01/11/2012

Il était une fois un paradis...

 

 

1 - MAGRITTE - Les merveilles de la nature - 1953. jpg.jpg

 

« Il était une fois un paradis…


dont la construction remontait au temps où l'esprit planait sur les eaux. L'eau a fini par s'évaporer. C'est pourquoi les anges ont des ailes, sinon ils auraient des nageoires. »

Dans son Interlude n°2, Aline de Dieguez, avant de continuer sa remontée aux sources de tant de misères actuelles, livre à ceux que l’humour n’a pas déserté, sa version personnelle de la création du monde.

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Le véridique récit de la Genèse

Aline de Dieguez

 

Une terre est alors apparue.

Les plantes et les animaux y prospéraient dans une harmonie qui réjouissait la vue et la logique: petits soleils terrestres, melons mamelus et potirons bien ronds s'arrimaient au sol par de mignonnes vrilles, tandis que les prunes et les cerises se balançaient dans les hauteurs et piquetaient l'azur de taches écarlates. Tous les animaux cohabitaient fraternellement : la souris tirait les moustaches du chat, le loup et l'agneau se désaltéraient côte à côte le long d'une onde claire et l'éléphant soulevait très haut ses grosses pattes afin que les lézards qui paressaient au soleil eussent le temps de se réveiller et de se mettre à l'abri.

 Un jour, l'esprit chagrin et pisse-vinaigre qui administrait le verger décida de mettre de l'ordre dans cette luxuriance brouillonne et bon enfant. Ce coquin tendit un piège à deux bêtas qui baguenaudaient dans la clairière.

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*

 

En guise de respiration entre l’interlude et la « pièce de résistance », plus tellement humoristique, nous vous offrons une petite Histoire de Yahvé en BD :

 

http://enutil.canalblog.com/archives/2011/04/25/20975707.html

 

Il semble que le dessinateur ait eu comme une prémonition de la suite.

 

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2 bis - guerre des dieux - fantasy-fantastic-guerre-dieux-big.jpg


Aline de Dieguez


AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

 

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. " ( Edward Mandell HOUSE )

 

*

2ème Partie

Aux sources du sionisme

 

XIV – La guerre des dieux


A - L'enjeu du conflit

 S'il est avéré que les hommes marchentsur la terre, il n'est pas moins vrai qu'ils habitentdans la moyenne région de l'air. Est-ce en leur corps, est-ce hors de leur corps, ils ne savent? Dans un espace flottant, ni sur la terre ferme, ni dans l'infini, ils sont persuadés qu'ils cohabitent avec des personnages ni entièrement vaporeux, ni entièrement corporels et qu'ils appellent des dieux. Or, ces personnages aussi mystérieux qu'insaisissables sont les véritables maîtres de leur destin terrestre et, croient-ils, extra, infra et supra terrestre.

Longtemps, bien longtemps avant la célèbre "Guerre des deux roses" que connut l'Angleterre au XVe siècle, la Palestine, puis le monde occidental tout entier furent déchirés par une guerre autrement plus féroce et plus durable que le conflit qui opposa les partisans de deux prétendants au trône de nos voisins Grands Bretons et plus fertile en rebondissements que l'illustre "Guerre des fouaces" qui opposa, nous raconte François Rabelais dans son Gargantua,Picrochole à Grandgousier.

 Quant à la Guerre de cent ans, elle fait figure d'aimable plaisanterie à côté de la conflagration qui embrasa la planète durant deux millénaires. Je veux parler de la fabuleuse « Guerre des deux Célestes »

 

3 - Miniature-Mont-Athos-Jesus-priant-son-Pere.jpg

Jésus priant son Père – Miniature du Mont Athos

 

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Où l’on apprendra que la tant vantée consubstantialité des « trois qui n’en font qu’un » fut surtout une guerre au finish entre un père et un fils, tous deux bien décidés à régner seuls.

 

 

*


Ah, si le « vieux barbu avec sa casserole sur la tête » (Vallès dixit), avait eu le sourire de Giuseppe !

 

Giuseppe - Les ailes du paradis

 


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 Et dans le monde d’ici-bas, celui des infidèles et des sans-dieu, que se passe-t-il ?

 

Humanisme...

Droits de l'homme...

Droit de grève...

Justice...

Fariboles...

... mais les mineurs de fond sont-ils vraiment des hommes ?

Lu dans les gazettes :

 

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L'histoire se passe en 1948. Oui, je sais, c'est vieux, il y avait encore des mines en activité (se reporter pour info à l'article « Chiens écrasés » de Marcel Aymé dans notre post précédent). Les mineurs du Nord-Pas-de-Calais s'étaient mis en grève. Une grande grève. Pas pour de rire. Et pas sans de fortes raisons.

Le gouvernement de l'époque – du rad-soc Henri Queuille - dont le ministre de l'Intérieur, le Manuel Valls du temps, était le socialiste Jules Moch, décide de quoi ? De tirer dans le tas. Fusils, matraques, trois mille arrestations. Histoire de les mater. (Cela se passe deux ans avant que le socialiste belge Paul-Henri Spaak fasse tourner les canons contre ses propres électeurs et décrète que « la Belgique a besoin de monarchie comme de pain », ce qu'approuve des deux mains le généralissime Franco. Pardon, c'était une parenthèse.)

 Des centaines de grévistes, dont d'authentiques héros de la Résistance, sont condamnés à de la prison ferme « pour entrave à la liberté du travail », alors que le droit de grève est reconnu par une loi, mais bast ! Les Houillères du Nord-Pas-de-Calais s'empressent de les virer. Des gens à casier chez nous ? Ouak beurk, pas de ça Lisette ! Dans les conditions de cet immédiat après-guerre, être licencié de la sorte signifie plus de logement, plus de remboursements médicaux, plus d'école pour les gosses. Que faire ? S'expatrier ou crever la dèche pendant des années... dans une autre région de France, où on peut se joindre aux immigrés sous-payés qui arrivent d'Italie, de Pologne, etc. Et même là : liste noire. Car les « Houillères » ont le bras long.

Les années passent et, un beau jour, la retraite finit quand même par arriver. L'un de ces anciens condamnés – il s'appelle Georges Carbonnier - occupe ses loisirs à mettre à jour ses vieux papiers et une idée lui vient. Avec 17 de ses camarades, ils va voir Tiennot Grumbach, avocat réputé de la cause ouvrière et lui raconte leur calvaire.

Il y avait évidemment prescription (selon que vous serez puissant ou misérable, les prescriptions vous favoriseront tôt ou pas, et on ne vous dit rien des amnisties-demandez-aux-généraux-félons-de-l'OAS). L'avocat réussit à faire révoquer la prescription et réclame réparation à la justice. Motifs : licenciements abusifs et terrorisme d'Etat.

6 - Norbert gilmez - article_1610-LIL03-GILMEZ.jpgLa justice n'est pas pressée. Georges Carbonnier meurt en 2006. C'est un des autres qui doit se présenter à sa place à l'audience enfin fixée, en avril 2011, devant le tribunal de Versailles. Il s'appelle Norbert Gilmez. Il a 91 ans.

Cette cour d'appel déclare officiellement révoquée la prescription et vote aux dix-sept plaignants (c. à d. surtout à leur veuves et descendants puisque presque tous sont morts) quelques clopinettes de dommages et intérêts : 30.000 € chacun.

Un semblant de justice a enfin été rendue.

Euh... c'est compter sans dame Christine Lagarde, l'alors ministre de l'Economie du gouvernement Fillon, qui a sous sa tutelle les Charbonnages de France. Et que fait dame Lagarde ? Elle introduit un pourvoi en cassation contre la cassation..

Survient le changement de gouvernement. Les avocats des mineurs espèrent que la nouvelle majorité abandonnera ces nouvelles honteuses poursuites, au bout de 64 ans. Euh... eh bien, non. Prié de s'expliquer, le ministère de M. Pierre Moscovici n'a pas jugé utile de répondre du tout. Avec les manants, n'est-ce pas plus simple ?

Et ce 13 octobre 2012 :

La Cour de cassation vient d'annuler la condamnation contre les Charbonnages de France pour licenciements abusifs des mineurs grévistes de 1948 et 1952. La prescription levée l'an dernier par la cour d'appel de Versailles s'est ainsi brutalement rabattue sur les ex-mineurs.

Ce qui veut dire que les malheureux vont sans doute devoir rembourser les clopinettes et apprendre une bonne fois pour toutes, par le fait, comment les riches deviennent riches et comment ils le restent.

C'est que, voyez-vous, l'histoire est en train de se répéter dans les Asturies, le Leon, l'Aragon... et que les Prix Nobel de la Paix européens ne se mordent pas entre eux.

Nos excuses pour cette video en anglais – Youtube a supprimé toutes les videos relatives à ces événements en espagnol et en français.


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Choses sérieuses ou prétendues telles :

 

On vote cette semaine aux U.S.A.

Pour élire ou réélire un grand timonier

 

Un citoyen US appelle ses compatriotes à s’abstenir. Il explique comment et pourquoi :

Voter pour la mort

par Linh Dinh

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4 octobre 2012, "Information Clearing House"

Amérique, tu es devenue une  nation de complices et de défenseurs de la tyrannie et des meurtres de masse. Alors même que tu condamnes les nazis et les gardiens des goulags d’autrefois, tu célèbres tes propres mercenaires et bourreaux et tu minimises, voire glorifies, les crimes indicibles commis par tes fils et tes filles. Tant que tes soldats sont payés et que tes usines d’armement ronronnent, tu ne te soucies pas de savoir qui tu assassines.

Confortablement nichés dans leurs Luna Parks universitaires, tes intellectuels les plus en vue penchent légèrement à gauche ou à droite, mais jamais assez pour mettre en péril ce navire en feu, craignant trop de gâcher les cocktail-parties ou, dieu les en préserve, d’être révoqués de leurs postes. Des antipasti plein la bouche, ils sont experts dans l’art d’esquiver les sujets tels que la pléthore de crimes d'Israël, le 11 septembre 2001, la fausse mort de Ben Laden ou la Réserve Fédérale parasite et, à l’approche d’une nouvelle élection-mascarade, leur enthousiasme va aux candidats qui prônent les guerres illégales et les fraudes bancaires, puisque les unes comme les autres sont à leurs yeux des moindres maux.

Lors des cinq dernières élections, les vainqueurs l’ont emporté avec respectivement 52.9%, 50.7%, 47.9%, 49.2% et 43%  des votes populaires, ce qui dans aucun des cas n’a représenté un mandat écrasant, les finalistes de l’autre parti majoritaire arrivant bien souvent juste sur leurs talons, et depuis 2000, les devançant même par le nombre réel de voix, le système bipartite a confisqué notre vie publique et  nos porte-monnaie. Quant à nos sénateurs, seuls deux d’entre eux ne sont ni démocrates ni républicains. A partir de là, une élection aux Etats-Unis n’est plus qu’un référendum bidon en faveur de ce système profondément corrompu et meurtrier ; et, par le seul fait de voter, vous lui donnez le feu vert pour qu'il continue ses massacres et ses pillages. Tous les quatre ans, on nous amène par le bout du nez à cautionner  une guerre qui n’en finit pas et une corruption qui n'a pas de fond. Si nous nous montrons déçus, nos média abrutissants et laveurs de cerveaux sont là pour faire de nous des clones de ceux qui nous violent.

Le « Bon Vieux Parti » (républicain, NdK) flanque la frousse aux classes moyennes et supérieures en les menaçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Dems vous piqueront votre fric durement gagné pour le refiler à des parasites, des accros au crack et autres ratés de toutes sortes ! », tandis que dans le même temps les démocrates paniquent à leur tour les classes inférieures en les semonçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Reps laisseront pourrir vos culs à couches de retraités sous un pont, vous dormirez sur un bout de carton ! » mais, seigneur, seigneur, seigneur, tout ça est déjà en train de se passer, alors, motus sur les détails.

Il est dans l'ordre qu'au moment où notre bulletin de vote le plus important n'a pratiquement plus de signification,  on nous fourgue une myriade d’incitations à voter pour des tas de choses et de gens insignifiants, qui vont des balourds chantants aux bouffons dansants, en passant par les hypertrophiés aux anabolisants. Les Américains n’ont jamais autant ni aussi souvent voté pour rien.

Chaque parti dépeint l’autre comme le mal absolu, alors que tous deux sont prostitués jusqu'à la glotte à un complexe militaro-bancaire qui n'en finit pas de répandre le malheur et la destruction dans le monde entier, y compris ici. Tout en délocalisant vos emplois, il peut se faire qu'ils vous balancent un téléphone cellulaire gratuit ou vous permettent de vous marier avec un partenaire de votre sexe, mais, sérieusement, le temps n'est-il pas venu d’exiger que notre argent soit dépensé de manière responsable et dans notre intérêt ? Hélas, non : tout ce qu’il nous est pemis de faire, c'est mendier de misérables petites modifications sans portée, au lieu d'exiger et d’obtenir des changements véritables, et nous devons voter, et revoter encore, pour des menteurs et des criminels avérés, et espérer contre toute évidence que, cette fois, ils ne nous empaleront pas. Cela ne vous fait-il rien de sentir tous ces mensonges et ces trahisons vous sodomiser à sec ? Mais, le pire de tout, c'est que c'est vous-mêmes qui avez permis à cette chose de vous arriver, même si ce n'est que symboliquement, en votant comme vous l'avez fait pour l'un des deux partis de la guerre et de la corruption tous azimuts. Tout laisse penser qu'ils vont encore obtenir 99% de vos voix, et l'Amérique aura encore une fois soutenu en masse un programme ouvertement criminel, et le monde en sera une fois de plus atterré.

Avec sa dynamite de bande dessinée, le récent discours de Netanyahu à l'ONU rappelle Powell et son graphique bidon d'avant l’invasion de l’Irak, mais Bush, au moins, avait essayé de convaincre qu'une guerre était nécessaire, alors qu’Obama ne s’est même pas donné cette peine. Ignorant le Congrès et le peuple américain, il a simplement donné l’ordre de bombarder massivement la Lybie, crime qu'il a cyniquement qualifié d’«action militaire cinétique», déchaîné des frappes moindres contre la Somalie, le Yémen et le Pakistan, et envoyé en Syrie des terroristes mercenaires, tout cela sans aucune protestation notable de notre peuple anesthésié ni de notre intelligentsia rampante.

Abrutis par la propagande non-stop menée par nos media aux ordres dans cette maison (de fous) des miroirs, nous ne voyons pas et nous ne nous soucions pas de la manière dont les autres nous perçoivent, car, alors même que des protestations internationales s'élèvent, que nos drapeaux brûlent, que nos soldats sont tués par de prétendus alliés et que, sondage après sondage, nous apparaissons comme une des nations les plus méprisées sur la terre,  nous continuons de croire que nous sommes aimés et admirés de par le monde. Nos politiciens ne sont que trop heureux de flatter ce sentiment de vanité. Romney, «  Nous avons la responsabilité morale de maintenir l’Amérique au rang de la nation la plus forte sur terre, l’espoir de la terre, la cité brillante sur la colline. » Obama, « Ne soyez jamais contre les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont été, et seront toujours, la seule nation indispensable aux affaires du monde. » Seuls des enfants peuvent croire en quoi que ce soit d'éternel, mais c’est ainsi que nos papas et nos mamans politiciens nous parlent aujourd’hui.

Ainsi, le monde sera une fois de plus atterré, comme le sera la postérité, à moins que nous ne puissions prouver que nous ne nous tenons pas tous derrière le criminel heureux. Déjà, presque la moitié des Américains ne donnent plus leur voix dans aucune élection, mais nous devons en faire une abstention volontaire, un signe de protestation clair et non pas un acte d’apathie. Le monde doit voir que les Américains ne sont pas tous aussi dérangés et hypnotisés que ceux qui votent avec allégresse pour un criminel après l’autre. Nous valons mieux que ça, alors prouvons-le. Imaginez des milliers d’entre nous dans des lieux publics, déclarant « PAS EN NOTRE NOM ! » Plus tôt nous pourrons divorcer d'avec notre gouvernement voyou, plus tôt nous pourrons nous en débarrasser. A défaut de mieux,  résister à cette farce électorale, c'est nous laver les mains, au moins partiellement, du sang innocent que l'on verse. C’est la seule décision morale.

Linh Dinh est un poète, auteur, traducteur et photographe vietnamo-américain né à Saïgon en 1963 et arrivé aux Etats-Unis en 1975. Il est l’auteur de deux livres de nouvelles, de cinq recueils de poèmes, et d'un roman qui vient juste de sortir, Love Like Hate. Il a traduit des poètes occidentaux en vietnamien et des poètes vietnamiens en anglais. Il témoigne de l'évolution de notre société en déclin par les photos qu’il publie très fréquemment sur son blog State of the Union.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32649.htm

 

traduction de Kahem

pour Les Grosses Orchades

 

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Analyse confirmée par Thierry Meyssan, toujours aussi lucide et parfaitement informé :

Show électoral aux Etats-Unis

 Au cours des 30 dernières années, aucune élection présidentielle US n’a marqué de changement dans la politique extérieure de Washington. Les décisions importantes ont toujours été prises en dehors de cette échéance. Il est tout à fait évident que le président est le maître d’œuvre d’une politique dont il n’est pas le décideur. L’impérialisme yankee sera t-il plus performant avec le sourire d’Obama ou avec celui de Romney ?

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Et pendant qu’on y est, et parce que le sort des Syriens nous importe au moins autant que celui des citoyens US :

 

Les mauvais perdants de la crise syrienne

En 2010, la France a fait le choix de relancer sa politique coloniale. Cela l’a conduit à changer le régime en Côte d’Ivoire et en Libye, puis à essayer de la faire en Syrie. Mais face à l’échec de cette troisième opération, Paris se trouve emporté par les événements qu’il a provoqués. Après avoir armé et encadré des groupes terroristes en Syrie, la DGSE a frappé au cœur de la capitale libanaise.

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Enfin, pour le cas où d’aucuns n’auraient pas compris en quoi tout ceci nous concerne, rien ne vaut un saut chez Jean-Pierre Dubois qui, sur son blog Le Petit Blanquiste, se fait un plaisir et un devoir de nous le rappeler :

 

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17 octobre 2012

Européocentrisme et impérialisme

Sans réalité géographique, « Occident » est un euphémisme utilisé pour désigner le bloc des pays capitalistes/impérialistes constitué des principales puissances européennes et de certaines de leurs extensions historiques : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

Les peuples de ces pays, qui ne représentent qu'environ 20% de la population mondiale, ont le privilège de bénéficier du niveau de vie moyen le plus élevé de la planète.

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 31 octobre 2012

Etats-Unis : Pseudo-démocratie et vraie idéologie

« Parce que l’armée reste dans les casernes et que la domination n’est pas totale, nous pouvons prétendre vivre en "démocratie" », observait Howard Zinn. [1]

« Son ouverture et sa souplesse rendent une telle société plus séduisante que bien d’autres, mais elles induisent également un type de contrôle bien plus efficace ».

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 Vient de tomber, au moment où nous mettons en ligne :

 

Cercle des volontaires

 Bibi à l’Elysée : Juifs, « faites d’Israël, votre chez vous ». Un affront aux juifs, un affront à la République.

 

IN ACTUALITÉ, FRANCE, TRIBUNE / BY JONATHAN MOADAB / ON 1 NOVEMBRE 2012 AT 11 H 38 MIN /

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Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, actuellement en visite en France, a exercé ses talents de VRP à l’Elysée pour l’Agence Juive. Il a en effet appelé les citoyens français juifs à partir en Israël pour en faire leur « chez eux ».(Voir la vidéo BFM)

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« Jusques à quand nous les briseras-tu, François Normal, avec tes c…….s impérialistes étiquetées socialotes ? »

 

Questions d’Hugo Chavez au président  de la République (sic) Française…

 


 

« Il est espiègle le roi d’Espagne ! »

et quelques considérations du même sur l’Empire, en réponse à une improbable descendante de Newton, qui réussit le tour de force de faire la gueule pendant  20 minutes sans reprendre haleine.

 


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 Pour prendre date :

 

Tous place Stalingrad à Paris le 2 février 2013, pour le 70ème anniversaire de la bataille !

Le rassemblement national avec représentation internationale aura lieu

SAMEDI 2 FÉVRIER 2013 à 15 h. 00

Place de la bataille de Stalingrad à Paris  

(métro Stalingrad)

avec prises de parole et dépôt de fleurs au monument des héros de Stalingrad.

 

Lire ici…

 

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Combien de temps avant que Volgograd retrouve son véritable nom ? Il est étonnant, vu leurs habitudes, que les bookmakers grands-bretons n’aient pas encore ouvert de paris là-dessus.

 

mis en ligne par Théroigne  le 1er novembre 2012.

 

 

 

 

27/10/2012

S.O.S. - Un ouragan dévaste Cuba

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S.O.S.

Un ouragan dévaste Cuba

 

L’ouragan « Sandy » qui vient de balayer Cuba et plus particulièrement le sud-est de l’île – provinces de Santiago et de Guantanamo – y a semé la mort et la désolation. Malgré les précautions prises par la prévention civile, et notamment l’évacuation de 55.000 habitants, les vents dépassant 180 km/h et les pluies diluviennes ont provoqué, selon un bilan provisoire, la mort de 9 personnes  à Santiago de Cuba et 2 à Guantanamo.  



Des centaines de maisons ont été détruites.  Des champs de canne à sucre et d’autres cultures ont été écrasés par les vents. Des inondations sont signalées en plusieurs endroits de la région alors que des vagues énormes ravagent le littoral et ont fait monter de deux mètres le niveau de la mer.

Les victimes, dont un bébé de quatre mois, on péri principalement lors de l’écroulement de leurs maisons, l’effondrement de leurs toits ou des chutes d’arbres.

 

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Des catastrophes naturelles de cette ampleur, en plus d’un embargo meurtrier qui dure depuis un demi siècle, c’est beaucoup, même pour un peuple exceptionnellement courageux.

Il n’y a pas une minute à perdre. La solidarité avec le peuple cubain doit être rapide et efficace.

Les animateurs de Cuba Si se sont immédiatement mis en relation avec leurs partenaires cubains et lancent une grande souscription :


« Avec le peuple cubain, victime de l’ouragan ».

Adressez VOTRE AIDE de toute urgence à :


Cuba Si France


"Cyclone SANDY"


94, bld Blanqui, 
75013 Paris.

 

CREDIT MUTUEL  7 PLACE DES FETES  PARIS 19e. N° DE COMPTE  20349301

 

cubasifrance@wanadoo.fr

http://www.lesamisdecuba.com/

 

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Et Haïti


Il semble que Sandy (cette manie de donner des noms de femmes aux catastrophes !) ait également touché, quoique dans une moindre mesure, Haïti (2 morts quand même), où la malheureuse population n’est toujours pas remise du terrible tremblement de terre d’il y a presque trois ans. L’armée américaine, qui y avait aussitôt débarqué « pour porter secours», est toujours là, non ? Elle va sûrement s’empresser d’aider, cette fois encore, dans la mesure de ses moyens, qui sont grands.  Comptons sur nos media pour nous en informer.

 

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 Mis en ligne le 27 octobre 2012





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07/10/2012

Guerre à la guerre nondedieu !

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Guerre à la guerre nondedieu !

 

Et à tous ceux qui nous y poussent.

 

Non, vous ne verrez pas ici Benjamin Netanyahu à l'ONU, on l'a vu partout.

 

Pour la bombinette, c'est dans L'oreille cassée. Page 23, Tintin et le général Alcazar jouent aux échecs. Un terroriste armé d'une bombe à la mèche allumée s'apprête à lancer celle-ci sous la fenêtre de la pièce où se trouvent Tintin et le général. Page 24, la bombe arrive dans le bureau et Tintin la rejette par la fenêtre.

Et vous direz qu'on ne vous gâte pas !

 

 

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Сднемрождения

 

À Moscou, ce dimanche 7 octobre,

le président Vladimir Poutine a fêté ses 60 ans.

Occasion rêvée pour nos média de masse de distiller un peu de fiel.

 

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Ils ne vont pas faire de cadeaux non plus à Hugo Chavez,

qui vient d'être réélu comme prévu

à la présidence du Venezuela.

 

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 Une ou deux photos que vous ne verrez pas dans votre pressetituée habituelle :

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 On était dimanche. Nous revoici, à la bourre. Et pas tout de suite sur la guerre. Quoique...

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La charité est la mère de tous les vices. Elle dégrade ceux qui la font autant que ceux qui la reçoivent.

Au tout début des années 1780, Jean-Joseph FYON, jeune bourgmestre(1) de Verviers, en Principauté de Liège(2), prenait, avec ses amis politiques, une décision qu'on peut qualifier de révolutionnaire : celle de soustraire l'éducation des orphelins à la charité de l'Église, en les rendant autonomes dès leur plus jeune âge. Jusque là, le clergé local avait, seul, grâce aux aumônes reçues en leur nom, assumé la responsabilité de les maintenir en vie et de les éduquer.

 La révolution apportée par Fyon consistait en deux ou trois décisions simples, appliquées aussitôt que décidées : construire un orphelinat adapté à la vie en commun d'enfants depuis le berceau jusqu'à la majorité, rétribuer des enseignants clercs ou laïcs, chargés de leur donner une base d'instruction aussi solide que s'ils eussent eu des parents pour y pourvoir, et leur apprendre un métier.

 Pour ce métier, qu'ils allaient commencer à exercer à mi-temps dès l'âge de sept ans, ils recevraient un salaire, géré pendant leur minorité par la Commune, qui y prélèverait des sommes concourant à les nourrir, à les habiller, les loger, les soigner et les chauffer, et qui mettrait en réserve le reste, de quoi leur constituer un pécule de départ dans la vie, qu'ils recevraient à leur majorité.

 Fyon et les siens estimaient que la vie et l'éducation de ces enfants étaient la responsabilité de tous et ne pouvaient être laissées au bon vouloir – c'est-à-dire au caprice – des chrétiens, si généreux fussent-ils. C'était une question de principe : qu'ils soient éduqués, armés pour la vie et maintenus en bonne santé était un dû, pas une libéralité. D'où l'instauration d'un impôt approprié, prélevé selon les moyens de chacun, autre innovation lourde de sens et de conséquences. Le but : que les enfants n'aient jamais à dire merci à personne pour des soins élémentaires, qu'ils soient et qu'ils restent non dépendants.

 Ce sont ces principes et ces dispositions qu'allait reprendre, presque trait pour trait, des années plus tard, Michel Lepeletier de Saint-Fargeau dans son fameux et trop méconnu Plan d'Éducation Nationale (allez, chiche, on vous le balance un de ces jours !), plan que Maximilien Robespierre défendrait bec et ongles et réussirait à faire voter à la quasi unanimité, après y avoir apporté quelques modifications de son cru (dictature ! dictature ! Encouragée par toute l'Assemblée Nationale en plus), comme doubler le salaire des instituteurs/trices, dont il estimait le rôle, pour la République, égal à celui de généraux gagnant des batailles, et allouer aux orphelins, dès l'âge de 7 ans, un argent de poche censé les habituer à leur autonomie financière pour plus tard. Ce Plan, qui interdisait – idée chère à Lepeletier - l'endoctrinement des gosses par quelque religion ou philosophie que ce fût jusqu'à leur majorité , c'est-à-dire jusqu'à ce qu'ils soient en état de faire un choix par eux-mêmes (et voilà pour le « curé » de l'Être Suprême), n'a jamais pu être appliqué pour cause d'assassinat de ses auteurs. Y revenir aujourd'hui pour l'essentiel ne serait pas un luxe, est peut-être même une nécessité urgente.

 Pourquoi vous parler de cela aujourd'hui, en plein post d'opposition à la guerre ? Parce qu'au moment où nous allions le mettre en ligne sont arrivés non seulement l'anniversaire de Vladimir Poutine et la victoire électorale d'Hugo Chavez, mais aussi un remarquable article de Gérard Mordillat, si important à nos yeux qu'il en prend le pas sur tout le reste. Notre post sera donc, comme d'habitude, interminable, mais...

si vous devez n'en lire qu'une seule page, lisez celle-là !

Contre la charité, par Gérard Mordillat

1. Maximilien Robespierre bis jpg.jpg

Le 2 décembre 1792 Robespierre déclarait à la tribune de la Convention : « Quel est l’objet de la société ? C’est le maintien des droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous ses membres les moyens d’exister ». Exister n’est pas un droit, c’est un fait : l’homme existe mais les conditions de son existence sont – pardon de le préciser ! – tout entières régies et conditionnées par la société dans laquelle il vit ; il est à la fois l’acteur et le produit de cette société. Reconnaître aux hommes et aux femmes, en tant que citoyens, d’avoir des droits, c’est leur reconnaître d’abord le droit d’avoir des droits.

Des droits égaux à celui de leurs semblables.

Or, dans la société où nous sommes, (sans chercher à regarder plus loin que la France en 2012, mais cela vaut pour l'Europe et tout le monde occidental), chaque jour le droit d’avoir des droits est combattu par toutes les forces réactionnaires, la droite au sens large, le patronat, ses organisations, ses affidés, ses hérauts dans les médias . Les sans-droits prolifèrent ; qu’ils soient sans papiers, sans abri, sans travail, sans logement…

Car, si, juridiquement, les citoyens ne sont privés de leurs droits qu’en matière criminelle, dans les faits, l’individu que l’accumulation des malheurs, la perte d’un emploi, d’un logement, d’une famille pousse hors de la société, se retrouve, sans droits, non techniquement, mais pratiquement.

Incapable de faire reconnaître ses droits, de les faire accepter et appliquer à son profit, cet individu n’a plus le droit d’exister.

Il est, mais il n’existe pas.

Lorsqu’il a utilisé son ignoble expression « la France d’en bas », Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre français, a parfaitement entériné cette rupture du principe d’égalité, puisqu’il se voyait, lui, de « la France d’en haut », condescendant, penché vers le sol, la terre, la foule indistincte du peuple, des autres, étrangers à sa classe, à son clan, à son parti…

Une fois rompu le principe d’égalité entre les citoyens, une fois vendue l’idée de deux réalités sociales et politiques, l’une supérieure à l’autre, une fois acceptée comme naturelle et inévitable la multiplication des injustices : injustice salariale, injustice fiscale, injustice sociale etc. que voit-on ?

On voit la charité se substituer à l’égalité.

La charité abroge l’égalité.

 La charité est fondamentalement une notion religieuse. Elle est un des cinq piliers de l'Islam et présente également dans la tradition juive et chrétienne « vendez vos biens et donnez-les en aumônes » faisait-on dire à Jésus dans l’évangile selon Luc (Lc 12-33). Mais il est évident, comme l’enseigne la sagesse des nations, que « charité bien ordonnée commence par soi-même », tant il est vrai que le geste charitable est d’abord gratifiant pour celui qui l’accomplit avant même d’atteindre celui qu’il secourt. Gratifiant dans la mesure où la charité est toujours publique et doit toujours l’être pour exprimer sa valeur sans attendre la rétribution de l’au-delà. Il faut non seulement donner mais se montrer donnant. Que ce soit dans l’Antiquité ou au XIXe siècle quand les bourgeois organisaient « la donne » en faisant aligner les pauvres devant chez eux pour leur distribuer de la soupe jusqu’au déploiement médiatique de la charité business des XXe et XXIe siècles : Téléthon, Sidathon, Pièces jaunes et autre bazar des bonnes œuvres et des grands profits…

Cette idée de « charité » a désormais glissé le champ du religieux pour s’enraciner dans celui du politique. Ou, plus exactement, disons que le politique a investi le canal religieux pour se désengager des devoirs qui lui incombent, tout en produisant une image séduisante qui masque la réalité de ses actions ou de son inaction. Comme le disait déjà Roland Barthes, dans Mythologies, à propos de l’abbé Pierre : « j’en viens à me demander si la belle et touchante iconographie de l’abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise une fois de plus pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».

La charité se vend d’abord elle-même et c’est en cela qu’elle lève un nuage de fumée devant le réel. Cyniquement, à bon compte, elle permet à peu de frais de se grandir aux yeux des autres et à ses propres yeux sans jamais toucher aux causes de sa nécessité. Ainsi, dans le réel, dans la société où nous vivons, on est passé du droit d’exister à l’existence d’aumônes pour vivre, voire pour survivre. La charité ne coûte rien à ceux à qui elle devrait coûter, alors que l’application de lois sociales remettrait en cause l’injuste répartition des richesses et la criminelle inégalité qu’elle produit entre les citoyens.

 Il suffit d’ouvrir les journaux, ou tout simplement de regarder autour de soi, pour voir que les désengagements successifs de l’état - des états - l’idéologie capitaliste néo-libérale, la loi du marché, font qu'en France comme ailleurs la première des lois sociales dont parlait Robespierre, celle de garantir à tous ses membres les moyens d’exister, est vilipendée, stigmatisée, décrétée caduque, obsolète, dépassée. Mais comme il faut, ne serait-ce qu’au nom du maintien d’une paix civile, assurer un minimum de moyens aux citoyens qui sans cela ne pourraient vivre et se révolteraient, petit à petit s’est imposée la pratique d’une charité à grande échelle se substituant à la nation et à l’état.

La charité vaut comme signal d’alerte. Les domaines où elle s’exerce sont des marqueurs du réel.

C’est-à-dire d’où-ça-ne-va-pas.
A partir de là, il ne faut pas confondre le symptôme et la maladie.

 « Les Restos du Cœur », cette remarquable initiative de Coluche, porte par sa réussite même (le mot « réussite » est cruel), disons par sa pérennisation et son développement, la plus terrible accusation contre un système qui condamne tant et tant à s’en remettre à la générosité individuelle, alors que les moyens d’existence des uns et des autres devraient, au nom de l’égalité et de la justice, être assurés par l’état lui-même et garantis par la loi.

A titre d’exemple de cette perversion des valeurs, de ce détournement, il faut entendre le lieu commun qui accorde aux patrons la licence de « donner » du travail.

Donner !

Dans notre société capitaliste néo-libérale, rien n’est donné, surtout pas le travail. Aucun employeur n’est un saint offrant son manteau à un pauvre démuni et il n'est pas nécessaire d'avoir lu Marx pour savoir que le salarié vend sa force de travail à celui qui l'emploie. Le patron est un commerçant qui achète au plus bas prix, le savoir, le métier, la technique que l’ouvrier, l’employé, le cadre, l’ingénieur lui cède. Et que cette acquisition de la force de travail offre pour particularité de rapporter plus qu'elle ne coûte. C'est indépassable plus-value. Inutile aussi d'avoir lu Marcel Mauss, pour constater que lorsqu’un employeur (du patron de PME à la multinationale) « donne » du travail, ce « don » occulte en réalité la manifestation de son pouvoir - qu’il soit financier ou industriel - l’installation d’une subordination, d’une domination d’un individu sur un autre. C’est un marché parfaitement inégalitaire que le vocabulaire voudrait draper de vertu. 

La charité est cousue d’un drap de même tissu. C’est un leurre comme celui qu’on agite au nez des taureaux dans l’arène. Derrière il n’y a que du vide, du rien, du vent… dans la mesure où, aussi grandiose soit-il, un acte de charité ne s’attaque pas aux causes qui l’ont rendu nécessaire mais soigne, je le répète, avec les moyens du bord, les effets des catastrophes, qu’elles soient sociales, économiques ou personnelles.

L’objection est aisée : vaudrait-il mieux ne rien faire ?

Demeurer le spectateur aux bras croisés, indifférent aux souffrances, à la misère, au désarroi…
Bien évidemment non.

 La réponse est nécessairement politique puisqu’il y va de la justice et du rétablissement de l’égalité entre tous. L'égalité est le concept fondamental de la République. Les révolutionnaires français (et Robespierre en premier !) l'avaient parfaitement compris, la plaçant entre la liberté et la fraternité dans la devise qu'ils nous ont transmise. Il est évident que la liberté poussée à son extrême peut conduire à l'oppression (exemple le capitalisme) et que la fraternité (on dirait aujourd'hui la solidarité) suppose de la vertu et qu'il n'est pas prouvé que l'homme soit vertueux par nature. Il revient donc à l'Etat d'assurer le juste équilibre entre la liberté à laquelle chacun aspire et la solidarité dans la répartitions des richesses de la nation ; richesses non seulement économiques mais aussi intellectuelles, culturelles, scientifiques….

A l’idéologie libérale (du nom que veut se donner le capitalisme pour faire meilleure figure), celle qui professe que la société n’existe pas, qu’il n’y a que l’individu et sa famille, il faut opposer l’idée du droit d’exister comme un droit imprescriptible, garanti par la loi et non dépendant de la bonne ou de la mauvaise conscience individuelle. Je ne suis pas naïf, cette égalité est un idéal vers lequel nous devons tendre, pas un équarrissage pour tous, ni une utopie totalitaire. Pour dire les choses autrement : tant qu’il y aura de la charité, il y aura de l’injustice ; plus il y aura d'égalité, plus il y aura du droit, plus il y aura de la justice…

Une fois encore, je veux l'affirmer avec force, la France n’a pas besoin de réformes, elle a besoin d’une révolution, d’une insurrection des idées, des consciences, d'une nouvelle nuit du 4 août pour qu'à nouveau soient abolis les privilèges qui offensent la justice et l’égalité ; pour que plus personne, jamais, n’ait à tendre la main, à s’humilier, à supplier, à réclamer la charité pour exister. Vous me direz que je rêve, que ce n’est que folie, déraison mais, tant pis pour moi ou tant mieux, je crois à la puissance du rêve capable, jusqu’à la déraison, de transformer le monde.

Version intégrale de la tribune parue dans l'Humanité des débats de ce vendredi 5 octobre.

Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste

________________

(1) Bourgmestre et commune étaient et sont encore à la Belgique ce que maire et municipalité sont à la France.

(2) Principauté théocratique de même qu'aujourd'hui l'Iran est une République théocratique.

 

Pour la baudruche de la nuit du 4 août (1789), voir Henri Guillemin. Nous lui préférerons toujours la journée du 10 août (1792). Mais Mordillat a raison de rappeler que, comme la République est Une et Indivisible, les trois branches de sa devise « Liberté-Égalité-Fraternité » sont indissociables et que faire abstraction de l'une condamne les autres au néant.


*

 

Les Français POUR la guerre

ostracisant les Français CONTRE

et quelques étrangers de raccroc.

 

2. Affiche Fête de l'Huma par Breughel l'Ancien.jpg

 « Les Gauches européennes »

Affiche pour la Fête de l'Huma, par Pieter Breughel l'Ancien

 

Guerre à la liberté de parole :

La « Gauche » française réduit au silence les intellectuels anti-guerre.

 

Par Gearóid Ó Colmáin

Global Research, 24 septembre 2012

Chaque année, le Parti Communiste Français (PCF) organise à Paris la Fête de l'Humanité, une festivité de gauche où se donnent des concerts et où les partis communistes d'un peu partout dans le monde tiennent des stands pour y échanger des livres, des tracts et des idées. De nombreux auteurs, journalistes et intellectuels y sont invités chaque année à participer à des débats sur la philosophie, la culture, la politique et l'actualité.

Mais cette année-ci restera probablement dans les mémoires pour les débats importants que les participants à la fête n'ont pas eu le droit d'y tenir. Deux auteurs, le physicien théorique belge Jean Bricmont et la journaliste française Caroline Fourest ont été forcés d'annuler leurs exposés suite à des manoeuvres d'intimidation et à des menaces de la part d'organisations s'appelant respectivement « Antifa » et « Les Indigènes de la République » .

3. Fourest Oumma.jpg

Caroline Fourest est une réactionnaire pro-israélienne qui se fait passer pour une féministe « de gauche ». Qu'elle ait été invitée à la Fête pour y plancher sur la montée de l'extrémisme islamiste et de l'extrême-droite française a dérangé beaucoup de gens à gauche.

Réactionnaire et islamophobe, Fourest l'est assurément, mais l'empêcher de parler ne fait pas que donner de la crédibilité à ses fausses théories, cela viole aussi son doit constitutionnel à la liberté d'expression.

Alors qu'elle était sur le point de parler des dangers de l'extrémisme islamique et de la montée du Front National (le parti d'extrême-droite français), des gens d'un groupe appelé Les Indigènes de la république sont entrés sous la tente qu'elle occupait et ont commencé à lancer des objets sur l'estrade. Certains ont même tenté de s'en prendre à elle physiquement.

La tente a été envahie alors par de plus en plus de protestataires qui criaient des slogans contre le racisme et l'islamophobie et qui ont fait mine de vouloir occuper l'estrade, sur quoi le public présent s'est mit à crier « liberté d'expression ! ». L'affrontement entre le public venu pour assister au débat et les protestataires venus pour l'empêcher s'est poursuivi pendant une vingtaine de minutes, chacun des deux camps traitant l'autre de « fasciste ».

Les Indigènes de la république ont fini par gagner : le débat a été annulé et Caroline Fourest a dû s'enfuir jusqu'à une voiture, sous la protection de gardes du corps.

Le jour suivant, le physicien, auteur et intellectuel belge Jean Bricmont devait faire un exposé infiniment plus important sur la crise en Syrie et le spécieux discours d'«intervention humanitaire» propagé par les media dominants pour justifier des guerres d'agression.

Depuis des années, Bricmont s'est fait le critique des politiques d'intervention militaire sous prétexte de protection des « droits de l'homme ». L'hérésie de Bricmont sur la question et son anti-sionisme ont fait de lui un paria dans les salons de l'intelligentsia convenable de France.

Les prises de position anti-impérialistes sans équivoque du physicien belge ont également fait de lui la cible d'une campagne de diffamation assez vile, tant sur Internet que dans les media français dominants, où on l'a traité de « rouge-brun », de « confusionniste », etc.

En outre, les franges les plus extrémistes de la police de la pensée qui sévissent sur l'Internet lui ont réservé une attention particulière. Quelques jours avant la Fête de l'Humanité, une organisation se disant « anti-fasciste et anarchiste », du nom d'Antifa, a lancé une campagne sur Indymedia contre la participation de Bricmont à la « Fête de l'Huma », dans laquelle ils menaçaient de l'attaquer physiquement, s'il osait aborder le sujet des interventions humanitaires. Dans le monde insane des activistes d'Antifa, l'opposition de Bricmont au terrorisme fomenté par l'OTAN en Libye et en Syrie fait de lui un « fasciste ».

Antifa n'est autre chose qu'un des groupes anarchistes internationaux actuellement utilisés par les services d'espionnage des états impérialistes pour semer la confusion et le chaos dans les rangs de la jeunesse mécontente et la pousser à commettre des actes violents irréfléchis, de façon à permettre à des états de plus en plus policiers d'arriver à leurs fins. Cette organisation en particulier prend pour cibles les intellectuels qui dénoncent le sionisme aussi bien que les organes de presse alternatifs qui mettent à nu les mécanismes et les institutions participant de l'impérialisme US à travers le monde. Et, bien entendu, elle fait tout cela sous les oripeaux de l'« anti-fascisme ».

Par leurs professions de foi débiles et la stupidité de leurs actes, les Antifa attirent des jeunes naïfs en colère, qui s'introduisent dans les manifestations en capuchons noirs pour y provoquer de violentes répressions policières et saboter ainsi toute résistance réelle et significative à l'actuel ordre des choses. En d'autres termes, Antifa est un groupe d'idiots utiles, dont le programme véritable est de promouvoir le fascisme sous couvert d'« anti-fascisme ».

Bricmont, informé de la campagne et des menaces le concernant, avait demandé aux organisateurs de la Fête de l'Huma d'assurer sa sécurité. Les responsables s'étaient engagés à le protéger. En dépit de quoi, une heure avant de prendre la parole, Bricmont fut averti que son exposé était annulé. Les menaces de violences des provocateurs d'Antifa avaient fourni à Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, le prétexte rêvé pour supprimer la conférence hérétique du scientifique belge. Pour les dirigeants de PCF, permettre à Bricmont de parler aurait risqué - du moins feignent-ils de le croire - de les faire passer pour les fantoches impérialistes de droite qu'ils sont, aux yeux de leurs adhérents dont le nombre ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin.

 

4. Capture-d’écran-2012-09-19-à-17.02.30.png

 Jean Bricmont en compagnie de Michel Collon, à la Fête de l'Huma .

 

La direction de la Fête de l'Huma a donc décidé qu'elle ne pouvait pas assurer la sécurité du physicien belge dans le cas d'une attaque des « Antifa ». Pourtant, la pontifesse pro-guerre et pro-israélienne Caroline Fourest avait, elle, obtenu sa pleine et entière protection, bien qu'ayant fait l'objet de menaces identiques.

Ceci n'est pas vraiment surprenant, si on considère que le journal L'Humanité est l'organisateur de la fête. L'Humanité a, en effet, apporté son soutien à la déstabilisation de la Syrie par l'OTAN, dès que la violence y a éclaté l'an dernier, se livrant à la même propagande de guerre, exactement, que ses concurrents « de droite ».

Selon le porte-parole du PCF en matière d'affaires internationales Jacques Fath, la seule solution susceptible de ramener la paix en Syrie est le renversement d'Assad. Fath ne fait, bien entendu, nulle mention des escadrons de la mort de l'OTAN qui n'ont cessé, depuis mars 2011 de tuer des civils innocents et des soldats des forces de sécurité, faits indéniables qui ont été vérifiés par de nombreux journalistes indépendants et admis par la mission d'observation de la Ligue Arabe elle-même.

Aucun des partis communistes de Syrie n'a été, non plus, invité à la Fête. Pourtant les deux partis communistes syriens Bakdash et Faisal Aka Unifié, ont obtenu onze sièges aux élections parlementaires qui ont suivi la mise en application de la nouvelle constitution démocratique de la Syrie, en mai de cette année.

Les deux partis ont constamment dénoncé le terrorisme fomenté contre leur pays par l'OTAN et par les états du Golfe, depuis que les violences ont éclaté à Darna en 2011. Aucune des deux formations n'a été autorisée à dresser un stand à la Fête communiste française.

Ceux qui croient que le Front de Gauche(1) de Jean-Luc Mélenchon (le candidat d'« extrême-gauche » qui a obtenu 11% des voix au premier tour de la dernière élection présidentielle) représente une quelconque alternative au statu quo, feraient bien de se rappeler que Mélenchon et le Front de Gauche ONT SOUTENU l'intervention de l'OTAN en Libye l'année dernière. Le FdG est une organisation qui prétend s'opposer à l'OTAN. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

 Les supporters de Mélenchon – un démagogue qui aime légitimer ses lettres de créance d'homme de gauche en prétendant soutenir le président Hugo Chavez du Venezuela et d'autres gouvernements latino-américains de centre gauche - n'ont pas l'air de se rendre compte que tous les pays de l'ALBA ont soutenu l'an dernier le colonel Kadhafi de Libye et, maintenant, déclarent ouvertement soutenir le président Bachar el-Assad, dans sa lutte contre l'OTAN et le terrorisme financé par les états du Golfe.

En 2011, alors que le président Hugo Chavez cherchait à s'entremettre dans la crise libyenne pour tenter d'empêcher une agression militaire contre ce pays, médiation qui était accueillie avec reconnaissance par le gouvernement libyen et qui aurait pu empêcher la guerre, il n'a reçu absolument aucun soutien de Jean-Luc Mélenchon, qui, aujourd'hui, pose néanmoins à l'anti-impérialiste. Mélenchon est un foutu menteur et un imposteur politique de la pire espèce.

Il n'est pas nécessaire d'être un physicien comme Jean Bricmont pour voir et pour comprendre l'horrible réalité de la guerre par procuration que l'OTAN mène en Syrie, mais quel camouflet inopportun cela eût été, si les soi-disant communistes de la Fête avaient été tout à coup mis en présence de la vérité nue, méphitique, sur les guerres humanitaires de l'OTAN et les dupes volontaires prétendument de gauche qui les soutiennent. Bricmont devait être baîllonné.

L'«extrême-gauche» française n'est rien d'autre qu'une bande hétéroclite, méprisable, de lâches, de menteurs et d'irresponsables, dont les egos boursouflés et les slogans creux trahissent à la perfection le cynisme absolu de la classe petite-bourgeoise qu'elle représente.

Mais il y a une autre raison encore à l'ostracisme de Bricmont par la « respectable » société  française : Bricmont est un scientifique, et ce scientifique est capable d'appliquer une pensée critique aux problèmes quotidiens qui se posent au citoyen lambda. Autrement dit, contrairement à ses collègues universitaires élitistes et conformistes, pour qui leurs communications commentées par leurs pairs, leurs titres et leur image sociale comptent plus que la vérité scientifique, Bricmont représente le type d'homme de science capable de soumettre à son microscope les lois qui gouvernent la société civile, lois dont le viol par les gouvernements occidentaux est commodément ignoré par les moines néo-scolastiques de l'université post-moderne.

Dans les jours qui ont suivi la Fête de l'Huma, l'expulsion de Caroline Fourest a été rapportée et commentée à grand bruit par tous les média conformes, qui n'ont évidemment pas manqué de vociférer au viol de la « liberté d'expression ».

Fourest est une des propagandistes majeures du Nouvel Ordre Mondial, et son ubiquité est telle dans le réseau touffu des media français, qu'elle y est devenue une référence familière. Fourest la belliciste y a donc été présentée comme une martyre des droits de l'homme, du féminisme et de la liberté d'expression grâce aux idiots utiles d'Antifa. Est-il besoin de dire que les harpies va-t-en-guerre de l'information couchée n'ont aucunement cru devoir mentionner le viol de la liberté de parole de Jean Bricmont ?

Si Fourest, Antifa, le PCF, le Front de Gauche et tout l'establishment français de pseudo-gauche avaient loisir d'en faire à leur guise, Bricmont et ceux de son espèce ne seraient plus jamais autorisés à monter sur une estrade pour y prendre la parole.

Les activistes qui admirent et ceux qui détestent Caroline Fourest peuvent s'époumoner tant qu'ils veulent à braire au « fasciste » dans leur burlesque et infantile théâtre de l'absurde : ce sont eux qui ouvrent la voie à la prise de pouvoir par l'extrême-droite dans ce pays, car les vrais fascistes du Front National de Marine Le Pen n'auront aucun mal à capitaliser sur leurs singeries. Qui osera blâmer l'ouvrier de base quand il se laissera séduire par les arguments fallacieux de Marine Le Pen, alors qu'il n'y a en face d'elle, pour lui porter la contradiction, que des bavards imbéciles ?

Ce n'est pas la première fois que d'authentiques activistes anti-guerre sont interdits de parole en France. Michel Collon, un journaliste belge, auteur et rédacteur en chef d'un site web d'informations et d'analyses, InvestigAction, s'est vu interdire de prendre la parole à la Bourse du Travail de Paris, le 9 novembre 2011, déjà par les agents provocateurs d'Antifa. Ces meutes servent l'état impérialiste en empêchant le public de débattre sérieusement de l'engagement de la France dans des guerres étrangères.

D'autres organisations ont fait l'objet d'attaques par les agents provocateurs d'Antifa ; l'URCF (Union des Révolutionnaires Communistes de France ) et le PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France ).

Ces organisations comptent parmi leurs adhérents d'authentiques héros de la Résistance et vrais combattants contre le fascisme. Le président du PRCF est Léon Landini, un homme qui, dans la Résistance Française, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, a mis hors combat 40 soldats nazis, a détruit 300 de leurs véhicules et a participé à des douzaines d'attaques contre leurs transports ferroviaires. L'URCF et le PRCF sont, à l'heure actuelle, les seules formations en France qui militent pour la reconstruction d'un véritable parti communiste.

A l'opposé des imposteurs du Front de Gauche, du PCF, du NPA et d'autres organisations du même genre, l'URCF et le PRCF apportent leur total soutien aux partis communistes de Syrie, dans la lutte qu'ils mènent contre l'agression fasciste de l'OTAN et des pétromonarchies du Golfe, et ils dénoncent aussi, sans équivoque, les mensonges et la désinformation de la presse réactionnaire française.

C'est un des accomplissements les plus remarquables de la propagande létale, dans l'histoire récente, que ce soient précisément ceux qui dénoncent les mensonges par lesquels on fait avaler au public des guerres d'agression travesties en interventions humanitaires, qui soient étiquetés « fascistes », alors que ceux qui battent sans scrupule aucun les tambours de guerre passent pour être « de gauche » et « progressistes ». C'est là le modèle général vendu une fois pour toutes par l'ensemble des media français, et les vrais intellectuels anti-impérialistes paient au prix fort leur intégrité, en faisant l'objet d'une véritable chasse aux sorcières qui s'acharne sans répit sur leur « hérésie ».

La censure exercée contre Jean Bricmont par l'establishment libéral dit « de gauche » est un signe de la direction profondément dangereuse qu'est en train de prendre la société française : la voie d'une nouvelle forme de totalitarisme, où la pensée critique est tuée par les platitudes, les slogans émasculés de sens et le jargon fumeux de la caste qui prétend dominer la pensée.

Le comportement inadmissible, malhonnête et odieux de la petite bourgeoisie pseudo de gauche conduira inéluctablement, s'il n'est combattu, à un dénouement sinistre de cette farce tragi-comique qu'est la France contemporaine.

Source :

http://www.globalresearch.ca/the-war-on-freedom-of-speech-frances-left-silences-anti-war-intellectuals/

Traduction de Catherine L. pour

Les Grosses Orchades...

Gearóid Ó Colmáin est un journaliste indépendant né à Cork, Irlande, qui vit actuellement à Paris. Il a été chroniqueur bilingue à Metro Eireann. Il collabore, sur cette même base, à Global Research et à Mondialisation, Canada. Il anime aussi son propre blog, Metro Gael, qui porte en exergue :

Sed assiduitate quotidiana et consuetudine occularum assuescunt animi ; neque admirantur, neque requirunt rationes earum rerum, quas semper videt.

Ce qui, pour Cicéron (De la nature des dieux) voulait dire à peu près :

« Parce que nous sommes accoutumés à voir quotidiennement certaines choses, nos esprits les acceptent et cessent de rechercher les causes de ce qui est constamment sous nos yeux. »

_______________

(1) Le parti de Jean-Luc Mélenchon est le Parti de Gauche, qui, avec d'autres formations, constitue le Front de Gauche. Un étranger, même résidant à Paris, peut s'y perdre.

 

 

 

*

 

En revanche, de plus en plus d'Américains sont contre

 

5. obama-the-warmonger.jpg


Obama menacé de destitution

 

22 septembre 2012, Information Clearing House

 

Walter B. Jones, représentant républicain de la Caroline du Nord au Congrès des États-Unis, a donné le 21 septembre dans le local Rayburn B 318 de la Chambre, une conférence de presse portant sur la « Résolution 107 ».


Le représentant Jones était entouré d’un groupe composé d’officiers militaires à la retraite, de spécialistes de droit constitutionnel, et de membres du Congrès, pour évoquer ce texte de loi qui permet d'envoyer au président Obama une mise en garde de destitution, initiative actuellement assumée par onze personnalités.

Cette résolution bipartite, présentée en mars dernier, réaffirme le pouvoir du Congrès de déclarer la guerre, et stipule que tout Président qui passera outre ce pouvoir, sauf en cas d’attaque des États-Unis, encourra une procédure de destitution.


 

 

Les intervenants à cette conférence de presse incluaient :

Le représentant au Congrès pour la Caroline du Nord Walter B. Jone
s.


Bruce Fein, spécialiste en droit constitutionnel et en droit international, ancien procureur général adjoint sous le président Reagan, auteur de L’empire américain : avant la chute.

Le lieutenant-colonel Lawrence Wilkerson, ancien Chef d’Etat-Major à la retraite du Ministre des Affaires Etrangères Colin Powell (2002-2005)


Le lieutenant-colonel Anthony Shaffer, auteur de Opération Dark Heart, qui a révélé le programme d'étude de cas ( « data mining » ) du Pentagone connu sous le nom de Able Danger, et découvert deux cellules terroristes impliquées dans les attentats du 11/09.

A été lu également, au cours de cette conférence , un message de soutien de Joseph P. Hoar, Général à la retraite du corps des « marines », qui a servi comme Chef d’Etat-Major, puis comme Commandant en Chef du Central Command (Département de la Défense).

 

***

 

TEXTE DE LOI

RÉSOLUTION 107

112e Congrès (2011-2012)

2ème session

Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4, de la Constitution,

 

À LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS,

le 7 mars 2012,

M. Jones a présenté la résolution parlementaire suivante, qui a été envoyée pour examen à la Commission des questions judiciaires :

 

RÉSOLUTION PARLEMENTAIRE

 Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution,

 

Et attendu que le principe fondamental de la République reconnaît au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, selon l’article 1, section 8, clause 11 de la Constitution,

la Chambre des Représentants (soutenue par le Sénat) a résolu , suivant la loi votée par le Congrès, que, hormis en cas d’attaque réelle ou imminente du territoire des Etats-Unis, l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue une violation du pouvoir exclusif du Congrès de déclarer la guerre selon l’article 1, section 8, clause 11, de la Constitution, et par conséquent constitue un crime capital et une forfaiture passibles de destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution.

traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32528.htm

 

6. Same shit - 4078060041_cd6be6b5f8.jpg

                   

 

*


Les femmes aussi, les femmes surtout :


 


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Depuis qu'en 2008, nous avons soutenu leur Marche vers Gaza, les dames de CODEPINK, une association de femmes US contre les guerres, nous écrivent régulièrement, comme à tous leurs sympathisants, pour nous tenir informés de leurs initiatives et activités. À leur tête : Medea Benjamin, une petite bonne femme qui totalise à elle seule un nombre impressionnant de gardes à vue et de jets de poivre dans les yeux, mais que rien n'arrête, et qui vient de sortir un livre sur la courageuse guerre par drones téléguidés : Drone Warfare.8. Drone_small.jpg


 


Le 27 septembre dernier elle nous a écrit :

Chère Véronique, cher Michel, chère Catherine,

Alors que nous lançons une délégation pour la paix au Pakistan pour protester contre la guerre des drones menée par l'administration Obama, certains nous disent que, au vu des troubles occasionnés par le film détestable Innocence des Musulmans  (« Innocence of Muslims »), le moment est mal choisi. Nous n'envisageons pas les risques à la légère, mais nous pensons aussi qu'il est crucial (et précisément en ce moment) de montrer au monde musulman qu'il y a des Américains qui veulent des relations basées sur la paix et l'amitié, et non pas sur des insultes religieuses, des attaques de drones ou des occupations militaires.

 

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Nous serons au Pakistan du 28 septembre au 14 octobre afin de rencontrer des familles de victimes de drones, des avocats, des universitaires, des associations de femmes, des élus des principaux partis politiques pakistanais et des officiels américains. Le 7 octobre, nous nous joindrons à Imran Khan, un homme politique pakistanais, ainsi qu'à des victimes de drones, à des chefs tribaux et à des milliers de locaux, pour une marche pour la paix vers le Waziristan afin de protester contre les attaques de drones américains qui ont tué entre 2.500 et 3.330 personnes depuis 2004.

Dans la mesure où les USA ne procurent aucune assistance aux victimes innocentes, nous récoltons des fonds en faveur de leur rééducation, pour acheter des prothèses de jambes, notamment. Une des personnes que nous aiderons vit au nord du Waziristan. Il a 16 ans, s'appelle Sadaullah et a perdu un oeil et les deux jambes lors d'une attaque visant sa maison. « Je rêvais de devenir médecin, mais je ne peux même plus marcher pour aller à l'école. » a-t-il dit. Son histoire est racontée dans livre La guerre des drones, de Medea Benjamin. Nous essayons de récolter 5.000 $ pour aider les victimes. Cliquez ici pour faire un don.

Nous amènerons également des pétitions à l'ambassade des États-Unis à Islamabad ; assurez- vous que vous avez signé. Nous souhaitons fournir 5.000 signatures à l'ambassadeur. Pour l'instant, nous en avons 2.000. Aidez-nous à atteindre notre objectif.

Les 40 délégués américains ont entre 23 et 85 ans, sont originaires de nombreuses villes aux Etats-Unis, et représentent des étudiants, des écrivains, des médecins, des analystes politiques, des vétérans et des artistes. Ce qui nous lie, c'est la conviction que les attaques de drones sont immorales, illégales et contre-productives, et que nous devons être des « citoyens diplomates » incarnant des modèles de politiques que nous souhaitons voir appliquées par notre gouvernement. Pour en savoir plus sur la délégation, lisez le dernier article de Medea sur www.commondreams.org ainsi que Vivre avec les drones, un récent rapport détaillé écrit par l'Université de New York (NYU) et les écoles de droit de Stanford.

Aux États-Unis cette fois, des associations anti-guerre marqueront la date du 7 octobre, 12ème anniversaire de la guerre en Afghanistan, par des protestations dans tout le pays. Cliquez ici pour savoir où elles sont prévues, ou ajouter la vôtre. Vous pouvez aussi suivre notre délégation au Pakistan sur le site www.droneswatch.org.

10. Peace-with-Iran.jpg


Gardant l'espoir dans la paix

Medea Benjamin et Ann Wright



P.S. Aidez-nous à nous faire connaître dans le monde ! Faites circuler nos pétitions sur Twitter et Facebook.

 

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ADN : Lysistrata

 

Traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades


*

Oui. Bon. Nous sommes en retard pour répercuter. Battons notre coulpe d'inefficaces de compétition ! Pour suivre leurs activités sans les carabiniers, c'est ici :

http://www.codepinkalert.org/article.php?list=type&type=3

 

 

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Quelques autres marques d’opposition US en images


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En mars 2011 déjà, à propos de l'attaque de la Libye, Dennis Kucinich, sénateur de l'Ohio et seul membre du Congrès qu'Israël n'ait pu acheter avait réclamé la destitution du président.

 

11. Obama - all options - latuff 450514.jpg

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15. obama-warmonger-nazi.jpg

16. obama_evil_war_nobel_peace_warmonger.jpg

17. kill_all_god_sort1.jpg

18. obama_hypocrite.jpg

19. Obama-as-warmonger anunews net.jpg

 American Buddhist Journal

 

22. obama-sucking-the-life-out-of-the-constitution-275x300.jpg

23. bama-warmonger-cropd-300x180.jpg

24. Obama - cockburn-1242742349876545001.jpg

25. obama-war-monger.jpg

26. obama-nuclear threat poster_big.jpg

27. obama-heil -  300x234.jpg

28. alice au pays de la guerre - mad tea party_700.jpg

Alice à la Tea Party des va-t-en guerre...

29. Hillary-Calls-For-War-Against-Iran-While-Laughing-About-It.jpg

... qui n'y avait pas vu la Reine Rouge

 

32. us_israel_bloodpact - snippits.jpg

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Même les Suisses ! (Dessin de Chappatte pour Le Temps)

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Les Brésiliens en 2010

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Les mêmes en 2012, car rien n'a changé.

 

OUPS ! On avait dit pas de bombinette... Oh, et puis tant pis après tout:


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It's a (nuclear) duck !


 

*

Manifestations spontanées en Turquie contre la guerre avec la Syrie

 

principalement à Istanbul, mais aussi à Izmir (c'est Smyrne, non?), Mersin, Eskişehir et d'autres villes turques. « Plusieurs centaines de manifestants », annonce la bouche en coeur la spikerine d'AFP. Autant dire quelques zozos pathétiques... Ah, que deviendrait-on si on ne les avait pas pour nous informer ? Les jamais contents iront quand même jeter un oeil sur Dazibaoueb :

 

Istanbul : des milliers de manifestants contre la guerre avec la Syrie

 

L'armée turque vient à peine de marteler les positions de l'armée syrienne proches de la frontière que les forces politiques et sociales opposées à l'aventurisme militaire de M. Erdogan sont descendues avant-hier (4 octobre, NDLR) dans les rues d'Istanbul pour manifester leur opposition à la guerre à la Syrie. Le rassemblement avait commencé par agréger le matin des dizaines de personnes près du Parlement à Ankara. Un rassemblement qui a grossi à vue d’œil.

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33. manifestation-anti-guerre-istanbul1.jpg

 

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Mais à quoi pensent-ils ces Zuniens et ces Turcs ?

 

Nous sommes allés voir chez le Canard Enchaîné, feuille fondée pendant et contre la Première Guerre Mondiale par le farouche anti-militariste Maurice Maréchal, et réputée politiquement indépendante car ne vivant que de ses ventes : rien. nada de nada. Tous à la Tea Party d'Alice ! La liberté de la presse, effectivement, s'use quand on ne s'en sert pas.

Chez Charlie-Hebdo alors ? Ren de ren. Tous à la chasse au rouge-brun avec soeur Ornella et les copains d'Avaaz.

De ce côté-ci du Quiévrain ? Rien vu, mais nous achetons peu les gazettes. Vous avez des tuyaux, vous ?

 

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Un moment d'entr'acte pour respirer. Et pour déballer un petit cadeau d'anniversaire à Vladimir Poutine, d'un qui n'a même pas voté pour lui.

 

Israël Shamir revient sur les Pussy Riot :


Les Pussies Riot contre Poutine: une action concertée de Londres jusqu'à Moscou

par Israël Adam Shamir

Le Morning Star www.morningstaronline.co.uk ayant voulu republier l'article de Shamir sur les Pussy Riots, "mégères non apprivoisées" s'est vu vivement sommé de retirer l'article, et s'est exécuté illico. Shamir ne voit là rien d'étonnant, et il explique ce qui s'est passé.

Voici le paragraphe qui n'a pas plu du tout à certains :

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Mais il revient aussi sur Pol Pot... et pendant qu'il y est, sur Staline, sur Lénine, sur Mao et sur Robespierre. Que dis-je ? Il revient même sur Godard ! On ne sait pas ce qu'en pense Vladimir Poutine, mais nous, on aime. Leçons de politique à la Shamir.

 

Pol Pot revu et corrigé

par Israel Shamir

En ce moment, à la saison des moussons, le Cambodge est verdoyant, frais et paisible. les rizières au flanc des collines basses sont inondées, les forêts qui abritent de vieux temples sont impénétrables, la mer violente repousse les nageurs. C'est bien agréable pour revisiter ce modeste pays: le Cambodge n'est pas surpeuplé, et les Cambodgiens ne sont pas des gens âpres au gain, ils sont apaisés. Ils pêchent la crevette, le calamar, tout ce qu'offre la mer, et Ils cultivent du riz sans herbicides, repiqué et récolté à la main. Ils en produisent assez pour eux-mêmes, et en exportent aussi; bref, ce n'est pas le paradis, mais le pays s'en sort.

Lire la suite...

 

 *

Nous avions, ici, regretté la démission de René Balme et le sabordage d'Oulala.

Une nouvelle qui nous a fait drôlement plaisir : Oulala revient.

Et de Oulala.net devient Oulala.info. René Balme vous explique :

 

Oulala, le retour !

7 OCTOBRE 2012 À 11 H 28 MIN /

On vous l’avait annoncé. Un retour triomphant, amusant, décalé, offensif… Et prière d’éviter de nous les briser menu. On a autre chose à faire chez Oulala que de lire les rengaines d’Ornélla Guyet et de celles et ceux qui lui indiquent le chemin à défaut de lui tenir la plume ou le clavier.

Lire, regarder, écouter la suite...


 *


Enfin votre servante avait quelque chose à dire à quelqu'un. Sur la guerre aussi, sans quoi ce serait outrecuidant.

 

Lettre à Ariane WALTER


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Chère Ariane,

que je ne connais pas

et qui ne me connaissez pas non plus,

Je vous lis depuis quelque temps avec bien du plaisir, mais vous me faites peur. Je vous vois vous avancer en gambadant sur votre fil au-dessus du vide et je me dis, mondieu mais elle va se casser la figure !

Certes, vous êtes majeure et vaccinée, ce que vous faites de votre vie vous regarde. Cependant... quand on écrit dans les gazettes (ou sur Internet, c'est pareil), cela vous colle des responsabilités. En particulier à l'égard des gens très jeunes que des malintentionnés ont savamment désarmés, avant de les jeter dans une marmite infâme d'oppression, d'injustices et de tromperies de toutes sortes. Quand on se respecte à peu près, on leur doit la vérité. Qui ne coûte rien qu'un peu de lucidité, de courage et de générosité. De courage, vous ne manquez pas, de générosité, vous débordez. Pour la lucidité, c'est autre chose.

 Vous avez pris feu en mars dernier pour « la Révolution à portée de  main » et vous tentez de communiquer à vos compatriotes votre enthousiasme, qui est rafraîchissant, votre énergie, qui est impressionnante, et vos certitudes. Vous le faites au nom de Robespierre et de Mélenchon. Il n'y a pas de mal à aimer les gens, et tout personnage un peu populaire, surtout en politique, a ses cheer leaders. Robespierre aussi en son temps a eu les siens. Mais la ressemblance entre vos deux grands hommes s'arrête là. M. Mélenchon, certes, se réclame de l'Incorruptible, mais il ne va pas jusqu'à l'imiter. Or, un homme, voyez-vous, n'est pas ce qu'il dit qu'il est ; il est ce qu'il fait.

Que fait M. Mélenchon ? Il parle bien et il prend, verbalement, un certain nombre de positions politiques, sur toutes sortes de sujets, dont la guerre, qui nous occupe aujourd'hui, justement, sur Les Grosses Orchades. C'est la raison de cette bafouille.

M. Mélenchon a reçu des dieux (ou du diable) le don d'éloquence. Il possède le secret dangereux de galvaniser les foules. Hitler aussi l'avait. Et Mussolini. Et Juan Peron. Pour n'en citer que trois. Tous socialistes. Et Robespierre, donc ! Il faut dire que le dernier quart du XVIIIe siècle fut faste en orateurs. Il suffit de les lire, quels qu'aient été leurs camps. Tous orateurs-nés, et en outre, maniant tous la même rhétorique. Mais entre eux, quand même, une différence nette : il y avait ceux qui parlaient pour se faire comprendre et ceux qui parlaient pour, surtout, n'être pas compris, sous peine de se faire écharper séance tenante. C'est, je le crains, à cette catégorie qu'appartient M. Mélenchon. Le fameux discours du 18 mars, que vous avez retranscrit avec tant de dévotion, est le discours d'un parfait démagogue occupé à ratisser large. Il faut être bien jeune, bien naïf ou bien neuf en politique pour ne pas s'en apercevoir.

Un démagogue est quelqu'un qui dit aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre, qui chauffe à blanc leurs fantasmes et qui les saoûle de lendemains qui ne peuvent que chanter, au lieu de leur dire la vérité. Qu'il leur doit. On ne ment pas au peuple. Ni par stratégie ni pour aucune autre raison. « Seule la vérité est révolutionnaire. »

Tout ce que préconise M. Mélenchon – qu'il va jusqu'à promettre – il ne pourra le réaliser ou le pérenniser dans le cas de ce qui a été fait par d'autres, et il le sait. Donc il ment. Il ment aussi par omission, se gardant bien d'annoncer en même temps la couleur de ses prises de positions en politique extérieure. Et là , il y a carrément comme un crime. Croyez-vous qu'on puisse passer là-dessus au nom du reste ? Croyez-vous que la politique intérieure et la politique extérieure ne soient pas indissociables, attachées serré comme des siamoises ? La République est Une et Indivisible . La Révolution ne se morcelle pas. La morale publique moins encore.

Dans sa biographie de Robespierre, Gérard Walter (un aïeul à vous?) a écrit ceci :

« Mais, chose qui pèsera d'une honte éternelle sur la mémoire des législateurs montagnards de 1793, aucun des cinq articles de Robespierre qui avaient proclamé la solidarité internationale des peuples de la terre n'a été jugé digne de figurer dans leurs Déclaration des droits de l'homme. »

Ils ne sont pas cinq, ils sont quatre, et bien suffisants. Les voilà :

Article 35 – Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

Article 36 – Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

Article 37 – Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.

Article 38 – Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

En s'alignant sur le PS, c'est-à-dire sur l'OTAN, c'est-à-dire sur des assassins et des brigands rebelles, en Libye, puis en Syrie, en soutenant les provocatrices à gages Pussy Riots, Jean-Luc Mélenchon piétine ces principes, il les bafoue, il se conduit comme un complice des Coalisés de 93, comme un traître à la République. C'est ce qu'on pourrait appeler le syndrome d'Anacharsis Cloots, vous savez, ce banquier prussien élu représentant du peuple français, qui écrivait de si belles choses, en rajoutant toujours sur tout le monde en gauchisme pur et dur, et toujours s'alignant sur la pire des réactions dès qu'il fallait passer aux actes.

Ariane, c'est si sérieux que c'est rédhibitoire. Je ne vous écris pas tout ça pour le plaisir de vous chagriner ou de dénigrer M. Mélenchon. Il n'est pas le seul de sa sorte et nous n'avons pas eu depuis cent ans, en Europe de l'Ouest, un seul homme politique qui fût révolutionnaire. Ni au PS, ni au PC ni ailleurs. Votre pays a eu deux hommes politiques de qualité depuis la mort de Jaurès : Pierre Mendès-France et Coluche. Le premier, qui n'était pas un révolutionnaire a fait de la politique avec rigueur et probité. Le second n'était même pas du « métier », c'était un comique. Mais ce que cet homme sorti du peuple a enseigné par le rire était terriblement sérieux. Il y a des chances qu'il en soit mort. Le peuple a feint de croire qu'on voulait seulement l'amuser, parce qu'il n'avait pas envie de faire ce qui, logiquement, devenait de son ressort. Par paresse ? Égoïsme? Indifférence ? Veulerie ? Parce qu'il avait, si peu que ce soit, quelque chose à perdre ? Un peu de tout cela, mais il ne pourra jamais dire qu'on l'a égaré, qu'il ne savait pas, même après avoir entendu, et cru, M. Mélenchon. Il aurait su bien avant s'il avait voulu, et si M. Mélenchon réussit à l'égarer, ce sera sa propre faute.

En fait de héros, nous n'avons eu, en Europe, et depuis très très très longtemps, que la bande à Baader et les gens d'Action Directe, lesquels ont certes commis quelques actes réprouvés par le Décalogue (mais veut-on des révolutions sans révolution ?). Ils ont payé et paient encore pour les plus chanceux d'un prix exorbitant leur altruisme et leur héroïsme, dans l'indifférence opiniâtre, massive et générale de soixante millions de personnes rien que dans l'Hexagone. Je ne dis rien de Georges Ibrahim Abdallah (c'est qui ?), mais enfin, si M. Mélenchon avait eu en lui la moitié du quart de ce que vous en espérez, il y a longtemps qu'il aurait retroussé ses manches pour essayer de les sortir des geôles ou au moins gueuler au charron. Danielle Mitterrand l'a fait, toute seule et sans pouvoir, donc sans résultat... pour les héros de l'étranger lointain, pas pour les nôtres, mais ce n'est pas à elle qu'il faut le reprocher.

Il y a des années, j'ai failli espérer, moi aussi, en M. Mélenchon, me disant mais quand donc va-t-il sortir du PS, il attend qu'il soit trop tard ou quoi ? Eh bien, voilà, il a fini par en sortir, mais en fait il y est toujours. Il en est toujours. Il a, comme d'autres, des sortes de circonstances atténuantes, si on peut parler ainsi quand on n'a le droit de juger personne. C'est que quiconque appartient à une grande formation ou à une formation tout court y trouve les moyens de faire carrière : une structure, une bureaucratie, un soutien logistique, une caisse de résonance. Ce qu'il dit est entendu d'un grand nombre, à condition qu'il dise non pas ce qu'il pense mais ce qui est jugé bon pour la formation. S'il veut secouer le joug et en sortir, il le peut, au prix de n'être plus rien du jour au lendemain, car personne ne l'entendra : plus de plate-forme, plus de porte-voix, plus de relais dans tous les media. Au contraire, la formation s'arrangera pour que son discours hérétique soit étouffé. Seule une forte assise populaire pourrait le porter jusqu'à un point de quelconque utilité. C'est ce qu'ont trouvé dans leurs peuples, les Castro, les Chavez, les Moralès, les Correa. C'est ce qu'aucun Européen n'a trouvé jusqu'ici sauf Vladimir Poutine. Les hommes comme Jean-Luc Mélenchon se décarcassent donc à faire retomber, faute de mieux, sur leurs peuples-clients, les miettes des rapines opérées sur d'autres peuples, miettes qui déshonorent ceux qui les reçoivent et leur servent, bien sûr, de chaînes. On ne fait pas des révolutions avec des gens qui ont quelque chose à perdre, moins encore avec des consommateurs. D'où les prises de positions indéfendables de ce qui n'est pas une classe mais du personnel politique, contre l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et maintenant contre la Syrie, pour ne rien dire de la Palestine et de tant de pays d'Afrique, contre tous les damnés de la terre à l'écrasement perpétuel de qui nous devons nos machines à laver.

Chère Ariane, quand vous vous apercevrez que vous avez été flouée, s'il vous plaît n’allez pas vous pendre, ne cédez pas non plus au cynisme ou au nihilisme, et surtout ne jetez pas Robespierre avec l'eau sale du bain de « la gôche ». Robespierre, ce n'est pas du tout pareil. Là, l'exemple est frais comme un oeuf du jour. Indestructible. Intangible. Incorruptible. Inaliénable. Intact. Du roc. Vous pouvez danser dessus.

Catherine

 

Articles d'Ariane WALTER :

Sur Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/petain-de-hollande.html

http://www.legrandsoir.info/victoire-de-chavez.html

http://www.legrandsoir.info/le-non-de-gaby-charroux-fdg-a...

http://www.legrandsoir.info/chaos-dans-la-nuit-de-madrid....

http://www.legrandsoir.info/sodimedical-n-avait-pas-les-s...

http://www.legrandsoir.info/dans-les-cris-du-volcan-disco...bastille.htm

http://www.legrandsoir.info/socialistes-on-vous-hait.html

Sur Agoravox

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-union-euro...

(Là, elle m'a ôté les Ha ! Ha ! de la bouche.)

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/trierweiler-...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tscg-requiem...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/peuples-d-eu...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/melenchon-au...


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 37. LIVRES - M. AYMÉ.gif



 





LIVRES

 

 

Notre livre d'aujourd'hui, vous aurez du mal à le trouver chez les marchands de papier, et même chez les vrais libraires, voire chez les bouquinistes. Rien à voir avec l'actualité commerciale, mais d'actualité sans aucun doute.

 

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Marcel AYMÉ

DU CÔTÉ DE CHEZ MARIANNE

Paris, Gallimard, 1989

 


De quoi s'agit-il ? D'un recueil d'articles des années 30. Plus précisément des années 1933 à 1937, celles de l'irrésistée montée du nazisme. 

En bref, les éditions Gallimard, pour concurrencer les deux grandes revues politico-littéraires de l'époque, Gringoire et Candide, qui étaient de droite, ont eu l'idée d'en fonder une, plus ou moins de gauche : Marianne. Elles en ont confié la rédaction en chef à Emmanuel Berl, qui avait fréquenté Louis Aragon, les surréalistes et quelques autres – Drieu la Rochelle par exemple – et qui a eu l'idée de confier une rubrique à Marcel Aymé, dont il avait fort apprécié La jument verte.

Du 22 mars 1933 au 12 mai 1937, Marcel Aymé allait donc publier, dans Marianne, des articles de 2 à 3 pages, sur des sujets d'actualité. Il s'y révèle non seulement ce qu'on savait qu'il est, un des plus grands auteurs du XXe siècle, mais également moraliste, et prophète. 

Les deux que nous vous offrons ici traitent, l'un, de la nature du communisme, ou si on veut, des buts réels de la gauche en général, l'autre, de la guerre. Le premier a été écrit au lendemain de l'assassinat du roi de Yougoslavie et du ministre Barthou à Marseille. Le second est une réponse à ses amis de gauche, qui lui reprochaient d'avoir signé une pétition de droite, contre une entrée en guerre de la France... en Abyssinie (pour y combattre Mussolini), alors que Mussolini faisait la guerre à l'Espagne – autant dire à leurs portes - sans que personne à gauche ou à droite songe à l'aller combattre (à l'exception des brigades internationales bien sûr, et, par la plume, François Mauriac et Bernanos).

Quand on vous dit que c'est d'actualité.

 

CHIENS ÉCRASÉS

Marcel AYMÉ

                                                                      

17 octobre 1934

Le jour de la tuerie de Marseille (1), vingt-neuf mineurs ont péri au fond d’une mine de pyrite, à Saint-Pierre-la-Palud. Ils n’ont pas eu de chance, leur mort n’a pas fait grand bruit. Bloqués au fond d’une galerie en feu, à cent soixante-dix mètres de profondeur, ils ont souffert pour mourir. Trois compagnons de travail, descendus dans la mine pour leur porter secours, sont morts aussi. Les femmes attendaient à l’entrée du puits, soutenues par l’espoir d’embrasser les cadavres. Tout ça n’a pas fait grand bruit. L’assassinat d’un souverain et d’un ministre a soulevé une vive émotion parce qu’on ne l’attendait pas et qu’on ne le voulait pas. Mais la mort d’une poignée de mineurs, on s’y attend à chaque instant, et l’on y consent bien volontiers. Elle ne révolte personne, peut-être même pas les familles des victimes. Hier à Cognac, aujourd’hui à Saint-Pierre-la-Palud, demain dans la Ruhr ou en Angleterre, c’est une aventure banale dont nous sommes tous complices, sur laquelle nous fermons les yeux avec complaisance. Il faut bien qu’il en soit ainsi, puisqu’il existe des mines et qu’on n’envisage pas de les supprimer. Il paraît que c’est une nécessité qu’il convient d’accepter avec tous les risques de mort qu’elle comporte. Les journaux les plus avancés, ceux qui travaillent de bonne foi à améliorer les conditions des ouvriers, parlent souvent de la sécurité des mineurs et réclament d’utiles précautions. Mais à L’Humanité ou au Populaire,pas plus que dans les conseils d’administration des trusts miniers, il n’est question d’abandonner l’exploitation des mines. Pourtant, un abandon progressif n’a rien d’utopique, au moins pour les mines de charbon où les catastrophes sont les plus fréquentes. Il ne manque pas d’autres sources d’énergie pour y suppléer. Ce serait sans doute une commodité de moins pour l’industrie, un clavier bloqué pour les gammes du travail en série, et c’est assez pour que les amis déclarés du prolétariat se défendent d’y songer. Car la grande affaire n’est pas l’homme, mais l’industrie. Autrement, quel besoin y aurait-il de faire descendre des êtres dans des trous pour y crever ou y mener une existence de taupe ? L’existence de milliers d’années pendant lesquelles on se passa de charbon prouve que le bonheur de l’humanité n’y est pas attaché et qu’on peut très bien vivre sans ça.

Les amis du progrès social sont des artistes qui se plaisent à jouer la difficulté, mais ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils savent que l’industrie a fait surgir un prolétariat, qu’il n’y aurait pas de mineurs sans mines, mais ils n’ont en tête que de perfectionner l’industrie et améliorer les puits de mine. Ils ne sont révolutionnaires qu’en apparence. Leur rêve le plus cher est de conserver, de mettre de l’ordre dans un monde baroque, né des appétits du capitalisme. Tous leurs efforts d’imagination ne peuvent les transporter en dehors de ce monde sordide, sale de suie et de charbon, où la perfection  ne devra rien au caprice, à l’humeur de l’homme. Ils renoncent à Satan, mais non pas à ses pompes et à ses œuvres. Ils ne veulent la mort du bourgeois que pour s’emparer de son chapeau melon. Révolutionnaires pour faire peur, qui entendent ne rien révolutionner. Étant donné un bourbier, le problème consiste pour eux à s’en accommoder ; étant donné un puits de mine, à y faire mourir le moins d’hommes possible. C’est sûrement bien mieux que rien. Ce n’est même pas mal, et l’on aurait mauvaise grâce à se plaindre. On ne peut leur demander de dire : « J'efface tout et je recommence », qui serait autant dire comme : « Revenons en arrière. » On ne peut pas aller contre une certaine façon de parler. Aussi bien, que deviendrait ce rêve de cabinet, cette glorieuse et reposante conception du progrès à sens unique ? Aujourd’hui, l’on s’accorde encore à penser que la mort de trente-deux mineurs est presque une catastrophe. Peut-être même y a-t-il des personnes sensibles qui en souffrent, des administrateurs rongés par le remords. Quand l’industrie sera parvenue au plus haut degré de la perfection et que les puits seront aménagés aussi bien qu’ils peuvent l’être, il n’y aura plus de catastrophe ; la mort de trente-deux mineurs sera un phénomène régulier, prévu par les normes et les minima, le sacrifice rituel qui apaisera les exigences de la statistique.

Les enfants et les veuves des victimes de Saint-Pierre-la-Palud sont moins malheureux qu’il ne semble : ils ont encore le droit de pleurer sans être ridicules.

_____________________

(1)  Alexandre Ier de Yougoslavie fut assassiné à Marseille le 9 octobre 1934 par des terroristes croates. Le ministre français Barthou, qui l’accompagnait, périt également dans l’attentat.


Ce que Marcel Aymé avait compris des communistes, et qu'il ne leur reproche même pas, c'est l'imposture de s'être fait passer pour des révolutionnaires, ce qu'ils n'ont jamais ambitionné d'être, mais qu'ils ont laissé croire, à leurs adhérents d'abord, pour en avoir, aux ennemis de classe ensuite, lesquels ne les ont jamais crus mais ont très bien fait semblant, d'où la Guerre Froide à sens unique, la Perestroika et tout le reste. Trop tard pour pleurer.




   UNE SIGNATURE(1)

Marcel AYMÉ


16 octobre 1935

Je suis un renégat, un écrivain en saindoux, un porte-plume à tout faire. Au lieu de prendre du galon parmi les intellectuels de gauche en réclamant des sanctions contre l'Italie, j'ai signé un manifeste de droite, et même d'extrême-droite, qui s'insurgeait contre des mesures propres à nous entraîner, de l'aveu de leurs plus zélés partisans, dans une guerre de droit. Entre la paix européenne et une guerre sanglante à la guerre, j'ai choisi sans hésiter. C'est ma conviction qu'il faut être un fou de l'espèce furieuse pour vouloir s'embringuer, quels que soient ls torts de l'Italie, dans une guerre de principes. Je suis stupéfait de l'empressement des intellectuels de gauche à donner leur accord aux lords de l'Amirauté, nous signifiant, par la voie hiérarchique dont ils disposent (et disposent absolument), d'avoir à mettre sac au dos. Voilà, en gros, ce qui m'a conduit à signer un manifeste dont tous les termes ne me conviennent pas, il s'en faut, mais qui renferme l'essentiel : pas de guerre. Certes, j'aurais souhaité, pour une manifestation de ce genre, me trouver en autre compagnie que celle d'archevêques et d'académiciens. C'est un monde avec lequel je ne suis pas précisément familiarisé, et je me sens quelque peu gêné par le voisinage de cette vieillesse dorée. Tant pis. Si j'avais eu le choix, j'aurais pu ménager ma coquetterie à cet égard, mais j'ai vainement attendu une résolution des écrivains de gauche en faveur de la paix. Un Jules Romains(2), par exemple, semblait tout désigné pour prendre l'initiative d'une pareille tâche. Nombre d'intellectuels de gauche, qui craindraient de passer pour des suppôts de la réaction en donnant, comme moi, leur signature à un manifeste de droite, sont tout prêts à bêler pour la bonne cause sous la conduite d'un berger bon teint. Pour ma part, j'en connais plus d'un. Mais Jules Romains entend que les hommes de bonne volonté fassent leurs preuves jusqu'au sang. C'est très regrettable.

Depuis un an, des intellectuels français mettent toute leur fierté à être des gens disciplinés et briguent des bons points pour l'exactitude à l'obéissance. De plus en plus, les chefs d'école font place aux chefs de section et, bientôt, on connaîtra un bon écrivain à sa science du pas cadencé. Déjà, il paraît qu'on ne peut plus, quand on a donné ses sympathies à une idée, s'en désolidariser sur un seul point sans la rejeter tout entière.

Le jour où ma signature a paru sous le manifeste en question, j'ai senti peser sur moi la réprobation de mes confrères de gauche. Il était clair qu'à leurs yeux, je m'étais déshonoré. Ceux-là mêmes qui entraient dans mes raisons secouaient la tête avec accablement pour me signifier qu'on ne collabore pas avec un réactionnaire, quand même il s'agit de sauver un noyé. Dans la rue, j'ai rencontré un groupe d'écrivains « sanctionnistes » et jusqu'au-boutistes qui marchaient comme dans des bottes. L'un d'eux m'a arrêté en me demandant s'il était vrai que j'eusse signé « cette saloperie » ? J'ai essayé de lui expliquer ma détermination, mais sans réussir à me faire entendre. J'étais vaincu d'avance. On voyait bien qu mon âme ne chantait pas dans les clairons d'airain. J'en arrivais à me demander si mon interpellateur n'était pas dans le vrai, et à penser qu'après tout, le sang des soldats français n'était peut-être que du pissat de cheval en comparaison du noble sang abyssin. J'ai eu la tentation de faire amende honorable et de crier « force à la loi ! » avec cette exaltation girondine qui va si bien au cheveu et qui mouille d'une adorable rosée les yeux des jeunes femmes sensibles.

Le lendemain, j'apprenais une grande nouvelle : la C.G.T. du Mexique exigeait des sanctions contre l'Italie. Et, ma foi, on ne pouvait dire qu'en cette affaire, son désintéressement fût profond.


P.S. Le jour où l'Allemagne envahira Memel(3), je signerai le manifeste de gauche pour la non-intervention.

__________________

(1) Cet article fut précédé d'un chapeau dû à la rédaction de Marianne ainsi rédigé : « Marcel Aymé a accordé sa signature à un manifeste que Marianne réprouve de toutes ses forces – les protestations que ce geste a provoquées autour de Marcel Aymé incitent celui-ci à expliquer son attitude. »

(2) Dont Les Hommes de bonne volonté étaient en cours de publication (1932 à 1947).

(3) Port de la Baltique, actuellement soviétique sous le nom de Klaipeda.



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GAZETTES

 

 BELGIKISTAN ÜBER ALLES

 

39. Votez Sugus 79960785_p.jpg

Ce 14 octobre, on vote en Belgique

Le trimestriel El Batia Moûrt Soû (« Le Bateau Ivre ») qui mouille du côté de La Louvière, dans le Hainaut, sort son numéro 68, spécial « c’est pourquoi au juste qu’on vote ». En vente chez les marchands de journaux au prix de 2 Euros.

Achtung ! Les AMP (Agences et Messageries de la Presse) lui donnent une avant-dernière chance avec une distribution de 3000 exemplaires sur toute la Belgique  (on le trouve aussi dans le Nord de la France), mais pour maintenir cette diffusion, il faut que vous leur en achetiez au moins 1500 exemplaires, sinon bernique.

Ce n° de 20 pages dont 12 en couleurs contient de nombreux dessins entre autres de Giemsi, Sergio, Flavien, Decressac, Lisette Delooz... et textes de Noël Godin, Florian Houdart, la Bruxellôse, le Galopin d’André Stas, Théophile de Giraud, Henin Liétart, Serge Deruette, Olivier Doiseau, Dr Litchic ... « Au Cabaret des Âmes », la chanteuse rare Fanchon Daemers tient chronique de chansons populaires et autres : c’est délectable et savant.

Soutenez Le Bateau Ivre en vous jetant dessus. Faites-en cadeau à vos amis (et à vos ennemis, ne soyez pas sectaires).

 

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Mis en ligne avec la célérité de rigueur

du 7 au 14 octobre 2012, par Catherine L.





 

28/09/2012

Aux sources du chaos mondial actuel - 2 - XIII.

 

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Aline de Dieguez

 

AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. " ( Edward Mandell HOUSE )

* 


2ème Partie

Aux sources du sionisme

Chapitre XIII

XIII - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire … 

1 - Un tremblement de terre géopolitique 


2 - Petit rappel démographique


3 - Pourquoi les Juifs se sont détournés de la Palestine entre le IVe et le XXe siècle 


4 - La Palestine avant le sionisme 


5 - Les vagues migratoires successives à partir de la naissance du mouvement sioniste 


6 - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire

7 – Comment le Talmud devint le fil d'Ariane qui conduisit au sionisme. 


 

1- Un tremblement de terre géopolitique

Impossible de ne pas voir que la transplantation en plein cœur d'un monde majoritairement arabo-musulman d'une population hétérogène, aussi bien ethniquement que sociologiquement, demeure le pivot autour duquel tourne l'histoire du monde depuis le milieu du XXe siècle.

Unis par un contenu commun des cervelles remplies à ras bords de mythes et de songes élaborés en des temps lointains durant lesquels chaque ethnie se plaçait sous la protection de sa divinité personnelle, des groupes d'immigrants fanatisés issus des quatre coins de la machine ronde, mais se réclamant néanmoins d'ancêtres communs, et soutenus par des Etats aveugles aux conséquences géopolitiques de leurs décisions, se sont déversés en vagues successives sur un territoire déjà abondamment peuplé.

 

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 Arrivée de juifs européens à d'Haifa. 1950

Un tremblement de terre géopolitique d'une intensité telle en est résulté que les répliques qui affectent la politique internationale n'ont plus cessé depuis lors d'ébranler non seulement tous les Etats du bassin de la Méditerranée, mais la quasi-totalité de la planète. En effet, ces humains-là se déclarent eux-mêmes si profondément différents et si allogènes au reste de l'humanité, qu'ils éprouvent un besoin incoercible de ne vivre qu'entre eux et de chasser du territoire qu'ils ont investi les représentants d'autres variétés d'humains lorsqu'ils sont les plus nombreux - et donc, détiennent le pouvoir. Ils refusent vigoureusement toute forme d'assimilation au groupe chez lequel ils se sont installés lorsqu'ils sont minoritaires, tout en exigeant haut et fort de bénéficier des droits universels des sociétés-hôtes.

Comme l'écrit François Fejtö, écrivain juif hongrois, dans son ouvrage Dieu et son Juif : " Ce n'est pas l'antisémitisme qui a crée le Juif. A l'origine se trouve le Juif, peuple élu, prototype des nations nationalistes, expansives, xénophobes, intransigeantes et dont l'orgueil, l'auto-affirmation fervente ont survécu aux désastres de l'Etat et se prolongent à travers les siècles d'exil jusqu'à la résurgence sioniste et à la naissance d'Israël ." (Ed. Grasset 1960, p.32)

Voir - 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012

2 - Petit rappel démographique

La destruction de Jérusalem et de son temple par les légions romaines avait porté un coup très rude à la présence juive en Palestine. La Judée était dépeuplée, mais d'innombrables et prospères communautés juives étaient présentes dans toutes les provinces et les villes de l'empire romain et notamment en son centre, à Rome.

Durant deux millénaires, les communautés juives ont donc prospéré dans la quasi totalité des pays d'Europe occidentale et orientale, ainsi que dans toutes les provinces du bassin de la Méditerranée… sauf en Palestine. La Palestine est le seul endroit de la terre que les Juifs boudaient. Jacques Attali nous en donnera la raison ci-dessous.

En effet, depuis le règne de l'empereur Julien, dit l'Apostat, les Juifs s'étaient détournés de la Palestine et n'avaient plus le moindre désir d'y retourner Cependant, une faible présence juive s'était malgré tout maintenue dans la région depuis l'antiquité. Il semble que cette catégorie, connue sous le nom de Yichouf ancien, ne représente pratiquement plus personne aujourd'hui. Les démographes de l'actuel Etat hébreu n'ont trouvé qu'une seule famille, les Zinati de Pek'in, qui aurait résidé en Palestine sans aucune interruption depuis l'antiquité.

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 Juifs de l'ancien Yichouv, Jérusalem 1895

Jusqu'en 1880, c'est-à-dire jusqu'à la naissance du sionisme, seuls de petits groupes d'étude et de prières, en général sépharades et plutôt pauvres, étaient installés à Tibériade, Safed, Jérusalem ou Hébron et vivaient misérablement de l'argent envoyé par les Juifs de l'étranger. A partir du XVe siècle, quelques communautés exclusivement religieuses composées de groupes expulsés d'Espagne et du Portugal s'étaient également installées en Palestine. Hier comme aujourd'hui, leurs prières étaient censées hâter la venue du Messie et le soutien financier des juifs de la dispersion représentait une sorte de placement commercial dans un système d'échange gagnant gagnant, puisqu'il était prévu que le Messie attendu rétablirait le mythique royaume de David, d'autant plus glorieux qu'il n'a jamais existé que dans l'imagination des rédacteurs de la fiction sacrée. Ce royaume à venir comblerait les Juifs de toutes les richesses de la planète.

3 - Pourquoi les Juifs se sont détournés de la Palestine entre le IVe et le XXe siècle

A partir du moment où, vers le VIIIe siècle, les Etats européens se sont constitués peu à peu en nations régies par la doctrine et la morale du catholicisme, les communautés juives, qui niaient la divinité du Christ, se sont trouvées en situation d'ennemis de l'ordre social né du triomphe de l'Eglise catholique, c'est-à-dire universelle, face à l'étroit particularisme juif.

Mais cette situation de paria social n'avait pas que des inconvénients. Elle produisit des conséquences particulièrement favorables aux Juifs sur le plan économique. En effet, comme je l'ai développé dans le texte précédent les communautés dispersées, unies par un lien religieux puissant et des règles sociales impérieuses, demeuraient en rapports constants avec un centre, dirigé par un exilarque (gaon) dont le lieu de résidence a varié selon l'influence exercée par ce groupe humain dans telle ou telle région du monde. Après avoir été localisé en Babylonie jusqu'à la naissance de l'islam, le centre s'est déplacé en Espagne, puis en Pologne.

Voir - 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012

Devenus d'habiles commerçants dans la prospère province mésopotamienne, leur dispersion, l'unité politique et la solidarité tribale des fidèles du dieu Jahvé leur offrirent d'excellentes opportunités d'échanges de marchandises de pays à pays. Ce commerce d'importation et d'exportation particulièrement lucratif, permit à quelques-uns d'amasser les richesses considérables. L'historien juif de l'antisémitisme, Bernard Lazare, nous apprend qu'avant de diversifier leurs activités, les commerçants jufs s'étaient spécialisés dans la vente d'esclaves . (L'Antisémitisme, chapitre V)

Petit à petit, ils se sont spécialisés dans l'usure et le commerce de l'or. Mais ils n'étaient ni les seuls, ni les premiers à êtres fascinés par le métal jaune. On connaît la cupidité des feneratores romains auxquels la loi des Douze Tables reconnaissait le droit de couper des morceaux de chair sur le corps vivant de l'emprunteur insolvable; les Lombards ont été des usuriers voraces, l'or fut la principale motivation de la conquête de l'Amérique, l'avidité des colons hollandais ou anglais est célèbre et les alchimistes s'épuisaient à essayer de fabriquer de l'or à partir de métaux grossiers. Au Moyen Age, l'or était devenu une véritable divinité...et il l'est resté.

Interdisant le prêt à intérêt et à plus forte raison l'usure, l'Eglise a empêché la formation d'un capitalisme chrétien. Ses interdits n'avaient évidemment aucune prise sur les Juifs qui faisaient commerce de l'argent et qui occupèrent tout naturellement la place laissée vacante par les riches bourgeois chrétiens. Ils se sont donc rendus utiles au développement du commerce et odieux par les abus que leur pouvoir a engendré. C'est ainsi qu'ils sont devenus progressivement les banquiers du monde.

  

 

"Peuple énergique, vivace, d'un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulut être une puissance. Il avait instinctivement le goût de la domination puisque,

Pour exercer cette sorte d'autorité, les Juifs n'eurent pas le choix des moyens. L'or leur donna un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusaient, et c'était le seul qu'ils pouvaient espérer. Détenteurs de l'or, ils devenaient les maîtres de leurs maîtres, ils les dominaient." (Bernard Lazare, L'antisémitisme)

 

 

Aux causes sociologiques et politico-économiques mises en avant par l'historien du judaïsme, Jacques Attali ajoute des arguments théologico-étymologiques. Dans son ouvrage Les Juifs, le monde et l'argent il analyse longuement les relations étroites entre la religion juive et le commerce à partir de l'étymologie du vocabulaire: "L'argent substitut du sang : on asperge l'autel avec le sang de l'animal sacrifié, acheté avec l'argent de celui qui offre le sacrifice. (p.40, souligné par l'auteur) (…) Le peuple juif fait de la monnaie l'instrument unique et universel d'échange, tout comme il fait de son Dieu l'instrument unique et universel de la transcendance." (p.41) 

Et notre Attali ajoute, en point d'orgue: "La valeur en argent de chaque chose est indissociable de sa valeur éthique." (p.42 )

Il en résulte qu'un lingot d'or est infiniment plus éthique qu'une miche de pain et que la famille Rothschild, M. Jacob Schiff , M. John Pierpont Morgan , M. Paul Warburg et tous leurs acolytes et complices qui sont parvenus à mettre la main sur le système financier américain au moyen de grandes et de petites manœuvres politiciennes et grâce à l'invention de leur monnaie privée - le dollar - sont les humains les plus moraux de la création. La fin justifie les moyens et seule la victoire est jolie. Toujours est-il qu'aujourd'hui, ils sont en mesure de manifester aux yeux du monde entier tout l'éclat de leur éthique en tapissant de lingots d'or les murs de leurs banques et de leurs logis.

La naissance de la Fed (Federal Reserve System) a permis non seulement un enrichissement exponentiel des heureux propriétaires de ces institutions bancaires privées, mais elle témoignait de la sollicitude de Jahvé envers des spécimens particulièrement "pieux" de son "peuple élu". Et M. Attali explique complaisamment que "pour un juif, la pauvreté est intolérable." C'est pourquoi, "pour les Juifs, tirer un intérêt de l'argent n'est pas immoral. (…) L'argent est, comme le bétail, une richesse fertile, et le temps est un espace à valoriser. Pour les chrétiens, au contraire, comme pour Aristote et les Grecs, l'argent - comme le temps - ne produit pas en soi-même de richesse, il est stérile ; aussi faire commerce de l'argent est-il un péché mortel." (p. 120)

Il se délecte à énumérer quelques belles réussites financières: "Peu de gens savent que l'agence Havas et l'agence Reuter au XIXe siècle sont des créations juives, au même titre que la Deutsche Bank, Paribas ou les principales banques d'affaires américaines. Et encore bien d'autres destins fascinants en France, en Allemagne ou en Russie."

Le même ancien conseiller spécial du Président François Mitterrand fournit la clé qui ouvre la porte de ces cavernes d'Ali Baba: "Comme les prêts sont de très courte durée - un an ou moins - et à des taux d'intérêt très élevés, de l'ordre de 50 à 80%, l'accumulation va très vite".

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Le Président François Mitterrand et Jacques Attali

Mais le monde est très méchant, alors notre hagiographe de la haute finance est brusquement saisi par un doute. Il s'inquiète de voir "les Juifs prendre le risque d'être haïs pour services rendus", alors que "les Juifs ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire". [1]

D'ailleurs dans la section de son ouvrage consacrée au commerce, notre faux naïf et ancien directeur de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à la tête de laquelle il a été remercié en raison d'un train de vie pharaonique, ajoute une forte sentence, qui aurait enchanté Alice en son pays des merveilles: "Le commerce n'est pas le résultat d'un calcul de bénéfice, mais la juxtaposition de deux dons équivalents, la simultanéité de deux actes généreux, unilatéraux, où chacun des deux protagonistes est en situation d'égalité."(p.42) (Cette fois, c'est moi qui souligne)

Le marché simoniaque se poursuit de nos jours puisqu'une forte minorité de 20% de juifs ultra orthodoxes passent leur vie à étudier le Talmud et à prier afin d'accélérer l'arrivée d'un Messie pourvoyeur de munificences, tout en étant entretenus par de riches membres de la communauté, notamment américaine, qui ont, comme il se doit et conformément aux principes énoncés par le théoricien du judaïsme financier cité ci-dessus, acquis leur fortune grâce à la "générosité" dont ils font preuve à l'égard de l'humanité dans l'activité bancaire à laquelle ils s'adonnent si brillamment et espèrent un "retour sur investissement" à la hauteur de leur éthique.

Et voilà pourquoi il y eut si peu de candidats durant deux mille ans pour peupler, entretenir et cultiver à la sueur de leur front la terre "promise" par le Dieu Jahvé à son "peuple" bien-aimé, lequel a snobé son cadeau pendant près de deux millénaires, avant de se raviser à la fin du XIXe siècle. Il s'est alors engouffré dans le grand mouvement de colonisation des Etats européens en direction de l'Afrique et de l'Asie.

4 - La Palestine avant le sionisme

Lorsque les populations autochtones de Galiléens honnis, de Cananéens détestés, de Samaritains méprisés et d'autres sous-hommes, tous qualifiés péjorativement d' "arabes", eurent, durant deux mille ans d'un labeur acharné, transformé une Palestine plutôt aride en un jardin florissant et en une serre prospère, le mouvement sioniste des marches de l'Asie s'est souvenu de sa "terre promise".

Il a refusé avec horreur d'aller défricher l'Ouganda ou la Patagonie, comme certains naïfs le lui proposaient. La Thora d'une main et le Talmud de l'autre, il s'est rué sur le lopin qu'il avait sporadiquement et partiellement habité deux millénaires auparavant. Réitérant le vol accompli lors de sa première installation dans une région déjà hautement peuplée et civilisée, il a fait main basse pour la seconde fois sur les propriétés et les richesses des "indigènes" et s'est auto-justifié de ses rapines en brandissant les écrits rédigés in illo tempore par des notables religieux en Babylonie.

 

 

"Lorsque Yahvé ton Dieu t'aura conduit au pays qu'il a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de te donner, aux villes grandes et prospères que tu n'as pas bâties, aux maisons pleines de toutes sortes de biens, maisons que tu n'as pas remplies, aux puits que tu n'as pas creusés, aux vignes et aux oliviers que tu n'as pas plantés. Dt 6:11

"Lorsque Jahvé, ton dieu, t'aura amené dans le pays où tu vas entrer pour en prendre possession et qu'il aura délogé devant toi de nombreuses nations (…) alors, Jahvé ton dieu les aura livrées à ta merci et que tu les livreras à l'anathème (à la destruction) . Tu ne concluras pas d'alliance avec elles, tu n'en auras point pitié ! " (Dt 7:1-2)

"Des villes de ces peuples que Jahvé, ton Dieu, te donne en héritage, tu ne laisseras rien vivre de ce qui a souffle de vie. Détruisez-les jusqu'au dernier… comme Jahvé, ton Dieu, vous l'a ordonné. " (Dt 20.16)

 

 

Voir : VI - Le messianisme biblique à l'assaut de la Palestine 

Les images sont souvent plus plus parlantes qu'un long discours. Quelques documents particulièrement représentatifs datant du temps de la Palestine heureuse suffisent à anéantir l'affirmation cynique des sionistes qui prétendaient que la Palestine était une "terre sans peuple" - donc vide depuis deux mille ans - qui attendait un "peuple sans terre" , lequel aurait réfléchi durant deux mille ans avant de se mettre en route. Ces clichés d'un temps paisible et heureux crèveront le coeur de tous ceux qui sont aujourd'hui sensibles à l'irréparable injustice dont le peuple palestinien est la victime innocente.

 

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Brodeuses palestiniennes, Ramallah 1940 (à gauche) 1920 (à droite)

 

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Classe de fillettes, Palestine, Ramallah, 1890

 

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Classe de fillettes, Palestine, XXIe siècle

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Port de Jaffa, 1914

Tous ces clichés viennent du site incontournable http://www.palestineremembered.com/MissionStatement.htm qui, dans sections "images" en présente des centaines.

5 - Les vagues migratoires successives à partir de la naissance du mouvement sioniste

L'immigration de masse n'a vraiment commencé qu'à partir de 1880 avec la première colonie fondée par les Amants de Sion. Cette fois, il s'agissait de juifs originaires d'Europe de l'Est en majorité, ainsi que de quelques groupes de juifs askhenazes allemands.

En 1885, le nombre de résidents auto-déclarés "juifs" en Palestine était de 24 000.

En 1914 leur nombre se montait à 85 000 personnes sur une population totale de 725 000 habitants: soit 12 % de l'ensemble.

Dès l'origine, l'expropriation des Palestiniens s'est installée quasi naturellement. En effet, de riches banquiers comme les barons Edmond de Rothschild et Maurice de Hirsch ont ouvert largement les vannes financières afin d'acheter des terres à n'importe que prix.

 

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Baron Edmond de Rothschild

 

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Baron Maurice de Hirsch

La "Jewish Colonization Association" fondée dès 1891 est à l'origine des premières colonies juives agricoles et son activité ne fera que croître au fil du temps.

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 FONDS NATIONAL

Il faut reconnaître que les "arabes" de Palestine et des Etats environnants ont manifesté un aveuglement et une passivité révélateurs de ce total manque de sens politique dont continuent de faire preuve tous les dirigeants de la région, notamment ceux de la mal nommée "Autorité palestinienne" qui, de l'Arafat signataire des calamiteux "Accords d'Oslo" à Mahmoud Abbas, l'actuel complaisant collaborateur du Jüdenrat de Cisjordanie, ont conduit les Palestiniens dans un gouffre dont ils auront le plus grand mal à sortir - s'ils en sortent un jour.Les actuels dirigeants du Hamas à Gaza semblent tentés à leur tour par les délices à courte vue de la collaboration. Les héros sont fatigués. [2] Les dirigeants palestiniens pelotonnés sous l'aile de l'occupant seraient bien inspirés de méditer sur le sort de Chaim Rumkowski, le "Président" du ghetto de Lodz, dont Primo Levi raconte l'histoire édifiante dans son ouvrage Les naufragés et les rescapés.

Voir :8 - La zone grise. Israël et la Palestine sous le regard de Primo Levi et de Kafka, 4 juin 2007.

En effet, le sionisme n'a rencontré pratiquement aucune résistance de la part des Palestiniens ni même de l'ensemble des Arabes de la région. Comme l'écrit le chercheur égyptien, Mounir Mahmoud, spécialiste de la presse sioniste au sein du Centre d'études politiques et stratégiques : "Les décisions émotionnelles irréfléchies des Arabes ont contribué à la réussite des projets sionistes en Palestine pendant près de cinquante années, avant même la création de l'entité sioniste, avec le prétendu "Yichouv " qui signifie l'implantation juive en Palestine."

Cette passivité des Palestiniens s'explique par une totale absence de racisme anti-juif. Les Palestiniens n'avaient pas compris qu'ils n'avaient plus en face d'eux des juifs, c'est-à-dire des hommes normaux qui honoraient simplement leur dieu d'une autre manière qu'eux-mêmes et avec lesquels ils avaient cohabité tranquillement jusqu'alors, mais une autre catégorie humaine, composée de colons fanatiques et impérialistes pour lesquels tout "arabe" palestinien était un ennemi à chasser ou à tuer.

C'est pourquoi notre anthropologue égyptien précise que "les Juifs qui vivaient dans les pays musulmans jouissaient d'une vie tranquille et stable, avec une liberté religieuse totale sans persécutions, et étaient investis dans les sociétés islamiques tolérantes pendant des centaines d'années jusqu'à l'époque moderne."[3]

Cette naïveté des Palestiniens trouve son expression dans la Charte de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) qui, dans son article 6, prévoie candidement que "les Juifs qui demeuraient en Palestine jusqu'au début de l'invasion sioniste, seront considérés comme Palestiniens".

Les Palestiniens ont été bien mal récompensés de leur générosité. Les sionistes qui ont eu connaissance de cet article ont dû être secoués d'un rire à se décrocher la mâchoire devant une telle ignorance de leur psychologie, de leur projet secret et de leur mentalité messianique de colons.

6 - Et les Kazars entrèrent dans l'histoire

Jahvé s'était installé dans l'exil durant dix-sept siècles et le Dieu local d'une écharpe de terre du bassin oriental de la Méditerranée était devenu une divinité itinérante qui avait pérégriné durant deux millénaires dans le monde entier au gré des déplacements de ses fidèles.

Or, ses fidèles avaient la bougeotte. Tout en le refusant et en le combattant de toutes ses forces, Jahvé avait collé aux talons du Dieu Jésus. Malgré l'inimitié réciproque que les partisans des deux divinités se manifestaient, ses fidèles s'étaient immédiatement installés dans les régions progressivement converties au nouveau Dieu trinitaire. C'est ainsi qu'à la fin du premier millénaire, et alors que le Dieu Jésus régnait en maître sur toute l'Europe occidentale - Jahvé ne l'avait précédé qu'en Espagne - ses fidèles s'étaient attachés aux pas des chrétiens et on les trouvait en France, en Allemagne et jusqu'en Europe centrale, notamment en Bohême et en Pologne.

C'est là que s'était produit l'évènement extraordinaire qui permit au judaïsme de gonfler brusquement sa population, et donc de survivre jusqu'à nos jours en tant que groupe humain spécifique .

En effet, loin de s'épuiser au fur et à mesure qu'il s'éloignait de son camp de base judéen et qu'il expédiait tous azimuts des petits groupes d'éclaireurs, Jahvé avait offert à ses fidèles éberlués la surprise et le cadeau sans prix de découvrir que dans les plaines orientales de l'Europe et jusqu'aux confins de l'Asie vivait une immense population de co-religionnaires dont personne ni en Orient, ni en Occident n'avait entendu parler.

12 - kazaria.jpg

 L'empire Kazar au moment de sa conversion à la religion du Dieu Jahvé

C'est ainsi que les Kazars judaïsés étaient entrés dans l'histoire. Ils entrèrent dans l'histoire locale par la force des choses, puisqu'ils étaient là. Mais ils ne sont jamais entrés dans la narration officielle car leur existence même contredit le mythe sur lequel se fondent les revendications des colons installés en Palestine. C'est pourquoi la narration mythologique qui tient lieu d'histoire dans l'Etat né en 1947 continue de refuser officiellement leur existence et une filiation dont leurs descendants semblent avoir honte.

7 - Comment le Talmud devint le fil d'Ariane qui conduisit au sionisme

La simple présentation du tableau d'une biographie succincte de tous les Premiers Ministres qui se sont succédés depuis qu'un vote de l'Assemblée générale de l'ONU en date du le 27 novembre 1947 a crucifié les Palestiniens, permet de comprendre au premier coup d'œil pourquoi je dirigerao mes pas en direction des marches de l'Asie plutôt que vers les rives qui auraient semblé plus accueillantes et plus logiques des bords de la Méditerranée, ou vers les paysages verdoyants et cléments de notre Europe occidentale qui ont connu, elles aussi, d'importantes et puissantes implantations juives au cours des siècles.

On sait, en effet, que toutes les grandes vagues migratoires se sont toujours déroulées d'est en ouest. La mythologie judaïque ne s'y est pas trompée, puisque les communautés de nos régions se proclament les descendantes légitimes d'ancêtres "chassés" de la province de Judée par les armées victorieuses de Vespasien et de Titus lors de la deuxième Guerre des Juifs en l'an 70 et qui auraient été "contraints" de se réfugier en direction de l'Occident.

Il est vrai que des groupes ont suivi les conquêtes chrétiennes et musulmanes en direction de l'Ouest européen et méditerranéen, comme je l'ai montré ci-dessus. Mais il s'agit d'une minorité par rapport à l'immense population juive qui résidait déjà en Europe de l'Est et avec laquelle les petits groupes venus de l'ouest ont établi une jonction. Aucun des premiers ministres qui ont dirigé l'Etat créé en 1947 en terre palestiniennene peut exciper de racines méditerranéennes ou occidentales susceptibles de donner une apparence de crédit à cette prétention. Tous, sans exception aucune, sont issus des régions talmudiques de l'Orient européen ou des marches de l'Asie. Il en est de même pour l'immense majorité des immigrants venus s'y installer. Ce fait n'est évidemment pas le fruit du hasard.

Il est hautement significatif et presque comique de voir à quel point cette réalité historique est occultée, quand elle n'est pas farouchement niée par les autorités officielles de l'actuel Etat d'Israël, qui, depuis David Grün, alias Ben Gourion, s'échinent à refuser la vérité historique et à imposer une narration mythologico-théologique de leur passé et de leur présent.

Voir : 20 - David Grün, alias Ben Gourion, et la naissance de l'"Etat juif", 22 mars 2011

 

 

1 - David Ben Gourion (né David Grün) 16 octobre 1886-1er décembre 1973est né à Plonsk en Polognedans une famille sioniste . Son père, professeur d'hébreu, était un membre des Amants de Sion. Il émigre en Palestine britannique en 1906.

2 - Moshé Sharett (né Moshé Shertok), 15 octobre 1894 - 7 juillet 1965) est né à Kherson, dans l'Empire russe, aujourd'hui en Ukraine. Il émigra en Palestine britannique en 1908.

3 - Levi Eshkol( 25 octobre 1895 - 26 février 1969) est né dans un village à proximité de la ville de Kiev , dans l'empire russe, aujourd'hui Ukraine. Il émigre en Palestine ottomane en 1914.

4 - Ygal Allon(né Ygal Païcovitch) 10 octobre 1918- 29 février 1980, est né Kfar Tabor, au pied du Mont Tavor dans l'est de la Basse Galilée d'une famille originaire de Roumaniequi émigre en Palestine en 1901.

5 - Golda Meir ( Golda Meirson, née Golda Mabovitz), 3 mai 1898 -8 décembre 1978, est née à Kiev , au cœur de l'empire russe, aujourd'hui capitale de l'Ukraine. Sa famille émigre aux Etats-Unis en 1903, le couple Meirson arrive en Palestine en 1921.

6 - Yitzhak Rabin(Yitzhak Rubitzov) , 1er mars 1922 - assassiné à Tel Aviv par un colon juif extrémiste le 4 novembre 1995 est né à Jérusalem. Ses parents, Nehemiah et Rosa Rubitzov originaires d'Ukraineémigrèrent d'abord vers les Etats-Unis

7 - Menahem Volfovitz Begin(Mieczyslaw Biegun) , 16 août 1913 -9 mars 1992 . Il est né à Brest-Litovsk, alors ville polonaise à majorité juive, aujourd'hui Biélorussie.Il n'arrive en Palestine qu'en 1942.

8 - Yitzhak Shamir(Yitzhak Jazernicki), 15 octobre 1915( 30 juin 2012, est né à Ruzhany, en Pologne, actuelle Biélorussie. Il émigre en Palestine en 1935.

9 - Shimon Peres(Szymon Perski ) Il est né le 2 août 1923 à Wisniew, Pologne, actuellement Biélorussie. Il émigre en Palestine en 1934.

10 - Benyamin Netanyahou, (nom réel du père: Benzion Mileikowsky) né le 21 octobre 1949 à Tel Aviv, petit-fils d'un rabbin émigré de Lituanieen Palestine en 1920

11 - Ehud Barak (Ehud Brog) , né le 12 février 1942 au kibboutz Mishmar Hasharon, fils d'Israel Brog et d'Esther Godin, immigrés respectivement de Lituanie et de Pologne.

12 - Ariel Sharon (Ariel Scheinermann), né le 26 février 1928 à Kfar Malal en Palestine . Son père Shmouel Scheinerman est originaire de Brest-Litovsk alors en Pologne,actuellement Biélorussie. Sa mère Véra est un médecin originaire de Mohilev en Biélorussie.

13 - Ehud Olmert , né le 30 septembre 1945 à Binyamina en Palestine. Son père Mordechaï - né à Buguruslan en Russie, émigre en Chine en 1919, à Harbin, et arrive en Palestine en 1933

14 - Netanyahou (voir n° 10)

 


Pour comprendre qui sont réellement ces dirigeants originaires de l'Est et imbibés jusqu'à la moelle de messianisme sioniste, il est précieux de jeter un regard sur les circonstances historiques qui ont conduit les communautés juives d'Europe occidentale d'abord, puis orientale, au fil des déplacements et des conversions, à ériger le Talmud
en rempart mental infranchissable derrière lequel elles se sont enfermées à double tour.
 

Le triomphe du talmudisme notamment dans les communautés juives de l'Europe de l'Est largement composées de descendants de Kazars ignorants et frustes, constituait, pour les rabbins et autres notables du judaïsme, une manière d'unifier les esprits, de sauvegarder et de bétonner une identité nationale autonome face à un christianisme qui régnait alors en maître dans l'Europe occidentale tout entière et qui modelait les sociétés des différents Etats. Dans un environnement social et politique chrétiens, les Juifs représentaient un groupe allogène, qui refusait catégoriquement de s'assimiler. Comment l'auraient-ils pu sans renier leur religion?

Mais les conséquences de cet isolement social étaient prévisibles. Les sociétés humaines, tout comme les sociétés animales, sont spontanément hostiles aux intrus et s'emploient à les rejeter avec plus ou moins de brutalité, en fonction du tempérament national et du degré de civilité des autorités politiques, si bien que des persécutions, parfois très violentes, ne manquèrent pas de se produire au fil des siècles dans de nombreux pays. Dans les sociétés intolérantes, comme le furent longtemps les Etats chrétiens, les motifs religieux officiellement brandis cachaient fréquemment, en réalité, des causes financières et économiques. Leurs victimes en voulaient aux prêteurs abusifs ou à aux usuriers, mais une fois déchaînée, la violence populaire ne faisait pas de quartier et s'en prenait également à la foule des besogneux innocents pour la simple raison qu'ils participaient à cette communauté et qu'ils étaient là.

A une situation politique et sociale qui leur fut très défavorable durant les siècles régis par un christianisme triomphant, donc arrogant, qui les tolérait du bout des lèvres, les notables des communautés juives répondirent par le renforcement de l'auto-exclusion, laquelle renforça à son tour l'animosité des sociétés-hôtes. La spirale était enclenchée car toutes les sociétés modelées par la religion aspirent à l'unité des cerveaux.

D'ailleurs l'actuel Etat créé en 1947 en Palestine en est un exemple particulièrement éloquent. Les moyens d'information du monde contemporain et la diffusion des images ne lui permettent plus de se comporter avec la brutalité qui fut celle des sociétés plus anciennes à l'égard des populations autochtones, bien que l'indulgence dont il a été l'objet durant des décennies lui a permis de procéder à des centaines de milliers d'expulsions - la nakba - de raser des milliers de villages, de tuer des milliers d'habitants, d'en emprisonner des centaines de milliers et d'ignorer superbement les recommandations et même les condamnations du Conseil de Sécurité de l'ONU qu'il considère comme des chiffons de papier.

Voir : 7 - Ils ont crucifié Marianne... Les nouveaux exploits de Tartuffe en Palestine, Pâques 2007.

A partir du XIIe siècle environ, le nouveau parti de zélotes bigots, bornés et ignorants, ennemi des sciences profanes qui avaient rayonné du temps de l'Espagne arabe avec Maïmonide et Ibn Gabriol, et qui n'avaient que le Talmud pour tout horizon intellectuel, posa un lourd couvercle sur les cervelles et les enferma avec une férocité incroyable dans l'espace ratatiné de ses ratiocinations.

 

 "Les Juifs (...) persécutèrent leurs coreligionnaires plus âprement, plus durement qu'on ne les avait jamais persécutés. Ceux qu'ils accusaient d'indifférence étaient voués aux pires supplices; les blasphémateurs avaient la langue coupée ; les femmes juives qui avaient des relations avec des chrétiens étaient condamnées à être défigurées : on leur faisait l'ablation du nez. " (Bernard Lazare, L'Antisémitisme)

 

 

Les conséquences intellectuelles, psychologiques et morales de l'enfermement tyrannique des esprits dans le coral du Talmud furent désastreuses pour le monde et pour fidèles de Jahvé. En effet, le Talmud est censé avoir tout prévu et tout décrit. Toute recherche intellectuelle ou scientifique se trouvait ipso facto non seulement délégitimée, mais violemment combattue. Comme seuls les actes extérieurs comptaient, il suffisait de suivre sans états d'âme et à la lettre les règles prescrites. La dictature des talmudistes réussit, certes, à maintenir par la terreur, l'unité du troupeau, mais elle le sépara irrémédiablement de son environnement et développa dans la population un esprit ritualiste, positiviste et pinailleur, ennemi de tout ce qui n'est pas juif, tourné vers les satisfactions matérielles et donc vers la recherche frénétique de la richesse.

On imagine l'effet des ratiocinations de certains des rabbins dont le Talmud a pieusement recueilli les élucubrations sexuelles, immorales et choquantes sur des cervelles uniquement gavées de cette nourriture-là.

Voir dans 12 - Petite généalogie du ghetto appelé Israël, 29 juin2012 , le tableau d'un petit florilège de grossières absurdités .

Une des des victimes les plus célèbres de l'obscurantisme et de la tyrannie des talmudistes hollandais fut le philosophe Baruch Spinoza qui s'était permis de penser par lui-même.

En effet, le 27 juillet 1656, le philosophe fut ostracisé et frappé de l'infamie et de la malédiction du herem, autrement dit, d'une mort sociale et religieuse. Un fanatique juif issu des fidèles de la grande synagogue d'Amsterdam, située sur le quai du Houtgrach, a même tenté de l'assassiner. Blessé, heureusement superficiellement, il a conservé durant de longues années son manteau troué par le poignard afin de garder sous les yeux les preuves des méfaits de tous les fanatismes, y compris et surtout de celui de ses co-religionnaires.

En 1948 David Grün, alias Ben Gourion a tenté de faire lever ce "herem", qui maudit le philosophe, y compris post mortem, mais les rabbins de l'Israel actuel s'y opposèrent. Le philosophe Baruch Spinoza demeure donc, aujourd'hui encore, frappé de pestifération par les rabbins juifs contemporains

Voir : -5 - La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire, 3 janvier 2011

 

 

Le terme " herem " signifie beaucoup plus qu'une exclusion de la communauté, équivalente à une excommunion dans le christianisme. Il induit la "destruction", l'"anéantissement" du renégat, au point que le philosophe a été réellement frappé d'un coup de poignard.

" Les messieurs du Mahamad vous font savoir qu'ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s'efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu'il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu'il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l'accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d'Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes:

A l'aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d'Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés.

Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l'encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l'on trouve dans la Torah.

Qu'il soit maudit le jour, qu'il soit maudit la nuit, qu'il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu'il veille. Qu'il soit maudit à son entrée et qu'il soit maudit à sa sortie.

Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps. Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu'elle soit égarée dans les ténèbres et le néant.

Que Dieu lui ferme à jamais l'entrée de Sa maison. Veuille l'Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l'Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu'il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d'Israël en l'affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah.

Et vous qui restez attachés à l'Eternel , votre Dieu, qu'Il vous conserve en vie.

Ce texte a été affiché dans tous les lieux d'Amsterdam où vivaient des juifs et envoyé dans les principales villes d'Europe où il y avait d'importantes communautés juives.

 

 

L'afflux de centaines de milliers de fidèles nés d'une conversion de masse de la population d'un gigantesque territoire de l'Est européen et des marches de l'Asie, dont les ancêtres n'avaient évidemment jamais mis les pieds au Moyen-Orient et qui vivaient sous la poigne de fer de rabbins talmudistes métamorphosa définitivement le judaïsme. Et c'est ce talmudisme-là qui finit par donner naissance au sionisme contemporain.

J'aborderai plus longuement cette question dans le prochain texte.

 

Notes:

[1] Jacques Attali : "Les juifs ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire", propos recueillis par Eric Conan http://www.denistouret.fr/ideologues/index.html

[2] Joseph Massad , Hamas et le nouveau/vieux croissant américain http://www.ism-france.org/analyses/Hamas-et-le-nouveau-vieux-croissant-americain-article-17320

[3] Mounir Mahmoud
http://www.wmaker.net/etreinformer/Chercheur-egyptien-les-regimes-arabes-ont-contribue-au-succes-de-la-judaisation-en-Palestine_a3422.html

 

Bibliographie

Professor Abdel-Wahab Elmessiri: 
The function of outsiders : http://weekly.ahram.org.eg/1999/435/op2.htm
The kindness of strangers: http://weekly.ahram.org.eg/1999/436/op2.htm
A chosen community, an exceptional burden : http://weekly.ahram.org.eg/1999/437/op5.htm
A people like any other : http://weekly.ahram.org.eg/1999/438/op5.htm
Learning about Zionism: http://weekly.ahram.org.eg/2000/476/eg6.htm

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2003, trad. Ed. Bayard 2008

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman,La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001 ,trad. Ed. Bayard 2002

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible, trad.Ed.Bayard 2006

Arno J. Mayer, De leurs socs, ils ont forgé des glaives, Histoire critique d'Israël, Fayard 2009

Ernest Renan, Histoire du peuple d'Israël, 5 tomes, Calmann-Lévy 1887

Douglas Reed , La Controverse de Sion

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard 2008, coll. Champs Flammarion 2010

Avraham Burg, Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste , Fayard 2008

Ralph Schoenman, L'histoire cachée du sionisme, Selio 1988

Israël Shahak, Le Racisme de l'Etat d'Israël, Guy Authier, 1975

Karl Marx, Sur la question juive

SUN TZU, L'art de la guerre

Claude Klein, La démocratie d'Israël,1997

Jacques Attali: Les Juifs, le monde et l'argent, Histoire économique du peuple juif. Fayard, 2002

18 septembre 2012

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos...

 

 

*


FILMS

et pourquoi pas ?

Deux mots sur un film qu'on vient de voir :

 

Sept jours à la Havane

 

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Comme la plupart d'entre vous doivent le savoir, « Sept jours à La Havane», c’est donc sept chapitres, sept réalisateurs, sept regards, un pour chaque jour de la semaine. Un film construit en cadavre exquis porté par sept talents du cinéma international chargés de dérouler autant de récits. Des récits indépendants qui, mis bout à bout, rassemblés dans une trame commune constituent au final un instantané inédit de La Havane. Au fil des quartiers, des atmosphères, des générations, des classes sociales et des cultures, les réalisateurs entrecroisent leurs sensibilités, leurs parcours et leurs styles pour offrir un véritable portrait contemporain de la mythique capitale cubaine. » (Grand Ecart).

Et, n'en déplaise aux Inrocks, qui ne l'aiment pas, le résultat n'est ni hirsute, ni de bric et de broc, ni fade, mais atteint à une unité, ou si on préfère à une fusion, qui doit bien être un peu due à la vertu particulière du lieu et de ceux qui l'habitent.

Je mentionnerai juste pour mémoire les sept réalisateurs :

Le lundi revient à Benicio del Toro, avec El Yuma, histoire d'un jeune Américain venu faire un stage à l'école de cinéma de La Havane. On l'appelle ainsi, parce que « Yankee » est une injure. Il est pris en charge par un chauffeur de taxi entre deux âges, qui lui fait faire un tour de la ville by night dont il se souviendra.

Le mardi voit l'arrivée d'Emir Kusturica venu recevoir un prix récompensant sa carrière de cinéaste. Ici, il est acteur, fortement imbibé et tracassé par la colère probablement justifiée d'Anita, son épouse restée en Serbie. Il déteste les mondanités, les soupers de gala et le reste. C'est simple, il refuse de quitter le malheureux chauffeur noir qu'on a chargé de veiller sur lui et de le mener sans faute à bon port. Cette Odyssée – ce n'est pas Leopold Blum mais il y a un peu de ça – passe notamment par une cour d'immeuble, où, au milieu des poules et en présence d'un petit cochon, le chauffeur exténué par ses efforts inutiles joue de la trompette comme un dieu. C'est Jam Session, de Pablo Trapero.

Mercredi, Julio Medem suit le parcours de Cecilia, jeune chanteuse noire, qu'un Espagnol, ébloui par son talent, veut emmener à Madrid. Tentation amoureuse plus tentation de la gloire dans la riche Europe. Or, Cecilia vit avec José, un bronze de Riace noir qui a des ennuis dans sa carrière de champion de base-ball. José est portoricain, et veut prendre la mer en bateau gonflable pour passer à Miami, où il croit qu'il renouera avec le succès . Le film s'appelle La Tentación de Cécilia. Cecilia résistera à la tentation espagnole, mais pas à celle de suivre José dans son mirage américain.

Vendredi, Gaspar Noe raconte, dans Ritual, que les parents d'une jeune fille, ayant découvert qu'elle s'est fait séduire par une jeune gringa, bref, qu'elle est lesbienne, la font désenvoûter ou contre-envoûter, comme on voudra.

Samedi, c'est Dulce Amargo de Juan Carlos Tabio et l'histoire de Mirta Gutierrez, psychologue, animatrice d'un show télévisé où elle donne, une fois par semaine, des conseils aux gens pour mieux vivre. Dans la réalité, elle ne vit pas trop bien elle-même, entre son mari qui boit parce qu'il n'a plus d'emploi et sa fille (Cecilia) qui s'apprête à s'expatrier dans un sens ou dans l'autre. Et avec l'embargo qui n'arrange pas les choses, il faut bien qu'elle ait, comme presque tous, une seconde activité pour arriver à nouer les deux bouts. Un gros client lui commande des gâteaux, beaucoup de gâteaux, pour une occasion spéciale. Et voilà que son mari, rendu maladroit par l'alcool et la déprime, lui casse tous ses oeufs. Comment trouver autant d'oeufs d'un coup, à La Havane ? La débrouille et la solidarité entre petites gens y pourvoient. Comme on dit : la suite à l'écran. L'émission de Ménie Grégoire en direct est un petit morceau d'anthologie.

Dimanche enfin, vient une espèce de feu d'artifice tiré par Laurent Cantet : La Fuente, histoire d'une fontaine. Marta est une Havanaise d'un certain âge, qui habite au premier étage d'un immeuble à locataires multiples. Une statuette de la Vierge Marie trône dans son salon, car elle est très pieuse. Ce dimanche matin, elle réveille à grands cris toute la maison : la Vierge lui est apparue en rêve et a exigé une nouvelle robe – jaune – ainsi qu'une fontaine à ses pieds. Et, bien entendu, une grande fête. Aussitôt, tous de s'activer de gré ou de force. On se croirait au siège de Paris raconté par Rabelais. Maçons, peintres, couturière, tous portent, courent, volent, pédalent, s'échinent. Pas assez de place ? Qu'on abatte un mur. Pas d'eau courante ? Qu'on traverse la route et qu'on ramène de l'eau de mer !

La mer, c'est le domaine d'Ochun, mais Ochun et la Sainte Vierge s'entendent plutôt bien, elle ne dira rien. [ Ochun, déesse de la beauté dans la santeria, et première épouse de Chango, qu'on représente justement vêtue de jaune, un miroir à la main. Oui, vous avez compris, c'est l'Aphrodite de par là. Les Cubains, oecuméniques, l'ont assimilée à la Vierge de la Caridad del Cobre, sainte patronne de Cuba. La voilà. ]

Oshun - 2 .jpgComme de bien entendu, la vision de Marta s'accomplit. La Vierge avait dit : « Et une robe jaune aussi pour toi. » On lui en a fait une. L'apothéose, c'est quand une vieille dame noire très distinguée, chante a capella, en concertiste consommée, un très classique Ave Maria de Gounod, puis, sans transition, des chants africains peu susceptibles de déplaire à Ochun, chants et battements de mains que tous reprennent en choeur jusqu'à l'écroulement. L'histoire de Marta, c'est celle de tous les chefs et de tous les fondateurs de religion.

J'ai sauté le jeudi. Je le gardais pour la fin. C'est Diary of a beginner, d'Elia Suleiman, qu'il a réalisé et où il joue son propre rôle.

Quand les Inrocks disent de Sept jours à La Havane : « Une semaine à Cuba et sans inspiration. Deux jours auraient suffi. », ils se plantent le doigt dans l'oeil jusqu'aux cheveux. Quand ils ajoutent que seuls sauvent le « fade ragout » un « rituel vaudou moite et sensuel » et le film de Suleiman, ils se plantent davantage encore. Le vaudou passe assez mal à l'écran et le rituel du film, d'ailleurs, n'est pas du vaudou, c'est de l'exorcisme. Les rites d'exorcisme sont toujours un peu ridicules, qu'ils se déroulent dans une église ou en plein air. Tous font ample consommation d'eau bénite, celui-ci plus que d'autres : tout le monde est dans l'eau. La séquence de Gaspar Noe m'a fait l'effet d'être la plus faible des sept, même s'il réussit à communiquer la passion du coup de foudre entre les deux gamines, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Quant à ce que nos bobos du VIe ou du VIIe (à vue de nez plutôt des Champs) disent de Suleiman, c'est à se demander s'ils n'ont pas visionné le film au soleil, sur la Croisette :

 

 « En résulte un brillant court-métrage d’une quinzaine de minutes, quintessence du cinéma suleimanien où le réalisateur se filme lui-même, impavide voyageur à la démarche lunaire, face à des situations absurdes dont le sens semble lui échapper [c'est à eux qu'il échappe, NdC]. Il voudrait interviewer Castro, mais n’a accès, depuis sa chambre d’hôtel, qu’à ses (interminables) discours télévisés ; alors il attend, observe le triste ballet des touristes et des jolies cubaines photographiées comme des trophées de chasse… “Il ne s’agit pas de juger le régime, mais de poser un regard politique sur un pays, c’est-à-dire un regard conscient. Tout est politique, même filmer la mer vide” ».

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Les Inrocks n'aiment pas Cuba, ils n'aiment pas Castro, et parce que Suleiman leur a dit que « tout est politique, même filmer la mer vide », ils s'imaginent avoir vu un film critique à l'égard de Cuba. Comme si un artiste de cette envergure pouvait manquer de savoir-vivre au point d'aller donner des leçons à des gens qui ne lui ont rien demandé. C'est Suleiman qu'il s'appelle, pas Kouchner ou BHL.

 

Elia Suleiman - 1 .jpeg

Voici comment le film est décrit dans Première :

« Elia Suleiman arrive à La Havane et flâne dans les rues de la ville en attendant un rendez-vous organisé par l’ambassade de Palestine. Toute communication étant rendue impossible par son ignorance de l’espagnol, sa supposée solidarité politique avec le peuple cubain se heurte bientôt à son ignorance des codes culturels. Peu à peu, alors qu’il pénètre le cœur de la ville et s’imprègne de ses sons et de ses images, ce qu’il pensait n’être qu’une façon de tuer le temps, devient un test pour redéfinir son identité. »

Que signifie « toute communication étant rendue impossible par son ignorance de l'espagnol » ? Il parle anglais, Suleiman, et les Cubains aussi. Kusturica et le jeune Américain du lundi ne savent pas un traître mot d'espagnol non plus. Et alors ? La communication n'est pas impossible pour eux. Elle l'est pour lui. Y compris avec le fonctionnaire de son ambassade. Mais pourquoi ? Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas nouveau dans son oeuvre.

Qui, ayant vu Le temps qu'il reste, n'est pas hanté par les premiers instants du film, où un ami du réalisateur, au volant d'un camion, par une nuit de tempête, dans un pays d'Europe du Nord, lui crie dans son téléphone cellulaire qu'il est perdu, qu'il fait noir comme en enfer, que les éclairs l'aveuglent, que le tonnerre est assourdissant, qu'il pleut, qu'il n'en peut plus et pourquoi ne répond-il pas ? « Eli Eli ! Lamma Sabachtani ! ».

Silence.

Ce que ces critiques paraissent ignorer, c'est que Suleiman ne parle jamais que de la Palestine, ne filme jamais que l'absence de la Palestine. A la rigueur, le silence de Dieu.

Je vous raconte le film que j'ai vu :

Elia Suleiman arpente les couloirs d'un luxueux hôtel, celui où les Cubains logent leurs hôtes de marque et qui sert de décor à plusieurs des autres films, leur donnant ainsi une sorte d'unité de lieu. Dans ces couloirs, il croise des gens : une femme de chambre noire qui passe un aspirateur, un maître d'hôtel, etc. Aucun ne lui parle ni ne lui adresse le moindre signe car aucun ne le voit. Ce n'est pas Elia Suleiman qui est là, vêtu en touriste et le chapeau de paille sur la tête, c'est la Palestine. Et la Palestine n'existe pas. Comment les gens pourraient-ils la voir ? A plus forte raison lui parler ! Il sort et, apparemment sans but, se rend à son ambassade. Belle villa en bord de mer, élégante, sereine, presque luxueuse elle aussi, avec son buste d'Arafat en marbre dans le hall d'entrée, et la clim, c'est sûr. Quelqu'un - un fonctionnaire ? l'ambassadeur ? - lui annonce que le commandant Fidel Castro est en train de prononcer un discours à l'Université de la Havane et le recevra dès qu'il aura fini. Suleiman l'entend mais ne répond pas, et l'ambassadeur, si c'est lui, n'a pas l'air de s'en formaliser. On dirait qu'il a parlé de derrière une vitre épaisse. Suleiman arpente maintenant les pièces de cette ambassade d'un pays qui n'existe pas, une des seules qu'il ait au monde sans doute. On a même allumé pour lui un téléviseur, où il peut suivre le discours en train de se dérouler. La voix qui en sort est celle d'un très vieil homme, cassée. La rhétorique est toujours la même, les gestes toujours énergiques, les visages attentifs, les applaudissements nourris, mais où cela se passe-t-il ? Sur quelle planète ? Suleiman sort sur le pas de la porte, d'où il domine la route. Une voiture (vintage, années 50) s'arrête pile, en panne. Le chauffeur en sort, soulève son capot et commence à trifouiller. Ses passagers, une jeune femme et un homme, sans s'émouvoir, se mettent, elle à prendre des poses à la manière des magazines hollywoodiens (années 50 aussi), lui, à la mitrailler de son Nikon en sautoir : sur le toit, contre une portière, un pied dans le coffre. Le chauffeur claque son capot et repart, tout le monde rejoint sa place en courant. Routine. Suleiman a peut-être souri, comme un qui comprend les petites misères d'un pays sous embargo. La Palestine, elle, reste impavide. On ne voit que son dos. Une autre voiture arrive en sens inverse et tombe en panne à son tour. Le chauffeur s'encourt armé d'un petit bidon. Panne d'essence. Routine on vous dit. Suleiman traverse la route et gagne le bord de mer. Une femme, sur un rocher, a l'air d'attendre. Suleiman est à quelques pas. Elle ne le voit pas. Il ne la regarde pas. Comme elle, il regarde la mer vide. D'où sort, au bout d'un très long temps, un plongeur – combinaison, palmes,tuba. La femme et lui s'enlacent et s'en vont. Suleiman n'a pas bougé. Ce genre de « bateaux qui se croisent dans la nuit » se répète plusieurs fois. A la fin de la journée, Suleiman repart en taxi pour l'aéroport, comme il en était venu. « Sans avoir vu Castro », disent les critiques. On n'en sait rien. Qu'importe ? Ce n'est pas le sujet du film. La Palestine est sortie de son néant pour venir à Cuba. Elle y rentre. Il ne s'est rien passé, car même les Cubains ne peuvent pas voir les fantômes et même Castro ne peut pas les matérialiser. Elle laisse derrière elle ce seul morceau de son territoire qui ne soit pas souillé par les bombes, les offenses et les humiliations : son ambassade, où vaquent des gens qui ont l'air de poissons dans un bocal, autour d'un buste d'Arafat en marbre.

Le jour du Shock & Awe sur l'Irak, un représentant de l'Algérie dont je n'ai pas retenu le nom est monté à la tribune des Nations Unies et, au lieu d'un discours inutile, il a récité, en français, Le loup et l'agneau. Il y fallait un certain courage et pas mal de désespoir. Ce Jeudi à La Havane est une parabole semblable, dont même le titre est politique en effet : « Journal d'une débutante »... parmi les nations souveraines, et ce n'est sûrement pas pour rien qu'il est en anglais, quand tous les autres sont en espagnol. Ce septième d'un film international et collectif est une épure, une fable de La Fontaine, Le loup et l'agneau. Admirable Elia Suleiman.

Carte d'identité du film, de la part des producteurs :


http://www.7joursalahavane.fr/


Catherine


*

 

 Mis en ligne par Théroigne, le 28 septembre 2012.  

 

 

Afin que nul n'oublie

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Quatre heures à Chatila

 

Jean Genet

 

Beyrouth, Septembre 1982. La guerre civile fait rage au Liban, ourdie, provoquée et attisée par l'impérialisme occidental et son bras armé : Israël. Les forces israéliennes, qui viennent d'envahir le Liban, occupent Beyrouth et dominent militairement les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila, qu'elles encerclent. Elles contrôlent aussi, bien entendu, tous les accès à la ville. – Du 16 au 18 septembre, l'horreur s'abat sur les deux camps palestiniens : pendant plus de quarante heures, trois mille cinq cents malheureux, enfermés dans ces souricières seront massacrés avec une sauvagerie innommable par « des phalangistes chrétiens libanais » (une des factions en présence). – Sous quel prétexte ? L'assassinat de leur chef, Bechir Gemayel, qu'on croit avoir été près de s'allier avec Israël. Un Syrien pro-palestinien en sera accusé. Sans preuves. D'aucuns accuseront les Israéliens d'avoir eux-mêmes assassiné ou fait assassiner leur allié potentiel, pour avoir une « bonne raison » de punir les fautifs indirects qu'ils désignent (les réfugiés sous barbelés). Certes, on ne prête qu'aux riches, et il y aura d'autant moins de preuves de l'intervention d'Ariel Sharon et de Tsahal qu'on se gardera bien d'en chercher. – Ce qui est sûr, c'est que les assassins avaient été armés par les Israéliens, que les Israéliens les ont fait entrer dans les camps dont ils empêchaient les Palestiniens de sortir, et qu'au mieux (au moins pire), ils ont assisté aux quarante heures de tuerie sans intervenir. Qu'importe qu'ils aient obtenu ce qu'ils voulaient sans avoir eu à salir leurs beaux costumes ? Qu'ils en soient à 100% responsables ne fait de doute pour personne doté d'un minimum de conscience. D'autant que le massacre de Gaza, de décembre 2008, sera la répétition exacte, par la voie des airs, de ceux de Sabra et de Chatila.

 

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« A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ? » - Menahem Begin (à la Knesset)

 

En ce mois de septembre 1982, Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16, ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, avec l’active complicité de l’armée israélienne qui vient d’envahir et d’occuper le Liban . Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit « Quatre heures à Chatila », publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes.

Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.

 

 

*


Personne, ni rien, aucune technique du récit, ne dira ce que furent les six mois passés par les feddayin dans les montagnes de Jerash et d’Ajloun en Jordanie, ni surtout leurs premières semaines. Donner un compte rendu des événements, établir la chronologie, les réussites et les erreurs de l’OLP, d’autres l’ont fait. L’air du temps, la couleur du ciel, de la terre et des arbres, on pourra les dire, mais jamais faire sentir la légère ébriété, la démarche au dessus de la poussière, l’éclat des yeux, la transparence des rapports non seulement entre feddayin, mais entre eux et les chefs. Tous, tous, sous les arbres étaient frémissants, rieurs, émerveillés par une vie si nouvelle pour tous, et dans ces frémissements quelque chose d’étrangement fixe, aux aguets, protégé, réservé comme quelqu’un qui prie sans rien dire. Tout était à tous. Chacun en lui-même était seul. Et peut-être non. En somme souriants et hagards. La région jordanienne où ils s’étaient repliés, selon un choix politique, était un périmètre allant de la frontière syrienne à Salt, pour la longueur, délimitée par le Jourdain et par la route de Jerash à Irbid. Cette grande longueur était d’environ soixante kilomètres, sa profondeur vingt d’une région très montagneuse couverte de chênes verts, de petits villages jordaniens et d’une culture assez maigre. Sous les bois et sous les tentes camouflées les feddayin avaient disposé des unités des unités de combattants et des armes légères et semi-lourdes. Une fois sur place, l’artillerie, dirigée surtout contre d’éventuelles opérations jordaniennes, les jeunes soldats entretenaient les armes, les démontaient pour les nettoyer, les graisser, et les remontaient à toute vitesse. Quelques-uns réussissaient l’exploit de démonter et de remonter les armes les yeux bandés afin de pouvoir le réussir la nuit. Entre chaque soldat et son arme s’était établi un rapport amoureux et magique.

 

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Comme les feddayin avaient quitté depuis peu l’adolescence, le fusil en tant qu’arme était le signe de la virilité triomphante, et apportait la certitude d’être. L’agressivité disparaissait : le sourire montrait les dents. 


Pour le reste du temps, les feddayin buvaient du thé, critiquaient leurs chefs et les gens riches, palestiniens et autres, insultaient Israël, mais parlaient surtout de la révolution, de celle qu’ils menaient et de celle qu’ils allaient entreprendre. 
Pour moi, qu’il soit placé dans le titre, dans le corps d’un article, sur un tract, le mot « Palestiniens » évoque immédiatement des feddayin dans un lieu précis - la Jordanie - et à une époque que l’on peut dater facilement : octobre, novembre, décembre 70, janvier, février, mars, avril 1971. C’est à ce moment-là et c’est là que je connus la Révolution palestinienne. L’extraordinaire évidence de ce qui avait lieu, la force de ce bonheur d’être se nomme aussi la beauté. 


Il se passa dix ans et je ne sus rien d’eux, sauf que les feddayin étaient au Liban. La presse européenne parlait du peuple palestinien avec désinvolture, dédain même. Et soudain, Beyrouth-Ouest.

 

***


Une photographie a deux dimensions, l’écran du téléviseur aussi, ni l’un ni l’autre ne peuvent être parcourus. D’un mur à l’autre d’une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s’appuyant à l’autre, les cadavres, noirs et gonflés, que je devais enjamber étaient tous palestiniens et libanais. Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton. Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux. Leur odeur est sans doute familière aux vieillards : elle ne m’incommodait pas. Mais que de mouches. Si je soulevais le mouchoir ou le journal arabe posé sur une tête, je les dérangeais. Rendues furieuses par mon geste, elles venaient en essaim sur le dos de ma main et essayaient de s’y nourrir. Le premier cadavre que je vis était celui d’un homme de cinquante ou soixante ans. Il aurait eu une couronne de cheveux blancs si une blessure (un coup de hache, il m’a semblé) n’avait ouvert le crâne. Une partie de la cervelle noircie était à terre, à côté de la tête. Tout le corps était couché sur une mare de sang, noir et coagulé. La ceinture n’était pas bouclée, le pantalon tenait par un seul bouton. Les pieds et les jambes du mort étaient nus, noirs, violets et mauves : peut-être avait-il été surpris la nuit ou à l’aurore ? Il se sauvait ? Il était couché dans une petite ruelle à droite immédiatement de cette entrée du camp de Chatila qui est en face de l’Ambassade du Koweït. Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou dans un silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n’avoir rien entendu, ne s’être doutés de rien alors qu’ils occupaient ce bâtiment, depuis le mercredi après-midi ? 


La photographie ne saisit pas les mouches ni l’odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu’il faut faire quand on va d’un cadavre à l’autre. 


Si l’on regarde attentivement un mort, il se passe un phénomène curieux : l’absence de vie dans ce corps équivaut à une absence totale du corps ou plutôt à son recul ininterrompu. Même si on s’en approche, croit-on, on ne le touchera jamais. Cela si on le contemple. Mais un geste fait en sa direction, qu’on se baisse près de lui, qu’on déplace un bras, un doigt, il est soudain très présent et presque amical. 


L’amour et la mort. Ces deux termes s’associent très vite quand l’un est écrit. Il m’a fallu aller à Chatila pour percevoir l’obscénité de l’amour et l’obscénité de la mort. Les corps, dans les deux cas, n’ont plus rien à cacher : postures, contorsions, gestes, signes, silences mêmes appartiennent à un monde et à l’autre. Le corps d’un homme de trente à trente-cinq ans était couché sur le ventre. Comme si tout le corps n’était qu’une vessie en forme d’homme, il avait gonflé sous le soleil et par la chimie de décomposition jusqu’à tendre le pantalon qui risquait d’éclater aux fesses et aux cuisses. La seule partie du visage que je pus voir était violette et noire. Un peu plus haut que le genou, la cuisse repliée montrait une plaie, sous l’étoffe déchirée. Origine de la plaie : une baïonnette, un couteau, un poignard ? Des mouches sur la plaie et autour d’elle. La tête plus grosse qu’une pastèque - une pastèque noire. Je demandai son nom, il était musulman. 
  

- Qui est-ce ? 
  

- Palestinien, me répondit en français un homme d’une quarantaine d’années. Voyez ce qu’ils ont fait.

Il tira sur la couverture qui couvrait les pieds et une partie des jambes. Les mollets étaient nus, noirs et gonflés. Les pieds, chaussés de brodequins noirs, non lacés, et les chevilles des deux pieds étaient serrées, et très fortement, par le nœud d’une corde solide - sa solidité était visible - d’environ trois mètres de long, que je disposai afin que madame S. (américaine) puisse photographier avec précision. Je demandai à l’homme de quarante ans si je pouvais voir le visage. 
  

- Si vous voulez, mais voyez-le vous-même.

- Vous voulez m’aider à tourner sa tête ? 
  

- Non. 
  

- L’a-t-on tiré à travers les rues avec cette corde ? 
  

- Je ne sais pas, monsieur. 
  

- Qui l’a lié ? 
  

- Je ne sais pas, monsieur. 
  

- Les gens du commandant Haddad ? 
  

- Je ne sais pas. 
  

- Les Israéliens ? 
  

- Je ne sais pas. 
  

- Vous le connaissiez ? 
  

- Oui. 
  

- Vous l’avez vu mourir ? 
  

- Oui. 
  

- Qui l’a tué ? 
  

- Je ne sais pas.


Il s’éloigna du mort et de moi assez vite. De loin il me regarda et il disparut dans une ruelle de traverse. 


Quelle ruelle prendre maintenant ? J’étais tiraillé par des hommes de cinquante ans, par des jeunes gens de vingt, par deux vieilles femmes arabes, et j'avais l'impression d'être dans une rose des vents, dont les rayons contiendraient des centaines de morts.

Je note ceci maintenant, sans bien savoir pourquoi en ce point de mon récit : « Les Français ont l’habitude d’employer cette expression fade "le sale boulot", eh bien, comme l’armée israélienne a commandé le "sale boulot" aux Kataëb, ou aux Haddadistes, les travaillistes ont fait accomplir le "sale boulot" par le Likoud, Begin, Sharon, Shamir. » Je viens de citer R., journaliste palestinien, encore à Beyrouth, le dimanche 19 septembre. 


Au milieu, auprès d’elles, de toutes les victimes torturées, mon esprit ne peut se défaire de cette « vision invisible » : le tortionnaire comment était-il ? Qui était- il ? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux et il n’aura jamais d’autre forme que celle que dessinent les poses, postures, gestes grotesques des morts travaillés au soleil par des nuées de mouches. 


S’ils sont partis si vite (les Italiens, arrivés en bateau avec deux jours de retard, s’enfuirent avec des avions Herculès !), les marines américains, les paras français, les bersaglieri italiens qui formaient une force de séparation au Liban, un jour ou trente-six heures avant leur départ officiel, comme s’ils se sauvaient, et la veille de l’assassinat de Béchir Gemayel, les Palestiniens ont-ils vraiment tort de se demander si Américains, Français, Italiens n’avaient pas été prévenus qu’il faille déguerpir à toutes pompes pour ne pas paraître mêlés à l’explosion de la maison des Kataëb ? 


C’est qu’ils sont partis bien vite et bien tôt. Israël se vante et vante son efficacité au combat, la préparation de ses engagements, son habileté à mettre à profit les circonstances, à faire naître ces circonstances. Voyons : l’OLP quitte Beyrouth en gloire, sur un navire grec, avec une escorte navale. Béchir, en se cachant comme il peut, rend visite à Begin en Israël. L’intervention des trois armes (américaine, française, italienne) cesse le lundi. Mardi Béchir est assassiné. Tsahal entre à Beyrouth-Ouest le mercredi matin. Comme s’ils venaient du port, les soldats israéliens montaient vers Beyrouth le matin de l’enterrement de Béchir. Du huitième étage de ma maison, avec une jumelle, je les vis arriver en file indienne : une seule file. Je m’étonnais que rien d’autre ne se passe car un bon fusil à lunette aurait dû les descendre tous. Leur férocité les précédait. 


Et les chars derrière eux. Puis les jeeps. 


Fatigués par une si longue et matinale marche, ils s’arrêtèrent près de l’ambassade de France. Laissant les tanks avancer devant eux, entrant carrément dans le Hamra. Les soldats, de dix mètres en dix mètres, s’assirent sur le trottoir, le fusil pointé devant eux, le dos appuyé au mur de l’ambassade. Le torse assez, grand, ils me semblaient des boas qui auraient eu deux jambes allongées devant eux. 


« Israël s’était engagé devant le représentant américain, Habib, à ne pas mettre les pieds à Beyrouth-Ouest et surtout à respecter les populations civiles des camps palestiniens. Arafat a encore la lettre par laquelle Reagan lui fait la même promesse. Habib aurait promis à Arafat la libération de neuf mille prisonniers. « Israël. Jeudi les massacres de Chatila et Sabra commencent. Le "bain sang" qu’Israël prétendait éviter en apportant l’ordre dans les camps !... » me dit un écrivain libanais. 


« Il sera très facile à Israël de se dégager de toutes les accusations. Des journalistes dans tous les journaux européens s’emploient déjà à les innocenter : aucun ne dira que pendant les nuits de jeudi à vendredi et vendredi à samedi on parla hébreu à Chatila. » C’est ce que me dit un autre Libanais. 


La femme palestinienne - car je ne pouvais pas sortir de Chatila sans aller d’un cadavre à l’autre et ce jeu de l’oie aboutirait fatalement à ce prodige : Chatila et Sabra rasés avec batailles de l’Immobilier afin de reconstruire sur ce cimetière très plat - la femme palestinienne était probablement âgée car elle avait des cheveux gris. Elle était étendue sur le dos, déposée ou laissée là sur des moellons, des briques, des barres de fer tordues, sans confort. D’abord j’ai été étonné par une étrange torsade de corde et d’étoffe qui allait d’un poignet à l’autre, tenant ainsi les deux bras écartés horizontaux, comme crucifiés. Le visage noir et gonflé tourné vers le ciel, montrait une bouche ouverte, noire de mouches, avec des dents qui me semblèrent très blanches, visage qui paraissait, sans qu’un muscle ne bougeât, soit grimacer soit sourire ou hurler d’un hurlement silencieux et ininterrompu. Ses bas étaient en laine noire, la robe à fleurs roses et grises, légèrement retroussée ou trop courte, je ne sais pas, laissait voir le haut des mollets noirs et gonflés, toujours avec de délicates teintes mauves auxquelles répondaient un mauve et un violet semblable aux joues. Etaient-ce des ecchymoses ou le naturel effet du pourrissement au soleil ? 
  

- Est-ce qu’on l’a frappée à coups de crosse ? 
  

- Regardez, monsieur, regardez ses mains.


Je n’avais pas remarqué. Les doigts des deux mains étaient en éventail et les dix doigts étaient coupés comme avec une cisaille de jardinier. Des soldats, en riant comme des gosses et en chantant joyeusement, s’étaient probablement amusés en découvrant cette cisaille et en l’utilisant. 
  

- Regardez, monsieur.


Les bouts des doigts, les phalangettes, avec l’ongle, étaient dans la poussière. Le jeune homme qui me montrait, avec naturel, sans aucune emphase, le supplice des morts, remit tranquillement une étole sui le visage et sur les mains de la femme palestinienne, et un carton rugueux sur ses jambes. Je ne distinguai plus qu’un amas d’étoffe rose et gris, survolé de mouches.

Trois jeunes gens m’entraînent dans une ruelle. 
  

- Entrez, monsieur, nous on vous attend dehors.


La première pièce était ce qui restait d’une maison de deux étages. Pièce assez calme, accueillante même, un essai de bonheur, peut-être un bonheur réussi avait été fait avec des restes, avec ce qui survit d’une mousse dans un pan de mur détruit, avec ce que je crus d’abord être trois fauteuils, en fait trois sièges d’une voiture (peut-être d’une mercédès au rebut), un canapé avec des coussins taillés dans une étoffe à fleurs de couleurs criardes et de dessins stylisés, un petit poste de radio silencieux, deux candélabres éteints. Pièce assez calme, même avec le tapis de douilles... Une porte battit comme s’il y avait un courant d’air. J’avançais sur les douilles et je poussai la porte qui s’ouvrait dans le sens de l’autre pièce, mais il me fallut forcer : le talon d’un soulier à tige l’empêchait de me laisser le passage, talon d’un cadavre couché sur le dos, près de deux autres cadavres d’hommes couchés sur le ventre, et reposant tous sur un autre tapis de douilles de cuivre. Je faillis plusieurs fois tomber à cause d’elles. 


Au fond de cette pièce, une autre porte était ouverte, sans serrure, sans loquet. J’enjambai les morts comme on franchit des gouffres. La pièce contenait, entassés sur un seul lit, quatre cadavres d’hommes, l’un sur l’autre, comme si chacun d’eux avait eu la précaution de protéger celui qui était sous lui ou qu’ils aient été saisis par un rut érotique en décomposition. Cet amas de boucliers sentait fort, il ne sentait pas mauvais. L’odeur et les mouches avaient, me semblait-il, l’habitude de moi. Je ne dérangeais plus rien de ces ruines et de ce calme.

- Dans la nuit de jeudi à vendredi, durant celles de vendredi à samedi et samedi à dimanche, personne ne les a veillés, pensai-je.


Et pourtant il me semblait que quelqu’un était passé avant moi près de ces morts et après leur mort. Les trois jeunes gens m’attendaient assez loin de la maison, un mouchoir sur les narines. 


C’est alors, en sortant de la maison, que j’eus comme un accès de soudaine et légère folie qui me fit presque sourire. Je me dis qu’on n’aurait jamais assez de planches ni de menuisiers pour faire des cercueils. Et puis, pourquoi des cercueils ? Les morts et les mortes étaient tous musulmans qu’on coud dans des linceuls. Quels métrages il faudrait pour ensevelir tant de morts ? Et combien de prières. Ce qui manquait en ce lieu, je m’en rendis compte, c’était la scansion des prières. 
  

- Venez, monsieur, venez vite.


Il est temps d’écrire que cette soudaine et très momentanée folie qui me fit compter des mètres de tissu blanc donna à ma démarche une vivacité presque allègre, et qu’elle fut peut-être causée par la réflexion, entendue la veille, d’une amie palestinienne. 
  

- J’attendais qu’on m’apporte mes clés (quelles clés : de sa voiture, de sa maison, je ne sais plus que le mot clés), un vieil homme est passé en courant. 
  

- Où vas-tu ? 
 

- Chercher de l’aide. Je suis le fossoyeur. Ils ont bombardé le cimetière. Tous les os des morts sont à l’air. Il faut m’aider à ramasser les os.


Cette amie est, je crois, chrétienne. Elle me dit encore : « Quand la bombe à vide - dite à implosion - a tué deux cent cinquante personnes, nous n’avions qu’une seule caisse. Les hommes ont creusé une fosse commune dans le cimetière de l’église orthodoxe. On remplissait la caisse et on allait la vider. On a fait le va-et-vient sous les bombes, en dégageant les corps et les membres comme on pouvait. »

Depuis trois mois les mains avaient une double fonction : le jour, saisir et toucher, la nuit, voir. Les coupures d’électricité obligeaient à cette éducation d’aveugles, comme à l’escalade, bi ou triquotidienne de la falaise de marbre blanc, les huit étages de l’escalier. On avait dû remplir d’eau tous les récipients de la maison Le téléphone fut coupé quand entrèrent à Beyrouth-Ouest, les soldats israéliens et avec eux les inscriptions hébraïques. Les routes le furent aussi autour de Beyrouth. Les chars Merkeba toujours en mouvement indiquaient qu’ils surveillaient toute la ville et en même temps on devinait leurs occupants effrayés que les chais ne deviennent une cible fixe. Certainement ils redoutaient l’activité de morabitounes et celle des feddayin qui avaient pu rester dans les secteurs de Beyrouth Ouest. 


Le lendemain de l’entrée de l’armée israélienne nous étions prisonniers, or il m’a semblé que les envahisseurs étaient moins craints que méprisés ils causaient moins, d’effroi que de dégoût. Aucun soldat ne riait ni ne souriait. Le temps ici n’était certainement pas aux jets de riz ni de fleurs. 


Depuis que les routes étaient coupées, le téléphone silencieux, privé de communication avec le reste du monde, pour la première fois de ma vie je me sentis devenir palestinien et haïr Israël. 


A la Cité sportive, près de la route Beyrouth-Damas, stade déjà presque détruit par les pilonnages des avions, les Libanais livrent aux officiers israéliens des amas d’armes, paraît-il, toutes détériorées volontairement. 


Dans l’appartement que j’occupe, chacun a son poste de radio. On écoute Radio-Kataëb, Radio-Morabitounes, Radio-Amman, Radio-Jérusalem (en français), Radio-Liban. On fait sans doute la même chose dans chaque appartement.

« Nous sommes reliés à Israël par de nombreux courants qui nous apportent des bombes, des chars, des soldats, des fruits, des légumes ; ils emportent en Palestine nos soldats, nos enfants... en un va-et-vient continu qui ne cesse plus, comme, disent-ils, nous sommes reliés à eux depuis Abraham, dans sa descendance, dans sa langue, dans la même origine... » (un feddaï palestinien). « Bref, ajoute-t-il, ils nous envahissent, ils nous gavent, ils nous étouffent et voudraient nous embrasser. Ils disent qu’ils sont nos cousins. Ils sont très attristés de voir qu’on se détourne d’eux. Ils doivent être furieux contre nous et contre eux-mêmes. »

 

***

 

L’affirmation d’une beauté propre aux révolutionnaires pose pas mal de difficultés. On sait - on suppose - que les enfants jeunes ou des adolescents vivant dans des milieux anciens et sévères, ont une beauté de visage, de corps, de mouvement, de regards, assez proche de la beauté des feddayin. L’explication est peut être celle-ci : en brisant les ordres archaïques, une liberté neuve se fraye à travers les peaux mortes, et les pères et les grand-pères auront du mal à éteindre l’éclat des yeux, le voltage des tempes, l’allégresse du sang dans les veines. 


Sur les bases palestiniennes, au printemps de 1971, la beauté était subtilement diffuse dans une forêt animée par la liberté des feddayin. Dans les camps c’était une beauté encore différente, un peu plus étouffée, qui s’établissait par le règne des femmes et des enfants. Les camps recevaient une sorte de lumière venue des bases de combat et quant aux femmes, l’explication de leur éclat nécessiterait un long et complexe débat. Plus encore que les hommes, plus que les feddayin au combat, les femmes palestiniennes paraissaient assez fortes pour soutenir la résistance et accepter les nouveautés d’une révolution. Elles avaient déjà désobéi aux coutumes : regard direct soutenant le regard des hommes, refus du voile, cheveux visibles quelquefois complètement nus, voix sans fêlure. La plus courte et la plus prosaïque de leurs démarches était le fragment d’une avancée très sûre vers un ordre nouveau, donc inconnu d’elles, mais où elles pressentaient pour elles-mêmes la libération comme un bain et pour les hommes une fierté lumineuse. Elles étaient prêtes à devenir à la fois l’épouse et la mère des héros comme elles l’étaient déjà de leurs hommes. 


Dans les bois d’Ajloun, les feddayin rêvaient peut-être à des filles, il semble plutôt que chacun dessinât sur lui-même - ou modelât par ses gestes - une fille collée contre lui, d’où cette grâce et cette force - avec leurs rires amusés - des feddayin en armes. Nous n’étions pas seulement dans l’orée d’une pré-révolution mais dans une indistincte sensualité. Un givre raidissant chaque geste lui donnait sa douceur. 
Toujours, et tous les jours pendant un mois, à Ajloun toujours, j’ai vu une femme maigre mais forte, accroupie dans le froid, mais accroupie comme les Indiens des Andes, certains Africains noirs, les Intouchables de Tokyo, les Tziganes sur un marché, en position de départ soudain, s’il y a danger, sous les arbres, devant le poste de garde - une petite maison en dur, maçonnée très vite. Elle attendait, pieds nus, dans sa robe noire, galonnée à son rebord et au rebord des manches. Son visage était sévère mais non hargneux, fatigué mais non lassé. Le responsable du commando préparait une pièce à peu près nue, puis il lui faisait signe. Elle entrait dans la pièce. Refermait la porte, mais non à clé. Puis elle sortait, sans dire un mot, sans sourire, sur ses deux pieds nus elle retournait, très droite, jusqu’à Jerash, et au camp de Baq’a. Dans la chambre, réservée pour elle dans le poste de garde, j’ai su qu’elle enlevait ses deux jupes noires, détachait toutes les enveloppes et les lettres qui y étaient cousues, en faisait un paquet, cognait un petit coup à la porte. Remettait les lettres au responsable, sortait, partait sans avoir dit un mot. Elle revenait le lendemain. 


D’autres femmes, plus âgées que celle-là, riaient de n’avoir pour foyer que trois pierres noircies qu’elles nommaient en riant, à Djebel Hussein (Amman) : « notre maison ». Avec quelle voix enfantine elles me montraient les trois pierres, et quelquefois la braise allumée en disant, rieuses : « Dârna. » Ces vieilles femmes ne faisaient partie ni de la révolution, ni de la résistance palestinienne : elles étaient la gaieté qui n’espère plus. Le soleil sur elles, continuait sa courbe. Un bras ou un doigt tendu proposait une ombre toujours plus maigre. Mais quel sol ? Jordanien par l’effet d’une fiction administrative et politique décidée par la France, l’Angleterre, la Turquie, l’Amérique... « La gaieté qui n’espère plus », la plus joyeuse car la plus désespérée. Elles voyaient encore une Palestine qui n’existait plus quand elles avaient seize ans, mais enfin elles avaient un sol. Elles n’étaient ni dessous ni dessus, dans un espace inquiétant où le moindre mouvement serait un faux mouvement. Sous les pieds nus de ces tragédiennes octogénaires et suprêmement élégantes, la terre était ferme ?

C’était de moins en moins vrai. Quand elles avaient fui Hébron sous les menaces israéliennes, la terre ici paraissait solide, chacun s’y faisait léger et s’y mouvait sensuellement dans la langue arabe. Les temps passant, il semblait que cette terre éprouvât ceci : les Palestiniens étaient de moins en moins supportables en même temps que ces Palestiniens, ces paysans, découvraient la mobilité, la marche, la course, le jeu des idées redistribuées presque chaque jour comme des cartes à jouer, les armes, montées, démontées, utilisées. Chacune des femmes, à tour de rôle, prend la parole. Elles rient. On rapporte de l’une d’elles une phrase : 
  

- Des héros ! Quelle blague. J’en ai fait et fessé cinq ou six qui sont au djebel. Je les ai torchés. Je sais ce qu’ils valent, et je peux en faire d’autres. 


Dans le ciel toujours bleu le soleil a poursuivi sa courbe, mais il est encore chaud. Ces tragédiennes à la fois se souviennent et imaginent. Afin d’être plus expressives, elles pointent l’index à la fin d’une période et elles accentuent les consonnes emphatiques. Si un soldat jordanien venait à passer, il serait ravi : dans le rythme des phrases il retrouverait le rythme des danses bédouines. Sans phrases, un soldat israélien, s’il voyait ces déesses, leur lâcherait dans le crâne une rafale de mitraillette.


***

Ici, dans ces ruines de Chatila, il n’y a plus rien. Quelques vieilles femmes, muettes, vite refermées sur une porte où un chiffon blanc est cloué. Des feddayin, très jeunes, j’en rencontrerai quelques-uns à Damas. 


Le choix que l’on fait d’une communauté privilégiée, en dehors de la naissance alors que l’appartenance à ce peuple est native, ce choix s’opère par la grâce d’une adhésion non raisonnée, non que la justice n’y ait sa part, mais cette justice et toute la défense de cette communauté se font en vertu d’un attrait sentimental, peut-être même sensible, sensuel ; je suis français, mais entièrement, sans jugement, je défends les Palestiniens. Ils ont le droit pour eux puisque je les aime. Mais les aimerais-je si l’injustice n’en faisait pas un peuple vagabond ? 


Les immeubles de Beyrouth sont à peu près tous touchés, dans ce qu’on appelle encore Beyrouth Ouest. Ils s’affaissent de différentes façons : comme un mille-feuilles serré par les doigts d’un King-Kong géant, indifférent et vorace, d’autres fois les trois ou quatre derniers étages s’inclinent délicieusement selon un plissé très élégant, une sorte de drapé libanais de l’immeuble. Si une façade est intacte, faites le tour de la maison, les autres façades sont canardées. Si les quatre façades restent sans fissures, la bombe lâchée de l’avion est tombée au centre et a fait un puits de ce qui était la cage d’escalier et de l’ascenseur.

 

***

 

A Beyrouth-Ouest, après l’arrivée des Israéliens, S. me dit : « La nuit était tombée, il devait être dix-neuf heures. Tout à coup un grand bruit de ferrailles, de ferrailles, de ferrailles. Tout le monde, ma sœur, mon beau-frère et moi, nous courons au balcon. Nuit très noire. Et de temps en temps, comme des éclairs à moins de cent mètres. Tu sais que presque en face de chez nous il y une sorte de P.C. israélien : quatre chars, une maison occupée par des soldats et des officiers, et des sentinelles. La nuit. Et le bruit de ferrailles qui se rapproche. Les éclairs : quelques torches lumineuses. Et quarante ou cinquante gamins d’environ douze à treize ans qui frappaient en cadence des petits jerricans de fer, soit avec des pierres, soit avec des marteaux ou autre chose. Ils criaient, en le rythmant très fort : Là ilâh illâ Allah, Lâ Kataëb wa lâ yahoud. (Il n’est point de Dieu que Dieu, Non aux Kataëb, non aux juifs.) » 


H. me dit : « Quand tu es venu à Beyrouth et à Damas en 1928, Damas était détruit. Le général Gouraud et ses troupes, tirailleurs marocains et tunisiens, avaient tiré et nettoyé Damas. Qui la population syrienne accusait-elle ? 


Moi. - Les Syriens accusaient la France des massacres et des ruines de Damas. 


Lui. - Nous accusons Israël des massacres de Chatila et de Sabra. Qu’on ne mette pas ces crimes sur le seul dos de leurs supplétifs Kataëb. Israël est coupable d’avoir fait entrer dans les camps deux compagnies de Kataëb, de leur avoir donné des ordres, de les avoir encouragé durant trois jours et trois nuits, de leur avoir apporté à boire et à manger, d’avoir éclairé les camps de la nuit. » 


Encore H., professeur d’histoire. Il me dit : « En 1917 le coup d’Abraham est réédité, ou, si tu veux, Dieu était déjà la préfiguration de lord Balfour. Dieu, disaient et disent encore les juifs, avait promis une terre de miel et de lait à Abraham et à sa descendance, or cette contrée, qui n’appartenait pas au dieu des juifs (ces terres étaient pleines de dieux), cette contrée était peuplée des Cananéens, qui avaient aussi leurs dieux, et qui se battirent contre les troupes de Josué jusqu’à leur voler cette fameuse arche d’alliance sans laquelle les juifs n’auraient pas eu de victoire. L’Angleterre qui, en 1917, ne possédait pas encore la Palestine (cette terre de miel et de lait) puisque le traité qui lui en accorde le mandat n’avait pas encore été signé.

- Begin prétend qu’il est venu dans le pays.

- C’est le titre d’un film : « Une si longue absence ». Ce Polonais, vous le voyez en héritier du roi Salomon ? » 


Dans les camps, après vingt ans d’exil, les réfugiés rêvaient de leur Palestine, personne n’osait savoir ni n’osait dire qu’Israël l’avait de fond en comble ravagée, qu’à la place du champ d’orge il y avait la banque, la centrale électrique au lieu d’une vigne rampante.

- On changera la barrière du champ ?

- Il faudra refaire une partie du mur près du figuier. 
 

- Toutes les casseroles doivent être rouillées : toile émeri à acheter. 
  

- Pourquoi ne pas faire mettre aussi l’électricité dans l’écurie ? 
 

- Ah non, les robes brodées à la main c’est fini : tu me donneras une machine à coudre et une à broder. 


La population âgée des camps était misérable, elle le fut peut-être aussi en Palestine mais la nostalgie y fonctionnait d’une façon magique. Elle risque de rester prisonnière des charmes malheureux des camps. II n’est pas sûr que cette fraction palestinienne les quitte avec regret. C’est en ce sens qu’un extrême dénuement est passéiste. L’homme qui l’aura connu, en même temps que l’amertume aura connu une joie extrême, solitaire, non communicable. Les camps de Jordanie, accrochés à des pentes pierreuses sont nus, mais à leur périphérie il y a des nudités plus désolées : baraquements, tentes trouées, habitées de familles dont l’orgueil est lumineux. C’est ne rien comprendre au cœur humain que nier que des hommes peuvent s’attacher et s’enorgueillir de misères visibles et cet orgueil est possible car la misère visible a pour contrepoids une gloire cachée.

La solitude des morts, dans le camp de Chatila, était encore plus sensible parce qu’ils avaient des gestes et des poses dont ils ne s’étaient pas occupés. Morts n’importe comment. Morts laissés à l’abandon. Cependant, dans le camp, autour de nous, toutes les affections, les tendresses, les amours flottaient, à la recherche des Palestiniens qui n’y répondraient plus. 
  

- Comment dire à leurs parents, qui sont partis avec Arafat, confiants dans les promesses de Reagan, de Mitterrand, de Pertini, qui les avaient assurés qu’on ne toucherait pas à la population civile des camps ? Comment dire qu’on a laissé massacrer les enfants, les vieillards, les femmes, et qu’on abandonne leurs cadavres sans prières ? Comment leur apprendre qu’on ignore où ils sont enterrés ?

Les massacres n’eurent pas lieu en silence et dans l’obscurité. Eclairées par les fusées lumineuses israéliennes, les oreilles israéliennes étaient, dès le jeudi soir, à l’écoute de Chatila. Quelles fêtes, quelles bombances se sont déroulées là où la mort semblait participer aux joyeusetés des soldats ivres de vin, ivres de haine, et sans doute ivres de la joie de plaire à l’armée israélienne qui écoutait, regardait, encourageait, tançait. Je n’ai pas vu cette armée israélienne à l’écoute et à l’œil. J’ai vu ce qu’elle a fait. 


A l’argument : « Que gagnait Israël à assassiner Béchir : à entrer à Beyrouth, rétablir l’ordre et éviter le bain de sang. » 
  

- Que gagnait Israël à massacrer Chatila ? Réponse : « Que gagnait-il à entrer au Liban ? Que gagnait-il à bombarder pendant deux mois la population civile : à chasser et détruire les Palestiniens. Que voulait-il gagner à Chatila : détruire les Palestiniens. » 


Il tue des hommes, il tue des morts. Il rase Chatila. Il n’est pas absent de la spéculation immobilière sur le terrain aménagé : c’est cinq millions anciens le mètre carré encore ravagé. Mais « propre » ce sera ?... 


Je l’écris à Beyrouth où, peut-être à cause du voisinage de la mort, encore à fleur de terre, tout est plus vrai qu’en France : tout semble se passer comme si, lassé, accablé d’être un exemple, d’être intouchable, d’exploiter ce qu’il croit être devenu : la sainte inquisitoriale et vengeresse, Israël avait décidé de se laisser juger froidement. 
Grâce à une métamorphose savante mais prévisible, le voici tel qu’il se préparait depuis si longtemps : un pouvoir temporel exécrable, colonisateur comme on ne l’ose guère, devenu l’Instance Définitive qu’il doit à sa longue malédiction autant qu’à son élection.

De nombreuses questions restent posées : 


Si les Israéliens n’ont fait qu’éclairer le camp, l’écouter, entendre les coups de feu tirés par tant de munitions dont j’ai foulé les douilles (des dizaines de milliers), i tirait réellement ? Qui, en tuant, risquait sa peau ? Phalangistes ? Haddadistes ? Qui ? Et combien ? 


Où sont passées les armes qui ont fait toutes ces morts ? Et où les armes de ceux i se sont défendus ? Dans la partie du camp que j’ai visitée, je n’ai vu que deux armes anti-char non employées. 


Comment sont entrés les assassins dans les camps ? Les Israéliens étaient-ils à toutes les issues commandant Chatila ? En tout cas, le jeudi ils étaient déjà à l’hôpital de Acca, face à une ouverture du camp. 


On a écrit, dans les journaux, que les Israéliens sont entrés dans le camp de Chatila dès qu’ils ont connu les massacres, et qu’ils les ont fait cesser aussitôt, donc le samedi. Mais qu’ont-ils fait des massacreurs, qui sont partis où ? 


Après l’assassinat de Béchir Gemayel et de vingt de ses camarades, après les massacres, quand elle sut que je revenais de Chatila, madame B., de la haute bourgeoisie de Beyrouth, vint me voir. Elle monta - pas d’électricité - les huit étages l’immeuble - je la suppose âgée, élégante mais âgée. 
  

- Avant la mort de Béchir, avant les massacres, vous aviez raison de me dire que le pire était en marche. Je l’ai vu. 
  

- Ne me dites surtout pas ce que vous avez vu à Chatila, je vous en prie. Mes nerfs sont trop fragiles, je dois les ménager afin de supporter le pire qui n’est pas encore arrivé. 


Elle vit, seule avec son mari (soixante-dix ans) et sa bonne dans un grand appartement à Ras Beyrouth. Elle est très élégante. Très soignée. Ses meubles sont de style, je crois Louis XVI. 
  

- Nous savions que Béchir était allé en Israël. Il a eu tort. Quand on est chef d’état élu, on ne fréquente pas ces gens-là. J’étais sûre qu’il lui arriverait malheur. Mais je ne veux rien savoir. Je dois ménager mes nerfs pour supporter les coups terribles qui ne sont pas encore venus. Béchir devait retourner cette lettre où monsieur Begin l’appelait son cher ami. 


La haute bourgeoisie, avec ses serviteurs muets, a sa façon de résister. Madame B. et son mari ne « croient pas tout à fait à la métempsychose ». Que se passera-t-il s’ils renaissent en forme d’Israéliens ? 


Le jour de l’enterrement de Béchir est aussi le jour de l’entrée à Beyrouth-Ouest de l’armée israélienne. Les explosions se rapprochent de l’immeuble où nous sommes ; finalement, tout le monde descend à l’abri, dans une cave. Des ambassadeurs, des médecins, leurs femmes, les filles, un représentant de l’ONU au Liban, leurs domestiques. 


- Carlos, apportez-moi un coussin. 
  

- Carlos, mes lunettes. 
  

- Carlos, un peu d’eau.

Les domestiques, car eux aussi parlent français, sont acceptés dans l’abri. Il faut peut-être aussi les sauvegarder, leurs blessures, leur transport à l’hôpital ou au cimetière, quelle affaire ! 


Il faut bien savoir que les camps palestiniens de Chatila et de Sabra, c’est des kilomètres et des kilomètres de ruelles très étroites - car, ici, même les ruelles sont si maigres, si squelettiques parfois que deux personnes ne peuvent avancer que si l’une marche de profil - encombrées de gravats, de parpaings, de briques, de guenilles multicolores et sales, et la nuit, sous la lumière des fusées israéliennes qui éclairaient les camps, quinze ou vingt tireurs, même bien armés, n’auraient pas réussi à faire cette boucherie. Les tueurs ont opéré, mais nombreux, et probablement des escouades de tortionnaires qui ouvraient des crânes, tailladaient des cuisses, coupaient des bras, des mains et des doigts, traînaient au bout d’une corde des agonisants entravés, des hommes et des femmes vivant encore puisque le sang a longtemps coulé des corps, à tel point que je ne pus savoir qui, dans le couloir d’une maison, avait laissé ce ruisseau de sang séché, du fond du couloir où était la mare jusqu’au seuil où il se perdait dans la poussière. Etait-ce un Palestinien ? Une femme ? Un phalangiste dont on avait évacué le corps ? 


De Paris, surtout si l’on ignore la topographie des camps, on peut en effet douter de tout. On peut laisser Israël affirmer que les journalistes de Jérusalem furent les premiers à annoncer le massacre. En direction des pays arabes et en langue arabe comment le dirent-ils ? En langue anglaise et en français, comment ? Et précisément quand ? Quand on songe aux précautions dont on s’entoure en Occident dès qu’on constate un décès suspect, les empreintes, l’impact des balles, les autopsies et contre-expertises ! A Beyrouth, à peine connu le massacre, l’armée libanaise officiellement prenait en charge les camps et les effaçait aussitôt, les ruines des maisons comme celles des corps. Qui ordonna cette précipitation ? Après pourtant cette affirmation qui courut le monde : chrétiens et musulmans se sont entretués, et après que les caméras eurent enregistré la férocité de la tuerie.

L’hôpital de Acca occupé par les Israéliens, en face d’une entrée de Chatila, n’est pas à deux cents mètres du camp, mais à quarante mètres. Rien vu, rien entendu, rien compris ? 


Car c’est bien ce que déclare Begin à la Knesset : « Des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ? » 


Interrompue un moment, ma description de Chatila doit se terminer. Voici les morts que je vis en dernier, le dimanche, vers deux heures de l’après-midi, quand la Croix-Rouge internationale entrait avec ses bulldozers. L’odeur cadavérique ne sortait ni d’une maison ni d’un supplicié : mon corps, mon être semblaient l’émettre. Dans une rue étroite, dans un redan de mur en arête, j’ai cru voir un boxeur noir assis par terre, rieur, étonné d’être K.O. Personne n’avait eu le courage de lui fermer les paupières, ses yeux exorbités, de faïence très blanche, me regardaient. Il paraissait déconfit, le bras levé, adossé à cet angle du mur. C’était un Palestinien, mort depuis deux ou trois jours. Si je l’ai pris d’abord pour un boxeur nègre, c’est que sa tête était énorme, enflée et noire, comme toutes les têtes et tous les corps, qu’ils soient au soleil ou à l’ombre des maisons. Je passai près de ses pieds. Je ramassai dans la poussière un dentier de mâchoire supérieure que je posai sur ce qui restait des montants d’une fenêtre. Le creux de sa main tendue vers le ciel, sa bouche ouverte, l’ouverture de son pantalon où manquait la ceinture : autant de ruches où les mouches se nourrissaient. 


Je franchis un autre cadavre, puis un autre. Dans cet espace de poussière, entre les deux morts, il y avait enfin un objet très vivant, intact dans ce carnage, d’un rose translucide, qui pouvait encore servir : la jambe artificielle, apparemment en matière plastique, et chaussée d’un soulier noir et d’une chaussette grise. En regardant mieux, il était clair qu’on l’avait arrachée brutalement à la jambe amputée, car les courroies qui habituellement la maintenaient à la cuisse, toutes étaient rompues. Cette jambe artificielle appartenait au deuxième mort. Celui de qui je n’avais vu qu'une jambe et un pied chaussé d'un soulier noir et d'une chaussette grise.

Dans la rue perpendiculaire à celle où j’ai laissé les trois morts, il y en avait un autre. Il ne bouchait pas complètement le passage, mais il se trouvait couché au début de la rue, de sorte que je dus le dépasser et me retourner pour voir ce spectacle : assise sur une chaise, entourée de femmes et d’hommes encore jeunes qui se taisaient, sanglotait une femme - vêtements de femme arabe - qui me parut avoir seize ou soixante ans. Elle pleurait son frère dont le corps barrait presque la rue. Je vins près d’elle. Je regardai mieux. Elle avait une écharpe nouée sous le cou. Elle pleurait, elle se lamentait sur la mort de son frère, à côté d’elle. Son visage était rose - un rose d’enfant, à peu près uniforme, très doux, tendre - mais sans cils ni sourcils, et ce que je croyais rose n’était pas l’épiderme mais le derme bordé par un peu de peau grise. Tout le visage était brûlé. Je ne puis savoir par quoi, mais je compris par qui. 


Aux premiers morts, je m’étais efforcé de les compter. Arrivé à douze ou quinze, enveloppé par l’odeur, par le soleil, butant dans chaque ruine, je ne pouvais plus, tout s’embrouillait. 


Des maisons éventrées et d’où sortent des édredons, des immeubles effondrés, j’en ai vu beaucoup, avec indifférence, en regardant ceux de Beyrouth-Ouest, ceux de Chatila je voyais l’épouvante. Les mots, qui me sont généralement très vite familiers, amicaux même, en voyant ceux des camps je ne distinguais plus que la haine et la joie de ceux qui les ont tués. Une fête barbare s’était déroulée là : rage, ivresse, danses, chants, jurons, plaintes, gémissements, en l’honneur des voyeurs qui riaient au dernier étage de l’hôpital de Acca. 


Avant la guerre d’Algérie, en France, les Arabes n’étaient pas beaux, leur dégaine était lourde, traînassante, leur gueule de travers, et presque soudainement la victoire les embellit, mais déjà, un peu avant qu’elle soit aveuglante, quand plus d’un demi-million de soldats français s’éreintaient et crevaient dans les Aurès et dans toute l’Algérie un curieux phénomène était perceptible, à l’œuvre sur le visage et dans le corps des ouvriers arabes : quelque chose comme l’approche, le pressentiment d’une beauté encore fragile mais qui allait nous éblouir quand leurs écailles seraient enfin tombées de leur peau et de nos yeux. Il fallait accepter l’évidence qu’ils s’étaient libérés politiquement pour apparaître tels qu’il fallait les voir, très beaux. De la même façon, échappés des camps de réfugiés, échappés à la morale et à l’ordre des camps, à une morale imposée par la nécessité de survivre, échappés du même coup à la honte, les feddayin étaient très beaux ; et comme cette beauté était nouvelle, c’est-à-dire neuve, c’est-à-dire naïve, elle était fraîche, si vive qu’elle découvrait immédiatement ce qui la mettait en accord avec toutes les beautés du monde s’arrachant à la honte. 


Beaucoup de macs algériens, qui traversaient la nuit de Pigalle, utilisaient leurs atouts au profit de la révolution algérienne. La vertu était là aussi. C’est, je crois, Hannah Arendt qui distingue les révolutions selon qu’elles envisagent la liberté ou la vertu - donc le travail. Il faudrait peut-être reconnaître que les révolutions ou les libérations se donnent - obscurément - pour fin de trouver ou retrouver la beauté, c’est à dire l’impalpable, innommable autrement que par ce vocable. Ou plutôt non par la beauté entendons une insolence rieuse que narguent la misère passée, les systèmes et les hommes responsables de la misère et de la honte, mais insolence rieuse qui s’aperçoit que l’éclatement, hors de la honte, était facile. 


Mais, dans cette page, il devait être question surtout de ceci : une révolution en est-elle une quand elle n’a pas fait tomber des visages et des corps la peau morte qui les avachissait. Je ne parle pas d’une beauté académique, mais de l’impalpable - innommable - joie des corps, des visages, des cris, des paroles qui cessent d’être mornes, je veux dire une joie sensuelle et si forte qu’elle veut chasser tout érotisme.


***

Me revoici à Ajloun, en Jordanie, puis à Irbid. Je retire ce que je crois être un de mes cheveux blancs tombé sur mon chandail et je le pose sur un genou de Hamza, assis près de moi. Il le prend entre le pouce, le majeur, le regarde sourit, le met dans la poche de son blouson noir, y appuie sa main en disant :
  

- Un poil de la barbe du Prophète vaut moins que ça. 


Il respire un peu plus large et reprend : 
  

- Un poil de la barbe du prophète ne vaut pas plus que ça.

Il n’avait que vingt-deux ans, sa pensée bondissait à l’aise très au-dessus des Palestiniens de quarante ans, mais il avait déjà sur lui les signes - sur lui : sur son corps, dans ses gestes - qui le rattachaient aux anciens. 


Autrefois les laboureurs se mouchaient dans leurs doigts. Un claquement envoyait la morve dans les ronces. Ils se passaient sous le nez leurs manches de velours côtelé qui, au bout d’un mois, était recouverte d’une légère nacre. Ainsi les feddayin. Ils se mouchaient comme les marquis, les prélats prisaient : un peu voûtés. J’ai fait la même chose qu’eux, qu’ils m’ont apprise sans s’en douter. 


Et les femmes ? Jour et nuit broder les sept robes (une par jour de la semaine) du trousseau de fiançailles offert par un époux généralement âgé choisi par la famille, éveil affligeant. Les jeunes Palestiniennes devinrent très belles quand elles se révoltèrent contre le père et cassèrent leurs aiguilles et les ciseaux à broder. C’est sur les montagnes d’Ajloun, de Sait et d’Irbid, sur les forêts elles-mêmes que s’était déposée toute la sensualité libérée par la révolte et les fusils, n’oublions pas les fusils : cela suffisait, chacun était comblé. Les feddayin sans s’en rendre compte - est-ce vrai ? - mettaient au point une beauté neuve : la vivacité des gestes et leur lassitude visible, la rapidité de l’œil et sa brillance, le timbre de la voix plus claire s’alliaient à la promptitude de la réplique et à sa brièveté. A sa précision aussi. Les phrases longues, la rhétorique savante et volubile, ils les avaient tuées.

A Chatila, beaucoup sont morts et mon amitié, mon affection pour leurs cadavres pourrissants était grande aussi parce que je les avais connus. Noircis, gonflés, pourris par le soleil et la mort, ils restaient des feddayin. 


Vers les deux heures de l’après-midi, dimanche, trois soldats de l’armée libanaise, fusil pointé, me conduisirent à une jeep où somnolait un officier. Je lui demandai : 
  

- Vous parlez français ? 
  

- English.


La voix était sèche, peut-être parce que je venais de la réveiller en sursaut.


Il regarda mon passeport. Il dit, en français : 
  

- Vous venez de là-bas ? (Son doigt montrait Chatila.) 
  

- Oui.

- Et vous avez vu ? 
  

- Oui. 
  

- Vous allez l’écrire ? 
  

- Oui. 


Il me rendit le passeport. Il me fit signe de partir. Les trois fusils s’abaissèrent. J’avais passé quatre heures à Chatila. Il restait dans ma mémoire environ quarante cadavres. Tous - je dis bien tous - avaient été torturés, probablement dans l’ivresse, dans les chants, les rires, l’odeur de la poudre et déjà de la charogne. 


Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen (avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré ; avec quelques jeunes feddayin sans armes) mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert seul cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou. Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes et par terre que j’ai vue ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ?

Je n’avais exploré, et mal, que le vingtième de Chatila et de Sabra, rien de Bir Hassan, et rien de Bourj et de Barajné.


***


Ce n’est pas à mes inclinations que je dois d’avoir vécu la période jordanienne comme une féerie. Des Européens et des Arabes d’Afrique du Nord m’ont parlé du sortilège qui les avait tenus là-bas. En vivant cette longue poussée de six mois, à peine teintée de nuit pendant douze ou treize heures, j’ai connu la légèreté de l’événement, l’exceptionnelle qualité des feddayin, mais je pressentais la fragilité de l’édifice. Partout, où l’armée palestinienne en Jordanie s’était regroupée - prés du Jourdain - il y avait des postes de contrôle où les feddayin étaient si sûrs de leurs droits et de leur pouvoir que l’arrivée d’un visiteur, de jour ou de nuit, à l’un des postes de contrôle, était l’occasion de préparer du thé, de parler avec des éclats de rire et de fraternels baisers (celui qu’on embrassait partait cette nuit, traversait le Jourdain pour poser des bombes en Palestine, et souvent ne revenait pas). Les seuls îlots de silence étaient les villages jordaniens : ils la bouclaient. Tous les feddayin paraissaient légèrement soulevés du sol comme par un très subtil verre de vin ou la goulée d’un peu de hachich. C’était quoi ? La jeunesse insouciante de la mort et qui possédait, pour tirer en l’air, des armes tchèques et chinoises. Protégés par des armes qui pétaient si haut, les feddayin ne craignaient rien. 


Si quelque lecteur a vu une carte géographique de la Palestine et de la Jordanie, il sait que le terrain n’est pas une feuille de papier. Le terrain, au bord du Jourdain, est très en relief. Toute cette équipée aurait dû porter en sous-titre « Songe d’une nuit d’été » malgré les coups de gueule des responsables de quarante ans. Tout cela était possible à cause de la jeunesse, du plaisir d’être sous les arbres, de jouer avec des armes, d’être éloigné des femmes, c’est-à-dire d’escamoter un problème difficile, d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’avoir l’accord de la population des camps, d’être photogénique quoi qu’on fasse, peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée : les feddayin ne voulaient pas le pouvoir, ils avaient la liberté.

Au retour de Beyrouth, à l’aéroport de Damas, j’ai rencontré de jeunes feddayin, échappés de l’enfer israélien. Ils avaient seize ou dix-sept ans : ils riaient, ils étaient semblables à ceux d’Ajloun. Ils mourront comme eux. Le combat pour un pays peut remplir une vie très riche, mais courte. C’est le choix, on s’en souvient, d’Achille dans l’Iliade.

JEAN GENET

Revue d’études Palestiniennes n°6 Hiver 1983

Sources :

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11193

http://www.legrandsoir.info/quatre-heures-a-chatila.html


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Aujourd'hui, un autre Occidental se souvient. Lui aussi fut un « eyewitness » :

http://www.internationalnews.fr/article-sabra-et-chatila-le-massacre-oublie-par-robert-fisk-the-independent-110325848.html

 Mis en ligne le 28 septembre 2012 par Théroigne

 

 

0ù Koffi Cadjehoun reparle du 9/11 et nous de Charlie-Hebdo


Où Koffi Cadjehoun reparle du 9/11 et nous de Charlie Hebdo

 

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Very tea

 

Koffi Cadjehoun

 

DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012

 

Depuis plusieurs années, le sénateur Graham, ancien président de la Commission sur le renseignement du Sénat américain à l'époque du 911 et membre de la Commission parlementaire de 2004 ad hoc, dénonçait le caractère mensonger de la VO telle qu'elle fut édictée à l'abri de toute légalité par l'administration W., avec un article de Kissinger paru sur le site Internet du Washington Post et appelant, en réponse au traumatisme, à lancer la guerre contre le terrorisme. La commission de 2004 a commencé par accréditer cette version scabreuse, puis la plupart de ses membres se sont rétractés pour des raisons diverses. 

La plus sérieuse autocritique émane de Graham depuis quelques années, sans qu'on ne la relaye en France, où tout contestataire de la VO se trouve apparenté à un complotiste; mais cette tribune dans le Huffington Post est d'autant plus éclairante qu'elle émane d'un organe de presse démocrate, dont la fondatrice a dénoncé la tiers-mondisation des États-Unis et la politique d'Obama au service de Wall Street et contre les classes moyennes (main street). Pourquoi les médias français ne relayent-ils pas les accusations de Graham, qui ne datent pas de cet article, remontent à plusieurs années et ont été sorties par des centaines de sources variées, abondamment calomniées sous le vocable stupide et incohérent de complotisme/conspirationnisme?

La réponse est évidente : les médias ne servent pas la vérité et ne sont pas un contre-pouvoir dénonçant les mensonges et les complots du pouvoir, mais des services de propagande soutenus par des actionnaires favorables à l'idéologie atlantiste. Que dit Graham? Le point principal de sa critique se résume en une phrase : la VO du 911 est fausse. Certains le savaient depuis plusieurs années, de plus en plus d'Occidentaux dénoncent l'imposture dans les sondages (il est plus attendu que les peuples victimes de l'impérialisme n'y aient adhéré, ce qui permet à certains médias de s'interroger doctement sur le complotisme de la rue arabo-musulmane et de participer à l'islamophobie propre au choc des civilisations des néo-conservateurs et de leurs mentors britanniques).

Mais Graham ne s'arrête pas à dénoncer l'implication des Saoudiens dans le 911. Il ne dit pas : ce sont les Saoudiens qui l'ont perpétré de A à Z, seuls, sans implication américaine sur le sol américain, sans complicité d'autres États - et de factions financières. Graham ne dit pas non plus : les Saoudiens ont fait le coup, comme il dirait : les Russes did it (par ces temps de russophobie complaisamment entretenue par les médias occidentaux, ce serait assez bien accepté, avec la résurgence des théories de l'arc de cercle; notamment propagées par Brzezinski depuis Carter, et avant lui par Lewis, vous savez, celui qui a lancé le choc des civilisations avant son élève Huntington). 

Graham dit : le rapport de la Commission de 2004 a été censuré de 28 pages cruciales qui mettent en lumière l'implication des Saoudiens et qui depuis ont toujours été couverts par les institutions américaines, de W. à Obama, en passant par le FBI et la CIA. La question fondamentale à poser est donc : pourquoi les officiels américains couvrent-ils les crimes saoudiens contre leur propre peuple? La réponse se situe dans l'article de Graham, qui ne se contente pas d'incriminer les Saoudiens.

1) Graham pose la question : "Les pirates de l'air ont-ils agi seuls ou ont-ils bénéficié du soutien d'autres puissances que celles connues des leaders d'Al-Qaïda - un réseau équivalent qui leur aurait fourni fonds, assistance et couverture ?" Si Graham parle au pluriel de "puissances", c'est qu'il n'incrimine pas seulement les Saoudiens, mais des cercles dont les Saoudiens ont fait partie. Par ailleurs, le choix de puissances en lieu et place d'Etats ou d'institutions montre que Graham incrimine des structures autres que des États. Je crains qu'il ne subodore lui-même l'implication de cercles financiers derrière la main saoudienne, comme l'accord al-Yamamah le montre.

2) Graham continue ses questions dévastatrices : "Si les terroristes disposaient alors d'un réseau de soutien, pourquoi devrions-nous penser qu'il a été démantelé ? Il est peut-être toujours actif, capable de soutenir Al-Qaïda ou l'un des nombreux groupes extrémistes haïssant les États-Unis." Le sénateur parle d'un enjeu de sécurité nationale : si le réseau n'a pas été démantelé, c'est qu'il est toujours actif sur le sol américain. Graham ne vise pas seulement des Saoudiens vivant en Arabie saoudite et ayant fomenté le complot du 911 il y a plus de dix ans maintenant. Par ailleurs, l'identité d'al Quaeda se trouve démystifié : il ne s'agit pas d'un groupe indépendant et hiérarchisé, mais de cellules qui furent créées par l'Arabie saoudite pour lutter avec les Afghans et contre les Soviétiques (officieusement, cette base de données servit à alimenter les finances du trafic de drogue dans la région, puis fut recyclé dans les différentes guerres menées par l'OTAN, comme en Yougoslavie, avec de multiples soubresauts stratégiques, al Quaeda servant les intérêts atlantistes, puis servant d'ennemi insaisissable, enfin se trouvant réhabilité dans les Printemps arabes Inc., des récupérations contre-révolutionnaires de colères autochtones contre les régimes dictatoriaux de la région).

3) Puis Graham attaque les accusations principales. A partir de son rappel des évidences de l'implication saoudienne sur le sol américain, il en vient à poser la question sans laquelle ses accusations ressortiraient du déni, voire couvriraient le mensonge islamophobe : sachant les connivences institutionnelles entre les États-Unis et l'Arabie saoudite, comment les agissements criminels des Saoudiens, ayant permis le 911, ont-ils pu demeurer couverts? Graham pointe du doigt la complicité des organes de sécurité des institutions américaines, qui n'ont pas seulement failli, comme s'ingénient à le clamer les béotiens, mais qui ont couvert sciemment le complot. Graham incrimine le FBI, le célèbre bureau de renseignements chargé des affaires intérieures, qui se trouvait en charge de l'enquête sur le 911 : "Quand l'affaire de Sarasota éclata en septembre 2011, le FBI produisit deux communiqués". La question du silence complice du FBI, qui a couvert la complicité active des Saoudiens, comme celle passive des Israéliens, recoupe d'autres collusions de même type : la CIA, d'autres services de renseignements, certains liés aux armées américaines ou au Pentagone.

Je profite de la mention de l'implication israélienne pour rappeler qu'elle se trouve mentionnée par le journal israélien de gauche Haaretz, peu soupçonnable d'antisémitisme (terme impropre de surcroit) et que le fait d'incriminer des factions sionistes et/ou israéliennes dans le 911 ne signifie en rien que l'on accuse les juifs, les Israéliens ou les sionistes d'avoir fomenté le 911, tant s'en faut. Comme de nombreux dénonciateurs de la VO mensongère du 911, j'ai du respect pour les juifs, qui sont pour moi des citoyens normaux, et j'éprouve de l'admiration pour certains aspects de la culture juive, qui recèlent de trésors d'intelligence et d'humanisme. Au lieu de craindre les calomnies, agissons avec les Israéliens comme avec les Saoudiens : si des implications officielles d'éléments saoudiens existent, que les coupables seuls soient condamnés - et que l'on désamalgame les islamistes, les musulmans et les Arabes de certains Saoudiens, comme l'on désamalgame les juifs, les sionistes ou les Israéliens de certains groupes soupçonnables à juste titre. Et qu'on en arrête avec l'accusation amalgamante d'antisémitisme, aussi peu cohérente que le créneau du complotisme/conspirationnisme.

4) Graham va plus loin. Il veut montrer qu'au-delà de l'inanité de la VO et de l'implication saoudienne, il serait réducteur et dangereux d'en rester à l'implication de certaines autorités américaines (minoritaires) contre leur propre population. Pour Graham, le slogan : "911 was an inside job" est terriblement réducteur. S'il est certain qu'au-delà du nominal FBI, les Saoudiens n'ont pu agir sans lien américain sur le sol américain, d'autant que les alliances solides entre Saoudiens et Américains remontent à la Seconde guerre mondiale, le problème est plus profond. Graham évoquait les puissances ayant soutenu al Quaeda et aidé les Saoudiens. Il va en nommer la partie la plus proéminente : "En juillet dernier, le sous-comité permanent aux investigations du Sénat, le Comité de la sécurité intérieure, a publié un rapport reprochant au géant de la banque HSBC d'avoir ignoré les liens de financement avec le terrorisme de Al Rahji Bank, la banque privée la plus importante d'Arabie Saoudite". L'accusation n'est pas innocente : suite au  rapport de la sous-commission d'enquête du Sénat américain, que Graham ne peut que très bien connaître, l'affaire HSBC a éclaté. HSBC se trouve accusée d'être l’une de principales lessiveuses d’argent sale des cartels de la drogue à l’échelle mondiale. En particulier, elle :

- a hérité des comptes en banque de personnalités saoudiennes lorsque fut fermée la banque Riggs de Washington, après les attentats du 911. Se trouve impliqué le prince Bandar "Bush" ben Sultan, qui serait mort dans un attentat en Arabie saoudite fin juillet. Il aurait reversé de l'argent à des agents saoudiens, qui à leur tour auraient aidé certains des présumés pirates de l'air du 911. 

- a entretenu des connexions solides avec l'al Rahji Bank, connue pour soutenir al Qaeda et le terrorisme international avant et après le 911.

5) Graham accuse certains financiers saoudiens de premier plan de collusions via des organisations caritatives wahabbites avec le cerveau présumé des attentats du 911, le complaisant KSM, qui a reconnu sa culpabilité à Guantanamo suite à des pratiques de torture intensives. Le lien entre la HSBC et l'al Rahji Bank n'est pas anodin : de même que les banques saoudiennes sont liées aux banques américaines et britanniques via la City et Wall Street, de même l'implication dans le 911 des Saoudiens, notamment du prince Bandar, n'a pu s'effectuer sans la complicité d'Américains et surtout de Britanniques. A cet égard, il faudrait monter du doigt les factions anglophiles sur le sol américain, dont Wall Street constitue le meilleur terreau (mais les milieux de Chicago, dont Obama est issu, constituent une alternative solide). Le prince Bandar est au centre de l'affaire de financement du terrorisme international al-Yamamah, qui implique la multinationale britannique BAE. La collusion entre l'Empire britannique et l'Arabie saoudite intervient à ce niveau. Londres fut accusé par les services secrets français d'abriter le Londonistan, pépinière complaisante de foyers terroristes multiples, notamment islamistes, et notamment saoudiens. 


Conclusion : l'accusation de Graham visant les Saoudiens implique les Américains à différents niveaux (officiels comme financiers), mais surtout les Britanniques, via la HSBC. Si l'on ne comprend pas ce lien, l'on passe à côté de l'essentiel : le changement de stratégie politique qu'a permis le 911 a débouché sur la guerre contre le terrorisme, dont les effets ont encore gradé depuis l'assassinat ubuesque d'Oussama. Désormais, nous nous trouvons dans une spirale de chaos, dont les Libyens et les Syriens sont les victimes du moment, avec les mêmes mensonges (la promesse démocratique) et les même bailleurs (les Saoudiens & Cie.) L'effort de Graham pour obtenir la vérité derrière l'écran de fumée actuel (entre VO mensongère et dénonciations vagues) est d'autant plus salvateur qu'il intervient pour enrayer le processus de guerre nucléaire, dont le 911 fut l'étincelle symptomatique. Si nous persistons à couvrir les mensonges autour du 911, comme l'ingérence démocratique dans les Printemps arabes au nom de la R2P, l'Occident affrontera d'ici peu la Russie et la Chine dans des conflits dont les répercussions peuvent être dramatiques. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le chef d'Etat-major américain le général Dempsey, qui s'oppose à Obama et aux faucons Israéliens concernant l'intervention contre l'Iran et qui a peur de répercussions nucléaires contre la Russie et la Chine. 

Nous en sommes en train de voir pourquoi la provocation du 911, attentat médiatisé à outrance, fut intentée : pour légitimer le conflit qui survient, possiblement nucléaire, entre l'Occident et l'Asie. L'Occident en faillite, la City et ses paradis fiscaux, n'a d'autre choix pour prolonger sa domination que la guerre. Jamais les populations occidentales n'auraient accepté le choix s'il avait été livré franco (de porc). Par contre, le 911 a légitimé le changement de politique, au point que la plupart des Occidentaux condamnent confusément l'invasion de l'Irak en approuvant celle de l'Afghanistan, pourtant tout aussi illégale (mais oui).

L'intervention de Graham, figure du Parti démocrate, est un camouflet contre Obama, en pleine campagne de réélection. Obama a trahi tous ses idéaux, renflouant les financiers et ruinant encore plus les classes moyennes (prolongeant l'action de son prédécesseur républicain W.). Il avait promis aux familles des victimes du 911, qui pour beaucoup condamnent la VO inepte, de réouvrir l'enquête et de rendre public le rapport classifié de 28 pages sur les implications saoudiennes. Fidèle à ses mensonges éhontés, il a ordonné au procureur Kagan en mai 2009 d'empêcher toute poursuite contre les Saoudiens, comme il a étendu la pratique de la torture, notamment à Guantanamo, comme il a légalisé l'assassinat sans jugement sur décret présidentiel, comme il a autorisé les Etats-Unis à guerroyer contre la Libye sans autorisation démocratique du Congrès, comme il a permis l'assassinat de Kadahfi, chef d'Etat en exercice...

Espérons que l'intervention vertueuse de Graham n'est pas trop tardive. Il ne s'agit pas de limiter les accusations aux Saoudiens, commodes boucs émissaires, ou de couper les liens entre le prétexte du 911 et l'actuelle crise systémique mondiale, qui a poussé les financiers à changer de stratégie, passant des accords de souveraineté entre Etats-nations au chaos impérialiste. Il s'agit de démasquer les multiples rouages de l'Empire britannique. Dans le 911, la principale connexion se situe entre Saoudiens et Britanniques. Elle n'exclut pas l'implication plus lointaine de certains cercles israéliens ou la participation suicidaire de certaines factions américaines sur leur propre sol. Au fond, tous croient tirer profit de leur participation à l'impérialisme dominant, pour des motifs divers et contradictoires, sans se rendre compte qu'ils servent une stratégie qui les dessert et les pousse au suicide. Quand je dis : "les", je pourrais dire : "nous". Car nous sommes tous impliqués, au moins par intérêts mal compris, parfois par lâcheté (la guerre, ça fait peur, le complot, ça sent le roussi).

PUBLIÉ PAR KOFFI CADJEHOUN À L'ADRESSE 04:45

Source : http://aucoursdureel.blogspot.be/2012/09/very-tea.html

 

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Merdias et fabrication du consentement

 

Qu'on nous pardonne de revenir sur un événement récent, qui ne mériterait en fait que le silence. Mini-anecdote qu'on se raconte en passant entre voisins, comme on se parlerait du temps qu'il fait et de l'automne qui revient.

Or donc, dans la foulée du trailer islamophobe mis en ligne, semble-t-il, par quelques amis d'Anders Breivik, Charlie Hebdo a remis ça, ses caisses étant probablement vides, mésaventure qui arrive assez souvent aux feuilles de chou avariées n'intéressant plus grand monde.

Aussitôt les autres merdias de se lancer dans de graves interrogations sur le droit au blasphème, la liberté de ceci-cela.

Et voilà que quelqu'un a l'idée d'envoyer à Robert Bibeau (l'Alceste du Québec) un article du Soir de Bruxelles intitulé « La liberté d'expression instrumentalisée ». Bibeau prend feu (= se met en rogne) et répond à son correspondant avec la verdeur de langage qui le caractérise (+copie aux abonnés de sa Lettre d'infos dont nous sommes. Fin du 1er acte).

Acte II : Serge ULESKI, blogueur sur le site du NouvelObs, se fend à son tour d'un article, qu'il intitule « Hebdo, business et diversion ». (Nous sommes abonnés à sa Lettre aussi.) Il y remarque notamment que « Charlie Hebdo semble avoir la fâcheuse habitude de renflouer ses caisses sur le dos d’une religion qui, certes, a quelques problèmes avec la modernité et le droit au blasphème, mais aussi et surtout… une religion pratiquée par les plus fragiles de notre communauté nationale.». Votre servante a l'idée de lui communiquer la réaction de Bibeau, accompagnée de deux lignes perso, puisque nous le lisons couramment avec intérêt, sans penser qu'il s'agit d'un commentaire en ligne et non d'un émile d'internaute à internaute.

Or, les blogueurs locataires du NouvelObs sont « modérés » par leur proprio. A plus forte raison les internautes qui les visitent. Nous avons donc eu – Acte III - la joie et pas tout à fait la surprise de recevoir du NouvelObs un avis de modération « pour propos haineux ». La rédaction du NouvelObs se serait-elle reconnue dans ceux de Robert Bibeau ? Allez savoir. Voici les objets des trois délits (le nôtre, celui d'opinion non conforme du Canadien et la censure du Nouvel Obs) :

«« D'accord avec vous. J'ai tout de suite pensé "les finances doivent être en-dessous du niveau de la mer" ! Et ça, ce n'est la faute d'aucun intégrisme, mais du manque de talent et de principes (en matière de morale publique) de Charlie Hebdo. Val est parti mais il est toujours là. Et ils ne sont pas masos comme le dit Cohn Bendit, ils sont vendus. Ils ne pourraient pas compter sur la protection dont ils jouissent, s'ils ne l'étaient pas. Tout ça pue le Pussy Riot à plein nez. Incidemment, j'ai reçu ça de Robert Bibeau (Québec), répondant à quelqu'un qui a dû lui envoyer un article du Soir de Bruxelles sur la liberté d'expression :

«« LES BOUTEFEUX CONTRE LES BOBOS DE CHARLIE-HEBDO

FOUTAISE que cette flagornerie de liberté d’expression engoncée, pseudo préoccupation des “bobos” en limousine.

La pensée de gauche n’a pas droit de cité dans vos médias à la solde dirigée par la pensée unique – où tous vos laquais journalistes – éditorialistes – columnistes – commentateurs pseudos-experts entonnent tous en choeur le même refrain aseptisé puis se relancent le micro – la page de journaux - et je te cite pour te complaire mon cher compère et quand moi-même je publierai tu me revaudras cela –

Alors de grâce ne mêlez pas le “privilège” à l’information comme ils l’entendent – et la liberté d’expression – et cette foucade – ce carnaval provocateur raciste – islamophobe – qui fait le jeu des gros capitalistes monopolistes propriétaires des médias français pour démontrer la vindicte arabe et de la rue musulmane contre ces «bobos» planqués à Paris dans leur bureau – grassement payés – et donnant des leçons de liberté à qui ne leur a rien demandé – ces esclaves de leurs propriétaires – subventionnaires – qui ne savent rien faire pour apaiser la misère qui s’étale sur les trottoirs de vos villes amères.

La révolte de la rue arabe a pour prétexte ce torchon de Charlie-Hebdo après ce trouffion de film moron et pour raison réelle la frustration de millions d’ouvriers, de jeunes à qui les impérialistes du Nord ont exproprié leur «printemps arabe»...qu’ils doivent maintenant – tout et tous – recommencer comme nous l’avons écrit il y a longtemps.

L’affaire du vidéo morpion et des saletés de Charlie-Hebdo n’ont rien à voir avec la liberté d’expression – la liberté d’expression c’est celle de manifester encore et encore et de tout casser pour cause de pauvreté, de chômage, de misère, de famine, de maladie, de mal logé, d’esclavage salarié mal payé, pour cause de mort par pollution et par guerre interposées dans tous ces pays de misère où l’on crève brulé dans les «sweet chops» des impérialistes, gérés par les marguillers locaux dominés que les nationaleux voudraient nous faire épouser et aimer. Le harki devra périr comme son maître.

À bas l’apaisement – boutefeux du monde entier «haro sur Charlie Hebdo ce baudet niais et cette vidéo dégénérée et tous ceux qui sont planqués».

Les réactionnaires fascisants n’ont pas le droit à la parole voilà la liberté de pensée.

Robert ML.

(Note de Catherine : Je ne suis pas d'accord pour qu'on insulte les baudets en les comparant à Charlie-Hebdo. Ce sont des animaux pleins de grâce.) »»

 

Réponse du « modérateur nouvelobsien» :

 

Bonjour Catherine Après lecture et analyse attentive de votre article du 21.09.12 14h05 par notre équipe de modération, celui-ci a dû être retiré de la publication en raison de sa non-conformité vis-à-vis de la charte d’utilisation du NouvelObservateur. Nous tenons à vous assurer que nous faisons tout notre possible pour accepter le plus grand nombre de messages et que tous nos modérateurs sont tenus à une stricte obligation d’impartialité. La neutralité de leur analyse est d’ailleurs régulièrement vérifiée par un superviseur. Toutes les opinions sont acceptées dans la limite des règles définies dans la charte éditoriale et sous réserve de les exprimer de manière courtoise, argumentée, et sans agressivité. Le motif de retrait de votre participation est : Propos insultants Les propos insultants ou haineux envers un utilisateur, une personne, une communauté, une entreprise ou une organisation, ne sont pas autorisés par la charte du site. Sont considérés comme injurieux les propos haineux, grossiers ou dégradants, utilisés pour qualifier autrui dans le but prémédité de l’offenser. Cordialement, L’équipe de modération.

 

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Non, ce ne sont pas des billets verts, ce sont des couvertures de Charlie.

Pas insultantes pour une communauté, pas haineuses, pas injurieuses, pas grossières, pas dégradantes, pas utilisées pour qualifier autrui dans le but prémédité de l’offenser, que dis-je, courtoises, argumentées et sans une once d'agressivité.

 

C'est là où nous voulions en venir. Il ne suffit pas de savoir que, dès l'instant où ses caisses sonnent le creux, Charlie Hebdo se rend coupable d'incitation à la haine entre peuples, en s'abaissant au niveau des pires feuilles judéophobes d'avant et de pendant la guerre (on n'a pas changé de moeurs, on a juste changé de bouc émissaire). Il faut bien voir qu'il le fait, surtout, à chaque fois qu'est lancée, contre ces peuples, une meurtrière offensive de ce que Grasset appelle « le bloc BAO ». Disons-le clairement : à chaque fois que Charlie-Hebdo se paie une tranche de rigolade et fait remonter ses ventes, il y a du sang qui coule.

Faire de la provoc pour forcer les gens à réfléchir peut être une chose estimable et même courageuse. Faire de la provoc, dont le but froidement concerté est de déclencher une guerre apocalyptique, mérite la corde.

La feuille de feu Choron est tombée si bas qu'elle a participé, récemment, à une campagne infecte de dénigrement calomnieux d'un des sites d'information alternative les plus recommandables qui soient, je veux parler du Grand Soir. Bien sûr, l'attaque ne s'est pas limitée à la concurrence heureuse qui ne joue pas le jeu de la vénalité ordinaire en fonctionnant gratuitement(1). La fine équipe des Charlie Hebdo, NouvelObs-Rue 89 (ils sont pacsés), Chapitre XI, CQFD, s'en est pris aussi à tout ce qui gêne le fameux Bloc sus-cité (Israël y étant inclus plutôt deux fois qu'une), à savoir les autres sites d'information non alignés tels que le Réseau Voltaire, Eva R-sistons, etc., et les personnalités non conformes à leurs voeux telles que Thierry Meyssan, Silvia Cattori, Jean Bricmont, Michel Collon, Jonathan Moadab, François Asselineau, Dieudonné, Michel Chossudovsky, Annie Lacroix-Riz, Paul-Eric Blanrue, Ginette Skandrani, Israel Shamir, Maria Poumier, et bien d'autres, tous marqués au fer de l'infamant « rouges- bruns ».

Que nous voulions le savoir ou pas, nous sommes en guerre, et la guerre prend aussi ces formes-là. Il serait dangereux de s'en désintéresser ou de prendre à la légère ces apparences d'escarmouches entre folliculaires. Il ne s'agit pas de cela du tout. Et Charlie Hebdo, le Nouvel Obs-Rue 89, Article XI, CQFD, et leurs compères ne sont pas rouges-bruns, ils sont bruns tout court.

On peut voir le déroulement de l'offensive et de la riposte ici-même :

http://www.legrandsoir.info/analyse-de-la-culture-du-mensonge-et-de-la-manipulation-a-la-marie-anne-boutoleau-ornella-guyet-sur-un-site-alter.html

http://www.legrandsoir.info/petits-potins-sur-le-front-national-les-nazis-charlie-hebdo-article-11-ornella-guyet-et-autres.html

http://www.legrandsoir.info/ii-les-potes-de-nos-calomniateurs-infiltres-par-la-dcri.html

http://www.legrandsoir.info/i-les-bidonnages-repetitifs-des-calomniateurs-du-grand-soir.html

http://www.legrandsoir.info/quand-charlie-hebdo-chasse-av...

http://www.legrandsoir.info/de-la-liberte-d-expression-a-la-censure-elevee-au-rang-de-vertu-ou-comment-la-gauche-se-suicide.html

A suivre...

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(1) Ce n'est pas une raison pour ne pas les aider en leur envoyant votre obole, car, à leur tour, ils soutiennent Wikileaks qui a de sacrés frais d'avocats.

Catherine

 

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Et pourquoi pas un petit dernier pour la route :

C'est Sébastien Fontenelle sur Bakchich, avec des images :

Quand Charlie Hebdo fait de l'humour

http://www.bakchich.info/medias/2012/09/20/quand-charlie-hebdo-fait-de-lhumour-61700


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Dernière minute :

Samedi prochain, 29 septembre, des parisiens vont se réunir pour commémorer, avec quelques mois de retard mais on s'en fiche, le 141e anniversaire de la Commune de Paris, du fameux «Printemps 71».

Nous en avons reçu l'annonce d'El Diablo :

 

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Le 29 septembre 2012 , nous nous retrouverons place de la Commune de Paris pour fêter tous ensemble la révolution du printemps 1871. (Place de la Commune, Paris 13ème, angle des rues de la Butte-aux-cailles et de l’Espérance. M° Place d’Italie ou Corvisart)

De la Commune, reste souvent le souvenir d’une capitale insurgée, d’une ville couverte de barricades et d’une guerre civile qui s’achève par la tragédie de la semaine sanglante, aux lueurs des incendies et aux bruits des fusillades accompagnant une répression massive. Pourtant, une œuvre sociale d’avant-garde est née pendant cette période, une période bien courte : 72 jours pour des mesures très importantes sur le chômage, sur l’autogestion ouvrière, sur l’école, sur la place des femmes dans la société, sur la paix, sur la guerre, sur la justice. Il existe des parallèles avec la situation d’aujourd’hui et les combats menés pour défendre des avancées gagnées de hautes luttes pendant tout le XXe siècle, particulièrement pendant le Front populaire et à la Libération, avec le programme du Conseil national de la Résistance, et qui sont remises en cause par les héritiers et successeurs des versaillais. Nous aurons l’occasion d’en parler lors de l’intervention qui suivra, avec notamment l’actualité de la Commune : la réhabilitation des communards.

P R O G R A M M E

14h30Nag’air

15H30Riton la Manivelle, son orgue de barbarie et ses musiciens

16h30 La Chorale du Chœur Populaire de Seine-St-Denis

17h30 allocution

18H30Serge Utgé-Royo avec son florilège de chansons de la mémoire sociale internationale de 1865 à nos jours

Sur la fête, vous trouverez un stand littérature, des tee-shirts, des objets de mémoire de la Commune et une buvette où nous aurons le plaisir de nous retrouver devant un café, un communard, un rafraîchissement ou un gâteau confectionné par nos adhérents.

Sources :

http://eldiablo.over-blog.org/article-fete-de-la-commune-...

Association des amis de la Commune 1871 : http://www.commune1871.org/

 

 


Et à l'intention de ceux qui sont trop jeunes pour savoir de quoi il a retourné, voici – au diable l'avarice ! – 12 (oui, douze) conférences d'Henri Guillemin (en 13 clips) très heureusement conservées par la Télévision Suisse Romande, ce n'est pas à la RTBF qu'on verrait des choses pareilles.

C'est mieux – et plus court – que deux ans de Sciences Po.


Henri Guillemin – La Commune de Paris

 

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http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/34777...

 

 

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Mis en ligne le 28 septembre 2012 par Théroigne




20/09/2012

Liberté de l'art version turque

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Liberté de l'art version turque

 Elles s'apparentent plus à Victor Jara qu'aux Pussy Riot. Elles sont turques et musiciennes. Elles viennent de se faire torturer, menottées dans le dos, par la police, au point que l'une a eu les tympans crevés et l'autre un bras écrasé. C'est la chanteuse qui n'a plus de tympans et la violoniste qui est sans bras droit. Les dictatures se copient sans même faire preuve d'un peu d'imagination. Peut-être Madame Cécile Duflot voudra-t-elle faire quelque chose en leur faveur ? Ou Monsieur Laurent Fabius, récemment l'hôte de leur pays ? Ou, qui sait, même Amnesty International ?

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Selma Altin et Ezgi Dilan Balci,

respectivement chanteuse et violoniste de Grup Yorum, ont été arrêtées vendredi devant l'institut de médecine légale d'Istanbul avec 27 autres manifestants qui demandaient la restitution du corps d'Ibrahim Çuhadar, auteur présumé d'un attentat-suicide contre un poste de police.

Commis le 11 septembre, cet attentat, qui a tué un policier et blessé plusieurs personnes, a été revendiqué par le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), considéré par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne comme une organisation terroriste.

Selon les déclarations de leur avocat, Me Taylan Tanay, les deux musiciennes « ont été victimes de tortures dès les premiers moments de leur arrestation: elles ont été jetées au sol et sévèrement battues ». 
Mais les coups ont redoublé après qu'elles eurent été embarquées
 dans un véhicule de la police anti-émeute. « Ce qui est frappant, c'est que la chanteuse de Grup Yorum Selma Altin a été frappée aux deux oreilles jusqu'à en faire exploser les tympans alors qu'elle avait les mains menottées dans le dos. Et la violoniste du groupe, Ezgi Dilan Balci, a eu le bras broyé parce qu'elle jouait du violon », a ajouté Me Tanay.
 On lui a aussi cassé les doigts.

 Bref, les escadrons de la mort à la turque les ont froidement et délibérément estropiées pour qu'elles ne puissent plus jamais exercer leur art.

Les autres gardés à vue, dont 5 enfants, on tous été, eux aussi, violemment battus.

Erdogan dans les bottes de Pinochet ? Bof, au point où on en est...


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Rappel historique

Le mouvement communiste de Turquie, incarné par le Parti révolutionnaire de libération du peuple (DHKP) et son Front armé (DHKC), se bat depuis trente-cinq ans, pour la libération sociale des peuples turc, kurde, arabe, laze, circassien, bosniaque, géorgien, abkhaze, grec, rom, arménien, chaldéen, assyrien et autres, qui cohabitent en Turquie.

« Le 20 octobre 2000, le DHKP-C lance un mouvement de grève de la faim contre la réforme des prison, laquelle vise à transférer les prisonniers politiques vers des établissements pénitentiaires de haute sécurité (prisons de type F) inspirés du modèle US et répondant officiellement aux normes européennes. Les prisonniers du DHKP-C entrent en « jeûne jusqu’à la mort » pour protester contre leur mise en isolement dans des cellules individuelles où il se plaignent des mauvais traitements. Le 19 décembre 2000, 20 prisons-dortoirs (prisons de type E) sont prises d’assaut par les militaires. Au cours du programme de déportation de plus de 3000 prisonniers politiques insurgés qui s’ensuivit, 28 détenus périront criblés de balles, torturés, asphyxiés par les gaz lacrymogène ou carbonisés par les lance-flammes. Cette résistance s’achève le 22 janvier 2007 et aboutit à une solution négociée avec le ministère de la Justice sous forme de circulaire permettant aux détenus isolés de se rencontrer par groupe de dix à raison de 10 heures par semaine. Mais durant ces sept années de résistance passive, pas moins de 122 militants dont plus de 100 membres du DHKP-C perdent la vie.

Au printemps 2004, une opération conjointe des polices turque, belge, allemande, néerlandaise et italienne, fondée sur 56.000 heures d’écoutes téléphoniques, aboutit à l’arrestation d’une quarantaine de personnes, suspectées de cinq attentats commis en Turquie pendant l’année 2003. » (Wikipedia)

Procès du DHKP-C en Belgique :

En 2006-2010, une série de jugements, en première instance puis trois en appel après deux arrêts de cassation, ont eu lieu à l’encontre de membres présumés du DHKP-C dont Fehriye Erdal et Bahar Kimyongür.

On se rappellera que Bahar Kimyongür, de naissance et de nationalité belges, réclamé par la Turquie pour avoir traduit en français un tract du DHKP, fut naguère attiré - par l'alors ministre de la justice que nous ne nommerons pas pour ne pas faire à cette dame trop de publicité chez les Blackwaters qui risqueraient de nous priver de ses talents en la recrutant car ils en ont les moyens et qu'est-ce que nous ferions sans elle - dans un guet-apens, en Hollande, afin qu'il pût en être extradé, puisque n'étant pas citoyen hollandais. Heureusement, un juge de ce pays lui sauva la vie en refusant de déférer à une réclamation aussi délirante et, faut-il le dire, déshonorante.

Grup Yorum

(Yorum = « commentaire » en turc) est une formation musicale fondée en 1985, à İstanbul, par des étudiants, dans le but de réagir au coup d'Etat militaire de 1980. Le groupe, influencé au début par Ruhi Su, Mahzuni Serif, Inti Illimani, Victorr Jara, Quilapayùn et Theodorakis, a été formé « pour être la voix de la terre et des peuples d'Anatolie, où le groupe est né, avec une infusion de musique révolutionnaire et socialiste ». En peu de temps, Yorum est devenu un nom crucial pour l'opposition et la lutte des droits et des libertés.

Chaque année depuis 1987, le groupe a aussi bien sorti des albums et donné de nombreux concerts en Turquie et en Europe, que participé à des centaines de protestations de masse, manifestations de rue, grèves, et occupations d'usines et d'universités. Les membres du groupe ont fait face à de nombreuses gardes à vue, arrestations et interdictions dus à la nature organisationnelle-révolutionnaire-activiste du groupe et du sens contestataire de leur musique.

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Plusieurs membres de Yorum ont été torturés à maintes occasions et condamnés à de nombreuses années d'emprisonnement; « même les CD et les cassettes du groupe ont été fusillés par les forces de sécurité ».

En dehors du turc, Yorum chante aussi en kurde, arabe ou circassien, militant ainsi pour le droit à l'usage de ces diverses langues.

Yorum utilise des instruments locaux tels que le ney (le petit hautbois de l'Anatolie de l'est), le bağlama (luth à manche long), le kaval (flageolet, flûte de berger), mais aussi beaucoup d'autres instruments non-locaux tels que le violon, le hautbois et surtout la guitare. Leur musique, essentiellement vocale et instrumentale, est basée sur des compositions rythmiques solides et des mélodies fluides. Pouvant être définie comme du folk-rock, elle contient des timbres rappelant les chansons folkloriques locales, les mélodies méditerranéennes, les hymnes latino-américains et le rock.

Pour davantage d'informations sur les activités du groupe et sur l'acharnement dont il est l'objet, voir Wikipédia (discographie complète en prime) et, bien sûr, les articles suivants :

 

entre autres.

 

selma altin,akp,ezgi dilan balci,erdogan,grup yorum,victor jara,syrie,turquie

En mai dernier, Grup Yorum a donné un concert de soutien « à la Syrie réelle », en opposition à la politique d'AKP-Erdogan,

malgré l'arrestation préventive de plusieurs de ses membres.

 

Rien à voir, on en conviendra, avec le casting prétendument moscovite des talent scouts d'Hollywood, ne fût-ce que pour la qualité de la musique.

 

Le groupe, chantant  malgré la censure,

El Aparecido, de Victor Jara,

devant 55.000 personnes au stade Besiktas d'Istanbul.

La chanteuse est Selma Altin.


 

 

Paroles de El Aparecido (« L'Apparu », hommage à Che Guevara)

 

Abre sendas por los cerros, 


Deja su huella en el viento, 


El águila le da el vuelo 


Y lo cobija el silencio.


Nunca se quejó del frío, 


Nunca se quejó del sueño, 


El pobre siente su paso 


Y lo sigue como ciego.





Correlé, correlé, correlá 


Por aquí, por allí, por allá, 


Correlé, correlé, correlá, 


Correlé que te van a matar, 


Correlé, correlé, correlá.





Su cabeza es rematada 


Por cuervos con garra de oro 


Como lo ha crucificado 


La furia del poderoso. 



 

Hijo de la rebeldía 


Lo siguen veinte más veinte, 


Porque regala su vida 


Ellos le quieren dar muerte.

 

Ce qui signifie à peu près :

« Il ouvre des sentiers dans les collines,

Il laisse sa trace dans le vent,

L’aigle lui donne l’envol,

Et le silence le protège.

 

Jamais il ne se plaint du froid

Jamais il ne se plaint d'avoir sommeil,

Le pauvre sent sa présence

Et le suit comme un aveugle.

 

Cours, cours, fuis, sauve-toi,

Cours par ici, cours par là,

Cours, ils vont te tuer !

Cours, cours, fuis, sauve-toi.

 

Sa tête est couronnée

De corbeaux aux serres d’or,

Tel que l'a crucifié

La furie du pouvoir.

 

Fils de la révolte,

Ils le traquent par vingtaines.

Parce qu'il offre sa vie,

Ils veulent lui donner la mort. »

 

 
In memoriam

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Victor JARA

Né le 28 septembre 1932.

Mort le 16 septembre 1973, ses mains de guitariste coupées,

au stade Estadio Cile, Santiago du Chili.



Mis en ligne le 20 septembre 2012

par Catherine.