31/07/2013

Nos fêtes sont plus belles que les vôtres -3/3

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«5 et Coq», tableau peint par Alexandre Gregoire  pour célébrer l'élection de Jean-Bertrand Aristide.


Arts haïtiens

 

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Le Centre d’Art après le séisme

 

 

Destination Arts haïtiens :


Bosmétals

Les bosmétals sont les artisans d’une production artistique spécifique de l’ile. Leurs sculptures de fer sont commercialisées depuis 1953. Ce sont des formes découpées dans de la tôle de récupération, passées au feu, découpées au burin, poncées et vernies ou peintes à la main. Les sujets, à l’origine inspirés du vaudou, se sont diversifiés: arbres de vie, scène de la vie quotidienne, poissons, oiseaux, sirènes...

Lire/Voir la suite...

Source :

http://www.indigoarts.com/gallery_haiti_jolimeau.html

 

 

L’enfer le plus coloré du monde

Des peintres, comme s’il en pleuvait :

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/arts/monnin_galerie...

 

 Illustration – Dans le désordre, des connus et des anonymes, et ils sont loin d'y être tous

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Jean-Claude Legagneur – Sans titre – 1947

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Wilson Bigaud – Paradis

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                                   Anonyme – L’esclavage à Haïti

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                                       Anonyme – Haïti en bonnet rouge

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Anonyme – Sans titre

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                                                                       Anonyme – Sans titre – Mars 2010

 

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                                       Anonyme – La Paix

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                                                                                  Anonyme – Sans titre

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Fritz Merise — Trois gros chats

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Fritz Merise — Jungle

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Fritz Merise — Adam et Eve et les animaux

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                                                                                 Alix Dorleus — Deux tigres

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                    Joël Gauthier — Tigres pêcheurs

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                                       Dume Faustin — Sans titre

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                                 Gabriel Coutard — Deux chats

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                                      Pierre Maxo — Tigre

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                         Bertelus Myrbel — Fête-Dieu à Milot, Haïti

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                                                      Bertelus Myrbel — Tremblement de terre avec hélicoptère

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Bertelus Myrbel — Séisme avec avion

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                                        Anonyme — Renaissance

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                                      O. Bertrand — Procession

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                                      Toussaint Auguste — Le Christ et les apôtres au jardin de Gethsemani

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Kens Cassagnol — Manguier

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Kens Cassagnol — L'arbre béringène

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Kens Cassagnol — Sous les aubergines

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                   Carlos Jean-Jacques — L'attente des jours meilleurs

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                                     Yves Michaud — Les filles de Madame Anna

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Fritz Saint-Jean — Le retour des cochons créoles

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Murat Saint-Vil — Iles en marche — 1979

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                                 Emilcar Simil — L'attente — 1980

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                                    Michel Simeon — Sans titre

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Roosevelt Sannon — L'arbre reposoir — 1981

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 Madsem Mompremier — Agoue, Dantor et Freda — 2011

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Madsem Mompremier — La Sirène à cheval —1997

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Madsem Mompremier — Danse — 2011

 

*

Un cas : Frantz Zéphirin

 

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Né en 1968 au Cap Haïtien, Frantz Zéphirin est entré en 1973, à l’âge de 5 ans, dans l’atelier d’Antoine Obin. En 1988, il s’est affranchi de l’influence de ses maîtres, pour développer son propre style. Il en est aujourd’hui, dit-on, à quelque 12.000 tableaux, qu’il a accrochés dans une foultitude d’expositions individuelles et collectives tant en Amérique du Sud et du Nord qu’en Europe. Certaines de ses œuvres ont fait la une de plusieurs magazines prestigieux tels que le New Yorker, le New York Times, Le Temps, le Smithsonian Magazine, etc.

Leur forme ici nécessairement rétrécie ne rend pas justice à l’incroyable richesse de détails et d’invention de ses tableaux, qui semblent jaillir d’une inépuisable corne d’abondance.

Frantz Zéphirin (avoir deux z qui se suivent dans son nom ne doit pas être courant) est catalogué « peintre naïf ».

On peut se demander si les sculpteurs des miséricordes et des gargouilles de nos cathédrales étaient des naïfs ou autre chose. S'ils savaient où se situe la frontière entre la naïveté et le sacré. S’ils s'en préoccupaient. Est-ce que Guernica est une fresque naïve ou cynique ? Ou d'une profonde sacralité ? Ce qui est sûr, c'est que nous avons perdu le sens de tout cela et que nous ne pouvons plus que regarder, comme des poissons enfermés dans un aquarium, ce qui se passe ailleurs. Ailleurs... dans le vaste monde de «Liberté, Égalité, Fraternité».

 

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Sans titre connu

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L'esprit des Indiens, Geronimo — il demande aux conquistadores ce qu'ils sont en train de faire aux Indiens — 2006

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                                                             La découverte de l'Amérique par l'amiral Colom

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                                            Titre inconnu

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                                           Haïti

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                                                 Boat people — 1987

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                                                                               Boat people et créolité avariée

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 Histoire sombre (où l'obscurité est blanche)

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                                                Crucifixion — 1986

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                                       La crucifixion de Haïti

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                        La dictature de l'argent international — 1986

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                                         Opprimés

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                                               Pirates des Caraïbes

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                                       Invasion de la marine US en 1919 et 1994 — 1995

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Les trois visages d'Aristide

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 Minuit sonnant, réunion des diables

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Les lessiveuses de la cascade maudite

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 Arrivée des loas

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               Baron Samedi et Grande Brigitte

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                                                                      Cérémonie guédés

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                            Bossou à cones — Peinture sur bois et cadre

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                                        Enchaînement de l'âme errante par Grande Brigitte devant Baron Samedi

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                     Damballah soignant un enfant malade

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                                                              Esprits sous-marins — peinture sur bois et cadre

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Grandes maîtresses Adelaïde et Afgatine, esprits de l'Air et de l'Eau — 2006

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               La chevauchée d'Erzulie Dantor — Allemagne — 2010

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                                                                                   La famille de Damballah

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Homme à dix têtes

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                                                   L'Esprit-Méduse

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                                                                           La rencontre des dieux de la mer

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                            Le mariage de Damballah — Mars 2005

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                                                                         Le règne de la mort — Mars 2005

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                 Le passage des ghédés dans le cimetière — 2007

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Le Twa Agassou : Agaou, Aganoue et Loup Garou, esprits de l'Air et directeurs des sociétés secrètes du Vaudou

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La dernière cène

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                                                         Maîtresse Simbi et les poissons — Allemagne — 2010

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                          Papa Ghédé et Grande Brigitte au cimetière

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                                                                    Rara Tambou — Peinture sur bois et cadre

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                                                     Trois guédés

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Ayizam, Reine de la Liberté — 2005

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                                             La Porte du Paradis

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                                                                                         Coin de paradis

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Première peinture d'après le séisme - 13 janvier 2010

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                                       Earthquake timer

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                                                                               Il était une fois 12 janvier 2010

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                                                 Après le séisme

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                                                                                        Du sang et des larmes

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                                     Les prisonniers des décombres

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                                                                           Humanitaires et soldats — 2010

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                                                      Les Alliés

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                                                                           Le droit d'ingérence humanitaire

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Le jardin politique

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Le deuil qui nous a unis au-delà des divisions

 

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Planète en péril

 

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Musique quand même !


  

 

 

 

 

 

 

Mis en ligne par Marie, le 31 juillet 2013







22:36 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/07/2013

DISCOURS HISTORIQUE DE GEORGE GALLOWAY À SYDNEY

1. Cook Landing at Botany Bay by John Boyne 1750-1810. Courtesy of National Library of Australia  nla.pic_.an6016577-1.jpg

Supplément au voyage de Cook ?

 

Discours historique de George Galloway à Sydney

 

Il fut un temps où le monde – ou en tout cas l’Europe – comprenait et parlait le français.  « De l’Atlantique à l’Oural », etc. etc. Ce temps est révolu.

Le 4 juillet dernier, M. George Galloway, rupteur de blocus bien connu et homme politique anglais de naissance écossaise, en visite à Sydney, Australie, y a prononcé, sur le thème du printemps arabe, un des discours les plus importants qu’il nous ait été donné d’entendre depuis bien des années. Depuis les grands discours du Fidel Castro des temps héroïques.

 

2. George Galloway Arab Spring Sydney affiche -1.jpg


Sur le thème du printemps arabe, oui, mais pas seulement, Galloway s’est hissé sans effort au niveau des plus grandes, des plus déterminantes interventions des Robespierre, des Saint-Just, des Lénine et, nous l’avons dit, des Castro.

Or, il ne s’est pas trouvé, dans les six heures qui ont suivi, un seul bilingue francophone pour traduire avec rigueur et célérité jusqu’au moindre mot de cet acte politique importantissime. Pas un Canadien, pas un Français, pas un Suisse, pas un Belge et, pire encore, pas un Arabe ! C’est la honte absolue. L’ignardise et l’indifférence élevées au rang des beaux-arts.

Puisque cette vidéo d’une heure n’est pas sous-titrée, nous n’avons d’autre choix que de vous la mettre sous le nez telle quelle. Tant mieux pour ceux qui comprendront. Tant pis pour les autres.

Nous ne relèverons qu’un seul point, parce que nous sommes sûrs qu’il est juste et alors qu'il faudrait tout relever : la victoire en cours de la résistance syrienne à l’invasion est un tournant historique aussi « irrémédiable » que le furent Valmy et Stalingrad.

Et nous ne citerons qu’une seule phrase, alors qu’il faudrait tout citer :  « Je crois dans les Arabes, plus que les Arabes ne croient en eux-mêmes. »



 

 

*

 

 

Notre bateau d'aujourd'hui :

Débarquement de Cook à Botany Bay, par John Boyne

Bibliothèque Nationale d'Australie


Mis en ligne le 19 juillet 2013 par Marie Mouillé.

 

21:17 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/07/2013

HENRI ALLEG EST MORT

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 Henri ALLEG est mort

 

Nous empruntons à notre ami Djamal Benmerad sa réaction à chaud.

Le coeur d'un seigneur, il s'appelle - nous répugnons à parler de lui au passé -  Henri Alleg, a cessé battre, tout comme le nôtre s'est arrêté un instant en apprenant cette nouvelle.

Après le décès de son épouse Gilberte, que dire, sinon renouveler à ses (rares) camarades notre humble recueillement et souhaiter qu'il y ait d'autres Henri Alleg.

En guise d'oraison funèbre, nous republions ce que nous disions de lui à l'occasion de la commémoration du l'Indépendance de l'Algérie, où nous l'avions invité (à Bruxelles) en ce 5 mai 2007.

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Henri Alleg, le plus algérien des Français
Par Djamal Benmerad

J’ai titré ainsi mon propos par pure coquetterie intellectuelle, car Henri Alleg n’est ni tout à fait Algérien ni tout à fait Français : il est internationaliste, bien que nous, Algériens, ayons tendance à nous l’approprier.

Il m’échoit, ce soir (samedi 5 mai 2007), deux tâches en une.

La première tâche, ingrate celle-là, vise à présenter Harry Salem, plus connu sous son nom de guerre d’Henri Alleg, à une partie du public déjà convaincu et connaisseur de ce dernier, tant la valeur de cet homme a fait le tour des cinq continents.

La seconde tâche consiste en le redoutable privilège de faire connaître Henri Alleg à cette autre partie du public qu’est la jeunesse et qui, peut-être, connaît imparfaitement cet homme. Je le ferai donc en vertu de deux affinités subjectives qui me lient à Henry Alleg : notre idéal commun et l’honneur d’avoir travaillé à Alger républicain en qualité de grand reporter quelques dizaines d’années après lui (ce qui ne rajeunit pas Henri !) A ce propos, il faut dire, en passant, que lors de notre intégration à ce journal, chaque jeune journaliste subissait un long speech sur Henri Alleg, par notre directeur de journal aujourd’hui hélas décédé, Abdelhamid Benzine, qui lui aussi connut pendant la guerre la torture et les camps de concentration. Ainsi nous, dont La question figurait parmi nos livres de chevet, nous connaissions Henri avant même de l’avoir rencontré. Il était devenu un mythe pour les Maghrébins que nous sommes, raffolant de mythes et de légendes. Mais cet inconnu devint aussi pour nous une référence en matière de journalisme.

Nous apprîmes donc que ce natif de Londres a tôt commencé le journalisme, avant de s’installer dans l’Algérie coloniale des années quarante. A l’âge de 19 ans il adhère au Parti Communiste Algérien. La direction de ce Parti, assimilant mal les enseignements de Lénine concernant la question coloniale, était majoritairement composée de pieds noirs, c’est-à-dire de Français nés en Algérie, ce Parti donc bégayait à l’époque entre la revendication d’une assimilation des Algériens aux Français et sa demande de promotion des classes ouvrières des deux pays. L’idée de l’indépendance de l’Algérie ne l’effleurait même pas. Il était en somme une annexe du Parti Communiste Français. Mais passons sur cette digression qui risque de réveiller de vieilles polémiques.

En 1951, Henri Alleg se voit offrir la direction du journal progressiste Alger républicain. Il renforce sa ligne résolument anticapitaliste. Peu à peu, la ligne de ce journal devient plus radicale et se rapproche des thèses nationalistes, tant le colonialisme est le fils cadet du capitalisme. Le fils benjamin du capitalisme étant l’impérialisme.

1954 : l’insurrection armée algérienne éclate. Le Parti Communiste Algérien, censé être un parti d’avant-garde est pris au dépourvu. Nombre de militants le quitteront pour rejoindre les Algériens patriotes

Quelques mois plus tard, Alger républicain est interdit par les autorités coloniales. Apprenant qu’il était recherché, Henri Alleg plonge dans la clandestinité pendant que nombre de communistes créent des cellules armées combattantes dénommées « Les maquis rouges », dont le moins méritant n’est pas Fernand Yveton qui sera condamné à la guillotine et exécuté. Il venait à peine d’avoir 20 ans. Les communistes combattront sous le vocable de « Maquis rouges » jusqu’en 1956, année où ils vont s’auto-dissoudre pour rejoindre l’Armée de Libération Nationale.

Après deux ans de clandestinité, Henri est soudain découvert et arrêté le 12 juin 1957 par la sinistre 10eme division de parachutistes du non moins sinistre général Massu. Il est immédiatement transféré dans une villa des hauteurs d’Alger. Il s’agissait de la villa Susini de triste mémoire. Là, Henri connaîtra dans sa chair les morsures de « la bête immonde. » Il y subira ses tortures des plus grossières aux plus raffinées. Il fera connaissance avec « le torchon mouillé », la « gégène », « la baignoire » et autres joyeusetés les unes pires que les autres. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, à l’heure où la torture sévit à Abou Ghraïeb (en Irak), en Palestine, en Colombie et ailleurs, relisons Henri Alleg :

Extrait de La Question d’Henri Alleg

« Jacquet, toujours souriant, agita d’abord devant mes yeux les pinces qui terminaient les électrodes. Des petites pinces d’acier brillant, allongées et dentelées. Des pinces « crocodiles », disent les ouvriers des lignes téléphoniques qui les utilisent. Il m’en fixa une au lobe de l’oreille droite, l’autre au doigt du même côté.D’un seul coup, je bondis dans mes liens et hurlai de toute ma voix. Charbonnier venait de m’envoyer dans le corps la première décharge électrique. Près de mon oreille avait jailli une longue étincelle et je sentis dans ma poitrine mon coeur s’emballer.

Je me tordais en hurlant et me raidissais à me blesser, tandis que les secousses commandées par Charbonnier, magnéto en mains, se succédaient sans arrêt. Sur le même rythme, Charbonnier scandait une seule question en martelant les syllabes « Où es-tu hébergé ? » Entre deux secousses, je me tournai vers lui pour lui dire : « Vous avez tort, vous vous en repentirez ! » Furieux, Charbonnier tourna à fond le rhéostat de sa magnéto : « Chaque fois que tu me feras la morale, je t’enverrai une giclée ! » et tandis que je continuais à crier, il dit à Jacquet : « Bon Dieu, qu’il est gueulard ! Foutez-lui un bâillon ! » Roulant ma chemise en boule, Jacquet me l’enfonça dans la bouche et le supplice recommença. Je serrai de toutes mes forces le tissu entre mes dents et j’y trouvai presque un soulagement »

Fin de citation.

Après un mois de sévices ignobles, un mois qui a dû durer pour lui un siècle, Henri est transféré en divers lieux de détention pour, finalement, aboutir à la prison algéroise Barberousse. C’est dans cette prison qu’Henri Alleg entreprend de relater son supplice afin que nul ne dise « je ne savais pas. » À mesure qu’il rédige fébrilement « La question », il en fera sortir un par un les feuillets à l’insu de ses gardiens, par l’intermédiaire de ses avocats qui étaient aussi ses « complices » à l’instar de Leo Mataresso.

Une fois le livre achevé et évacué hors de prison, un homme de bonne volonté et de grand courage entreprit de l’éditer. Il s’agissait de Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit. Pendant que son auteur est en prison, La question est publié. Les autorités françaises interdisent le livre mais des centaines d’exemplaires sont déjà répandus sur le territoire. C’est ainsi qu’en quelques jours, avec l’aide de La Cité, une maison d’éditions suisse, les Français apprennent avec émoi que l’on torture en Algérie et qui plus est, que l’on torture même des Français ! Des intellectuels et autres personnalités tels que Jean-Paul Sartre, Malraux, François Mauriac et tant d’autres protestent vigoureusement auprès de leur gouvernement.

Pour l’Algérie maquisarde, la publication du livre fut d’un apport extraordinaire. « Ce fut pour nous l’équivalent d’un bataillon » me dira, il y a quelques années, le commandant Azzedine, un des anciens dirigeants de l’Armée de Libération Nationale.

Après trois années de détention à la prison Barberousse, Henri est transféré en France, dans la prison de Rennes, d’où il s’évadera peu après, aidé en cela par un réseau communiste qui lui fera rejoindre la Tchécoslovaquie. Il y restera jusqu’en 1962, lors du cessez-le feu conclu entre l’Algérie combattante et la France colonialiste. Il revient dans l’Algérie indépendante pour organiser la reparution d’Alger républicain.

Je termine en rappelant que contrairement aux Occidentaux, nous, Maghrébins, avons le culte des héros. Henri Alleg est de ceux-là.

Dj. B.


*

Puisque nous sommes en ligne pour rendre hommage à un personnage de légende, qui reste pour nous synonyme de lucidité et de courage, il ne nous semble pas déplacé de faire suivre cet hommage d’une déclaration non moins lucide et courageuse que vient de faire un vivant. Nous voulons parler du cheik Hassan Rohani, nouveau président de la République Islamique d’Iran, proclamé « modéré » par nos augures otanesques adeptes de la méthode Coué, qui n’entrera officiellement en fonctions que dans un mois. Ceci fait écho à l’article de Georges Stanechy « Iran : Le triomphe du vilain canard » et en constitue évidemment la suite naturelle.

Rohani raille Israël et salue Assad et Nasrallah

Al Manar.com (L'équipe du site)

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Le nouveau président iranien cheikh Hassan Rohani a qualifié de « risibles » les menaces d'attaques militaires proférées par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et de « pays misérable » l’entité sioniste, ont rapporté mercredi les médias iraniens.

« Lorsque certains (États-Unis et Israël, ndlr) disent que toutes les options sont sur la table et qu'un pays misérable de la région (Israël, ndlr) dit des choses, cela vous fait rire », a déclaré M. Rohani devant un parterre d'anciens combattants de la guerre Iran-Irak (1980-88).

« Qui sont les sionistes pour nous menacer? », a-t-il ajouté, faisant valoir que la réaction promise par les Iraniens empêchait Israël de mettre ses menaces en pratique.

Dimanche, M. Netanyahu avait répété qu'Israël pourrait intervenir militairement avant les États-Unis pour tenter de contrer le programme nucléaire iranien, qualifiant M. Rohani de « loup déguisé en mouton ». 

« Nous sommes plus proches (de l'Iran) que les États-Unis. Nous sommes plus vulnérables. Et nous devrons donc aborder cette question de comment arrêter l'Iran, peut-être avant les États-Unis », avait averti M. Netanyahu dans un entretien à la chaîne CBS.

 « Ils se rapprochent de la ligne rouge. Ils ne l'ont pas encore franchie », a une nouvelle fois affirmé le Premier ministre, en référence au seuil à partir duquel l'Iran sera selon lui capable de fabriquer sa première arme nucléaire. « Et il faut leur dire sans aucune ambiguïté que cela ne sera pas permis ».

Le peuple syrien surmontera la crise

S’adressant au président syrien M. Bachar El Assad, cheikh Rohani s'est dit certain qu’il parviendra à surmonter la crise dans son pays avec l'aide de « forces pacifiques ». 

« Avec les efforts de forces bénévoles et pacifiques, la grande nation syrienne qui résiste sera à même de surmonter complètement la situation actuelle », a-t-il ajouté, selon l'agence Isna, précisant qu'il répondait aux félicitations de M. Assad pour son élection.

« Les liens étroits et solides entre l'Iran et la Syrie sont la preuve que les deux peuples ont la volonté de coopérer ensemble dans tous les domaines politiques et économiques, et de faire face aux complots des ennemis de la région, y compris le régime sioniste », a-t-il ajouté, selon l'agence iranienne Mehr News. 

Soutien aux deux résistances 

Dans un autre message adressé au secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, M. Rohani a affirmé que son pays reste attaché à son soutien aux deux peuples résistants Palestinien et Libanais .

Le président Rohani avait déclaré après son élection en juin que son gouvernement allait développer les relations entre l'Iran et l'Arabie saoudite, relations qui se sont détériorées ces dernières années, à cause notamment du conflit en Syrie.

Source : http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=86&frid=86&eid=121108

 

*

Enfin, qu’on nous pardonne de faire beaucoup dans la célébration de défunts ces temps-ci, mais nous ne pouvions laisser passer ce 14 juillet 2013 sans rappeler que c’est un 14 juillet que Léo Ferré – qui jamais, de sa vie, ne fut sifflé - nous a quittés.

Nous empruntons à André Uleski, en vrac, son hommage ému et les paroles d’une des plus belles chansons de Léo :

 

14/07/2013

Quand Léo Ferré est sans égal ni rival...

Un hommage à Léo Ferré qui nous a quitté un 14 juillet, il y a tout juste vingt ans.

André Uleski

4. Leo Ferré.JPG

Il n'écrivait et ne parlait qu'une seule langue : le Français... mais il parlait tous les langages et écrivait dans toutes les musiques : il est à lui seul près d'un siècle et demi de poésie et de littérature.

De Baudelaire à René Char en passant par Hugo, Bruant, Carco, Queneau, il a traversé toutes les écoles d'écriture - même automatique  ! Du langage insaisissable de la rue aux modes langagières éphémères, du franglais à l'argot, à la fois virtuose et vertigineux, il pouvait dans un même texte aux néologismes sans nombre, dans un même vers, dans une même phrase les réconcilier tous.

Grand mélodiste, auteur, compositeur, orchestrateur et chef d'orchestre, il était son meilleur interprète. Ironique, moqueur, cruel et tendre, toujours en colère, il aura été le premier slameur et sans doute aussi, le premier rappeur. 

Des millions d'hommes et de femmes ont découvert nos poètes des XIXe et XXe siècles ainsi que la musique symphonique au contact de son oeuvre. De Beethoven à Berlioz au carton perforé de l'orgue de barbarie, du piano à bretelles au rock psychédélique du groupe ZOO.

Lire la suite…

Source :  http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/12/02...

 



 

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 Mis en ligne par Marie Mouillé, le 18 juillet 2013

23:35 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/07/2013

Pour saluer un président exceptionnel qui s'en va...

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Pour saluer un président exceptionnel qui s’en va...

2. Ahmadinejad.jpg

Exceptionnel, Mahmoud Ahmadinejad l’aura été de beaucoup de façons, au service de son peuple et du respect des lois internationales, mais surtout, à nos yeux, par son indéfectible soutien aux Palestiniens, qu’il est un des rares à n’avoir jamais trahi.

 

et faire la connaissance de celui qui lui succède.

 

3. Hasan Rohani.jpg


Georges Stanechy

À contre-courant

2 juillet 2013

 

IRAN : LE TRIOMPHE DU VILAIN CANARD…

« Il n’y a pas d’instauration de la vérité sans une position essentielle de l’altérité ; la vérité ce n’est jamais le même ; il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l’autre monde et de la vie autre. »

Michel Foucault (1)

 

“Emirentielles” au Qatar

On nous l'assure : c'est la clé de notre avenir…

La France vit à l’heure du Qatar. Du moins son oligarchie. Se précipitant, en concurrence avec ses homologues européennes, au portillon de la commission, de la prébende, et autres bouts de gras jetés par l’émir de cet Etat de pacotille. Comblé de colossaux avantages fiscaux dans notre pays, pourtant aux « caisses vides » d’après notre propagande officielle…

Amusante comédie humaine, en “Crésus-Land”…

4. qatar-de-pere-en-fils.jpg

Nos voraces nomenklaturas n’ont même pas la reconnaissance du ventre. L’émir qui n’avait cessé de donner ou “mettre à disposition” de ses maîtres toutes les ressources de son pays, quasiment tout, jusqu’à sa TV internationale Al Jazeera dont il était si fier, pour garder sa rente familiale, s’est vu congédié. Du jour au lendemain. Conservant, il est vrai, son immense fortune personnelle.

Avec un préavis, toutefois : les occidentaux lui ont accordé un mois pour abdiquer et disparaître avec son cousin qui officiait, dans cette farce burlesque, en “premier ministre”. Ce qu’il vient d’exécuter cette semaine, en faveur d’un de ses nombreux fils. Sélectionné par l’Empire…

Riche du gaz naturel de son pays à la population microscopique, il avait commis l’erreur de se croire indispensable. (2) Après avoir investi l’essentiel de son argent en Occident : multiples participations dans les plus grandes multinationales, les plus délirants programmes, "placements" immobiliers de luxe ou du “business sportif”, et autres extravagantes “pompes à fric” dont politiciens, intermédiaires et affairistes raffolent. Signant les ordres de virement en faveur de ce qui lui était désigné. Appliquant à la lettre les instructions reçues : surtout quasiment rien dans la région !... A part, la spéculation immobilière chez lui, évidemment.

Développement de l’Egypte, du Soudan ?... Reconstruction de l’Irak, de l’Afghanistan, du Pakistan ?...

Connaît pas”.

Développement, reconstruction ?... Au contraire : finançant, au seul profit de ses suzerains ou donneurs d'ordre, des guerres de destruction, aussi dévastatrices que meurtrières pour des dizaines de milliers d’innocentes victimes de cette dernière décennie : après la réduction en cendres de la Libye, ce fut, c’est encore, celle de la Syrie.

Etape suivante, il lui était demandé de financer celle en préparation contre l’Iran. Mais, là subitement, il traînait des pieds, objectait, doutait…

C’était aller trop loin, d’après lui. D’autant que le Qatar, dans l’Histoire, ce "comptoir" ou "point d’eau" pour ravitailler en eau potable les bateaux à voiles, était intégré pendant des siècles dans une province méridionale de l’Empire Perse. Jusqu’à sa prise de contrôle par les portugais en 1517, suivis par les Ottomans, et pour finir par les Anglais.

Actuellement, il est le partenaire d’inextricables conventions juridiques et techniques avec l’Iran du fait que les deux pays partagent un même champ gazier sous-marin. Véritable casse-tête opérationnel : comment se répartir une bulle de gaz sous-marine qui ne connaît pas les frontières ?... (3) Facteur aggravant : mitoyen en eaux territoriales de l’Iran, leurs rivages sont plus que proches, presque fusionnels, en termes “balistiques”…

Evidence pour lui et son "premier ministre" : le Qatar, ne disposant d’aucune “profondeur stratégique”, constituerait le premier dégât collatéral d’une guerre dans le Golfe Persique. Siège du quartier général avancé du CENTCOM (Unified Combatant Command) américain (4) situé sur l’immense base aérienne d’Al Udeid, dans la minute même du déclenchement d’un conflit, considéré en “cible prioritaire” par l’Iran, il serait pulvérisé. Retournant à sa condition initiale : un tas de sable. Boum-Pschitt !...

Furieux de sa lucidité, ses maîtres n’ont pas apprécié ce manque de docilité. Sanction immédiate : son remplacement par un membre de sa progéniture choisi pour sa supposée indéfectible servilité : le prince Tamim, 33 ans. Formé, spécialisé, sous le règne antérieur, dans les évènements mondains et sportifs. Encore plus positif : on le dit inféodé aux saoudiens, contrairement à son père qui prétendait rivaliser avec eux dans l’influence à l’égard des “grands” de la planète.

Nous venons ainsi d’assister à une "Emirentielle" !…

La succession d’un émir par un autre. L’émir, en bon autocrate, composant son “gouvernement” avec les membres de sa famille, Al Thani. Tout cela sans vote, bien entendu. Au Qatar, les partis politiques sont interdits. A l’identique de toutes les pétromonarchies du Golfe : même pas un parti unique !

Toutefois, pour faire bonne figure en tant qu’Etat apporteur de « démocratie » en Libye, en Syrie et ailleurs, sa nouvelle constitution prévoit, depuis 2004, un "conseil consultatif" ("Majlis Al-Choura") de 45 membres : 15 nommés par l’émir, et 30 “élus” on ne sait pas trop comment…

D’autant que ce "conseil consultatif" ne participe pas à la désignation du gouvernement, encore moins à celle de l’émir imposé par l’Empire. Lui reste l’organisation des chasses aux faucons, très prisées dans la région…

Ce qui s’appelle : le respect des traditions ! Rien n’a changé depuis que les britanniques ont érigé cette minuscule péninsule du Golfe Persique en émirat, en 1867. Désignant comme "émir" le plus gros commerçant de la bourgade de l’époque, Doha, qui achetait leur verroterie et quincaillerie estampillées “Manchester”. Il s’appelait Al Thani

5. north-south-pars-field.jpg

Couper "La Bulle" en deux ...


Présidentielles en Iran

En face, sur l’autre rivage du Golfe : autre ambiance. L’Iran venait d’achever les élections présidentielles.

6. élections-iran 2013.jpgLe président Ahmadinejad, bouclant ses deux mandatures, ne pouvait constitutionnel-lement se représenter pour une troisième fois. Se sont donc affrontés 8 candidats au cours d’une campagne très active, avec les ingrédients habituels de tous les systèmes électoraux sous tous les horizons : réunions publiques dans toutes les villes, débats télévisés, campagnes d’affichages et de tracts, désistements de certains candidats en faveur d’autres (seuls 6 candidats restèrent jusqu’au terme de la présidentielle). Dans le calme, ce qui n’empêchait nullement les discussions animées, souvent avec beaucoup de vigueur.

Nos médias ne s’en sont pas fait l’écho, ou infiniment peu. Dommage, pour eux et l’information de leurs concitoyens. Ils auraient pu transmettre des aperçus, analyses, sur les différents courants, tendances, partis politiques, qui animent la société iranienne et sortir, enfin, de l’analphabétisme géopolitique dans lequel ils se sclérosent.

Pour ne pas changer les quelques « papiers » ou « sujets », pondus de-ci de-là par nos éminents dispensateurs d’informations, fulminaient contre le choix imposé des candidats. Car, à les croire, dans nos contrées n’importe qui peut se présenter à une élection présidentielle ou parlementaire… Aucun de ces maîtres de l’information n’ayant pris la peine, évidemment, de les rencontrer et discuter de leurs programmes politiques.

Encore moins de souligner, au-delà des fulgurants progrès économiques, le colossal changement positif dans la démocratisation du système politique, depuis la sanguinaire autocratie du Shah imposée par les pays occidentaux, dans le pillage des richesses du pays, de 1953 à 1979. Ou, autre exemple, de mentionner l’enregistrement sur les listes électorales, pour cette présidentielle, de 1,6 million de jeunes ayant atteint cette année l’âge de la majorité légale de 18 ans…

C’est cela « décrypter l’information » : idéaliser chez soi, ou entre soi, et diaboliser les Autres, les Barbares…

Nous fut martelée, inévitablement, la vision d’un Iran accablé par le chômage et la misère. Du fait de la "crise" mythique rongeant nos sociétés ?... Non, en raison de la réussite des "sanctions économiques" imposées par les Etats-Unis et l'Europe. Illégales, notons-le, puisque ces mesures d’embargos n’émanent pas de l’ONU mais du gouvernement des USA ou, suivant la formule banalisée, du « gendarme du monde ».

Là encore, informations corroborées par aucun documentaire, reportage, aucune photo, sur les marchés, les galeries commerciales, les cinémas, la sortie des écoles, universités, usines, et autres lieux publics.

Normal : surtout ne pas montrer que dans ce pays grand comme trois fois la France, malgré toutes les entraves imaginées par l’Occident pour bloquer son développement économique, la vie est beaucoup plus agréable et moins chère pour ses 80 millions d'habitants qu’en Grèce, au Portugal, en Espagne. Bientôt en France, ou dans d’autres pays si imbus d’eux-mêmes. En tous cas, les étals des marchés sont pleins, les plus beaux étant ceux des fleuristes.

Mais… Chut ! Pas de vague ! Vieille devise des trois singes : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire !

Jusqu’à couper la retransmission des émissions TV iraniennes à destination de l’Europe, de l’Amérique du nord et du sud, en anglais, en espagnol et en arabe, transitant par les satellites de télécommunications contrôlés par les occidentaux : Eutelsat, Intelsat, Hispasat, etc. Depuis janvier 2012, dans une vague sans cesse renouvelée de décisions arbitraires, unilatérales. En infraction flagrante du droit et des conventions internationales. Prétextant les sanctions contre l’Iran... (5)

En fait, authentique et secrète censure de l’information en provenance de ce pays par nos gouvernements "démocratiques". Dans la négation de l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme relative à la protection de la liberté d’information. ­

Pourquoi s’en étonner ?...

Depuis qu’il nous est dicté, en France même, ce dont nous devons rire, caricatures agréées et comiques officiels, rien de plus logique de nous imposer ce que nous devons croire.

Hassan Rohani

Hassan Rohani devient donc le nouveau président de l’Iran pour 4 ans. Elu le 14 juin 2013, dès le premier tour, avec près de 51 % des voix, et une participation électorale de 77 % suivie par de très nombreux journalistes et observateurs étrangers, hormis ceux de la sphère OTANesque boudant dans leurs coins.

Les occidentaux englués dans le bourbier syrien n’ont pas eu disponibilités et moyens suffisants pour fomenter les troubles de l’élection présidentielle de 2009, avec sa campagne médiatique hystérique dont on se souvient encore. D’autant que tous les gouvernements polichinelles qu’ils instrumentalisent autour de l’Iran sont plus que fragilisés.

Certains ravagés par de violentes manifestations et révoltes populaires, bien souvent occultées par notre appareil de désinformation : Afghanistan, Arabie saoudite (toute la côte du Golfe Persique), Azerbaïdjan, Bahreïn (base de la flotte américaine dans le Golfe), Egypte, Jordanie, Libye, Tunisie, Turquie. Trop d’incendies à éteindre en même temps sur leurs arrières…

Contraints et forcés, ils se sont piteusement limités à exprimer la satisfaction de voir un nouveau président « modéré », « prêt à s’entendre » avec l’Occident. Précisons que dans leur imaginaire et phraséologie, un chef d’Etat non occidental dit « modéré » est un politicien acceptant de souscrire, d’exécuter, à la lettre et dans la seconde, toutes leurs volontés : prédations, violences, occupations. Et, autres manifestations de puissance à l’encontre de leurs vassaux ou possessions coloniales.

En résumé : l’Iran abandonnerait ses « postures agressives ». Rhétorique, « storytelling » comme disent les anglophones, ou art de prendre ses désirs pour la réalité. Que nos médias, véhicules habituels de la propagande iranophobe, déclinèrent les yeux fermés. (6)

Art, aussi, du renversement des situations, ou artifice du travestissement des faits que l’on se doit de nier, par nos consciencieux "désinformateurs".

7. greve-e-fome-em-guantanamo.jpgL’évidence est à l’opposé de cette représentation, nous le savons. L’Iran ne bombarde, ni ne drone personne, ne spolie aucun territoire, n’interdit les relations commerciales de quiconque. Les symboles de l’abjection sadique de Guantanamo ou Gaza ne sont pas administrés par son armée. La déconstruction des slogans de la propagande serait intermi-nable, tant la liste est longue.

C’est l’Iran qui, en permanence, est diabolisé, menacé de destruction ; ses scientifiques assassinés, ses territoires survolés par des drones violant son espace aérien, son économie enserrée dans une véritable guerre illégale au regard du droit international. Il n’agresse personne, souhaitant tout simplement le respect, dans son droit à l’autodétermination, de sa souveraineté, politique, économique, scientifique. Ainsi que celui de la paix dans la région avec une totale "dénucléarisation" du Moyen-Orient impliquant le retrait de toutes les forces d’occupation, et bases militaires, occidentales dans la région.

Ceux qui pensent avec nos propagandistes qu’Hassan Rohani va courber l’échine, devant les prétentions mégalomaniaques de l’Occident, commettent quatre erreurs d’analyse majeures :

i) Signe fort envoyé par le peuple Iranien. Les bellicistes occidentaux, enivrés de leurs "sanctions économiques", fantasment un Iran venant à genoux implorer leur miséricorde…

Administrant une magistrale paire de claques à ces stratèges-voyous, les électeurs dans leur majorité ont choisi le candidat-président qui a le moins mis l’accent dans son programme sur le volet économique !... Donnant leur préférence à celui qui affichait comme priorité la cohésion et la solidarité nationales. Celui aussi dont la longue expérience, au plus haut niveau, dans la stratégie militaire, la recherche scientifique et nucléaire, les relations internationales avec leurs coups tordus, est la plus probante.

ii) Hassan Rohani est un “résistant” prestigieux, au cœur de la révolution qui a abattu la sauvage dictature du Shah installée et gérée par les occidentaux et un des artisans de l’héroïque résistance à la guerre de l’Irak planifiée et armée par l’Occident pour venger le renversement du Shah et de leur système de pillage (les Iraniens la surnomment la « guerre imposée »…). Endurant avec son peuple, 8 très longues et douloureuses années de massacres (estimation d’un million d’Iraniens tués), la destruction systématique de toute l’infrastructure pétrolière, gazière, portuaire, etc.

Aucun chef d’Etat des pays de l’OTAN n’arrive à la cheville de sa stature d’homme d’Etat, tout particulièrement de son expérience militaire et stratégique forgée lors d’une guerre implacable. En temps que membre du Conseil suprême de la défense de 1982 à 1988, commandant des forces aériennes de 1986 à1991. Depuis 1992, il est responsable du Centre pour la Recherche Stratégique (Center for Strategic Research). Il a animé aussi, de 2003 à 2005, l’équipe de négociateurs spécialisés dans la défense des droits et de la souveraineté de l’Iran dans le cadre du Traité de Non Prolifération Nucléaire.

Pour les avoir affrontés, côtoyés, pratiqués, il sait que ses interlocuteurs occidentaux sont sans foi, ni loi. Aussi irresponsables dans leurs décisions que criminels dans leurs actes. Capables de raser des pays entiers, tuant des centaines de milliers d’innocents. Dans l’indifférence ou la Bonne Conscience. Prêts à tous les mensonges, toutes les manœuvres de gangsters pour s’emparer de son pays et de ses richesses.

iii) Hassan Rohani succède à un grand président, Ahmadinejad, qui lui a préparé le terrain sur le plan diplomatique en ne cessant de rappeler aux occidentaux, au plus fort du climat d’agression à l’encontre de son pays, que l’Iran n’était pas un ramassis de voleurs de poulets, mais les héritiers et représentants d’une des plus anciennes, brillantes, civilisations. Sur tous les plans.

Aussi courageux qu’incorruptible, d’une extrême gentillesse mais d’une ténacité d’acier lorsque les intérêts et l’honneur de son pays sont en jeu, il leur a parlé d’égal à égal, sans peur. Du tac au tac. Ce que ne supportaient pas les oligarques coloniaux qui n’acceptent que la soumission, l’obséquiosité, de ceux qu’ils estiment plus faibles qu’eux. Incapables de soutenir son regard et d’entendre ses discours de paix. Vivant cela comme une « agression », ils perturbaient les réunions de l’ONU à grands fracas d’histrions, pour qu’il ne soit pas entendu.

Diabolisé dans une propagande permanente, éhontée, d’un cynisme mensonger abyssal, déformant ses propos pour le transformer en monstre. (7) Jusqu’à bloquer le système de traduction simultanée de ses discours à l’ONU sous prétexte d’une “panne technique” !… Se croyant au temps de l’Inquisition, l’accusant de blasphème et d’hérésie. Probablement, dans leur fanatisme, bon pour le bûcher après passage en salle de tortures...

Censure, diabolisation, encore et toujours…

Mais le message a été délivré : l’Iran, préparé à toutes les éventualités, n’éprouve aucune peur face à des fous de guerres et de violences qui ne savent que détruire des pays sans défense et assassiner des civils non armés. En conséquence, menaces et sanctions resteront sans effet, n’étant que l’expression de la mauvaise foi. Car, rien de plus facile que négocier sur un problème ou un désaccord, dans un esprit constructif : il suffit de prendre un café ensemble, en se respectant et en s’écoutant mutuellement.

 « Don’t make a mistake ! », comme disait Bush à répétition. Oui : "ne vous y trompez pas". Le nouveau président maintiendra la ligne diplomatique fondamentale de sa Nation : la préservation de son inaliénable souveraineté. Sans crainte. Inflexiblement.

iv) L’Iran est une puissance régionale, militaire et économique, incontournable. Indispensable. D’autant plus forte que tous les Etats qui l’entourent sont en feu, les quelques pétromonarchies encore “calmes” n’étant que du carton-pâte en instance de volatilisation. Face à ces turbulences, son importance ne fera que croître.

Pays charnière entre deux sous-continents, il représente ce qu’est l’Allemagne pour l’espace Européen et Russe. L’Occident ne l’accepte pas, souhaitant sa destruction en tant qu’Etat et s’approprier ses richesses. Accomplir en Iran ce qu’ils ont commis en Irak. La remise en cause perpétuelle ou le continuel procès d’intention de son industrie nucléaire n’étant qu’un prétexte.

Les bellicistes ne s’en cachent pas. Parmi de multiples exemples récents, Sima Shine haut responsable au ministère israélien des affaires stratégiques, préconisant publiquement de mettre Al Qaïda au pouvoir en Syrie. L’essentiel étant de faire "tout pour nuire à l’Iran"… (8)

Hassan Rohani sait qu’il n’a rien à espérer d'un Occident hyperviolent. S'arrogeant dans sa folie mégalomaniaque le droit de vie ou de mort, décrétant qui "mérite de vivre sur Terre". Rongé par l’injustice sociale et économique, avec 20 millions de chômeurs rien que dans l’Eurozone… (9) Les loups, prétendument "alliés" ou de la même meute, se déchiquetant entre eux, au point de s’espionner nuit et jour dans une paranoïa suicidaire.

Dès son entrée en fonction, il a déjà baissé le rideau sur ce monde en perdition. Répondant aux félicitations du président de la Chine pour son élection, il a annoncé que "la priorité de sa présidence" serait le renforcement des relations avec son pays…

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Sima Shine - Apothéose du fanatisme destructeur


Ritournelles en France

Roland Dumas dans son dernier livre paru en mai dernier se désole, en tant qu’ancien ministre des affaires étrangères de la France, de voir notre pays prendre ses ordres à Washington et à Tel Aviv. Renonçant à sa souveraineté, dans une servitude assumée et célébrée par sa nomenklatura. (10)

On comprend mieux, en le lisant, que la vision stratégique et délirante, sous forme d’anathème ou d’excommunication, exprimée par une Sima Shine soit, en conséquence, strictement, servilement, appliquée tant par notre “diplomatie” que par notre “défense nationale”. Religieusement ânonnée…

D’où ces sempiternelles “ritournelles” que politiciens et médias se doivent d’entonner sans arrêt. Telles des mantras bouddhistes. “Ritournelle” au sens où l’entendaient Deleuze et Guattari afin de mobiliser le troupeau, le rassembler en l’endormant :

« La ritournelle a aussi une fonction catalytique : non seulement augmenter la vitesse des échanges et réactions dans ce qui l’entoure, mais assurer des interactions indirectes entre éléments dénués d’affinité dite naturelle, et former par là des masses organisées. » (11)

9. eua-espionam-o-mundo.jpg                   Ce processus de fanatisation, d’obscurantisme et de conditionnement pulsionnel, est nourri, entretenu depuis les soutes ou les cuisines de la propagande iranophobe déversant leurs bouillies hallucinogènes, à grandes louches de « n’importe quoi ». Ne reculant devant aucune falsification, diffamation, mise scène, et faux témoignages. (12) Aux étages supérieurs plastronnent les "islamologues officiels" de la propagande, après avoir servi le plat à présent refroidi du "choc des civilisations", chargés de nous enfumer sur la soi-disant confrontation entre "l’arc chiite" et "l’arc sunnite"...

Sous-entendu : entre le diabolique Iran chiite et les vertueuses pétromonarchies sunnites… Alors que la plupart d’entre elles sont constituées d’une majorité de population chiite gouvernée par des autocrates sunnites installés par la colonisation, selon le principe du "diviser pour régner". Comme Bahreïn nous le rappelle tous les matins par les atrocités répétées de l'émir contre son peuple.

S’il y a conflit entre deux "arcs", c’est bien celui de "l’arc de l’imposture" d’entités artificielles érigées en Etats par les occidentaux, telles que les pétromonarchies et autres (exemple : Jordanie), à la suite du partage de l’Empire Ottoman ; et, "l’arc de la légitimité" représentant des Etats authentiques dont l’identité nationale plonge ses racines au plus profond de l’Histoire.

Pour ceux qui voudraient sortir de ce conditionnement, lavage de cerveau instillé par ces propagateurs de clichés, comprendre l’Iran, je conseille de feuilleter l’œuvre magistrale d’Henri Corbin qui a passé toute sa vie à étudier le chiisme. Exposant, démontrant, sa contribution inestimable à la spiritualité de l’Islam et de l’humanité dans son ensemble. Notamment :

=> En Islam iranien : aspects spirituels et philosophiques (Gallimard – 1978 – 4 volumes) et,

=> Temple et contemplation, essai sur l'Islam iranien (Flammarion – 1981).

Mais, "ritournelle" oblige : notre ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, vient de déclarer que le principal problème de la paix dans le monde est le nucléaire iranien, le "futur" risque que l’Iran obtienne l’arme nucléaire. Nous voilà repartis pour un nouveau tour de procès en sorcellerie… (13)

Metternich, le ministre des affaires étrangères de l’empire d’Autriche au moment des conquêtes napoléoniennes, disait que ce n’était pas la France qui faisait la guerre à l’Europe mais Napoléon "avec des moyens français". Deux siècles plus tard, ce n’est pas la France qui se livre à des actes de guerre au Moyen-Orient et ailleurs contre des peuples qui ne lui ont rien fait, mais une caste "avec des moyens français" pour servir des intérêts qui ne sont pas ceux de notre pays.

Car, comment en arrive-t-on, au-delà de ces gesticulations diplomatiques et guerrières, à sacrifier notre économie ?... En nous interdisant de commercer, d’investir, sous prétexte d’appliquer des « sanctions économiques » qui ne sont même pas imposées par l’ONU. Mais, unilatéralement par le gouvernement d’un pays étranger qui, de plus, nous espionne en permanence.

Exemples qui font rire le reste du monde... Peugeot s’est vu sommé de renoncer à son plus important marché à l’exportation avec usine de montage, jusqu’aux pièces détachées qui lui est interdit d’expédier… Ou, Total qui a dû verser une pénalité de 400 millions de dollars aux USA avec interdiction d’investir en Iran… La fermeture illégale de ce marché en pleine croissance coûte à la France une moyenne annuelle de 2 à 5 milliards d’euros. (13)

Ne serait-ce que sur 10 ans, on peut estimer la perte pour la balance commerciale française, actuellement en déficit, à une trentaine de milliards d’euros. Nous démantelons nos industries et nous nous interdisons des marchés à l’exportation…

En vertu de quoi et au bénéfice de qui ?...

Pendant ce temps les contrats de l’Iran se multiplient avec l’Inde, la Chine, le Brésil ou l’Argentine, et autres. Depuis l’agroalimentaire jusqu’aux colossaux marchés des infrastructures : constructions et équipements de ports, lignes de trains à grande vitesse, prospection et exploitation énergétiques, transport et manutention, etc.

10. raffinerie-iran.jpgCar, l’Iran est en pleine croissance avec un gigan-tesque potentiel, détenant les plus grandes réserves de gaz dans le monde (1er rang), parmi les plus grandes réserves pétrolières (2° rang), d’immensesréserves minières, de l’uranium aux catégories de métaux ferreux et non ferreux les plus recherchés. Avec une population remarquablement bien formée dans des universités scientifiques et technologiques parmi les meilleures du monde.

L’Iran figure au 5° rang mondial au niveau de la recherche dans les nanotechnologies. Se couvrant d’industries et d’usines ultramodernes, de chantiers navals, et de ports. Actuellement, pratiquement autonome dans l’édification de son industrie de l’armement, construisant ses frégates, sous-marins, avions, drones, chars d’assaut, et devenu l’un des plus performants "missiliers" du monde…

Le World Investment Report 2013 publié par l’UNCTAD (CNUCED en français), organisation de l’ONU, n’a pu dissimuler le fait qu’en Iran les FDI (Foreign Direct Investments) ou Investissements Directs Etrangers, ne cessent de progresser. Sanctions ou pas… (14)

Classant l’Iran (page 49) dans la catégorie des pays dits "South Asia", pour ne pas faire de l’ombre aux pays du Moyen-Orient, à la seconde place derrière l’Inde en termes d’échanges d’investissements (l’Iran reçoit des investissements mais investit aussi dans d’autres pays). Encore mieux, l’Iran se classe en volume à la seconde place derrière l’Inde, mais à la première pour ce qui est de la croissance du volume des investissements directs !... (15)

Par contre, ironie de l’Histoire, le rapport constate dans sa page 54, le déclin des FDI dans la région pour la Turquie, l’Arabie saoudite et la Jordanie…

11. aluminium-coils-iran.jpgDernier hommage du pays au Président Mahmoud Ahmadinejad avant son départ : il a présidé à l’inauguration de la nouvelle aciérie ultramoderne de Pasargad dans la province méridionale de Fars. A environ 1000 kilomètres de Téhéran, dans la ville de Kovar.

Symbole de la fantastique progression du pays, édifiée sous sa présidence sur une superficie de 300 hectares, elle représente un investissement de 5, 5 milliards de dollars, et la création dans un premier temps de 800 emplois. La troisième du pays. Classant l’Iran au premier rang des producteurs d’acier pour les pays du MENA (Middle East - North Africa).

L’Iran édifie ainsi une économie fondée non pas sur la spéculation, ou la rente, mais sur l’industrie et la recherche. En France, nous fermons nos aciéries et n’arrêtons pas de licencier, accordant toutes les faveurs aux "banksters" et à "l'économie-casino"…

Et dernière satisfaction, couronnement d’une action implacable de son mandat pour lutter contre ce fléau, l’Iran a procédé à l’incinération publique de 115 tonnes de drogue saisie en 3 mois (l’an dernier l’Iran en a saisi 500 tonnes), en provenance d’Afghanistan.

Dont on sait que depuis l’occupation de l’OTAN la production a plus que décuplé. Répandue à présent au Caire, entre autres destinations prioritaires dans la région gérées par les services spéciaux occidentaux, à bas prix. Provoquant une explosion de la consommation de drogue

Le danger de l’Iran pour la planète…

Dénis, délires, fureurs, de notre caste au pouvoir. Les chiens aboient.

En écho, au triomphe du “Vilain Canard”…

12. Celestino_Ahmadinejad_au_dessus_c_est_le_soleil-23015-d50c4.jpg

____________________

1. Michel Foucault, Le Courage de La Vérité – Le gouvernement de soi-même et des autres II – Cours au Collège de France – 1984, Hautes Etudes – Gallimard Seuil, 2009, p. 311. (Dernière phrase de son dernier cours, 28 mars 1984 ; trois mois avant sa mort. Oui : « … la vérité ce n’est jamais “le” même… »).

2. Sur une population de 2 millions d’habitants, seulement 400.000 sont qataris. Le reste, à l’exception des expatriés européens occupant la plupart des postes de direction et d’encadrement, est composé en majorité d’immigrés venant essentiellement d’Asie (Philippines, Bengladesh, Inde, Pakistan, etc.), traités en "esclaves modernes" : sous-payés, sans aucun « droit » si ce n’est de se taire, vivant dans des conditions de travail inacceptables au regard des principes édictés par l’OIT…

3. Cette réserve sous-marine est répartie entre le Qatar, le North Dome (60%) et l’Iran, le South Pars (40%).

4. En clair : du corps expéditionnaire américain dans la région, dont le centre de commandement est situé à Tampa en Floride. C’est à partir du Qatar qu’ont été, et sont encore, “gérées” l’invasion et la destruction méthodique de l’Irak, de l’Afghanistan, et d’une grande partie du Pakistan.

5. West bans on Iranian channels appalling violation of free speech: Expert, Press TV, 29 juin 2013, http://www.presstv.ir/detail/2013/06/27/311089/west-bans-...

6. Archétype : Georges Malbrunot, Hassan Rohani : un religieux modéré partisan d’une détente avec l’Occident, Le Figaro, 15 juin 2013, http://www.lefigaro.fr/international/2013/06/15/01003-201...

7. Jonathan Steele, Lost in translation – Experts confirm that Iran’s president did not call for Israel to be ‘wiped off the map’. Reports that he did serve to strengthen western hawks, The Guardian, 4 juin 2006, http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2006/jun/14/post155

8. Israel Prefers Al-Qaeda Ruling Syria just to Harm Iran [Israël préfère Al Qaïda au pouvoir en Syrie afin de nuire à l’Iran], 25 juin 2013, Fars News, http://english.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13920404000773

9. Over 19 million jobless as Eurozone unemployment hits record high, RT, 1er juillet 2013, http://rt.com/business/eurozone-unemployment-record-high-...

10. Roland Dumas, Dans l’œil du Minotaure, Editions Le Cherche-Midi, mai 2013.

11. Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux – Capitalisme et Schizophrénie, Les Editions de Minuit, 1980, p. 430.

12. Un mot sur l’évolution inquiétante dans nos démocraties de ces officines proliférantes. Pour la plupart agissant en interaction, quant aux pratiques rhétoriques et incitations à la haine, avec les milices « AntiFas » ou assimilées.

Même “style”, ou “copié-collé” (jusqu’aux fautes d’orthographe…), dans la logorrhée et la diffusion obsessionnelle de listes de personnes à empêcher de prendre la parole, d’écrire, de témoigner.

13. Antifafifou-.jpgCes groupes de nervis, adeptes de la cagoule et de la violence, instrumentalisés par les services spéciaux de plusieurs pays et protégés par les polices nationales, ont pour mission d’entraver la liberté d’expression. Dès lors que les critiques ou la dénonciation des prédations coloniales de l’Occident (tout particulièrement au Moyen-Orient et en Palestine), dans une perspective de paix et de développement partagé entre tous les peuples, ont pour support des analyses, des informations, des faits, irréfutables et gênants pour les oligarchies.

A l’opposé de ce qu’ils prétendent représenter : « la lutte contre le fascisme ». Ils agissent, en fait, suivant le même mode opératoire et la même idéologie « fascistes » que les sinistres milices “SA(constituées à Munich en 1921) qui, tout en se déguisant en « militants de gauche », ont assuré la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne…

13. Iran says French minister’s remarks on nuclear program unrealistic, Press TV, 22 juin 2013, http://www.presstv.ir/detail/2013/06/22/310345/iran-rejec...

14. Kaveh L Afrasiabi, New dynamic in Iran's European ties, Asia times 27 juin 2013, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-270613.html

15. World Investment Report 2013 – Global Values Chains : Investment and Trade for Development, UNCTAD ( United Nations Conference on Trade and Development), http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/wir2013_en.pdf, page 49,

=> Tableau A. Distribution of FDI flows among economies, by range, 2012

=> Figure A. FDI flows, top 5 host and home economies, 2011–2012 (Billions of dollars)

Source :

http://stanechy.over-blog.com/iran-le-triomphe-du-vilain-...

 

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Mis en ligne par Marie Mouillé, le 14 juillet 2013




19:58 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/07/2013

Qui dit qu’il n’y a pas d’Europe ? Et celle de l’infamie ?

1. euro-titanic .jpg

 

QUI DIT QU’IL N’Y A PAS D’EUROPE ?

ET CELLE DE L’INFAMIE ?

Philippe Grasset – DeDefensa.org – 3.7.2013

«On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en criant “L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !”...», disait fameusement le général en 1965. Il doit bien rire. Ils ne sautent plus sur leurs chaises et ne crient plus «L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !» ; non, ils font leur coup en douce, comme des petits commissionnaires des dernières instructions impératives, montrant le complet alignement de l’Europe sur les consignes-Système des USA, après qu’on ait montré, deux jours auparavant, qu’on les espionnait comme dans des latrines à tous vents. Qu’un ministre bolivien, Ruben Saavedra de la défense, qui était dans l’avion avec Morales (nous y venons) puisse déclarer comme s’il parlait des gouvernements européens comme de services annexes du département d’État, pour lesquels il suffit d’appuyer sur un bouton pour qu’ils agissent comme on a décidé pour eux  : «This is a hostile act by the United States State Department which has used various European governments.», – qu’il puisse dire cela et que cela ne soulève en nous aucun réflexe de scepticisme, ou d’interrogation, ou d’indignation enfin, voilà qui nous en dit des tonnes et des tomes, – parce que cela est vrai...

Lire la suite…

Source :

http://www.dedefensa.org/article-qui_dit_qu_il_y_a_pas_d_...

 

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Désastre diplomatique sans précédent pour la France en Amérique Latine

François ASSELINEAU

 

2. bolivie-france-merde.jpg

Comme je l’évoque parfois au détour de l’une de mes conférences, le prestige de la France était immense en Amérique latine, et cela depuis les guerres d’indépendance du début du XIXe siècle contre la puissance coloniale espagnole.

DEPUIS LA RÉVOLUTION DE 1789, LA FRANCE BÉNÉFICIAIT D’UN IMMENSE PRESTIGE DANS TOUTE L’AMÉRIQUE LATINE

Francisco de Miranda, qui participa à la bataille de Valmy, 20 septembre 1792, au côté des révolutionnaires français et contre l’Europe coalisée, fut ensuite le principal collaborateur du Libérateur Simon Bolivar.

De nombreux symboles hérités de la Révolution française (par exemple le bonnet phrygien) furent repris par les révolutionnaires latino-américains à travers tout le continent dans les armoiries des États nouvellement indépendants (Argentine, Bolivie, Chili, etc.)

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 Source :  http://www.upr.fr/

 

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Mercredi 3 juillet

De « l’affaire Ben Bella » à « l’affaire Evo Morales » , la piraterie aérienne d’état française.

Daniel BESSON -Zebra Station Polaire

Quelles que soient les dénégations que feront les chefs politiques Français  et en particulier l'ignominie  en costume qui usurpe  la fonction de Président de la République [ lien ], le refus de survol du territoire français par l'avion de la Présidence de la République de l'état plurinational de Bolivie relève de la piraterie aérienne d'état . [ article du site Slate.fr ]

La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, signée en 1961, détaille les principes de l’immunité dont jouissent les chefs de missions diplomatiques, la plupart du temps les ambassadeurs, et les membres d’une mission diplomatique.

Ce texte, ratifié par 189 pays, précise notamment qu’un État qui accueille un diplomate étranger doit, sauf en cas de menace pour la sécurité nationale, lui assurer la liberté de déplacement et de circulation sur son territoire. Si cette obligation ne concerne que les chefs et membres de missions diplomatiques, il est généralement accepté que l’immunité qui leur est garantie en tant que représentants de leur État s’applique aussi aux chefs de ces États, qui sont de facto à la tête de la diplomatie de leur pays .

Quel que soit notre positionnement par rapport aux événements survenus en Algérie entre 1954 et 1962 , les chefs politique français viennent de commettre un acte de piraterie aérienne comparable à celui commis lors de l'arraisonnement de l'avion de Ben-Bella en 1956 [ lien ].

3. arrestation ben bella.jpg

Cette décision d'interdire le survol de notre territoire confirme l'alignement atlantiste des chefs politiques français [ lien vers article ], mais aussi italiens, espagnols et portugais.

En effet la question essentielle à se poser est : Sur quels éléments de preuve les chefs politiques français ont-ils pris la décision d'interdire le survol du territoire national par l'avion présidentiel bolivien ?  

Au-delà du soutien très vague affiché par le Président Evo Morales à l'égard d'Edward Snowden, on imagine mal une barbouze française dans le hall de transit de l'aéroport de Cheremetievo ou un contact parmi le personnel technique de l'aéroport qui aurait pu renseigner les décideurs français. Les autorités françaises [ espagnoles, italiennes, portugaises ] n'ont donc pu avoir pour éléments de prise de décision que des renseignements en provenance d'une source étatsunienne.

Liens :

La milice indigène Aymara des «  Ponchos Rouges » devant l'ambassade de France à La Paz  - http://www.demotiximages.com/node/2221205    

Le communiqué vipérin de la Présidente du Brésil Dilma Rousseff - http://blog.planalto.gov.br/em-nota-governo-expressa-repu...

4. Non au racisme servil de la France.jpg

Les photos de Russia Today -http://rt.com/in-vision/bolivia-protest-france-plane-mora...  :

5. Francia fascista y imperialista !.jpg

 

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Les images et les témoignages qui circulent semblent en tout cas confirmer l’analyse de François Asselineau, puisque, en effet, l’expression populaire de la colère bolivienne a été réservée à l’ambassade de France, épargnant celles d’Italie, du Portugal et même d’Espagne, alors que personne, sous ces latitudes, n’a pu oublier le « Pourquoi tu ne la fermes pas ? » de Juan Carlos à Hugo Chavez. C’est donc bien une forte et tenace illusion que les Latino-Américains viennent de perdre. Car, enfin, si ce n’est pas le général De Gaulle qui a fait kidnapper et emprisonner Ahmed Ben Bella le 22 octobre 1956 (Robert Lacoste et François Mitterrand régnant… sous Guy Mollet), il ne l’a pas non plus laissé libérer avant 1962. Par ailleurs, si quatre présidents se sont succédé à la tête du pays depuis l’arrestation de Georges Ibrahim Abdallah le 24 octobre 1984, (premier mandat de François Mitterrand), aucun des quatre (les autres étant Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande)  n’a osé s’opposer à sa condamnation et encore moins permettre à une magistrature supposée indépendante du pouvoir exécutif de le libérer au bout de bientôt trente ans qu’il croupit dans les geôles françaises, pour un fait de guerre dont tous ont su et savent qu’il ne l’a pas commis lui-même. Tous ont fait le choix de ne jamais désobéir à leurs maîtres. Ne parlons pas de l’intelligentsia hexagonale, qui n’a jamais, dans sa très grande majorité, rien trouvé à y redire…

Mais est-il besoin d’ajouter que tous les autres pays d’Europe se seraient empressés d’imiter les quatre concernés si l’avion du président bolivien avait eu à les survoler ?

 

6. French Poodle.jpg


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6 juillet 2013

Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules

Thierry DERONNE - Le Grand Soir

7. unasur cochabamba.jpg

La réponse n’a pas tardé. Ce 4 juillet, à Cochabamba (Bolivie), lors de la réunion d’urgence de l’UNASUR accompagnée d’une mobilisation des mouvements sociaux, le président équatorien Rafael Correa résume la position de ses homologues latino-américains au sujet de l’atteinte à la souveraineté de la Bolivie et à l’immunité de son président Evo Morales (1) : “nous n’acceptons pas qu’on nous traite comme une colonie, le monde entier doit réfléchir à la gravité de ce qui s’est passé : on a empêché un président jouissant d’une absolue légalité de traverser un espace aérien. Si cela s’était produit contre les États-Unis ou un pays européen cela aurait constitué un casus belli. On a détruit la Charte des Nations Unies et l’amitié entre États. (..) Que Edward Snowden fût ou non dans l’avion n’entre pas en ligne de compte. Un président a le droit de transporter qui il veut dans son avion. Le problème est que certains se sont perdus dans l’Histoire il y a 500 ans et que le droit international qu’ils invoquent si souvent ne vaut que quand il leur convient”.

 



La présidente argentine Cristina Fernandez qui avait dès les premiers instants, depuis son compte Twitter, dénoncé “la violation de l’immunité absolue conférée par le droit international, garantie par la convention de 2004 et le Tribunal de la Haye”, souligne qu’ “il ne s’agit ni d’une erreur ni d’un problème technique, ils veulent comme il y a cinq siècles nous soumettre, une fois de plus, à l’humiliation et à l’asservissement”.

Lire la suite…

Source : http://www.legrandsoir.info/face-a-une-amerique-du-sud-un...

 

8. UNASUR ---.jpeg

Déclaration de Cochabamba

Les présidents d’Amérique Latine font bloc, réclament excuses et explications après l’affront fait à la Bolivie

Par Estelle Leroy-Debiasi

Mondialisation.ca, 05 juillet 2013

elcorreo.eu.org

9. Esbirros.jpgC’est en Bolivie que s’est tenue la réunion en urgence des membres de l’organisation régionale UNASUR, après le grave incident qui a marqué le voyage de retour de Moscou du président Evo Morales, dont les dommages sont encore mal mesurés par les pays européens concernés.

Les gouvernements de la région « exigent » des pays européens concernés – France  Espagne, Italie, Portugal -  « qu’ils expliquent les raisons de la décision d’empêcher le survol de leur territoire par l’avion du président bolivien Morales ». C’est ce qu’il ressort de la « Declaración de Cochabamba », à la suite de la réunion de mercredi 4 juillet, à laquelle participaient les présidents d’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, de Bolivie, Evo Morales, d’Équateur, Rafael Correa, du Surinam, Desiré Delano Bouterse, d’Uruguay, José Mujica, et du Venezuela, Nicolás Maduro, le Brésil étant représenté par le ministre Eduardo dos Santos, le Chili, le Pérou et la Colombie par leurs ambassadeurs en Bolivie.

La Déclaration dénonce « la flagrante violation de tous les traités internationaux qui régissent la cohabitation pacifique, solidarité et coopération » entre les États, ce qui « constitue un acte insolite, inamical et hostile ». Il s’agit d’un « fait illicite qui affecte la liberté de circulation et de déplacement d’un chef d’État et de sa délégation officielle », poursuit le texte qui affirme que « l’inacceptable restriction de liberté de Morales, le convertissant virtuellement en un otage, constitue une violation des droits non seulement vis-à-vis du peuple bolivien mais des peuples et de tous les pays d’Amérique Latine, et marque un précédent dangereux dans le domaine du droit international en vigueur ».

La Déclaration demande aussi que les quatre pays concernés « présentent des excuses publiques correspondant à la gravité des faits survenus ».

Elle fait suite à la lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, par le gouvernement bolivien, l’exhortant d’empêcher que cette affaire constitue « un précédent néfaste, qui pourrait affecter d’autres chefs d’État et mettre en danger la cohabitation pacifique entre États », la qualifiant de « violation flagrante du droit international » .

Avant le sommet, les présidents Kirchner, Morales, Correa et Maduro ont pris la parole lors d’une manifestation publique devant la foule, dénonçant l’attitude des gouvernements européens impliqués dans cette affaire, dénonçant des vieux relents de colonialisme, d’impérialisme et d’arrogance…

Cette réaction est à l’aune de la colère soulevée dans plusieurs pays latino-américains et, plus que la colère, les dommages engendrés par cette affaire. Tout ceci est sans doute mal mesuré par les pays européens qui en sont à l’origine, par mépris ou ignorance, comme le montrent les excuses embarrassées et finalement assez légères, eu égard à la situation, du ministre des Affaires Étrangères français Laurent Fabius à son homologue bolivien, faisant part « des regrets de la France, suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation de survol du territoire par l’avion du Président ».

Alors même que Cristina Kirchner, a bien traduit le sentiment général de l’Amérique latine, « une humiliation infligée à une nation sœur et au continent », et aussi un coup de boutoir dans la diplomatie et le droit international, lourd de conséquences : « Cette violation des textes des Nations Unies provoque un degré d’insécurité juridique très grave » a-t-elle souligné. « Cela est d’autant plus significatif qu’il s’agit d’un chef d’État, parce que,  s’ils font ce genre de choses à un chef d’État connu du monde entier et qui a accès à la presse, que peut-il arriver à un citoyen lambda que personne ne connaît ?Il peut lui arriver des choses terribles ! ».

Estelle Leroy-Debiasi pour « El Correo de la diaspora latinoaméricaine ».

El Correo. Paris, 5 juillet 2013.

Source :  http://www.elcorreo.eu.org/Les-presidents-d-Amerique-Latine-font-bloc-reclament-excuses-et-explications-apres-l


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Et enfin…

6 juillet 2013

L’Amérique Latine lance « la Banque du Sud » et défie le FMI (Publico)

Daniel FERNANDEZ - Le Grand Soir

10. Banque du Sud création.jpg

Intégrée par l’Argentine, la Bolivie, l’Equateur, l’Uruguay et le Venezuela, la nouvelle entité aspire à créer un fonds pour accroître le développement économique de la région dans le but de renforcer sa souveraineté.

L’Amérique Latine continue à renforcer son processus d’intégration régionale tout en construisant une alternative au système économique à tendance néolibérale, en vigueur dans les pays du Nord. La banque du Sud, dont le premier Conseil des Ministres a eu lieu le 12 juin dernier à Caracas, constitue la dernière étape de cette construction. Créée en 2007 à l’initiative des défunts Hugo Chavez et Nestor Kirchner, ex-présidents des Républiques du Venezuela et d’Argentine, la Banque du Sud cherche à collecter 20.000 millions de dollars, bien que ses actionnaires n’aient réussi à en débourser que 7.000 millions : les pays qui sont à son origine, sont pour le moment l'Équateur, le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil, la Bolivie, l’Argentine et le Vénézuela, c'est-à-dire, les pays constituant le MERCOSUR plus l'Équateur. Selon Susanne Gratius, professeur des relations internationales d’Amérique Latine, « Nicolas Maduro et Elias Jaua ont repris le projet pour réaffirmer le rôle moteur du Venezuela en Amérique du Sud et plus particulièrement au sein du MERCOSUR, dont la présidence pro tempore sera assumée par le Venezuela le 1er juillet.

Lire la suite…

11. mercosur_logo02.jpg

Source : http://www.legrandsoir.info/l-amerique-latine-lance-la-ba...


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12. GINGER CAT.jpg

LIVRES


13. Boniface Faussaires.jpg


Pascal BONIFACE

Les Intellectuels faussaires : le triomphe médiatique des experts en mensonge,

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 20 mai 2011 – 272 pages.

Ed. Pocket,

Novembre 2011, 229 pages

 



14. Bon iface, Intègres.jpg


Pascal BONIFACE

Les intellectuels intègres

Gawsewitch Éditeur, 7 mai 2013

416 pages

 


 

Pascal Boniface, Les Intellectuels intègres

Interview


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Après cette entorse à nos résolutions, laissons Théroigne retourner à sa chasse au merle blanc : un propriétaire d’immeuble de rapport qui accepte l’argent-qui-n’a-pas-d’odeur d’une octogénaire et de trois chats, sans recourir au credo de cette intéressante catégorie de population : « Pas d’étrangers ! Pas de vieux !  Pas d’animaux ! », - quelquefois « Pas d’enfants ! » -  et dans tous les cas : « Pas de pauvres ! », autrement dit « Crève, Théroigne, tu encombres ! »

Il n’y  a pas que les chefs d’État qui se font humilier par les parasites.

À ce propos, qui se souvient de la thèse d’Henri Guillemin sur les origines de la Commune ? Thèse qui a suscité tant de vertueuse indignation chez les « gôches » de tout poil, en bousculant au nom de la vérité leur hypocrite narrative...

Moralité :

Les peuples ne se soulèvent jamais que quand il est trop tard.

Ils ont les gouvernements qu’ils méritent.

 

15. santé.jpg

Santé aux Latinos !

Et à Edward Snowden !... cet infime grain de sable dont le courage vient de faire grincer plusieurs énormes machines, dont celle des relations Russie-Chine.

 

 

 

Mis en ligne par Marie, le 7 juillet 2013.





19:18 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2013

Maurice Nadeau est mort

1; BLOG NADEAU - bateau_papier_gange.jpg

Maurice Nadeau est mort.

Il avait 102 ans.

2. nadeau new.jpg

 

Comme le dit Tatum sur son blog :

Pas de pleurnicheries hypocrites et convenues !

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1 bis. La dernière Quinzaine.jpg

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Pour les nécrologies qui, à l’instar de celles qu’on vit fleurir pour Mistinguett et Jeanne Calmant, devaient être prêtes depuis longtemps, c’est ici :

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/06/17/mau...

http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20130618.OBS3691/...

http://bibliobs.nouvelobs.com/la-tendance-de-jerome-garci...

Il y en a d’autres. Pas toutes en français.

http://timescolumns.typepad.com/stothard/2013/06/maurice-...

 

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3. Nadeau - livres 805x453.jpg

« Les honneurs déshonorent »

Gustave Flaubert

Nous ne dirons rien de la Ville de Paris, qui en avait fait un Commandeur des Arts et Lettres mais n’octroya jamais le moindre fifrelin à son incomparable revue, lui préférant de loin les Pussy Riots, Jean-Paul II et Ben Gourion.

Pour prendre congé d’un homme qui a beaucoup œuvré et bien mérité de se reposer, nous vous proposons de revoir une interview qu’il avait accordée, à l’occasion de son centenaire, à Michel Boujut, et de découvrir peut-être la transcription d’une autre interview, diffusée en 2006 pour les quarante ans de La Quinzaine par France Culture, que nous avons trouvée sur le site de Taos Aït Si Slimane.


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Le Monde magazine, samedi 21 mai 2011
  Maurice Nadeau : Cent ans de rectitude
   par Michel Boujut

   Il a publié Miller, Beckett et Houellebecq. Éditeur, critique, directeur de journal, Maurice Nadeau évoque son parcours pour son centième anniversaire : une vie droite dans un siècle compliqué. Ses guides : le sens de la justice et le goût des livres.

   Est-ce en lui l’esprit de dissidence, le refus du conformisme et des modes, le désintérêt à faire carrière ou à se mettre en avant ? Mais c’est ainsi : Maurice Nadeau, qui fête ses 100 ans le 21 mai, demeure un irremplaçable « passeur ». Malcolm Lowry ; Henry Miller, Roland Barthes, Gombrowicz, Beckett, Sciascia, Chalamov, Perec… Il nous a révélé nombre des écrivains qui ont modifié notre regard et notre sensibilité. Critique, éditeur, directeur de revue ou de journal, ce « héros du travail », comme disait son ami Michel Leiris, reste un formidable éveilleur. Son Histoire du surréalisme parue au lendemain de la guerre fait toujours référence soixante ans plus tard. De son métier d’enseignant, il a gardé le désir de transmettre le goût de la liberté.


   Attentif et accueillant aux autres, pudique, scrupuleux, ironique, il s’interroge à haute voix et minimise ses mérites. Modeste ? « Un excès de modestie peut confiner à l’orgueil », dit-il. « La vastitude de ses curiosités est sans limites », prévient Gilles Lapouge, qui a longtemps travaillé à ses côtés à La Quinzaine littéraire. La longévité, chez Nadeau, passe par la lecture. Lire est sa façon d’être au monde. On se souvient des hommes-livres du film de Truffaut, Fahrenheit 451, ayant pris le maquis et portant chacun dans leur mémoire un seul grand texte pour le sauver de la destruction et de l’oubli. Nadeau, lui, est l’homme de tous les livres. L’homme, aussi, de la fraternité et du courage. Celui qui affirme haut et fort : « J’existe par les autres. »


   Aujourd’hui, centenaire oblige, il doit accepter en rechignant un peu les hommages qui lui sont rendus de toutes parts : une soirée France Culture à l’Odéon, un film bientôt sur Arte, un livre d’entretiens avec Laure Adler, Le Chemin de la vie (reprenant le titre d’une collection fameuse qu’il dirigea jadis), la réédition de ses Mémoires littéraires, Grâces leur soient rendues… La légende est en marche.


   Me rendant chez lui, rue Malebranche à Paris, je découvre un calicot sur une façade voisine, comme un clin d’œil : « L’Institut d’océanographie fête ses 100
ans. » Maurice Nadeau, trésor national ? Non, mieux : trésor vivant.

Interview de Maurice Nadeau par Michel Boujut

Filmée par Thomas Boujut.

Source : http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-lechemindelavie....

 

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« Surpris par la nuit » / Raison de plus, avec Maurice Nadeau

Transcription (éditée initialement sur le blog Tinhinane, le vendredi 2 juin 2006 à 11h 30) par Taos Aït Si Slimane, de l’émission Surpris par la nuit / Raison de plus, d’Alain Veinstein, avec Maurice Nadeau, du lundi 3 avril 2006.


4. Alain_Veinstein-Nancy_2011-3.jpgAlain Veinstein : Bonsoir. Raison de plus avec Maurice Nadeau.

Il y a cinq ans, si je me souviens bien, je vous avais proposé, dans cette émission, un portrait de Maurice Nadeau en deux volets. Deux volets car il y avait beaucoup de choses à raconter vu que Nadeau, aujourd’hui âgé de quatre-vingt-quinze ans - mais il n’aime pas que l’on rappelle son âge, n’a pas perdu son temps dans la vie. Tour à tour et quelquefois simultanément militant politique, journaliste - il fut notamment critique littéraire à Combat et à L’Observateur - directeur de la revue Les Lettres Nouvelles et surtout éditeur parmi les grands découvreurs : Malcolm Lowry, Chalamov, Sciascia, Gombrowicz, Benjamin, Hawkes, entre beaucoup d’autres, nous lui devons de les avoir rencontrés dans notre langue. Perec, Houellebecq, il en fut également, pour ne citer qu’eux, le premier éditeur. Il y a, comme ça, une longue liste d’auteurs qu’il a repérés et publiés et qui, une fois suffisamment implantés dans la vie littéraire, se sont fait séduire par des sirènes jugées plus prometteuses et ont pris la poudre d’escampette.

Si je suis heureux d’accueillir, une nouvelle fois Maurice Nadeau dans Raison de plus, c’est qu’il fête, cette année, les quarante ans de La Quinzaine littéraire, son journal. Le journal de tous ceux qui aiment, encore, vraiment les livres. Un journal entièrement dédié au libre exercice de l’esprit. Autant dire un rescapé dans un paysage, aujourd’hui, dominé par une logique exclusivement commerciale.

Dans La Quinzaine, les livres sont commentés pour ce qu’ils sont, quand on n’accepte pas l’idée qu’ils peuvent être des produits jetés sur le marché par l’industrie et le commerce du livre. Chaque quinzaine, contre vents et marées, La Quinzaine littéraire rend compte de ce qui mérite l’attention dans l’actualité éditoriale, éclaire, explique, distingue l’épisodique de l’essentiel, adhère ou prend ses distances, voit les choses de haut ou les étudie dans le détail, les met à leur juste place. Bref, elle fait son boulot de façon irremplaçable, même si faire son boulot, dans ce domaine, où s’illustrent pourtant tant de passions, relève, aujourd’hui, de l’exploit.

Un numéro anniversaire, publié en mars, et encore disponible à La Quinzaine, nous convie à un état des lieux en même temps qu’à un examen de conscience. Simultanément, Maurice Nadeau, avec nous jusqu’à minuit, publie à ses éditions, un choix des chroniques de son Journal en public où, depuis bientôt une dizaine d’années il rend compte, dans La Quinzaine, de ses lectures, commente les événements littéraires ou éditoriaux, évoque ses grands auteurs favoris et signale, avec le flair dont il a toujours témoigné, les auteurs d’aujourd’hui dont il sera question demain.

Quarante ans, Maurice Nadeau, ce n’est pas tant que ça ?

Maurice Nadeau : Mais non, ce n’est pas tant que ça.

Alain Veinstein : Ben, non c’est moins que la moitié de votre vie.

Maurice Nadeau : Ah, ça y est, il va me parler de mon âge, c’est pas croyable ! Bon. Et bien oui, d’accord, mais je m’y suis mis tard, il faut bien le dire. Ça fait plus de trente ans. Oui bien sûr, mais j’ai fait aussi autre chose, ça…

Alain Veinstein : Donc on peut faire autre chose.

Maurice Nadeau : Oui, on peut faire autre chose mais en même temps c’est le principal de ce que j’ai fait quand même depuis… en effet, depuis 66. Soixante-six, oui, c’est ça ! Le 15 mars 1966, c’est vraiment le quarantenaire.

Alain Veinstein : Une fois que c’est parti, on ne peut plus arrêter la machine ?

Maurice Nadeau : Ah, mais c’est-à-dire qu’elle s’arrête toute seule, aussi ! Il faut la remettre en marche. Ce qu’il lui faut ? Devinez ce qu’il lui faut… Ce n’est pas les collaborateurs qui manquent, les éditeurs non plus, ni les services de presse, c’est la finance. Les financiers manquent. Il faut… il faut assurer, comme on dit. Il y a pas mal de dépenses pour un journal, même petit, qui espère toujours grandir mais qui est resté, finalement, modeste. Il n’y a jamais eu d’arrêt. On a toujours trouvé, au moment où ça allait le plus mal, quelqu’un ou quelques-uns… On a pensé à quelque chose que l’on pouvait faire, qui nous a sorti d’affaire. Mais enfin ce n’est pas une vie très facile, hein !

Alain Veinstein : Quel est l’enjeu ?

Maurice Nadeau : Eh ! bien l’enjeu c’est de ne pas faire ce que font les autres, bien sûr ! On se dit qu’il y a quelque chose qui manque, on se croît toujours plus malin qu’on n’est, plus important,… et on se dit : « il manque quelque chose. » On voudrait bien qu’il y ait quelque chose d’autre et on essaye de le faire. Et ce quelque chose d’autre, c’était… c’est… enfin pour nous, une approche de la littérature qui ne serait pas l’approche courante. Une approche commandée, plus au moins, sûrement, par des passions, par des sentiments, mais aussi par de l’intérêt. S’il y a des articles qui paraissent dans des journaux, dont on sent que, derrière, il n’y a pas seulement le journaliste qui l’écrit, ça le décrédibilise, l’article en question. Or, on est dans une situation telle que, pas de finance, pas d’intermédiaires ni de personnes, pas de groupes de presse ni d’éditeurs, on peut être mieux, tranquille d’une certaine façon, sur l’honnêteté des articles qui seraient publiés. Je ne dis pas plus. Je ne dis pas le talent, toutes sortes de choses extraordinaires, l’honnêteté des articles, le jugement - moins que ça même peut-être, il ne s’agit pas de dire que ceci est con ou ceci est mauvais -, les impressions que suscitent à des collaborateurs, choisis bien sûr, les livres qu’ils ont à lire.

Alain Veinstein : Donc, finalement, le journal que vous avez fait, c’est le journal qui vous manquait et que vous auriez eu envie de lire.

Maurice Nadeau : Eh, bien c’est tout à fait ça ! C’est formidable. C’est le journal que j’aurais eu envie de lire, en effet. Je ne dis pas que ce qu’on fait c’est extraordinaire et satisfaisant sur tous les plans, mais si j’étais à l’extérieur, que j’achète ces journaux, je l’achèterais volontiers, plutôt que d’autres. Mais enfin, à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup, il n’y en avait pas tellement. Maintenant, les quotidiens sont mis au courant, il y a même, maintenant, un hebdomadaire. Mais ce qui manquait, ce qui continue à manquer, à mon avis, c’est le regard ou l’écoute des auteurs d’abord, plutôt que des éditeurs. Ça c’est déjà une première chose. Ensuite, ça se moquait un peu de, comment pourrait-on dire… l’opinion publique ? Ce n’est pas exactement le mot, mais enfin… des tout venant, de tout ce qui paraît aller de soi. C’est-à-dire le best-seller, la chose qui plaira à tout le monde, qui n’est pas forcément mauvaise, on ne rejette pas, il n’y a d’ailleurs pas de nécessité de rejeter tout ce qui paraît, mais enfin, disons… ce qui peut intéresser l’honnête homme, comme on disait au XVIIème siècle, enfin la personne cultivée qui désire se mettre au courant, lire, savoir aussi, puisqu’il y a toute une partie consacrée aux sciences humaines, savoir ce qui se passe dans le monde des idées, sur le roman, la littérature, la poésie en général.

Alain Veinstein : C’est vrai qu’aujourd’hui il y a pas mal de journaux qui parlent de livres, sinon de littérature. Il y a des journaux spécialisés comme Le Magazine littéraire ou même Lire, qui sont nés après La Quinzaine, mais la tendance, comme c’est le cas pour Le Magazine littéraire, c’est de proposer des dossiers sur des thèmes ou bien, ou pour beaucoup d’autres suppléments littéraires des journaux, c’est de parler des mêmes livres, c’est-à-dire de parler des livres dont on parle, dont il faut parler. Ce n’est pas le cas de La Quinzaine qui n’a jamais pris l’option thématique d’une part…

Maurice Nadeau : Si, on a fait quelques dossiers autrefois, mais ce ne sont pas des dossiers qui ont le volume de ce que fait le Magazine littéraire. Ce sont des dossiers de trois, quatre ou cinq articles sur un auteur ou sur une question, ou sur un thème. Mais, je dirais que c’est presque commandé par l’actualité, ce n’est pas tellement la volonté de faire un dossier pour dire : « Tiens, il y a trois ou quatre livres qui parlent du même problème, on va les mettre ensemble ». On peut appeler cela un dossier ou autrement, mais enfin ce n’est pas…

Alain Veinstein : Et d’autre part, vous ne cherchez pas à parler de livres qui pourraient vous valoriser, vous, mais au contraire à vous mettre au service du livre, ce qui est une démarche légèrement différente.

Maurice Nadeau : Oui, je ne comprends pas comment on pourrait se valoriser.

Alain Veinstein : En allant au-devant du succès…

Maurice Nadeau : Ah, oui ! Ah, oui ! Dire « Ils sont formidables.... »

Alain Veinstein : D’être les premiers à en parler…

Maurice Nadeau : Oui, d’accord, ça, peu importe. Ça nous arrive quand même, d’être les premiers à en parler, mais enfin on ne l’a pas fait exprès…

Alain Veinstein : Et les seuls, quelquefois…

Maurice Nadeau : Parfois, oui. Je veux dire, c’étaient nos discussions. Des discussions qu’on a entre nous. Il y a des comités de lecture, on n’est pas seuls à faire le journal. On est une bonne trentaine, une bonne quarantaine de personnes, depuis le début. çÇa fait déjà pas mal de temps en effet. Et, c’est aussi ce que ces gens compétents, spécialistes souvent, sachant écrire pour un journal, ce qui n’est pas donné à tout le monde, ont lu, ont remarqué, ont dit : « Ça, il ne faut pas manquer ! Ça c’est important ! » etc. Il nous arrive de manquer des choses, ça bien sûr.

Alain Veinstein : Ou de manquer du collaborateur idoine…

Maurice Nadeau : Oui, exactement, de manquer des collaborateurs idoines. Le reproche a pu nous être fait de… justement… de ce que les livres ne sont pas faits que pour des spécialistes. Ils sont faits pour un public qui veut écouter des émotions, des sentiments, enfin quelque chose d’autre, au niveau littérature ou qui veulent apprendre quelque chose aussi par des livres de philosophie, d’histoire, etc. Ce n’est, en effet, pas toujours facile de trouver la personne qu’il faudrait et… ou parce que, là où elle est, je ne dirais pas qu’elle est trop savante, ce serait idiot, mais enfin ce n’est pas quelqu’un qui serait capable aussi - ça arrive souvent chez les spécialistes - de se mettre à la portée d’un public disons cultivé, il y a un côté pédagogique, toujours ; là, je crois. On veut, c’est une prétention qu’il faut assumer, on veut faire découvrir, faire lire, il y a une volonté, oui, d’enseigner, de montrer, de dire « Vous pourriez faire… »  C’est un peu gênant, mais en même temps ça paraît nécessaire, non ?

Alain Veinstein : Vous parliez, tout à l’heure, des finances. L’argent qui manquait. Les collaborateurs ne manquent pas, les livres ne manquent pas, parce que c’est vrai que les éditeurs en publient beaucoup, mais quelquefois c’est l’argent qui fait défaut. Alors, l’argent, ça vient des lecteurs, du journal et ça vient de la publicité. Donc, ça veut dire que les éditeurs, dont vous parlez des livres, pourtant, ne font pas de publicité dans votre journal. Comment vous expliquez ça ?

Maurice Nadeau : Eh bien, ça ne les intéresse pas, parce que c’est le climat général. On va au devant de ce qui rapporte. De ce qui donne un intérêt, oui de ce qui rapporte. Avoir un article dans La Quinzaine ça fera du bien à un auteur, qui sera en général ravi, ça dépend, ce n’est pas sûr, mais l’éditeur cela ne lui fera ni chaud ni froid. Parce qu’il en vendra… c’est peu probable… Il n’en vendra pas des milliers. Il en vendra sûrement mais pour un public qui est justement celui de La Quinzaine, c’est-à-dire pour des gens attentifs et qui ne veulent pas jeter leur argent par les fenêtres. Pour le reste,… bon. Alors, ces financements, cette publicité, c’est parce qu’elle est abondante dans les autres journaux du même genre, bon… Je n’ai pas de motivation, je ne voudrais pas faire le travail qu’ils font pour avoir la publicité qu’ils ont, c’est tout.

Alain Veinstein : Le public de La Quinzaine, c’est combien de personnes ?

Maurice Nadeau : Eh bien, je ne sais pas. On évalue ça comme ça, toujours au plus, hein ! C’est un public qui devait être celui… Le même public n’a pas changé depuis des siècles, je crois. Il y a des gens qui s’intéressent à ce qui paraît depuis le temps de Victor Hugo. Je ne sais pas… Il y avait des gens des débuts de la presse, quand ils publiaient en feuilletons, ça devait quand même atteindre un certain public… Mais je crois que ce public-là est resté à peu près le même. Moi, je l’évalue, comme ça à vue de nez, à trente mille personnes à peu près. Mais ces trente mille personnes ne suffisent pas pour faire vivre un journal tel que le nôtre, qui est modeste. Enfin, trente deux pages, même si l’on ne paye pas les collaborateurs, il faut payer l’imprimeur, beaucoup de gens, le loyer, ici… Enfin, ce n’est pas quelque chose dont on se plaint, c’est une chose qu’on constate, parce que l’on fait ce travail parce qu’il nous plaît et non pas pour gagner de l’argent. Bon, ça c’est tout-à-fait différent, mais pas forcément pour faire gagner de l’argent aux éditeurs. S’ils vont en gagner, tant mieux pour eux, mais ce n’est pas notre but. Notre but, c’est d’assurer une certaine continuité dans le regard que des gens cultivés portent sur les livres, la littérature en général.

Alain Veinstein : Trente mille personnes ce n’est pas rien quand on sait qu’un livre, aujourd’hui, se vend rarement à plus de mille exemplaires, et quelquefois beaucoup moins…

Maurice Nadeau : Oui, c’est le maximum. C’est l’horizon qu’on doit atteindre mais ce n’est pas quelque chose qui rapporte suffisamment pour que cela soit alimenté de cette façon. C’est l’éditeur, c’est les imprimeurs, les transporteurs… le numéro qu’on envoie à l’étranger, par avion, ça revient plus cher que sa fabrication. C’est ça. Qu’est-ce qui nous revient cher ? La distribution. On avait fait le calcul, une année, je ne sais plus combien c’est. Un journal alimente beaucoup de gens, qui ne sont pas les rédacteurs du journal, évidemment !

Alain Veinstein : En tout cas, depuis mars 1966, toutes les quinzaines, on peut lire La Quinzaine.

Maurice Nadeau : Oui, en effet.

Alain Veinstein : Au fait, pourquoi l’avez-vous appelé La Quinzaine Littéraire, Maurice Nadeau ?

Maurice Nadeau : Eh, oui, je sais bien… Eh, bien sûr, c’est en pensant à lui, à celui auquel vous pensez… Ça ne veut pas dire que je partageais toutes ses opinions et ses sentiments, mais durant le temps qu’il a fait ses Cahiers de la quinzaine, c’était quand même une voix... on ne disait pas de l’intellectuel à l’époque, mais enfin, qui représentait quand même… – il était même contre les intellectuels, ce n’est pas la question – mais c’était une voix honnête et responsable aussi, et compétente… Bon. Des gens qui sont devenus éminents par la suite, qui ont collaboré à ces Cahiers de la Quinzaine, je pense à des gens comme Romain Roland, d’autres… Je pensais à ça, et je pensais aussi au fait que ce n’était pas pour souffrir comme lui, du peu de… ça avait une grande résonance dans un petit cercle, enfin dans un cercle assez important mais enfin ce n’est pas ça qui le faisait vivre, ce pauvre Charles Péguy. Bon, comment dire ? Je reconnais que c’était prétentieux que de se mettre à la suite de Péguy, parce qu’on ne représente pas une idéologie donnée, lui non plus, ce n’était pas un parti, c’était une mystique, quelque chose de ce genre, mais il y a au moins, chez nous, cette façon de penser, c’est peut-être un mythe, mais enfin de penser qu’existe un art de l’écriture, de la poésie, en général de la littérature.

Alain Veinstein : Là, on est dans votre bureau de La Quinzaine littéraire et, sur le mur qui est derrière vous, il y a des photos d’écrivains, il y est Charles Péguy ?

Maurice Nadeau : Non, il n’y est pas, ce sont rien que les couvertures de La Quinzaine. Ce sont des couvertures, cela n’a pas été fait exprès, mais s’il y a une couverture qui me plait, je dis « Tiens, pourquoi on ne la collerait pas ? » Celui-là, il a toujours refusé de se laisser photographier et ça vient d’une...

Alain Veinstein : Michaux

Maurice Nadeau : Oui. Ça vient d’un tableau qui a été envoyé du Brésil, une personne qui possédait cette photo. Rimbaud, on a pu la retrouver, Paul Valéry jeune, Beckett, etc.

Alain Veinstein : Beckett, il y est deux fois représenté sur ce mur, mais c’est vrai que ça a du sens aussi.

Maurice Nadeau : Mais où est-il ? Ah oui, c’est ça, là-haut en effet, oui, oui…

Alain Veinstein : Proche de votre fauteuil c’est Raymond Queneau, hein ?

Maurice Nadeau : Oui. Il commence à battre de l’aile, lui. Il y a juste un vivant, qui est Claudio Magris. Tous les autres… Ils sont immortels !

Alain Veinstein : Le plus jeune c’est quand même Rimbaud, hein ?

Maurice Nadeau : Oui, toujours. Lui bat tous les records. Il n’y a rien à faire. Où est-ce que je lisais récemment ? Ah oui, dans le livre de Bernard-Henri Lévy sur l’Amérique. Il entre chez un intellectuel, non un journaliste mêm, mais qu’est-ce qu’un intellectuel, un journaliste ? Charles Leyros [?], qu’est-ce qu’il trouve dans son bureau ? Un portait de Rimbaud. Ça, aux États-Unis, en plein machin… Charles Leyros, c’est plutôt un républicain, un conservateur, etc. Ah, bon, s’il vous plaît ! Enfin, c’est devenu, je n’ose pas dire le mot, une tarte à la crème… enfin, bon, oui…

Alain Veinstein : Vous avez, toujours, la même curiosité à l’égard des livres ? Vous parliez, à l’instant, du nouveau livre de Bernard-Henri Lévy qui vient de paraître, donc vous lisez les choses qui sortent ?

Maurice Nadeau : Oui, oui, en effet, je me précipite même. C’est très ennuyeux parce que je vois les livres qui arrivent sur ma table, j’en reçois chez moi aussi, et c’est toujours un livre qui m’intéresse. Je me précipite et je l’enlève à Sarraute. Je lui enlève les livres dont il faudrait qu’elle fasse la bibliographie, et je l’emmène chez Anne Sarraute et lui dis qu’il faudrait qu’elle en fasse la bibliographie. Mais elle les retrouve chez moi… Je les rapporte, aussi. Oui, ça c’est vrai. Mais tout ne m’intéresse pas, évidemment, au même titre, quoi. - En ce moment je lis Rembrandt, je trouve ça passionnant. - Je suis en train de lire ce livre, le personnage n’est peut-être pas sympathique mais quand même ce tour des États-Unis, ça, ça m’épate un peu. C’est du reportage, si l’on veut, mais il y a les idées, il y a une culture, il y a quelque chose. Ce n’est pas seulement pour faire parler de lui ou pour gagner quelque chose. La célébrité, il l’a. Ce n’est pas ça. En effet, ça m’intéresse beaucoup. Je lis ça mais l’embêtant c’est qu’on lit beaucoup de choses à la fois. J’ai un Vila-Matas aussi, c’est une vieille connaissance, enfin si j’ose dire, il y a une dizaine d’années seulement, mais enfin, dans le sens de l’analyse, je l’ai lu et je le relis souvent, je suis toujours épaté par quelqu’un qui veut faire du roman autrement que les autres font. On est arrivé… les règles, il y a longtemps qu’on s’est assis dessus… mais maintenant on mélange tout : la fiction, le réel, l’imaginaire, le dialogue, c’est formidable et puis on lâche pas, etc. J’allais prendre la question juive de Marx que Bensaïd réédite, je n’ai pas eu le temps de le lire, il est pour le moment sur mon bureau, mais je vais y arriver probablement… Oui, c’est divers et varié. Il y a le roman, qui m’intéresse toujours, mais disons un petit peu moins, je me le reproche mais je suis de plus en plus porté vers les livres qui m’apprennent quelque chose, qui me font moins rêver que penser. Je lis ça et je me dis : « Tiens, ça c’est vrai ! » Des livres qui me font moins rêver que penser. C’est bizarre. C’est-à-dire qu’on change au cours de la vie humaine. Parce que je pourrais dire que c’était le contraire jusqu’à il n’y a pas longtemps. Les bases que l’on croyait solides… bien assis dessus… eh bien, pas du tout…

Alain Veinstein : Vous n’avez plus envie de rêver ?

Maurice Nadeau : J’ai envie… Mais, c’est la nuit. Ah, ça… je rêve beaucoup, mais je ne me souviens plus au réveil. Je suis dans un certain climat, mais ça ne m’est pas fourni par la littérature. Ça, je le regrette. Je le regrette parce que c’est banal. Ce sont des incidents de la vie, ce sont des histoires incomplètes, ce n’est pas drôle les rêves, ça peut être drôle, ils ne sont pas tous mauvais les rêves, mais ce n’est pas toujours drôle.

Alain Veinstein : Le roman a, en tout cas, gardé sa place dans La Quinzaine littéraire et aussi aux éditions Maurice Nadeau puisque vous en publiez quelques-uns.

Maurice Nadeau : Oui. J’en publie quelques-uns. Les auteurs sont très bien, je les accueille, j’en publie un livre, j’en publie deux parfois, puis l’auteur s’enfuit. Il s’enfuit parce que c’est comme ça. Il y a des jeunes auteurs auxquels je tiens et puis, je ne sais pas… par exemple Coetzee, dont j’ai publié le premier… Il y a beaucoup d’ouvrages, je suis le premier à les publier, puis ensuite ils passent ailleurs. Ah, c’est comme ça, c’est la loi du marché. Le dernier auquel je pense, je le vois en train de travailler, j’ai confiance, il a fait un petit succès, et puis je le vois emprunter le téléphone, je dis « Pourquoi ? »  Il me dit : « On me demande. » Je dis : « Pourquoi ? »  Il me dit « Ce sont des éditeurs, un tel, puis, un tel… »  Je dis « Faites comme vous voulez» « Ah, non, non, je reste avec vous ça c’est sûr ! » Alors j’ai écrit à un Tel, parce qu’il m’avait cité son nom. Il me dit : « Mais non, je ne cherche pas à débaucher vos auteurs. Simplement, j’accueille ceux qui viennent chez moi. » Bon. Bon. Alors, je dis : « Alors c’est pas lui qui vous a proposé, c’est vous qui êtes allé ? » Et, il me dit : « Mais mettez-vous à ma place : il m’offre un à-valoir. » « Combien ? » « Eh bien : 30.000 francs, ça me dépanne quand même. » Ça, je ne peux pas faire ça. C’est les lois du marché. Quand ils ont eu un petit succès avec moi, ils passent ailleurs, et même Houellebecq avait eu un petit succès chez moi…

Alain Veinstein : Houellebecq… Vous n’avez été très mécontent de le voir partir, Houellebecq ?

Maurice Nadeau : Non. Non, mais j’avais refusé le deuxième, pas le roman, les poèmes. Mais ça, ça paraît normal. Mais le jeune auteur qu’on a mignoté un petit peu - bien sûr ça n’a pas été un grand succès, mais quand même les gens ont été attentifs, on a fait ce qu’il fallait, aussi - et qui vous quitte, ça fait un petit pincement au cœur. C’est la loi. C’est la loi de la vie.

Alain Veinstein : Ces quarante ans, pour revenir à La Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau, est-ce que vous les avez vus passer ?

Maurice Nadeau : Je ne sais pas trop. Est-ce que je les ai vus passer ? Je n’ai pas l’impression, que je les ai vus passer, c’est ce qui est bizarre. Je ne suis pas au début, ça je m’en rends compte, hein ! Il y a beaucoup de temps, quand même, puisqu’on comptabilise, mais enfin, il y a eu beaucoup d’événements qui ont jalonné ça,… ne serait-ce que les dissidents… il y a eu toute une époque quand même… Kundera était encore à Prague, quand on parlait de ses bouquins ici. Soljenitsyne… Je pense à Siniavsky… On a eu le culot, La Quinzaine, de faire un amphithéâtre à Jussieu pour accueillir Siniavsky en France. La Quinzaine littérair, tout le culot !… Ça a été une époque, ça a marqué quand même, la La Quinzaine, si ça n’a pas marqué le monde entier. Parmi les jeunes, c’est qui les jeunes maintenant ? C’est Pierre Michon. J’ai participé avec France Culture, qui l’a couronné à ce moment là, Les vies minuscules… On ne l’avait pas loupé, ni d’un côté ni de l’autre, c’était bien. Bon, il a fait son trou maintenant, si j’ose dire, il n’aimerait pas cette expression, mais enfin, qu’il soit apparu ensuite comme un écrivain qui compte, ça fait plaisir.

Alain Veinstein : La Quinzaine a toujours eu à cœur d’être au cœur des débats intellectuels…

Maurice Nadeau : C’est ce que disait Derrida. On avait fait, parce qu’à l’époque c’est la mode - on n’est pas trop pour cette mode mais on y succombe -… c’est la mode des anniversaires, des commémorations, de tout ce qu’on veut, on avait fait les vingt ans, parce que les vingt ans on battait de l’aile déjà, on continue à battre des deux ailes, même maintenant, mais pour les vingt ans j’avais fait écrire des lettres par un certain nombre de gens,Vincent Descombes, les philosophes, les gens éminents… je leur avait dis : La Quinzaine c’est quand même le reflet de ce qui se passe dans ce climat intellectuel. Il avait fait un grand article qui m’avait touché : « Mais non, vous n’êtes pas un reflet, vous y participez au débat intellectuel ! ». Ah, très bien mais ça, c’est bien de la part d’un philosophe qui dit qu’il vous reconnaît une importance dans son domaine. C’est quand même extraordinaire. Bon, le temps passe. Les gens disparaissent, aussi. Le pauvre Derrida, c’est fini. Bon, il y a les nouveaux. Puis, il y a les anciens que l’on redécouvre. Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour Benjamin par exemple ? D’abord, j’ai été le premier à le publier en français à l’époque où cela n’intéressait pas les grands éditeurs, ensuite j’ai continué. La Quinzaine s’est occupée de lui, constamment, sans avoir eu aucun contact avec lui. Il s’est suicidé en 1940. Mais on s’est dit : « C’est quand même un de ces philosophes allemands… qui s’est intéressé à la France… à Paris notamment… qui a fait un tableau de ses passages parisiens, que les parisiens auraient intérêt à lire, à connaître. » Il a fait bien d’autres choses, c’était un critique éminent, un nomade, un voyageur, une personne comme on les aime. Il n’avait pas de système, il surmontait un peu tous les systèmes. Je n’arrête pas de parler de Benjamin. Je viens de publier un livre de Jean Lacoste - traducteur habituel - sur les voyages de Benjamin. Des choses que je fais avec Vuitton… Mais, auparavant, j’avais publié des choses de Benjamin, déjà un livre de Lacoste auparavant encore.

Alain Veinstein : Il y a comme ça des figures de référence à La Quinzaine. Il y en a quelques-unes que l’on retrouve, là, derrière votre dos, en photographie....

Maurice Nadeau : Ce sont aussi des figures...

Alain Veinstein : …et que l’on retrouve évidemment dans Journal en public : Beckett, Bataille, Leiris…

Maurice Nadeau : Oui, c’est déjà des gens dont on ne parle plus. Ça va vite les générations. Pour des gens qui ont aujourd’hui entre vingt et trente ans, c’est des ancêtres évidemment, c’est des gens qui n’existent plus d’abord, et puis ensuite dont les ouvrages… il faut aller se les procurer. S’ils ont une Pléiade, encore heureux, mais Becket n’a pas de Pléiade…

Alain Veinstein : …Claude Simon, Nathalie Sarraute qui sont aussi des figures…

Maurice Nadeau : Oui. C’est une génération. Witold, Nathan en a publié les œuvres complètes, Claude Simon a sa Pléiade etc. C’étaient les jeunes de mon temps, si j’ose dire.

Alain Veinstein : Il y a eu, ensuite, une autre vague avec Sollers, avec Le Clézio, avec Perec que vous avez découverts en tant qu’éditeur.

Maurice Nadeau : Oui. Perec, sa célébrité est venue après sa mort. C’est curieux. C’est une gloire posthume. Sollers, j’avais salué son avènement dans L’Observateur à l’époque où j’y écrivais. Le Clézio, j’étais du jury Renaudot, le jury qui lui a donné le Prix pour son premier livre Le procès verbal. Le Clézio est resté jeune, formidable. Ourania, formidable. Il ose faire un livre utopique comme ça, une contrée utopique, un pays comme ça où l’argent, tout ça n’existe pas, toutes les marchandises, toutes ces choses qui nous asphyxient… Il est vivant, il a encore de la ressource…

Alain Veinstein : Si on part huit jours à la campagne, avec les quarante ans de numéros de La Quinzaine littéraire sous le bras, on se rend compte, en les feuilletant, que La Quinzaine, le plus souvent, a défendu les novateurs.

Maurice Nadeau : Oui. Est-ce qu’elle le faisait exprès ? Ce n’est pas sûr. C’est probablement parce que les collaborateurs sont très attentifs à ce qui se passe. Ce sont des écrivains, eux-mêmes, ou des romanciers, des poètes, ou des universitaires – ils ne sont pas tous bêtes - qui sont à l’affût. Il y a surtout beaucoup de jeunes. C’est, en général, les plus jeunes qui viennent à La Quinzaine, parmi les spécialistes. Il y a un jeune historien qu’on découvre et qui dit : « Ah, oui, ça me plairait… »  Il y a une jeune docteur en littérature qui voulait venir, je lui ai dit : « Très bien, venez, prenez un livre et faites un compte rendu, on verra ce que vous savez faire. » C’est un peu comme ça que cela se passe. Les désillusions viennent de la clientèle, que l’on croyait plus jeune, plus avertie, plus nombreuse surtout. Mais bon, avec le livre de poche, avec l’enseignement, etc., les jeunes, ça lit, mais en réalité… c’est la désillusion. Il y a bien eu, au début, des corporations, comment dire, des étudiants qui se sont réunis, des organismes,  pour prendre des abonnements, mais peu à peu ça s’effiloche tout ça. C’est-à-dire qu’il y a aussi un certain nombre de contraintes, qui font que l’on n’a pas le droit de vendre La Quinzaine sur les campus, dans la rue… Autrefois, moi, je pouvais vendre dans la rue les journaux. On ne peut pas vendre non plus dans les librairies, parce que les kiosquistes ne sont pas d’accord… Enfin, il y a toutes sortes de contraintes qui font qu’au lieu de nous faciliter les choses, on les empêche un petit peu.

Alain Veinstein : C’est dommage, parce que, souvent, il y a des articles dans La Quinzaine qui peuvent intéresser… les agrégatifs par exemple, qui sont les auteurs du programme. Parce que si vous êtes attentifs aux nouveaux auteurs, vous restez aussi des défenseurs du patrimoine, des auteurs du passé, avec des dossiers dont vous parliez tout à l’heure… Avec Rimbaud, Flaubert, Hugo…

Maurice Nadeau : Oui. On s’est mis à l’informatique. On ne recule pas devant le progrès. N’importe quel agrégatif ou doctorant, comme on les appelle, peut avoir accès à La Quinzaine par internet. C’est formidable. Ça n’existait pas il y a quelques années. Il y a trente mille articles qui sont à la disposition des gens qui veulent les consulter. Ça fait quand même une petite encyclopédie vivante, sur ce qui s’est passé en quarante ans sur beaucoup de plan, puisque l’on parle aussi du cinéma, du théâtre… on parle des arts. C’est énorme ! Ça n’a pas de limite.

Alain Veinstein : La science, aussi.

Maurice Nadeau : La science aussi, mais c’est peut-être la partie la moins représentée parce que c’est une rubrique difficile à tenir. Parce qu’il faut avoir le langage, je ne dirais pas du journaliste, mais disons accessible au public qui n’est pas idiot mais qui n’est pas au courant de toutes les découvertes, surtout maintenant, de tout ce qui se passe dans le domaine. Mais on trouve. Il y avait un ami, physicien, qui a fait un grand travail dans l’enseignement, il avait fédéré les professeurs de mathématiques, vous vous rendez compte ! Une fédération des professeurs des mathématiques, ça c’est une chose ! Il était rubricard de La Quinzaine… Il est mort. Il a été remplacé par un autre, c’est quelqu’un de très bien, mais c’est difficile de tenir une rubrique dans un monde qui est encore plus vaste que la littérature : les sciences. Quand on prend les sciences de la nature, je ne parle pas de sciences humaines, et dans ces sciences-là, la biologie, la génétique, et tout ce qui se fait actuellement, c’est très difficile. Mais enfin il faut tenir aussi ce public qu’on a au courant de ce qui se passe.

Alain Veinstein : Dans La Quinzaine littéraire on a des informations sur les livres qui paraissent dans tous les domaines mais aussi sur les arts, les grandes expositions, l’actualité du théâtre, l’actualité du cinéma, et tout de même il reste une petite place pour la littérature, on l’a vu, et en particulier - ça, je ne l’ai pas souligné - je voudrais, peut-être, que vous nous disiez un mot, la place que vous accordez, dans La Quinzaine, à la littérature étrangère.

Maurice Nadeau : Ça a été la plus grande place. Ce n’est pas un reproche que l’on m’a fait, mais une remarque qu’on a faite qu’en effet on s’intéressait plus à ce qui paraissait à l’étranger qu’à ce qui paraissait en France, dans le domaine du roman. C’est vrai, mais c’est vrai aussi parce que les choses sont ce qu’elles sont et qu’il paraissait beaucoup d’œuvres étrangères qui méritaient qu’on en parle. Alors maintenant voyez ce qui dégringole de la Chine, du Japon, de la Corée etc. et on arrive même difficilement à suivre. Il y a des éditeurs avisés, spécialisés, qui sont, eux aussi, à la recherche d’un public. On voudrait leur faciliter l’approche de ce public mais ce n’est pas non plus toujours facile. Alors là aussi, on a quelqu’un qui a passé quelques années au Japon, qui connaît bien tout ça, qui peut en parler. Mais ce n’est pas n’importe qui qui peut en parler. En même temps, vous voyez le dilemme dans lequel on se trouve : on veut aussi que n’importe quelle personne qui ne connaîtrait rien au Japon puisse être intéressé par un livre japonais. C’est ça le propre du journalisme, arriver à faire découvrir, à faire aimer, à faire lire quelqu’un qui vous est étranger. Ça, on l’a fait ici. Ce n’est pas un effort, c’est presque naturel pour La Quinzaine. C’était déjà ce que j’avais fait dans Les lettres Nouvelles pendant plus de vingt ans, c’était d’essayer d’intégrer à la culture, ce que l’on appelle la culture en général, qui est un mot très vaste et qui recouvre beaucoup de choses, d’intégrer tout ce qui se passe d’intéressant… tout n’est pas intéressant… mais beaucoup d’étrangers. On a eu peu de l’Est, je pense à l’URSS quand elle existait mais on a eu Gombrowicz pour la Pologne, à l’époque, des Roumains, l’Allemand, après la guerre, etc. Les Américains, oui bien sûr, ils sont mieux représentés ailleurs, mais j’en ai publié aussi… surtout les américains du sud. Maintenant, c’est une tâche qui est devenue banale. Il y a des éditeurs pour tous ces auteurs, mais il fallait quand même ouvrir la voie.

Alain Veinstein : Ces quarante ans de La Quinzaine, Maurice Nadeau, sont l’occasion d’un numéro spécial anniversaire que vous publiez en mars, comment avez-vous conçu ce numéro ? C’est un numéro qui pleure ou un numéro qui rit ?

Maurice Nadeau : C’est un numéro où il y a un peu d’autosatisfaction. Je veux dire : « Vous voyez comme nous sommes beaux, comme nous sommes intéressants, comme nous sommes intelligents, comme nous sommes malins », etc. C’est un peu gênant, mais c’est un peu ça en même temps. On dit ce qui manque, et des critiques heureusement. Comme dit Annie Lebrun, qui est une de nos critiques les plus tranchantes, elle dit qu’il y a beaucoup de beaux esprits dans la La Quinzaine. Les beaux esprits, elle n’aime pas beaucoup ça. Vous voyez, par exemple, je parle pour elle, elle est unique donc ce n’est pas le truc général, elle voyait les choses beaucoup plus dans le sens de la révolte, du refus, d’un examen de la culture avec un grand « C » et ce n’est pas grand-chose, c’est un cache sexe, souvent, de la marchandise, enfin des intérêts, c’est cela quand on ne sait plus quoi faire, on met les relations diplomatiques pour installer une usine au Pakistan ou je ne sais pas où, on parlera d’une exposition, on parlera de la culture, on parlera des écrivains, des poètes etc. C’est un peu cela ce qu’elle reproche. Ce n’est pas le travail, heureusement, auquel on se livre, il y a assez de journaux ou de revues qui le font. Mais cette période de refus, de révolte, est aussi une période qui est un peu utopique. On y a participé, on voit ce que c’est aujourd’hui. Qu’est-ce que c’est devenu, c’est devenu un biais de lune, un espoir un peu fou, une idée comme ça dans les têtes, qui se manifestait dans les faits mais les faits ils ne sont… non pas ce qu’ils sont, mais la façon dont on les voit. On les a vus autrement. Autrefois, on parlait des luttes des classes, on parlait de choses extraordinaires. Les classes ont disparu. Les classes ouvrières, qu’est-ce que c’est ? Personne ne sait plus. C’est dans le capitalisme… alors là, on le voit, il nous bouffe de tous les côtés, ça c’est sûr. On voit les grandes entreprises, l’urbanisation, les histoires incroyables et on se dit comment ça marche tout ça ? Des millions de pauvres dans le monde et en Afrique les enfants qui meurent… enfin, on voit tout cela, et à la fois, on se dit qu’on ne peut pas faire grand-chose. On assiste, on est un peu décontenancé, désarçonné aussi, on ne sait plus quoi faire. La Quinzaine n’a pas un rôle révolutionnaire, ce qui serait prétentieux et qui n’est pas dans ses moyens, mais elle a quand même attiré l’attention sur les livres.

Alain Veinstein : Il n’y a pas que de l’autosatisfaction dans ce numéro de la quarantaine de La Quinzaine, Maurice Nadeau, c’est quand même une étude très sérieuse, sociologique, historique qui est menée par Gisèle Sapiro, chercheur au CNRS, et qui vous a sans doute appris beaucoup de choses sur votre journal ?

Maurice Nadeau : Oui, en effet. Elle m’a appris notamment cette chose que je n’avais pas remarquée : que j’avais changé quatre fois de maquette ! Ça c’est tout-à-fait étonnant parce que, on a eu des maquettistes – oh, il y a eu un moment où on pouvait se payer des maquettistes ! - mais enfin, il y a eu un moment, aussi, où il n’y avait plus de maquettistes, parce qu’on ne pouvait pas les payer, et c’est moi qui faisais les couvertures, avec l’assentiment et la collaboration des autres. Mais enfin, quand même, elle m’a appris… mais c’est le sort des journaux qui cherchent à se renouveler, à renouveler au moins les apparences, de dire : « Vous voyez, ce n’est pas le ronron… Vous savez, on essaye nous aussi… »  Mais ce qui est difficile, parce qu’il y a une – ce n’est pas une frange – c’est une partie importante des lecteurs et des abonnés, qui nous écrivent carrément : « Surtout, ne changez rien, restez comme vous êtes, ne faites pas comme les autres… » Ça, c’est tout à fait extraordinaire. Et puis, on se dit, quand même, si on peut rendre les choses plus agréables à lire… On ne va pas se mettre à mettre des photos en pleine page comme les autres. On regarde bien un petit peu, mais… Non, c’est la lecture, c’est le texte qui doit compter d’abord. Le journal avait été conçu comme ça. Il avait été conçu à une époque où le modèle qu’on s’était donné, parce qu’on l’avait conçu à deux, François Erval et moi, on s’était dit, on va faire comme Le Monde, on ne publiera pas de photos, on ne lira que du texte. On s’est aperçu que ça devenait impossible à lire. C’est ça la chose. C’est que pour lire les textes, il faut un petit peu les aérer, il faut faire un peu de mise en page, il faut faire du journalisme, quoi. Alors, on n’a pas beaucoup changé de modèle. Si, on a mis des photos, mais des photos qui serviraient, qui ne seraient pas des illustrations, qui seraient des documents en somme, d’un auteur que l’on connaît mal, ou d’un manuscrit, ou d’un extrait d’un ouvrage, etc. On a suivi cette politique, ce n’est pas une politique qui paie, mais c’est une politique qui satisfait les gens qui disent : « Surtout ne changez rien. » On essaye de changer toujours un peu parce que c’est la vie qui évolue aussi.

Alain Veinstein : Dans ce numéro, il y a aussi plusieurs articles et des entretiens, notamment Pierre Michon que vous citiez tout à l’heure, qui propose un regard rétrospectif sur ces quarante ans.

Maurice Nadeau : Oui. Il y a en effet une très bonne interview de mon collaborateur Bertrand Leclair. C’est quelqu’un ! C’est un esprit aigu. Je ne soupçonnais pas même à quel point il pouvait être attentif à ce que l’on faisait. Ça m’a surpris, dans le bon sens du mot. Il a encore grandi à mes yeux, vous voyez, Pierre Michon ! Il a un regard sur La Quinzaine, comme tout lecteur mais il y a des lecteurs qui disent : oui, j’ai lu La Quinzane, etc., mais on voit bien que ce ne sont pas des affidés, ils ont lu, oui, mais comme ça par curiosité, ou pour d’autres raisons. D’autres, en effet ça les a – je ne dis pas guidés- alertés sur des choses qu’ils n’auraient pas connues sans La Quinzaine. Et, pour un écrivain, même comme Michon qui est un type curieux, curieux à la fois d’histoire, de poésie, etc., ça a été, je ne dis pas un guide mais tout de même une approche des choses qu’il ne connaissait pas. Alors ça, c’est important quand même. Si dans la mesure où ça le fortifie, disons, où ça le nourrit un peu, sans se faire trop d’illusions, ça nourrit aussi les gens qui nous lisent, c’est tout de même intéressant. On se dit qu’on ne travaille pas pour rien.

Alain Veinstein : Il y a, aussi un long entretien avec François Maspero.

Maurice Nadeau : Oui. Maspero qui est toujours un peu à regretter les belles années…  Mais bon, c’est vrai mais l’époque… qui était aussi la mienne… moi, je survis un peu comme lui. C’est-à-dire que l’on regrette une époque où les choses paraissaient plus faciles à faire, plus simples, plus évidentes. L’édition, telle qu’il la comprenait… on prenait des coups, enfin il prenait des coups, mais on pouvait étaler, assumer… jusqu’au jour où il n’a plus pu. Il a fait le bilan. Mais il regrette ce temps où le livre avait une importance qu’il n’a plus. Parce qu’il ne faut pas se leurrer ça a été remplacé dans les occupations des gens en général par d’autres activités plus ludiques, différentes. Je crois que le livre, c’est devenu un objet, un objet passe-partout, qui a moins d’importance qu’il n’en avait autrefois. Le livre c’était autre chose, même il y a cinquante ans, c’était une chose un peu sacrée que l’on ne jetait pas à la poubelle, au contraire. Il y avait des bibliothèques dans ce temps-là. Les gens se devaient d’avoir, chez eux, une partie bibliothèque. Il y avait des clubs de livres qui fournissaient du meuble. Je pense à ce que faisait l’Imprimerie nationale, par exemple, les chefs-d’œuvre de la littérature française, on les trouvait là, de Rabelais à Voltaire, La Bruyère, etc. Toute cette époque c’est terminé. C’est maintenant autre chose. Bon, il y a des collections très remarquables de littérature mais il n’y a plus sacralisation de l’objet, je crois avoir deviné ça chez Maspero. Ce n’étaient pas seulement des objets, je crois, il y avait ce côté bombe à retardement, surtout pour lui. C’étaient des livres que personne n’osait publier, que lui publiait. Il se faisait, d’ailleurs, poursuivre par la justice, les organismes, mais il le faisait. Il fallait du courage pour publier ces livres-là. Il l’a fait. Il ne parle pas de lui, personnellement, il parle de ce courant en général… qui faisait… qui a été analysé par un autre, André Schiffrin, en Amérique, où, pour les éditeurs, c’est la rentabilité qui compte d’abord. Il faut atteindre les 15% etc. Si vous ne les atteignez pas, les gens placent leurs actions en bourse, ça rapporte davantage. Bon, c’est ça. Et si l’édition c’est devenu ça, on comprend qu’un éditeur comme Maspero, qui avait mis un partie de son héritage là-dedans et qui a tout perdu… on comprend qu’il regrette cette époque.

Alain Veinstein : Dans ce numéro anniversaire de La Quinzaine, il y a encore beaucoup d’autres choses dont nous n’avons pas parlé, de nombreux témoignages d’écrivains, de lecteurs ou de collaborateurs de La Quinzaine. Il y a, également, une table ronde, que vous avez réunie, Maurice Nadeau, avec des gens qui font, autour de vous, La Quinzaine, toutes générations confondues et puis, la petite surprise c’est quand même la couverture réalisée, spécialement pour ce numéro, par Antony Tapies.

Maurice Nadeau : Tous les collaborateurs, je ne pouvais pas. J’ai essayé de réunir, non pas les plus importants, les plus représentatifs, mais ceux qui pouvaient disposer de leur temps pour discuter, pour voir où l’on en était, pour voir ce qui nous attend, le passé mais aussi l’avenir. Les autres n’étaient pas disponibles. Puisque vous avez lu cette table ronde, ce n’était pas que de l’autosatisfaction complète, beaucoup voient les manques de ce journal : le fait que ce que l’on se promettait de faire, on ne peut plus. Par exemple, Raillard montre que les galeries d’art ont disparu : on ne peut plus parler de peinture,...

Alain Veinstein : Donc, les choses se passent dans le cadre institutionnel…

Maurice Nadeau : Voilà ! Dans le cadre institutionnel. C’est en face. C’est Pompidou ou les grandes expositions, partout, au Luxembourg ou ailleurs. Il y a Lapouge, qui fait justement, vous m’en parliez tout à l’heure, à propos des sciences… À La Quinzain, on ne sait rien sur la génétique, sur la paléontologie, il y a des découvertes, on n’est pas au courant, etc. Oui, bien sûr. Il faut trouver les collaborateurs compétents et puis on n’est pas le dictionnaire Larousse. On parle de ce dont on est capable de parler, ce dont on n’est pas capable, on le tait. Je crois que c’est la bonne politique. En attirant l’attention sur ce que l’on tait, sur ce qui manque, ce n’est pas mauvais non plus.

Alain Veinstein : Il y a un dernier cadeau, pour l’anniversaire de La Quinzaine, et cette fois-ci, c’est un livre, Maurice Nadeau. Un livre signé Maurice Nadeau, publié par La Quinzaine et les éditions Maurice Nadeau, intitulé Journal en public et c’est un journal que vous tenez dans le journal, dans La Quinzaine littéraire précisément, depuis le 16 février 1997, date qui est analysée dans cette table ronde, dont nous venons de parler, par Tiphaine Somoyault, comme un tournant, parce que, pour elle, il y a une autre façon de s’imposer, dans le journal, qui commence à partir de là, une façon beaucoup plus subjective que précédemment, parce qu’il y a votre journal. Il y a, aussi, la chronique de Pierre Pachet,...

Maurice Nadeau : Exact.

Alain Veinstein : Qui publie, sous le titre Loin de Paris et où vous vous exprimez l’un et l’autre à la première personne…

Maurice Nadeau : Oui, c’est curieux parce que ça n’a pas été prémédité. C’est très curieux. Parce qu’on en a senti le besoin. On est toujours en train de jouer un rôle, le rôle du journaliste, du critique, et moi je m’étais dit, c’est curieux, j’ai fait cela toute ma vie, si j’ose dire, j’ai fait cela pendant des années, au fond est-ce que je me suis exprimé tel que j’aurais voulu le faire ? Je me suis toujours, au fond, un peu caché derrière les autres.

Alain Veinstein : Vous avez publié des livres, quand même.

Maurice Nadeau : J’ai publié des livres, oui. J’ai publié des livres, oui, c’est vrai, mais c’est toujours l’auteur. Je me mettais comme dans les tableaux de je ne sais plus qui, dans le coin, comme celui qui parle du livre et de l’auteur en se tenant à sa place, sa petite place. Et, je me disais, mince alors - je me parle plus poliment que ça - je me dis j’existe aussi, pourquoi je n’essayerais pas de dire ce qui me tombe entre les mains, même de façon brève ou raccourcie ou tout ce que l’on voudra et, voilà, ça m’a pris tout d’un coup, c’est bizarre. Mais je dois dire, il faut dire quand même que j’avais un modèle, si l’on veut, c’était le Diario in pubblico d’Elio Vittorini, que j’avais bien connu, qui était un ami, et j’avais préfacé, en français, ce Journal en public, et j’ai repris le titre en m’excusant, mais il est mort déjà il y a un petit bout de temps, mais en m’excusant auprès de ses mânes, en disant je vais essayer mais c’était autre chose. Il avait des vues, lui, quand même beaucoup plus globalisantes, si l’on veut. C’était un homme politique en même temps qu’un écrivain, il était à ce moment-là au parti communiste, et son journal en public agitait toutes ces questions, à l’époque... C’était le parti communiste italien de Togliatti de toute cette époque, qui était en train de changer, qui était en train de préparer l’aggiornamento aussi en Italie. Alors, ça n’avait pas du tout le même caractère mais le titre me plaisait parce qu’il signifiait que je tenais mon journal mais que tout le monde pouvait le lire. Ce n’est pas un journal à sens unique, ce n’est pas un journal où je vais m’épandre sur des choses qui n’intéressent personne, mais il y a le public, le monde qui est autour de nous, il y a les livres, il y a tout ça, je vais essayer d’en parler à ma façon. Une façon, un peu paysanne. Je m’efforce de n’être pas trop concierge, d’être à la hauteur du lectorat que j’ai. Je dis ma façon de penser mais j’essaye de ne pas la dire de la façon dont je parle, c’est-à-dire argotique ou mal embouchée, j’essaie de faire un effort pour que ça ait une allure, du moins une peinture littéraire, voilà.

Alain Veinstein : Il n’y a rien du journal intime dans le Journal en public.

Maurice Nadeau : Non. Il n’y a rien du journal intime parce que je pense que ce sont des choses que l’on raconte ailleurs, dans un roman, une confession, tout ce que l’on voudra. Ce n’est pas, non plus, un journal qui tienne compte de toute la vie autour de nous. En ce moment, ce qui se passe, il n’en est pas question dans ce journal. Il y aurait beaucoup trop de choses à dire qui m’effleurent et je ne suis pas capable, non plus, de les écrire. Ce sont, si vous voulez, des sentiments, des sentiments des choses fortes mais vagues, vagues pour l’expression. Donc, je ne vais pas me lancer dans des considérations économiques, politiques ou de je ne sais quel ordre. Je parle de ce que je connais, de ce que je ressens, sur un plan qui est le mien, qui est mesuré, qui est limité, qui n’est pas extraordinaire, mais une voix. Une voix que je recherche, moi, dans les auteurs que je publie. Je dis « Ah, faire entendre une voix ! »  Alors je voudrais que l’on entende la mienne, c’est ça, pas plus.

Alain Veinstein : Donc, pas de journal intime mais tout de même quelque chose du quotidien de votre vie de lecteur, de patron de journal ou d’éditeur qui transparaît dans ces chroniques.

Maurice Nadeau : J’espère. Je ne fais pas toujours exprès. Quand on publie un auteur dont personne ne parle, ça me fait quand même quelque chose. Je me dis « Quand on est éditeur : pourquoi, ça n’a pas d’intérêt ? Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Pourquoi ? Les journalistes ne sont pas tous abrutis, ils ne sont pas tous vendus, pourquoi ils n’en parlent pas ? »  Parce que je n’ai pas de marketing, pas d’attachée de presse, il y a toutes sortes de raisons que je connais, mais je pense aussi qu’il y a quelques esprits suffisamment avertis et curieux pour se rendre compte que ce que je leur offre ce n’est pas n’importe quoi. Alors, là, parfois ça met en rogne. En même temps je le fais. Je reçois des centaines de manuscrits qui ne valent pas un clou mais ce sont des gens qui se sont donné un peu de peine - pour écrire déjà, ce n’est pas facile - mais qui n’ont pas encore compris qu’écrire était autre chose que dire n’importe quoi. On ne peut pas leur dire, à chacun, mais non, vous savez, la littérature ce n’est pas écrire un roman. Même quand on raconte des choses intimes, il faut les raconter d’une certaine façon, faire un effort d’expression, acquérir une technique, sans aller jusqu’à l’art, c’est quand même l’art. La littérature est un art, comme la peinture, comme les autres arts. Il faudrait arriver à leur dire, on ne vous demande pas d’être tous des artistes, vous voulez dire quelque chose, alors dites-le de façon audible, non seulement pour tout le monde mais aussi pour des gens qui seraient intéressés par ce que vous dites. Vous leur racontez des histoires, vos premières amours, vos histoires de familles… (Une femme) qui écrit, comme ça au courant de la plume, parce qu’elle a le Bac, parce qu’on lui a appris à écrire, elle croit que cela va passer, que ça va être édité et que les gens vont la lire. Pour faire comprendre ça, aux apprentis, aux apprentis en littérature… c’est très difficile… mais il y a des gens qui vous engueulent parce que vous ne prenez pas leur manuscrit. Ils vous prennent pour une institution. On a un devoir. Vous avez le devoir, d’abord de lire, ce n’est pas une petite affaire, ensuite de donner votre avis, en somme une consultation. Si l’on va chez le psychiatre, le médecin, etc. sans payer la consultation… Ici, on vous demande une « consultation », aux frais de quoi ? De la princesse ? Des gens qui consacrent leur temps à ça ? On ne peut pas. Il y a des écoles de journalisme, mais il n’y a pas d’écoles pour écrivains. Il y a des ateliers d’écriture mais ça, c’est encore autre chose…

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Alain Veinstein : C’est vrai qu’il y a là beaucoup de manuscrits sur votre bureau et, quelquefois, vous le dites dans votre Journal en public, vous répondez aux auteurs que le livre est publiable mais pas par vous. Une fois, un auteur vous a répondu pratiquement une lettre d’insultes, en vous disant : « Vous dites que c’est publiable, alors expliquez-moi pourquoi vous ne le publiez pas ».

Maurice Nadeau : Oui, c’est vrai. Dans ce cas-là, on est d’ailleurs bien ennuyé pour répondre. Il faut dire la vérité, mais il faut quand même ménager la susceptibilité des gens qui écrivent, ce n’est pas rien. Quelqu’un qui écrit, il met beaucoup de lui-même dans ce qu’il écrit, et attaquer ce qu’il écrit, c’est l’attaquer lui-même. Alors, il faut prendre quelques précautions. Il faut dire : « Non, je ne crois pas que mais il me semble aussi…»  etc. Il y a des gens qui me remercient. Il y en a aussi, quand même. Il n’y a pas très longtemps, quelqu’un m’a envoyé un ouvrage publié ailleurs, en me remerciant de l’avoir bien conseillé. Ça arrive même assez souvent, parce que je ne peux pas prendre tout ce qui m’est proposé… Ensuite, parce que je n’ai pas les moyens, non plus, je n’ai pas l’envergure d’un éditeur, d’un grand éditeur.

Alain Veinstein : Dans Journal en public vous parlez, à plusieurs reprises, des éditions, justement, des éditeurs que vous admirez. Il y en a quand même quelques-uns, y compris parmi ceux de la nouvelle génération, Pierre Poulon pour citer son nom, mais on apprend au détour d’une phrase, que vous, Maurice Nadeau, alors que vous avez découvert la plupart des grands écrivains qu’on lit aujourd’hui, vous dites : « Je ne suis pas vraiment un éditeur ».

Maurice Nadeau : Je ne suis pas vraiment un éditeur. L’édition, c’est une entreprise. J’oserais dire, c’est une industrie. On a placé des capitaux que l’on fait fructifier à l’aide des livres que l’on publie. Une entreprise qui s’appelle l’édition. A l’origine il faut un capital, or, ce capital je ne l’ai jamais eu. C’est difficile de se proclamer un Tel alors qu’on n’est pas un Tel, on n’a pas les moyens. Ce que je peux faire, c’est faciliter les choses, ce qui arrive d’ailleurs : je publie un auteur, qui devient ensuite Prix Nobel, je pense à Coetzee par exemple. Bon il a oublié ça, comme d’autres, ou un jeune auteur qui pour un deuxième livre va ailleurs parce que je n’ai pas les moyens de lui offrir une mensualité, un à-valoir suffisant pour le garder - l’édition est effectivement une industrie - et parce qu’effectivement, on ne vend pas des sardines, comme disait Julliard. Je ne vends pas des sardines, c’est une affaire entendue, mais c’est devenu un objet, un commerce rentable. Oh, oui, je sais bien que les éditeurs se voient autrement…qu’ils mettent autre chose dans leur activité que ce simple amour du profit. Bien sûr ça peut être quelquefois autre chose, mais à la base, c’est quand même ça. Or, moi, je n’ai jamais pu mettre plus dans cette entreprise, plus que ce que me rapportaient, comme éditeur, les livres que je publiais. Or, c’était peu, rien du tout ou des pertes. J’ai plus de pertes que de gains. J’arrive à subsister parce qu’un livre qui marche, comme vous dites - ça arrive un fois par an - me permet d’éditer les deux ou trois livres suivants, des livres plus difficiles, philosophiques, des essais, ou d’autres romans qui sont aussi à découvrir. C’est de l’artisanat. Je ne suis pas un industriel mais un artisan. Je ne vais pas me proclamer éditeur alors que je n’ai pas pignon sur rue. L’édition, ici, c’est la chambre à côté. C’est la pièce à côté, exactement. Ici c’est le journal et l’imprimerie, la pièce d’à côté.

Alain Veinstein : Ce que l’on voit dans le Journal en public, c’est qu’en effet, comme vous le disiez tout à l’heure, on a l’impression que le roman que vous considériez il y a une vingtaine d’années comme la voie royale de la littérature, vous n’y croyez plus tellement, votre intérêt va plutôt à quelques auteurs étrangers.

Maurice Nadeau : C’est vrai. Je vois les choses dans un tel sens. Les romans que j’ai pu lire, je ne dis pas que j’ai tout lu, loin de là, parce que je n’ai plus envie de lire des romans de l’existant, mais enfin ce que je lis ne m’apprend rien ni sur moi ni sur la littérature en général, ni sur le monde, surtout. Alors, les histoires personnelles, intimes etc., c’est intéressant pour celui qui les raconte, qui les écrit, mais intéresser un public, intéresser d’autres gens, au fond faire lire… c’est le vieux problème : est-ce qu’on écrit pour soi ou pour les autres ? On écrit à la fois pour soi et pour les autres. Si on n’a pas de lecteurs, on n’a pas de ressort non plus pour écrire. Je pense à Flaubert, qui disait : « Je vais écrire toute ma vie et je ne publierai pas. De mon vivant, rien ne sera publié ». Et puis il a fait comme les autres. Au bout d’un moment il a eu besoin qu’on lui dise « c’est bon », « c’est mauvais », « ça nous intéresse », « ça ne nous intéresse pas ». C’est ça le problème. Mais ça, l’auteur – qu’est-ce qu’un auteur ? – la personne qui vous apporte un manuscrit, timide et tremblante, si vous prenez le manuscrit, si vous l’éditez, c’est un peu l’oint du seigneur… la deuxième fois, quand il vient vous revoir avec des manuscrits, il a des épaules un peu plus larges : « je suis un écrivain ». Voilà la transformation qui s’est opérée. C’est tout de même quelque chose d’extraordinaire. Je me dis : « Ah, tiens, je suis capable de faire des écrivains, il est devenu un grand écrivain, c’est formidable ! » Or, il l’était, sans moi, bien sûr, mais j’ai été à la naissance, ça me fait quand même une justification. Je me dis que je ne vis pas pour rien, ma vie a - je ne dirais pas qu’elle a un sens - mais disons une excuse, je fais quand même du boulot, voilà.

Alain Veinstein : Dans tous ces livres dont vous êtes amené à parler, votre choix va souvent vers les livres qui relèvent plutôt de l’histoire littéraire. Vous aimez bien, hein ?

Maurice Nadeau : C’est vrai. Peut-être parce que je n’ai pas suffisamment de curiosité pour ce qui se fait sous mes yeux. Enfin, je suis attentif à ce qui a été fait. Les livres vivent aussi, les auteurs à travers les livres et à travers les générations et on s’aperçoit que lire aujourd’hui Flaubert, c’est bien ! Flaubert, ce n’était pas ma tasse de thé, j’étais dans le surréalisme, j’étais je ne sais pas quoi… Et puis tout d’un coup, Madame Bovary ! Oui, très bien, je lis et puis je continue à lire et je tombe sur la Correspondance et je me dis : « Quel drôle de type, c’est formidable ! »  Je me forme une vue de l’auteur, à cent ans de distance, et je me dis : « Tiens, ce n’est pas du tout ce que je croyais, voilà autre chose ».  C’est-à-dire que le regard que j’ai désormais sur Madame Bovary, ce n’est plus le même. Mais ça, c’est vrai pour toutes les œuvres importantes, je ne sais pas moi, Dostoïevski, Tolstoï, etc., qu’on a lus… Quand on relit, on se dit : « Tiens je n’avais pas vu ça. » Les œuvres vivent, heureusement. Ce qui fait, qu’en effet, je suis porté, souvent, à voir, tiens, qu’il y a un nouveau regard sur Nietzsche, par exemple. « C’est intéressant. La volonté de puissance, ce n’était pas du tout ça. Qu’est-ce qu’on a raconté comme bêtises à ce propos ! ». Il y a un livre qui paraît, j’en profite pour parler à la fois de l’auteur du livre et de l’écrivain dont il parle.

Alain Veinstein : Il y a des passeurs, aussi, qui ont beaucoup compté pour vous. Il y en a un, dont il est question dans le Journal en public, c’est Pascal Pia, qui a été votre patron à Combat, dont on a rassemblé les feuilletons littéraires chez Fayard, ainsi que la correspondance avec Albert Camus.

Pia, c’était un érudit, surtout du XIXème siècle, mais il connaissait aussi bien ( le nôtre ?) ; il avait un feuilleton littéraire dans un journal, je ne sais plus lequel - je crois que c’était Carrefour ou je ne sais plus -, et qui était attentif à ce qui se passait sous ses yeux mais qui l’était encore plus à ce qui s’était passé il y a cent ou deux cents ans. Par exemple, il connaissait Baudelaire… J’ai vu des choses extraordinaires en parlant avec lui. Il connaissait la vie de Baudelaire jour par jour. Je ne dirais pas heure par heure, mais jour par jour. Il connaissait Apollinaire… Un jour je suis allé avec lui à Verviers. Il m’a dit : « Voilà, c’est ici qu’Apollinaire est venu en telle année ». C’est un homme qui connaissait tout. À la fin, il était vraiment très malade, on se réunissait, avec des gens qu’il estimait comme moi - je pense à Gilbert Sigaud, Annie Lefranc, qui étaient des amis -, on se réunissait près de la gare du Nord, dans une brasserie. Il nous épatait. Mais il ne cherchait pas à nous épater justement. S’il avait eu le téléphone de l’auteur du XIXème siècle dont on parlait, il vous l’aurait donné, son téléphone ! C’était un érudit extraordinaire. C’était en même temps - le genre de vie qu’il avait choisi qui était tout à fait exemplaire pour moi - un homme sans ambition littéraire, qui aurait pu faire, qui avait d’ailleurs commencé par écrire des poèmes… publié par la NRF… admiré par Paulhan… etc., puis qui s’est dit, non tout ça ce n’est pas ça, je ne suis pas capable… et qui est devenu un journaliste. Un journaliste qui ne marchait pas sur son métier, qui ne piétinait pas son métier. Il le faisait pour gagner sa vie mais il le faisait aussi pour jouer un certain rôle. C’est lui qui a fait Combat, dans la résistance. Il a fait ce journal dans lequel j’ai été embauché sans le vouloir et qui avait dit : « Bon ! On ne parlera pas de faits divers, etc. Nous allons faire un journal intelligent, donc, ça ne marchera pas. » Il savait à l’avance ce qui allait se passer mais il a fait le journal qu’il a voulu. Il a engagé Camus, Albert Olivier, Aragon, Aron, ensuite Pierre Herbart, enfin, des gens qui étaient capables de nourrir ce journal… qui est tombé lui aussi, bon, comme il l’avait dit d’ailleurs. Mais le jour où il a vu que ça tournait mal, il est parti. Simplement, il est resté chez lui. « Allo, Pascal, qu’est-ce qui t’arrive, tu es malade ? »  « Non, non, c’est fini. » C’était l’homme qui était capable de ça. Débrouillez vous, moi c’est terminé. Il n’a même pas demandé sa paie mensuelle. C’était ce genre de type, que l’on rencontre une fois dans sa vie, quoi.  Qui fait que l’on dit… une vie sans chic, discrète, en même temps si pleine, extraordinaire. Enfin, il m’a beaucoup appris, par sa vie même.

Source : http://www.fabriquedesens.net/Surpris-par-la-nuit-Raison-de-plus

 

*

Et enfin, quelques citations pour la route :

   Existe-t-il une littérature féminine ?
   C’est une idiotie ! Même si les femmes sont peut-être plus douées pour le côté passion, expression des sentiments… Tenez, je publie en août La Fente d’eau, de Pascaline Mourier-Casile, elle commence par décrire les sentiments d’une femme enceinte et voilà que ça me touche profondément, que j’entre dans les mystères de l’enfantement. Comment est-ce possible ? Je n’ai jamais fait la différence entre les hommes et les femmes.

   On vous le rappelle souvent, vous avez édité le premier roman de Houellebecq
   C’est ce qu’il a fait de mieux. Ensuite, il a exploité un filon rentable. Un bon auteur transparaît à travers ses livres. Lui, c’est un bon bricoleur, pas plus.

   Parmi tous les auteurs prestigieux que vous avez connus, quels sont ceux qui vous restent les plus chers ?
   Ceux qui sont devenus des amis. Beckett, Queneau, Sciascia et tant d’autres…


   Quel livre offririez-vous à un ami ?
   Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry.

Celle-ci  encore :

 « Je me suis toujours donné entièrement. Comme enfant de chœur, comme militant politique, comme éditeur. Je croyais fermement aux saints. Quand j’ai perdu la foi, je les ai retrouvés sous forme de créatures politiques, d’écrivains, et je me rends compte que les gens que j’ai le plus admirés, ceux dont je parle dans Grâces leur soient rendues, sont morts comme le Christ, se sont sacrifiés… La foi au fond ne s’en va jamais. Elle se transforme. »

 

*

5 bis. Rêve de chat 1 à 30.jpg


LIVRES

Les citer tous ? Ce serait le Bottin. Lesquels épingler ? Les siens ? Ceux qu’il a publiés, suscités, défendus ? Ceux qui furent ses « bornes d’histoire terrestre » ? Impossible de s’en tirer sans jouer – et encore, très peu - aux sors virgilianes :

Maurice NADEAU

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Histoire du surréalismen . Suivi de Documents surréalistes. 

Le Seuil, 1945 et 1964  

Réédition - Points-Seuil 1970

 



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Gustave Flaubert écrivain

Denoël, 1969

Nouvelle édition revue : éd. Maurice Nadeau, 1998

282 pages




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Michel Leiris et la quadrature du cercle

Réédition : Ed Maurice Nadeau, 2002

127 pages


 



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Grâces leur soient rendues.

Mémoires littéraires

Albin-Michel, réédition 1990.

480 pages.

 



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Serviteur !

Un itinéraire critique à travers livres et auteurs, depuis 1945.

Albin Michel 2002

380 pages



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Une vie en littérature

Conversations avec Jacques Sojcher ,

éd. Complexe, 2002

Collection : L’ivre examen

180 pages

 



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Le chemin de la vie

Entretien avec Laure Adler

Verdier, 2011

157 pages




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Journal en public

Ed. Maurice Nadeau, 2006

316 pages

 




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Ferdinando Scianna

Actes Sud, 2008

Collection Photo-Poche

140 pages

 



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Pour Lowry

Les rencontres de Fontevraud – 26 et 27 juin 2009

Colloque littérauire, avec Patrick Deville, Arno Certina, Jacques Darras.

MEET – 2e édition, mars 2010

308 pages

 



Bernard FILLAIRE

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Lettre à Maurice Nadeau

Le Cherche-Midi, 2005

Collection Amor Fati

71 pages

 



Henry MILLER

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Lettres à Maurice Nadeau 1947-1978

Buchet Chastel, 2012

260 pages




Aux éditions Maurice Nadeau :

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Silvio BARIDON et Raymond PHILOCTÈTE

Poésie vivante d’Haïti

1978 – 298 pages

Réédition 1998 – 292 pages

(Ce recueil regroupe des œuvres de 61 poètes haïtiens d’expression française, presque tous vivants.)



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Pier Paolo PASOLINI

La Nouvelle Jeunesse

Poèmes frioulans 1941-1974

Les Lettres Nouvelles-Maurice Nadeau, 1979.

(Réédition Gallimard, 2003 – 320 pages)

 



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Roland BARTHES

Sur la littérature

1980 – 51 pages



 

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Serge QUADRUPPANI

Un coupable idéal : Knobelspiess

1998 – 246 pages

 




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Dominique NOGUEZ

Montaigne au bordel et autres surprises

2011 – 100 pages

 





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François CARADEC

Poésies

Mars 2013 – 211 pages

 





Catalogue des éditions Maurice Nadeau :

http://www.rue-des-livres.com/editeurs/228/p5/maurice_nad...


*

Mis en ligne par Catherine, le 23 juin 2013.




20:22 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Traité européen dit « de stabilité ».

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Traité européen dit « de stabilité »


« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? »

 

En Belgique, le député Laurent Louis sera seul à refuser sa voix au Traité européen sus-mentionné.

Au moment où un Parlement même-pas-croupion va voter, avec sa servilité coutumière, un traité léonin (le mot de putsch n’est pas trop fort) que toute l’Europe vomit et dénonce, le député Laurent Louis, encore une fois seul entre tous, s’adresse à ses collègues élus qui, pour la plupart, avaient piscine ou étaient déjà  partis week-end. C’est une habitude qu’ils ont prise, à chaque fois qu’il monte à leur commune tribune, de lui faire cet honneur qu’il partage avec le président Ahmadinejad et feu Hugo Chavez.

Ce que raconte le député Louis ne devrait surprendre personne. Quiconque se tient un tant soit peu au courant de ce qui se trame sur nos têtes en sait même plus qu’il n’en dit et, à sa place, ne le dirait pas avec autant de mesure que lui.  Ce n’est donc pas son discours qui est ici le plus remarquable. Non, ce qui frappera les générations futures, si tant est qu’elles soient autorisées à voir le jour, à savoir encore lire, écrire et comprendre leur langue maternelle ou d’adoption, c’est la forme du désert dans lequel il prêche. C’est l’insurpassable grossièreté du président Flahaut et de ses pom-pom girls sur le retour (qui sont parfois des pom-pom boys, égalité des chances oblige). C’est, sous le vide sidéral des bancs du Quatrième Pouvoir, celui des rangées et des rangées de ceux auxquels, en allant voter pour eux, nous avons libéralement accordé le privilège de nous offenser dans les règles. De la démocratie ? Non, de la gougnaferie mafieuse.


Quand on en est là, que faire ?

Raoul Vaneigem a son idée là-dessus depuis lurette, et comme il va bien falloir nous habituer soit à nous laisser sodomiser jusqu’à plus soif et à sec, soit à voter autrement, donnons-lui (après tout, le Souverain, c’est nous !) la parole :

 

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« Pourquoi je ne vote pas »

Raoul Vaneigem

 

L’année dernière, ma plus jeune fille, rentrant de l’école, m’a dit : «Je suis bien embêtée. On m’a expliqué que c'était un devoir pour tous de voter. Or, toi, tu ne votes pas. Explique-moi pourquoi !»

J’avais à l’époque de bons arguments, ils sont aujourd’hui bien meilleurs encore.

Il fut un temps où les idées politiques avaient une importance aux yeux des citoyens et déterminaient leur choix électoral. Il existait alors une frontière assez nette entre la gauche et la droite, entre progressistes et conservateurs. Mais déjà à l’époque, il apparaissait nettement que les avancées sociales étaient d’abord arrachées dans la rue, par les émeutes, les grèves ou les grandes manifestations populaires. Les tribuns et les parlementaires socialistes et «communistes» s’en attribuaient ensuite le mérite et en profitaient pour exercer leur ascendant sur les masses. Sans la détermination des mouvements de revendication, il n’y aurait eu ni réduction du temps de travail, ni congés payés, ni droit aux soins de santé, aux allocations de chômage, aux avantages que les mafias multinationales bousillent aujourd'hui avec l’aide des gouvernements de gauche et de droite.

Très tôt, on assista à une bureaucratisation du mouvement ouvrier. Les partis et les syndicats se montrèrent plus préoccupés d’accroître leur pouvoir que de défendre un prolétariat qui jusque dans les années 1960 se défendait très bien lui-même. Le rouge devint rose et la rose s’effeuilla. Tandis que le réformisme social-démocrate partait en couille, l’imposture du mouvement dit communiste s’effondrait avec l’implosion de l’empire stalinien, laissant le champ libre à une véritable opération de colonisation des masses.

L’émergence et la prédominance d’une économie de consommation vinrent en effet contrebalancer opportunément les effets fâcheux d’une décolonisation que les peuples du tiers-monde avaient arrachée de haute lutte.

Dénoncé en Mai 1968, le mythe de la société de bien-être, propagé par le consumérisme, se délite aujourd’hui et accompagne dans sa faillite le capitalisme financier dont la bulle spéculative crève et révèle autour de nous le vide creusé par l’argent fou, par l’argent employé à se reproduire en circuit fermé (non sans que s’emplissent les poches au passage les mafieux affairistes et politiques qui, une fois réélus, vont prôner l’austérité).

Le supermarché est devenu entre-temps le modèle de la démocratie: on y choisit librement n’importe quel produit à la condition de le payer à la sortie. Ce qui est important pour l’économie et ses profiteurs, c’est de faire consommer n’importe quoi afin d’augmenter le chiffre d’affaires. Dans le clientélisme politique qui sévit aujourd’hui, les idées n’ont guère plus d’importance qu’un dépliant publicitaire. Ce qui compte pour le candidat, c’est d’accroître sa clientèle électorale afin de mener ses affaires au mieux de ses intérêts égoïstes.

Qu’une assemblée de citoyens choisisse des délégués pour défendre ses revendications, leur donne mandat de les représenter et leur demande de rendre compte du succès ou de l’insuccès de leur mission, voilà ce qui constitue une véritable démocratie.

Mais en quoi me représenteraient-ils ceux qui

- escroquent le bien public,

- se servent des taxes et des impôts des salariés et des petits indépendants pour renflouer les malversations des banksters,

- gèrent, au mépris des patients les hôpitaux comme des entreprises à rentabiliser,

- privilégient l'enseignement concentrationnaire et construisent des prisons et des centres fermés au lieu de multiplier les petites écoles,

- soutiennent les mafias agroalimentaires qui dénaturent la nourriture,

- bousillent les secteurs prioritaires (métallurgie, textile, logements, service postal, transports, verrerie, fabriques de biens utiles à la société) ?

De l'extrême gauche à l'extrême droite, ce qui prime, c'est la recherche d'une clientèle, c'est le pouvoir, le mensonge, l'imposture et la frime. C'est le mépris du pauvre con qui pisse sa confiance dans l'urne sans penser à la vérole du désenchantement qui, le rendant hargneux et pris d'une rage aveugle, le prédisposera à la barbarie du chacun pour soi et du tous contre tous.

Mais, direz-vous, tous les politiciens ne sont pas corrompus, tous ne dépensent pas l'argent du contribuable en voyages d'affaires, en frais de représentation, en malversations diverses. Certains sont honnêtes et naïfs. Assurément, mais ceux-là ne demeurent pas longtemps dans l'arène. En attendant, ils servent de paravents aux assoiffés de pouvoir, aux malades de l'autorité, aux gestionnaires de la farce électorale, aux promoteurs d'une image de marque qu'ils affichent partout sans souci du ridicule.

Que l'on ne s'y trompe pas : bien que la démocratie parlementaire pourrisse sur pied, je ne propose ni de la supprimer ni de la tolérer plus longtemps comme un moindre mal. Je ne veux ni du «Ferme ta gueule !» ni du «Cause toujours !» Je veux que la politique retrouve son sens premier : l'art de gérer la cité. Je veux qu'une démocratie directe émane non de citoyens battus, cocus, contents, mais d'hommes et de femmes soucieux de promouvoir partout la solidarité et le progrès humain. Quand des collectivités locales agissant globalement – sur le mode de fédérations internationales – décideront de s'autogérer, et examineront :

– Comment favoriser la mise au point des formes d'énergie gratuite à l'usage de tous.

– Comment constituer une coopérative d'investissement pour en financer la construction.

– Comment mettre en œuvre la gestion collective d'un fonds d'investissement constitué par une participation financière que rendrait possible le refus des petits et des moyens revenus d'acquitter les taxes et les impôts prélevés par l'État-bankster.

– Comment généraliser l'occupation des usines et leur gestion par ceux qui y travaillent.

– Comment organiser une production locale destinée à la consommation des collectivités locales et fédérées, afin d'échapper à la gabegie du marché et d'assurer peu à peu une gratuité des biens de survie, qui rende l'argent obsolète. (Ne parlez pas d'utopie! C'est ce qu'ont réalisé en 1936 les collectivités libertaires de Catalogne et d'Aragon, avant d'être écrasées par les communistes.)

– Comment propager l'idée et la pratique de cette gratuité qui est la seule arme absolue contre le système marchand.

– Comment favoriser la propagation des fermes dites biologiques et leur pénétration dans les villes.

– Comment multiplier de petites unités scolaires de proximité, d'où soient bannies les notions de compétition, de concurrence et de prédation. Utopique? Non. Au Mexique, à San Cristobal, l’Université de la Terre propose une formation gratuite dans les domaines les plus divers (en plus des matières traditionnelles: des ateliers de cordonnerie, de mécanique, d’électronique, de ferronnerie, de physique, d’agriculture naturelle, d’art culinaire, de musique, de peinture, etc.). La seule qualité requise est le désir d’apprendre. Il n’y a pas de diplômes mais on attend de «ceux qui savent» qu’ils communiquent gratuitement et partout leurs connaissances.

– Comment doter les collectivités locales de maisons de santé, où les premiers soins puissent être assurés avec l’aide des médecins de campagne et de quartiers.

– Comment organiser un réseau de transports gratuits et non polluants.

– Comment mettre en pratique une solidarité active en faveur des enfants, des vieux, des malades et handicapés, des personnes en difficultés mentales.

- Comment mettre en œuvre des ateliers de création ouverts à tous.

– Comment reconvertir les supermarchés en entrepôts où les produits utiles et agréables fassent l’objet de trocs ou d’échanges de services en vue de favoriser la disparition de l'argent et du pouvoir.

Alors je voterai. Passionnément !

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Source : Siné Hebdo n° 80 (17/3/2010).


*

Bahar Kimyongür

1.             A été relâché par la poice espagnole contre une caution de 10.000 €. Il faut qu’il les trouve.

2.            La ministre Joëlle Milquet a écrit à Investig'Action.

3.            Michel Collon a répondu à la ministre.


Mise au point avec la ministre Joëlle Milquet

Michel COLLON

22 juin 2013

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La ministre de l'Intérieur a réagi à notre article « La vérité dérange, Milquet se venge » ainsi qu'à vos courriels envoyés suite à l'arrestation de Bahar Kimyongür en Espagne ce 17 juin. Ce dernier a enfin pu être libéré sous caution et devrait regagner la Belgique d'ici peu. Nous reproduisons ici la réaction de Joëlle Milquet à notre article, ainsi que la réponse de Michel Collon.:

Lire la suite…

 Source : http://www.michelcollon.info/Mise-au-point-avec-la-minist...

 

*

Pendant ce temps-là…


En Belgique toujours (mais pas au Parlement, à moins qu’ils n’aient trouvé pour seul moyen d’échapper à Laurent Louis que de s’enfuir en soucoupe volante) :


En Inde :

http://rt.com/in-motion/india-apocalyptic-floods-weather-017/


«Man-made disaster», disent-ils. Tiens, là aussi ?


À Hong Kong :

 

Aux dernières nouvelles : Edward Snowden serait à Moscou, en route pour Caracas, via La Havane. Quand on veut, on peut.


En Thaïlande :


Des gens comme on les aime.


*


Mis en ligne par Catherine, le 23 juin 2013

19:54 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |