16/08/2012

Ils viennent chez nous... (suite).

 

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Ils viennent chez nous parce que nous sommes chez eux.

                                           (Suite)


II.
 

Et ceux qui ne meurent pas ?

Sauvés ? Non, enfermés.

 

Algésiras, Allemagne, Andalousie Auschwitz, Buchenwald, Canaries, Dachau, Grèce, Hollande, Italie, Lampedusa, Malte, Maroc, Royaume Uni, Pologne, République tchèque,Turquie, etc. Etc....

« Centres de rétention pour demandeurs d'asile » en France...

« Centres fermés pour étrangers en situation irrégulière » en Belgique...

où il est précisé que la privation de liberté n'y a pas de caractère punitif.

Ah, on respire !

Et Semira Adamou ?

Malheureux accident. Dommage collatéral. On ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs. Circulez.

Dans ce pays, petit par la superficie, mais grand par ses principes, il en existe théoriquement six : 

            Bruxelles-National (aéroport) : 30 places

              Bruxelles-National II (aéroport de Melsbroek) : 60 places

            Steenokkerzeel : 120 places

            Bruges : 112 places

            Merksplas (Anvers) : 165 places

            Vottem : 160 places

Soit, en tout, 647 places. Pour hommes, femmes ; vieillards, enfants en bas-âge, voire à la mamelle.

Mais... « 8000 personnes sont chaque année détenues en Belgique » (Wikipedia). Qui sont où, alors ?

 

Et de là ? Expulsés !

 

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Israël, faisant désormais partie de l'Europe, expulse 2000 immigrés ivoiriens.

Plus assez de Palestiniens ?

 

Oui, mais où ?

 

L’«EXTERNALISATION DE L'ASILE», vous savez ce que c’est ?

 

« L'externalisation de l'asile est un type de politiques migratoires menées par les pays de l'Union européenne consistant à délocaliser l'accueil et l'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi que le traitement de leurs demandes d'asile, dans des lieux situés à proximité des frontières de l'UE, ou dans des pays, situés hors de l'UE, dont les demandeurs sont originaires ou par lesquels ils transitent. En Australie, une politique similaire, officiellement qualifiée de « solution du Pacifique », s'est traduite par la multiplication des camps d'enfermement des exilés, notamment le camp de Woomera et celui de Nauru ainsi que l'abandon de souveraineté sur certaines îles carcérales pour les faire échapper au système national des protections juridique.

 « Après une tentative de délocalisation des procédures de l'asile dans des centres frontaliers ou limitrophes, en 2003, ces politiques se sont traduites en Europe par une prolifération des camps d'exilés dans et autour de l'Union Européenne, une pression sur les pays voisins pour y développer des systèmes d'asile examinant les demandes sur leurs territoires et une radicalisation des enjeux politiques antimigratoires dans les pays limitrophes à l'intérieur de la frontière commune de l'Union Européenne. »  

(Wikipedia)

 

Comment tourner l’obstacle du principe de droit d’asile ? Fastoche :

 

 L'asile chez les autres

 

« La notion d'« externalisation de l'asile » n'est pas un concept juridique mais sociologique, qui caractérise des politiques publiques visant, sans renier formellement les principes du droit d'asile, à développer les camps d'internement d'exilés et les régimes juridiques de rejet des demandes d'asile dans les pays limitrophes de l'Union européenne afin de fermer ses frontières aux mobilités internationales d'exilés. Ces orientations sont en gestation durant les années 1990 puis s'expriment en 2002 et 2004 pour être formulées dans le programme de La Haye qui cadre les politiques européennes de sécurité de 2004 à 2009. »  (Wikipedia)

 Ah, « sociologique » , ça change tout !

 On l’aura compris : n’importe où sauf dans l’espace Schengen. Il suffit de sous-traiter l’asile, c. à d. de payer raisonnablement les pays d’accueil (euh… de détention). Même principe que pour les déchets toxiques. Et mêmes destinations ? La Somalie, par exemple, pour les déchets. Comme si elle n’en avait pas assez de ses sécheresses et de ses famines.

 

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Quelque part en Europe.

Dachau - Auschwitz - Buchenwald - Algesiras Malte Lampedusa  ?.jpgDachau ? Auschwitz ? Buchenwald ? Algesiras ? Malte ? Lampedusa ?

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Quelques-uns des sept mille clandestins arrêtés dans le port de Djibouti.

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 Nador (nord du Maroc) - Candidats à l'immigration regardant les lumières de Melilla (enclave sous autorité espagnole).


Mais bornons-nous à l’étape « rétention » ou « enfermement sans caractère punitif » à l’intérieur de l’U.E., et appelons ces endroits par leur nom :

 

Camps de concentration


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Grèce de la Troïka

 

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Istanbul

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Au camp de Filakio - Frontière gréco-turque

 

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Camp de Burashada - Libye libérée

 

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Andalousie

 

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Italie

 

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Pagani (Lesbos)

 

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 France

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CRA de Mayotte où l'internement des enfants a été maintenu par Manuel Valls, malgré les engagements de campagne pris par François Hollande.

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Mayotte encore - Femme matraquée

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Lampedusa

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Quelque part en Italie

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Malte, Alcatraz de l'Europe pour migrants africains.

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   Paris

 

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Conteneurs à humains

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Provisoire, celui-là : Roissy Charles De Gaulle

 

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Metz

 

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Aire de jeux pour enfants - CRA de Toulouse

 

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Rennes

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Nîmes - Ils ont tenté de le repeindre en rose.

 

20 - St Exupéry (Grenoble) Dessine-moi un chien de garde.jpgSaint-Exupéry (Grenoble) - «S'il te plaît, dessine-moi un chien policier».

 

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Marseille

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Saint-Jacques de la Lande, près de Rennes

23 - Rennes Ille-et-Vilaine, qui abrite un bébé de six mois..jpg

Rennes (Ille et Vilaine), qui abrite un bébé de six mois.

 

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Ça a l'air joli, comme ça, mais on y enferme des enfants.

 

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Et bien sûr, des bébés aussi - Corse

 

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Eric Besson visite le centre de Plaisir, dans les Yvelines.

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Lyon-Perrache sous Manuel Valls

 

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Mesnil-Amelot (Seine & Marne)

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Mesnil-Amelot

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Le Canet

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Rivesaltes (Pyrénées Orientales)

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Camp pour Africains, en cours de construction en Israël.

 

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Coquelles (Nord-Pas de Calais) : une annexe du tribunal de Boulogne dans le CRA, ou la justice délocalisée...

Les associations (de défense des droits, vous savez) et les avocats ne sont pas contents. Un tribunal installé directement chez la police, ils trouvent que cela fait désordre, mais «cela permet de décharger policiers et gendarmes de leurs missions d'escorte». Économie, économie, Horatio !

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 Cornebarrieu (Haute Garonne)

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Melsbroek (Aéroport de Bruxelles National)

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 Vottem (Belgique)

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Vottem encore

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Manifestation contre la détention d'enfants à Vottem

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Manifestation contre la détention d'enfants à Vottem


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 Bruges

 

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Steenokkerzeel

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Le trop célèbre «127 Bis» (Steenokkerzeel) - Manifestants aidant des internés à s'évader.

 

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Merkplas (Anvers) - Des Camerounais déposent des fleurs à la mémoire de Folefack Sontsa Ebénizert, retrouvé mort dans les toilettes du centre, quelques jours après une tentative d'expulsion violente avortée, à laquelle, passagers de l'avion, ils avaient assisté.

 

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Parfois ils y mettent le feu : Steenokkerzeel.

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Parfois ils y mettent le feu : Vincennes.

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Parfois ils y mettent le feu : Lampedusa.


à suivre, hélas...


*  


 

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LIVRE(S)

 



Vu la longueur de ce double post (fichue habitude), ce n’est pas encore aujourd’hui que nous allons pouvoir vous parler de notre ami Djamal Benmerad, qui est en train de devenir tout doucement l’Arlésienne de notre blog.

Je me contenterai, pour aujourd’hui, de vous parler d’un polar qui vient de sortir.

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Donna LEON

La femme au masque de chair

Traduit de l’anglais par William Olivier Desmond

Calmann-Levy, 2012

250 pages

 



Donna Leon n’est pas une débutante. Pour ses aficionados, elle est une des « reines du polar » les plus considérables

Américaine résidant à Venise depuis 21 ans, elle en est à son 21e volume des aventures du Commissario Brunetti, aventures traduites en une vingtaine de langues… sauf l’italien, histoire de « protéger son anonymat dans la cité des doges ». On ne voit pas très bien l’intérêt, vu que sa photo est très largement diffusée et qu’il y a quand même quelques Italiens qui parlent des langues étrangères.

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Tous ses romans sont de premier ordre. Celui-ci est un des meilleurs.

Comme toujours, la Sérénissime et la Lagune servent de théâtre à l’histoire qu’elle raconte, mais l’histoire qu’elle raconte aurait pu, comme chaque fois, se passer n’importe où en Europe, en juste un peu (ou un peu moins) pire. Car, à l’instar de plusieurs de ses consoeurs et confrères, Donna Leon fait de l’histoire contemporaine à chaud. Elle a simplement choisi le polar comme véhicule.

On retrouve ici, non seulement le commissaire Guido Brunetti, avec sa riche vie intérieure et ses souvenirs d’enfance à la Proust, sa Questure tout entière, énigmatique signorina Elettra en tête, son vice-questore Patta de chef aussi exaspérant qu’indigne, ses collaborateurs et ses subordonnés, mais aussi la partie intime de son existence, où Paola, l’épouse prof de lettres anglaises inconditionnelle d’Henry James et les enfants Raffi et Chiara jouent le rôle dévolu par Eschyle au chœur antique. Paola, descendante pas du tout fin de race d’une longue lignée de richissimes aristocrates et néanmoins marchands (on est à Venise), Raffi et Chiara, qui en sont à l’âge des indignations généreuses et qui croient, comme avant eux l’ont cru leurs parents, qu’il importe de refaire le monde, parce que, tel qu’il est, il est vraiment trop moche.

Ses lecteurs fidèles ont compris depuis longtemps que Donna Leon est une moraliste, et même une moraliste à la romaine. Dans ce livre, elle va jusqu’à l’admettre ouvertement, et ce n’est pas seulement Brunetti qui ne s’y détend qu’à la lecture de Tacite et de Marc Aurèle, mais le personnage central de l’histoire, la fameuse « femme au masque de chair » qui vit en symbiose avec Ciceron et retrouve des parallèles de son propre destin dans Ovide.

Il y a même, et ce n’est pas vraiment surprenant, un rapport étroit avec notre sujet d’aujourd’hui, dans la mesure où le problème de société qui sert de pivot à l’action est, cette fois, la prise de contrôle de l’élimination des déchets – ménagers et toxiques, voire radioactifs – par la Camorra montée sur le Nord, qui en dispose, dans des conditions que nous n’allons pas déflorer, vers des pays comme la Somalie, et autres damnés de la terre et de la mer. Que l'on n’oublie pas, surtout, en lisant, que les corrompus de Venise ont des homologues partout.

C’est superbe.

Ne boudez pas votre plaisir.

 

 ***

16 août 2012 - Marie Mouillé

 

15/08/2012

Ils viennent chez nous...

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Ils viennent chez nous... parce que nous sommes chez eux.

                                                                                                     Israël SHAMIR



Franchir des murs couverts de fils de fer barbelés, prendre la mer dans des embarcations impropres à la navigation ou voyager clandestinement dans des conteneurs sans air. Chaque jour, des réfugiés et des migrants risquent leur vie dans le monde entier - chaque jour - dans une quête désespérée pour trouver la sécurité ou des conditions de vie meilleures


 I.

Méditerranée, mer de honte

« Dans quelques semaines, des cohortes d'Européens aisés s'en iront barboter dans la Méditerranée, sans songer que dans la même eau, en face d'eux, sur l'autre rive, baignent des centaines de cadavres. » 

(Les gazettes)

C’était il y a trois ou quatre ans. Maintenant, c’est « des milliers de cadavres» qu’il faut dire. Ou des dizaines de milliers ? Ou ?...ou ?...

Une nuit, c'est un chavirage près des côtes qui noie des dizaines de ces errants; une autre, ce sont les femmes et les faibles que l'on jette par-dessus bord pour éviter le naufrage. Il ne manque que des pirates les pillant et les tuant pour que l'horreur soit complète. 

Mais ce n'est pas seulement contre les murailles des flots que se brisent ces embarcations, c'est aussi contre le mur d'airain de l'indifférence européenne.

 

RAPPELS


Pourquoi cet exode à grande échelle des Africains ?

Pour de multiples raisons, dont très peu sont imputables à la nature ou à eux-mêmes et presque toutes aux Européens.

Par « Européens», j'entends ceux qui sont responsables du génocide presque total des Amérindiens du Nord et de la traite parallèle des Africains; qui ont envahi et grandement dépeuplé l'Australie, la Nouvelle Zélande, les deux Canada, et colonisé une bonne partie du reste du monde.

Ces Européens américanisés, australianisés, neo-zélandisés, à qui s'ajoutent aujourd'hui quelques oligarchies d'Arabes dénaturés, qui ne vendent pas leurs compatriotes à la traite parce qu'ils préfèrent les opprimer eux-mêmes. Et, bien sûr, un débris de l'empire ottoman, dont on ne sait à quoi il joue et peut-être ne le sait-il pas lui-même. Sans oublier leur bras armé et balai d'apprentis sorciers : Israël.

Cela veut-il dire que « nous » réservons aux Africains le sort que nous nous efforçons depuis plus de soixante ans d'infliger aux Palestiniens, la disparition pure et simple ? Cela crève les yeux.

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On croyait bêtement qu'après le nettoyage ethnique de tout un continent, plus l'enlèvement et la traite de populations entières dont la moitié mourait en route, après, surtout, une Révolution qui avait quand même posé, pour l'avenir, quelques principes de morale publique, les Européens ne pourraient jamais recommencer et en aucun cas faire pire. Mais si, ils peuvent. La preuve :

 

EXODES

De la Libye, d'abord. En masses. Pour échapper aux amis tueurs de M. Bernard Henri Levy, qui les massacrent pour la couleur de leur peau, violent leurs femmes et leurs enfants, et bien sûr s'amusent à les torturer de toutes les manières possibles avant de les tuer pour les protéger de l'affreux Kadhafi qui leur aurait fait dieu sait quoi.

De Somalie, où la sécheresse pas vraiment combattue et même quelque peu aidée les décime, en commençant par les enfants.

De la Côte d'Ivoire, pour échapper aux soudards de M. Nicolas Sarkozy et maintenant de M. François Hollande, venus les « civiliser » à l'arme lourde.

De l'Afrique du Sud, où les violences xénophobes, sautant par-dessus la fin de l'apartheid, recommencent de plus belle.

Du Congo, pays qui, pour son malheur, regorge de richesses. Dont, par exemple, la cassitérite, nécessaire à la fabrication des téléphones cellulaires en train de remplacer l'alcool, le tabac et le hasch (« Allo, chuis dans le bus. Qu'est-ce qu'on mange ?» Plus de six millions de morts à ce jour, rien que dans ce pays, rien que pour ce joujou). On pourrait, bien sûr, la leur acheter, ce qui leur permettrait de vivre chez eux à l'aise. Mais vous n'y pensez pas ! Et nos marges bénéficiaires ? C'est tellement plus expédient de la leur voler en fomentant ici et là les guerres civiles qui les occuperont pendant que nous les pillons. Et, que voulez-vous, les gens n'aiment pas les guerres. Ils les fuient. De préférence dans les endroits où – pour l'instant – il n'y en a pas.

Des pays subsahariens, qui regorgent eux aussi de choses que nous convoitons, et il faut dire que les fines équipes au pouvoir dans le Maghreb ne se donnent pas beaucoup de mal pour les intercepter. Ah, on n'est plus servis.

De tous les pays, enfin, qui ont accès à la mer et/ou possèdent des lacs et des fleuves poissonneux. C'est vrai que les habitants pourraient y vivre de leur pêche et dieusait qu'ils s'en contenteraient. Mais la surpêche industrielle européenne a pris leur place, occupe leurs eaux et ne s'en va que lorsqu'il n'y a plus de poissons dedans. C'est suicidaire ? Tiens, on va les plaindre peut-être.

 

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Alors, que font-ils, les pêcheurs de souche ? Ils vendent leurs chalutiers ou leurs pirogues pour caler temporairement leurs estomacs, et quand il n'y a plus rien à manger, ils s'embarquent. Pour les pays où, d'après ce qu'ils croient savoir, il n'y a ni guerre ni famine.

On pourrait allonger la liste à l'infini. L'imagination des prédateurs est sans bornes.

Et, bien entendu, il y a aussi cet autre prédateur : le sida. On pourrait l'enrayer, n'est-ce pas. Les médicaments existent. Mais ces ploucs n'ont pas de quoi nous les payer. On pourrait évidemment pratiquer une chose jadis connue sous le nom de « solidarité ». Mais vous n'y pensez pas ! Et nos marges bénéficiaires ?

 

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Force de travail subsaharienne en Libye, fuyant vers l'Algérie.

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Sur le chemin de l'exil

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Ils se cachaient bien, pourtant. Pas de chance, on les a trouvés.

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Abdhamid, un clandestin palestinien, rampe pour se dissimuler sous un poids lourd

prenant le ferry à Calais pour l'Angleterre.

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Libériens fuyant vers la Côte d'Ivoire. Ils ne savent pas encore...

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«Ivoiriens au bord du gouffre.» Au bord ?

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Eh oui, parfois on est seul pour fuir comme pour arriver. Libye encore.

 

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 Somaliens fuyant la sécheresse et la famine.

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Car, bien sûr, comme si les autres fléaux ne suffisaient pas, il y a aussi le sida.

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L'Afrique à 100% blanche, c'est pour quand ? Poussez pas, il faut d'abord nettoyer.

 

 

LES DAMNÉS DE LA MER


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11 Juillet 2012 – Ils fuyaient Tripoli et les mercenaires béhachéliens. En majorité, c’étaient des Erythréens. Plus de 50 sont morts dans une errance de quinze jours. Un seul a survécu. Il est hospitalisé à Tunis, où l’ONU s’occupe de son cas. C’est peu pour compenser la résolution 1973.


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Cueillis à la faveur d'un naufrage. Eux aussi venaient de Libye.

 

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Au large de l’île italienne de Pantelleria, des sauveteurs aident des réfugiés qui ont fui la Libye et qu’un navire des forces de l’OTAN a refusé à plusieurs reprises de secourir. (Pour les protéger de Muammar Kadhafi.) Sur plusieurs centaines de ces malheureux, 370 seront sauvés par les garde-côtes italiens.

 

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Un autre naufrage au large de la Libye. Sur un bateau de 600 clandestins qui, surchargé, s’est renversé, plusieurs dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont péri. Des navires marchands ont récupéré au moins douze corps.

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Lampedusa : les cadavres de 25 migrants, morts par asphyxie, ont été retrouvés dans la salle des machines d’un bateau surchargé de réfugiés en provenance de la Libye. Il ne s’agit pas de chambres à gaz. La preuve : il y a 270 survivants

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Entre Libye et Lampedusa, la Méditerranée est un cimetière africain. Encore 61 migrants morts de faim et de soif après avoir été ignorés par un porte-avion et un hélicoptère de l’OTAN. L'Italie a réclamé une enquête. Gageons qu'elle aboutira.

 

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De Tunisie à Lampedusa.

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Sur ce bateau, à bord duquel 95 Tchadiens et Somaliens – hommes, femmes et enfants – tentaient d’atteindre l’île de Malte, sept sont morts de déshydratation et d’exposition au soleil. Leurs corps ont été jetés à la mer. Les 88 survivants, dont une femme enceinte, ont dû être hospitalisés.


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Sauvetage d'immigrés clandestins par la Marine Nationale Française. Un coup on tue, un coup on sauve.

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 Île de Malte - 27 immigrants africains dont l’embarcation venait de couler ont eu juste le droit de s’accrocher à la passerelle circulaire de la cage à thons du chalutier le Badafel.

 Il a eu peur de « ces 27 grands gaillards, qui auraient pu - qui sait ? - prendre le contrôle de son chalutier ». Alors Charles Azzopardi, le capitaine du Badafel, a seulement permis à ces naufragés de s'accrocher à la passerelle circulaire de sa cage à thons, et il a prévenu les services de secours maltais. Qui ont refusé de les accueillir.

 Les malheureux ont pu être secourus par un avion et un navire de la marine italienne, qui se trouvaient dans les eaux internationales proches des eaux maltaises et libyennes pour tenter de retrouver une embarcation à la dérive au sud de Malte, avec 53 personnes à bord. Ces 53 clandestins n'ont jamais été retrouvés et c’est sur l’île italienne de Lampedusa que les 27 nouveaux naufragés ont finalement été débarqués et placés dans un camp.

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9 passeurs embarquent plus de 900 migrants - hommes, femmes et enfants - et les abandonnent en vue des côtes de Malte. Les gardes-côtes maltaises leur donnent des gilets de sauvetage et les escortent hors de leurs eaux territoriales. Ils arrivent en Italie où on les répartit dans des « centres de rétention » jusqu’à ce que… ?

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Ceux qui ne sont pas morts de soif ou d'insolation.

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En vue de Mayotte

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 Mayotte

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Ah les liens privilégiés entre l'Union Européenne et le roi du Maroc !

C’est un canot pneumatique en tous points semblable à celui-ci, à bord duquel 70 immigrants tentaient de faire la traversée vers l’Espagne, que des soldats marocains ont délibérément fait couler.

 « Deux heures après le début de la traversée, un navire de la marine marocaine s’est approché et a mis à l’eau une embarcation rapide qui s’est mise contre le canot. Un des soldats a enfoncé légèrement un couteau dans le caoutchouc et nous a dit «maintenant allez vers l’Espagne si vous voulez », a confié à El Pais, Campos, un des survivants de cette attaque défiant toute légalité. « Nous avons essayé de mettre une rustine et nous avancions difficilement, mais je crois que nous y serions arrivés s’ils n’étaient pas revenus », ajoute Erik, un pêcheur nigérian de 31 ans, dont la femme et la fille de 3 ans ont péri noyées. Revenant à la charge, les soldats marocains avaient décidé d’aller jusqu’au bout de leur forfait. « Un soldat a commencé à nous menacer avec un couteau attaché à un bâton. Nous leur demandions qu’ils nous ramènent avec eux vers le Maroc parce qu’avec le canot dans cet état, il nous était presque impossible de continuer. Nous les suppliions qu’ils regardent nos enfants et nos bébés », témoigne encore Campos. Les yeux éplorés et innocents des enfants n’ont eu aucun effet sur le gradé marocain qui « a pris le couteau des mains du soldat et a donné quatre coups en différents endroits du canot, qui a coulé en quelques secondes. Tout le monde s’est mis à crier et à pleurer », rapporte El Pais. Une autre vedette marocaine est venue alors secourir ce qu'elle a pu des naufragés, tandis que, rapportent des témoins, « les soldats se disputaient sur la première vedette ». Le Maroc a voulu étouffer cette tragédie en transportant les survivants près des frontières algériennes. « Les survivants ont été transportés rapidement par les militaires marocains à Oujda, près de la frontière algérienne, dans l’intention de les obliger à rentrer en Algérie, comme ils l’ont déjà fait avec des milliers d’immigrants subsahariens », précise El Pais.

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Arrivée de clandestins rescapés à Malte. Des centaines de disparus.

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Lampedusa.

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Lampedusa

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Lampedusa

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Lampedusa

Arrivée de quelques Somaliens rescapés. Tous les autres sont morts.

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Lampedusa - Arrivée de réfugiés libyens.

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Même en hiver. Même par tempêtes.

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Du Sénégal en Espagne - 158 interpellations.

 

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Rafles au Maroc

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Malte.

 

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La forteresse Europe se torche de la tragédie libyenne.

«La forteresse Europe face au drame libyen qu’elle a causé :

Alors que les travailleurs immigrés subsahariens, nombreux dans la Grande Jamahiriya du colonel Kadhafi, figurent, comme tous les étrangers, parmi les cibles de premier plan de l'extermination en cours, l'Europe semble d'abord les considérer comme un fardeau, comme de possibles envahisseurs prêts à déferler en masse sur ses côtes»


Strange fishes

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Algésiras

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Au large des Canaries.

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 Ailleurs. Là où la mer les rend.

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Il faut bien aussi que les oiseaux mangent.

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Visitez les îles Canaries, leurs plages, leurs couchers de soleil, leurs cadavres.

 

48 - Deux survivants 400034966.jpg

 Deux rescapés.

49 - Un seul - canaries_jmedina_mai06s-b6eec.jpg

Un seul. Accueilli à bras ouverts.

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Choc des civilisations.

 

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Al Amal, «espoir» en arabe.

 53 - Lampedusa Cimetière des batgeaux échoués .png

Cimetière de bateaux échoués à Lampedusa

 

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Besoin de légende ?

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Lampedusa - Un calvaire s'achève, un autre commence.


La suite à demain


Entretemps, en guise de commentaire - où puiser le courage d'épiloguer, d'ailleurs - j'ai retrouvé pour vous quelques réflexions, vieilles d'un an mais  sans une ride, d'un Martiniquais d'Allemagne, sur son excellent blog

Les Chroniques Berliniquaises

Les aventures palpitantes et véridiques d'un Martiniquais à Berlin

«L'EUROPE SE DÉCHAÎNE-GAINE»


*

Par ailleurs...

C'était avant-hier le 86e anniversaire du Commandant Fidel Castro, et notre webmaîtresse n'était pas là.

Qu'à cela ne tienne. Avec les carabiniers, certes, mais de tout coeur, nous lui présentons nos voeux et empruntons au Grand Soir les siens :

 

*

Fidel Castro est né le 13 août 1926. - Le Grand Soir fête son anniversaire à sa manière.

 

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Fidel Castro : Intervention au quatrième congrès de la fédération latino-américaine des journalistes (FELAJ)

 OSVALDO SANTANA (République dominicaine). Comandante Fidel Castro, compañero, je ne vais pas citer de chiffres sur la dette dominicaine, et je voudrais seulement signaler un point qui me préoccupait déjà dans mon pays. Au moment de la négociation de l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI), les forces de gauche demandaient la rupture des négociations, mais toutes les voies, toutes les solutions éventuelles indiquaient que, dans l’état actuel de la société dominicaine, c’était impossible. Ce qu’il fallait, c’était briser l’ordre. Et les forces dirigeantes nationales n’étaient pas en mesure de le faire. Nous étions dans une impasse, parce que les forces émergentes n’étaient pas non plus en mesure de répondre à ce qui était une réclamation généralisée : non aux négociations.

Lire la suite...

 



Mis en ligne le 15 août 2012 par Marie Mouillé



 

26/10/2011

La curée

Death ship of no port.JPG

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(CHOEUR) :
Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !



LA CURÉE

Résumé de ce qui précède...
... et conclusions tirées par quelques personnes honnêtes



Aujourd’hui que le but véritable de ces 216 jours de boucherie est atteint, tous se vantent d’avoir – eux et personne d’autre – occis Kadhafi. Les Français d’abord, qui claironnent leur part de « responsabilité » dans la (fermons les yeux et essayons de visualiser... la République Française imposant par le meurtre de masse la monarchie à une république et la shar’ia à un état laïc... waw !) liquidation d’un chef d’état prisonnier de guerre, suivis de près par les Américains, antériorité dans le génocide obligeant, eux-mêmes suivis par les Anglais, qui se targuent du rôle joué par leurs forces spéciales – vous savez, les fameux SAS -  qui ont, maintenant on peut le dire, « encadré sur place, à Syrte, les forces du Conseil National de Transition et organisé la coupure des voies de retraite possibles pour Kadhafi et ses hommes ». Pourquoi en douter ? Depuis la révolte des Cipayes et même avant, on les savait capables de tout. Bien placé aussi le Qatar, état arabe comme on sait, et démocrate à n’en plus pouvoir. Il n’y a pas jusqu’à l’Allemagne, qui ne revendique sa part du meurtre Mais pourquoi diantre l’Allemagne s’accuse-t-elle d’un crime qu’elle ne peut pas avoir commis ? Eh, c’est que l’heure de la curée est venue et qu’il importe d’avoir les mains tachées de sang si possible jusqu’aux aisselles, pour pouvoir revendiquer une part conséquente du gâteau. Sans oublier la cerise qui le surmonte : ces fameux 1.700.000 Euros promis à qui capturerait le gibier mort ou vif, car il n’y a pas de petits profits.

Et c’est bien « mort » qu’il le fallait. Claude Angeli explique pourquoi et comment en page 3 du Canard enchaîné de cette semaine :

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*

KADHAFI CONDAMNÉ À MORT PAR WASHINGTON ET PARIS
Claude Angeli.
Mercredi 26 octobre 2011

Obama et Sarkozy ne voulaient pas qu’il s’en sorte vivant. De crainte qu’il ne parle trop lors de son procès devant la Cour pénale internationale.

Mercredi, 19 octobre en fin d’après-midi, un colonel du Pentagone téléphone à l’un de ses correspondants au sein du service secret français. Chargé du dossier « Kadhafi », l’une des priorités actuelles des généraux de l’équipe Obama, l’Américain annonce que le chef libyen, suivi à la trace par des drones Predator US, est pris au piège dans un quartier de Syrte et qu’il est désormais impossible de le « manquer ». Puis il ajoute que laisser ce type en vie le transformerait en « véritable bombe atomique ». Son interlocuteur comprend ainsi que la maison Blanche a rendu son verdict, et qu’il faut éviter de fournir à Kadhafi la tribune internationale que représenterait son éventuel procès.

Depuis quelques jours d’ailleurs, des commandos des forces spéciales américaines et françaises participaient ensemble à cette chasse au Kadhafi. À Paris, au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), à la Direction du renseignement militaire (DRM) et au service action de la DGSE, plusieurs officiers évaluaient à une cinquantaine de membres du COS (Commandement des opérations spéciales) les militaires présents à Syrte.

Leur mission : porter assistance aux unités du CNT qui investissaient la ville, quartier par quartier, et, selon le jargon maison utilisée par un officier du CPCO, « traiter le guide libyen et les membres de sa famille ». Une formule codée en cours à la DGSE : « livrer le colis à Renard », et agir en sorte que Kadhafi n’échappe pas à ses poursuivants (une unité du CNT baptisé « Renard? ».

Hypocrisie internationale.

À l’Élysée, on savait depuis la mi-octobre que Kadhafi et l’un de ses fils s’étaient réfugiés à Syrte, avec gardes corps et mercenaires (ou résistants Libyens). Et Sarko avait chargé le général Benoit Puga, son chef d’état-major particulier, de superviser la chasse à l’ancien dictateur. Ce qu’il a fait en relation avec la « Cuve », le bunker souterrain où des officiers du CPCO sont en contact permanent avec tous les militaires engagés à l’étranger et les services barbouzards. À la DGSE comme à la DRM on ne se gêne pas d’ailleurs pour évoquer l’« élimination physique » du chef libyen, à la différence des formules bien plus convenables employées par l’Élysée, s’il faut en croire un conseiller du Président.

« La peine de mort n’était pas prévue dans les résolutions de l’ONU qui ont permis à l’OTAN d’intervenir, ironise un diplomate français. Mais il ne faut pas jouer les hypocrites. À plusieurs reprises, des avions français et britanniques avaient déjà tenté de liquider Kadhafi en bombardant certains de ses repaires, à Tripoli ou en détruisant notamment un de ses bureaux. » Et le même de signaler que, lors d’un procès devant la Cour pénale internationale, « ce nouvel ami de l’Occident aurait pu rappeler ses excellentes relations avec la CIA ou les services français, l’aide qu’il apportait aux amis africains de la France, et les contrats qu’il offrait aux uns et aux autres. Voir plus grave, ne sait-on jamais? ».

Le 20 octobre à 8 h 30 du matin, l’objectif allait être atteint. Trois avions de l’OTAN s’approchent de Syrte. Rien à voir avec une mission de reconnaissance effectuée par hasard : une colonne de 75 véhicules fuit la ville à vive allure. Un drone américain Predator tire des roquettes. Un mirage F1CR français de reconnaissance suit un Mirage 200-D qui large deux bombesGBU-12 de 225 kilos guidés au laser. Bilan : 21 véhicules détruits et Kadhafi seulement blessé.

Soupirs de satisfaction.

Des forces spéciales françaises sont alors présentes sur les lieux. L’histoire ne dit pas à quelle distance de ce qui va survenir, et que raconte avec abondance de détails un officier des services militaires de renseignements : « Il est capturé vivant par des combattants surexcités. La foule scande, Allah Akbar, à pleins poumons, le menace de ses armes et se met à le tabasser pendant que d’autres combattants qui peinent à prendre le dessus, crient de le maintenir en vie ».

On connait la suite, quelques images de ce lynchage suivi d’une exécution par balle sont apparues sur les écrans de télévision et dans la presse écrite. Mais la disparition de Kadhafi n’est pas la fin de l’histoire, car, en croire une analyse barbouzarde, « la Libye est entrée dans un no man’s land politique, une zone de turbulences imprévisibles. » Voilà qui devrait inquiéter ceux qui, dans plusieurs capitales occidentales et arabes, ont poussé des soupirs de satisfaction que Kadhafi ne serait jamais la vedette d’un procès international.


*


Or donc, puisque nous avons tous tué Muammar Kadhafi un peu plus et un peu mieux que les autres, comment avons-nous fait et qui nous départagera dans la course au butin ? Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, non ? Et les vainqueurs, c’est nous. Alors, allons-y Folleville.

L'évolution humaine.JPG

 


À vaincre sans péril,
On triomphe sans gloire.





Qui a vraiment tué Kadhafi ?
Ce « killer » de Las Vegas venu de Sicile.
par Manlio Dinucci
Il Manifesto – 22 octobre 2011


Manlio-Dinucci.jpg




The Telegraph : 

« Comment l’OTAN a poussé le raïs dans les mains des militaires islamistes de Misrata. »



Les images de Kadhafi lynché et tué par une foule féroce de miliciens ont été diffusées à l’échelle mondiale, pour démontrer qu’en Libye il s’est agi d’une rébellion populaire qui s’est terminée par le renversement de l’odieux dictateur. Version simpliste, appartenant aux puissantes « armes de distraction de masse » utilisées dans l’opération Protecteur Unifié.  Toute autre est la réalité qui vient au jour, comme le montre la reconstruction documentée des événements faite le 21 octobre par le quotidien britannique The Telegraph.

Après avoir joué un rôle clé dans la conquête de Tripoli, les agents de la Cia et du service secret britannique MI6, qui opèrent sur le terrain en Libye, se sont concentrés sur la chasse à Kadhafi, qui avait échappé aux bombardements massifs de l’OTAN. Tandis que les drones et autres avions espions, dotés des appareils les plus sophistiqués, survolaient jour et nuit la Libye, des forces spéciales étatsuniennes et britanniques passaient au crible la zone de Syrte, probable refuge de Kadhafi. Celui-ci a été obligé, ces dernières semaines, de rompre le silence téléphonique, en utilisant un portable peut-être de type satellitaire. La communication a été interceptée, confirmant sa présence dans la zone.

Quand un convoi de plusieurs dizaines de véhicules est sorti de la ville, il a immédiatement été repéré par les avions espions : un Rivet Joint étasunien (qui peut repérer l’objectif à 250 Kms de distance), un C160 Gabriel français et un Tornado Gr4 britannique. A ce moment là, un drone Predator étasunien, qui avait décollé de Sicile et télécommandé via satellite depuis une base proche de Las Vegas, a attaqué le convoi avec de nombreux missiles Hellfire. Même si cela n’est pas spécifié, il s’agit d’un des Predator MQ-9 Reaper déployés à Sigonella (Sicile), où se trouve le personnel affecté à l’approvisionnement et à la manutention, et conduits par un pilote et un spécialiste des senseurs, tous deux assis à leur console aux Etats-Unis, à plus de 10mille Kms de distance. Le Reaper, en mesure de transporter une charge guerrière d’une tonne et demi, est armé de 14 missiles Hellfire (« feu d’enfer ») à tête antichar, explosive à fragmentation ou thermobarique. Immédiatement après, le convoi a été frappé aussi par des chasseurs bombardiers français Mirage-2000 avec des bombes Paveway de 500 libbres et des munitions de précision Aasm (Armement Air-Sol Modulaire), elles aussi à guidage laser. Cette attaque a été décisive pour la capture de Kadhafi.

Ces faits démontrent que, en réalité, c’est l’OTAN qui a capturé Kadhafi, en le poussant dans les mains de miliciens musulmans de Misrata, animés d’une particulière haine à son égard. Et que c’est l’OTAN qui a vaincu cette guerre non seulement en larguant sur la Libye 40-50mille bombes en plus de 10mille missions d’attaque, afin d’ouvrir la voie aux « rebelles », mais en infiltrant en territoire libyen services secrets et forces spéciales pour réaliser et diriger les opérations de guerre. Le plan  -décidé à Washington, Londres et Paris- était d’éliminer Kadhafi, qui dans un procès public aurait pu révéler des vérités incommodes pour les gouvernements occidentaux. Il n’est donc pas exclu que parmi la foule de miliciens hurlants, derrière le « jeune homme au pistolet en or » à qui on attribue le meurtre de Kadhafi, il y avait bien plus d’experts killers de profession.


 Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Sources :

Il Manifesto :
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20111022/manip2pg/02/manip2pz/312006/

AlterInfo :
http://www.alterinfo.net/Le-killer-de-Las-Vegas-venu-de-Sicile-Qui-a-vraiment-tue-Kadhafi_a65500.html


*

Tout le monde y va de son commentaire : triomphalisme d’une indécence rare, même par les temps qui courent, chez les médiaputes, indignation nauséeuse chez les autres... Dans cette dernière catégorie, tous les grands noms sont au rendez-vous. Nous n’en cueillerons que quelques-uns, il vous faudra, chers internautes, aller chercher ceux que nous n'avons pas pu embarquer, dans leurs endroits habituels. Commençons par une jeune femme qui a bien des choses à dire :





Lizzie Phelan : «La guerre contre la Libye est une guerre contre l'Afrique»

 

Lizzy Phelan à Tripoli.gif
De retour au Royaume-Uni, après plusieurs mois passés en Libye où elle a couvert les crimes de guerre de l’OTAN et les mensonges des médias atlantistes, la journaliste Lizzie Phelan continue de se battre pour la vérité et la justice, et pour le peuple libyen. Son témoignage ci-dessous est un exemple saisissant de son engagement.

Lizzie Phelan a passé ses derniers jours en Libye - où elle était correspondante de PressTV - prise au piège dans l’Hôtel Rixos avec Thierry Meyssan, Mahdi Nazemroaya et deux autres membres de l’équipe du Réseau Voltaire.

Wikipedia lui fait l’honneur de la censurer.


*


Sur la déchéance de l’Occident, Thierry Meyssan pose, à son habitude, le diagnostic sobre et précis qui s’imposait. Les faiblesses et les erreurs du bouc émissaire n’y sont pas omises. C’est ce qui ressemblera jamais le plus à la justice qui lui est due.


Le lynchage de Mouammar Kadhafi


par Thierry Meyssan

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La mort de Mouammar el-Kadhafi a été saluée par une explosion de joie dans les palais gouvernementaux occidentaux à défaut de l’être par le peuple libyen. Pour Thierry Meyssan, cet assassinat militairement inutile n’a pas été perpétré par l’Empire uniquement pour l’exemple, mais aussi pour déstructurer la société tribale libyenne.

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 20 octobre 2011

Kadhafi mourant.jpg

Durant 42 ans, Mouammar el-Kadhafi a protégé son pays du
 colonialisme occidental. Il rejoint aujourd’hui Omar al-Mokhtar
 au panthéon des héros nationaux libyens.



Jeudi 20 octobre 2011, vers 13 h 30 GMT, le Conseil national de transition libyen a annoncé la mort de Mouammar el-Kadhafi. Bien que confus, les premiers éléments laissent à penser qu’un convoi de voitures a tenté de quitter Syrte assiégée et a été bloqué et partiellement détruit par un bombardement de l’OTAN. Des survivants se seraient mis à l’abri dans des canalisations. M. Kadhafi, blessé, aurait été fait prisonnier par la brigade Tigre de la tribu des Misrata qui l’aurait lynché.

Le corps du « Guide » de la Grande Jamahiriya arabe socialiste n’a pas été conservé dans sa ville natale de Syrte, ni transporté à Tripoli, mais acheminé comme trophée par les Misrata dans la ville éponyme.

La tribu des Misrata, qui a longtemps hésité à choisir son camp et est quasi absente du CNT, aura finalement investi Tripoli après son bombardement par l’OTAN, et aura lynché Mouammar el-Kadhafi après le bombardement de son convoi par l’OTAN. Elle aura même transféré son corps dans sa ville pour marquer son triomphe. En juillet, le « Guide » aura maudit les Misrata, leur enjoignant de partir à Istanbul et Tel-Aviv, faisant allusion au fait que leur tribu est issue de juifs turcs convertis à l’islam.

Un flot de commentaires préparés à l’avance a été déversé instantanément par les médias atlantistes visant à diaboliser Mouammar el-Kadhafi et, de la sorte, à faire oublier les conditions barbares de sa mort.

Les principaux dirigeants de la Coalition ont salué la mort de leur ennemi comme marquant la fin de l’opération « Protecteur unifié ». Ce faisant, ils admettent implicitement que celle-ci ne visait pas à mettre en œuvre la Résolution 1973 du Conseil de sécurité, mais à renverser un régime politique et à en tuer le leader, alors même que l’assassinat d’un chef d’État en exercice est interdit en droit états-unien et universellement condamné.

De plus, le lynchage de Mouammar el-Kadhafi montre la volonté de l’OTAN de ne pas le déférer à la Cour pénale internationale qui n’aurait pas été plus en mesure de le condamner pour crime contre l’humanité que le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie ne put prouver la culpabilité de Slobodan Milosevic malgré deux ans de procès.

Dans le torrent de boue déversé par les médias atlantistes pour salir sa mémoire, reviennent en boucle des accusations mensongères, ce qui montre a contrario que ces médias disposent de peu d’éléments authentiques utilisables à charge.

Ainsi revient l’affaire de l’attentat contre la discothèque La Belle à Berlin (5 avril 1986, 3 morts), jadis utilisée comme prétexte par l’administration Reagan pour bombarder son palais et tuer sa fille (14 avril 1986, au moins 50 morts). À l’époque, le procureur allemand Detlev Mehlis (celui qui truquera deux décennies plus tard l’enquête sur l’assassinat de Rafik el-Hariri) s’appuya sur le témoignage de Mushad Eter pour accuser un diplomate libyen et son complice Mohammed Amairi. Cependant, la télévision allemande ZDF découvrira plus tard que Mushad Eter est un faux témoin et un vrai agent de la CIA, tandis que le poseur de bombe Mahammed Aamiri est un agent du Mossad [1].

Ou encore, l’affaire de l’attentat de Lockerbie (21 décembre 1988, 270 morts) : les enquêteurs identifièrent le propriétaire de la valise contenant la bombe et son retardateur sur la foi du témoignage d’un commerçant maltais qui avait vendu un pantalon se trouvant également dans la valise piégée. La justice écossaise mit alors en accusation deux agents libyens Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi et Al Amin Khalifa Fhimah et le Conseil de sécurité prit des sanctions contre la Libye. En définitive, pour obtenir la levée des sanctions, la Libye accepta d’extrader ses deux agents (le premier fut condamné à la prison à vie, le second fut innocenté) et de payer 2,7 milliards de dollars d’indemnités, tout en persistant à proclamer sa complète innocence. En définitive, en août 2005, un des chefs d’enquête écossais déclara que la pièce à conviction principale, le retardateur, avait été déposé sur les lieux par un agent de la CIA. Puis l’expert qui avait analysé le retardateur pour le tribunal admit l’avoir lui-même fabriqué avant que la CIA ne le dépose sur les lieux. Enfin, le commerçant maltais reconnu avoir été payé 2 millions de dollars pour porter un faux témoignage. Les autorités écossaises décidèrent de réviser le procès, mais l’état de santé d’Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi ne le permit pas.

L’actuelle campagne de désinformation comprend aussi un volet sur le train de vie décrit comme somptueux du défunt et sur le montant pharaonique de sa fortune cachée. Or, tous ceux qui ont approché Mouammar el-Kadhafi, ou simplement ceux qui ont visité sa maison familiale et sa résidence après leur bombardement peuvent attester qu’il vivait dans un environnement comparable à celui de la bourgeoisie de son pays, bien loin du bling bling de son ministre du Plan, Mahmoud Jibril. De même, aucun des États qui traquent la fortune cachée des Kadhafi depuis des mois n’a été en mesure de la trouver. Toutes les sommes significatives saisies appartenaient à l’État libyen et non à son « Guide ».

À l’inverse, les médias atlantistes n’évoquent pas le seul mandat d’arrêt international émis par Interpol contre Mouammar el-Kadhafi avant l’offensive de l’OTAN. Il était accusé par la Justice libanaise d’avoir fait disparaître l’imam Moussa Sadr et de ses accompagnateurs (1978). Cet oubli s’explique par le fait que l’enlèvement aurait été commandité par les États-Unis qui voulaient éliminer l’imam chiite avant de laisser l’ayatollah Rouhollah Khomeiny rentrer en Iran, de peur que Sadr n’étende au Liban l’influence du révolutionnaire iranien.

Les médias atlantistes n’évoquent pas non plus les critiques que des organisations de la Résistance anti-impérialiste et nous-mêmes avions formulées contre Mouammar el-Kadhafi : ses compromis récurrents avec Israël.

Pour ma part, je peux attester que, jusqu’à la bataille de Tripoli, le « Guide » a négocié avec des émissaires israéliens, espérant parvenir à acheter la protection de Tel-Aviv. Je dois aussi attester que, malgré mes critiques sur sa politique internationale, et le dossier complet à ce sujet que la DCRI française lui a aimablement communiqué à mon sujet en juillet dans l’espoir de me faire arrêter, Mouammar el-Kadhafi m’a accordé sa confiance et m’a demandé d’aider son pays à faire valoir ses droits aux Nations Unies [2] ; un comportement bien éloigné de celui d’un tyran.

Les médias atlantistes n’ont pas non plus cité les ingérences que j’ai condamnées de la Libye dans la vie politique française, notamment le financement illégal des campagnes électorales présidentielles de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. Le « Guide » avait en effet autorisé son beau-frère Abdallah Senoussi à corrompre les deux principaux candidats en échange de la promesse de l’amnistier ou de faire pression sur la Justice française pour clore son dossier pénal [3].

Surtout, les médias atlantistes n’évoquent pas l’œuvre principale du « Guide » : le renversement de la monarchie fantoche imposée par les anglo-saxons, le renvoi des troupes étrangères, la nationalisation des hydrocarbures, la construction de la Man Made River (les plus importants travaux d’irrigation au monde), la redistribution de la rente pétrolière (il fit d’une des populations les plus pauvres du monde, la plus riche d’Afrique), l’asile généreux aux réfugiés Palestiniens et l’aide sans équivalent au développement du Tiers-monde (l’aide libyenne au développement était plus importante que celle de tous les États du G20 réunis).

La mort de Mouammar el-Kadhafi ne changera rien au plan international. L’événement important était la chute de Tripoli, bombardée et conquise par l’OTAN —certainement le pire crime de guerre de ce siècle—, suivie de l’entrée de la tribu des Misrata pour contrôler la capitale. Dans les semaines précédant la bataille de Tripoli, l’écrasante majorité des Libyens ont participé, vendredi après vendredi, à des manifestations anti-OTAN, anti-CNT et pro-Kadhafi. Désormais, leur pays est détruit et ils sont gouvernés par l’OTAN et ses fantoches du CNT.

La mort du Guide aura par contre un effet traumatique durable sur la société tribale libyenne. En faisant tuer le leader, l’OTAN a détruit l’incarnation du principe d’autorité. Il faudra des années et beaucoup de violences avant qu’un nouveau leader soit reconnu par l’ensemble des tribus, ou que le système tribal soit remplacé par un autre mode d’organisation sociale. En ce sens, la mort de Mouammar el-Kadhafi ouvre une période d’irakisation ou de somalisation de la Libye.

Thierry Meyssan


[1] Enquête du magazine Frontal, diffusée par la ZDF le 28 août 1998.

[2] Ce que j’ai fait à titre militant, sans rémunération aucune. Ndla

[3] Abdallah Senoussi avait été condamné par contumace en France pour l’attentat contre le DC-10 d’UTA (19 septembre 1989, 170 morts) durant la guerre du Tchad.


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URUBU : nom africain du vautour américain




Le site Alter Info met en ligne un article à l’ironie grinçante du journaliste brésilien Pepe Escobar, paru dans l’Asia Times, et vous offre même, en prime, une chanson de Bernard Lavilliers. N.B. : Le sarcasme est quelquefois dans l'absence de guillemets.

Comment l’Occident a vaincu
en Libye


par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong), 22 octobre 2011
traduit de l’anglais par Djazaïri

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Les textes de Pepe Escobar sont souvent très intéressants, mais aussi difficiles à traduire, du moins pour moi. J’ai renoncé à plusieurs reprises à la traduction d’articles écrits par ce journaliste brésilien. Je me suis quand même décidé à traduire un se ses récents papiers parus dans Asia Times. Je suis pas vraiment satisfait du résultat, mais bon…

Dans cet article, Pepe Escobar revient sur la victoire de l’OTAN en Libye, une victoire que le président des Etats-Unis a d’ailleurs revendiquée comme telle, balayant ainsi toute idée saugrenue selon laquelle des «rebelles» auraient mis à bas le régime du colonel Kadhafi.

L’action de l’OTAN en Libye correspond en fait à un nouveau concept stratégique des Etats-Unis qui consiste à faire faire la partie visible du job par d’autres, en l’espèce les alliés incorporés dans l’OTAN et, dans des cas comme celui de la Libye, les monarchies démocratiques arabes.


(Lire la suite...)



Pour les vrais amateurs...

...un autre article de Pepe Escobar, où il réclame la mise en accusation de Nicolas Sarkozy et de David Cameron pour crimes contre l’humanité. (Repris par Planète Non Violence)  :
http://www.planetenonviolence.org/L-Iran-Le-Sun-Tzu-Et-La-Dominatrice-Pepe-Escobar_a2195.html




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USA - Chicago (Illinois)

Rick Rozoff est diplomé en littérature européenne, journaliste et directeur de STOP NATO INTERNATIONAL. Il collabore aussi, régulièrement, comme auteur, à Global Research, à Voice of Russia  (émissions en anglais de Voix de la Russie) et au Réseau Voltaire .
 
Ceci est la transcription d’une interview donnée à Press TV

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Libye :  Un meurtre brutal, gratuit –  Le Nouvel Ordre Mondial dans toute son évidente barbarie

Rick Rozoff

Le 22 octobre 2011.


« Un meurtre brutal, gratuit » John, Robles*

 

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Comment allez-vous M. Rozoff ?

Je suis assez bouleversé par les nouvelles de ce matin – d’hier matin en ce qui vous concerne.

Ok, quelle est votre première impression ?

Celle du meurtre brutal et gratuit d’un homme de près de 70 ans, tué après avoir été capturé. Et si le but des 216 jours de bombardements était avant tout de le tuer, ce qui est manifestement le cas, avec les multiples bombardements de sa résidence à Tripoli, dont un seul a tué un de ses fils et trois de ses petits-enfants, il s’agit sans aucun doute d’un assassinat ciblé et je suppose que l’OTAN peut maintenant en revendiquer le succès. Ils ont eu ce qu’ils voulaient.

Le président Barak Obama a dit qu’il allait y avoir un retrait de Libye très bientôt, à votre avis, cela signifie-t-il que l’objectif a été atteint ?

Oui, il l’a été totalement. Changement de régime, prise de contrôle des plus importantes réserves de pétrole d’Afrique, incorporation de la Libye, jusque là seul pays nord-africain à n’être pas membre du soi-disant « Dialogue méditerranéen »  de l’OTAN dans ce qui est à présent, selon le secrétaire général Fogh Rasmussen, un partenariat militaire avec l’Alliance de l’Atlantique Nord...  Oui, dans tous les sens, leur objectif a été atteint. Et ce n’est certainement là rien qui soit susceptible de bénéficier au peuple libyen.

Vous ne voyez pas cela comme un acte de justice envers le peuple libyen opprimé ? Je veux dire qu’il y a des gens pour qui Kadhafi était un type terrible : il a tué des milliers de gens, donc il méritait de mourir.

Il y a juste tellement – comment dire – de bassesse, de délectation gratuite dans le meurtre de cet homme, né il y a 70 ans dans la ville même où il a été assassiné le 216e jour des bombardements de son pays par l’OTAN.

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Il est né sous l’occupation fasciste italienne et il est mort sous l’occupation de l’OTAN. On ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle, d’autant que l’Italie a fourni certains des avions qui dévastent son pays depuis la mi-mars... depuis le 19 mars. S’il était le monstre qu’ils nous dépeignent, et j’invite vos auditeurs à aller voir sur le site de l’OTAN, les caricatures innommables qu’ils ont postées tous ces derniers jours, graffiti muraux et autres, qui le représentent de manière avilissante et diffamatoire, pour le déshumaniser au maximum avant de l’assassiner...

D’accord, j’ai vu à la télévision son corps nu traîné comme un morceau de barbaque, pardonnez-moi l’expression.

Oui. Après qu’ils l’aient amené à Misrata. C’est à vomir, un traitement barbare, et même pire que barbare, et qui prend place dans une longue série d’outrages similaires. Il en a été de même avec Slobodan Milosevic en Yougoslavie et avec Saddam Hussein en Irak, et il en va de même avec tout dirigeant d’un pays, qui refuse de s’aplatir. Je ne mets pas tous ces hommes dans le même panier. Reformulons la chose autrement. Tout dirigeant dont « le temps est venu », de l’avis des États-Unis et de l’OTAN, doit s’attendre à mourir. Hussein a été pendu. Kadhafi a été flingué. Considérant que Kadhafi était censé être – il ne l’était que nominalement, mais peu importe – le chef de l’état et même le chef des armées – et le bombardement de ses résidences privées, au prétexte qu’elles étaient des centres de commandement, prouve que l’OTAN le considérait bien comme dirigeant les forces armées – lorsqu’ils l’ont capturé jeudi, il était un prisonnier de guerre et, à ce titre, sous la protection de la Convention de Genève, au lieu de quoi on lui a tiré dans la tête et on l’a massacré. C’est là le nouveau régime qui vient d’être implanté en Libye, et quel que soit le verbiage de l’Occident à propos d’état de droit et de préoccupations humanitaires, ceci est l’image brute et nue de ses intentions véritables. Comme l'a été la mort de Slobodan Milosevic dans un cul-de-basse-fosse des Pays-Bas, où on lui a refusé les soins médicaux en Russie, et comme la grotesque pendaison de Saddam Hussein. C’est là l’image véridique du nouvel ordre mondial, un ordre mondial dans toute son évidente barbarie.

Que voulez-vous dire « on lui a refusé les soins médicaux en Russie » ?

La Russie a offert au TPIY (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, NdT) de faire venir Slobodan Milosevic à Moscou pour y suivre un traitement médical, mais son offre a été refusée et Milosevic est mort très peu de temps après. Il est même possible que les choses se soient passées de façon encore pire**.  Quoi qu’il en soit, l’image est très claire.

Est-ce que vous voyez un schéma, excusez-moi de vous interrompre. Est-ce que vous voyez un schéma répétitif - je suis sûr que oui - entre les cas Hussein, Ben Laden et maintenant Kadhafi ? Je veux dire, vous avez des pays, Hussein et Kadhafi par exemple, qui ont pratiquement stoppé leurs programmes d’armement. C’est à peu près sûr, Kadhafi coopérait avec les États-Unis dans la guerre contre le terrorisme, en permettant les vols de restitutions extraordinaires (« extraordinary renditions »)  vers la Libye. Et il avait arrêté ses programmes d’armement. Vous voyez là un schéma récurrent ?

Oui. Il y a très clairement un schéma, un mode opératoire, par lequel les États-Unis et l’OTAN se servent de quelqu’un à leurs propres fins, puis s’en débarrassent et le tuent. Slobodan Milosevic, à grand risque politique pour lui-même à l’intérieur de ce qui était à l’époque la République Fédérale de Yougoslavie, a joué un rôle actif dans les négociations visant à mettre fin aux hostilités armées en Bosnie, en remerciement de quoi son pays a été bombardé pendant 78 jours en 1999 par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, et lui-même ensuite jeté aux oubliettes pour y mourir.

Il avait passé un accord avec la CIA, je pense, on l’a su plus tard, et c’est assez de notoriété publique qu’il s’attendait à être protégé.

Je ne connais pas tous les détails là-dessus, mais au bout du compte, on se retrouve toujours avec des tas de cadavres et des chefs d’état assassinés. Rappelons-nous bien ceci : quoique n’étant que nominalement chef de l’État, Muammar Kadhafi a eu la carrière de dirigeant la plus longue au monde. Il a été le dernier lien personnel – depuis que Fidel Castro s’est retiré de la présidence de Cuba – entre les luttes de libération nationales d’après la Deuxième Guerre Mondiale et l’émergence de nouvelles nations pendant la Guerre Froide et l’après-Guerre Froide, dont l’issue a été l’OTAN, force de frappe militaire capable de renverser les gouvernements à volonté n’importe où dans le monde. L’OTAN se vante, sur son site web, d’avoir accompli, à ce jour, 26.000 missions aériennes au-dessus d’un pays de 6 millions d’habitants, dont plus de 9.000 étaient des « sorties de combat ». Ce monstre est déchaîné depuis vingt ans sur le monde, et la Libye ne sera pas le dernier pays à lui servir de cible. Vous pouvez en  être sûr.

Que croyez-vous qu’il va arriver maintenant ?

Je ne sais pas si la Libye sera en état de se relever. Les puissances occidentales ont poussé à des affrontements tribaux pour pouvoir renverser le gouvernement de Kadhafi, et croire qu’on peut, après cela, faire rentrer le génie dans la bouteille, est faire preuve de vraiment beaucoup d’optimisme ou de faux-culterie. Avec le chef militaire du CNT (Abdel Hakim Belhadj) qui est quelqu’un que les États-Unis ont incarcéré et interrogé (= torturé, NdT) dans le cadre de leur programme de « restitutions extraordinaires », ex-combattant en Afghanistan et ex-leader du soi-disant Groupe de Lutte Islamique de Libye, vous avez des éléments d’Al Qaeda et des séparatistes... ils ont semé dans le pays un véritable pandemonium, et maintenant ils prétendent qu’ils veulent stabiliser la Libye. Je ne vois rien se produire de ce genre. Tous comptes faits, avec sa prétendue « no-fly zone » et son intervention humanitaire, l’OTAN a clairement fait la guerre à un gouvernement pour le compte d’une faction insurgée. Point. C’était l'intention de départ, et l'entreprise a réussi.


Traduction Catherine L. pour
http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be

Source : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=27224


___________  

* Né en 1966 à Rio Piedras, Porto Rico, John Robles est, à ce jour, le seul citoyen US à qui ait été accordé l’asile politique en Russie. Il est journaliste et présente, sur La Voix de la Russie, le célèbre programme en langue anglaise Moscow Mailbox, qui répond aux questions des auditeurs du monde entier sur tout ce qui concerne l’URSS et la Russie.
 
** Me Vergès a déposé plainte pour meurtre par empoisonnement (NdT).


*


Et qu’en disent les gens honnêtes qui ne sont pas journalistes ?

Hugo Chavez :


Hugo Chavez réagit à la mort de Kadhafi ! par tawba2_974



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L'OTAN est l'outil de répression "le plus perfide
de l'histoire" (Castro)

Dossier : Kadhafi annoncé mort

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LA HAVANE, 24 octobre - RIA Novosti

  
L'OTAN est l'outil de répression "le plus perfide de l'histoire de l'humanité" a déclaré le leader de la révolution cubaine Fidel Castro dans un article de la série "Réflexions" publié dans la presse officielle cubaine.

L'OTAN est devenu un instrument de répression "après que l'URSS, prétexte à la création de cette Alliance par les Etats-Unis, a cessé d'exister", a ajouté le leader cubain.

Le leader cubain a estimé que les objectifs criminels de l'Alliance se sont révélés en Serbie en 1999, lorsque "les pays de cette funeste organisation ont dépêché leurs troupes pour soutenir les séparatistes kosovars".

Le leader libyen déchu Mouammar Kadhafi "a été grièvement blessé par l'un des chasseurs-bombardiers les plus performants de l'OTAN", il "a été capturé vivant avant d'être tué par des gens armés par cette organisation militaire", a indiqué Fidel Castro, commentant les récents événements en Libye.

Le fait que le corps de Kadhafi ait été exposé "comme un trophée de guerre constitue une violation des principes les plus élémentaires de l'islam ainsi que des autres croyances religieuses de par le monde", a ajouté Fidel Castro.


Source : Ria Novosti (http://fr.rian.ru/world/20111024/191649593.html


 

OTAN.jpg


*


Mort de Kadhafi : des images "dégoûtantes"
(Poutine)

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Lors d'une intervention devant les membres du Front populaire, le premier ministre russe Vladimir Poutine s'est déclaré "révolté" par les images de la mort du dirigeant libyen déchu Mouammar Kadhafi, diffusées par les médias, et par le traitement réservé à sa dépouille mortelle.


*


Ces braves gens ne savent pas de quoi ils parlent, et combien il est doux de renouer avec son passé mérovingien. Vous savez, celui de la reine Frédégonde et des écartèlements à quatre chevaux...


*



Kadhafi sodomisé par des rebelles
soutenus par l’OTAN

La vidéo montre le viol image par image (BRUTAL)



Une analyse semble confirmer qu’un combattant rebelle a sodomisé Kadhafi avec un couteau.

par Tracey Shelton


http://www.informationclearinghouse.info/article29508.htm


Traduction (C.L.) :

Global Post, 25 octobre 2011 – Syrte, Libye.

Une analyse de la vidéo obtenue par Global Post d’un combattant rebelle qui a filmé le moment où le colonel Kadhafi a été capturé, confirme qu’un autre combattant rebelle dont l’identité n’est pas connue a sodomisé l’ex-leader alors qu’on le traînaît hors de la canalisation où il avait trouvé refuge.

Une analyse image par image de cette vidéo exclusive de Global Post montre clairement le rebelle tentant d’introduire une espèce de bâton dans le rectum de Kadhafi.


Mise en garde

Ces images et ces vidéos ne doivent être vues
que par un public mature.

Mise en garde

*

 

petite libyenne.jpg
Une petite libyenne qui, on l’espère pour elle,
n’a au moins pas été sodomisée au couteau



*




Veni, vidi, etc. (suite et non fin) :

We came, we saw, he died, haha. (Hillary Clinton)

Traduction :
« Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ».


Ils se prennent tous pour Jules César. Z'ont oublié comment il a fini ?


*




Kill the poys and the luggage ! 'tis expressly
against the law of arms: 'tis as arrant a piece of
knavery, mark you now, as can be offer't; in your
conscience, now, is it not?

Shakespeare, Henry V


La vidéo qui suit ne prouve rien. Les pires dictateurs ont eu, eux aussi, une vie de famille. Même Franco, même Pinochet ont dû jouer avec leurs petits-enfants. Mais, outre qu’on n’a jamais vu aucun dictateur mourir les armes à la main en défendant ce qui restait de son peuple, la particularité de cette scène de famille-ci, c’est qu’aujourd’hui tous sont morts : les grands, les petits, les femmes, les chiens et les bagages.







*



À propos de vie de famille ( chacun la sienne) :

Sarko 2e bébé.jpg

Marine Le Pen a trouvé regrettable que Nicolas Sarkozy n’ait pas
donné à sa fille un prénom français



*


Ainsi, au nom du prophète pour les uns, de la  démocratie pour les autres, un homme de 70 ans, la moitié de sa famille et un bon paquet de leurs compatriotes ont été abattus comme des animaux de boucherie (je veux dire, avec la même sauvagerie routinière). C’était ce que voulait le capo Obama (dont l’assassinat ciblé semble être devenu un des passe-temps favoris) et qu’étaient prêts à faire pour lui ses féaux porte-flingues.

Dans la mesure où une seule personne était visée, c’est un assassinat qui a coûté cher (aux Libyens surtout, et aux contribuables d’un peu partout), aussi cher qu’écraser une mouche au marteau-pilon sur le nez de la Joconde. Mais le plaisir est sans prix, et le butin, d’ailleurs, vaut sans doute bien plus cher que la Joconde. À l’aune des valeurs de ces gens.

La pègre planétaire a été fidèle à elle-même. On n’en attendait rien d‘autre. Reste à savoir s’il est admissible de l’endurer sans la combattre et quand l’impuissance trop aisément acceptée devient de la complicité.

Que dire des exécuteurs ? Ce sont des prétendus croyants. De l’espèce de ceux qui ont ravagé l’Europe pendant plus de deux siècles, sans grandes différences de forme. Avec leurs cerveaux reptiliens d’infantiles fanatiques, ils ne pouvaient que haïr aveuglément un homme qui avait tenté, pendant plusieurs décennies, de rassembler sur la tête des siens le meilleur de deux mondes en train de s’affronter, s’imaginant avec raison qu’il était possible de les faire cohabiter. L’exécution en elle-même est d’une affligeante mais sempiternelle banalité : ils l’ont tourmenté pour se faire plaisir, l’ont achevé pour toucher leur salaire, et ont profané sa dépouille pour qu’il ne puisse « aller au ciel » (c’est vieux comme l’imbécillité humaine, demandez à Molière). Parce qu’il n’y a pas de petits profits (voir plus haut), certains ont filmé leur propre insurpassable dégradation, sûrs de trouver des acheteurs pour leurs immondices. Ils ne se sont pas trompés.

Quant au colonel Kadhafi, quelles qu’aient pu être ses erreurs – d’appréciation, de tactique ou de stratégie -  quelles qu’aient pu être même ses fautes, certaines apparemment graves, en matière de morale publique, il s’est, par la manière dont il a fait face à l’invasion de son pays et par sa fin, hissé au niveau des plus grands hommes d’état : de ceux qui remplissent jusqu’au bout le mandat que leur peuple leur a donné ou consenti, en mettant leur vie dans la balance.

 

kadhafi poster.jpg

Qu’il repose en paix.


*




C.L.

 

 

 

Post Scriptum : Ceci est notre avant-dernier post avant mise en sommeil temporaire de ce blog. Notre webmaîtresse Théroigne doit déménager - elle ne sait encore où ni quand, mais vite - et va avoir les bras pleins de caisses et de meubles démontés jusqu'à... on vous dira.



29/05/2010

Encore Patrick Ledent

 

BP Catastrophe - US Navy bis

 

 

Encore Patrick Ledent

                                                                   (suite impromptue)

 

Le post de Marie sur l’actualité d’il y a quinze jours, vous vous en serez aperçus, est en rade. Pépins de santé, très chers amis en visite... tous les prétextes lui ont été bons  pour tirer au flanc. Elle cravache, paraît-il, pour rattraper.
Pendant ce temps, la Belgique n’a de nouveau plus de gouvernement. Ce n’est pas comme si c’était rare. C’est même, peut-on dire, une spécialité nationale. Ce n’est pas non plus comme s’il y avait lieu de s’en plaindre : pendant les longues, très longues, périodes « sans », le personnel politique ne peut qu’expédier les affaires courantes. Pendant les courtes, très courtes, périodes « avec », il se rattrape (comme bientôt Marie) en prenant à la hussarde les décisions que seul peut prendre un exécutif en exercice, comme, par exemple, de débrancher d’une preste pichenette les insuffisants respiratoires (les vieux et les pauvres s’entend). On adore avoir un gouvernement.

Mais il faut que j’arrête de marcher sur les plates-bandes de mon estimée consoeur. Retenez juste que les Belges n’ont, pour l’instant et pour longtemps, pas de gouvernement, et que les voilà derechef de corvée de vote le 13 juin prochain.
Or, mon nouvelliste liégeois préféré, qui est un citoyen exemplaire, va jusqu’à lire dans les gazettes ce que racontent les candidats. (Dieux du ciel où va-t-il chercher le courage ?) D’où la lettre qu’il vient d’envoyer à une douzaine de personnes triées sur son volet (dont moi) et sans Facebook svp ! Puisque je n’ai pas de secrets pour vous, la voilà. (Métro est un machin distribué gratuitement chaque matin dans toutes les gares – en français au sud, en flamand au nord – histoire de convenablement formater le cerveau des navetteurs pas encore chômeurs.)


élections

 

Chères amies,
Chers amis,

Je lis dans "métro" une interview de l'eurodéputé socialiste Marc TARABELLA. Ce dernier rapporte qu'une taxe minime, de 0.025%, sur les transactions financières rapporterait 135 millards d'euros par an à l'Europe.


On va supposer que les chiffres sont à peu près exacts et qu'il n'y a pas de faute de frappe...

Je n'ai pas tiqué sur les 135 milliards. Il y a belle lurette que l'on entend (même moi) valser des chiffres du même ordre. Le milliard est une unité de mesure courante. Elle l'était déjà à l'époque du franc belge et, bizarrement, elle n'a pas dû être convertie au moment du passage à l'euro. C'est à n'y rien comprendre ! J'ai dû relire, par contre, à plusieurs reprises, le 0,025%, tant ce taux d'imposition ne m'était pas familier. Les taux d'imposition moyens des revenus du travail d'un ménage (35%, soit 1400 fois plus) ou de la TVA (21%, soit 840 fois plus) m'étaient plus familiers.

Si familiers qu'il m'apparaissait normal, à moi, par souci d'équité, d'aligner le taux de taxation des transactions financières sur le taux moyen de la TVA en Europe (environ 20%, soit 800 fois plus). Ceci , bête règle de Troie, permettrait donc d'engranger chaque année des économies de 135 x 800 milliards d'euros, soit 108.000 milliards d'euros, juste un peu plus que le nombre de sonnets potentiels chers à Raymond Queneau.

Avec ça on pourrait renouveler 1.080 fois chaque année (c'est-à-dire trois fois par jour) le plan d'aide à la Grèce, fixé à environ 100 milliards d'euros. Ceci sans toucher aux revenus de ses travailleurs. Ça me paraît tellement fou que j'en viens à me demander s'il n'y a pas vraiment une faute de frappe dans la gazette. Mais bah ! On n'a que le plaisir que l'on se donne, n'est-ce pas ?

C'est bien, hein ? Il nous resterait encore une petite poire pour la soif. Par exemple, de quoi sauver chaque année, et toutes les nonante minutes cette fois, soyons pois chiches, la Wallonie, après la scission. Ou toutes sortes d'autres applications qui laissent rêveurs.

Si on a encore soif, après, on peut instaurer un impôt sur la fortune pour les pays qui en sont dépourvus, revoir le taux d'imposition des héritages, du revenu de l'argent, des placements extraboursiers, etc.

Que les plus frileux d'entre vous se rassurent, la mesure avancée par Marc TARABELLA n'est, dieu soit loué, pas encore votée. On y pense seulement. Pour certains, on y pense tant que l'intéressé, à la veille de la présidence européenne belge, est d'ores et déjà traité de communiste. Il faudra par conséquent trouver un arrangement. Soit oublier cette mauvaise idée, soit réfléchir ensemble à un taux de taxation moins usuraire.

Voilà, ça va mieux quand c'est dit !

Pat

 

L'argent - LibertéL'argent - égalitéL'argent - fraternité

__________     

 

balançoire

Balançoire que tout ça !

 

 

*

 

C’est drôle : pendant que je copiais-collais à votre intention la lettre de Patrick, voici qu’il m’en arrive une autre. De Michel Collon. Qui s’en est allé à Genève interviewer Jean Ziegler.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler de milliards, et même de milliards de presque morts, comme de la pluie et du beau temps ? !

 

*


Jean Ziegler interviewé par Michel Collon :

« Les enfants du tiers monde meurent à cause des gangsters de la Bourse »


Dans ses livres qui ont marqué l'opinion, Jean Ziegler n'a cessé de dénoncer le caractère absurde et criminel des politiques du capitalisme envers les peuples du tiers monde. Il a été le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme aux Nations unies de 2000 à 2008. Michel Collon l'a interrogé à Genève sur la crise, la Bourse, la faim, Obama, Israël...

Jean-Ziegler-1-2CollonMichel

La crise t’a surpris ?

Dans sa violence, oui. Je ne pensais pas que les truands de la finance allaient ruiner l’économie mondiale à une telle vitesse : 1.800 milliards de valeurs patrimoniales ont été détruites. Pour les pays du tiers-monde, c’est une catastrophe totale. Mais aussi pour les pays industrialisés.

 

Ce sont encore les pauvres qui paient ?

Oui. Le 22 octobre 2008, les quinze pays de l’euro se sont réunis à Paris. Sur le perron de l’Elysée, Merkel et Sarkozy ont dit : « Nous avons libéré 1.500 milliards d’euros  pour le crédit et pour augmenter le  plafond d’autofinancement de 3 à 5% ». La même année, les mêmes pays européens ont réduit leurs subventions pour le programme alimentaire mondial (qui ne vit que de ces subventions) de 40 %. De six milliards de dollars à moins de quatre milliards.
Ce qui fait qu’au Bangladesh, on a supprimé les repas scolaires. Un million d’enfants  sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ces enfants meurent donc à cause des gangsters de la Bourse. Il y a là des morts véridiques. Les spéculateurs, aujourd’hui, devraient être jugés au tribunal de Nuremberg.

 

Quelle leçon les puissants ont-ils tiré de la crise ?

Aucune. Prenons l’exemple de la Suisse. Le contribuable suisse y a payé 61 milliards de dollars pour le sauvetage de la plus grande banque : UBS. L’an dernier, en 2009, les dirigeants d’UBS, toujours proches de la  faillite, se sont distribué entre eux des bonus pour quatre milliards de francs suisses ! Le pillage est total et l’impuissance des gouvernements qui se comportent comme des mercenaires est totale aussi. En tous les cas en Suisse, en France, en Allemagne où j’ai quelques renseignements. C’est un scandale permanent.
Le masque néolibéral est tombé, évidemment, avec sa prétendue légitimité. Mais le cynisme et  l’arrogance des banquiers triomphent totalement.


Et du côté du public, sens-tu une évolution ?

Non, si tu regardes les chiffres, ils sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Un milliard de personnes (c’est-à-dire un homme sur six) sont gravement et en permanence  sous-alimentés. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains avec 2.700 calories par individu par jour ! Donc, au début de ce siècle, il n’y a plus aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est assassiné. C’est catastrophique.
L’ordre mondial du capital financier globalisé est meurtrier - épidémies, décès par la pollution de l'eau , etc… - et en même temps absurde : il tue sans nécessité. C’est l’ordre des oligarchies et du capital financier mondialisé. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total.


Tu as été, de 2000 à 2008, le rapporteur des Nations-Unies sur le problème de la faim dans le monde. Quel bilan tires-tu ? As-tu servi à quelque chose ?

Oui. La conscience a augmenté. Plus personne aujourd’hui, ne considère ce massacre quotidien comme un fait de la nature. On va en Europe, je crois, et en tout cas dans les pays de la périphérie, vers une insurrection des consciences. Il faut une rupture radicale avec ce monde cannibale.
Alors que le problème de la faim n’est pas résolu, on dépense de plus en plus pour faire la guerre.
En 2005, pour la première fois, les dépenses mondiales d’armement (pas les budgets militaires, juste les dépenses  d’armement) ont dépassé mille milliards de dollars par an. Nous vivons dans un monde d’une absurdité totale.


Obama avait pourtant fait de belles promesses…

Il est vrai qu’Obama suit totalement la surdétermination de l’Empire. Je ne l’ai jamais rencontré, c’est sûrement quelqu’un de bien, mais la réalité qu’il affronte est effrayante. Les Etats-Unis restent la plus grande puissance industrielle au monde : 25 % des marchandises industrielles sont produites  par eux, avec pour matière première le pétrole : 20 millions de barils par jour, dont 61% sont importés. On peut l’importer de régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, ce qui  les amène à maintenir une force armée totalement hypertrophiée, et le budget fédéral est donc complètement parasité par les crédits militaires… Mais telle est la logique de l’Empire.


Quel est ton sentiment sur ce qui se passe maintenant en Israël et comment cela peut-il évoluer ?

Je pense que Tel-Aviv dicte la politique étrangère des Etats-Unis avec le lobby de l’AIPAC, comme puissance déterminante.


Avant les politiciens, ce sont quand même d’abord les multinationales pétrolières qui décident d’armer Israël.

Oui, la logique fondamentale est que pour les intérêts pétroliers, il faut un porte-avion stable. Et l’Etat d’Israël mène - ce n’est pas moi qui le dit, c’est un rapporteur spécial des territoires occupés - une politique permanente de terrorisme d’Etat. Tant que ce terrorisme continue, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient, il n’y aura pas de fin au conflit Iran - Irak, ni rien du tout. Tout est sans issue sauf si enfin l’Union européenne se réveillait, tu comprends ?


Que pouvons-nous faire, nous Européens, pour la réveiller ?

Depuis juin 2002 existe un accord de  libre échange entre Israël et les 27 pays de l’Union européenne, qui absorbent 62% des exportations  israéliennes. Dans cet accord, l’article 2 (c’est le même dans tous les traités de libre échange) dit : "le respect des droits de l’homme par les parties contractantes est  la condition pour la validité de l’accord". Mais les violences faites aux Palestiniens - vol de la terre, torture permanente, éliminations extrajudiciaires, assassinats, organisation de la sous-alimentation comme "punition" collective – tout cela, ce sont des violations permanentes des droits de l’homme les plus élémentaires. Si la Commission européenne suspendait pendant 15 jours l’accord de libre-échange, les généraux israéliens reviendraient à la raison immédiatement. Or, l’Europe des 27, ce sont des démocraties, c’est à nous de jouer, nous, opinions publiques.


Comment ?

Il faut forcer nos gouvernements. Nous ne sommes pas impuissants. En Belgique, il y a beaucoup de problèmes, en Suisse et en France aussi. Mais une chose est certaine : les libertés publiques existent. Il faut se saisir de ces libertés publiques pour imposer à nos gouvernements un changement radical de politique, c’est tout. S’ils ne le font pas, alors il ne faut plus voter pour eux, tu comprends, c’est aussi simple que ça !


Mais tous ces gouvernements sont d’accord de soutenir Israël. En France, par exemple, que ce soit l’UMP ou le PS, ils soutiennent Israël.

Soutenir la sécurité et la permanence d’Israël, c’est une chose. Mais cette complicité avec le terrorisme d’Etat et la politique de colonisation, ce n’est pas possible. C’est la négation de nos valeurs, c’est « du fascisme extérieur » : c’est-à-dire que nos valeurs sont démocratiques à l’intérieur de nos frontières et à l’extérieur, nous pratiquons le fascisme par alliance.


Et enfin, le rôle des médias dans tout ça ?

Ils sont complètement soumis. Notamment en période de crise, les journalistes ont peur pour leur  emploi. L’agressivité du lobby israélien est terrible. Moi, j’ai subi la diffamation la plus effroyable, et ça continue aux Nations-Unies d’ailleurs, c’est grâce à Kofi Annan que j’ai survécu. Israël est un danger pour la paix du monde, Israël cause d’effroyables souffrances. Et dans ce pays, les opposants comme Warschawski sont complètement marginalisés. Mais si l’opposition israélienne anticoloniale et anti-impérialiste n’a pas la parole, n’a pas d’influence, eh bien, nous allons vers la catastrophe. Il faut soutenir les opposants.


Et le rôle des médias à propos de la crise ?

La crise est présentée comme une fatalité, une catastrophe naturelle. Alors que les responsables sont identifiés !

 

*

 

Catastrophe d'Issy

___________________   

La catastrophe d'Issy.

Le patron - Toujours aimable, ce cher Président !... Le fait est que notre douleur sera grande ! C'est une affaire qui va peut-être nous coûter cher !

 

*

 

Comme le faisait remarquer ce matin Thomas Gunzig dans Café serré, chronique matinale (RTBF-La Première - 8h30) où il s'essaie à jouer les Stéphane Guillon belge :  «  Il paraît qu'un milliard d'humains meurent de faim. Voyons le bon côté des choses : ça en fait quand même cinq milliards qui s'en tirent. »


*

 

Illustrations :

Catastrophe BP -
Photo US Navy - Mai 2010
L'argent,
trois dessins de Frantisek KUPKA (1871-1957) pour L'Assiette au beurre (de la série "Danse macabre ou l'Argent" - 1901 à 1907)
« Balançoire que tout ça ! »,
même série de KUPKA pour L'Assiette au beurre.
La catastrophe d'Issy (explosion dans une fabrique d'armes de la région parisienne, qui fit 17 morts en juin 1901), dessin de Théodore-Alexandre Steinlein (1859-1923) pour L'Assiette au beurre du 27 juin 1901.

 


LIVRES

Jean Ziegler (énumération non exhaustive)


Les Rebelles contre l'ordre du monde, Seuil,
1983, 1997.
# Les Seigneurs du crime : les nouvelles mafias contre la démocratie,
Seuil, 1998.
# Le Livre noir du capitalisme,
co-auteur, Édition Temps des Cerises, 1998.
# La Faim dans le monde expliquée à mon fils,
Seuil, 1999.

# Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Éditions Fayard, Paris, 2002. 
# Le Droit à l'alimentation,
Mille et une nuits-Arthème Fayard, 2003.
# L'Empire de la honte, Éditions Fayard, Paris, 2005.


Michel Collon


- Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation,
EPO, Bruxelles, 1992
- Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres
, EPO, Bruxelles, 1998
- Monopoly, L'Otan à la conquête du monde,
EPO, Bruxelles, 2000
- L'Empire en guerre,
(ouvrage collectif), Le Temps des Cerises, Paris, 2001
- Médias et Censure
(ouvrage collectif), Ed. Université de Liège, 2004
- Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes,
Oser dire, 2005
- Les 7 Péchés d'Hugo Chavèz,
Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
- Israël, Parlons-en !
, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/ Charleroi, 2010


FILMS

Michel Collon

- Avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, reportage, 45', Bruxelles, 1999
- Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78', Bruxelles, 2002
- Avec Vanessa Stojilkovic : Bruxelles - Caracas ; documentaire, 78', Bruxelles, 2007

 

posté par Catherine L.

 

 

Dernière minute...

Travail de cimenteurs en Afrique et de briquetiers au Bengladesh.

Trois vidéos reçues d'une autre Marie (Paule)...

 

 

 

 

...sur ces athlètes qui seraient médailles d'or si leurs disciplines étaient homologuées par les Jeux olympiques. Simplets qui gagneraient des millions s'ils se contentaient de taper sur des baballes avec des raquettes au lieu de se rendre utiles.
















 

08/02/2010

2009 Année du triomphe de la démence et de la brutalité

 


shipOfFools Peter Welford_1

 

 

 

2009

Année du triomphe de la démence
et de la brutalité

 

                                     « Les cinglés nous ont enfermés dans l’asile,
                                                                                              et ils sont partis avec la clé... »

                                                                                          
Un internaute américain, sur I.C.H.



Elle aura, j’en ai peur, de la descendance. Laissons la brutalité pour l’instant, contentons-nous de la démence.

Pour nous, Liégeois, 2009 était avant tout, avant même de commencer, l’année du deux-centième anniversaire de la mort d’un de nos plus braves, sinon célèbres, compatriotes : le général Jardon, quoiqu’il ait hélas son nom sur l’Arc de Triomphe, n’est guère connu en dehors de son endroit natal. Lequel vient cependant de négliger, c’est-à-dire d’oublier carrément, cet anniversaire. Pignouferie bien dans l’air du temps.
 

Jardon Portugal.JPGRéparons un peu : Henri Jardon (Verviers 1768 – San Justo 1809) fut un des héros de la Première République. Engagé à dix-neuf ans dans le régiment de volontaires levé par Jean-Joseph Fyon, colonel autoproclamé autant que futur général babouviste, pour défendre la Principauté de l’invasion étrangère, Jardon, avec les autres patriotes (c’est ainsi qu’on disait  alors « révolutionnaires ») dut s’exiler à Paris, où il s’incorpora tout naturellement à l’Armée du Nord. Il fut de toutes les batailles de la République. Toujours en première ligne et payant de sa personne, il était « le général des voltigeurs ». Général, oui, car, depuis qu’il avait combattu les Autrichiens seulement armé d’un bâton, il ne lui avait pas fallu sept ans pour accéder à ce grade. Ce fut un des plus jeunes généraux qu’eut jamais l’armée française. Les historiens militaires l’ont plus tard appelé « l’homme à la baraka » : pas une seule blessure en vingt ans.

Au nombre de ses hauts faits dans cet art si particulier de la guerre, on compte qu’il fut le premier à hisser du canon au sommet du Grand Saint-Bernard, exploit généralement attribué à Napoléon Bonaparte, et que sa manière d’administrer ce qu’il faut bien appeler des places conquises lui valut la reconnaissance apparemment sincère des occupés, chose assez rare pour être mentionnée.

Henri Jardon, pourtant, devait mal finir. Après avoir voulu aller poignarder l’Usurpateur, au lendemain du 18 Brumaire, velléité qui lui avait valu d’être mis en congé de l’Armée, il se laissa plus tard circonvenir au point de rempiler, quand Bonaparte devenu Napoléon usa une fois de plus d’un appât qui lui avait déjà beaucoup servi : l’annonce d’une descente imminente sur l’Angleterre.

Aucun des contemporains n’a ignoré le rôle joué par ce pays dans la mise à mort de la Révolution, donc de la République. Pour aller en découdre avec la perfide Albion, même les morts se seraient relevés. Jardon se retrouva ainsi, à la fin de 1808, au Camp de Boulogne, où il reçut l’ordre de marcher... sur l’Espagne. La désertion en temps de guerre, même injuste, n’est pas le fort des militaires de vocation. Jardon marcha, la mort dans l’âme.

« Dans l’âme » ? Pas seulement. Le  25 mars 1809, sur un pont dit de Negrelos, près du petit village de San Justo (Portugal), il désarma à mains nues un paysan de plus de soixante-dix ans qui résistait, armé d’une pétoire, et le renvoya chez lui « en lui fesant entendre que les français n’étaient pas en guerre contre les paysans mais bien contre les troupes réglées ». Le vieillard voyait les gentils envahisseurs autrement (Goya aussi). Il rentra chez lui, décrocha une autre pétoire, et s’en revint tuer Jardon à bout portant. Dans le silence qui suivit, on entendit un grand bruit d’ailes. C’était la déesse Némésis qui s’éloignait.

Les Portugais, moins pignoufs que les Liégeois, ont consacré un blog au bicentenaire de cette bataille et à la mémoire de Jardon. Cela s’appelle :

Ponte de Negrelos
Blog dedicado ao bicentenário da batalha da Ponte de Negrelos, aquando das 2ª invasões Francesas


Et c’est ici

La Thalamège a publié, en 1988, une curieuse biographie d’Henri Jardon, trouvée sous forme de petit carnet manuscrit sur un des rayons les plus éloignés des archives de la bibliothèque de sa ville natale. Le petit carnet se trouvait dans une enveloppe grise, qui contenait aussi une liasse de papiers tachés de son  sang : ses formulaires de dépêches encore à l’en-tête de la République, où un cachet noir rageur avait barré, après Thermidor, le mot « Fraternité ».

Ce manuscrit était de la main de Jean-Louis Guérette, seul aide de camp qu’eut jamais ce général et qui lui survécut trente-six ans. Il avait tenu à mettre par écrit ses souvenirs, afin, disait-il,  « d’imposer silence aux personnes mal instruites ou malintentionnées qui débitent ou font imprimer des balivernes et des contes bleus sur un homme qu’elles n’ont certainement pas connu ». Sa prose, en plus d’un siècle et demi, avait été consciencieusement pillée mais jamais publiée.

Saluons donc la mémoire d’un homme qui a risqué cent fois sa vie pour la République, refusé le grade de général de division que lui offrait Joseph Bonaparte devenu roi de Naples pour ne pas quitter le service de sa patrie d’adoption, et fait le choix désastreux d’en reprendre dans une guerre d’invasion, poussé par l’illusion qu’il allait pouvoir venger la République sous l’Empire.

« Il avait une singulière appréhension d’être obligé de coopérer à la guerre de la péninsule qui par l’injustice de ses motifs et par les atrocités qui s’y commettaient avait le droit d’en dégoûter tous les bons Militaires ; cependant il lui fut ordonné, au moment où il s’y attendait le moins, de se rendre dans cet affreux théâtre de Carnage et d’extermination, il n’y avait pas à balancer, il dut obéir et fut la victime de son devoir, il reçut la mort d’un paysan, il partagea le sort de cinquante officiers généraux et de trois cents mille braves soldats qui auraient volontiers fait le sacrifice de leur vie pour une cause plus juste et d’une manière plus glorieuse. »


                   
Jardon

 

 

 

 

    

 

      Un général de vingt-six ans : Henri Jardon 1768-1809
      Précis historique de la vie de Henri Jardon, général de brigade

      par son aide de camp Jean-Louis Guérette
      (d’après le manuscrit original inédit)
      La Thalamège, Verviers, 1988, éd. numérotée,
      80 pages


***


2009 succédait comme on sait à 2008, et 2008 n’avait pas été de petite bière non plus dans son genre.

La France, occupée à fêter, le 6 mai, le premier anniversaire de l’élection de Nicolas Sarkozy  à la présidence de la (cinquième) République, en oublia que ce jour marquait le 250e anniversaire de la naissance du plus grand homme d’État qu’elle eut jamais : Maximilien Robespierre. Ou s’en foutit. Avons-nous dit que ces pignouferies sont dans l’air du temps?

 

Maximilien par Houdon































Buste  de Robespierre par Jean-Antoine Houdon

Salon de 1793

Pourquoi nous en mêler, en ce début fracassant (guerre en Irak, guerre en Afghanistan, guerre en Palestine, guerre au Pakistan, guerre au Yemen, annexion de la Colombie, invasion de Haïti à la faveur d’un tremblement de terre) de 2010 ? Parce qu’il y eut une relation très particulière entre les Liégeois et l’Incorruptible, apparemment de peu d’intérêt pour les historiens. (Ne cherchez pas, enfants, dans vos livres d’école, ces choses-là n’y sont pas.) Plusieurs lui ont dû la vie, dont le Jean-Joseph Fyon sus-nommé (deux fois), dont aussi le général sans-culotte Servais Boulanger, hébertiste, qui finit par l’accompagner sur l’échafaud.

Lorsque le quatrième général que Liège a donné à la France, Jean-Pierre Ransonnet, s’était replié sur Paris avec ses fils aînés pour échapper à la capture par les troupes des Cercles, son épouse, restée seule avec les deux plus jeunes, avait été, par les vainqueurs, incarcérée, exposée au pilori et autres douceurs d’Ancien Régime... Plus tard, échangée ainsi que d’autres otages contre des émigrés pris les armes à la main, qui sauvèrent ainsi leur tête, la générale s’en fut remercier Robespierre, artisan probable de la négociation. Il lui fut dit qu’elle serait toujours la très bienvenue, chaque fois qu’elle le jugerait opportun.

Anne-Marie Ransonnet usa et abusa de la permission, se dévoua sans compter pour ses compatriotes en difficulté, qu’ils fussent ou non «de son bord». C’est ainsi qu’elle se rendit chez Duplay pour plaider la cause de Nicolas Bassenge, chef de la Gironde liégeoise et proche ami  du ministre Lebrun, arrêté sur dénonciation calomnieuse. C’est ainsi qu’une commission, réclamée par Robespierre, fut chargée d’enquêter sur cette affaire et finit par conclure à l’innocence du prévenu.        

J’ai vu le mot hâtif griffonné par Bassenge le 1er Thermidor, à l’intention d’un  de ses proches, le chanoine  Henkart, replié sur Givet : « Mon ami, je suis libre, et c’est à Robespierre que je le dois. »

Robespierre lui avait demandé de surseoir de huit jours à la mise en circulation d’un livre polémique dont il était l’auteur : J.N. Bassenge à Publicola Chaussard. sur ce qu’il dit dans ses mémoires concernant la Belgique, du ci-devant pays de Liège*
. Ils devaient se revoir le 8...  Bassenge est, à ma connaissance, le seul qui n’ait pas craché sur Robespierre tombé : son livre a paru, en pleine réaction thermidorienne, avec les éloges qu’il contenait.

Quant à la générale Ransonnet, elle survécut à son mari et à ses quatre fils, tous morts au service de la France, sinon de la République.

 

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____________________

Série d’affiches réalisées en 2008 par Monsieur Louis Sassoye, Bruxelles.
(50 x 70 cm)



Si l’année Robespierre ne fut pas une autre année Mozart, du moins s’est-il trouvé, à l’autre bout du monde, un chef d’État pour saluer sa mémoire. C'est le président Hugo Chavez. qui l'a fait, d’une seule phrase il est vrai, au milieu d’un discours, mais nette et sans équivoque. Cela suffisait.

Pour notre modeste part, n’étant pas de ceux qui n’ont même pas la reconnaissance du ventre, nous avons fait l’impossible pour qu’un site consacré à Maximilien Robespierre existe le jour de son anniversaire. Ignares et fauchés comme nous le sommes, c’était une gageure. Théroigne a dû faire appel à un résigné bénévole pour sa mise à temps sur orbite. Le site en question :  http://www.robespierreoulamort.com est « en construction » depuis bientôt deux ans, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Ceux qui auront la curiosité d’y jeter un coup d’oeil verront que nous y avons associé Marat et Toussaint Louverture. Non seulement cette association s’imposait, mais c’était aussi leur 265e anniversaire de naissance à tous deux.


***

 ErasmusMetsys - Rabelais A

 

***

Le 30 novembre 1532, un jeune homme qui venait d’avoir trente ans ou qui allait les avoir écrivait à un grand homme de son temps.


« Je vous ai nommé “père”, je dirais même “mère”, si votre indulgence m’y autorisait. En effet, les femmes enceintes, l’expérience quotidienne nous l’apprend, nourrissent un foetus qu’elles n’ont jamais vu et le protègent des dangers du monde qui l’entoure, et qu’avez-vous fait pour moi sinon précisément cela ? Vous n’avez jamais vu mon visage, mon nom même ne vous était pas connu et vous avez fait mon éducation, vous m’avez allaité au chaste sein de votre divine science, “sic castissimis divinae tuae doctrinae uberibus”. Ce que je suis, ce que je vaux, c’est à vous seul que je le dois : si je ne le faisais pas savoir, je serais l’exemple de la plus noire ingratitude pour les temps présent et à venir. C’est pourquoi je vous salue et vous salue encore, ô vous, le plus aimant des pères, vous le père de votre patrie et de sa gloire, vous le défenseur des lettres, l’adversaire du mal, le champion invincible de la vérité. (...)  Adieu et “eutychon diatelei”, que toute chance vous demeure. Lyon, le 30 novembre 1532. “Tuus quaternus suus”, à vous autant qu’il s’appartient ». Franciscus Rabelaesus Medicus.

Le jeune homme s’appelait en effet François Rabelais ; il écrivait à Érasme de Rotterdam.

Que dut penser le grand Érasme en lisant cette lettre ? Nous n’en savons rien, car il n’est pas sûr qu’il y répondit. Il avait publié, quand son admirateur avait six ou sept ans, un des livres les plus importants de l’histoire des livres, l’Éloge de la folie. C’était en 1509. La calamiteuse année 2009 a donc marqué, au milieu de ses fumants décombres et de sa démence, le 500e anniversaire, passé inaperçu, de cette «borne d’histoire terrestre » comme disait John Cowper Powys.

Qui a vu, en 1964, les fastes du quadricentenaire de la naissance de Shakespeare, pouvait s’attendre à quelque chose d’équivalent de la part d’une Europe dont la Hollande fait désormais partie... Mais non, bien sûr. Je plaisante ! Personne ne s’y attendait, personne, par conséquent, n’a été déçu. Mais M. Manuel de Diéguez, lui, a trouvé que c’était quand même un peu fort, prévisible ou pas.

 

*

     Pour les très jeunes gens qui débarquent :

    Manuel de Diéguez est un écrivain et philosophe français né le 11 mai 1922 à Saint-Gall (Suisse). D'origines latino-américaine et suisse, il descend, par son père, d'une famille de juristes, de poètes et de diplomates ; sa mère était une artiste lyrique. Il a étudié le droit, les lettres et les sciences politiques à l'UNIL (Université de Lausanne).

    Auteur de nombreux ouvrages et de non moins nombreux articles, écrits pour de prestigieuses revues, il a été professeur invité à Middlebury College (Vermont, États-Unis), et à UCLA (Université de Californie à Los Angeles).

    La Monnaie de Paris a officiellement honoré l'ensemble de l'œuvre de Manuel de Diéguez en faisant graver une médaille à son effigie en décembre 1987.

    Pour davantage de détails, voyez Wikipedia

 

 

*

 

Nous avons donc dit : 1509, Éloge de la  folie.

 

Erasme + livres - 1

Érasme écrivant, par Dürer
Moriae Encomium sive Stultitiae Laus, Éloge de la Folie, Lof der Zotheid, In Praise of Folly
Quelques éditions anciennes et modernes et quelques pages, dont une illustrée dans les marges par Holbein et deux d’une édition de 1540

 

*

 

« En 1513, Louis XII, pour qui, chose étrange, le bien du peuple semble avoir été quelquefois une question importante, publia un édit par lequel il accordait à l’imprimerie ce que M. Didot appelle des lettres de noblesse, en l’exemptant d’un impôt considérable, en supprimant la taxe qui existait sur les livres et en déclarant que “les imprimeurs-libraires, vrais suppôts et officiers de l’université, doivent être entretenus en leurs privilèges, libertés et franchises, exemptions et immunités, attendu la considération du grand bien qui en est advenu en nostre royaume au moyen de l’art et science d’impression, l’invention de laquelle semble être plus divine que humaine, laquelle, grâce à Dieu, a été inventée et trouvée de nostre temps par le moyen et industrie desdits libraires, par laquelle notre saincte foi catholique a esté grandement augmentée et corroborée, la justice mieux entendue et administrée, et le divin service plus honorablement et plus curieusement faict, dit et célébré; et au moyen de quoi tant de bonnes et salutaires doctrines ont été manifestées, communiquées et publiées, à tout chaqu’un”. Il est certain que le titre de père des lettres est dû plus justement à l’auteur de ce noble et libéral édit qu’à François Ier, qui, nous l’avons vu, publia un édit qui défendait l’usage des presses et tolérait que livres et libraires fussent brûlés.» (Richard Copley Christie, Étienne Dolet, le martyr de la Renaissance, traduit de l'anglais par Casimir Stryienski, Paris, Fischbacher, 1886.)          
 

Le résultat de cet édit extraordinaire (le roi renonçant à l’impôt sur les livres pour faciliter leur circulation) fut que sous son règne, la seule ville de Lyon compta jusqu’à 288 imprimeurs-libraires (lisez « éditeurs »), alors que sous celui du Quatorzième Louis, il en restera, pour la France entière, 25, tous soumis à la censure préalable.

Ce sont des considérations du même ordre (Dieu en moins peut-être) qui ont poussé un Manuel de Diéguez largement octogénaire à faire choix d’Internet pour communiquer avec ses frères simianthropes .

Ses textes, tous importants, se trouvent sur son site http://www.dieguez-philosophe.com/ ainsi que sur celui de l'agence Alterinfo.net, qui s'honore en les mettant systématiquement à la portée de ses lecteurs.

On verra à quel point sa célébration de l’Éloge de la folie tombe dans le chaudron d’une actualité brûlante.


*


Réflexion


Gaza, coeur de la folie du monde

« Moi, la folie, je parle. Ce n'est plus le temps des miracles.
Enseigner le peuple, quelle fatigue. Expliquer, cela pue la crasse de l'école. »

   Erasme, L'Eloge de la folie.

Manuel de Diéguez
 

 

Dimanche 17 janvier 2010

 

Manuel, de Diéguez, photo

 

  •  1 - «  Moi, la folie, je parle »  (Erasme, L'Eloge de la folie)
  •  2 - La dichotomie cérébrale des fous
  •  3 - Où le mystère s'épaissit
  •  4 - Comment diagnostiquer la folie ?
  •  5 - Retour à la science politique
  •  6 - L'étau de la folie se resserre
  •  7 -  « On commence par se faire duper et
  •        l'on finit en fripon » (Erasme)
  •  8 - La démocratie et la logique ptolémaïque
  •  9 - Et la France ?
  •  10 - Le thermomètre de Zeus
  •  11 - Les acteurs physiques et les acteurs invisibles de
  •           l'Histoire
  •  12 - Clinique du chaos mental
  •  13 - Une anthropologie de la folie
  •  14 - Conclusion

 


1 – « Moi, la folie, je parle »  (Erasme, l'Eloge de la folie)

Saluons le génie de l'humaniste cervantesque, swiftien et kafkaïen avant la lettre dont l'audace incroyable en son temps lança le délire à la conquête du monde sous les traits d'un personnage en chair et en os, saluons l'acteur planétaire de la modernité qui disait: « Moi, la folie, je parle. »


Comment la folie parle-t-elle de nos jours?


Pour tenter de l'apprendre, descendons l'escalier qui conduit dans les souterrains de la démence politique. Le grand Hollandais a publié son Eloge de la folie en 1509. Aucune commémoration solennelle n'a rappelé, en 2009, le cinq centième anniversaire de la parution de l'œuvre la plus célèbre du roi des humanistes, ce qui démontre, s'il en était besoin, que les grandes œuvres demeurent tellement actuelles que personne n'ose les enterrer sous les applaudissements unanimes des bien-pensants qui, eux, ne changent pas de nature d'une époque à l'autre. Aussi cette œuvre immense demeure-t-elle largement incomprise. L'audace littéraire de faire prononcer son propre panégyrique à la folie ne trouvera son écho que chez Kafka. Mais, ce que nous entendons en filigrane de l'Eloge de la folie en ce début du IIIe millénaire, c'est le miserere de la sagesse et de la raison du monde, c'est le heurt entre deux musiques de la politique, car la guerre des faux croisés de la Justice et de la Liberté reproduit le contraste érasmien entre les évangiles et un Saint Siège alors belliqueux.


L'île d'Utopie de Thomas More , paru en 1516, se présente comme une réponse indirecte et vigoureusement évangélique à la prosopopée érasmienne de la dérision. On sait que le titre grec d'Eloge de la Môria est un clin d'œil discret au futur décapité auquel l'Eloge est dédié, parce que la folie se dit môria dans la langue d'Homère et que les deux amis plaisantaient souvent sur le double sens du patronyme du grand Anglais. C'est que la folie scelle une alliance étroite avec l'utopie ; et, pour les hellénistes, "l'île d'utopie" signifie rien de moins que "l'île de nulle part". Mais pourquoi les utopies politiques et religieuses d'une humanité égarée dans les airs se cherchent-elles un ancrage, pourquoi, depuis la cité idéale de Platon jusqu'au christianisme originel et au marxisme, l'absence de tout atterrissage hante-t-elle la folie d'une humanité privée des récoltes et des engrangements topographiques qu'elle attend de ses songes ?


Le mutisme de la presse et des médias français, relayé par celui, moins massif, de la presse mondiale sur le mur d'acier en construction autour de Gaza a pris des proportions érasmiennes aux yeux de l'historien pensant et de l'anthropologue d'avant-garde, qui se trouvent tout étonnés de se vêtir non seulement en Sherlock Holmes de la géopolitique, mais en spéléologues de Clio, afin de tenter de relever les traces laissées dans la poussière par la logique qui commande les verdicts de la fatalité. Car, sous les sentiers du destin, des vestiges du tragique et de la folie décrits par Erasme se tiennent en embuscade. Du coup, les Eschyle et les Shakespeare de la démence prêtent comme jamais leurs télescopes et leurs microscopes aux scribes et aux greffiers des acteurs les plus puissants et les plus invisibles de la pièce.


Peut-être le thème de la folie du monde, qui remonte à Saint Paul, appelle-t-il la France à retrouver son territoire de "nulle part", peut-être l'heure est-elle venue, pour la nation de la liberté, de retrouver l'utopie d'un royaume de la Justice qui a donné son âme à l'humanité; car si la démence a pris la plume au début du XVIe siècle, c'est afin de demander au XXIe siècle d'élever l'intelligence politique au rang d'un glaive de la folie spirituelle dont l'esprit se nourrit.



2 - La dichotomie cérébrale des fous


Que le narrateur au petit pied se rengorge: il a vu M. Barack Obama échouer piteusement à convaincre Israël de lâcher un seul instant la poignée de son glaive . Comment un conquérant digne de ce nom cesserait-il, ne serait-ce que pour quelques jours d'étendre son territoire les armes à la main? Mais quelle scène digne de L'Eloge de la folie que celle d'un Président de la plus puissante démocratie de la planète dans le rôle du suppliant monté sur les planches du théâtre du monde pour demander à M. Mahmoud Abbas de se résigner à négocier tout seul avec son puissant exterminateur et de désarmer solitairement et la main sur le cœur un peuple de prédateurs armé jusqu'aux dents !


Mais s'il suffisait au mémorialiste du sceptre de la folie de raconter à son gentil lecteur une gentille histoire de la folie de "bécarre et de bémol", disait Pantagruel, où serait la difficulté? Certes, depuis longtemps, le délire a livré ses secrets à la littérature, certes la démence est entrée dans l'épopée avec l'Ajax d'Homère, certes, un certain Espagnol s'est illustré sur tous les continents et dans toutes les langues de la terre à peindre les malheureux dont la noblesse a basculé hors de l'arène du monde, certes, Swift n'est pas demeuré en reste, lui qui a porté la folie à la fresque. Mais Sherlock Holmes est mis à quia par la dichotomie cérébrale qui fait tonitruer M. Barack Obama contre Israël, dont le crime, à l'entendre, se rabougrirait à expulser quelque sept cents habitants de plus de Jérusalem Est, Sherlock Holmes donne sa langue au chat quand M. Bernard Guetta prend apparemment le relais du schizoïde de la Maison Blanche et condamne à son tour et avec force la poursuite ratatinée de la colonisation israélienne , Sherlock Holmes ne sait plus à quel saint se vouer quand M. Kouchner le biphasé se précipite à Jérusalem afin d'absoudre, tout au contraire, le prédateur d'un péché indigne de l'attention du monde civilisé, Sherlock Holmes jette l'éponge quand Israël réitère son coup de force à Jérusalem Est et que le Jupiter bipolaire du bureau ovale fulmine derechef et le plus évangéliquement du monde, mais sans plus de succès, puisque le diable qui le tient par la manche a déjà accordé sa bénédiction aux nouveaux saints de Jérusalem.


Isaïe prendra-t-il la relève des apôtres de la béatitude des fous de la démocratie? Ne faut-il pas rendre les armes quand saint Obama encercle Gaza d'un mur d'acier sourcilleux, ne faut-il pas couronner sa Majesté, la folie, quand le roi de la Liberté du monde renouvelle pour dix ans le versement charitable de trois milliards de dollars annuels à Israël ? Décidément, il faut convaincre la raison du monde de battre précipitamment en retraite quand M. Karl Bilt, le Président pour six mois de l'Europe polycéphale condamne à son tour et solennellement l'expansion dévote d'Israël et publie, une semaine seulement plus tard dans Le Monde une interview lénifiante, dans laquelle il revient en toute hâte sur ses pas et s'applique à réduire Mme Ashton à la fonction de femme de ménage de l'Europe. N'est-elle pas coupable d'avoir repris à son compte devant le Parlement européen les thèmes bifides développés par M. Obama et par M. Bilt quelques jours seulement plus tôt? Décidément, L'Eloge de la folie d'Erasme et L'île d'Utopie de Thomas More ont rendez-vous avec les moutons de Panurge, décidément, la flotte pantagruéline n'a pas jeté l'ancre sans malice dans l'île de Médamothi, cet autre nom de "nulle part" en grec.



3 - Où le mystère s'épaissit 


Rappelons un instant ma plume d'instituteur aux embarras des Conan Doyle de la politique. Cet auteur de romans policiers semble nous mettre sur la piste; car il nous raconte un épisode énigmatique de cette histoire, à savoir que Mme Livni s'est ruée de Tel Aviv à l'Elysée pour demander à M. Sarkozy qu'il coupe la langue à l'imprudent M. Bilt et à l'atone Mme Ashton. Mais Conan Doyle nous dira-t-il comment les asilaires rebattent les cartes sans relâche, où se cache le vrai maître de l'hospice, quel est le nom de l'hôpital, qui donne aux aliénistes le pouvoir extraordinaire de changer d'une heure à l'autre la mise en scène de la pièce ? Comment départager le roman policier du roman politique dans les coulisses du théâtre qu'on appelle l'Histoire ?


Prenez l'épisode de la marche des volontaires du monde entier sur Gaza le 27 décembre dernier et l'épopée des camions destinés à secourir les affamés. Par qui et comment M. Mandela et Mgr. Desmond Tutu ont-ils été empêchés de tenir leurs engagements et de se joindre à l'expédition ? Qui a demandé et obtenu de M. Jimmy Carter, ex-Président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix qu'il présentât des excuses au Tamerlan de Gaza en échange de l'élection de son petit-fils à un siège de sénateur ? Comment l'auteur d'un roman aussi énigmatique a-t-il disposé les pièces sur l'échiquier érasmien afin que la folie du monde, dont on s'échine à mettre à nu les ressorts depuis l'Ecclésiaste et le Livre de Job, dévoilât ses mystères et que les plus fins limiers des arcanes de la civilisation de la Liberté eux-mêmes demeurassent bouche béé devant le basculement des journaux, des chancelleries, des radios et des télévisions du monde entier dans un silence aussi subit ?



4 - Comment diagnostiquer la folie ?


On savait depuis longtemps que notre espèce habite un asile et qu'un délire universel y chante sa propre gloire avec les accents mêmes du droit et de la justice, de la foi et de la liberté, de la vérité et d'un ciel dont vous connaissez les écrits de ses trois propriétaires. Mais Erasme nous a fourni les clés qui ont permis à nos aliénistes de diagnostiquer le délire de tous les siècles. Aussi nos Etats et nos Eglises se sont-ils aussitôt reconnus sous le pinceau du maître, tellement les symptômes de la maladie étaient clairement et minutieusement décrits. C'est qu'en ces temps reculés, non seulement les bien-portants reconnaissaient encore les fous au premier regard, mais les fous eux-mêmes découvraient leur pathologie à la seule lecture des signes les plus spectaculaires de leur démence. La drogue qui enfantait ce miracle, on l'appelait le rire; et le rire était tellement guérisseur que tout le monde en appelait à la trousse de ce premier médecin de la folie du monde. Mais maintenant, personne ne rit plus, et toute la difficulté des spectateurs de la tragédie est de dénicher un homme de l'art suffisamment expert en insanités pour attirer l'attention des malades sur leur état.


Qui est demeuré sain d'esprit et qui a perdu la raison ? La science médicale a égaré le thermomètre du XVIe siècle dont le grand Batave s'était servi pour mesurer le degré de folie des patients à seulement prendre leur température. Aussi, l'auscultation qui décide du panier dans lequel il convient de ranger les diagnostics en faveur des uns ou des autres, repose-t-elle désormais sur le seul décompte de la majorité des opinions, de sorte que le calcul de la proportion des sages et des fous au sein d'une population déterminée dépende du hasard qui fait pencher la balance des verdicts à l'avantage des fous ou des sages.


Mais comment départager les têtes dérangées des têtes en bon état de marche si l'enregistrement des voix fait sans cesse passer les verdicts de la raison du camp d'Erasme à celui de la folie à laquelle il avait donné la parole ? C'est ainsi, comme il est dit plus haut, que M. Obama s'indignait fort des exactions du voleur à Jérusalem, mais protégeait dès le lendemain ses rapines à Gaza. Voici donc que le clinicien d'un vaste empire a cessé à son tour de distinguer les malades des bien-portants, voici qu'un médicastre hissé au rang de chef d'Etat livre au chaos le peuple et la nation dont il est chargé de piloter l'encéphale, voici que l'Hippocrate dont la balance même pèse non point la maladie, mais le nombre des malades, donne raison à leurs régiments s'ils sont plus serrés que ceux des sages.


Au XVIe siècle, tout le monde voyait clairement que Dieu et son Eglise étaient devenus fous à lier, tellement chacun comprenait encore qu'il était dément de transporter à la pelle les riches au paradis pour le saint motif que leurs cassettes bien pleines leur permettait d'acheter leur félicité éternelle à prix d'or. Et maintenant, M. Barack Obama prend simplement la tension de sa propre popularité pour précipiter à l'asile la minorité non délirante de sa population selon l'adage de la folie qu'Erasme avait rappelé: "Ut homines sunt, ita morem geras" - "il faut prendre les hommes tels qu'ils sont".


Aussi voit-on se dessiner sur la rétine de la Maison Blanche les traits du fou de la démocratie mondiale, aussi le voit-on délivrer du Purgatoire un guerrier couvert de sang, aussi regarde-t-on avec des yeux dessillés le fou qui tape sur les doigts d'un petit délinquant pris en flagrant délit de chasser de leurs demeures les habitants d'une capitale qu'il cambriole maison par maison, puis le fou en chef, le fou porté par la folie à la tête de l'Etat le plus puissant de la terre hisse au ciel de la démocratie mondiale un assassin déguisé en évangéliste et en pédagogue de la Liberté du monde.



5 - Retour à la science politique 


Personne ne savait plus quel Esculape de la boîte osseuse de l'humanité il fallait consulter, quels analystes du pouvoir politique au sein des évadés du monde animal diagnostiqueraient à coups sûr la nature de la maladie, parce qu'on cherchait en vain la balance dont les plateaux pèseraient le degré de gravité de l'infirmité cérébrale qu'illustrait la personne même de M. Obama. N'avait-il pas prononcé au Caire, le 4 juin 2009, un discours fort sensé, dans lequel il avait exhorté les musulmans, les juifs et les chrétiens à partager l'apostolat démocratique dont il se proclamait le missionnaire et à soutenir avec la sainte ardeur des évangélistes du globe terrestre son combat pour la prospérité et pour la puissance d'un empire de héros du salut ?


Réfléchissez un instant, disaient les politiques les plus chevronnés de la planète et cessez de vous imaginer sottement que la science médicale serait appelée à vous éclairer sur la folie ou sur la santé du monde en général et de M. Barack Obama en particulier. Si vous passez du rêve à la saine pesée des pouvoirs qu'exerce tout chef d'Etat en ce bas monde, comment pouvez-vous croire qu'un tel personnage se livrerait de sa propre volonté à la faiblesse et au chaos ? S'il affecte de jouer à l'instituteur vertueux dans le bureau ovale de la Maison Blanche, si son art de la feinte va jusqu'à annoncer aux journaux de la planète entière qu'il désapprouve les exploits d'un petit monte en l'air à Jérusalem Est, et si, dans le même temps, vous le voyez aider le tueur à construire un mur d'acier autour de Gaza afin d'affamer les survivants d'un gigantesque camp de concentration, vous pensez bien qu'il n'est plus un homme politique et qu'il est illusoire de placer un fantôme au timon des affaire du monde.


Mais alors, voici que les Sherlock Holmes de la politique redressent la tête: et il nous faut revenir la queue basse à l'observation des embarras qu'ils rencontrent sur le terrain. Comment se fait-il que leurs difficultés de gestion ne soient pas moins titanesques que celles des thérapeutes de la folie tout court ? Comment expliquent-ils l'alliance qu'Israël a conclue avec le parti républicain, comment se fait-il que tous deux combattent maintenant la politique de la main tendue de M. Obama en terre d'islam, comment se peut-il que les nationalistes américains entendent désormais ruiner les intérêts de l'empire à long terme dans tout le monde arabe ? Certes, il n'est pas de candidat à une parcelle de l'autorité publique au sein de l'Etat américain qui ne fasse l'objet d'une vérification préalable et minutieuse de son orthodoxie au chapitre de ses relations avec le patriotisme sioniste d' Israël. Mais de là à comprendre les ressorts d'une conspiration anti nationale et anti patriotique de la droite américaine au profit d'un Etat étranger, il y a loin. Peut-on trahir son pays aveuglément et sans le savoir ?


Et puis, pourquoi le cadavre politique de M. Barack Obama bouge-t-il encore ? Pourquoi le voit-on tressauter, pourquoi le voit-on se livrer à des convulsions et à des soubresauts d'une pathétique impuissance, puisque ses ultimes gesticulations et remuements ne font que mettre davantage en évidence soit son état mental désespéré, soit son autorité politique naufragée ? On n'achète pas davantage le royaume des cieux de la démocratie idéale à l'école des hérétiques du mythe de la Liberté que le royaume du ciel des Eglises du Moyen Age ne se laissait mettre aux enchères des prévaricateurs qui vous demandaient d'acquitter rubis sur l'ongle les bons du Trésor émis par la banque de l'Eternité.



6 - L'étau de la folie se resserre
 


Mais la question tant politique que cérébrale posée au XXIe siècle par    d'Erasme nous conduit à une plus grande profondeur encore de l'anthropologie critique : il s'agit de savoir s'il convient de réfuter l'adage de Socrate selon lequel l'ignorance serait la source de tous les maux ou s'il faut, non point le remplacer tout d'une pièce par l'axiome qui verrait dans la sottise l'origine commune de tous les désastres cérébraux et politiques confondus, mais s'il conviendra d' analyser la généalogie commune de l'ignorance et de la bêtise et de se résigner à étudier les relations que ces deux formes de la folie entretiennent à la lumière d'une science expérimentale du politique, donc d'une discipline vérifiable à l'école des évènements.


Certes, les traités de la bêtise sont rarissimes, ignorés du grand public et le plus souvent d'une légèreté d'esprit aussi coupables que le mal qu'ils prétendent dénoncer. Mais voyez comme l'ignorance et la stupidité font alliance au Moyen Orient. Est-ce par ignorance ou par sottise que M. Obama croit sans doute que la domestication ou même la destruction de Gaza feront avancer d'un pouce la question dite "des deux Etats", alors que la politique du monde entier repose sur un faux diagnostic? Si ce n'était Gaza, ou l'Iran ou le Hamas qui faisaient figure d'obstacle à la "solution du problème palestinien", Israël recourrait à d'autres leurres, simulacres et faux- fuyants, parce que cet Etat a vocation de s'étendre, comme ses confrères, et de conquérir, l'épée d'une main et l'évangile démocratique de l'autre, tout le territoire qu'il pourra - et cela jusqu'à ce qu'une force supérieure à la sienne le contraigne à battre en retraite.


Mais comme la légitimité de cet Etat demeurera à jamais indéfendable en droit international, donc par nature et par définition, puisqu'une démocratie fondée sur la fierté d'avoir aboli la colonisation à l'échelle de la planète ne saurait, dans le même temps la ressusciter d'un seul élan au profit et à la gloire d'Israël, la vraie question sera seulement de savoir quel type d'alliance de l'ignorance avec la sottise permettra au monde entier de se refuser d'examiner les désastres politiques auxquels ce refus conduira fatalement la planète des apôtres de la folie.



7 - " On commence par se faire duper et l'on finit en fripon " (Erasme)


Il sera bien évidemment bien impossible de jamais obtenir d'Israël qu'il accueille à bras ouverts trois générations de réfugiés politiques dans son sein, bien impossible de jamais obtenir qu'il se replie dévotement sur ses frontières de 1967, bien impossible de jamais obtenir qu'il renonce béatifiquement, donc au nom des idéaux de la démocratie, à redonner son statut de capitale et de cœur de son identité biblique à Jérusalem, bien impossible de jamais obtenir qu'il se flanque gentiment d'un Etat palestinien aussi libre et puissant que lui-même, bien impossible qu'il perde le sot prestige attaché au feu inutilisable de l'apocalypse.


Dans ces conditions que fera l'empire américain pour rendre durable le vain escamotage diplomatique d'une aporie de nature psychogénétique? Comment combattra-t-il son propre enfermement dans une sainte hypocrisie et une cécité d'innocent aux mains pleines ? Comment persévèrera-t-il à brandir sans relâche l'étendard et le totem de la Liberté, de la Justice et du Droit sur la planète entière s'il lui faut se placer aux côtés d'un Etat qui ne cessera, de son côté, de bafouer les utopies apostoliques d'une humanité de nulle part ?


A tout cela, il n'existe qu'une seule solution : égarer le plus longtemps possible l'attention du monde et pour cela, fortifier sans cesse sa puissance guerrière à l'échelle de la planète des sots. En vérité, la solide alliance de l'ignorance avec la sottise est d'ores et déjà conclue: au prix de trois cent milliards de dollars par an seulement, on construira cinquante cinq navires de guerre ultra modernes, qui permettront, croit-on, de régner à jamais sur toutes les mers du globe.


Mais le pacte que l'ignorance scelle avec la bêtise n'est pas un vice nouveau et qui débarquerait de nos jours sur la terre: pour refuser de comprendre que la ruine financière est un cratère dans lequel on va immanquablement se précipiter, il faudra recourir au ligotage d'un Etat à sa propre cécité; il faudra dresser devant les yeux de la nation des obstacles politiques qu'on se sera appliqué au préalable à rendre de plus en plus insurmontables; il faudra livrer une guerre suicidaire à l' intelligence dont dispose d'ores et déjà le reste de la planète. Ces auto-ficellements, ces auto enchaînages et ces auto verrouillages, comment s'interdire de jamais les regarder en face, alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir ?


Pour l'instant, Israël demeure le roc d'un aveuglement contre lequel toute sagesse et toute lucidité sont appelées à se briser, parce que le globe oculaire de l'ignorance et de la sottise confondues est dans la folie d'avoir ramené sur les lieux les vaincus de Titus. Faut-il que la science politique mondiale soit demeurée ignorante et inexpérimentée pour n'avoir pas prévu les désastres de la sottise qui s'ensuivraient et qui s'enchaîneraient les uns aux autres avec une logique implacable !


Pour l'instant, les trémoussements et les soubresauts dont M. Barack Obama nous présente le douloureux spectacle ne sont que des symptômes de la maladie mortelle qui achèvera le malade. Mais les vrais diagnostics sont aussi des pronostics. Il appartiendra à l'oracle de la fatalité de désigner ses proies.



8 - La démocratie et la logique ptolémaïque 


Peut-on suivre pas à pas le cheminement de la cécité semi inconsciente et en diagnostiquer les sources psychobiologiques ? Pour le tenter, observons les réflexes d'auto-défense innés dont use l'encéphale de notre espèce et les procédés traditionnels auxquels elle recourt d'instinct afin de conserver ses trésors cérébraux rouillés; et pour cela, voyons comment l'astronomie de Ptolémée, qui faisait eau de toutes parts, a résisté pendant des siècles à celle de Copernic, puis comment un créationnisme mythologique par définition a pris la relève de l'exorcistion des preuves de l'évolutionnisme darwinien.


Dans son célèbre Système du monde, Histoire des doctrines cosmologiques de Platon à Copernic en dix volumes publié en 1914 et réédité entre 1958 et 1965, Pierre Duhem, membre de l'Institut, alléguait encore qu'une vraie physique devait se contenter de "sauver les apparences" et que les calculs de Ptolémée se trouvaient pleinement légitimés à conserver le précieux spectacle d'un soleil tournant autour de la terre qu'attestent à la fois les yeux et les saintes écritures. De même le créationnisme ne s'est laissé arracher que peu à peu des concessions qui fendaient le cœur des croyants. Le 23 octobre 1996, Jean-Paul II a fini par déclarer que l'évolutionnisme est "davantage qu'une hypothèse"; mais il s'est bien gardé de préciser où passait la démarcation entre des allégations religieuses et une science que son statut ambigu situerait quelque part entre une mythologie sacrée et des vérifications expérimentales soutenues par les télescopes des astronomes. C'est qu'il fallait ménager tout ensemble la foi des croyants et le témoignage des instruments d'optique des scrutateurs des étoiles. Pourquoi cette distorsion entre les preuves magiques et les victoires du raisonnement sur les faux témoignages des sens ? C'est qu'une espèce coulée dans le moule du sacré craint de perdre une forteresse cérébrale qui la rassure et dans laquelle elle se love à son aise.


Or, l'analyse psychologique de l'évolution de la prise de conscience progressive de ce que l'erreur politique d'Israël est de type ptolémaïque se calque exactement sur le modèle de la folie dont les résistance à l'adopion de l'astronomie de Copernic ont fourni l'exemple et auxquelles le refus des thèses sur l'origine des espèces de Darwin ont fourni le pendant: dans les deux cas, le sujet refuse avec une violence d'origine psychogénétique de perdre une demeure mentale jugée confortable et devenue vraie de passer pendant des siècles d'une génération à la suivante. C'est ainsi que, d'un côté, la démocratie des fous veut sauver la cassette d'un droit international bicentenaire et fondé sur la souveraineté des peuples - donc sur la légitimité de leur statut de défenseurs naturels du pouvoir des adultes de disposer d'eux-mêmes, et par conséquent de conserver le territoire de leurs ancêtres - de l'autre, les mêmes apôtres des droits de l'humanité veulent canoniser un Etat qui conteste aussi radicalement les fondements de la civilisation moderne que le géocentrisme biblique entendait réfuter l'évolutionnisme.


Malheureusement pour l'Etat hébreu, les défenseurs des convictions scripturaires du peuple juif se trouvent contraints de battre en retraite. Comment se fait-il que leur pré carré se rétrécisse comme une peau de chagrin ? C'est que la logique démocratique ne fait pas davantage de quartier que la logique mathématique. Elle ignore autant le débat sur le statut d'une hypothèse pseudo démocratique que sur le sexe des anges : à la fin, Euclide tranchera la question et dira que la démocratie est aussi incompatible avec les principes de la colonisation que la géométrie à trois dimensions avec des arpenteurs qui prétendraient réfuter le théorème selon lequel la somme des angles d'un triangle fait cent quatre-vingts degrés.


La topographie démocratique véritable a rendez-vous avec le théorème de Pythagore qui la fonde; mais il faudra verser le sang, hélas, pour que l'héliocentrisme démocratique l'emporte sur le géocentrisme israélien, parce que l' enjeu réel n'est pas de nature mathématique, mais de nature anthropologique: si imparfait et inachevé qu'il demeure, l'encéphale humain d'aujourd'hui ne se partage plus entre deux logiques incompatibles entre elles.



9 - Et la France ?



Quel sera le rôle de la France dans cette guerre mondiale entre la raison et la folie ? Le drame d'origine, donc de nature psychogénétique qui sous-tend l'âme et la raison de la science politique depuis que notre encéphale a quitté la zoologie est dans la difficulté de décider sur le terrain et au coup par coup à quel moment précis il convient de se trouver bêtement présent dans l'arène des nations afin de faire figure d' acteur visible de l'histoire et à quel moment il devient nécessaire, tout au contraire, de quitter en toute hâte un cirque par trop ensanglanté. Il ne s'agit jamais de déserter l'histoire meurtrière, mais, tout à l'opposé, de prendre place dans une autre durée de l'humanité, celle où des acteurs ennemis des carnages prennent en main les rênes du destin.


En 1940, la France des ossatures et des muscles ne pouvait se mettre aux abonnés absents: il fallait bien se résigner à légitimer la folie d' un gouvernement de gestionnaires des corps, il fallait bien que la France terrassée conservât les organes tangibles d'un Etat, il fallait bien que la nation de 1789 parût provisoirement représentée par les majordomes de ses chancelleries sur une scène internationale devenue tout entière la spectatrice réjouie ou désolée de la mise hors jeu des Gaulois sur le champ de bataille. Dans la débâcle de la France d'en-haut, l'appel désespéré au héros surréel de Verdun était la caution a priori la plus digne de l'âme de la France.


Mais à quel moment fallait-il quitter l'écume des jours pour replonger dans la vague ? Fallait-il choisir l'heure des horloges où, sur le sol français, un chef de l'exécutif proclamait son vœu ardent que l'occupant remportât la victoire en Europe, l'heure où le cadran de l'administration de la justice mettait à pied ses magistrats juifs, l'heure où les aiguilles du temps s'arrêtaient sur la rafle du peuple de Jahvé au vélodrome d'hiver ?


Soixante-dix ans après un verdict des armes plus cruel que les précédents, la France symbolique se trouve à nouveau placée en sentinelle de l'histoire de la démence du monde. Lui faut-il épouser la mer ou flâner sur le rivage ? Un gouvernement français, même amolli, peut-il légitimer sa participation physique à la direction d'une planète de l'errance dans laquelle la majorité des Etats prétendument démocratiques ont décidé de construire un mur de dix kilomètres de longueur, composé de plaques d'acier de dix-huit mètres chacune et de cinquante centimètres d'épaisseur, un mur dont les fondations iront jusqu'à trente cinq mètres sous la terre, afin d'exterminer par la famine la population entière d'une ville de seize centaines de milliers d'habitants ?


Cette croisée des chemins de l'histoire du cerveau et du cœur de la planète des fous est-elle moins visible que celle dont le basculement d'un vieux Maréchal dans le camp du vainqueur de sa nation signalait le tragique emplacement à tous les regards ? Notre République peut-elle assister les bras croisés, donc en complice silencieuse à la construction d'un camp de la mort de cette taille ? Notre connaissance réelle de l'histoire du monde ressortit-elle à la pesée du corps et des muscles des Etats, ou bien avons-nous grand besoin de nous coller une autre loupe à l'œil afin d' apercevoir les personnages réels qu'on appelle des peuples et des nations ? A quel moment les charniers tuent-ils le parfum des démocraties ? A quel moment l'encens de la Liberté et de la Justice cesse-t-il de monter des autels ? A quel moment les citoyens d'un pays de soixante-cinq millions d'habitants incommodent-ils les narines de Jupiter ? La France empuantie de Pierre Laval s'est détachée de celle des écrivains, des poètes et des philosophes de notre pays à l'heure entre chien et loup où l'esprit a pris résolument le relais de l'histoire de la nation. Alors l'éclat des derniers flambeaux de notre civilisation a fait entendre les voix de la résurrection de la France.



10 - Le thermomètre de Zeus 


Pour tenter de cerner cette difficulté en anthropologue glacé, il faut, ici encore, observer avec sang froid le chaos cérébral dont le diagnostic embarrasse les aliénistes de la vie politique des Etats modernes; et pour cela, il faut faire entrer dans le cabinet d'Esculape les patients dont les troubles psychiques demeurent proportionnés à la modestie de leur emploi. C'est ainsi que M. Bernard Kouchner voulait se rendre à Jérusalem ; mais comment ignorer Gaza et son camp de concentration à ciel ouvert sans paraître pencher pour un parti au détriment de l'autre ? Et si l'on voulait éviter que le fléau de la balance penchât trop ostensiblement en faveur du bourreau, la meilleure ruse diplomatique n'était-elle pas de lui demander l'autorisation de se rendre à Gaza ?


Naturellement, le sacrificateur a refusé tout net que la France auscultât la victime exposée sur l'offertoire et même qu'elle parût pronostiquer l'évolution de sa charpente; et comme le Quai d'Orsay des fous ne pouvait paraître par trop prononcer l'éloge de l'étal d'un Etat coupable de crimes de guerre, de génocide, d'emploi d'armes prohibées par le droit international, telles les bombes au phosphore, M Bernard Kouchner a renoncé à son voyage. Quelle est la France qui s'est illustrée de la sorte? Qui a parlé en son nom sur ce propitiatoire ? Qui a détourné le regard de ce sang ?


M. Kouchner s'est montré fort dépité par cet "échec diplomatique" et il l'a caché soigneusement aux journalistes. Un résistant du Quai d'Orsay a donné secrètement l'information au Canard enchaîné. Quelle est la philosophie de l'esprit dont la France actuelle fait preuve sur la scène internationale et qui lui fait juger de bonne et saine politique de se trouver présente en chair et en os sur tous les terrains où Montoire fait la loi ? Le gouvernement est-il un véritable acteur sur le théâtre du monde quand l'occupant lui dit : "Si vous vous faites porter pâle parmi les sacrificateurs, vous serez non seulement déclaré couard, mais proclamé coupable de désertion sur le champ de bataille de la Liberté" ?


On voit combien la question de la définition folle ou sage des Etats débarque sur les planches du même théâtre de l'Histoire de la démence qu'en 1940, mais sous une autre redingote ; car si l'on songe que, quelques jours seulement plus tard, l'Elysée a jugé indispensable à l'exercice de ses responsabilités dans la conduite exclusivement musculaire de l'univers de faire diriger par un général de notre armée de terre la construction du mur d'acier dont la vocation est de hâter l'extermination jugée trop lente d'une vaste population, avec quelle France nos écrivains, nos poètes, nos philosophes ont-ils rendez-vous en ce début du IIIe millénaire ?



11 - Les acteurs physiques et les acteurs invisibles de l'Histoire 


Voyez comme le tensiomète des dieux se rappelle au bon souvenir des peuples et des nations: ce sont eux et eux seuls qui décident de la température des âmes, ce sont eux et eux seuls qui condamnent l'anthropologue et le logicien de la démence du monde de se trouver au rendez-vous que l'Eloge de la folie d'Erasme a donné à la politique de la planète en ce début du IIIe millénaire. Car, disent les Célestes, l'encéphale de la France des fous se trouve livré au même chaos que celui de M. Barack Obama; et l'on se souvient que le désordre qui s'est emparé de la boîte osseuse de ce chef d'Etat le ballotte d'un vain brandissement de ses foudres verbales à l'apologie d'un mur de Berlin appelé à encercler le camp de la mort le plus vaste de la planète.


Comment se fait-il que le chaos cérébral dont témoigne la France des Laval d'aujourd'hui soit identique à celui de M. Obama, comment se fait-il qu'on distingue si mal l'original de la copie ? Alors que M. Kouchner se montre tout effaré de n'avoir pas cautionné davantage un Etat génocidaire, ce qui, en termes diplomatiques, revient à le condamner timidement et la bouche close, se rendra-t-il maintenant à petits pas et l'échine basse à la frontière de Gaza, agitera-il le drapeau aux trois couleurs sur les remparts de la forteresse qui enferme un gigantesque peuple de la mort ? M. Obama, lui, se contente de condamner de loin et la bannière étoilée à la main quelques expulsions de citoyens de Jérusalem Est. M. Kouchner va-t-il, au nom de la France de 1789, partager sous les murs de Gaza les chapons d'Orgon avec l'armée des faux dévots ?



12 - Clinique du chaos mental 


Vous voyez bien, bonnes gens, combien la scission cérébrale qui frappe les acteurs de la politique internationale d'aujourd'hui appelle une pesée anthropologique de la notion même de "chaos mental". Certes, vous avez observé plus haut qu'il s'agit d'une schizoïdie inconnue du monde antique; mais s'il est devenu difficile de savoir qui est fou et qui ne l'est pas, c'est précisément en raison de la dichotomie cérébrale dont souffre Sa Majesté, la démence en personne.


Vous connaissez l'expression : "Hurler avec les loups ". Qui sont les loups ? Les Anciens savaient qu'il fallait entendre les déments; et ils disaient: "Hurler avec les fous" : "cum insanientibus delirare". Mais les fous d'aujourd'hui délirent tantôt du bout des lèvres, tantôt à grands cris. Quand Tartuffe passe de la comédie à la tragédie, c'est qu'il a débarqué dans la politique et qu'il y est devenu criard en diable. Alors, Clio en appelle à un décryptage des dévotions et de leur tapage, parce que l'hypocrisie religieuse a passé du christianisme à la démocratie et qu'elle s'y révèle plus que jamais le moteur de l'histoire idéalisée à l'école de sa propre folie. Mais que s'agit-il maintenant de cacher aux dieux ? Précisément la frontière qui sépare la légitimité de l'illégitimité des Etats démocratiques au regard des Tartuffe de la Liberté et de la Justice. Et pourquoi cacher cette frontière aux habitants de l'Olympe ? Parce qu'elle se révèle désespérément flottante. Et pourquoi flotte-t-elle, cette impie ? Parce que, depuis l'origine du temps mémorisé, l'humanité flotte entre le culte d'un pouvoir représenté par une autorité publique musclée et une lucidité qui cloue l'ossature de l'Histoire sous son regard.


Mais pourquoi, demandez-vous maintenant à Erasme, les peuples fous flottent-ils entre leurs agenouillements devant un maître de leur corps et la peur de se trouver entraînés dans ses crimes ? C'est que cette oscillation psychique du singe vocalisé, c'est sa conscience qui la juge. Mais sur quelle balance pèserez-vous la magistrature du tribunal de la conscience? Comment spectrographierez-vous ce cœur parlant, comment analyserez-vous le mélange de vénération religieuse et de rejet moral qui rend si ambigu le saint génocidaire du Déluge, l'idole commune aux trois religions du Livre, l'idole qui se révèle le paradigme universel de l'histoire meurtrière de sa créature ?



13 - Une anthropologie de la folie 


Décidément, Louis XIV avait raison de dire à Molière: "N'irritez pas les dévots", puisque l'anthropologie des carnages nous conduit à mettre en scène la démocratie des massacreurs dévots à Gaza. A quel acte de la pièce sommes-nous arrivés ? Certes, Orgon s'extasie toujours sottement devant son hôte, le pieux mangeur de chapons. Et nous, allons-nous le cacher sous la table et laisser Elvire démasquer l'imposteur ? Mais pour cela, il nous faudra tenter de percer les secrets de l'alliance de l'hypocrisie démocratique avec la folie la plus abyssale, celle dont nous n'avons relevé que quelques vestiges.


Décidément, nous sommes loin de la chute du rideau. Et pourtant, une ultime piste s'ouvre à l'anthropologie des égorgements, celle de nous demander pourquoi la civilisation chrétienne a changé les fous - insanientes - en loups et la fureur en hurlements. Car "hurler avec les loups", c'est seulement du mimétisme irréfléchi, ce qui ne ressortit qu'à la sottise, tandis que "furere cum insanientibus", c'est monter sur la nef des fous, c'est écrire l'histoire du monde à l'école des "fous furieux", comme on dit. Sous le conformisme intellectuel et doctrinal qui mobilise la piété des démocraties meurtrières et sous la bannière des idéalités pseudo sacrées qui enracinent les masses dans leur obéissance à des totems verbaux, une sauvagerie plus congénitale demeurerait-elle cachée au globe oculaire des évadés du règne animal, une sauvagerie qui nous renverrait à la bête furieuse dont le proverbe latin aurait conservé le souvenir ?


Voyez comme la victime a été cachée sous l'autel de la dévotion démocratique à Gaza, voyez comme la démocratie mondiale arbore le masque des Tartuffe de la politique moderne de la Liberté et de la Justice à Gaza, voyez comme Gaza elle-même est devenue tout entière un gigantesque offertoire, voyez comme la fureur d'Israël s'est tapie sous la sainte croix d'une civilisation confite en idéalités dévotes. Qu'est-ce que le sceptre qu'on appelle maintenant la Justice ? M. Sarkozy et M. Obama rachèteront-ils à bas prix la bête du sacrifice immolée à Gaza ? Ecoutez leur confession de foi, écoutez comme ils se la murmurent tellement du bout des lèvres qu'elle aidera l'immolateur des poulets du sacrifice à lancer quelques prières dans le vent.


Mais alors, ne commençons-nous pas d'apercevoir la cohérence anthropologique et toute la logique interne de la fureur des fous ? Ne voyons-nous pas se dessiner les deux pôles cérébraux entre lesquels la sainteté des démocraties se partage et qui les fait tomber dans le chaos ? Car, d'un côté, leur fureur et leur folie confondues les range en ordre de bataille autour du mur d'acier de Gaza, de l'autre, leurs prêtres lèvent les yeux au faux ciel de leur Liberté et de leur Justice ; et la dichotomie originelle dont leur encéphale subit les secousses nourrit leurs oscillations entre les floralies de leurs oraisons et le fer de leurs massacres. C'est pourquoi les Romains nous rappellent opportunément qu'on ne hurle pas avec les loups, mais qu'on porte la folie à la fureur et la fureur à la folie, et que ces acteurs alternés de l'histoire se comblent d'éloges l'un l'autre, comme il est démontré aux anthropologues sous la sarcastique apologie érasmienne de la démence.



14 – Conclusion 


Décidément, l'anthropologie historique et philosophique se révèle indispensable à la pesée des relations que la politique de la démence entretient avec les autels du sacrifice ; car si l'on ignore quel ciseau grave le souvenir réel d'un événement dans le temps des fous et des sages et comment seule une éthique de la raison décide de la définition même de ce qui est légitime et de ce qui ne l'est pas, comment préciserons-nous le statut d'une science de la mémoire oscillante entre le meurtre et la prière ? Et s'il appartient à la température des âmes de trancher de l'historicité proprement animale ou transanimale des évènements humains, demandons-nous quel thermomètre Zeus a consulté quand il a éjecté de l'histoire réelle du monde une France qui souhaitait la victoire de l'étranger sur elle-même et demandons-lui de prononcer un jugement solennel afin de chasser de France les "célébrissimes ministres de la folie du monde" qui ont osé demander au peuple de Descartes et de Montaigne de légitimer son propre déshonneur; et demandons au dieu Mars de tirer de son fourreau le glaive de la justice que nos cœurs appellent la France.
Le 18 janvier 2010

 

 

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In cauda venenum

Visitant hier une bibliothèque publique, je suis tombée sur un titre alléchant :

 

Visages de la philosophie 2

 

 

 

 

  

  

   Visages de la philosophie
   par Denis Huisman et Louis Monier
   Paris, 2000, Arléa, 180 pages, 13 €   


Il s’agit d’un petit ouvrage de vulgarisation, dont l’ambition affichée est de constituer une sorte d’annuaire des philosophes francophones rencontrés par un photographe (L.Monier), chaque portrait étant accompagné d’un texte d’identification écrit par un spécialiste ès philosophes (D. Huisman).

Un examen rapide a tôt fait d’édifier le curieux, en l’occurence la curieuse : tous les charlatans s’y trouvent. Les pseudo-philosophes et vrais propagandistes de l’oligarchie aussi. Au milieu, bien sûr, des vrais, qui, surtout les morts, ne peuvent récuser aucune promiscuité.

nef des fous à la gidouille 2

Placer sur un plan d’égalité le vrai et le faux, au sens où l’entend Umberto Eco, n’est pas neutre. Quoi qu’il en soit, Manuel de Diéguez ne s’y trouve pas.. M. Monier ne l’a jamais rencontré. À l’heure où l’édition Gutenberg dans sa quasi totalité dépend du bon plaisir de quelques marchands d’armes, ne pas être jugé digne de figurer aux côtés des BHL, Glucksman, Finkielkraut, Bruckner, Revel et consorts est une distinction rare, une sorte de légion d’honneur « à rebours » ou pour-de-vrai-sans-Bonaparte.

M. Koffi Cadjehoun, qui, pourtant, mérite le détour, ne s’y trouve pas non plus. Cela n’est pas étonnant. Que je sache, il n’est pas officiellement philosophe et, en plus, il est noir. Ou du moins se dit-il africain, du Dahomey. Et si M. Monier l’avait rencontré, je doute qu’il se fût laissé photographier. Pas un seul petit portrait de lui sur Internet à l’heure de Facebook ne peut qu’être l’effet d’une volonté délibérée. M. Cadjehoun, qui préside à non moins de neuf blogs à lui tout seul pourrait donc être blanc et même du genre féminin, le précédent d’Ernestine Chasseboeuf donnant à réfléchir (on ne se méfie jamais assez des oulipiens : un jour, François Le Lionnais se fait accuser publiquement d’oeuvrer pour le KGB... vingt ans plus tard Harry Mathews écrit Ma vie dans la CIA...).

Ce qui me fait pencher vers une identité réellement africaine de Koffi Cadjehoun, c’est que sa prose est une véritable corne d’abondance, généreuse et prolifique à tous les points de vue, particularités devenues si rares dans notre Occident déclinant : qu’il s’exprime en philosophe, en moraliste, en politique ou en simple littérateur, la source paraît intarissable. Et que dire de l’énergie ! Qu’on me pardonne, mais en le lisant, me revient à la mémoire cette Toscane de la Renaissance (Catherine Sforza ?) assiégée dans sa ville par des gens qui avaient pris ses fils en otage et menaçaient de les mettre à mort si elle ne se rendait, qui, du haut du chemin de ronde, soulevant ses jupes jusqu’au menton leur criait : « Tuez-les si vous voulez, j’ai de quoi en refaire d’autres ! »

 

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Afrique 3

Personnification de l'abondance de l'Afrique sous les traits de la reine Cléopâtre

Coupe en argent 1er s. av. - 1er s. ap. J.-C. trouvée à Boscoréale

 

Si je  parle aujourd'hui et sur ce post de Koffi Cadjehoun, c'est que non seulement il a fait le même choix que M. de Diéguez mais qu'en outre il le théorise. Comme ici par exemple :


Mercredi 9 décembre 2009




Externet

« Le système va changer ! Il faut que le système change ! Et il faut que les écrivains soient conscients qu'ils doivent changer ce système. C'est à eux de le faire. C'est pas les éditeurs qui vont le faire ! (...) Les lecteurs sont responsables pour une grande part de l'incompréhension de l'écrivain par la critique ! »
Marc-Édouard Nabe, Café littéraire, France 5, 13 avril 2009.


On interne quand Gutenberg?

On entend critiquer Internet. Qui critique? Toujours les mêmes. Des experts sentencieux et statisticiens qui vous entretiennent doctement des risques d'Internet, la pornographie, la pédophilie, la violence, la mauvaise liberté, les risques pour nos chères têtes blondes... D'où critiquent-ils? Quand le système critique, c'est qu'il entend récupérer la critique. Jugement à préciser (grandement) : le changement vient du centre, jamais des périphéries. Le centre du système n'est pas le centre de la mode du système, mais le centre de la mentalité - du système. Internet a été produit au départ par les militaires américains autour du Pentagone. C'est une arme stratégique de l'atlantisme qui aura produit l'innovation la plus frappante en matière d'expression depuis Gutenberg.

Communiquer a aujourd'hui un sens publicitaire assez péjoratif. Internet pourtant a niqué toutes les communications. Internet a tout niqué en fait, en premier lieu la pornographie qui sévit sur ses bornes passantes et à laquelle on aimerait tant réduire la Toile pour mieux la dénigrer et la déniaiser. Sûr : le spectacle fornicatoire est si répétitif qu'il provoque l'ennui et la pauvreté fantasmatique. L'art contre les dollars, c'est toujours l'art contre X. Internet est le nouveau lieu de l'expression, à commencer par l'artistique, qui est la plus haute forme d'expression humaine.

Dans cette conception, la forme religieuse est liée à l'art et lui est supérieure, mais c'est une forme qui se réclame d'une inspiration divine. La liberté classique est la liberté qui n'est ni finie, ni individuelle. La liberté classique contredit radicalement et vigoureusement la liberté d'obédience libérale. La liberté n'est jamais figée. La révolution Gutenberg a été radicale, puisqu'elle a propagé spécifiquement le processus protestant et qu'en fait elle a développé l'esprit bourgeois contre l'aristocratie qui sortit du fécond Moyen-Age et qui amorça l'esprit moderne.

Actuellement, les positions expertes émanent de cette mentalité bourgeoise, marchande, capitaliste, libérale, immanentiste. Le grave problème est qu'à l'époque de la révolution Gutenberg, l'impression papier et le système éditorial portent en eux le changement par rapport au système dominant tenu par les scribes au service de l'aristocratie chrétienne (pour utiliser une expression globale et fédératrice). Le papier cotre le parchemin; les éditeurs contre les moines copieurs.

Le changement est du côté de Gutenberg. L'individualisation de l'expression porte en elle le changement au départ, au moment de Gutenberg. La prise de pouvoir de cette conception est politico-artistique et se fait dans le cadre des Lumières et des Révolutions démocratiques. Au dix-neuvième siècle chrétien, cette conception se trouve institutionnalisée. Gutenberg porte le gage de la démocratisation de l'expression et du savoir. Par la suite, avec le vingtième siècle, cette conception se sclérose, spécialement après la Seconde guerre mondiale.

Un signe qui ne trompe pas vient de la faillite de la qualité : les éditeurs si influents (l'inverse du Gutenberg initial) sortent de plus en plus d'écrivains, ils progressent quantitativement, au point qu'ils remplacent la qualité par la quantité. Leur objectif devient mercantile, alors qu'il coule de source que la quantité est une fin immanentiste qui nuit gravement à la fin artistique. Il est vrai que les artistes sous le système Gutenberg remplacent les prêtres, ainsi que l'entend un Nietzsche.

C'est quand le système devient purulent et en voie de décomposition qu'il atteint la plénitude de sa puissance finie. Cas de l'Occident d'après la Seconde guerre mondiale. Dans ce système, on célèbre des écrivains moyens comme des génies (Camus, Sartre, Aron, Duras, Yourcenar...) et de décennies en décennies le niveau baisse. La nausée est atteinte avec l'avènement d'écrivains emblématiques comme les BHL ou Modiano. Et puis au nom de l'individualisme foisonnant on oublie les écrivains, leur nom, leur production. L'important devient d'éditer. Les éditeurs deviennent écrivains. Cas d'un Enthoven père, dont le fils empire la prose de la saga familiale; cas d'un Roberts, d'un Millet et d'autres impérissables cooptés du même style. Le plus charismatique de cette génération est l'insupportable, narcissique et oligarchique Sollers, qui réussit à aimer Nietzsche et le christianisme, Venise et la démocratie, Balladur et le socialisme.

Il est vrai que Sollers a une mentalité impérialiste qu'il a héritée de sa jeunesse bordelaise et néo-anglaise. Il n'est pas possible d'envisager que ce type d'écrivains figés et conformistes puissent changer quoi que ce soit. Ce qu'ils conçoivent comme principe du changement est la subversion, au point de louer les délires érotico-stylistiques d'un Sade. Selon eux, le changement passe par l'extrémisation de l'individu, au point de prôner les formes les plus radicales et poussées de l'individu-fondement.

Ces rebelles sont les suppôts du système qu'ils combattent mollement, entre nombrilisme sentencieux, libertarisme libertin, anarchisme de droite et dépolitisation germanopratine. Il n'est pas sérieux d'attendre d'un milieu conservateur, récupéré et statique, qu'il change quoi que ce soit. La critique qui surgit contre Internet pose problème en ce que c'est un grand corps malade et gangrené qui attaque le corps jeune et vigoureux de celui qu'il pressent comme son successeur inéluctable. De ce point de vue, les critiques de la mentalité Gutenberg contre Internet respirent le pathétique.

Les journalistes sont les emblèmes de ce système en ce qu'ils se réfugient dans le factuel et l'objectif pour ne rien dire, rien écrire, rien penser. Les journalistes sont les thuriféraires du système, les élitistes mimétiques et proclamés de Gutenberg. Les journaux dominants et officiels sont l'incarnation de la révolution Gutenberg. Les médias officiels expriment la mentalité officielle. Qu'est-ce qu'un médium? Ce n'est pas un hasard si la révolution Internet affecte en premier lieu les subsides des médias officiels.

Ils souffrent en tant que premier rang du bataillon Gutenberg. Mais il n'est pas raisonnable d’attendre que Gutenberg sécrète sa propre évolution. Le milieu Gutenberg est devenu le milieu de l'édition. On se coopte, on se choisit, on s'élit. C'est la démocratie journalistique et artistique. L'art a pour fonction de relier entre elles les idées idéologiques. L'art est devenu la caisse de résonance du système immanentiste. L'art abstrait, l'art contemporain manifestent cette propension désartique en ce que l'art dépouille ses formes d'expression pour ne porter que l'idée exsangue et désincarnée. Pour porter l'idée, rien de tel qu'une mauvaise idée. Déportez, vous n'êtes mêmes plus porteurs.

Qui vous écoute? Les bobos? Les babas? Les gogos? Les gagas. Chacun sait que le changement est nécessaire et que le changement est arrivé. Il est né, le divin changement. Bonne nouvelle : Internet. Mauvaise nouvelle : enterrer Gutenberg. Va nous enterrer? En attendant que le milieu Internet connaisse le même sort que toute forme qui s'institutionnalise, remarquons qu'Internet a plus de marge que Gutenberg.

Internet sécrète une marge de manœuvre supérieure à Gutenberg. Gutenberg permettait un choix imposé, quand Internet change les conditions du choix. On peut mal choisir, mais on a désormais le choix de choisir. Laissez choir Gutenberg ! Courez les expos et les vernissages, bande de petits vernis au venin rance et sec ! C'est terminé, vous êtes dépassés. Sollers au ton chuintant a des accents de vieille rombière sur la veille. Dire que ce jouvenceau maoïste est devenu un cireux ultra-libéral en dit long sur sa décrépitude d'éditeur qui joue les écrivains de premier plan. Les écrits vains, sans aucun doute.

Dire que les éditeurs sont au centre de l'expression est symptomatique d'une dérive oligarchique, soit d'une appropriation par les classes possédantes de la création. Quand les maîtres s'emparent de la création, le changement opère une farandole ironique en décentrant les conditions d'expression. Gutenberg était faisandé, sclérosé, récupéré ? Changez ! Le changement est venu du cœur du système immanentiste, de ces militaires qui lancent des innovations au service de la guerre. La polémique : guerre du style au service d'Internet. Interner le consensus et le compromis.

Résultat des courses : c'est le système qui s'enterre lui-même en voulant propager les conditions de son renouvellement et de sa pérennité. Réflexion sur le changement : le changement est dans l'ironie. Également dans la diminution. Certainement pas dans la synthèse surmontée. Démontez la synthèse ! Mot d'ordre contre les maux du désordre. Hegel est un piètre changeur. Hegel donne le change au système immanentiste en introduisant sa pincée de transcendantalisme et en ménageant grâce à ce compromis honteux la chèvre et le chou. Hegel est la chèvre - le système ?

Levez le bouc émissaire : le changement est ironique en ce que le changement est la diminution de l'antithèse. On est loin de la synthèse. On synthétise son Hegel et pendant ce temps on perd son temps. On répète, on pète, c'est saoulant. Chez Clément Rosset l'immannentiste terminal qui personnifie jusqu'à la nausée sartrienne la mentalité oligarchique et dominatrice d'obédience grande bourgeoisie cernée entre la rue d'Ulm et la Sorbonne décriée (c'est tendance d'être dans le système qu'on attaque), le changement n'existe pas vraiment.

Selon Rosset, le matérialisme ne saurait être révolutionnaire au motif que le changement fait partie du réel et que rien ne fait relief dans le champ du réel. Le changement est relégué aux calendes grecques et aux oubliettes de l'ontologie, précisément ce que Rosset reproche à la métaphysique classique concernant ses thèmes de prédilection - le hasard ou le tragique. Le système se détruit de l'intérieur et se détruit dans ce qu'il estime être son apogée et son essence.

Du coup, le changement vient de l'extérieur pour remplacer la destruction tout à fait interne. C'est ainsi que la destruction de Gutenberg vient du Pentagone - comme la destruction du 911 (avec le centre symbolique des affaires de New York il est vrai) ? Les comploteurs du 911 n'ont pas compris qu'ils détruisaient leur beau joujou - comme les militaires du Pentagone n'ont pas compris qu'ils fracassaient leur Gutenberg avec Internet.

Contre la sclérose qui dose, le changement ose. Le changement d'Internet, c'est l'interactivité et le côté insaisissable. Incontrôlable et irrécupérable. Les médias traditionnels sont dépassés. Prenez le cas d'école Rue 89, un média français lancé par des sbires immanentistes de Libération, l'ancien quotidien libertaire repris par le banquier ultra-libéral Rothschild. Rue 89 essaye de se montrer plus osé pour donner le change, mais sa récupération s'est déjà fracassée contre l'incroyable vitalité et diversité des blogs. Pour récupérer Internet façon Gutenberg, il faudrait détruire Internet. Couper Internet. Aller contre l'histoire. Franchir le mur du son.

Ce qui va détruire le système immanentiste, c'est Internet. Vive le Pentagone ! Gutenberg aura été une courroie de transmission vers Internet. C'était bien, Gutenberg, mais ça patine. Ça rame. Ça atteint ses limites. Ça décroît pour les meilleures raisons du monde. Le changement est au cœur du système au sens où la destruction est au cœur du système. Le changement est à l'extérieur du système au sens où le changement est au centre du système. Le changement est inscrit dans l'excellence d'un système. C'est un principe de vie et il serait naïf de croire que la vie est maintenue dans les limbes de l'individuel.

Souvent, on entend dire avec raison qu'Internet dépasse tous les sens que les analystes peuvent lui conférer. Évidemment, on a beau jeu de constater que les pires productions d'Internet émanent de la récupération par le système Gutenberg : la pornographie n'est pas le propre d'Internet, mais de l'époque immanentiste qui est pornographique de A à X. Dans les années soixante-dix, on pouvait encore miser sur le côté subversif de la pornographie. On s'est rendu compte que l'on s'était trompé de cheval depuis. Faire aujourd'hui de la subversion, c'est miser sur un bourrin perclus de rhumatismes. Un vieux canasson décati.

Notre subversion a des relents de perversion dépassés et infects. Au lieu de confondre la récupération d'Internet par Gutenberg avec l'originalité d'Internet, revenons au changement révolutionnaire qu'induit Internet. Selon Marx, la révolution exprime le changement de paradigme dans lequel les élites sont renversées par leur immobilisme. Le problème de cette définition tient dans le matérialisme de Marx qui fige le changement, en particulier les révolutions. La révolution est une profonde évolution qui a pour principe final d'amener la croissance.

Marx ne croit pas dans la croissance car il décroît. Déjà. Si le changement est dans la croissance, il est curieux d'estimer que le changement profond échappe au sens. Wittgenstein pensait que le langage n'est pas explicable. Internet serait-il supérieur aux mots de son temps ? Il est vrai qu'Internet est d'ores et déjà au-dessus des maux qu'on veut lui faire porter, comme un chapeau ravalé et effrayant.

En réalité, l'opération critique d'Internet par les supports Gutenberg consiste à tenter de révoquer le cauchemar Internet, de l'assimiler et de le réduire à Gutenberg. Qu'a donc Internet que Gutenberg n'aurait pas ? Formellement et factuellement, l'étendue de l'insaisissabilité. Quand on contrôle Gutenberg en contrôlant les supports, les supports sont devenus avec Internet incontrôlables. On contrôle encore les bornes passantes, mais pratiquement on dépasse les bornes. Le mythe Internet vient de ce qu'il est impossible pour un individu de contrôler l'ensemble de la Toile. Internet est déjà un monstre mythologique qui a échappé au pouvoir de ses géniteurs humains.

Frankenstein était sympa, Internet encore plus. On interne quand Gutenberg ? On peste après la virtualité d'Internet et il est certain que toutes les virtualités ne sont pas des vertus. Mais la vertu fondamentale est dans la virtualité au sens où l'actualisation de la puissance passe par la virtualité. Leibniz à la suite de Platon professait la virtualité dynamique, et c'est fort de cette appellation calibrée que nous allons étudier ce qu'est la dynamique appliquée à l'étude des phénomènes : la dynamique, c'est le changement et plus précisément, c'est la prévision des changements.

Quand on étudie de manière dynamique un phénomène, on le calcule en fonction de divers instants qui ne désignent jamais l'intégralité des instants de ce phénomène, mais une suite non négligeable. Dans cette suite non linéaire, la dynamique consiste à rappeler que la compréhension d'un phénomène réside dans son extension temporelle - non dans sa fixité donnée et finie.

Ce qui compte, c'est l'infini - et l'infini se mesure par la notion de processus opposée à la notion de donné, notamment popularisée par Rosset dans un essai de jeunesse (Le Monde et ses remèdes). Décréter que l'événement est fini est une erreur. C'est dans une conception finie et fixe du réel, où le donné l'est une bonne fois pour toutes, que l'on peut énoncer qu'un événement dépasse la compréhension qu'on en a. A vrai dire, on est toujours dépassé par la compréhension d'un événement, surtout quand cet événement est complexe et diffus.

Tout événement considéré comme processus dynamique dépasse toujours le sens puisque le sens s'attache à finitudiser l'événement. Quand on relie ce raisonnement à Internet, on comprend qu'Internet dépasse nécessairement la production des sens singuliers. Internet est une production qui est du ressort de ce que les classiques nommeraient de la dynamique. Dynamique virtuelle correspond d'autant mieux à la situation que le concept de dynamique renvoie à la puissance et à la potentialité, de même que le virtuel, qui est la vertu en tant qu'actualisation de la puissance.

La dynamique du virtuel est d'autant plus redondante que si l'on y réfléchit, c'est par le recours au virtuel que la puissance advient. Il n'est de dynamique en fin de compte que virtuelle. C'est par le recours au virtuel que l'homme peut donner cours aux abstractions et à l'imaginaire. En fait, Internet n'est que l'incarnation technologique de la virtualité qui courait dans l'air du temps depuis que l'homme est doté de conscience. Dès que l'on entend des récriminations contre Internet au motif que le virtuel serait symptôme de déréalisation, on oublie que l'on ne comprend le réel qu'avec du virtuel, qu'il n'est pas d'action sans virtuel et que les idées décrites par Platon ne sont pas des abstractions dénuées de réalité.

A vrai dire, si l'on réfléchit à la portée du virtuel, on découvre que sans virtuel, il n'est pas de contact avec le réel. A la limite, on pourrait fustiger une certaine déréalisation dans le passage à une virtualité artificielle, quoiqu'il faille sur ce point se montrer des plus méfiants. Après tout, comme l'enseigne un adage populaire, ce sont les idées qui changent le monde, conception classique selon laquelle sans le recours aux idées et au monde virtuel, l'homme n'a pas accès au changement ni à la fameuse pratique d'obédience politique.

C'est un argument simpliste que de stigmatiser le virtuel en l'opposant à l'action et à la politique Le plus sûr moyen d'agir, surtout en politique où les idées sont primordiales, c'est de recourir au virtuel. Sans virtuel, pas d'action. La richesse du virtuel, qui fonde la spécificité humaine, vient du fait que le virtuel possède une faculté d'influence et de changement sur l'action hors de l'action, dans sa démarche propre.

L'énoncé selon lequel Internet dépasse le sens est assez prévisible. Si l'on veut signifier qu'il est dynamique, c'est un fait établi; si l'on veut signaler l'incroyable foisonnement d'Internet, la vraie question consiste à se demander si l'on peut définir la démarche d'Internet, qui constitue son aspect révolutionnaire et avant-gardiste. Wittgenstein rappelle que l'on parle le langage sans le définir. Le langage dépasse le sens au sens où il est le sens et que définir un donné de l'intérieur est impossible.

La spécificité de toute production humaine qui dure est de s'inscrire dans un processus dynamique qui dépasse le sens défini. La constatation de Wittgenstein est un brin inutile. Surtout elle est dangereuse si elle introduit un élément d'irrationnel selon lequel les nombreux éléments incompréhensibles nous conduisent à considérer que le réel est indéfinissable et échappe à l'esprit humain.

Dans cette conception, la connaissance humaine est fatalement décalée - quasi impossible. L'homme perdu dans le réel ne peut s'en remettre qu'à ses sens comme au moins incertain. Il est conduit à accepter le mystère et à s'en tenir à des valeurs empiristes et utilitaristes qui le conduisent vers l'abime nihiliste. C'est le péril de la connaissance impossible qui appliqué à Internet donne des résultats dévastateurs. Si l'on considère que cette impossibilité est démentie par l'histoire et que la connaissance ne cesse de prospérer au fil des tâtonnements, Internet redevient définissable en tant que tout processus est définissable.

Le processus dynamique n'est définissable qu'en limitant la faculté de définition à ce qui change. In change we feed. Internet est ce qui correspond au plus près à l'inverse exact de ce qu'on nomme communication dans le jargon branché des publicitaires électriques, soit à la conception la plus radicale et réductrice du langage humain dans la norme immanentiste. Selon cette norme, la communication est un donné définissable et préexistant du langage - quand selon Platon, le langage est processus dynamique en ce qu'il réside dans le dialogue.

Le dialogue ne contient pas à l'avance son résultat. Ce résultat s'obtient par la dynamique du dialogue, ce qui indique que le possible n'est jamais donné à l'avance et que ce qu'on nomme liberté tenait dans la conception selon laquelle le possible n'existe pas à l'avance, n'est pas donné nécessairement. La richesse d'un événement tient au fait qu'il n'est pas réductible à un donné, soit qu'il peut changer. C'est ce qu'on appelle la liberté et c'est ce qui s'applique si bien à Internet.

Considérons Internet comme une projection du langage dans le monde technique. Internet fait mentir Heidegger selon lequel la technique est dénuée d'Être. En considérant la technique que de manière finie, Heidegger voit le problème du mécanisme et du matérialisme, il approche de l'immanentisme, mais il n'est pas capable de définir l'Être comme processus dynamique et comme connexion virtuelle. Heidegger est un lecteur d'Aristote, pas de Platon et de Leibniz. C'est surprenant pour cet érudit, mais c'est prévisible quand on se rappelle que la création ne sort quasiment pas de l'érudition.

Liberté et changement sont ainsi dynamiques. Mais la dynamique n'est pas définie. Le virtuel consiste à considérer que le réel est formé de possibles qui n'existent pas à l'avance mais que nous actualisons en fonction de nos possibilités. Le possible est le passage de la multiplicité des virtuels vers l'unicité du sensible. De ce point de vue, le réel est multiple si on ne le réduit pas au sensible. La notion de nécessité ontologique est dépourvue de sens. Spinoza et Nietzsche sont disqualifiés comme des ontologues simplistes et dangereux.

Le virtuel est la faculté par laquelle l'homme passe pour actualiser les possibles qui s'offre à lui. Le virtuel est puissance en ce qu'il est les différents possibles qui s'offrent à l'homme. Le virtuel est le réel. Le changement passe par le virtuel. L'opération dialogique dans Internet indique contre la communication qu'Internet est du côté de la dynamique. Le virtuel aussi. Maintenant, les transcendantalistes parviennent à dire que la dynamique est dans le processus dialogique, mais ils n'arrivent pas à dire pourquoi.

Il va sans dire qu'Internet est de ce côté et que c'est pour cette raison qu'il est aussi inépuisable. Internet restaure la forme du dialogue socratique quand Gutenberg en était venu à un pesant monologue contrôlé et prévisible. Poussif et massif. Le changement s'explique par le processus néanthéiste qui remplace le prolongement transcendantaliste. http://aunomduneant.blogspot.com/

Dans cette optique, ce que Hegel considère que l'action de surmonter et de dépasser, Aufhebung, ne fonctionne pas et n'a jamais fonctionné. Platon s'en tient à la méthode dynamique du dialogue sans préciser d'où vient l'énergie de la liberté. Le mécanisme de la virtualisation n'est jamais subsumé. Hegel croit dépasser Platon avec son schéma ternaire, mais c'est surtout sa conception statique et prévisible du changement qui interpelle. Nous nous situons dans un schéma donné à jamais.

On ne dépasse que dans une mentalité où l'on prend ce qui est donné dans la thèse et ce qui est nié dans l'antithèse. Le néant se trouve inscrit dans le donné. L'action de dépasser ou de surmonter indique que l'on est dans un schéma proche du marxisme, selon lequel l'étape finale du communisme est inscrite dès les limbes et s'inscrit dans un schéma donné qui contient quatre étapes (esclavage, féodalisme, capitalisme, communisme). On retrouve la nécessité de la domination dans une conception du réel qui est finie.

Dans un fini défini, la domination se manifeste par le dépassement de la synthèse. L'action de dépasser n'est concevable que dans un schéma ontologique fini. En même temps, ce schéma contient son paradoxe, car le fait de surmonter à l'intérieur d'un schéma donné n'est pas rationnel et logique. Soit l'on dépasse et l'on passe à un autre schéma - auquel cas la théorie hégélienne est fausse; soit l'on reste dans le schéma - et il apparaît peu plausible de dépasser le stade de l'opposition.

C'est d'ailleurs la position idéologique et pragmatique la plus usitée dans l'atlantisme de type idéologico-libéral, si l'on se souvient de l'adage ordo ab chao, qui se contente d'observer prudemment que les changement surviennent grâce à la violence de l'opposition au premier rang de la guerre. Au passage, dans une conception de ce style, il est cruel et logique d'instaurer un coup d'État comme le 911, qui libère l'espace du changement (la guerre contre le terrorisme et le Nouvel Ordre Mondial remplaçant les États-nations post-Westphalie).

La proximité de Hegel le pseudo-idéaliste de type métaphysique avec la doctrine matérialiste de Marx indique que la conception métaphysique de Hegel est une tentative de réconciliation et de synthèse entre la métaphysique classique et les positions matérialistes contemporaines (dont Marx est un rejet à peine postérieur). Si Marx réduit Hegel à un renversement simple et définitif, leur parenté indique en fait que Hegel est un immanentiste qui tente de concilier l'immanentisme et le transcendantalisme.

Comme les deux pratiques sont incompatibles, il arrive surtout à inscrire le transcendantalisme dans l'immanentisme, ce qui n'a pas de sens, défigure le transcendantalisme et contribue à asseoir l'immanentisme. Au lieu de pinailler sur les différences (évidentes) entre Hegel et Marx, il importe de comprendre que le lien entre ces penseurs est plus fort que les divergences. Dans un schéma néanthéiste, nous sommes en mesure d'expliquer la vacance sémantique transcendantaliste.

C'est que le prolongement ne peut que déboucher sur l'erreur bigarrée de Hegel. Quand on prolonge, l'on commence par suspendre l'expression du schéma, l'on finit par surmonter - expliciter le schéma. Hegel ne fait qu'expliciter l'erreur en germe dans le prolongement transcendantaliste. Il apparaît invraisemblable que ce soit l'opération inverse au prolongement qui soit l'adéquate. Et pourtant. C'est en considérant que le changement est diminution ou régression que l'on comprend pourquoi le changement résiste aux opérations courantes de sens et de compréhension.

En quoi aussi le changement résiste à la définition définitive. Diminution/régression n'est pas réduction. La réduction exprime la diminution dans un schéma fini, quand la diminution véritable s'exprime dans un schéma infini où l'enversion succède au prolongement. C'est toute la conception du prolongement qui est à revoir car elle implique que seule l'augmentation soit possible, quand de fait, c'est l'inverse qui se produit.

Dans le schéma de l'enversion, il faut diminuer pour contacter la partie du réel qui n'est pas le sensible. Dans le schéma transcendantaliste, cette partie majoritaire et mystérieuse correspond à l'Être. L'Être est perfection idéale, quand le sensible est la forme dégénérée du grand Tout complet. Cette conception souffre d'une dimension inaccessible et incompréhensible à partir du moment où l'on ne parvient jamais à contacter ce qui est parfait parce qu'au-dessus (qualitativement).

Dans une optique où la réel manquant n'est pas au-dessus, mais en dessous, la lacune s'explique et le sens se rétablit. Le changement devient l'opération de la diminution. Si l'on ne parvient pas à envisager tous les possibles, c'est parce que la création est diminution. Le langage est l'opération qui indique que l'homme pioche dans le rapport d'enversion et qu'il diminue pour effectuer cette opération à la fois simple et aveuglante.

Si l'on ne parvient à expliquer pourquoi Internet est inexplicable, c'est qu'on cherche à surmonter quand il faudrait diminuer. L'inexplicable cache certes la profondeur du changement et permet d'instituer la passerelle du sens, mais avec le rapport d'enversion diminutive, l'on peut expliquer ce qui était jusqu'alors inexplicable. Si Internet résiste aux tentatives d'explication générale, de sens, de prévision, c'est parce qu'il n'augmente pas, mais qu'il - diminue.

On constate notamment que les efforts de récupération d'Internet par Gutenberg ne fonctionnent pas. Dans une conception statique, seule l'augmentation est concevable. on essaye d'empêcher Internet d'augmenter. Internet croît parce que la croissance n'est pas dans l'augmentation. Elle réside dans la diminution. Les interconnexions et les myriades démultipliées de dialogues virtuels indiquent ce qu'est le virtuel Internet : une actualisation de la puissance énergétique dans le paradigme technique.

Le dialogue de type socratique qui s'est accru dans le dialogue Internet (dialogue à définir) se définit comme la possibilité de croissance à partir de l'enversion diminutive. De ce point de vue, Internet n'est que la technologisation du processus du langage, selon lequel on utilise le langage comme mode d'expression de l'enversion. Le langage exprime l'opération de conscience (savoir que l'on sait) parce que ce que nous nommons conscience est le rapport d'enversion et de reflet indéfini.

Reste à décrypter pourquoi l'on ne parviendrait jamais à saisir le sens profond d'une manifestation complexe comme le langage - ou Internet. La réponse coule de source : c'est parce qu'on devrait l'appréhender de manière externe et qu'il est impossible d'appréhender le Tout ou la forme complète. C'est une explication transcendantaliste qui souffre d'un problème explicatif : s'il est impossible de signifier le Tout, alors le sens partiel souffre d'un défaut de liaison sur lequel il s'appuie pourtant. On nous explique que le sens est fondé à partir de son lien cosmique et mystique avec le Tout.

Si tel est le cas, le tout est le prolongement sémantique de la partie - ou il n'est pas. Qu'il soit le prolongement ne parvient à expliquer la carence du sens. Il est en diminuant car ce qui n'est pas est diminution par rapport à ce qui est. Internet signale que la vertu du virtuel est de rappeler que la puissance s'obtient dans la diminution. Si l'on ne peut cerner ni le langage, ni Internet, c'est parce que c'est la même opération qui consiste à interdire la non-fluctuation.

Dans un réel mouvant, il est plus malaisé de rappeler que le changement passe par la diminution. Si l'on ne parvient à signifier chaque partie du réel, c'est que son aspect manquant mène vers le rapport d'enversion et vers la diminution. Dans cette logique, Internet n'est pas autre chose que la transposition du langage vers le virtuel technicisé. Dans cette optique, Internet n'est rien moins que l'ensemble du sens. Dans la logique néanthéiste, l'ensemble du réel devient accessible par l'opération du reflet et de l'enversion.

L'infini est le reflet indéfini. Comprendre l'infini, c'est passer par la diminution. Comprendre Internet, c'est comprendre que le caractère insaisissable d'Internet réside dans cette possibilité de diminution qui est infinie et qui ne peut que déjouer les tentatives de contrôle. Dans ce combat explicite, où par des lois sans cesse perfectionnées l'industrie Gutenberg essaye de figer une bonne fois pour toutes l'expression créative à un stade figé de mercantilisme, nous tenons l'affrontement de deux conceptions du réel : l'une figée et statique, l'autre dynamique et mouvante.

Ce n'est pas l'affrontement de l'immanentisme novateur contre le transcendantalisme dépassé. Gutenberg contre le papyrus. C'est l'affrontement de Gutenberg dépassé contre Internet révolutionnaire. Dans ce jeu de rôles, la dupe est Gutenberg. L'issue du combat est certaine : le réel l'emporte toujours sur les aspirations démesurées de ses parties, mêmes humaines. C'est la préfiguration qui attend tous ceux qui parient sur le prévisible et le certain au motif qu'ils coïncident avec le fini. Place au néanthéisme; mort à l'immanentisme. Place à Internet. Mort à Gutenberg.
Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 04:17 0 commentaires.

 

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Réflexion suivie, le 14 janvier, sur son même blog http://aucoursdureel.blogspot.com/, d'une précision complémentaire :

 

 jeudi 14 janvier 2010


Nababcodinosaure

Il faut être bien dans le système pour condamner le système tout en reprenant les valeurs du système.

Seul ce qui est gratuit est profond.


J'aime bien Nabe parce qu'il a écrit le Vingt-septième livre, qu'il a une bonne plume, qu'il aime Oum Kalsoum et qu'il défend les Palestiniens. Est-ce que j'aime tout Nabe? Voyons, voyons... Pas si sûr. Pas si grave. Après tout, la critique rend dynamique. Nabe veut sortir de la norme pour être au-dessus de la norme? Du moment que la norme (bourgeoise) est sauvegardée... Du coup, Nabe ne veut pas changer de norme, mais préserver la norme pour mieux la dépasser, dans un schéma hégélien très nihiliste. Nabe est rebelle dans la mesure où le rebelle est la figure du minoritaire supérieur. Le minoritaire supérieur a besoin de la majorité des ploucs pour dépasser la norme instituée. Nabe fait son commerce littéraire du dépassement de la norme en ce qu'il ne veut surtout pas changer cette norme et qu'il la renforce sous prétexte de la contester.

Deux exemples de cette anarchie très systémique :

1) sa détestation revendiquée des conspirationnistes, qui le rapproche de Taguieff et qui montre qu'il est prêt à critiquer le système en s'installant contre le système - surtout pas en adoptant la position qui appelle à changer le système. Nabe est pour les musulmans, pour les Irakiens, pour les Palestiniens, pour Oussama, pour tout ce qui est contre le système occidental dominant, à condition de provoquer sans la changer la norme bourgeoise occidentale. Nabe serait véritablement en faveur du changement (de la vraie rébellion) s'il osait lancer avec sa virulence talentueuse que le 911 est un complot systémique ourdi par le cœur du système impérialiste occidental. Arme fatale? Pourquoi Nabe ne peut-il endurer cette vérité criante d'anticomplotisme et gorgée d'un complot crevard et suicidaire? Nabe ne perdrait pas son temps à critiquer le complotisme, qui n'est jamais que la maladie dérivée des complots véritables et vérifiables - et qui sous la plume de propagandistes retors comme Taguieff permet d'amalgamer les complots authentiques avec les théories du complot paranoïaques.

2) sa révolution surévaluée de l'auto-édition avec sa plate-forme littéraire de format Internet. Nabe a la haine contre le milieu littéraire parisianiste qui l'a exclu. Exclusion assez relative, puisque Nabe continue de vendre ses toiles à des stars du système médiatique et qu'il continue à être invité sur les plateaux médiatiques par des figures médiatiques comme son ami Taddeï. On a déjà contemplé exclusion plus radicale. Nabe est-il l'exclu du système? Non, Nabe est l'un des exclus du système médiatique, à condition de comprendre que le système médiatique est le mirage aux alouettes du système politique et que le petit monde des médias a besoin de figures d'exclus. Le compère Soral joue une autre partition, lui encore plus en colère contre le système - à condition que le système désigne le seul système médiatique dont il a été banni? Nabe devrait se trouver honoré par cette exclusion, tant un écrivain qui est détesté par Savigneau ou Beigbeder ne saurait être foncièrement mauvais.

Ne reste plus à Nabe qu'à démasquer l'imposture Sollers et la boucle sera bouclée. Encore que. Il me revient à l'esprit que Nabe a envoyé au diariste Matzneff, précurseur de l'auto-fiction, écrivain sous-gidien à tendance pédophile-érotomane (voire mensongère), un petit mot de remerciement admiratif. Nabe ferait mieux de s'en prendre à un écrivain authentique et mineur comme Matzneff qu'à des éditeurs-écrivains ou à des hommes de lettres. Nabe a conçu son système d'auto-édition comme système d'anti-édition : contre la république des lettres et contre le système édiroial de Gutenberg. Il a racheté ses droits d'auteur et il vend à des prix peu modiques ses anciens ouvrages. Mieux : il publie sur ce format d'auto-édition Gutenberg son nouveau roman moyennant un prix assez élevé. Nabe note qu'avec ce système, il devient écrivain-éditeur, ce qui lui permet d'empocher des marges plus importantes (environ 70%) et de devenir le véritable gérant/garant de son œuvre.

Même si on comprend sa réaction outragée, vu la liste interminable des édités du petit milieu Gutenberg qui ne lui arrivent pas à la cheville, les médiocres primés et autres perroquets désavants, on reliera l'incompréhension par Nabe de ce que représente le phénomène Internet avec le contresens que Nabe entretient au sujet du 911. Il faut être bien dans le système pour condamner le système tout en reprenant les valeurs du système. Il faut être bien dans le système pour croire que des musulmans révoltés par l'Occident ont commis le 911. L'Islam n'est pas le terreau du terrorisme. Il faut être bien dans le système pour sortir de l'édition parisianiste tout en important avec importance les valeurs marchandes du système Gutenberg sur un site Internet.

Si Nabe voulait vraiment écrire par amour de la littérature, il publierait ses œuvres pour rien, gratuitement, parce que seul ce qui est gratuit est profond. Il demanderait peut-être un petit quelque chose, une contribution, un don, une obole, au sens où le don dépasse le caractère fini de la somme d'argent. Nabe se meut-il dans l'infini, dans la littérature, dans l'art? Qu'il lâche les dollars! Qu'il revienne à l'art! Qu'il intègre l'ère de l'art! Qu'il se place au niveau de la révolution de son époque! Qu'il externe Internet! Allah est dans Internet! L'or de l'art est dans Internet! L'infini est dans Internet. Pas Sollers. Pas Oussama. Pas Nabe?

Publié par Koffi Cadjehoun à l'adresse 22:32 4 commentaires

 

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Si j'étais M.-E. Nabe, je prendrais très au sérieux ce diable de M. Cadjehoun, et je le méditerais bien à fond, entre deux placardages de dazibaos de mes oeuvres sur les murs de Saint-Germain des Prés. C'est pour le coup que je ferais la preuve de mon intelligence !

Sans compter que les accents céliniens les moins indignes du Voyage et de Mort à crédit qu'ait réussi à produire notre temps post-tout-ce-qu'on-veut, c'est chez lui qu'on les trouve. Qu'on aille voir si je mens ou si je m'abuse sur son autre blog http://chroniquesdeleurafrique.blogspot.com/ la pièce dédiée à Silvia Cattori (12 décembre 2009) ou celle intitulée Le temps des fleurs (22 novembre 2009), entre tant d'autres.


Catherine L.

 

ship of fools-titanic