16/11/2017

MISCELLANÉES DE PRESQUE RÉOUVERTURE

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Miscellanées de presque réouverture

(Engrangé pour vous pendant notre pause forcée)

Encore avec les moyens du bord et nos excuses renouvelées à la majorité de nos abonnés dont les adresses sont restées coincées dans le matos absent.

 

 

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Revirements tectoniques en Arabie Saoudite,
sur fond de purge politique radicale

Lawrence Delforges – Comité Valmy11 novembre 2017

 

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Le roman-feuilleton géopolitique moyen-oriental ne cesse de surprendre par ses changements soudains et inattendus, si bien qu’en dépit de certains signes avant-coureurs décelés par les meilleurs analystes les gens peuvent, comme pris de court, se laisser embarquer par le discours le plus dominant, c’est-à-dire le plus relayé par la presse occidentale.

Au cours de ces derniers jours Mohammed ben Salmane, Prince héritier du trône saoudien, a procédé à une violente et radicale purge politique au sein de certaines des institutions les plus puissantes du Royaume. Au cours de celle-ci, un Prince saoudien est mort dans un accident d’hélicoptère, tandis qu’un autre était abattu parmi ses gardes du corps, alors qu’il « résistait à son arrestation ». Le Premier Ministre du Liban Saad Hariri, qui possède la double nationalité libanaise et saoudienne, a été contraint à la démission tandis que rien, extérieurement, ne semblait présager d’un tel événement.

Que se passe-t-il donc en Arabie Saoudite ? Certains avancent que Riyadh répond aux exigences de son allié secret israélien qui, en désarroi face à l’échec patent de sa stratégie de balkanisation de la Syrie (le « plan Oded Yinon »), chercherait à ouvrir un nouveau front par le Liban, en oeuvrant à déstabiliser ce pays. Cependant le Liban, tout comme la Syrie, a su résister aux tentatives de déstabilisation israéliennes par l’entremise des divers groupes « djihadistes » ou « révolutionnaires » de la région, et Riyadh sait très bien que l’Arabie Saoudite figurait aussi dans les cibles du plan Oded Yinon tandis que la monarchie a des raisons de craindre que son protecteur étasunien, inquiet des rapprochements saoudo-chinois et du tarissement inévitable de la manne pétrolière saoudienne, ne cherche à la renverser pour installer un régime encore plus fantoche à sa place.

Ainsi donc, à la roulette du pouvoir les tables tournent et avec, des changements géopolitiques d’ordre tectonique deviennent envisageables, tandis que la monarchie saoudienne lutte pour sa survie en pariant sur des projets pharaoniques dans sa « Vision 2030 », et en abjurant de se défaire de ses traditions wahhabites enfin reconnues comme d’un autre âge.

Adam Garrie, directeur de la rédaction de site TheDuran.com, devenu ces derniers temps une référence en la matière, nous en livre son analyse à Londres, le 6 novembre 2017.

 

 

 

Lawrence Desforges,
le 11 novembre 2017

Source : http://www.comite-valmy.org/spip.php?article9208

Source d’origine : GLOBAL RELAY NETWORK

 

 

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Dans la foulée…

Ça baigne, en Palestine comme en Israël

Israël Adam Shamir – 15 novembre 2017

Entre la plume et l’enclume

 

Cent ans après la Déclaration Balfour, où en est-on, en Palestine ?

J’aimerais pouvoir dire que la Palestine est en flammes et qu’Israël souffre intensément, mais il faut dire la vérité. Sous Netanyahou, l’Israël et la Palestine prospèrent.

Jamais ça n’a mieux marché. Le salaire minimum du côté israélien est à plus de 1500 dollars; en deux ans, il est passé de 4000 shekels à 5300 shekels. L’inflation n’a pas suivi, en dépit des prédictions les plus lugubres. Les pauvres ne sont plus si pauvres, même si certains ne connaissent pas vraiment la prospérité. Les prix en monnaie locale sont stables. Sur la scène internationale, le shekel est haut, très haut (sans atteindre les records fulgurants de 2014), et le Trésor se bat pour l’empêcher de monter encore. C’est pourquoi les prix paraissent plutôt chers aux étrangers. Un sandwich, le modeste falafel, aussi  israélien  que palestinien, avec une boisson, vous coûteront au moins 10 dollars, et à Tel Aviv cela vous sera probablement préparé et servi par un réfugié africain. Un menu à midi coûte environ 20 dollars, un bon dîner beaucoup plus, et il faut s’y prendre bien à l’avance pour trouver une table. Voilà pour le côté israélien. Du côté palestinien, le même déjeuner vous coûtera un peu moins, environ 15 dollars. Les restaurants sont bondés, les Israéliens adorent la bouffe et ils bouffent tout le temps, s’empiffrant à tout bout de champ.

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Source : http://plumenclume.org/blog/298-ca-baigne-en-palestine-co...

 

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SOMMET DE l’APEC :

Le centre névralgique de l’impérialisme se déplace

Bibeau.robert@videotron.cahttp://www.les7duquebec.com

15 novembre 2017

 

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Le Sommet de l’APEC 2017 au Vietnam.

 

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La semaine dernière, grand rassemblement capitaliste au Vietnam ex-socialiste et ex-anti-impérialiste sous le haut patronage des ex-vietminh « libérateurs », mutés en marchands libre-échangistes. Le communiqué d’invitation était ainsi libellé : « Le Sommet annuel des dirigeants de l’APEC est le principal évènement d’économie politique dans la région Asie-Pacifique. Ce sommet réunit les dirigeants des 21 économies du pourtour du Pacifique, ainsi que des chefs d’entreprises qui vont discuter de la voie à suivre pour la croissance, les investissements et le libre‑échange »(1).

 Comme nous le répétons inlassablement, le centre névralgique de l’économie politique impérialiste se déplace vers l’Asie-Pacifique, où sont concentrés des centaines de millions d’ouvriers surexploités, menés à la cravache par d’ex-mercenaires « libérateurs » devenus investisseurs pour le « développement » des forces productives et la « croissance » des profits. Deux invités d’honneur, parmi la fine fleur des caciques nationalistes, l’aspirant Xi Jinping, chef suprême du Politburo « communiste » chinois (déjà 350 millions de prolétaires asservis), a fait face au trouble-fête Donald Trump, défenseur du titre, ex-champion aujourd’hui moribond (moins de 150 millions de prolétaires dans ses cartons).

 Tout au long de son parcours asiatique de combattant Donald Trump a mis à mal la légende isolationniste et anti-libre-échangiste inventée par les plumitifs alors que systématiquement ce marchand de canons a offert sa camelote à chacun de ses « potes » nationalistes. Chaque fois que Donald dénonce les traités de « libre-échange » c’est pour mieux les renégocier de gré à gré au bénéfice de ses alliés de Wall Street.

 Donald le commis voyageur.

 Quels furent les enjeux de ce voyage largement médiatisé ? Sans fausse honte, le Président américain, en transit au Japon et en Corée, a vanté les mérites des armes américaines de destruction massive, indiquant ainsi le vrai motif de son agressivité patentée vis-à-vis la petite Corée du Nord, qui ne s’en laisse pas imposer par le criminel yankee, seul pays ayant utilisé deux fois la bombe atomique et moult fois des munitions à l’uranium appauvri. En Chine, Donald le colporteur, n’y tenant plus, se transforma en laudateur à l’endroit de son hôte, client privilégié, acquéreur de 230 milliards de dollars de marchandises (2). En effet, la Chine prépare soigneusement son désengagement du dollar US, la première étape étant de se débarrasser des 3500 milliards de liquidités ($) stockées dans ses banques plombées.

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Source : http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-sommet-de-lapec...

 

Note des Grosses Orchades :

Nous avons, dans un post précédent, rendu compte du grand discours de Xi Jinping au 19e Congrès du PCC, analysé par Adam Garrie. Cela ne veut pas dire que nous partageons l’enthousiasme ou, si on veut, l’optimisme de Garrie quant aux buts annoncés et poursuivis. Considérant cependant ce que notre camarade Saint-Just appelait « la force des choses », reste à savoir quelles chances ils (aur)ont de pouvoir faire autrement, quand bien même ils le voudraient. Ces choses-là, hélas, ne se font pas in vitro.


 

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L'euronouillerie dans toute sa splendeur

Observatus geopoliticus – Chroniques du Grand jeu 14 novembre 2017

 

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Si la vassalité eurocratique n'existait pas, il faudrait l'inventer... Une info délicieusement navrante quoique hilarante a paru, évidemment soigneusement cachée par la presstituée.

Les Paradise Papers nous révèlent qu'une société américaine a acheté du gaz russe, l'a liquéfié puis l'a revendu bien plus cher à l'Union européenne, en le faisant peut-être passer pour du gaz de schiste américain ! Ô tempora ô mores.

Moscou vend de toute façon son or bleu et doit bien se marrer. L'empire US se moque éperdument de ses vassaux, les obligeant à torpiller leur relation énergétique avec la Russie tandis que ses compagnies font leurs petits profits avec ce même gaz russe. Quant à l'euronouillerie, heu... Comment dit-on « dindon de la farce » à Bruxelles ?

Source : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/11/l-euronouille...

 

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Hexagone

 

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[RussEurope en exil]

75e anniversaire de Normandie-Niémen

Jacques Sapir – Les Crises12 novembre 2017

 

Le 12 novembre 1942 arrivèrent sur la base de Rayack, en Syrie, trois C-47 (appellation militaire du DC-3) qui devaient transporter les pilotes et mécaniciens français, désignés pour constituer le GC-3 (3ème Groupe de Chasse) « Normandie » vers Bagdad, d’où ces personnels rejoindraient Téhéran puis Ivanovo, à 250 km de Moscou. Ainsi débutait ce qui allait devenir l’épopée du Groupe de Chasse le plus connu des Forces aériennes françaises libres (FAFL), le célèbre « Normandie-Niémen ».

 

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Le capitaine Alfred Littolff et le commandant Jean Tulasne en juillet 1943, sur le front russe, avec des pilotes français et russes

 

Cette date du 12 novembre est symbolique des difficultés rencontrées des deux côtés, que ce soit du côté des Français Libres ou des Soviétiques. Pour ces derniers, on est en plein dans la bataille de Stalingrad[1]. Si les troupes allemandes de Paulus, le commandant de la 6ème armée, ne progressent plus dans une ville qu’elles ont conquise à 90%, la contre-offensive, que les soviétiques appellent l’opération « Uranus », n’a pas encore débuté. Elle ne commencera que le 19 novembre 1942. La contribution française, pour symbolique qu’elle soit, est venue non pas dans les temps plus faciles de 1943 et 1944, mais au moment ou tout était en suspens, où se décidait le sort de la guerre.

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Source : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-75eme-annive...

 

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Pourquoi nos enfants deviennent des crétins !

Charles Sannat – Insolentiae14 novembre 2017

 

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Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Tout d’abord, je tiens tout de suite à préciser que ce titre un peu violent n’est pas une insulte à l’égard de nos enfants, mais bien une inquiétude profonde de notre avenir à commencer par le monde qu’en tant qu’adultes nous préparons, et avons d’ailleurs déjà préparé, à nos enfants.

Le crétinisme est une maladie liée au manque d’iode et qui touchait particulièrement les zones éloignées des côtes où l’apport en poissons et produits de la mer permet de fournir nos organismes en iode. C’est dans les Alpes et dans l’Eure que la prévalence de crétinisme était la plus forte.

Puis, avec des régimes alimentaires meilleurs, nous avons su faire reculer cette maladie terrible. Pourtant, le crétinisme revient, mais il n’est pas le seul.

Baisse du QI, du comportement et autisme en hausse, la santé mentale et les capacités cognitives de nos enfants, là, maintenant, sous nos yeux effarés, sont en train de s’effondrer.

La réponse à titre collectif tarde ? Prenez les devant à titre individuel.

 

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Source : https://insolentiae.com/pourquoi-nos-enfants-deviennent-d...  

 

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Procès Merah

Clash BHL/Dupond-Moretti : « obscénités » contre « vieille pompe à merde »

RT en français 15 novembre 2017

 

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Deux figures médiatiques s’écharpent par tribunes interposées. Bernard-Henri Lévy taxe l’avocat d'Abdelkader Merah d’« obscénité » et de « vanité », quand Eric Dupond-Moretti n’hésite pas à dégainer contre le philosophe une « vieille pompe à merde ».

C’est le choc de deux robustes égos. Le philosophe Bernard-Henri Lévy n’a goûté ni la défense et les interventions de l’avocat Eric Dupont-Moretti lors du procès d'Abdelkader Merah, qui s'est achevé le 2 novembre, ni ses interventions dans les médias. Il a exprimé son émoi dans un édito paru le 13 novembre sur le site de sa revue, La règle du jeu. La réponse du ténor du barreau n’a point tardé, en un bref exercice rhétorique assez convenu mais dans lequel il ridiculise son accusateur, concluant sa lettre par une formule empruntée qui a réjoui nombre d'internautes : «Vieille pompe à merde».

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Source : https://francais.rt.com/france/45618-clash-bhl-dupont-mor...

 

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Pour ce que rire est le propre de l’homme et qu’on voudrait l’avoir écrit :

Relancer le christianisme par la pub ? Chiche !

Tous les chemins mènent à Rome

Jean-Paul Brighelli – Causeur10 novembre 2017

 

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Nous recevons toutes sortes de visiteurs improbables, chez Havas. Mais quand celui-ci a franchi le seuil de notre siège, à Puteaux…

C’était un homme tout en longueur, le visage osseux, tourmenté, d’un être en proie à bien des doutes et des démons, victorieusement vaincus. « Il y avait sur sa figure la lutte de deux principes opposés, une nature mauvaise domptée par la volonté, peut-être par le repentir » dit justement Dumas. Les yeux enfoncés, le regard sombrement lumineux, les cheveux gris en brosse, il tenait à la fois de l’ancien parachutiste et du prédicateur d’apocalypses. Savonarole ressuscité !

Nous l’avons fait patienter dans l’un des canapés Boca qui agrémentent la réception. Dans ces lèvres de polyuréthane inspirées à Dali par celles de Mae West (mais les nôtres appartiennent au remodelage de l’objet par le Studio 65 sur celles de Marilyn), il avait l’air aussi à l’aise qu’une truite saisie au bleu dans une poêle chaude. Quand je l’ai reçu enfin, il paraissait à point — comme la truite susdite. Plus écarlate que le lycra rouge baiser du canapé.

Fidèle, fidèle, dis-moi qui est la plus belle

Il s’est présenté. Il était prêtre (ce qui ne m’étonna point : même en civil, il avait l’air d’être en soutane), et était mandaté discrètement par le Vatican pour explorer la possibilité (la faisabilité, dit-on désormais en français global) d’une campagne visant à relancer le catholicisme.

« Nous perdons des fidèles chaque jour, depuis des années », a-t-il expliqué. « Une hémorragie que nous ne nous expliquons pas. »

J’ai discrètement consulté ma Bible — je veux bien entendu parler du Net. Qui m’a révélé, si je puis dire, que près de 65% des Français ne se reconnaissent dans aucune religion, et que la plupart d’entre eux s’affirment athées. « Quel magnifique marché potentiel ! », me suis-je exclamé en lui communiquant ces chiffres — qu’il connaissait, hélas… Après tout, nous avons fait boire Evian, il y a quelques années, à un bon nombre de vieux qui se sont identifiés à nos plongeurs (tous des ex-champions recrutés pour la circonstance).

 


 

Et à une quantité de jeunes femmes convaincues qu’elles y trouveraient l’eau de Jouvence et de résurrection de leurs petits capitons.

 


 

Sans parler de celles qui ont réellement cru, sans que nous l’ayons dit, que c’était l’eau-miracle des biberons — alors qu’elle a plutôt un effet laxatif, mais chut !…

Nos chrétiens ont du talent !

Mon visiteur m’a avoué que cette vieille campagne — « We Will Rock You » remixé par KCPK avec des intonations enfantines — avait décidé la hiérarchie catholique à oser cette démarche quelque peu iconoclaste sur laquelle il nous demandait, bien sûr, la plus grande discrétion.

 


 

« Nous avons eu une grande concertation, à Rome, et le Saint Père (j’appartiens à la même congrégation que lui — il n’y a que des jésuites pour oser la modernité) s’est enthousiasmé de nos propositions. « Ce serait formidable, a-t-il dit, si dans toutes les églises, les fidèles pouvaient…

 

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Lisez la suite de l’article ici sur le blog de Jean-Paul Brighelli

 

Source : https://www.causeur.fr/catholicisme-combat-publicite-egli...

 

 

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Hommage à Mouammar Kadhafi – Sam. 18 nov. – Théâtre de la Main d’Or, avec Dieudonné.

 

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Le 20 octobre dernier datait le sixième anniversaire de l’assassinat du dirigeant Libyen et Africain. Nous rendrons hommage ce samedi 18 novembre au combattant pour l’indépendance de son pays et du continent africain, tombé dans les champs de bataille orchestrés par les criminels Sarkozy et Bernard-Henri Levy, la haineuse Clinton et le fourbe Cameron avec le soutien matériel du Qatar et la complicité de la presse arabe.

Hommage au grand héros africain : Mouammar Kadhafi, guide de la Jamahiriya !

Tout ce qui est arrivé après l’assassinat du Guide, le renversement de la Jamahiriya, la situation chaotique dans laquelle se trouvent la Libye et le Sahel, le flot de migrants généré par cette situation confirment les constats qui suivent.

Kadhafi avait un projet de civilisation que les ennemis de l’humanité ont fait échouer.

Kadhafi avait un projet humanitaire qui a été confisqué afin de faire tomber la Libye et les régions voisines dans un conflit permanent.

Kadhafi avait un projet de liberté qui a été liquidé en faveur de la domination des forces de l’injustice, de l’oppression et de l’asservissement religieux, social et économique.

Kadhafi avait un projet de justice sociale et économique ciblant le capitalisme mondial qui met la main sur tous les moyens d’existence de tous les peuples.

 

Où est le corps du leader Kadhafi ? Pourquoi a-t-il été caché ?

Pourquoi n’a-t-il pas été rendu à sa famille ou à sa tribu, comme le veut la tradition ?

Pourquoi les Instances internationales n’ont elles jamais enquêté sur le meurtre de Mouammar Kadhafi ?

Nous avons créé une commission d’enquête en mars 2011 afin de faire connaître la vérité sur les mensonges et les accusations de la presse nationale et internationale.

Nous allons créer un Comité de Soutien à Saïf Al Islam Kadhafi dans son combat pour rassembler les Libyens épris de Justice, de Liberté et de Solidarité.

Hommage à Mouammar Kadhafi – Sam. 18 nov. – 15 h. à 18 h.
Théâtre de la Main d’Or, avec Dieudonné.
Signataires :

La Voix de la Libye.com

Dieudonné et le Théâtre de la Main d’Or.

Le CRI, Comité Révolutionnaire International.

Comité de Soutien à Saïf Al Islam Kadhafi.

L’Association   Entre la Plume et l’Enclume.

 

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Libye : CNN filme une enchère aux migrants vendus comme esclaves pour 400 dollars (VIDEO CHOC)

RT en français15 novembre 2017

 

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Un migrant dans un centre de rétention à Gharyan, ville côtière en Libye, en octobre 2017

 

Une équipe de journalistes de CNN a pu filmer une scène témoignant de la réalité de l’esclavage en Libye. La vidéo atteste de l'enfer humain qu'est devenu le pays depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011.

En août 2017, CNN recevait une vidéo tournée clandestinement, attestant de la tenue de marchés aux esclaves en Libye. En octobre dernier, une équipe de la chaîne s'est rendue sur place et a pu filmer une mise aux enchères similaire, dans un lieu qui n'a pas été précisé. « Un homme grand et fort pour les travaux fermiers », vante la voix d'une personne hors-champ, vraisemblablement un vendeur. Le  jeune homme noir en question sera finalement vendu pour sa force de travail pour 1 200 dinars libyens, soit environ 740 euros. D'autres sont vendus pour l'équivalent de 400 euros.

 

 

 

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Source ; https://francais.rt.com/international/45629-libye-cnn-fil...

 

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Mis en ligne le 16 novembre 2017

 

 

 

16:52 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/11/2017

LA BÉNÉDICTION SYRIENNE & LA RÉVOLUTION D'OCTOBRE

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Michel Raimbaud :

La bénédiction syrienne

Institut Tunisien des Relations Internationales 7 novembre 2017

 

Grand ami de la Syrie et de son peuple, du droit et de la justice, Michel Raimbaud était aux côtés de la Syrie depuis le début de cette guerre. Ce faisant il a sauvé l’honneur de la diplomatie française. Merci Excellence.

 

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Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’État visé par un politicide…

La bénédiction syrienne Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’État visé par un politicide…

On pensera aussi aux amis, défenseurs et partisans de la Syrie légale, tous ceux qui aimaient cette société plurielle, tolérante, aimable et hautement civilisée, et craignaient qu’elle ne disparaisse à jamais.

Certes, la flamme ne s’est jamais éteinte, mais il était permis aux plus optimistes de s’interroger parfois ou de douter de l’avenir face aux assauts d’une coalition islamo-israélooccidentale abreuvée de centaines de milliards de pétrodollars et puisant ses combattants dans un vivier inépuisable de mercenaires venus de cent horizons. La Syrie tiendrait-elle, face à la meute féroce des puissances impériales – grandes, petites ou moyennes – de « l’Axe du Bien », contre la horde sauvage des djihadistes démocrates, des terroristes modérés, des révolutionnaires en peau de lapin ? Résisterait-elle aux cohortes de déserteurs, de transfuges qui se donnaient rendez-vous au sein d’une « armée libre » téléguidée par ses pires ennemis, aux ordres et à la botte des islamistes et de leurs parrains, faisant la roue pour séduire le ci-devant « ennemi sioniste »?

Comme tous les pays plongés dans des situations troubles, la Syrie a connu la fatalité des infidélités, des lâchetés, des compromissions, des corruptions petites ou grandes, mais son peuple, au sens noble du terme, a résisté vigoureusement, ses institutions sont restées debout et ses gouvernants ont tenu bon. Grâce à sa résilience étonnante, l’État syrien s’est fait des alliés solides qu’il a su fidéliser : la Russie et la Chine d’une part, l’Iran, le Hezbollah et ses alliés d’autre part. Une réalité qui allait interdire la répétition au « Pays de Cham » d’un scénario irakien, libyen ou yéménite.

Néanmoins, les « grandes démocraties » ne pouvaient que rester aveugles et sourdes à ces réalités dérangeantes et déplaisantes, la Syrie étant depuis la fin de la guerre froide un pays à détruire et à abattre. Les élites désormais acquises au néoconservatisme n’ont rien trouvé de mieux que de soumettre les « opinions » à un tapage médiatique sans précédent allant de pair avec une omerta sans faille et un lavage de cervelle ahurissant. En brèves de comptoir de « sciences-po » ou de « France désinfo », la doxa occidentale sur le conflit de Syrie s’est trouvée résumée dans une ou deux sentences lapidaires, symboles assez désolants de la subtilité réduite de nos dirigeants, de nos analystes et de nos penseurs, expressions de l’arrogance indécrottable des Occidentaux. « Bachar doit partir », « Pas de place pour Bachar dans l’avenir de la Syrie »…

C’est alors qu’intervient la « malédiction syrienne » qui aura sanctionné les décideurs, les faiseurs d’opinion, tous ceux qui avaient perdu une occasion de se taire. La liste est longue de ces imprécateurs qui expédiaient avec morgue Bachar Al Assad à La Haye, à Moscou, à six pieds sous terre, ou ailleurs, et qui concoctaient des plans sur la comète Syrie, en écrivant un avenir qu’ils ne verraient jamais. Combien ont répété la rengaine comme des perroquets des années durant avant d’être expédiés par les électeurs, par la providence ou par la justice immanente vers les poubelles ou les oubliettes de l’Histoire. Exit donc les innombrables bouffons et imposteurs « amis de la Syrie ».

Pour sa part, Bachar Al Assad est toujours là, incontournable, populaire chez lui comme bien d’autres en rêveraient…La Syrie, qui s’achemine vers une victoire décrétée « impensable » face à tant d’ennemis si puissants, est debout, alors que la discorde, fruit de la défaite, s’est installée dans le camp des agresseurs et que le chaos y règne en maître…

Pas besoin à la rigueur de croire au ciel pour admettre qu’il y a une « malédiction syrienne » qui a frappé et frappe les ennemis de cette « terre sainte » que « Dieu protège » (Allah hami-ha), mais il faut bien en tout cas parler d’une bénédiction syrienne. Ce qui est en train d’arriver est logique et juste, mais l’issue désormais attendue de cette guerre universelle constitue une sorte de miracle, même et notamment pour ceux qui ont eu foi en l’avenir.

Cette victoire, la Syrie l’aura amplement méritée ! Malgré tout ce que diront les esprits chagrins, quel peuple admirable, quelle armée d’exception ! Et on cèdera à la tentation de dire : s’il y a bien un homme d’État qui mérite d’être sur terre, c’est ce Président qui aura su incarner l’espoir, rester fidèle à ses alliances et conduire son pays vers la victoire.

La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix. Mais le vaillant pays qui a combattu pour nous a certainement toutes les capacités requises pour relever avec succès ce nouveau défi afin que cette guerre n’ait pas été « une guerre pour rien ». Ce qu’à Dieu ne plaise ! Ce sera une rétribution qui, bien mieux que la vengeance, paiera le sacrifice des innombrables victimes, les morts comme les vivants.

Michel Raimbaud

Ancien ambassadeur

Source : https://tunisitri.wordpress.com/2017/11/07/michel-raimbau...

 

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Annie Lacroix-Riz :

La Révolution d’Octobre, normale ou monstrueuse ?

 

1917 2017 c’est le centenaire de la révolution d’Octobre : Annie Lacroix Riz revient sur les causes, le contexte, le déroulé de la révolution soviétique, dans un article publié par la revue belge Le Drapeau Rouge, et en France par Initiative Communiste.

Annie Lacroix-Riz (née en 1947) est une historienne française, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII – Denis Diderot, notamment connue pour son engagement communiste de sensibilité marxiste-léniniste.

 

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La révolution d’Octobre est aussi logique que la Révolution française, qu’on ne peut expliquer qu’en décrivant, à l’exemple des grands historiens Albert Mathiez, Georges Lefebvre et Albert Soboul, la crise, de long et de court termes, de l’Ancien Régime féodal qui précéda et provoqua ce séisme.

 

Une longue situation prérévolutionnaire

Un pays arriéré, jeté dans le capitalisme entre l’oukase de 1861 abolissant le servage et la mise en coupe réglée de cette Caverne d’Ali Baba, depuis les années 1890, par les puissances impérialistes développées. La masse des paysans, plus de 80% de la population, fut soit privée de terre, soit enfoncée, plus gravement au fil des générations, dans la dette du rachat obligatoire des terres devenues « libres », à la superficie réduite à quasi rien (les paysans français avaient, eux, arraché en juillet 1793, au terme d’une lutte ininterrompue de quatre ans, l’abolition des droits seigneuriaux sans indemnité). La classe ouvrière issue de ce monde paysan misérable fut surexploitée par la grande bourgeoisie nationale et plus encore par les tuteurs de cette dernière, les grands groupes bancaires et industriels étrangers (français, britanniques, allemands, suisses, américains), qui, depuis l’ère du ministre de Witte, contrôlaient toute l’économie moderne.

Concentrée plus qu’en tout autre pays dans les grandes villes, avec sa capitale politique, Saint-Pétersbourg–Petrograd, en tête, avec l’énorme usine d’armement Poutilov, elle était combative : 40% des 3 millions d’ouvriers d’avant 1914 travaillaient dans des usines de plus de 1 000 ouvriers, et « la courbe des grèves » enfla sans répit du second semestre 1914 à février 1917, passant de 30 000 à 700 000 grévistes.

 

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Les manifestations de femmes ouvrières qui se déroulent à Petrograd en 1917 amorcent la révolution russe

 

La guerre russo-japonaise de 1904, insigne manifestation des appétits des grands impérialismes rivaux pour le pactole russe, s’était achevée, vu l’ineptie militaire du régime tsariste, sur un fiasco aussi cuisant que celui qui avait mis fin à la guerre de Crimée. Avec pour conséquence la révolution de 1905, dans laquelle Lénine, chef de la fraction « bolchevique » (majoritaire au congrès de Londres de 1903) du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), vit, après coup, « le plus grand mouvement du prolétariat après la Commune » et « la répétition générale » de celle de 1917. L’échec du mouvement fondateur des « conseils » (soviets), nouveau mode d’expression et de pouvoir populaires, fut suivi d’une terrible et durable répression : plus que jamais, l’empire fut une prison des peuples, chérie absolue du grand capital français prêteur de crédits garantis par l’État français et « tondeuse de coupons » 1. Cet échec retarderait de cinquante ans l’échéance d’une nouvelle révolution, à moins, pensait Lénine, d’une crise ou d’une guerre. La suite raccourcit les délais en conjuguant les deux.

Le système tsariste s’avéra aussi inepte qu’habituellement dans la conduite de la guerre générale. Sa chair à canon ne disposa même pas du minimum de munitions, la Russie fabriquant de 1914 à 1917 neuf fois moins de cartouches et fusils que nécessaire. Baisse de la production agricole de près du quart, gabegie des réquisitions, récoltes pourrissant sur les lieux de production, insurmontables problèmes de transport, catastrophe du ravitaillement : début 1917, même sur le front, la ration de pain ne dépassait pas la journée et les soldats-paysans (95% de l’armée) rentraient à pied chez eux. C’était pire en ville, à Moscou et Petrograd notamment. La faim fut « la cause immédiate de la révolution » de février 2. Celle-ci aboutit à l’abdication de Nicolas II, qui « avait fait l’unanimité contre lui ».

Une révolution logique

Les bolcheviques, exilés, comme Lénine (en Finlande), ou clandestins en Russie, étaient certes alors ultra-minoritaires. Mais ils cessèrent vite de l’être car le peuple russe, avide de réformes profondes, dut constater que son sort ne changeait pas. Il fut au fil des mois amèrement déçu par ceux auxquels il avait accordé sa confiance, tels les socialistes-révolutionnaires qui avaient depuis longtemps promis la terre à ceux qui la travaillaient. Même les paysans finirent par admettre, au tournant d’octobre 1917, qu’aucun autre parti que celui de Lénine, seul à démontrer depuis février sa capacité à tenir ses engagements, ne leur donnerait la terre et ne les libérerait de droit de la boucherie à laquelle ils avaient d’ailleurs commencé à se soustraire de fait depuis 1916.

Les historiens français des années 1970 montraient comment l’évolution de la conjoncture et des rapports sociaux avait en un temps record, entre août et octobre 1917 surtout, érigé les minoritaires de février en délégués exclusifs des « aspirations populaires ». L’universitaire René Girault a décrit ce processus dominé par deux questions, la terre et la paix. « À partir du putsch manqué du général Kornilov (fin août), l’évolution accélérée des soviets vers les bolcheviks, marquée par le passage de bon nombre de soviets urbains, de soldats et même de paysans à des majorités bolcheviques, montre que la constante opposition des bolcheviks à l’égard du gouvernement provisoire (et envers son “incarnation” Kerensky) remporte l’adhésion populaire ».

Le parti bolchevique réalisa dès la prise du pouvoir les réformes promises en « faisa[n]t basculer de son côté la grande masse de la paysannerie », sachant que « la confiance [que lui accordaient] les masses urbaines était beaucoup plus forte » que celle des paysans. L’analyse de l’historien socialiste rejoignait, soixante ans plus tard 3, celle du grand journaliste communiste américain John Reed, auteur des « Dix jours qui ébranlèrent le monde », chef-d’œuvre d’« histoire immédiate » de la révolution d’Octobre et de ses enjeux de classe qu’il faut lire et relire 4.

La coalition impérialiste contre les Soviets

Ce sont ces transformations effectuées avec autant de pragmatisme que de fidélité aux principes, selon Girault, qui assurèrent aux bolcheviques seuls (solitude qu’ils n’avaient pas voulue) la victoire finale dans une « guerre civile » qui, comme pour la Révolution française et toutes les « guerres civiles » depuis lors, fut d’origine et de financement surtout étrangers (comme l’atteste l’actuel cas vénézuélien). Ce n’est pas parce que les bolcheviques étaient des dictateurs sanguinaires haïs de leur peuple que, depuis 1918, « les forces armées de quatorze États envahirent la Russie soviétique sans déclaration de guerre », avec en tête « la Grande-Bretagne, la France, le Japon, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis », tuèrent plus de Russes que la guerre même, 7 millions d’« hommes, femmes et enfants », et causèrent des « pertes matérielles estimées par le gouvernement soviétique à 60 milliards de dollars », montant très supérieur aux « dettes tsaristes aux Alliés » et qui ne donna lieu à « aucune réparation » des envahisseurs, selon « le bilan » de Michael Sayers et Albert Kahn 5. Comme les aristocrates d’Europe coalisés en 1792 pour rétablir en France l’Ancien Régime et assurer chez eux la survie des privilèges féodaux, les groupes étrangers qui avaient fait main basse sur l’empire russe et les États à leur service plongèrent à nouveau la Russie dans trois ans de chaos pour conserver leurs trésors et s’en tailler de nouveaux, telle la Royal Dutch Shell, qui comptait à l’occasion rafler la totalité du pétrole caucasien. Comme en France, la Terreur révolutionnaire ne fut que la réplique obligée aux assauts extérieurs.

L’étape actuelle de la démonisation de la Russie soviétique (ou non)

En comparant les révolutions française et russe, le grand historien américain Arno Mayer, professeur à Princeton, a confirmé ces analyses de Sayers et Kahn, futures victimes du maccarthysme 6. Si la France, a-t-il conclu, avait été une « forteresse assiégée » avant que la nouvelle classe dominante pût « s’arranger » avec les privilégiés contre-révolutionnaires de France et d’ailleurs, la Russie soviétique demeura un paria assailli de sa naissance à sa mort, et pour des motifs indépendants du caractère et des façons de Lénine ou de Staline 7. Exception, heureusement traduite, dans le paysage historiographique.

 

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Car les historiens « reconnus » présentent aujourd’hui la révolution d’Octobre comme le coup d’État d’un groupuscule anti-démocratique et assoiffé de sang, ou, au mieux, comme une entreprise initiale sympathique, confisquée par une « minorité politique agissant dans le vide institutionnel ambiant » et débouchant, ô horreur, sur « des décennies de dictature » et sur « l’échec soviétique [marquant] l’échec et la défaite de toutes les formes historiques d’émancipation du XXe siècle liées au mouvement ouvrier » : ces jugements respectifs de Nicolas Werth et Frédérick Genevée, dans « Que reste-t-il de la révolution d’Octobre? », hors-série de L’Humanité publié à l’été 2017, confirment les regrets officiels du PCF sur son passé « stalinien » dès la publication du « Livre noir du communisme » de 1997 du tandem Stéphane Courtois (successeur de feu François Furet)–Nicolas Werth.

Écho significatif du tournant antisoviétique et pro-américain des manuels français d’histoire du secondaire négocié dès 1983, qui frappa l’URSS 8 puis la Révolution française : c’était la double obsession de Furet, historien sans archives dont « ceux d’en haut », en France, aux États-Unis et dans l’Union européenne, Allemagne au premier chef, usèrent tant des services 9. Après la chute de l’URSS et ses suites, l’extension considérable de la sphère d’influence américaine en Europe, la criminalisation de l’URSS s’imposa d’autant plus aisément que presque tous les anciens partis communistes avaient cessé d’y résister.

L’historiographie dominante est alignée sur la propagande anti-bolchevique et russophobe déversée depuis la fin de 1917. Mais on peut encore confronter la litanie des grands médias et de leurs historiens fétiches aux nombreux travaux scientifiques qui ont décrit correctement la révolution d’Octobre. Les lire sur l’événement majeur du XXe siècle permet d’aspirer une grande bouffée d’air frais. N’hésitez pas…

 

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Note du Saker Francophone : Cet article permet d'introduire l'interview à suivre de Mme Lacroix-Riz. Il est publié sur notre site dans la suite des textes parus en septembre, 100 ans après le coup d’État bolchevique, présentant la vision de différents auteurs sur cette révolution, Emmanuel Leroy, Valérie Bugault, Youssef Hindi et Lucien Cerise. Enfin, Mme Lacroix-Riz a accepté aimablement de répondre à quelques questions.

 

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Annie Lacroix-Riz : Révolution d’octobre et Révolution française : mythes et réalité historique.

 


 

Interview d’Annie Lacroix-Riz

par Le Saker Francophone  - 30 octobre 2017

 

Le Saker francophone : – Est-ce que cet anniversaire de la révolution russe n’est pas finalement une excellente occasion de remettre l’Histoire sur le devant de la scène ? On a l’impression que l’Histoire cachée sous le tapis du confort matérialiste ressurgit de tous les côtés comme celle de la création de l’UE à l’occasion des dernières élections présidentielles ?

Annie Lacroix-Riz : – L’Histoire n’a en France pas si souvent été « cachée », elle est plutôt sur le devant de la scène, et tout ou presque est l’occasion d’en faire ou de faire semblant d’en faire : bicentenaire de la Révolution française, « mémoire » de la colonisation, centenaire de la Première Guerre mondiale, anniversaires de 1944, de 1945. On peut noter cependant la discrétion de violette sur l’anniversaire, en 2008, de la conférence de Munich de septembre 1938, silence d’autant plus singulier que toute campagne de propagande contre un « ennemi » présenté comme égal à Hitler ou pire, depuis plus de 60 ans (Nasser en 1956, Milosevic dans les années 1990, les Russes à toute occasion, la Syrie depuis 2011, etc.) offre l’occasion de tonner contre « l’esprit de Munich » supposé animer un Occident naïf et «faible » face aux menaces des « États voyous » (les Rogue States chers à la présidence des États-Unis).

Mais cette histoire est maniée par la grande presse et ses « experts » historiques à une sauce qui en masque le plus souvent l’essentiel ou qui transforme en son contraire la réalité historique pourtant établie par le travail sur les sources originales. La nouveauté des dernières décennies, en France, est que l’Histoire, qui a été et demeure un enjeu politique décisif, et qui si elle est diffusée au grand public davantage qu’autrefois, ne l’est plus guère que sous une forme qui correspond aux intérêts des puissants. Elle est présentée avec la collaboration permanente d’historiens bien-pensants, régulièrement invités, seuls admis aux « débats » dont tous les protagonistes sont toujours d’accord (les absents étant régulièrement qualifiés de « complotistes »), aux présentations de documentaires et d’émissions télévisées ou radiophoniques : les historiens officiels ou officieux jouent aujourd’hui le rôle dans la propagande des classes dirigeantes que jouaient avant-guerre les universitaires des facultés de droit et de sciences économiques, qui se mettaient souvent au service direct du grand capital. Lequel, en juillet 1936, dans une phase de propagande patronale intense à destination du public, plaça même l’un d’entre eux, le cagoulard Claude-Joseph Gignoux, à la tête (apparente) de la Confédération générale du patronat français.

Les effets de cette mise en avant sont d’autant plus graves que notre enseignement historique a été simultanément cassé, par une politique d’ailleurs conduite à l’échelle de l’Union européenne, très bien analysée par mes collègues, professeurs de l’enseignement secondaire, Gisèle Jamet et Joëlle Fontaine, dans leur ouvrage « Enseignement de l’histoire. Enjeux, controverses autour de la question du fascisme », 10. Une historienne américaine qui a depuis abandonné ce métier, Diana Pinto, avait relevé il y a plus de 30 ans la brutalité de l’offensive antisoviétique et pro-américaine dans l’historiographie française : elle avait été surprise par le « zèle de surenchère » d’une « conversion intellectuelle à l’anti-soviétisme » et au « pro-américanisme » en cours dans les manuels de fin d’enseignement secondaire, qui depuis l’après-guerre s’étaient en général montrés bienveillants pour les Soviets vainqueurs militaires du IIIe Reich et tièdes envers l’impérialisme américain 11. Certes, Diana Pinto était heureusement surprise de cette soudaine détestation de l’URSS par les historiens français (et fâchée contre les géographes qui restaient trop russophiles). Mais à mon avis, un tel article est impubliable aujourd’hui : sa franchise ferait scandale dans le Landerneau du conformisme, dont l’APHG (l’association des professeurs d’histoire géographie) est devenue une sorte de porte-parole.

La croisade n’est donc pas nouvelle mais elle a été rendue plus efficace par le succès de cette classe « européenne » de l’enseignement historique et par l’utilisation directe de l’histoire et des historiens académiques, à l’échelle européenne voire internationale : pensons aux énormes moyens dont a été dotée la campagne politique de lancement et de diffusion du « Livre noir du communisme », événement suivi depuis lors par d’autres lancements tapageurs centrés sur le caractère monstrueux de Staline et du socialisme soviétique, et accréditant le thème de l’identité nazisme–communisme. Et surtout, cette offensive ne rencontre quasiment plus de résistance. Le mouvement progressiste, et singulièrement le parti communiste, avait depuis sa naissance, et plus encore après la Deuxième Guerre mondiale, permis l’accès à un public limité mais non négligeable d’un courant historique scientifique marxiste, par différents canaux, sa propagande courante via sa presse, la formation de ses militants, la production de ses éditions, notamment les Éditions sociales.

Ce courant a disparu, non seulement parce que les éditions du PCF ont subi les conséquences de son considérable affaiblissement politique et de sa ruine consécutive, mais aussi parce que ce parti a accepté de se situer seul du point de vue de l’historiographie dominante (ou de la propagande historique dominante) : il s’est battu la coulpe à l’époque de la publication du « Livre noir du communisme » (1997) et n’a jamais cessé depuis. Il n’est que de lire l’ahurissant « hors-série » de L’Humanité de l’été 2017 sur le centenaire de la Révolution d’Octobre (évoqué dans l’article que vous avez reproduit), au titre très en vogue mais absolument a-historique (« Que reste-t-il de la révolution d’Octobre ? », mots soulignés par moi). Il n’a été fait appel qu’aux historiens partageant cette hostilité envers l’URSS et le passé communiste, qu’ils soient membres ou sympathisants du PCF ou anticommunistes et antisoviétiques notoires.

Il est piquant de noter que les historiens de la première catégorie sont parfois, tel le responsable des archives du PCF, Frédérick Genevée, beaucoup plus négatifs que ceux de la seconde catégorie, telle la collègue qui m’a succédé à Paris 7, Sophie Cœuré, auteur d’un texte plus modéré que sa production habituelle. L’article « Ces Français de Russie qui firent le choix de la révolution » est plutôt factuel, différent du ton des travaux habituels de l’intéressée, qui portent, non pas sur la réalité de l’URSS mais sur la littérature d’entre-deux-guerres des Français durablement séduits par le bolchevisme ou (surtout) transfuges du bolchevisme devenus croisés antisoviétiques. Car les travaux de Sophie Cœuré et leur affichage médiatique (systématique, notamment sur Mediapart) révèlent une vraie détestation du bolchevisme, des bolcheviques et de l’URSS.

Son principal ouvrage, « La grande lueur à l’Est », Paris, Seuil, 1999 (dont elle a confirmé l’orientation en présentant avec Rachel Mazuy, « Cousu de fil rouge. Voyage des intellectuels français en Union soviétique. 150 documents inédits des Archives russes » 12, manifeste une immense admiration pour les « témoins lucides, Victor Serge, Boris Souvarine, Pierre Pascal » : ceux qui ont rompu avec l’URSS (et dont elle ne décrit pas les modalités de l’exploitation systématique par le grand patronat français dès leur rupture) ; il professe en revanche un grand mépris pour les intellectuels restés pro-soviétiques, érigés en benêts. Sa bibliographie est idéologique, politique extérieure comprise 13. Mme Cœuré va jusqu’à reprocher à l’État français d’avoir entretenu des relations diplomatiques avec un État criminel qu’il aurait laissé libre d’organiser sa propagande en France sans mettre en place contre lui la « contre-information » indispensable (remarque hautement comique dans un pays où l’anti-soviétisme a tout submergé depuis 1918 au plus tard).

Je laisse vos lecteurs réfléchir sur le sérieux de cet extrait de sa conclusion qui atteste au moins autant d’ignorance sur les réalités françaises que soviétiques (je vous renvoie à mon ouvrage « Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930″ 14 : « Les gouvernements de la IIIe République acceptent l’instauration de rapports inégaux dans les domaines de la presse ou de la présence diplomatique. Aucune contre-information systématique n’est organisée. Car, jusqu’au Front populaire peut-être, la France ne semble pas menacée directement. La primauté de l’enjeu intérieur explique largement l’indifférence aux souffrances des peuples soviétiques. Concevoir et comprendre cette violence massive, inédite, sans justification militaire aucune, aurait demandé aux hommes et aux femmes de l’époque, imprégnés des logiques de la guerre mondiale, un effort qu’ils n’étaient pas prêts à faire, ou qu’ils n’étaient pas en mesure de réaliser. » (op. cit., p. 294).

Mme Cœuré est régulièrement appelée à montrer avec quelle précocité les méchants bolcheviques martyrisèrent un peuple si avide de démocratie : dans le « débat » de Médiapart du 4 octobre 2017 15, le malheureux Christian Salmon doit rappeler, vers 55 minutes (sur une heure) – alors que l’animateur (François Bonnet) a tonné contre le délire massacreur de Lénine en 1918 et que Sophie Cœuré a dit son désespoir que les bolcheviques eussent si vite étouffé les « ébullitions démocratiques » nées de la si prometteuse révolution de février –, que la Russie soviétique est alors envahie par 18 pays étrangers (en fait, c’est 14, dont notamment la France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, les États-Unis), ce qui perturbe le fonctionnement « normal » de la démocratie. L’Humanité a évincé tout historien non antisoviétique (pour un motif ou un autre), et sollicite des intellectuels au rôle essentiel dans la croisade antisoviétique, mais dont l’autocensure pour l’occasion interdit aux lecteurs de L’Humanité de soupçonner la véritable problématique sur les Soviets.

Certes subsiste un courant historiographique critique, qu’on trouve disséminé parmi de vaillants petits éditeurs, parmi lesquels Le Temps des cerises, Delga, et tel grand éditeur accepte de publier, çà et là, un ouvrage qui détonne (j’ai eu la chance de bénéficier de telles exceptions depuis les années 1990). Mais c’est un minuscule ruisseau en regard des machines de guerre déployées tous les jours par la grande presse écrite, par la radio et la télévision, en compagnie des « historiens du consensus » (expression d’un excellent spécialiste américain du fascisme français, Robert Soucy). Ce qui vaut pour les Soviets vaut aussi pour l’histoire de Vichy, de la Résistance, de l’épuration, qui ont fait l’objet depuis une vingtaine d’années d’une droitisation radicale : certains grands éditeurs, tels Perrin et Tallandier, s’en sont fait une véritable spécialité 16. Ce courant « révisionniste » droitier, très respectueux envers nos élites, qui brocarde le « résistancialisme » (sic) ne cesse de grandir : pourvu d’un écho éditorial et journalistique considérable, il seconde efficacement des carrières universitaires difficiles dans la terrible conjoncture actuelle des sciences sociales.

– Vous postulez que l’on ne peut comprendre l’histoire qu’à travers la lutte des classes. Peut-on avoir aussi une autre grille de lecture, par exemple avec l’énergie ? N’est-ce pas la quantité, la densité et la fluidité de l’énergie qui façonne le monde ? La lutte des classes venue avec l’industrialisation n’est-elle pas qu’une construction sociale éphémère qui disparaitra avec le début de la fin des ressources fossiles ?

– La lutte des classes n’exclut en aucun cas d’autres aspects constitutifs de l’histoire, tel le développement des forces productives, auquel elle est étroitement liée et qu’elle infléchit. C’est aussi sous l’effet des luttes de classes que les forces productives et les modes de production ont évolué, et ce bien avant l’apparition du capitalisme. Pourquoi croyez-vous qu’un beau jour l’esclavage, qui avait donné lieu à de terribles révoltes, dont nous ne connaissons qu’une petite partie (Spartacus n’est évidemment pas un exemple unique des troubles provoqués par l’esclavage antique), est devenu impossible ? Pourquoi le système russe, qui s’était si longtemps accommodé du servage, a-t-il dû y renoncer et s’aligner en 1861 sur le modèle capitaliste de calcul des prix de revient ?

Il faut en finir avec les décennies d’ignorance qui nous ont fait oublier le sens exact du terme de classe, concept qui se définit par des sources de revenu objectivement antagoniques : le salaire et le profit varient objectivement en sens inverse, réalité qui oppose objectivement le prolétaire et le capitaliste, comme cela avait été le cas dans le mode de production féodal entre la rente seigneuriale et le revenu du paysan. Il faut relire Marx et Engels, notamment « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État » (1884) : les luttes de classes ont commencé avec l’apparition des classes, c’est-à-dire quand une minorité s’est appropriée un produit qui avait été commun à l’ère du « communisme primitif » ; la différenciation entre classes est établie dans les civilisations les plus anciennes connues par l’écriture et les fouilles archéologiques, Mésopotamie, Égypte, etc.

Les luttes des classes ne sont pas « éphémères » et elles ne datent pas de l’apparition du capitalisme ou de son triomphe comme mode de production dominant. Qu’on produise au bois, au charbon ou à l’énergie nucléaire, la question de la propriété de ces moyens de production demeure fondamentale. À quel titre pourrait-on considérer la propriété de l’énergie aujourd’hui comme une question secondaire ? Celle de l’accès à la santé publique et aux médicaments serait-elle indépendante du statut des groupes pharmaceutiques ?

– À 47’40, vous parlez très justement de guerre civile extérieure. Un peu plus tôt, vous critiquez la position des Chouans d’avoir été le parti de l’étranger, comme les nobles d’ailleurs, avec le complot des prisons. Ne peut-on pas aussi dire que d’une certaine manière, les révolutionnaires eux-mêmes représentant la bourgeoisie l’ont été directement et indirectement par des courants maçonniques anglo-saxons notamment ? Ou par l’idée de l’enrichissement par le commerce international ? Les Syriens ont par ailleurs aussi fait appel à l’étranger avec bonheur à cette heure. Finalement n’est-ce pas la qualité de l’étranger qui pose question plutôt que le principe même ?

– Le dirigeant radical Camille Chautemps, président du Conseil et pronazi notoire, définit devant les Anglais, fin novembre 1937, avec un cynisme parfait, l’excellente « guerre civile extérieure » déclenchée en Espagne contre le régime républicain par l’Axe, tuteur de Franco, qui allait triompher grâce à l’aide multiforme, pas seulement passive, des « démocraties » (France, Angleterre, mais aussi États-Unis). La France était d’ailleurs prête à recommencer, en compagnie de Londres, la même opération à propos de la Tchécoslovaquie alliée. On trouvera des précisions dans « Le Choix de la défaite », qui traite surtout du cas de la France, aux chap. 7 et 8, et dans l’ouvrage, malheureusement non traduit, de Douglas Little, « Malevolent Neutrality : The United States, Great Britain and the origins of the Spanish Civil War » 17, qui est très précis sur les responsabilités écrasantes des deux grandes puissances anglophones dans la victoire de l’Axe Rome–Berlin et de Franco.

J’ai traité de l’aide apportée par des privilégiés étrangers à des homologues menacés dans leur pays par une révolution qui venait de les déloger du monopole du pouvoir et de la propriété, en citant l’exemple de la Révolution française et celui de la Révolution d’Octobre. Il s’agit donc d’autre chose que de la question des influences extérieures exercées sur un mouvement, telles les influences mutuelles exercées par les classes bourgeoises de divers pays aux XVIIIe et XIXe siècles ; et d’autre chose que l’aide extérieure apportée par les dirigeants d’un pays étranger à des alliés, majoritaires dans leur pays, qui se trouvent en butte aux assauts d’alliés étrangers des anciennes classes dirigeantes chassées de leurs positions dominantes par la volonté populaire. La mise de tout sur le même plan (Rouges et Blancs, résistants et collaborateurs, nazis et communistes, etc.) ne saurait gommer l’essentiel : le contenu de classe des pratiques respectives.

Ce qu’on demande à un historien, c’est d’exposer le plus honnêtement possible, et sur la base des sources originales, ce qui s’est passé, c’est-à-dire d’établir les faits, leur cheminement, leurs causes. Ses préférences personnelles relèvent de sa responsabilité politique, et elles sont le fruit, elles aussi, de choix de classe : le soutien de ceux d’en haut ou celui de ceux d’en bas. Moi, et c’est actuellement rare dans le monde académique français en raison de la forte droitisation évoquée ci-dessus, je revendique plus de sympathie pour le peuple qui se défend, éventuellement avec l’aide d’amis étrangers, que pour les privilégiés qui tentent d’échapper à l’éviction que leur a infligée la majorité de leur population. Tout le monde réagit ainsi chez les historiens, souvent sans le dire ou en le niant.

Un prestigieux collègue, grand ami des banques et spécialiste des banques du XIXe siècle, un des créateurs dans les années 1990 de la « Mission historique de la Banque de France », a osé un jour me dire que je ne pouvais pas décemment être recrutée dans sa grande université de la banlieue Ouest où je souhaitais candidater, parce que j’étais « très » ou « vraiment engagée ». Je lui ai répondu courtoisement que je ne l’étais pas plus que lui, mais pas au service des mêmes, et que mon engagement ne mettait pas en cause ma complète indépendance à l’égard de mes sujets d’étude (ce qui n’était pas le cas de son « Histoire de la Banque de France » faite sur financement de la Banque de France).

J’ai assurément plus d’empathie

  • Pour les Soviétiques qui aidaient avant 1949 les Chinois à se débarrasser de leurs tuteurs vernaculaires (la clique Tchang-Kai-Chek et Song qui ruinait et affamait la population) et étrangers (les Américains, qui avouaient dans leur correspondance que cette clique était définitivement condamnée par un mouvement de libération des terres, disposant d’une majorité écrasante, général Marshall compris). Il avait été chargé de la question chinoise jusqu’à la fin 1946, avant de s’occuper de gérer l’Europe américaine, priorité immédiate car l’issue du dossier chinois était connue de tous les responsables américains dès 1945-1946 : la thèse « maccarthyste » des « taupes » du Département d’État responsables de la « perte » de la Chine relève de la pure propagande mensongère ;
  • Pour les Soviétiques aidant les Vietnamiens, qui avaient déjà, avec leur soutien politique et en armes, chassé le colonialisme français, à affronter l’épouvantable attaque américaine, projetée bien avant la signature des accords de Genève de 1954 que les États-Unis ont aussitôt violés ;

Pour les Russes, qui aident depuis plusieurs années les Syriens à résister à des assauts que les Américains avaient via le général Wesley Clark, dès 2007, annoncés contre les pays gaziers et pétroliers dont ils ne contrôlaient pas encore le produit. Après lecture du lien 18, chacun reconnaîtra que les plans affichés là ont été mis en œuvre.

Sur les interventions systématiques des États-Unis au service de leurs intérêts économiques et au mépris des intérêts économiques et sociaux de tous les peuples qu’ils assaillent, je recommande les excellents travaux, faciles d’accès et souvent traduits, du politiste américain William Blum. Il a d’ailleurs écrit une suite sur l’intervention américaine au Venezuela, dont les groupes pétroliers américains contrôlaient jusqu’à Chavez tout le pétrole : « Les Guerres scélérates » 19.

Notes

  1. Lénine, chap. 8 de « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme »
  2. Michel Laran, « Russie-URSS 1870-1970, Paris, Masson, 1973
  3. « Les révolutions russes », t. 5 de l’ »Histoire économique et sociale du monde », Léon Pierre, éd., Paris, Armand Colin, 1977, p. 125-142
  4. Paris, 10-18, réédition, 1963
  5. « The Great Conspiracy : The Secret War Against Soviet Russia », Little, Boni & Gaer, New York, 1946, traduit en 1947
  6. Liens : http://www.independent.co.uk/news/obituaries/michael-saye...; https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_E._Kahn
  7. Les Furies, 1789, 1917, « Violence vengeance terreur aux temps de la révolution française et de la révolution russe », Paris, Fayard, 2002
  8. Diana Pinto, « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », Historiens et Géographes, n° 303, mars 1985, p. 611-620
  9. « L’histoire contemporaine toujours sous influence », Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012
  10. Adapt-Snes éditions, Millau, 2016 (voir aussi mon ouvrage « L’histoire contemporaine toujours sous influence », Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012)
  11. « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », Historiens et Géographes, n° 303, mars 1985, p. 611-620
  12. Paris, CNRS Editions, 2012
  13. Le pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939 est réduit au pamphlet d’Yves Santamaria « Le pacte germano-soviétique », Bruxelles, Complexe, 1998, modèle d’histoire de combat idéologique, sans source aucune
  14. Paris, Armand Colin, 2010, passim
  15. https://www.youtube.com/watch?v=4rQlXw49xIA
  16. voir notamment « Troublante indulgence envers la Collaboration », feuilleton de 4 ouvrages : Denis Peschanski et Thomas Fontaine, « La Collaboration Vichy Paris Berlin 1940-1945, Bénédicte Vergez-Chaignon, « Pétain », Bernard Costagliola, « Darlan. La collaboration à tout prix », Claude Barbier, « Le maquis des Glières. Mythe et réalité », juillet 2015, p. 25, https://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/LACROIX_RIZ/53208
  17. Ithaca, Cornell University Press, 1985
  18. https://www.youtube.com/watch?v=zXcu29fFs2M
  19. Lyon, Parangon, 2004 (Killing Hope : « U.S. Military and CIA interventions since World War II », Monroe, Maine, Common Courage Press, 2003, édition complétée de son ouvrage essentiel, « The CIA : A forgotten history », Londres et New Jersey, Zed Books, 1986) ; « Freeing the World to Death : Essays on the American Empire » (Common Courage Press) , 2004 ; « America’s deadliest export : Democracy – The truth about US Foreign Policy and everything else » (Zed Books), 2013

Ajoutons que William Blum publie, à peu près mensuellement, en anglais, un « Rapport Anti-Empire », que l’on peut recevoir en s’abonnant à sa newsletter ou en le suivant ici : https://williamblum.org/aer/read/147 [NdGO]

_________  

Source d’origine : https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-deb...

Source : http://lesakerfrancophone.fr/annie-lacroix-riz-la-revolut...

 

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Annie LACROIX-RIZ

Le choix de la défaite : Les élites françaises dans les années 30

(2e édition revue et augmentée)

Paris, Armand Colin, 2010

688 pages

 

 

Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. » 

Annie Lacroix-Riz analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich. Cette affirmation incroyable paraît moins audacieuse à la lecture des archives, françaises et étrangères, relatives à une décennie d’actions des élites : militaires ; politiciens ; journalistes ; hommes d’affaires surtout, qui régnaient sur tous les autres, avec à leur tête la Banque de France et le Comité des Forges.

 L’autonomie des politiciens ou des journalistes relève ainsi du mythe, celle des militaires aussi. C’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914. Aujourd'hui, l’accès aux archives éclaire les causes intérieures et extérieures de la Défaite et permet « l’instruction du procès de la vaste entreprise de trahison » que réclamait Marc Bloch. 

La présente édition de l’ouvrage a été systématiquement revue et complétée à la lumière des nombreux fonds d’archives, ouvrages et articles consultés depuis 2006.

 

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John REED

Dix jours qui ébranlèrent le monde

Paris, Seuil, 1996

469 pages

 

 

 

Le livre

À Petrograd, l'état de siège vient d'être proclamé. Dans les salles du palais Marie, le Conseil de la république débat de la politique étrangère de la Russie, engagée aux côtés des Alliés dans la Première Guerre mondiale. Dehors, deux compagnies de junkers remontent la rue Morskaïa en chantant un refrain datant de l'époque des tsars, et de petits groupes s'efforcent de déchiffrer les innombrables proclamations collées sur la moindre surface plane : Tsik, soviets paysans, partis socialistes " modérés ", comités d'armée...

Au cours des grandes journées d'octobre 1917, John Reed a parcouru en toute liberté la "Capitale Rouge ", recueilli les analyses des principaux acteurs politiques, et écouté le peuple de Petrograd dans les cercles qui se formaient, dès l'aube, sur les places publiques, à la porte des boulangeries, à l'intérieur des casernes. De retour aux Etats-Unis, il rassembla dans ce livre l'essentiel de ses observations er revécut, dans l'urgence, cette " aventure " humaine dont il apparaît toujours, aujourd'hui, comme l'un des témoins les plus proches.

L’auteur

John Reed (1887-1920) américain, aventurier, reporter, observateur et ardent révolutionnaire communiste, a fourni un témoignage, documentaire et reportage sur la Révolution russe de 1917 qui confine au roman historique tant sa prose est prenante de vie et d'humanité.

 

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Réédition Tribord, 2012

624 pages

 

 

 

 

 

Présentation de l’éditeur :

John Silas Reed est un militant et écrivain américain né à Portland aux États-Unis en 1887 qui mourut à Moscou en 1920 en pleine révolution bolchevique à laquelle il était partie prenante. Journaliste et socialiste, il est connu comme l'auteur de deux reportages sur des révolutions : Le Mexique insurgé (1914) et le présent livre : Dix Jours qui ébranlèrent le monde (1919), ainsi que d'un reportage de guerre (La guerre dans les Balkans - 1916). Il y raconte la prise du pouvoir en Russie par les Bolcheviks sous la direction de Lénine. John Reed suivit ainsi les premiers temps de la révolution russe décrivant le parcours de plusieurs leaders bolcheviks, Grigory Zinoviev et Karl Radek principalement. John Reed meurt en 1920, après la publication de son livre. Seul Américain à être enterré au Kremlin auprès des plus éminents leaders soviétiques. Lénine en recommanda la lecture, écrivant en 1920 : « Voici un ouvrage que j'aimerais voir imprimé à des millions d'exemplaires et traduit en toutes langues, car il décrit de manière véridique et extraordinairement vivante des événements d'une importance considérable pour l'intelligence de ce qu'est la révolution prolétarienne, de ce qu'est la dictature du prolétariat. » Par contre Joseph Staline n'exprimera pas pareil enthousiasme. Son désaccord porte particulièrement sur Léon Trotski qui est magnifié comme un héros révolutionnaire, tandis que Staline lui-même est réduit à une silhouette secondaire et mentionné une seule fois dans une liste de noms. Inacceptable pour Staline : Le livre de Reed fut donc banni. Le livre de John Silas Reed est aujourd'hui un grand classique des événements survenus lors des premiers temps de la révolution russe de 1917.

Biographie de l’auteur ;

John Reed (1887-1920) américain, aventurier, reporter, observateur et ardent révolutionnaire communiste, a fourni un témoignage, documentaire et reportage sur la Révolution russe de 1917 qui confine au roman historique tant sa prose est prenante de vie et d'humanité.

 

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Arnold J. MAYER

Les furies : 1789 – 1917 Violence Vengeance Terreur

Paris, Fayard, 2002

650 pages

 

 

 

Présentation de l’éditeur

S'interroger sur la nécessaire violence d'une révolution n'est pas une réflexion neuve mais les réponses sont ici originales. Longtemps le modèle des révolutions fut français, puis vint la russe qui relégua la révolution française au rang de péripétie. Pourtant leurs points communs sont plus nombreux qu'on ne pourrait le croire et leur comparaison se révèle d'une grande richesse réflexive. Appuyée sur une documentation impressionnante, cette étude révèle à nouveau l'importance de la violence dans l'Histoire.

Biographie de l’auteur

Professeur à l'université de Princeton, Arno Mayer a publié plusieurs ouvrages de réflexion historique (« Persistance de l'Ancien Régime »; « La solution finale dans l'histoire »).

 

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100 ans avant la révolution Vélib, Lénine circulait à bicyclette à Paris…

Herboris – 6 novembre 2017

 

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Devant les trois appartements qu'il a occupés dans le 14ème arrondissement (c'est toujours émouvant pour des croyants comme nous d'y faire un pèlerinage, même une fois par an), on pouvait, il y a plus de 100 ans, voir Lénine entretenir ou réparer sa bicyclette sur le trottoir.

La préparation était nécessaire avant de se rendre ici ou là dans la capitale ou en banlieue pour étudier l'histoire de la révolution française à la bibliothèque, améliorer son français avec une amie, ou discuter dans les cafés du quartier dans lequel se tapissaient aussi des espions du Tsar…  

Voilà donc, non pas un médecin maoïste aux pieds nus, mais, un des rares philosophes au monde qui osait mettre ses mains dans le cambouis…  

Lénine ne se déplaçait qu'à bicyclette, parfois très loin dans l'Essonne où il a également vécu et travaillé (école des futurs cadres du Parti). Quand nous sommes allés faire un petit pèlerinage à Longjumeau, nous avons retrouvé sous son appartement un restaurant turc… aux employés duquel nous fîmes l'honneur de partager le pain quotidien. Très peu francophones, ils ne comprirent pas bien nos questions et remarques sur l'appartement :

-"Il y a un vieux monsieur là haut", nous dirent-ils

-"Pouvons-nous monter le visiter ?"

-"Non, non, ce n'est pas possible…"

Alors un client bien francophone s'immisça dans notre discussion et nous demanda de la manière la plus stupide au monde:

-"Vous cherchez un hôtel ?"

Alors, ayant soudain la question kurde à l'esprit, sans savoir très bien pourquoi, nous répondîmes:

-"Non, Monsieur. Nous disions simplement que dans l'appartement du dessus, avait vécu un grand révolutionnaire"….

ET comment ne l'aurait-il pas été. Il y a quand même une plaque commémorative sur le mur extérieur qui dit: "Ici a vécu et travaillé en 1911 V. Lénine, théoricien et guide du mouvement communiste universel, fondateur de l'Union Soviétique""

IMAGE (d'un film soviétique des années 80 sur son séjour à Paris): En revenant de Juvisy, et peut-être à Longjumeau (à vérifier), Lénine descendait à toute vitesse la rue de droite quand arriva une voiture en bas à gauche, au pied de l'établissement nommé "Le Singe Violet". Elle le heurta et cassa sa bicyclette. On peut le voir tenant la roue arrière à la main et maudissant le propriétaire; en fait un vicomte: "Que le diable l'emporte", écrivit-il par la suie à sa sœur à qui il a raconta cet accident historique. Il aurait même porté plainte avec un avocat. Il serait intéressant, en cette veille ô c combien sacrée d'anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre, si Lénine obtint effectivement des réparations de la justice bourgeoise de l'époque ou ce que cette affaire est devenue…

 

 

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Mis en ligne le 8 novembre 2017

 

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22:54 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

UN DRONE LARGUE LES AMARRES

 

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Un Drone largue les amarres

L’ANTIPRESSE, que nos lecteurs connaissent bien, s’adjoint, début janvier, une version papier à laquelle il vous est loisible de vous abonner. Pour savoir de quoi il retourne et comment faire, c’est ici :

http://www.antipresse.net/

Cliquer sur « Le Drone ? ».

En guise d’avant-première, voici l’essentiel du n° 101 de l’ANTIPRESSE, qui est aussi le n° 0 du DRONE

 

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NOUVELLEAKS par Slobodan Despot

 

POURQUOI IL NE SE PASSE RIEN

 

Nous nous sentons dépossédés comme citoyens, trompés comme électeurs, exploités comme consommateurs, empoisonnés comme patients. Notre environnement est tissé de faux-semblants. Malgré les catastrophes qui menacent et les révélations fracassantes sur la corruption du système, rien ne change, personne ne bouge. Pourquoi ? Sommes-nous tous paranos, ou notre monde se serait-il mis à marcher selon d’autres règles?

Voici un an déjà, un film documentaire essayait de donner un sens à cette suspicion que chacun rumine sans oser l’exprimer ouvertement. Hypernormalisation d’Adam Curtis est produit par la BBC et cela constitue un utile sauf-conduit. S’il provenait d’une petite production «alternative», il eût vraisemblablement fini au purgatoire du conspirationnisme.

Curtis est un reporter audiovisuel original, connu et primé. Souvent taxé de gauchisme, lui-même se reconnaît plutôt des penchants conservateurs-libertariens. Son dernier opus témoigne d’une ambition vertigineuse de compréhension du monde actuel, tant par sa thèse que par sa longueur (2h45). Il dépeint une «grande rupture» qui serait survenue, selon lui, à l’orée des années 1970, lorsque la société industrielle est devenue trop complexe et menaçait d’échapper à tout contrôle.

Le film s’ouvre sur une tempête d’images incohérentes. Entre absurde et horreur, le narrateur pose la question unique qui sera le fil rouge de son itinéraire à travers la postmodernité. Pourquoi ne se passe-t-il rien? Comment se fait-il que nous n’ayons plus aucune vision d’un avenir différent ou meilleur? Il livre d’emblée sa thèse, qu’il illustrera au cours de neuf chapitres en apparence éclatés:

« Politiques, financiers et utopistes technologiques, plutôt que de faire face aux complexités du monde, ont battu en retraite. Au lieu d’affronter la réalité, ils ont construit une version plus simple du monde. »

Pour les élites, c’était une manière de préserver et de conforter leur pouvoir. Pour les gens ordinaires, un oreiller de paresse:

« Nous les avons tous suivis, parce que la simplicité était rassurante. »

L’idée générale qui a germé dans les têtes de la technocratie anglosaxonne et de ses ramifications globales était qu’« on pouvait gérer le monde comme un système stable ».

Cette stabilisation impliquait la mise au rebut de la politique, trop aléatoire. Les structures de gouvernement devaient s’effacer devant les structures de gestion. Celles-ci consistaient, dans le monde occidental, en une alliance entre la haute finance et la révolution informatique, offrant d’emblée des moyens de surveillance et de contrôle inouïs à des conglomérats de puissance totalement opaques. Les ex-hippies régnant dans la Silicon Valley ont habillé cette main de fer d’un psychédélique gant de velours.

Résultat observable par tous: le remplacement global des produits universellement accessibles et organiques par des produits d’ingéniérie calibrés, brevetés et élevés hors-sol, qu’il s’agisse de tomates ou de gouvernants de synthèse du modèle Macron®. (1)

 

La réalité ? On n’en a plus besoin

La neutralisation des pouvoirs publics par les structures invisibles supposait donc la construction d’un univers de façade où les rites et les valeurs de la société «ancienne» apparaîtraient préservés, mais seraient désactivés comme des armes d’exposition. La gestion de la perception allait devenir une discipline ayant pignon sur rue, hautement lucrative pour les entreprises de relations publiques. La frontière entre finance et politique, politique et médias, science et fiction, manipulation et recherche, allait peu à peu s’estomper. Bref, au mensonge de circonstance allait succéder un mensonge structurel. Et, par-delà l’appareil de cerveaulavage médiatique, l’ensemble des élites allait y contribuer.

« Les militants, les artistes, les musiciens et toute notre contreculture devinrent parties intégrantes de la manipulation, parce qu’eux aussi s’étaient retirés dans un monde de faux-semblants. C’est pourquoi cette opposition n’avait aucun effet et n’induisait aucun changement. Mais ce repli dans le rêve allait permettre à des forces obscures et destructives de croître et de prospérer dans le monde extérieur. »

Comme dans l’URSS en phase terminale, la plupart des Occidentaux avisés savaient ou sentaient que le système courait à sa perte, mais se pliaient faute d’alternative à une version virtuelle et lénifiante de leur propre modèle. En Union soviétique, cette fiction gestionnaire (jusqu’à l’effondrement final) fut appelée, justement, l’hypernormalisation.

« Vous étiez tellement un rouage du système qu’il était impossible de voir au-delà. »

Lorsque les représentations médiatiques (au sens large, comprenant la formation, la recherche et les faiseurs d’opinion) sont calquées sur la réalité objective, elles sont variées et conflictuelles. Lorsqu’elles visent à entretenir un simulacre sur lequel tout le monde s’entend tacitement, elles vont nécessairement toutes dans le même sens.

D’où le remplacement du discours réaliste par un discours politiquement correct. D’où l’appauvrissement et l’abêtissement spectaculaires des programmes culturels, médiatiques et scolaires. Un effondrement qui se chiffre aujourd’hui en pertes sèches de quotient intellectuel dans les populations occidentales. La mutilation délibérée des capacités de mémoire et de discernement est compensée et masquée par une hypermoralisation générale et la multiplication de tabous de pensée et de langage. En quelques années, nous avons annihilé le travail de plusieurs siècles d’éducation à la raison.

Curtis illustre de manière saisissante l’emprise des fictions moralisantes sur la conscience commune. Il narre entre autres la montée en épingle d’un «méchant à notre goût» qu’on aimait à détester: Mouammar el-Kadhafi — bad boy narcissique et donc consentant à son rôle —, puis sa «rédemption» opportune au profit de l’Occident à la veille de l’invasion de l’Irak. Pour être subitement reconnu comme chef d’Etat honorable, et même comme philosophe, il lui avait suffi de revendiquer à la face du monde l’attentat de Lockerbie, dont tout le monde, à commencer par lui-même, savait qu’il n’était sans doute pas coupable !

On comprend pourquoi un « ennemi utile » aussi encombrant devait absolument être éliminé. Ce fut la mission, en l’occurrence, des services français, sous le couvert de lynchage par les milices locales. De même que — ceci n’est pas dans le film —, l’asset de la CIA Oussama Ben Laden devait disparaître sans laisser ni témoignage ni trace. Du coup, le seul «document» attestant de sa traque et de sa mort demeure le film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty. Un bon film… de fiction.

Dans le sillage de ces jeux d’ombres, l’actualité internationale ressemble de plus en plus à des numéros de prestidigitateurs ou de marionnettes, où d’épouvantables méchants occupent toute la scène avant d’être remplacés par d’autres une fois leur partition accomplie… et de disparaître (pour de bon) dans le néant. Ceausescu fusillé, Saddam pendu, Kadhafi empalé, Milošević sans doute empoisonné, Ben Laden jeté dans l’océan… pour que son Al Qaïda puisse redevenir un allié officiel de l’Occident!

A suivre au prochain numéro: *Une expérience personnelle: Guerre de Bosnie, 1992.

NOTE

  1. Savourer à ce propos la dernière bouffonnade «hors sol» du Conseil fédéral sur l’«ouverture» ultralibérale du marché agricole suisse.

 

HYPERNORMALISATION

Alan Curtis


 

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ANGLE MORT par Fernand Le Pic

 

LES ANTIFAS SANS CAGOULE

 

Ils frappent partout, mais semblent venir de nulle part. Ils dénoncent un «fascisme» omniprésent et fantasmé. Ils n’ont aucune existence juridique mais bénéficient d’incroyables indulgences judiciaires. Qui sont-ils ?

 

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Les Antifas se plaisent à revêtir le noir, toujours encapuchonnés et masqués comme les Black Blocks, dont ils sont l’avatar. Comme on le sait, la dénomination Schwarzer Block fut imaginée dans les années 1980 par la police de Berlin-Ouest pour désigner les Autonomes de Kreuzberg. Ce quartier jouxtant le «Mur» faisait encore partie du secteur d’occupation US jusqu’en 1990. Autrement dit, les Black Blocks sont nés dans un territoire sous contrôle militaire américain.

C’est important, car au même moment apparaissait aux États-Unis, plus exactement à Minneapolis (Minnesota) l’Anti-Racist Action Network (ARA). Ce groupe recrutait dans les mêmes éprouvettes punk et squat qu’au sein du laboratoire de Berlin Ouest. Entre scientifiques de l’agitprop, on collabore. Dissous en 2013 pour ressusciter sous le nom de Torch Antifa Network, le but de ce mouvement était, dès l’origine, de combattre le sexisme, l'homophobie, les idées anti-immigrationnistes, le nativisme, l'antisémitisme ou encore l'anti-avortement. Bref, quelques-uns des leviers de démantèlement d’une société traditionnelle bordée d’ignobles frontières, que l’on retrouve aussi bien dans les programmes officiels de la Commission de Bruxelles et de ses ONG-écrans que dans les feuilles de route de la galaxie Soros.

 

Les étranges filières de l’argent « humanitaire »

Mais on a beau se faire appeler du doux nom d’Anti-Racist Action Network, cela ne suffit pas : il faut des sous. En cherchant un peu, on les trouve en Alabama, du côté du SPLC (Southern Poverty Law Center), une ONG qui se targue, sur son propre site web, d’être la matrice de l’ARA. Autrement dit, la genèse des Antifas américains n’a évidemment rien de spontané. C’est à ce richissime SPLC qu’a incombé la tâche de créer cet ARA de laboratoire. Il est vrai qu’avec une dotation de financement de plus de 300 millions de dollars, le SPLC a de quoi voir venir, même si on retranche le salaire net de son président, qui émarge à plus de 300'000 dollars par an. C’est beau le « non-profit » politique au pays de l’oncle Sam !

Mais si ces gens-là ont les moyens, ils ne jouent pas pour autant la transparence sur l’origine des fonds. Il est vrai qu’on n’aime jamais trop raconter pourquoi ces fonds devraient transiter par les Iles Caïmans ni comment ils ont connu la tirelire d’un certain Bernard Madoff.

Mais pourquoi le SPLC? Très simple, en dehors de la défense de ses minorités préférées, la spécialité du SPLC est de ficher ses adversaires politiques, systématiquement qualifiés de « fascistes », qu’ils le soient ou non, puis de publier ses listes noires très élaborées et constamment mises à jour. Un travail de pro qui est devenu une référence du genre.

 

Et les barbouzes qui s’en mêlent

Ce modèle d’activisme et de fichage très professionnel ne vient évidemment pas de nulle part. Il est notamment issu du modèle imaginé par le mouvement Friends of Democracy qui était en réalité une antenne américaine des services secrets britanniques durant la Seconde Guerre mondiale. Son but officiel était de pousser les Américains à entrer en guerre, tout en fichant les récalcitrants, ce qu’il a continué à faire jusqu’à la fin du conflit.

Son organe de communication avait pour titre Propaganda Battlefront dont on peut encore trouver des copies en ligne.

 

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Georges Soros – Jared Kushner

 

On notera, juste en passant, que ce nom a été ranimé en 2012 par Jonathan Soros, fils de George Soros. Ce choix n’est évidemment pas un hasard.

Pour revenir à nos Britanniques, ces derniers furent également très actifs à domicile, puisque, toujours dans les années 1980, ils fondaient à Londres L'Anti-Fascist Action (AFA), recrutant là encore dans les mêmes milieux punk et squat. Le label «action antifasciste» avait quant à lui été inventé par les communistes européens des années trente. Une contrefaçon de marque politique non déposée qui présentait l’avantage de donner l’illusion d’une filiation légitime. (Il paraît que question détournement d’image, on sait très bien faire dans les services.)

A la veille de la chute du Mur, on voit donc bourgeonner aux États-Unis et partout en Europe les mêmes affiliations à un antifascisme « Canada Dry », qui a le goût et l’odeur de l’antifascisme communiste historique, mais pas une goutte de communisme dans sa composition chimique. Une façon de monopoliser l’usage de l’infamante étiquette « fasciste » contre tout adversaire d’un postcommunisme 100 % américanisé, tel qu’il apparaîtra dès 1989, avec la chute du Mur.

 

Une galaxie hors la loi

Il existe donc une raison objective à la simultanéité de l’apparition des Antifas ces années-là. Mais comme c’est encore le cas aujourd’hui, on se garda bien de créer la moindre structure juridique qui permettrait de remonter jusqu’aux organisateurs et financeurs avérés. Il vaut toujours mieux, surtout lorsqu’on travaille avec le grand banditisme. Un nom fut en effet exposé au grand jour pour ses liens avec la mafia de Manchester. Il s’agissait de Desmond « Dessie » Noonan, grand Antifa devant l’éternel mais surtout braqueur professionnel et chef de gang, soupçonné d’une centaine de meurtres (1). Outre ses responsabilités directes dans l’AFA, il fut également l’un des exécuteurs attitrés des basses œuvres de l’IRA. Il mourut finalement poignardé devant chez lui à Chorlton (sud de Manchester), en 2005.

Son frère Dominic Noonan prit le relais. Outre ses activités mafieuses, on le filma en train de diriger les graves émeutes de Manchester de 2011, dont le déclencheur fut la mort de son neveu, Mark Duggan. Ce dernier, soupçonné d’être impliqué dans un trafic de cocaïne, s’était fait abattre par la police le 4 août 2011, ayant résisté à son arrestation dans le quartier de Tottenham. Il s’ensuivit une semaine d’insurrection qui s’étendit jusqu’à Liverpool, Birmingham, Leicester ou encore le Grand Londres, faisant 5 morts et près de 200 blessés parmi les seuls policiers.

La porosité des services de renseignement, de la mafia et des activistes d’extrême gauche n’est pas sans nous rappeler le rôle des Brigades rouges dans le réseau Gladio, piloté par l’OTAN. Il se trouve que justement les Autonomes Ouest-berlinois de la guerre froide finissante étaient eux-mêmes affiliés au mouvement italien Autonomia Operaia (« Autonomie ouvrière »), très proche des Brigades rouges. Le monde est si petit !

 

Tout ce que la police n’ose pas faire

Mais le point commun le plus spécifique à tous ces Antifas du monde demeure le fichage. Derrière leurs épais écrans de fumée lacrymogène, leurs capuches noires et leurs casses de vitrines qui font toujours les gros titres, il leur incombe essentiellement de ficher en masse leurs adversaires politiques et d’en exposer publiquement les identités et les occupations, exclusivement sur la base de leurs opinions politiques ou religieuses. Une tâche qui est précisément interdite aux autorités, en démocratie.

Ces mouvements sont donc objectivement, à cet égard, des supplétifs des services de police et de renseignement. Ce qui explique notamment leur proximité, voire la facilité de leur noyautage, leur impunité ou encore l’extrême difficulté qu’on peut avoir à les identifier.

 

Le cas Joachim Landwehr

C’est par exemple le cas de Joachim Landwehr (28 ans), citoyen helvétique, condamné à 7 ans de prison le 11 octobre dernier par le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir, le 18 mai 2016, bouté le feu à l’habitacle d’une voiture de police grâce à un engin pyrotechnique, avec ses deux occupants encore coincés à bord. Une peine plutôt légère pour une atteinte à la vie de policiers.

On sait que Landwehr est lié au groupe suisse « Action Autonome », dont les mots d’ordre passent notamment par le site <rage.noblogs.org/>, dont 90 % du contenu relève du fichage, avec un degré de précision qui dépasse très largement les capacités d’une équipe d’amateurs, même à temps plein. On se demande d’ailleurs ce qu’attend le Préposé cantonal à la protection de données pour se saisir du dossier.

On sait également qu’il était présent lors de la manif antifa de Lausanne de mai 2011, et que c’est sans doute lui aussi qui a mis en ligne une petite vidéo de propagande à la gloire de sa promenade.

On sait enfin qu’il fut acquitté en août 2017 par le tribunal de police de Genève, alors qu’il y avait participé à une manifestation interdite.

 

Des agitateurs venus de la « haute »

En revanche, on connaît mieux les profils de ces complices parisiens. Par exemple, Antonin Bernanos, condamné à 5 ans de prison dont 2 avec sursis, est l’arrière petit-fils du grand écrivain Georges Bernanos. On reste issu d’un milieu plutôt cultivé et protégé chez les Antifas. On imagine que l’œuvre de l’illustre aïeul avait encore sa place dans les discussions familiales. Yves, le père du délinquant et réalisateur sans succès de courts-métrages, le confirmait lors d’une interview pour KTO, l’organe cathodique de l’archevêché de Paris, lequel diffusa d’ailleurs l’un de ces courts-métrages, par charité chrétienne sans doute. Mais on n’a pas trop de mal à comprendre que c’est sa femme, Geneviève, qui fait bouillir la marmite. Elle a la sécurité de l’emploi comme fonctionnaire. Elle est en effet directrice de l’aménagement et du développement à la mairie de Nanterre. Côté convictions, elle est fière de n’avoir pas raté une seule fête de l’Huma depuis ses 15 ans.

Dès l’arrestation de leurs deux fils (Angel, le plus jeune, sera mis hors de cause), Monsieur et Madame Bernanos ont arpenté les radios, les salles de rédaction, les collectifs et manifs en tous genres, pour dénoncer l’ignominie policière montée de toutes pièces par l’État fasciste contre leur digne rejeton. Ils ont reçu le meilleur accueil, notamment chez Médiapart. Ils ont même réussi à enrôler le vieux Me Henri Leclerc, qui osa comparer l’arrestation du jeune Bernanos aux fameux morts du métro Charonne, durant la guerre d’Algérie. Il arrive que les fins de carrières soient pathétiques…

Ce qui frappe, c’est la facilité avec laquelle les relais d’opinions se sont mobilisés en faveur d’un délinquant, dont on omet par ailleurs complètement de dénoncer le racisme, sachant que l’un des policiers qu’il attaqua était noir. Dans les réseaux deep-state, on assure donc autant le service après-vente que l’anesthésie morale.

Même milieu BCBG pour Ari Runtenholz, condamné aussi à 5 ans de prison assorti de sursis, pour avoir défoncé l’arrière de la voiture de police à l’aide d’un plot métallique. Lui, on le trouve classé 34ème de l’épreuve d’épée aux championnats de la fédération française d’escrime de 2013. Il pratique aussi la voile à Granville (Normandie) et participe à des régates officielles. Sports très popu, comme chacun sait.

Nicolas Fensch, informaticien sans emploi, détonne quant à lui par son âge (40 ans). Il prétend être arrivé là par hasard, alors que les vidéos le montrent s’acharnant à frapper le policier noir avec une tige, très semblable à un nerf de bœuf. La parfaite maîtrise du geste trahit néanmoins un entraînement certain. Qui est-il vraiment? Les policiers qui ont gaffé à l’audience sur le noyautage de la bande n’en diront pas plus. Il écopera aussi de 5 ans dont 2 avec sursis.

Il y a enfin le LGBT de service: David Brault, 28 ans, devenu mademoiselle Kara, sans adresse en France. Ce(tte) citoyen(ne) américain(e) a traversé tout spécialement l’Atlantique pour la petite fête improvisée. On se demande tout de même si ce n’est pas le SLPC qui lui aurait payé son billet et ses faux frais? Verdict : 4 ans de prison dont 2 avec sursis pour avoir lancé un plot métallique à travers le pare-brise dans le but d’atteindre les passagers. Pas très doux, le trans. Pendant les audiences, à l’extérieur du Palais de justice, plusieurs centaines d’Antifas viendront, comme il se doit, provoquer violemment la police, en soutien à leurs camarades de promotion. Il faut savoir garder la forme et les écrans de fumée.

 

Les confluences profondes

Mais casser de la vitrine ou du flic n’est pas tout. L’idéologie est là. A y regarder de près, elle n’a certes pas grand-chose à voir avec le marxisme, le trotskysme ou l’anarchisme, ni même avec les Gardes rouges de Mao.

Elle égrène en revanche tous les mots d’ordre qu’on lit ouvertement sur tous les sites des ONG-Ecrans du deep-state euro-atlantique et sorosien : défense des LGBT, de la théorie du genre, des migrants, du multiculturalisme, de l’ineptie des frontières, du voile islamique, et même du Kurdistan libre. Et l’inévitable complément : attaques contre Trump, Vladimir Poutine, le « régime » syrien alaouite, etc.

Dans les quincailleries en ligne des antifas, on trouve évidemment toute la panoplie du parfait émeutier connecté et tous les conseils pratiques qui vont avec. Un mode de propagation qui a très largement fait ses preuves depuis les révolutions de couleur. Une routine du « sans limite », car il faut quand même bien les motiver ces jeunes !

Et justement, c’est l’abolition des limites qui est la première condition à la jouissance de la grande casserie. Mais là n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est que, sous couvert de combattre un fascisme fantasmé pour les besoins de la cause, on fiche à tour de bras et on rend tout cela public. Et cela ne scandalise évidemment personne. L’agit-prop manipulée et noyautée par les «services» est donc un leurre. Pendant qu’on s’interroge sur les excuses sociales de leur violence urbaine, ou la qualification juridique de leurs crimes téléguidés, les soutiers de l’antifascisme constituent, là, sous nos yeux, une branche administrative de la police politique du deep-state, qui n’a rien à envier aux recrues de la Stasi.

 

NOTES

  • Sean Birchall, Beating The Fascists, Freedom Press, Londres, 2010.

 

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CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe

 

TOTALITARISME ET DIVERTISSEMENT

 

Le roman policier allemand – ou Krimi – fut prolifique sous le Troisième Reich. Participant à la politique de « divertissement » voulue par le régime, il pouvait être outil de propagande ou refuge de la résistance au régime.

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, les loisirs et le divertissement se sont multipliés sous le Troisième Reich. Considéré par le régime à la fois comme nécessaire pour divertir le peuple et comme potentiel outil de « propagande douce », le divertissement populaire échappa dans une certaine mesure à la censure. C’est particulièrement vrai d’un genre littéraire: le livre policier.

 

15. Platini Lire s'vader résister.jpgVincent Platini, spécialiste de littérature et du cinéma, est enseignant-chercheur à la Freie Universität de Berlin. Au printemps 2014, il a publié deux livres (1): Lire s’évader, résister. Essai sur la culture de masse sous le IIIe Reich (Éditions La Découverte), dans lequel il offre une lecture totalement inédite du régime nazi. Si la «haute culture» a bel et bien été mise au pas dès 1933 – le point culminant de cette mise au pas étant atteint dès le 10 mai 1933, avec l’autodafé organisé par des étudiants, enseignants et dignitaires du régime nazi de dizaines de milliers de livres –, le divertissement « populaire », considéré comme peu digne d’intérêt, a quant à lui joui d’une certaine liberté. Au grand dam des idéologues, la littérature populaire fut épargnée par les autodafés de 1933, qui visèrent principalement les opposants politiques, la littérature « dégénérée » ou « obscène » de Weimar.

16. KRIMI 1.jpgSecond livre: Krimi. Une anthologie du récit policier sous le Troisième Reich (Éditions Anacharsis). Accompagnée d’une longue introduction de Vincent Platini qui met parfaitement son sujet en perspective, cette anthologie propose des textes (extraits de romans ou nouvelles) inédits en français avec une présentation de chaque auteur et publiés dans l’ordre chronologique. L’ouvrage se termine par un « dossier critique » constitué de trois articles publiés entre 1937 et 1940 par des spécialistes du livre: deux bibliothécaires et un écrivain de roman policier.

Le profond mépris dans lequel les tenants de la culture institutionnelle, la « haute culture », tenaient le roman policier apparaît clairement dans le premier article du dossier critique, signé par le bibliothécaire Arnold Eichberg et consacré à la «psychologie du lecteur de roman policier». Il écrit en préambule qu’il ne s’agit pas là d’une véritable « lecture », mais d’une « occupation ». Déplorant que les lecteurs de roman policier se recrutent dans toutes les couches de la société, il considère que ce sont tous des « natures faibles et pessimistes », et que « […] tout homme doté d’un esprit vif et d’une profonde sensibilité repoussera ce remède bon marché, ou du moins il refusera d’en être un lecteur assidu […] ». S’il trouve encore quelques excuses aux lecteurs masculins de roman policier, il n’en va pas de même pour les femmes, sur lesquelles son jugement est sans appel : « […] nous pouvons affirmer que celle qui prend un "plaisir durable" à ces romans est une femme dégénérée. » Rien que ça !

Rien d’étonnant donc à ce que peu de traces subsistent des quelque 3'000 Krimis publiés entre 1933 et 1945, avec un pic en 1937-1938, avec respectivement 385 et 447 nouveaux romans mis sur le marché. Car après la Seconde Guerre mondiale, au mépris pour le genre lui-même s’ajouta, dans les quelques rares études qui lui furent consacrées, le soupçon – infondé – que les romans policiers publiés durant le nazisme étaient un outil de propagande et quoi qu’il en soit un produit culturel empreint de l’idéologie nazie, ayant par conséquent plus valeur de document que de littérature. D’ailleurs la seule bibliothèque publique spécialisée – la Kriminalbibliothek, fondée à Brême en 1999 – ne contient que des romans policiers publiés après 1965.

De plus, en Allemagne comme ailleurs, avant 1933 ce pan de la littérature était dominé par la production anglo-saxonne. Cette influence se poursuivra d’ailleurs durant la période 1933-1945: avec plus de 600 traductions publiées, le livre policier constitua ainsi le genre littéraire le plus traduit du Troisième Reich. C’est donc, pour beaucoup, un produit de l’étranger, avatar de la société bourgeoise et capitaliste et inconciliable avec le « véritable esprit allemand ». Entre 1933 et 1935, près de 60 % des Krimis publiés sont des traductions d’œuvres anglo-américaines (Agatha Christie et Arthur Conan Dyle, par exemple, sont plébiscités par les lecteurs). Pour limiter cette « entreprise étrangère », des mesures de censure et de restrictions sont prises. Dès 1938, la part des traductions s’amenuise d’année en année.

La littérature étant particulièrement surveillée par la censure, le roman policier (et le livre pour enfant) devient un refuge pour certains écrivains en délicatesse avec le régime, comme par exemple Erich Kästner (2).

Le livre le plus emblématique de cette résistance tapie dans le Krimi est sans doute Strogany und die Vermißten (3) d’Adam Kuckhoff (1887-1943) et Peter Tarin (pseudonyme d’Edwin Tietjens, 1894-1944), publié en 1941 par les éditions Universitas Verlag (Berlin). Tous deux membres du groupe de résistance allemand « L’Orchestre rouge », ces deux écrivains ont continué à publier jusqu’à ce que leur réseau clandestin soit démantelé par la Gestapo en 1942. Kuckhoff fut arrêté et exécuté par les nazis en août 1943. S’il en réchappa, Tietjens mourut peu après d’une crise cardiaque. Kuckhoff compte parmi les rares écrivains allemands à avoir opposé aux nazis une résistance politique et littéraire au sein même du Troisième Reich.

Le dernier texte de l’anthologie Krimi, coécrit par Adam Kuckhoff et John Sieg (4) (1903-1942), s’intitule Lettre ouverte au front de l’Est. Jamais éditée sous le Troisième Reich (5), cette lettre, probablement écrite vers le milieu de 1941, est la huitième d’une série de missives dactylographiées, imprimées en grand nombre et envoyées anonymement aux soldats sur le front de l’Est. On sort ici du genre «roman policier» au sens strict, avec un texte de combat, s’appuyant sur des faits historiques précis, mais au style littéraire très ciselé, qui en fait un objet à double tranchant, à la fois politique et poétique.

Krimi est un livre unique en son genre: il n’a pas d’équivalent, même en allemand. Et plus qu’une simple « curiosité », par un choix des textes basé sur des critères multiples offrant à l’arrivée une grande diversité, il fait émerger au fil des pages les divergences politiques exprimées de façon ambiguë, ce qui renforce encore l’intérêt du livre, le lecteur gardant sa liberté d’interprétation.

 NOTES

  • 17. L'EXTASE TOTALE.jpg

    Plus récemment, il fut le traducteur du passionnant livre de Norman Ohler L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue (Éditions La Découverte, 2016), préfacé par l’historien allemand Hans Mommsen.
  • Dont le roman Vers l’abîme, publié en 1932, fut brûlé en 1933, faisant passer l’auteur du célébrissime Émile et le détective (1929) du statut d’auteur adulé à celui d’écrivain honni. Resté longtemps inédit en français, nous avions salué la parution en français en 2016 de Vers l’abîme (Éditions Anne Carrière) dans le numéro 40 d’Antipresse (4 septembre 2016). Il est sorti depuis en poche (coll. « 10/18 »).
  • Les disparus de Strogany, jamais traduit en français, pour lequel Vincent Platini cherche un éditeur qui pourrait en financer la traduction et en assurer la publication… À bon entendeur…

Également arrêté par la Gestapo peu après Kuckhoff, John Sieg se pend le 13 octobre 1942 dans sa cellule de la Prinz-Albert-Straße à Berlin pour échapper aux interrogatoires de la Gestap

 

Elle fut publiée en 1963 dans un ouvrage d’études sur l’histoire et les effets des guerres de libération (Straube, Fritz [dir.], Das Jahr 1813, Studien zur Geschichte une Wirkung der Befreienkriege, Berlin, Akademie-Verlag).

 

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Le désinvité de la semaine

 

WALTER HABICHT : CONVOQUER LE MÉDECIN INTÉRIEUR

 

Le Dr Walter Habicht est un interlocuteur hors du commun. Ce médecin atypique ne nous préconise pas de «vivre avec la maladie», mais de retrouver les conditions de la santé.

Psychiatre, érudit, polyglotte, il a eu une destinée atypique qui l’a conduit à remettre en question nombre de dogmes de la médecine moderne. C’est grâce à lui et à ses contacts que j’ai pu réaliser mon mois de jeûne sur les rives du lac Baïkal, en mars-avril derniers.

Cet entretien passionnant fut réalisé dans son chalet d’Arolla, au fin fond des Alpes valaisannes, où il organise régulièrement des semaines de jeûne. Il y revient sur ses expériences de médecin de la Croix-Rouge en ex-URSS, les limites de la médecine traditionnelle face aux «maladies de civilisation», l’agressivité du système face à la pratique du jeûne, les ravages de la chimie...

Mais il nous rappelle surtout les vertus oubliées du «médecin intérieur» d’Hippocrate que nous portons tous en nous, que la médecine commerciale s’efforce d’étouffer — mais que le jeûne réactive.

Entretien audio réalisé par Slobodan Despot. A écouter sur Soundcloud.

 

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LA POIRE D’ANGOISSE par Slobodan Despot

 

ENTRE DIFFÉRENCE SEXUELLE ET ISLAM, LA FACULTÉ A TRANCHÉ

 

Ne dites plus que certains États musulmans punissent de mort la déviance sexuelle : vous risqueriez d’avoir affaire à l’Équipe d’intervention comportementale !

Le jeune Alfred MacDonald est de toute évidence un sujet turbulent. A l’université du Texas à San Antonio, on ne compte plus ses absences de classe. Et il semble aussi avoir la langue bien pendue. Face à une collègue étudiante qui lui annonçait ses fiançailles avec un musulman, il n’a pas trouvé d’autre mot de félicitation que de lui exprimer de vives réserves sur l’islam. Au motif somme toute futile et narcissique que dans dix pays musulmans, les bisexuels comme lui sont condamnés à mort et exécutés.

La discussion est arrivée aux oreilles du chef (pardon : de la cheffe) du département de philosophie, Eve Browning, qui l’a convoqué illico pour lui remonter les bretelles à cause de cette « offense », l’avertissant que son mauvais penchant à raconter tout ce qu’il pense pourrait « faire crouler tout le programme ». Enfin, elle a menacé de le faire traiter par l’Équipe d’intervention comportementale (sic) de l’université. On se croirait dans un cauchemar à l’héroïne de Philip K. Dick ! Mais il y a mieux.

Car le sournois MacDonald a enregistré en douce la conversation. La transcription est parue dans Gay Star News, et elle est fascinante. On la croirait tout droit sortie d’une antiutopie d’Orwell ou de Zamiatine. L’intimidation s’y allie à l’attaque ad personam et à l’argument d’autorité sans qu’un seul instant la « philosophe » ne concède le droit à son étudiant en philosophie, de critiquer l’obscurantisme islamique.

BROWNING : Ce sont des choses qui vous feraient renvoyer si vous travailliez dans mon bureau. Le commentaire sur l’islam vous ferait virer.

MACDONALD : … Serais-je vraiment renvoyé pour avoir dit qu’on pourrait me tuer quelque part ?

BROWNING : Dans cette situation telle que vous l’avez décrite, absolument oui.

MACDONALD : Comment ?

BROWNING : Ne posez même pas la question (…)

Ainsi donc, il est de plus en plus difficile — pour reprendre l’expression du professeur Steven Pinker —, de voir la différence entre une université et une madrassa. L’étudiant a eu le malheur de persévérer et a fini par quitter l’université du Texas (cet État progressiste où règnent par ailleurs les red necks et le Ku Klux Klan).

Nous sommes donc avertis désormais: si la cause LGBT est une vache sacrée dans le milieu académique, il en est une plus sacrée encore.

 

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SUISSE | Le ministre était un comique déguisé

 

Le Conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann est (bien involontairement) le plus célèbre des sinistres — pardon : ministres — suisses à l’étranger depuis que son allocution sur les vertus du rire est devenue virale... par le sérieux morbide avec laquelle elle fut prononcée.

Le Droopy national s’illustre encore une fois dans l’humour à rebrousse-poil en prônant la libéralisation du secteur agricole, en particulier par l’abaissement des barrières douanières.

C’est qu’il a sans doute omis de regarder par la fenêtre de son bureau. Le monde entier, à commencer par l’ONU, comptabilise désormais les ravages de l’agriculture industrielle globalisée. Les pays qui le peuvent renforcent les mesures protectionnistes. Sans compter un tout petit détail : le fait que ses compatriotes eux-mêmes viennent de voter en septembre dernier à près de 80% pour la sécurité (et donc l’autonomie) alimentaire !

Ach, petit oubli ! Cette démocratie directe, quelle poisse! Le geek Schneider-Ammann avait pourtant une panacée idéale à la concurrence débridée des géants agro-industriels qu’il s’apprête à relancer : la révolution numérique !

Paysans suisses, qui arrachez encore un peu de terre arable aux terrains à bâtir les plus chers du monde, numérisez-vous !

Encore une fois, il l’a énoncé sans le moindre clin d’œil, le plus infime sourire !

Avec ses faux airs de croque-mort recueilli, M. Schneider-Ammann incarne en réalité le bouffon idéal pour les puissances qui gouvernent le monde sans rendre compte à personne. Il ne nous écoute pas, mais au moins il nous amuse.

 

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Mis en ligne le 8 novembre 2017

 

 

 

 

 

22:49 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2017

EN PAUSE

0. PAUSE 1.jpg

                                 Forcée

 

 

À bientôt !

 

 

 

21:11 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/10/2017

LA PARTIE D'ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS -

1. croiseur_aurore.jpg

 

« LA PARTIE D’ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS »

 

(1)

 

Théroigne – L.G.O. 25 octobre 2017

 

Dans leur dernier chef d’œuvre en date, consacré à l’écrivain italien Curzio Malaparte (Morte come me, on vous en parle en fin de post), Rita Monaldi et Francesco Sorti évoquent la partie d’échecs qui a opposé pendant plusieurs jours de 1908, dans l’île de Capri, Vladimir Ilitch Lénine et Aleksandr Aleksandrovitch Bogdanov, sous l’œil attentif de Maxime Gorki.

Il nous a semblé que vous offrir cette page était une façon comme une autre de célébrer, avec nos très modestes moyens, ce que Malaparte – précisément – a qualifié de « fait de nature », semblable à l’« éruption d’un volcan ».

Dans ce livre du célèbre duo, une jeune poétesse anglaise a été trouvée morte au pied d’une falaise, après une brève rencontre avec Malaparte et un duel qui a opposé l’écrivain au Sturmbannführer SS Helmut Aichinger à propos de la jeune femme. Meurtre ? Suicide ? Accident ? On ne le sait toujours pas aujourd’hui. C’était en 1935. En 1939, certains ont accusé Malaparte de l’avoir tuée. La trame anecdotique de ce roman extraordinaire, fondé sur des événements historiques réels, raconte les efforts du « suspect », poursuivi par l’OVRA (police secrète de Mussolini) qui veut l’embastiller discrètement, dans le but de découvrir la vérité et se sauver ainsi d’une arrestation qu’il redoute définitive. Dans le chapitre ci-dessous, il va interroger Axel Munthe, médecin et romancier suédois, qui vit en solitaire à Capri, réputé aveugle, mais Malaparte sait que, derrière ses lunettes noires, le vieil homme y voit très bien. Malaparte a trouvé, dan sa « Maison comme moi » en construction - celle-là même où Jean-Luc Godard a tourné Le Mépris – un mystérieux échiquier sur lequel sont gravés les mots « Qui est comme Dieu » et « PAM ». Le Febo (Phoebus en français), dont il est ici question, est le célèbre chien de l’écrivain toscan.]


9. CASA COME ME - PUNTA MASSULLO.jpg

« Casa come me » - Cap Massullo, Capri,

léguée à la République Populaire de Chine mais captée par les héritiers de l’écrivain, à la suite d’un procès qui ne grandit ni la famille Suckert-Perelli ni les tribunaux italiens.

 

[…]

10. Axel Munthe.jpgMais, dites-moi, Malaparte, que puis-je faire pour vous ?

– Il y a quelques années, ici, à Anacapri, est morte une jeune fille anglaise, Pam Reynolds. Il semble qu’elle se soit suicidée en se jetant dans un précipice.

– Je m’en souviens. Ce fut une bien triste chose. On dit qu’elle s’est jetée de la falaise d’Orrico.

– Je voudrais vous confier quelque chose de très délicat, docteur Munthe. Mais j’aimerais avoir votre parole que vous n’en soufflerez mot à personne.

– Vous avez ma parole, Malaparte. N’oubliez pas que je suis un médecin. J’ai l’habitude du secret.

– Eh bien, quelqu’un essaie de monter un coup contre moi. On dit que j’ai quelque chose à voir dans la mort de Pam. Que peut-être même c’est moi qui l’ai tuée.

– Vous n’êtes pas sérieux ? Mais c’est horrible ! Comment puis-je vous aider ?

Je pris, sur une petite table octogonale, un des livres poussiéreux qui s’y trouvaient. C’était la traduction anglaise des mémoires de Munthe, intitulé Le livre de San Michele, parce qu’elles racontaient l’histoire de la construction de la villa San Michele.

– La villa San Michele… Que voulez-vous savoir ? C’est un morceau de ma vie. Je l’ai construite de mes propres mains, mais je n’y habite plus. Même les domestiques, maintenant, je les fais dormir ici. J’y vais de temps en temps.

Je lui montrai l’échiquier avec ses graffiti, que, jusqu’à présent, j’avais laissé emballé dans du papier. Je lui expliquai l’équivalence « Qui est comme Dieu = saint Michel ».

– Je ne comprends pas qui a voulu m’envoyer cet étrange message, dis-je pour conclure. Vous, qu’est-ce que vous en dites ? Peut-être la mort de Pam Reynolds a-t-elle quelque chose à voir avec la villa San Michele ?

Munthe se tut quelques instants. Je l’entendis frémir un peu, comme pour réprimer un éternuement. Puis, je me rendis compte qu’il riait. Nous étions tous les deux assis dans l’obscurité en train de parler d’un homicide dont j’étais accusé, et Munthe riait poliment, gentiment, comme seul peut le faire un cher, vieux médecin suédois.

– Mon pauvre Malaparte, mais vous ne comprenez pas ! L’allusion contenue dans cet échiquier est des plus claires et n’a rien à voir avec la villa San Michele.

– Et qu’est-ce qu’elle signifie, alors ?

– Vous savez ce qu’est la Construction de Dieu ?

 

Le bonhomme Lénine

Sans attendre ma réponse, il me conduisit dehors.

– C’est l’heure où les oiseaux chantent. Mes oiseaux, dit Munthe, d’une voix extatique, de prophète.

Nous sortîmes de la tour, dans la propriété de Munthe. La clarté du jour me blessa les yeux. Munthe, en revanche, passa de l’obscurité à la lumière comme si de rien n’était ; il était entraîné à rester des après-midi entiers dans l’obscurité, à recevoir ses visiteurs dans l’ombre, à percevoir courants et vibrations comme une chauve-souris, puis à sortir tout à coup avec ses chiens et ses oiseaux. Le parfum de la mer et de la résine des pins m’ôta des narines l’odeur douce et grasse du médecin suédois et de son faux musée. Nous fîmes quatre pas dans les pins et les arbustes, Munthe s’appuyant sur son bâton. Febo nous suivait en remuant la queue.

– Malaparte, vous êtes jeune. Vous ne connaissez pas Capri comme le petit vieux que vous avez devant vous. Ceux de mon âge ont vécu une période entre 1908 et 1910, quand vous étiez encore un enfant, où l’Europe était pleine de Russes. C’étaient des errants clandestins, qui avaient pris le maquis depuis des années, qui s’étaient enfuis de la mère patrie parce que la révolution de 1905, par laquelle ils avaient tenté de renverser le tsar, avait échoué. Ils cherchaient à tirer, depuis l’étranger, les fils d’une nouvelle révolution qui n’allait se réaliser que dix ou douze ans plus tard. Un de leurs chefs spirituels, pour ainsi dire, était le grand écrivain Maxime Gorki. Et Gorki, comme vous devez le savoir, vivait ici, à Capri.

Naples et l’Italie, à cette époque, grouillaient d’exilés russes, dit Munthe, et aussi de socialistes italiens, de nature plus ou moins subversive. La police italienne les contrôlait tous, mais ne pouvait avoir la main trop lourde, parce que les socialistes étaient fortement représentés au Parlement et dans la presse. Quand Gorki était arrivé à Capri, en novembre 1906, on avait vu, sur le mole, des centaines de Napolitains et de Caprais venus l’applaudir.

– J’ai rencontré Gorki. À Moscou, il y a sept ans, dis-je.

– Alors, il vous aura peut-être parlé de l’École de Capri, ou peut-être pas. Ce sont là des choses, cher Malaparte, que, dans le fond, tout le monde connaît, mais dont personne aujourd’hui ne bavarde volontiers. Et un jour viendra où on ne s’en souviendra plus. Ce n’est pas sans raison que Staline a fait tuer Gorki, comme tant d’autres.

À Capri, poursuivit Munthe, Gorki et d’autres exilés avaient fondé une véritable école révolutionnaire. Ils voulaient former les cadres dirigeants du parti qui organiseraient la révolution, celle qui devait être définitive, qui a fini par éclater en 1917. L’île devait servir de base stratégique, de centre de sélection du personnel politique et d’école de formation idéologique. Elle s’appelait, justement, École de Capri.

– Et excusez-moi, cher Malaparte, si je vous raconte encore des choses que vous savez peut-être déjà, mais un souvenir en amène un autre. Qu’est-ce qui reste à un pauvre aveugle comme moi ? Des souvenirs, rien d’autre que des souvenirs.

L’École de Capri n’était pas qu’un point de ralliement organisationnel. Gorki voulait créer une nouvelle culture, un nouveau savoir ouvrier et prolétaire, une idée du monde, de l’art, de la littérature, de la musique faite sur mesure pour les ouvriers, les paysans, les pauvres et les exploités. Il ne s’agissait pas seulement de les faire se rebeller, de les faire s’emparer des richesses des bourgeois et des aristocrates, il fallait créer une nouvelle idée du monde, de sorte que les révolutionnaires se voient, eux et les autres hommes et tout l’univers, de façon très différente et inédite.

– Cette opération s’appelait en russe bogostroitel’stvo, « Construction de Dieu ». Une idée perverse, mais très russe. Les hommes modernes, les constructeurs du futur, étaient destinés à avoir une religion de l’avant-garde, mais une religion terrestre, une religion athée qui ne se réalisât pas par la connaissance de Dieu mais par la formation de la société communiste. Vous comprenez ce que je dis quand je parle de religion athée, mon bon ami ?

– Oui, je le comprends, dis-je.

Je le comprenais parce que, à Moscou, j’avais connu des communistes comme Demyian Bedny, l’Ennemi de Dieu, le chef de la Ligue des besbojniki, les Sansdieu, qui écrivait des évangiles blasphématoires pour complaire à Staline.

– Gorki était le premier inspirateur de cette théorie, poursuivit Munthe, mais il y en avait d’autres avec lui. Le plus important était Alekzandr Bogdanov.

– Bogdanov était un grand cerveau. Scélérat peut-être, mais grand, dis-je.

– Oui, c’était un grand cerveau, répéta Munthe, le cerveau théorique de l’École de Capri. C’était un ennemi de la religion évidemment, parce qu’il restait toujours un communiste, donc un athée, un mécréant. Mais il voulait introduire la Construction de Dieu, l’Antireligion. C’était le moment exact pour le faire. Les Russes étaient affamés de révélations extraordinaires, le pouvoir les y avait habitués. En 1914, pour annoncer au peuple naïf qu’il allait y avoir la guerre, les militaires russes envoyaient tous azimuts des soldats habillés en archanges, avec des ailes en plumes et en carton attachées aux épaules, sur des chevaux blancs, attifés eux aussi de fausses ailes. Les Russes sont ainsi, à mi-chemin entre la morbidité, l’exaltation et le calcul politique.

Gorki était galvanisé par les idées de Bogdanov, dit Munthe. Il l’appela à Capri pour fonder l’École et lancer le nouveau marxisme, antiautoritaire, humanitaire, nourri par la littérature, par la philosophie et par la science. C’étaient des idées confuses mais proches de celles de la fameuse Fabian Society* anglaise, qui avait prospéré justement à cette époque. Petit à petit arrivèrent de Russie des douzaines de peintres, d’écrivains, de musiciens, de sculpteurs, d’hommes de sciences, mais aussi de simples ouvriers. Sur l’île, ils étaient accueillis, logés, nourris, soignés. Ils disposaient même d’une cantine et d’une infirmerie à eux.

– Ils se réunissaient chez Gorki, à la villa Behring, mais aussi à l’extérieur, au grand air, sur les plages, dans les grottes. Ils étaient souriants, détendus, enchantés par la beauté de l’île, de la mer, de Capri. Ils avaient presque l’air d’un groupe de joyeux touristes. Ils montaient des comédies dans les grottes de Capri, sur les plages, ils chantaient des chansons, composaient des bouts rimés et des charades en russe, en italien et même en anglais. Mais, bien à l’abri de leurs chambres, ils préparaient le bain de sang de la révolution, les attentats, les pillages, les vols à main armée, les mutineries, les massacres. Je sais que vous, Malaparte, avez écrit des livres sur Lénine et sur la révolution russe.

– J’en ai écrit trois, et plusieurs articles de Russie. Je connais aussi assez bien le russe.

– Donc, vous savez parfaitement que Gorki et Bogdanov faisaient partie des bolcheviques, majoritaires dans le parti, où montait depuis peu l’astre de Lénine. Mais, entre eux, il y avait une inimitié puissante. Et cette inimitié était aussi causée par l’École de Capri. Lénine s’inquiétait du projet de Bogdanov. Sa ligne politique avait un bien autre but que la Construction de Dieu. Pour lui, c’était une sottise bourgeoise, une déviation du projet révolutionnaire.

Munthe s’interrompit, regarda vers le haut et commença à siffloter, d’une façon inimitable qui lui était propre, à mi-chemin entre un ocarina, une flûte et une pendule à coucou. J’allais presque me mettre à rire quand, des arbres, s’éleva un chœur qui lui répondait. Les oiseaux répondaient à Munthe et non par deux ou trois, mais par douzaines. Lui les appelait, eux répondaient. L’incroyable dialogue se poursuivit pendant quelques minutes, puis Munthe me demanda : « J’adore parler avec les oiseaux. Vous ne parlez jamais avec les animaux, Malaparte ? »

– Parfois, oui. Je parle avec Febo.

Febo remua la queue, me regardant tout fier, il montra qu’il avait compris.

– Ah, bien, dit Munthe, un peu vexé de ne pas être le seul homme de Capri à communiquer avec les bêtes, et il poursuivit son récit.

Bogdanov était plein d’imagination et ardent, un feu de joie purificateur. Lénine, en revanche, était froid et coupant comme le nom de son journal clandestin, Iskra, « L’Étincelle ». Lénine méprisait Bogdanov. Il le prenait pour un utopiste et un hérétique. Il lui rappelait les socialistes anglais de la Fabian Society, qui disaient vouloir secourir les pauvres par esprit humanitaire et qui, pour Lénine, étaient des opportunistes, des espions de la bourgeoisie. Bogdanov, pour sa part, jugeait Lénine froid et incapable de soulever les foules, de les entraîner dans la lutte, de faire véritablement la révolution.

Puis, il y avait le problème de l’argent. Pour financer la révolution, Lénine manœuvrait des gangsters, des proxénètes, des trafiquants d’armes, des assassins, dont Staline lui-même, et l’argent affluait en abondance, au point que Lénine se permettait des voitures, des appartements de luxe à Paris, des hôtels et des vacances. Il pouvait se payer ses maîtresses et se rattraper ainsi de sa femme, très fidèles au parti mais froide et pédante.

– Tout de même, le groupe concurrent, de Bogdanov, dit Munthe, réussissait à accumuler lui aussi un beau paquet d’argent. Gorki, ici, à Capri, recevait de riches mécènes, des artistes, des armateurs. Des sommes énormes passaient par ses mains.

On ne pouvait pas continuer ainsi. Il fallait résoudre la fracture et se mettre d’accord sur l’avenir de la révolution, y compris sur la question essentielle des fonds, de la caisse commune. Gorki invita Lénine à Capri, où l’avait rejoint depuis un moment déjà Bogdanov, qui s’était installé à la villa Monacone, une des plus belles et panoramiques de l’île. Lénine tout d’abord hésita, puis accepta. L’objectif de Gorki était de réconcilier les deux âmes du parti, la léniniste et la bogdanoviste, en vue de la révolution. Mais comment s’y prendre ? Lénine était privé de sens de l’humour, rigide, pointilleux et méfiant. Bogdanov était un animal à sang chaud, impulsif, ardent. Dans une discussion face à face, on risquait l’irréparable. Gorki, alors, eut une idée : ne les faisons pas se parler mais jouer.

Lénine aimait les échecs Il se considérait comme un excellent joueur. Il avait appris les échecs en famille et continuait d’y jouer parce que cela le détendait. Dans la maison de Bogdanov, la villa Monacone, il y avait un échiquier (et quelle maison de villégiature n’en a pas ?), un bel échiquier de bois avec toutes les pièces prêtes pour la bataille. À vrai dire, il n’existe pas de sport plus agressif que les échecs. Bogdanov et Lénine pourraient se déchaîner à leur guise sans pour autant se déclarer ennemis et faire capoter la médiation de Gorki.

 

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Sur la terrasse de la villa Blaesus, de gauche à droite : Aleksandr Bogdanov, Maxime Gorki et Vladimir Lénine

 

La partie se tint en présence d’un grand nombre de révolutionnaires russes, élèves de l’École de Capri. Qui, pendant des jours, assistèrent à l’interminable rencontre entre les deux âmes du parti, sur la terrasse de la villa. De nombreuses photos en furent prises, pour célébrer l’importance de l’événement.

 

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Bogdanov (à droite) jouant avec Lénine (à gauche) sous le regard de Gorki (chapeau de travers) et de Lounatcharski (assis à côté de Lénine).

 

– Et comment a-t-elle fini, demandai-je ?

– Lénine a gagné.

– Et la médiation de Gorki

– Il n’avait pas été explicitement prévu que la partie d’échecs déciderait aussi de la partie politique, mais, de fait, il en fut ainsi. Dans le mouvement marxiste, c’est la ligne de Lénine qui prévalut, et Gorki s’aligna. L’École de Capri, lentement, se dépeupla. En 1913, Bogdanov retourna en Russie, profitant de l’amnistie accordée par le tsar. En 1917 éclata la révolution, et le tsar fut renversé. Mais Bogdanov n’adhéra pas à la révolte, parce qu’il était opposé aux crimes commis par les léninistes. Après la chute du régime tsariste, il fut mis à l’écart pour un certain temps et finit même en prison. En 1924, Lénine mourut et le pouvoir passa à Staline. Gorki se vendit au régime, dont il justifia tous les crimes. Pour toute récompense, Staline le fit tuer avec une bactérie fournie par les services secrets. Et nous en arrivons ainsi à trois ans d’ici à peine : 1936.

– Comment pouvez-vous dire que c’est Staline qui a tué Gorki ?

– Gorki est mort d’une étrange pneumonie et, étrangement, son fils aussi, que Staline détestait, est mort de pneumonie. Deux semaines auparavant, tous les domestiques de Gorki, jeunes et sains, avaient été frappés de pneumonie. Curieux, vous ne trouvez pas ? Je suis médecin, et je me méfie des situations aussi anormales. En outre, Lénine est venu à Capri deux fois, la première, en 1909, la seconde en 1910. La seconde fois, il y est venu avec Staline, qui était incognito, sûrement pour prendre quelque accord secret avec Gorki aux dépens de Bogdanov.

 

13. Staline en 1910 - Dossier criminel après arrestation à Bakou, Azerbaïdjan.jpg

Staline en 1910… prisonnier – Dossier criminel établi lors de son arrestation à Bakou, Azerbaïdjan.

 

– Alors, c’est vrai ce qu’ont écrit les journaux, même Staline est venu ici ?

– Bien sûr. Il savait que, pour mettre fin à l’École de Capri, il fallait venir sur les lieux, parler avec Gorki.

Mais Gorki, vieux, était désormais inutile. C’était devenu un romancier frustré et fatigué, célébré par le régime mais sans liberté et, tous comptes faits, malheureux. Il avait fini par approuver publiquement la haine de classe, la répression, les massacres.

– Il avait été le spectateur incommode de trop de choses. Un héros mort leur convenait mieux qu’un témoin vivant. Et ils l’ont fait éliminer, dit Munthe.

– Il y a sept ans, à Moscou, outre Gorki, j’ai rencontré un grand nombre de gros bonnets, Lounatcharski, Maïakovski…, j’ai côtoyé des agitateurs et des bureaucrates, je suis allé au théâtre avec Karakhan, avec Florenski, avec Kalinine… Mais personne ne m’a jamais rien dit de cette histoire de partie d’échecs.

– Évidemment. Elle ne devait pas arriver à trop d’oreilles. Vous doutez de ma parole, Malaparte, Allez, allez le demander aux Caprais. Et vous verrez qu’ils vous confirmeront tout.

– Donc, l’inscription « Qui est comme Dieu » se rapporte aux discussions qui ont eu lieu à Capri entre Lénine et Bogdanov : la révolution froide et impitoyable de Lénine contre celle, humanisée, chaude, de la Construction de Dieu de Bogdanov et de Lounatcharski ? C’est ainsi, docteur Munthe ?

– Cette phrase, à mon avis, n’est qu’une simple remarque écrite par quelque bon à rien. Ou peut-être, qui sait, par Gorki lui-même. Mais elle a été écrite sur l’échiquier du grand défi Lénine-Bogdanov. Votre échiquier, cher Malaparte.

– Un moment. Vous, comment expliquez-vous la présence du nom de Pam Reynolds sur l’échiquier ?

– Malaparte, vous me décevez. Vous savez le russe et vous vous noyez dans un verre d’eau ! Ce mot PAM confirme précisément ma conjecture. N’oubliez pas que ces révolutionnaires étaient russes, qu’ils parlaient russe et qu’ils écrivaient en russe, c’est-à-dire en alphabet cyrillique. Donc, PAM ne signifie pas Pamela. Parce que, en cyrillique, le r majuscule s’écrit P.

Je sursautai. Je retirai l’échiquier de son enveloppe de papier.

– Votre homme mystérieux, cher Malaparte, n’a pas écrit pam, mais ram. Mot anglais, certes, mais qui équivaut à l’italien capro. Au pluriel Capri. Par conséquent notre mystérieux scribe a tout simplement écrit Capri en anglais, mais en caractères russes. Cela confirme bien que celui qui écrivait était un Russe, pas un Italien ou un Anglais. Il s’agit d’une plaisanterie, d’un jeu de mots. Je ne vous l’ai pas dit que ceux de l’École de Capri s’amusaient à faire des chansons et des charades dans toutes les langues ? C’était un groupe bariolé et plutôt gai qui n’avait pas eu trop de mal à remplacer la vodka par le vin de Capri. Demandez confirmation à qui vous voulez : beaucoup, ici, s’en souviennent. Au milieu des jeux de mots, et entre deux verres, il sera venu à l’esprit de l’un ou l’autre d’entre eux ce stupide petit jeu de mots RAM/Capri. Et il l’a gravé sur l’échiquier. Voilà tout.

Munthe dut lire la déception sur mon visage, parce qu’il se dépêcha d’ajouter : « Je vais vous confier un secret que je dois à ma longue expérience de médecin : ne posez jamais de diagnostic compliqué si ce n’est pas absolument nécessaire ».

– Et alors, qui m’a mis cet échiquier dans la maison ? dis-je.

– Peut-être un de vos ouvriers qui ne s’attendait pas à vous voir débarquer de Rome, qui croit que vous aurez envie de l’acheter comme objet d’antiquité et qui l’a déposé là en attendant. Peut-être même que, dans les jours qui viennent, il va vous le proposer. Ou peut-être l’échiquier a-t-il été volé par quelque ouvrier à la villa Monacone où habitait Bogdanov, et pour un moment cachée dans un lieu très isolé comme l’est la pointe Massullo. Il peut y avoir diverses explications toutes valides. Vous, Malaparte, vous êtes un écrivain, et vous êtes habitué à vous servir de votre imagination. Mais, d’après ce que vous m’avez dit, vous êtes aussi dans un sérieux pétrin. Ne perdez pas de temps avec cette histoire d’échiquier, croyez-moi. Et si vous avez encore besoin de moi, je suis à votre disposition.

Je retournai l’échiquier entre mes doigts.

­– Et puis, consolez-vous, dit Munthe. Vous avez en mains un objet qui a fait l’histoire. Vous vous rendez compte ? L’échiquier de la fameuse partie entre Lénine et Bogdanov… Si Bogdanov l’avait gagnée, il n’y aurait peut-être pas eu de révolution russe … aujourd’hui, le tsar serait encore là et toute l’histoire du monde aurait été différente. Moi, à votre place, je ne montrerais cet échiquier qu’à des amis très sûrs, qui soient capables d’en comprendre l’énorme valeur historique. Mais maintenant, excusez-moi, il faut que j’aille donner à manger à mes chiens, ils doivent avoir une faim du diable. Vous reviendrez me voir, promis ?

_______________

* On se rappellera peut-être que c’est après avoir assisté, sur l’invitation de Bernard Shaw, à une séance de cette Fabian Society, qu’Oscar Wilde a écrit son texte trop peu connu : L’âme de l’homme sous le socialisme.

 

Monaldi et Sorti, Malaparte : Morte come meMilan, Baldini & Castaldi 2016 - pp. 138-147.

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

Bien entendu, Malaparte se fait ici somptueusement mener en bateau par un Munthe qui saupoudre allègrement des détails et des faits historiques indiscutables de carabistouilles de son cru, tels que les béliers qui deviennent des boucs en passant de l’anglais à l’italien via le russe, alors que Capri, comme on le sait, ne vient même pas du bouc latin mais du sanglier grec.

Malaparte, pourtant un monstre de lucidité dans la vraie vie, sauf quand il se plantait en politique, avale l’hameçon et la ligne avec, car, s’il savait que Munthe était un faux aveugle, il ne savait pas – l’a-t-il jamais su ? - que le bon docteur a été, du début du siècle jusqu’à son retour définitif en Suède (1942) l’agent du MI6 dans ce repaire du fascisme, du nazisme et de la jet set internationale qu’était son île d’élection.

 

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Avant que Capri ne devienne une colonie grecque…

Ajax et Achille jouant aux échecs sous les murs de Troie – Amphore attique à figures noires attribuée à Exchias (v. 540-530 av. J.-C.) – Musée du Vatican

 

Quant à savoir ce qui serait arrivé si Bogdanov avait gagné la partie ? Ce qui est arrivé dans la réalité. Bogdanov était un esprit encyclopédique. Lénine aussi, mais assujetti à un but unique dont il ne dévia jamais, alors que Bogdanov n’a cessé de se démultiplier dans tous les sens. Quand a-t-on vu, dans un duel entre un éventail et un fer de lance, gagner l’éventail ?

Il n’en reste pas moins que Bogdanov (ce n’est là qu’un de ses trente pseudos) est un des pères de la culture soviétique et même de la révolution qu’il n’a pas faite (parce que Lénine, s’apercevant que les menchéviques se servaient de la philosophie de Bogdanov pour marginaliser les bolcheviques, l’a fait exclure du parti). En Italie, il avait aussi fondé et animé l’École de Bologne, où enseigna Trotski. Son apport culturel est immense. Ses livres théoriques d’économie, de politique et de science, ont été lus et discutés dans les soviets à l’égal du « Que faire ? » de Lénine. Il a traduit Le Capital en russe, mais il est aussi – entre autres choses - le plus important auteur de science fiction d’avant 1917 (cf. L’étoile rouge et L’ingénieur Menni). Philosophe d’inspiration nietzschéenne, il voulait intégrer la philosophie dans la science et eût préféré sans doute faire la révolution « par la culture », en évitant les affrontements à sang coulant. Il a aussi été médecin psychiatre et s’est enfin jeté à corps perdu dans les recherches sur la transfusion sanguine. En 1926, c’est sous sa direction que fut fondé le premier institut soviétique spécialisé dans la transfusion du sang (qui porte d’ailleurs son nom depuis sa mort). En mars 1928, Bogdanov fit l’expérience de se transfuser le sang d’un étudiant atteint de malaria et d’une forme bénigne de tuberculose. Quinze jours plus tard, au terme d’une longue agonie, qu’il observa et décrivit lui-même avec lucidité et le plus grand scrupule professionnel, il mourut.

Sur le plan des coïncidences, il est étrange de constater l’importance du sang dans l’œuvre de Malaparte, qui eut, sur ce fluide vital, des idées si arrêtées qu’au cours de son agonie à lui (en 1957, à Rome) il refusa farouchement toute transfusion, comme allant à l’encontre de la notion quasi magique qu’il en avait.

La fiche Wikipedia la plus complète et objective sur Aleksandr Bodganov est, de loin, celle en italien  : https://it.wikipedia.org/wiki/Aleksandr_Aleksandrovi%C4%8...

 

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Note des auteurs

(Extrait)

 

La partie d’échecs entre Lénine et Bogdanov s’est déroulée en 1908, à Capri, sur la terrasse de la villa Blaesus [Aujourd’hui villa Krupp, ben oui, ndt]. Beaucoup de gens seraient aujourd’hui intéressés à retrouver l’échiquier sur lequel se joua la partie d’échecs la plus importante de tous les temps. Malheureusement, on en a perdu la trace.

Sur la confrontation Bogdanov-Lénine, il y a la brillante analyse de Vittorio Strada, L’altra rivoluzione, Gorki, Lunacharski, Bogdanov [« L’autre révolution : Gorki, Lounatcharski, Bogdanov »], La Conchiglia, Capri, 1994. En 1909 ou 1910, suivant les témoignages, se situerait la visite de Staline à Capri en compagnie de Lénine. Elle a été excellemment traitée dans le bel essai de Gennaro Sangiuliano, Scacco allo tsar 1908-1910 : Lenin a Capri, genesi della rivoluzione [« Échec au tsar 1908-1910 : Lénine à Capri, genèse de la révolution »], Milan, Mondadori, 2012.

Le rôle d’organisateur du défi Lénine-Bogdanov et de fondateur de l’École de Capri n’a pas porté chance à Maxime Gorki : d’après certains historiens, l’écrivain fut tué par Staline en 1936, au moyen d’une arme bactériologique fournie par les services secrets de la Loubianka.

Ibid, p. 493

 

Reste à savoir quel intérêt Staline pouvait avoir à liquider Gorki en 1936, même s’il « ne lui servait plus à rien ». D’autres historiens éclaireront peut-être ce point d’histoire, grâce aux archives de la Loubianka par exemple, en même temps que celui de l’assassinat de Trotski sur un autre continent.

Quant à l’opposition Lénine-Bogdanov, la copie est si conforme à l’opposition Robespierre-Danton que c'est à se demander si les historiens-propagandistes ne trouvent pas leur imagination dans des pochettes-surprise.

Comme dit pertinemment le Pr Faurisson : « Vos preuves ! »

 

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En attendant, les habitants de Capri ont organisé, l’an dernier, leur deuxième tournoi international d’échecs « en souvenir de Lénine ».

 


 

Dont les vainqueurs ont été :

         Dans la catégorie OPEN A :

1er prix : le GM serbe Miroljub Lazic

2e prix : l’IM philippin Virgilio Vuelban

3e prix : la VG italo-russe Olga Zimina

4e prix ex-aequo : le FM italien Maurizio Caposciutti et l’IM serbe Gojko Laketic

         Dans la catégorie OPEN B :

1er prix : le petit Claudio Paduano, de Boscotrecase, âgé de 10 ans, qui est déjà vice-champion européen.

 

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Ils avaient inauguré leur nouvelle vocation de capitale mondiale des échecs en octobre 2015, sur le lieu même de la partie historique :

http://napoli.repubblica.it/cronaca/2015/09/22/news/capri...

 

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Et ils récidivent cette année

 

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Du 26 au 29 octobre 2017 se déroulera, tous les jours, le :

 

TOURNOI D’ÉCHECS INTERNATIONAL « ÎLE DE CAPRI – VLADIMIR LÉNINE »

 

Hotel la Residenza, Capri – Participation : 50 €

 

Torneo valido per variazioni ELO Italia/Fide e per il conseguimento della norma di maestro FSI

Info, costi e iscrizioni: Club Scacchi Capri
Tel. 388 909 1730 - 331 379 6095
www.clubscacchicapri.it

 

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Un des soviétiques avec qui Malaparte est allé au théâtre à Moscou est Pavel Florensky. Théologien, mathématicien, électro-technicien et philosophe russe, mort en 1937, il y a juste 80 ans (devenu saint Pavel Florensky). Il se trouve que ses œuvres ont été largement publiées en français. Il serait dommage de les passer sous silence.

 

 

Publications de Florensky en français :

La colonne et le fondement de la vérité, Lausanne, Suisse, Éditions L’Âge d’Homme, 1994, 508 p.

Le Sel de la terre, Lausanne, Suisse. Éditions l’Âge d’Homme, coll. « Petite bibliothèque slave », 2003.

Souvenirs d’une enfance au Caucase, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Au cœur du monde ».

La Géhenne, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Archipel slave », 2010. Ceci est en fait la lettre VIII de La Colonne.

Stupeur et dialectique, Paris, France, Éditions Payot et Rivages, coll. « Bibliothèque Rivages », 2012, 94 p.

Perspective inversée, iconostase, Lausanne, Suisse, L’Âge d’Homme, 1992

La Perspective inversée, Paris, Éditions Allia, 2013, 111 p.

Lettres de Solovki, Lausanne, Suisse, Éditions de L’Âge d’Homme, coll. « Classiques slaves », 2012, dont la traduction en français par Françoise Lhoest a été récompensée par le Prix Russophonie 2014

Les Imaginaires en géométrie, Bruxelles, Belgique, Éditions Zones sensibles, 2016, traduction de Françoise Lhoest et Pierre Vanhove. Préface de Cédric Villani

 

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Chose promise chose due…

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Rita MONALDI et Francesco SORTI

MALAPARTE – Morte Come Me

Milan, Baldini & Castoldi, 7 juillet 2016

Langue : italien

Couverture rigide

494 pages

 

 

Ce titre fait évidemment référence à la maison que s’était fait construire Malaparte à l’extrême pointe de Capri et qu’il avait baptisée « Maison comme moi », après avoir renvoyé l’architecte et décidé de la finir seul avec de simples maçons de l’île. Mais La Mort comme moi se réfère aussi à un autre livre de l’auteur (« Une femme comme moi », recueil de nouvelles consacrées aux femmes que se rêvait Malaparte)

C’est la première infidélité de Rita et Francesco à leur cher baroque et c’est une infidélité qui s’affiche en fanfare. Leurs raisons nous sont inconnues ­­– il doit y en avoir plusieurs, à commencer par le 60e anniversaire de la mort de Malaparte qui arrivait – mais je parierais qu’il y a aussi le fait qu’ils semblent partager un de ses sentiments les plus forts sur l’Europe, à savoir que le destin de notre continent post-romain catholique est devenu, depuis Luther, un destin anglo-saxon protestant et que cela n’a peut-être pas été pour notre bien.

La « justification » du roman est limpide :

Malaparte, tombé amoureux de la Chine, a dû être rapatrié pour mourir dans son pays d’un cancer des poumons en phase terminale, qu’il voulait, lui, se faire soigner en Chine, car il n’entendait pas mourir et se croyait capable de remporter cette ultime guerre.

Engagé à seize ans dans la légion Garibaldi pour voler au secours de la France, que son pays abandonnait dans la première des deux grandes boucheries du siècle, il avait été gazé au Chemin des Dames et il a jusqu’au bout prétendu mourir de la tuberculose causée par l’ipérite et non du cancer. De l’ipérite, de la tuberculose, du cancer et des cigarettes, comme mon grand père est mort d’un cancer du foie agrémenté d’une cirrhose.

Héros, donc, de ce roman, Curzio Malaparte est un des deux plus grands écrivains italiens du XXe siècle, mais c’est un écrivain maudit – aujourd’hui encore – parce que le choix qu’il a fait, à un certain moment, du fascisme, a sufi à plonger dans le néant tout le reste, comme Louis-Ferdinand Destouches est toujours Céline l’antisémite et non Céline l’écrivain de génie. Dans un pays comme dans l’autre, les médiocres n’en finissent pas de les juger sans essayer de les comprendre. Je ne vais pas le faire ici aujourd’hui, parce qu’il s’agit de vous parler d’abord d’un roman tout neuf assuré de faire date (que vous aurez peut-être la chance de lire en français dans dix ans) et parce qu’on a déjà d’autres maudits sur les bras : Lénine, Staline, etc.

Un peu à la fois !

Kurt Erich Suckert est né à Prato, d’un père allemand (saxon) et d’une mère milanaise. Il se voudra toscan – et pourquoi pas – et changera son nom, y compris pour l’état-civil, en celui de Malaparte, parce que, héritier de Machiavel, il a pris Napoléon pour César Borgia. Première erreur historico-politique et première admiration mal placée.

« Il s’appelait Bonaparte et il a mal fini. Je m’appellerai Malaparte et je finirai bien. »

(Vous le saviez, vous, que la tribu s’appelait en réalité Malaparte et qu’elle avait obtenu d’un pape l’autorisation de s ‘appeler Buonaparte ?)

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a réussi sa sortie.

Ayant légué par testament sa célèbre maison à la République Populaire de Chine, pour qu’y soient accueillis des artistes chinois et que des liens se tissent entre l’Italie et le pays de Mao, il redemanda sa carte du PCI, qui lui avait toujours été refusée. Cette fois, c’est Palmiro lui-même qui la lui apporta sur son lit d’agonie. Et qui dut, en partant, croiser dans les couloirs le père Rotondi, jésuite, venu entendre la confession du mourant et le recevoir dans l’Église, non sans qu’il ait d’abord abjuré La Peau, qu’elle avait mise à l’Index. L’Autre devra de même abjurer sa Trilogie de la vie, et pour les mêmes raisons, puisqu’ils sont partis tous les deux catholico-communistes. À mon avis, ils s’en sont tirés à bon compte. Watteau, lui, avait dû laisser brûler tous ses dessins érotiques, pour ne pas finir en enfer.

L’idée de Monaldi et Sorti est simple, on est le 19 juillet 1957 à Rome, à la clinique Sanatrix. Malaparte va mourir, veillé par une petite Sœur Carmelita qui s’assoupit. La mort arrive sous l’apparence d’une très belle femme qu’il a jadis connue à Capri, escortée de deux assistants. Des anges, évidemment. Elle révèle au moribond qu’elle est « la Justice du ciel » et que, oui, l’Enfer existe – si, si – et le Paradis et tout le reste, et que s’il ne veut pas, lui, Malaparte, finir dans les flammes éternelles, il a intérêt à se repentir avant qu’il ne soit trop tard. Mais comment faire ? « Je suis écrivain, je ne sais rien faire d’autre qu’écrire. » Qu’il fasse comme il veut, un roman s’il veut, mais que son repentir soit sincère, sinon, il sait ce qui l’attend. « Écrire un roman dans un poumon d’acier ? » Qu’à cela ne tienne, il n’a qu’à le dicter. Un des anges installe une Remington et s’assied. L’autre déballe une rame de papier, entrouvre un peu la fenêtre, change l’eau des fleurs, Sœur Carmelita ronflote doucement, et c’est parti. Malaparte n’a plus mal, ses jambes se réchauffent, sa respiration redevient normale, il peut même s’asseoir. N’est-on pas censé voir défiler sa vie quand on meurt ?

Cet examen de conscience in articulo mortis – on peut dire autocritique si on préfère – est écrit à la première personne. C’est Malaparte lui-même qui raconte et qui passe en revue sa vie, ses sentiments, ses opinions, ses jugements et ses choix. Plaidoirie ? Exposé candide ? Demandez à la Justice du ciel. Il faut saluer au passage l’idée de génie des auteurs d’avoir donné à la Mort le visage de cette Mona Williams – la femme la mieux habillée du monde et une des plus belles – qui finira par épouser le neveu homosexuel du Chancelier de Fer et deviendra ainsi Mona von Bismarck. Il n’y a pas une photo de la dame qui ne justifie ce choix.

L’anecdote qui, elle, justifie le roman se situe à Capri, où l’écrivain a rencontré, en 1935, une jeune poétesse anglaise, fille d’un des fondateurs de la Fabian Society (socialiste) et néanmoins courtisée par un Sturmbannführer SS. La rencontre est brève : Malaparte ne faisait que passer. Aussitôt après, la jeune fille trouve une mort tragique au pied d’une falaise.

L’histoire est vraie. Elle n’a jamais été élucidée. Il est vrai aussi qu’en 1939, des bruits ont couru accusant Malaparte d’assassinat et que la police secrète de Mussolini, l’OVRA, a tenté de l’arrêter. Discrètement, vu la société huppée dans laquelle il évoluait. Mais à cause de cette mort de quatre ans plus tôt ou pour une autre raison ? Malaparte n’a jamais eu la langue dans sa poche et il a toujours cru qu’il pouvait tout dire à n’importe qui. C’est ainsi qu’on se fait de nombreux et puissants ennemis.

On n’est pas à proprement parler dans un roman policier (même si les flics y circulent comme chez eux) mais dans un roman à énigme sans aucun doute. Pour échapper à une arrestation secrète et à un plongeon définitif dans les oubliettes, l’écrivain prend le maquis, dort à la belle étoile et essaie en même temps de faire la lumière sur la mort de la jeune fille.

Le grand art des deux sorciers est de mêler à ce qu’ils inventent tant de faits et de détails historiquement indiscutables qu’on a le plus grand mal à démêler ce qui relève de la chronique de ce qui appartient au roman. On passe ainsi, au fil des souvenirs de Malaparte, des tranchées de l’Argonne aux îles Lipari (où il a été deux fois relégué) et des villas de quelques originaux comme Axel Munthe à celles des successeurs de Tibère : milliardaires américains, nobles décadents d’Europe, hiérarques fascisto-nazis étroitement mêlés comme toujours. Malaparte, réputé bourreau des cœurs croise, dans cette histoire, principalement quatre femmes ; la jeune fille, qui disparaît trop tôt pour compter, Edda Ciano, fille du Duce, épouse bafouée du vrai tombeur, et Mona Williams, richissime américaine, qui le traitent toutes les deux fort mal, ainsi qu’une jeune femme qu’il prend pour une institutrice, dont il semble sincèrement s’éprendre, et qui est en réalité une agente de l’OVRA chargée de le faire tomber sans trop d’histoires. Pour Don Juan, on repassera.

J’ai dit ailleurs que les auteurs sont peut-être en train de ré-écrire l’histoire de l’Europe.

Il y a, dans ce roman, une habituelle mais toujours surprenante richesse d’informations (qui n’empêchent nullement l’art) sur de nombreux moments-clés de notre histoire, généralement mal ou pas connus. Sur la vie à Capri au début du siècle, puis sous le fascisme, sur sa population locale incroyablement pauvre et sa population cosmopolite incroyablement riche (remarquable portrait d’Edda Ciano en passant). Sur la guerre 14-18 du jeune caporal Adolf Hitler… et ses suites psychiatriques. Sur celle de Malaparte (la mort du jeune boulanger « de la classe 99 » à Bligny est une des plus grandes pages de roman jamais écrites sur la première guerre mondiale). Sur les autres guerres de Malaparte, en Éthiopie, dans les Balkans, en Ukraine, au siège de Léningrad (côté assiégeants), à la libération de Naples (côté alliés).

Il est dit dans les traditionnelles notes de fin de volume : « La prose de ce roman se réclame intentionnellement des particularités du style de Malaparte (parmi lesquels un goût musical pour la répétition) qui continue à trouver des admirateurs même en dehors d’Italie ». Il ne faudrait quand même pas oublier qu’un des deux auteurs est musicologue. Mais il n’y a pas que le style et pas que les répétitions. On peut, dans ce cas particulier, parler de véritable osmose (rien à voir avec le pastiche !) et pas seulement dans la forme.

Je mentionnerai un autre passage pour finir : s’agissant d’un auteur qui est dans l’enfer des lettres depuis soixante ans, Rita et Francesco se sont payé le luxe de le lui faire promettre et montrer par la mort. Pas celui des lettres : l’autre. Ce vers quoi se sent aspiré le mourant dépasse les visions – un peu enfantines, du coup – de Dante. D’autant plus impressionnant pour le lecteur d’aujourd’hui qu’il court un certain risque de le rencontrer lui-même.

 

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Un des nombreux ouvrages du héros de leur livre :

 

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Curzio Malaparte

Ces chers Italiens

Paris, Les Belles Lettres, 2013

Coll. Le goût des idées

192 pages

 

 

 

Extrait

[ …] Cette liberté tout italienne, on la retrouve, non seulement dans les coutumes, mais dans l’art, en particulier dans la peinture et la sculpture, pleines de madones seins à l’air (les têtes des chérubins volant autour des bouts dorés comme des oiseaux autour de grains de raisin), de saints, de prophètes, d’apôtres les pudenda à découvert, d’anges blonds avec leur petit derrière rosé et leur petite bouche suce-miel, d’hommes et de femmes vêtus de leur seul poil, tout occupés à regarder les grands personnages de la Bible et leurs faits et gestes, de sorte qu’on ne sait s’ils contemplent le couteau d’Abraham ou les fesses d’Isaac, la verge d’Holopherne ou la chute de reins de Judith. Et ce n’est pas seulement la peinture sacrée, mais aussi la profane qui apparaît aux yeux des Italiens, comme une occasion d’étaler chairs nues, membres virils, héros le derrière en l’ air, héroïnes séchant leur sein au soleil ; sans compter les papes bénissant des foules de pèlerins nus ; des rois, des empereurs, des reines tout nus sur leurs trônes dorés ; des cardinaux à genoux dans de magnifiques églises peuplées de statues nues ; des ambassadeurs, tyrans, courtisans, tribuns du peuple, plébéiens, olives pendantes sous le nombril, haranguer, tenir conseil, pendre les pauvres diables, tramer et ameuter conjurations et séditions, brûler les demeures des seigneurs. Les trompettes sonnent et c’est une confusion d’étendards et de testicules, d’épées et de seins nus ; ce sont Marius et Sylla, César et Brutus, Pompée, Antoine, Auguste, Titus, Constantin qui montent au Capitole les fesses ouvertes ; des guerriers nus à cheval bataillant bourses au vent et jetant bas des ennemis nus, ou poursuivant des bandes nues de fuyards, on ne sait si c’est pour leur trancher la tête ou le sifflet.

Ce n’est pas là impudicité ; c’est une façon de mêler la nature à l’histoire, la chronique des faits naturels à celle des faits politiques ou militaires ; d’entendre l’histoire des hommes et des peuples comme une histoire de la nature. Et cela me semble, à moi, une façon juste et vraie, l’histoire n’étant, en Italie du moins, que l’histoire des faits humains en tant que faits de la nature, alors que l’histoire des Anglais, des Allemands, des Français, des Espagnols n’est que l’histoire des faits humains en tant que faits politiques, étrangers à la nature.

Vouloir tirer de l’histoire d’Italie, à commencer par celle de Rome, des principes d’éthique, une règle morale comme le firent, par exemple, Montaigne et Montesquieu, c’est commettre une erreur. Autant vouloir tirer une règle morale de l’histoire de la nature. Quel principe moral peut-on déduire, mettons, de l’apparition des mammifères sur la terre ? L’histoire de Rome n’est qu’un chapitre de l’histoire naturelle : le chapitre qui rapporte l’origine d’une espèce d’hommes et leur façon de l’emporter sur d’autres espèces d’hommes et non de la supériorité d’un principe moral sur d’autres principes moraux. Et cela est si vrai que, avec le triomphe du christianisme, qui est un fait moral et non un fait de la nature, l’histoire de Rome en tant que chapitre de l’histoire naturelle s’achève.

Voilà la raison pour laquelle les Italiens sont vis-à-vis de l’histoire comme vis-à-vis de la nature et en face des faits historiques comme en face des faits naturels. Ils considèrent l’histoire des hommes comme celle des arbres, des fleuves, des bêtes, des saisons. Ils regardent les peuples naître, croître en âge, en force, en richesse ; combattre, fonder des villes, envoyer des hommes à la mort ; les villes s’effondrer dans les flammes, les royaumes s’écrouler, d’autres nations surgir, d’autres cités, d’autres empires ; la terre se repeupler d’autres hommes, de murs, de palais, de temples et, tout à coup, n’être plus que désert.

Pareillement, ils regardent naître les arbres, les plantes, les herbes ; les fleuves couler et déborder ; le ciel s’abattre sur les champs, les moissons, les troupeaux ; la mer engloutir les vaisseaux ; la terre trembler, s’ouvrir et les villes s’y abîmer, et d’autres arbres, d’autres plantes, d’autres herbes naître, d’autres moissons murir. Les faits historiques se succèdent comme les saisons et se confondent avec les faits naturels au point de nous sembler des faits de la nature. La mort de César équivaut à une crue de fleuve, à un incendie de forêt, au fléau d’une épidémie ; une bataille est comme une tempête ; une invasion est une façon d’inondation ; une révolte évoque l’éruption d’un volcan ; la chute d’un règne rappelle une ville détruite par un tremblement de terre.

C’est la raison pourquoi les Italiens, plus proches de la nature que toute autre espèce d’hommes, ont une si grande familiarité avec les choses du sexe. Ce n’est pas là de l’impudicité, mais simplement une façon de prendre la nature comme elle est, c’est-à-dire comme un fait, non moral, mais physique. Cette familiarité date de leurs plus tendres années. Dès ce moment, ils voient statues et fresques avec hommes et femmes nus, Apollon, Vénus, Madones, Madeleines, martyrs peuplant les places et les églises d’Italie.

C’est chose commune que de voir de petits garçons et petites filles jouer avec les parties viriles d’Hercule, de Cacus, de David, de Goliath, d’Hector et d’Achille, de saint Jean-Baptiste et de saint Georges. Allez après cela plaquer le feuille de vigne sur le David de Michel Ange, ou les Dioscures du Quirinal, ou le Ménélas et le Patrocle de la loge des Lanzi ou sur le Neptune de la Seigneurie à Florence. Tous les gosses, garçons et filles, savent ce qu’il y a dessous, comment c’est fait, combien ça pèse, et à quoi ça sert. Inutile de leur dire que ça ne sert à rien ; ils savent. Et que serait-ce s’ils ne le savaient pas ou croyaient que ça ne sert à rien ? Ils finiraient par croire que ce que les Vénus ont sous la feuille, ça non plus ne sert à rien.

Par bonheur, en Italie, nul ne rougit en regardant ces statues. Et si je dis « par bonheur », c’est que, tout au moins en Italie, les yeux sont faits pour regarder.

J’allai un jour, encore gamin, au Dôme de Prato, voir danser Salomé, avec quelques camarades. Ô grâce de Filippo Lippi, quelle bonne leçon tu m’as donnée en m’apprenant que le nu est chaste ! Pour nous, gamins, assis en silence dans les stalles du chœur, derrière le maître-autel, il n’y avait rien d’étrange à ce que Hérode, Hérodiade, les courtisans, les pages, autour de la longue table luisante de lin candide et scintillante de cristaux, et les serviteurs avec les plateaux chargés de mets et les jarres de vin, rien d’étrange à ce que tous regardassent d’un œil tranquille la jeune danseuse sous ses voiles transparents qui laissaient à nu les tendres chairs, le duvet blond, les ombres secrètes. Que faisaient là de mal Hérode, Hérodiade et les commensaux et les serviteurs ? Ils regardaient cette jeune fille nue, si pudique, avec son pied levé, sa tête légèrement penchée en arrière, ses menus seins rosés et fermes, visibles sous la transparence des voiles. Il n’est pas jusqu’à la tête du baptiste, servie sur un plat d’argent qui n’ouvrît des yeux extasiés, où il n’y avait pas l’ombre de pudeur offensée, ni de désir, ni de reproche, mais uniquement le plaisir que donnent les choses belles et pures. Jusqu’à ce qu’enfin, du haut du beau campanile en pierre grise et marbre vert de Figline, les cloches laissaient tomber leurs appels graves et profonds ; l’onde sonore dérange les voiles de Salomé qui, un instant, dans la pénombre du chœur nous apparaît jusqu’à l’aine. En entendant les voix des chanoines, sortis un à un de la sacristie pour venir chanter les vêpres, nous courions nous blottir au fond du chœur, sous le grand vitrail. Les chanoines s‘asseyaient dans les stalles, fermaient les paupières et se mettaient à chanter, les yeux clos, pour ne pas voir Salomé.

Non, ils ne fermaient pas les yeux, ils faisaient semblant. Ils regardaient Salomé d’en dessous, à travers leurs cils baissés et chantaient. »

Curzio MALAPARTE, Benedetti Italiani [« Bienheureux Italiens », Ces chers Italiens dans l’édition française des Belles Lettres, 2003. Traduction : Mathilde Pomès. Chapitre 3.]

 

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Oh, que les souvenirs sont trompeurs ou l’imagination puissante !

 

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Pour le luxe :

 

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Abbé Atto MELANI

Manuscrit retrouvé et publié par MONALDI & SORTI

Gli intrighi dei Cardinali

Langue : italien

Milan, Baldini & Castoldi, 27 octobre 2016

127 pages

 

 

Ce texte, écrit en français Louis Quatorzième par le célèbre castrat italien Atto Melani (offert par sa noble famille à l’Église) qui fut pendant quarante ans l’agent secret du Roi-Soleil, s’intitulait en réalité Les secrets du conclave et racontait comment Melani, en qualité d’assistant du cardinal Rospigliosi, avait pu participer au conclave qui a porté son protecteur au pontificat sous le nom de Clément IX. Autrement dit que la cour de France avait fait un pape de plus à la barbe de quelques autres puissances.

Rita et Francesco ont découvert l’original autographe – rapport destiné à Louis XIV – dans les archives du Palais Bourbon, où il dormait depuis près de quatre siècles. Atto Melani étant le personnage principal de leur célèbre série baroque, ils ont eu à cœur de le publier.

C’est donc seulement traduit en italien qu’on le trouve, car, en français, il n’a semblé intéressant à personne de le faire imprimer.

 

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Curzio MALAPARTE

Technique du coup d’État

Paris, Grasset, (revu et corrigé, 2008)

Les Cahiers Rouges

224 pages

 

 

 

« Je vous connais bien, M. Malaparte. Et depuis longtemps. Votre Technique du coup d’État est mon livre de chevet. »

Mao Tse Toung

Présentation de l'éditeur

Comment on s’empare d’un État moderne et comment on le défend : à l’aide d’exemples pris dans l’histoire (le 18 Brumaire de Bonaparte) ou dans l’actualité plus proche (le coup d’Etat bolchévique de 1917, la marche sur Rome de Mussolini, l’inexorable montée de Hitler), Malaparte analyse les diverses méthodes d’insurrection moderne. Le Duce lui fit payer la justesse de ses réflexions de plusieurs mois de prison et de cinq ans d’assignation à résidence… À sa sortie en 1931, Technique du coup d’Etat fut salué dans le monde entier comme un « traité de l’art de défendre la liberté ». La fiévreuse clarté de ses théories tactiques, l’art du portrait et la finesse psychologique de l’auteur appliqués au personnel politique et militaire n’ont pas vieilli. Et font de ce livre un classique.

[Notons quand même que Malaparte s’est planté en attribuant à Napoléon le coup du 18 Brumaire, qui fut en réalité l’œuvre de Sieyès assisté de Lucien, tandis que Napoléon se contentait de s’évanouir ou de faire semblant, jusqu’à ce que l’on sût de quel côté le sort avait penché, comme le rapporte avec sa sécheresse de ton coutumière Paul Léautaud (Journal), qui n’aimait pas qu’on raconte n’importe quoi. N.d.GO]

Biographie de l'auteur

Curzio Malaparte (1898-1957) a été journaliste, reporter de guerre sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre Mondiale et écrivain. Il est l’auteur des romans Kaputt (1944) et La Peau (1949), de biographies, comme Le Bonhomme Lénine (Grasset, 1932) et du célèbre Technique du coup d’État (Grasset -1931). Il est considéré comme un des plus grands écrivains italiens du XXe siècle.

 

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Mais pourquoi a-t-il tenu leurs manteaux aux bourreaux qui lapidaient saint Étienne ?

 

Le Malaparte qui s’est engagé à seize ans et a risqué sa vie pendant quatre ans pour défendre une France qu’il adorait, qui a été gazé au Chemin des Dames, qui a été relégué par deux fois aux îles Lipari par un régime qu’il servait pourtant, est le même que celui qui a trouvé la campagne de Russie « romantique » (et pour cela, il faut avoir un grain dans le cerveau qui n’est pas à sa place), qui a tremblé de timidité impressionnée devant Benito Mussolini, assisté de sa plume les assassins de Matteotti, applaudi aux massacres des Baléares et dîné avec Frank, le bourreau de Varsovie. Pour l’interviewer peut-être, mais bon. C’est difficile à concevoir, mais c’est ainsi. C’est lui aussi que les Allemands ont fait réexpédier du front de l’Est, parce que ce qu’il en écrivait dans le Corriere della Sera outrageait le Reich.

Entretemps, il avait fait, en correspondant de guerre mais avec la grade de capitaine, la campagne des Balkans, raté les combattants, Tito et Mikhailovitch, qui tenaient le maquis, mais interviewé Pavelich, l’ogre croate. L’histoire du panier plein d’yeux humains, c’est lui. Histoire dont s’est amèrement plaint l’intéressé dans son exil sud-américain : il se souvenait très bien que, quand Malaparte était venu le voir, on venait de lui faire cadeau d’un panier de groseilles. « Qu’est-ce qu’il voulait que je fasse avec un panier de groseille ?! » s’est exclamé l’auteur de génie à celui qui lui posa la question. « On ne frappe pas l’imagination avec des groseilles.»

On croit presque entendre Jules Michelet, venu questionner Élisabeth Duplay sur ce qu’elle savait des suppliciés de Thermidor, lui promettre : « Vous verrez, Madame, ce sera bien plus beau comme je vais le raconter. »

C’est que l’écrivain français qu’a le plus admiré Malaparte était Chateaubriand, hélas. Pas qu’il écrivît mal, mais enfin, c’était le roi des menteurs dont Michelet était le prince, à moins que ce soit l’inverse. Tous les Bretons sont des virtuoses ès-mensonge. Pardon. Mais si. À commencer par Céline, qui s’est prétendu normand. Mais ceci nous entraînerait vraiment trop loin… Alors, basta pour l’instant.

Il y a cent ans ce jour, un volcan s’éveillait et commençait à cracher des flammes.

 

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Mis en ligne le 25 octobre 2017

 

 

 

21:25 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

LA PARTIE D'ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS - II.

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« LA PARTIE D’ÉCHECS LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES TEMPS »

 

(2)

 

Le discours de 3h1/2 de Xi Jinping devant le 19e Congrès National du PCC était en fait une introduction succincte à la feuille de route de la Chine pour le futur.

Le discours de Xi Jinping était à longue portée mais, ce qui est beaucoup plus important, absolument faisable, si on se fonde sur l’impressionnant bilan de la Chine

Adam Garrie – TheDuran18 octobre 2017.

 

Le président chinois Xi Jinping a pris la parole à la séance d’ouverture du 19e Congrès du Parti Communiste. Jusqu’ici, les principaux commentaires sur ce discours parlent de sa longueur monumentale, puisqu’il a duré plus de trois heures et demie.

 

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Le président chinois Xi Jinping

 

Bien qu’endurer un discours d’une telle longueur ne soit pas spécialement facile, avec le recul, le discours de Xi constitue un résumé remarquablement succinct des réalisations de la Chine, tout en offrant une feuille de route aisée à comprendre de la Chine et d’ailleurs aussi de ses partenaires, pour le reste du XXIe siècle. Si on essaie de condenser et de synthétiser plus de cent ans de succès passés et de programmation future, écouter trois heures et demie d’un discours est en réalité plus court que les copieux documents et analyses politiques qu’on pourrait avoir à lire autrement pour engranger une information aussi essentielle.

À cause de cela, beaucoup des médias dominants occidentaux ont décidé d’occulter le discours complet en invoquant sa longueur, alors qu’en réalité ces « journalistes » ne tiennent pas à affronter l’ascension de la Chine à sa place de superpuissance du monde moderne.

Vous pouvez voir ici le discours en entier. Sous la vidéo, je vais essayer d’expliquer ce que j’ai ressenti comme en étant les points les plus importants.

 


 

L’intervention de Xi Jinping fut tout entière enchâssée dans le thème principal de sa présidence : le développement continué du marxisme dans sa particularité chinoise. Ceci signifie essentiellement l’engagement de conserver les habitudes culturelles et socio-économiques chinoises dans le contexte de l’économie de marché socialiste, dont Deng Xiaoping, qui fut le leader primordial de la Chine de 1978 à 1989, a été le pionnier.

L’aspect le plus révolutionnaire du discours comprenait un engagement à construire le progrès industriel, infrastructurel et financier de la Chine, pour en faire, à l’intérieur, un pays toujours plus prospère. Alors que des mots comme « luxe » charrient encore une certaine stigmatisation dans le contexte d’un parti communiste, ce qu’a promis Xi est en réalité exactement ça.

Alors que les travailleurs chinois ont travaillé inlassablement pour faire passer la Chine d’une économie agraire à une économie prospère qui va bientôt dépasser les USA en termes de puissance économique totale (dans beaucoup d’autres domaines, la Chine a dépassé les USA depuis quelque temps déjà), Xi a fait comprendre que le temps était venu, pour les Chinois et les Chinoises de jouir davantage des bénéfices de la richesse qu’ils ont créée.

Pour que ceci se réalise, Xi a parlé de plusieurs stades de développement du « grand socialisme moderne », excroissance naturelle du socialisme de marché de Deng.

Dans la pratique, cela exigera deux choses. Avant tout, Une Ceinture-Une Route aidera à raccorder le modèle chinois de croissance économique à d’autres économies dynamiques et croissantes à travers de multiples régions du monde. La Chine est en train de créer un monde où les pays en développement pourront augmenter leur productivité tout en maintenant fondamentalement une totale indépendance politique. Deuxièmement, Xi a un vaste programme destiné à faire pivoter les investissements intérieurs de la Chine de projets basés primordialement sur l’infrastructure vers des projets qui amélioreront la micro-direction de la vie quotidienne. De beaucoup de manières, des programmes de ce genre, au niveau des villes, sont déjà en très bonne voie.

La réticence de la Chine à intervenir dans les questions politiques des autres pays a constitué un thème récurrent du discours de Xi. Ceci avait pour but de rassurer les nouveaux partenaires de la Chine, mais faisait aussi partie d’une déclaration plus large, selon laquelle, dans un XXIe siècle dominé par la Chine, la domination serait organiquement économique en termes de ressources accessibles et non une domination politiquement ou idéologiquement impérialiste. De multiples façons, il n’y a pas de meilleur endroit pour rassurer ses partenaires du manque d’intérêt de la Chine à exporter une idéologie qu’un congrès du Parti Communiste. Dans ce sens il a été exprimé clairement que la dialectique idéologique de la Chine est réservée à la Chine et non à ses partenaires. On pourrait résumer cela en une seule phrase de la façon suivante : « Le grand socialisme moderne dans un seul État et Une Ceinture-Une Route pour tous les partenaires indépendants ». Pour le dire autrement : « Beaucoup de systèmes politiques, un but de prospérité commun ».

Entre aujourd’hui et l’année 2020, la Chine travaillera a solidifier les gains économiques et sociaux de la dernière décennie, chose qui sera couronnée par l’achèvement du projet de modernisation de l’Armée de Libération Populaire en 2020, en même temps que des efforts seront poursuivis pour éliminer totalement la pauvreté rurale et développer les secteurs de l’agriculture moderne et de l’industrie en dehors des régions urbaines modernes de la Chine.

Entre 2020 et 2035, la Chine travaillera à bâtir un pays « prospère, fort, démocratique, culturellement avancé, harmonieux et beau ». En termes plus pratiques, cela signifie un pays où les standards de vie réels des Chinois continueront de croître, tandis que les conditions de vie resteront à l’abri des pics et des effondrements qui ont été le fléau des sociétés occidentales au cours des dernières décennies.

Tandis que les capitalistes critiquent souvent les pays socialistes pour leur pauvreté en objets de luxe et en activités de loisirs et qu’à l’inverse beaucoup de socialistes critiquent les pays capitalistes parce qu’ils rendent la culture inaccessible et une stabilité de vie impossible, le programme de Xi ambitionne d’offrir à la fois la stabilité, des environnements résidentiels et de travail constants et satisfaisants, tout en augmentant également la capacité des citoyens de base d’enrichir leurs vies par des activités culturelles et que les nouvelles avenues de l’amélioration sociale seront rendues possibles par les technologies modernes auxquelles la Chine s’est à la fois préparée mentalement et a fait œuvre pionnière.

Dans ce sens, la Chine se prépare à la réalité économique et sociale de l’âge de la mécanisation industrielle. Là où beaucoup d’entrepreneurs occidentaux tels qu’Elon Musk ont préconisé un salaire vital fixe pour tous les citoyens, de façon à pouvoir affronter une mécanisation accrue, les propositions de Xi veulent garantir effectivement le partage et la distribution de l’immense richesse de la Chine par un programme d’investissements directs au bénéfice des gens et de leur environnement social. Ainsi, plutôt que de payer aux gens un salaire arbitraire, la Chine, après 2035, fera de plus en plus en sorte que se développe une société où la richesse sera transférée à l’ensemble des citoyens sous forme d’investissements diversifiés, chose qui pourra être harmonieusement réalisée grâce à l’entrée dans l’âge de la méga-mécanisation.

Une partie des recommandations de Xi pour améliorer la qualité de la vie des Chinois est de veiller à toujours équilibrer le développement infrastructurel et la protection écologique. Étant le pays qui s’est plus rapidement industrialisé que n’importe quel autre dans l’histoire, la Chine a déjà commencé à s’engager dans la technologie verte, particulièrement dans le domaine de la création d’énergies plus complètement que n'importe où ailleurs. Quand la Chine commencera à exporter ses technologies vertes, Pékin sera presque devenue un leader mondial dans ce domaine.

Xi Jinping a aussi parlé de la nécessité de s’assurer davantage encore que la corruption ne s’implante pas en Chine malgré la diversification économique et la croissance. Il a encouragé les fidèles du parti à rester attachés aux valeurs traditionnelles en préparant le développement des nouvelles manières de penser et des nouvelles manières de résoudre les problèmes.

 

Cela marchera-t-il ?

Prises au pied de la lettre, toutes les propositions de Xi sont impressionnantes. Il serait difficile pour quiconque autre qu’un idéologue de ne pas être d’accord avec le champ d’application global de ce long discours.

C’est pourquoi la plus grosse question qui reste à poser est : la Chine sera-t-elle capable d’accomplir ces exploits ?

La simple réponse, fondée sur le bilan moderne de la Chine est un OUI retentissant.

La Chine a été capable de créer et de bénéficier d’une révolution industrielle moderne, une révolution dans l’organisation et la vie dans les villes, une révolution de la consommation, une révolution des standards de vie et une révolution technologique, tout cela en une période de 30 à 40 ans.

Ce qui reste à faire à la Chine, c’est bâtir, sur ces fondations qu’elle a posées à une vitesse phénoménale, si on considère le volume de sa population et la masse de son territoire.

Parce que toutes les propositions de Xi comprennent une combinaison d’investissement intérieur et de partenariats extérieurs qui comprennent à leur tour de nouvelles opportunités d’investissements multilatéraux en même temps qu’un engagement déterminé envers la paix, la seule manière dont le progrès de la Chine puisse être compromis serait par l’intervention d’une puissance étrangère.

Quoi qu’il soit clair que les USA ont l’intention de compromettre le développement extérieur de la Chine par le moyen d'Une Ceinture-Une Route, il est également clair que les indubitables tentatives US de le faire se sont traditionnellement soldées par des échecs. Le pivotement de Washington vers l’Inde, tentative évidente de faire échouer l’alliance sino-pakistanaise, est devenu honte publique lorsque Washington a en quelque sorte pris diplomatiquement ses distances d’avec New Delhi, après qu’il fût devenu clair que l’Inde ne croit pas qu’il soit bien prudent de sauter dans le train du nouveau désastre afghan de l’Amérique. Ceci limite d’autant les options de l’Inde à long terme, si New Delhi ne réussit pas à rejoindre la Russie et le Pakistan sur le parcours d’Une Ceinture-Une Route. Bien que les USA aient pris soin de sortir quelques déclarations pro-Inde le jour du discours de Xi, le timing et la nature des remarques montrent qu’il peut s’agir là du dernier hoquet d’une politique en plein cul-de-sac plutôt que d’une réelle revitalisation.

Pour ce qui est de l’Asie du Sud-Est, la crise prolongée au Myanmar semble devoir être maîtrisée de l’intérieur. Le danger, c’est que les États-Unis pourraient encore internationaliser les conflits dans l’espoir de faire barrage aux partenariats de la Chine en Asie du Sud-Est. Ailleurs dans l’Asie du Sud-Est cependant, les Philippines pourraient bientôt devenir une double « success story », à la fois pour Manille et pour Pékin, puisque, dès cette année, Xi Jinping a salué « une ère dorée » des relations entre l’ex-colonie US et la Chine, chose qui a été rendue possible par le pivotement du président Rodrigo Duterte, qui s’est détourné de Washington pour se rapprocher à la fois de la Russie et de la Chine. La Chine se prépare aussi à construire tout un nouveau quartier à Manille, qui servira de vitrine aux Philippines pour le reste du XXIe siècle et au-delà.

En ce qui concerne le Moyen Orient, alors que les États-Unis y ont causé une dévastation majeure, il y a désormais davantage de pays disposés à (et capables de) travailler avec la Chine qu’il n’y en a jamais eu auparavant, en ce compris des pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte, le Liban et l’Irak, la Syrie et la Turquie.

L’ouverture récente, par la Chine, d’une base militaire logistique à Djibouti, semble devoir aussi lui assurer de futurs partenariats en Afrique. De plus, la chaleur des relations de la Chine avec la Russie signifie que deux des trois superpuissances du monde sont sur la même longueur d’ondes, et c’est quelque chose de très différent de ce qui a caractérisé l’époque de la Guerre Froide, quand l’URSS, la Chine et les USA avaient trois ordres du jour très différents, dont chacun rendait possible à une des trois puissances d’exploiter les deux autres.

Par-dessus tout, sur le point de savoir si Xi Jinping et ses successeurs seront capables de concrétiser les monumentales promesses faites dans le discours d’aujourd’hui, les pronostics paraissent réalisables à un point surprenant. La Chine a montré au monde qu’elle peut faire se produire ce qui est difficile à une vitesse qui choque beaucoup de sceptiques et avec une exactitude qui laisse confondus les observateurs ou les précédents géants économiques émergents

Dans ce sens, il n’est pas du tout hors les bornes du réel qu’un discours de 3h1/2 puisse façonner les cent ans à venir de l’histoire de la Chine et du monde.

Source : http://theduran.com/xi-jinpings-3-5-hour-speech-before-th...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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J’y reviens parce que j’en ai marre d’entendre caqueter de fascisme et d’antifascisme par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.

 

 

Déjà Caméléon perçait sous Malaparte

 

Théroigne – L.G.O.25 octobre 2017

 

C’était trop tentant pour qu’on y résiste et il ne faut jamais résister aux tentations.

Cela dit… est-ce juste ? Ou ses retournements vrais ou apparents, voire opportunistes, ont-ils eu une logique interne et des causes qui ont échappé à tous, y compris peut-être à lui-même ?

Il y a tout juste 60 ans qu’il est mort (juillet 1957) et il est toujours en enfer. Celui de la bien-pensance évidemment, mais celui de l’ignorance qui en découle n’est pas mal non plus. Je propose qu’on y revienne un peu plus tard, non pas pour vider l’abcès – que les italiens se débrouillent avec leur histoire ! ­–, mais pour essayer d’y voir clair, de « comprendre » comme le suggérait Simenon.

Dans l’immédiat, oubliez s’il vous plaît les petits maoïstes franchouillards à qui José Artur disait « À 40 ans, vous serez tous notaires » en ne se trompant pas. Oubliez Sollers, July et tutti quanti.

Le dernier très grand amour de Malaparte fut la Chine. Coup de foudre instantané.

 

Extraits de Io, in Russia e in Cina [Moi, en Russie et en Chine]

Publication posthume de 1958

(En français : « En Russie et en Chine » parce que les éditeurs français sont incapables de respecter un titre original)

 

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Malaparte à l'hôpital Sanatrix - Rome - Juillet 1957

 

« Oui, c’est sûr, je suis encore très fatigué. Le voyage de Pékin à Rome a été long, fatigant, bien que toutes les précautions aient été prises pour m’épargner l’excès de fatigue du vol de dix mille kilomètres de la Chine à l’Italie. Et peut-être la raison de ma fatigue n’est-elle pas tant physique que la douleur de la séparation d’avec mes amis chinois.

Je le savais même avant d’aller en Chine, ce que signifiait le mot frère, mais la vraie, profonde, éternelle signification de l’expression amour fraternel, je ne l’ai apprise que pendant mon séjour et ma maladie en Chine. Et si j’insiste sur mon expérience en affection, gentillesse et solidarité humaine, ce n’est pas par esprit à la De Amicis*, mais parce que c’est un fait rare et merveilleux qu’un peuple engagé dans une lutte aussi dure contre l’héritage de misère et de souffrance du passé, pour la construction d’un grand pays moderne, libre, juste et humain, sache tourner une si grande partie de son esprit vers la bonté, la générosité et la fraternité.

La faim, la souffrance, l’esclavage, l’injustice rendent souvent les peuples durs et méchants. Le peuple chinois, nonobstant des siècles d’esclavage, de faim, d’humiliation, de terreur, est resté bon. Et la grande leçon qu’on apprend en Chine, dans la Chine Populaire de Mao Tse Toung, ce n’est pas seulement une leçon de courage, de sacrifice, de ténacité dans la lutte et dans le travail, mais c’est aussi, surtout, une leçon de modestie, de bonté, d’honnêteté. Pendant mon voyage à travers la Chine, du Shaanxi du nord à l’extrémité nord-occidentale du Turkestan, du Gansu au Hubei, j’ai vu de près un peuple de paysans et d’ouvriers uni et compact dans la construction d’une patrie neuve, libre et juste, d’une Chine socialiste.

Ce que j’avais vu à Ta Tun, dans le Shaanxi, à Urumçi, au Turkestan, à Langchou, au Hangzhou, à Xi’an, dans le Shenxi, à Tchoungking, au Setchouan, c’était une armée engagée dans une bataille contre les misères héritées du féodalisme, contre toute une histoire millénaire de tyrannie et de faim. Mais ce que j’ai vu pendant le cours de ma maladie, pendant les trois mois et demi passés dans les hôpitaux de Tchounking, de Hankou, de Pékin, c’est un spectacle encore plus extraordinaire et plus émouvant : celui d’un peuple entier engagé dans une bataille colossale contre la tuberculose, le rachitisme, l’anémie, la malaria, la dénutrition, c’est-à-dire contre les cent et cent maux qui, siècle après siècle de féodalisme, ont laissé un héritage épouvantable dans le sang de la population chinoise. […] Qu’on ne croie pas que les médecins des hôpitaux soient des médecins quelconques : ce sont en général des spécialistes de grande réputation, d’un niveau sûrement pas inférieur, et souvent même supérieur à celui des médecins américains et allemands. Le département psychiatrique de l’hôpital de Hankou est sans doute celui qui est équipé de façon la plus moderne de tout ce que j’ai pu voir, et il n’arrive pas, en Chine, comme c’est malheureusement le cas ailleurs, que les enfants qui peuvent y être hospitalisés soient seulement les enfants des riches. Ce sont les enfants d’ouvriers, de paysans, de pauvres gens. […] La directrice du département pédiatrique, le professeur Tao, m’a dit : « Les enfants ont une importance décisive pour l’avenir du monde, bien plus grande que beaucoup d’entre nous ne le croient ». Cette phrase du professeur Tao m’a fait ressouvenir de ce que m’avait dit un paysan chinois dans une coopérative agricole du Shaanxi: « Il n’y aura pas la guerre, parce que les enfants ne la veulent pas ».

Ce que j’ai télégraphié au président Mao Tse Toung en quittant la Chine est vrai : « Je suis venu en Chine en ami, j’en pars amoureux de la Chine ». Je ne pourrai jamais oublier ce que les autorités et le peuple chinois ont fait pour moi, et ce sentiment de gratitude et d’affection s’ajoute à mon sentiment d’admiration, de solidarité pour la grande œuvre de construction socialiste de ce peuple.

Comme je l’ai dit l’autre jour dans une interview à la Pravda, celui qui a vécu, de près, l’expérience chinoise, peut mieux que quiconque estimer sereinement et objectivement les douloureux épisodes survenus en Europe ces derniers mois. Ce sont des événements tragiques, pénibles, qui font de la peine à toute âme juste et honnête, mais qui ne peuvent toutefois, en aucune façon, ébranler la foi en l’avenir d’un monde de liberté, de justice et de bien-être, qui est le monde dont la Chine Populaire nous offre une image encore un peu verte, mais sûre et définitive.

Moi aussi, j’ai souffert de lire dans les journaux les nouvelles de Budapest, mais cette souffrance n’a jamais été accompagnée du moindre doute. La grande et positive expérience chinoise absout toutes les erreurs quelles qu’elles soient, parce qu’elle est la preuve manifeste et indiscutable que la somme des faits positifs, dans le mouvement du progrès, est supérieure toujours à la somme des erreurs. […]

J’aime les Chinois. Et je serai toujours à leurs côtés dans tous les cas, quoi qu’il puisse arriver dans le monde. J’aime les Chinois non seulement pour la raison personnelle du bien qu’ils m’ont fait, mais pour la raison plus valable et plus vraie du bien qu’ils font à tous les hommes et à tous les peuples. L’autre matin, à l’aéroport de Pékin, quand j’ai commencé à monter la raide passerelle d’embarquement du turboréacteur soviétique mis à ma disposition par le gouvernement chinois pour me ramener en Italie, la petite foule des autorités, de journalistes, de médecins, d’infirmières, d’employés de l’aéroport, d’écrivains, de diplomates, qui était venue me saluer – il y avait dans cette foule le ministre de la Culture de la République Populaire chinoise – est devenue tout à coup silencieuse. Je n’arrivais pas à monter les marches trop raides et je me suis affalé, à moitié évanoui. Le commandant du turboréacteur soviétique, un Russe blond aux mains énormes, est descendu en courant et m’a soulevé, presque porté, me hissant marche à marche vers la cabine de l’avion. La foule, frappée de ce spectacle pénible, se taisait. Arrivé en haut de la passerelle avec le souffle coupé (depuis plus de trois mois, je respire avec un seul poumon) je me suis arrêté pour reprendre des forces. C’est alors que je me suis rendu compte du silence de la foule. Je voulais dire quelque chose pour saluer mes amis, pour remercier, et me sont venus spontanément aux lèvres trois mots chinois, que j’ai prononcé lentement avec grande difficulté : « Uò ai zungkuojen », qui veulent dire « J’aime les Chinois ». Et ils se sont mis à pleurer.

_______________

* Edmondo de Amicis est un auteur italien mort en 1908, qui a écrit des livres pédagogiques, dont Cuore et Les deux amis, classiques de la littérature enfantine, exaltant l’amitié entre camarades d’école, le courage, le patriotisme, etc.

Io, in Russia e in Cina – La Feltrinelli

Source : « Fu la Cina l’ultimo amore di Malaparte » https://www.agi.it/cultura/curzio_malaparte_60_anni_cina_...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

(de l’italien parce que pas l’édition française sous la main)

 

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[Si je ne me trompe, c’était pendant les Cent Fleurs. Vladimir Vladimirovitch avait cinq ans, Xi Jinping en avait quatre. Malaparte n’a donc pas connu le « Grand bond en avant » ni la Révolution culturelle. Tant mieux pour lui.

Il n’aura pas connu non plus la Révolution cubaine, ses soixante et quelques années de blocus meurtrier, la Révolution des œillets portugaise, le Chili, l’Angola, la victoire des Sud-Africains, les petits Gazaouis vitrifiés au lance-flamme… Il n’aura pas connu les années Eltsine, Beslan, la guerre de Tchétchénie, la Russie de Poutine, la « libération verticale » qu’il avait pourtant annoncée (par les bombes) de la Yougoslavie, les années de plomb de son pays, Aldo Moro dans son coffre de voiture, le retour des nazis en Ukraine, les destructions systématiques de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, du Yémen et j’en passe.

Il n’y a rien à répondre à ce qu’il dit, sinon le croire de toutes nos forces :

« …absout toutes les erreurs quelles qu’elles soient, parce qu’elle est la preuve manifeste et indiscutable que la somme des faits positifs, dans le mouvement du progrès, est supérieure toujours à la somme des erreurs ». ]

 

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Curzio Malaparte

En Russie et en Chine

Paris, Les Belles Lettres, 2014

Coll. Le goût des idées

272 pages

 

 

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Malaparte et les croix chinoises

Un récit d’Igor Man – La Stampa.it - 2002

 

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« Curzio Malaparte in hora mortis », par Luca del Baldo

 

Sur la poche de poitrine du pyjama (de soie) de Malaparte, il y avait une petite broderie, un dessin simple et pourtant complexe. « C’est le signe de la longévité – expliquait Curzio – un dessin de mes amis chinois. Ce n’est pas juste pour conjurer le sort, c’est un réconfort. Une aide pour le cas où il faille s’en aller. On peut continuer à vivre aussi de l’autre côté, dans le nouveau territoire qui nous est assigné par le créateur. Ce sera une vie plus difficile, mais peut-être moins pénible. Parce que, comme on le sait, vivre bien est assez facile, ils ne sont que trop nombreux à y réussir. Mais ça ne m’a jamais été possible. Ce qu’il y a, c’est que les choses difficiles me plaisent trop. Et que ça fatigue, parfois. Tant.

Curzio Malaparte préférait la lumière tamisée. Il avait appris à l’apprécier en Chine et ainsi désirait que dans sa chambre n’entrât jamais une trop forte clarté. Un après-midi pourtant, il voulut que j’ouvre la fenêtre en grand. C’était l’après-midi du 13 avril 1957. Il disait, content : « On est en avril, on ouvre la fenêtre et c’est le printemps. Laissons-le entrer, il ne lui faut qu’un moment. Maintenant, referme, s’il te plaît, Igor. Merci. Même si on ferme la fenêtre, c’est toujours le printemps. Il est entré. Désormais, si je touche quelque chose, c’est le printemps : le printemps est dans l’air, partout. Dans l’eau que je verse dans mon verre. Je bois le printemps dans l’eau. Dans une gorgée d’eau à peine. C’est comme ça. »

Quand il était là-bas, en Chine, dans cet hôpital près du Fleuve Bleu, il lui arrivait souvent de penser au printemps. Il y avait dans l’air une suave couleur de rose, racontait Curzio. C’étaient les persiennes de la fenêtre qui rendaient rose la lumière. Et verte aussi. Ou grise. Ou d’un bleu voilé d’argent. Comme le bleu de la Montagnola ou l’argent des oliviers de Poggiboni et des collines du Val d’Elsa. De Spazzavento. Fermant à moitié les yeux, Malaparte disait : « Alors, je me trouvais tout d’un coup au milieu d’un pays toscan. En Chine, la lumière fait de ces miracles ».

Les Chinois disent que la lumière est bonne et qu’on doit être gentils avec elle, qu’il faut la traiter bien, la lumière, ne pas s’en emparer avidement. Si on est gentils avec la lumière, la lumière te fait cadeau de plein de couleurs. Comme cela se passait là-bas, quand Malaparte était dans un hôpital voisin du Fleuve Bleu. Novembre finissait, et pourtant la lumière avait les tons délicats du printemps. La même chose se produisait en approchant de Noël. Curzio, toutefois, n’était plus soulevé par celle lumière gentille. Le directeur de l’hôpital lui demanda ce qu’il avait : « Vous avez perdu votre sérénité » dit-il. « J’avais promis, m'expliqua Curzio, aux enfants des phares, aux gamins des gardiens des phares qui toutes les nuits s’allument en Italie, que je leur ferais faire une belle fête de Noël. Pauvres petits, si loin et si perdus, toujours au milieu des vipères et sans jouets. J’avais espéré pouvoir être rentré à la maison pour Noël. Mais j’étais encore à l’hôpital. Je regrettais pour les enfants des phares. J’allais les décevoir. » C’est pourquoi Malaparte était triste, de mauvaise humeur. Même la lumière qui filtrait de la fenêtre ne réussissait pas à le soulager. Mais le directeur sourit. Comme seuls les Chinois le font et on ne peut pas comprendre s’ils sont émus ou indifférents, s’ils t’aiment ou s’ils te haïssent. On ne comprend pas. Jamais. Il sourit, le directeur, et dit : « Ici aussi il y a des enfants comme ceux que vous dites. Ils sont quatre, les enfants du gardien du phare qui se trouve au milieu du grand fleuve. Quelle différence y a-t-il entre un enfant et un autre, entre un enfant italien ou chinois ou russe ou américain ? Ce sont tous des enfants ». Ainsi, les enfants du gardien de phare chinois ont eu des cadeaux inattendus. « Et Noël a aussi été bon pour moi – disait Curzio – : j’ai reçu un très beau télégramme. Le ministre Tambroni avait débloqué un million pour le Noël des phares, pour les enfants italiens qui vivent isolés. J’ai eu un beau Noël, même si j’étais à l’hôpital et si l’Italie se trouvait de l’autre côté du monde. Même si les douleurs me rongeaient les os et m’ôtaient le sommeil. Un Noël avec les enfants des phares ».

Les enfants du gardien de phare chinois voulurent remercier Malaparte. Ils vinrent à l’hôpital avec un cadeau pour lui. « Oh, comme le cœur me battait, disait Malaparte, leur cadeau, c’était deux bocaux dans lesquels frétillaient deux petits poissons. Ils les avaient pêchés dans le grand fleuve qui va très loin, expliqèrent-ils. Curzio devait plonger les doigts d’abord dans l’un, puis dans l’autre des bocaux et effleurer les poissons. Comme ça son mal, la mauvaise maladie, passerait aux petits poissons. Une fois retournés au phare, les enfants les rendraient au grand fleuve et le fleuve les emporterait, eux et la maladie appelée cancer, quoique Curzio refusasse d’avoir le cancer : « J’ai la tuberculose, moi. Je l’ai attrapée avec les gaz d’ipérite quand je jouais aux cartes avec les morts de Bligny » disait-il au mépris de la vérité.

Une fois arrivés à la mer, les petits poissons eux-mêmes perdraient la maladie et elle disparaîtrait pour toujours. « J’ai fait comme ils disaient – racontait Malaparte – j’ai agité les doigts dans les bocaux, et les petits ont murmuré, satisfaits. Ils se sont inclinés, ils ont repris leurs bocaux, et après s’être encore inclinés, ils s’en sont allés. Ils marchaient tout doucement, en faisant bien attention que les poissons ne s’échappent pas, parce qu’il fallait les reverser dans le grand fleuve bleu qui devait les porter loin. Eux et la maladie. Oh, comme le cœur me battait, maintenant que je t’en parle, Igor, je me rends compte que j’ai été heureux ». […]

Source : http://www.farodihan.it/2002/11/30/malaparte-e-la-croce-c...

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades.

 

 

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Curzio Malaparte

La Volga naît en Europe

Paris, Les Belles Lettres, 2012

Collection « Mémoires de guerre »

304 pages

 

 

 

 

Pourquoi la Volga est un fleuve européen et pourquoi la Seine, la Tamise, le Tibre (et le Potomac aussi) sont ses affluents.

Pendant la guerre contre la Russie, dès le début de la campagne, au cours de l'été 1941, ma connaissance de la Russie soviétique et de ses problèmes m'aida beaucoup à juger de la nature des événements, et à prévoir leur inévitable évolution.

Il ne faut pas oublier que j'étais un correspondant de guerre de l'Italie, pays de l'Axe, au même titre que les trois cents correspondants de guerre affectés aux troupes italiennes sur tous les fronts, en Libye, dans les Balkans et même en Russie : que l'on ne s'étonne pas, par conséquent, que je fusse avec les troupes de l'Axe et non point avec les Anglais ou les Russes. Ce n'est pas ma faute personnelle si j'étais un citoyen de l'Axe et si les citoyens russes, anglais et américains étaient des citoyens des pays alliés. Ce que j'observais sur les champs de bataille n'était autre chose que la confirmation, la preuve de ce que j'écrivais sur la Russie communiste depuis plus de vingt ans. Dans toute mon expérience personnelle des choses russes, je me suis toujours refusé à juger la Russie soviétique du point de vue qu'on pourrait appeler « bourgeois », c'est-à-dire d'un point de vue nécessairement subjectif.

[…]

Il faut rappeler cette vérité, à la veille de la grande lutte qui pourrait se terminer par l’effondrement de la Russie soviétique. Car beaucoup de gens s’abandonnent au préjugé trop simpliste que la guerre contre la Russie soviétique, celle d’hier comme celle de demain, est tout bonnement une lutte de l’Europe contre l’Asie, contre des idéologies asiatiques. C’est contre des idéologies européennes que l’Allemagne dans sa guerre contre l’URSS a combattu hier : c’est contre des idéologies européennes que l’Amérique combattra demain, dans sa guerre inévitable contre l’autre Europe.

[…]

L’Europe bourgeoise ne peut plus rien désormais ­ – et je crois ne pas me tromper – contre la Russie prolétarienne. Elle a passé les cartes de son jeu à la grande démocratie « bourgeoise » américaine.

Il y aura peut-être, et elle me paraît inévitable et hélas prochaine, une tentative américaine pour s’opposer au communisme russe. Même si l’Amérique réussissait dans son intention d’abattre la puissance soviétique (ce qui est probable), sa victoire laisserait sans solution, en Europe, les problèmes qui agitent profondément l’esprit des masses prolétariennes.

Extraits de la préface écrite en français par Malaparte, pour l’édition de 1948.

 

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Malaparte jouant au samourai pour rire devant un public chinois bon enfant.

(Oui, je sais que les samourais c’est japonais !)

 

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CATALOGNE

 

Réponse de Bruno Drweski

à Do, de Mai 68 (http://mai68.org/spip2/spip. php?article843) :

 

« Si nous soutenons le gouvernement bourgeois indépendantiste de Catalogne, alors il faut être logique, il faut soutenir l'indépendance "kouchnérienne" du Kurdistan irakien, le combat kurdo-israélo-usano-antisyrien pour le Rojava, l'indépendance néo-fasciste du Vlaams Blok flamand ou de la Padanie nord-italienne et du Xinjiang/Turkestan chinois ainsi que de la Tchétchénie russe, sans pour autant faire le bilan des résultats concrets qu'ont apporté aux peuples concernés et, plus largement, à l'humanité progressiste, le démantèlement déjà réalisé de l'URSS, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie, du Soudan, etc. »

 

On ne saurait mieux dire.


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Mis en ligne le 25 octobre 2015.

 

 

 

21:24 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Musique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/10/2017

LE DÉCLIN DE L'OCCIDENT

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Le Déclin de l’Occident

13 octobre   2017

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire
2 - Qu'est-ce qu'une langue ?
3 - La postérité d'Oswald Spengler

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire

Que signifie le verbe exister appliqué à la géopolitique? Une Europe politique peut-elle exister?

Pour tenter de comprendre la question, remontons au latin, notre langue-mère, dans laquelle le verbe exister renvoie à ex-sistere, sortir de l'immobilité debout, assise ou couchée et se mettre en mouvement dans une direction déterminée.

En ce sens, l'humanité, à l'instar des gastéropodes, se trouve pourvue d'une sorte de coquille existentielle chargée de protéger une espèce en déplacement. En 1818, Louis XVIII revenu au pouvoir en 1814, avait fait bénéficier le peuple français d'une Charte qui lui garantissait les apanages et les privilèges que la nation en mouvement avait déjà conquis à l'écoute de sa propre volonté en 1789. Tout le XIXe siècle a été scandé par le combat du peuple français pour la reconquête et la défense des droits d'une espèce auto-propulsive à laquelle son statut interdisait de jamais s'arrêter et de tomber dans la stagnation des troupeaux que leur position "courbée vers la terre", dit Salluste, condamne à "obéir à leur ventre".

Cette disposition universelle de notre espèce, Bergson l'a exprimée par les concepts de société ouverte et de société fermée, Sartre par la distinction entre l'en soi et le pour soi, le christianisme par la distinction entre le sacré et le profane, Pascal, par la distinction entre les "grandeurs d'établissement" et les "grandeurs spirituelles", les religions dans leur ensemble par la ligne de démarcation qu'elles tracent entre la matière et l'esprit. Il en résulte, en bonne et saine logique anthropologique, qu'une nation sort de l'arène de l'histoire quand elle cesse d'avancer - donc d'exister - conformément à sa nature.

Dans ce contexte, l'Espagne sortirait de l'histoire si elle perdait la Catalogne. Or la péninsule ibérique est composée de deux espèces de conquistadors, les Ibères proprement dits et les Portugais. Les premiers ont conquis l'Amérique, les seconds ont longé pendant des années, avec une patience tenace, tout le continent africain jusqu'au jour où, à force d'avoir le vent en poupe, ils ont dépassé la pointe sud de l'Afrique et ont réussi à garder le cap de leur bonne espérance. Or, la Catalogne s'est révélée la gigantesque plateforme de l'immobilité d'une civilisation ibérique en mouvement, mais qui avait besoin d'un magasinier. Depuis lors, comme disait Valéry, "le temps du monde fini a commencé".

Comment demeurer en chemin, comment persévérer à se rendre quelque part, comment seulement tracer une route dans une immensité connue s'il n'y a plus d'étendue à conquérir, à moins de se chercher une voie hors du système solaire?

 

2 - Qu'est-ce qu'une langue ?

Observons les rapports que les langues entretiennent avec la vocation auto-propulsive de l'espèce.

Il existe un dictionnaire du français classique. Mais le français du XVIIe siècle ne se réduit pas à un lexique cadenassé par un dictionnaire, lequel ferait d'un catalogue une forteresse. Il implique une pré-sélection des mots et des tournures chargés de donner leur élan, leur tonalité et leur âme une civilisation. Les mots ne sont pas inertes: quand le Général de Gaulle impose sa cadence et son pas à la politique de la France, il s'exprime dans une langue énergique et fermement rythmée, dont le flux naturel ne saurait se trouver entrecoupé des ânonnements et des bégaiements du français des dirigeants d'aujourd'hui. Leur langage traduit une infirmité de la volonté et une instabilité intellectuelle propres à toutes les décadences. A ce titre, François Hollande s'est révélé le premier Président de la Vè République que Régis Debray a pu qualifier d'illettré.

Cependant, méfions-nous également des pièges que nous tend le terme de décadence, lequel nous renvoie à cadere ou decadere, tomber. L'immaturité politique de la Catalogne, par exemple, est si grande qu'elle refuse la protection indispensable de Madrid pour se ruer les yeux fermés sous la tutelle rapace de Washington. Comment se fait-il qu'il aura suffi à la Tunisie visionnaire d'Habib Bourguiba de deux générations pour se rendre à nouveau massivement à la Mecque et pour y lapider un Lucifer censé s'y trouver en chair et en os? Comment se fait-il que la riche Algérie en soit venue, en un demi-siècle seulement, à acheter son pain à Paris? C'est que, sitôt ces nations devenues indépendantes, la sottise et l'ignorance scellent à nouveau le pacte avec un mécanisme bien connu, celui de la corruption avec l'incompétence. La presse algérienne d'aujourd'hui retentit de lamentations de ce que M. Bouteflika n'ait pas su diversifier l'industrie et le commerce algériens.

Considérons maintenant les apories qui étranglent l'Europe politique. Comment une bigarrure européenne de vingt-huit nations privées d'un passé commun, donc sans racines, et une polychromie désordonnée de vingt et une langues et de plusieurs religions radicalement incompatibles les unes avec les autres, changeraient-elles de rythme et de cadence et avanceraient-elles d'un seul et même pas? Ce peloton de pseudo nations n'a ni centre, ni frontières. Il ne peut que tomber dans le néant dont il est habité, puisqu'il n'a jamais réellement existé.

Une civilisation militairement occupée par cinq cents forteresses étrangères et qui n'a donc pas d'armée, n'a pas de souveraineté. Or, depuis soixante ans aucun journaliste n'a publié le plus innocent reportage sur la vie au jour le jour des troupes américaines incrustées sur le sol du Vieux Monde. Dans son interminable discours à la Sorbonne du 26 septembre 2017, parmi les réalisations urgentes auxquelles l'actuelle Union européenne doit se livrer afin de conquérir une "souveraineté active", la seule condition que le Président Macron a sciemment omise - et avec le plus grand soin - d'évoquer, est celle de l'expulsion des troupes d'occupation de l'empire américain camouflées sous l'habillage de l'OTAN.

Il existe une fable de l'antiquité grecque, inspirée d'Hérodote et racontée par Platon au début du deuxième livre de La République - celle de l'Anneau de Gygès. Le mythe décrit l'histoire d'un personnage de ce nom qui avait trouvé par hasard, lors d'un violent orage, une bague qui lui permettait de se rendre invisible. Gygès avait découvert qu'en tournant vers l'intérieur de sa paume le chaton de cette bague, il disparaissait aux regards, ce qui lui avait permis de séduire la reine de l'endroit, puis d'assassiner impunément le roi.

Aujourd'hui, le territoire de l'Europe est occupé par des régiments sur lesquels, non seulement personne n'ouvre les yeux, mais qui exigent maintenant que l'espace Schengen se change en champ de manœuvre de leur stratégie. Le continent est quadrillé du nord au sud et de l'est à l'ouest par cinq cents bases de l'étranger, mais M. Emmanuel Macron n'a pas cité leur démantèlement comme condition évidemment première d'un recouvrement par l'Europe de sa souveraineté. Puisque ni lui, ni aucun autre dirigeant européen ne voient ces troupes venues d'ailleurs, nous devons en conclure que les soldats de l'OTAN portent tous au doigt la fameuse bague qui les rend invisibles.

Un territoire occupé se situe en deça de toute possibilité de seulement évoquer sa souveraineté. Même la Suisse n'est souveraine que parce qu'elle s'est armée jusqu'aux dents en temps de paix. Or, privée de souveraineté, l'Europe occupée se trouve privée de toute existence politique, donc de destin. En vérité, le nouvel horizon qui servira de finalité à une espèce en mouvement ne pourra être autre qu'une plongée dans l'infini d'une vraie connaissance de soi. Seul ce désert nouveau ouvert au mouvement intérieur, que Socrate a placé sous nos pas il y a deux millénaires et demi, nourrira une résurrection

 

3 -La postérité d'Oswald Spengler

Nous approchons du centième anniversaire de la parution en 1918 à Vienne et en 1922 à Munich de l'ouvrage d'Oswald Spengler portant le titre prémonitoire Le Déclin de l'Occident et qui n'a été traduit en français que trente ans plus tard, chez Gallimard, en 1948. Cet ouvrage a marqué de son empreinte les Arnold Toynbee et même les Raymond Aron.

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C'est pourquoi une grande nation ne saurait se donner deux grammaires et deux syntaxes pour langues officielles et qui exprimeraient son identité à parts égales. Car les langues génératrices d'une haute culture philosophique, littéraire et scientifique servent de pilotes cérébraux aux empires. Leur logique interne et leur message jouent le rôle d'ordinateurs et de têtes chercheuses de l'humanité. On ne raisonne pas en allemand comme en français, en anglais comme en espagnol, en russe comme en chinois ou en portugais.

Certes, dit Descartes, j'existe puisque je pense. Mais puisque penser, c'est avancer, je ne sais qui je suis si j'ignore les signifiants qui font de moi un itinérant. Comment saurions-nous que nous marchons si nous ne savons pas comment notre langue nous fait progresser. Pour cela, il faudrait que nos universités se rendent capables de décoder la progression de la rédaction des vingt-neuf étapes de la Jeune Parque de Valéry. On a vu récemment un candidat au prix Goncourt présenter un roman mécaniquement fabriqué sur une imitation automatique du style de Céline. Mais quand Balzac écrit à Mme Hanska qu'il a réécrit treize fois César Birotteau, marchand parfumeur "les pieds dans la moutarde", c'est une bien mystérieuse moutarde que celle dont la vocation obéit au commandement intérieur qui fait dire à Balzac: "J'ai arraché des mots à la nuit et des idées au silence".

Notre enseignement universitaire ignore tout des secrets de la création littéraire. Quant aux célèbres universités américaines, dont la réputation est si surfaite en Europe, elles sont encore plus loin que les nôtres de savoir le premier mot du génie littéraire. Elles ont bien tenté d'enseigner l'art d'écrire. Mais sitôt qu'elles ont voulu préciser le rôle de l'individu unique dans une création unique, elles sont demeurées muettes.

Quant à nos élites politiques et à notre intelligentsia, elles n'ont les yeux fixés que sur des emplois à sauver, alors que seul le sauvetage des fleurons de notre industrie aurait permis de sauver d'un même mouvement le prestige de la nation et les emplois. Pour la première fois, M. Montebourg évoque la comparution future à la barre d'un tribunal approprié de l'ancien et de l'actuel Président de la République pour haute trahison, en raison des conditions suspectes de la vente des turbines à gaz d'Alstom à l'Amérique, puis du TGV à l'Allemagne.

Malheureusement, le patriotisme du peuple français n'est pas près de se réveiller sur un échiquier moteur, celui des industries de l'avenir. Une classe dirigeante bégayante et balbutiante témoigne à chaque instant que les langues vivantes sont le propulseur de l'histoire du monde et qu'un groupe de nations scindées entre une foultitude de syntaxes et de grammaires ne dispose pas et ne disposera jamais de la cohérence cérébrale qui seule peut assurer une cohésion politique.

Aujourd'hui, l'implosion d'une civilisation se révèle parallèle à la dispersion et à la dissolution de son langage, à la disparition de son souffle critique, à la mort de sa lucidité et à la complaisance à son auto-domestication.

Le 13 octobre 2017

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024...

 

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Il y en a pourtant qui résistent…

 

NORVÈGE

 

Ça fait mal quand les empires tombent

Pål Steigan – Information Clearing House8 octobre 2017

 

Il y a un genre de peinture de paysages des XVIIe et XVIIIe siècles qui devrait nous faire réfléchir. Peintures de paysages italiens, où on voit des chevriers et leurs troupeaux errer parmi les ruines d’aqueducs, de ponts et de temples romains. Ce qu’ils ont de fascinant, c’est qu’ils dépeignent une société européenne qui, plus de 1.200 ans après la chute de l’Empire romain, n’avait toujours pas regagné le niveau de production et d’infrastructure qu’avait eu cet empire à son zénith. Ce n'est pas avant la révolution industrielle du XVIIIe siècle que la production et l’infrastructure, en Europe, ont réussi à surpasser l’Empire romain à l’apogée de sa gloire.

 

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Jan Asslyn – Paysage italien avec les ruines d’un pont et d’un aqueduc romains (détail)

 

Les peintures de chevriers dans les ruines d’infrastructures et de temples de la Rome antique sont comme des images de gens qui se déplaceraient dans les restes d’une civilisation high-tech à la hauteur de laquelle ils ne pourraient plus être. La ville de Rome, à son apogée, a eu un million d’habitants. Ils avaient besoin d’une infrastructure très développée pour satisfaire leurs besoins en eau, en nourriture, pour le transport et la livraison des marchandises, pour les besoins du commerce, etc. La ville offrait, à l’époque, le principal exemple d’une industrie de matériaux de construction ayant la capacité et le niveau de compétences requis pour fournir l’énorme quantité de ces matériaux qu’exigeait une telle ville.

Quand l’empire s’est effondré, l’infrastructure a cessé d’être entretenue. Les aqueducs se sont peu à peu brisés et les villes petites et grandes ont cessé d’être alimentées en eau. Les routes et les ponts se sont détériorés et n’ont plus été réparés. Le transport des marchandises est passé de l’état de fleuve débordant à celui de paisible ruisseau. 1.200 ans après ses jours de gloire, Rome était une ville de province ruinée, avec une population de 10.000 âmes.

Les Étrusques, et plus tard les Romains, avaient asséché les marais pour pouvoir augmenter leur production de denrées alimentaires. Ils avaient par la même occasion éradiqué la malaria. Mais quand l’empire s’est écroulé, les fossés de drainage ont cessé d’être entretenus et la malaria a réapparu. Ce n’est que dans les années 1930, après l’arrivée au pouvoir des fascistes, que les marais ont été ré-asséchés et que la malaria a redisparu d’Italie.

 

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L’empire d’aujourd’hui est extrêmement vulnérable

Nous, qui vivons en un temps où un autre empire montre beaucoup des mêmes tendances à la désintégration que l’empire romain connut sur sa fin, avons toutes les raisons d’y réfléchir sérieusement.

À partir d’un certain moment, les empereurs romains se sont mis à mélanger de plus en plus de plomb à leur monnaie d’argent (denarius), au point qu’à la fin, elle ne contenait presque plus d’argent. Ce fut l’hyperinflation de l’époque. Les citoyens romains ne souhaitaient plus se battre dans l’armée, si bien que l’armée ne fut plus composée que de mercenaires. C’est de là que vient le mot soldat : un soldat était quelqu’un qui recevait de l’argent pour se battre (solidus – monnaie d’or). Pour pouvoir payer les soldats, il fallut frapper davantage de monnaie. Les guerres de l’empire coûtaient cher et l’empire était vaste. Le problème fut donc résolu en frappant de plus en plus de monnaie dont la valeur devenait de plus en plus faible.

Le monde est dominé aujourd’hui par l’empire américain. Il influence tout ce qui concerne la production mondiale, le système monétaire, le commerce, l’agriculture, le système énergétique, etc. de la planète.

 

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Source : Texas Precious Metals

 

L’empire a atteint son niveau le plus haut vers 1971, quand les USA ont abandonné l’étalon-or. Après cela, la croissance de l’empire a dépendu de l’impression de plus en plus de papier-monnaie, et maintenant, de monnaie digitale. Mais l’empire est aussi tributaire du fait que le reste du monde accepte ces symboles en remplacement de la chose réelle. Les guerres US, au XXIe siècle, sont largement financées par la vente d’obligations du gouvernement US à la Chine. Autrement dit, la Chine prête de l’argent à l’État américain.

 

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Croissance de la dette des USA

 

Le système mondialisé de la production et du commerce est réglé avec précision pour fournir des marchandises et des éléments composants juste-à-temps. La production de viande norvégienne par exemple, dépend de l’arrivée à Fredrikstad d’un bateau y apportant du soja du Brésil une fois par mois. Si le bateau n’arrivait pas, il y aurait une crise généralisée dans la production de viande norvégienne.

Quand ce qu’on a appelé le scandale de la viande de cheval a éclaté en 2013, le Financial Times a bien montré comment fonctionne le système du commerce et du transport de la viande en Europe.

Les abattoirs exigent beaucoup de capitaux et d’énergie, et c’est pourquoi il y a de moins en moins d’abattoirs pour alimenter un marché de plus en plus globalisé. Leurs marges bénéficiaires sont d’une minceur extrême, raison pour laquelle ils rognent sur les coûts partout où ils le peuvent.

De leur côté, les grandes chaînes de supermarchés veulent à tout moment pouvoir acheter les produits de base alimentaires aux prix les plus justes. Leurs courtiers passent les journées pendus au téléphone pour faire leurs achats en gros aux meilleures conditions possibles. Le Financial Times cite le professeur Karel Williams, de la Manchester Business School, qui explique comment les camions réfrigérés font la queue devant les abattoirs de Hollande à la fin de chaque semaine, les conducteurs n’ayant, jusqu’à la dernière minute, aucune idée de l’endroit où il devront livrer. Dès que les marchés sont conclus, le conducteur reçoit son ordre de mission et il se met en route pour l’endroit désigné. « Le commerce européen est une noria qui fait continuellement circuler des parties d’animaux dans des camions de 40 tonnes ».

La FAO (Food and Agriculture Organization = ONU) dit qu’il y a quelque chose comme un quart de million de plantes comestibles qui pourraient être cultivées. Mais l’humanité s’est rendue dépendante de 3% seulement d’entre elles.

L’approvisionnement en nourriture du monde dépend de 150 espèces de plantes. Les ¾ de toute l’énergie que nous recevons sous forme d’aliments végétaux proviennent de seulement 12 d’entre elles. La concurrence et le besoin d’augmenter la production ont eu pour résultat une réduction drastique de la diversité génétique. Le système exige de plus en plus d’énergie, de minéraux et de matières premières rares, à un taux de croissance exponentiel.

Cela rend l’empire d’aujourd’hui extrêmement vulnérable. L’agriculture pourrait très bien se retrouver face à une expérience similaire à la crise de la pomme de terre, qui a frappé l’Irlande en 1847, causant la mort par famine d’un million de personnes. Il est facile d’imaginer combien elle sera dévastatrice et dramatique. [L’auteur emploie bien le futur, pas le conditionnel. ndt].

En bref, quand le système s’effondrera, ce sera exactement comme dans l’Empire romain : par l’effondrement de l’infrastructure critique. Il ne sera tout simplement plus possible de nourrir autant de monde qu’avant. Cela pourra se traduire par des famines à grande échelle plus ou moins généralisées, à un degré que l’humanité n’a jamais connu. Il y a aujourd’hui 37 méga-cités dans le monde, et les plus grandes ont plus de 30 millions d’habitants. S’il y a rupture dans l’approvisionnement en eau, en énergie ou en nourriture, ces villes deviendront inhabitables.

La nourriture et l’eau sont essentielles. Sans nourriture et sans eau, nous ne pouvons pas vivre. Mais beaucoup de nos systèmes sont aussi extrêmement dépendants du pétrole et de rares minéraux terrestres, qui se raréfient chaque jour davantage. Quand ce système s’effondrera, cela pourrait avoir des conséquences très dramatiques. L’exemple de l’empire romain montre qu’il pourrait se passer vraiment beaucoup de temps avant que quoi que ce soit d’autre prenne sa place.

Il n'est pas difficile de montrer que le capitalisme d’aujourd’hui, basé sur la croissance, est en sursis. Car il est loin d’être robuste et durable. Il est, au contraire, très vulnérable et instable. C’est une des raisons pour lesquelles il est nécessaire de travailler à remplacer ce système aussitôt que possible par autre chose et d’apprendre comment on organise une société d’une façon plus saine et plus durable.

 

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La chute de Rome

 

Les mondialistes de droite et de gauche déplorent le fait que les peuples tournent le dos à cette mondialisation qu’ils prêchent, eux, depuis des décennies. Les peuples, en effet, se tournent de plus en plus vers des politiques populistes et sont devenus si « réactionnaires » qu’ils entendent préserver leurs états nationaux, leurs productions locales et pire encore. Mais ce sont les mondialistes, pas les peuples, qui jouent à la roulette russe. C’est leur système qui nous a rendus si totalement vulnérables. Assurer la sécurité alimentaire et des communautés locales/nationales viables, restaurer le métabolisme détruit entre société et nature, c’est cela qui est véritablement progressiste. C’est cela qui est l’avenir, et nous avons grand besoin de nous débarrasser d’urgence de l’empire et de son économie de parasites et de profiteurs.

Si nous ne le faisons pas, il se pourrait que les peintres de paysages, dans quelques centaines d’années, peignent des chevriers en train de faire paître leurs troupeaux dans les restes déglingués de gratte-ciels et de ponts d’autoroutes.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/47972.htm

Source d’origine : https://steigan.no/2017/10/07/it-hurts-when-empires-fall/

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

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FRANCE

 

Liberté d’expression ? Ha ha ha !

Après Jacques Sapir, dernier en date : jusqu’à très récemment, pour se rendre sur le site du Comité Valmy, il suffisait de taper « Comité Valmy » dans Google et divers liens s’offraient. Il suffisait de cliquer sur l’un d’eux. Essayez à présent ! Les maîtres à penser de Google sont passés par là. Ceux qui nous ont lus jusqu’ici n’en seront pas surpris. Contrattaquez : mettez-le dans vos favoris !!!

 

Comment Valmy est censuré ?

Comme le sont bien d’autres (le World Socialist Web Site par exemple) depuis que Google joue les Torquemada

par Comité Valmy –­­ 12 octobre 2017

 

Le site du Comité Valmy est actuellement censuré, apparemment de la même façon et dans des proportions comparables à ce qui est dénoncé par WSWS, pour ce qui le concerne, dans l’article qui suit.

Nous reviendrons dans les meilleurs délais et avec plus de détails, sur cette grave question. Nous invitons nos amis et toute personne hostile à ce type de sabotage, à réagir en diffusant nos textes auprès de leurs correspondants pour tenter de le contrecarrer.

 

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Un nouvel algorithme de Google
limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche

Andre Damon et Niles NiemuthWSWS 28 juillet 2017

 

Un nouvel algorithme de Google
limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche

Au cours des trois mois écoulés depuis que le monopole des moteurs de recherches sur Internet, Google, a annoncé qu’il fallait empêcher les utilisateurs d’accéder à de « fausses nouvelles » (fake news), le classement mondial du trafic d’une large gamme d’organisations de gauche, progressistes, anti-guerre et démocratiques a considérablement diminué.

Le 25 avril 2017, Google a annoncé qu’il avait mis en place des modifications de son service de recherche pour rendre plus difficile pour les usagers d’accéder à ce qu’il appelait des informations « de mauvaise qualité » telles que les « théories du complot » et les « fausses nouvelles ».

La société a déclaré dans un article de blogue que l’objectif central de la modification de son algorithme de recherche était de donner au géant des recherches un plus grand contrôle dans l’identification du contenu jugé répréhensible par ses directives. Il a déclaré qu’il avait « amélioré nos méthodes d’évaluation et effectué des mises à jour algorithmiques » afin de « contenir un contenu plus autorisé ».

Google a poursuivi : « Le mois dernier, nous avons mis à jour nos lignes directrices sur la qualité de la recherche (Search Quality Rater Guidelines) pour fournir des exemples plus détaillés de pages Web de mauvaise qualité pour que les évaluateurs puissent les signaler de manière appropriée ». Ces modérateurs sont invités à signaler « les expériences qui pourraient perturber des usagers », y compris les pages qui présentent de « théories du complot », sauf si « la requête indique clairement que l’usager recherche un autre point de vue ».

Google n’explique pas précisément ce qu’il entend par le terme « théorie du complot ». En utilisant la catégorie large et amorphe des « fausses nouvelles », l’objectif du changement dans le système de recherche de Google est de restreindre l’accès à des sites Web présentant des opinions différentes, dont la couverture et l’interprétation des événements s’opposent à celles des médias de l’establishment tels que le New York Times et le Washington Post.

Lire la suite…

Source : http://www.comite-valmy.org/spip.php?article9102

 

 

 

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Mis en ligne le 14 octobre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

19:52 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |