22/10/2016

OUHH ! LES BELGES MENTENT.

1. La Belgique en 2050.jpg

 

Ouhh ! Les Belges mentent.

2. Pinocchio Vandeput.gif

La Russie dévoile les détails de la frappe belge contre le village d'Hassadjek
Sputnik International en français 20 octobre 2016

 

3. Jet belge.jpg

 

Disposant de moyens efficaces de défense aérienne, Moscou s'apprête à fournir à la Belgique les informations sur le trajet de vol et sur les actions des avions belges et américains dans le ciel syrien le jour où la frappe contre Hassadjek a eu lieu.

Les données radar russes et syriennes confirment la frappe belge contre le village d'Hassadjek dans la province d'Alep, a affirmé le porte-parole du ministère russe de la Défense, général Igor Konachenkov lors d'un point de presse.

« La Russie dispose de moyens efficaces de défense aérienne permettant d'effectuer le contrôle de l'espace aérien au-dessus de presque tout le territoire syrien 24 heures sur 24. Outre nous, le contrôle de l'espace aérien est réalisé par des systèmes de défense aérienne syriens, restaurés l'année dernière », a affirmé aux journalistes le général.

Afin d'étayer ses dires, la Russie est prête à fournir à ses collègues belges les informations sur le trajet de vol et sur les actions des avions belges et américains dans le ciel syrien le 18 octobre.

Deux chasseurs belges F-16, qui ont porté une frappe contre le village syrien, ont décollé depuis un aérodrome en Jordanie et se sont ravitaillés deux fois en vol à l'aide d'un avion-ravitailleur américain.

« Le 18 octobre à 1h34 (heure de Damas), nos moyens de contrôle aérien ont enregistré le décollage de deux avions militaires de la coalition internationale depuis l'aérodrome As-Salti en Jordanie », a précisé le porte-parole. Maria Zakharova.

Les chasseurs belges se sont ravitaillés en vol à 2h52 au-dessus de Deir ez-Zor grâce à l'avion-ravitailleur américain KS-135 pour ensuite reprendre leur trajet dans la direction du nord-ouest. À 4h19, les chasseurs se sont ravitaillés pour la deuxième fois.

Entre-temps, soit le ministre belge de la Défense Steven Vandeput induit délibérément le public en erreur, soit le ministère belge de la Défense avec les États-Unis mentent aux autorités du pays, a pointé M. Konachenkov, commentant la déclaration du ministre belge qui réfute les accusations d'avoir frappé le village d'Hassadjek et fait des victimes parmi les civils.

« Soit Steven Vandeput induit délibérément en erreur le public belge et international, soit ses personnels, avec le concours de leurs collègues américains, mentent au gouvernement de la Belgique ».

La frappe est survenue mardi dans la zone où opéraient les avions de la coopération. Les radars ont détecté la présence dans la zone donnée de deux F-16 appartenant à la Belgique. Six personnes ont été tuées et quatre autres blessées.

Source : https://fr.sputniknews.com/international/2016102010282890...

 

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La Belgique ment

Et accuse la Russie de mentir, comme font tous les fantoches des USA

Komsomolskaia Pravda – 21 octobre 2016

 

4. AVION BELGE Mensonges 2.jpeg

 

En dépit du fait que le ministère belge de la Défense ait reçu, de Moscou, les documents confirmant la participation de la « Royal Air Force belge » [« Composante air » en jargon belgeois, NdT] dans le bombardement du village syrien de Hassadjek près d’Alep, Bruxelles continue à nier son implication dans la frappe aérienne, prétendant que la Russie a fabriqué les preuves.

Les documents du ministère de la Défense russe donnent même les numéros de l’avion qui a pris part à l’attaque. Ils décrivent en outre son itinéraire, minute par minute. Cependant, le chef du ministère belge de la Défense a exigé que Moscou les refuse comme « des accusations infondées ».

Le ministère russe des Affaires étrangères a présenté les preuves  démontrant l’implication de la Force aérienne belge dans le bombardement à l’ambassadeur de Belgique à Moscou Alex van Meuwen. La persistance de la Belgique à nier le fait d’un raid aérien belge sur un village voisin d’Alep est curieux, a dit le Vice-ministre des Affaires étrangères Vladimir Titov à l’ambassadeur belge.

Pravda-ru a demandé son opinion d’expert au Sous-directeur de l’Institut d’Études Stratégiques des pays de la CEI.

« En fait, Bruxelles ment en accusant la Russie de mentir. Comment la Russie devrait-elle réagir à cela ? »

 « Je pense que la Russie devrait réagir calmement. Nous sommes en état de guerre de l’information, état où chacune des parties va essayer de toutes les manières possibles de nier son implication dans divers types d’événements et d’en accuser une autre à sa place. Quand le Boeing de la Malaysian Airlines a été abattu au-dessus de l’Ukraine, les États-Unis n’ont même pas essayé de savoir ce qui s’était passé, ils ont immédiatement accusé la Russie sans se livrer à la moindre enquête.

« Dans la situation du bombardement d’Hassadjek, la Russie a présenté pour preuves des faits réels. Nous sommes très préoccupés par les actions que commet en Syrie la coalition conduite par les USA. Par exemple, les faits prouvent qu’il y a eu massacre de civils dans les bombardements de la province de Deir-ez-Zor

 « Si la Belgique est si nerveuse, c’est parce que sa Force aérienne en Syrie n’agit pas en défense de ses propres intérêts. Elle sert les intérêts des États-Unis, montrant ainsi l’absolue faiblesse politique des pays de l’Union Européenne.

 « Quand les États-Unis annoncent leur intention de mener à bien la stabilisation dans certains pays, je ne vois nulle part se concrétiser ces paroles. Il est clair que les États-Unis ne sont tout simplement pas capables de résoudre le moindre conflit armé. En conséquence de quoi ils mènent des activités subversives contre tout pays [qu’ils jugent, NdT] déloyal. Il est impossible de mettre fin à aucune crise dans de telles conditions.

 « La Russie propose d’agir à la fois par voie militaire et par voie diplomatique. Une partie significative des militants est en train de se diriger vers Idleb, et cela aussi montre le succès de la Russie dans la lutte contre les terroristes en Syrie.

 « Partant de tout ceci, je pense que cela n’a guère de sens de prendre au sérieux les déclarations de Bruxelles. Ils ont falsifié l’information d’une manière si criante pendant l’enquête sur le désastre du Boeing malaisien en Ukraine qu’il est clairement apparu que leur seul but était d’en rendre la Russie responsable, sans même faire semblant d’enquêter sur les circonstances de ce terrible événement. De même ici, la réaction du ministère belge de la Défense était prévisible, puisque l’Europe suit pas à pas la politique étrangère US.

 « Pensez-vous qu’ils vont s’en tirer ainsi ? »

 « C’est l’attitude typique des Américains : ils sont toujours sûrs qu’ils ne font jamais d’erreurs, et sûrs qu’ils peuvent s’en tirer sans dommages. Ils croient que, parce qu’ils contrôlent l’ensemble des médias du monde, cela les immunise absolument contre toutes les conséquences de leurs actes. Ils peuvent par exemple frapper l’Armée Nationale Syrienne sur son propre territoire à Deir ez –Zor ou laisser s’échapper des talibans afghans. Ils croient vraiment qu’ils ont le droit de s’en prendre aux civils de Mossoul.

 « Je suis persuadé que les USA vont continuer à se conduire ainsi, surtout si Hillary Clinton arrive à la présidence. Rappelez-vous avec quelle horrible joie elle a accueilli les détails de la mort de Muammar Kadhafi. Et ce n’était là qu’un épisode de son anomalie psychique. Je n’arrive pas à comprendre comment cette femme puisse accéder à la présidence. »

Source : http://www.pravdareport.com/world/asia/syria/21-10-2016/1...

Source originale : http://www.pravda.ru/news/world/21-10-2016/1316397-evseev...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades.

 

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Les USA ne sont pas « toujours sûrs de ne jamais faire d’erreurs ». Ils sont « toujours sûrs que, venant d’eux, les autres n’ont qu’à avaler les couleuvres qu’on leur sert et fermer leur g… ».  Ce qui est piquant, c’est de voir la Belgique les imiter.

 

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La coalition internationale bombarde la Syrie

 


« Conscience », vous avez dit « conscience » ? C’est quoi, ça ? Rétamer quelques paysans, leurs chèvres et leurs enfants… Bof ! Font ch… les Russes ! Un de nos amis nous a dit : « Si c’est prouvé, sûrement les Belges vont descendre par millions dans les rues pour protester. » Mais c’est un nihiliste qui ne croit en rien.

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Greenpeace salue le vote du Parlement Wallon contre l’accord CETA

Sputniknews14 octobre 2016

 

6. Contre CETA.jpg

Bon. Vous ne le savez pas qu’une partie de la Wallonie est germanophone ? Ce petit bout de Belgique s’appelle « les pays rédimés ».

 

Vendredi, Greenpeace a salué le vote du Parlement Wallon contre l’accord commercial polyvalent CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) entre l’Union Européenne et le Canada.

MOSCOU (Sputnik) – Plus tôt dans la journée, le parlement de la région francophone belge de Wallonie a bloqué la ratification de l’accord de libre-échange CETA, le Premier ministre de la région, Paul Magnette, précisant qu’il n’accorderait pas au gouvernement fédéral l’autorisation de signer cet accord.

 « Greenpeace salue la décision du Parlement Wallon de maintenir son opposition au CETA. Ce Parlement défend réellement les intérêts de ses citoyens et non les intérêts des lobbyistes et des grands groupes d’affaires (corporations). Ceci est un message fondamental envoyé aux institutions européennes » a déclaré Vincent De Brouwer, directeur de Greenpeace-Belgium.

Ce contrat menace les normes sanitaires et environnementales et il est contraire à l’Accord de Paris sur le changement climatique, a-t-il ajouté, exprimant l’espoir que l’Union Européenne tiendra compte du vote wallon.

 « Il appartient maintenant aux Institutions européennes d’écouter ce signal et d’enterrer ces dangereux traités », a encore dit De Brouwer.

 

 7. CETA 2.jpg

Des milliers de personnes ont manifesté contre le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) et le traité euro-canadien CETA (Comprensive Economic and Trade Agreement) dans le centre de Bruxelles, le 20 septembre 2016.

 

Les accords commerciaux « CETA » ont pour but d’établir une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. En 2013, Ottawa et Bruxelles se sont accordés sur les éléments-clés de l’accord. Les opposants européens à l’accord CETA insistent sur le fait que cet accord sape les normes et les règlements de la protection environnementale,

L’accord devrait être signé au cours du prochain sommet Union Européenne-Canada, les 27-28 octobre qui viennent, après quoi, il devra être ratifié par le Parlement européen et par le Conseil de l’Europe. La Commission européenne, sous la pression de la France et de l’Allemagne, a précisé que l’accord devra aussi être ratifié par les 28 états membres.

Source : https://sputniknews.com/environment/201610141046340362-gr...

 Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

2. Pinocchio Vandeput.gif

 

Précisons quand même que le TTIP, s’il n’est toujours pas ratifié, est néanmoins largement opérationnel en Belgique.

 

 

 

Mis en ligne le 22 octobre 2016.

Notre bateau d’aujourd’hui :

La Belgique en 2050, collage d’André Stas.

 

 

 

 

22:26 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/10/2016

BACHAR - LA PRAVDA : INTERVIEW

1. Souviens-toi que chaque souffrance.gif

 

Syrie

Ils ne font rien pour être au premier rang de l’actualité. C’est nous qui …

 

2. Syrian Free Press.gif

 

Texte intégral de l’entretien accordé par le Président Al-Assad au quotidien russe Komsomolskaïa Pravda

 

Dr Bachar al-Assad et Pravda.ru 19 octobre 2016

Syrian Free Press  Mondialisation.ca

Traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal

 

3. Assad-Pravda-2-400x266.jpg

 

À de vraies questions, des réponses sincères, quoique douloureuses pour les Syriens et, sans doute, pour leur Président [NdT].

 

5. Syrian Free Press °°°.gif

 

Mme Darya Aslamova : Merci beaucoup Monsieur le Président. C’est un grand bonheur pour moi, et je suis très fière. Je vais commencer par poser mes questions.

QUESTION 1 : La situation en Syrie est devenue plus dangereuse et moins prévisible. Pourquoi ? Parce que ce conflit attire désormais plus de participants et plus de joueurs. Par exemple, qui voyons-nous maintenant participer à cette guerre en Syrie ? L’Iran, le Liban – je veux dire le Hezbollah- la Russie, la Turquie, l’énorme coalition du côté des États-Unis, la Chine qui montre de l’intérêt. Avez-vous quelque inquiétude que ce conflit ne se transforme en une troisième guerre mondiale à moins qu’elle ne soit, peut-être, déjà commencé ?

Le Président Al-Assad : Parler de ce problème implique de parler du fond et de la source, et c’est le terrorisme. Peu importe qui intervient, le plus important est qui soutient ces terroristes quotidiennement et heure après heure. Tel est le principal problème. Si nous le résolvons, cette image compliquée que vous venez de décrire ne sera plus un gros problème, nous pouvons le résoudre. La question ne dépend donc pas du nombre de pays qui interfèrent actuellement, mais du nombre de pays qui soutiennent les terroristes, parce que les Russes, l’Iran et le Hezbollah sont des alliés qui sont venus ici légalement. Ils nous soutiennent contre les terroristes, tandis que les autres pays que vous avez cités soutiennent les terroristes. C’est là un premier point : c’est un problème de terrorisme et non un problème de nombre.

Deuxièmement, concernant l’éventuelle « troisième guerre mondiale », terme dernièrement souvent utilisé, notamment depuis la récente escalade en Syrie, je dirais que ce que nous observons actuellement, et depuis quelques semaines ou peut-être quelques mois, est plus qu’une guerre froide et moins qu’une guerre totale. Je ne sais comment la qualifier, mais c’est quelque chose qui n’est pas né d’aujourd’hui, car je ne crois pas que l’Occident et, particulièrement, les États-Unis, aient mis fin à leur guerre froide, même après l’effondrement de l’Union soviétique.

 

4. Bachar-Pravda- Aslamova.png

 

Mme Aslamova : Oui, elle se poursuit toujours.

Le Président Al-Assad : Cet état de fait se déroule en plusieurs étapes, la Syrie étant l’une des étapes importantes. Vous assistez à plus d’escalades qu’auparavant, mais toute la question consiste à préserver l’hégémonie des Américains sur le monde entier, avec interdiction à quiconque d’être un partenaire sur la scène politique internationale, que ce soit la Russie ou leurs alliés en Occident. Donc, cela est l’essence même de ce que vous avez décrit comme une troisième guerre mondiale. C’est une guerre mondiale, mais ce n’est pas qu’une guerre militaire : une partie est militaire, une partie est le terrorisme et en rapport avec la sécurité, une autre partie est politique. D’une certaine manière, vous avez donc raison, mais il ne s’agit pas seulement de la Syrie; la Syrie fait partie de cette guerre.

QUESTION 2 : Mais vous avez dit : la Syrie est devenue une étape de cette guerre. Pourquoi la Syrie ? Je veux dire, d’accord, vous êtes un grand pays, vous avez du pétrole, mais pas autant que l’Arabie Saoudite. Pourquoi exactement la Syrie ?

Le Président Al-Assad : À cela, plusieurs aspects. Premièrement, si vous parlez du conflit régional, la Syrie a de bonnes relations avec l’Iran tandis que, pour diverses raisons, l’Arabie saoudite voulait sa destruction totale au niveau politique et, peut-être, au niveau matériel et factuel. Ils ont donc voulu que la Syrie s’en désolidarise et sinon, la détruire, parce que cela pourrait affecter l’Iran négativement. C’est ainsi que je le vois. Pour les Occidentaux, la Syrie et la Russie sont des alliés depuis des décennies et, là aussi, saper le positionnement syrien influerait négativement sur les Russes. Mais il y a autre chose en rapport avec le rôle historique de la Syrie, un rôle régional en tant que centre de la dynamique géopolitique au Moyen-Orient depuis des siècles. Par conséquent, ce rôle plus sa situation géographique sur la Méditerranée ont fait que bien avant la naissance du Christ, les Pharaons et les Hittites se sont battus pour la contrôler. De plus, étant socialement parlant située sur la ligne de faille entre les différentes cultures de la région, tout événement positif ou négatif qui la touche, affecte toute la région. Par conséquent, bien qu’il s’agisse d’un petit pays, contrôler la Syrie est très important pour contrôler le reste de la région.

Deuxièmement, la Syrie est un pays indépendant, et l’Occident n’accepte pas les pays indépendants, que ce soit un petit pays comme la Syrie ou une grande puissance comme la Russie. Quel est leur problème avec la Russie ? Vous dites «oui» et «non », alors que vous devriez toujours dire « oui ». Voilà le problème avec l’Occident. Telle est ma réponse à votre question : «  Pourquoi la Syrie ? ».

QUESTION 3 : Certains médias occidentaux considèrent que la guerre en Syrie est devenue un conflit direct entre la Russie et les USA. Etes-vous d’accord ?

Le Président Al-Assad : Oui, pour une raison simple en rapport avec ce j’ai commencé par dire à propos du terrorisme. La Russie a voulu combattre le terrorisme non seulement pour elle-même, ou pour la Syrie, mais aussi pour le reste de la région, pour l’Europe et le reste du Monde. Les Russes comprennent ce que signifie la propagation du terrorisme, tandis que les États-Unis, depuis l’Afghanistan au début des années quatre-vingt et jusqu’à ce jour, pensent : « Le terrorisme est une carte que nous pouvons jouer, une carte que nous pouvons mettre sur la table ».

Mme Aslamova : Oui.

Le Président Al-Assad : Une carte que vous pouvez garder dans votre poche et mettre sur la table à tout moment. Vous parlez donc de deux entités différentes, de deux idéologies différentes, de deux comportements différents, de deux approches différentes. Il est normal d’aboutir à ce conflit ; même s’il y a dialogue entre eux, ils ne sont pas sur la même page.

QUESTION 4 : Nous avons maintenant un nouveau joueur dans cette région. D’accord ? Je veux parler de l’intervention turque dont personne ne parle, comme si rien ne s’était passé. Quelle est votre opinion sur le rôle de la Turquie dans cette guerre et sur son intervention ?

Le Président Al-Assad : Si nous commençons par ce qui se passe aujourd’hui, c’est une invasion.

Mme Aslamova : Invasion !

Le Président Al-Assad : Cette incursion est une invasion. Qu’il s’agisse d’une petite partie ou d’une grande partie du territoire syrien, c’est une invasion en contradiction avec le droit international, la morale et la souveraineté de la Syrie. Que veulent les Turcs par cette invasion, abstraction faite du masque qu’ils portent pour cacher leurs véritables intentions ? Ils veulent se blanchir du fait qu’ils n’ont cessé de soutenir l’EIIL et le Front al-Nosra.

Mme Aslamova : Vous pensez qu’ils ne les soutiennent plus maintenant ?

Le Président Al-Assad : Non, ils les soutiennent toujours, mais ils sont entrés [en Syrie] en disant : « nous combattons l’EIIL et nous l’aurons ».

Mme Aslamova : C’est ridicule. Ils ont fabriqué l’EIIL.

Le Président Al-Assad : Bien sûr. Ils ont fabriqué l’EIIL. Ils ont soutenu l’EIIL. Ils lui fournissent tout le soutien logistique, lui permettent de vendre notre pétrole après avoir traversé nos frontières et leur territoire, avec la participation du fils d’Erdogan et de sa clique. Tous sont impliqués dans la relation avec l’EIIL. Tout le monde sait cela. Mais, par cette invasion, ils ont voulu changer l’emballage de l’EIIL, en parlant de « nouvelles forces modérées » fondées sur les mêmes bases que l’EIIL qu’elles n’ont fait que le remplacer pour que les Turcs puissent dire qu’ils les ont vaincus dans certaines régions, grâce à leurs bombardements, leurs troupes et leurs agents en Syrie. Un jeu, c’est juste un jeu devant le reste du monde ; le deuxième jeu étant la poursuite de leur soutien au Front al-Nosra.

Mme Aslamova : Il [Erdogan] voulait soutenir le Front al-Nosra ?

Le Président Al-Assad : Erdogan, en particulier, voulait jouer un rôle dans la solution syrienne, peu importe quel rôle. Il s’est senti isolé cette dernière année en raison de son soutien à l’EIIL.

Mme Aslamova : Mais il pense toujours que la Syrie fait partie de l’Empire ottoman. Pour lui, c’est son territoire.

Le Président Al-Assad : Exactement. Son idéologie est un mélange entre celle des Frères Musulmans, violente et extrémiste, et celle de l’Empire ou du Sultanat ottoman.

Mme Aslamova : Ambitions, oui.

Président Assad : Et il pense qu’avec ces deux idéologies, il peut fabriquer un mélange pour contrôler cette région. Voilà pourquoi il a soutenu les Frères Musulmans dans tous les pays, y compris en Syrie. Vous avez raison.

QUESTION 5 : Après qu’un avion russe ait été abattu par les Turcs, la Russie a rompu ses relations avec la Turquie. Maintenant qu’Erdogan s’est excusé, il semble que l’amitié soit rétablie, ainsi que le tourisme, les relations diplomatiques et tout le reste. Poutine avait parlé de « couteau dans le dos ». Pensez-vous que nous, les Russes, faisons peut-être une erreur en lui accordant de nouveau notre confiance, malgré sa trahison ?

Le Président Al-Assad : Non. En fait, je considère que cette relation est positive.

Mme Aslamova : Vous la considérez positive ?

Le Président Al-Assad : Oui, positive. Pourquoi?

Mme Aslamova : Pourquoi ?

Le Président Al-Assad : Nous parlons de deux parties différentes, lesquelles, encore une fois, n’ont pas les mêmes points de vue. La Russie fonde sa politique sur le droit international, respecte la souveraineté des États et mesure les répercussions du terrorisme partout dans le monde, tandis que la Turquie ne respecte pas la souveraineté de la Syrie et fonde sa politique sur l’idéologie de Frères Musulmans tout en soutenant les terroristes. D’où une sorte de polarisation à laquelle nous assistons, chacune des parties se trouvant complètement à l’opposé de l’autre. Disons, que grâce à ce rapprochement entre la Russie et la Turquie, notre seul espoir est que la Russie puisse modifier un tant soit peu la politique turque. C’est notre espoir en tant que Syriens et je suis sûr que c’est actuellement le but premier de la diplomatie russe envers la Turquie, afin de diminuer les dégâts des abus du gouvernement turc en territoire syrien. J’espère qu’ils pourront le convaincre de mettre fin au soutien ainsi qu’au financement des terroristes et de stopper leur afflux à travers leur frontière.

Mme Aslamova : Mais pour Erdogan, ces terroristes sont un outil d’influence. Il ne leur refusera jamais rien car ce sont ses gens. Il va tenter de se battre avec eux et ils vont commencer à se battre avec lui. Je veux dire que c’est un grand risque qu’il prendrait en leur refusant son parrainage, c’est un grand risque pour son pouvoir.

Le Président Al-Assad : Oui. Voilà pourquoi je n’ai pas dit que les Russes allaient changer sa politique, mais qu’ils tentaient d’en diminuer les dégâts. Pour rester franc et réaliste, je dirais qu’en tant qu’individu affilié à l’idéologie violente, extrémiste et fanatique des Frères musulmans, il ne peut être droit. Ce dont vous parlez est donc très réaliste et je suis d’accord avec vous à 100%. Il n’empêche que vous devez essayer de le changer. S’il change de 1%, ce serait bon. S’il change de 10%, ce serait encore mieux. Vous ne pouvez espérer un changement complet. Nous n’en espérons pas tant, notamment avec quelqu’un comme Erdogan et sa clique. Mais, actuellement, le moindre changement dans la bonne direction serait bénéfique. Un espoir que je crois partagé par les diplomates russes, et je pense que leur dernière approche du gouvernement turc témoigne de leur sagesse, parce qu’ils ont besoin de garder de bonnes relations avec le peuple, non parce qu’ils ont confiance en lui, ce qui me semble judicieux.

QUESTION 6 : Pour moi, vu l’idéologie de L’EIIL, ou Daech, il est très étrange qu’il n’ait jamais menacé Israël et inversement. C’est comme s’il existait une sorte d’accord fondé sur la neutralité, pas forcément sur la sympathie. Pourquoi pensez-vous qu’il en est ainsi ? Et quel est le rôle d’Israël dans cette guerre?

Le Président Al-Assad : Non seulement Daech, non seulement le Front al-Nosra, mais toute personne ou tout terroriste qui a porté une arme et entrepris de tuer et de détruire en Syrie a été soutenu par Israël, indirectement, par le soutien logistique à la frontière ou, parfois, par intervention directe sur tous les fronts. Pourquoi ? Parce qu’Israël est notre ennemi, parce qu’il occupe nos terres et, bien sûr, nous voit comme un ennemi. Le concept est que saper la position de la Syrie en affaiblissant sa société, son armée et son État, évitera qu’Israël ne prenne le chemin de la paix, le prix de cette paix étant la restitution des hauteurs du Golan. Donc, pour les Israéliens, mieux vaut que la Syrie reste occupée ailleurs et dans l’impossibilité de s’occuper du Golan, du processus de paix, ou de quoi que ce soit pour récupérer ses terres. Voilà pourquoi Israël soutient tous les terroristes. Il n’y a pas de contradiction entre Israël et des organisations comme Daech, le Front al-Nosra et celles liées à Al-Qaïda.

QUESTION 7 : Il est évident que votre armée a subi une terrible hémorragie. Cependant, lors de mes séjours à Damas j’ai vu nombre de jeunes gens attablés dans les cafés dès le matin. Quand j’ai demandé « Qui sont ces jeunes hommes, pourquoi ne sont-ils pas sur le front ? », il m’a été répondu : « Ce sont des étudiants ! ». Ensuite, j’en ai vu d’autres, bien musclés, dans les centres de Fitness. Envoyez-les tous au front ! Je veux dire que je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas décrété la mobilisation générale, comme nous l’avons fait pour chacune de nos guerres patriotiques. Quand nous nous sommes trouvés face à une grande guerre, nous avons envoyé tous les hommes au front !

Le Président Al-Assad : Disons qu’actuellement la mobilisation n’est que partielle. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’elle n’est pas au plus haut niveau, car si tous se battaient sur tous les fronts militaires, les universités seraient vides, les écoles manqueraient d’enseignants, les institutions ne fonctionneraient plus faute de cadres et de personnel, même les camions et voitures seraient réquisitionnés par le gouvernement et absolument tout dans le pays participerait à cette guerre. Ce serait bien, si cette guerre devait durer quelques semaines ou quelques mois, mais quand il s’agit d’une guerre qui dure depuis bientôt six années, cela signifie la paralysie de la société et de l’Etat, auquel cas vous ne gagnerez pas la guerre. Vous avez donc besoin d’établir un équilibre entre la guerre et l’ensemble des besoins fondamentaux que vous devez offrir à la population. Assurer cet équilibre est crucial. Tel est notre point de vue sur la question.

QUESTION 8 : Je ne comprends pas l’arabe, mais quand je regarde vos programmes à la Télévision, j’ai l’impression d’être dans un pays en paix : un petit peu de guerre avant d’enchaîner sur le sport, les enfants, l’école… Je regarde et je me dis « Oh mon Dieu ! », alors que j’entends les mines exploser dans la ville. Comme si de rien n’était. C’est peut-être un peu trop ? Si vous voulez réveiller le patriotisme des gens, vous devriez leur expliquer tous les jours : « Les gars, nous sommes face à une grande guerre ! », ce que font tous les pays en pareil cas. Je n’aime pas cette image d’une vie paisible. Elle n’existe pas ici !

Le Président Al-Assad : Nos médias ne sont pas déconnectés de ce qui se passe. Mais, encore une fois, vous devez établir un certain équilibre entre la guerre et le besoin de vivre une vie quasi-normale, non tout à fait normale. Cet équilibre est donc nécessaire. Concernant les médias, il est certain que vous avez différentes opinions, puisqu’il s’agit d’une perception personnelle de ce que vous entendez et de ce que vous vivez. Ce que vous venez de dire, nous l’entendons en Syrie : « Mais comment font-ils pour se comporter ainsi ? ». En revanche, si les médias parlent trop de guerre, vous les entendez dire : « La guerre n’est pas tout, nous avons besoin d’une vie normale ou que la vie continue ». C’est donc un équilibre difficile à trouver et, finalement, le principal défi ne concerne pas exclusivement la guerre, mais comment vivre au quotidien. Si vous ne tentez pas de vivre cette vie, les terroristes vous vaincront, parce que c’est leur but.

Mme Aslamova : Nous avons vécu cela pendant la Grande Guerre patriotique. Toutes les villes étaient vides, restaient seulement les femmes, quelques médecins et enseignants, mais tout le monde était au front. Je vous donnerais l’exemple de ma famille avec quatre frères au front et mon père, ayant quitté l’école à treize ans, rendu dans une usine qui fabriquait des bombes. C’était normal ! Nous n’aurions jamais gagné cette guerre si nous n’avions pas mis tous nos hommes sur le front.

Le Président Al-Assad : Oui. Mais la guerre n’est pas seulement militaire, c’est un tout. Le plus important de notre guerre n’est pas seulement le combat contre des terroristes car, en parallèle, se déroule un autre combat aussi important en ce qui concerne notre économie. Nous sommes sous embargo et nous devons donc faire de notre mieux pour que la roue de l’économie continue à avancer.

Mme Aslamova : Je comprends.

Le Président Al-Assad : D’où la nécessité d’efforts permanents pour vivre malgré tout. Sans une vie normale, vous ne pouvez pas garantir l’économie, car si tout le monde restait chez soi pour mener une vie de guerre, vous ne produiriez plus rien.

QUESTION 9 : Pourquoi n’avez-vous demandé l’aide de la Russie qu’au moment le plus de critique, quand presque tout a failli s’écrouler et que même votre vie était en danger ?

Le Président Al-Assad : Tout d’Abord, il y a une relation traditionnelle entre la Syrie et la Russie, et même pendant les pires moments de cette relation, suite à l’effondrement de l’Union Soviétique, cette relation est restée bonne et n’a jamais été mauvaise.

Mme Aslamova : C’est pourquoi vous auriez pu demander son aide beaucoup plus tôt.

Le Président Al-Assad : Nous avons demandé leur aide dès le début, mais l’escalade n’avait pas atteint le niveau observé l’année dernière. Avant cela, l’Armée syrienne avançait, et nos ennemis, désignons-les ainsi, constatant notre progression, ont commencé à envoyer un nombre croissant de terroristes étrangers à partir de plus d’une centaine de pays. La Syrie étant un petit pays, nous avons eu besoin de l’aide de nos amis. L’Iran et le Hezbollah sont intervenus, mais l’intervention d’une grande puissance telle que la Russie était devenue cruciale pour modifier les équilibres sur le terrain. Voilà pourquoi il était naturel de demander son aide.

Mais avant son intervention directe, la Russie nous aidait déjà en nous fournissant tout le soutien logistique dont nous avions besoin pour faire face à cette guerre. Les russes vivent parmi nous et les experts russes, présents en Syrie depuis quatre décennies, ont constaté courant 2014 que l’équilibre commençait à pencher en faveur des terroristes, soutenus par l’Occident et d’autres pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar.

Les Russes étaient prêts à intervenir directement. Nous les avons alors invités, assurément, parce que nous leur faisons confiance. Nous leur faisons confiance parce que leur politique est fondée sur la morale, avant les intérêts. Nous leur faisons confiance parce que nous savons qu’ils nous ont soutenus pour se débarrasser des terroristes et non pas parce qu’ils voulaient nous demander quoi que ce soit en retour. D’ailleurs, ils n’ont jamais rien demandé jusqu’à ce jour. Tous ces facteurs réunis nous ont encouragés, gouvernement et institutions, à demander l’aide de la Russie.

QUESTION 10 : Avant cette soi-disant révolution, je suis sure que vous avez reçu certains types d’offres ou de contrats de vos ennemis actuels. Que vous voulaient-ils ? Par exemple, j’ai entendu dire que le Qatar a voulu faire passer un « tube » à travers la Syrie. Est-ce vrai ? Avez-vous reçu cette sorte d’offre avant [la guerre] ?

Le Président Al-Assad : Les offres sont arrivées après la crise.

Mme Aslamova : Ah ! D’accord.

Le Président Al-Assad : Parce qu’ils voulaient exploiter la crise : « Si vous faites cela, nous vous aiderons ».

Mme Aslamova : Mais que voulaient-ils obtenir de vous ?

Le Président Al-Assad : Avant la crise, il n’y a pas eu d’offre, juste des velléités d’utilisation indirecte de la Syrie contre l’Iran. À l’époque, le dossier du nucléaire iranien était le principal problème du monde et la Syrie devait convaincre l’Iran d’aller contre ses intérêts. La France a essayé et l’Arabie saoudite a tenté de nous en éloigner sans aucune raison, sinon sa haine de l’Iran.

Mme Aslamova : Et qu’en est-il du gazoduc qu’ils voulaient faire passer à travers la Syrie ?

Le Président Al-Assad : Non, il n’en a pas été question, parce que la Syrie était censée devenir une plaque tournante dans le domaine énergétique, en général. Il était prévu qu’un « tube » vienne de l’est selon le trajet Iran-Irak-Syrie- Méditerranée, et qu’un autre arrive du Golfe pour continuer vers l’Europe. Je ne pense pas que l’Occident accepte que cette Syrie, qui refuse d’être sa marionnette, puisse bénéficier d’un tel privilège ou d’un tel effet de levier. Ce n’est pas permis. Par conséquent, nous pensons que ce gazoduc est l’un des facteurs dont ils n’ont pas franchement parlé. Après la guerre, l’offre est venue directement des Saoudiens, « si vous…

Mme Aslamova : Directement de qui ?

Le Président Al-Assad : Des Saoudiens : « Si vous vous éloignez de l’Iran et si vous annoncez publiquement que vous interrompez toutes sortes de relations avec ce pays, nous vous aiderons ». Très simple et droit au but.

QUESTION 11 : Dans l’un de vos entretiens, vous aviez dit que cette guerre était difficile, car « il est facile de tuer des terroristes, mais très difficile de tuer leur idéologie ». Quand j’ai discuté avec vos officiers sur le front, ils m’ont dit : « Comment battre un homme qui n’a pas peur de mourir ? ». Dans ce cas, mourir serait tout simplement un plaisir puisque que 72 vierges attendent cet homme au Paradis, alors que les gens normaux ont peur de mourir. D’autant plus que ceci fait que les terroristes ont le moral au plus haut. Comment tuer cette idéologie ?

Le Président Al-Assad : Vous avez raison d’évoquer ces « combattants idéologiques » et disons le, ces terroristes qui combattent notre Armée. Le seul moyen de les combattre est de les tuer. Il n’y a pas moyen de faire autrement. Ils ne sont disposés à aucun dialogue et vous n’avez pas le temps de dialoguer. Vous voulez protéger vos citoyens, vous devez donc les tuer. Mais cela ne suffit pas, car ils se régénèrent comme dans les jeux vidéo. Vous en tuez un, dix autres apparaissent. C’est donc un problème sans fin. Le plus important devient alors de les combattre par une idéologie similaire, mais modérée.

Je veux dire que vous ne pouvez lutter contre l’extrémisme dans l’islam avec une autre idéologie que l’Islam modéré. C’est le seul moyen, mais il exige du temps. Vous devez travailler sur les jeunes générations et, en parallèle, travailler sur les moyens d’empêcher le financement du gouvernement saoudien, des ONG et des institutions saoudiennes, destiné à la promotion de l’idéologie wahhabite dans le monde entier.

Vous ne pouvez pas dire : « Je vais me battre contre cette idéologie » et, en même temps, permettre à leurs cheikhs ou imams et à leurs madrasas de faire la promotion de cette sombre idéologie. C’est impossible. Et c’est ce qui se passe en Europe. Vous parlez ici de la troisième ou quatrième génération vivant en Europe, qui nous les envoie aujourd’hui. Ils n’ont jamais vécu dans nos régions, ils ne parlent pas l’arabe et peut-être qu’ils ne lisent même pas le Coran, mais ils sont des extrémistes, car ils ont permis à l’idéologie wahhabite d’infiltrer l’Europe.

Donc, nous devons traiter parallèlement plusieurs problèmes en plus de traiter avec les médias et de faire face aux puissants médias financés par les pétrodollars saoudiens et d’autres États du Golfe dans le but de continuer à promouvoir cet extrémisme. C’est la seule façon de les vaincre. Traiter avec les terroristes est obligatoire, mais ce n’est pas la solution.

QUESTION 12 : Oui. Mais j’ai toujours senti quelque chose de mystique dans ce combat pour Damas, puis j’ai compris pourquoi il y a tant de mercenaires à venir ici. Un professeur de théologie de l’Islam m’a expliqué qu’ils croient vraiment en certains textes coraniques concernant la ville de « Dabek » où se dérouleraient l’Apocalypse et la bataille finale entre le bien et le mal. C’est pourquoi ils sont maintenant prêts. Pour exemple, quand j’étais en Bosnie, j’ai entendu nombre de mercenaires étrangers clamer : « Nous allons à Dabek ! ». Pour eux, cela a bien un sens mystique. Comment tuer cela ? Je ne peux l’imaginer.

Le Président Al-Assad : C’est exact.

Mme Aslamova : Parce que c’est une énorme propagande que de faire croire : « Allez à Dabek, allez en Syrie, car c’est le lieu principal de l’Apocalypse ! ».

Le Président Al-Assad : Aujourd’hui le lieu saint pour combattre.

Mme Aslamova : Oui, c’est comme un lieu saint.

Le Président Al-Assad : Dans le sens où si vous voulez aller au Paradis, vous devez passer par la Syrie. Peut-être que si vous mouriez quelque part ailleurs, vous n’iriez pas au Paradis. Cela fait partie de l’idéologie. Voilà pourquoi ils…

Mme Aslamova : Ils sont sûrs que mourir en Syrie les amènera directement au Paradis ?

Le Président Al-Assad : C’est ainsi qu’ils raisonnent. Par exemple, certains pensent qu’en tuant plus d’innocents, ils pourraient avoir droit à un repas de rupture du jeûne [Iftar] avec le Prophète. Ils leur lavent le cerveau complètement, de sorte que vous ne pouvez pas les blâmer. Ils sont ignorants, la plupart d’entre eux sont des adolescents instrumentalisés.

Mme Aslamova : Oui, et ce sont parfois des enfants.

Président Assad : Exactement. Mais c’est en rapport avec la machine qui a travaillé depuis des décennies à laver ces cerveaux et à répandre cet extrémisme dans le monde musulman et les communautés musulmanes en dehors du monde musulman.

QUESTION 13 : Êtes-vous satisfait des résultats de l’intervention russe cette dernière année ? Les Russes ont-ils vraiment accompli quelque chose ici ?

Le Président Al-Assad : En bref, avant cette intervention et malgré celles de la soi-disant « Coalition américaine » qui, pour moi, est une alliance trompeuse, l’EIIL et le Front al-Nosra étaient en expansion, recevant plus de recrues et d’armements, transportant notre pétrole vers la Turquie, etc. Après l’intervention russe, les territoires sous contrôle des terroristes se sont rétrécis. Par conséquent, les réalités du terrain parlent d’elles-mêmes. L’effet principal de l’intervention russe fut le changement de l’équilibre au détriment des terroristes. Tout autre effet est sans importance.

QUESTION 14 : Concernant la question kurde, je me suis rendue à Qamishli où ils m’ont dit qu’ils voulaient une fédération : « Notre modèle de l’État idéal est la Russie. La Russie regroupe de nombreuses nationalités et c’est une fédération. Pourquoi la Syrie ne peut-elle pas être une fédération ? ». Et, honnêtement, nul parmi les Syriens kurdes ne m’a parlé de séparation ou d’État indépendant. Non, ils m’ont dit : « Nous voulons rester en Syrie, mais nous voulons l’autonomie ». Êtes-vous d’accord avec cela ? Parce que ce sont vraiment de bons combattants contre l’EIIL.

Le Président Al-Assad : Permettez-moi de clarifier les différents aspects de cette question. Pour commencer, en Syrie, nous ne parlons pas de communauté qui voudrait ceci ou cela, qu’il s’agisse des Kurdes, des Turcs, des Arabes, des Tchétchènes, des Arméniens, ou de n’importe quelle autre communauté composante de notre peuple. Dans ce cas particulier, nous parlons d’une partie des Kurdes, et seulement une partie, qui demande cela, la majorité d’entre eux n’exprimant pas cette demande. Ils n’ont jamais…

Mme Aslamova : Je ne parle évidemment pas des Kurdes à Damas, ils vivent ici.

Le Président Al-Assad : Oui, je veux dire que même dans le nord, seule une partie d’entre eux en parle. Ceci est le premier point. Deuxièmement, quand vous parlez de fédéralisme ou de tout autre système similaire, il devrait être inscrit dans la Constitution, laquelle n’est pas la propriété du gouvernement mai reflète la volonté du peuple syrien. Par conséquent, s’ils ont besoin d’un certain système politique en Syrie, ils doivent le promouvoir parmi les Syriens. Ils ne peuvent pas en discuter avec moi. En tant que Président, gouvernement ou fonctionnaire, même si je disais « oui, c’est une bonne idée, je n’y vois pas d’inconvénient », je ne peux pas leur donner satisfaction, car je ne possède pas le système politique de la Syrie. Tout devrait être…

Mme Aslamova : Passer par un référendum ?

Le Président Al-Assad : Exactement. Un référendum soumis au peuple syrien qui dirait « oui » ou « non ». Ensuite, en faisant abstraction du fait que la majorité des Kurdes de Syrie ne demande pas une fédération, la majorité de la population du nord de la Syrie est d’origine arabe. Donc, même si certains Kurdes souhaitent un système fédéral dans le nord, comment envisagent-ils un fédéralisme kurde dans une région où vous avez une majorité d’arabes ?

Mme Aslamova : Mais avez-vous des contacts avec eux ?

Le Président Al-Assad : Oui, bien sûr. Nous discutons et négocions avec eux. Nous avons toujours…

Mme Aslamova : Vous menez des négociations avec eux ?

Le Président Al-Assad : Bien sûr et en permanence. D’ailleurs, nous les avons soutenus contre l’EIIL, nous leur avons expédié des armes. Votre armée est au courant de tous les détails.

QUESTION 15 : Honnêtement, lors de mes déplacements dans votre pays, je n’ai pas vu d’opposition non armée. Je veux dire, avec qui pouvez-vous dialoguer ? Avez-vous de véritables partenaires pour mener des négociations, ou s’agit-il d’une mission impossible ?

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante, mais vous devriez définir le terme « opposition » actuellement utilisé partout dans le monde pour parler de gens qui portent des armes et tuent le peuple. Vous ne pouvez en parler comme d’une opposition, puisque ce terme est politique et non militaire.

Mme Aslamova : Oui, c’est le problème et tout le monde est armé. Avec qui parler ?

Le Président Al-Assad : Exactement. Maintenant, si vous voulez parler de l’opposition politique, il faut citer des noms, des courants ou des mouvements politiques.

Mme Aslamova : Quels courants ? Quels noms ?

Le Président Al-Assad : Vous avez de nombreux partis politiques, constitués avant ou après la crise, dont les représentants ne siègent pas nécessairement au Parlement. Si je ne peux pas citer leur nom, nous pouvons vous en fournir la liste complète, y compris les partis d’opposition les plus récents. S’agissant de négociations, le problème crucial de votre question n’est pas de savoir avec qui négocier, mais qui détient une influence susceptible de changer la situation sur le terrain.

En effet, si je m’installais pour discuter avec toutes ces oppositions, qu’elles soient intérieures, extérieures ou liées à d’autres pays et non au peuple syrien, et que je tombais d’accord avec eux jusqu’à convenir que « c’est bon pour l’avenir de la Syrie », lesquelles d’entre elles pourraient influencer les terroristes sévissant sur le terrain ?

Nous savons tous que la majorité de ces terroristes est affiliée à Al-Qaïda, à l’EIIL, au Front al-Nosra, à Ahrar al-Cham ou d’autres organisations, lesquels terroristes ne font partie d’aucun mouvement politique, ne se soucient que de leur propre idéologie, l’idéologie wahhabite. Par conséquent, même si nous négocions avec l’opposition politique, nous ne pouvons pas changer la situation sur le terrain. Vous avez donc raison : avec qui vais-je pouvoir négocier ?

Mme Aslamova : Oui. Avec qui ?

Le Président Al-Assad : Le plus important est qui peut changer la situation. Étant à la tête du gouvernement, j’ai mes moyens. Nous pouvons agir. Nous combattons les terroristes. La question est : « que peuvent faire ces oppositions ? ». Je ne peux pas y répondre. C’est à eux d’y répondre. Ils doivent dire : «  Nous pouvons faire ceci, nous ne pouvons pas faire cela ».

QUESTION 16 : Tous les médias occidentaux prennent leurs informations sur la situation en Syrie de cette étrange organisation nommée « Observatoire syrien des droits de l’homme », mais si j’ai bien compris il s’agit d’un seul homme ?

Le Président Al-Assad : Un homme qui vit à Londres.

Mme Aslamova : Ce qui est incompréhensible pour moi. J’ai été choquée quand je l’ai su. Comment peuvent-ils l’utiliser comme unique source d’information ?

Le Président Al-Assad : Oui. C’est ce que veulent les Occidentaux. Ils n’ont besoin d’aucune réalité. Ils ont juste besoin de quelqu’un qui diffuse des informations compatibles avec leur agenda et dont ils assureront la promotion en tant que faits réels. Comme vous le savez, la plupart en Occident ont subi un lavage de cerveau au sujet de ce qui se passe en Syrie et probablement en Ukraine. Je veux dire qu’ils font de même avec la Russie. Ils ont essayé, et ont réussi, un lavage de cerveau de leur opinion publique. Et ce n’est pas leur seul outil, ils en ont toute une panoplie, comme les « Casques blancs » récemment.

Mme Aslamova : Qu’est-ce que c’est ? Qui sont-ils ?

Le Président Al-Assad : En fait, ils travaillent avec le Front al-Nosra dans la zone qu’il contrôle. Comment pouvez-vous travailler dans cette zone si vous n’êtes pas sous le contrôle du Front al-Nosra ? Et plus important encore, nombre de leurs membres apparaissent sur leurs photos et leurs vidéos en train de piétiner les corps de soldats syriens pour célébrer leur mort…

Mme Aslamova : C’est arrivé il n’y a pas si longtemps. Parlez-vous du cas récent qui a suivi le bombardement de l’Armée syrienne par les Américains ?

Le Président Al-Assad : Non, pas seulement, mais de cas dans différentes zones d’Alep.

Mme Aslamova : Dans différentes zones ?

Le Président Al-Assad : À Alep, les Casques blancs, en compagnie d’Al-Nosra, se sont photographiés piétinant des soldats syriens dans différents combats. Al Nosra a donc pour nouveau déguisement les Casques Blancs, lesquels sacrifieraient leur vie pour aider les autres et surtout les enfants : image émotionnelle destinée à l’affect de l’opinion publique occidentale.

Mme Aslamova : Et vous ne savez même où ces photos ont été prises ?

Le Président Al-Assad : Pardon ?

Mme Aslamova : Personne ne sait où ces photos ont été prises ?

Le Président Al-Assad : Non, ils ne vérifient rien, ce n’est pas important pour eux. D’ailleurs, vous pouvez tout trouver sur internet, sans toujours pouvoir vérifier ce qu’il en est. Vous devez juste voir et ressentir l’émotion dégagée, parce qu’en Syrie l’image doit rester noire ou blanche : les bons contre la mauvaise Armée syrienne, le mauvais président, le mauvais gouvernement ou les mauvais fonctionnaires, disons-le ainsi. C’est la seule image qu’ils veulent montrer pour convaincre l’opinion publique qu’ils doivent maintenir la pression et qu’ils soutiennent le bon peuple syrien contre son mauvais gouvernement, et ainsi de suite. Vous connaissez cette propagande.

QUESTION 17 : Que vous donnera la libération d’Alep, du point de vue stratégique?

Le Président Al-Assad : Pour nous,  Alep est la jumelle de Damas. C’est la deuxième grande ville de Syrie, et si Damas est sa capitale politique, Alep est réellement sa capitale industrielle.

Mme Aslamova : Mais actuellement il n’y a plus d’industrie. J’ai été là-bas, tout est détruit.

Le Président Al-Assad : C’est exact. La plupart des usines d’Alep ne fonctionnent plus ; elles ont été dévalisées et tout a été emmené en Turquie.

Mme Aslamova : Si vous reprenez Alep, qu’est ce que cela changera à la guerre ?

Le Président Al-Assad : Parce qu’elle est la deuxième …

Mme Aslamova : La deuxième ville, mais vous ne pouvez séparer le Front al-Nosra de…

Le Président Al-Assad : Premièrement et avant tout, ce sera un gain sur les plans politique, stratégique et national. Ensuite, il ne s’agit pas simplement d’isoler le Front al-Nosra : étant donné qu’Alep est une grande ville, ce sera du point de vue stratégique et militaire un tremplin pour la libération d’autres zones envahies par des terroristes. C’est en ça que la libération d’Alep est importante actuellement.

Mme Aslamova : D’accord, c’est une opération de libération. Mais quelle est votre prochaine étape ? Comment allez-vous couper le lien entre la Turquie et Idleb ? Parce que Idleb est la principale source de tout, de l’argent, des combattants, etc.

Le Président Al-Assad : Vous ne le pouvez pas, parce que Idleb est située pratiquement à la frontière syro-turque. Vous devez donc nettoyer et continuer le nettoyage afin de repousser les terroristes vers la Turquie pour qu’ils retournent là d’où ils sont venus ; et sinon, les tuer. Il n’y a pas d’autre option. Mais Alep sera un tremplin très important pour mener cette action.

QUESTION 18 : Approximativement, combien de mercenaires étrangers sont passés par votre pays ces cinq dernières années ?

Le Président Al-Assad : Personne ne peut compter, parce qu’évidemment qu’ils ne franchissent pas nos frontières de manière régulière. Une estimation d’un centre de recherche allemand, publiée il y a quelques semaines, a parlé de centaines de milliers de terroristes.

Mme Aslamova : Des centaines de milliers ?

Le Président Al-Assad : Des centaines de milliers. Ils parlent de plus de 300 000, ce qui est, je ne sais pas si …

Mme Aslamova : De plus de 300 000 ?

Le Président Al-Assad : Oui. Je ne sais pas si cette estimation est correcte ou non. Mais même s’il s’agissait d’une centaine de milliers, ce serait une armée, une armée entière.

Mme Aslamova : C’est une armée, une armée entière.

Le Président Al-Assad : Exactement. Voilà pourquoi même si vous continuez à les éliminer, leur recrutement à partir de l’étranger ne cesse pas pour autant. Par conséquent, parler de centaines de milliers provenant de différents pays du monde est très réaliste, puisque vous avez des centaines de milliers de terroristes à travers le monde ayant adopté la même idéologie, l’idéologie wahhabite. C’est très réaliste. Ce n’est pas une exagération.

QUESTION 19 : À Istanbul, en 2012, j’ai eu à discuter avec des jeunes gens de votre opposition. Ils me disaient : « Nous voulons les droits de l’homme, nous voulons les droits de l’homme ». Ils étaient laïcs, normaux, sans barbe et, soit dit en passant, buvaient de la bière en plein Ramadan. Mais, en seulement quelques années, ils sont devenus des fanatiques. Ce qui me paraît étrange, vu qu’ils étaient laïcs. De plus, qui dirige l’EIIL ? Des ex-colonels et des ex-commandants de l’armée de Saddam Hussein, laïcs aussi. Comment sont-ils devenus une armée de fanatiques ? Je ne comprends pas.

Le Président Al-Assad : C’est en partie lié à ce qui est arrivé en Irak après l’invasion de 2003, où l’Armée américaine et les Américains en général contrôlaient tout le pays, y compris les prisons. Le chef de l’EIIL et la plupart de son entourage étaient dans la même prison. L’EIIL a été créé en Irak sous supervision américaine.

Mme Aslamova : Ce n’était peut-être pas l’EIIL à l’époque, mais Al-Qaïda ?

Le Président Al-Assad : Non, ce n’était pas déjà l’EIIL, mais c’était déjà l’EI : « État Islamique d’Irak ».

Mme Aslamova : État islamique ?

Le Président Al-Assad : Parce qu’il n’était pas présent éen Syrie à l’époque, d’où l’EI. C’était en 2006.

Mme Aslamova : 2006 ?

Le Président Al-Assad : 2006, bien sûr.

Mme Aslamova : Déjà, un État islamique en 2006 ?

Le Président Al-Assad : Bien sûr en 2006 et, bien sûr, avant le retrait des Américains. Voilà pourquoi ils ont joué un rôle direct ou indirect dans la création de l’EIIL.

S’agissant de la Syrie, ils sont entrés avant même que quiconque n’ait entendu parler du Front al-Nosra ou de l’EIIL. Ils ont été baptisés « Armée libre », une force séculière luttant contre le gouvernement syrien et l’Armée syrienne. En fait, si vous cherchez sur internet vous constaterez, par leurs vidéos et leurs photos, que c’est dès les premières semaines [de la crise] que les décapitations ont commencé. Autrement dit, c’est dès le tout début que ce mouvement s’est révélé extrémiste, mais ils ont choisi de l’appeler : Armée Syrienne Libre [ASL] !

Quand la ficelle est devenue trop grosse et qu’il est devenu impossible de dissimuler les décapitations à tout va, ils ont dû avouer qu’il s’agissait du Front al-Nosra. Mais, en réalité, l’ASL, le Front al-Nosra et l’EIIL ont la même base. Ce sont les mêmes qui se déplacent d’une région à l’autre pour diverses raisons. L’une d’elles est l’idéologie ; la deuxième est la peur de se faire tuer en restant sur place ; la troisième est financière étant donné que l’EIIL offrait les plus hauts salaires, il y a un ou deux ans et pendant un certain temps. Et, avant même cette période, nombre d’éléments du Front al-Nosra et de l’ASL avaient rejoint l’EIIL pour l’argent. Donc, vous avez différents facteurs, mais la base…

Mme Aslamova : Et, le fanatisme ?

Le Président Al-Assad : C’est toujours la même base. La base extrémiste étant chose commune à toutes ces différentes appellations et organisations.

QUESTION 20 : Puis-je vous poser une question personnelle?

Le Président Al-Assad : Oui, bien sûr.

Mme Aslamova : En 2013, alors que votre vie était en grand danger et que l’Amérique était sur le point de bombarder la Syrie, pourquoi n’avez-vous pas envoyé votre famille dans un endroit sûr ?

Le Président Al-Assad : Comment pourriez-vous convaincre les Syriens de rester dans leur pays alors que vous demandez à votre famille de quitter votre pays ? Vous ne pouvez pas. En tant que Président, vous devez être le premier lorsqu’il s’agit de la patrie. Vous devez être au premier rang, vous, votre famille, votre personnel et tous les membres de votre gouvernement. Vous ne pouvez pas convaincre les gens qu’ils doivent défendre le pays alors que vous ne faites pas confiance à votre Armée pour défendre votre famille. Donc, c’est…

Mme Aslamova : Je comprends.

Le Président Al-Assad : C’était naturel. En réalité, nous n’avons jamais eu à réfléchir sur ce sujet.

Mme Aslamova : Je vous remercie beaucoup pour cette entrevue.

Le Président Al-Assad : Je vous remercie d’être venue en Syrie.

 

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

14/10/2016

 

Texte traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Real Syrian Free Press / 14 octobre 2016

https://syrianfreepress.wordpress.com/2016/10/14/al-assad...

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La source originale de cet article est Komsomolskaya Pravda

Copyright © DR Bachar al-Assad et Pravda.ru, Komsomolskaya Pravda, 2016

Notre source : http://www.mondialisation.ca/syrie-texte-integral-de-lent...

 

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Belgique

Samedi, à la Pie Borgne

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(c’est La Borgne Agasse)

 

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Fanchon Daemers

 

Est venue chanter, dans la rue, contre la résignation.

Raoul Vaneigem était monté de sa province et Le Gloupier de la sienne pour venir l’écouter.

Petit événement local. La province belge n’est jamais loin.

Un « reu-porter » de la radio-télévion-nationale-ou–à-peu-près avait annoncé sa venue. C’eût été en effet une bonne idée d’enregistrer et même de filmer ce mini-concert en plein cœur d’un quartier Africain, où les Pakistanais et autres Maghrébins ne sont pas rares.

Mais quelques minutes avant le début des festivités, l’homme des médias a téléphoné pour s’excuser. Il avait d’autres engagements à honorer par ailleurs. Peut-être avait-il même vraiment cru qu’on le laisserait faire…

Juste pour rappeler que, les merdias, ça ment aussi par omission.

 

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Un film

Dont on ne sait que ce qu’en dit le cinéma qui le programme (mais puisque nous étions dans les moyens de communication…).

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Idriss Gabel connaît bien le Congo pour y avoir, entre autres, travaillé avec Thierry Michel sur plusieurs de ses films. Aux quatre coins de cet immense pays, on trouve de petites radio-télévisions locales. Indépendantes du pouvoir, proches des habitants et de leurs difficultés de vie, elles connaissent une large audience. Au Katanga, la chaîne RTM@ est l'une des plus regardées.  Ce sont les journalistes de cette chaîne qu'Idriss Gabel suit sur le terrain et sur plateau. 

 

Mardi 25 octobre à 20h au cinéma le Parc, projection unique :

Kolwezi On Air

La projection sera suivie d'une rencontre
avec Idriss Gabel, réalisateur

 

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Plongée inédite dans la fabrication de l'information au Congo, via le quotidien d'une télévision locale et indépendante. Édifiant. 

À Kolwezi, ville minière de 500 000 habitants au Sud-Est de la République Démocratique du Congo, il n'existe pas de presse locale mais une petite chaîne de télévision, menée à bras d'hommes, pour informer des faits divers, confronter les politiques, présenter… des magiciens. Cette petite chaîne TV sans le sou ne manque pas de surréalisme et se transforme souvent en « justicier » sur le terrain du quotidien congolais.

Cliquez ici pour découvrir la fiche du film

 

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Dernière minute :

Frappe à Hassadjek : la Belgique crie à la « désinformation russe »

Sputnik International – 19 octobre 2016

 

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Plusieurs personnes ont été tuées hier dans une frappe effectuée dans la province d’Alep où opérait l’aviation belge. Le ministre belge de la Défense a pourtant balayé toutes les accusations et les a qualifiées de « désinformation russe ».

Alors que Moscou appelle la coalition à condamner la frappe meurtrière réalisée dans la province d'Alep, Bruxelles nie l'implication de son aviation dans le pilonnage et accuse la Russie de diffuser de fausses informations. « La Belgique n'a pas participé à la frappe sur Alep. C'est de la désinformation russe. » a indiqué sur son compte Twitter le ministre belge de la Défense Steven Vandeput.


Source : https://fr.sputniknews.com/international/2016101910282627...

 

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Malheureusement pour les ministres fils de quelque chose qui mentent, les Russes ont les moyens de surveillance du ciel les plus performants du monde.

On peut se faire débaptiser ?

 

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Mis en ligne le 19 octobre 2016.

 

 

 

 

 

 

20:13 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/10/2016

LIVRES ENCORE... ET POURQUOI PAS

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Livres encore… et pourquoi pas.

ou

Du bon usage des personnages historiques dans la littérature policière

1/4

par Théroigne

 

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Doit-on se justifier de consacrer un post – plusieurs, au train où vont les choses… – à des livres, quand tout va si mal dans le monde ? Question oiseuse : cela fait partie de nos obligations. Voyez notre en-tête et « Qui nous sommes ».

Mais surtout…

Essayez d’imaginer un monde sans livres. Cela vaudrait-il encore la peine de se battre pour l’aménager ? De temps en temps, nous avons besoin de nous en persuader, voilà.

 

2. Little cat writing xX.GIF

 

« …que de livres il a cessé de lire voire jetés au loin, parce qu’il y avait trouvé des noms trop vrais ou trop faux… »

Alberto Ongaro 

La taverne du doge Loredan

 

 

Où les Grands-Bretons, malgré le Brexit, la décadence de l’empire, la crise et le carnaval de Notting Hill, trouvent le moyen de se payer une mini-bataille d’Hernani

 

Peut-on faire parler un personnage historique dans une œuvre de fiction ? Shakespeare a, pour sa part, depuis longtemps tranché la question. Il a même abusé de cette liberté en en faisant mentir certains dans des œuvres de propagande. Après lui les mouches, Alexandre Dumas et beaucoup d’autres.

Pourtant, la question a été récemment re-posée et débattue en Angleterre, avec des conclusions antagoniques et des adversaires qui ne se sont pas réconciliés. Disons que les « contre » étaient surtout historiens et les « pour » surtout auteurs de fiction. Dans l’ensemble.

À propos de quoi ?

À propos de Mrs. Hilary Mantel et de ses récents romans historiques tournant autour de la personne du roi Henry VIII. D’aucuns ont estimé qu’elle avait pris, avec le Barbe-Bleue roux des Tudors, des libertés qui ont choqué.

Paraphrasant sans le savoir Coluche (« Comment veux-tu qu’un con sache qu’il est con, puisque c’ est avec son esprit qu’il juge »), leur argument principal, pas si faux que cela, est qu’on ne peut pas faire parler juste quelqu’un qu’on n’est pas, qu’on n’a pas inventé puisqu’il a existé, et qu’on n’est probablement même pas capable de comprendre, car si on l’était, on ferait comme lui (ou elle) une grande carrière au sommet – politique, artistique, philosophique ou autre – au lieu de scribouiller des romans pour distraire ses contemporains.

C’est déjà le reproche que faisait Robert Graves à ceux qui ont usé de la matière sacrée de nos ancêtres comme d’un matériau anodin – prosaïque - pour en faire, au Moyen-Âge, les tout premiers romans de notre littérature.

Et le nœud de l’affaire est bien là : par « personnages historiques », on sous-entend « personnages sacrés ». Mais le sont-ils tous ? Dans quelle mesure ? À quel titre ? Aux yeux de qui ? C’est dire si la question est loin d’être vidée.

Il n’en fallait pas plus pour nous persuader qu’il n’était peut-être pas inutile, et, qui sait, peut-être même opportun, de jeter un coup d’œil sur ceux qui n’ont pas craint de relever le défi. Et de les chercher plus particulièrement dans le roman à énigme, dit « policier » ou polar.

Pourquoi ?

Parce qu’il sera impossible à notre descendance (à supposer que nous en ayons une) de connaître l’histoire des XXe et XXIe siècles sans passer par cette frange de la littérature, et parce qu’en se jetant avec un tel enthousiasme sur ce matériau – l’Histoire – les auteurs de polars se sont volontairement ou non donné pour tâche de combler le vide énorme provoqué par les (dés)éducations nationales, quand elles ont supprimé l’enseignement, si biaisé fût-il, de l’Histoire aux jeunes couches ignorantes de tout ce qui les a précédées Que les imposteurs se faisant passer pour des responsables de l’enseignement public voient leurs efforts de lobotomisation des masses battues en brèche par ce qui se vend le mieux en matière de chose écrite nous paraît relever d’une justice immanente particulièrement morale. Ce post en quatre parties va donc se vautrer sans vergogne dans le « polar historique ».

La pomme de discorde

 Et seulement au titre d’objets du litige, puisque simples romans historiques sans assassins ni voleurs particuliers qu’un limier rechercherait pour les punir.

Hilary Mantel

Vie et autres œuvres

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 Hilary Mantel

Dans l’ombre des Tudors – Le conseiller

Paris – Sonatine – 2013

816 pages

 

 

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 Hilary Mantel

Dans l’ombre des Tudors – Le pouvoir

Paris – Sonatine – 2014

480 pages

 

 


Un 3e tome est prévu.

À noter que l’auteur est la seule femme à avoir reçu deux fois le Booker Prize : précisément pour ces deux livres.

 

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Curieuse, d’ailleurs, cette levée de boucliers contre Mrs. Mantel, parce que, des années avant elle, un autre écrivain anglais avait mis les pieds dans le plat non pas à propos de la vie du monarque en général mais de ses principaux crimes, qui ne furent pas quelques épouses décapitées.

Il avait même fait observer en outre qu’il ne s’était pas trouvé, jusqu’à lui, un seul historien pour aborder ce sujet (en gros depuis la fin de la dernière guerre, soit pendant un bon demi-siècle). Se sentant morveux sans doute, les doctes n’avaient pas relevé. Ils se sont rattrapé sur Mrs. Mantel.

Je ne vais pas m’étendre ici sur ses deux best sellers – c’est peut-être aussi cela qu’« on » ne lui pardonne pas – puisqu’ils ne relèvent pas du genre policier, étant bien entendu que, comme l’a écrit Simenon, il n’existe pas à proprement parler de « romans policiers », de « romans à énigme », de « thrillers » ou de « romans populaires », mais des  bons et des mauvais romans.

Qu’est-ce alors que j’appelle « polar » ? Cette sorte de livre où un auteur, en se servant du parti pris d’un ou de plusieurs crimes à élucider et d’un ou de plusieurs coupables à identifier et quelquefois même à mettre hors d’état de nuire, parle de son époque ou d’une autre qui l’intéresse et de ce qui s’y passe ou s’y est passé, bref, de tout sujet qui lui tient à cœur. Le genre est vaste et les variantes infinies.

 

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C.J. SANSOM 

et le XVIe siècle anglais

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C.J. Sansom, puisque c’est de lui qu’il était question plus haut, est le tout premier, en Angleterre, qui se soit servi d’un roman policier pour mettre sous une lumière crue les énormes crimes du roi Henry VIII. C’était son coup d’essai. Ce fut un coup de maître. Le titre de cette première oeuvre : Dissolution.

Le sujet apparent de son livre, bien entendu, est un crime, commis dans un monastère de province, crime de sang dont il faut découvrir et faire châtier l’auteur. Le sujet réel est un crime de masse commis sur tout le territoire du pays, dont l’auteur ne sera ni recherché ni puni.

L’enquêteur de génie (ils le sont tous) de M. Sansom s’appelle Matthew Shardlake. C’est un avocat londonien, plus ou moins du camp des réformés, et bossu. Il est ici envoyé par le vicaire-général du Royaume et bras droit d’Henry VIII, Thomas Cromwell (l’évêque, pas le chef des Têtes Rondes), au monastère de Scarnsea, pour tenter de découvrir qui y a décapité son prédécesseur et pourquoi. Toutes choses qu’il sait déjà, probablement, et que découvrira Shardlake en même temps que nous.

Ce que découvrira en outre cet avocat intègre, et contre quoi il ne pourra rien, sera l’étendue du crime en train de se commettre à l’encontre de l’Église catholique d’une part, et de la population laborieuse anglaise par ricochet, crime connu sous le nom de « Dissolution des monastères ».

Vais-je vous résumer en trois lignes ce que même Wikipedia ne fait pas ? Essayons :

Les guerres coûtent cher. Elles furent pendant des siècles l’occupation des têtes couronnées d’Europe et le resteront jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus (de têtes à couronnes ou d’équivalentes). Au cours des siècles, l’Église a accumulé de fabuleuses richesses, rien qu’en prélevant l’impôt sur toutes les populations productives de la chrétienté, déjà saignées à blanc par leurs bergers autoproclamés.

Or, quoi de plus naturel, quand on n’a pas de quoi se payer des troupes et des canons pour étendre sa puissance et sa richesse, que de lorgner vers les coffres ruisselants d’or du Vatican et de se demander comment faire pour mettre la main dessus ? C’est humain.

Au XVIIIe siècle par exemple, TOUS les monarques d’Europe en rêvaient. Seule, la République française l’a fait, hélas contrainte et forcée et dans des conditions catastrophiques, parce qu’en prenant le relais de la royauté à la tête de la France, elle s’était (bien inconsidérément) engagée à honorer les dettes de la couronne. Qui étaient immenses. Exorbitantes. Qui ne pouvaient PAS être remboursées.

Ces amateurs (avocats, oui, eux aussi) pensèrent qu’en nationalisant les biens de l’Église, ceux–ci permettraient à « la France » de rembourser les emprunts pharamineux qu’avait faits la famille de Bourbon, pour – entre autres – aller tailler des croupières aux Anglais dans leurs colonies, en soutenant les indépendantistes yankees. Passons.

Pour que les « biens du clergé » remplissent la fonction qu’on entendait leur assigner, il eût fallu pouvoir les exploiter comme lui-même l’avait fait, c’est-à-dire, en faisant par cette voie cracher le peuple au bassinet, chose hélas contraire aux très transitoires principes de ces inconséquents disciples de Rousseau. Paniqués, les nouveaux timoniers du navire les vendirent, et qui plus est dans l’urgence, nourrissant le fol espoir que le produit de la vente calmerait les appétits du FMI d’époque. (en gros : les banques, qui avaient mis le bon Louis XVI en faillite en refusant de lui prêter un sou de plus).

Vendre des propriétés dans l’urgence, c’est les vendre à perte et à n’importe qui. Tout ce qui avait les dents longues et peu de scrupules se jeta sur l’aubaine et s’enrichit en quelques mois de la plus honteuse manière, mais les actes honteux sont ceux qui ont les conséquences les plus durables. De cette horde d’acquéreurs à bon compte, dont allait sortie la grande bourgeoisie française du XIXe siècle, fut Georges Danton, qui, certes ne conserva pas longtemps ses biens mal acquis, mais sa famille oui, merci. Petit exemple entre tant d’autres. Fermons la parenthèse.

Tous les couronnés d’Europe regardèrent avec envie cette jeune république qui venait d’oser. Pourtant, deux siècles et demi avant elle, un des leurs l’avait fait, bien plus efficacement et plus brutalement qu’elle. Vous l’avez deviné : Henry VIII

On a, pendant des siècles, enseigné aux enfants des écoles (et pas qu’en Angleterre) que le pauvre roi était marié à une sœur du roi d’Espagne, laquelle, hélas pour lui, n’avait pas été capable de lui donner d’enfant mâle, dont il lui fallait absolument un pour lui succéder sur le trône. Las, la reine, et surtout son puissant frère, étaient catholiques (Henry VIII aussi, remarquez) et l’Église catholique n’admettait pas qu’on divorce. Si votre épouse ne pondait que des filles, c’est que Dieu l’avait voulu et il vous fallait la garder. Henry, indigné (nous apprit-on) avait préféré sortir de l’Église et la remplacer par une à lui : l’anglicane, répudier sa reine espagnole et en épouser d’autres, qu’il se mit à décapiter jusqu’à ce qu’il y en eût une qui réussît à lui donner un fils.

Mais tout cela bien sûr n’était que fariboles de forme. La preuve, c’est que ses deux filles lui ont succédé et que la seconde a gouverné l’Angleterre pendant presque un demi-siècle.

Alors, pourquoi ?

Henry VIII voulait faire la guerre. À son beau-frère d’abord, qui croulait sous les richesses venues du continent sud-américain, si riche que le pillage n’en est même pas terminé comme on va le voir dans les mois qui viennent. À la France ensuite, s’il pouvait, et à n’importe qui d’autre qui lui eût permis d’accroître sa puissance et ses richesses. Mais comment faire pour solder ses soudards ? En mettant la main sur les biens de l’Église dans son pays, certes, mais comment ? À ces choses-là, il faut des prétextes. Il en trouva. Comme cela se fait encore couramment de nos jours, il lança une campagne de calomnies contre les membres du clergé rétifs à ses racketteurs. Les abbés, prêtres, évêques et moines-en-chef furent accusés de tout et de n’importe quoi : de sodomie, de pédérastie, de simonie, de sorcellerie, de pactes avec le diable, etc. La condamnation était toujours à mort et les biens des condamnés évidemment saisis par la couronne. Thomas Cromwell, nommé « justicier » suprême, fut chargé de débarrasser son maître de tout ce qui faisait obstacle à ses besoins. L’Église d’Angleterre fut décimée, ses biens séquestrés jusqu’au dernier penny et ses immeubles – églises, monastères, abbayes – rasés jusqu’au sol. C’est une des plus grandes catastrophes architecturales de l’Histoire.

Cependant, il y avait, autour de ces gras établissements qui rapportaient tant à Rome, un nombre infini de villages remplis de paysans et d’artisans qui, certes, payaient la dîme au clergé, mais que celui-ci, en retour, faisait vivre en leur procurant du travail. Ces populations – on peut employer le mot au pluriel – se retrouvèrent, du jour au lendemain, non seulement ruinées mais sans la moindre possibilité de gagner leur vie. Taux de chômage : 100%. Des centaines de milliers de paysans, d’ouvriers agricoles et d’artisans furent sans pitié jetés sur les routes avec la chemise qu’ils avaient sur le dos et affluèrent naturellement dans les grands centres urbains – pas nombreux - où, justement, on allait avoir besoin de main d’œuvre à bon marché, gratuite si possible, pour s’enrichir.

L’Angleterre bourgeoise et commerçante - qui avait, en 1400, rayé de la carte l’Angleterre agricole, lorsque Henry IV Bolingbroke avait fait assassiner Richard II pour lui ravir sa couronne et changer le cours des choses – passait tout simplement, avec Henry VIII, à la vitesse supérieure. Avec une brutalité inouïe mais souvent égalée par la suite et ce n’est pas fini. Ce sont ces populations « déplacées » par la dissolution, qui allaient faire de Londres la ville terrible que décriraient au XIXe siècle Charles Dickens et Gustave Doré.

Le roi Henry VIII remercierait son complice Thomas Cromwell des crimes commis à son bénéfice en lui faisant couper la tête, comme il est de règle dans ces milieux.

C’est ce que rappelle, sans en avoir l'air, le « petit polar » de M. Sansom. Et c’est sur cette infamie que les historiens patentés font si complaisamment silence depuis si longtemps. On ne perd donc pas toujours son temps à lire des romans policiers historiques.

 

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C.J. Sansom

Dissolution

Belfond, 2004   Pocket, 2005.

544 pages

 

 

 

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Autres titres du même auteur :

Les larmes du diable, Belfond, 2005

Sang royal, Belfond, 2007

Prophétie, Belfond, 2009

Corruption, Belfond, 20011

Lamentation, Belfond, 2016

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Site officiel de C.J. Sansom (en anglais)

http://www.cjsansom.com/Homepage

 

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Fred VARGAS

Telle qu’en elle-même

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Fred Vargas

Temps glaciaires

Editions 84 – 2016-08-14

475 pages

 

 

 

À l’inverse, Temps glaciaires de Fred Vargas est loin d’être un coup d’essai, et plus loin encore d’être un coup de maître. Disons-le tout net : c’est un coup raté. Mais raté pourquoi et comment ?

 

Commençons par le « comment ».

Ce livre ni fait ni à faire (mais presque aussi massivement marchandisé que le Da Vinci Code, pas de souci à se faire pour l’auteur) n’a pas de véritable sujet, pas de véritable intrigue, pas d’énigme, pas de suspense et aucun personnage consistant, en ce compris les membres récurrents de la pittoresque brigade criminelle du XVIIIe arrondissement, auxquels on s’était pourtant habitués, contents de retrouver en eux le sentiment de sécurité que procurent à tout aficionado les moustaches et la manie du rangement d’Hercule Poirot ou le pardessus à col de velours et les pipes de Maigret, voire le fricandeau à l’oseille de Madame. Cette fois, les absences d’Adamsberg, la marmaille et le QI de Danglard et la grâce mastodontique du lieutenant Violette sonnent creux. Pire : ils pédalent dans le vide.

 

 « Pourquoi » ?

C’est que Fred Vargas a voulu se mêler de quelque chose qui n’était pas à sa portée et qu’elle a ainsi imprudemment révélé ses limites. C’est que s’attaquer à un personnage réel, historique, c’est s’attaquer à l’Histoire et que, dans ces matières, l’aplomb décomplexé de l’ignorance ne remplace pas tout.

Fred Vargas, polardeuse historique sans expérience et ne doutant de rien a tout de suite visé à la tête : Robespierre. Pas au point d’oser en faire un personnage actif – l’action est contemporaine – mais en y allant par la bande, en crabe, par un tour de passe-passe qui, justement, ne passe pas. En outre, Temps glaciaires, hélas, se prend au sérieux – pas la peine d’y chercher la joyeuse iconoclastie de Liberté, Égalité, Choucroute…– et c’est le plantage en beauté. Car si c’est raté du point de vue historique, ce l’est aussi du point de vue « roman policier » qui aurait pu être dissocié.

Excès d’ambition ? Elle nous vend même deux « intrigues » pour le prix d’une, les deux étant inexistantes et leur addition ne faisant quand même que zéro.

L’« action », commencée à Paris par une mort suspecte, se poursuit en Islande, avec un tueur en série (dont on ne connaîtra jamais ni les motivations ni l’hypothétique trauma) qui fait des témoins forcés de ses forfaits des cannibales pour les empêcher de le dénoncer, et continue, rentré à Paris, de les tenir à sa merci pendant 25 ans au moyen d’une secte de son invention, à laquelle il les force d’appartenir. Secte qui communie dans le culte (version Vargas) de Robespierre, c’est-à-dire qui passe son temps à rejouer, régulièrement, les moindres événements de la Révolution, chacun incarnant, costumé et maquillé, l’un ou l’autre de ses nombreux participants. Jeu de rôles à durée illimitée en somme.

Ainsi, le mystérieux tueur du froid a dû, pour continuer à couvrir ses crimes, recruter quelque six cents personnes, les réunir ad vitam aeternam à dates fixes, les persuader de se ruiner en costumes d’époque pointilleusement reconstitués, et d’apprendre par cœur les tirades, généralement longues, de ceux qu’ils sont censés réincarner – La Fayette, Mirabeau, Pétion, Louvet, Roland, Brissot, Louis XVI, etc. – tous y passent, y compris les presque lampistes. Astuce suprême : le suspect n°1 est celui qui se prend pour Robespierre et qui, même, en descend peut-être, car Fred Vargas, à l’instar des plus atteints de ses prédécesseurs, fait de l’Incorruptible un impuissant qui sème des bâtards partout, n’ayant pas réussi à se décider entre les deux vices, duquel était le plus infamant.

Qu’est-ce qui a poussé un honnête – jusqu’à présent – auteur de romans policiers à se lancer dans cette bizarre entreprise ? On dirait qu’elle a commencé une histoire – le voyage en Islande – qu’elle n’a pas su comment la continuer, qu’à ce moment, l’actualité merdiatique (des particuliers se cotisant pour racheter des documents historiques d’importance nationale à la place de l’État français déficient) lui a donné l’idée – eurêka ! - de sauter à pieds joints dans une autre histoire, au prix de faire admettre par ses enquêteurs qu’ils se sont plantés et qu’ils ont tout faux – retour à la case départ – sans toutefois se résigner à flanquer à la poubelle ce qu’elle avait déjà écrit. Raccrocher ensuite les wagons des deux trains exigeait, c’est évident, quelque virtuosité dans la cabriole qui a fait défaut. Car essayer de fondre, en fin de parcours, deux histoires qui, déjà séparément, n’ont ni queue ni tête, est mission carrément impossible. Personne n’aurait pu la mener à bien. Personne d’ailleurs ne s’y est essayé. Si : Vargas.

Il est clair que l’(absence d’)intrigue policière n’est là que pour la frime et que le but réel de l’entreprise était de flinguer Robespierre, qu’il s’agit ici non pas même d’un règlement de comptes idéologiques qu’aurait pu assumer un honnête pamphlet osant dire son nom, mais d’un lynchage. On dirait du Michel Onfray, mâtiné de BHL.

C’en est. La dame est de la bande. On se rend compte alors – bon sang, mais c’est bien sûr ! – que Temps glaciaires est une caricature. À la Charlie. Avec Robespierre dans le rôle du Prophète et la guillotine en sautoir en guise de bombe dans le turban.

Seulement… un crobar de 580 pages, c’est un peu lourd à digérer.

Impossible de croire une seconde, même en y mettant du sien, à cette histoire-qui-n’en-est-pas-une, car la forme littéraire, outrée d’être ainsi utilisée comme faire-valoir, se venge. On doit relire plusieurs fois les mêmes passages pour essayer de s’y retrouver, d’avancer un peu… Quand Adamsberg retire de sa poche de poitrine, pour la sixième fois en quelques pages, une cigarette pliée fauchée à son fils, on fatigue. Et tout le reste est à l’avenant. Le dernier personnage intéressant imaginé par Vargas était un pigeon. Elle retente le coup avec, cette fois, un sanglier, qu’elle fait sauver, lui aussi, in extremis par sa fine équipe, mais c’est raté. Marc le sanglier couineur ne passe pas. Il n’arrive pas à exister.

Ceux qui ont lu quelques-uns des centaines de livres de tous bords consacrés au Conventionnel croiront reconnaître, dans les évocations fantasmées de Vargas, des copié-collé de Ratineau. Banzaï ! C’est lui qu’elle cite en tête de ses (très peu nombreuses) sources. Bref, le lynchage dont bénéficie actuellement Vladimir Poutine est pipi de sansonnet comparé à ce qu’il promet d’être dans deux siècles, pour peu qu’il suive les traces de Robespierre.

Pourquoi tant de haine ?

N’est-ce pas déjà la question qui se posait à propos des caricatures de naguère ?

Un des personnages de Vargas dit d’un autre « il est schizophrène ». Hélas, non. C’est l’auteur qui l’est. Comment cela se soigne-t-il ? De plus savants que moi le savent peut-être. Une chose dont je suis sûre, c’est que schizophrènes aussi sont ceux qui gavent de force le bon peuple à Dan Brown et à Vargas par matraquage commercial jusque dans les épiceries.

Bref, si vous tenez absolument à lire du Vargas, lisez des vieux.

Pauvre Ava Gardner si belle ! Finir comme ça…

 

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Autres titres de cet auteur :

Série Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg :

L’Homme aux cercles bleus, Hermé, 1991

L’Homme à l’envers, Viviane Hamy, 1999

Pars vite et reviens tard, Viviane Hamy, 2001

Sous les vents de Neptune, Viviane Hamy, 2004

Dans les bois éternels, Viviane Hamy, 2006

Un lieu incertain, Viviane Hamy, 2008

L’Armée furieuse, Viviane Hamy, 2011

Série Les Évangélistes

Debout les morts, Viviane Hamy, 1995

Un peu plus loin sur la droite, Viviane Hamy, 1996

Sans feu ni lieu, Viviane Hamy, 1997

 

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Nicholas MEYER

Présentation

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M. Meyer se donne beaucoup de mal pour nous convaincre de l’existence de manuscrits inconnus du Dr. Watson et nous apprendre comment il se fait qu’ils soient demeurés cachés pendant si longtemps. Témoignage écrit de Watson… Témoignages écrits de ses héritiers… etc. C’est la seule partie un peu laborieuse de ses livres : quelques pages d’avant-propos qu’on peut parfaitement sauter.

Il nous offre ensuite trois aventures de Sherlock Holmes et Watson, qu’il aurait pu prétendre sorties de la plume de Conan Doyle sans que personne s’enhardisse à le contredire.

Il a la coquetterie, cependant, de mêler aux personnages littéraires, quelques personnages historiques, peut-être croisés dans la vie réelle par Doyle, qu’il met, lui, en présence de Holmes et Watson.

 

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Nicholas MEYER

L’horreur du West End

Archipoche 2015

240 pages

 

 

À Londres, en mars 1895, des événements plus étranges les uns que les autres se succèdent : le critique théâtral Jonathan McCarthy est assassiné ; on intente un procès pour diffamation à la marquise de Queensberry ; une jeune ingénue est découverte la gorge tranchée ; enfin, un médecin de la police disparaît, emportant deux corps avec lui. Plusieurs personnalités influentes du milieu dramatique se trouvent impliquées : les auteurs d’opérettes à succès Gilbert & Sullivan, un écrivain-critique sans le sou et végétarien nommé George Bernard Shaw ; Ellen Terry, célèbre actrice admirée tant pour sa beauté que pour son talent ; un guichetier suspect du nom de Bram Stoker, qui se cache dans une mansarde pour écrire des choses bizarres ; le grand acteur Sir Henry Irving; un éditeur sans scrupule qui se fait appeler Frank Harris ; ainsi qu’un homme d’esprit, provocateur et controversé : Oscar Wilde.

Scotland Yard, dérouté, ne sait à quel saint se vouer. Pour Sherlock Holmes, c’est élémentaire : un maniaque rôde. Et son nom est Jack.

 

Contrairement à Fred Vargas, Meyer connaît admirablement et même intimement l’œuvre du personnage historique qu’il a choisi de ressusciter. Il n’est pas exagéré de parler d’identification. On pourrait presque dire d’osmose. Mais il ne s’en tient pas là, car le lecteur un peu averti s’aperçoit vite qu’il connaît aussi profondément la vie et l’œuvre des autres… ceux, contemporains de l’auteur, qu’il introduit dans le canon des aventures Watson-Holmes. Les esquisses de Shaw et Wilde pour être brèves, n’en sont pas moins frappantes. Ils ne font que passer, mais tout entiers.

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Extrait. C’est évidemment Watson qui raconte :

Holmes resta un moment à contempler Wilde, le visage dépourvu de toute expression, puis se leva brusquement. Je l’imitai.

– Merci de nous avoir accordé votre temps, monsieur Wilde, dit-il. Vous êtes assurément une mine de renseignements.

Le poète leva les yeux vers lui. Il y avait quelque chose de si ingénu, de si plaisant dans son expression, que je me sentis charmé malgré tout ce qu’il venait de dire.

– Nous sommes ce que Dieu nous a faits, monsieur Holmes, et, pour beaucoup, pires que cela.

­– Est-ce de vous ? demandai-je.

– Non, docteur…

Il eut un léger sourire.

– … Mais ce le sera.

Il se retourna vers le détective.

– Je crains de ne pas avoir gagné votre estime.

– Pas entièrement.

Wilde riva son regard dans celui du détective.

– Je le regrette… Profondément.

– Un jour peut-être, monsieur Wilde. » (p. 80)

Facile, quand on connaît la suite…

 

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Nicholas MEYER

Sherlock Holmes et le Fantôme de l’Opéra

Archipoche, 2010

248 pages

 

 

 

1891. Alors que toute l'Angleterre le croit mort à Reichenbach, Sherlock Holmes, fin mélomane, vivote à Paris en donnant des cours de musique sous un nom d'emprunt. Apprenant que le prestigieux orchestre de l'Opéra recrute un violoniste, il parvient à se faire engager. Or, qui est le directeur de l’Opéra ? Un certain Gaston Leroux. Et Sherlock ne tarde pas à découvrir que le Palais Garnier abrite un fantôme qui lui donne du fil à retordre.

Ce ne sont pas des personnages historiques qui sont ici ranimés, ce sont des personnages littéraires non moins historiques : Christine Daaé, Raoul de Chagny, Mme Giry et le compositeur fantôme reprennent du service. Meyer, lui, s’amuse beaucoup à conjuguer deux auteurs mythiques

 

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Nicholas MEYER

La solution à 7%

Archipoche 2014

300 pages

 

 

Un beau jour, l’agitation de Holmes, ses propos incohérents font redouter le pire à Watson : le détective s’est drogué au-delà de toute mesure. Sa vie est en danger. Avec le concours de Mycroft Holmes - le frère - Watson décide d’emmener Sherlock se faire soigner à Vienne par un certain Sigmund Freud, qui s’y connaît en drogues… Ils devront se faire aider par le Pr. Moriarty.

Ce « manuscrit retrouvé du Dr Watson », La Solution à 7 % (adapté au cinéma en 1976, avec Laurence Olivier dans le rôle de Freud) présente la théorie d’un « Napoléon du crime » inexistant, pur produit du cerveau drogué de Holmes, cause de sa névrose, et d’un Pr. Moriarty, bénin professeur de Sherlock et Mycroft enfants…

 

Dans La solution à 7%, l’auteur enrichit donc d’une autre enquête l’opus de Conan Doyle, et bien malin serait celui qui pourrait prouver qu’elle n’est pas de sa plume. Meyer y ajoute cependant sa marque en donnant à Holmes d’excellentes raisons de rencontrer un ou plusieurs de ses contemporains célèbres… qu’il s’agit de faire vivre de façon crédible sans altérer le caractère du personnage littéraire. Et ce n’est ici rien moins que Sigmund Freud.

La « trouvaille » de Meyer, c’est que Moriarty… n’existe pas. Ou plutôt qu’il existe mais n’est autre qu’un paisible enseignant que les deux frères Holmes ont eu pour prof de maths dans leur enfance. C’est la cocaïne, que Sherlock s’injecte à la dose mortelle de solution à 7% et dont il est devenu dépendant, qui fait de leur ancien tuteur « le Napoléon du crime » (pléonasme s’il en fut).

Sur les traces de son implacable ennemi, à qui on a demandé son aide pour l’amener jusque là, Holmes arrive à Vienne, où l’attend un jeune médecin, lui-même ex-cocaïnomane, qui l’admire et a accepté de le soigner.

Mais la psychanalyse mise en roman se double évidemment d’une véritable enquête de Sherlock, le cahier des charges l’exige, et M. Meyer de plonger son lecteur dans une sombre histoire austro-allemande, avec secret de famille à implications politiques, détournement d’héritage, enlèvement, séquestration à rebondissements et haletante course-poursuite entre deux trains (sur la même voie !) dans la plus pure tradition 1900, Holmes et Freud pelletant à tour de bras le charbon dans la locomotive, à la suite de quoi Holmes prédira la Grande Guerre mais ne pourra l’éviter, car à l’impossible nul n’est tenu et même les plus fiers génies parfois…

 

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Extrait (Watson encore, comme il se doit) :

– Je vais vous dire ce que j’aimerais, dit enfin le docteur Freud en posant son cigare et en regardant Holmes droit dans les yeux. J’aimerais vous hypnotiser une fois de plus.

Je n’avais aucune idée de ce qu’il souhaitait demander (j’avais plus ou moins cru qu’il repousserait entièrement la proposition de Holmes), mais je ne m’attendais certes pas à cela. Non plus que Holmes, qui cligna des yeux sous l’effet de la surprise et qui toussota avant de répondre :

– Vous souhaitez m’hypnotiser ? Dans quel but ?

Freud haussa les épaules et continua de le regarder avec un sourire tranquille :

– Vous venez de parler de l’affliction humaine, dit-il. J’avoue que c’est pour moi un sujet d’intérêt primordial. Et comme on a remarqué que la meilleure façon d’étudier l’humanité consiste à étudier l’homme, j’ai pensé que vous m’autoriseriez peut-être à examiner une fois encore votre cerveau.

Holmes réfléchit un instant à cette requête.

– Très bien. Je suis à votre disposition.

– Voulez-vous que je sorte ? demandai-je en me levant, prêt à quitter la pièce si Freud estimait que ma présence risquait d’entraver le déroulement de l’expérience.

– Je préférerais que vous restiez, dit-il en allant fermer les rideaux, puis en sortant sa chaîne de montre.

Il était plus facile d’hypnotiser le détective à présent que par le passé où nous avions placé nos derniers espoirs dans le système de Freud pour l’amener à se délivrer de la cocaïne. Maintenant que des rapports normaux s’étaient établis entre eux, il n’y avait plus rien pour troubler leur esprit, plus rien pour nous presser. Holmes ferma les yeux en moins de trois minutes et resta immobile en attendant les instructions du docteur Freud.

– Je vais vous poser des questions, déclara celui-ci d’une voix basse et douce, et vous y répondrez. Quand nous aurons terminé, je ferai claquer mes doigts et vous vous réveillerez. À ce moment-là, vous ne vous rappellerez rien de ce qui s’est passé pendant que vous dormiez. Vous comprenez ?

– Parfaitement.

– Très bien. (Freud respira profondément.) À quand remonte votre première prise de cocaïne ?

– À l’âge de vingt ans.

– Où l’avez-vous fait ?

– À l’université.

– Pourquoi ?

– Parce que j’étais malheureux.

– Pourquoi êtes-vous devenu détective ?

– Pour punir les méchants et m’assurer que justice était faite.

– Avez-vous été témoin d’une injustice ?

Il y eut un silence.

– Avez-vous été témoin d’une injustice ? répéta Freud en humectant ses lèvres avec sa langue et en me jetant un rapide coup d’œil.

– Oui.

Je m’étais rassi et j’écoutais cette conversation avec une fascination et une attention extrêmes, les mains posées sur les genoux, le buste penché en avant pour ne rien perdre des réponses faites d’une voix faible.

– Avez-vous personnellement connu la méchanceté ?

– Oui.

– En quoi consistait cette méchanceté ?

À nouveau, le sujet de l’interrogatoire hésita et, à nouveau, il fut encouragé à répondre.

– En quoi consistai(t cette méchanceté ?

– Ma mère trompait mon père.

– Elle avait un amant ?

– Oui.

– Et en quoi consistait l’injustice ?

– Mon père l’a tuée.

Sigmund Freud sursauta et se redressa ; un instant, son regard égaré parcourut la pièce ; il était tout aussi bouleversé que moi qui avais automatiquement réagi en me mettant debout, puis m’étais pétrifié, les membres paralysés, bien que mes yeux et mes oreilles continuassent à fonctionner. Freud se remit cependant plus vite que moi et se pencha de nouveau vers Holmes.

– Votre père a assassiné votre mère ?

– Oui.

La voix refoula un sanglot qui me fendit le cœur. Freud insista, mais ses yeux s’étaient mis à ciller.

– Et son amant ? demanda-t-il.

– Oui.

Freud marqua une pause afin de se ressaisir avant de poursuivre.

– Qui était…

Je lui coupai la parole :

– Docteur !

Il me regarda.

– Qu’y a-t-il ?

– Ne le… ne lui demandez pas de révéler le nom de cet homme, je vous en supplie. Cela n’a désormais plus de sens pour quiconque.

Freud hésita un instant, puis il hocha la tête.

– Merci.

À nouveau, il hocha la tête, puis il reporta son attention sur Holmes qui était resté assis là, immobile, les yeux fermés, pendant toute la durée de cette digression. Seule l’apparition de gouttes de transpiration sur son front indiquait son tourment intérieur.

– Dites-moi, reprit Freud, comment avez-vous appris ce que votre père avait fait ?

– Mon tuteur m’en a informé.

– Le professeur Moriarty ?

– Oui.

– Je vois. (Freud sortit sa chaîne de montre, la regarda un instant fixement, puis la remit en place.) Très bien, dormez maintenant, Herr Holmes. Dormez. Dormez. Je vous réveillerai dans un moment et vous ne vous rappellerez rien, rien de cet interrogatoire. Avez-vous compris ?

– Je vous ai déjà dit que oui.

Très bien. Dormez maintenant.

Après avoir surveillé Holmes et s’être assuré qu’il ne bougeait pas, Freud à nouveau se leva, traversa la pièce et attira un siège près du mien. Son regard était encore plus triste que d’habitude. Il ne dit rien pendant qu’il coupait, puis allumait, un autre cigare. Je m’étais quant à moi rencogné dans mon fauteuil car j’avais reçu un tel choc que la tête me tournait et mes oreilles bourdonnaient.

– Un homme ne s’adonne pas aux stupéfiants sous prétexte que c’est la mode ou qu’il aime ça, déclara-t-il enfin en plissant les yeux pour me regarder à travers la fumée de son cigare. Souvenez-vous : je vous ai un jour demandé si vous saviez comment il en était venu à user de la cocaïne et, non content d’être incapable de me fournir une réponse, vous n’avez pas compris l’importance de ma question. Pourtant, dès le début, j’ai compris que quelque chose avait provoqué cette dangereuse manie.

– Mais… (Je tournai les yeux vers Holmes.)… auriez-vous pu imaginer… ?

– Non, certes pas. Je n’aurais jamais pu imaginer ce que nous venons d’entendre. Cependant, comme il le ferait lui-même remarquer, voyez tous ce que ces faits expliquent. Maintenant, nous connaissons l’origine de sa toxicomanie et la raison pour laquelle il a choisi sa profession ; nous savons d’où vient son antipathie pour les femmes et la difficulté qu’il a de communiquer avec elles. Cela explique en outre son aversion pour Moriarty. Comme les messagers perses qui, jadis, apportaient les mauvaises nouvelles, Moriarty est puni pour son rôle dans cette affaire, bien que ce rôle paraisse avoir été insignifiant. Dans l’esprit de votre ami, sous l’influence enivrante de la cocaïne, Moriarty devient un participant à cette liaison illicite, et coupable par association. Non seulement coupable (là, il se pencha en avant et brandit son cigare pour souligner ses paroles), mais suprêmement coupable ! Ne disposant pas d’un véritable bouc émissaire sur qui décharger sa douleur, Herr Holmes attribue le forfait à l’homme qui l’a révélé. Bien sûr, il enfouit toutes ces conclusions dans le plus profond de son âme – dans une zone que j’ai, pour le moment, appelée « inconscient » – sans jamais s’avouer à lui-même ces pensées, qu’il extériorise néanmoins par le choix de sa profession, par son indifférence envers les femmes (que vous avez si bien relatée, docteur !) et, finalement, par ses recours à la drogue sous l’influence de laquelle ses sentiments profonds et véritables sur le sujet sont enfin révélés.

En moins de temps qu’il ne faut pour le rapporter, je compris la justesse stupéfiante de l’affirmation de Freud. Son raisonnement expliquait également le comportement tout aussi excentrique de Mycroft Holmes, qui se retirait du monde en un lieu où même la parole était interdite, et le fait que les deux frères s’étaient définitivement voués au célibat. De toute évidence, le professeur Moriarty avait, dans cette affaire, joué un rôle plus important que celui que lui attribuait Holmes (ce qui expliquait que Mycroft Holmes eût prise sur lui), mais je savais que, dans l’ensemble, le docteur Freud avait raison.

– Vous êtes le plus grand de tous les détectives.

Ce fut tout ce que je trouvai à lui dire.

– Je ne suis pas un détective, dit Freud en secouant la tête et en souriant de son air sage et triste. Je suis un médecin spécialiste des esprits tourmentés.

Je songeai qu’il n’y avait pas beaucoup de différence.

– Et que pourrons-nous faire pour mon ami ?

Il soupira et à nouveau secoua la tête :

– Rien.

– Rien ?

J’étais abasourdi. M’avait-il fait parcourir tout ce chemin pour refuser d’aller plus loin ?

– Rien. Je ne sais comment atteindre ces sentiments autrement que par le moyen maladroit et inefficace de l’hypnose.

Je protestai en le saisissant par la manche.

– Pourquoi dites-vous qui’il est inefficace ? Il est sûr que…

– Parce que, dans le cas présent, le malade à l’état conscient ne voudrait pas – ne pourrait pas – accepter le témoignage fourni sous hypnose. Il refuserait de me croire. Il refuserait de nous croire. Il nous accuserait de mentir.

– Mais…

– Voyons, Docteur. Si vous n’aviez pas été là et si vous ne l’aviez pas entendu de vos propres oreilles, est-ce que vous l’auriez cru ?

Je lui avouai que je ne l’aurais pas cru.

– Eh bien, tout le problème est là. De toute façon, il n’est guère probable qu’il accepterait de rester ici le temps qu’il nous faudrait pour nous frayer, autrement, un chemin jusqu’au tréfonds de son être.

Nous discutâmes ainsi pendant plusieurs minutes mais, dès l’abord, je savais qu’il avait raison. Quels que fussent les procédés qui permettraient de secourir Holmes, ils n’avaient pas encore été inventés.

– Prenez courage, m’enjoignit Freud. Après tout, votre ami est un être humain qui accomplit de nobles tâches et les accomplit à merveille. Son malheur ne l’empêche pas de réussir et même d’être aimé.

- Un jour, peut-être, la science parviendra-t-elle à pénétrer les mystères de l’esprit humain, conclut-il, et quand ce jour viendra, je ne doute point que Sherlock Holmes aura contribué à le faire arriver – même si son propre esprit n’est jamais soulagé de son fardeau terrible.» (pp. 257-263).

 

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Mis en ligne le 18 octobre 2016.

 

 

 

 

 

14:35 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/10/2016

JOURNAL DU NOUVEL ORDRE MONDIAL

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Journal du changement d’ordre mondial

et quelques autres choses qu’il est intéressant de savoir

 

Si le Réseau Voltaire se trompe, quelqu’un se lèvera pour le dire. En attendant, nous l’avons pillé, tous azimuts.

 

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Journal du changement d’ordre mondial #7

Veto croisés au Conseil de sécurité

Thierry MeyssanRéseau Voltaire 9 octobre 2016

 

Pour la première fois au Conseil de sécurité, le bloc atlantiste et le bloc russe se sont opposés et ont censuré la proposition de résolution de l’autre camp. En outre, le représentant de la Russie est sorti de sa réserve diplomatique habituelle et a directement accusé le camp US de soutenir les terroristes en Syrie et ailleurs dans le monde ; une affirmation largement démontrée, mais jusque là jamais explicitée.

 

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Le Conseil de sécurité s’est réuni le 8 octobre 2016 pour débattre non seulement de la proposition de résolution franco-espagnole sur la Syrie, mais aussi d’une contre-proposition russe. Sans surprise, les deux textes ont été rejetés par les vetos de la Russie pour le premier, du bloc atlantiste pour le second.

C’est la première fois dans l’histoire du Conseil qu’une telle situation se présente.

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article193589.html

 

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Journal du changement d’ordre mondial #8

Washington et Paris relancent la propagande contre le « régime de Bachar »

Thierry MeyssanRéseau Voltaire 10 octobre 2016

 

Les Tribunaux de Nuremberg et de Tokyo permirent aux Alliés d’exposer les crimes commis par l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale et de justifier à la fois le prix de leur victoire et leur domination sur le monde. Sur ce modèle, Washington a cru pouvoir juger et condamner 120 dirigeants syriens, dont le président Bachar el-Assad, de manière à justifier la guerre et le renversement de la République arabe syrienne. Restait à inventer leurs crimes

 

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Jean-Marc Ayrault – Sergueï Lavrov

 

En avril 2012 —c’est-à-dire après le retrait français de la guerre (qui reprit en juillet) et avant l’accord de partage russo-états-unien (du 30 juin à Genève)—, les « Amis de la Syrie » avaient décidé de juger le président Bachar el-Assad devant une juridiction internationale. Il s’agissait de mettre en scène a posteriori la Pax Americana, après l’assassinat de Slobodan Milošević dans sa prison à La Haye, la pendaison de Saddam Hussein et le lynchage de Mouamar Kadhafi.

Pour ce faire, les États-Unis avaient créé une association à La Haye, le Syria Justice and Accountability Centre (SJAC). Durant deux ans, des juristes accumulèrent des témoignages sur « les tortures pratiquées par le régime ».

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article193601.html

 

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Journal du changement d’ordre mondial #9

Faut-il juger Vladimir Poutine ?

Thierry MeyssanRéseau Voltaire 12 octobre 2016

 

Considérant Vladimir Poutine comme le responsable du relèvement de la Russie, les néo-conservateurs états-uniens et israéliens tentent depuis 2011 de l’arrêter, de le juger et de le condamner devant une juridiction internationale. Fidèle serviteur de leur stratégie, le président français François Hollande a publiquement suggéré de le rendre responsable des crimes des jihadistes en Syrie.

 

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François Hollande et Vladimir Poutine, il y a un an.

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, le chef de l’État français qui avait aboli la République, Philippe Pétain, fit juger et condamner à mort son ancien dauphin devenu le chef de la France libre, Charles De Gaulle.

Sur ce modèle, l’actuel président de la République française, François Hollande, a évoqué la possibilité d’ouvrir une procédure judiciaire internationale pour les crimes de guerre commis en Syrie et de juger non seulement le président de la République arabe syrienne, Bachar el-Assad, mais aussi celui de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine [1] ; des propos repris en demi-teinte par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon.

Ces déclarations interviennent alors que le Canada, les États-Unis, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni soutiennent les jihadistes d’Alep-Est contre le Hezbollah, l’Iran, la Russie et le Syrie [2].

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article193653.html

 

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Journal du changement d’ordre mondial #10

Les « sanctions économiques » ou la guerre en col blanc

 Thierry MeyssanRéseau Voltaire 14 octobre 2016

 

Les États-Unis et l’Union européenne ont lancé une guerre qui ne dit pas son nom contre la Syrie, l’Iran et la Russie, celle des « sanctions économiques ». Cette tactique redoutable a tué plus d’un million d’Irakiens dans les années 90, sans éveiller les soupçons des opinions publiques occidentales. Elle est aujourd’hui patiemment mise en place contre les États qui refusent d’être dominés par l’Ordre mondial unipolaire.

 

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Par le passé, la stratégie des guerres conventionnelles comprenait le siège d’une ville ou d’un État. Il s’agissait d’isoler l’ennemi, de l’empêcher d’utiliser ses ressources, de le soumettre à la famine, et en définitive de le vaincre. En Europe, l’Église catholique a fermement condamné cette tactique comme criminelle en ce qu’elle tue d’abord les civils, et seulement ensuite les belligérants.

Aujourd’hui, les guerres conventionnelles comprennent les « sanctions économiques », qui visent aux mêmes buts. De 1990 à 2003, les sanctions décrétées contre l’Irak par le Conseil de sécurité des Nations unies tuèrent plus d’un million de civils. De fait, il s’agissait bien d’une guerre menée par des banquiers au nom de l’institution chargée de promouvoir la paix.

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article193702.html

 

Document joint :

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Humanitarian Impact of Syria-Related Unilateral Restrictive Measures, United Nations (UN) Economic & Social Commission for Western Asia (ESCWA).
(PDF - 596 ko)

 

 

 

 

 

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Communiqué du ministère russe des Affaires étrangères relatif au projet français de résolution sur la situation à Alep

Réseau Voltaire –  Moscou (Russie) 9 octobre 2016

 

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Maria Zakharova, porte-parole du ministrère russe des Affaires étrangères

 

Samedi 8 octobre, la Fédération de Russie a voté contre le projet de résolution du Conseil de sécurité de l’Onu sur la situation en Syrie rédigé par la France.

Lire la suite…

Source : http://www.voltairenet.org/article193668.html

 

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Washington ne combat pas Daesh, il le déplace

par Hassan Nasrallah

Réseau VoltaireBerne (Suisse) 14 octobre 2016

 

Au cours des dernières semaines, Washington a multiplié les déclarations contre Daesh, sans jamais le frapper. Au contraire, ce sont les forces de la République arabe syrienne qu’il a bombardées lorsqu’elles luttaient contre l’organisation terroriste. Il suffit de placer Daesh sur une carte et de l’observer dans le temps pour comprendre la stratégie états-unienne.

 

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À l’occasion d’une cérémonie de commémoration du martyre du prophète Hussein (Achoura), le secrétaire général du Hezbollah libanais a prononcé un discours, dont voici des extraits.

 


 

Source
AxedelaRésistance.com

 

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« L’art de la guerre »

Afghanistan, occupation immuable

par Manlio Dinucci

Réseau VoltaireRome (Italie) 11 octobre 2016

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Malgré les très nombreux éléments attestant que les États-Unis et le Royaume-Uni avaient planifié la guerre contre l’Afghanistan dès la rupture des négociations de Berlin avec les Taliban (juillet 2001), l’excuse des attentats du 11-Septembre prévaut toujours. Une guerre dont l’objectif affiché était de renverser l’Émirat islamique que les États-Unis eux-mêmes avaient installé et qui, pourtant, se poursuit 15 ans plus tard.

 

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Le quinzième anniversaire du 11-Septembre a occupé pendant des jours les premières pages des journaux. Blackout médiatique, par contre, sur le quinzième anniversaire de la guerre en Afghanistan, commencée le 7 octobre 2001 avec l’opération « Liberté immuable » (Enduring Freedom).

Motif officiel : la chasse à Ossama Ben Laden, organisateur [désigné] des attaques du 11-Septembre, caché dans une caverne afghane sous protection des talibans. En réalité, on le saura ensuite, le plan de l’opération était déjà sur la table du président Bush avant le 11-Septembre. Ce qu’était ses objectifs stratégiques émergeait clairement du rapport Quadriennal Defense Review, diffusé par le Pentagone le 30 septembre 2001, une semaine avant le début de la guerre en Afghanistan.

Lire la suite…

Source : Il Manifesto

Via : http://www.voltairenet.org/article193625.html

 

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Vladimir Poutine explique ce qui s’est réellement passé entre la France et la Russie

Parti Anti Sioniste – 13 octobre 2016

 

Au lendemain de l’annulation par Moscou d’une rencontre prévue à Paris entre François Hollande et Vladimir Poutine, le président russe a expliqué chronologiquement ce qui n’avait pas fonctionné dans les relations diplomatique entre les deux pays.

 

 

Source : http://www.partiantisioniste.com/?p=14006

 

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Pendant que la France se couvre à la fois de honte et de ridicule en prétendant traîner rien de moins que Bachar el-Assad et Vladimir Poutine devant un tribunal « made in USA », comme ce fut trop souvent le cas depuis Nuremberg, des voix s’élèvent en France, dans les milieux du droit, contre un président qui se prend peut-être à tort pour Barack Obama…

 

Hollande, mis en cause pour des assassinats, en route vers le CPI

Gilles Devers – Les actualités du droit 14 octobre 2016.

 

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Le Président de la République a ordonné l'exécution de quatre personnes. Avec cette information, ce qui reste de la Gauche s'écroule… et le silence qui accueille cette information confirme que la Gauche est en état de mort clinique.

Au micro de Jean-Jacques Bourdin, les deux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont expliqué que le Président de la République avait décidé « au moins quatre assassinats ciblés », décisions mises en œuvre par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Aucun démenti n’a été publié.

Cela se trouve en phase avec des informations parues en 2014. A la suite d’un accord passé dès 2012 entre Obama – le maître des assassinats ciblés, trois par jour – et Hollande, celui-ci avait donné pour ordre à la DGSE de « dégommer » Ahmed Godane, le leader des shebabs. La DGSE s’était occupée de la localisation, et l’assassinat avait été le fait des drônes US, informations données par Jean Guisnel et confirmées par les militaires US.

Avec les révélations de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, nous passons à autre chose, à savoir l’ordre donné par Hollande et l’exécution par la DGSE.

Lire la suite…

Source : http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/20...

 

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Voir aussi, sur le même sujet – et datant déjà de 2013 !

http://reseauinternational.net/francois-hollande-devant-l...

Ainsi que – juillet de cette année :

http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/2016/07/centraf...

 

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Pour la liste des chefs d’État « condamnés » à mort par les USA depuis Nuremberg, voyez William Blum. Il tient la liste à jour.

http://www.thirdworldtraveler.com/Blum/William_Blum.html

http://www.mondialisation.ca/entretien-avec-william-blum/... 

http://www.legrandsoir.info/_BLUM-William_.html

 

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Mis en ligne le 16 octobre 2016.

 

 

 

 

 

 

17:36 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

13/10/2016

SUR LE FRONT DES COUPS TORDUS

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Saker.Is : Scott’s Corner

 

Sur le front des coups tordus USRAELIENS…

 

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Quelques secrets militaires à mettre dans votre pipe et à fumer

Scott Humor – The Saker.Is 10 octobre 2016

 

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Les États-Unis et l'Ukraine sont peut être en train de planifier une provocation de type MH17 en Syrie.

À Washington, on veut peut-être si désespérément discréditer Poutine et Assad, sur le point d’anéantir les terroristes à Alep, qu’on est prêt à rééditer le coup honteux du Donbass.

Anna S.


Depuis le 17 Septembre, où l'US Air Force a bombardé les troupes syriennes assiégées par les troupes terroristes US dans la ville de Deir Ezzor, et le bombardement qui a suivi du convoi humanitaire de l'ONU, on guette la prochaine provocation du Pentagone et de la CIA. Les spécialistes en PSYOP militaires sont payés des millions de dollars pour inventer ces provocations, et nous, collectivement, nous essayons de les empêcher de se produire et, aussi, de les démêler après qu'elles aient eu lieu. Nous rendons ces services à titre bénévole.

 

N’oubliez pas de contribuer au Saker pour que nous puissions continuer !

 

En attendant, voici quelques bribes d'information qui pourront vous donner à réfléchir.

Le 6 octobre 2016, Christian Borys, journaliste canadien qui opère en Europe de l’Est et Centrale et qui collabore à VICE, The Guardian, RFERL, The Daily Beast, MacleansMag, The EIU, Global Television, Al Jazeera, a posté le tweet suivant :

Les États-Unis sont en train de repeindre leurs F/A-18 pour leur donner l’apparence des jets russes qui sont en Syrie. Formation courante mais néanmoins intéressante.

 

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Le 9 Octobre, certains traceurs de vol ont remarqué une incohérence dans l’itinéraire d'un avion appartenant à une compagnie aérienne ukrainienne.

Un vol civil [de passagers, NdT] d'Ukraine vers Israël, a pris une route plutôt inhabituelle et dangereuse.

État des vols de la Mediterranean Airlines ukrainienne de Kiev à Amman (Code UF781)

 

Tweet de Julian Röpcke :

Cet avion de ligne ukrainien qui va de Kiev à Amman prend une route plutôt inhabituelle et tout à fait dangeureuse.

 

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Tweet de Dmitry Tarasof à KatMotja :

Les Ukrainiens envoient leurs avions civils survoler la zone des hostilités. Je me fiche de cette entourloupe - mais un accident leur fournirait l’occasion d'accuser la Russie.

 

Informations générales de vol : Vol UF781 des Mediterranean Airlines ukrainiennes – informations et statut de vol.

Le vol UF 781 relie l'aéroport Borispol de Kiev à l'aéroport International Queen Alia d'Amman. Le vol est assuré par la compagnie aérienne ukrainienne Mediterranean Airlines (code IATA : UF ; code OACI : UKM). La distance entre les deux aéroports est d'environ 2,085 km et le temps de vol d'environ 3h 18m (le temps de vol est approximatif et peut varier en fonction de la route suivie et du type d'avion utilisé). Pour les vols de certaines compagnies (et vers les principaux aéroports), on peut aussi trouver des informations en temps réel sur l'arrivée ou le départ du vol, des informations sur les retards ou les annulations, et l'état du vol.

 

Tweet de KatMotja à Tarasof :

Les Ukrainiens pourraient l’abattre ou le faire tomber et en accuser les S-300 mais le faire tomber sur le territoire de l’IG ilikourdaf.


Tweet de Tarasof à KatMotja :

Aller-retour par dessus un territoire contrôlé par Al-Nosra et sécurisé par Israël.

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Aller

 

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Retour

 

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Comme vous pouvez le voir, le vol UF-781 a brusquement tourné à gauche et fait une boucle au-dessus du territoire syrien, au lieu de suivre une route sûre et directe vers Israël. Au retour, il a fait la même chose.

Si on considère que les troupes terroristes américaines qui combattent en Syrie viennent de recevoir des MANPADS [Man-portable Air-defense System, NdT] du Pentagone, survoler la zone de guerre syrienne n’est pas une idée particulièrement brillante. On pourrait peut-être essayer de savoir qui était le pilote ? Intéressant aussi de savoir ce que les passagers pensent de tout ça ? Parce que plusieurs choses pourraient se produire… dont je vais vous faire la liste ci-dessous.

Le 9 octobre aussi, un traceur de vols israélien a tweeté une curieuse capture d'écran.

Au moins 4 plans USN (P8A & TEX2), 1 de la NASA, 1 BE20 de l’armée US et des AZAZ909 c/s généralement utilisés par les Forces Aériennes Russes @planesonthenet ?? https://twitter.com/yanivschwartz/status/785166223134851072

On dirait que les P8 pourraient avoir été des avions qui retournaient en Floride après l’évacuation consécutive à l’ouragan. Mais pourquoi le radar a-t-il vu deux avions russes AZAZ909 et AWACS ?

Yaniv Schwartz a également tweeté :

« si vous relisez cet écran vous pouvez voir que les 2 Azazs ont exactement le même hex et le même reg ... peut-être un pépin ou quelque autre mystère ».

 Ce qui signifie que le radar a vu deux avions avec le même code hexadécimal, et le même numéro d'enregistrement. Et ça, ce n’est possible que s’il s’agit d’une falsification.

Complément d’information ici :

En résumé…

Nous avons été informés de ce qu’au moins la semaine dernière, avec sueur, sang et larmes, la force aérienne des États-Unis a repeint ses F/A-18 aux couleurs bleu ciel et blanc de la Fédération de Russie.

Au cours de cette semaine mouvementée, le Pentagone est sorti de sa réserve pour déclarer que, par l’entremise de ses suppléants ou directement, il allait tuer toujours plus de soldats russes en Syrie et plus de citoyens russes dans les villes russes. [Ce qui semblerait impliquer qu’il l’a déjà fait… dans les villes russes. NdEd.]

La Russie a répondu en promettant d’abattre les « objets volants non identifiés » et tout ce que la force aérienne russe pourrait percevoir comme une menace.

La Russie a aussi installé, bien sûr, ses lanceurs de missiles anti-aériens S-300.

Nous possédons donc la preuve que des avions de combat américains ont été repeints aux couleurs de la Russie. Et nous possédons la preuve que des avions de combat américains volent avec des transpondeurs capables de tromper les radars, imitant le code hexadécimal et l'enregistrement des avions de reconnaissance russes. On ne possède cette preuve que pour deux avions, mais deux avions suffisent pour une provocation.

Et nous avons enfin un jet civil ukrainien plein de passagers, en route pour Amman en Jordanie, qui survole la zone d’interdiction de vol en Syrie.


Développements possibles ...

 

  • Le camouflage des avions de combat américains aux couleurs russes n’était pas un « entraînement régulier ».

 

  • Le régime ukrainien envoie son avion de ligne plein de passagers survoler une zone de guerre pour qu’il y soit abattu par un avion de chasse américain camouflé en jet russe, de façon que la Russie soit accusée de l’avoir fait.

 

  • Variante : les États-Unis font abattre un avion de ligne ukrainien sur le territoire occupé par leurs troupes terroristes (ISIS, DAECH, Al-NOSRA, Kurdes) et clament qu’il l’a été par les S-300 russes. Le territoire étant contrôlé par eux, il serait impossible de prouver le contraire, comme dans le Donbass avec le MH17.

 

  • Au cours des deux dernières semaines, des jets de reconnaissance américains ont effectué plusieurs vols le long de la côte de Crimée pour pouvoir y lire les paramètres des radars russes, parce qu’ils avaient besoin de connaître les paramètres exacts des radars pour être en mesure de calculer ce que ceux-ci voient, de façon à pouvoir produire les signaux de transpondeurs russes AZAZ 909 et ADS-B.

 

  • Il n'y a pas eu de jets imitant l’AZAZ au-dessus du Maryland, mais c’était une tentative de tromper les radars civils et d’utiliser les traceurs de vol pour falsifier les informations de vol, c’est-à-dire en substance, pour poster sur les radars civils de faux renseignements concernant des avions inexistants, que le Pentagone veut que les services publics trouvent sur les traceurs de vol. Dans ce cas précis, le Pentagone voulait que les gens pensent que deux avions de reconnaissance russes avaient survolé Washington.

 

  • Habituellement, il arrive que d’autres traceurs de vol confirment certaines informations intéressantes. Dans ce cas-ci, ils sont tous restés muets. Sont-ils restés muets parce qu’ils savaient qu’il s’agissait d’un trucage ? Il se pourrait que « Yaniv Schwartz » fasse partie d'une sorte de complot et qu’il/ils ne répandent ces informations que dans le but de provoquer une panique au sein du crédule public américain.

 

C’est tout ce que j’ai pour l’instant.

Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?

Bien des choses.

Scott

Suivez-moi sur Twitter pour d’autres mises à jour.

 

Source : http://thesaker.is/a-few-military-secrets-to-put-in-your-...

(La source d’origine est KatMotja – le chat Mathieu – qui est, comme nos lecteurs le savent désormais, un analyste militaire russe, mais plus vraisemblablement un groupe de ces Messieurs.)

 

Traduction du russe : Scott Humor

Traduction de l’anglais : Anna S. pour A.S.I. et Les Grosses Orchades.

 

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Ce que Poutine a dit à TF1 et ce que la chaîne a préféré taire

Rédaction – Sputniknews 13 octobre 2016

 

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Dans un entretien attendu à la chaîne TF1, le président russe Vladimir Poutine a donné franchement son avis sur un nombre de sujets, mais le choix des journalistes de la chaîne surprend, beaucoup de points chauds importants sur le plan international ayant été omis. Qu'est-ce que TF1 a passé sous silence ? Sputnik publie les parties qui manquent.

Le nom du président russe Vladimir Poutine a été évoqué durant cette dernière semaine en France un nombre assez impressionnant de fois en raison de sa visite annulée à Paris et ce qui a précédé : le désaccord concernant la situation dans la ville syrienne d'Alep et la résolution française sur Alep qui s'est heurtée au veto russe. M. Poutine ne vient toujours pas en France, mais il accepte de parler aux journalistes français de TF1 et leur parle franchement et sans éviter les questions délicates.

Lire la suite…

Source : https://fr.sputniknews.com/international/2016101310281809...

 

 

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Le prix Nobel de littérature à Robert Zimmermann (Bob Dylan)

 

11. Bob Dylan.jpg

 

Te dégonfle pas, Johnny, t’as tes chances !

Victor Hugo ayant dit : « J’interdis qu’on dépose de la musique au pied de mes vers »… on ne va pas s'y risquer

 

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Mis en ligne le 13 octobre 2016.

 

 

 

 

21:32 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

12/10/2016

UN COLLOQUE CHEZ LES AMIS D'HENRI GUILLEMIN

1. La déportation des Communards.jpg

Embarquement des Communards pour le bagne (œuvre anonyme)

 

La Commune

chez

Les Amis d'Henri Guillemin

 

L’association Les Amis d’Henri Guillemin, de fondation récente, a organisé, en 2013, son premier colloque (« Le moment Robespierre »). Elle récidive avec, cette fois, un nouveau colloque consacré à « Henri Guillemin et La Commune », qui se tiendra à Paris le 19 novembre prochain.

Au programme, huit intervenants d’importance – quoi ? huit intellectuels dignes de ce nom en France ? aujourd’hui ? oui, oui, il suffit de savoir où aller les dénicher – au nombre desquels Mme Annie Lacroix-Riz, que les internautes les plus avisés commencent à bien connaître. En avant-première, en quelque sorte, de la rencontre, l’association a voulu l’interroger.

 

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Interview exclusive d'Annie Lacroix-Riz

 

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Annie LACROIX-RIZ, est historienne, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé d’histoire, docteur-ès-Lettres, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot. Parmi ses très nombreux écrits, elle a notamment publié :

  • chez Armand Colin : Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), nouvelle édition augmentée, 2010; De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, 2008; Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, nouvelle édition augmentée, 2010; Industriels et banquiers français sous l’Occupation, nouvelle édition entièrement refondue, 2013; Les élites françaises, 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine, Paris, Dunod-Armand Colin, avril 2016
  • chez Delga-Le Temps des cerises, L’histoire contemporaine toujours sous influence, 2012, et Aux origines du carcan européen, 1900-1960. La France sous influence allemande et américaine, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2015, nouvelle édition 2016
  • Au Temps des cerises, Scissions syndicales, réformisme et impérialismes dominants, 1939-1949, Montreuil, Le Temps des cerises, 2015

Son site internet regroupe l'ensemble des ses activités (publications, interventions, articles, colloques, etc...) pour le consulter, cliquez ici.

Annie Lacroix-Riz interviendra à notre colloque le 19 novembre prochain.

Edouard Mangin : Vous avez accepté d’intervenir au colloque que nous organisons le 19 novembre prochain sur le thème « Henri Guillemin et la Commune - le moment du peuple ? », alors que vous n’êtes pas spécialiste de cette période. Qu’est-ce qui a motivé votre décision ? Quel est votre thème d’intervention ?

Annie Lacroix-Riz : J’apprécie de longue date Henri Guillemin, témoin sincère et courageux qui a consacré beaucoup de temps et d’attention à la Défaite de la France de mai-juin 1940. Il a fait partie du groupe des observateurs « bien informés » dans le cadre de leurs fonctions qui, soit pendant l’Occupation soit après la Libération, se sont efforcés d’analyser les causes de « l’étrange défaite », comme Marc Bloch avait commencé à le faire à l’été 1940 (L’étrange défaite, 1re édition, 1946 Paris, Gallimard, 1990, avec des articles passionnants rédigés clandestinement jusqu’à son assassinat par l’occupant en juin 1944).

Avec son ouvrage paru en 1945 sous le pseudonyme de Cassius, La vérité sur l’affaire Pétain (Genève, Milieu du Monde, 1945, rééd., éditions d’Utovie, 1996), Guillemin compte parmi ceux qui ont sérieusement anticipé sur ce que les sources intérieures nous ont appris ou confirmé depuis leur ouverture de 1999, qui mettait fin à soixante ans de verrouillage : il a pris rang parmi ses pairs, tels le grand journaliste de politique extérieure Pertinax (André Géraud), un des rarissimes hommes de droite que les haines de classe n’avaient pas aveuglés au point de leur faire choisir le camp de l’ennemi national et de préparer avec ardeur son invasion (Les fossoyeurs : défaite militaire de la France, armistice, contre-révolution, New York, éditions de la Maison française, 1943, 2 vol.) ; le grand diplomate patriote Raymond Brugère, ambassadeur à Belgrade de novembre 1938 à juin 1940 (Veni, vidi, Vichy, Paris, Calmann-Lévy, 1944) ; et le sincère républicain Pierre Cot (Le procès de la République, éditions de la maison française, New York, 1944, 2 vol.).

Je rends hommage à tous dans mes ouvrages sur les années 1930, Le choix de la défaite et De Munich à Vichy, et sur l’Occupation, Industriels et banquiers français sous l’Occupation et le dernier en date, Les élites françaises, 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine ‑ où je distingue Brugère, seul de nos diplomates à avoir démissionné le 17 juin 1940 en protestation contre une capitulation grimée en « demande des conditions d’un armistice ». Cette capitulation scellait l’alliance entre la « gauche » de gouvernement faussement républicaine, représentée par le radical Chautemps, et les putschistes groupés autour de Pétain, « dessus de cheminée » (selon la formule de son complice Laval) dont le grand capital synarchique avait besoin contre le peuple français.

Dans ses conférences de l’après-guerre, Guillemin a précisé ses analyses et les a, surtout dans les années 1960, diffusées dans le public, en France et dans le monde francophone. Il était logique qu’il s’intéressât à la Commune, dont les circonstances de la création sont proches de celles de la Débâcle de 1940 : réaction ou résistance de classe et patriotique à la ligne des dirigeants de la société et de l’économie, c’est-à-dire à leur choix du tuteur étranger déguisé en « guide de la civilisation », contre un peuple redouté et haï. Guillemin avait côtoyé ces élites avant-guerre, et il a beaucoup insisté, dans ses conférences, sur cette ressemblance entre 1940 et 1870-1871 que le diplomate et fils de général Brugère, qui vivait parmi les privilégiés, a si précisément décrite dans Veni, vidi, Vichy. C’est ce dont je traiterai au colloque du 19 novembre 2016.

Nos bien-pensants, qui ne veulent rien savoir du complot des élites françaises contre le régime républicain démontré par des milliers de documents originaux des années 1930 et 1940, le qualifieraient volontiers de « conspirationniste ». Il est aussi logique que, dans une période aussi troublée que la nôtre, la renaissance, indéniable, de l’esprit critique, la conscience d’être dupés sur à peu près toutes choses par ceux qui nous gouvernent et nous guident et la méfiance consécutive grandissante pour leur usage tous azimuts du concept de « conspirationnisme » relancent l’intérêt public pour Guillemin.

Mon intervention pourra s'intituler : "1940, une défaite choisie comme en 1870".

E.M. - Comment vous inscrivez-vous par rapport à Henri Guillemin ? Que représente pour vous son engagement ou sa façon de présenter l’Histoire ?

A.L.-R. - Ce littéraire, non-historien, a fait avec curiosité et vaillance, avant l’ouverture des fonds originaux, ce que « les historiens du consensus » (pour reprendre l’expression de l’historien américain du fascisme français, Robert Soucy) devraient faire systématiquement depuis 1999, date à laquelle est tombée la limite des 60 ans cadenassant l’histoire intérieure de la France.

Or, sous l’autorité, quasi unanimement reconnue par le monde académique, d’Olivier Dard, et de son ouvrage, La synarchie ou le mythe du complot permanent, Paris, Perrin, 1998, réédité en 2012, mes collègues se refusent à dépouiller les sources de l’avant-guerre et de l’Occupation au motif allégué que le résultat en serait « conspirationniste ». Allende est-il tombé tout seul, par caprice personnel, du Palais de la Moneda le 11 septembre 1973, ou sous les coups d’une coalition entre classes dirigeantes chiliennes et tuteur américain, attestée par les archives américaines déclassifiées ? Le régime républicain n’est pas mort par hasard non plus en juillet 1940 (ou plus exactement entre le printemps 1938 et l’été 1940).

Guillemin s’est employé à présenter une vision critique et honnête des faits, alors qu’il ne disposait pas de toutes les ressources qui nous sont accessibles aujourd’hui. Et ce, contre les idées dominantes diffusées par les élites qui avaient, presque sans exception, conservé leurs positions après la Libération. Avec, à l’évidence, à la clé, et bien qu’on ne puisse le compter parmi les parias, une promotion moins éclatante que celle que lui aurait assurée le conformisme consistant à respecter scrupuleusement les élites restaurées.

E.M. - Quand on étudie l’histoire de la Révolution française, et notamment le moment Robespierre, on ne peut manquer de remarquer de grandes distorsions dans la présentation de la vérité historique, d’origine souvent idéologique. La Commune n’échappant pas à ce phénomène, quels sont les points particulièrement déformés, ou carrément passés sous silence dans son histoire ? Ou, plus amplement, pourquoi d’après vous, la Commune est mal connue encore aujourd’hui ?

A.L.-R. - Pour les mêmes raisons qui nous empêchent aujourd’hui de faire connaître l’histoire vraie des années 1930 et 1940, sans la connaissance de laquelle nous ne pouvons comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui. Je recommande vivement à cet égard à vos lecteurs la lecture de l’ouvrage court et très précis de mes collègues Gisèle Jamet et Joëlle Fontaine, Enseignement de l’histoire. Enjeux, controverses autour de la question du fascisme, Adapt-Snes éditions, Millau, 2016. Ils verront le même mécanisme à l’œuvre à propos de la présentation actuelle de l’entre-deux-guerres aux élèves français.

La Commune était déjà sacrifiée quand une formation sérieuse était assurée, jusqu’aux années 1980, aux élèves français de l’enseignement secondaire général. Elle a purement et simplement disparu, victime, parmi bien d’autres sujets, de la liquidation de la formation historique en cours depuis plusieurs décennies. Liquidation dont j’ai traité dans l’ouvrage L’histoire contemporaine toujours sous influence (Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012) et que mes deux collègues étudient en décortiquant les instructions du ministère de l’éducation nationale à l’ère « européenne » du remplacement des connaissances scientifiques précises par les prétendues « compétences » jugées amplement suffisantes pour la masse des futurs exécutants de la stratégie du capital financier mondialisé.

E.M. - Votre dernier livre « Les élites françaises entre 1940 et 1944 - De la collaboration avec l'Allemagne à l'alliance américaine » est sorti en avril de cette année. Est-il pour vous comme un parachèvement de vos recherches et ouvrages antérieurs, travaillés en profondeur sur ce qu’on doit bien appeler la trahison des élites ? Ou pensez-vous qu’il y a encore à creuser pour faire éclater la vérité sur cette question centrale ?

 

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A.L.-R. - Chaque ouvrage repose sur des années de recherche spécifique et sur l’exploitation de recherches plus anciennes, qui représentent aussi un long travail. Tant que je pourrai faire de l’histoire, je continuerai à en faire avec le souci de dépouiller le maximum possible de sources, et la conscience ou la conviction que toute recherche peut et doit être complétée. C’est ce qui explique l’intérêt que je porte aux rééditions que mes éditeurs me demandent, voire à la réécriture très approfondie : c’est ce qui s’est produit pour l’édition d’Industriels et banquiers français sous l’Occupation publiée en 2013.

Sur la route de la vérité historique, il y a naturellement des noyaux de « vérité absolue », mais rien n’est définitif, et la poursuite des recherches permet toujours de faire mieux. Ce n’est pas décourageant mais enthousiasmant : c’est cette pratique qui m’a inspiré une passion pour les sources originales inentamée depuis 1970, date à laquelle j’ai entamé ma thèse d’État.

E.M. - Ce livre mérite la plus grande audience et diffusion possible. Mais par rapport à la doxa, voire à cette forme de (auto) censure qui règne dans les milieux économiques, universitaires et médiatiques, comment se déroule la promotion de ce livre salutaire ? Avec votre éditeur ?

A.L.-R. - Pour l’heure, Les élites françaises, 1940-1944, se heurte à un mur de silence. Mon éditeur l’a envoyé à tous les journalistes qui l’ont réclamé, mais ils demeurent pour l’heure muets. L’ouvrage, fondé sur des sources très abondantes et le plus souvent non exploitées jusqu’alors, n’a fait l’objet d’aucune recension dans la presse écrite, mais seulement d’une, en ligne, dans le Grand Soir, sous la plume de Jacques-Marie Bourget, Il est vrai que le silence sur mes travaux est globalement de règle depuis la parution de la première édition du Choix de la défaite (2006), qui avait précisément attiré l’attention de ce journaliste, qui a l’audace de s’intéresser à nombre de sujets mal venus, dont le Qatar (J.-M. Bourget et Nicolas Beau, Le Vilain Petit Qatar. Cet ami qui nous veut du mal, Paris, Fayard, 2013). Ce n’est pas ce que je révèle en 2016 sur Eugène Schueller (voir l’index), le fondateur de L’Oréal, groupe depuis un certain temps principal annonceur de la grande presse française, qui risquait de me valoir l’intérêt de cette dernière dans les pages culturelles (ou ailleurs).

J’espère donc que la recension du Grand Soir et la présentation vidéo de mon ouvrage chez Armand Colin donneront aux lecteurs de votre site l’envie de me lire.

E.M. - Peut-on connaître les thèmes de vos futurs projets ?

A.L.-R.- Deux, notamment (j’en ai d’autres) :

1° Premier projet, la suite de mon travail, échelonné sur plusieurs décennies, consacré aux élites françaises de l’entre-deux-guerres à la Deuxième Guerre mondiale, c’est-à-dire l’étude du retour en gloire de nos élites, après la farce grandiose de la non-épuration des plus grands coupables. Des élites désormais résolument atlantiques, mais toujours germanophiles : dans le second après-guerre, les deux tutorats n’ont cessé de se conjuguer.

2° Deuxième projet, l’analyse du thème « occidental » des « atrocités soviétiques de 1944-1945 en Allemagne », relancé récemment, y compris en France : il constitue un cas d’école de l’intoxication systématique dont la Seconde Guerre mondiale fait désormais l’objet aux Etats-Unis et dans l’ensemble de leur sphère d’influence, si agrandie depuis la chute de l’URSS.

La chose était impossible chez nous tant que les contemporains de la guerre et de ses lendemains pesaient très lourd dans la population : l’ignorance historique mentionnée plus haut, si répandue dans les jeunes générations, rend désormais les choses plus aisées…

Interview réalisée en juin 2016

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Programme de la rencontre

9h00 : Accueil du public

9h45 : Introduction 
Edouard Mangin, Président de l'association Les Ami(e)s d'Henri Guillemin (LAHG)

10h00 : Petit inventaire des écrits de Guillemin sur la Commune
Patrick Berthier, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), agrégé ès lettres, docteur d'Etat, co-fondateur de LAHG,

10h30 : Le Vallès de Guillemin : une figure atypique
Cécile Robelin, 
professeur de lettres modernes, agrégée de lettres, docteur d'Etat,
En duo avec : 

La Commune de Paris, drame de Vallès (1872) : une « fédération des douleurs » ?
Céline Léger, 
professeur de lettres modernes, agrégée de lettres modernes, doctorante en littérature française du XIXe,

11h30 : Les "72 Immortelles" ou la Commune, révolution de la fraternité
Jean Chérasse,
 ancien élève de l’ENS, agrégé d'Histoire, ancien élève de l'IDHEC, auteur-réalisateur, scénariste et producteur 

12h00 : Déjeuner libre

14h30 : La Commune de Paris. La démocratie communale et son système de souveraineté populaire effective
Florence Gauthier, 
historienne, Maître de conférences en Histoire moderne - Université Paris VII-Denis Diderot 

15h00 : Guillemin, la Commune, et au delà - la victoire des vaincus
Edwy Plenel,
journalistedirecteur de Médiapart 

15h30 : 1940, une défaite choisie comme en 1870
Annie Lacroix-Riz,
historienne, ancienne élève de l'ENS, agrégée d’histoire, docteur d'Etat, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot 

16h00 : La Commune : Guillemin et Marx, lectures croisées
Patrick Rödel, 
ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, co-fondateur de LAHG

16h30 : Discussion générale avec le public.
Le colloque se clôturera par une large discussion entre le public et les intervenants sur l'ensemble des thèmes abordés pendant la journée.

18h00 : Fin du colloque

Le colloque sera entièrement filmé et enregistré et les vidéos seront mises en ligne sur notre site et sur celui de notre partenaire Médiapart.

Les actes du colloque seront publiés en 2017 par Utovie, co-fondateur de LAHG, éditeur exclusif de l’œuvre d’Henri Guillemin.

 

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Colloque : « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? »

Samedi 19 novembre 2016 de 9h00 à 18h00
Université Paris 3 Sorbonne nouvelle – Censier – 13 rue Santeuil 75005 Paris

Inscrivez-vous dès à présent pour bénéficier du tarif préférentiel de 12€ (au lieu de 25€ sur place le jour du colloque)

Pour vous incrire, cliquez ici

 

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Source : http://www.henriguillemin.org/

 

 

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Pour accompagner les livres indispensables d’Annie Lacroix-Riz et ceux, ne l’oublions pas, d’Henri Guillemin :

 

 15. cridupeuple.jpgTardi et Vautrin

Le cri du peuple

(édition intégrale : 4 volumes.)

Casterman – 2011

 

Deux sites à visiter :

http://www.bagnedeguyane.fr/archives/p80-20.html

http://thierry.jamard.over-blog.com/article-expositions-a...

 

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Offensé par les gesticulations de François Hollande, Vladimir Poutine annule sa visite à Paris.

86% des Français souhaitaient qu’elle ait lieu.

 

La cote de popularité de « l’Homme d’État de l’Année » va encore grimper.

 

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Le prix Nobel de la Paix à la Colombie ?

 Mieux vaut à la Colombie qu’à… [censuré]… mais quelque chose nous dit que les FARC n’en verront pas la couleur. Ni le peuple. Timeo Danaos… quand on sait que 5 jurés du Nobel sur 6 siègent à Washington… si on était les Colombiens, on fermerait quand même soigneusement les portes.

 

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 Le 11 octobre, à 19h56, SÉMIMI a écrit :

 

Fini de rigoler, les Chinois arrivent

Pentagon Stunned As Thousand Chinese Troops Enter ISIS War

 

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The Kremlin have announced that China are to send 5,000 of its most elite military forces into the Levant War Zone to help Russia in the fight against ISIS, which has left the Obama administration and the Pentagon “horrified”. 

The “Siberian Tiger” Special Forces and “Night Tiger” Special Forces Units were given authorization to be deployed by China’s People’s Congress (NPC) on Sunday, after China passed its first anti-terrorism law allowing their army to take part in anti-terror missions abroad.

On n’a même pas le temps de vous traduire l’article !

Sachez en résumé que, de source sûre – le Kremlin – on apprend que 5.000 militaires chinois d’élite sont en route pour la Syrie, afin d’y aider les Russes à combattre Al Qaïda-Daech-ISIS-ISIL-EIL-Al Nosra etc. (la liste de tous ses noms est trop longue) et que cette annonce a « horrifié » l’administration Obama et le Pentagone.

Les unités spéciales chinoises « Tigres de Sibérie » et « Tigres de la Nuit » ont donc reçu dimanche, du Congrès de la République Populaire de Chine (et, on le présume, de M. Bachar El-Assad) l’autorisation de se déployer dans la zone de guerre du Levant. Ceci a immédiatement suivi le vote, par la Chine, de sa première loi anti-terroriste, qui permet à l’Armée du Peuple de prendre part à des missions d’anti-terrorisme à l’étranger.

Lire la suite en anglais…

(N.B. Le lien sur les lois a-t renvoie à l’article Wikipédia en anglais parce que rien d’équivalent n’existe pas en français.)

Source : http://dailyoccupation.com/2016/10/07/pentagon-stunned-thousands-chinese-troops-enter-isis-war/ 

c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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Et pourquoi cette nouvelle a-t-elle « horrifié » l’Administration Obama et le Pentagone ? Parce que celles-ci pouvaient encore, jusqu’à hier, croire avoir atteint leur but : déclencher une guerre entre la Russie et l’Europe sans y tremper un seul orteil ou si peu : juste de quoi relancer de temps en temps le jeu en bombardant quelques soldats syriens.

Il n’est pas difficile d’imaginer que, dans l’esprit (hélas aliéné) de ces fins stratèges, le temps serait alors venu, pour eux, de s’attaquer à la Chine, privée de son allié moscovite occupé ailleurs…

Cela, c’était dans les rêves. Dans la réalité, les bons joueurs d’échecs ont toujours un coup d’avance. Apparemment, les joueurs de Go aussi. Ne parlons même pas des adeptes du jiu jitsu, qui savent comment utiliser contre lui les forces supérieures de l’adversaire…

 

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Mis en ligne le 12 octobre 2016.

 

Suite :

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18:34 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

""INTELLECTUELS SYRIENS""... SUITE

 

1. chinese fleety on the march.JPG

(On ne sait pas s’ils arrivent en avion ou en bateau)

 

« « Intellectuels syriens » »

(suite)

 

Notre dernier post a provoqué quelques réactions intéressantes, dans et hors commentaires. Nous avons ainsi appris – ce que Théroigne ne savait pas – que la « Lettre d’intellectuels syriens » était en réalité une lettre de Syriens traîtres à leur pays, vivant aux États-Unis depuis 30 ou 40 ans, collaborateurs – évidemment rémunérés - des envahisseurs. Il ne nous semble pas inutile, pour une fois, de partager avec vous certaines de ces réactions.

Dans notre rubrique « Commentaires » (c’est en si petit qu’il faut savoir qu’il y en a …)

Sémimi a écrit :

« Ils sont fous au Saker français de publier une monstruosité pareille signée par une bande d'exilés pro-US sponsorisés par l'Occident. Galioun, le type que les Français avaient, au début, bombardé à la tête du pseudo “gouvernement” en exil. C'est scandaleux de mettre les Russes, qui combattent les terroristes, sur le même plan que les USA, créateurs et sponsors des terroristes. Une vraie honte et une trahison, surtout de la part d'un site qui se présente sous la “couverture” Saker francophone. »

D’autres réactions, écrites ou verbales, s’indignent elles aussi, ou au mieux s’étonnent, de voir un site qui affiche vouloir « rendre accessible la pensée dissidente où qu’elle se trouve » s’aligner aussi précisément sur la ligne éditoriale (sic) des pires merdias mainstream, de Libération au Monde en passant par Le Point, L’Express et Politis déjà nommé, reportez-vous à votre papier hygiénique préféré.

C’est pourtant simple. Tout assassin a un modus operandi qui permet de l’identifier. Il s’en écarte rarement, c’est bizarre mais c’est ainsi. Parfois il décime des populations entières, parfois il s’en prend à un seul homme, qu’il lui arrive de rater, mais toujours il s’y prend de la même manière.

Étant donné le Saker – le vrai, celui d’origine – le succès qu’il rencontre et l’audience qu’il a réussi à captiver sur plusieurs continents… le voilà, de simple blogueur, devenu emmerdeur en chef, épine dans le pied, obstacle à la quiète perpétration des crimes de ceux qui n’ont pas l’habitude qu’on leur résiste.

Comment faire pour s’en débarrasser ? À part le tuer ? Le discréditer. Pas si fastoche qu’on pourrait croire. Sur son site : mission impossible. Il est aux commandes et veille au grain. Trolls et saboteurs y sont passés au crible et refoulés par de bénévoles mais motivés modérateurs. Mais, ô chic, ne s’est-il pas mis en tête de laisser des sympathisants mettre sur pied des filiales dans plusieurs pays ? Il suffit dès lors d’en infiltrer une ou plusieurs, mais une au moins – le maillon faible – d’où on pourra le faire passer à loisir pour ce qu’il n’est pas.

Il ne fallait pas espérer éviter ce genre d’attaque, qui n’est rien d’autre, en petit, que ce qu’« on » est passé maîtres à déchaîner contre tous ceux qui gênent – Afghans, Saddam, Milosevic, Kadhafi, Bachar… Il suffit de leur lancer dans les pattes une Ve colonne à l’échelle, et de toujours garder ses écuelles bien pleines. Voilà le Saker hissé, par Ve colonne interposée, au rang de chef d’État.

Ainsi la lettre des « intellectuels syriens » publiée par le Saker Francophone faisait-elle d’une pierre deux coups. Mais nous avons dit que nous ne parlerions plus du problème posé par ce site. C’est une affaire à régler ailleurs, par d’autres.

Restent les signataires et le contenu de la lettre en soi. Et le modus operandi à très grande échelle. Opposition – intellectuelle ou pas – à Bachar el-Assad ? Encor fallait-il qu’il y en eût une et, s’il n’y en avait pas, trouver le moyen de la créer. Mais la décision, la volonté d’envahir la Syrie a précédé de beaucoup les efforts réellement surhumains déployés pour essayer à toute force d’en fabriquer une.

Dans l’article qui suit, Georges Stanechy rappelle, ou plutôt laisse rappeler  viva voce par Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, qu’en 2009 – notez bien la date : 2009 ! – il fut invité par les Anglais à participer à l’entreprise de conquête de la Syrie déjà programmée. Il refusa. D’autres, on ne le sait que trop, acceptèrent. En 2013, dans une émission télévisée de la petite chaîne LCP, il lâcha cette bombe… qui fit long feu et passa frénétiquement inaperçue. Vous m’étonnez René.

Est-il utile d’ajouter qu’on ne perd jamais son temps à lire le trop rare Stanechy ? C’est du 5 octobre. Nos excuses, on est à la bourre.

 

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400 traités signés avec un seul peuple. Tous violés. Qui dit mieux ?

 

Syrie : La Praxis du Prédateur…

Georges Stanechy – À contre-courant 5 octobre 2016

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Traité de confiance de Seneca, Onondaga et Cayuga, sachems, au roi George 1er – 13 décembre 1726 (Papiers de George Clinton, gouverneur colonial de New York.)

 

« Ils doivent être fous. Ils ont agi comme s’ils n’avaient ni cervelle ni cœur …
Ils doivent être assoiffés de sang.

Ces gens écrivent dans les journaux et racontent leur propre version de l’histoire.
Les Apaches n’ont personne pour raconter la leur. »

Eskiminzin  (1)

 

"The resolution of the Syrian crisis will only be possible through war" : la solution de "la crise" en Syrie ne sera possible qu'à l'issue d'une guerre...

Je partage cette conclusion, ou prémonition, formulée par Semen Bagdasarov, directeur du  "Center for Middle Eastern and Central Asian Studies" ; lors des dernières négociations Lavrov-Kerry à Genève. (2)

Des heures de discussions sur l’organisation d’une période de trêve en Syrie, entre le représentant du gouvernement légitime et celui d’une myriade de milices mercenaires déguisées en "rebelles" ou "opposants au régime".

Qui n'a même pas tenu une journée...

Chacun de nous savait qu’aucun accord n’était possible. Tout autant que les négociateurs eux-mêmes. Malheureusement pour la Nation Syrienne...

 

La Praxis du Prédateur

Deux évidences :

  1. i) A aucun moment les USA et l’OTAN n’allaient abandonner sur le terrain les mercenaires qu’ils recrutent, entraînent, arment, équipent, soignent, et financent (directement, ou indirectement, en puisant dans les caisses de leurs colonies du Golfe). Depuis plus de 5 ans…

Notre ancien ministre des Affaires Etrangères (1984 - 1993), Roland Dumas, confirme que dès 2009 des responsables britanniques  lui avaient annoncé "l’invasion de la Syrie". Le sollicitant de participer à cette opération d’envergure pour le "Bloc Occidental".

Avec de gros moyens : financiers, militaires, logistiques, sur fond de "sanctions économiques" pour ceux qui s'y opposeraient et d'une colossale campagne de désinformation couvrant des dizaines de pays.

En comparaison, la destruction de la Libye représenterait des manœuvres militaires de dimensions modestes... (3)

 


 

ii)  Non pas par scrupules quant au respect de contrats avec des voyous et des tueurs venus de tous les horizons. Selon une récente étude effectuée par le centre de recherche allemand Center for German Studies "Firil", il y en aurait eu, depuis le début de "l'invasion" : 360.000 issus de 93 pays.

La majorité en provenance d'Europe et d'Amérique : 215.000. L'Arabie Saoudite en fournissant 25.000. A ce jour 90.000 auraient été tués, et autant blessés plus ou moins grièvement ; avec évacuation et traitement dans les Etats limitrophes de la Syrie, y compris en Israël. (4)

Encore moins, par scrupules quant au respect d’engagements à l’égard d’une "coalition" de pays asservis pour lesquels la caste dirigeante des USA n'éprouve que le plus complet mépris ; la France, dans le même sac que les satrapes corrompus du Golfe...

Mais, tout simplement, par stricte application d’une géopolitique idéologiquement coloniale qui est de démanteler et contrôler tous les Etats de la région, en pillant leurs immenses ressources énergétiques (s’arrogeant, de fait, un rôle dominant sur ce marché à l'encontre, plus particulièrement, de la Russie et de la Chine) et les maintenant dans le sous-développement.

Le tristement célèbre "plan" Oded Yinon, dès 1982 - 34 ans déjà…, annonçait la volonté des occidentaux de dépecer, entre autres pays du Moyen-Orient, la Syrie. Le démembrement de l’Irak et de la Syrie étant considéré comme des priorités. Opération minutieusement exposée dans l’ouvrage : A Strategy for Israel in the Nineteen Eighties (ISBN 0-937694-56-8). (5)

Alors, pourquoi ce cirque diplomatique ?...

Lire la suite…

Source : http://stanechy.over-blog.com/2016/10/syrie-la-praxis-du-...

 

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Enfin, quelqu’un d’autre nous a signalé un article déjà ancien, mais qui n’en est que plus éclairant, de Marie-Ange Patrizio, qui a rencontré au MUCEM, à Marseille, il y a plus de deux ans et demi, quelqes-uns des signataires-la-main-sur-le-cœur de la lettre humanitaire, déjà grands résistants – d’assez loin – au « régime fasciste » syrien. Voici son reportage, tel que l’a publié en son temps Palestine-Solidarité :

Quelques figures de « vitalité artistique », intellectuelle et médiatique : la Syrie de Mucem

par Marie-Ange Patrizio

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Jeudi 27 février 2014

L’information sur les pays en « révolution » (hors zone Otan où il n’y a pas de révolution) est généralement étayée, dans nos médias, par des analyses de journalistes spécifiés pour l’occasion indépendants, et de chercheurs, le plus souvent politologues, tenant le rôle du spécialiste dont le savoir scientifique rigoureux viendrait garantir l’impartialité.

Ces feuilletons quotidiens doivent parfois être complétés par un Temps Fort, où des artistes et écrivains, plus ou moins clandestins dans leur pays d’origine et réfugiés officiels ici, apportent leur contribution au récit.

« Visages de Syrie. La vie qui résiste »[1] au Mucem de Marseille, en a donné un exemple récemment avec « quelques figures emblématiques de Syrie, des artistes et personnalités culturelles au coeur du questionnement pour la liberté de pensée et de création. Des hommes et des femmes qui dans l’anonymat ou l’exil, déploient une vitalité artistique à nulle autre pareille, et pensent et créent en dépit de l’explosion des violences. […] En partenariat avec Le Monde », et Christophe Ayad dans le rôle du journaliste indépendant.

En bref : redire « les manipulations du régime et l'inconstance des États démocratiques, dont la faiblesse du soutien a contribué à renforcer la présence et la légitimité d'organisations islamistes, comme... le Front de Soutien » [2]

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Les Amis de la Syrie

 

Extraits d’échanges informels dans l’auditorium et de propos à la tribune ; et commentaires et questions y afférents.

Samar Yazbek, écrivain « réfugiée à Paris depuis l’été 2011 » était ici une des « femmes qui dans l’anonymat ou l’exil, déploient une vitalité artistique à nulle autre pareille ». Sa vitalité n’arrivera pas ce jour-là à retenir la salle, qui se vide discrètement au fur et à mesure du documentaire puis de l’interview où elle explique sa passion pour l’écriture et la liberté ; la lecture de son roman Un parfum de cannelle[3] va m’aider ensuite à appréhender sa démarche.

Extrait de la 4ème de couverture :

« Hanan al-Hachimi, bourgeoise oisive et aisée» découvre « la jeune Alya, sa servante, en pleins ébats avec [son vieux mari honni] ! Si le jour, l’une exerce son pouvoir sur la domestique […], le soir venu, les rapports s’inversent, et les deux femmes s’adonnent secrètement aux plaisirs saphiques avec une étrange volupté […]. Ce roman sulfureux d’un écriture réaliste bouleverse l’ordre établi de la société syrienne en y dénonçant les conditions réservées aux femmes ».

 
  Au bout des 122 pages, si on se demande où est la censure d’un régime qui a laissé S. Yazbek écrire et publier 4 romans « dénonçant l’ordre établi » etc., on comprend vite par contre pourquoi ça n’est pas dans les monarchies du Golfe, dénonçant pourtant elles aussi l’ordre établi d’Assad, que l’auteur a cherché asile.

Yassin Al-Hadj Saleh est, lui, présenté – et traduit – par le politologue libanais Ziad Majed : « médecin et écrivain, engagé de gauche dans une fraction du PC qui était opposée à Assad (père) » il a été pour cela emprisonné pendant 16 ans. À sa libération, « par défi », il a repris des études de médecine interrompues par son arrestation, et passé ses examens ; « mais n’a jamais exercé ensuite, et a opté pour l’écriture ; il était devenu un des meilleurs écrivains syriens et même arabes » ; « les plus grands journaux se disputent ses contributions »[4] « Il a vécu dans la ghouta de Damas quand elle a été libérée par des jeunes combattants de la région [entendre : pas les fous furieux décrits et manipulés par le régime, nda] et encerclée ensuite par l’armée ; puis a quitté la ghouta pour aller à Raqqa, tenue par l’EIIL (État Islamique en Irak et au Levant), où se trouve aussi notre ami (sic) le Père Paolo retenu (re-sic) par l’EIIL. ». C’est donc possible de quitter la ghouta encerclée par l’armée, puis Raqqa tenue par l’EIIL, quand on est un écrivain et opposant « de gauche » «  très connu en Syrie et dans l'ensemble des pays arabes ».

Majed (traduisant longuement Saleh) explique en plusieurs points le fascisme du régime syrien, et évoque « des photos qui commencent (sic) à sortir des prisons, photos de 11000 détenus soumis à la torture »[5].

 Mais ces horreurs non plus n’arrivent pas à saisir l’attention de toute l’assistance ; une dame devant moi fait des mots croisés sur son Ipad, un homme dort au bout de ma rangée, quelques personnes, dont certains intervenants aux séances précédentes, entrent et sortent ; Mr. Burgat, en haut de l’auditorium, a remis son chapeau : c’est vrai qu’on sent un courant d’air.

En bas, à la tribune, lapsus sur le Golan : « Le régime a utilisé cet argument là, en fait cette réalité-là » : mais oui, le Golan est occupé, ce n’est pas qu’un argument du régime. Majed-Saleh démonte longuement les thèses conspirationnistes d’un régime qui est arrivé à endormir sa population en détruisant ses propres monuments historiques, tirant sur ses propres soldats, conscrits et officiers, et sur les gens qui manifestent pour lui, ou contre lui, en torturant (puis photographiant), terrorisant, privant de médicaments, affamant, gazant et bombardant sa propre population, etc. Dans l’indifférence de la communauté internationale.

 
Entracte.

 

J’avais entendu l’ex-directeur de l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), François Burgat, aux Matins de France Culture le 26 décembre 2013, sur le thème « Et pendant ce temps en Syrie… »[6],  puis sur France Inter[7] la veille ; noté aussi le lancement, grâce à un financement européen, du projet Wafaw[8] par un “Kick-off meeting” à Amman les 5-6 Octobre 2013[9].

Pendant l’entracte, je vais poser quelques questions à Mr. Burgat :

1) Quand avait-il été au camp de Zaatari en Jordanie, pour l’interview du « capitaine déserteur de la Garde Républicaine » ?

          Réponse immédiate : « 22 novembre, c’est pour ça que l’entretien n’est pas dans le livre »[10].

2) Quand avait-il quitté Damas ?

          « Janvier 2012 ».

3) Était-il à Damas le 13 novembre 2011 ? 

          « …oui sans doute ».

4) Se souvient-il du dimanche 13 novembre à Damas ?

          Apparemment non.


Rappel : énorme manifestation après la suspension de la Syrie, le 12 novembre, de sa qualité de membre, par la Ligue arabe [11]. Je dis combien cette manif était impressionnante.

          « Ah oui ! c’étaient des fonctionnaires et des scolaires, on les avait amenés en bus de toute la Syrie, j’étais au Qassioun, on s’est amusé à compter les centaines de cars, et d’ailleurs je n’ai pas pu repartir [en voiture], j’étais bloqué par les bus ».

Je raconte brièvement ce que j’ai vu, en ville, à pied : des manifestants de tous âges, avec, en effet, une majorité de jeunes, joyeux, chaleureux ; j’étais avec une vidéaste algérienne qui filmait et traduisait ce que les gens venaient nous dire ; j’ai fait des photos… 

          « Moi aussi j’ai beaucoup de photos, elles sont sur mon site ».

Pas trouvé de site, peut-être un compte Facebook ?

          « Mais les gens étaient embrigadés, vous savez, c’est ça la dictature ».

Sur l’embrigadement par la dictature, je parle des chiffres donnés par la CIA, en mai 2013 : 70% de votes en faveur d’Assad en cas d’élections.

          « Oh, la CIA, vous savez… »

Mon interlocuteur tourne les talons et descend à la tribune, pourtant vide à ce moment-là. Mais je me suis trompée, ce n’est pas la CIA qui a publié ces chiffres ; c’est l’OTAN, où Mr. Burgat, d’après wikipedia, est conférencier.

C. Ayad, venu se mêler à notre conversation, me dit « je serais curieux de savoir où vous avez trouvé ces chiffres » mais rejoint son ami sans attendre la réponse[12].

Nous reviendrons sur les propos tenus hors micro par l’ex-directeur de l’Ifpo, propos impromptus dont je le remercie.

Dans une mise à jour du 21/10/2011 du site de l’Institut, on apprend que « Le site de Jisr al-Abyad (Damas) est définitivement fermé depuis septembre 2011 » puis, dans la mise à jour du 27/10/2011, que « le site de l’Ifpo Abou Roumaneh est provisoirement fermé au public (depuis juillet 2011) »[13].


   Un site peut être « définitivement fermé » pour des raisons banalement financières, et on se félicite de la bonne gestion de notre administration. Et l’autre « provisoirement fermé » pour des raisons politiques, datant de la deuxième guerre mondiale, paraît-il : tout changement important dans l’Institut doit avoir la signature des deux présidences, syrienne et française. Même pendant la crise de Suez, en 1956, l'Institut (alors Ifead) avait suspendu ses activités mais gardé le personnel syrien dans les locaux. Actuellement, le personnel syrien devrait donc toujours être en poste (à domicile), disponible pour toute réquisition y compris à Beyrouth où l’administration a été transférée[14]. Mais depuis le début de la crise en mars 2011, l'administration avait interdit à ses employés syriens de manifester : que ce soit pour ou contre le régime. Démocratie à la française, qu’on veut apporter – pas en bus – aux Syriens.

 

Mais même avec un Institut fermé, le directeur peut avoir fait quelque séjour dans la capitale syrienne jusqu’en « janvier 2012 ». Soit officiellement, et on ne manquera pas de remarquer la tolérance du « régime » qui laisse un fonctionnaire notoire des Affaires étrangères d’un pays qui a rappelé son ambassadeur et fermé toutes ses installations, aller « s’amuser à compter les bus » les jours de manif. Soit discrètement, et on notera alors l’incompétence des forces sécuritaires, pourtant décrites comme redoutables, qui ne voient pas nos agents même quand ils sont bloqués dans les embouteillages du Qassioun, ou ailleurs.

Soit Mr. Burgat n’était tout simplement pas à Damas le 13 novembre 2011. Et qui le lui reprocherait ?

 

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Damas

 

Revenons sur les éléments rapportés par celui qui a dirigé pendant 4 ans des « chercheurs [qui] ont développé un savoir scientifique rigoureux »[15].
Des « centaines de cars » ont amené les « fonctionnaires et scolaires» :

- sachant que le nombre des manifestants a été estimé entre 1 et 1,5 million de personnes ; si, prudemment, on retient le chiffre le plus bas (genre OSDH) et qu’on le divise, mettons, par deux pour ne garder que la moitié des manifestants comme ayant été « amenée », cela ferait dans les 500.000 personnes dans des bus.

- sachant qu’un car – grand modèle – a environ 70 places mais que dans une dictature on n’ira pas se gêner pour y entasser 100 personnes, il aurait donc fallu, estimation minimale, 5000 cars pour amener les gens, « de toute la Syrie », manifester à 10h du matin à Damas.

Admettons que le parc des bus syriens possédait au moins 5000 véhicules en novembre 2011, avant que le régime (selon la logique de tous les intervenants du Mucem ce jour-là) ou les terroristes (selon la propagande complotiste du régime) n’en fassent sauter pas mal dans des attentats, de préférence avec ses occupants.

 - Sachant par ailleurs qu’un autobus est long d’environ 12 à 15 mètres et qu’avec les dégagements pour se garer, il faut 13 à 16 mètres de stationnement minimum disponibles par bus, on peut garer 62 à 76 bus par kilomètre. Pour garer 5000 bus, il faut de 65 à 80 kilomètres de route

 - Sachant que le bout de l’unique route du Mont Qassioun est à 8 Kms environ (estimation large) de Damas, sans espace qui puisse servir de parking en dehors du bas-côté (d’un seul côté et pas partout), on peut s’interroger sur la rigueur scientifique des observations et du raisonnement apportés ici, quoique hors micro, par un de nos éminents spécialistes. Je ne dis pas l’exactitude ou la vérité ; seulement la plausibilité des propos.

Les manifestants, d’après Mr. Burgat, étaient majoritairement des fonctionnaires et scolaires : beaucoup d'administrations avaient fermé ce jour-là et donc « libéré » le personnel en donnant, du même coup, congé aux écoliers et étudiants. D’après mes observations tout à fait empiriques, il y avait en effet plutôt une majorité de jeunes, et, pour le reste, des hommes et des femmes de tous âges, qui  ne défilaient pas en groupes encadrés et organisés, loin de là : les gens manifestaient avec enthousiasme, gaieté, parfois ferveur et détermination, mais en tous cas dans un grand désordre. Le Baas et la mairie (dit-on) distribuant des bouteilles d'eau car ça a duré longtemps.

Des jeunes manifestaient encore en fin d’après-midi près des Omeyyades : j’en ai photographié parcourant le souk avec le portrait du président et chahutant… en faisant des bulles de savon. Comportement peut-être typique en Syrie de ces gens embrigadés par un « régime fasciste », ou bien forcés de manifester (et faire des bulles de savon) contre leur gré. Les chercheurs sociologues et politologues du Wafaw[16] nous expliqueront peut-être ces comportements dans des séminaires et publications scientifiques (donc impartiaux) que nous finançons via l’UE.

Précisons à propos du 13 XI que l’appel à descendre dans la rue avait été lancé la veille au soir, notamment par le parti Baas et des organisations étudiantes. Une efficience étonnante malgré la désorganisation constatée ensuite sur le terrain. On imagine le temps qu’il aura fallu pour faire remonter ces centaines de milliers de gens dans les bus…

Les chercheurs et politologues avertis diront, à juste titre, que quand on débarque à Damas, comme moi, la veille de ce genre de manif, on n’a pas forcément, pour observer et analyser les événements, cette base de la rigueur scientifique que sont le recul, la distance ; qu’ont par contre les chercheurs sur le terrain. Notamment du haut du Qassioun ; mais au risque de ne pas entendre et voir les manifestants chanter, danser, faire des bulles, manger des sucettes, puis s’immobiliser au son de l’hymne national et scander « Souria ! », ou nous demander d’où on vient et nous dire alors en riant « Sarkozy, Joupé…[et geste de ce qu’on écrase sous le talon] ! ». Tous embrigadés.

Et moi avec, parmi ces « intellectuels subissant les ravages de la propagande » comme l’a ensuite déploré Mr. Burgat dans son intervention à la table ronde géopolitique, sachant qu’au moins une personne dans l’assemblée était perplexe sur ses observations.

Perplexe aussi face aux témoignages trouvés par le chercheur. Comme celui de ce « capitaine de la Garde Républicaine », réfugié depuis 2 ans et demi au Camp de Zaatari[17], à la frontière jordanienne où F. Burgat me dit qu’il repart « dans quelques jours, car on ne peut plus aller en Syrie, mais en Jordanie, on peut y aller facilement » ; surtout avec un financement du Conseil Européen de la Recherche[18].

 
Questions après lecture du témoignage :

- Pourquoi le pouvoir envoie-t-il un capitaine de la Garde Républicaine désarmé se faire tirer dessus par les « hommes du colonel Hafez Makhlouf, de la sécurité d’État » alors que l’armée syrienne est une armée de conscription et qu’on pouvait envoyer de pauvres bidasses plus faciles à berner, à tuer et dont le sacrifice coûte bien moins cher ? Parce que dans l’armée syrienne, les capitaines des unités d’élite sont toujours en première ligne ?

- Pourquoi avoir ensuite laissé les militaires – capitaines ou pas, loyaux ou pas mais armés, cette fois – tuer « les hommes de Makhlouf » afin – ou au risque – de découvrir « ce que faisait exactement le régime » ? Pour tester leur loyauté ? Pour provoquer des désertions ? Pour faire le ménage chez Makhlouf ? Le régime a donc beaucoup d’officiers en réserve pour faire de tels paris.

- Sachant que nos journalistes et même notre ministre des Affaires Etrangères[19] étaient allés à Zaatari, comment donc notre capitaine a-t-il dû attendre du printemps 2011 au 22 novembre 2013 qu’un « advanced grant » arabophone vienne enfin l’interviewer sur ce qui lui est arrivé ? À temps, pour Genève II.

 

   Quels récits aurons-nous maintenant ? Les journalistes non arabisants se chargent d’interviewer (par téléphone) des jeunes de nos banlieues partis faire une croisade inversée ; on arrivera même à en faire passer quelques uns pour des Brigades Internationales. Les spécialistes arabophones vont, sur le terrain, se charger des « témoignages » plus recherchés : quelques combattants islamistes plus présentables que ceux que nous montre, voire manipule (cf. Majed et Burgat) le régime ? Des démocrates pacifiques des classes moyennes ? Si possible quelques « communistes » (maintenant appréciés par nos médias, surtout quand ils s’opposent à Assad en Syrie).

Tous, devant notre inaction, ayant dû prendre les armes : où ? « La communauté internationale ne leur a pas fourni un seul stinger, même pas au marché noir (sic) » (Majed). Tous Syriens ; que « le régime [avait] montés les uns contre les autres », enfin unis si ce n’est à Paris ou à Genève, au moins dans les camps de réfugiés (jordaniens de préférence, pour ne pas avoir le Hezbollah dans les pattes).

De quoi justifier qu’il faut armer les  « rebelles », puisque jusqu’à présent « la communauté internationale n’a rien fait » : ah bon ? Rien, l’embargo économique étasunien depuis 2003 et européen depuis septembre 2011 ? Pour ne parler que de ce que nos gouvernants et leurs spécialistes assument au grand jour.

Dernier acte : « Que se passe-t-il sous nos yeux en Syrie ? » que nous persistons à ne pas voir. Ayad présente : Basma Kodmani « chercheur engagée en sciences sociales, fondatrice et directrice de l'Initiative de Réforme Arabe[20], fondé avant la révolution », « revenue [maintenant] à sa recherche » ; François Burgat « que j’ai rencontré il y a 20 ans déjà » (petit échange de coquetteries avec l’ami de 20 ans qui fait rire la salle), «  qui a produit énormément de travail en sciences sociales » ; Ziad Majed, « politologue libanais, enseignant à l’Université Américaine de Paris, qui a eu des responsabilités politiques au Liban » mais on ne nous dira pas lesquelles. Et Y. Al-Haj Saleh, « écrivain, médecin etc. ».

La tribune, où tout le monde se tutoie, revient une dernière fois sur une clé de la rencontre, « le récit fait par le régime » : « son effort de propagande est à la mesure de son manque de légitimité » (Kodmani). Proposition qu’une logique scientifique interrogerait pour toutes les parties, y compris celle, unanime et univoque, représentée ici.

En quittant la séance vers 20h, je m’enquiers auprès du vigile du nombre d’auditeurs : 113 personnes (tribune comprise), dans une salle de 300 places. Petite audience malgré une entrée « libre » dans un des plus beaux (et très médiatisé) lieux de la ville. Mais les bus sont rares le samedi soir dans notre Marseille démocratique et si peu corrompue. Et personne n’était obligé de venir. D’autant qu’on trouve le même récit en boucle dans tous nos médias.

Et il pleuvait.

m-a patrizio
Marseille, 27 février 2014

_____________________

[1] http://www.datapressepremium.com/rmdiff/2007411/Visagesde...

[2] Blog de « Ignace Leverrier » : http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/12/03/syrie-temoignage-... .

[3] Disponible à la BMVR de Marseille.

[4] Cf. Ziad Majed : http://lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=73&a... ; et, non mentionné par Majed, son troisième livre a été récompensé par la Fondation Prince Claus des Pays-Bas, voir (encore) « Ignace Leverrier » : http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/09/09/un-opposant-syrie... .

[5] « [Le photographe] aurait fait sortir les images du pays en les transmettant à un contact au sein d'un groupe d'opposition soutenu par le Qatar. Après l'avoir rencontré à trois reprises lors des dix derniers jours, les experts l'ont jugé « crédible »  et « sincère ». » http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/20/sy.... Selon d’autres sources, non démenties, le rapport a été commandé au « cabinet Carter-Ruck [qui] a admis travailler pour le Qatar. Surtout, le cabinet Carter-Ruck ne rend accessibles que 10 des 55 000 photographies qu’il décrit » http://www.voltairenet.org/article181850.html .

[6] http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-...

[7] http://iremam.cnrs.fr/spip.php?article2252

[8]  « Wafaw, Un programme financé sur quatre ans (2013-2017) par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) – advanced grant. » http://www.wafaw.org/about/french/

[9] http://www.wafaw.org/2013/10/kick-off-meeting-in-amman-5-...

[10] « Pas de printemps pour la Syrie : les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise » : ouvrage collectif, sous la direction de F. Burgat avec Bruno Paoli, décembre 2013.

[11 Dont elle est un des 7 pays fondateurs.

[12] Voir http://www.worldtribune.com/2013/05/31/nato-data-assad-wi... (31 mai 2013) repris sans modification jusqu’en décembre 2013: “The data, relayed to NATO over the last month, asserted that 70 percent of Syrians support the Assad regime. Another 20 percent were deemed neutral and the remaining 10 percent expressed support for the rebels”.

[13] http://www.ifporient.org/node/134 .

[14 ] Mais quand l’ambassade de France à Damas avait fait l’objet de quelques actes de vandalisme, le 11 juillet 2011, l’administration de l’Ifpo avait refusé la protection de l’armée syrienne…

[15] http://www.ifporient.org/node/1

[16] http://iremam.cnrs.fr/spip.php?rubrique400

[17]  Supra note 3.

[18] Supra note 7, et Kick-off meeting in Amman (5-6 October, 2013)  http://www.wafaw.org/2013/10/kick-off-meeting-in-amman-5-6-october-2013/ 

[19] Voir la visite de L. Fabius en août 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=OQ_fs_YO0cs

[20] Voir détail : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bassma_Kodmani

 

Source : http://palestine-solidarite.org/analyses.marie-ange_patri...

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Où Israël Shamir nous reparle du fameux « game of chicken »

 

Et c’est un Shamir des grands jours.

[« … mais ce sont quand même, à la base, toujours les bons vieux membres d’Al Qaïda, ceux qui ont pas mal secoué New York le 11 septembre, et qu’on a bombardés en retour en Afghanistan, en Libye et en Syrie »…  ??? Ne chipotons pas.]

C’est long, mais n’en perdez pas une miette. Si le président V.P. doit nous renvoyer nos missiles sur la figure, nous mourrons intelligents.

 

Poker nucléaire

Israël Adam Shamir – 10 octobre 2016

Entre la plume et l’enclume – Traduction Maria Poumier

 

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Si la plus grande partie de poker de tous les temps devait se terminer par une grandiose claque nucléaire, et si les survivants passaient en revue les causes de la Troisième Guerre mondiale, ils en mourraient de rire. La Troisième Guerre mondiale, ils l’auront  déclenchée pour sauver al Qaida. Oui, mon cher lecteur, l’oncle Sam a envahi l’Afghanistan pour punir al Qaida, et maintenant nous avons déclaré la guerre mondiale pour sauver al Qaida. Ce n’était qu’une histoire d’amour/haine entre le gentleman américain et la jeune fille arabe, avec des ambivalences et de la passion, depuis le 11 septembre jusqu’à Alep : la belle affaire ! 

Pour les historiens à venir, la Troisième Guerre mondiale aura commencé avec la décision US de mettre fin aux discussions bilatérales avec la Russie à propos de la Syrie. Laissons parler les armes, pour trancher le débat, disaient-ils. Voici une révélation en exclusivité :

Les US ont décidé de suspendre les pourparlers après que la Russie a appelé au  retrait des combattants d’al Qaida (Front al Nosra etc) hors d’Alep. Il était là, le casus belli.

J’ai en ma possession deux documents qui en font foi.

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Source : http://plumenclume.org/blog/167-poker-nucleaire-par-israe...

 

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Mis en ligne le 12 octobre 2016.

 

 

 

 

18:33 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |