kurdistan. Un seul Etat, à qui il sera permis d’être grand.

KP : Pourquoi ?

A.F. : Sur le territoire du Grand Kurdistan, si celui-ci est créé un jour, se situeront les sources de tous les grands fleuves de la région. Cela veut dire que l’époque prochaine, pauvre en eau, et suite à cela, époque de guerres pour l’eau en tant que ressource, les plus importants leviers de l’influence dans la région – comme au temps de l’Empire assyrien – seront dans les mains du peuple séculaire des Kurdes. Le Kurdistan pourrait devenir le chien de garde le plus important de la région et remplacer Israël dans ce rôle.

KP : Pourriez-vous être plus explicite concernant Israël ?

A.F. : Les perspectives d’Israël sont, dans un Proche-Orient changeant, assez diffuses. Très probablement, l’Occident démontera Israël, parce que Israël ne sera plus nécessaire, comme l’a prédit Arnold J. Toynbee encore en 1957. Certes seulement après l’évacuation du «tiers supérieur» de la po pulation. La variante de la création d’un Grand Kurdistan et du démantèlement d’Israël n’est pas certaine à 100%, mais très probable. C’est sûr que ce n’est pas l’affaire des prochaines années.

KP : Que doit donc entreprendre la Russie dans la situation dramatique, qui se développe autour de la Syrie ?

A.F. : Ce que fait la Russie actuellement – c’est-à-dire soutenir la Syrie jusqu’à l’extrême, ne pas permettre qu’on l’écrase. Nous avons déjà envoyé des unités de marine de guerre, pas de grands contingents, mais mieux que rien. Si l’on doit conduire une guerre, alors on ne doit pas le faire par la quantité, mais par la qualité. De plus, le 7 juin, il y a eu des tests sur deux missiles balistiques intercontinentaux : un « Topol » (nous l’avons confirmé) et un « Bulawa » (nous ne l’avons pas confirmé, mais les Américains insistent du moins sur le fait qu’il y a eu un tel lancement). C’est un certain signe. Car la Russie est malgré toutes les réformes encore une puissance nucléaire et c’est nous, pas trop les Chinois, qui sommes considérés comme le principal adversaire par les Américains, et ils continuent et continueront à nous considérer comme tel. Nos diplomates font leur travail. La manière dont Vitali Tschurkin a parlé avec l’ambassadeur du Qatar m’a plu, je constate avec un certain plaisir l’impuissance dans la méchanceté de Madame Clinton et de quelques personnes officielles de rang inférieur du Département d’Etat, impuissance démontrée à l’égard de nos dirigeants. Il faut saluer le fait que la défense aérienne syrienne a déjà obtenu 18 unités de nos systèmes de missiles « Buk-M2 » et 36 unités de nos systèmes de missiles anti-aériens du type « Pantsir S-1 »; bientôt, il y aura encore des livraisons de systèmes S-300 et d’hélicoptères Mi-25.

Je compte beaucoup sur l’impulsion de survie des dirigeants russes et sur le fait qu’on ait tiré les vraies conséquences des destins tragiques de Milosevic, Saddam Hussein et Kadhafi. Ceux-ci ont fait d’abord confiance à l’Occident et l’ont payé de leur vie. Hamlet de Shakespeare dit à propos de « Rosencrantz et Guildenstern », «… les deux, auxquels je fais confiance comme aux vipères.» On ne doit pas faire confiance aux vipères – elles mordent mortellement, dans le sens littéral du mot. Ou elles tentent de mordre et utilisent pour cela des problèmes internes ; la Russie en a à revendre. Est-ce donc un hasard que les attroupements des « Boucles blanches » fin 2011/début 2012 coïncident avec la déclaration des dirigeants russes relative à l’affaire syrienne, de poursuivre une position dure ? Certainement pas. Ici, surgit de pleine force le problème de la « cinquième colonne » qui s’est formée chez nous au cours du dernier quart de siècle. Nous vivons dans une époque de guerre, qui a commencé avec l’attaque de l’OTAN contre la Yougoslavie et qui maintenant donne des coups de pieds à la porte de la Syrie avec les mêmes bottes de l’OTAN. Dans des temps pareils, il faut agir selon les directives des temps de guerre. Jamais personne n’a réussi à vaincre un adversaire extérieur ou à s’y opposer sans en même temps ou auparavant avoir mis sous contrôle la « cinquième colonne » ; bien entendu avec des moyens légaux, uniquement légaux. Finalement, une alliance politique et militaire internationale est nécessaire, qui est capable de maîtriser l’agresseur et de créer de la sécurité ou du moins une pause pour respirer de huit à dix ans. Pendant ce temps, la Russie peut arriver à remonter la pente et à se préparer pour la grande guerre du XXIe siècle – à la dernière grande chasse de l’époque du capitalisme, qui malheureusement est presque inévitable. A s’y préparer et à la surmonter.

Pour l’instant, il s’agit de tenir l’adversaire potentiel à l’écart et de soutenir les faibles, pour qu’ils repoussent cet adversaire qui vient de loin – ce n’est pas seulement stratégiquement, mais aussi moralement juste.

KP : Quelles sont les leçons à tirer de la Libye et de la Syrie pour la Russie ?

A.F. : Tout d’abord : n’aie jamais confiance, en aucun cas, en les dirigeants occidentaux. Ils nous considéreront toujours comme leur adversaire principal et au moment de notre faiblesse maximale, qu’ils essaient eux-mêmes de produire, ils frapperont de toute leur force et tenteront de régler la « question russe ». Un jour, Leonid Schebarschin s’est exprimé ainsi : « L’Occident ne veut qu’une chose de la Russie : qu’elle disparaisse. » La manière dont on supprime les faibles, on l’a vu à l’exemple de la Libye. La manière dont on se casse les dents sur les plus forts, on le voit à l’exemple de la Syrie.

Deuxièmement : les variantes libyenne et syrienne de l’attaque de l’OTAN montrent, comment les évènements se développeront chez nous dans le cas d’actions militaires : la guerre est menée par des mercenaires, avant tout des Arabes, mais aussi par des entreprises militaires privées. Selon le modèle syrien, on tentera de déstabiliser le Caucase et la région de la Volga : on occupe une ville ou une partie de celle-ci, on perpètre des massacres, on en appelle à l’« opinion mondiale », qui exigera des sanctions, des contrôles, des bases militaires, (nous en avons déjà une dans l’arrière pays, c’est-à-dire la base de renfort de l’OTAN à Uljanovsk).

Troisièmement : Malgré tout le rôle décisif du facteur extérieur, l’état de l’« objet », que vise ce facteur, joue dans la situation en Syrie un rôle extrêmement significatif : un système de gouvernement inefficient, la corruption etc., tout cela agrandit la cible. De ce point de vue, la Russie est aussi très vulnérable. Nous avons des dirigeants tout aussi inefficaces, de la corruption, une économie criminalisée, une étroite imbrication entre nos dirigeants économiques et l’économie mondiale, par conséquent aussi une couche de Compradores pro-occidentaux, en même temps une couche supérieure de niveau professionnel et moral très bas, la prédominance des intérêts de certains clans avant l’intérêt du pays. Sans parler de la décadence de l’armée, de la crise intellectuelle et morale, ainsi que de l’« usure » du potentiel humain d’une partie importante de la population.

Il est certainement vrai qu’une menace extérieure peut souder et mobiliser la population, car il en a toujours été ainsi avec la Russie, que ce soit en 1612, 1812 ou 1941. L’adversaire ne le sait que trop bien. Dans ce sens, l’article de Henry Kissinger sur la situation de la Syrie paru récemment est très intéressant : Contrairement à ses habitudes de tout exprimer clairement, il existe là une quantité d’explications diffuses, y compris des allusions au Saint Empire romain et à la manière dont il a finalement été détruit. Pourtant, si l’on suit uniquement la pure logique de ce texte et qu’on exprime exactement ce que l’un des plus grands « instigateurs » de ce monde a insinué, on obtient ceci : Le « vieil Henry » met en garde l’Occident d’exercer trop de pression sur la Syrie, car cela pourrait avoir comme conséquence une position intransigeante de la Russie qui la pousserait à une confrontation avec l’Occident. Et cela cache le risque de perdre tout ce qu’on a récolté au cours des vingt dernières années à la suite de l’affaiblissement de la Russie. Ces résultats sont plus importants que la Syrie.

En effet, une confrontation avec l’Occident peut modifier fondamentalement la situation de la Russie et ceci dans toutes les couches sociales, mais avant tout dans la couche supérieure, qui non seulement comprendra mais aussi éprouvera à ses dépens que l’élite occidentale ne l’accueillera jamais dans son milieu, mais qu’au contraire tôt ou tard celle-ci la mangera. S’il en est ainsi, alors un changement de cours radical est nécessaire, au moins pour préserver les richesses, son statut et la vie. Les exemples de dirigeants arabes pro-occidentaux comme Ben Ali ou Moubarak montre donc la teneur en vérité de la thèse de l’excellent géopoliticien russe Alexej Jedrichin-Wandam qu’« il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux ». L’Occident, en particulier les Anglo-Saxons, ne garantissent jamais rien à personne et encore moins à quelqu’un qui a trahi son pays et son peuple. Les anciens aimaient à dire : « Roma traditoribus non premia » (Rome ne paie pas les traîtres). A vrai dire, elle les payait bien, mais seulement jusqu’à un certain moment. Ensuite, on prend des chemins différents. Cela aussi, c’est une leçon à tirer du Proche-Orient par Moscou.

KP : Quand pourra-t-on, à votre avis, s’attendre à des changements significatifs de la situation ?

A.F. : Suis-je donc un prophète ? C’est difficile dans le monde actuel, qui se situe à la croisée des chemins, d’émettre quelques pronostics. Mais si l’on part de l’état de l’économie des États-Unis, dont la rémission (dans le sens médical) sera terminée selon certaines prévisions au printemps 2013, et si l’on pense qu’on ne peut probablement pas s’attendre à des actions de grande envergure avant les élections présidentielles américaines, alors on arrive à la période entre environ décembre 2012 et février 2013.

KP : Ciel, vous nommez des dates véritablement mystiques : la fin du monde selon le calendrier des Mayas, la venue du meurtrier céleste Nibiru…

A.F. : Ce n’est pas du mysticisme, mais de la manipulation de la conscience publique, dont le détachement des problèmes réels et l’effarement jusqu’à un état dans lequel l’être humain appelle lui-même : « Je suis pour un gouvernement mondial, lui seul peut me sauver de la catastrophe, du gigantesque astéroïde, des extraterrestres …! » Encore bien plus dangereux que les extraterrestres sont ces « boys », qui vivent au-delà du Bien et du Mal et emportent l’humanité avec la cruauté impitoyable des reptiles. Ce sont eux qui s’attaquent à la Syrie et ce sont eux qu’il faut stopper maintenant à la « frontière de la Syrie ». Comme le disait Voltaire : « Ecraser les vipères » !

(Traduction : Horizons et Débats)

KP.ru, c’est La Pravda (Komsomolskaia Pravda). Pas la peine de ricaner d’un air entendu. Achetons un miroir et regardons-nous.

Horizons et Débats est un quotidien suisse de réflexion et d’analyse dont on n’a plus à vanter la probité morale.

Notre source :

http://www.cercledesvolontaires.fr/2013/02/05/frappe-cont...

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La télévision française s’éclate !


france5

Lettre ouverte du Réseau Voltaire France au Directeur Général de France Télévisions

par Alain Benajam

Caroline Fourest 
ou le discrédit par diffamation 
au service de la politique des Etats-Unis

Lettre ouverte à M. Rémy Pflimlin, Directeur Général de France Télévisions

Saint Denis, le 3 février 2013

M. Le Directeur Général,

Je vous rappelle que juridiquement une diffamation est une imputation erronée visant à porter atteinte à l’honneur et à la considération.

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FR3

« Robespierre, bourreau de la Vendée ? » : une splendide leçon d’anti-méthode historique

Marc Belissa, Yannick Bosc

3 février 2013

Alors que sévit une crise engendrée par la cupidité et le délitement des valeurs républicaines, la mobilisation de milliers de personnes pour l’achat des manuscrits de Robespierre au printemps 2011 a surpris. Elle a surpris à gauche ceux qui ont laissé l’héritage républicain en déshérence et à droite le ban et l’arrière-ban des dénonciateurs du « totalitarisme » robespierriste. Des décennies de « communication » n’ayant donc pas suffi il fallait dans l’urgence faire face au retour de « l’incorruptible ». En septembre dernier, la revue Historia a donc consacré un dossier à « Robespierre le psychopathe légaliste ». Le service public conscient de sa mission ne pouvant être en reste, France 3 a diffusé le mercredi 7 mars 2012 un documentaire « réalisé par Richard Vargas et raconté par Franck Ferrand » intitulé « Robespierre : bourreau de la Vendée ? ».

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STALINGRAD : CE N’ETAIT PAS FINI

Je ne les nommerai ni martyrs ni héros

Jacques Richaud

http://www.legrandsoir.info/stalingrad-je-ne-les-nommerai...

Nouveau chant d’amour à Stalingrad

Poème composé après la victoire soviétique à Stalingrad, le 2 février 1943

Pablo Neruda

http://www.communcommune.com/article-nouveau-chant-d-amou...

De Stalingrad A Damas…

Blog de

SUN TZU - COMAGUER

Il y a 70 ans l’URSS infligeait à l’Allemagne nazie à Stalingrad une défaite magistrale qui allait changer le cours de la guerre et allait la conduire deux ans plus tard à terrasser et à faire capituler le régime hitlérien à Berlin.

Cette liquidation d’un régime raciste ouvertement barbare dont le programme écrit et proclamé visait à l’extermination : des slaves, des tziganes, des juifs, et autres  « sous-hommes », au nom d’une « race supérieure » a changé le cours de l’histoire mondiale.

Elle le fut au prix d’un effort collectif gigantesque : plus de 25 millions de morts, une économie dévastée, des destructions estimées à 100 milliards de dollars de l’époque,

Cet effort se fit sous la conduite d’un homme : Joseph Staline qui a été depuis systématiquement diabolisé par tous ceux qui ne veulent pas admettre que ce rapport étroit entre un dirigeant (et son équipe) et un peuple entier sont le fruit d’une situation politique exceptionnelle, d’une adhésion de masse à un combat et à un projet. La traduction française, attendue pour cette année, de l’ouvrage fondamental de l’historien irlandais Geoffrey Roberts  « STALIN’S WARS » devrait permettre à une opinion publique française, souvent privée par les éditeurs nationaux de l’accès à de grands travaux d’historiens étrangers, de resituer l’homme à sa juste place.

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Petites nouvelles sans importance…

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Le Canada, les Etats-Unis et les îles Marshall refusent de condamner la glorification du nazisme.

Publié le 1 février 2013 

par le Comité pour une Nouvelle Résistance

Vers la fin de 2012, un événement assez important s’est produit à l’ONU, sans que nous en soyons informés d’une quelconque manière par notre « presse libre » occidentale autoproclamée.

En effet, je viens tout juste d’apprendre que vers la fin de l’année dernière, soit le 27 novembre dernier, pour être plus précis, une certaine résolution a été adoptée à l’ONU.

Cette résolution, présentée par la Russie, consistait à réaffirmer l’importance de la lutte contre le racisme, l’intolérance et la xénophobie, ainsi qu’à condamner la glorification du nazisme.

La raison pour laquelle j’évoque cela à la fin de janvier 2013, mis à part le fait que je viens tout juste de l’apprendre, est le fait que trois pays ont osé voter contre cette résolution : les États-Unis, le Canada et les Îles Marshall. Vous avez bien lu. La raison invoquée par les États-Unis pour justifier l’indéfendable ? «La liberté d’expression et l’esprit démocratique».

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Le Comité pour une Nouvelle Résistance oublie le Qatar. Du moins si nous en croyons le site http://justice.be où on se réclame pourtant de quelqu’un qui n’était pas contre le IIIe Reich.

 

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TUNISIE : Assassinat de Chokri Belaïd, l'un des responsables de l'opposition communiste laïque en Tunisie

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Tunis, 6 février 2013

Chokri Belaïd, a été assassiné par balles ce mercredi matin, a indiqué son frère à l'AFP, alors que les violences politiques s'aggravent deux ans après la révolution.

Selon l’épouse de l’opposant, s’exprimant à la radio Mosaïque, il a été touché par plusieurs balles alors qu’il sortait de chez lui, à El Menzah 6 à Tunis, pour rejoindre son lieu de travail. Selon la radio tunisienne Shems, Chokri Belaïd a été atteint au niveau du cou et de la tête. Il a été transféré à une clinique à Ennasr, où il a succombé à ses blessures. «Chokri Belaïd a été assassiné de quatre balles tirées dans la tête et dans la poitrine devant son domicile», a pour sa part déclaré à Reuters Ziad Lakhder, l’un des responsables du Front populaire. «C’est un triste jour pour la Tunisie», a-t-il ajouté.

Son frère accuse le parti islamiste Ennahda d’être responsable du meurtre.

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10. CINEMA -salles-de-cinema-le-film-prend-son-envol-a-partir-de-l-39-ecran-rendu-3d-vue-sur-l-39-ecran.jpg

CINEMA

Rosa Llorens est normalienne, agrégée de lettres classiques et professeur de lettres en classe préparatoire. Fille d’immigrés espagnols républicains, Elle a la double nationalité française et espagnole. Elle est aussi, elle est surtout, un des meilleurs critiques de cinéma qu’il nous ait été donné de lire depuis longtemps.

Que ses articles sur le cinématographe soient aussi des leçons en science politique n’a rien que de légitime. Oserions-nous dire que de nécessaire ?

Amis lecteurs des Grosses Orchades, jugez-en par vous-mêmes.

 

Blanche-Neige et les six millions de chômeurs

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/blanche-neige-et-les-6-millions-de-chomeurs.html

 

Comme un lion : quand les lions du Sénégal rencontrent le lion de Peugeot

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/comme-un-lion-quand-les-lions-du-senegal-rencontrent-le-lion-de-peugeot.html

 

Paradis amour : les ex-soixante-huitardes font du tourisme sexuel

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/paradis-amour-ou-les-ex-soixante-huitardes-font-du-tourisme-sexuel.html

 

Royal affair : un film en costumes, reflet fidèle de l'Europe du XXIe siècle.

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/royal-affair-un-film-en-costumes-reflet-fidele-de-l-039-europe-du-xxie-siecle.html

 

La meilleure et la pire Italie.

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/la-meilleure-et-la-pire-italie.html

 

Zindeeq, de Michel Khleifi, ou : L'Etranger.

(Un film palestinien collabo)

Rosa Llorens

http://www.alterinfo.net/un-film-palestinien-collabo_a82459.html

 

Mais quand elle parle peinture, ce n’est pas mal non plus. La preuve  :

Edward Hopper ou l’inhabitable capital.

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/edward-hopper-ou-l-inhabitable-capital.html

 

Et parce que Leonardo Sciascia est un de nos écrivains préférés, nous vous offrons aussi Rosa Llorens critique littéraire :

Sciascia et les techniques de la manipulation

Rosa Llorens

http://www.legrandsoir.info/sciascia-et-les-techniques-de-la-manipulation.html

 

Experte ès-manifs enfin : on peut être critique de cinoche, savoir lire entre les lignes et avoir les yeux assez en face des trous pour dépister les manipulations in vivo d’où qu’elles viennent.

Palestiniens massacrés là-bas, Palestiniens manipulés ici.

Rosa Llorens

http://www.voxnr.com/cc/etranger/EFVuEZkuluKSoQDkwc.shtml

 

 

11. CINEMA - 5 - .jpg


 

Mis en ligne par Marie Mouillé, le 7 février 2013

12:02 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |